P u i s q

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Nudité et Nudéités
Catalogue de l'exposition *** *

*** Nudité et Nudéités Catalogue de l'exposition *** * Comme le dit la légende, nous sommes nés toutes et tous dans une pure et quasi nudité. Couverts pourtant de liquides divers, où nous avions baigné, avant le premier bain, dit lustral. C'est là une quasi vérité, tout comme il est probable que nous achèverons notre voyage ainsi, dans une quasi nudité. Nous venons au monde, nus et nues, tous et toutes, et nous le quitterons de même. Il y a dès lors quelque chose à découvrir dans cette origine qui nous est commune, et quelque charme discret dans la nudité, et ce qu'elle recouvre, le corps, - nu, bien sûr, comme propriété particulière de chaque humain, - et pourtant masqué et occulté, dans cette nudité même, nudité de la peau. La nudité cache en le montrant cette évidence que nous sommes nus, et fragiles, voire frêles, parfaitement éphémères, comme le sont certains papillons nocturnes. Ce petit catalogue ouvre sur un horizon, certes limité, de formes plus ou moins sages. Quelques images virtuelles, qui esquissent un plaisant paysage. Invitation au voyage. D'où vient quelque séduction, parfois. Charmes. *** *

*** attention, nudité explicite, accès réservé aux plus de 18 ans.

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*** D'emblée, la nudité comporte une naissante promesse de bain, comme Vénus sortant de l'onde, ou Aphrodite, petite fille d'Océan, née de l'écume, ou même, selon diverses légendes, du sang de Cronos. Partons pour Cythère. Une voile à l'horizon, quelques sirènes, la lune se cache, pudique, périodiquement, comme il se doit. Simple mystère. Nous nous baignons dans le fleuve du temps, essayant, mais en vain, de retenir quelques instants, silencieux souvenirs, - Cythère... ***

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*** Que viennent-ils voir et admirer, – exécrer parfois – , ces visiteurs, ces visiteuses, qui cheminent entre des images toutes illusoires, et que voulait démontrer le commissaire de l'exposition, sa connaissance de l'art … ou de la manipulation ? Dans la collection de l'imaginaire collectif, quelques places vides, ou réservées, appartiennent au tabou, à l'interdit, ce qui supposerait qu'il y a quelque part du sacré, de l'invisible, et des esprits éclairés, pour les désigner comme tels. Au frontispice, Vénus émerge, il y a donc du charme et des amours, comme toujours, il y a aussi, même au plus profond du désert, quelques innocents désirs, l'onde pure, - ou au moins potable - , la soif, attisée par la chaleur solaire, rien de sordide, ni d'obscène, l'instinct, qui signale le besoin, survivre au temps présent, ce serait déjà bien. Une oeuvre, un visiteur, un commissaire, la rencontre pourrait avoir lieu, allez savoir où, oui, mais quand ? Il faut imaginer que ce soit au présent, précisément... Un cadeau du temps, la bonne aubaine, un instant d'émerveillement, de pur plaisir, de profonde satisfaction, d'enchantement, ou même de bonheur... Par surprise, parfois, cette rencontre a lieu, initiée par quelqu'une ou quelqu'un qui en transmet le chemin.

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*** Même imaginaire, la nudité intégrale du corps présuppose quelque pilosité, protectrice. L'ombre vient faire voile, le corps humain se fait voilier, et se protège du vent et du temps, des aléas naturels ou climatiques. Le ciel n'est pas toujours clément, certes. Un sourire vertical réconforte le passant, qui rêve à la danse des sept voiles, sans même s'en rendre compte. Ne sommes-nous pas tous des rêveurs ? Et de douces rêveuses, parfois !

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Il y aurait donc un savoir secret, sacré, réservé et caché aux simples mortels, nos frères humains, une source connue des seuls sourciers, qui connaissent l'art pour en avoir arpenté la trop riche nature, et découvert ainsi les illusions ! Se réclamer du secret, de l'interdit, permet d'éviter la contestation, la confrontation, et la vérification, du même coup. Bonne affaire, le fameux chemin de la connaissance possède alors un péage, droit de passage vers ces territoires où règneraient la vraie vérité, révélée aux seuls initiés, la légitime connaissance, invérifiable, et quelques autres billevesées. La nudité s'oppose ainsi aux dogmes, et donc, elle dérange. Elle dévoile et révèle quelques aspects communs de la condition humaine. Et il y a d'autres scandales, un peu partout. La curiosité naturelle des humains sera-telle ici satisfaite ? C'est à voir... Quelques déesses y côtoient quelques simples mortelles, quelques images interrogent leur voisinage incertain avec l'art authentique, quelques artistes cherchent, et trouvent parfois, quelque reconnaissance. L'exposition, en montrant publiquement ces quelques oeuvres, laisse à chacune et chacun toute liberté, d'aimer ou d'exécrer, ou d'adopter une position mitigée, face à telle ou telle de ces images. Exposer, c'est d'une certaine manière, poser en face, proposer un face à face, et peut-être une confrontation. Savoureuse et pacifique, naïve ou savante, de préférence.

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*** Corps dévoilé, mais masqué, corps dénudé, hanche posée sous la lumière, corps sans bras, sans visage, ombres qui désignent, au centre de l'image, le giron, autrement dit le bas-ventre, la pointe d'un triangle comme en creux, comme manque, et le regard plonge vers ce silence, où la féminité ne dit mot, et semble exposée, et réduite à la présence d'un sein, ou d'un sexe. Celui d'un autre, imaginaire et invisible, intime. Le doux temps d'une sieste, un tendre jour d'été. Sous le soleil, exactement. ***

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Le vif du sujet, cependant, c'est l'apparence de nudité, qui laisse imaginer au spectateur qu'il observe un corps nu, alors qu'il scrute une image, un assemblage de petits pixels plus ou moins fidèles, plus ou moins numérisés. Pas de différence avec un tableau peint de pigments, certes, l'image garde pourtant son éventuel impact, sensoriel, émotionnel, son potentiel affectif, parce qu'elle met le spectateur en présence d'un corps nu, dénudé, dans une intimité à laquelle il peut ne pas se sentir convié, invité. L'image côtoie alors l'obscène, le scabreux, parce qu'elle déplace le spectateur, la spectatrice, et qu'elle les met en présence d'autre chose qu'une image, à savoir le reflet d'un potentiel désir. Ou d'un potentiel pulsionnel. D'un désordre, d'un trouble, d'une émotion, en somme. L'auteur de l'image, un photographe, un artiste, un amateur, laisse penser qu'il détient l'autorisation du sujet, du modèle, ou qu'il joue avec la figure d'un corps méconnaissable, puisque sans visage. Devant l'objectif, un objet. Le moraliste pudibond réprouve cette exhibition, et émet un avertissement aux parents : attention, nudité explicite, accès réservé aux plus de 18 ans. Attirant par là même la curiosité éventuelle des spectateurs, jeunes et moins jeunes.

