NUEVO MUNDO MUNDOS NUEVOS

Pour citer cet article
François-Xavier GUERRA, « L‟etat et les communautes : comment inventer un empire? », Nuevo Mundo Mundos Nuevos, BAC, mis en ligne le 14 février 2005, référence du 29 mars 2006, disponible sur : http://nuevomundo.revues.org/document625.html.

L’etat et les communautes : comment inventer un empire?
François-Xavier GUERRA

Historique
Le Nouveau Monde. Mondes Nouveaux L’expérience américaine, sous la dir. de Serge Gruzinski et Nathan Wachtel, Paris, ERC et Ed. EHESS, 1996, pp. 351-364.

Table des matières
Lorsque, il y a quelques années, nous donnions à ce Colloque le titre : “Le Nouveau Monde-Mondes Nouveaux. L‟expérience américaine”, ces termes contenaient une problématique qui s‟appliquait aussi — et l‟on serait tenté de dire d‟abord — aux questions politiques. En effet, la conquête — ou la colonisation —, l‟organisation et le contrôle par les Européens de terres et de peuples jusqu‟alors inconnus sont des phénomènes qui relèvent par excellence du domaine du politique. Du politique, au sens le plus commun du mot, celui de l‟exercice du pouvoir, mais, également, au sens le plus large d‟organisation d‟une communauté humaine. Dans ce domaine, comme dans les autres, les problèmes que l‟Amérique posait aux Européens étaient entièrement nouveaux. Les solutions qui leur ont été données furent dès lors à la fois inédites et diverses. Inédites parce que, malgré le réflexe logique de transplanter dans le nouveau continent les modèles d‟organisation sociale et politique de leur pays d‟origine, les Européens devaient les greffer sur une géographie et une réalité humaine toute autres. Diverses, parce que leurs cultures et pratiques politiques étaient variées et, plus encore, les sociétés indigènes du nouveau continent. L‟Amérique fut un champ d‟expérimentation politique où s‟affrontèrent des modèles d‟organisation sociale différents et où apparurent des sociétés dont la construction a été dominée par l‟improvisation, l‟invention et les combinaisons inattendues d‟éléments hétérogènes. Telles sont les raisons pour lesquelles nous avons utilisé dans le titre de cette Table Ronde des termes volontairement vagues afin qu‟ils puissent s‟appliquer à des réalités variées : aux diverses Amériques et à des époques différentes. Nous voulions par ce moyen attirer l‟attention sur les problèmes d‟analyse que pose la structure politique des Amériques avant les indépendances. Dans ces sociétés d‟Ancien Régime, l‟expression “Etat et communautés” renvoie aux relations que l‟Etat moderne en formation — avec ses idéaux, ses justifications théoriques, ses institutions, son appareil administratif — entretient avec les formes d‟organisation de la société, qu‟elles aient un

cités) ou personnel (ordres. ni sur leur statut politique. greffées qui plus est en Amérique espagnole sur de sociétés indigènes diverses par leur niveau d‟organisation sociale ou politique et hétérogènes par rapport aux européennes. il convient de reconstruire les modèles culturels qui sont les leurs. Cela veut dire qu‟il faut d‟abord les identifier (car nous ignorons souvent quels sont les lieux du pouvoir les plus importants et les groupes qui y sont en concurrence). au contraire. le type d‟autorités qui la gouvernent et les principes. le terme “colonies” qui lui est étroitement associé. précisément parce que chez elles la politique est partout présente. les droits et les devoirs réciproques entre gouvernants et gouvernés et. où le politique n‟est pas encore devenu un domaine autonome. il faut analyser les institutions et les lois. nettement séparé du social. formels ou informels. Plus encore. ils sont. variables dans le temps. provinces. partant. n‟est pas alors un fait établi. Ces derniers aspects nous semblent particulièrement importants puisque. statuts divers). Il faut donc commencer par une connaissance approfondie de ces acteurs. l‟une des grilles de lecture les plus opérationnelles pour comprendre l‟évolution de l‟Europe moderne. L‟expression “système politique” peut paraître trop moderne pour être appliquée à des sociétés d‟Ancien Régime. mais un projet profondément novateur qui n‟est pas étranger au déclenchement des processus d‟Indépendance.caractère territorial (royaumes. Il est certain que. dans le cas américain. pour ce faire. nous avons évité de l‟utiliser dans le titre. Enfin. leurs valeurs et les comportements qu‟ils estiment légitimes. qu‟elles soient issues d‟une entreprise de conquête ou de l‟installation graduelle d‟habitants . il est nécessaire de formaliser dans un système d‟ensemble les principaux éléments qui expliquent l‟organisation de la société. Mais il ne nous dit rien sur la façon dont ces peuples sont assemblés. le lien social et les fondements de l‟obligation politique. car son emploi de plus de plus fréquent dans la seconde moitié du XVIIIe siècle est loin d‟être neutre. plus généralement. puis il s‟affirme comme une projection lointaine et souvent inachevée de ce qu‟il est en Europe. nous oserions dire qu‟elles l‟ont été à partir de deux approches complémentaires: l‟analyse des systèmes politiques et celle des problèmes d‟identité. L‟Etat est d‟abord un absent. Mais les unes et les autres sont à la fois les enjeux et le résultat des relations entre les principaux acteurs et. Mais. S‟il fallait résumer dans quelle optique a été abordé cet ensemble de questions. qui en régissent le fonctionnement. Les problèmes posés par ces relations ne sont certes pas spécifiques à l‟Amérique. Parler de l‟Etat en Amérique équivaut à s‟interroger sur la densité et les pouvoirs des agents du roi dans les différentes régions du Nouveau Monde et sur le degré de construction étatique que celles-ci ont atteint — les proto-Etats de Pietschmann. ni