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Vous aussi, faites nous parvenir vos opinion s et idées en écrivant à yengre@burkinathinks.com. Le temps de penser : une adresse aux intellectuels burkinabè Opinions - Opinions externes Écrit par Amadou Diallo Lundi, 21 Mars 2011 22:16 Page 1 de 3 « Le temps de penser » : Adresse aux intellectuels burkinabè Mahamadé Savadogo du mouvement des intellectuels (en haut) et Norbert Zongo, journ aliste assassiné La crise financière et sociale mondiale actuelle frappe durement l Afrique malgré les tentatives de minimiser son impact par nos dirigeants politiques et leurs thurifér aires. Mais, comme le disait le sage chinois Lao Tseu : « Quand les gros maigrisse nt les maigres meurent ». Cette crise affecte les Africains et les Burkinabè en particulier. Malheureusement, devant cette situation, très peu de voix, notamment au niveau des intellectuels burkinabè se font entendre pour éclairer le peuple et co ntribuer aux débats d idées nécessaires au progrès de toute société. Comme l a souligné Norbert N. Ouendji du journal Le Messager dans son éditorial du 4 m ai 2006 : « Tout se passe comme si l'Afrique, enfoncée dans le présent et étranglée par le s impératifs de la survie, n'avait plus guère le temps de penser. Pis, on dirait que ses intellectuels artistes, chercheurs, universitaires, romanciers, hommes et f emmes de culture n'ont rien à se dire, encore moins à dire au monde. Du reste, comme nt nier le fait que les intellectuels africains éprouvent d'énormes difficultés à dialog uer entre eux ? Très souvent, la liberté intellectuelle faisant défaut et, les structu res et institutions destinées à accueillir la pensée n'existant presque pas, ils ont p lus de chances de s'exprimer à l'étranger que dans leurs propres pays. Pourtant, la nécessité d'une pensée neuve et critique sur les transformations en cours sur le conti nent n'a jamais été aussi impérieuse qu'en ces temps de crise et de blocage. Celle-ci, heureusement, est déjà en cours, fragile il est vrai, mais pleine de promesses égalem ent. Souvent, elle surgit de lieux souterrains, et est le fait d'acteurs sociaux inattendus. Force est cependant de reconnaître qu'elle est encore le fait d'indiv idualités trop isolées pour "faire masse" ».

Il est donc impérieux que les intellectuels, créateurs, romanciers, artistes, travai lleurs de l'esprit et producteurs de culture, s implique dans cet exercice de prod uction de sens pour apporter, sans prétention aucune, leur contribution au progrès d e notre pays. Par leur capacité d'analyse et leurs idées, ils peuvent apporter une c ontribution significative au progrès, à l évolution des idées et à l'épanouissement intellect el des jeunes. Les intellectuels burkinabè doivent renouveler leur regard sur la vie et la façon do nt le monde est géré

Dans l histoire de l humanité, on peut constater que ceux qui développent et cultivent la réflexion, la liberté de penser et de s exprimer l emportent, à la longue, sur ceux qui l étouffent ou la négligent comme c est souvent le cas en Afrique. C est cette faculté de p enser et de concevoir qui fournit une base ferme à notre autonomie et à l égalité avec les autres. C est donc grâce à elle que l homme s élève et se donne d autres alternatives possib , qu il les compare, les confronte afin de comprendre et maîtriser leurs réalisations ; qu il accroît son savoir et partant son pouvoir de prévoir et d agir sur les choses ; d élaborer des projets en limitant considérablement ses tâtonnements et ses risques d erre urs. En définitive, l acquisition du savoir et de la connaissance doit amener l homme à augme

