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Bien plus qu’un stage, ces cinq mois d’aventure m’ont permis de découvrir un autre monde riche de son

histoire, de sa culture et de sa population. Un apprentissage nourri de la générosité culturelle et humaine de Cyrille Arvois, François Loze et de Juan Balderrama. Un grand merci.

Afin de recontextualiser mon expérience singulière, il m’a paru évident, de la rapporter selon des problématiques conditionnées par le lieu. Une volonté de la retranscrire le plus authentiquement et le plus explicitement possible.

Préambule Introduction 1. Construction traditionnelle
1.1 Quelques repères sur la construction en terre dans le monde 1.2 Adaptation climatique 1.3 Techniques de construction en terre

2. Construction conditionnée par le contexte environnemental
2.1 Analyse urbaine 2.2 Panneaux solaires 2.3 École San Roque

3.Adaptation et évolution
3.1 Panneaux solaires 3.2 Analyse urbaine 3.3 École San Roque

Conclusion

Préambule

Les peuples indigènes1, ou autochtones sont «les descendants de ceux qui habitaient dans un pays ou une région géographique à l'époque où des groupes de population de cultures ou d'origines ethniques différentes y sont arrivés et sont devenus par la suite prédominants, par la conquête, l'occupation, la colonisation ou d'autres moyens» [Les droits des peuples autochtones]. Les peuples autochtones représentent environ 370 millions de personnes dans le monde, dont 70% en Asie. D'autres termes ont parfois été utilisés pour les désigner, comme aborigènes « peuple premier », « peuple racine », « première nation » ou « peuple natif », succédant à l'appellation péjorative de « peuple primitif ». Amaicha Del Valle, village de 5000 habitants est une communauté indigène du peuple Diaguita2 Calchaqui. Une condition proclamée par un document historique, la Cédula Real de 17163. Cette communauté indigène préserve alors des institutions ancestrales comme le fait d'avoir un Cacique4 ainsi qu'un conseil des anciens. Le village faisant à la fois partie de la province de Tucuman et du territoire indigène, est alors politiquement dirigé par deux autorités distinctes : la communauté et la commune. Il y a de ce fait un partage des fonctions non officiellement défini, ainsi qu'une certaine forme de concurrence.
1 Du latin indigena (« originaire du pays », « indigène »). Formé de indu forme renforcée et archaïque de in (dans), et de -gena (né de), du verbe générer (engendrer). 2.Diaguita est la dénomination quechua pour désigner certains peuples indigènes d'Amérique du sud. 3.La cédula real est une charte concédée en 1716 par la couronne d'Espagne, permettant aux peuples originaires des vallées Calchaqui de récupérer une partie de leur territoire, ce qui donna naissance à la communauté Amaicha Del Valle. 4.Le Cacique désigne le chef d'une tribu indienne.

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L'Etat Fédéral Gouvernement national Le gouvernement provincial (autorité territoriale) Léon Alpérovitch

La commune
Le maire Jorge Avalo

La communauté
Le Cacique Edouardo Nieva Le conseil des Anciens Le responsable du secrétariat du territoire Jesus Silva Faune et Flore

Intervenants extérieurs: CDESCO; UNICEF; UNESCO
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Amaicha Del Valle

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Préambule

Amaicha Del Valle est située dans le nord-est de la province de Tucuman à 150km de la capitale provinciale. Le village est localisé à 2000m d'altitude, dans le creux désertique de deux vallées de la région Calchaqui, le long du Rio Amaicha. La pluie y étant rare, l'endroit bénéficie de 360 jours de soleil par an. Le sol y est donc très sec, l'été la température atteint facilement les 40°C, tandis que l'hiver, la nuit notamment, le thermomètre atteint les négatifs. La période hivernale est aussi connue pour sa période de vent très puissant. Économiquement, le village est très pauvre, effectivement, le taux de chômage y est assez élevé. Amaicha Del Valle vit principalement de l'activité primaire, de la vente de vin, de fromage notamment, ou encore de l'artisanat. En revanche depuis une dizaine d'années, le secteur touristique tend à se développer. Il profite effectivement de la beauté du paysage, de la tranquillité des lieux, de la culture indigène ainsi que de la grande réserve naturelle et archéologique du territoire. Les principaux points touristiques sont : le Remate1, El Dique de Los Zazos2, le Museos Pachamama, les Ruines de Quilmes.
1. Cascade au bout du village alimentant notamment le Rio Amaicha. 2.Afin de ne pas subir la sécheresse, El dique de los Zazos, est un étang artificiel qui approvisionne la population du village en eau.