sur les principes qui régissent ces constructions. De même. leurs conceptions sur l‟étendue du pouvoir royal et le but que celui-ci doit poursuivre. ce qui suppose l‟appréhension de leurs façons d‟imaginer la société et ses hiérarchies. Il faut ensuite étudier les bases de leur pouvoir et leurs moyens d‟action. La spécificité américaine réside dans la complexité accrue qu‟apporte la création de sociétés lointaines. ce terme prête à confusion si on l‟applique d‟une façon indiscriminée à toute la période considérée. toute création de sociétés nouvelles. composés de peuples multiples assemblés sous un gouvernement commun. Parler de sa relation avec les communautés revient à aborder un large éventail de questions : quel type de société ont bâti les Européens établis en Amérique? Quelle place a-t-on réservé aux peuples autochtones et à leurs systèmes d‟organisation sociale et politique? Quelle était la structure politique de ces ensembles politiques répartis sur deux continents et quel était en leur sein le statut des territoires américains? Le mot empire dont nous nous sommes servi pour nommer ces ensembles n‟est qu‟un terme commode du langage commun pour désigner des Etats de grande extension territoriale. Concevoir les ensembles espagnol et britannique sous la forme de vastes Etats constitués par la métropole et ses possessions d‟outremer. et peut-être surtout.

à cette époque charnière où se bâtissait en Castille une monarchie moderne. du moment politique où elle s‟est constituée. ne rassemblent pas les représentants des trois ordres. Le phénomène s‟accentue davantage dans cette Amérique que les Européens ont tendance à considérer comme un continent nouveau. l‟institution qui. au double sens d‟organisation sociale et de règles politiques. mais aussi. Dernier aspect de cette structure complexe qu‟il convient d‟examiner : le degré de formalisation des rapports politiques. les Indes de Castille. Contrairement à d‟autres royaumes européens de l‟époque. une puissante aristocratie territoriale et des cités principales. car à côté de celles-ci il peut exister — cela est patent en Amérique espagnole — une multitude de coutumes et de pratiques qui interprètent. le rapport politique relève du collectif : de la relation entre le pouvoir royal et les différents ensembles territoriaux dotés d‟un statut politique reconnu. conséquence d‟une complexité extrême. tel est l‟objectif à atteindre. à cet égard. dans cette optique. La compréhension de cette “constitution” réelle. De ce point de vue. en pleine mutation. et plus particulièrement le problème de la représentation. En premier lieu. véritables seigneuries collectives. D‟un autre côté. peut être considérée dans une double perspective. modifient ou annulent les règles formelles. ni à vraiment institutionnaliser ses relations avec le monarque. plus malléable que les pays connus jusqu‟alors. puisque nous sommes dans une société d‟ordres —d‟“états”— le rapport politique relève de l‟individu. Le nom par lequel elles ont été désignées. de fait. par ailleurs. sans nous limiter à ce que prévoient les seules règles formelles — institutions. en Castille. bourgs et villages “sujets” — sur un vaste espace que l‟on appellera plus tard provinces. d‟autres lui sont propres: ceux de Juifs ou des Musulmans. la structure politique de la Castille du début du XVI siècle. n‟a jamais réussi à bâtir une représentation qui reflète au moins symboliquement la diversité sociale. est. avant leur expulsion. certes. nobles titrés et hidalgos). Cette singularité a comme conséquence que les relations entre les ordres privilégiés et le roi restent le plus souvent informelles. le pouvoir était partagé entre le roi — et ses agents —. En effet. elles ne peuvent même pas s‟arroger la représentation du “commun”. mais elle présente aussi une moindre lisibilité. car non seulement elle précède de plus d‟un siècle la formation des colonies britanniques de l‟Amérique du Nord. Cette complexité résulte. exerçant leur autorité sur de villes secondaires.dans un nouveau territoire. on se penche en premier lieu sur l‟Amérique espagnole. de nombreux nobles font partie des gouvernements municipaux. représente le royaume. certains de ces statuts sont communs aux autres sociétés européennes de l‟époque: la noblesse (avec ses différents degrés: grands. Il est normal que. les Cortès castillanes. dispositions légales diverses —. Il faut donc se tourner vers la Castille de la fin du Moyen-Age pour comprendre les modèles concurrents d‟organisation sociale et politique qui vont s‟affronter en Amérique. D‟un côté. le clergé (séculier ou régulier) et le commun (el estado llano). lois. on ne peut plus significatif. Comme. parce que. c‟est-à-dire les Cortès. puisque depuis leurs origines il a été clair que les nouvelles terres conquises au-delà de l‟océan étaient le prolongement de celle-ci et non celui d‟une Espagne qui n‟existait pas encore. du statut personnel de chaque homme avec les droits et devoirs particuliers qui en découlent. Quel est le système social et politique castillan de l‟époque (les deux aspects sont inséparables)? Il est d‟une grande complexité et se trouve de surcroît. et peut-être surtout. C‟est à partir de ces éléments que l‟on peut saisir les systèmes politiques dans leur ensemble et leur fonctionnement réel. dépend pour une large part des modèles d‟organisation sociale et politique que les nouveaux arrivants apportent avec eux. oscillant entre la négociation . de l‟immensité de l‟espace sur lequel elle s‟étend et des niveaux très différents d‟organisation politique des peuples indigènes. mais seulement les procureurs des cités principales. dont la Grande Bretagne ou les royaumes de la Couronne d‟Aragon. Nous disons bien Castille.