ne sembl ent pas être à même d affirmer la présence effective de l'Afrique à la Bourse Mondiale des I dées et des Valeurs. (Fabien Eboussi Boulaga . Il s agira pour les intellectuels burkinabè de débusquer ces question s et de travailler à leur émergence en tant que questions critiques pour l'avenir ? Mais quelles sont ces questions et interrogations ? Il convient d abord de souligner ici que les préoccupations et les interrogations de s intellectuels burkinabè rejoignent fondamentalement celles de leurs homologues d e l ensemble du continent avec. On a l impression que les intellectuels. Ils s'étaient faits les chantres d'un nationalisme culturel qui avait certes. le philosophe et théologien camerounais. l écrivain Chinu a Achebe. trop peu d'idées et de valeurs culturelles. aujourd hui. entre autres. En effet . Un discours capable de sorti r des théories déjà élaborées ailleurs. il fallait oser un autre discours sur l'Afrique. Par la suite. au point d'en faire un slogan. Cela se conjugue souvent. qui avaient compris. à partir de notre pays et de notre continent. Cela est aussi valable pour les Etats et les peuples car le niveau de développement de la pensée e t le degré de savoir atteint par un peuple ou dans un pays culmine avec l affirmatio n de la puissance de ce peuple ou de ce pays. en vue de comprendre notre situation à partir de l'A frique elle-même et de ses propres pratiques discursives. d'autant plus. Ainsi. le t raditionnaliste. mais qui s'était traduit par un effort d'originalité culturelle et de créativité. les élites i tellectuelles d'Afrique ont pris l'habitude de poser régulièrement la question de la pertinence de leurs théories et de leurs pratiques sociales en regard des conditi ons politiques. le. l Historien Joseph Ki Zerbo. don t les résultats peuvent. On peut citer. à la suite de leurs aînés précurseurs de la période coloniale. mais qui doivent pourtant être posées si de profondes transformations doi vent avoir lieu. Elles avaient compris que notre insertion dans l'espace discursif de l'Occident avait créé une situation de fait où notre pensée et notre réflexion se trouvaient engluées d ans l'ordre occidental du monde . il est vrai. il se produit et se diffuse. C est pourquoi on peut avancer avec certitude qu un des handicaps majeurs du Burkina Faso et même du continent africain se situe au niveau de l'insuffisante créativité intellectuelle de ses fils. depuis les années 1960. . le Sage Amadou Hampâté Ba. pour assumer en toute responsabilité sa destinée historique et produire un discours délesté du mimétisme par rapport aux prétendus maîtres du monde. pu paraître suspect à certains intellectuel s. Au fon d. une deuxième génération d intellectuels africains. peut être considéré comme un de ses dignes re présentants) avait donné un éclairage très intéressant sur cette exigence de rupture au débu t des années 1980. des monuments comme l Osageyfo. principalement commis à cette tâche. à longueur de discours. économiques technologiques et scientifiques catastrophiques de not re continent.nter son emprise sur le réel et améliorer sa condition dans le monde. en son temps. correspond une série de secousses et de conflits plus ou moins percep tibles qui parcourent le champ social et culturel. On peut d'ailleurs constater à ce propos une nette régression par rapport à la génération des pionniers de l'indépendance. Aujourd hui. susciter notre fierté qu'ils sont universell ement reconnus comme une contribution de qualité à l'enrichissement du patrimoine in tellectuel mondial. ave c un ensemble de questions décisives que l'on ne parvient pas encore à formuler dist inctement. de pratiques et de schèmes de problématisation du réel qui déterminaient notre regard sur nous-mêmes. Pourtant. la nécessité claironnée. le Docteur Francis Ko ffi Kwame N krumah. le Mwalimu Julius Nyéréré. il est un fait qu à chaque période de l'histoir e d'une société. le Professeur Cheikh Anta Diop. on a l impression d assister à une rupture de la réflexion che z nos élites intellectuelles. de « pen ser par soi-même et pour soi-même ». dans un carcan de concepts. Elle a clairement montré comment l'Afrique est appelée à repenser le cataclysme de sa défaite par rapport à l'Occident en se décomplexant de l'intérieur. des spécificités inévitables. etc. en profondeur.

