L e Q u o ti d i en d e l e Pr é s i d e n t i e l l e 20 1 2 r éa l i s é p ar l es ét u d i a n ts d e l’ Éc ol e s u p ér i eu r e d e j o u r na l i s m e d e L i l l e N u mé ro 4 Lu n di 2 3 a v r i l 2 0 12

La rose
et

les épines

ÉDITO
C ’ é t a i t i l y a d i x a n s e t u n j o u r. “ U n co up de t onn er re ” v en ai t de fr ap p er l a Ré p ub liq u e. J ea n -M ar ie L e Pe n s e q u a l i fi a i t p o u r l e s e c o n d t o u r d e l’ é l ec t i on p r é sid e n t i el l e . L’ i m p e n s a b l e é t a i t a r r i v é . « P l u s j a ma is ça » a va i t c ri é u n e fo u l e m o n s t r e d a n s l e s r u e s d e Pa r i s l e 1 er m ai 20 02 . La m ajo ri té d es f or ce s p o li t i q u e s s e ra s se mb l a i t , al o r s, po ur f ai r e b a r r ag e à l ’ an ci e n d é puté po ujad is te. De puis l e c onte xte a b i en ch ang é . C om m e e n 20 07 , Ni co l as Sark o zy a c om p ris q u’ il d ev ai t à to ut p rix s ip hon n e r l e s v o i x d u Fr o n t N a t i o n a l p o u r e s p é r e r l ’ e m p o r t e r. L a t a c t i q u e a é c h o u é a u p r e m i e r t o u r. E l l e e s t r ec o ndui te po ur l e se c ond . “ C es a ng ois s es , ces s ou ffra nce s , j e les c om pr end s, el l e s po r te nt sur l e r e sp e c t d e n o s f r o n t i è r e s , la l ut t e d é te r m i n é e c o n tr e le s d é lo c a li sa t ion s , l a m aî tr is e de l' immi gra t ion , l a va lo ris a ti on d u t rav a il, l a s éc u r it é po ur e ux e t po ur l e urs f am i ll e s, ” a c la m é l e ca n d i da t - s ort a n t . De l a c a m p a gn e é le c t or a l e de 2007, N ic o la s Sa rk oz y av ai t ti ré l a c on c l u s i on q u ’ u n c an d i d a t d e dr oit e ne p ou va it g ag ne r s a ns at t ire r à lu i l es éle c te urs d u FN , p eu c o n v a i n c u p a r l a p o l i t i q u e d u “ c o rd o n sani tai re ” l ong te m ps pr i vil i g i é e p ar J ac q u e s C h i r a c . Pr è s d e t r e n t e a n s a p rè s l ’a p p a ri t i on fr a c a ssa nte du F N da ns l a vie pol i t iq ue et le s core s u rp ris e de l ’ex t rêm e- droi te à D reu x, l e bil an des d e ux s trat ég i es e st pr é oc cup ant. A u c u n e d e s d e u x n’ a u r a e f fi c a c e m e nt pe r m is d e fai r e re cul e r l e Fr o n t N a t i o n a l . U n v o t e d ’ a n g o i s s e f a c e a u f u t u r, f a c e à l ’ é t r a n g e r e t f a ce à l a c r ise . S i x m i l li o n s c in q c ent m il l e pe rs onne s ont po r té l e u r s u f f r a g e s u r L e Pe n , d e u x m i l l i ons d e pl us qu’ e n 20 02 . E n ré p on s e à ce v ot e, il fa ud ra n on s eu l e me nt pr end r e e n c om pte l a m i sèr e so c ial e , ré d uir e l e ch ô m ag e, cal m er l e s inqui é tud es i d e nt i t ai r e s m ai s au ss i r e s ta ur e r l a c o nfi a nc e d an s les in s ti tu t ion s d e l a R é p u b l i q u e . Va s t e p r o g r a m m e p ou r l e f ut u r p ré s iden t d e l a Ré pu b l i q u e , q u ’ i l s ’ a p p e l l e N i c o l a s S a rk o z y o u p l u s p r o b a b l e m e n t Fr a n ço is H oll an de .

Pas de surprise pour le second tour

L’ É V É N E M E N T

François Hollande PS 28,8%

Nicolas Sarkozy UMP 26,1%

Marine Le Pen FN 18,5%

Jean-Luc Mélenchon Front de Gauche 11,7%

François Bayrou MoDem 8,8%

Qualifiés pour le second tour

Éva Joly EELV 2,3%

Nicolas Dupont-Aignan DLR 1,8%

Philippe Poutou NPA 1,2%

Nathalie Arthaud LO 0,6%

Jacques Cheminade S&P 0,2%

Lille

28,53% 26,59% 27,86% 28,31%
Paris

Michaël Bloch

25,48% 28,53%

Strasbourg

31,74%

LA PRESSION
Quotidien réalisé par les étudiants de l’ESJ, de deuxième année (presse écrite) et de PHR. Refermentation et maturation - Directeur de la publication : Marc Capelle Fermentation - Directeurs adjoints de la publication : Yves Sécher, Corinne Vanmerris, Pierre Savary, Stéphanie Maurice, Sylvie Larrière, Christian Roudaut Houblonnage - Rédacteurs en chef : Téa Bazdarevic, Michaël Bloch Embouteillage - Rédacteurs en chef techniques : Marine Forestier, Julie Hamez, Julien Momont Etiquetage - Iconographie : Romain Fonsegrives, Pierre Le Baud. Photos de Une : Mathieu Delmestre, Agnès Chareton Dégustation - Remerciements : Caroline Viollier pour les superbes designs de son projet Va, vis & vote ! A retrouver sur : http://aitanadesign.com Sur le blog des municipales de l’ESJ www.campagneennord.fr École supérieure de journalisme de Lille, 50 rue Gauthier-de-Châtillon, 59046 Lille Cedex. Tel : 03.20.30.44.00. www.esj-lille.fr

32,92% 28,63%
Nantes

27,88% 27,99% 26,64%

31,17% 38,03% 30%
Lyon

28,35%
Bordeaux

31,05% 31,90% 26,34%
Toulouse Marseille

31,05%

François Hollande Nicolas Sarkozy Non parvenu

31,40%

La Pression

2

Lundi 23 avril 2012

RÉACTIONS

François Hollande

Jean-Luc Mélenchon

« LE PROJET DE FRANÇOIS HOLLANDE A RASSEMBLÉ [...] SI VOUS VOULEZ L’EUROPE DE L’AUSTÉRITÉ VOTEZ SARKOZY. » Arnaud Montebourg

« NON SEULEMENT NOUS SOMMES AUJOURD'HUI EN PREMIÈRE LIGNE AVEC NICOLAS, MAIS EN PLUS NOTRE FAMILLE POLITIQUE EST AUJOURD'HUI MOBILISÉE COMME JAMAIS. » Jean-François Copé
« FRANÇOIS HOLLANDE ESQUIVE DEPUIS DES MOIS LA CONFRONTATION. ON ARRIVE AU MOMENT DU CHOIX, IL VA FALLOIR QU’IL ARRIVE À LA CONFRONTATION. FRANÇOIS HOLLANDE A PEUR. »

Nathalie Kosciusko-Morizet

« RIEN NE SERA PLUS JAMAIS COMME AVANT CAR, FACE À TOUT LE SYSTÈME COALISÉ [...], NOUS, TOUS ENSEMBLE, AVONS FAIT EXPLOSER LE MONOPOLE DES DEUX PARTIS DE LA BANQUE, DE LA FINANCE, DES MULTINATIONALES, DU RENONCEMENT ET DE L'ABANDON. »
Marine Le Pen

© Jenna Le Bras

© Flickr UMP Photos

« J’APPELLE TOUS LES FRANÇAIS QUI METTENT L’AMOUR DE LA PATRIE AU-DESSUS DE TOUTES LES POSITIONS PARTISANES À ME REJOINDRE. »
Nicolas Sarkozy

« IL FAUT UN CHEF D'ETAT. PEU D'HOMMES ONT ÉTÉ

AUSSI INJUSTEMENT ATTAQUÉS QUE NICOLAS SARKOZY. MAIS PERSONNE NE PEUT DOUTER DE SA DÉTERMINATION ET DE SON COURAGE. » François

© Flickr MoDem Puy de Dome ̂

« JE VAIS M'ADRESSER AUX DEUX CANDIDATS

SÉLECTIONNÉS POUR LE DEUXIÈME TOUR. JE VAIS LEUR DIRE CE QUI EST POUR NOUS L'ESSENTIEL, CONDUIRE. J'ÉCOUTERAI DANS LES JOURS QUI RESPONSABILITÉS. » François Bayrou EN TERMES DE VALEURS, EN TERMES D'ACTIONS À VIENNENT LEURS RÉPONSES ET JE PRENDRAI MES

Éva Joly

« LE SCORE NE REPRÉSENTE PAS CE QU’EST UNE DÉCEPTION. » Cécile Duflot

LE POIDS DE L’ÉCOLOGIE POLITIQUE. IL Y A

« FRANÇOIS BAYROU ATTEND UNE MORALISATION DE LA VIE PUBLIQUE. »
Marielle de Sarnez

« J’AVAIS DU MAL À ESPÉRER PLUS. ON EST SATISFAITS CAR ON A FAIT ENTENDRE NOTRE VOIX. »
Philippe Poutou

La Pression

3

Lundi 23 Avril 2012

© Flickr Philippe Rouget

« LA SEULE OPPOSITION QUI RESTE, C'EST MARINE LE PEN. » Florian Philippot

Fillon

« TOUT FAIRE POUR SORTIR DU SARKOZYSME. »

© Flickr LCP- Assemblee Nationale ́

« LES FRANÇAIS M'ONT RÉPONDU CE SOIR EN ME PERMETTANT D'ÊTRE AUJOURD'HUI LE MIEUX PLACÉ POUR DEVENIR LE PROCHAIN PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE. »

« JE CROIS QUE CETTE FOIS ON PEUT GAGNER. » Lionel Jospin
« JE VOUS DEMANDE DE NE PAS TRAÎNER LES PIEDS, JE VOUS DEMANDE DE VOUS MOBILISER COMME S'IL S'AGISSAIT DE ME FAIRE GAGNER MOI-MÊME L'ÉLECTION PRÉSIDENTIELLE. »

© Benjamin Geminel

Par nos correspondants locaux

Le militantisme
PORTFOLIO

©Edmond d’Almeida

AMBIANCE DANS LES QG DE CAMPAGNE NORDISTES AU MOMENT DES RÉSULTATS. DANS LE SENS HORAIRE : DÉCEPTION AU FRONT DE GAUCHE ; CIRCONSPECTION À L’UMP ; JOIE AU FN ; TRISTESSE À EUROPE-ECOLOGIE LES VERTS ; ENTHOUSIASME AU PS.

©Fanny André

La Pression

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Lundi 23 avril 2012

©Jean-Edouard Beauvalet

dans tous ses états
PORTFOLIO
©DR

Martine Aubry, maire de Lille

Les réactions des élus
« Le grand message du 22 avril, c’est la volonté qu’une autre politique soit engagée par un autre Président. (…) Je félicite François Hollande. Pour la première fois, un candidat arrive en tête devant un Président sortant. »

©Fanny Bonjean

Bernard Roman, député socialiste du Nord « Le score de Marine Le Pen est une souillure pour la démocratie française. Elle peut remettre une médaille d’honneur du Front National à Nicolas Sarkozy. »

Eric Dillies, conseiller régional FN « Sarko est mort. Il peut déjà faire ses valises. »
©Romain fonsegrives ©DR

©Jeanne Bartoli

Eric Quinquet, vice-président de la communauté urbaine de Lille, soutien d’EuropeEcologie Les Verts
©DR

« Notre candidate n’est pas formatée pour ce type d’exercice. On le paie aujourd’hui. » Michelle Demessine, sénatrice communiste du Nord « Nous avons fait un bon résultat et ce n’était pas couru d’avance. L’objectif reste de battre Nicolas Sarkozy. »

Marc-Philippe Daubresse, maire UMP de Lambersart « Hollande est pris en otage. Eva Joly a été mauvaise, elle a fait une campagne de caniveau. L’écologie n’est pas le monopole de la gauche. »

La Pression

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Lundi 23 avril 2012

our Nicolas Sarkozy, ce score est un échec. C'est la première fois qu'un président sortant n'arrive pas en tête à l'issue du premier tour depuis le début de la Ve République. En recueillant entre 26 et 27 % des suffrages, « il est en dessous de son score de 2007 [31,18 %] où il avait des réserves de voix », analyse Pierre Mathiot, directeur de l'institut d'études politiques de Lille. Lors du précédent scrutin présidentiel, sa stratégie de siphonage de l'électorat d'extrême droite avait fonctionné. Cinq ans, plus tard, c'est un revers : Marine Le Pen recueille près de 20 % des suffrages et arrive en troisième position. Pour doubler François Hollande, le président sortant doit compter sur les électeurs de François Bayrou (9 %) et de Marine Le Pen. Or, ces reports sont loin de lui être garantis : selon un sondage Ipsos pour France Télévisions, 60 % des électeurs de Marine Le Pen se reporteraient sur Nicolas Sarkozy. 30 à 40 % des électeurs du candidat MoDem se tourneraient vers lui au deuxième tour. Malgré cette soirée noire, c'est un candidat tout sourire qui est apparu salle de la Mutualité, sous les « Sarkozy président » et les « On va gagner ». Un candidat en recul mais qui garde espoir. D'ailleurs, dans le camp sarkozyste, on fait mine d'y croire. Pourtant, « rien n'est joué », a assuré le Premier ministre Fran-

P

Par Pierre Coquelin

« Vote de crise »

çois Fillon. « Ce n'est pas fini », a renchéri Luc Chatel, ministre de l'Éducation. Le secrétaire général de l'UMP, Jean-François Copé appelle à la mobilisation : « Nous avons deux semaines, deux semaines durant lesquelles il n'y a pas une minute à perdre. »

Avec 11,7% des votes, Jean-Luc Mélenchon arrive en quatrième position derrière Marine le Pen, sa concurrente numéro 1 pendant la campagne. Un score décevant pour ses partisans, mais dont le report vers François Hollande est nécessaire pour une victoire du PS.
11,7 % des votes, le candidat Front de gauche arrive bien loin derrière Marine le Pen, qui engrange 20 %. Pourtant défait, le candidat ne s’estime pas pour autant pas vaincu. Il sait qu’il a encore un rôle à jouer. « Nous aurons été la force politique nouvelle, la seule qui ait percé et qui soit née dans cette élection. C’est nous, dès lors, qui avons les clés du résultats ». L’exhortation des fidèles est subliminale. Conscient de peser dans la balance, JeanLuc Mélenchon appelle à « battre » Nicolas Sarkozy, sans Melenchon appelle ses partisans à voter pour prononcer une seule fois le le candidat socialiste nom de François Hollande. « Je vous demande de vous mobiliser comme s’il s’agissait de faire ur la place Stalingrad (Paris XIXe), face à gagner moi-même l’élection présidentielle ». On comprend, une foule déçue par les premières estima- entre les lignes, que sa voix ira en faveur du socialiste. tions, Jean-Luc Mélenchon tire les leçons du premier tour de la présidentielle. Un échec Hollande face à Sarkozy pour celui que les sondages créditaient de 13 %, et qui naguère briguait la place de « troisième Pour Pierre Mathiot, directeur de l’IEP, la victoire homme » de l’épopée présidentielle. Avec environ de François Hollande s’explique par un vote utile

Mélenchon, un espoir pour la gauche ?

Lors de son allocution, Nicolas Sarkozy a développé un discours pugnace et très à droite. C’est la première fois qu’un président sortant arrive Son objectif : récupérer l'élec- deuxième au premier tour torat frontiste. Il a ainsi appelé « tous les Français qui mettent l'amour de la patrie au- à ce nouveau monde qui est en train de se dessiner », a-t-il dessus de toute considération partisane » à « s'unir » der- analysé devant ses partisans. Ces « angoisses » reposent rière sa candidature. selon lui sur plusieurs facteurs : « le respect de nos fronUn président sortant qui abat ses dernières cartes en tières, la lutte déterminée contre les délocalisations, la maîproposant trois débats à son adversaire socialiste sur trise de l'immigration, la valorisation du travail, la sécurité.» les questions « économiques et sociales », de « société » et Jusqu'au deuxième tour, Nicolas Sarkozy va devoir « internationales ». Le chef de l'Etat sortant se sait très faire preuve d'une grande souplesse. Comme l'anaà l'aise dans cet exercice. François Hollande a dé- lyse Pierre Mathiot : « Le 6 mai, il est coincé. Le risque : cliné l'offre, préférant la formule traditionnelle du en allant chercher des voix à l'extrême droite, il risque d’en débat unique de l'entre-deux-tours. perdre au centre. L’électorat de Bayrou démocrate-chrétien « Les Français ont exprimé un vote de crise témoignant de ne va pas suivre. Dans tous les cas, il doit prendre beauleurs inquiétudes, de leur souffrance et de leurs angoisses face coup de risques. ».

Par Ernest Hounhouayenou

S

en sa faveur, chez des partisans initialement attirés par Jean-Luc Mélenchon ou Eva Joly. « Une partie des électeurs écologistes a voté Hollande pour le placer le plus haut possible au premier tour », analyse Pierre Mathiot, directeur de l’IEP de Lille. Au second tour, 77 % des voix écologistes se prononceraient pour le candidat socialiste, selon une enquête Opinionway. S’ouvre donc un autre match. Les pronostics sur l’issue du second tour s’ouvrent. Les voix de la gauche et des écologistes permettront-elles à François Hollande d’accéder à l’Élysée ? Statistiquement, il lui manque 22 % pour être élu au second tour, alors que la gauche totalise 44 % des voix. D’après les premiers sondages, le socialiste serait donné vainqueur, à 54,5 % contre 45,5 %, selon une étude Ifop-Fiducial. L’appel de Jean-Luc Mélenchon porterait donc ses fruits : 83 % des voix Front de gauche se reporteraient sur le candidat socialiste. Mais l’élection ne se joue pas sur le seul report des voix de l’extrême-gauche. Restent les 8,9 % de voix du MoDEM, dont le malheureux champion n’a toujours pas donné de consignes de vote. Et bien sûr, les 20% de la « troisième homme », Marine le Pen. Un électorat que le président sortant cherchera sûrement à séduire, et que François Hollande ne se risquerait probablement pas à aller chercher.

©Flcikr/François Hollande

La Pression

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Lundi 23 avril 2012

©Flickr/Amma

Cette seconde position a des allures de défaite pour Nicolas Sarkozy. Toujours battant, le candidat a développé un discours très à droite pour séduire l'électorat d'extrême-droite.

Un président déchu mais pas déçu
A N A LY S E N A T I O N A L E

Marine Le Pen triomphe
A N A LY S E N A T I O N A L E
©Ernest Morales

C

Marine Lepen a remporté 20 % des voix au premier tour des élections présidentielles. Elle révèlera le 1ér mai ses consignes de vote pour le second tour.

Avec 20% de voix au premier tour, Marine Le Pen réalise un score historique. Derrière François Hollande et Nicolas Sarkozy, la troisième place de la candidate frontiste est un coup de tonnerre. Eliminée de la compétition, elle triomphe. Elle n’a pas dit son dernier mot : le vote de l’électorat FN sera déterminant au second tour.
Par Agnès Chareton
par le Front National dans une élection présidentielle. En obtenant 20 % des voix, Marine Le Pen a créé la surprise qu’elle avait promise. Sept millions d’électeurs ont voté pour elle au premier tour de l’élection présidentielle. Un score qui la propulse sur la troisième marche du podium, derrière François Hollande (28,5 %) et Nicolas Sarkozy (25,5 %). Loin derrière elle, Jean Luc Mélenchon qui avait promis « la pilée » à la candidate frontiste, réalise un score de 11,7 % des voix. « Rien ne sera jamais plus comme avant » s’est exclamé Marine Le Pen devant 400 militants venus fêter leur victoire salle de l’équinoxe à Paris. « La vague bleue marine fait trembler le système » a ajouté la candidate de l’extrême droite qui promet un grand rassemblement aux législatives.

’est le score le plus haut jamais réalisé

Pas de consignes de vote

ralliement de soutiens comme l’avocat Gilbert Collard a participé à la rénovation de l’image du FN. La personnalité de Marine le Pen, plus jeune, plus dynamique que son père et experte en communication, a également séduit une frange large de la l’extrême droite et de la droite. « En 2007, Nicolas Sarkozy a siphonné les voix du Front National au premier tour. Il s’est passé l’inverse aujourd’hui », constate Pierre Mathiot.

Non, la messe n’est pas dite
Alors que les premiers sondages postpremier tour donnent un Hollande largement vainqueur, les sur et sousestimations des scores de Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen invitent à la prudence.

2,2 millions de voix de plus qu’en 2007

« Son score est exceptionnel » commente Pierre Mathiot, directeur de l’Institut d’Etudes Politique de Lille, interrogé par La Pression. « Cela représente 2,2 millions de voix de plus que Jean-Marie le Pen. » En 2007, ce dernier avait obtenu un peu plus de 10 % des voix. Cette fois encore les électeurs ont fait mentir les sondages et les commentaires des éditorialistes. Les dernières enquêtes d’opinion réalisées avant le scrutin créditait Marine Le Pen de 14 à 16 % des voix (BVA, Ipsos, Tenes sofres, CSA). Pourquoi un tel écart entre les intentions de vote et le résultat dans les urnes ? « Il se passe aujourd’hui ce qui s’était passé en 2002 » explique Pierre Mathiot. « Dans les enquêtes d’opinion, certaines personnes ne disent pas qu’elles votent FN. En 2007, les instituts de sondages ont trop redressé les intentions de vote de l’extrême droite. Aujourd’hui ils ont fait l’erreur de ne pas les redresser suffisamment » analyse-t-il. Les marges d’erreur des sondages ne suffisent pas à expliquer ce score historique. L’entreprise de dédiabolisation du Front National lancée depuis plus d’un an par Marine Le Pen semble avoir fonctionné. Le

Les thèmes de prédilection du FN- l’immigration, l’insécurité, la laïcité-, repris sans succès par l’UMP ainsi que la crise économique a su rassembler au delà de l’électorat frontiste, composé en grande partie d’ouvriers, de militaires et des catégories sociales les plus défavorisées. L’anti-sarkozysme qui a marqué toute la campagne s’est également exprimé de manière violente dans le discours de Marine Le Pen. Un positionnement anti-UMP qui permet difficilement d’envisager une alliance avec Nicolas Sarkozy pour le second tour. Marine Le Pen n’a pas donné de consignes de vote à ses électeurs pour le 6 mai. Elle s’exprimera dans les prochains jours, forte d’un électorat susceptible de peser sur le résultat final dans deux semaines.