C‟est durant la première phase d‟expansion du pouvoir royal que se constituent les Indes de Castille. à des phases de pouvoir royal fort. Il est dès lors normal que l‟on retrouve de l‟autre côté de l‟océan le choc entre ces deux modèles qui s‟opposent en Castille. comme nous le signalions précédemment. le cadre privilégié de la vie sociale. de l‟autre. une monarchie administrative. puisque. même si leur rôle est plus important qu‟on ne le dit habituellement. il s‟agit d‟un long processus qui est loin d‟être linéaire : ni par les alliances que la Couronne recherche pour le mener à bien en s‟appuyant tour à tour sur les cités et les Cortès ou sur l‟aristocratie. qu‟une caution légale. ces villes qui en Castille sont le lieu par excellence de l‟exercice des droits politiques. C‟est aussi la conception castillane du lien réciproque entre le roi et ses vassaux qui leur fait demander comme récompense à leurs hauts faits l‟attribution d‟Indiens en encomienda. et il essaye d‟étendre sans cesse ses fonctions en diminuant d‟autant les pouvoirs de l‟aristocratie et des villes. à juste titre. il construit un appareil administratif de plus en plus complexe et autonome. jouir de la plénitude des droits politiques. en succèdent d‟autres. dans l‟immense majorité des cas. ni dans la réussite de ce projet. cependant. devant. Commencé sous les Rois Catholiques. Par ailleurs. Le roi. la fondation de villes et la constitution d‟encomiendas allèrent de pair. avec sa division en ordres et ses formes seigneuriales et municipales d‟organisation de la société. phénomène dont les répercussions auront une importance considérable en Amérique. des caractéristiques propres dans la mesure où la conquête de l‟Amérique est d‟abord une entreprise privée à laquelle la Couronne ne donne. C‟est la raison par laquelle dans ce domaine aussi on assiste à la mise en place de mécanismes informels de négociation entre le roi et chacune des villes principales. l‟absolutisme bourbonien portera à son terme un processus que les difficultés de la Couronne du milieu au XVIIe siècle avaient momentanément interrompu. Ce sont ces droits qu‟ils mettent en œuvre en fondant. Il n‟en rien. les choisissant de préférence parmi les diplômés des universités (les letrados). en effet. De ce point de vue. par conséquent. parce que les Cortès. On pourrait penser que ces formes relèvent de valeurs ou d‟idéaux contradictoires. Le modèle que les conquistadors apportent avec eux dans le Nouveau Monde est très logiquement celui de la société d‟avant la grande offensive du pouvoir royal. le système politique castillan est en pleine mutation à l‟époque où se constitue l‟Amérique espagnole. où le balancier retourne vers les pouvoirs sociaux. multiplie le nombre de ses agents. n‟ont jamais réussi à rendre périodiques leurs réunions ni à fixer clairement leurs prérogatives face au roi. et en participant à leur gouvernement.individuelle et des actions qui s‟apparentent à celles d‟un groupe de pression lorsque leurs privilèges leur semblent collectivement menacés. En deuxième lieu. . puisque la cité était pour une bonne partie de la noblesse castillane. l‟imaginaire méditerranéen de la cité comme cadre idéal de la sociabilité humaine : une cité. L‟aspiration au gouvernement municipal n‟était pas contradictoire avec la recherche de la noblesse et avec la prétention à devenir“seigneurs de vassaux”. Un choc qui a. car on trouve d‟un côté. ce qui affaiblit la représentation collective du royaume et renforce parallèlement le rôle de ces cités comme lieu central de l‟espace politique. avec un gouvernement élu par tous les vecinos . manifestant clairement la vision que les conquistadors avaient de la société et de leurs rapports avec la Couronne. l‟idéal nobiliaire d‟hommes qui aspirent à devenir “seigneurs de vassaux”. qui était en train de disparaître en Castille. Le modèle que nous venons de décrire sommairement est alors en concurrence avec un autre : celui d‟une monarchie nouvelle que l‟on pourra appeler plus tard. surtout pour celle du Sud d‟où étaient originaires bien des conquistadors. Ils apparaissaient à leurs propres yeux comme des vassaux exemplaires du roi œuvrant à la fois pour l‟agrandissement de son domaine et pour l‟expansion de la foi. en Amérique. mais sur des bases doctrinales différentes. Mais ces aspirations ne sont opposées qu‟en apparence. C‟est pourquoi pendant les premières décennies.

