La mort en sa négativité

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Noesis
N°3 | 2000 : La métaphysique d'Emmanuel Levinas

La mort en sa négativité
JACQUES ROLLAND

Notes de la rédaction Les pages qui suivent développent le contenu d’une allocution prononcée le 29 janvier 1996 dans le grand amphithéâtre de la Sorbonne, lors d’une soirée d’hommage à Emmanuel Levinas, décédé le 25 décembre 1995.

Texte intégral
Pour Hélène, Danielle et Michaël, en mémoire du 26 décembre 1995
Il n’est pas possible de ne pas lire la fin et l’anéantissement dans le phénomène de la mort. Mais elle ne coïncide pas avec la destruction d’un objet ou d’un vivant quelconque, avec l’érosion d’une pierre ou l’évaporation d’une eau où toujours, après la destruction des configurations, subsistent les matériaux et où la destruction elle-même se place entre un avant et un après qui appartiennent, avec la destruction, à la même ligne du temps, au même apparaître, au même monde. La fin de la mort coïncide-t-elle avec la destruction d’une forme ou d’une mécanique - ou bien ne sommes-nous pas inquiétés par un surplus de sens ou un défaut de sens quand il s’agit de la mort de l’homme ? Mort de l’homme à partir de laquelle, peut-être, se comprend toute mort de vivant. Emmanuel Levinas, La Mort et le Temps Je me demande même comment le trait principal de notre relation avec la mort a pu échapper à l’attention des philosophes. Ce n’est pas de l’analyse du néant dont précisément nous ne savons rien que l’analyse doit partir, mais d’une situation où quelque chose d’absolument inconnaissable apparaît ; absolument inconnaissable, c’est-à-dire étranger à toute lumière, rendant impossible toute assomption de possibilité, mais où nous-mêmes sommes saisis. 1
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Ces propos, qui remontent à l’immédiat après-guerre, contiennent à la fois l’énoncé d’une thèse philosophique sur la question de la mort thèse qui certes évoluera avec l’évolution de l'œuvre - et l’aveu d'un malaise ou d’une insatisfaction envers les propositions sur la mort léguées par la tradition philosophique occidentale, par la philosophie qui nous est transmise, selon l’expression chère au Levinas des années soixante-dix et quatre-vingt, sentiment qui sera réaffirmé, ou qui percera entre les lignes, chaque fois que le philosophe reviendra sur cette question, jusqu’au Cours sur La Mort et le Temps. Ce qui indique que cette question - pour être restée, sinon marginale, du moins latérale, dans le questionnement d’ensemble de Levinas - n’en a pas moins accompagné l’évolution, se manifestant ici ou là, et souvent à des moments-clefs, avant de faire l’objet d’une réflexion radicale et systématique, dans le Cours, en quête de l’expression d'une véritable pensée de la mort, exhaustive si faire se peut, et en tout cas bien articulée. Ce qui signifie en outre que cette pensée, latérale peut-être mais tout autant récurrente, permet de mettre en lumière la continuité de l’œuvre, en s’inscrivant dans l’évolution d’ensemble de celle-ci, pour l’éclairer d’un jour nouveau, quoi qu’il en soit peu abordé par la critique. Ce qui veut dire enfin que la tentative plusieurs fois recommencée de questionner la mort ne s’est jamais séparée du sentiment de cette insatisfaction ou plus exactement, et plus radicalement, que celle-ci est le terreau dans lequel mûrit cette pensée, l’atmosphère dans laquelle elle s’élabore. C’est au demeurant pourquoi le Cours, différant en cela de la manière habituelle de l’œuvre écrite où la discussion avec la tradition, où le recours à l’histoire de la philosophie - présente à chaque ligne - restent cependant le plus souvent à l’arrière-plan de l’expression, dans une sorte de présence latente ou souterraine qui ne s’articule pas en discussion à proprement parler, mais en vient à se confronter avec les philosophies du passé et du présent (de Platon à Heidegger et au-delà, si tant est que l’utopisme de Bloch peut se considérer comme un au-delà de Heidegger), pour chercher dans cette confrontation à élaborer ce que l’on continuera ici à nommer une pensée de la mort. Mais notons que cette confrontation ne prend pas - même dans le Cours où l’histoire de la philosophie est beaucoup plus présente - l’allure du Gespräch heideggérien où s’accomplit une authentique Auseinandersetzung avec la pensée prise en vue. Chez Levinas, pour le dire de cette façon, il s’agit de prendre ses marques par rapport au legs de la tradition philosophique, dans le but de tracer son propre chemin, d’élaborer sa propre « doctrine », si tant est que ce mot convienne lorsque c’est de la mort qu’il est question 2.
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Manière du discours qui n’est évidemment pas sans influence sur la façon même de l’approcher et qui a en tout cas déterminé le parti pris de départ de la présente étude. Je veux dire qu’il ne me semble ni possible - dans le cadre de ce qui n’est pas un livre - ni véritablement nécessaire d’entrer dans le détail des différentes « doctrines » de la mort, ni dans une approche érudite ni dans un abord critique qui viserait à justifier les analyses et les jugements de Levinas sur les philosophies du passé et du présent - ou se verrait obligé de les remettre en cause - mais de pointer, à chaque fois, ce qui entraîne son insatisfaction et ainsi le pousse à sans cesse reprendre et affiner sa propre interrogation, à aiguillonner sa propre recherche. Insatisfaction, on s’en doute, qui n’a pas une motivation unique, dans la mesure même où elle est suscitée par la pluralité des positions philosophiques sur la question, insatisfaction qu’il faut dès lors dire multiple ou complexe ce qui oblige à d’emblée avertir le lecteur que nous entrons ici, dès le départ, dans l’indéniable difficulté du discours levinassien, que le commentaire ne doit pas chercher à amoindrir mais au contraire à aggraver, et peut-être à exacerber, dans la mesure au moins où la complexité et la difficulté de ce moment critique introduiront à celles de la pars construens de ce discours sur la mort - de cette pensée de la mort. Mais, avant de s’engager sur ce chemin, il importe de préciser ce qu’il en est de cette insatisfaction qui pas à pas accompagne Levinas dans sa recherche. Enonçons alors l’hypothèse de fond de la présente lecture : cette insatisfaction a sa source dans le sentiment d’une insuffisante pensée de la négativité de la mort, trop vite ramenée à ce que Hegel ne manquerait pas ici de désigner comme le bien-connu. Négativité de la mort qui excède la pensée ou qui nous confronte à ce qu'un Grec avait subodoré : qu’il est « certaines pensées plus fortes que nous »3. Négativité qui, en tout cas, nous écarterait radicalement de la spiritualité de l’idéalisme allemand où la mort en sa néantité est condition de la vie de l’Esprit. Négativité à saisir - ou à pâtir - dans l’ineffectivité qu’elle induit, dans ce qu’un Blanchot, pour le convoquer peut-être trop tôt dans l’économie de cette étude, appellerait sa neutralité, et qui amena Georges Bataille à la penser comme excès ou excédence. Négativité, quoi qu’il en soit, que Levinas n’évite pas, devant laquelle il ne se détourne pas (je pense évidemment à la Préface de la Phénoménologie), mais dont il demande seulement si le néant lui suffit.

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non pas cependant pour lui opposer ce qu’il appellerait « un dogmatisme à l’envers » . Qui fait bien commencer la philosophie avec la mort. Si la tâche de la philosophie consiste à rechercher et à interroger la qualité propre de ce néant (« dont précisément nous ne savons rien ». 5 5 6 C’est probablement ici que se marque avec le plus de netteté le déplacement qui s’opère entre les Conférences des années quarante et le Cours.La mort en sa négativité 12/04/05 22:55 1. Ce qui peut en effet étonner dans ce dialogue. avec par exemple Spinoza7 ou avant lui Descartes8. De cette position dogmatique à laquelle se rattache toute une tradition moderne. suffirait à lever cette anxiété. pour toute une philosophie. en même temps que commence à s’exposer la complexité de la pensée qui s’exprime dans ce dernier. Affirmation.la reprise de la question dans les années soixante-dix. l’atmosphère ou l’émotion dans lesquelles il prend son commencement. parvient ainsi en présence de l’être de sorte que. Mais ici s’indique également le premier écart avec la tradition philosophique. telle du moins qu’elle s’inaugure avec le Platon du Phédon. enfin délivrée de l’obstacle corporel. la mort se confond ou auquel elle se réduit. les objections de Simmias ou de Cébès mais en remarquant comment la « mise en scène » du dialogue. Mort et néant 4 Car les propos d’après-guerre cités sur le seuil de cette analyse ne signifient pas une négation. parvient à la pensée pure. dans La Mort et le Temps. Car le Cours ne cesse de répéter que « le néant de la mort est indéniable »4. loin de signifier le néant. 67-68)6. Levinas s’écarte d’emblée. la mort doit être comprise comme l’achèvement même de l’exercice philosophique. c’est que le discours résolument positif de Socrate s’affirmant Página 4 de 31 http://noesis. même si elle réserve une question : celle de savoir si …la mort [n’]indique [pas] un sens qui surprend comme si l’anéantissement pouvait introduire dans un sens qui ne se réduit pas au néant.ou le craindre . donc.html . battent en brèche la souveraine affirmation socratique de « la théorie plus forte que l’angoisse de la mort »9. du moins au départ). mais en posant le dogme de l’immortalité de l’âme qui. comme l’accomplissement même du théorétique (Phédon. bergsonienne ou autre.org/index8. cela veut aussitôt dire qu’il est absolument nécessaire de le reconnaître et de penser ce néant avec lequel.l’affirmation d’une finitude indépassable . du néant et du néant de la mort. incontournable.ni même en s’engageant dans une discussion avec les arguments de Socrate.revues. Si l’on pouvait le croire . à en déterminer la négativité sui generis.