Le taux d’abstention a atteint 19,7%

Moins de deux heures après la publication des résultats du premier tour, l’institut Ipsos Logica révèle un sondage donnant Sarkozy largement battu au second tour : François Hollande l’emporterait par 54% des voix contre 46%. En dépit de la déception Mélenchon (11 ,7%), 4 points en dessous des prévisions, et de la forte poussée du Front national (20%), le prochain président de la République française sera de gauche selon le sondage commandé par France Télévisions. L’ensemble des voix “de gauche” cumulées (PS, Front de Gauche, EELV, LO, NPA) n’atteignant que 44,6%, contre 46,4% à l’ensemble des voix “de droite” (UMP, FN, Debout la République), le mécanisme de report de voix va faire l’objet de toutes les attentions d’Hollande et de Sarkozy. Comme en 2007, François Bayrou pourrait bien se retrouver en position de “faiseur de roi”, en dépit d’un résultat en deçà des attentes. Report insuffisant des voix FN Une première estimation des voix du Front national donne un reversement de 60% des 7,6 millions de suffrages pro Marine Le Pen en faveur du président sortant, 18 % vers le candidat socialiste, 22% encore indéterminés. Mathématiquement insuffisant pour Nicolas Sarkozy, qui va devoir convaincre davantage d’électeurs frontistes s’il espère être réélu : un entredeux tours marqué très à droite se dessine. Côté socialiste, une réserve de voix moins importante, mais plus disciplinée. Jean-Luc Mélenchon a donné des consignes très claires : « Faire partir Sarkozy, sans rien demander en échange. » Avec un écart plus serré qu’attendu, l’issue du scrutin est moins assurée qu’annoncé.

La Pression

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Mercredi 10 mars 2010

©Pierre Tremblay

Historiquement ancrée à gauche, la région NordPas de Calais bascule progressivement à droite. François Hollande arrive en tête du premier tour de l’élection présidentielle (28,5 %). Une victoire à contrebalancer avec le score honorable de Nicolas Sarkozy et le succès de Marine Le Pen.

E

Par Damien Brunon

PS en tête, gauche en infériorité

n avril 2002, le candidat frontiste avait créé la surprise dans le Nord-Pas de Calais en prenant la tête du scrutin dans la région au premier tour avec 19,1 % des voix. Dix ans après, sa fille n’a pas réalisé la même performance mais pourra se targuer d’avoir fait un meilleur résultat avec ses 23,3 %. Un score d’ailleurs bien plus élevé que son candidat de père en 2007, lui qui n’avait recueilli que 14,7 % des voix. La candidate frontiste et élue de la région confirme ainsi sa très bonne implantation dans le Nord. Nicolas Sarkozy est lui en net recul. Avec un score de 23,6 %, il a perdu 4 % des voix en cinq ans. Cela dit, le président-candidat limite la casse dans la région. Il est d’ailleurs assez logiquement arrivé en tête à Croix, ville française comptant le plus de citoyens assujettis à l’impôt de solidarité sur la fortune (ISF).

Arrivé premier avec 28,7 % des voix, François Hollande réalise un très bon score dans le Nord-Pas de Calais. Il améliore de plus de trois points le score de Ségolène Royal en 2007 notamment grâce au vote des Lillois qui se sont rangés à 34,9 % derrière le candidat socialiste. Jean-Luc Mélenchon n’a de son côté pas réussi le pari de repousser Marine Le Pen dans ses retranchements sur des terres en crise depuis plusieurs décennies. Malgré le succès de son meeting à Lille le 27 mars, le bruit et la fureur n’ont pas suffi au candidat du Front de gauche pour dépasser les 12,2 % de vote au premier tour.

Les “petits” ont souffert

François Bayrou réalise un triste 7,1 % des voix, moins de la moitié de son score de 2007. Un échec électoral assez représentatif de ce qu’il a réalisé au niveau national. Une campagne à oublier pour le candidat centriste. Même constat pour Eva Joly qui, dépassée même par Nicolas Dupont-Aignan (1,6 %), n’a pas plus réussi à rallier la foule derrière son nom que Dominique Voynet en 2007. Elle réalise 1,5 % des voix. Phillipe Poutou (1,2 %), Nathalie Arthaud (0,8 %) et Jacques Cheminade (0,2 %) ferment la marche de cette élection dans le Nord-Pas de Calais. L’abstention a quant à elle progressé, de 18,5 % en 2007, elle est passée à 21,4 %, un peu supérieure à la moyenne nationale.

La Pression

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Lundi 23 avril 2012

Infographies : Pierre Le Baud et Romain Fonsegrives

Le Nord-Pas de Calais pousse à droite
BILAN RÉGIONAL

En route vers la victoire, la lutte continue
C O E U R D E C A M PA G N E
Ils étaient près d’une centaine dimanche soir au siège du Parti socialiste, rue Lydéric à Lille pour découvrir les résultats du premier tour de la présidentielle. Leur champion a réalisé un bon score. Mais pour ces militants, la marche vers le palais de l’Élysée n’en est qu’à sa première étape.

Bernard Derosier Marie Samake Député PS 2e circonscription Nord 20 ans, étudiante, MJS
Que vous inspire le score de François Hollande ?
Je dois dire que je m’y attendais un peu. Il a fait une très bonne campagne et depuis des semaines, tous les sondages prédisaient sa victoire. Je suis soulagé, content et remobilisé pour la victoire du 6 mai, parce que c’est l’objectif.

ans la foule de militants et sympathisants du Parti socialiste, il n‘y a aucune catégorisation. Tous sont présents pour voir l’accomplissement des prophéties des instituts de sondage. La salle est sobre. Rien d’extravagant. Seules quelques affiches collées un peu partout dans la salle rappellent le changement promis par François Hollande. Dans un coin, des tables discrètes, prêtes à accueillir les rafraîchissements en cas de bon score du parti. À 19 h 45, les visages sont fermés. L’angoisse est palpable. Les rares éclats de rires perceptibles sont ceux de hauts responsables locaux, visiblement au parfum des tendances à l’échelle nationale. À 20 h , des cris de joie et des tonnerres d’applaudissements suffisent à décrire le soulagement des fans du Parti socialiste. Quelques

D

Par Yao Sourou d’Almeida

Dimanche soir, siège du Parti socialiste à Lille.

minutes d’euphorie laissent place à une pointe de dépit devant le bon score de Marine Le Pen et la déception Jean-Luc Mélenchon.

Front de gauche et FN, les trouble-fête

Jean-Luc Mélenchon n’a finalement pas réussi son pari de « terrasser » Marine Le Pen. Arrivée troisième avec près de 18 %, la candidate frontiste a manifestement refroidi les ardeurs des socialistes. « Je ne m’attendais pas du tout à ce score de Marine Le Pen. Je n’ai aucune envie de voir François Hollande composer avec eux », avoue Pierre Babo, agent au conseil général du Nord-Pas-de-Calais. Toute l’assistance est restée figée devant l’écran qui montre les scores des candidats. Pour Gilles Pargneaux, maire PS d’Hellemmes, « les 11% de Mélenchon compliquent un peu la situation ». En effet, le candidat du Front de gauche a promis de reléguer très

loin derrière lui le Front natio- « Nous sommes la vigueur du parti, nal. « Cette nouvelle donne risque et nous comptons dynamiser le d’alourdir un peu plus la tâche pour mouvement qui conduira François nous, mais comme dans l’ensemble Hollande à la victoire du 6 mai », les Français veulance Benoît lent le changeParent, 21 ans, ment, François étudiant en LA VICTOIRE, Hollande sera largéographie. « UNE AFFAIRE gement élu le 6 Dès l’annonce mai », poursuit des premières DE DIGNITÉ » l’élu. À la matendances à nœuvre de cette 20 h, ils sont soirée électorale, les jeunes so- les premiers à chauffer la salle cialistes ne cachent pas leur en- avec des « François président ! ». thousiasme face à cette victoire Pour ces jeunes - étudiants pour « annoncée » de leur champion. la plupart -, le candidat socialiste représente « la bonne gouvernance » Le MJS au gouvernail et une « présidence normale ». La de la soirée électorale bataille pour la victoire du 6 mai est « une affaire de dignité », avoue Disséminés partout dans la Sophie, à peine remise de l’émogrande salle de leur quartier gé- tion suscitée par le ralliement tanéral, les militants du MJS cite de Jean-Luc Mélenchon. (Mouvement des jeunes socia- Pour tous ces jeunes, la fête listes) sont sur tous les fronts. d’hier soir a été courte. Dès auÀ l’accueil, au service de restau- jourd’hui commence la grande ration, ils veulent montrer leur bataille pour la victoire du 6 mai. détermination à tous les invités.

Pourquoi s’impliquer autant dans une élection présidentielle quand on a 20ans ?
À mon âge, on peut ressentir l’état désastreux de l’économie du pays et surtout les énormes inégalités au sein de la population. J’ai voté aujourd’hui pour la première fois, et j’ai ressenti une fierté énorme de pouvoir contribuer à faire bouger les choses.

Je dirai d’emblée que le résultat obtenu par le Front national et sa candidate sont une amertume pour nous. C’est une conséquence de la gestion désastreuse du pays par le président sortant. Voir que près de 20 % des électeurs ont fait confiance à Marine Le Pen, je dois vous avouer que c’est une grande déception pour moi. Je m’attendais aussi à un score plus conséquent de Jean-Luc Mélenchon.

Y a-t-il quand même une déception au vu des résultats ?

Êtes-vous satisfaite du résultat de François Hollande ?
Je ne pouvais espérer mieux. Il a fait un score très respectable. Ceux qui pensaient que les sondages allaient se révéler faux se sont trompés. La dynamique Hollande est en marche. Et cette marche se poursuivra au-delà du second tour. J’en suis persuadée.

Prochaine étape ?

Remobiliser les troupes. Râtisser large. Porter la parole de François Hollande partout, même chez les frontistes. Car il s’agit de sauver notre démocratie. Nous allons dès ce soir [hier] remettre les habits de campagne et assurer à François Hollande la plus large victoire possible.

Comment envisagez-vous la suite ?

Dès lundi [aujourd’hui], toute la jeunesse du parti va se mettre à l’ouvrage. Nous allons continuer le porte-à-porte. Nous allons passer des coups de fil. Nous allons râtisser partout. Nous allons battre le pavé pour porter Hollande à l’Élysée. Nous allons faire revivre à la France l’émotion de mai 1981. Nous y sommes presque et nous allons y arriver !

La Pression

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Lundi 23 mars 2012

© Yao Sourou d’Almeida

À

L’UMP lilloise en joie

C ΠU R D E C A M PA G N E

Les sympathisants réunis hier au siège de la Fédération UMP du Nord à Lille ont laissé éclater leur joie à l’annonce des résultats.
Par Fanny Bonjean

l’annonce des résultats du premier tour de l’élection présidentielle, des exclamations de joie se sont élevées au siège de la fédération UMP du Nord, rue de Solférino à Lille. Pour la cinquantaine de sympathisants, Nicolas Sarkozy est sur la bonne voie pour la réélection. Tous regroupés autour de la télévision. Il ne reste que quelques secondes avant le dévoilement des résultats du premier tour de l’élection présidentielle. Dans la pièce exigüe du siège de la fédération UMP du Nord, les sympathisants et militants essayent de trouver une place pour apercevoir l’écran. Certains se mettent sur la pointe des pieds, d’autres montent sur la table et les quelques chaises qui trainent. Ils sont une cinquantaine, jeunes, parents et enfants, élus, à s’être déplacés pour vivre la soirée entre « amis ».

Le décompte commence. L’attente s’intensifie. Puis les résultats tombent. Cris de joie ! Nicolas Sarkozy est à 27%, un point et demi derrière son rival socialiste. Les sympathisants n’ont pas le temps de prononcer un mot, qu’ils se remettent à hurler. Marine Le Pen est à 19%, Jean-Luc Mélenchon seulement à 10%. « C’est sûr on va gagner ! se réjouit Ludovic Régnier, 28 ans, contrôleur de gestion. Avec le report des voix, on va gagner ! » Et tout le monde se met à chanter

Les résultats viennent de tomber, les militants peuvent exprimer leur joie.

s’élèvent du groupe. Martine Aubry est huée et François Fillon applaudi.

Dire la vérité

C’EST SÛR ON VA GAGNER
«Hollande en Corrèze, Sarkozy à l’Elysée !» avant d’entonner la Marseillaise. Certains s’amusent des résultats des autres candidats. Des «Cheminade avec nous !» et « Tu fais moins le malin Mélenchon »

Trois questions à M-P. Daubresse
Le député-maire de Lambersart et secrétaire général adjoint de l’UMP Marc-Philippe , Daubresse était hier à la fédération UMP du Nord pour motiver les militants
Quelle est votre réaction face aux résultats du premier tour? Evidemment, nous aurions préféré au niveau national avoir Nicolas Sarkozy en tête, mais on voit bien que les deux principaux candidats sont dans un mouchoir de poche. Rien n’est joué pour le deuxième tour. Une question se présente aux Français : quel est le président qui nous protègera le mieux par rapport à la dette et aux excès de la mondialisation? Monsieur Hollande, c’est plus d’impôts, nous c’est moins de dépenses. électeurs à voter Front national au premier tour. Et plus dans le Nord-Pas-deCalais qu’ailleurs. Du côté centriste, la question qui se pose est : quelle est la bonne méthode pour nous désendetter ? Dépenser plus et taxer plus comme le veut monsieur Hollande ou dépenser moins comme le souhaite monsieur Sarkozy? On a eu

Les sympathisants avaient abordé la soirée avec sérénité. Connectés aux sites internet étrangers qui révélaient les premières estimations, ils pressentaient un premier tour au coude-àcoude entre les deux favoris. « Qu’on arrive en tête devant François Hollande ou en deuxième position, on sera dans les rues demain pour battre le pavé et faire gagner Nicolas Sarkozy, expliquait Sébastien Leblanc, président des jeunes populaires du Nord, avant l’annonce des résultats. On était dans un rapport de force de 9 contre 1, après le premier tour ce sera un contre un et les gens se rendront compte que Nicolas Sarkozy dit la vérité et ne promet

pas la lune comme François Hollande. » Certains sympathisants reconnaissent quelques erreurs au président sortant comme la soirée au Fouquet’s ou les niches fiscales. Mais tous s’accordent pour affirmer que Nicolas Sarkozy a su protéger les Français en période de crise. « Les niches fiscales ne sont rien du tout par rapport à l’enjeu général. On préfère vivre dans un pays où il y a beaucoup de riches plutôt que beaucoup de pauvres » déclare Barry Elhadj, professeur de mathématiques. Les militants se sont déjà organisés pour les jours à venir et ce jusqu’au second tour. Tractage tous les matins dans les gares, marchés et du porte-àporte sans relâche. Et avec l’arrivée des vacances, ils ne manqueront certainement pas de bras.

un président protecteur, maintenant il doit être rassembleur.

Votre enjeu à présent est-il d’essayer de récupérer les voix du Front national ? Le challenge c’est de récupérer des électeurs qui ont deux sujets de préoccupation majeure. La première : comment peut-on sortir de cette crise et éviter la désindustrialisation de la France ? Cet enjeu a amené certains

Qu’est-ce qui a manqué à Nicolas Sarkozy pour être en tête au premier tour ? Il a été assassiné par un certain nombre de journalistes dans les médias audiovisuels depuis plusieurs mois. On a parlé du Fouquet’s tous azimuts, on n’a pas parlé des restaurants que fréquentait monsieur Hollande. On a caricaturé Nicolas Sarkozy alors que la France et l’Allemagne sont les deux seuls pays qui ont su résister à la crise européenne. C’est Nicolas Sarkozy qui a évité que l’Euro ne dévisse. Et puis monsieur Sarkozy a démarré sa campagne après la primaire socialiste dont le matraquage médiatique a été bénéfique à François Hollande. Mais pour ce deuxième tour, nous sommes à armes égales. Je ne suis pas inquiet sur l’issu du débat télévisé qui va les opposer. F.B.

Antoine Lesuperbe, militant « Un vote intelligent c’est un vote pour la France forte. Quand on explique bien aux Français le bilan de Nicolas Sarkozy, ils se mettent de notre côté. » Aurélien Lemann, sympathisant « On se réjouit du faible score de Mélenchon qui a les propositions politiques les plus néfastes. Il est l’opposé de ce à quoi nous aspirons : un avenir avec un progrès et non des acquis vieux de plusieurs décennies. »

© Fanny Bonjean

Antoine Sillani, responsable adjoint des jeunes populaires du Nord « Les jeunes populaires sont très actifs dans la région, notamment parce qu’il y a beaucoup de villes de gauche. Si j’habitais Neuilly, je n’aurais pas autant la hargne. »

La Pression

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Lundi 23 avril 2012

© Fanny Bonjean

e score est historique. À tel point que certains militants paraissent presque surpris. La fille a fait mieux que le père et entre dans les annales. Verres de bière à la main, la vingtaine de sympathisants et militants frontistes réunis rue des Augustins, à Lille, s’agitent et commentent les résultats. TF1, BFM TV, ils zappent de chaîne en chaîne et comparent les différents résultats attribués à celle qu’ils soutiennent. Martine Aubry apparaît à l’écran. Et les huées se font entendre. Les scores s’affichent sur le téléviseur. « C’est pas vrai, DupontAignan il nous a piqué 1% des voix ! » clame une femme au fond de la salle. Quand la meneuse de la vague bleue s’exprime, c’est un silence religieux qui s’installe.

L

Marine Le Pen sur le devant de la scène
CŒUR D E C A M PA G N E
Pen qui prend la parole pour se réjouir du score de sa fille. Le nouveau silence qui s’est imposé est rapidement suivi de vifs applaudissements. Mais la joie momentanée laisse rapidement place aux critiques. « Bienvenue dans cinq ans de plus en enfer », lance l’un. « 2012 l’année de la merde » lui
© Jeanne Bartoli

Entre 18,5 et 19,5%. Du jamais vu pour le Front National. Ses militants surfent sur la vague bleue Marine. Un résultat important qui fait de l’électorat frontiste un enjeu du second tour.
Par Lucie Chaumette

Après les réjouissances, les plaintes

À peine les militants ont-ils le temps d’applaudir que c’est Jean-Marie Le

répond-t-on en écho. Oui, Marine Le Pen a réalisé un score encore jamais vu pour le Front National à une élection présidentielle. Mais certains de ses soutiens font la fine bouche. « Elle a fait un très bon résultat, mais c’est sûr je suis déçu que Marine ne soit pas au deuxième tour », confie Kévin Sorret, candidat aux cantonales de 2011. « C’est vrai que c’est un très bon score, même historique ! Mais là on est cocus et on doit dire merci ! », s’esclaffe Eliane Coolzaet, ancienne conseillère régionale pour qui « l’UMP et le PS sont

BIENVENUE DANS CINQ ANS DE PLUS EN ENFER

Tout en fêtant le bon score de leur candidate, les militants rêvent déjà à 2017

tous les deux nos ennemis . » Une victoire au palmarès certes, mais un rêve encore inachevé.

Abstention, report de voix ou vote blanc

Leur représentante éliminée au premier tour, à qui apporteront-ils leur voix le 6 mai ? « J’ai toujours voté. Là j’ai le choix entre la peste et le choléra alors je pense que je voterai blanc », déclare Kévin avant d’ajouter « je ne sais pas si Marine donnera une consigne de vote. Je pense que certains militants de notre parti, surtout

parmi les nouveaux, pourraient se décider pour Hollande juste parce qu’ils veulent balayer Sarkozy. » Pour sa part, Alexandre Dolny, militant depuis six mois mais électeur du FN « depuis toujours », ne fera pas parti de ceux-là « je n’irai pas voter car je ne veux pas le faire par dépit. » Mais la plupart des personnes présentes au QG FN ne savent pas encore ce qu’ils feront le 6 mai. « Ça on y pensera plus tard ! » déclare Eliane avant de repartir devant l’écran pour écouter Marine Le Pen, au bord de l’extase.

Trois questions à Eric Dillies
Le conseiller régional FN s’exprime sur les législatives de juin.
© Jeanne Bartoli

Kévin Sorret, candidat aux cantonales de 2011 : «Entre un vrai ennemi ou un faux ami, je ne sais pas ce qui est mieux.»

Elianne Coolzaet, exconseillère régionale FN: « Sarkozy est un traître. En 2007 il a tapé toutes les voix du FN. »

Pensez-vous qu’il y aura une refonte de la droite être Waterloo pour l’UMP, ils vont être balayés. Je pense qu’on aura soit des duels FN/PS, soit des triansuite au résultat de Marine Le Pen ?
Il me semble que c’est dans l’air du temps. Le FN a doublé ses voix, c’est un bilan clair de la politique de Sarkozy. Je ne sais pas comment évoluera la droite en France, mais Marine a dit que c’était « l’heure du rassemblement des patriotes de bonne volonté ». Cela va amener un repositionnement du FN qui ne sera pas axé sur les critères droite/gauche mais sur la question du sauvetage de l’euro et l’Europe contre le sauvetage de la France et une sortie de l’euro. gulaires FN/PS/UMP. Peut-être même que nous aurons quelques élus.