□ *** Les images présentées ici sont dénudées, parfois érotiques et susceptibles de heurter la sensibilité d'un jeune public : elles s'adressent donc exclusivement à un public adulte et averti.

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*** Caryatide. Du nom d'une antique localité grecque. Diverses légendes entourent cette dénomination. On les situe pour soutenir les balcons, les toitures, ou pour orner l'entrée de temples divers, de lupanars, colonnes expiatoires de captives ennemies, esclaves d'Artémis, prostituées et hétaïres, courtisanes, mannequins... Corps simple objet du désir, abstraite propriété du mâle ? Devant la vitrine, quelques chalands. ***

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Qu'il soit ou non explicitement visible, perceptible, ou suggéré, le sexe humain a longtemps été interdit de représentation publique, remplacé fort souvent par des feuilles de vigne ou de figuier, les plis d'un habile drapé, ou par quelque artifice de décor. Le sexe est organe précieux. Et nous le protégeons, symboliquement. Est-ce la représentation du sexe qui pose vraiment problème, pas sûr. Mais peut-être la différence des sexes, qui sépare de fait l'humanité en deux, et du même coup, les rôles, les fonctions, les statuts, les places et les genres. Le grand secret serait alors que le genre humain s'engendre, qu'il procrée, et sinon disparaît... Qu'il y faille deux sexes, au moins, est le fameux secret de Polichinelle ! Le sexe focalise d'autres préoccupations, faites de désirs et de plaisirs, qui nous font vivre, et passent par le corps, notamment, pas seulement. Il investit aussi le langage, le dialogue amoureux, les arts et les lettres, les sciences, aussi, bien sûr. Finalement, il serait imprudent, et même prude, ou pudibond, de vouloir l'ignorer, de le réduire au silence, au secret, et d'en faire alors un absurde instrument de pouvoir. Et pourtant... □ ***

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Dans la vitrine, un autre mannequin, n'attend plus que la greffe d'une tête, des jambes et des bras qui permettront de l'habiller décemment, comme il convient. Le passant n'y verra que du feu, ne regardant que l'habit qui fait le moine. La nonne, on ne sait... ***

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Deux mots de la séduction, quand même, là où il faudrait un traité, et non quelques lignes. Elle porte une promesse, qui a nom jouissance, comme propriété. Elle promet ce qu'elle n'a pas, probablement, le pouvoir de transformer l'être, au lieu de quoi elle fournit, quelque temps, une illusion de bien-être, de bonheur, de plaisir. Rien de marchand, au sens trivial, mais du charmant, qui consiste à conformer une image aux attentes de l'autre, à le surprendre, ce qui s'appelle surprise, pour mieux assurer sa prise, sur son esprit ou son être. Que ne ferait-on pas pour quelques instants d'immortalité, diabolique dilemme. Car sinon, rien... Sur le marbre blanc, le modèle s'abolit, devient représentation, et disparaît, pour laisser place à l'oeuvre, si tout va bien. Traverser le temps, y devenir un signe, parfois, c'est le miracle génésique, que pratiquent les êtres humains, quand ils ont des enfants, procréent, s'aiment, et sèment alors les générations futures. Tout un joyeux programme ! L'oeuvre d'art est comme un enfant, sans doute, que nous donne l'artiste. Parfois. □ ***

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*** Académie, jardin estimé des sages, où quelques autres prétendent entrer, en simples mortels, innocents visiteurs de passage. ***

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Parfois, le visiteur, le spectateur, ou les mêmes au féminin, … se laissent prendre, captiver, subjuguer, séduire, donc, par un instant d'émotion, de surprise, qui nous emporte ailleurs, par ce mouvement qui le transporte, comme par magie, au delà de l'image, dans un autre imaginaire, ou dans l'imaginaire d'un autre. Travail de l'artiste. Immense ou minuscule, ce déplacement qui fait trembler la réalité, et parfois, change la vision que nous nous faisons du monde, une ombre, un contre-jour, une contre-plongée réussie, un éclairage neuf, une surprise esthétique, émotionnelle, à son tour émouvante, - c'est beau, et d'un coup, nous partageons quelque chose de la beauté des choses. Est-ce pour autant gratuit, cette émotion, forte ou légère, - bien sûr que non ! L'artiste ou le marchand espèrent aussi en vivre, de ce moment de partage, le premier pour être reconnu, comme artiste, le second, pour en tirer parti, et financer peut-être l'artiste, soyons idéalistes... Le monde n'est pas parfait, mais nous y rencontrons quelque fois des moments magiques et délicieux, exquis ou délectables. □ ***

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*** Sur les pentes du mont Olympe, Aphrodite ne s'appelle pas encore Vénus, mais le mont de ce nom existe pourtant bien, et pas depuis la veille. ***

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La beauté, dans sa simplicité, donne l'impression d'être naturelle, et sans fard. Parfois. Elle résulte pourtant d'une forme d'écriture, dans la manière dont le photographe compose l'image, et ses proportions dans l'espace local. Le modèle, le sujet, donne corps à l'image, et sa position fait message, fabriqué d'ombres et de lumières, de contrastes, de tonalités, de nuances. De tensions, d'impulsions, déclics argentiques ou numériques, gestuelle du peintre, du sculpteur. Gravure. Comme en retour, le spectateur, le visiteur, ajoute à la représentation son propre regard, sa contemplation. A la surface de la matière picturale, se joue une rencontre, plus ou moins intime. Intimidante. Faite de curiosité, de pudeur, ou d'apparente indifférence, qui sait ? Que dit l'image, que dirait-elle ? Que le beau et le bon se confondent, et que c'est bien, comme le pensaient les Anciens ? Ou qu'au contraire, la perfection n'est jamais atteinte, qu'il y manque toujours quelque détail ? Le bonheur, quelque part ? Un écho, que répète en vain une nymphe oubliée... Le chant d'une source légère et vive quand revient le printemps... Un jeu de lumières, une illusion, une légende. □ ***

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*** Doucement, le modèle juvénile contemple un discret filigrane qui la désigne comme l'oeuvre picturale d'un autre, nul ne saura si cette paternité imaginaire la rend triste ou joyeuse. Parions. ***

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Le nu, la nudité, en apparence, c'est du corps que ça parle, et même d'un improbable corps à corps, d'une scène imaginaire que le spectateur est admis à regarder, contempler, admirer. Partager, même, en y étant absent. De loin, il en prend plein les mirettes, s'imagine photographe ou peintre, et même invité au coin du feu, à se réchauffer, à la veillée. Ou encore, il s'incarne, en imagination, comme visiteur, visiteuse, dans une situation où passent quelques bribes de bonheur tranquille, fragile. La scène fait mouche, certes, grâce au vide qui l'entoure, comme un décor, et grâce à la lumière qui la détoure, et lui donne volume. Sculpture, en deux dimensions. En noir et blanc. Instantané, comme volé au temps. Le secret de l'image, serait-ce ce qu'elle contient, comme en léger filigrane, de poésie informulée, la légende que parfois elle murmure à l'oreille du passant, - le temps s'est arrêté, là, un instant, comme présent.

