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Le Soir Mardi 3 juillet 2007

CHINE Le train du Tibet, le plus haut du monde, a transporté 1,5 million de voyageurs depuis sa mise en service il y a un an.
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lemonde P.13 Le « sommet du homard »
Convivialité de rigueur entre
Bush et Poutine. Pour mieux
masquer les divergences ? PHOTO AP.

Le génocide rwandais

Des archives accablantes pour Paris


li appelle à l’aide les armées bel-
ges et françaises, qui viennent
évacuer leurs ressortissants.
Mises au courant des rafles de
Tutsis en cours, les autorités bel-
ges rapatrient leurs troupes, une
fois les expatriés belges évacués,
pour ne pas soutenir le régime.
Paris maintiendra les siennes,
même si le 12 octobre, le colonel
Galinié, attaché de défense à Ki-
gali, s’inquiète de la multiplica-
tion des arrestations de Tutsis
dans un télégramme diplomati-
que : « Il est à craindre que ce
conflit finisse par dégénérer en
guerre ethnique. » Et le lende-
main, rapporte Le Monde, son su-
périeur, l’ambassadeur Georges
Martres, précise que les paysans
fidèles au régime « participent
de plus en plus à l’action militai-
re à travers des groupes d’autodé-
fense armés d’arcs et de machet-
tes ».

« La préoccupation centrale
des autorités françaises est de
soutenir inconditionnellement
le président Habyarimana »
Durant l’année 1991, l’Elysée,
soucieux d’endiguer l’influence
anglo-saxonne de l’Ouganda qui
soutient le FPR, choisit de « ren-
forcer la coopération » militaire
et de « durcir le dispositif rwan-
dais » même si ce soutien risque
d’être interprété par Kigali com-
me « un soutien inconditionnel
à leur politique », selon les mots
de l’amiral Jacques Lanxade,
3 JUILLET 1994 : les Hutus d’un camp de réfugiés réservent un accueil chaleureux aux troupes françaises, à quelques kilomètres de Butare. Une implication directe chef d’état-major des armées.
que confirment les archives de l’Elysée. PHOTO D’ARCHIVES HOCINE ZAOURAR/AFP. Les livraisons françaises d’armes
s’accélèrent.
françaises est de soutenir incon- Et en janvier 1993, l’ambassa-
« LE MONDE » publie de très troublantes archives de l’Elysée ditionnellement le président Ha- deur de France Georges Martres
byarimana, même s’il fallait al- cite par écrit le témoignage d’un
relatives à l’intervention française au Rwanda. ler au-delà d’un appui indirect ancien membre des escadrons de
aux forces armées rwandaises ». la mort Janvier Afrika selon le-
e 27 novembre 2006, les de ministres… – qui a été en- res en 1994 ; et les principaux vernement rwandais du prési- Si François Mitterrand en per- quel Habyarimana aurait donné