Je crois qu’il y aura un raz-de-marée socialiste. Mais au moins ils ne pourront pas dire qu’ils n’étaient pas au pouvoir si la France coule. Nous on devra regarder ça parce qu’on n’est pas aux manettes. En attendant on préparera l’alternance avec des personnes de la Quel impact le score de Marine Le Pen aura-t-il société civile qui voudront nous aider. Quand les gasur les législatives ? melles seront vides, que les enfants pleureront et La plupart du temps les législatives renforcent ce qui n’auront rien à manger, les socialistes seront mis des’est passé lors d’une présidentielle. Je pense que hors. A ce moment-là, dans cette situation particulièc’est ce qui va arriver en juin. Les législatives, ça va L.C. rement difficile, il y aura le FN.

Et au niveau régional, comment se positionnera le FN aux législatives ?

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Lundi 23 avril 2012

Le Front de gauche passe du rire aux larmes
C ΠU R D E C A M PA G N E
À Lille, le discours de Jean-Luc Mélenchon a laissé les électeurs du Front de Gauche unanimes : le 6 mai, ils seront tous aux urnes pour battre la droite. Le score du FN a choqué l’électorat mélenchoniste qui ne fonde aucun espoir dans le programme de François Hollande.
ingt heures, devant l’écran du cinéma Le Splendid où est réunie une centaine de militants du Front de Gauche, les visages sont déconfis. Pourtant, dans la foule, on aperçoit quelques sourires crispés. Deux sentiments opposés s’affrontent : le Front national, leur ennemi viscéral, vient de battre un record historique. Mais, dans le même temps l’extrême gauche obtient un score supérieur à 10 % des voix, du jamais vu au premier tour d’une élection présidentielle depuis plus de trente ans. Les spectateurs de cette grand-messe électorale sont sous le coup d’une double déception. La première, immense, a des airs de “ 21 avril “ et fait couler les larmes. Un électeur sur cinq adhère aux idées du Front national. La seconde est moins dramatique mais significative pour les militants galvanisés par la popularité de leur candidat. Cré-

Voter PS sans conviction

dité jusqu’à 16 % d’intention de vote, Jean-Luc Mélenchon n’a rassemblé que 11,7 % des électeurs autour de son projet. « On peut pas laisser deux fléaux pires que le PS passer », explose Patrick quelques minutes après l’effet de surprise provo-

« AU 1ER TOUR ON CHOISIT, AU 2ND ON ÉLIMINE »

Changement d’ambiance perceptible chez les Verts
© Yohann Deleu

Pas l’ombre d’une ambiance “ vague rose “. Une demi-heure après l’annonce des résultats, les troupes commencent à se disperser. Un jeune homme tente timidement « en fait il y a rien de prévu ce soir ? ». Pas vraiment ; la victoire du parti socialiste n’est pas la leur, d’ailleurs pour beaucoup, François Hollande n’a pas un programme de gauche. Mais Charlotte, étudiante en prépa littéraire, est pragmatique « Hollande à intérêt à faire campagne à droite pour le second tour ». Une stratégie efficace contre la droite, mais bien éloignée de l’espoir suscité par le candidat Mélenchon. Dans cette ambiance morose, le positivisme affiché, c’est les législatives. « Voter sans rien demander en échange », a demandé Jean-Luc Mélenchon à ses électeurs depuis la place Stalingrad à Paris. Pour la sénatrice du Nord, Michèle Demessine, ce message est très important. Elle exclut que le candidat

Les mélenchonistes lillois déçus par le score de leur parti et la progression du FN.

Des militants du parti Europe écologie – Les verts (EELV) se sont réunis dimanche soir pour regarder ensemble les résultats du premier tour de l’élection présidentielle. D’abord dans la bonne humeur, puis, après vingt heures, les résultats ont terni la soirée.
Par Jean-Édouard Beauvalet
quartier des Leniers àsont général d’EE-LV situé ruebuffet.meuLille est bien vide à 19 heures. Seuls deux militants présents pour installer le Les adhérents arrivent au compte-goutte directement des bureaux de votes. Aurélien Wéry, militant aux Jeunes écologistes, souhaite « intérieurement qu’Eva Joly passera la barre des 5% qui sont certes importants financièrement mais qui sont aussi un argument pour peser

Les militants d’EE-LV ont les yeux rivés sur l’écran à quelques minutes de l’annonce des résultats.

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Lundi 23 avril 2012

© Fanny André

V

Par Fanny André

Rapport de force à gauche

Front de Gauche participe à un gouvernement socialiste. « 1981 et 1997 ont été des échecs gouvernementaux, et nous l’avons tous retenu » explique celle qui a été secrétaire d’état du gouvernement Jospin.

qué par les résultats. Comme lui, tous les militants présents dans la salle considèrent le vote Hollande comme une évidence et une nécessité car « rien n’est gagné pour le second tour ». Ils conspuent le Front national et se rassurent en espérant écarter l’UMP du pouvoir. Pour autant François Hollande est seulement « moins pire » que les autres. « Au premier tour on choisi, au second on élimine », résume Jean, un militant réconcilié avec l’extrême gauche après avoir été déçu par le PCF.

Même s’ils peinent à lister les circonscriptions qui pourraient être concernées, les militants veulent croire que les législatives leur donneront la force de peser sur les décisions des socialistes, si ceux-ci emportaient la présidentielle. Raphaël, 19 ans, relativise les enjeux du jour : « Il n’y a pas que les élections, il

faut être dans la rue, notre poids c’est aussi d’exister en dehors des urnes, et avec une présidence socialiste, nous aurions plus de liberté dans ce domaine-là ». Même si l’heure n’était pas à la réjouissance au cours de cette soirée lilloise, les militants se sentent fiers de ce qu’ils ont accompli. « Dans toutes les communes où on a fait du porte-à-porte, Mélenchon a fait de très bon score », assure Annick. « On est un parti jeune de trois ans », complète-t-elle, « et ce qui se passe au Front de Gauche, c’est un évènement. Mon mari, par exemple avait quitté le PCF pendant Mitterand et là il est redevenu militant, rien que ça c’est une victoire. »

Dans le bureau de la permanence du sénateur Jean-Marie Vanlerenberghe, les militants du MoDem se sont regroupés autour d’une télévision légèrement cryptée. A l’annonce des 8 % de leur candidat, la déception et le pessimisme se lit sur les visages.

À Arras, le MoDem espérait mieux
C ΠU R D E C A M PA G N E

© Claire Cartier

n va droit dans le mur. » La phrase est sortie de toutes les bouches des militants arrageois. « Je suis extrêmement déçu de la façon dont les Français réagissent face à la crise. J’ai l’impression qu’ils n’ont pas conscience de la gravité de la situation. On se refugie derrière des votes extrêmes qui n’ont pas de sens », regrette Pierre Lamblé, le secrétaire de la section MoDem d’Arras. Dès l’annonce des résultats, c’est le score de Marine Le Men qui stupéfait l’assemblée du 40 rue Faidherbe. « 20% ? ce n’est pas possible ! », lâche Elodie, militante. « Ça me choque profondément. On ne pouvait pas imaginer pire. Ce n’est pas normal que Bayrou soit le cinquième homme. Il ne mérite pas ça », regrette Estelle. Lui qui aurait « de loin » la plus belle côte de personnalité. Les deux femmes, visiblement énervées et inquiètes, pointent du doigt la situation de la France. « Je me demande si ça vaut encore la peine de faire des enfants », s’alarme Elodie.

«

Par Claire Cartier

O

Regrets

« On redoute la suite. Dans le domaine de la finance, de l’emploi, on va être sur le même plan que la Grèce ou l’Italie », lance Pierre Lamblé. Selon lui, « Les gens ont tendance à croire aux promesses. Pour attirer les électeurs, les deux candidats se comportent en père noël. Mais ils n’ont pas l’argent pour réaliser leurs promesses. » Distancé, il explique le score de son candidat (8%) par l’opportunisme des autres. « Si la campagne de Bayrou a moins pris que l’on espérait c’est parce qu’il n’a pas été agressif. Et l’agressivité entre candidats, c’est ça qui plait aux gens. » Pour d’autres, c’est l’agenda de campagne qui, semble-t-il, a posé problème. « François Bayrou n’aurait peut-être pas dû lancer sa proposition de produire français aussi tôt. S’il avait attendu ça aurait peut-être changé le fil de la campagne », d’après Philippe Arvel, adjoint aux conseils de quartiers. « Mais On n’est plus à rechercher les erreurs de stratégie. Il faut maintenant reconstruire le centre », ajoute-t-il. Désormais, les yeux se tournent vers 2017. « On atsur le futur président qui sera, je l’espère socialiste ». Il ajoute qu’il ne faut « pas forcément se fier aux sondages » qui donnait jusqu’alors la candidate écologiste aux alentours des 2%.L’optimisme n’est pas de mise pour tous les militants. Francis Geste, encarté au parti depuis 1990, estime que « les sondages ont quand même un sens, si on voit les choses lucidement, il y a peu de chances qu’Eva Joly fasse plus de 2 ou 3% ». Ce Calaisien trouve cela dommage car il voit la candidate EE-LV comme quelqu’un de « formidable ». « C’est une femme très courageuse, ce que tout le monde lui reconnaît aujourd’hui. Sa campagne a quand même été équivalente à la traversée d’un champ de mines », poursuit-il. Le courage d’Eva Joly est souligné par plusieurs des personnes présentes. Comme Stéphanie Bocquet qui l’a trouvée « admirable » lors de cette campagne « malgré les bâtons dans les roues qu’on a pu lui mettre ». Cette trentenaire attend les résultats « avec un Front National bas et 5% pour notre parti. Score qu’on atteint à priori sur Lille ».

Pour les militants centristes, choisir entre François Hollande et Nicolas Sarkozy ne sera pas évident.

tend qu’Hollande se plante. François Bayrou sera le seul qui pourra reconstruire la France ensuite. Il finira bien par passer un jour! Depuis 2007, c’est lui qui avait dit ce qu’il fallait faire en matière de finances. On pensait que les gens auraient compris cette année », espère Pierre Lamblé. En attendant 2017, les militants vaincus vont devoir voter la semaine prochaine. « Entre la peste et le choléra », selon Elodie. Mais voter blanc ne leur semble pas être une bonne solution, « tant que le vote blanc n’est pas reconnu », lance Estelle. Marc Desramaut attend comme d’autres une main tendue. « Je suis pour un gouvernement d’union nationale. Celui qui me fera cet appel je l’écouterai. » Même discours de la part de la même manière lors des scrutins locaux que pour la présidentielle. Ils ont la trouille », selon Francis Geste. Le « traumatisme de 2002 » est encore présent dans les têtes.À l’approche de l’annonce des résultats, l’ambiance est détendue. Les sourires se lisent sur les visages de la quarantaine de personnes présente désormais. Les militants se massent devant l’écran d’ordinateur installé en guise de téléviseur. David Pujadas décompte les secondes restantes avant l’annonce des premières estimations. Silence dans la salle. Apparaissent alors sur les écrans les visages de François Hollande et de Nicolas Sarkozy. Un « yes ! » traverse la salle sans trouver d’écho. La satisfaction de voir Nicolas Sarkozy devancé par François Hollande se ressent. Lorsque sont révélés les scores de Marine Le Pen (20%), puis d’Eva Joly (2%), certains visages se décomposent. La déception est lisible. L’ambiance n’est plus trop à la fête. Le brouhaha reprend mais il est presque instantanément interrompu par le premier discours de candidat. C’est la candidate fétiche des Verts qui s’exprime en direct du Bataclan à Paris. Les sympathisants écologistes l’écoutent attentivement mais s’indignent du fait que les réalisateurs de France 2 la coupe en plein dans son discours. Les discussions reprennent alors

Pierre Lamblé. Il est sûr que Bayrou n’appellera à voter ni pour Hollande ni pour Sarkozy. « Il est pour l’indépendance du centre », concède-t-il. « Il va falloir choisir entre ce qui nous rapproche : les valeurs humaines de la gauche et le pragmatisme économique de la droite. » D’après les sondages, le report des voix des électeurs du modem, serait de 33% pour Hollande et 32% pour Sarkozy. « On va voir ce que vont nous proposer les candidats pendant les quinze jours à venir. La clé de l’élection ce sont les électeurs du centre. Le réservoir de 10% dont ils ont besoin pour être élus c’est nous. On a encore quinze jours pour réfléchir », conclut Pierre Lamblé avant de quitter la pièce, vidée de sa trentaine de militants au fur et à mesure depuis 20h. mais le cœur ne semble plus y être.Les premières réactions sont plus axées sur le gros score de Marine Le Pen que sur la déception de voir Eva Joly n’obtenir que 2% des suffrages. Aurélien Wéry, adhérent aux Jeunes écologistes, estime qu’« il y a de quoi se poser des questions quand on voit que Marine Le Pen atteint les 20%. Cela atténue le fait que je sois content de voir qu’il y a un bon écart entre Sarkozy et Hollande ».

La déception comme mot d’ordre-

L’heure fatidique

L’élection présidentielle ne réussit traditionnellement pas aux candidats du parti écologiste. « On a pourtant fait de superbes résultats aux élections précédentes, aux régionales comme aux européennes. Les gens ne votent pas de

Éric Quiquet, le candidat aux législatives de juin prochain sur la deuxième circonscription du Nord, est dépité. Il parvient tout de même à lancer : « On a ensemencé pendant cinq ans les thèmes du FN. On a le résultat aujourd’hui. » Le secrétaire régional d’EE-LV, Vincent Dhelin, analyse pour sa part la défaite de la candidate écologiste : « Il y a de la déception car on a beaucoup travaillé. On entendait ces derniers temps que les gens allaient voter utile ou de manière protestataire. Nous, nous avions un projet. Il fallait plutôt axer sur un candidat qui a du charisme. Les Français veulent un héros et ce mode de scrutin pousse à la personnification. Nous avons choisi quelqu’un qui défend des idées. Je ne regrette rien cependant. » Vincent Dhelin précise qu’EELV appellera à voter pour François Hollande pour le 6 mai prochain.

La Pression

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Lundi 23 avril 2012

Par Juliette Chapalain et Agnès Chareton

Le Nord-Pas de Calais :
L’ É V É N E M E N T
© Agnès Chareton

Jeu de cache-cache dans les isoloirs. Des électeurs en devenir accompagnent leurs parents jusqu’au choix final.

À Hénin-Beaumont, Marine le Pen s’est aussi rendue aux urnes. Le sourire carnassier, la candidate frontiste est allée chercher chaque voix avec les dents. © Agnès Chareton

Maire de Valenciennes, Jean-Louis Borloo n’a pas manqué le rendez-vous.

La Pression

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Lundi 23 avril 2012

© Barbara Schaal

« A voté »
L’ É V É N E M E N T
© Agnès Chareton © Juliette Chapalain « Sereine », Martine Aubry a voté dans son fief lillois ce matin. Après avoir fait la queue comme tout citoyen, la maire de Lille est sortie d’humeur joyeuse.
F de o, SD Bianc nt, « vote o Cosim Beaumo al ». e soci ninHé pour l de Hollan

« A voté ! » À l’école Jean-Jacques-Rousseau, dans le VieuxLille, c’est l’affluence des grands jours. On s’est mis sur son 31 pour accomplir son devoir de citoyen.

© Juliette Chapalain

« Ai-je bien pris mon bulletin ? » C’est peutêtre ce que Marine Le Pen (à droite) est en train de se dire, lors de son passage dans l’isoloir à Hénin Beaumont. L’ancien maire de Lille Pierre Mauroy s’est rendu aux urnes à midi. En bon supporter de la rose, il a tenu à être au rendez-vous. Sa première sortie depuis son hospitalisation.

© Agnès Chareton

La Pression

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Lundi 23 avril 2012

© Juliette Chapalain

Les bureaux de vote ont reflété la diversité de la capitale des Flandres durant le premier tour. Personnalités locales et imprévus ont pimenté une élection fort attendue dans la ville socialiste.

Par Juliette Chapalain

Bureau 501, le repaire des célébrités

Vieux Lille

9h, 33 votants et 4,19 % de participa- vote pour Martine Aubry. tion. A l'école J.-J. Rousseau dans le 11h, 196 votants et 24,93 % de particiVieux-Lille, l'ambiance est aux prépa- pation au bureau électoral de nos célératifs et le profil des lève-tôt cliché. brités. Comme tout citoyen lambda, Des impatients de la "première fois" et Martine Delors « a voté ». La patronne des personnes âgées. Tout juste ma- du PS ressort du bureau, l'air satisfait jeures, des jumelles sortent guillerettes du devoir accompli. « Je suis sereine », de cette défloraison politique. « On est déclare-t-elle gaiement avant d'avouer : pressées, on a repoussé l'horaire de départ « Ça, c'est la politique telle que je l'aime ». en vacances pour aller voter ! » « Le 6 mai va être un jour historique. Voter, 10h, 91 voc'est voter pour vos enfants, tants et pour votre avenir », poursuit« JE SUIS SE11,57 % de elle, confiante. Ce soir, elle participation. rejoindra François HolREINE. LE 6 MAI Les couples lande à Solférino. Soudain, VA ÊTRE UN JOUR les flashs des appareils avec enfants en bas âge afphoto redoublent d'intenHISTORIQUE. » fluent dans le sité. Une Velsatis grise bureau 501. entre dans la cour de « On va avoir un nouveau président », l'école. Pierre Mauroy, ex-Premier milance un père, présomptueux, à son fils nistre de François Mitterrand, s'en exde 4 ans. Pédagogie de bureau de vote. traie avec difficulté. Hospitalisé pour L'isoloir bat son plein, quand un vent une opération de la colonne vertébrale frais envahit la salle. En habitués, les et des poumons la semaine précédente, responsables du bureau ont ouvert l'ancien maire de Lille effectue sa pretoutes les portes de l'école, repoussé mière sortie officielle. « Je tenais à les chaises et les barrières. Attendrait- voter. » Martine Aubry et son équipe on du beau monde ? C'est l'heure du semblent soulagés de le retrouver.

Moulins

Martine Aubry et Pierre Mauroy se sont retrouvés dans le même bureau de vote, dans le Vieux Lille, dimanche matin.

Vauban

Par Matthieu Boisseau

Régis est en colère. Sa mère, Geneviève, 94 ans, vient de se voir refuser l’entrée du bureau de vote, rue de Toul. Motif : elle n’a pas sa carte d’identité. « Ils n’ont pas le droit ! Elle a sa carte électorale, et dans mon village, c’est largement suffisant. » Oui, mais à Lille, comme dans toutes les communes de plus de 3 500 habitants, une pièce d’identité autre que la carte électorale est indispensable pour accéder aux urnes. Pour Régis, qu’importe. Les assesseurs du bureau de vote se rendent coupables d’un excès d’autorité. « Ma mère habite dans le quartier pourtant, ils devraient la connaître. » Dans certains bureaux de vote, l’amGeneviève, elle, se montre plus philo- biance était loin d’être détendue. sophe. « J’habite à 500 mètres, on va retourner la chercher. Mais c’est vrai que sommes un bureau test, donc on compte tous c’est la première fois que ça m’arrive. Et les électeurs. Et là, nous sommes à 21 % de pourtant je vote depuis très longtemps. » participation », explique Reynalde. La « Depuis 1945. Date à partir de laquelle les conversation s’arrête brusquement, femmes ont pu voter », complète Régis. lorsque le fauteuil roulant de Claude, Qui tourne les talons, vexé par cette fâ- bute sur la petite marche qui lui emcherie dominicale. pêche l’accès à l’isoloir. « On va te mettre à l’intérieur du bureau, l’atmosphère derrière l’isoloir » indique l’un de ses n’est pas vraiment plus détendue. La proches. Sauf que Claude a très envie concentration de Reynalde et Céline, d’accomplir son acte citoyen comme code électoral en main, est maximale. tout le monde. Alors il pousse sur ses Dans quelques minutes, ces deux em- bras, et finit par surmonter l’obstacle. ployées de mairie devront transmettre Sans voir la pancarte bleue “ accès aux le taux de participation de leur bureau handicapés ” qui surplombe pourtant de vote au service « Elections ». « Nous l’isoloir.
@Juliette Chapalain

Vexations électorales

« Je pensais qu'on votait à la mairie ! » Arnaud a trouvé portes closes, rue d'Arras hier matin. Ce jeune homme originaire de Lyon a pourtant fait les démarches nécessaires pour que Moulins devienne son bureau de vote permanent. Dépité, son bonnet gris enfoncé sur les oreilles, il cherche une autre entrée, hausse les sourcils, hésite déjà à rebrousser chemin. Puis persévère. Arnaud votera pour la première fois aujourd'hui… s'il trouve le sentier des urnes ! Après un court moment d'hésitation, le pragmatique jeune homme se dirige vers les universités, les écoles. C'est sans compter sur une subite et violente averse. Le sort s'acharne sur l’étudiant de 21 ans.

À la recherche du vote perdu
@Juliette Chapalain

À Lille, trouver les bureaux de vote a parfois relevé du parcours du combattant.

Vote utile

À mesure que la pluie s'intensifie, les rues se désemplissent. Le désespoir pointe le bout de son nez sur le visage d'Arnaud. Aspiré par l'odeur et le besoin de s'abriter, le nouvel électeur franchit la porte d'un kébab. « Vous savez où on peut voter dans le quartier ? » Silence. « Je ne suis pas inscrit sur les listes électoral », confie le serveur qu'il semble connaître. Arnaud ressort aussi sec et explique : « Ici, à Moulins, on a vu peu de tracts ou d'affiches de campagne. » Il continue sa route quand, sur le pas d'une habitation, une femme perçoit l'air perdu du jeune

homme. « Vous cherchez le bureau de vote ? » Bien vu. « C'est à l'école Victor Duruy, tout au bout de la rue, puis à droite .» Lueur d'espoir, mais pas d'enthousiasme débordant pour Arnaud. Même s'il se rend aux urnes pour la première fois, l'étudiant de Lille I est déçu. « J'aurais voulu que les Français accordent plus d'importance au parti d'Eva Joly, je ne comprends pas pourquoi les gens n'ont pas accroché avec elle .» La pluie fouette toujours les pavés, mais les habitants sont là, ils se dirigent tous au même endroit. Arnaud les suit, ravi de pouvoir s'abriter. Sourire aux lèvres, il ôte religieusement son bonnet et entame la procédure classique. « Ça y est, j'ai enfin voté ! » Pour qui ? « François Hollande, ça ne servait plus à rien de voter Joly. »

J.C.