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*** Doucement, le modèle juvénile, jeune vestale, contemple le feu qui crépite devant elle, et c'est comme un bain de lumière. ***

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Il y a quelque scandale, quand l'auteur déchire le voile, et offre au regard du passant, cet instant qui lui a été offert, par un modèle professionnel ou non, dans l'exercice de son métier de photographe, ou dans celui de son passe-temps. Le scandale, comme une provocation, vient de la transgression, qui transforme et déplace l'intime, pour le mettre sur la place publique, sur le mur d'une galerie, voire d'un musée, ou dans un livre, numérique ou non. En fait peut-être un petit commerce, tout se vend et s'achète, ou presque. Tout s'échange et se monnaye, mais cette circulation qui valorise l'oeuvre, et le marchand, met d'oublier le travail du temps, où l'artiste s'abolit, et parfois, le devient. Vénérable, certes, post mortem. Quelques-uns des clichés numérisés ici ou là finiront peut-être, qui sait, dans un vénérable musée, trace d'un temps où l'on prenait la photographie pour un art, et les photographes pour des artistes ! Trêve d'humour, tous n'étaient pas Léonard de Vinci, grâce à qui le nom de Mona Lisa demeure. Elle était l'épouse d'un marchand, mais le tableau ne fut jamais achevé, ni vendu, dit-on. □ ***

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*** Courbure, dans l'onde, une ondine, offre sa nuque à l'ombre qui vient, nymphe ou néréide, lèvres closes. "Je viens au pur silence offrir mes larmes vaines". ***

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Quand le nu se fait sculpture, l'image entre au musée, l'oeuvre vise à l'art. Dans la galerie marchande, parfois le chaland s'arrête, curieux, interloqué, ou même saisi. Est-ce l'image qui l'interpelle, ou l'oeuvre qui l'interroge ? Quelque émotion, sans doute, que l'on dit esthétique. Il y a, devant un bel objet, une sensation, un sentiment qui évoque la joie, l'admiration, et parfois l'illusion de partager le désir esthétique de l'auteur. L'envie de créer, peut-être. Ou encore la perception de la dimension du temps, que l'oeuvre fige, quelques instants, dans une forme spécifique, reconnaissable ou non. Les mots manquent, provisoirement. Des commentaires viennent bientôt, appréciatifs. Ce qui n'avait pas de prix, cette émotion-là, en trouve un, soudain, un charmant marchand vous le propose. Et l'artiste vous remercie, d'échapper ainsi à l'oubli.

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*** Même source et ressource, sculpture, extraite de quelque désert, que fréquentent les gazelles, dit-on. Variante, beauté sans tête, chrysalide, stèle sans pareille. ***

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Nudité, abandon, corps endormi, forme vague, image comme tronquée, ou truquée, le modèle garde son mystère, et le photographe réussit à partager ce moment d'intimité avec un spectateur un peu inquiet. Dans le grain obscurci du papier, il y a comme une injonction, à ne voir qu'un cliché improvisé, ou une vision naturaliste. Est-ce l'image d'une jeune femme qui se repose, et dort, en chien de fusil, masquant ainsi le reste de son corps, est-ce une scène scabreuse ou obscène, dérobée à l'espace intime, la question peut se poser, et rester en suspens. La forme générale de l'image, - comme sculpture renversée, corps déposé, cadavre oublié, sur le bord de la rive, histoire ordinaire du côté du débat amoureux, - laisse subsister un doute, sur l'oeuvre, et son sens. Modernité, à l'oeuvre. L'hésitation au bord du vide. C'est peut-être cette suspicion, cette hésitation, cette interrogation inquiète que le photographe recherchait, en toute innocence, y trouvant, par hasard, une part d'ombre. D'autres hypothèses ? □ ***

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*** Abstraction. Le centre de gravité de l'image oscille autour d'un vide, - image, langage de l'indicible. ***

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Arabesque. Dans l'obscurité moite, une forme de corps semble écrire une lettre, pleins et déliés, ou quelque plénitude sereine, paisible, épanouie. Un discret mouvement semble troubler l'image, la faire légèrement vibrer. C'est une écriture de droite à gauche, et ce corps graphiste termine son texte sur la pointe d'un sein. Chambre noire, image inversée, reliefs doux comme un chiffre secret, abstrait, léger murmure dans le silence. Calligraphie, parfaitement. Plongée dans ce silence, vallée que la légende dit obscure, et source du premier cri. L'oeuvre est invitation directe à la poésie, une histoire pourrait commencer là, - ou y finir... Une épure, une esquisse, ou encore une ébauche, et à nouveau un corps décapité, morcelé, vendu à l'encan. Produits dérivés, images à la pièce, cartes postales, qui sait ? □ ***

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*** Biométrie signalétique, alphabet. Ecriture photographique, qui devient oeuvre, parfois. Ici s'est arrêtée une jeune déesse, dans l'ombre d'un antre obscur, quelques instants seulement... ***

□ 28 *** Dans l'atelier de l'artiste, un modèle, féminin, nu, prend une pose, sur un socle, qui fonctionne comme une base pour l'image, telle qu'elle est construite. Au premier plan, la main droite du modèle, posée à plat, donne l'idée d'une assise, d'un équilibre trouvé dans le soutien statique d'un élan vertical. Si l'on suit la lumière qui éclaire la scène, on perçoit la tension du bras droit, comme repère qui pointe vers la nuque, claire et dégagée, et le mouvement d'inclination de la tête du modèle, visage dans l'ombre portée. L'axe vertical de l'image passe à peu près par la pointe de l'oreille, la pointe du sein, joliment galbé, et par la pointe de la fesse, accentuant l'idée que ce cliché est une construction, et une invitation. La position de la main gauche, qui fonctionne comme un contre-poids au reste du corps, traduit cette invite. Décontractée, pendante librement, orientée vers le bas, le sol, elle désigne un triangle d'ombres croisées. Comme s'il subsistait quelque secret... □ ***