contribuaient au renforcement du pouvoir royal. des pratiques seigneuriales reconnues ou des grands domaines dotés de privilèges juridictionnels. où la condition juridiquement libre des péons est modifiée par des coutumes et usages divers qui les attachent au maître de l‟hacienda. la seule qui pouvait être un contre-poids institutionnel au pouvoir royal. Le problème était de trouver selon quelles modalités les indigènes y seraient intégrés. le modèle de la société du Bas Moyen-Age castillan a réussi à s‟implanter durablement en Amérique: le monde indigène.Dans les deux domaines la Couronne ne raisonne pas d‟abord différemment que les conquistadors. tout en reconnaissant que les cités principales pourraient être convoquées aux Cortès. qui consacre la victoire du roi sur les “Comunidades”. définitivement acquise sous le règne de Philippe II. A cette logique d‟affirmation du pouvoir royal. Quant à la seconde. La monarchie moderne en formation évita en Amérique les seigneuries qu‟elle dut tolérer dans l‟Espagne péninsulaire jusqu‟à la révolution du début du XIXe siècle. Seules ont subsisté comme unités politiques juridiquement reconnues — mais privées de Cortès qui auraient assumé la représentation du royaume — les villages (pueblos). on évita soigneusement la réunion en Amérique de cette institution. etc. De ce point de vue institutionnel l‟Amérique apparaît donc comme plus moderne que la Péninsule. Seules subsistèrent longtemps dans les régions périphériques au contrôle difficile des encomiendas. qui est à l‟origine des griefs et des plaintes des créoles rêvant à des royaumes des Indes structurés par une forte aristocratie régissant ses vassaux indiens Il y a cependant un domaine où. à cet égard. significatif que 1521 soit a fois l‟année de la conquête de México par Cortès et celle de la bataille de Villalar. selon une hiérarchie de dignité et de pouvoirs qui. commune aux deux continents. comme en Castille a structuré l‟espace autour des cités principales. C‟est cette victoire de la monarchie moderne en Amérique. Les buts mêmes de la conquête — l‟évangélisation. Cela ne veut pas dire que la modernité ait réussi à s‟imposer dans les pratiques sociales. ils furent soumis. parce que lointaine. quasi-seigneuriales. comme en Castille. l‟acquisition de vassaux. La mentalité et les pratiques seigneuriales qui subsistent. La solution retenue . et comme un lieu d‟expérimentation de l‟Etat moderne. La première finit par disparaître après la promulgation des Lois Nouvelles de 1542 et la victoire de la Couronne sur les conquistadors révoltés du Pérou qui tentaient de transformer leurs encomiendas en véritables fiefs héréditaires. les villes castillanes révoltées. il était inévitable qu‟elle tente d„empêcher que ne s‟affermissent en Amérique les formes d‟organisation sociale et politique qu‟elle essayait alors de contenir en Castille. davantage même qu‟en Castille à cause de l‟absence de seigneuries et de la plus faible. Mais. que sont les “haciendas”. l‟action de l‟Eglise pour la protection et l‟évangélisation des Indiens et le désir de la Couronne d‟assurer sa part de bénéfices dans l‟exploitation des métaux précieux. même si ni leur existence ni leur domination sur de vastes territoires ne furent pas mises en cause. car les aspirations seigneuriales se sont cristallisées dans ces formes sociales hybrides. les peuples indigènes n‟ont jamais été considérés comme extérieurs à la cité. paradoxalement. On sait que. les municipes. sans fondement juridique. Il est. à un contrôle étroit par les agents du roi. s‟ajoutaient en Amérique des acteurs et des mobiles supplémentaires qui allaient dans le même sens. l‟utilisation du travail indien. autorité royale. Comme Elliot le fait justement remarquer.— interdisaient depuis le départ cette conception. l‟une échoua et l‟autre subsista diminuée. C‟est ainsi que des deux formes connues d‟organisation sociale et politique — seigneuries et municipes — que les conquistadors avaient tenté d‟implanter en Amérique. surtout. à l‟inverse de ce qui arrivera dans les colonies britanniques de l‟Amérique du Nord. les villes (villas) et les cités (ciudades). dans l‟hacienda ont fait que les membres des oligarchies urbaines soient des “patriciens” dans leur cité et des “seigneurs de vassaux” dans la campagne. Et.