et les yeux dans leur centre ce point. puisqu’il s’agit. allait cesser de vivre. selon les analyses sans cesse reprises par Levinas. saisira tous les participants du drame.La mort en sa négativité 12/04/05 22:55 sur le point d’accéder.. s’annonce comme arrêt. dans la paralysie progressive. tout en protestant contre l’image du pilote en sa nacelle. absent de la scène12. comme nous en avions l’habitude. pour citer qui est plus qu’un commentateur. n’est pas un portrait . pour s'accomplir dans l'immobilité définitive de la fixité du regard (Ibid. noir toujours. quelque chose revient à l’esprit de Phédon. nous étions plongés dans la philosophie. 13 10 Or le visage. 117-118a). que Socrate devra faire chasser (Phédon. il ne se qualifie pas. mais aussi de la douleur quand me revenait à l’esprit que cet homme-là. mais nous conduisant déjà.c’est la mort en tant que fin de quelqu'un. ne sont autant que de « fausses notes » (Ibid. Malgré l'affirmation souveraine de l'immortalité de l'âme. avec la mort. Quelqu’un …ce que Descartes. pour le Maître. dans …les yeux. quelque chose que son affirmation même aurait dû tenir résolument à l’écart.org/index8. va passer les bornes ou tomber dans l’excès10. rien qui de près ou de loin permettrait une objection mais il est une pure émotion. en http://noesis. au cœur même de la pensée de Levinas . venait de préciser Phédon]. (Phédon. Et ce refoulé qui fait retour n’a rien de théorique. oserait-on dire. dans le refroidissement et le raidissement progressifs du corps de Socrate.à l’insu. de Platon. j’étais envahi par un sentiment déconcertant. dans le Phédon même. comme chez les femmes. dont aucun ne saura retenir des larmes qui. Ce que décrit ainsi Phédon . tout à l'heure. ce dont Leibniz fait une monade. se décrit phénoménologiquement comme visage. au bonheur suprême et au parfait accomplissement de l’acte philosophique. par « la bouche ou quelque autre élément d'un “blason” » : il est « vu ». ce que Spinoza pense comme mode de la pensée. 59a) 7 8 9 Trouble qui. Qu’il est au bord de l’anéantissement.. soit rapporté par un narrateur qui ne parvient pas à masquer le trouble qui l’envahit au moment même où il lui faut entendre cette leçon magistrale : Non. ce que Platon pose comme âme contemplant les Idées. 117e). Et trouble qui. curieux mélange où entrait certes du plaisir [plaisir semblable à celui que je prenais lorsque. émotion devant l’inoubliable ou l’indéssaisissable 11 : devant ce « fait » indéniable que celui qui tient ce discours sur l’immortalité va cesser de vivre. 59-60). sincèrement. et d’abord Xanthippe.html Página 5 de 31 . Fin qui. exclusivement. chez Apollodore. de manière inattendue. au bord du néant en tant qu’il est au bord de la fin. substantifie. lorsque la mort adviendra effectivement.revues.

comme tel.. loin d’être plastique.et cette transformation est Página 6 de 31 http://noesis. Et ce rapport entre [elle] et son image est la ressemblance.16 12 Ou encore. En tant qu’elle est retour de quelqu’un à quelque chose. encore chose parmi les choses. ouvrage qui s’est prioritairement attaché à fournir une phénoménologie ou une contre-phénoménologie du visage : Le visage. apparition ou masque .] Et cependant tout cela est la personne [. d’un simple trou. immobilisation définitive dans une forme. étude contemporaine des conférences sur Le Temps et l’Autre. son regard. comme un portrait. 13 Ainsi.. 11 Il est . comme un sac troué. image.] Il y a donc dans cette personne [. dans le renvoi qu’il induit aux analyses menées dans La réalité et son ombre. ses gestes. rien.org/index8. …la défection de la corrélation intentionnelle du dévoilement où Autrui apparaissait plastiquement comme une image. sa propre caricature [. le visage est « au bord de la sainteté et de la caricature »17. pétrification dans la plastique d’une image. forme. ne recouvre pas entièrement les objets qu’elle tient et la manière dont elle les tient.« la défection de la phénoménalité en visage ». sa pensée. et dont je ne retiendrai qu’un aspect : Voici une personne qui est ce qu’elle est .. Mais. une dualité dans son être. Et c’est ainsi que la personne porte sur sa face. Nous disons [qu’elle] est elle-même et son image. de les contenir. -De toutes les qualifications qui viennent d’être données . mais elle ne fait pas oublier..] Et cependant cette nouvelle dimension s’ouvre dans l’apparence sensible du visage.revues.15 Loin d’être forme.] une dualité..html .19 14 En ce sens. Comme le dira le Cours : « Quelqu’un qui meurt : visage qui devient masque »18.La mort en sa négativité 12/04/05 22:55 fait. n’absorbe pas. sa peau. à côté de son être avec lequel elle coïncide. la pupille14..c'est du moins la première définition qu’on en puisse donner l’animation même de quelqu’un.. ses membres. qui s’échappent de sous l’identité de sa substance. caricature. emprisonne dans une caricature cette ouverture qui fait éclater la forme. son expression ou son expressivité. perce la forme qui cependant le délimite [.et qui doivent être comprises comme des quasi-synonymes . L’ouverture permanente des contours de sa forme dans l’expression.quelque chose.la plus importante est sans doute aucun donnée par le mot « image ». et pour cette fois s’en référer à Totalité et Infini. Elle est ellemême et elle est étrangère à elle-même et il y a un rapport entre ces deux moments. incapable. La mort est anéantissement en tant qu’elle est fin du visage ainsi défini. la mort est fin du visage en tant que transformation de la « personne » en son « image » . emprisonnement dans une caricature : apparition.. le visage « est » la défection de la forme et de la plasticité .

26 18 Ce « quelque chose ».anéantissement ouvrant un néant qui ne débouche sur rien. ce néant est reconnu comme le trait déterminant de la mort. Mais il faut d’abord remarquer que le néant ouvert par la mort ainsi comprise est « pur néant » ou « néant total » : Un néant tel que celui de la mort.revues. On y reviendra. Loin que néant et inconnu s’opposent comme par exemple négatif et positif.le semblant du visage en tant que forme et ouverture permanente de la forme . La mort ainsi comprise. peut-être. sur l’inconnu. n’est gros de rien. tandis qu'il « s’exprime dans le sensible »21. rigoureusement pensé. sans fondement. l’ouverture de la forme. Il est néant absolument indéterminé qui ne fait allusion à aucun être. Dans la mort ainsi comprise apparaît une image . la question de savoir si ce regard suffit à la « considération » de la mort. une pensée de la mort doit traverser le néant ou.25 17 Loin d’être une simple remarque. avec l’acuité de ce néant plus grande dans la mort que dans l’idée de néant de l’être [. comme dirait Hegel. est anéantissement .. la déchirure du sensible. loin que l’inconnu annoncé par Le Temps et l’Autre vienne se substituer au néant de la mort pour « la rendre inoffensive [. la défection de la phénoménalité.] la justifier [ou] promettre la vie éternelle »23. et non pas chaos aspirant à une forme : la mort est mort de quelqu’un et l’avoir-été de quelqu’un n’est pas porté par le mourant mais par le survivant. comme le trait nécessaire à une pensée de la mort. sinon. cette proposition nous confronte avec le second motif d’insatisfaction ressenti par Levinas envers la tradition philosophique. ou qui a été Página 7 de 31 http://noesis. comme il se doit. ressentie plus dramatiquement. « le regarder en face »24. néant pur. et qu’il énonce d’une manière on ne saurait plus brutale : Dans la mort.org/index8. Dans la mort ainsi comprise apparaît la seule apparence « comme un accoutrement que [le visage] abandonne en se retirant »22 tandis que « disparaît » ce qui n’avait jamais apparu : l’échappée ouverte par le trou noir de la pupille.. ressemblance cadavérique comme l’a bien vu Maurice Blanchot20.html .] nous arrivons à quelque chose que la philosophie européenne n’a pas pensé. et la philosophie qui n’a pas été capable de le penser.non pas cependant du phénomène mais de sa défection. transformation du visage en image ou en caricature.La mort en sa négativité 12/04/05 22:55 15 16 ressemblance.. Tout cela réservant. On voit donc bien que..tandis que « disparaît » le visage comme ce qui « déchire le sensible ». si le néant est à la mesure de celle-ci. non de l’eidos mais de son animation . non du sensible mais de sa déchirure. c’est bien évidemment le néant en tant que pur néant.

à une authentique pensée de la mort. (Hyppolite) La famille écarte du mort cette opération déshonorante des désirs inconscients et de l’essence abstraite. qui n'est pas l’Aufhebung spirituelle » et c’est pourquoi …la fonction éminente de la famille est de restituer à la mort son sens véritable. de l’enlever à la nature et d’en faire une opération spirituelle [.] La famille pose sa propre opération à la place de la nature. de la Phénoménologie. commente Jean Hyppolite]. pose sa propre opération à la place des leurs. et retient sous son contrôle les forces de la matière singulière et les basses vitalités qui voulaient se déchaîner contre le mort et le détruir. on arrive. « la mort est seulement négation naturelle qui ne conserve pas en même temps ce qu’elle nie. dont les premières à cause de la vie qu’elles possèdent. est maintenant …seulement un être passif pour autrui. de façon à faire apparaître en quoi.revues. au sein de ce qu’il révère comme pensée de la mort. elle en fait par là l’associé d'une communauté qui domine..org/index8. Le Soi singulier est élevé à l’universalité.ici fortement marqué par les analyses d'Eugen Fink27 .La mort en sa négativité 12/04/05 22:55 19 20 21 « défiée » par lui. (Hegel) 22 Ce que Levinas admire ici. Le mort qui a été vivant. ont achoppé sur la pensée de la mort en esquivant le néant qui lui est propre. « le mort n’étant ici ni une chose ni une personne. les secondes à cause de leur nature négative. la proie de l’individualité élémentaire. en l’occurrence pensée comme un moment nécessaire de la marche de l’Esprit vers lui-même..] donne un sens à la mort. mais une ombre »28. Levinas se demande s’il n'y a pas quelque chose d’infondé dans la Página 8 de 31 http://noesis. ce n’est rien d’autre que la pensée qui va d’Aristote à Hegel ! .ces deux philosophes. abandonné en proie à toute basse individualité irrationnelle et aux forces de la matière abstraite [« une pure chose. selon Levinas . en l’occurrence par la famille.Il est certes impossible de reparcourir ici la discussion qui serait censée justifier une proposition aussi exorbitante. elle en fait un daimon. Chez Hegel. dont on peut certes dire que l’avoir-été n’est pas porté par lui mais par le survivant.. il est celui-ci disparu. selon Levinas. à l’individualité élémentaire impérissabl . S’il en est ainsi. et pensée de la manière la moins réifiante qui soit. et avec eux l’ensemble de la pensée d’origine grecque. ou des autres vivants ». mais qu'elle est pensée . mais il est essentiel d’en mettre en lumière l’angle d’attaque.html . elle unit le parent au sein de la terre . et unit le parent au sein de la terre.. On y parvient en pensant la relation avec le mort. Et cependant. La communauté familiale [. la terre. mais un celui-ci disparu qui continue d'être comme esprit. c’est que la mort n’est pas seulement décrite. avec les premières pages du chapitre sur l’Esprit de la Phénoménologie. qui a été une conscience et une conscience de soi. au contraire. sont désormais plus puissantes que lui (Hegel).