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*** Studio, épreuve d'étude, une boîte noire, quelques spots, à l'examen, une main posée, et la courbe d'un arc, qui dessine une flèche d'ombre, un point aveugle, évidemment visible, au loin. Dans la pénombre, à qui donc songe-t-elle ? ***

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* Non, ceci n'est pas une copie, mais le travail assez réussi d'un élève de Léonard, mais oui... ***

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*** Non, ceci n'est pas une copie, mais le travail d'un artiste, en quête de son modèle, et sans doute de son maître. ***

□ 32 *** L'air du vrai, le faux-air du vrai, l'art du faussaire, il y a de la mystification dans l'air, ici ou là, des maîtres dont les élèves copient allègrement les airs et les manières, qu'eux-mêmes ont trouvés en fréquentant assidûment leurs prédécesseurs. Les corps se suivent et se ressemblent, les modèles défilent, et les maîtres de même, marchant au son d'un même tambour, qui tente de défier le temps de la décrépitude, d'en arrêter, quelques instants, le cours. Un moment de perfection, sans rire, un instant de grâce, un sourire doux, parfaitement sensible, à défaut d'être visible, une même quête, à défaut d'être satisfaite, la foule anonyme applaudit, elle aime être mystifiée, séduite. Ah ! L'éternité de la beauté...

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*** D'où donc provient cette impression de déjà vu ? Dans l'atelier de l'artiste, la trace d'une empreinte, c'est une danseuse, de dos, qui observe son nombril, sous la lumière du jour, parcimonieuse. Danse immobile. Souffle coupé. ***

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Regards croisés, le photomane iconophile regarde le modèle, qui détourne le regard, pleine de pudeur et de timidités, tandis que le photographe saisit patiemment cet instant qu'il destine aux foules. Carte postale de charme, pose dite artistique, rien de choquant ni de scabreux, rien qui dépasse, sinon l'apparence de la nudité, et la gymnique d'un corps anonyme. Reproduction photographique, au style désuet, vendue sous le manteau, que le modèle espère bien s'offrir, un jour ou l'autre. Comment sortir dignement de ce petit commerce ? Le cliché recèle certes d'autres secrets, les membres croisés deux à deux, les bras et les jambes, emmêlés, les mains posées sur les pieds, le corps comme recroquevillé, dans une posture alambiquée, complexe, comme pour évoquer une salutation orientale, ou une servitude ordinaire. Corps objet, enchaîné aux regards qui viendront examiner son image. Immobile, pyramide qui se réduit à un triangle, démultiplié, forme sans doute indicible d'un présent révolu, voici la reproduction d'une capture, pleine de grâce, peut-être... □ ***

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*** Vieux cliché, au papier fatigué, tant d'années, le modèle cache de chacune de ses mains le cou de son pied, innocente discrétion, tandis que son regard plonge dans les ténèbres locales. Songeuse. ***

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Rien d'animal dans la nudité de l'humain, sa main témoigne de son humanité. Le singe ne sera jamais nu. Mais dans l'humanité, la part d'animalité fait parfois chaleur humaine, et partagée. C'était une belle nuit d'été, la lune était presque pleine, nous avions bien chanté, et longtemps dansé, le sommeil nous avait pris, au petit matin, comme dans un joli rêve, quelque désordre dans tes cheveux. L'histoire peut rebondir, si l'on peut dire, autrement. Sieste, pause, main ouverte, offerte, un fessier rebondi, quand même plutôt plaisant, et même souriant, un image de rondeurs et d'ombres douces, pas bien loin d'un certain bonheur, tranquille, paisible, épanoui. Le printemps n'était pas loin, mais qui s'en souvient ? □ ***

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*** Main, comme posée, ouverte, détendue, Corps reposé, reposant, comme secret partagé, la nudité se fait parfois plénitude, sérénité. Nulle vérité, quelque grâce, peut-être, une illusion assez jolie, déjà beaucoup. ***

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Etalage, plus ou moins réussi, de chair fraîche, encadrée, certes. Corps offerts par pièces, plus ou moins découpées, morceaux choisis, à la vente aux enchères, le morcèlement de l'offre marchande, sur le charmant marché de l'art, atteint des sommets parmi les nudités. Le nu fait vendre, dit-on. On cherche alors en vain ce qu'il y a de gratuit, parmi les détails invisibles, dans les marges et les bords, où l'artiste glisse son paraphe, parfois. Le charme orgueilleux d'une belle poitrine, le galbe suave d'un sein, la courbe douce d'une épaule, l'ombre d'un sourire, l'art érotique ou supposé tel ne sait plus quoi nous offrir, ni quoi nous cacher, sommes-nous blasés ? Ou insatiables ? Les deux, peut-être ! Dans chaque image, chercher le point aveugle, qui désigne ce qui parfois crève les yeux, - à l'évidence... Au tout premier plan, dans les zones floues, en pleine lumière, dans une obscure retouche, dans tel détail, précisément oublié, et comme absent, c'est selon, mais par définition, la moindre image possède ce point-là, exactement - à ce point-là ! □ ***

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*** Poitrine nue, sculptée, comme d'agate, précieuse, ou semi-précieuse. On devine une chevelure, sombre, un menton assez marqué, presque carré, contre-plongée, face au regard du mâle dominant. Peut-être lui tient-elle tête, malgré les apparences ! ***

□ 40 *** Il fut un temps où la féminité adulte ou adolescente rimait avec pilosité. L'enfance ignorait le poil, l'homme et la femme s'en accommodaient. Devenus superflus, les poils ont déserté les corps et les images, le plus souvent, - à l'exception des barbus, nostalgiques des temps sauvages... Et la nudité en paraît plus dénudée, sauf dans les images anciennes, parfois. S'il reste de l'animalité dans l'humain, la civilisation et la culture cherchent à la masquer, renvoyant la naturalité aux temps antiques, aux siècles primitifs, aux supposés sauvages. Les religions de tout poil exècrent la nudité, et la sexualité, qui nuisent, pensent-elles, à l'ordre théologique, à la théocratie. Et à la simple liberté, qui n'est pas toujours légère ou libertine. Les religions rêvent d'ordre, d'obéissance, de soumission, du silence des passions, de prières et de prosternations. De cet ordre-là, la belle nature se moque éperdument. □ ***

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*** Classique d'un autre siècle, ce cliché eut son heure de gloire, et chante une certaine vision de la nature, sportive, gymnaste, naïve. Le chiffre du corps change, et son vocabulaire, visiblement. Aisselle d'un autre temps, pilosité axillaire, naturalité pourtant codée. Dans le courant du torrent, une naïade nue. ***