pour quelques représentants du roi — vice-rois ou gouverneurs. parallèle à l‟espagnole. ni d‟auto-gouvernement. elle leur reconnut de droits de gouvernement sur les Indiens du commun et s‟efforça. étant des royaumes de la Couronne de Castille. En effet. Cette solution cumulait l‟apparition d‟un nouveau statut personnel et la création d‟une autre communauté politique. les caciques indiens. il convient de réfléchir sur leur statut politique au sein de la Monarchie. semblables en cela aux royaumes musulmans conquis quelques décennies auparavant dans la dernière étape de la Reconquête. par ailleurs. habitués à désigner sous ces noms les unités politiques distinctes qui. et. de considérer les sociétés indigènes comme formant une “république” à part. les hiérarchies indigènes à la noblesse castillane. de l‟autre. aussi bien les unes que les autres sont le résultat d‟une hybridation avec les anciens systèmes d‟autorité indigènes. non seulement parce que. Au-delà de cette “constitution” des Indes que l‟on pourrait appeler interne. il n‟en reste pas moins que nous y trouvons tout à fait légalement des formes seigneuriales et municipales beaucoup plus pures que celles de la “république des Espagnols”. à l‟inverse de la “république” des Espagnols. Originale aussi par sa structure plurielle. mais imaginée selon le modèle que l‟on refusait à ce moment même aux conquistadors. supposait le particularisme institutionnel des Etats et leur auto-gouvernement sauf dans certains domaines — comme celui de la politique extérieure — qui revenaient au roi et aux organismes centraux de la monarchie. des autorités seigneuriales. Elle supposait également que chaque communauté soit gouvernée par ses propres membres sauf. Cette double conception de la monarchie a été partagée par les habitants des Indes. ni de gouvernants originaires . il n‟a jamais varié jusqu‟à l‟Indépendance : on se trouve face à des royaumes et à des provinces de la Couronne de Castille. Mais grâce a cette première appartenance. Ce statut a été vite fixé et. juxtaposée à la “république des Espagnols”. on le sait. que la “république” indienne était une république sous tutelle. Puisqu‟il s‟agissait de territoires acquis par conquête. les Indes se retrouvent faisant partie de cet ensemble politique très vaste et original que Brading appelle la Monarchie catholique et Elliot la Monarchie espagnole. d‟origine aragonaise. celui d‟être une “monarchie catholique”. la conception d‟une monarchie plurielle. au fur et à mesure qu‟avançait leur acculturation : la première sans difficulté majeure puisque l‟évangélisation restait le titre le plus communément accepté pour légitimer la conquête. avec ses propres autorités et ses propres lois. ensemble. érigés en protecteurs et tuteurs d‟une communauté considérée comme n‟ayant pas encore atteint sa majorité. Les royaumes des Indes. Ajoutons. C‟est ainsi que. Originale par l‟imaginaire qui est le sien. La Couronne assimila. seulement dans la personne du roi et gouvernées selon leurs propres lois et institutions. par rapport aux autres royaumes de cette Couronne. en effet. elle était sous le contrôle des représentants du roi. d‟une part. aussi bien par les habitants d‟origine européenne que par les Indiens. curieusement. Même si. car elle est conçue comme étant formée par une diversité de royaumes ou provinces qui sont comme des entités politiques séparées unies. ni d‟une spécificité institutionnelle particulière. on y transféra toute la gamme des institutions publiques et des lois de Castille. des autorités élues par le commun selon des pratiques venues de la tradition communale castillane. la “république” des Indiens connut jusqu‟à l‟époque de l‟Indépendance. et d‟avoir une vocation universelle. comme l‟espagnole. formellement. Et cela d‟autant plus facilement qu‟au Mexique et dans les Andes ils avaient trouvé des ensembles politiques indigènes qu‟ils ont assimilés à des royaumes ou des empires incorporés par conquête à la Couronne de Castille. ne jouissant au départ. pour compléter ces propos. cependant. d‟une cité différente. Cette appellation et ce qu‟elle comporte s‟impose depuis les premiers temps de la conquête aussi bien pour les conquistadors que pour la Couronne. constituaient la Castille. au double sens de choisie par Dieu pour défendre et répandre la foi. la seconde d‟une manière plus complexe et en partie paradoxale.fut. là aussi. mais parce qu‟elle l‟était aussi sous celle des hommes d‟Eglise. de créer partout des villes et villages indiens dotés d‟un gouvernement autonome.