s’il est à la hauteur ou à la profondeur du néant de la mort . de telle sorte qu’ils soient en et pour soi la même chose. vacuité parfaite. C’est. au fond de l’être. par conséquent. il y a donc un néant pur. mais à celui de la Logique. « le même intuitionner et penser vides que l’être pur ». 24 Cependant : Mais ces expressions ont un substrat.La mort en sa négativité 12/04/05 22:55 23 description. avec l’élémental.30 25 Ils ne peuvent l’être et ainsi convenir à « Ce que doit être le commencement de la science » . être et néant sont maintenus à l’extérieur l’un de l’autre dans le temps. « égalité simple avec lui-même.html . représentés comme se produisant tour à tour en lui . Ce dernier. ajoutait-il avec son beau sourire.qui est la plus importante. dans ses premières pages.que s’ils sont respectivement pensés comme être pur et pur néant. expriment au fond la même union de l’être et du néant. De même qu’il se demande s’il est légitime . Et qui. en effet. car elle rejoint celle que Levinas oppose. « dans son immédiateté indéterminée n’est égal qu’à lui-même. Dès lors. absence de détermination et de contenu.ce néant est-il « à la mesure de la mort ». on est ici en deçà de la citoyenneté). Hegel pouvait quelque part être naïf ! ») Dans le cas d’espèce. par delà le néant29.ou cette seconde question . Au commencement. Mais . dans une première Remarque. est « l’intuitionner et le penser vides eux-mêmes ». cette seconde objection . et aussi il n’est pas inégal en regard d’autre chose . selon lesquelles tout ce qui est a dans sa naissance elle-même le germe de son disparaître. et non plus. ce serait la relation subrepticement établie entre la mort et le sang (l’inhumation étant accomplie par les parents par le sang. qui est le lieu où se produit le passage . tandis qu’à l’inverse la mort est l’entrée dans une vie nouvelle.revues. met cette problématique en rapport avec celle de la mort : Les maximes populaires. état-de-non-différenciation en luimême ». mais ils ne sont pas pensés dans leur abstraction. de réunion du mort avec l’individualité élémentaire. ou parvient-il à contenir « ce qu’il y a de hors-circuit dans la mort. (« Comme si.org/index8. dans la mort que connaît l'homme »31 ? Et la question se pose effectivement si le néant pur. il n’a aucune diversité Página 9 de 31 http://noesis. pense l’identité de l’identité et de la différence de l’être et du néant dans le devenir. ce me semble.et c’est la question insidieuse et obsédante qui préoccupe ou qui taraude Levinas . surtout orientales. Laquelle. avec la terre : comme retour au fond. non plus au Hegel de la Phénoménologie.de récupérer ou de « relever » cette exception dans et par la « cérémonie des adieux » accomplie en guise d’inhumation.

et ni plus ni moins que néant ». est en fait néant. et qui les précède tous les deux. le devenir 32. mais le fait que l’être . l’un des plus essentiels et des plus difficiles. et le néant....] Le devenir est donc une existence purement logique qui signifie la non-existence de l’être à l’état pur et du néant à l’état pur. telle néanmoins qu’elle se donne comme passage ou processus (non temporel évidemment : l’un est déjà passé dans l'autre). c’est-à-dire que ce processus de penser est ici la réalité..revues. non en tant que distribuée entre deux “choses” différentes. Cela veut dire que l’origine est un processus qui crée tout le reste : l’origine est le penser.] Il est l’indéterminé et vacuité pure ».. absolument la même chose que ce qu'est l'être pur. La conclusion ne peut être que la suivante : « L’être. qui est limité par l’être. En ce sens. laquelle consonne avec les conclusions qu’en tire Levinas : En pensant l’être. comme l’être celle de « l’être à l’état pur ». et le néant en être. Les deux entités impliquées ici s’excluent mutuellement. le néant pur signifie la non-existence du « néant à l’état pur ». L’un et l’autre signifient leur impossibilité en tant qu’entités ou leur être-déjà-dans-lePágina 10 de 31 http://noesis. 26 On sait ce qui découle de ce parallélisme.. qui est limité par le néant. ce mouvement est ce que Hegel nomme Werden. Cette existence naît parce que le penser peut nier les négations entre entités pensées par lui.] ou il est seulement cet intuitionner même. partant. conclusion strictement parallèle à celle du paragraphe suivant : Le néant est donc la même détermination. ce processus.. 27 Non point cependant que cette vérité soit l’état-de-nondifférenciation des deux termes. mais on voudrait retenir au moins l’interprétation qu’en donne Eugène Fleischmann.La mort en sa négativité 12/04/05 22:55 en lui. ce n’est ni l’être ni le néant. « il n’y a rien à intuitionner en lui [. mais par le truchement d’une différence qui s’est dissoute tout aussi immédiatement. mais en tant qu’une seule existence. ou plutôt la même absence-dedétermination. ni vers le dehors [. l’immédiat indéterminé.html . mais leur absolue différence.] mouvement où les deux sont différents. et. et qu’énonce le troisième paragraphe : Ce qui est la vérité. Ce processus n’élimine pas la contradiction : il est la contradiction. pur et vide ». elles ne peuvent exister en tant qu’“objets” ou “réalités” : c’est pourquoi c’est le processus qui s’affirme et se maintient. je fais naître ces deux notions l’une de l’autre.mais est passé en néant.. et créer ainsi l’existence du processus [.non point passe . 28 29 Ce passage. On ne peut ici entrer si peu que ce soit dans l’analyse de ce texte.org/index8.33 30 S’il en est ainsi. comme …mouvement du disparaître de l’un dans l’autre [.

pour songer encore à Philolaos.html Página 11 de 31 . du moins ce que Levinas nous aura appris à entendre comme la pensée du Même36. admettre la possibilité de penser séparément le néant. L’une est disparaître . sur le mode spéculatif.revues. dépourvus d’indépendance et doués uniquement d’existence “idéelle” (ce qui est le mode d’être des moments supprimés et sublimés)34. et est plutôt le passer dans le néant. ou disparaître. ou surgir. de la métabolè ? Car. La proposition spéculative de Hegel serait donc essentiellement la négation de la négation abstraite (non relevée). mais l’être se sursume tout aussi bien lui-même. le néant passe dans l’être. 31 Ce que Levinas retiendra de ce texte fondamental ici à peine effleuré. Ce surgir est l’autre direction. en ce sens. qui apparaissent existantes et fixes (“immédiates”).le devenir en tant que « surgir et disparaître » (Entstehen und Vergehen) : Mais ces directions si différentes. parce que le penser n’a pas encore trouvé les négations correspondantes qui vont les dégrader en “moments”. en tout cas.La mort en sa négativité 12/04/05 22:55 devenir …où les entités. chez Aristote . l’être passe dans le néant. sont structurées de la même manière. Mais. ou telle. 34 Nous permettra-t-on de dire que c’est.org/index8. ne le sont que parce qu’elles n’ont pas été pensées suffisamment. l’affirmation de la nonexistence du néant séparé (aussi bien d’ailleurs que de celle de l'être séparé). c'est que le « pur néant » n’excède pas le processus qui l’englobe en même temps qu'il comprend l’« être pur » . dans son analyse. pensée forte comme ellemême. le Entstehen ou le surgir]. ce que l’on peut retenir du passage suivant de la Physique. Comme si Aristote se refusait à penser le néant pour lui-même37. la corruption [la phtora.et pour le dire encore avec une excessive rapidité …la métabolè est le retournement de l’être en néant et [Aristote] semble. le passage au néant sont toujours en liaison avec la génération [la genesis. Ce qui veut dire qu’elle est la pensée. notera Hegel dans le paragraphe sur les “Moments du devenir”. et plutôt le passer dans l’être. mais le néant est tout aussi bien le contraire de soi-même. se compénètrent et se paralysent mutuellement. Génération et corruption. Surgir et disparaître sont par conséquent. que rien n’est plus fort qu'elle. la définition aristotélicienne du changement. qui se distinguent certes de l'altération [alloiôsis]. le Vergehen ou le disparaître]. non pas deux sortes de devenir. 32 33 Or cet « un-seul-et-même » est la pensée. qui à son tour requerrait un long commentaire ? http://noesis. mais immédiatement une-seule et même-chose (Eines und dasselbe)35. Mais la proposition hégélienne ne répéterait-elle pas alors. et pas en tout cas le néant ni la pensée du néant.

Heidegger. Sein und Zeit. Néant et inconnu 37 Mais la signataire de ces lignes les fait immédiatement suivre par cette question : Ce qui est proprement impensable pour la métaphysique peut-il apparaître dans un autre type de discours ? 38 39 Or il me semble clair que. le changement qui va d’un non-sujet à un sujet selon la contradiction est la génération : quand c’est absolument. quand c’est spécialement.html . plus Página 12 de 31 http://noesis. se produit avec Heidegger ? Qu’est-ce qui se passe dans Sein und Zeit ? C’est encore rapidement que l’on procédera.revues. en césure “relevable” et en simple limite du pensable : ce qui. Ou. tandis que celle qui va du non-être absolu à la substance est absolue . la génération du non-blanc au blanc est génération spécialement de celui-ci. et dans un livre. on dit que la chose est engendrée absolument. cette césure radicale. il est possible de retenir la conclusion suivante. Qu’est-ce qui. spéciale quand elle va vers la négation opposée. un Dasein. en citant quelques lignes qui ne sont pas de la plume de Levinas mais que celui-ci aurait en un sens pu signer : D’Aristote à Hegel. c’est seulement parce que …ces deux termes [Entstehen et Vergehen] rappellent la genesis et la phtora aristotéliciennes. Autrement dit : dans un certain sens et en un premier temps. Ou plutôt. cet impensable pur et simple qu’est la mort se voient convertis en “non-être relatif” et “négativité déterminée”. Le changement qui va d’un sujet à un non-sujet est la destruction . 2. par exemple. tant que le « proprement impensable » reste déterminé comme « néant pur » que ne saisissent ni Aristote ni Hegel. elle est absolue.org/index8. quand il s’agit d'elle. mais [qu’]il ne s’agit pas ici de ces mouvements.La mort en sa négativité 12/04/05 22:55 Maintenant. c’est-à-dire qu’il est la même chose. 36 De ces analyses. c’est que l’humain n’est plus conçu comme une subjectivité mais comme un être-là. absolue quand elle va de la substance au non-être. s’il n’est pas exactement le même. et non qu’elle est engendrée telle ou telle. Ce qui se passe avec Sein und Zeit. en fin de compte. cette négativité absolue. ou plutôt de ces notations. témoigne de l’incapacité de la métaphysique à affronter véritablement la mort40. elle est spéciale . précisant qu’une telle « apparescence » s'est produite chez un penseur. en effet. comme on l’a dit pour la génération38. 35 Comme chez Hegel. Levinas aurait pu répondre positivement à cette question. disparaître n’est chez Aristote que l’inverse de surgir. qui sont déjà beaucoup plus concrets39.