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J'ai effectué un stage de cinq mois à Amaicha Del Valle de mars à juillet, où se sont succédés plusieurs projets concernant à la fois l'architecture, l'urbanisme et l'architecture solaire. François Loze m'accompagna et m'orienta le premier mois du stage, puis se fut Cyrille Arvois qui prit la relève jusqu'à la fin du mois de juillet. Ces deux personnes sont les cofondateurs de l'association Terre Construite. Terre Construite est née en 2007, avec l'objectif d'enseigner l'usage de la terre en tant que matériau de construction. « La terre s'édifie sur la route de l'adobe; c'est le terrain lui-même qui s’élève. Il s'agit d'appréhender l'usage d'anciennes techniques de construction. De conserver le savoir faire ancestral des habitants. De préserver le patrimoine constructif. De faire de la terre un matériau noble par opposition au matériau pauvre qu'on suppose qu'il est. Qu'apparaissent indubitables les qualités de l'adobe en termes de mise en oeuvre, structurels et thermiques. Etablir une structure d'échange qui s'offre, elle-même, plusieurs plans de découverte. Connaissances scientifiques et intuition savante, recherche et mémoire constructives, approche théoriques et expérimentation pratiques… Une rencontre de trois peuples: le peuple Diaguita, l'Argentin et le Français autour de la construction de terre. Le travail s'engagera avec la Communauté Indigène d'Amaicha Del Valle. En premier lieu, il entrera dans cadre légal disposé par la Constitution Politique élaborée par les descendants du peuple Diaguita.»1

1. www.terreconstruite.unblog.fr

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1. Construction traditionnelle

1.1 Quelques repères sur la construction en terre dans le monde
La construction en terre s'étend sur tous les continents et accueille 30% de la population mondiale, c'est-à-dire environ 1 500 000 000 d'êtres humains. Ainsi on observe que les habitations en milieu rural dans les pays dits en voie de développement sont concernés à 50% contre 20% en milieu urbain. Dans de nombreux pays les habitats en terre sont présents en majorité, en Inde par exemple 72,20% des constructions sont en adobe ou en pisé, contre 60% au Pérou ou encore 15% en France. La diversité des cultures de chaque pays a amené une grande variété des techniques de construction illustrant alors les multiples possibilités qu'offre la terre allant du plus humble habitat aux palais des rives du Niger, en passant par la citadelle Chan Chan au nord du Pérou.1

1.2 Adaptation climatique
La construction traditionnelle d' Amaicha Del Valle continue d'être employée puisqu'elle a toujours été adaptée au contexte climatique du territoire. Ce sont des maisons en terre, dont les adobes vont permettre de réguler la température aussi bien en été qu'en hiver. En effet durant la période estivale, la terre permet de garder l'espace intérieur frais, à l' abri de la chaleur et de la lumière tandis qu'en hiver, les adobes rétrocèdent la chaleur du soleil, pour réchauffer les pièces. De plus, la typologie architecturale de ces maisons leur permet d'être à l' abri du vent. J'ai observé alors des bâtiments ramassés, bas et de plain-pied dont le rapport largeur,/hauteur permet une emprise au sol plus importante. Les murs n'offrent que très peu d'ouvertures. Ces dernières permettent un apport de lumière nécessaire pour l'éclairage, tout en laissant suffisamment d'ombre donc de fraîcheur l'été.
1.Traité de construction en terre par CRAterre