□ 42 ***

Le don génère la dette, dit-on, ce qui explique sans doute que rien ne soit gratuit, pas même la liberté... Hier encore, la naïade s'offrait nue aux eaux rafraîchissantes des sources et des rivières, aujourd'hui elle se vend dans des revues et brochures au papier fort glacé. Là, une dormeuse s'offre une sieste revigorante, au creux d'un fauteuil orné d'une housse, mais c'est sous le regard avisé du photographe, qui ne sait pas encore qu'il vient de capter une belle ressource, et peut-être un chef d'oeuvre. Mais qu'est-il advenu du modèle, nul ne le saura, pas même elle-même, peut-être. Soulignons la distance, qui éloigne le sujet, et permet le peut-être. Reste la trace d'un rêve, que l'auteur du cliché nous a transmis, publiant son oeuvre, espérant que ce don ne soit pas vain, non pas le sien, mais celui du modèle. □ *** Ce pourquoi elle se détourne, ne voulant pas voir l'objectif !

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*** Classique encore, jeune fille devant une fenêtre, corps nu, semi-assis, à contre-jour, de dos, visage caché, la lumière éclaire la silhouette, la joue, les chevilles, l'épaule, les jambes. Danseuse au repos, pause, pose, sous le regard double d'un double rideau qui exacerbe l'ombre et la pénombre. Chef d'oeuvre probable, innocente Lolita. ***

□ 44 ***

Vénus, ou Aphrodite, chantent la liberté, car l'amour ne va, ni ne vient, s'il n'est libre. Il s'étiole, étouffe, et se meurt, dès qu'il se sent enchaîné. Les statues qui rendent hommage à ces déesses, ces déités, sont une ode à l'amour, et à ses plaisirs, ses charmes, ses beautés. Mais, certes, toutes les nudités n'ont pas cette vertu, ni cette aimable liberté. Certaines restent de marbre. Mirliton, qui passait par là, s'étonna que son petit instrument, une espèce de flûte, n'eût pas plus de succès. Tous les regards s'étaient, comme par magie, tournés ailleurs.

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*** Pour quoi, pour qui, Venus a-t-elle perdu la tête ? Trop de perfections, peut-être, qui retiennent le regard, légèrement égaré du spectateur médusé, pétrifié, sidéré. ***

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Le visiteur, la visiteuse, sont-ils donc invités ici, et par qui le sont-ils ? Dans la galerie s'exposent les travaux de l'artiste, c'est un photographe, certes, connu peut-être, et ses oeuvres artisanales plaisent aux connaisseurs, il est reconnu par ses pairs, comme artiste. Est-ce suffisant, pas sûr... Le regard d'un public averti, l'appréciation des passants, des critiques, des média, transforment l'image, elle devient classique ou moderne, artistique ou banale, triviale ou vulgaire, à force d'être considérée, examinée, notée, remarquée. Que dit l'air du temps, de l'art comme il vient, scandale ou pastiche, émotion vraie, ou supercherie commerciale, marchandise frelatée, ou trésor inoubliable ? Le temps fera le tri. Et plutôt que de regarder, au passage, combien voudront garder le souvenir de cette image si peu sage ? Si c'était un jeu, en miroir, venir voir, si ça vous dit, et ce que ça dit... □ ***

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*** Pour ne pas être vue, ou reconnue, alors qu'elle était nue, le modèle masque ici de son avant-bras, ses yeux et son visage, comme le font parfois les enfants, pour jouer à se cacher. Sur son épaule, un grain de beauté, discret, discret ? L'intimité, c'est affaire de regard, - comme en miroir. ***

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Retour aléatoire sur un parcours exploratoire. Que cherchait-il à entendre, ce lecteur curieux ? S'il y a quelques charmes dans la nudité, quelque magie dans l'image du nu, est-ce myopie, qui oblige à y regarder de plus près ? D'antiques et fort peu chastes déesses nous proposent un chemin plein de détours, serions-nous éblouis, aveuglés, ou tentés, par quelque connaissance interdite, réservée aux divinités, auxquelles nous n'avons nul besoin de croire, il est vrai... Curieux lecteur, aurait-il l'innocence d'un ange, et la lectrice curieuse chercherait-elle l'éternelle jeunesse, sommes-nous donc en quête d'un paradis infantile et perdu ? A moins que la vue du corps, féminin ou non, évoque nécessairement la différence des sexes ou des genres, la sexuation, la sexualité, - notre animalité, et notre humanité ? Vertige. Le voyageur prudent examine l'horizon, redoutant quelque fourberie ou autre traquenard. Le voyeur imprudent prend quelques risques, celui de mauvaises rencontres, entre autres... Mais où va le voyageur innocent, c'est peut-être à voir ! □ ***

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*** Est-ce l'image trompeuse d'un ange, au moment où il prendrait son envol, celle d'une déesse, ou d'une diablesse ? Ou encore, un corps sur le point de plonger dans le décor ? L'anatomie se cherche une légende, - adagio, cantabile, con moto. ***

□ 50 ***

Le charme singulier du nu, provient moins de la réalité, plus ou moins dévoilée, plus ou moins tronquée, que d'un regard, à la fois focalisé, à la surface d'un corps, et détourné, comme par l'esquisse d'un désir. Non plus regarder, mais voir, ce que la scène imaginaire donne à voir. Faut-il convoquer la mythologie, ou invoquer la légende ? Le charme tient du mystère, du secret, ou du nondit. Nous nous racontons des histoires, à perdre le souffle, pour une voile noire à l'horizon, pour un jupon de dentelles, pour une arme magique, nous inventons des rivalités, des trahisons, des jalousies, depuis que les dieux nous ont chassés du paradis, c'est-à-dire de la petite enfance, de l'innocence. La nudité est manière de retrouver, peu ou prou, un instant d'innocence, d'enfance, et même de non-sexualité, voyez la naturisme ordinaire, familial parfois, et a-sexualisé. Voyez à l'inverse la pornographie, qui ne cherche que l'expression d'un sexualité prétendue débridée, et chute dans le trivial, le banal, le machinal, le plus souvent. □ *** Un charme surgit parfois dans l'entre-deux, et d'ailleurs, ils étaient trois, au moins.