Triomphe de François Hollande malgré l'abstention

En récoltant 34,92% des voix, François Hollande perpétue la tradition : c'est la sixième fois consécutive que candidat de la gauche arrive en tête à Lille à l'issue du premier tour. Les électeurs n'ont donc pas fait payer au Corrézien sa victoire face à la maire de Lille lors de la primaire socialiste. François Hollande devance très largement son rival pour le second tour, Nicolas Sarkozy, crédité de 21,22% des voix seulement, et en recul de cinq points par rapport à 2007. Le président sortant ne creuse pas l'écart avec Jean-Luc Mélanchon (15,44%) et Marine Le Pen (13,45%), malgré l'appel aux électeurs du Front National qu'il avait lancé lors de sa venue à Arras, le 18 avril dernier. Surprise en revanche avec une participation de 73% seulement, soit sept points en dessous de la moyenne nationale.

La Pression

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Lundi 23 avril 2012

@Juliette Chapalain

Lille en quartiers

PORTRAIT DE VILLE

Roubaix rompt avec l’abstentionnisme
PORTRAIT DE VILLE
a commence à porter ses fruits ! », se réjouit Myriam Abdi. Depuis 2007, cette Roubaisienne, mère de quatre enfants encourage les jeunes citoyens à se rendre aux urnes. Pour faire oublier les 26 % d’abstention de 2007 (10 points de plus que la moyenne nationale) et les 31 % de 2002 (3 points au-dessus de la moyenne nationale). « Tout a commencé chez moi, en discutant avec ma fille et mes trois garçons. Je me suis rendu compte qu’ils ne s’intéressaient pas vraiment aux élections, qu’ils ne savaient pas pour qui voter ». Avec d’autres mamans, soucieuses d’impliquer leurs enfants dans la vie politique de leur pays, elle organise des réunions dans le snack de sa sœur Salima, place de la fraternité. Les jeunes viennent manger et regarder la télévision. Et leurs mères tentent d’ouvrir le dialogue et de susciter le débat. En février, Myriam et ses acolytes se sont rassemblées en un collectif de mères qu’elles ont baptisé “ Tous ensemble pour dire NON à l’abstention ”. En ce jour de premier tour, pas question de se relâcher. « Ce matin, j’ai appelé toutes les mamans pour leur dire de réveiller leurs enfants ! Ils se couchent à pas d’heure et après, ils se lèvent trop tard pour aller voter », explique Myriam, en souriant. Avec 31,19 % de participation à midi sur 35 bureaux de vote roubaisiens, elle est aux anges.

La ville, reine de l’abstention, a bien l’intention de rendre sa couronne cette année, et pour s’affranchir de ce triste record, les initiatives citoyennes se sont multipliées pour inciter la population à voter. Par Lauriane Bain
© Matthieu Boisseau

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Premier tour en famille

Au bureau de vote de l’Hôtel de Ville, dans la salle Pierre Roubaix, on se félicite de l’intérêt manifeste de la population pour l’élection présidentielle. « On a mené des actions pour motiver les Roubaisiens. Pour recruter les assesseurs, au lieu de prendre des gens de la mairie, on a fait un tirage au sort. On a envoyé des centaines de courriers pour solliciter les citoyens », raconte la présidente, Michèle Antoine. Membre du Parti de Gauche, cette élue municipale supervise le scrutin avec ses proches. « Je m’occupe des élections avec ma mère depuis 2002, explique son fils, Alexandre. Mon père participe aussi. C’est sympa ! » Une véritable affaire de famille ! Assise à côté de lui, sa femme fait le décompte des votants. Un, deux, trois petits traits sur un calepin. « Je suis la machine humaine », s’amuse-t-elle. Et elle ne chôme pas. A 13 heures 30, on dénombre déjà 376 votants sur les 821 inscrits. Mais à l’heure du déjeuner, le bal électoral ralentit un peu. Quatre électeurs font la queue pour déposer leurs bulletins. Tout à coup, la grande salle des mariages semble bien vide. Profitant d’un moment de calme, Michèle Antoine déguste un sandwich « offert par la mairie ».

Serge Takenne rend visite au bureau de vote du quartier des Trois Ponts tenu par Karim Amrouni.

dans l’école pour voter. Tout le monde se salue. On se serre la main. Karim Amrouni n’est pas inquiet pour la participation au scrutin. Selon lui, « la présidentielle intéresse tout le monde » et ce, même si « les citoyens n’ont pas forcément de réponses aux questions qui touchent à leur quotidien ». Mais si cet orthodontiste qui travaille dans le quartier de l’Alma n’a pas peur de l’abstention, il n’est

« D’HABITUDE, ON A 70 % D’ABSTENTION ICI »
pas serein pour autant. « Ce qui me préoccupe, c’est le score du Front National. Je pense que le parti va battre tous les records dans notre bureau. » L’ambiance semble apaisée mais le médecin perçoit la tension chez les électeurs. « Certains arrivent au bureau avec l’enveloppe déjà cachetée. Ils n’ont pas l’air très à l’aise. On sent qu’ils n’assument pas forcément leur vote ». Il s’interrompt. À côté de lui, Serge Takenne, maire du quartier, approuve. « Les gens retournent aux urnes. Ils se sentent à nouveau impliqués et ont envie d’exister. Mais on sent quand même un grand désarroi au sein de la population ».

Une angoisse en chasse une autre

« D’habitude, on a 70 % d’abstention ici », affirme Karim Amrouni, adjoint du maire à la santé qui s’occupe du bureau de vote 283 dans le quartier des Trois Ponts. Et pourtant, en ce début d’après-midi, les habitants se pressent

Double confirmation, hier à Roubaix: la gauche arrive toujours en tête et lorsqu’il s’agit d’une élection présidentielle, l’abstentionnisme recule. 68,57% de la population s’est en effet déplacé pour participer au premier tour. C’est moins que le taux de participation national (79%), mais pour la “capitale de l’abstentionnisme”, le chiffre est encourageant. Avec plus de 41 % des voix, FrançoisHollande fait 4 points de mieux que Ségolène Royal en 2007. La vague Jean-LucMélenchon (15%), n’a pas entamé l’enthousiasme des Roubaisiens pour le parti socialiste. À l’inverse, les électeurs sont plus divisés à droite. Et c’est Marine LePen qui en bénéficie: 15, 57%, c’est presque 6 points de plus que son père en 2007. Avec ses 17,34%, Nicolas Sarkozy réalise un recul (24,25% au premier tour en 2007). «C’était couru d’avance», explique fataliste Karim Amrouni, adjoint

Roubaix vote Hollande

du maire de Roubaix chargé de la Santé. Dans son bureau de vote du quartier des Trois Ponts, Marine Le Pen devance même Nicolas Sarkozy et se hisse à la deuxième place. Du côté du MoDem de François Bayrou, la défaite est sévère. Le candidat centriste perd 10 points par rapport à 2007. Il passe de 15,94% à 5,88%. Les petits candidats ne parviennent pas non plus à percer dans ce premier tour, à l’image de PhilippePoutou. Avec 1% des voix, le candidat trotskyste est loin d’égaler les 5,23% de Nicolas Besancenot en 2007. De son côté, Lutte Ouvrière poursuit sa chute avec Nathalie Arthaud puisque le parti n’atteint q’un faible 0,57% (1,80 en 2007). Eva Joly pâtit-elle du vote PS? La candidate d’Europe Ecologie-Les Verts se hisse péniblement à 1,86%. Son meeting dans la salle Wattremez n’aura pas marqué l’esprit d’une majorité de Roubaisiens.

La Pression

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Lundi 23 avril 2012

Un vote

PORTRAIT DE VILLE

sans conviction

Adrien a voté Nicolas Sarkozy en 2007. Cette année, il hésite et souhaite que le vote blanc soit pris en compte.

Par Fanny Chauvin

À Marcq-en-Barœul, ville ancrée à droite, certains habitants hésitent à voter blanc. Aucun candidat ne correspond à leurs attentes. Ils regrettent que les suffrages blancs ne soient pas pris en compte.

BELGIQUE
Lille

Marcq-en-Barœul

Arras

Plébiscite pour Nicolas Sarkozy

45,07%, c’est le résultat de Nicolas Sarkozy au premier tour de l’élection présidentielle à Marcq-en-Baroeul. Il réitère son bon score de 2007 où il avait obtenu 47,35% des votes des Marcquois. Même si la campagne électorale a souvent été qualifiée d’ennuyeuse, les Marcquois se sont mobilisés pour aller voter. Le taux d’abstention a atteint 19,99%, un chiffre dans la moyenne nationale. Avec 10,75% des voix, la fille Le Pen fait mieux que son père en 2007 (7,03% des suffrages). François Hollande arrive second avec 20,25% des voix, un score supérieur à celui de Ségolène Royal (16,57%). François Bayrou perd un électeur sur deux par rapport à 2007 où il avait convaincu un Marquois sur cinq. Cette année, il recueille 11,11% des votes et reste tout de même audessus de la moyenne nationale. Jean-Luc Mélenchon obtient 5,61% des voix, un score en nette hausse par rapport aux 1,37% de Marie-Georges Buffet, la candidate du parti communiste en 2007. Les deux candidats de l’extrême gauche, Philippe Poutou et Nathalie Arthaud, recueillent 1% des suffrages marcquois. Eva Joly, la candidate écologiste, recueille 2,39% des voix, un gain d’un point en comparaison au score de Dominique Voynet à la dernière élection présidentielle. Enfin, Nicolas Dupont-Aignan recueille 1,5% des voix et Jacques Cheminade, 0,3%. A Marcq-en-Baroeul, au second tour de l’élection présidentielle de 2007, Nicolas Sarkozy avait reçu 68,35% des suffrages.

E

F.C.

Eve Seeberg, 56 ans, touche moins de 700 euros par mois. En raison de son invalidité, cette Marcquoise n’exerce plus son métier d’aide cuisinière de la communauté urbaine de Lille. Elle touche 34,12 euros par mois pour son handicap et elle souhaiterait une aide supplémentaire. Mais aucun candidat n’a vraiment abordé ce sujet. Du coup, elle ne sait pas pour qui voter : « Je me déciderai devant l’urne. « SI LE VOTE BLANC ATTEIGNAIT Mais je pense faire une petite vacherie au premier tour et choisir le bulletin de Marine Le Pen. » 30%, LES POLITICIENS SE POSEAu McDonald’s à 15h15, une table de quatre jeunes hommes. Ils viennent du Mans. RAIENT DE VRAIES QUESTIONS. » Mais Gaëtan, 22 ans, s’est installé à Marcq-en-Baroeul depuis un an. Il travaille Elle n’a lu aucun programme ni suivi des débats télévi- comme auditeur chimiste en Belgique. C’est la presés. « Nous n’avons plus d’hommes politiques avec un grand mière fois qu’il vote à l’élection présidentielle. Sa H. Il leur manque de la carrure pour conduire un pays avec ins- principale préoccupation : l’emploi. Gaëtan refuse de piration » admet-t-elle, panier dans la main au marché. dire pour qui il va voter malgré les sollicitations de Bien qu’elle ne soit pas convaincue par un candidat, elle ses amis. Il admet qu’il « s’attache plus à la personne veut aller voter. Elle se pose la question du vote blanc « Il qu’aux idées ». Il est certain qu’il votera pour un cany a les convaincus qui sont encartés et vont aux meetings et il didat. En 2007, à peine 1% des électeurs marcquois y a les autres. » Son choix se fera tardivement. avait choisi le bulletin blanc.

ntre deux swings, Adrien Laurent donne des conseils avisés à ses jeunes élèves sur le green de Marcq-enBarœul. Mais ce professeur de golf de 30 ans paraît indécis quant à son vote à l’élection présidentielle. « Si le vote blanc était reconnu, je le choisirais » admet le golfeur, club dans la main. Pour Adrien, le vote blanc est le véritable signe de protestation contre la politique actuelle, « si ce vote atteignait 30%, les politiciens se poseraient de vraies questions. Cette année, on a eu une campagne incohérente. » Mais hors de question de s’abstenir pour Adrien. Alors il va choisir un candidat par défaut. Il hésite finalement entre « deux hommes qui n’ont rien à voir » : Nicolas Sarkozy et Jean-Luc Mélenchon. Pour Adrien, le Président-candidat est le plus apte à exercer dans la situation de crise économique actuelle. Mélenchon, c’est pour les valeurs humaines. Le Marquois a lu cinq professions de foi dont celle de Marine Le Pen, « pour s’amuser ». Avec ses proches élèves, il lui arrive de parler politique : « les gens ne se cachent plus. Ils osent dire pour qui ils votent ». Sur le marché pluvieux de Marcq-en-Baroeul, MarieLaurence fait la queue au primeur. Cette psychothérapeute de 46 ans, élancée, cheveux courts, ne sait pas pour qui voter.

« Je me déciderai devant l’urne »

En 2007, les Marquois avaient adhéré au discours de Nicolas Sarkozy. Le Président avait reçu plus de 68% des suffrages au second tour. Jeanine et Roger François choisissent de nouveau le Président candidat. Ces deux retraités qui déjeunent au restaurant de l’hippodrome admettent que Sarkozy est l’homme de la situation même s’ils reconnaissent qu’il a fait des erreurs de communication avec son côté bling-bling : « Il est loin d’être parfait, mais il peut nous sortir de la crise. Il a déjà évité un fiasco total » explique Jeanine en buvant son café. Roger, ex-directeur général d’une entreprise de travaux publics, place la crise économique au centre de l’élection « Ce n’est pas une question de clivage droite/gauche mais de situation. Quand on écoute le programme de François Hollande, on se dit que c’est impossible et que le chômage va être accentué. » Jeanine s’inquiète surtout pour ses petits-enfants, « malheureusement pour eux, ils ne vont pas pouvoir avoir leur retraite à 60 ans. »

La Pression

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© Fanny Chauvin

Samedi 21 avril. Avant que les supporters de football n’investissent les bars pour regarder leur match favori, dans certains cafés, les langues se délient. Pas seulement pour parler ballon rond.
Par Vincent Cappoën

Brèves d’avant-match à Valenciennes
PORTRAIT DE VILLE
ront la Place d’Armes pour se rendre au pub ou dans les quelques autres bars de la ville qui retransmettent le match, parés de leurs maillots, casquettes et écharpes rouges et blancs. Les lieux vont s’embraser pour le club de football de la ville, le VAFC qui se déplace chez l’actuel leader du championnat de France de Ligue 1, Montpellier.
© Vincent Cappoën

Les résultats

Le Bureau avec Sarko ?

I

“ Dani ” est favorable au retour du service militaire.

l y a peu de promeneurs en ce samedi après-midi dans le centre-ville de Valenciennes. Le ciel est gris, il pleut. Sur la Place d’Armes, arbres, tonnelles et auvents des terrasses sont battus par un vent frais et capricieux. Quelques téméraires s’installent en terrasse couverte afin de pouvoir consommer, cigarette au bec. Un des nombreux bars de la ville, Le Bureau n’est pas encore empreint de son âme des grands soirs. Ce n’est qu’une question d’heures, les nombreux supporteurs du Valen-

ciennes FC vont bientôt arriver. Ce samedi soir à 19h, avant de se diriger le lendemain pour une majeure partie vers les bureaux de

e député européen et maire Dominique Ricquet ( UMP ) peut souffler. Il y a des batailles qui peuvent ébranler, conduire au doute ( les cantonales 2011 ) mais certaines ont le don de tout remettre en place. Celle du premier tour de cette présidentielle 2012, qui a donné gagnant Nicolas Sarkozy à Valenciennes a en l’occurrence de quoi rendre confiant le maire de la ville. Lors de son passage à Valenciennes le 23 mars, le candidat UMP a reçu le soutien officiel de l’ancien maire, Jean-Louis Borloo. L’objectif premier qui était de draguer un maximum d’électeurs du centre, encore nombreux dans la commune, semble apparemment

L

Dans le fief de Jean-Louis Borloo, la majorité des électeurs donne raison à N. Sarkozy avec 30% des voix.

Sarkozy en tête chez Borloo
© NE

vote, tous auront les yeux rivés vers deux grands écrans de télévision. Les supporters de football investi-

N’enterrez pas si vite Bayrou

Daniel dit Dani, est le gérant de ce bar brasserie de Valenciennes depuis dix ans : « Les soirs de match, on reçoit jusqu’à deux cents personnes, et plus encore lorsque l’équipe joue loin à l’extérieur. Tout le monde n’a pas la possibilité de se déplacer jusque dans le sud de la France pour voir jouer leur équipe favorite », explique-t-il. Et d’ajouter que lors de son passage à Valenciennes au mois de mars, Nicolas Sarkozy était venu boire un verre ici même avec Jean-Louis Borloo. Dimanche matin, les électeurs se sont rendus aux urnes pour un tout autre match, une première manche. Pour cela, un écran géant est prévu avec une retransmission en direct, à la mairie. Pour certains Valenciennois, les dés semblent jetés : « Qu’importe l’issue, on sait que ce sera Hollande et Sarkozy », lance Aymeric, en touillant son café. « N’enterrez pas si vite Bayrou », répond une autre personne. Ce qui occasionne des rires plus loin. Dani, lui ne se cache pas de dire qu’il votera Sarkozy.

1er tour de la présidentielle 2012 Nicolas Sarkozy (UMP) 30,28% François Hollande (PS) 25,07% Marine Le Pen (FN) 18,69% Jean-Luc Mélenchon (FDG) 12,07% François Bayrou (MoDem) 8,68% Eva Joly (EELV) n.c. Élections cantonales 2011 Valenciennes-Est : Fabien Thiemé (PC) 62,99 %, Jean-Noël Verfaillie (UMP) 37,01% Valenciennes-Nord : Jean-Claude Dulieu (PC) 56,01% Salvatore Castiglione (N.Centre) 4,99 % Élections régionales 2010 Daniel Percheron ( PS ) 42,7 % Valérie Létard ( UMP ) 42, 4 % Marine Le Pen ( FN ) 16,9 %

1er tour de la présidentielle 2007 Nicolas Sarkozy (UMP) 37,72 % Ségolène Royal (PS) 21,19 % François Bayrou (MoDem) 18,36 % Jean-Marie Le Pen (FN) 11,57 %

Entre Nicolas Sarkozy et Jean-Louis Borloo, les morceaux sont définitivement recollés.

atteint. Les grands travaux d’urbanisation, l’insertion, l’économie par le social et la gestion des ressources humaines sont les grandes lignes chères à Borloo que le présidentcandidat Sarkozy n’a pas manqué de mettre en avant. Lors de sa visite de campagne, il a cité en exemple la ville en matière d’urbanisation et s’est rendu avec le député du Nord dans les nouveaux pavillons proprets qui ont remplacé les barres d’immeubles du quartier du Faubourg de Cambrai. La brouille qui a vu le président de la République refuser en 2010 l’Hôtel Matignon à son ministre de l’Ecologie est bien de l’histoire ancienne.

V.C.

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Hénin-Beaumont, terreau fertile pour le Front national
PORTRAIT DE VILLE

E

Chômage, insécurité et effondrement de la gauche locale. Hénin-Beaumont, ancienne ville minière du Pas-de-Calais, est une terre favorable au Front national. Depuis quelques années, il gagne du terrain. Pourtant, au matin du premier tour de la présidentielle, il n’a pas le monopole de l’électorat.
Par Agnès Chareton

Marine et les Héninois

ntourée d’une nuée de journalistes, Marine Le Pen fait son entrée à 11 h dans l’école Jean-Jacques Rousseau d’HéninBeaumont, transformée en bureau de vote. Souriante, elle saisit les bulletins de François Bayrou, Jacques Cheminade, Philippe Poutou, Nicolas Dupont-Aignan, et le bulletin qui porte son nom, avant de disparaître dans l’isoloir. Symboliquement, elle laisse les bulletins de “l’UMPS” et celui de Jean-Luc Mélenchon, son ennemi de l’extrême-gauche. Au moment de glisser l’enveloppe dans l’urne, elle prend la pose, tout de noir vêtue. Après avoir rempli son devoir de citoyenne, direction la permanence du Front national, à deux pas de là. Dans la rue, des habitants se tiennent sur le seuil de leur maison de briques pour apercevoir l’ancienne conseillère municipale de la ville. Christian Vancaeyzeele, 53 ans, croit aux chances de victoire de la candidate du FN. « J’espère qu’il y aura du changement avec Marine Le Pen », confie-t-il. Ce matin, sa fille de 20 ans et lui ont sans hésitation voté Front national.

En chemin, la candidate de l’extrême-droite ignore la horde de journalistes qui la poursuit, mais s’arAu matin du premier tour de la présidentielle, Marine Le Pen salue les habitants rête volontiers pour signer un autographe à un hadans les rues d’Hénin-Beaumont. bitant ou serrer la main d’un enfant. « Marine est confiante », assure Bruno Bilde, conseiller régional du Nord-Pas-de-Calais, dans le couloir de la per- socialiste », rappelle Bruno Bilde. Il vise Gérard pas mal d’années. » Une bière à la main, il discute pomanence de son parti. Ce soir, il espère un score de Dalongeville, l’ancien maire, mis en examen pour litique avec quelques habitués du bar. S’ils ont 20 % et « parlerait de grosse déception en corruption et détournement de fonds publics. Le presque tous voté ce matin, traditionnellement, l’absdessous de 15 % ». En 2007, JeanFront national a profité de l’effon- tention est ici particulièrement forte. Marie Le Pen avait recueilli plus de PS pour gagner du soirée électorale, « MARINE EST drement «du y a localrelation qui s’est Pour ladu monde autour Georges Villette,ale patron, 18 % des voix à Hénin-Beaumont, terrain. Il une attend de l’écran qu’il spécialehuit points de plus que la moyenne créée entre Marine et les habitants d’Hé- ment installé : « Ce soir, je fais la fête. Je veux que Sarkozy CONFIANTE » nin, assure Bruno Bilde. Lorsqu’elle a s’en aille », tonne ce bayrouiste convaincu. « Ici, il y a nationale. Pour Bruno Bilde, la campagne de la eu ses 500 signatures, elle est venue l’an- des gens de tous bords, tout ce qui est démocratique », fille Le Pen est un succès. Selon lui, elle a réussi à noncer à Hénin-Beaumont et elle a tenu un meeting ici di- s’amuse le restaurateur, qui ne cache pas son inimiimposer ses thèmes, avec notamment « le débat sur le manche dernier. » Il table sur un score de 30 % dans la tié pour le Front national. halal ». Pendant ce temps, la candidate frontiste cité artésienne. Pour un autre habitué des lieux, force est de reconprend un pot avec les militants, qui affluent malgré naître que « l’affaire Dalongeville a tué la politique de la la pluie, avant d’aller déjeuner chez Steeve Briois, L’affaire Dalongeville commune. Aujourd’hui, on n’a plus de parti concret, horson soutien local. Hénin-Beaumont, terre frontiste ? Pas pour un fonc- mis le FN. Il va gagner la mairie, à moins qu’on ne nous C’est à lui que Marine Le Pen doit son implantation tionnaire héninois, accoudé au comptoir de L’Uni- parachute une grosse pointure de la gauche. » Le foncà Hénin-Beaumont, cité ouvrière frappée de plein vers, qui a lui voté Mélenchon : « Ce n’est pas le fief de tionnaire prédit que le résultat de Marine Le Pen au fouet par le chômage, la désindustrialisation et l’in- Marine Le Pen, elle a découvert Hénin il y a quelques an- premier tour de la présidentielle déterminera le score sécurité. Ici, le FN a aussi lutté contre « la mafia nées. Steeve Briois a contrario habite dans Hénin depuis du FN aux municipales de 2014 à Hénin-Beaumont.