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1. Construction traditionnelle

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1. Construction traditionnelle

1.3 Techniques de construction en terre
L'école San Roque En 2009, l'association a été sollicitée par les parents d'élèves de l'école San Roque, pour la construction d'un atelier de tissage et d'une cantine. Située sur la fin de la loma, l'école surplombe une partie du village d'Amaicha Del Valle. Cette école, un chalet préfabriqué d'environ 25m², est destinée aux enfants « especialles»1, ils sont actuellement quatorze pour plus de 200 enfants2 dans la province, qui attendent d'être scolarisés. Ils ont pour principale activité le tissage, ce qui nécessite un espace adapté aux machines à tisser. En 2009 plusieurs membres de l'association ont travaillé à l'implantation et la morphologie de l'architecture: un bâtiment en « «L » entourant le chalet et dessinant un patio extérieur. La trame structurelle du toit dessine des poutres à intervalle d'un mètre afin de pouvoir soutenir les palettes et installer les fenêtres créant un rythme régulier.

1. Especialles signifie littéralement spéciaux, un mot permettant de designer les différents types de difficultés des élèves. 2. Le taux assez élevé d'enfants handicapés dans le nord de l’Argentine est dû, d'une part à la consanguinité et d'autre part aux carences d'oméga 3 qui lors de la gestation peut entraver le développement du système visuel et peut compromettre l’intelligence future de l’enfant.

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1. Construction traditionnelle

En avril 2011, nous avons repris le projet, Cyrille et moi, avec Juan Balderrama président du comité des parents d'élèves, qui continua seul l'élévation de l'école.

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1. Construction traditionnelle

La production d'adobes La brique en terre crue, également appelée « adobe »1 est sans aucun doute le matériau le plus ancien de la construction humaine. La forme d'adobe la plus connue est celle que nous avons utilisée pour l'école San Roque, un moulage parallélépipédique de dimensions variables. Nous avons commandé les adobes au fur et à mesure de l'avancement du chantier. Un millier d'adobes étaient déjà présents, nous en avons commandé 3000 autres. Ainsi, après avoir commandé la terre, notre coupeur d'adobes Fernando Nicolasa venait sur place pour les mouler. Il existe différentes techniques de production d'adobes, manuelles, découpées, mécanisées ; ici le travail de la terre a été fait de manière artisanale : cette méthode prévoit de répandre sur le sol en tas circulaire de la terre, mouillée abondamment et mélangée à de la paille ou de la sciure afin de renforcer l'ensemble. Fernando a utilisé un moule en aluminium composé de quatre alvéoles de 0,4 x 0,20 x 0,10 cm de dimensions chacune. La production s'est faite à même le sol: une fois le moule trempé dans l'eau pour faciliter le démoulage, il est rempli de boue épaisse que l'on presse à l'aide des poings pour chasser l'air. Le moule est ensuite retiré d'un geste continu et vertical. La production d'adobes a dû cesser lorsque nous sommes entrés en période hivernale. Le climat influe effectivement sur le séchage de la terre, ainsi, une importante période de gel tend à fragiliser considérablement l'adobe.

1. Le mot adobe est espagnol, son origine vient du terme arabe « ottob » ou « thobe », origine Égyptienne.

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1. Construction traditionnelle

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1. Construction traditionnelle

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1. Construction traditionnelle