en cela même qu’une tâche lui incombe : comprendre ce qui en lui se comprend. ne peut être « existée » que sur le mode de l’anticipation .me tient en haleine.org/index8. comme le précise Gadamer : « Sein. Par celle-ci en effet.qui se passe à travers son être et grâce à laquelle l’être se comprend et se fait compréhensible . Au sein du Dasein. en vérité. Comme le lieu où l’être lui-même.la possibilité que me soit retirée toute possibilité. je ne choisis plus (si l’on peut ici admettre un lexique sartrien) entre telle et telle possibilités déterminées. que la relation du « je » à « quelque chose » ne peut se produire qu’en guise de relation d’un sujet à un objet. me rend possible. ist Sprache »41.hora incerta. il doit être rattaché à une possibilité qui elle-même ne se réalise pas. et non pas seulement de la réalité. conditionne toutes les possibilités. das verstanden werden kann. mais qui. tant qu'elle n’a pas lieu . lorsqu’elle a lieu. Cette possibilité a un nom : la mort. ne se fait pas en cette manière . Compréhension dans ou par laquelle l’humain devient « je ». Mais possibilité « à saisir » et que précisément il faut saisir pour que le néant ne soit pas « moins que rien ». s’exerce comme relation du je à ses possibilités.ou signifie tout autrement. m’ôte toute possibilité.La mort en sa négativité 12/04/05 22:55 précisément. En ce sens. n’aura pas le teint de jeune fille que lui prête Kant43. mais permette précisément la saisie du possible comme possible. et. Car alors elle se pourra ! L’ineffectivité dont parlait Hegel sera alors regardée.revues. chez Heidegger. la possibilité même de toute possibilité. Possibilité. par son anticipation. et moins encore de la nécessité. Mais cela ne se peut plus dans le style de la philosophie classique. La relation du je à l’être . et comme Heidegger ne le dira que plus tard. mais je suis confronté à la possibilité suprême . donc. en restant ultimement possibilité. La mort qui. possibilité d’un néant pur. qui ne se réalisera (certainement) qu’en m’ôtant toute possibilité et. devient ipséité. http://noesis. du « je » à l’être. où il « se fait ».. mais se pourra comme angoisse. a lieu. tandis qu’elle n’est pas (encore) réalisée. que s’il est lui-même possibilité. comme un Da-Sein. la relation du Da au Sein. dans le jeu desquelles le « je » se saisit tandis que l’être se comprend. plus profondément que regardée44 : existée. et. ou de l’impossibilité de la possibilité. mais qui. Possibilité qui. Par la mort.html Página 13 de 31 . pour être tel. de la fin de toute possibilité. en me suspendant à cette possibilité ultime. par là. qui n’est aucun étant. essentiellement.. par la prouesse du langage. mais qui. l’impossibilité : la mort. Mais anticipation qui. Mais le « je » ne peut être ainsi relation avec ses possibilités que s’il est d’abord relation avec la possibilité comme telle. se comprend. Mais. pour autant que celle-ci pense. que s’il n’est autrement que possiblement. Jankélévitch y insistait42 . ainsi. le néant sera là.

sauf. dans sa rigueur incomparée. et celle-ci comme science rigoureuse.. plus précisément. passé les bornes : on est passé. Même si nous allons vite. diront les maîtres. dans les larmes d’Apollodore . indépassable. avant d’en baiser le front dont le froid vous stupéfiera. sans doute aucun. disait Husserl. Levinas n’a jamais fait mystère de son admiration pour la somptueuse phénoménologie de Heidegger. quand il n’est plus question de saisir ni même d’accueillir. intentionné50. si l’on en croit ce qui fut remarqué plus haut. amené à supposer un inévitable substrat théorique engoncé dans les limites de l’intentionnalité pour tout penser et tout faire humains. Mais on peut justement se demander si le néant de la mort a « jamais pu être pensé dans la pensée ou il aurait dû être égalé ». rechte. la méditation de Heidegger parvient. on a. Il n’en reste cependant pas moins que si la métaphysique a toujours échoué dans son projet de dire la mort . Tout au long de son œuvre. et. Autrement dit. La question est. comme chez Schönberg. et si l’on nous accorde encore une fois de parler en chaussant les bottes de sept lieues. à bout de souffle.org/index8. à poser que « tout acte. pour tout agir et même tout pâtir. Quel que fût son regret d’avoir une dette envers qui s'était compromis avec le Mal. celui du Sein. Et l’on peut reconnaître à Heidegger l’incomparable mérite d’avoir dégagé le néant de son emprise théorique dans la philosophie pour le ressaisir .La mort en sa négativité 12/04/05 22:55 40 41 et.revues. Peut-être. et en particulier pour la description de la mort donnée dans Sein und Zeit. c’est-à-dire la plus plate. avait plus tard pensivement évité la question d’une mort donnée six millions de fois46. enveloppe en soi un facteur “logique”. certaine. indéterminée dans sa certitude . là où. fera du là ou du Da ce qu'il est. précisément. il réclamait une philosophie comme science. mais peut-être seulement de recueillir le dernier souffle du mourant. dans sa tension extrême. Disant cela. Elle consiste à se demander si. ou tout corrélât d’acte. de l’analyse rigoureuse à la sentimentalité la plus échevelée. implicite ou explicite »49. Le débat n'est pas là ou plutôt ce débat n’a pas ici sa place. on nous accordera que c’est bien Página 14 de 31 http://noesis. strictement théorique47.grâce à l’affectivité.. plus vicieusement peut-être encore. la parole fait défaut 48. Ainsi amené.jusque dans ses conséquences théoriques . ici. dans les marges du texte platonicien. grâce à une affectivité libérée de tout substrat ou de tout enveloppement théoriques.c'est peut-être pour s’être voulue trop rigoureuse. Alors la mort « apparaîtra » (et je prends le mot dans le sens où l'entend Françoise Dastur) dans son « concept existential plein »45 : la mort est la possibilité la plus propre. de gré ou de force. lorsque.html .et telle que seule l’angoisse peut l’anticiper ou la devancer dans sa propriété.

en échappée vers le nowhere de Baudelaire : Any where.et …l’inconnu de la mort signifie que la relation même avec la mort ne peut se faire dans la lumière .mais sans légitimer cette affirmation. il ne s’oppose pas à proprement parler au néant de la mort . Mais vers où ? Mais vers quoi ? .plus précisément . si dans la mort se dissout aussi cette possibilité qu’est la mort52.revues.Nous voici donc renvoyés vers l’inconnu. C’est dès lors ici qu’il faut faire .ou même si l’accueil .. dont les premières pages de cet essai étaient parties.au delà de « la philosophie qui nous est transmise ». tout juste postérieure à Sein und Zeit. poser la question radicale.dans ce geste qui cherche justement à ressaisir dans l’affectivité ce qu’il a théoriquement abandonné.conviennent encore à la fin de la mort. C’est là.que le sujet est en relation avec ce qui ne vient pas de lui.si « quelque part » et « quelque chose » ont encore ici un sens. L’« inconnaissable ». ni préciser comment alors néant et inconnu se rapportent l’un à l’autre. out of the World54. que la fin signifiée par la mort …est certes comprise dans cette possibilité qu’est la mort. mais où nous-mêmes sommes saisis. si l’on reprend un titre de chapitre dans l’édition du Cours51.] c’est-à-dire étranger à toute lumière. dans la pensée de Levinas. selon la formule quasi-consacrée de Levinas. Ce qui à présent doit être fait.demandons encore à Blanchot de nous aider à parler .trop d’appétit . mais [qu’]elle est aussi ‘reprise’ par elle.« le pas au delà »53. ce n’est pas du néant de la mort que l’analyse doit partir …mais d’une situation où quelque chose d’absolument inconnaissable apparaît [.org/index8.La mort en sa négativité 12/04/05 22:55 42 43 44 45 là le sens de la conférence Qu’est-ce que la métaphysique ?. Ici passerait le souffle de l’inconnu.html . . pour reprendre le lexique heideggérien . rendant impossible toute assomption de possibilité. que l’on peut provisoirement formuler en remarquant. Reprenons . Il faut cependant faire un pas de plus : on doit se demander s’il n’y a pas encore trop de violence . pour Levinas. avec Blanchot. Au delà de la métaphysique. 46 Il faut serrer de près ces quelques lignes. pour ensuite affirmer que.. Se demander si la saisie . Vers nulle part. c'est l’inconnu . en même temps qu’elle nous introduit au cœur de la pensée Levinassienne de l’immédiat après-guerre. pour ainsi l’accueillir avec le moins de violence qui soit. exprimée plus complètement dans un texte Página 15 de 31 http://noesis.55 47 Cette seconde proposition explicite la première.

revues. c’est-à-dire comme néant-et-inconnu. qui.quelle qu’en soit l'explication physico-mathématique .est phénoménologiquement la condition du phénomène. « Inconnu » ou « Tout Autre » qui ne doivent pas être opposés au néant .] La lumière qui remplit notre univers . cité un peu longuement..et c’est là la proposition forte de Levinas .56 48 Inversement.] mais quelque chose dont l’existence même est faite d’altérité. ou excessive. mais qu’il faut dans son indétermination dire « Tout Autre ». se penche déjà sur un intérieur et. et dont De l’existence à l’existant donnera une première « thématisation »). sans s’absorber en lui. et que Heidegger définit comme « autre pur de tout étant »59 . Quelle que puisse être la distance qui les sépare de l’intellect. comme tel. il s’agit de penser . c’est-à-dire du sens : l’objet.org/index8. conditionne tout être. lui est destiné. le sentiment sont avant tout expérience. ou plus précisément comme ambiguïté du néant et de l’inconnu. vision claire ou clarté qui cherche à se faire [.La mort en sa négativité 12/04/05 22:55 contemporain. la pensée.le néant « nuancé » par l’inconnu. la lumière. C’est par la lumière que les objets sont un monde. se laissera comprendre sans requérir de commentaire : Qu’elle émane du soleil sensible ou du soleil intelligible. il nous fait entrer …dans une relation avec quelque chose qui est absolument autre.. tout en existant.. Ce qui vient du dehors ..mais bien en rapport avec lui : dans la nuance ou la qualité propre qu’ils lui confèrent. Et ainsi en approchant enfin la mort dans sa négativité propre.html . il est donné et appréhendé. n’est ni « donné » ni « appréhendé » . existe pour quelqu’un. La propriété est constitutive du monde : par la lumière. se donne. intuition. mais dont nous ne pouvons pas ne pas percevoir le lointain écho chez Rudolf Otto58. ni sur la façon dont il a été « mis au jour » par Heidegger. « étranger à la lumière ». Cela en inscrivant un pur point d’interrogation60 dans l’anéantissement pur qu’« est » son événement. dont on a dit qu’elle constituait le but de la recherche de Página 16 de 31 http://noesis.illuminé est compris.et. on se rappelle Hegel . ou plutôt n’ayant que l’altérité comme détermination .lui aussi « indéterminé ». c’est-à-dire vient de nous. non pas autre comme Autrui (vers lequel déborderont les pages immédiatement postérieures des Conférences. la volition. formule initialement reprise à Jankélévitch. l’inconnu.57 49 50 Autre encore indéterminé. Car s’il n'est pas question de revenir sur l’indéniable néant de la mort. non pas comme une détermination provisoire [. depuis Platon. Ce serait là serrer de plus près le néant de la mort ou rendre mieux compte de la « négativité absolue » et de la « césure radicale » qu’elle inscrit dans le monde et dans la pensée. quelque chose portant l’altérité. et expressément comme inconnu de la mort. c’est-à-dire sont à nous.

revues.une maîtrise. pour lui. que la mort serait « saisie » dans sa négativité sui generis.org/index8. suprêmement virile. C’est seulement ainsi abordée comme néant-et-inconnu. à peine thématisable. ni pensable - http://noesis. Wahl. Car le commentaire du texte de départ a laissé à l’écart quelques-uns des mots qui le composent.encore ou superlativement . dans cette approche de l’impossibilité. que la mort pensée à partir de l’inconnu. c’est qu’à un certain moment nous ne pouvons plus pouvoir. inconcevable.. disant de l’inconnu qu’il « rend impossible toute assomption de possibilité ». plus négatif que le pur néant61. si l’on peut se permettre un tel langage. et seulement ainsi.] Ce qui est important à l’approche de la mort. pour Levinas cet être-possibilité est un en-rester-à-la-possibilité. …assomption de la dernière possibilité de l’existence par le Dasein. affirmant . qu’elle brise en outre l’ultime lien que la pensée établissait avec elle grâce à l’anticipation dans l’angoisse : La mort tranche sur tout cela. contre laquelle notre puissance est insuffisante [. Ni phénomène. en nous renvoyant une fois encore vers le propos cité au commencement. « plus néant ». comme il le souligne dans Le Temps et l’Autre. …la mort n’annonce pas une réalité contre laquelle nous ne pouvons rien. pas même ou surtout pas l’impossibilité. comme le dit M. nous entraîne dans une direction autre que l’anticipation de la mort en tant que possibilité suprême. qui rend par conséquent possibles toutes les autres possibilités62. Mais il faudrait dire alors de la mort. d’apparence byzantine. a une importance fondamentale. 52 Propos complété par une note : La mort chez Heidegger n’est pas. Autrement dit. oserai-je ajouter.La mort en sa négativité 12/04/05 22:55 51 Levinas : le néant comme néant-et-inconnu étant. l’“impossibilité de la possibilité”. comme « césure radicale ». en accord avec les rappels opérés au début de ce paragraphe. car alors. Il ne faut cependant pas se masquer que ces considérations vont. possibilité de l’impossibilité. en cela qu’avec lui « nous-mêmes sommes saisis ».63 53 Elle signifie. nous placer en porte-à-faux sur Heidegger ou nous faire découvrir dans sa phénoménologie admirée un nouveau motif d’insatisfaction.html Página 17 de 31 .. Car. que si chez Heidegger la mort est possibilité. dans le saisissement.64 54 55 pas même ou surtout pas la mort. qui rompt avec le « non-être relatif » et la « négativité déterminée » comme le notait Françoise Dastur. et cependant irrécusable et indéniable. réfractaire à la pensée. Cette distinction. mais “la possibilité de l’impossibilité”.