***

*** Couple, nu, certes, dont les visages sont masqués par la pose, tandis que les mains de l'homme encadrent le bas-ventre de la femme. Adam et Eve, au temps où le sexe n'était qu'une image, très sage. Eve, de sa main gauche désigne de l'index le sol absent, la terre... ***

□ 52 ***

Non, la nudité n'est pas sexualité, et encore moins quelque pornographie, elle est la forme du corps humain, à l'état de nature, une forme parmi les formes, visible et invisible, masquée ou sans fard, une forme à l'état pur, - si la censure ne s'en mêle pas. Que vient faire la censure, sinon tenter de surveiller, de punir, d'emprisonner les corps, les images, et sans nul doute, les esprits. Ne pas voir, ne pas savoir, ne pas apprendre à regarder, ni admirer, parfois, - mais pourquoi pas ? Anastasie, anesthésie, la beauté est un danger, puisqu'elle peut nous faire rêver. La nudité n'a rien de scabreux, elle est du côté de la nature, et de la simple humanité. Seule l'inhumanité est scabreuse, et l'indécence désigne un barbare, pas toujours où l'on croit. Le corps humain est un objet visuel aimable et plaisant, le plus souvent, et il recèle une part de beauté, à tous les âges de la vie, une animalité aussi qui révèle que nous sommes êtres vivants, voire pensants. La sexualité, cependant, impose ou appelle le respect de l'intimité, qui est une barrière censée tenir au loin le voyeur ou le pervers, et la déviance barbare. Ne pas confondre nudité et sexualité est donc précaution élémentaire. □ ***

***

*** Corps, androgyne, nu, sexe masqué par la pose, lumière en contre-jour, forme juvénile, masculine peut-être, décor à peine lisible, un lit, un divan, on aperçoit les jambes et les pieds, le fessier, la cambrure des reins, et une épaule au premier plan, visage absent, le drap légèrement plissé par le poids du sujet. L'intime en forme d'interrogation, trouble beauté ? ***

□ 54 *** La forme du corps sain est harmonie, parfois pure beauté, joie de vivre. Elle est aussi énigme et mystère. Entre l'ombre et la lumière, le clair-obscur, est-ce l'aube d'un jour nouveau, ou son crépuscule, la tombée de la nuit, ce qui vient... Dans l'image immobile, l'instant, - et dans le regard du passant, est-ce une attente, souvenir ou nostalgie, ou encore une improbable vision, promesse de paradis ? L'illusion provient peut-être d'avoir préservé cette image, ce moment, et de pouvoir en garder la trace, tellement fragile, et instable. Le temps, qui passait par là, s'est arrêté, un court instant, vibrant dans le silence, curieusement, il en reste quelque chose, d'impalpable, d'indicible, pour cette plénitude, - merci. □ ***

***

*** Elégant fessier féminin, postérieur vu de dos, forme abstraite offerte au regard, généreuse, image d'une certaine plénitude, assez charmante, hanches et reins dégagent une force tranquille, et une promesse étrangement statique. Corps serein. ***

□ 56 ***

Bien sûr, il y a quelque chose de caché dans la nudité, et quelque chose de montré, de l'ordre de l'intime. Qui appelle la pudeur, et le double respect de soi et de l'autre. Le modèle le sait bien, quand il fait confiance à l'artiste, et se livre. L'intime est un lieu, un espace et un temps réservés, qui relève de l'intériorité. Son lieu symbolique est semblable au ventre maternel, au giron, à sa douceur ineffable... La caméra du photographe y ressemble, fournissant une chambre noire, où l'image s'inverse, argentique. La chambre noire demeure, comme lieu imaginaire, à l'ère du numérique ! L'intimité est territoire privé, personnel, préservé, parfois sensuel, sexuel ou érotique, où les corps s'unissent, dans le secret partagé du rapport amoureux... Dans l'image, reste-t-il quelque trace de ce rapport, que le visiteur pourrait retrouver ? Ce qui nous fait humains ? L'humour, bien sûr !

□ ***

***

*** Intimité, geste pudique, d'un homme nu, qui cache de sa main ouverte anus et scrotum, sexe dans l'ombre, masqué par la pose, et le mouvement croisé des jambes. Rien de banal, nous sommes notre sexe, et cette image le montre... ***

□ 58 ***

Dans la stase de l'image, figée, reste aussi la trace d'une statuaire, d'un art de l'immobile, qui préserve des volumes, des formes, au delà du temps. En deux dimensions, le cliché propose une conservation de l'instant, dans un espace cadré. L'illusion de la perspective est partiellement préservée, et celle d'un corps livré dans sa nature. Quelques pixels plus tard, nous admirons dans l'image la représentation et la reproduction d'une oeuvre, comme s'il s'agissait de l'original, en fait un corps humain, éventuellement nu, dans telle ou telle pose. Posture... Tant de poses, gracieuses langoureuses, ou familières. Exposé, daté, signé, enregistré, archivé, document vérifié, la séance sied à l'artiste, qui s'y retrouve. Vendu, ou pas. □ ***

***

*** Un instant de poésie, - une danseuse nue, de bronze, en équilibre fragile, prend la pose, dans un parc public, et pour ne pas choquer les passants, sans doute, masque de son pied tendu, un sexe pourtant dans l'ombre. Posture improbable, bizarre hommage à la nudité. Source inconnue, de vie, qui sait. ***

□ 60 ***

Entre l'ombre plus ou moins lourde, et la lumière, vive ou feutrée, une ligne détoure la forme du sujet, découverte, surprise par l'appareil, dans le plus simple appareil, apparition, ou même révélation, ou cliché. Dans l'espace ainsi créé, une invitation, une exposition, une provocation pour le visiteur ou la visiteuse, - entrez donc ! Charmes subtils ou grossiers, figure de style, de plaire il s'agit, sans doute. La vie chante, et sourit, pleine d'illusions et de charmes, elle rêve, sans doute, d'éternelle beauté, de jeunesse vive, et de joies indicibles, elle rêve, entre autres, d'indispensables et nécessaires moments de légèreté. Oublier le temps ? En contrepoint, la vie au quotidien, ses combats, ses défaites, l'ennui parfois, qui envahit le temps, la nuit, le jour, jusqu'à la vacuité de l'insomnie, et l'on se prend à rêver d'harmonie, d'énergie, et de suaves mélodies, d'images féériques, de clichés ludiques, de corps vrais et naturels, de jeunesse éternelle, légères rêveries.