La pose d'adobes Les murs d'adobes exigent une bonne définition du calepinage1. L'adobe se pose de la même façon que la brique ou le parpaing, il doit croiser celui de la ligne inférieure pour permettre une bonne liaison structurelle par une longue descente de charge. Les murs de terre travaillent bien en compression mais les efforts de torsion ont tendance à les fragiliser. Ainsi, même s'il n'est pas nécessaire de construire avec un chaînage en béton, il est utile de respecter un certain rapport hauteur/épaisseur d'1/10, de protéger les murs de l'eau par des soubassements pour éviter qu'ils ne souffrent notamment des remontées capillaires, ainsi que par des débords de toiture qui vont les protéger de la pluie. Il faut également veiller à la répartition des charges pour qu'elles évitent de se concentrer un seul point, c'est notamment le rôle que tient le linteau, posé au dessus de chaque ouverture d'une longueur 1,5 fois plus grande. La solidité des murs va aussi dépendre de la qualité des joints entre chaque adobe. Il existe plusieurs types de mortier: boue de paille, boue et ciment, ciment et sable. Pour l'école, nous avons opté pour un mélange de sable et de ciment pour une plus grande rapidité d'exécution. La mise en œuvre nécessite de mouiller les adobes pour une meilleure adhérence du mortier sur la terre. Il va ainsi permettre au mur, une bonne résistance à la compression, aux infiltrations. Idéalement, l'épaisseur des joints horizontaux et verticaux, doit être compris entre 1 et 1,5 centimètre.

1. Opération qui consiste à organiser et anticiper les mesures et les agencements d'éléments de construction en vue de faciliter leur pose.

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1. Construction traditionnelle

Les arcs en adobes C'est dans une scierie que nous avons trouvé quatre fenêtres en arche en plein cintre de bois d'algarrobo1 et dans des entreprises de démolition que nous en avons négocié deux en métal. Certaines de ces fenêtres imposaient, compte-tenu de leur faible épaisseur, (environ six centimètres pour une épaisseur d'adobe de dix centimètres) des arches en fer pour éviter un porte à faux trop important. Afin d'avoir un arc symétrique nous avons alternativement posé les adobes à gauche et à droite. Un fil est indispensable puisqu'il permet d'obtenir une régularité au niveau du rayon et de quantifier le mortier entre chaque adobe. La clef de voûte placée au centre est un adobe taillé sur mesure, de forme trapézoïdale afin de répartir les forces de chaque côté. L'enduit L'enduit de terre est composé de 4/10 de terre, d'5/10 de sable, et d'1/10 de chaux. La quantité d'eau doit permettre au mélange d'avoir une texture boueuse suffisamment malléable pour accrocher les adobes et obtenir un aspect lisse. On y ajoute généralement des fibres telles que de la paille ou des crins d'animaux. Elles jouent un rôle d'armatures et évitent que l'enduit ne s'effrite ou ne se fissure une fois sec. Nous avons choisi de mettre de l'enduit à l'intérieur de l'école uniquement, car en plus des propriétés isolantes, du fait qu'il va capturer la chaleur pour la restituer, il va aussi permettre d'homogénéiser l'aspect général de l'atelier et de gommer la présence des adobes qui restent très présents visuellement.

1. L'algarrobo est un bois très courant dans le nord de l'Argentine. Ayant la qualité d'être très dense et robuste, le travailler nécessite un certain savoir-faire, ces objets sont donc assez précieux et coûteux.

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1. Construction traditionnelle

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2. Construction conditionnée par le contexte environnemental

2.1 Analyse urbaine
Le relevé territorial est l'objet d'une commande conjointe de la Communauté indigène et de la commune rurale d'Amaicha Del Valle. Ce travail a pour intention la planification d'un code urbain, afin d'adapter la construction à l'environnement. Le relevé cartographique s'est établi sur des fonds de plans élaborés grâce à des photographies satellitaires de Google Earth, ainsi que par trois plans existants numérisés que possède la communauté: un plan sommaire du centre sur cinq cuadras1, un relevé au GPS de la coopérative d'eau des Zazos un plan d'électricité sur Ampimpa2. Mon travail, déjà ébauché par de nombreux membres de l'association, fut donc de poursuivre cette analyse urbaine, à l'aide d'une grille présentant la nature de chaque parcelle, de chaque bâtiment d'Amaicha Del Valle. Analyse urbanistique d'Amaicha Del Valle Le village s'étend principalement d'ouest en est. A la fois géographiquement et socialement le village est divisé en deux grandes localités : _Amaicha, à l'ouest où on distingue le centre, où se trouvent les différents services tels que le centre de police, les Télécoms, l'office de tourisme, ou encore l'ACA3 où s'est installé le bureau de la communauté. _Les Zazos, le chemin principal qui part du centre, dessert les habitations de l'est du village et mène jusqu'au Remate, principale attraction touristique du village.