L relations entre Kigali et


Paris étaient entrées dans
une ère de grande glaciation : le
voyée le 27 juin dernier à la juge
d’instruction du Tribunal aux ar-
mées de Paris, Florence Michon.
conseillers du président Mit-
terrand.
Selon Le Monde, ces archives
dent Habyarimana à ouvrir des
négociations politiques avec les
rebelles du Front patriotique
sonne indique, en juin 1994, ne
pas avoir été prévenu de drames
au Rwanda avant l’attentat con-
« l’ordre de procéder à un génoci-
de systématique en utilisant, si
nécessaire, le concours de l’armée
président Kagame avait en effet C’est Me Antoine Comte, avo- mettent à mal la version officiel- rwandais. Pour Me Comte, « il tre le président rwandais, il livre et en impliquant la population
choisi de rompre tout lien diplo- cat de rescapés tutsis du génoci- le selon laquelle la France avait est patent que, tout au long de la une version bien incomplète de locale dans les assassinats ». Dif-
matique avec la France. Il était de, qui a transmis ces documents eu pour seul objectif de poursui- période allant de 1993 jusqu’à la vérité. En octobre 1990, alors ficile pour la France de dire qu’el-
ulcéré par les mandats d’arrêt à la juge Michon. Me Comte vre une coopération militaire l’attentat du 6 avril 1994, la pré- que le FPR lance ses premières le ne savait pas… ■
qui venaient d’être lancés par le avait, en février 2005, déposé classique tout en poussant le gou- occupation centrale des autorités attaques depuis l’Ouganda, Kiga- VÉRONIQUE KIESEL
juge français Bruguière contre plainte contre l’armée française.
neuf de ses proches dans le cadre Et une information judiciaire
de l’enquête sur l’attentat qui
avait coûté la vie, en avril 1994,
au président Habyarimana.
pour « complicité de crimes con-
tre l’humanité » et « complicité
de génocide » relative au rôle
« Toujours plus d’infos sur le rôle français »
Depuis 1994, les griefs rwan- joué par l’armée française lors de ENTRETIEN sités, l’actuel procès Ntuyahaga a connues ne sont, je le crains, que avant le génocide, les militaires
dais vis-à-vis de la France l’Opération Turquoise, de juin à aître Eric Gillet, avocat au encore rendu publics certains élé- la pointe émergée de l’iceberg. La français étaient bien présents
s’étaient accumulés, Kigali repro-
chant à Paris son attitude de col-
août 1944, avait été ouverte en
décembre 2005.
M Barreau de Bruxelles, a re-
présenté de nombreuses parties
ments. Il faudrait maintenant
que tout cela soit rassemblé dans
France a été massivement présen- dans les camps militaires puis-
te au Rwanda dans les mois et les qu’ils formaient les militaires
laboration avec le régime Habya- Selon Le Monde, Me Comte ré- civiles dans les trois procès rwan- un seul dossier, devant une ins- jours qui ont précédé le génocide. rwandais. Or ces camps ont aussi
rimana qui a mené au génocide clame maintenant que soient dais aux Assises de Bruxelles. tance impartiale. Est-ce possible Mais il y a encore de grandes in- servi pour l’entraînement des mi-
et son absence de mea culpa. auditionnés les principaux res- en France ? La justice y est-elle terrogations. Quelle était la mis- lices interhahamwé, à l’avant-
Nos collègues du Monde vien- ponsables politiques et militai- Que vous inspirent les révéla- réellement impartiale ? Nous l’es- sion des gendarmes français ? La garde du génocide. Même les Bel-
nent d’ajouter une pièce fort inté- res qui apparaissent dans ces ar- tions du « Monde » ? pérons, mais le travail du juge France a-t-elle participé aux sys- ges étaient au courant. Est-il pos-
ressante à ce lourd dossier : il chives : Pierre Joxe, ministre de A propos de l’implication de la Bruguière, critiquable, n’incite tèmes d’écoutes rwandais sophis- sible que les Français n’aient rien
s’agit d’une partie des archives la Défense qui exprima des réti- France au Rwanda, il y a chaque pas à l’optimisme. tiqués qui ont permis de localiser vu ? ■ Propos recueillis par
de l’Elysée sur le Rwanda – télé- cences sur l’engagement français jour plus d’éléments disponibles : Que sait-on de la présence fran- des personnalités qui ont été les VÉRONIQUE KIESEL
grammes diplomatiques, notes au Rwanda en 1993 ; Alain Jup- des chercheurs français travail- çaise au Rwanda ? premières victimes du génocide ?
de conseillers, procès-verbaux pé, ministre des Affaires étrangè- lent notamment dans des univer- Les informations actuellement Dans les douze derniers mois 씰 P.12 LE PROCÈS NTUYAHAGA

1990 1991 1993


Octobre 21 mars 19 janvier 20 février au 20 mars 2 avril 18 mai 11 octobre
Incursion de l’Armée 80 conseillers sont L’ambassadeur de France Alertes sur les exactions Début des négociations Alain Juppé, nouveau Les notes de la DGSE Le président Habyarimana
patriotique rwandaise tutsie dépêchés pour dispenser à Kigali et la Fédération et sur la programmation politiques entre le FPR et ministre des Affaires affirment que est en visite officielle en
(branche armée du Front de l’assistance militaire internationale des droits de du génocide par le parti au Kigali, qui aboutissent aux étrangères : « Il y a des « les deux protagonistes France. Il fait l’éloge du
patriotique rwandais) depuis technique et une formation l’homme (FIDH) préviennent pouvoir. Accords d’Arusha, le 4 août. risques de massacres si nous sont responsables des régiment français présent
l’Ouganda. La France détache militaire pour « durcir que le président Opération « Chimère » : partons (…), si nous massacres ». Près de depuis 3 ans.
680 hommes, qui resteront le dispositif rwandais ». Habyarimana aurait ordonné des soldats français sont renforçons, nous nous 900.000 personnes sont
3 ans, et fournit des armes de « procéder à un génocide affectés au contrôle des enfonçons dans le dossier. déjà sur les routes.
aux Forces armées systématique des Tutsis alentours de la capitale. Nous ne pouvons pas
rwandaises hutu (FAR). de l'intérieur ». partir. »

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