Est-ce à dire qu‟ils étaient devenus des “colonies”. des phénomènes tels que l‟instauration de vice-rois en Amérique. Elle contribua de ce chef à rendre moins légitimes les Cortès en Espagne et moins sensible leur absence en Amérique. de la demande constante des créoles réclamant que les charges civiles et ecclésiastiques soient occupées par les natifs des Indes. C‟est pourquoi. D‟où l‟apparition en Amérique de réflexes et de revendications qui s‟apparentent à ceux des royaumes non-castillans. exigence tout à fait compréhensible et. etc. ce qui renvoie à la justice et non à la représentation. Vénalité qui touche aussi bien les Indes que les royaumes européens. bientôt en raison des circonstances particulières qui étaient les leurs (éloignement du centre de la Monarchie. si ambigu. comme s‟ils constituaient une catégorie spéciale de royaumes. à se distinguer de plus en plus des royaumes castillans et à être gouvernés. déjà signalées. la création d‟un Conseil des Indes — semblable au Conseil d‟Aragon ou d‟Italie —. allaient dans ce sens. mais extravagante à l‟intérieur de la Couronne de Castille. pour tout dire. De ce point de vue. satisfaite dans les Etats non-castillans jusqu‟à la fin de la dynastie des Habsbourg. lorsqu‟on se place à la veille de la guerre des Sept Ans — que tous nos auteurs s‟accordent à considérer comme le grand tournant tant pour l‟Amérique britannique que pour l‟Amérique espagnole — la “constitution” politique de cette dernière présente un caractère si particulier et. Cette conception. les rendant assimilables du point de vue des rapports qu‟ils doivent entretenir avec le roi.du pays. mais aux conceptions et à l‟imaginaire de l‟époque. La vénalité des charges venait renforcer ce qui était déjà un trait caractéristique du système politique castillan: le remplacement des libertés collectives institutionnelles par les libertés-privilèges des individus et des corps. aussi bien en Espagne qu‟en Amérique. quoique bâti sur le socle commun de la législation castillane. par exemple — ne . cette pratique éloigna encore plus le fonctionnement des gouvernements municipaux de l‟idéal d‟un gouvernement local représentatif. sont venues s‟en ajouter d‟autres apparues pendant la période de faiblesse du pouvoir royal qui commence vers le milieu de XVIIe siècle. du point de vue politique. au XVIIIe siècle la dynastie des Bourbons met fin aux institutions publiques des royaumes de la Couronne d‟Aragon. lorsque. les Indes. ou qui se veulent. comme le signale à juste titre Annino. évangélisation et protection des populations autochtones. venues de l‟époque de sa fondation. par exemple. l‟évolution que connaissent les Indes après l‟affirmation chez elles de l‟Etat moderne. nécessité de protéger les relations commerciales. les possesseurs d‟offices considérèrent ceux-ci comme leur donnant droit à une relation contractuelle avec le roi fondée sur le respect de ces privilèges personnels.) ils commencèrent. En effet. spécificité. tout en restant légalement castillanes. de plus en plus particulier au sein de la Monarchie. au sens moderne du mot? La réponse. Car aux ambiguïtés. prenait une coloration particulière en Amérique puisque moultes charges vendues — celles de juges des audiencias. En ce sens. les Indes resteront jusqu‟à la fin le bastion d‟une vision plurielle de la Monarchie et des anciennes conceptions “pactistes” — contractuelles — entre le roi et des Etats qui sont. mais qui n‟en restent pas moins paradoxaux. l‟une des plus importantes est sans conteste l‟expansion de la vénalité des offices provoquée par les besoins financiers de la Couronne. Car. En ce sens. Et cela même. Parmi elles. en général. évoluent dans la conscience de leurs habitants vers un statut. et à se penser. nous semble-t-il. est moins une évolution “coloniale” qu‟un processus de différentiation par rapport aux autres royaumes de la Couronne de Castille qui les rapproche des royaumes non-castillans de la Monarchie. que l‟on retrouve comme trait distinctif d‟une “monarchie modérée” aussi bien dans la Monarchie espagnole que dans la France de la même époque. à celui des anciens royaumes de la Couronne d‟Aragon. les charges qui sont juridiquement vendables et celles qui ne le sont pas… Les conséquences politiques en sont en maints domaines considérables. A l‟échelle municipale et pour les cités les plus importantes. la progressive constitution d‟un corpus législatif propre. C‟est le cas. différents. Mais. ne peut faire appel à ce que nous pensons être une colonie.

il s‟agit bien d‟un projet nouveau. Elles se firent. nous avons une Monarchie administrative au sein de laquelle la liberté est pensée comme relevant du respect d‟une multitude de privilèges. “grande rébellion” du Bas et du Haut Pérou entre 1780 et 1783. ces privilèges — ainsi que les pouvoirs quasi-seigneuriaux des hacendados — n‟ont pas de fondement légal et ils sont même contra legem. éparses: révoltes mexicaines contre l‟expulsion de jésuites en 1767. Dans les deux cas. Cependant. diffère profondément de celle des colonies britanniques de l‟Amérique du Nord. d‟institutions représentatives solidement implantées. Dans le cas britannique. L‟offensive était donc claire et parfaitement lisible pour tous. d‟acteurs individuels et corporatifs. C‟est pourquoi. quoique déformées au niveau local. Enfin. en effet. les mesures prises. dans l'ancienne logique “pactiste” d‟une protestation faite en appelant au roi contre le mauvais gouvernement de ses ministres. Dans la seconde. où les grandes réformes de l‟époque de Charles III — même si elles comportaient une mutation profonde dans la façon de concevoir et de gouverner les Indes — ne trouvaient devant elles qu‟une “constitution” faite davantage de pratiques et de comportements coutumiers que d‟institutions précises. Dans les deux cas. ce qui suppose rendre plus étroitement solidaires ses différentes parties. étaient comme diluées par leur diversité même et par une application étalée dans le temps et dans l‟espace.pouvaient pas l‟être légalement. même si elles répondaient à une nouvelle logique. Les réformes bourboniennes pouvaient. Dans la première. une chose est le rétablissement du contrôle royal — en Amérique espagnole — et une autre l‟instauration d‟un contrôle qui n‟existait pas auparavant — dans l‟Amérique britannique. en vue d‟accroître leur effort de défense et partant leurs ressources à repenser leurs relations avec l‟Amérique. ces mesures ne s‟appliquaient pas seulement à l‟Amérique puisqu‟elles avaient déjà été mises en pratique dans l‟Espagne péninsulaire. renforçant de la sorte la corruption. Par ailleurs. être présentées comme la reconquête par la Couronne de prérogatives qu‟elle