1. Cuadra, signifiant « pâté de maisons », définit un bloc de maisons de 100 x 100 mètres. 2. Les Zazos et Ampimpa font parti des nombreuses localités qui composent Amaicha Del Valle. Zazos (Sasos) signifie lieu de réunion paisible, où assistent les gens. 3. Automovil Club Argentino.

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2. Construction conditionnée par le contexte environnemental

Boucherie du centre 2 pièces; ouvertures à l'arrière et l'avant; Un niveau; Murs en briques.

Supermarché du centre 3 pièces; ouvertures à l'arrière et l'avant; Un niveau; Murs en béton.

Terminale du village _en construction 3 pièces; plusieurs ouvertures Un niveau; Murs en briques et béton

El Remate

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2. Construction conditionnée par le contexte environnemental

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2. Construction conditionnée par le contexte environnemental

De 2003 à 2007, le village a notamment fait l'objet d'une division politique, suite à l'exercice simultané du pouvoir de la communauté, par deux personnes se prétendant Cacique: un dirigeant Amaicha, l'autre la contrée des Zazos. D'un point de vue urbanistique, l'organisation des deux zones est également distincte puisque l'on peut observer un tissu plutôt orthogonal dans le centre, qu'a laissé la colonisation, tandis qu'aux Zazos, la planification urbaine est dessinée par les parcelles agricoles et les chemins d'accès, créant un village-rue, lieu où les maisons sont présentes le long d'une rue. Des éléments déterminants Les différents secteurs d'activités dessinent et organisent le plan urbain. Ils conditionnent notamment l'aménagement des apports hydriques un exemple de facteur environnemental, important. Le centre ainsi organisé en cuadras s'est donc fait aménager des canaux en fonction des besoins qu'imposaient l'emplacement des bâtiments. En revanche, ce sont les parcelles agricoles des Zazos qui se sont dessinées en fonction des arrivées d'eau. Même si les canaux qui irriguent les champs et amènent l'eau aux habitants sont pour la plupart du fait de l'homme, ils ont été élaborés non loin des cours d'eau principaux. Ils sont souvent empierrés, ou simplement creusés dans le sol. L'eau n'est cependant pas l'unique facteur conditionnant la structure urbaine du désert d'Amaicha Del Valle, la construction s'établit aussi en fonction d'autres éléments déterminants. Les types de services, par exemple, s'organisent en quartier non loin des lieux les plus fréquentés. Ainsi, dans un même périmètre, on retrouve de nombreux bars, épiceries ou encore restaurants. Ceci a pour conséquence d'augmenter la concurrence et de diviser la clientèle, apportant alors une certaine fragilité, voir une précarité économique des commerces.

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2. Construction conditionnée par le contexte environnemental

2.2 Panneaux solaires
Ce projet a pour objectif d'installer des panneaux solaires dans les lieux les plus reculés du territoire indigène, à Amaicha Del Valle et ses alentours. Le Cacique, Edouardo Nieva, en charge de cette opération a sollicité l'association à présent seule à disposer d'un GPS. Doté d'une liste répertoriant les différentes habitations dépourvues d'électricité, le Cacique devait les identifier, en indiquant notamment les coordonnées géographiques afin d'anticiper l'accès pour la pose des panneaux solaires. Je fus donc chargée d'accompagner le Cacique et ses assistants dans les endroits les plus isolés du territoire indigène, afin de localiser les habitations. Les dizaines de maisons que nous avons visitées, uniquement accessibles à pied, sont toutes construites traditionnellement, en matériaux naturels. Généralement ouvertes sur l'extérieur, elles bénéficient de grands terrains sur lesquels l'élevage et la cultures sont les activités principales. Cela permet à ces habitants éloignés de toute civilisation, de vivre en autarcie.