à la menace de cet échec nous oblige peut-être à un renversement66. Rachi commente : http://noesis. même par l’angoisse. dans l’angoisse. Avoir vécu l'angoisse ne permet pas de la penser..html Página 18 de 31 .cet « écart » n’étant pas simplement réaffirmé à chaque page du Cours. mais tendant le nerf même de la pensée qui s’y cherche. pour autant qu'elle “soit”.org/index8. et dont on peut trouver l'écho .. qu’il n’y a pas ici à commenter. à ma connaissance. grâce à l’anticipation.65 56 Admettons.revues. Levinas s'écarte . de risquer de sombrer dans l'aphasie alors que depuis le début de cette étude on n’a cessé de répéter que Levinas était en quête d'une pensée de la mort.mais qui fut commentée par Levinas lors d’une de ses leçons bibliques du samedi matin. de la possibilité de l’impossibilité de toutes possibilités. est toujours essentiellement mienne67. la mort reste impensée. citée dans aucun écrit . Mais. la mort n’est déterminée comme telle que parce qu’elle est pensée comme ma mort. énoncée dans un discours qui. mais dont il faut rappeler qu’elle est une de celles dont. Le verset 8 commence ainsi : Jacob s’effraya beaucoup et il fut angoissé. Mais ne risque-t-on pas en poussant ainsi les choses. La mort d’autrui 57 Pensée comme néant pur. Je vais essayer de restituer ce commentaire. se voulait cependant bien élaboré ? . venant d’une autre tradition. Ecart dans lequel passe une autre inspiration.La mort en sa négativité 12/04/05 22:55 l’irrationnel commence là. ni. Le chapitre XXXII de la Genèse raconte l’attaque préparée contre Jacob par Esaü accompagné de quatre cents hommes. Même dans l’angoisse. fondamentalement. la mort ne serait pas encore « saisie » dans la négativité qui lui est propre. pour n’être pas linéaire.Echapper à cette éventualité . saisie comme fin de ma possibilité : La mort. Glose qui n’est pas mentionnée dans le Cours.ou l'origine ? .dans une glose de Rachi. de devoir renoncer à la pensée. 58 59 C’est là une affirmation fondamentale de Sein und Zeit. par cette répétition qu’il ne peut croire fortuite. en le rapportant à la question qui nous importe ici et à la façon dont elle est traitée philosophiquement. chez Heidegger. 60 Etonné par ce redoublement de l’effroi par l’effroi. 3. dans le Cours et le reste de l’œuvre68.

En partant. selon lequel la mort est expérience. devrait permettre (dans la mesure où la pensée de la mort comme ma mort nous avait conduits dans l’embarras parce qu’elle s’était montrée à l’origine d’une insatisfaction) de proposer d’ouvrir une autre voie pour la recherche : de penser d’abord la mort comme celle d’autrui. pour montrer ce qui derrière elle est en jeu. Spinoza et Kant. sont fort clairs à cet égard70. et ne saurait jamais s’élever à la dignité de ma mort en tant que possibilité de l’impossibilité anticipée dans l’angoisse . Qui. et il fut angoissé d’avoir peut-être à tuer autrui. énoncé en premier . 61 62 63 Il y a donc dans ce verset une double frappe de la mort. pour Jacob. en accord avec la leçon d’Epicure. Mais si la mort est ainsi expérience.revues.indéniable. leur ex aequo. pensées ensemble. Or. irréfutable. ne peut être expérience de la mienne propre. Laquelle. elle débouche ainsi sur un discours nécessairement empirique.que l’une et l’autre sont également premières : effroi suscité par ma fin et effroi qui me vient de celle d’autrui . la mort n’est pas une expérience. Celui-ci est nommé en second.d’égale dignité. s’il salue Heidegger d’avoir ainsi surmonté ce lieu commun. On retiendra seulement ici leur égale dignité. de celle-ci. Angoisse devant ma mort et crainte pour celle d’autrui qui. la suite de ce paragraphe pouvant n’en être qu’un commentaire. qui devra néanmoins encore tricoter . nous conduiraient peut-être vers le « plein concept » de la mort.l’effroi devant ma mort ne parvient pas à étouffer l’effroi suscité par (l’éventualité de) celle d’autrui.org/index8.mais également l’effroi pour la mort d’autrui69. il peut en effet s’entendre en ce sens que ce qui est premier dans le verset .au Página 19 de 31 http://noesis. une double marque de l’émotion qui l’accompagne : d’une part.html . à partir de laquelle je « pense » la mienne ou plutôt dont j'induis la probabilité ou la certitude . l’effroi devant sa mort et son anéantissement consécutif . le Cours ne cesse de répéter que. pour ne songer qu’à eux. en tant que celle d’autrui.La mort en sa négativité 12/04/05 22:55 Il eut peur d’être tué. qu’elle en est un prolongement de sens. dans un long passage qui exige d’être cité presque in extenso. angoisse (Heidegger) et crainte (Levinas) . et dans la proximité de la signification néant-et-inconnu. pour parler avec les deux philosophes. et que de la sorte elle s’énonce à la même hauteur que la première . elle ne relève que d’une constatation de fait. et ne saurait donc être que celle de la mort des autres. Que cette seconde frappe prolonge au contraire la première. très modestement. ce qui ne veut cependant pas nécessairement dire qu’il est secondaire . Il faut cependant pour cela commencer par se débarrasser d’un lieu commun qui parcourt la philosophie.existential aussi a priori qu’un transcendantal. me semble-t-il.

qui s’exprime au point de m’être non-indifférent. l’arrêt de mouvements expressifs et de mouvements ou processus physiologiques qui sont enveloppés par les mouvements expressifs.] La vie humaine est l’enrobement des mouvements physiologiques : elle est décence. et qui. si elles ont été comprises.] Mais inconnu qui n’est pas à son tour objectivé et thématisé. il n’y avait qu’un mot à souligner : « visage ». un mouvement. ce qui « finit » ou ce qui meurt dans la mort d’autrui. pourrait bien recevoir le nom d’inquiétude : Le rapport à la mort dans son ex-ception [est] rapport purement émotionnel. « plus ancienne que toute expérience »73. une inquiétude dans l’inconnu [. La mort est décomposition . Il nous renvoie aux analyses du visage conduites plus haut. l’expressivité qui englobe et cache les mouvements physiologiques selon notre texte . C’est une émotion. d’être un qui m’importe.] La mort est écart irrémédiable : les mouvements biologiques perdent toute dépendance à l’égard de la signification. l’échappée du phénomène en énigme. qu’il n'y a pas de relation avec la mort d’autrui comme visage . doivent nous faire comprendre pourquoi la mort d’autrui ne peut être ravalée au rang d'expérience. car elle est un s’associer [.ce qui signifie en revanche que cette relation est autre qu’expérience. disait Totalité et Infini. et non pas ce qui est « encore chose parmi les choses ». dont le texte cité est un autrement dit. de me concerner. C’est par cette expressivité de son comportement .que s’exprime quelqu’un. mais inquiétude où s’interroge une http://noesis. Pour en passer à Autrement qu’être. Car ce qui « disparaît ». un habiller .qui est en même temps un dénuder.71 64 Du point de vue du commentaire. si l’on se rappelle la fin de la citation de la page 20 du Cours et sa façon de parler du visage comme de quelqu’un qui s’exprime au point de m’être non-indifférent. d’un savoir préalable74. de l’expression. mais « la défection de la phénoménalité en visage » .. pour en appeler à un autre texte72. ce n’est pas le phénomène. c’est le visage. Que savons-nous de la mort. Relation qui. c’est l’arrêt d’un comportement. C’est la trouée dans le trou de la pupille.revues. de me regarder. différent de moi.org/index8.html Página 20 de 31 . un autre que moi.qui habille l’être biologique et le dénude au delà de toute nudité : jusqu’à en faire un visage .avec le texte.cela formant ‘quelque chose’ qui se montre... visé ou vu. fait plus que se montrer : s’exprime [. qu'est-ce que la mort ? Selon l’expérience. comme on croirait devoir en conclure dans un premier temps.. dissimulés par eux . ou plutôt quelqu’un qui se montre ..l’énigme du visage ou le visage comme énigme.La mort en sa négativité 12/04/05 22:55 point de croix ! . sur notre sensibilité et notre intellect.ce qui « perce la forme qui cependant le délimite ». Elle est un cacher. elle est le sans-réponse. Or Levinas est trop bon kantien pour imaginer qu’il puisse y avoir expérience d’autre chose que du phénoménal ! Ce qui ne veut pas dire. (C'est en revanche le texte qui souligne « quelqu’un »).. émouvant d’une émotion qui n’est pas faite de la répercussion.