Dans son fief d’Hénin-Beaumont, Marine Le Pen totalise 25,6 % des voix.

vec 25,6 % des voix, Marine Le Pen arrive largement en tête, devant François Hollande qui recueille 19 % des voix, et Nicolas Sarkozy qui n’obtient que 11 %. Un record pour la candidate du Front national, qui a créé la surprise comme elle l’avait promis : elle totalise environ 20 % des voix en France. « Nous avons porté plus haut que jamais les idées nationales. Il ne s’agit que d’un début », s’est exclamée la candidate frontiste devant un parterre de militants réunis salle Équinoxe à Paris. « La vague bleu marine fait trembler le système », a ajouté la candidate de l’extrême-droite, qui n’a pas donné de

A

© Agnès Chareton

Score historique du FN

consignes de vote pour l’entre-deux-tours. « On est au début d’un grand rassemblement qui va porter ses fruits, notamment aux législatives. »

Record national et record local pour le FN En 2007, Jean-Marie Le Pen avait obtenu 18,6 % des voix à Hénin-Beaumont, sur les terres de prédilection de l’extrême-droite. En 2012, le FN fait donc une percée spectaculaire et gagne sept points. Hier après-midi, Steeve Briois, chef de cabinet de Marine Le Pen, espérait un score national de 20 % et un prédisait 30 % à Hénin-Beaumont. Contre toute attente, ces prévisions ne sont pas loin d’être réalisées, et plus que jamais la cité artésienne mérite d’être appelée le fief du Front national.

A.C.

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© Agnès Chareton

PORTRAIT DE VILLE

Arras la désintéressée

A la veille du premier tour, Arras la flamboyante boude la politique. Le temps ou les vacances scolaires préoccupent davantage les habitants que le sort du lendemain. Pourtant, ici on vote.
Par Jean-Edouard Beauvalet et Claire Cartier
se demande qui pourra résoudre le problème de la dette en France. « Je suis dans la classe moyenne, alors je me sens un peu coincée. C’est toujours des promesses, il n’y a rien de concret. Je me déciderai ce soir, en parlant avec des amis. » Déçue par le gouvernement actuel, l’Arrageoise hésite entre François Hollande, « sans charisme », et Jean-Luc Mélenchon. une dernière fois les programmes pour trancher. Pour d’autres, le choix est fait. Panier de légumes en mains, sur la Grand Place, Mireille, 61 ans, retraitée de l’enseignement, votera Nicolas Sarkozy, comme en 2007. « Je suis satisfaite du président actuel car il nous a bien sortis de la crise. » Elle est tentée par François Bayrou, mais « il fait trop XXe siècle ».

Paroles, paroles

rras, samedi matin. Le marché s’étend sur les trois places du centre ville, pendant que les cars des touristes affluent. Un samedi ordinaire. Dans les cafés, les allées, les Arrageois discutent de la pluie et du beau temps. « Je n’ai rien remarqué de spécial ce matin. La campagne, on en a un peu parlé sur le marché. Mais je n’ai rien entendu de constructif. C’est critiques sur critiques », remarque Franck Lesay, 55 ans, fromager. Il entend fréquemment ses clients désigner les candidats par le terme de « clowns ». Lui ne sait pas encore pour qui voter. Sur les dix candidats, seuls trois trouvent grâce à ses yeux. « Les sept autres, on se demande ce qu’ils font dans la campagne ! »

A

Dilemme

Comme ailleurs en France, l’indécision semble toucher les Arrageois. Amandine, 30 ans, est infirmière. Elle

es Arrageois ont tergiversé et ils ont plus déserté les urnes qu’en 2007. Il y a cinq ans, le taux d’abstention n’avait pas dépassé 17% au premier comme au second tour. Cette année, la ville d’Arras enregistre un taux de 23,11% de non-votants. Comme pour toutes les élections nationales dans la cité atrébate, c’est le parti socialiste qui se distingue. François Hollande arrive en tête

L

Par Claire Cartier

Un score sans surprises
avec 32%, suivi par Nicolas Sarkozy avec 24,54%, et Marine Le Pen avec 16,64%. Les scores des candidats sont plutôt représentatifs de la moyenne nationale. Mais ils caractérisent peu la municipalité de centre-droit en place. « L’élection présidentielle n’a jamais eu une influence sur les municipales, pour lesquelles on élit une personnalité, pas un parti. Je connais plusieurs socialistes qui sont fidèles à la municipalité sortante », explique Philippe Arvel, adjoint MoDem aux conseils de quartier. « On a un conseil municipal large, toutes les tendances sont représentées. Une gestion centriste et de consensus. Les résultats du premier tour ne vont pas changer notre façon de faire les choses ». Les élus ne paraissent ni déçus, ni surpris du résultat. « Au MoDem, on fait un score comme d’habitude, un peu supérieur à la moyenne nationale [ 9,72% contre 8,9%, estimation à 23h ] ». Et ils sont fiers de leur gestion dite « consensuelle ». « L’idéal c’est de gouverner la France comme on gère Arras » sourit Philippe Arvel.

Des hésitations classiques entre candidats de gauche. Mais certains tergiversent entre deux courants radicalement opposés. « J’hésite entre Hollande et Sarkozy, pour qui j’ai voté en 2007. Je suis allée l’écouter cette semaine au parc des expositions, il a la tchatche, le tonus. Je doute d’ Hollande, car il n’a pas assez de pugnacité. Il dit qu’il veut tout prendre alors je crains les délocalisations de grandes entreprises. Mais il a quand même de bonnes idées, il ferait un bon président », lâche derrière ses lunettes noires, Christiane Scodeller, retraitée du milieu agricole. Demain, elle épluchera

LE QUINQUENNAT A RENDU LA POLITIQUE TROP PEOPLE.

Bleu blanc rouge

Certains sont tentés par le vote blanc, à l’image d’Eric Aubert, 50 ans, et Dominique Souchet, 48 ans, couple d’entrepreneurs déçus par Nicolas Sarkozy. « Il a été derrière nous il y a cinq ans mais pas cette année », regrette Eric. « De toute façon, nous concernant, ce sont les gros groupes qui président » réplique sa femme. Pour cette dernière, le quinquennat a rendu la politique trop people. « A la faculté, il n’y a pas eu grand chose de mis en place autour des élections », indique Tiffany Machu, 20 ans, étudiante en arts du spectacle. « Dans notre filière on en parle beaucoup. Ce qui ressort, c’est que Mélenchon est un beau gosse ! Moi je voterai pour lui, car il sort du lot. Hollande est un stéréotype, il est plus ancré dans le système. »

Beaucoup semblent las des propositions. « La campagne est intéressante, mais j’ai peur, car on nous promet trop », regrette André Richebez, 84 ans, au détour d’une allée place de la Vacquerie. Il souhaite que les gens aillent voter. « J’ai peur de l’abstention. » Même crainte de la part du concierge de l’ancienne mairie, où se situe le bureau de vote n°1. Il entend les réflexions des habitants. « Voter pourquoi faire ? », « On est en vacances », cite-t-il. « Il ne faut pas revendiquer quand on ne vote pas. Ceux là n’ont rien à dire. » Lui vote par devoir et souvent aux premières heures. « Je fais sonner la sirène à 8h et 18h, qui déclenche l’ouverture et la fermeture des bureaux de votes, c’est la tradition ! » Du côté des élus, il les trouve assez calme. Peu d’émulation. Peu d’implication. « Arras est pourtant un bastion politique. C’est la préfecture, mais la ville qui a le moins bougé dans le Pas-deCalais, par rapport à Boulogne ou Calais. Il n’y a eu qu’un seul meeting, celui de Sarkozy. Bayrou a annulé », note Pierrick Jouan, journaliste à l’Avenir de l’Artois. « L’Arrageois n’est pas un terrain de campagne très exploité. En 2007, l’ UMP avait tenu un QG impressionnant place Des Héros. Ce n’est pas le cas cette année. C’est révélateur. »

Résultats du premier tour

exprimés ...........................................76,69 % nuls ou blancs ........................................0,2% abstention ...........................................23,11% François Hollande : ................................32 % Nicolas Sarkozy : ...............................24 ,54% Marine Le Pen :..................................16 ,65% Jean-Luc Mélenchon: ..........................11,45% François Bayrou : ................................. 9,72% Eva Joly : ..............................................2,10% Nicolas Dupont-Aignan : ......................1,59% Philippe Poutou : ..................................1,16% Nathalie Arthaud : ............................... 0,54% Jacques Cheminade : ...........................0,25%

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De cette Présidentielle, les Calaisiens attendent le changement. Celui qui leur redonnera du travail, mais aussi confiance en la politique. Celui qui mettra également fin à la « guéguerre » entre les candidats, trop éloignée de leurs préoccupations.
Par Margaud Declémy

Calais, si proche mais si loin du débat
PORTRAIT DE VILLE
© Margaud Declémy

«

u catch à quatre ». Au café du Minck, Philippe et Laurent se sont mis d’accord. « Avec Mélenchon, Sarkozy, Hollande et Le Pen, la formule qui décrit le mieux la campagne, c’est ça », lâchent les deux amis, accoudés sur le zinc le plus réputé du port. Eux, n’attendent pas grand chose de ce premier tour. Trop loin de leurs attentes, de leurs préoccupations, de Calais aussi. « Tout se passe à la télévision », regrette Philippe. « La politique perd de son cachet, de son authenticité », ajoute son comparse, en épluchant le Nord Littoral du jour. À la Une, la création annoncée de 350 emplois chez Armatis. Le groupe veut ouvrir un deuxième centre d’appels dans la ville. « C’est de ça qu’il fallait par-

D

LA POLITIQUE PERD DE SON CACHET

Politiques sans politique

ler, de l’emploi, pas des guéguerres entre candidats », poursuit Laurent en désignant l’article du quotidien local. « Calais va mal, il y a du chômage, mais ça, personne n’en parle… C’est mieux de dire que Sarkozy et Hollande se disputent le premier rang, que Front de gauche et national sont au coude à coude pour jouer le poursuivant… Mais elle est où la vraie vie dans tout ça ? », s’emporte-t-il. Il s’apprête pourtant à aller voter. Pour « le changement », mais « pas celui d’Hollande ». Il n’en dira pas plus.

Le changement, Ludovic en veut aussi « mais pas avec ces candidats-là ». Salarié de Sea France, il a été licencié comme 849 autres de ses collègues en janvier dernier, après moult rebondissements. « Des promesses, on en a eu jusqu’au bout. On a cru à la SCOP, au soutien de l’État, aux aides régionales. Finalement, la liqui-

dation a eu lieu, je suis au chômage. » Depuis, il a du mal à faire confiance au politique. « Je suis un naviguant sans navire, et eux des politiques sans politique », ironise-t-il. Il a donc choisi le meilleur candidat qui soit selon lui, le blanc. « Lui au moins, s’il n’a rien à dire, il se tait. Il ne promet rien. » Bassin du Paradis, Miriam Pont vend ses coquillages « ramassés à la main », appuie-t-elle. Elle, constate aussi le flot de « méchancetés échangées » depuis plusieurs mois entre les candidats. Elle affirme pourtant qu’il y a eu des annonces dans ce flou politique. « Peu », mais suffisamment pour la décider à voter. Seul un élément de son discours l’inquiète encore : son statut. « Je n’aspire qu’à une seule chose: être reconnue comme artisan. » Car Miriam Pont a beau porter la marinière depuis vingt ans, sa pêche aux moules à pied ne bénéficie pas des mêmes aides que la pêche traditionnelle. En particulier au niveau européen, où sa profession n’est simple-

Elizabeth II présidente

ment pas prise en compte dans les subventions accordées aux métiers de la mer. « Les bateaux ont des subventions en veux-tu, en voilà, mais nous, on n’a rien », détaille-t-elle, désabusée. « Il faut qu’un président statue là-dessus, on ne peut pas continuer comme ça… »

L’emploi, première préoccupation des Calaisiens sur le port hier.

Eux aussi veulent que cela change. Ils sont migrants et ne votent pas. « Nous espérons », expliquent, dans un anglais approximatif, Hakrim et Esèf. Ces deux Érythréens sont en France depuis quelques semaines. Ils n’ont qu’une vague idée de la politique du pays qui les ‘’accueille’’ provisoirement. Leur préoccupations sont plus terre à terre : « Beaucoup de police, trop de pluie », balbutient-ils. La politique d’immigration a été renforcée depuis la présidence Sarkozy, la jungle fermée, les contrôles multipliés. Mais ils ne croient pas à une quelconque évolution, même avec un changement de président. « La France ne nous veut pas, nous non plus. Notre seule

présidente sera la reine Elizabeth », expliquent-ils en riant. Damien et Jérôme ne veulent, eux, que « Marine ». Le premier a déposé son bulletin dans l’urne à 8h « pile », avant de filer sur la jetée avec sa canne à pêche. L’autre se tâte encore à rejoindre son bureau. La vingtaine bien entamée, ils participent à leur seconde présidentielle et veulent une « nouvelle France ». Sans Chinois pour « bouffer » leur industrie, sans « Kosovar », mais avec un « RSA plus élevé ». À leurs côtés sur le ponton, une amicale de pêcheurs est en concours. Les vieux du groupe tempèrent les propos des deux jeunes. « Après dix ans de droite exclusive au pouvoir, on a un déficit public énorme, on est au pied du mur et c’est toujours nous qui trinquons », souligne Daniel Maeght, en contrôlant sa ligne. Le pêcheur amateur souhaite, lui aussi, le changement, au moins pour une chose : « Ici, le boulot, c’est comme le poisson : il n’y en a plus. Je ne veux plus que ce soit les Anglais qui remportent le pactole. »

PS et FN éclipsent l’UMP
Les terres de gauche avaient basculé à droite aux dernières municipales. Une surprise totale pour Calais, gérée depuis 1971 par les communistes. Mais l’option UMP n’a semble-t-il pas totalement remplie les attentes des Calaisiens. En tout cas, pour ce scrutin national, les électeurs ont opté pour un vote plus classique, en plaçant le parti socialiste de François Hollande en tête du premier tour avec 30,52% des voix exprimées. Calais suit la tendance globale du département, puisque Marine Le Pen arrive en seconde position, avec 25,74% des suffrages. Une percée pour la candidate frontiste qui dépasse largement le score effectué par son père en 2007, lors de la précédente présidentielle. Le Front national améliore en effet son résultat de neuf points sur la Cité des six Bourgeois. Un vote de contestation contre la politique du gouvernement actuel. Mais pas uniquement. Il s’agit là également d’une continuité de la tendance amorcée en 2011 lors des cantonales. Certains thèmes de campagne du FN, pouvoir d’achat et immigration en premier, ont su séduire l’électorat habituellement acquis à l’UMP de Natacha Bouchart, le maire de Calais. Nicolas Sarkozy perd six points en cinq ans. Ses 18,69% sont même en deçà de la moyenne départementale, qui culmine à 21,91% des voix exprimées. Mais le grand gagnant de ce premier tour sur Calais reste peut-être le Front de gauche. Le parti de Jean-Luc Mélenchon a en effet franchi la barre des 14%. Il se place même en quatrième position sur l’ancien bastion communiste. Pour rappel, il y a cinq ans, le PCF n’était arrivé que sixième. De là à dire que Calais redevient rouge…
M.D

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Désireux de rééditer sa performance de 2007, Nicolas Sarkozy a repris d’anciens thèmes de campagne pour un résultat mitigé. Le candidat n’est pas parvenu à imposer ses propositions dans le débat public. Recueillant entre 25,8 et 27% des suffrages, il est à bonne distance de François Hollande, arrivé en tête au premier tour.
ifficile de dire quand la campagne de Nicolas Sarkozy a réellement débuté tant le “président-candidat” (terme repris jusqu’à l’overdose par les médias) a joué de son double statut. Le 15 février, son entrée en campagne officielle ne surprend personne après un faux suspens de plusieurs mois :
© Caroline Viollier - aitanadesign.com

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Nicolas Sarkozy n’a pas mené la danse
ira, ira pas ? À l’image de François Mitterrand en 1988 ou de Jacques Chirac en 2002, Nicolas Sarkozy sort tard du bois et compte sur une campagne éclair, qui convaincra les Français, lassés par les mois de campagne de François Hollande. Alors erreur ? Pour Éric Keslassy, sociologue enseignant à Science Po Lille, « le problème, c’est qu’il a tablé sur un argument qui n’a pas marché : en période de crise, je tiens la barre, quoiqu’il arrive. » Pour autant, Nicolas Sarkozy pouvait-il faire mieux ? Son bilan jugé décevant et la perte de confiance des Français ne lui laissaient pas une grande marge de manœuvre. Le candidat UMP est finalement resté prisonnier de son image. Selon Éric Keslassy, l’écart entre la perception qu’ont les Français de Nicolas Sarkozy et la réalité de ses propositions est grand. « Le slogan “président des riches” est resté, malgré certains changements comme l’annonce de la suppression du bouclier fiscal. »
© Moritz Hager

Le candidat socialiste arrive en tête avec 29 % des suffrages.

Par Jeanne Bartoli

Un coup à gauche, un coup à droite

françaises. À Arras, mercredi dernier, il déclare : « On ne peut pas accueillir qui que ce soit sur notre territoire sans avoir appris le français. » Enfin, le choix de Nice, terre d’extrême droite, pour son dernier meeting, n’est pas anodin. Mais la situation économique et sociale du pays n’est pas la même qu’en 2007 et les frustrations des Français se sont accentuées face à la crise et aux multiples désillusions.

Copier-coller la campagne de 2007

Le réservoir de voix de Nicolas Sarkozy s’est visiblement étiolé depuis 2007 : il recueille entre 25,8 et 27 % des suffrages.

Pour le sociologue, Nicolas Sarkozy a voulu revivre la campagne de 2007 en surfant sur les mêmes thèmes de campagne. À Lille, le 27 février, il insiste sur la “valeur travail” et la lutte contre les assistés et déclare à la France « des oubliés » : « En 2007, j’avais choisi le travail et je n’ai pas changé d’avis. » Siphonner les voix du FN est plus que jamais l’ambition assumée par son houleux conseiller, Patrick Buisson. Nicolas Sarkozy parle beaucoup d’immigration dans la campagne. Lors de son grand meeting de Villepinte, le 11 mars, le candidat menace de rétablir unilatéralement des contrôles aux frontières

Désemparé face à des sondages qui le donnent largement perdant au second tour face à François Hollande, Nicolas Sarkozy n’est pas parvenu à se situer et a donné tour à tour des coups de barre à droite et au centre sans trouver équilibre et cohérence. Ses appels du pied vers l’électorat de François Bayrou ont échoué. Son réservoir de vote s’est visiblement étiolé depuis 2007. Durant la campagne, ses propositions ont été peu reprises dans le débat public. La publication de son programme à moins de trois semaines du premier tour n’a pas non plus fait le buzz escompté. Nicolas Sarkozy a donc mené une campagne de petites phrases, distillées tout au long de ses meetings. Et alors qu’à la mi-mars, certains instituts de sondage le donnaient vainqueur au premier tour face à François Hollande, les tueries de Toulouse et Montauban ont fait ressurgir l’image du président, ministre de l’Intérieur, troublant un peu plus le jeu et rompant la dynamique. Le candidat de l’UMP n’est pas arrivé à s’imposer et risque de le payer au prix fort le 6 mai prochain.