avait dû abandonner dans des temps de faiblesse. C‟est par tous ces traits qu‟au milieu du XVIIIe siècle la “constitution historique” de l‟Amérique espagnole. c‟est pourquoi elle mènera tout droit à l‟Indépendance. Les deux continents se voyaient soumis à un identique absolutisme. où autant les libertés individuelles que la liberté collective de chaque communauté — son auto-gouvernement — sont garanties par l‟existence. c‟està-dire l‟édification d‟un véritable empire. sans toutefois que fasse partie de cette liberté l‟existence d‟institutions représentatives bien établies. mais elles sont inexistantes à l‟échelon de la “province” ou du royaume. des colonies héritières des libertés britanniques. les réactions des deux Amériques furent aussi différentes que l‟étaient leurs “constitutions” respectives. C‟est pourquoi. Les textes légaux qui définissaient le statut des Indes n‟étant pas changés. nous trouvons des communautés où les agents du pouvoir central sont peu nombreux et dotés de pouvoirs relativement faibles. formels ou informels. le caractère très peu formalisé du système politique hispanique empêchait que les réformes fussent ressenties comme une offensive globale contre les droits des Américains et permettait aussi de multiples possibilités de négociation . aussi bien au niveau local que provincial. cela entraînait une modification profonde des rapports traditionnels entre les deux continents et de l‟égalité politique de leurs habitants. Même si les acheteurs les ont considéré de la sorte. révolte des Comuneros de la Nouvelle Grenade en 1781. pour l‟essentiel. les réactions aux plus impopulaires de ces mesures furent elles aussi. comme le dit Pietschmann. les ressemblances entre elles sont aussi claires que leurs différences. renforcer le gouvernement central et faire prévaloir dans ces nouveaux ensembles les intérêts des “métropoles”. En outre. la tentative de bâtir cette nouvelle solidarité impériale était une offensive évidente contre les droits des colonies puisque ces droits étaient formalisés et soutenus par des institutions représentatives. lorsque la Guerre des Sept oblige les deux monarchies. il n‟en reste pas moins que. Tout autre était la situation en Amérique espagnole. Celles-ci existent.

car l‟autorité centrale de la Monarchie ayant disparue. Dans les deux cas. ce sont d‟abord les peuples — les royaumes et les provinces — qui assumèrent cette souveraineté en formant des juntes de gouvernement. La rupture politique passe d‟abord par la formation de juntes américaines autonomes dans certaines régions d‟Amérique. malgré une population supérieure… Ce refus pratique de l‟égalité va entraîner à la fois la rupture politique et ce qu‟on pourrait appeler un retournement identitaire. Celle-ci se manifeste dans la nonacceptation de juntes autonomes américaines. pouvaient être légitimés. On trouve chez les élites gouvernantes ou intellectuelles espagnoles. . D‟auto-gouvernement. Celui-ci se révélait en effet impuissant à fournir une légitimité à la résistance espagnole et au loyalisme américain. il fallait définir d‟une façon immédiate. dans l‟attribution à l‟Amérique d‟un nombre de représentants bien inférieur à celui de la péninsule. A terme. et affirmer la réversion de la souveraineté à la nation. existant pour son profit et dotées de droits politiques inférieures à ceux de la métropole. Elle se posera cependant inéluctablement. ou aux peuples. Il s‟agit d‟une monarchie pensée d‟une façon presque moderne comme un empire colonial. formé par une métropole jouissant de la plénitude des droits et de colonies dépendantes de cette dernière. pré-bourbonienne pourrait-on dire. ce qui à son tour amenait à parler d‟auto-gouvernement et de représentation. de décider quelle sera la représentation américaine dans les institutions nouvelles qu‟il faut alors constituer dans le centre de la Monarchie : la Junte Centrale de gouvernement en 1808-1809 et les Cortès en 1810. plus ou moins modernes. en effet. C‟est pourquoi. restées jusqu‟alors confinées dans le domaine des idées et des imaginaires (du point de vue légal le statut des Indes n‟avait jamais été modifié). C‟est cet événement exceptionnel qui ouvre la grande crise de la Monarchie et va provoquer à terme son implosion. de savoir si les tentatives des Américains visant à former des juntes analogues aux juntes espagnoles sont ou non légitimes. dans la mesure où les Américains conçoivent toujours la Monarchie (de plus en plus peut-être) comme plurielle. Ces divergences de vues sur les droits respectifs des deux parties de la Monarchie. En effet. Il s‟agit en premier lieu. que se pose d‟une manière explicite et globale le problème de l„égalité politique entre l‟Espagne et l‟Amérique. l‟attitude des Espagnols péninsulaires va être la cause essentielle d‟une rupture que le loyalisme américain de 1808 ne laissait pas prévoir si proche. C‟est alors qu‟apparurent au grand jour deux façons opposées de la concevoir qui n‟avaient pas cessé de progresser dans la seconde moitié du XVIIIe siècle. puis par la non reconnaissance réciproque des pouvoirs provisoires espagnols et américains. urgente et institutionnelle. formée par des royaumes et des provinces unis seulement dans la personne du roi et égaux en droits à ceux de l‟Espagne péninsulaire. L‟Amérique espagnole restera massivement loyaliste jusqu‟à l‟abdication forcée de Ferdinand VII en 1808. pour rompre cette communauté de sentiments. Il fallut avoir recours à des théories contractualiste ou pactistes. en second lieu. enfin par une guerre en Amérique qui est à la fois une guerre extérieure contre les Espagnols de la “métropole” et une guerre civile contre les Américains loyalistes. puisque c‟est par elle seulement que tous les pouvoirs provisoires. la vision nouvelle d‟une monarchie unitaire et homogène dont la construction est déjà bien avancée dans la péninsule ibérique. deviennent maintenant un problème très pratique et urgent. le nouveau projet de monarchie ne mena pas alors à l‟Indépendance ni même à des tentatives véritables pour l‟obtenir.locale et de compromis. car la disparition du roi a mis fin aussi bien dans la pratique que dans la théorie à l‟absolutisme. Il faudra. les droits politiques respectifs des deux parties de la Monarchie. De représentation. leurs déclarations répétées d‟égalité politique entre les deux continents vont de pair avec une négation pratique de cette égalité. locaux ou central. et. La vision la plus répandue en Amérique espagnole est beaucoup plus traditionnelle. car le loyalisme des Indes et leur solidarité avec les patriotes espagnols en lutte contre Napoléon sont totales dans les premières phases de la guerre. Dans les deux domaines.