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2. Construction conditionnée par le contexte environnemental

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2. Construction conditionnée par le contexte environnemental

2.3 École San Roque
Contexte climatique Située dans le désert, nous avons conçu une architecture qui tient compte du climat. Le soleil, chaque jour présent à Amaicha était alors un facteur important, ainsi, l'éclectisme de nos fenêtres tend à montrer les multiples astuces que nous avons trouvées pour éviter que la lumière directe n'entre: petites ouvertures, volets, vitre teintée, vitre opaque, ou encore colonnes d'adobes, venant en fin d'après midi ombrer les ouvertures. Le vent, était également un élément influent dans notre réflexion architecturale. En effet, venant principalement du sud et étant surtout présent en hiver, il provoque de grandes rafales et peut ainsi endommager les habitations. C'est pourquoi la façade sud de l'atelier ne présente qu'une petite ouverture au dessus de la porte.

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2. Construction conditionnée par le contexte environnemental

Contexte paysager Puisque le terrain de l'école domine les quartiers alentours, il était opportun que l'atelier puisse se voir, se présenter de loin et d'autre part, pouvoir de l'intérieur bénéficier du paysage. C'est pourquoi, nous avons au niveau de l'entrée, joué avec les couleurs, avec une porte peinte en rouge et l'arche au dessus vitrée d'un vert éclatant. De plus, nous avons exploité l'une des plus grandes façades qui pouvait bénéficier d'un paysage dégagé sur les vallées. Ainsi, les quatre arches cadrent le paysage à différents niveaux. Nous avons également positionné ces fenêtres en prenant en compte la pente extérieure le long de l'atelier. Ainsi, en profitant d'une pente correspondant à une file supplémentaire d'adobes, les quatre arches sont alors positionnées treize centimètres plus haut au fur et à mesure.

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2. Construction conditionnée par le contexte environnemental

Contexte existant La construction traditionnelle d'Amaicha tient compte de son environnement afin de pouvoir l'exploiter au mieux. C'est pourquoi la terre ou la pierre utilisée pour les constructions provient des lieux a proximité sinon du chantier même. Ceci permet alors d'éviter de trop long trajet de transport des matériaux. Prendre en compte l’existant nous a également permis de concevoir l’architecture de l’école en résonance avec le chalet. Ainsi, la hauteur et l'inclinaison du toit reprend celle du chalet afin de composer une harmonie visuelle. De plus, nous avons su saisir différentes opportunités, par exemple en allant dans les entreprises de démolition et acheter à des prix peu chers, des fenêtres et des portes, dont leur singularité participe à personnaliser l’architecture de l’école. Ce fut également le cas pour l'acquisition de bois: le Wayra, un accueil touristique ayant brulé il y a un an, de nombreux troncs pourtant peu endommagés, ont été mis de côté sans être réutilisés pour la reconstruction. Jesus Silva nous ayant alors donné l'autorisation de les prendre, ils seront ainsi employés pour la charpente.

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3. Adaptation et évolution

La construction à Amaicha Del Valle suit une influence à la fois historique et climatique. Ces deux facteurs étant évolutifs, amènent à changer le type de construction au sein même du territoire indigène. De plus, la typologie architecturale est aussi amenée à se diversifier pour des raisons sociales et économiques Ainsi, selon les zones et le type de commanditaire la construction tend à varier.