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© Caroline Viollier - aitanadesign.com

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Nette avance au premier tour pour François Hollande (29 %). Humilité, esprit de rassemblement, candidat « normal », le prétendant socialiste à l’Élysée a mené une campagne où il a incarné la rupture, faute de la mettre dans ses discours.
Par Damien Brunon
rançois Hollande a assuré l’essentiel : spécifique pour les jeunes sont les propositions phares arriver en tête au premier tour. C’est à gauche. Ajoutez à cela les 60 000 postes promis à l’aboutissement d’une campagne menée l’Éducation nationale et la renégociation de la avec prudence et modération. Le candidat réforme des retraites et de la règle du non-remplacesocialiste a su gérer son capital sondagier ment d’un fonctionnaire sur deux et on obtient le en bon père de famille. squelette du projet socialiste. La dynamique “hollanSeule proposition véritablement choc, diste” est née des résultats le candidat socialiste annonce le « UN HOMME DE de la primaire socialiste. Le 27février sur le plateau de TF1 la mise 16 octobre 2011, il est RASSEMBLEMENT » en place d’une nouvelle tranche d’im21 h 30 au 10 rue de pôt sur le revenu. Désormais, les reveSolférino à Paris. Martine nus supérieurs à un million d’euros Aubry lève le bras du champion du PS. François seront taxés à 75 %. Une façon symbolique de satisHollande vient d’être désigné à l’issue de la primaire faire l’aile gauche de son électorat. “citoyenne” avec plus de 56% des suffrages. «Je ne peux François Hollande l’a bien compris, la clef de la mener ce combat seul, j'ai besoin de l'unité, du rassemblement, victoire en 2012, c’est de capitaliser sur le rejet de d'un PS solidaire. Je suis un homme de rassemblement, je l'ai Nicolas Sarkozy. L’entrée en campagne du président montré», lance-t-il alors aux militants rassemblés devant sortant et le succès populaire de la candidature de le perron du siège du parti. Jean-Luc Mélenchon n’y feront rien, le candidat soL’ancien premier secrétaire du PS avait déjà annoncé cialiste ne prendra aucun risque dans cette campagne. la couleur de sa campagne lancée dès sa victoire en Corrèze lors des élections cantonales du prin- Les jeux déjà faits ? temps 2011. La présidence normale chevillée au À trop se protéger, la dynamique enclenchée par sa corps, l’anti-sarkozysme comportemental comme victoire lors des primaires socialistes finit tout de credo. Tout au long de cette année de campagne, le même par s’étioler. Malgré tout, la candidature socandidat socialiste n’aura eu de cesse de se poser en cialiste n’est pas en danger. Le croisement des opposition totale avec la pratique du pouvoir du pré- courbes d’intentions de vote du premier tour à la misident sortant. Pondération, calme, solennité, tout mars n’a pas occulté le fait que François Hollande l’opposé d’un Nicolas Sarkozy que les cadres socia- bénéficie toujours d’environ trois points d’avance sur listes, Arnaud Montebourg en tête, finiront par traiter Nicolas Sarkozy pour le second tour. Comme en de « gamin mal élevé ». 2008 aux États-Unis, le rejet du pouvoir en place est tellement fort que probablement n’importe quel canUne campagne « force tranquille » didat d’opposition pourrait gagner. La véritable Axe central de la campagne socialiste, la jeunesse. élection du prochain président de la République Réapparition des emplois jeunes sous la forme de pourrait s’être en fait déroulée en octobre rue de Sol150 000 “emplois d’avenir” et mise en place d’un CDI férino. Réponse dimanche 6 mai.

François Hollande, la rupture incarnée
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Le Pen s’envole

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Victoire historique pour Marine Le Pen. La présidente frontiste ne sera pas au second tour de l’élection, mais elle a obtenu 19,6 %, soit beaucoup mieux que son père en 2002. Jamais le FN n’avait remporté autant de suffrages.

© Caroline Viollier

Mélenchon trébuche
Quatrième place pour JeanLuc Mélenchon. Le candidat du Front de Gauche et du Parti Communiste obtient 11,7 % des voix. Une déception par rapport aux sondages, une réussite par rapport à l’Histoire.
Par Matthieu Boisseau
© Caroline Viollier

Par Lucie Chaumette et Fanny Bonjean
protection sociale », elle ne semble pas convaincre les Français sur sa capacité à gérer la crise actuelle. Entre janvier et avril 2012, Marine Le Pen perd six points dans les sondages et s’éloigne des candidats UMP et PS. Talonnée par Jean-Luc Mélenchon, la candidate frontiste semble déstabi-

Décadence et coups d’éclats

e score de la candidate frontiste est historique . La présidente du FN a accompli son double objectif : avoisiner les 20 % et s’arroger la troisième place au détriment de Jean-Luc Mélenchon. Depuis plusieurs mois pourtant, Marine Le Pen avait semblé en perte de vitesse. Succéder à Jean-Marie Le Pen, lourde tâche pour Marine. Se distinguer politiquement du père sans jamais trop s’en éloigner. Dédiaboliser l’image du parti sans en perdre son essence. Élue présidente du FN en janvier 2011, Marine Le Pen est logiquement la candidate du parti à l’élection présidentielle. Elle poursuit sa politique de dédiabolisation. Skinheads et autres sympathisants jugés trop extrémistes sont mis à la porte. Dès mars 2011, cette stratégie commence à porter ses fruits. Marine Le Pen est créditée de 24 % d’intentions de vote dans le sondage Harris Interactive du 8 mars 2011. Elle arrive en tête du premier tour devant le candidat socialiste (encore inconnu) et Nicolas Sarkozy. Durant tout l’été, la présidente frontiste tient la cadence. Dans tous les sondages, elle est considérée comme l’une des deux personnalités politiques qui accèdera au second tour de la présidentielle. Crise, manque de confiance des Français en l’avenir, incompétence des élites. Marine Le Pen est sur tous les fronts. Sa cible : ouvriers et classe moyenne. Et cette fois, pas question de laisser Nicolas Sarkozy et sa droite lui prendre des voix.

BEAUCOUP MIEUX QUE SON PÈRE EN 2002
lisée par ce nouvel adversaire. Alors qu’elle avait accepté de débattre avec lui sur l’antenne de RMC/BFM TV le 19 janvier, Marine Le Pen change de stratégie et décide d’ignorer son rival du Front de gauche sur le plateau de Des paroles et des actes un mois plus tard.

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La « vague bleue Marine » paraît emporter de plus en plus de Français, mais la frontiste commet sa première grosse faute. Elle, qui n’a de cesse de crier à la diabolisation du FN par les médias, se rend à Vienne en tant qu’invité d’honneur du FPO, parti d’extrême droite autrichien. Un bal où on applaudirait les négationnistes d’après certains participants, ce que réfute Marine Le Pen. Dans le même temps, les médias ciblent leurs questions sur le programme économique du Front national. Seule candidate à promettre la réduction de la dette « sans anéantir la

Lucide face à sa perte de vitesse dans les sondages, Marine Le Pen revient sur la scène médiatique en lançant la polémique sur la présence de viande halal dans le circuit de distribution traditionnel. Tous les candidats se positionnent alors sur ce thème qui nourrit les débats politiques pendant plusieurs semaines. Mais les intentions de vote ne remontent pas dans les intentions de vote. Progressivement, la candidate frontiste recentre sa campagne sur les thématiques propres au FN : les valeurs identitaires, l’insécurité et l’immigration. Marine Le Pen se saisit de l’affaire Merah pour attaquer Nicolas Sarkozy sur sa politique migratoire. « Combien de Merah dans les bateaux, les avions, qui chaque jour arrivent en France remplis d’immigrés ? (…) Avec moi, Merah n’aurait pas eu la nationalité française ! » déclare-t-elle. Difficile de savoir si c’est cet évènement qui l’a catapultée à 19,6 %. Mais Marine Le Pen a réussi son pari : faire du Front national un acteur majeur du paysage politique français.

Retour aux fondamentaux

Mélenchon et le PC : mariage de raison

ean-Luc Mélenchon ne sera pas le troisième homme de la campagne présidentielle. Avec 11,7 % il fait mentir les sondages qui le voyaient à 15 %. Il a certes réussi son pari de transformer « un Parti de Gauche atomisé et ridiculisé en une vraie force politique », selon son bras droit, Alexis Corbière. Mais celui de rejeter Marine Le Pen au pied du podium a très largement échoué. Bon nombre d’observateurs se sont enthousiasmés pour la campagne du candidat Front de gauche. D’après Stéphane Alliès, journaliste à Mediapart et auteur de Mélenchon, le plébéien. « Il était fait pour l’élection présidentielle. C’est un tribun, un Georges Marchais, un Maurice Thorez. Il arrive à faire soulever les foules ». « Un animal de scène, le meilleur dans son style. Dans sa gestuelle, il a une agressivité très contrôlée, très étudiée » renchérit Pierre Mathiot, politologue et directeur de l’Institut d’études politiques de Lille.

cien soixante-huitard formé à l’école trotskiste de l’Organisation communiste internationale. Et surtout, un formidable coup d’accélérateur pour le candidat, qui s’est allègrement appuyé sur l’immensité du réseau du PCF et ses 140 000 militants.

Parvenir à réunir 200 000 personnes à la Bastille et à Toulouse semblait bien chimérique, le 7 novembre 2008, lorsque Jean-Luc Mélenchon prend la décision de quitter le Parti Socialiste après le Congrès de Reims. Mais l’ancien ministre de l’Enseignement professionnel a rapidement fait fructifier ses trente-deux années passées à arpenter les couloirs de Solférino. « Il a acquis une crédibilité, une expérience, et surtout une grande capacité à manœuvrer les différentes sensibilités politiques » décrypte Stéphane Alliès. Illustration parfaite le 18 juin 2011, lorsque le Parti Communiste se décide à soutenir sa candidature à l’élection présidentielle. « Il y avait entre Mélenchon et le PCF une conjonction d’intérêts évidente. À lui la présidentielle, à eux les législatives » ajoute le journaliste. Un juste retour aux sources, pour cet an-

La campagne s’annonçait laborieuse pour l’ancien agitateur de l’aile gauche du PS. Elle devient pourtant triomphante au gré des sondages, qui le portent de 5 % à 15 % des intentions de vote en un an. Une progression constante et ininterrompue, savamment orchestrée par l’entourage du candidat. « Jean-Luc Mélenchon a très peu de proches, mais ce sont des fidèles. Des gens qui, comme Marc Dolez, le suivent depuis les années 1980 et son passage au PS » confie Stéphane Alliès. Seuls les résultats du 22 avril viennent mettre le holà aux ambitions de Jean-Luc Mélenchon. 11,7 %, c’est une déception par rapport aux sondages. Mais c’est la première fois depuis 1981 qu’une vraie force émerge à la gauche du Parti socialiste. « Il a rendu l’extrême gauche quasi inexistante » analyse Raphaëlle Bacqué, journaliste au Monde. « Il a de l’énergie et des idées. C’est un socialiste déçu. Bref, il est à l’image de beaucoup de gens ! » s’exclame Alexis Corbière, qui conclut, enthousiaste : « Jean-Luc Mélenchon a gagné ses galons. Et ça continuera ». Son prochain objectif, après celui de « faire battre Sarkozy » : capitaliser sur ce résultat pour obtenir le plus de sièges à l’Assemblée lors des législatives du mois prochain.

IL FAIT MENTIR LES SONDAGES QUI LE VOYAIENT À 15 %

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La chute Bayrou de Joly au point mort
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Produire français, maîtriser la dette, redorer le blason de l’éducation. La campagne de François Bayrou était bien partie. Mais le candidatdu Modem a eu beau se présenter comme une alternative au système, la mayonnaise n’a pas pris. Il échoue à la 5e place avec 8,9 % des voix.

Fin de campagne pour Eva Joly. Lâchée, et parfois même lynchée par certains cadres de son parti, la candidate écologiste n’a pas su imposer ses thèmes dans la campagne.
Par Damien Brunon

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Par Agnès Chareton

ême si Alain Juppé le verrait bien Premier ministre, le campagne de 2012 n’est pas un bon cru pour François Bayrou. Pour son troisième rendez-vous présidentiel, il passe à côté de l’exploit de 2007. Le député des Pyrénées Atlantiques était arrivé troisième avec plus de 18 % des voix. Il échoue aujourd’hui à la cinquième place, derrière Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen, avec 8,9 % des voix. Le Béarnais n’a pas réussi à créer une dynamique autour de sa campagne. « Son discours ressem-

lucidité » avec comme « arme, la vérité ». Autant dire qu’au coeur de ses propositions, l’austérité et la maîtrise de la dette ne promettent pas des lendemains qui chantent. Qu’importe, François Bayrou tient le cap qu’il s’est fixé.

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©Caroline Viollier

©Caroline Viollier

t si la campagne d’Eva Joly s’était finalement jouée à la mi-novembre ? François Hollande vient d’être élu candidat pour la présidentielle lors des primaires socialistes. Il est temps pour son parti de négocier un accord pour les élections législatives avec Europe-Ecologie/Les Verts (EELV). Deux semaines de tension qui vont changer la face de la campagne écologiste.

Entre le PS et l’UMP

ble à celui de 2007 mais ne porte plus. Il s’est fait ringardiser » constate Raphaelle Bacqué, journaliste au Monde, dans une interview pour Campagne en Nord. C’est pourtant sous de bons auspices que sa campagne a débuté en décembre dernier. Son leitmotiv sur le « produire français », bientôt repris par les autres candidats, rencontre un écho dans l’opinion et le propulse dans les sondages. En janvier, lors de son premier meeting à Dunkerque, François Bayrou est crédité de 14 % d’intentions de vote. Une percée qui lui permet d’envisager le second tour. Sa stratégie : marquer son indépendance face à ce qu’il appelle les « PPP » : « partis provisoirement principaux », c’est à dire l’UMP et le PS. Il prône un « rendez-vous avec la

« IL N’A PAS MIS À PROFIT LES DERNIÈRES ANNÉES POUR CONSTRUIRE UN PARTI. »

Son discours honnête semble séduire, et les soutiens se multiplient à droite et au centre. Rallié par Philippe Douste-Blazy, le candidat centriste peut également compter sur l’appui de Jean Arthuis, patron de l’alliance centriste, Anne-Marie Idrac, ex-ministre du gouvernement Fillon, sans oublier la fidèle de toujours, Marielle de Sarnez, promue directrice de campagne. Son talon d’Achille reste pourtant l’isolement : « Il n’a pas mis à profit les dernières années pour construire un parti et une équipe » analyse Raphaelle Bacqué. Le Modem ne compte que trois députés, François Bayrou inclus. Certains ironisent sur la capacité du Modem à rassembler un groupe parlementaire suffisant pour gouverner. Difficulté à rassembler et à trouver sa place. Coincé entre le PS à sa gauche et l’UMP à sa droite, le candidat du Modem peine à se faire entendre : « Il appelle à l’union nationale tout en discréditant sans cesse ses deux principaux adversaires » pointe Christian-Marie Wallon-Leducq, politologue, interrogé par Campagne en Nord. Mais le troisième homme de 2007 n’a pas encore joué toutes ses cartes. Son atout : ses électeurs, qui risquent de faire la différence au second tour. Courtisé par l’UMP, le candidat du Modem a promis qu’il donnera sa faveur à l’un ou l’autre des candidats au second tour. Dimanche soir, François Bayrou a annoncé que « dans quelques jours, [il] prendrait ses responsabilité » afin de donner une conduite de vote à ses électeurs.

Les socialistes et les verts s’écharpent. Points de friction : le veto au conseil de sécurité de l’ONU que les écolos voudraient supprimer et surtout le débat autour de l’avenir nucléaire et du combustible Mox. La candidate goûte peu aux négociations politiciennes et son intransigeance commence à agacer les socialistes. Point d’orgue de cette crise, Yannick Jadot, le porte-parole de la candidate, quitte le navire, il tenait très fort à cet accord. Eva Joly disparaît des médias pendant une semaine, beaucoup d’observateurs pensent qu’elle veut jeter l’éponge. Elle n’en fera rien mais sa campagne a définitivement pris du plomb dans l’aile. La rupture avec certains cadres du parti est consommée, les relations avec les ténors socialistes tendues. Soyons clair, ça sent le sapin.

LES ÉVÉNEMENTS PARASITENT LA CAMPAGNE D’EVA JOLY.

Un quasi acte manqué

Eva Joly a un “défaut”, elle a un accent norvégien. Pourtant bien intégrée, celle qui a immigré à 20 ans en France n’a jamais perdu cette marque de langage. Tout dérape le jour où la candidate a la mauvaise idée de vouloir remplacer le défilé militaire du 14 juillet par un défilé citoyen. Démarre alors le procès en hérésie aux relents xénophobes de la classe politique. « Je pense que cette dame n'a pas une culture très ancienne des traditions françaises, des valeurs françaises » lâche sans sourciller François Fillon. Autant dire que la proposition choque. C’est « absolument consternant » pour Marine Le Pen, « pathétique et irresponsable » pour Henri Guaino. Même le socialiste Manuel Valls considère que faire cette proposition le jour de la fête nationale est « une expression de mauvais goût ».

L’accent et le 14 juillet

La campagne d’Eva Joly avait pourtant plutôt bien commencé. Auréolée d’une nette victoire au cœur de l’été sur le favori des sondages Nicolas Hulot, la candidate verte apporte un vent de fraîcheur. Un franc-parler, un CV à faire palir les trafiquants de tous poils, une candidature de la société civile. Bref, du renouveau au programme. Mais

Les événements parasitent finalement toute la campagne d’Eva Joly. Les thèmes de l’Europe ou de l’écologie sont peu abordés, phagocytés par les questions d’emploi et d’économie portés par les principaux candidats. Certains chez les écolos commencent même à se demander s’ils ne se sont pas trompés dans le casting de la primaire. Même les sujets chers à la candidate, la justice et ses affaires, ne prennent aucune place dans le débat. Dernier événement marquant de cette campagne : Eva Joly finit même par tomber à la sortie d’un cinéma début avril. Un quasi acte manqué qui offre quelques jours de repos à l’hôpital à la candidate. Vaillante, elle poursuivra tout de même sa campagne mais ne se fait déjà plus d’illusion sur son sort à l’issue du premier tour. Une fois encore les écologistes n’auront pas fait ce qu’il fallait pour peser lors du grand rendez-vous démocratique français. Eva Joly ne sera bientôt plus qu’un nom de plus sur la liste des candidats écologistes qui ont échoué à faire émerger un courant, qui rencontre pourtant un succès aux élections intermédiaires.

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© Caroline Viollier

© Caroline Viollier

as facile de remplacer Arlette mars, grâce à l’égalité du temps de paLaguiller. Figure nouvelle du role, la candidate de Lutte Ouvrière a parti, Nathalie Arthaud doit investi les plateaux de télévision et de s’affranchir des « travailleurs, radio et multiplié les entretiens à la travailleuses », sans pour au- presse. La candidate part de trop loin tant rompre avec le passé. « Il y avait et ne parvient pas à rattraper son reune véritable bulle médiatique autour de tard. « A l’inverse d’un Philippe Poutou, l’ancienne candidate de Lutte ouvrière. Les elle n’a pas su jouer le côté nature et déGuignols de l’info ont contribué à cet effet », calé », selon le journaliste politique explique Eric Keslassy, Bruno Roger-Petit. Sur son site de politologue et procampagne, « ELLE N’A PAS SU fesseur à Sciences elle ne s’en Po Lille. Dans la cachait pas, JOUER LE CÔTÉ plupart des esprits, ce n’est pas à avant l’arrivée de ce NATURE ET DÉCALÉ » travers déNathalie Arthaud, moment Arlette Laguiller et le parti étaient mocratique qu’elle pensait changer les presque indissociables. Quasi incon- choses : « L’élection présidentielle ne pernue au début de la campagne, « elle est mettra rien d’autre que de s’exprimer .» maintenant bien identifiée comme étant le Le vrai combat, c’est la lutte des nouveau visage de Lutte Ouvrière » selon classes. La candidate trotskyste s’est le politologue. engouffrée dans la campagne présiPourtant, Nathalie Arthaud a réalisé dentielle, sinon pour gagner, au moins l’un des pires scores du parti aux élec- pour rappeler que le communisme tions présidentielles. Depuis le 20 n’est pas mort.

P

Par Lauriane Bain

Moins d’1% des voix au premier tour pour Nathalie Arthaud. La candidate de Lutte ouvrière a réalisé le pire score de son parti à l’élection présidentielle depuis sa création.

vec 0,20%, Jacques Che- monétaire. Il propose la création de minade réalise un score en deux monnaies : un franc polytechlégère baisse par rapport à nique pour les échanges intérieurs et 1995 où il avait récolté un euro national pour les grands pro0,28% des suffrages. Parmi jets européens. Il plaide pour la mise tous les candidats, il était de loin le en place d’un programme de plus atypique. Le 18 juin 2011, conquête spatiale. Il accuse Elizabeth Jacques Cheminade annonçait sa can- II de vivre du trafic de drogue. didature. Sept mois plus tard, il Mais où va t-il chercher toutes ces affirmait avoir réuni les 500 idées ? L’ancien haut-fonctionnaire promesses de parraiadmet s’être (larnages nécessaires inspiré de UN PROGRAMME gement) Larouche, pour concourir au Lyndon poste de chef politique amériDE CONQUÊTE de l’État. cain, connu pour Ce franco-argentin avoir mis une SPATIALE n’en n’est pas à son moustache façon coup d’essai. Sans réelle appartenance Hitler sur la photo de Barack politique, il a fondé le parti Solidarité Obama… et progrès en 1996. C’est avec cette Soyons clair : Jacques Cheminade étiquette qu’il se présente en 2012. Sa n’avait aucune chance de révolutioncampagne présidentielle est essentiel- ner la politique mondiale. Mais une lement marquée par une série de chose est sûre : l’entre-deux-tours perles politiques. Jacques Cheminade de l’élection risque de manquer a une vision unique de la politique de fantaisie.

A

Par Julie Hamez

Un Ovni (Orateur vaillant non identifié) s’est invité dans la course à la présidentielle. Le candidat du parti Solidarité et progrès n’a réalisé que 0,20% au premier tour.

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© Caroline Viollier

La lutte inachevée de

n 2007, Nicolas Dupont- comme mesure principale : le retour au Aignan n’avait pas su réunir franc. « L'euro est un handicap terrible. » 500 parrainages. Cette Pour le député-maire de Yerres dans année, il en a déposé plus de l’Essonne, la sortie de l’euro « serait la 700 au Conseil constitution- seule solution pour combler la dette ». nel. Mais pour le candidat souverai- Son ancienne famille politique, l’UMP, niste, la campagne a été longue. a également choisi la « France forte » Le 21 novembre 2010, il annonçait comme slogan pour Nicolas Sarkozy. déjà sa candiDupontdature lors du Aignan a « L’EURO EST UN deuxième renvoyé dos congrès de DeHANDICAP TERRIBLE » à dos Nicobout la Répulas Sarkozy blique. Proche du terrain durant sa et François Hollande, n’hésitant pas à campagne, Dupont-Aignan a stagné reprendre la formule « UMPS » chère dans les bas fonds des sondages. Sur au Front national. son blog, il relativisait avant même les Mais il précisait sa différence avec la résultats du premier tour : « Bien sûr leader du FN : « Je n'ai jamais imaginé cette campagne aura été frustrante tant tout qu'on pouvait diviser les Français et faire aura été fait pour détourner l’attention des d'une certaine catégorie des boucs émisFrançais des sujets essentiels […] Malgré saires .» La polémique avait enflé quand toutes les embûches, les épreuves, nous pou- il déclarait « pouvoir choisir Marine Le vons être fiers de la belle et forte campagne Pen comme Premier ministre ». Un propos que nous avons menée. » Sa campagne vite modulé en ajoutant qu’il pourrait s’est basée sur le retour d’une “France l’envisager si « le FN abandonnait cerforte” sur la scène internationale, avec taines de ses thèses ».