□ ***

***

*** Une autre danseuse, nue de même, juvénile, poitrine dressée, front en avant, toréant, main tendue vers le sol, bras jeté en arrière, index pointé, les hanches à peine marquées, léger duvet pubien. Le regard du modèle plonge dans la lumière, à laquelle elle semble faire face, - tenace. ***

□ 62 ***

Cherchez la femme, avançait le commissaire, et en effet l'exposition n'était qu'une enquête, parmi tant d'autres. Quelques portraits, quelques images, quelques clichés, laissaient deviner que l'artiste, à sa propre stupeur, était resté muet, comme sidéré, par la beauté qu'il rencontrait, - là. Pourtant, rien n'était caché, ou presque de ces nudités apprivoisées, capturées par l'objectif. Ses yeux se brouillaient, et il croyait apercevoir, sous le grain de la photo, comme un tremblement, improbable, impossible, la vibration même de la vie, de son imperceptible mouvement. Reprenant son souffle, son regard se posa, quelques instants, sur le galbe lumineux du ventre du modèle, sur la douceur étrange de ses courbes, et sur les points d'interrogation que cela suscitait. □ ***

***

*** Buste, sculpture, encore un corps tronqué, morcelé, magique mouvement de la lumière, cependant, la vie chante les formes mouvantes de la vie, cruelle symphonie. ***

□ 64 ***

Avions-nous rencontré quelque beauté, quelque émotion douce, quelque surprise ? De quelles sensations discrètes avions-nous goûté, quels fruits exotiques ou défendus ? Dans le secret du dialogue entre l'image et celui ou celle qui la regarde, combien de sentiments mêlés, d'expériences neuves ou anciennes, de souvenirs improbables ? L'image a sa propre cécité, ses parfums propres, subtils ou grossiers, sa granularité, texture fine ou souple, une odeur discrète ou vive, sa tonalité, sombre ou lumineuse, et peut-être sa propre vitalité, sa part d'énergie. Dans le flux d'informations visuelles qu'elle emporte, ou supporte, sommes-nous atteints, touchés... L'évidence nous aveugle, disait Lao-Tseu, qui s'amusait de nos vaines curiosités. Tant de choses, d'images, évanescentes illusions, et pourtant ! □ ***

***

*** C'est un mannequin, la perfection d'un corps, nu, à l'évidence, et destiné à porter des vêtements ou des sous-vêtements, mais aussi à vous/nous faire tourner la tête, qu'elle a fort bien faite. La grammaire n'y trouve qu'à peine son compte, au poil près, et nous ne verrons ni ses bras, ni ses jambes, mais son regard, sous une chevelure démêlée par la gravité, - splendide ! ***

□ 66 ***

Regards croisés, le voyeur se sait-il vu, et le sachant, rencontre-t-il parfois le sourire du modèle... Dans la diagonale qui structure le parcours de la lumière réfléchie, des sentiments et sensations semblent s'échanger, entre ce qui est montré, et ce qui est perçu. La lumière chemine, d'ombre en pénombre, jusqu'à nous éblouir, nous aveugler, donc. Que nous cache-t-elle, à quel jeu se livre-t-elle, on le découvrirait dans le renversement des positions, elle nous emplit alors d'étonnement, nous regarde, au plus près, et nous renvoie à notre regard. Comme dans un simple miroir, ne voyons-nous pas alors une parcelle illusoire de nous-mêmes ! Au centre de l'image, nous apercevons ce que dicte notre regard, le coeur du sujet, la forme même de l'oeuvre, qui nous parle, dans son propre langage, de nous.

□ ***

***

*** Pause, le modèle prend le temps, tel un scribe serein, d'observer l'opérateur, et son objectif, photographe légèrement décentré, pour mieux capter la lumière, qui joue sur ses mains, et sur sa joue, et dessine ses seins. Est-ce elle qui rêve, chevelure un peu défaite, ou nous ? ***

□ 68 ***

De la liberté qui relie le modèle et l'artiste, nous ne savons rien, elle est supposée, comme un accord minimal, entre un employeur et un employé, de durée indéfinie, comme un contrat, dont l'objet est de produire une image, dont le modèle est le sujet, ou encore comme une contrainte, librement acceptée, par les deux partenaires, contre une rémunération, au moins symbolique, du modèle par l'artiste. Tarif de l'heure de pose, destination et usage du cliché, droits annexes, les termes de la négociation éventuelle, et de son accord final demeurent, le plus souvent, sous seing privé. Adultes et consentants, le contenu de leur travail commun demeure, sous la forme d'un cliché, d'une image, d'un produit, dont le devenir dépend des usages qu'il aura, plus tard. Plus tard ? □ ***

***

*** Sous la lumière parcimonieuse et naturelle, qui tombe d'un rideau de guingois, un corps au naturel, semble somnoler, sur un sol nu, non carrelé, de béton brut. Est-ce un modèle, ou une scène, un drame, ou une farce, qui sait ? Un corps abandonné, près d'étagères poussiéreuses, dans la pénombre. Le soir qui tombe, sur une histoire fatiguée... ***

□ 70 ***

Ainsi, c'était de liberté qu'il s'agissait, celle de donner et de recevoir, ou celle de prendre, dans un appareil muni d'un objectif et d'une mémoire, un cliché, une image, d'un modèle ou d'un sujet supposé adulte, consentant, et averti. Entre l'artiste et le modèle, un minimum de connivence, sans doute. Entre la galerie et l'artiste, de même, évidemment. Une relation entre l'exposant et l'exposé. Difficile de ne pas penser à l'analogie entre créateur et créature, entre l'artiste et son sujet. Un passant, visiteur, amateur, client potentiel, acheteur, vient alors, par hasard, modifier cette relation, encore en suspens, et lui donner une fin, provisoire. Est-ce un jugement, une opinion, un aval, un acte, d'acquisition de l'épreuve ? Mais qu'est devenu l'objet placé devant l'objectif, le modèle, le sujet ?

□ ***

***

*** Fantasme carcéral, la nudité comme une étrange prison. Corps nu et soumis, sous l'oeil du photographe, complaisant. Mais nous voici complices, au premier regard ! ***

□ 72 ***

C'était l'année du Dragon, et les visiteurs pouvaient en contempler un dessin, tatoué sur dos nu d'un modèle, sans doute asiatique, dont la nudité ne faisait pas de doute, en effet. L'oeuvre qu'elle portait, était le tatouage, splendide, luxuriant, et la nudité comme entre parenthèses. Dans la galerie, l'exposition Corps et Nudéités s'achevait sur un mythe oriental, non sur une nudité, mais sur le marquage que la société imposait aux bannis, aux esclaves, aux exclus, aux courtisanes. Quelques souvenirs demeurent des temps obscurs... La barbarie perdure, parfois masquée sous l'alibi esthétique, artistique, ou fantasmatique. Si nous sommes notre corps, notre peau et sans doute notre sexe, entre autres, nul ne peut en disposer par la contrainte, ni la ruse, et sans notre consentement éclairé, pas même un amateur d'images, peintre, photographe, vidéaste, entre autres... Pourtant, quelque charme exotique demeure, dans ce cliché, parce qu'il témoigne d'une écriture, sur le support d'un corps, d'une peau, évidemment nue, d'une oeuvre d'art, proche de la gravure ou de la calligraphie, et de l'ordre de l'intime. □ ***