3.1 Panneaux solaires

Les endroits les plus reculés semblent en revanche échapper à cette règle évolutive, où j'y ai pu effectivement constater que très peu de changements, ceci s'expliquant probablement par les activités du secteur primaire, qui ont toujours été présentes en même temps que l'architecture qu'elles suscitent. La principale évolution est alors la venue future des panneaux solaires. L'apport d'électricité, plus qu'un confort est sans aucun doute devenue aujourd'hui une réelle nécessité pour ces maisons reculées, bien que les activités restent les mêmes. Il est indéniable que la venue de panneaux solaires va alors changer socialement et culturellement le mode d'habitation de ses maisons isolées. En effet, si au début l'électricité va servir à procurer la lumière aux habitants, ceux-ci vont rapidement posséder la télévision avant même d'avoir l'eau chaude. J'imagine alors d'ici quelques années, qu'ils rattraperont peutêtre les autres habitations des villes plus importantes, en communication avec le reste du monde.

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3. Adaptation et évolution

3.2 Analyse urbaine
La mise en œuvre du code urbain m'a permis d'observer des méthodes constructives variées à Amaicha Del Valle. La construction de terre est incontestablement la typologie architecturale la plus répandue et la plus remarquable d'un point de vue étranger. Cependant, depuis quelques années même si la construction de terre subsiste, les constructions de béton, de briques, signe extérieur de richesse, ou de bois se sont également érigées parallèlement aux adobes et ce, de plus en plus fréquemment.

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3. Adaptation et évolution

Le béton, qui n'est pas adéquat climatiquement et économiquement au village d'Amaicha Del Valle, est ainsi probablement élu pour sa solidité apparente et son esthétique. On retrouve également l'esthétisme comme facteur privilégié, dans le choix de la construction de briques, un matériau plutôt utilisé les pays industrialisés. L'apparition de plus en plus fréquente des chalets nous ramène principalement à une raison économique. Les chalets étant préfabriqués, la rapidité d'exécution standardisée des bois en usine permet un coût faible à la vente. Ainsi, la tentation d'habiter un chalet est d'autant plus grande que les terrains du territoire indigène ne coûtent rien aux communards et que l'acquisition pour les non-communards ne nécessite que très peu d'argent. Le chalet est aussi probablement choisi pour son caractère éphémère d'une vingtaine d'années et peut ainsi être construit dans l'attente d'une construction plus pérenne. Aujourd'hui, j'ai en revanche pu constater que les maisons en construction sont pour la plupart de nouveau en adobes, ce qui me laisse penser que la construction traditionnelle en est revenue, du simple fait qu'elle répondait mieux à la situation sinon économique, climatique et sociale.

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3. Adaptation et évolution

3.3 École San Roque
L'école San Roque a également fait l'objet de nombreuses évolutions. Les deux années qui se sont écoulées entre l'élaboration et la construction ont permis un certain recul sur la pensée du projet. De plus, les intervenants n'étaient pas toujours les mêmes (Cyrille Arvois restant un des principaux acteurs du chantier), ils apportaient alors un autre point de vue face aux premières difficultés de réalisation. Il fallait de plus s'adapter soubassements construits entre 2009 et 2011 par Juan Balderrama qui, seul, n'a pas tout a fait respecté les premiers plans. En effet nous avons dû nous adapter à la trame structurelle qui, au lieu de correspondre à des espacements d'1m, font à présent 1m,59; ceci engendrant alors une réévaluation de la stabilité structurelle. Il a également fallu travailler en fonction des épaisseurs aléatoires des murs et d'une rampe non prévue et pas aux normes. De plus, les soubassements ont été réalisés en ciment, plutôt que la pierre, un matériau naturel et traditionnel qui correspond davantage aux principes de l'association. La construction de ces soubassements de taille démesurée, de plus d'un mètre de haut, s'explique peut-être une fois de plus par l'apparente solidité rassurante qu'offre le béton. Mais aussi, du fait que Juan avait seulement a disposition de nombreux sacs de ciment, obtenus antérieurement par une donation, pour la totalité du chantier. Ces nouvelles données sont devenues déterminantes puisqu'elles redessinaient les plans, les coupes, et les élévations. Revoir l'intégralité du dessin architectural de l'école nous a peutêtre au final permis de réévaluer la justesse du rapport entre l'architecture, la fonction et le public concerné.