. de l’« inconnu » des Conférences de 1946-1947. sans donnée. Question pure. parce que non phénomène..75 65 66 Deux mots. On reviendra sur ce point.La mort en sa négativité 12/04/05 22:55 interrogation inconvertible en réponse [. est le « hors lumière »... Grâce ou dans l’inquiétude qui est inquiétude pour autrui car précisément le Cours interroge la mort d’autrui. Mais il faut d’abord s’attarder sur la « traduction » elle-même . Mais par laquelle « mystère » est traduit en « énigme » exactement dans la mesure où « inconnu » l’est en « question ». On pourrait dire. ont été soulignés par le Cours lui-même (que je n'ai pas cité dans l’ordre de ses propositions.] Inquiétude qui.. il nomme aussi le visage qui.html . « question qui ne se pose pas »78. dans cette non-position. mais selon l’« ordre des raisons » qui pourrait ressortir de son commentaire) : inconnu et question . Frêle différence. et mon rapport avec celle-ci. L’« inconnu »..revues. est réfractaire à tout apparaître. vers cette acuité de la mort et instituait l’inconnu non purement négatif. mais irruption originelle de tout questionnement ou question saisie dans son pur soulèvement. 67 qui n’est pas question de. c’est-à-dire émotion comme question ne comportant pas.dont on trouve d’autres versions dans le Cours . serait précisément à sa naissance ? Emotion comme déférence à la mort. du moins dans les pages auxquelles nous nous sommes référés. avait affaire au « sujet seul ». lorsque les Conférences. dans et grâce à l’« inquiétude ». et cette double traduction est traduction éthique. dans sa position de question. nous l’avons noté plus haut.. nous l’avons vu. les éléments de sa réponse. La question ici invoquée est question sans égale.] L’inquiétude de l’émotion ne seraitelle pas la question qui.. renie77.alors que …le néant issu de la négation reste toujours lié au geste intentionnel de la négation et garde ainsi la trace de l’être que ce geste refuse. pas toujours rigoureusement maintenue comme il le faudrait sans doute dans la définition d’axiomes mathématiques. dans sa position de question. ainsi.. Mais. un peu abruptement. en cela qu’elle est question « qui ne se trouve pas être une modalité de la conscience.] Emotion comme déférence à la mort. repousse. est « énigme ». cette fois. ouvre la Página 21 de 31 http://noesis. mais dans la proximité sans savoir [. Essayons d’être précis. qui est sans donnée » .et sur les deux termes qu’elle implique. que la « question » du Cours de 1975-1976 est la traduction. sans position de question : selon une formule de Blanchot. et en ce sens il qualifie la mort qui est « mystère »76. dans la non-coïncidence que celle signifie. par la question. Mais qui. les éléments de sa réponse [. c’està-dire émotion comme question ne comportant pas.org/index8. sans rencontrer aucune quiddité. comme si l’émotion allait. à tout aspect phénoménal. réfractaire à l’expérience.qu’un troisième relie : « inquiétude ». pour les mêmes raisons. dans la proximité de la mort.

. « Sans réponse » qui. mais marquant aussi une demande [car] toute question est demande. Autrement qu’être est plus rude : Le visage du prochain me signifie une responsabilité irrécusable. je suis d’emblée serviteur du prochain. dans le Cours et les textes contemporains85. Fragilité qui. d’où me viendrait la question sans égale. 79 Point d’interrogation tout seul.80 68 C’est là que se fait la traduction éthique. est obligation et commandement87.La mort en sa négativité 12/04/05 22:55 pensée à l’inconnu de la mort en l’ouvrant au non-repos . va s’aggraver en mortalité d’autrui. décès.org/index8. par rapport au connaître.. déjà en retard et coupable de retard. tout contrat [. pur point d’interrogation.la mort (d’autrui) étant …départ. et surtout pas à la compréhension). à répondre au sans réponse qui fait l’acuité de la mort.sans intérioriser par la représentation et le concept l’autorité qui me commande.83 69 Mais le deuxième livre n'est ainsi plus rude que le précédent que parce qu’il radicalise à fond la leçon qui fût déjà celle de celui-ci : L’infini se présente comme visage dans la résistance éthique qui paralyse mes pouvoirs et se lève dure et absolue du fond des yeux sans défense dans sa nudité et sa misère. …le visage me parle et par là m’invite à une relation sans commune mesure avec un pouvoir qui s’exerce. on l’a vu dans la longue citation de la page 20 du Cours.] départ sans retour. est ce que m’envoie le visage lorsqu’il s’absente dans la mort ..ce qui est une modalité non pas d’un savoir mais d’une obsession et.lui donnant. négativité dont la destination est inconnue [. précédant tout consentement libre. Je suis comme ordonné du dehors traumatiquement commandé .et l’on peut se permettre d’ajouter que cette rencontre...] Dans l’approche. tout pacte. le « passage au plan éthique »81 : entre sainteté et caricature.84 70 71 Double radicalisation : de ce que le visage a d’impératif (dans Autrement qu’être. question sans donnée.] Le prochain me frappe avant de me frapper comme si je l’avais entendu avant qu’il ne parle [. La mortalité prend sa signification éthique avec la question sans Página 22 de 31 http://noesis. dit Totalité et Infini82. comme de ce qu’il a de fragile. et où elle prendrait sa caractéristique propre.revues. ni invitation ni compréhension.. le visage n’invite pas. un frémissement de l’humain tout autre [.. Le Cours le dira sèchement86 : « Nous rencontrons la mort dans le visage d’autrui » . La compréhension de cette misère et de cette faim instaure la proximité même de l’Autre. prière. et seulement ainsi.] Le prochain m’assigne avant que je ne le désigne .html .. c’est-à-dire son caractère éthique.

mais éthique : Crainte et responsabilité pour la mort de l’autre homme. est prématurée. Même si. celui d’« avoir peut-être à tuer autrui ».ou renvoyant à une circonstance. à la dernière extrémité. mais manifesterait le trait de la mort. précisément. et il y a responsabilité de survivant. Ma mort 75 Il reste encore un pas à faire. 4. mais.. à nouveau. qu’à répondre “me voici” à la demande qui m'interpelle89. caractériserait la responsabilité comme telle. l’obligation de ne pas laisser l’autre homme seul en face de la mort.où le « déjà » signifie un nécessairement. l’angoisse de Jacob.90 73 Ce que Totalité et Infini avait pensé91 et que le Cours a retenu : Il faut penser tout ce qu’il y a de meurtre dans la mort : toute mort est meurtre.revues. Mais culpabilité sans faute . Impossibilité qui. même si le sens ultime de cette responsabilité pour la mort d’autrui était responsabilité devant l’inexorable et. en ce sens précis que cette question « est à elle-même sa propre réponse »88. mais pour lequel on pourra être Página 23 de 31 http://noesis. malgré son innocence intentionnelle et consciente. en conséquence duquel la crainte de Jacob est …crainte pour tout ce que mon exister.La mort en sa négativité 12/04/05 22:55 égale ou pure.92 74 Responsabilité de survivant . le pur effet de l’irréductible altérité d’autrui dans sa proximité de visage ou de prochain. « ayant entraîné la mort sans intention de la donner ». qui ne m’en dispense pas. Et culpabilité remontant à son tour à « l’impossibilité d’être responsable » qui. le ne-pas-laisser-seull’autre-homme ne consiste.html . ne serait pas à interpréter seulement en songeant à la violence de la guerre et aux excès involontaires que le guerrier est amené à y commettre. à la dernière extrémité.et culpabilité de survivant. son effroi « second ». n’est pas « ma faute ». si l’on en croit les mots plus haut cités d’Autrement qu’être : « déjà en retard et coupable de retard » . dans cette confrontation et cet impuissant affrontement. face à la mort où la droiture même du visage qui me demande.. selon la formule terrible de Blanchot93. révèle enfin pleinement et son exposition sans défense et son faire-face lui-même . peut accomplir de violence et de meurtre. Impossibilité de la responsabilité dans la responsabilité. 72 En ce sens. Réponse non théorique.org/index8.même si. laquelle me met toujours et par nécessité en retard au rendez-vous qu’il m’assigne. mais m’astreint à la responsabilité comme responsabilité : comme impossibilité.

d’identifier ou d’embrasser. que de manière dérivée et seconde. Le moi. qui demeurait actif même quand il était débordé par sa propre nature. la limite de son pouvoir . activité. et qui ne deviendra « actif ». est débordé par ce qui est plus que l’« hétérogène ». mais à envisager le sujet. Prenons le dernier livre mentionné : Etre moi. lorsque son pouvoir de pouvoir. Il est l’identité par excellence. de l’essai contemporain De l’existence à l’existant et. à retrouver son identité à travers tout ce qui lui arrive. mais préservait sa possibilité d’assumer son état de fait. de la première personne. mais dont l’exister consiste à s’identifier.] en dehors de toute lumière. c’est [. sur lequel le Moi ne « peut » plus. lumière et initiative . où il s’appelle Moi.revues. de Totalité et Infini. ce n’est pas un être qui reste toujours le même. L’objet que je rencontre est compris et. La mort comme mystère tranche sur l’expérience ainsi comprise..94 76 N’est du moins plus sujet au sens des Conférences. Página 24 de 31 http://noesis.org/index8. Cette façon pour la mort de s’annoncer [. Il s’agit de se demander. On peut une fois encore partir des Conférences sur Le Temps et l’Autre.. est une expérience de la passivité du sujet qui jusqu’alors a été actif.mais. c’est-à-dire « ne peut plus pouvoir » : ne peut plus pouvoir son pouvoir de pouvoir ou d’identification . somme toute. Il se les représente et les pense. Pensée universelle est un “je pense”. de reprise de tout Autre dans le Même. dans un premier temps. ce que du moins le livre appelle par ce nom. « actif » et qui ne se montre passif que dans un deuxième moment.ni le Même. Passivité d’un sujet non plus pensé comme le Même déjà constitué qui ensuite rencontre l’Autre et. C’est-à-dire. par l’intermédiaire de la lumière. à l’ossature d’un sujet. Sujet. Je dis : une expérience de la passivité.La mort en sa négativité 12/04/05 22:55 beaucoup plus bref. Le pas philosophique décisif fait par Autrement qu’être par rapport à cette problématique consiste à ne plus penser ainsi en deux temps. en ce sens. l’un actif et le second passif. un événement par rapport auquel le sujet n’est plus sujet. en un sens légèrement différent. alors que la mort annonce un événement dont le sujet n’est pas le maître. ce qu’il en est de ma mort au regard de la mort de l’autre telle qu’elle a été décrite..95 77 78 Jusqu’à ce que l’hétérogène s'impose comme Autre en tant que Tout Autre : dans la mort ou dans le visage. pour autant que ce qui a été dit soit exact ou au moins soutenable.. avec lui. comme passivité en son origine même. Dans le savoir. Le Moi est identique jusque dans ses altérations. L’identité universelle où l’hétérogène peut être embrassé.] avoir l’identité comme contenu. car l’expérience signifie aussi retour de l’objet vers le sujet.. toute passivité est. car expérience signifie toujours déjà connaissance. l’œuvre originelle de l’identification.. qu’il n'est plus le Maître . essentiellement. construit par moi.html . Façon de parler.