***

*** Sur la peau nue, palimpseste, indélébile, l'illusion d'un écrit, irréversible. La nudité devient signe d'une sujétion, et l'écriture, fantasmagorie. A moins que l'inverse, où l'image achève son voyage, voyeur... ***

□ 74 ***

Parmi les dunes, sous la lune, les étoiles et le ciel, à quoi rêvions-nous ? D'eau fraîche, de pain, d'un repas simple, d'un peu de vin, de poésie, d'un peu d'amitié, et de quelque coin tranquille où se reposer. Quoi d'autre, sinon ? D'une aube nouvelle à partager, d'images légères et douces, le chant d'un ruisseau, des rires d'enfants, pour nous porter sur le chemin des jours qui viennent. Puisque tu ignores ce que te réserve demain, efforce-toi d'être heureux aujourd'hui. Prends une cruche de vin, va t'asseoir au clair de lune, et bois, en te disant que la lune te cherchera peut-être vainement, demain. Les Quatrains – Omar Khayyâm * *** * □ *** * http://www.scribd.com/doc/6226809/-Les-Quatrains-Omar-Khayyam

***

*** Quelque désert, vide et sage, couleur de sable, quelques formes vagues, gravées par le vent, quelques rêves sans fin, d'un horizon sans limites. Au loin dans quelque creux obscur, le ventre de la terre. *** *

□ 76

La nudité, - le nu, le corps, des deux sexes, - sont présents à foison, sur les moteurs de recherche, le meilleur et le pire s'y côtoient, comme chacun sait, et la vigilance parentale n'y peut pas grand-chose. La meilleure chance alors, ce serait d'apprendre à décoder les images, et leurs sous-entendus, à comprendre le contexte et la visée de l'auteur, peintre, photographe, créateur, si l 'on admet que l'art est utile à la culture, qui nous promet de comprendre et le monde, et l'humain. Si oeuvre il y a, elle est mouvement d'emprise et de déprise, où a lieu un partage, révélation puis une certaine vénération, en forme de révérence, à moins qu'il ne s'agisse d'une errance de rêve, et d'une rencontre, de hasard, souvent. Les artistes explorent pour nous les temps qui viennent, forêts ou déserts. Que restera-t-il de l'exposition ? Peut-être une découverte, c'est à dire un dévoilement, ou la délivrance d'un sourire, de connivence discrète, d'un charme partagé, au delà du temps ou des générations, l'illusion d'un moment précieux, comme de poésie, les noms, les mots, font vibrer les choses, comme une signature. Suffirait-il d'une seule image, ou d'un seul mot ? Oui, peut-être. □ ***

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*** Quelques ressources. □ Bientôt 30 000 visiteurs, pour ce petit document, intitulé La Création du Monde, et dont la lecture préalable est fortement recommandée, bien que réservée aux adultes. La différence entre érotisme et pornographie y est explicitée, entre autres. http://www.scribd.com/doc/94813/La-Creation-du-Monde □ Cahiers de Gustave Le Gray – Aux origines de la photographie, quelques oeuvres. http://www.scribd.com/doc/58750702/Cahiers-de-Gustave-Le-Gray □ Quelques estampes japonaises, pour le plaisir de l'image... En réalité, il s'agit d'illustrations cryptées pour un antique grimoire divinatoire. http://www.scribd.com/doc/478096/carnet-destampes-japonaises □ Quelques autres estampes japonaises, pour le plaisir. Esquisses inédites. http://www.scribd.com/doc/32649489/Carnet-inoui-d-esquisses-inedites □ Quelques oeuvres d'Hiroshige, splendides. http://www.scribd.com/doc/36449623/Cent-vues-inoubliables-Hiroshige □ Le Mémoire de la Mue, traduction libre, plus de 20 000 visiteurs, quand même... http://www.scribd.com/doc/352524/Le-Memoire-de-la-Mue-Yi-Jing-v5 □ Un autre grimoire, en images, Le grand Tarot, en résumé... http://www.scribd.com/doc/2900204/lames-du-grand-tarot □ Derrière les masques, un voyage, Le voy(ag)eur innocent. Un projet qui reste inachevé, semble-t-il. http://www.scribd.com/doc/5520000/Le-voyageur-innocent □ :: = Catalogue de l'exposition = :: Peintures et tableaux numériques, première ébauche... http://www.scribd.com/doc/7855385/-Catalogue-de-lexposition□ :: = Catalogue 2 l'exposition = :: volume 2.0 Deuxième essai : Ouvrages numériques et formes virtuelles http://www.scribd.com/doc/8482451/-Catalogue-2-lexposition-volume-20 □ Une galerie inédite de peintures de Claude Monet... http://www.scribd.com/doc/38304277/La-palette-de-Claude-Monet □ ***

*** En visitant l'expo, Nudité et Nudéités, il a bien fallu se demander à quoi elle servait... Quelle était sa visée, son objectif, son but. L'art vit, sans doute, mais que vise-t-il ? Le nu est une invitation à l'intime, mais sommes-nous vraiment invités dans cette intimité ? Une complaisante et complice visite où se délecteraient les artistes, amateurs, voyeurs, et les pervers, qui sait. Ou la découverte qu'il demeure un mystère à la vision du nu, à la contemplation émue de la simple nudité. Nos cultures fréquentent la sculpture, la peinture, et l'image du nu glorifié, - pour le tenir à distance, peut-être, comme dans un espace désincarné, encadré, muséographié. A l'autre bout du spectre visible, la doctrine naturiste prétend qu'il n'y a rien de plus naturel que la nudité, en toute simplicité, qu'il n'y a donc rien à cacher. Si la question était non plus de la position du corps féminin, dans la nudité, à la charnière entre beauté et féminité, mais celle de la femme dans le corps social, fille, mère et épouse, et si souvent serve, captive, servante, domestique, employée, asservie, réduite à la position d'objet sexuel, de matrice, taillable et corvéable à merci, il est probable que notre imaginaire idéalisé aurait du mal à subsister. *** * Remerciements http://www.artlimited.net/ Pascal Renoux– Pierre S. – Paluksht Mark – Ivano Coltellacci – Thierry Magniez – Jean-Marc Salles – Vadim Stein – Lucien Clergue – Willy Ronis – … et quelques autres, trouvés ici ou là. les images sont la propriété exclusive de leurs auteurs respectifs, et reproduites ici uniquement à titre de citation. textes édition et mise en page Paco Alpi et Alain Constantin mars avril 2012 licence creative commons by-nc *** *

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