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3. Adaptation et évolution

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3. Adaptation et évolution

Durant le chantier, j'ai également pu constater que la composition elle-même des murs pouvait se mouvoir, s'agiter, grâce à l'emploi des adobes, qui d'un coup de machette, peuvent se réduire autant dans leur hauteur que dans leur largeur, pour mieux s'adapter à une préoccupation visuelle ou structurelle. La logistique durant le chantier, était également un élément important puisque sans les matériaux, la construction ne peut avancer. Il fallait donc prévoir à l'avance le matériel nécessaire, aussi bien la veille pour le lendemain que pour les semaines à venir. Nous avons ainsi dû nous adapter à quelques situations caractéristiques d'Amaicha Del Valle, comme le manque d'eau. En effet, le tank d'eau de l'école fut pendant quelques semaines non approvisionné, nous devions donc pendant ces jours-ci amener de nombreuses bouteilles et bidons d'eau afin de pouvoir sur le chantier, faire notre mortier. Il nous a aussi fallu nous arranger avec les différentes autorités du village. Afin de mener à bien le chantier de l'école, nous sollicitions l'aide de la commune et de la communauté. Ces deux derniers étant en période d’élection avaient alors pour habitude de nous promettre de la terre, des adobes, de l'eau, des pupitres... il fallait alors à la fois être patient et réclamer à plusieurs reprises des aides matérielles.

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Par sa culture, son histoire, son climat, Amaicha Del Valle préserve ses particularités et s'en enrichit. Le secteur primaire y étant l'activité principale, la construction est alors plutôt importante. Celle-ci meut à travers les diverses caractéristiques du village qui, malgré sa nature indigène et traditionnelle, évolue et se bonifie. L'analyse urbaine, un travail très conséquent et loin d'être achevé, est un projet qui va permettre une connaissance urbanistique du village afin de pouvoir appréhender le développement d'Amaicha Del Valle. Ce travail que j'ai d'ailleurs effectué au début de mon séjour, m'a permis d'avoir rapidement une connaissance des lieux, des habitants, et de comprendre, à travers les 200 constructions que j'ai répertoriées, la vie économique, sociale et culturelle du village. La mission des panneaux solaires, un projet pas encore abouti, fut une opportunité de connaître Amaicha Del Valle, sous un horizon encore différent. De découvrir l'Homme et son architecture dans des endroits les plus reculés, et de me questionner sur l'évolution et le développement de ce village et ses habitants. L'école San Roque, un projet sur lequel j'ai travaillé quatre mois, fut une manière de comprendre la construction en la réalisant. Agir ainsi à la frontière où l'architecture dessinée se construit, m'a permis de connaître les possibles d'un projet architectural et d'un chantier. Ce fut également une manière de faire face aux différents problèmes que pose une construction à Amaicha Del Valle, tant au niveau politque, économique que climatique. Par ailleurs, ce fut aussi un exercice que de devoir, pouvoir intervenir sur un lieu indigène, afin d'aider et de participer à la communauté, sans pour autant trahir ou bouleverser les traditions.

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_CYRILLE ARVOIS et FRANÇOIS LOZE Dossier Terre Construite 2006 _CYRILLE ARVOIS Terre Construite [en ligne] 2006 http://terreconstruite.unblog.fr/ _BIO-LOGIQUES Peuples autochtones, juillet 2011 [en ligne] http://www.survivalfrance.org/ qui/terminologie _Amaicha del Valle- Tucumán juillet 2011 [en ligne] http://viajeenargentina.com.ar/amaicha-del-valle-tucuman/ _CARLOS REYES MARQUEZ GAJARDO Motivos Culturales de Valle de Tafí y de Amaicha 1966 _JUAN IGNACIO QUINTIÁN Articulación política y etnogénesis en los Valles Calchaquíes. Los Pulares durante los siglos XVII y XVIII.1 2008 _CRATerre Traité de construction en terre 2006