n’en a pas moins un sens précis : passivité … plus passive que la réceptivité radicale dont parle Heidegger à propos de Kant. La responsabilité dont on parlait plus haut. mais a ouvert le Même à l’Autre. où l’imagination transcendantale offre au sujet une “alvéole de néant” pour devancer la donnée et l’assumer96 79 80 Passivité sans assomption. en géométrie. la responsabilité est tout aussi infinie qu’elle est impossible : encore responsable d’un retard qu’elle ne saurait combler. structuré comme Autre-dans-le-Même. ma mort pour rien . Par conséquent. C’est ma mortalité. car elle est « plus passive que toute passivité ». si l’on peut plagier Hegel. ma mort qui n’est pas possibilité de l’impossibilité mais pur rapt. le Cours reprend cette façon de « comprendre » le sujet. Autre qui. dans ce mot comme dans ceux qui vont suivre.html . Et c'est là.s’il peut encore recevoir ce nom. ma condamnation à mort. ne ramène pas à lui comme une de ses altérations. selon le mot sans cesse répété par Levinas. on parle d’arc capable). Je cite longuement les pénultièmes lignes du Cours. Dans la passivité prise. que ma mort pourrait prendre un sens.org/index8. qu’il ne reçoit même pas à la manière de la réceptivité. en devenant continuité dans la société où autrui et moi appartenons à un même corps social. lequel. mais l’incline dans une direction particulière. l’impossible responsabilité. comme une activité sensée.La mort en sa négativité 12/04/05 22:55 originairement. C’est-à-dire qu’elle est passivité qui ne mesure pas ses limites.qui empêche que ma responsabilité ne devienne assimilation de l’autre dans un comportement. et indéniablement inquiétante. pour se voir souvent répété.revues. est la façon dont la question sans égale se vrille dans le moi pour structurer le sujet humain comme cette passivité. qui constituent cette absurdité qui rend possible la gratuité de ma responsabilité pour autrui. mon temps à l’article de la mort. la substantialité du sujet renaît de ses cendres. Cette absurdité est ma mortalité. mais « répond de ce que ses intentions n’ont pas mesuré »97. La subjectivité ne se fige-t-elle pas ainsi ? La passivité n’est possible que si une folie pure peut être soupçonnée au sein même du sens qui signifie dans le dévouement codifié à l’autre. Cette relation avec l’Autre dans la question que pose la mortalité d’Autrui peut perdre sa transcendance de par la coutume qui l’organise. dans la passivité absolue de cette responsabilité infinie. Le pourl’autre se produit alors raisonnablement. Prononcé au lendemain de la parution d’Autrement qu’être. Et passivité que le Même . et dont il n’est pas même capable (au sens où. non pas ouvre. au sens qui vient d'être esquissé. Elles montrent que la passive ou démesurée responsabilité est toujours déjà recouverte « dans la société où autrui et Página 25 de 31 http://noesis.98 81 A-t-on compris ? Les pages 200 et suivantes d’Autrement qu’être pourraient y aider.

Le Temps et l’Autre. La Mort et le Temps. De la démonstration de cette proposition. C’est pourquoi il faut le geste vertigineux de Levinas pour penser excessivement l’altérité démesurée qui court dans l’humain. op. Il en ira de même pour Totalité et Infini. la gravité de la dernière page d’Autrement qu’être : Il n’en faut pas.-P. J’ai abordé ces questions dans la postface du Cours. M.La mort en sa négativité 12/04/05 22:55 moi appartenons à un même corps social ». quelques mois après. Nijhoff. M. ce quelque chose qui appartient à http://noesis. de Dieu.et ce pourquoi il le faut n’est rien d’autre ni rien de plus que la coexistence humaine dans l’égalité des droits et des devoirs.99 82 Ce « pas moins ». Autrement qu’être ou au delà de l’essence (La Haye. éd. A quelques instants d’éclair. Essai sur l’extériorité. 1974). cité Autrement qu’être . suivant l’inspiration du Cours dans « Les larmes d’Apollodore »..Nijhoff. Op.à commencer par le signataire de ces lignes .org/index8. p. 84 : ce n'est évidemment là que l’une des occurrences de cette affirmation. cours de 1975/1976. 1980). pour que le Même s’ouvre à l’Autre et se donne finalement comme Autre-dans-le-Même. établie par J. 23. 509. V. cité Totalité et Infini. novembre 1997. et qui seule conditionne la possibilité de la moindre morale raisonnable. en effet. coll. 3. Philosophie et histoire de la philosophie chez E. travaux auxquels je ne peux que renvoyer. Cette première citation de Le Temps vient de la page 58. Ce que d’autres appellent la République. appelé par le titre abrégé Le Temps. en tout cas. cit. il faut cette passivité ultime au fond et comme fond sans fond de l’humain. c’est la passivité pensée à sa démesure ou pensée « à la folie » . p. Grasset.. « Bibliothèque de la Pléiade ». J’ai développé ces remarques sur le Phédon. édition dans laquelle ce texte sera désormais cité. moins pour le peu d’humanité qui orne la terre. osait dire ce livre100 . p. dans l'édition Diels-Kranz. la mort et le temps (Paris. je retiendrai ceci : « Puisque ce qui est conçu avec une certaine nécessité éternelle par l’essence même de Dieu est quelque chose. 1988 . 1961).revues. 1948. Op. cité dans l’édition.. 4. voir Les Présocratiques. Dumont et al.ne s’étaient pas doutés que. conférences prononcées au Collège philosophique de Jean Wahl en 1946-1947 et publiées dans le recueil Le choix. Mais avouons que la plupart des lecteurs d’Autrement qu’être à sa parution . Grenoble. 2. ne serait-il que de pure politesse ou de pure des moeurs. cit.« le psychisme [est] déjà psychose ». B 19 . (La Haye. Mais c’est pourquoi précisément. appelé Cours. Gallimard.html Página 26 de 31 . Arthaud. Voir Ethique. cette indispensable « folie » allait se dire mortalité : mort en sa négativité.. cit. l’existence. L. 22. 5. Paris. Philolaos. ainsi que dans une étude à paraître. 6. Repris par Fata Morgana (Montpellier. 1993). Etudes. Notes 1. le monde. Rappelons. 7.. établie et annotée par mes soins.

72. pp. La position de Descartes est tout à fait traditionnelle. 11.. la modernisation de l’orthographe est celle d’André Bridoux dans son édition des Œuvres et Lettres. 798-799. mais dont on ne saurait non plus se défaire. III. non seulement pour me faire supporter patiemment la mort de ceux que j’aimais. dans toute cette étude citée dans la traduction pionnière de Jean Hyppolite disponible chez AubierMontaigne. 778. Cours. cit. Idem. W. Gallimard. 1948. cit. 21. sorte de codicille qui ne peut pas laisser indifférent : « Et quoique la religion nous enseigne beaucoup de choses à ce sujet.La mort en sa négativité 12/04/05 22:55 l'essence de l’esprit sera nécessairement éternel. Paris. 13. Kohlhammer. Cours. elle s’énonce cependant d’une manière remarquable. et que vous n’ignorez aucun des remèdes qui peuvent servir pour adoucir votre douleur. 20. cit. quoique nous veuillons croire et même que nous pensions croire fort fermement tout ce que la religion nous apprend. op. mais je ne saurais néanmoins m’abstenir de vous en dire un que j’ai trouvé très puissant. 21. 25. Autrement qu’être. en ce qu’elle est portée par l’amitié : « Je sais bien que vous avez l’esprit très fort. de la Pléiade. p. p.. op. Ibid. Paris. ainsi. 1984. 23. souvent cité dans le Cours. Caillois. 10. pp. in Oeuvres complètes. 114-115 . Jean-Luc Marion. 172. nov. Gallimard. cit..html Página 27 de 31 .. 172. qui se réfère elle-même à Fink. car je reconnais en nous une mémoire intellectuelle. Voir Metaphysik und Tod. à savoir que. de la Pléiade ». Paris. écrit Autrement qu’être. http://noesis. Ibid.. p.. 19. Hatier. 19-36). op. 1969. Paris.. 1954. 84. « Bibl. 83. op. op. que je ne puis concevoir autre chose de ceux qui meurent. p. op. « Il n’y a rien qui se nomme je ». La Mort. n°3. cit. 232. qui venait de perdre un frère. Adam-Tannery. 15. commune à la plupart des hommes. 16. p. 1995 (en particulier pp. Correspondance. 1953). p. Gallimard. et. p. coll. 1955 . 8. 27. j’avoue néanmoins en moi une infirmité qui est. p. ce me semble. nous n’avons pas toutefois coutume d’en être si touchés que de ce qui nous est persuadé par des raisons naturelles fort évidentes. n° 38. R. Totalité et Infini. qui est assurément indépendante du corps. Stuttgart. cit. Le mot appartient au lexique de Blanchot. op. p. Dans une lettre du 10 octobre 1642 à Huyghens. Essai sur la finitude. « La réalité… ». cit. 22. Dans la troisième des « Annexes » de L’Espace littéraire. On se reportera aussi à l’excellent petit livre de Françoise Dastur. 12. nonobstant que je sois du nombre de ceux qui aiment le plus la vie. « L’intentionnalité de l'amour » in Les Cahiers de La nuit surveillée. p. 778. Coll. 21. Cours. » (Trad. Bibl. 23.. Il consiste en la considération de la nature de nos âmes. même avec la souvenance du passé . 130. sinon qu’ils passent à une vie plus douce et plus tranquille que la nôtre. 27.org/index8. 9. 18. Dans la Préface de la Phénoménologie de l’Esprit. Lagrasse. p. p. repris en collection « Idées ». cit p. et que nous les irons trouver quelque jour. chez qui il désigne ce que l’on ne peut saisir. Verdier. 26. p. op. 17. je souligne « en visage ». Op. » Mais ce propos fort peu exceptionnel est modifié par la phrase qui le suit. Cours. et être nées pour des plaisirs et des félicités beaucoup plus grandes que celles dont nous jouissons en ce monde. Cours. cit. 582).revues. « La réalité et son ombre » in Les Temps Modernes. ouvre vers la « passivité plus passive que toute passivité » dont il sera question dans les dernières pages de cette étude. que je pense connaître si clairement devoir durer plus que les corps. 14. » (Ed. 24. mais aussi pour m’empêcher de craindre la mienne.