E

Le leader de Debout la République, Nicolas Dupont-Aignan n’a pas passé le premier tour avec un score de près de 2%, mais la visibilité offerte durant la campagne lui a été bénéfique.
Par Emmanuel Crognier

Complètement inconnu, Phillippe Poutou a profité du début de la campagne officielle pour faire entendre sa voix originale. Avec un peu plus d’1% des voix au premier tour, le pari est réussi.

«

Par Lauriane Bain

Nathalie Arthaud

de retour sur sa planète

Jacques Cheminade

l me tarde de retourner à l’election présidentielle de 2007), pour l’usine. » Vendredi, sur RTL, son successeur, la tâche s’annonçait Philippe Poutou (Nouveau plus difficile. parti anticapitaliste) a ex- « Il fallait faire oublier une figure embléprimé sa joie de « retrouver matique et repartir de zéro. Et finalement, ses potes de boulot ». Et on peut le com- Philippe Poutou s’en sort bien. Son honprendre car pour le remplaçant d’Oli- nêteté et son franc-parler ont été ses points vier Besancenot, catapulté à la tête du forts » précise Eric Keslassy. parti trotskyste en De plus en juin 2011, la camplus dé« L’AVENIR DU NPA pagne avait mal tendu au fil commencé. des interEST PLUS Angoissé face aux views, sa journalistes, perforQU’INCERTAIN» agrippé à ses feuilmance lors lets lors de ses prede l’émismiers discours, le candidat du NPA sion Des paroles et des Actes sur était plus moqué que chouchouté par France 2 le 11 avril lui a permis à les médias. « Pour le NPA, le fait que le quelques jours du premier tour de tercandidat ne soit pas un professionnel de la miner la campagne sur une note posipolitique est un argument de campagne. tive. On mise davantage sur la sympathie », ex- Malgré ce rebond, pour Bruno Rogerplique Eric Keslassy, politologue et Petit, éditorialiste politique, « L’avenir professeur à Sciences Po Lille. Si avec du NPA est plus qu’incertain. Une grande Olivier Besancenot le pari était plutôt partie des militants s’est tournée vers le réussi (4,08 % au premier tour de Front de gauche et Mélenchon ».

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© Caroline Viollier

Nicolas Dupont-Aignan

B I L A N D E C A M PA G N E

n’avait rien à perdre

retrouve ses “potes”

Philippe Poutou

Antilles, terre d’abstention
VU D’AILLEURS
Foyer de l'abstention en 2002 et 2007, les Antilles ont voté samedi dernier, un jour avant la métropole. Le taux d’abstention a augmenté de près de 7 points et frôle les 50% dans ses régions oubliées de la campagne présidentielle.

Abstention au 1er tour
©Romain Fonsegrives

«

Par Juliette Chapalain et Jeanne Bartoli
eaucoup disent qu'ils ne vont pas voter. Je les entends à la radio, dans les rues, au marché, dans le bus ; que ça ne sert à rien, qu'ils sont tous pareils », déplore Andrée, Martiniquaise de 82 ans. Le taux d’abstention atteint selon les estimations 47,44 % en Guadeloupe et 47,58 % en Martinique alors que la moyenne nationale avoisine les 20 %. Bastion historique des socialistes, les Antilles ont voté très largement pour François Hollande (51 % des suffrages en Martinique et 57 % en Guadeloupe). Un score record alors que Nicolas Sarkozy, distancé, n’obtiendrait que 23 % des voix en Guadeloupe et 26 % en Martinique.

B

2007 :

2007 :

40,86%
2002 :

2002 :

16,21%
2002 : 002

64,59%
200 2007 :

Les candidats n’ont pourtant pas brillé par leur présence en outre-mer. François Hollande a entamé sa tournée antillaise précocement, en janvier, alors que Nicolas Sarkozy ne s'était pas encore présenté. Sans prendre en compte les spécificités de ces régions, le candidat socialiste a fait campagne sur des thèmes nationaux. « Ici, nous sommes pleinement en France et dans le débat républicain », a-t-il déclaré aux Guadeloupéens après avoir annoncé qu'il n'était « pas là pour multiplier les promesses », mais « pour dire que le développement de l'Outre-mer doit se

Une campagne décevante

Paroles de jeunes à l’étranger
BRISBANE (Australie) VARSOVIE (Pologne)

27,87% faire dans la solidarité et non pas la 41% suspicion ou la mise en cause ». Quant à Nicolas Sarkozy il a renoncé à son déplacement en mars après l'affaire Guéant sur les « ciGuadeloupe Métropole Martinique vilisations inégales ». Il a présenté ses propositions sous forme de 2012: 47, 44% 2012: 19,7% 2012: 47,58% « lettres » aux Antillais mercredi dernier. Il a été durement sanctionné. Pourtant, même « grève contre la vie chère » (aliments de base et carbusi le parti socialiste a tiré son épingle du jeu, le taux rant) s'était propagée à de multiples secteurs et fait surd’abstention très élevé a de quoi inquiéter pour l’ave- gir aux yeux des Métropolitains une situation problénir. « La France métropolitaine leur paraît loin et si la Gua- matique en outre-mer. « Ça a chauffé en Guadeloupe deloupe a préféré rester française en 2004, ils ont l’impres- surtout. Pendant deux mois c'était la souffrance », se sousion d’être abandonnés et n’ont aucun espoir de vient Andrée. Emploi, tourisme, environnement, changement », explique, avec pessimisme Michelle, ex- santé : le manque de moyens a creusé l'écart des nipatriée en Guadeloupe depuis deux ans. veaux de vie entre ces régions et la métropole. Même si l’annonce de l’augmentation des bas salaires avait Des régions d'outre-mer en grande mis fin au conflit, la situation est toujours fragile. “Il y a un véritable laisser-aller de la part de la France, les plages difficulté Le défi est grand pour les deux candidats. Le taux de sont envahies d’algues, ça sent mauvais, l’hôpital de Pointechômage y dépasse les 20 % contre 9,4 % (dernier tri- à-Pitre est un cauchemar, et le taux de chômage est catastromestre 2011) en France métropolitaine. Le gouverne- phique”, s’insurge Michèle. L'intérêt de la métropole ment de Nicolas Sarkozy a probablement été sanc- pour les Antilles ne s'est pas pour autant accru, allant tionné pour sa gestion de la grève générale (janvier de pair avec un désintérêt des Antillais pour la cam2009) qui avait paralysé les îles durant deux mois. La pagne présidentielle. 65,72% %

Avec 1,5 million de personnes inscrites sur les listes des consulats, les Français résidents à l'étranger n'ont pas renoncé à voter. De Londres à Brisbane en passant par Londres et Montreal, ils étaient nombreux à se préoccuper de l'avenir politique de l'Hexagone, lors de ce weekend électoral. Comment les jeunes ont-ils vécu l'élection ?
©Anne Isabelle Jean

Par Juliette Chapalain et Jeanne Bartoli

LONDRES (Angleterre)

Le vote vu par Thibaud Harrois, 24 ans, lecteur à Cambridge

Le vote vu par Daniel Martel, 22 ans, en année sabbatique

•Jour J « Pour aller voter, j'ai pris le train, car Cambridge est à 45 mn de Londres, puis il a fallu prendre un métro. Ce n'est pas si simple pour y aller, le collège bilingue français où on vote est au nord de Londres. J'ai fait une heure de queue car c'était l'heure de pointe. » •Comment ont-ils vécu la campagne? « Les journaux français sont facilement accessibles en ligne ou dans les kiosques en Angleterre, j'ai suivi les rediffusions des émissions de télé. A Londres, on ressent très peu la distance avec la France. Je ne suis là que pour un an, mais si je m'installais pour plus longtemps, peut-être que je déciderais de ne plus voter. »

•Jour J « J’ai fait une procuration à ma mère à la gendarmerie en France, avant de partir. C’est bien plus facile que d’aller voter sur place en fait. Ce n’est pas une contrainte. J’ai voté François Hollande ». •Comment ont-ils vécu la campagne? « Je fréquente beaucoup de Français en Australie, et on parle de la campagne. Les avis sont partagés même si je n’ai pas rencontré de Lepénistes. Comme je suis loin, j’ai suivi les nouvelles mais je n’ai lu que les programmes qui m’intéressaient. C’est vrai qu’il y a des gens qui ne s'y intéressent pas, mais moi c’est ma première élection présidentielle, je voulais voter. J’ai croisé des gens, ça fait sept ans qu’ils voyagent, ils ne se sentent pas concernés »

Le vote vu par H.-F. Caudrelier, 22 ans, en échange à Varsovie

•Jour J « J'ai eu le choix entre faire une procuration et m'inscrire sur la liste consulaire. J'ai préféré voter par moi-même, déjà car c'est la première fois que je votais pour une présidentielle, et pour la signification de l'acte en lui-même. » •Comment ont-ils vécu la campagne? « De l'étranger, on trouve que la campagne est médiocre. La distance fait qu'on est moins dedans, c'est pas notre quotidien : on est coupé de tout ce qui est radio-télé, donc du concept de la petite phrase. On va surtout s'intéresser aux débats de fond et aux programmes. Malgré tout on reste ici des étrangers, on est donc très sensibles à l'image que peut renvoyer la France à l'étranger, c'est important pour nous. »

À Montréal, le collège Stanislas, unique bureau de vote, était saturé samedi, lors du premier tour de la présidentielle

MONTREAL (Québec)

Le vote vu par Anne-Isabelle Jean, 24 ans, Infirmière •Jour J «Il y avait beaucoup de monde. Je suis allée voter à 16h et j'ai fait la queue pendant trente minutes. La file d'attente allait jusqu'à l'extérieur du collège. L'ambiance était plutôt conviviale. C'était l'occasion pour les gens de se retrouver en famille ou entre amis. Dans la file d'attente, je n'ai pas entendu beaucoup de discussions sur les candidats» •Comment ont-ils vécu la campagne? « J’ai essayé de suivre la campagne. Je sais que je rentre en France dans un an donc ça me concerne. Ma colocataire habite depuis dix ans à Montréal, elle a sa citoyenneté canadienne, du coup elle s’en fout un peu. Et elle ne savait pas pour qui voter donc elle n’y est pas allée. Mais mes collègues de travail ont tous voté, certains par procuration »

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L’éducation civique dans les mains des associations
SUR LE TERRAIN
Lors du premier tour des élections présidentielles 2012, le taux d’abstention s’est élevé à 19,7%. Un phénomène contre lequel l’Etat reste impuissant. À Lille les associations ont pris le relai.
Par Luisa Nannipieri
un bulletin on vote Il y en qui ne le «Qu’est-ce quelec’estsecoue lamais? Comment vraiment? repartiradu b.a.-ba savent pas. On ne croyait pas, ici on doit » Meriem Amouri tête. Elle pense à tous ceux qu’elle a rencontrés toquant aux portes de Lille-Sud pour le Collectif Votons. Ces dernières semaines elle a pris conscience qu’il faut encore travailler pour que les gens des quartiers populaires se réapproprient leur droit de vote. A Lille-Sud, au Faubourg de Béthune, à Fives, l’abstentionnisme est une plaie. Il a atteint 74 % lors des européennes de 2009 et 23 % à la présidentielle 2007. Un nombre de non-votants dépassant de sept points la moyenne nationale. Meriem, femme énergique qui travaille pour l’associations les Francas du Nord, ne se décourage pas : « C’est une lutte permanente. Les droits ne sont jamais définitifs ». Pour elle la situation est grave, car il manque une éducation civique de base et les électeurs souffrent du décalage entre les discours politiques et la vie quotidienne. « Ils ne croient pas que leur vote puisse changer quelque chose. Nous les invitons à s’exprimer, même en votant blanc. Ça aussi c’est un choix. » La tâche n’est pas simple : « Certains nous répondent avec rage qu’ils n’iront pas voter, ils ne veulent pas en entendre parler. On doit récréer l’échange entre les gens et la politique, leur en faire comprendre l’importance. » Ce dimanche le Collectif a multiplié les initiatives. Un barbecue citoyen au pied des HLM de Lille-Sud, un pédivote à Fives, un barbecue avec match de foot au Faubourg de Béthune. Les bénévoles affairés portent fièrement les tshirts qui invitent à aller voter. Ils distribuent badges et flyers contre l’abstention. Ils sont en pleine forme. « Mes jeunes sont allés voter », sourit Majid Jabour, le président du club de foot du Faubourg de Béthune. « Ses jeunes » ont beau être très actifs dans le quartier, ils ne votent pas parce qu’ « ils ne sont pas en phase avec la politique. Ils ne savent pas qui nous gouverne et ne font pas la différence entre la gauche et la droite. Leur propositions ne leur parlent pas ». A travers l’action du Collectif, il espère pouvoir leur apprendre que leur vote est un investissement. Après tout, les politiques occupent les places qu’on leur a permis d’occuper et c’est leur devoir de répondre aux attentes des électeurs. « On ne peut pas ne pas voter et puis se plaindre que personne n’a rien fait pour nous. » Selon lui, les gens prennent petit à petit conscience de l’importance d’aller voter, mais les choses ne changeront pas en deux jours. « Il faut être actif, y croire. Nous devons montrer que nous sommes présents. Il y a le moyen de changer les choses et ce n’est pas utopique. Un jour, nos idées seront vraiment au pouvoir. » Le Collectif Votons est Le Collectif Votons a organisé un barbecue à né le 9 avril 2012 et ras- Lille-Sud pour inciter les habitants à voter. semble déjà une centaine d’associations de proximité et d’éducation populaire. « Chacune menait des initiatives de son côté, maintenant nous réunissons les efforts », explique Madani Oulkebir, l’un des coordinateurs du projet. Il ne croit pas que le Collectif puisse bouleverser la donne de cette élection, mais en ciblant avec ses actions les bureaux de vote les plus abstentionnistes, « nous aurons participé un petit peu. » Une participation qui ne s’arrêtera pas le 6 mai et dont il faudra vérifier attentivement l’efficacité pour préparer un parcours sur le long terme. Aujourd’hui les signaux sont encourageants. Après la tournée des bureaux de vote, dimanche matin, Madani Oulkebir se réjouissait: « C’est magnifique, vous vous rendez compte ? Il y avait la queue ! »
©Luisa nannipieri

Roubaix ne devrait pas conserver son titre de « capitale régionale de l’abstention » à l’issue du premier tour. Le mérite en revient en partie aux Roubaisiens d’origine et résidant en Belgique, qui reviennent accomplir leur devoir citoyen dans leur ville natale.
ur les registres du bureau de vote de l’Hôtel de Ville, nombre d’adresses sont identiques. Elles correspondent à celle de la mairie. Normal, les Roubaisiens d’origine vivant en Belgique y sont rattachés, pour leur permettre de participer au scrutin présidentiel. « Dans ce bureau de vote, près de 30 % des votants habitent en Belgique. Et ils viennent en nombre ! » se réjouit Michèle Antoine, la conseillère municipale déléguée aux élections. Grâce à eux, le taux de participation à Roubaix devrait atteindre un niveau décent. Comme lors du premier tour de la présidentielle, il y a cinq ans : 72 %. Mieux, bien mieux que les 28 % de participation aux cantonales de 2011, et les 39 % aux municipales de 2008 qui avaient valu à la ville son bonnet d’âne. « Les présidentielles, ça attire, alors on a plus de monde qui revient de Belgique » , explique l’élue. A 14 heures, le taux de participation dans le bureau

S

Par Matthieu Boisseau

de vote atteint déjà 43 %. Et c’est en partie grâce aux pensionnaires du Plat Pays.

Roubaix plutôt que le consulat

Jean Claude Liets, avec sa carte d’identité belge et sa carte d’électeur française

Michèle, est l’une d’entre elle. « J’habite en Belgique depuis plus de 50 ans, à Mouscron plus exactement. Pour voter, j’ai deux possibilités : aller au Consulat, à Gand, à une heure de chez moi, ou à Roubaix, ma ville natale, à 10 kilomètres. Du coup, je reviens ici » Pour elle, participer au scrutin est une évidence. « Même en Belgique, je m’intéresse beaucoup à l’élection présidentielle française. Quand j’en discute avec mes amis belges, ils ont tous un avis là-dessus. Alors je consulte les médias français dès que je peux. Et puis, le premier ministre belge Elio di Rupo est venu soutenir François Hollande récemment » sourit-elle.

Les voisins Belges ont répondu présent

Pour Farid El Bahi, l’un des assesseurs, les résidents belges viennent en nombre aux urnes car « le vote est obligatoire chez eux ». « Mais ce n’est pas ça qui m’a incité à venir, tempère Jean-Claude Liets, résidant en Belgique depuis 30 ans. Même si j’habite à Potts, près de Tournai, je suis de toute façon au courant de l’actualité de la France, puisque je travaille dans le transport à Lens. Alors je reviens à Roubaix,, ma ville natale, pour voter, car je ne manque jamais les présidentielles ». Et avec 20 % de participation à Roubaix, force est de constater que les Roubaisiens de Belgique ont répondu présent.

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©Matthieu Boissseau

La Belgique sauve Roubaix de l’abstention

Prêts à parier qu’ils vont gagner
V U PA R
En Belgique, des agences de paris sportifs proposent à leurs clients de miser sur le vainqueur de l’élection présidentielle française. Peu de participants pour ce nouveau type de paris et seulement des Nordistes. Leur poulain favori : François Hollande. Reportage à Menin, à 100 mètres de la frontière française.
Par Fanny Chauvin

L’agence de paris sportifs Ladbroke est coincée entre une boucherie et une boutique de tabac dans la rue qui relie la Belgique à la France. Sur la devanture, des affiches pour le Quinté qui nous invite à devenir millionaire et une nouveauté, les noms des candidats à l’élection présidentielle. La rue grouille de transfrontaliers qui viennent s’y promener le week-end pour leurs achats d’alcool et de tabac, moins chers qu’en France. Peu d’entre eux s’arrêtent devant cette agence qui dépend de Ladbroke, le premier bookmaker britannique, et dont le nom est inconnu dans l’Hexagone. Pour entrer, il faut frapper à la vitre. Le responsable ouvre la porte fermée à clé. « On préfère

Pour un euro misé sur Marine Le Pen en tant que gagnante du premier tour, vous gagnez 21 euros, en cas de succès.

LEUR PARI EST SYMBOLIQUE
maîtriser les entrées. À une certaine heure, on fait très attention » précise-t-il dans le sas. À l’intérieur de l’agence, cinq hommes. Ils sont concentrés sur les courses hippiques diffusées sur les deux postes de télévision. Aucune tension. Juste des exclamations

Certains électeurs ont découvert avec stupeur à leur arrivée dans leur bureau de vote qu’ils n’étaient plus inscrits. Seule issue, aller au service élection de la mairie de Lille pour espérer trouver une solution.
Par Damien Brunon

« J'ai eu mon attestation. Je retourne dans mon bureau pour voter », s’exclame Élodie. Dans son bureau de vote ce matin, elle a eu la surprise d’apprendre qu’elle n’était pas inscrite sur la liste électorale. Pourtant persuadée qu’elle avait fait toutes les démarches nécessaires, elle n’a pas pu voter. La raison : une erreur du ministère des Affaires étrangères qui n’a pas fourni les bons listing aux bureaux de vote.

Tous n’ont pas pu voter.

Attention aux radiations !

Dans la queue, on s’impatiente, on piétine, on râle. Las, une partie d’entre eux ne pourra pas voter. Pour la majorité, le problème est souvent simple :

ils ont été radiés des listes électorales. « Quand les électeurs font un changement d'adresse à la poste de façon définitive, […] on met à jour nos listes en concordance, ce qui nous permet de radier les gens pour éviter d'avoir des électeurs fictifs. […] Donc c'est la grosse surprise aujourd'hui pour les gens qui n'ont pas eu l'idée de vérifier avant

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© Damien Brunon

Rush Hour au service élection
Elodie a vécu pendant un temps à Londres mais n’y a jamais voté, pourtant selon les listes, c’est là-bas qu’elle aurait dû se rendre pour le scrutin. Même problème pour Timothé qui s’étonne d’être inscrit au RoyaumeUni alors qu’il n’y a pas mis les pieds « depuis 1989 ». Militaire de carrière, il a été inscrit pendant une période à l’étranger mais pensait que sa situation avait été régularisée depuis son retour dans la capitale des Flandres. Heureusement pour eux, la solution a été rapidement trouvée par la demi-douzaine de fonctionnaires qui s’affairent au service élection de la mairie centrale de Lille. Au téléphone ou derrière le comptoir, il faut trouver une solution pour tout le monde.

à l’arrivée des chevaux. Ils sont venus ici pour miser sur des lévriers ou sur les résultats des matchs de football. Mais ils peuvent aujourd’hui parier sur le vainqueur de l’élection présidentielle française. Une première en Belgique. Une pratique interdite en France. Les joueurs peuvent miser sur le gagnant du premier tour et le futur Président français. Le plus souvent, ils déboursent des petites sommes, de cinq à dix euros. « Leur pari est symbolique. Ils viennent dans l’agence juste pour ça » assure Marie-Christine, la gérante. Ici, seules six personnes ont misé sur un candidat à l’élection présidentielle française. « Ce genre de pari est tout nouveau en Belgique. Ce n’est pas encore entré dans les mœurs » explique MarieChristine. D’autant plus que jusqu’à présent, seuls les Français ont misé. La plupart d’entre eux ont choisi François Hollande comme vainqueur du premier tour. Une Française a misé sur François Bayrou mais « c’était juste pour le fun ». Les joueurs traditionnels n’ont pas misé sur un candidat. « Nous ne parions pas sur eux. L’élection ne nous concerne pas. »

« Ce ne sont pas des animaux »

explique Christian, concentré sur la télévision qui diffuse des courses hippiques au Royaume-Uni.