La comparaison avec l‟Indépendance des colonies britanniques de l‟Amérique du Nord est ainsi à la fois trompeuse. D‟une part. ne diffèrent pas profondément des insurgés dans cette aspiration à l‟égalité politique des deux continents. est englobé dans les anciennes revendications créoles d‟accéder en priorité aux charges dans leurs royaumes. Mais ils échoueront dans leur tentative de formuler et de faire accepter par les Espagnols de la péninsule un nouveau modèle politique qui aurait donné une expression constitutionnelle moderne à l‟ancienne aspiration de royaumes et des provinces américains : jouir d‟une existence politique autonome au sein de la Monarchie. qui maintiendront pendant plus de dix ans encore leur attachement à l‟unité de l‟ensemble hispanique. une fois disparu l‟ancien principe d‟unité de la Monarchie. ce qui explique la lenteur et le caractère conflictuel du processus de formation des “nations” en Amérique espagnole. en Amérique espagnole. la guerre contre la métropole fait surgir chez les insurgés une identité “américaine” nécessaire pour se différencier de leurs adversaires européens. elle ne sera vraiment opérationnelle que pendant la guerre. à savoir le lien personnel des individus et des communautés avec le roi. au terme d‟une longue bataille politique. Les loyalistes américains eux-mêmes. parce que les différents royaumes et provinces de l‟Amérique espagnole son dispersés sur un très vaste espace occupé. . les Américains espagnols se battent pour la reconnaissance de l‟égalité de leurs droits avec les Espagnols péninsulaires et pour ce qu‟ils estiment être la constitution — “historique” — des Indes. C‟est pourquoi. Les raisons en sont multiples et parfois même paradoxales. à la différence de l‟Amérique du Nord où les identités provinciales avaient un contenu politique certain concrétisé dans des institutions représentatives. Eclairante. la quasi-égalité de la représentation aux Cortès. dans une seconde phase. rien ne put enrayer la désintégration. les unités politiques régionales sont des divisions administratives de l‟Etat et non de la société. parce que. pertinente aussi car. comme en Amérique du Nord. La conception unitaire de la Nation était alors un paradigme incontestable en Espagne.Au cours de cette guerre les insurgés effectuent une relecture de leur histoire qui servira à légitimer l‟Indépendance. Enfin. D‟autre part. parce que la construction d‟identités culturelles en quelques royaumes de l‟Amérique espagnole. Trompeuse. Le passé devient une longue période d'oppression provoquée par la rupture du pacte qui intégrait les Indes dans la Monarchie. sans qu‟il existe au-dessus d‟elles des institutions représentatives pouvant servir de base à la construction d‟une nation fondée sur les nouveaux principes de la souveraineté du peuple. Le refus tout à fait actuel de l‟égalité politique moderne. cependant. Celle-ci l‟emporta. lorsque à la faveur de la renaissance de la représentation. sauf dans les deux cas déjà cités. comme le Mexique ou le Chili. pertinente et éclairante. Pertinente. enfin. mais elle se montrera incapable de servir à la construction d‟une nouvelle nation unifiée. était beaucoup plus avancée que celle des colonies britanniques. ce sont les cités principales. à tel point qu‟on peut les considérer dès cette époque comme des protonations. car l‟origine de la crise qui aboutira à terme à la désintégration politique de la Monarchie hispanique est extérieure à cette dernière et ne résulte pas d‟une tentative de redéfinition des relations entre l‟Ancien et le Nouveau Monde. de façon discontinue. en outre. Les seules entités sociales qui aient une dimension politique certaine. Ils participeront aux Cortès de Cadix et arracheront. parce que cette identité globale hispano-américaine est très faible.

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