Voir également les mots de Jacques Derrida dans son hommage funèbre : « La chance de notre dette à l’égard de Levinas. II. Paris.ou la proximité des deux philosophes . 60 (p. Selon le titre du § 52 de Sein und Zeit. § 27 : « Succédant d’ordinaire à un vertige [. On ajoutera une remarque : qu’en est-il du sens des obsèques lorsqu’elles ne s’accomplissent pas en guise d’ensevelissement mais de crémation ? La description de Hegel. n’est-ce pas en cela . 37. Plon. 44 du texte allemand).. Voir Anthropologie du point de vue pragmatique. pp.plus profondément que la théorie ou le théorique. pp. 39. P.. Ibid. 1. 1926. c’est que nous pouvons. col. partielle E.. op. 1er livre. V. grâce à lui. 1968. p. 83 . 58-60. Science de la Logique. 29. op. Physique. en accord avec le Cours. 16). vol. op. dogmatiquement. p. 42. d’autre part. 1971). 984).] l’évanouissement est une anticipation de la mort. Il faut encore ajouter que ces « remarques » de Levinas doivent se lire dans l’espace ouvert par la double épigraphe. sans regret. Hans Georg Gadamer. 89. 5. et de l’universel qui lui est lié ? C’est en tout cas ainsi que je comprends Maurice Blanchot. 36. Les Belles Lettres. 31. p. française et hébraïque. d’Autrement qu’être. 41. p. H. (ici-même. 93-103. allant plus loin dans son questionnement que le seul théorique. Gallimard. a-t-elle lieu ? Et. http://noesis. à l’inverse.et maintenant) la question a-t-elle sa place. sinon ici. note 28 ainsi que le Cours. Jarczyk. nous. trad. 1995). 1946. p. 48. Tome I. p. Paris. Je pense à l’opéra inachevé Moïse et Aaron. pp. à chaque fois.. 68-70. Françoise Dastur. 45. à Emmanuel Levinas. p. cit.. 332-333. en se souvenant que le Cours renvoie plusieurs fois à ce livre. vol. Hegel. 1960. et toujours. op. 330.. cit. Science de la Logique (éd. 26). cit. Paris. 21 . op. 1966. On tient sans doute là un des points où l’influence de Rosenzweig sur Levinas . 47. 33. Tübingen.org/index8. p. Aubier-Montaigne. 225a 12-20 . II. Jean Hyppolite. 43. Tome I. op. II.La mort en sa négativité 12/04/05 22:55 28. Ricœur. Hegel.on l’a dit. est-elle alors encore conforme au phénomène ? Et est-ce pour cela que l’Eglise. je souligne. p.ce serait passer à côté de ce que porte un beau livre paru voici quelques mois. je souligne. trad. Ne pas le voir . La Force du Refus. Paris. La Science universelle ou la Logique de Hegel. Cours. 34. 32. alors que la frappe de la mort touche l’humain . rejette la crémation ? Ou.parmi sans doute bien d'autres choses . cit. 69. Paris. où. dans une joyeuse innocence de l’affirmation. par exemple dans les pages 128-129 de L’Amitié (Paris. Paris. 1960.est la plus marquée. Eugen Fleischmann. Science de la Logique (éd. » (Trad.que Hegel est essentiellement chrétien ? 30. n’engage-t-elle pas avec elle la profondeur du théorique. « Bibl. Mohr. sc. 44. ici . Philosopher après Auschwitz d’Ariane Kalfa (Paris. Ce serait répéter le geste aveugle et sourd contre lequel ce livre cherche à penser. 450 . Joulabert in Œuvres philosophiques. Pierre-Jean Labarrière et G.. Genèse et structure de la « Phénoménologie de l’Esprit » de Hegel... 35. 46. 71 . Flammarion. l’assumer et l’affirmer. cit. 1972. Galilée. de la Pléiade ». p. dès la première séance (p. p. 103. Carteron. 38. pp.html Página 28 de 31 . » (Adieu. p. Mais. p. de 1812). L'Harmattan. Voir le Cours. 24 du texte allemand). 13-14.revues. acte II. 1976. pp. 79-80 (p. Wahrheit und Méthode. 1er livre. Le Seuil. 36. Aubier-Montaigne. et dès lors sa pensée. sur le seuil de cette étude . Phénoménologie. Car le regard est toujours theorein. cit. Voir La Mort.et ne pas chercher à le comprendre . 1986. Sacre revue par P. trad. III. au delà duquel il tâche à réveiller la pensée. 1997. Paris. Gallimard. Cours. de 1812). 49. op. 40. Sur les rapports de Levinas avec Heidegger sur ce point. voir Autrement qu’être. 2e éd. Paris.. pp. Cours. cit.

Otto sur Le Sacré. p.. si Platon est le premier rencontré sur le chemin du Cours. 67. cit. Rachi n’ayant.La mort en sa négativité 12/04/05 22:55 49. car tout bien . en utilisant à deux reprises le même mot « effroi ». 1973. p. p. 74-75. 69. Martineau.. Pour Epicure : « Habitue-toi à penser que la mort n’est rien par rapport à nous . Le Spleen de Paris (pièce XLVIII) in Œuvres complètes. Voir la séance du 6 février 1976. comme en témoigneront ici les premiers mots du livre (p. op. Paris. p. 66. ensuite que c’est dans cette ambiguïté de néant -et.est sans rapport avec celle élaborée dans Sein und Zeit. 56 . Note 5. op. p. (Je remercie Ariane Kalfa pour les précisions linguistiques qu’elle m’a données sur ce point). Op. p. cit. trad. 57. Rachi est ce rabbin de Troyes en Champagne dont les gloses accompagnent.et qui est marquée dans la lettre du texte hébraïque . Sein und Zeit. 1947 (repris par Vrin en 1978 avec la même pagination).inconnu que la mort trouve la négativité sui generis que cette étude s’efforce de manifester comme le trait de la recherche de Levinas. § 117. Le Temps. par Catherine Chalier et Miguel Abensour. cit. Il faut ajouter deux choses : d’abord que l’inconnu ainsi pensé est clairement de provenance kantienne (voir en ce sens. 355. à partir de la mort. C’est pourquoi je la gomme purement et simplement. E. restituée. Paul Ricœur. la phrase est citée par le Cours. 61. et en particulier de celle du neutre. Voir Husserl. 400 (p. Baudelaire. les séances des 30 janvier et 6 février 1976) . op. 53. Le Temps. 63. de la Pléiade ». 55. De l’existence à l’existant.est dans la sensation : or la mort est privation de la sensation. Voir Le Pas au-delà. 62. 76. 57. I. Reprise proche de la méditation de Levinas. 124. § 47. Lettres http://noesis. Munir in Questions I.. 59. nous n’y sommes pas habitués. cit. R.et tout mal . si faire se peut. depuis le Moyen Age. Paris. Voir la Postface (1943) de Qu’est-ce que la Métaphysique ?. 356. cit. Cours. Marcel Conche in Epicure. Paris. p. 51. Je pense évidemment au fameux livre de R. Gallimard. je souligne. 70. Voir Cours. op. 7) : « La mort. la pensée qui s’y communiquait ne peut être que recherchée et. Paris. Paris. 82. trad. 244 du texte allemand) . Le Temps. Cours. Paris. Et c’est pourquoi. 1968. trad. p. Idées directrices pour une phénoménologie. 82. L’Espace littéraire. dans la reprise de la mémoire. telle que commentée par Rachi.de même que toute la recherche Levinassienne. Authentica. op. 1975. éd. de la Revue Fontaine. 63 . 240 du texte allemand). op. 178 (p. au moins. « Bibl. cit. op.html Página 29 de 31 . 58. si j’ose dire. 130. » 54. 60. ici et ailleurs. op. « La lettre ouverte ». qui n’est peut-être qu'une reprise de toutes les questions de Blanchot. cit. pp. hors commerce retenue par Levinas et utilisée pour l'édition du Cours).org/index8. Ces exercices étant de nature intrinsèquement orale et l’écriture étant légalement proscrite durant le chabbat. 1985 (éd. p. Profitons de cela pour rappeler que les titres donnés aux leçons appartiennent aux éditeurs du Cours. la différence qu’il établit entre peur et angoisse . texte p. 1950. c’est essentiellement avec Heidegger que celui-ci doit se mesurer . p. non sans oublier que Levinas conquiert sa propre pensée en s’écartant d’une problématique telle que celle d’Otto. qui ne souligne pas l'expression. » (Lettre à Ménécée. 65. repris dans le Cahier de l’Herne dirigé. 83. 56. pas lu Heidegger. cit. trad. Gallimard. 91 64. en 1991. je souligne. cit. p. l’édition des Bibles juives. col. Le commentaire de Levinas lors des leçons bibliques du samedi à l'Ecole Normale Israélite Orientale était le commentaire d’un passage de la lection hebdomadaire de la Thora (paracha). p. 50. p. 62. Gallimard.revues. 68. vol. 52. Levinas lui a consacré un texte bref mais important. Gallimard.

81. voir aujourd’hui principalement la préface à l’édition allemande de ce dernier livre. pp. Cours. Cours. Ibid. 174. dans L’Ecriture du désastre. 96. 1991. Op. Op. Op. 1992. Paris.La mort en sa négativité 12/04/05 22:55 et maximes. cit. Actes sous presse.. cit. note 25.... 56. Op. 90. 94.. op. Totalité et Infini. 89. 1982.. étude de 1965 reprise dans En découvrant l’existence avec Husserl et Heidegger. éd. Totalité et Infini . 172 sq . p. 110-112. Le Temps. 71. p. p. Autrement qu’être. cit. Sur ce point. op. chez Blanchot. 74. car je l’affirme parce que j’ai vu de mes semblables mourir.. cit. 38. 1974. Grasset. Paris. 3e éd. Paris. p.. Presses universitaires de France.. p. 91. 208 sq. Cours. nul ne peut faire l’expérience en lui-même (l’expérience postule la vie) . 240 du texte allemand). 84. Il y a dans ces propos une tentative pour contester l’irrécusable déni du sacrifice dans Sein und Zeit. p... 99. 24.org/index8. cit. Ni. p. op. cit. 379. 78. printemps 1975. J. Op. 86. Autrement qu’être. op. p. Cours. cit. 134. 75. p. cit. 219). 262. p. 87. L’Entretien infini. 1980). Pour Spinoza : « Par expérience vague. 25-27. p. 85. op. cit.. p. trad. 1977 (2e éd. (2e éd. Dans « Discours sur la patience (en marge des écrits d’Emmanuel Levinas) » in Le Nouveau Commerce.. p. cit. 20.. Je me permets en outre de renvoyer à mon intervention « Un chemin de pensée. « Notes sur le sens ». on ne peut l'observer que chez les autres » (Anthropologie. 95. d’une expérience préalable. p... 1969. § 27 .. 20 . 134. cit.revues. Vrin. op. Vrin. dans un ordre différent. op. mais aussi dans un important texte de 1981. pp.57. op. n° 30/31. 263. 122. http://noesis. cit. cit. 233. Gallimard. « Signature » in Difficile liberté. » (p. cit. 97. cit. p. TotalitéetInfini. p. op. Le Temps et l’Autre. Albin Michel. citée. c’est toute la phrase qui. cit. qui cite le § 47 de Sein und Zeit : « Nul ne peut prendre son mourir à autrui. 88... cit. 83.).html Página 30 de 31 . Op. op. 98. op. 92. op. Cours. p. Paris. je sais que je mourrai. Paris. 130. J. Voir « Enigme et phénomène ». » (Traité de la Réforme de l’entendement. 77. 180. 134. 97). p. p. cit.). p. repris dans De Dieu qui vient à l’idée. 72. op. p. Paris. est soulignée. 100. « La mauvaise conscience et l’inexorable » dans De Dieu qui vient à l’idée. bien entendu. p. également cité par le Cours. p. p. p. Pour Kant : « De la mort. dont on trouve le texte français dans Entre nous. 172. p. 6. p. cit. p.. Cours.. 80. cit. 76. 23.. bien qu’ils n'aient pas tous vécu le même temps et ne soient pas morts de même maladie. voir par priorité les dernières pages de « Mourir pour. française citée. 5O. cit. 93.. § 20. 178 . Gallimard. Sur le sens de cet écart d’Autrement qu’être par rapport à Totalité et Infini. Principalement dans Autrement qu’être. Ibid. 130. 73.. 108). Paris. 79.. Cours. op.Autrement qu’être » au colloque « Visage Sinaï » organisé en décembre 1996 à la Sorbonne par le Collège international de Philosophie sous la responsabilité de Danielle Cohen-Lévinas. op. Ibid. » dans Entre nous. 111. (Les fragments qui composent ce texte ont été redistribués. 85. 82.

« La mort en sa négativité ».La mort en sa négativité 12/04/05 22:55 Pour citer cet article Référence électronique Jacques Rolland . mis en ligne le 15 mars 2004.revues. N°3 | 2000.org/index8.html Página 31 de 31 . URL : http://noesis.revues.html Auteur Jacques Rolland Droits d'auteur © Tous droits réservés http://noesis. Noesis [En ligne].org/index8. Consulté le 05 avril 2012.

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