Michel vient jouer en Belgique car les paris sont moins chers. Ce Français d’une cinquantaine d’années s’intéresse à l’élection mais ne se voit pas parier sur « Nicolas Sarkozy ou François Hollande. Ce ne sont pas des animaux ». Au fond de l’agence, derrière son comptoir, MarieChristine enregistre les paris des clients. « 3-6-9 ». Un joueur donne machinalement la liste de ses chevaux gagnants. Elle lui donne un ticket en échange de sa mise d’un euro. Les responsables de l’agence ne discutent pas de politique avec les parieurs. « Je trouve ce genre de pari complètement immoral » déplore le collègue de Marie-Christine. Une élection présidentielle n’est pas un jeu.François Hollande, grand favori du second tour, a la plus petite cote. Pour 3 euros misés, le parieur remporte seulement 36 centimes. Les joueurs ne croient pas au poulain Sarkozy.

s’ils étaient toujours bien inscrits », explique Jean-François Ternel, l’adjoint de la responsable du service. Pour d’autres le problème semble aussi être un manque d’information sur les conditions d’inscription sur les listes électorales. L’un ne savait manifestement pas qu’il fallait en faire la demande auprès de la mairie avant le 31 décembre. Étonnant alors qu’une énorme affiche l’en informe dans le coin de la pièce. Un autre pensait qu’il serait inscrit automatiquement à 18 ans. Seul hic, il n’a pas passé sa Journée Défense et Citoyenneté, condition sine qua none pour cela. « Il y a aussi quelques cas moins nombreux comme les personnes qui se retrouvent sous tutelle, qui perdent leurs droits de vote ou qui perdent la nationalité française. Mais ce sont quelques cas vraiment très rares », ajoute Jean-François Ternel. Pour ceux-ci aucune solution, si ce n’est de s’inscrire pour les prochaines élections.

© Alexandre Larue

VU DU WEB

#RadioLondres, grand gagnant du premier tour

LES MEILLEURS TWEETS
#radiolondres En plus de mon vote, j'ai lâché une caisse dans l'isoloir pour protester contre la Mairie en place...

#Radiolondres Le profil Facebook de Carla vient de passer de "mariée" à "c'est compliqué" Sur les îles flottantes ensoleillées, le sirop de fraise recouvre largement la petite coupe bleue. #RadioLondres

Au Canada le sirop d'érable hollandais est à 33 $ bien plus cher que le Hongrois qui ne vaut que 26 $ #radiolondres #radiolondres la betterave est à la hausse,faites des provisions de tomates... il y a assez de stock pour tout le monde Les talonettes sont dans les cartons, je repete les talonettes sont dans les cartons #radiolondres

Flash météo : 27° à Amsterdam, 25° à Budapest, 15° à Vichy, 13° à Moscou #RadioLondres rt @AL_WNTR #radiolondres Le nain serait dans les choux. Je répète le nain serait dans les choux. #Jerespectelecodeelectoral #radiolondres le nain chausse toujours du 26

« 16H : SOLDES SUR LE KILO DE GOUDA À 27 € ET LE GRAMME DE ROLEX À 25 € »

a tentation était trop forte. Les cyber citoyens ont refusé d’attendre 20h pour obtenir les premières estimations de vote. Pour relayer l’information, certains twittos ont brouillé les pistes en employant des messages codés, avec pour hashtag, (mots-clés) « RadioLondres », en tête des tendances Twitter depuis ce matin. Des messages plus ou moins délirants y fleurissent : « Le pigeon à une patte qui pue du bec aurait des projets de mariage avec OuiOui... », écrit un twitto. {N.D.L.R : le « pigeon » est le nom de code attribué Nicolas Sarkozy.} Certains préfèrent le registre météorologique pour contour-

L

La twittosphère l’a annoncé depuis plusieurs jours, elle a divulgué les estimations du premier tour de la présidentielle avant 20h, comme certains médias étrangers et français, malgré l’interdiction stipulée par le code électoral.
Par Camélia Bougharbel

#RadioLondres Le requin des dents de la mer n'a plus que seize dents. Je répète le requin des dents de la mer n'a plus que seize dents.

ner la loi en vigueur : « Flash météo : 27° à Amsterdam {François Hollande), 25° à Budapest {Nicolas Sarkozy}, 15° à Vichy {Marine Le Pen}, 13° à Moscou {Jean-Luc Mélenchon} #RadioLondres. » Quand d’autres jouent aux marchands de tapis : « 16h : soldes sur le kilo de gouda à 27 € et le gramme de rolex à 25 € #radiolondres #fr2012 #élections #2012. » Ces petits malins n’ont pas hésité à enfreindre l’article 52-2 du code électoral, pourtant très clair sur la publication d’estimations de vote avant la fermeture des derniers bureaux de vote, c’est-à-dire avant 20h : « La loi interdit toute forme de publication, de diffusion, de commentaire de ces sondages et estimations, quel que soit le mode de communication utilisé. Sont notamment visées par cette interdiction toutes les diffusions sur Internet (sites et blogs) ainsi que sur les réseaux sociaux. » Les contrevenants risquent 3 750 euros d’amende. Mais pas de quoi dissuader les récalcitrants.

L’élection présidentielle française provoque aussi un vif intérêt au sein de la presse étrangère, récidiviste en la matière. En 2007, elle avait déjà diffusé les estimations avant 20h. Ne tombant pas sous le coup de la loi française, elle a rendu public en début d’après-midi les résultats du scrutin dans les territoires d’outre-mer et des Français résidant à l’étranger, La Tribune de Genève en tête. La RTBF suisse et Le Soir belge ont quant à eux fait paraître les estimations de vote en France métropolitaine dès 18h. Des chiffres largement repris par les twittos, de manière ouverte pour certains. Le compte twitter « Resultats2012 », affiche clairement sa volonté de « démontrer l’absurdité de la loi encadrant les résultats électoraux ». « Ah le Louis Harris arrive tout chaud : FH 28%, NS 26%, MLP 16%, JLM 12%, FB 10% #presidentielle », publiait-il dès 17h. Les réseaux sociaux, locomotives de la propagation des résultats avant l’heure, sont suivis de près par des médias traditionnels français, qui refusent d’être à la traine.

L’engouement des médias internationaux

Ici #radiolondres le flamby se démoule à 28 degrés #RadioLondres érections à 17H45 en live du crémier Amterdamer 28% et Le petit filou 26%matière grasse #radiolondres l'addition du Fouquets est de 25,5 euros

Le Lama qui pédale à Paris est décroissant. #RadioLondres

@Bip_Ed "Trinité sur Mer qualifiée, Neuilly recalée. Je répète, Trinité sur Mer qualifiée, Neuilly recalée". #1erTour #RadioLondres

RT @jonatb: #icilondres Pour les choux : 28kg de Gouda 26 de Goulash, 16 de Quiche, 13 de Tomate et 10 de sauce bearnaise... Sur #RadioLondres, le fromage du plat pays se consomme à un température de 28°, les montres rolex sont soldées de 26%.

Les médias français se rebellent

Même si le quotidien Libération a finalement renoncé à publier sur son site Internet les premières estimations, d’autres journaux ont décidé de le faire, sans se risquer à enfreindre la loi mais plutôt en la contournant. Arrêt sur Images ou Atlantico, en diffusant par messages privés les résultats avant l’heure. Plus surprenant encore, c’est France 2 qui semble avoir franchement enfreint la loi du CSA. Alors que les yeux des agents du CSA sont tous rivés sur la toile, la chaîne publique a interviewé Jean-Luc Mélenchon pendant 13 secondes lors du JT de 13h. Donner la parole à un candidat à la présidentielle est pourtant formellement interdit avant ce soir 20h.

En France le fromage Hollandais est 33% + chère que le fromage de chèvre hongrois qui pourtant contient 26% de matière grasse #Radiolondres

J'étais en Hollande il y a 28 jours. Je répète il y a 28 jours j'étais en Hollande.#Radiolondres #RadioLondres Cela fait 28 minutes que mon flamby est au four, vous pensez qu'il est cuit ?

commande interflora : 27 tulipes, 25 pissenlits, 17 arum, 12 myosotis #RadioLondres

Ma mère me dit que ns avons entre 27 et 29 % de chance de manger une fondue hollandaise pour le diner #radiolondres

La Pression

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Lundi 23 avril 2012

Citoyens de la première heure
EN BREF

© Lénaïg Le Mouël

Angers : la procuration égarée

Un jeune homme de 25 ans travaillant en Belgique a consciencieusement fait une procuration deux mois avant le premier tour. Mais le jour J, quand sa mère s’est présentée à leur bureau électoral d’Angers pour voter à sa place, plus de traces de la procuration. Colère et frustration. Le commissariat du 15e arrondissement de Paris (où le jeune homme avait fait les démarches) était prêt à faxer un certificat à la mairie d’Angers. Cette dernière a tout bonnement refusé, estimant que c’était « contraire à ses principes ». J.C.

Premier vote à l’école maternelle Rousseau, dans le Vieux-Lille : 8h02.

Lille : les déménageurs radiés des listes

l'école maternelle aménagée pour l'occasion, les employés de la mairie de Lille règlent les derniers détails avant le coup d'envoi. Nelly et son mari, 80 printemps tous les deux, patientent sagement sur une chaise. « On vient toujours voter à 8 h, parce que c'est plus tranquille ». Nelly s'étonne toutefois de ne pas être seule à attendre le coup d'envoi : « Je suis surprise qu'il y ait déjà du monde à cette heure. » Pour elle, c'est peut-être « le signe d'une forte participation ». A 8h 04, Damien, sa femme et leurs deux jeunes enfants ressortent du bureau de vote. Ce sont leurs enfants qui ont coupé court à la grasse matinée : « Ils nous ont réveillés pour aller voter », explique Damien. Mais c'est aussi dans un souci de gain de temps qu'ils se sont rendus aux urnes aussi tôt: « En 2007, nous avions voulu voter l'après-midi : résultat, une heure d'attente ! »

I

Le dimanche, c’est la sacro-sainte grasse matinée hebdomadaire. Mais de nombreux citoyens se rendent aux urnes dès l'ouverture des bureaux de vote, par souci de gain de temps, de tranquillité... ou par obligation. Rencontre avec les plus matinaux des électeurs lillois.
Par Lénaïg Le Mouël
cinq à Ils sontélecteurs à patienter devant ce bureau de vote du Vieux-Lille. Dans Hanoï l est à peine 7h45, mais ils sont déjà Parmi les votants de la première heure, il y a aussi, bien sûr, les travailleurs du dimanche. Guillaume, 34 ans, est téléconseiller et ne connait pas le repos dominical : « Je ne serai pas sorti du travail assez tôt pour voter avant 18 h. Et pas question de faire sa troisième élection présidentielle : « Entre huit et neuf heures, la majorité des votants sont des familles et des personnes âgées ». Mais l'arrivée de huit jeunes dans le bureau de vote vient contredire le constat de l'employée de mairie. Teints brouillés et voix cassées, la petite équipe explique qu'elle arrive directement d'une soirée arLégende rosée dans une discothèque belge. Pourtant, malgré la fatigue, il n'était pas question pour Adrien, 24 ans, et ses amis de faillir à leur devoir civique : « On est tous claqués, mais si on ne venait pas voter tout de suite, c'est pas sûr qu'on se serait levés à temps ! Maintenant que c'est fait, on va pouvoir terminer la soirée et dormir tranquillement jusqu'à 18 h ». Électeurs de la première heure ou de dernière minute, une seule certitude : avec 71,8% de votants (en hausse de 2,5 points par rapport à 2007), les Nordistes semblent avoir compris que l'important, c'est de participer.

Des électeurs lillois ont eu une bien mauvaise surprise lors du premier tour. Ceux qui n'avaient pas encore fait leur demande de changement de bureau électoral ont tout simplement été radiés des listes suite à leur déménagement. Les électeurs mécontents ont manifesté devant l'hôtel de Ville. Leur unique recours est le tribunal d'instance, mais pas sûr que le problème soit résolu d'ici le second tour… J.C.

une procuration, je préfère m'organiser tout seul, quitte à venir voter très tôt ». Même démarche pour Nelly, jeune fleuriste de 24 ans : « Je ne suis pas une votante acharnée, mais je travaille toute la journée, je ne peux pas venir plus tard », explique-t-elle.

« ILS NOUS ONT RÉVEILLÉS POUR ALLER VOTER »

France : des expatriés français privé du droit de vote

Des expatriés de retour en France n'ont pas été inscrits sur les listes électorales françaises à temps. La procédure administrative aurait duré plus de temps que prévu. Une histoire qui finit bien pour certains, des certificats ayant été délivrés à temps. J.C.

Jean-Pierre Stroobants est correspondant du Monde à Bruxelles. Pour lui, l’élection présidentielle a offert une vision très incomplète, voire caricaturale de la construction européenne.
Propos recueillis par Corentin Dautreppe

« On a évité les débats de fond dans cette campagne »

Le « vote de sortie de boîte »

Au bureau d'enregistrement, Marianne, chargée de recenser les votants, en est à

Vauban : bureau de vote de la rue de Toul

L’Europe a-t-elle été, selon vous, présente au cours de la campagne ?
Oui, malgré une campagne électorale un peu étrange, où l’on s’est attaché à éviter les débats de fond. Malheureusement, l’Europe a surtout été traitée de façon caricaturale. Aucun candidat ne l’a évoquée de façon positive. Les hommes politiques de France et de l’étranger ont pris l’habitude un peu funeste de rendre Bruxelles responsable de tout ce qui va mal et de s’attribuer ce qui va bien. L’Europe n’est pourtant rien d’autre qu’un agrégat de politiques nationales, absolument pas un corps indépendant.

pro-européen dans ce contexte. Mais crise ou pas, il subsiste en France un courant anti-européen et un courant souverainiste qui font que l’adhésion à l’idée européenne ne sera jamais totale. C’est l’Histoire qui veut ça.

Il ne le dit pas, mais au fond, la star du bureau de vote, c’est lui. Eric Portejoie, assesseur, ne se revendique d’aucun parti. Mais ne manque pas de préciser que « Nicolas Sarkozy est un ami proche. J’ai été en fac avec lui, car moi aussi, je suis juriste de formation. » Mais l’homme est visiblement plus secret sur certaines parties de son passé. Une rapide recherche sur Internet montre qu’il est un ancien candidat du Front national aux élections cantonales de 2004. M.B.

Ce désintéressement des politiques et des citoyens est-il irréversible ?

Pourquoi ce rejet de l’Europe ?

L’UE est actuellement en crise, pas de mystère là-dessus. Alors elle apparaît comme un repoussoir, un bouc émissaire parfait. C’est difficile de s’afficher comme un vrai

L’histoire de la construction européenne n’a pas commencé en 2008, on a longtemps vu l’UE comme un formidable accélérateur de croissance. Mais c’est vrai que les deux principaux partis, UMP et PS, sont divisés sur cette question. Et l’UE a cessé d’être porteuse pour les politiques : parler d’Europe est accueilli négativement dans l’opinion. Reste que Bayrou, Hollande ou même Sarkozy ont encore, sans doute, une vision positive de l’UE, même si la tendance actuelle est de ne pas trop en parler.

Roubaix : bureau de vote de l’Hôtel de Ville

Une petite fille de trois ans accompagne son père. Toute fière, c’est elle qui dépose le bulletin dans l’urne. À la sortie, interrogée sur l’orientation de son vote, elle répond : « J’ai voté pour Papa ! » L.B.

La Pression

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Lundi 23 mars 2012

uit heures précises, Julien tend le registre au premier électeur du bureau 622 à Lille. 1 073 autres inscrits sont attendus entre les quilles et le landau de la salle de garderie de l’école Mozart. Solennel et mal assuré, ce citoyen au visage juvénile va assurer le bon déroulement du scrutin pendant toute la journée. Pour intégrer l’équipe du bureau de vote, il suffit d’être majeur. Alors lorsque le jeune militant UMP s’est vu proposer le poste de vice-président par son parti, il a accepté immédiatement. « C’est une bonne opportunité, et puis il n’y a pas d’âge pour s’intéresser à la politique », explique-t-il. S’il vote pour la première fois, Julien, aujourd’hui étudiant en première année de droit, est attiré par la politique depuis longtemps. En 2007, il avait « suivi tous les débats » du haut de ses 14 ans.

Par Fanny André

ment politique. Un soir de septembre 2011, Julien Léaute croise des militants UMP dans son quartier et même si ce grand garçon aux yeux clairs « vient d’une famille de gauche », le courant passe avec les sarkozystes lillois. De tractages en collages, l’étudiant apprécie son nouveau défi de militant, car « le challenge est plus important » sur ces terres acquises à la gauche. Il est rapidement intégré au groupe des jeunes UMP de Lille. Au sein du parti, il rencontre Hervé-Marie Morelle, candidat aux législatives dans la première circonscription de Lille. À 27 ans, ce dernier est aussi conseiller de quartier et président d’un bureau de vote. Il a donc proposé à Julien, fidèle et enjoué, de le seconder. « J’ai été très actif pendant la campagne, alors c’était une

Julien Léaute et Hervé-Marie Morelle ont présidé le bureau n°622 à Lille.

Hervé-Marie Morelle, l’aîné

Depuis il s’est « fondé une opinion » en discutant avec des personnes d’horizons variés. Fils de militaire, il a « beaucoup déménagé ». L’Alsace, la Guadeloupe puis Tahiti, pour finalement arriver à Lille en classe de terminale, où a débuté son engage-

C’EST UNE FORME DE RÉCOMPENSE.
façon de me récompenser », commente le jeune vice-président, plein d’admiration pour son aîné. Dans le bureau de vote, les jeunes

Triple action citoyenne

militants sont accompagnés de deux assesseurs du parti socialiste et de trois employés municipaux. Tous s’attachent à respecter la consigne qui interdit de parler politique dans le bureau de vote.

Un vote, un biscuit

Hervé-Marie chapeaute le travail de l’équipe et lorsqu’il s’absentera pour déjeuner ou aller voter dans un bureau voisin, c’est Julien qui endossera cette responsabilité.

Entre-temps, Julien va aussi voter et il est porteur d’une procuration pour un électeur de son parti. « Aujourd’hui, je triple l’action citoyenne », s’amuse le jeune homme, qui se dit satisfait de ces premières expériences. Avec politesse et élégance dans son costume des grands jours, Julien apprécie le contact avec les électeurs, et si pour l’instant il n’aspire à aucun mandat politique, il n’hésitera pas à renouveler sa participation dans un bureau de vote « si l’occasion se présente ».

L

248 inscrits, 207 votants. À Pradelles comme dans la plupart des petites communes, les électeurs se déplacent en nombre. Peu d’autres activités ce dimanche que l’élection présidentielle. Dans le bureau de vote, bises et salutations avant le bulletin dans l’urne.
Par Fanny André et Fanny Chauvin
e long de la départementale 642, une église, une mairie et une école. Ici les citoyens viennent voter à pied. S’ils viennent en voiture « il n’y a pas de problème pour se garer » explique le maire de la commune, Laurent Waymel en chemise cravate assorties. En fin d’après-midi, la plupart des villageois sont passés dans l’isoloir. Les conseillers municipaux et l’employée de mairie ont composé quatre équipes pour la permanence du bureau de vote. Ils se relaient toutes les trois heures. Mauricette Testud, directrice de l’école depuis 25 ans et secrétaire de mairie, connaît presque tout les habitants. « Au 1er tour on fait connaissance, et au 2e on ne leur demande plus leur carte d’identité » remarque l’enseignante. Même si la plupart des têtes sont connues, Mauricette reconnaît que les nouveaux arrivants dans la commune sont de plus en plus nombreux. Marie-Ange, 76 ans, propriétaire d’une ferme à Pradelles « depuis quatre génération » confirme : « Je discute avec les anciens mais les nouveaux on ne les connaît pas ». À 40 km au nord-ouest de Lille, la population de la commune a augmenté de 95 % depuis 2004. La flambée de l’immobilier à Lille explique l’arrivée de nouvelles familles ici.
©Fanny André

l’école. » Au dépouillement, le nombre de voix est inscrit sur le tableau de l’école réquisionné pour l’occasion. L’institutrice y a écrit en lettres rondes, le nom de chaque candidat. Laurent et Valérie sont venus en famille pour accomplir leur devoir de citoyen. Leur fils de 19 ans, Franck, vote pour la première fois. Il ne connaît pas le choix de ses parents. Son père ne l’a pas influencé : « Franck m’a demandé de lui expliquer l’élection et les candidats. Je lui ai juste donné les professions de foi pour qu’il les lise. » Valérie, la mère de cinq enfants, est heureuse d’habiter la commune « pour rien au monde je repartirais habiter à Lille ».

La bise et les majorettes
Thibault et Elise prennent un biscuit après avoir voté.

Anciens comme nouveaux, les électeurs ont droit à un biscuit après avoir émargé. L’atmosphère est détendue dans les locaux de la mairie, mais « les gens ne viennent pas juste pour se dire bonjour » nuance le maire. « La participation est importante pour nous, c’est la richesse de notre village, les enfants apprennent ça dès

Une élection présidentielle est un temps fort pour la vie de la commune. Mais le club des majorettes et la ducasse (fête foraine) rivalisent de ferveur avec le moment civique assure le maire. Au dépouillement, la salle de la mairie est remplie de curieux. Après une heure, les habitants se séparent et regagnent leurs domiciles. Le maire affirme que les résultats de Pradelles reflètent les chiffres nationaux, « les habitants de Pradelles votent comme les Français ».

« LES HABITANTS DE PRADELLES VOTENT COMME LES FRANÇAIS. »

La Pression

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Lundi 23 avril 2012

© Fanny André

Julien Léaute vient de fêter ses 19 ans. Depuis le temps qu’il s’intéresse à la politique, il est fier de pouvoir enfin voter. Ce 22 avril est d’autant plus spécial pour lui qu’il a été désigné vice-président d’un bureau de vote.

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Premières fois citoyennes
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