Elle proposait que les africains développent une philosophie ancrée sur la volonté de maîtrise du réel sur la base des défis et des nécessités actuels qui sont les leurs. avec les travaux de l historien et politologue camerounais Achille Mbembé qui peut être considéré comme un authentique représentant de la nouvelle génération de penseurs africains. elle provoque une mutat ion des identités nationales mais. « Sans identité . à son 19e congrès tenu en décembre 1966. Un ustensile ».nous sommes un objet de l'histoire. Pour lui. Samir Amin a proposé une « déconnexion » avec le système mondial qui étrangle l'Afriq ue. le professeur Joseph Ki-Zerb o a constamment plaidé pour l'intégration des cultures africaines au développement tec hnologique. afin de redevenir acteu r du monde. Elargissant le champ de la recherche et de la réflexion. un instrument utilisé par les autres. pour mieux les assimiler et se les approprier afin de s arracher définitivemen t de la condition d une « élite culturellement destructurée ». au li eu de prétende faire comme les « autres » et d'imiter constamment leurs discours. elle qui a abrité les premiers hommes. sommes-nous embarqués dans un monde d échanges et de rencontres de s cultures. à laquelle elle ne saurait être rédui te. les intellectuels africains peuvent comprendre aujourd'hui que la ru pture dont il s'agit ne doit s'opérer ni de manière traumatique ni de manière polémique. Joseph Ki-Zerbo Se situant dans la même logique. Cel a veut dire également qu'il est stérile de toujours accuser le monde occidental d'être la cause de nos catastrophes au lieu de prendre à bras le corps les problèmes de no tre destin aujourd'hui. de leurs langues et de leurs cult ures. elle entraîne un enrichissement réciproque d es cultures à l échelle de la planète. Enfin. puis la première civilisation de l'humanité. C est aussi dans cette perspective que se situait la Fédération des étudiants d Afrique noire en France (FEANF) qui. en vue d'une invention de nouvelles perspectives de production et de distrib ution des richesses. la civilisation égyptienne. Dans le champ de l'économie poli tique. Actuellement. le professeur Joseph Ki-Zerbo a constamment plaidé pour faire de la culture africaine le socle du développement scientifique et techn ologique. Cela signifie qu'il ne sert à rien que nous demeurions esclaves des traumatismes que nos sociétés ont subis dans nos relations avec l'Occident depuis cinq siècles. le champ de la réflexion des intellectuels africains a pour enjeu la mondialisation avec ses conséquences funestes et dramatiques sur l Afrique dans sa forme actuelle. de plus en plus. aussi. non seulement. C est à ce niveau que doivent se déterminer et se positionner les intellectuels burkin abè soucieux de contribuer et de participer à une renaissance de la pensée et de l actio n dans notre pays afin de se hisser au diapason de la marche de l histoire et du m onde tout en oeuvrant à favoriser une prise de conscience citoyenne au Burkina Fas o. Se situant dans la même logique. Ce phénomène est donc à la base du foisonnement de toute une production théorique qui est celle d'une Afrique. de « blanc-noir » que l école ation coloniales avaient pour mission de façonner chez les africains. au-delà de la sphère économique. concernée par son destin mondial et confrontée aux nécessités d'une réflexion de fond sur les conditions de son épanouissement. Mais. .dit-il . En effet. l'égyptologie africaine con temporaine issue des travaux de Cheikh Anta Diop a indiqué la direction de la libéra tion du discours et des propositions des intellectuels africains : la redécouverte des sources pharaoniques des humanités africaines. Ainsi. Ce monde nous influence inéluctablement de nombreuses manières. la mondialisation se présente aussi comme un véritable catalyseur de transformat ion pour les cultures du monde. bon gré mal gré. interpellait les étudian ts et les intellectuels progressistes africains à l intégration aux masses populaires afin de s imprégner davantage de leurs traditions. l'Afrique doit reconquérir son identité.

les civilisations aussi s'éva nouissent lentement si on ne leur insuffle pas assez d'énergie. Au Burkina.Opinions externes Écrit par Amadou Diallo Lundi. Parmi ceux-ci deux s imposent. sinon même de la plupart des familles. Beaucoup de jeunes grandissent dans des familles qui ne les préparent pas à assumer les deux principales responsabilités de la vie. Aujourd hui dans notre société les relations au sein de beaucoup de familles. à savoir établir une vraie relation de couple avec le conjoint pour former une famille stable. On peut réaliser avec ame rtume que notre civilisation a perdu beaucoup de terrain et continue d en perdre depuis un bon bout de temps. Leur itinéraire ne leur appart ient pas et leur destin se construit en marge d'eux-mêmes. Les intellectuels burkinabè doivent travailler intensément à rehausser leur statut et leur fonction dans la société . Or. En effet.On a l impression. entre autres. Ils paraissent étrangers à leur propre conscience. Si nous parvenons à améliorer le fonctionnement de nos familles et le contenu du sys tème éducatif. en effet. 21 Mars 2011 22:16 Page 2 de 3 Ce questionnement interpelle les intellectuels burkinabè sur de nombreux axes de réf lexion. il se dégage un sentiment désagréable que nou s ignorons et ne nous préoccupons pas assez de notre sort et de notre destin. à savoir un amour inconditionnel et la confianc e en eux-mêmes. les vertus de l'amour et du respect de l'aut re. nous sommes confrontés aux interrogations fondamentales suivantes : C omment changer les représentations que nous avons de nous-mêmes et des autres ? Quel s citoyens burkinabè voulons-nous produire pour devenir enfin les sujets de notre propre histoire. nous cesserons de vivre sans perspective précise et dans quelques décenni es on se rendra compte avec joie que nos sociétés ont su se régénérer et organiser leur sy stème de maintenance. Sa principale fonction est toujours de fabriquer des fonctionnaires semi-illettrés au xquels on délivre des parchemins purement décoratifs comme les médailles du Vieux Nègre Meka dans le roman de Ferdinand Oyono pour en faire des auxiliaires de la post-c olonie avec comme conséquence le déclenchement progressif d un processus de destructio n. les deux principales questions critiques sur lesquelles nous devons réfléchi r. n'aident pas à préparer les enfants à se valoriser. il n'a pratiquement pas changé depuis l'époque coloniale. d aliénation et d acculturation. Cela est d autant plus accentué que les techniciens co mmis à l élaboration de nos programmes scolaires et universitaires se contentent souve nt de recopier béatement les concepts qu'ils ont mal digérés lorsqu'ils préparaient leur s thèses dans les universités occidentales. même au sommet de la hiérarchie sociale. certains parents ne savent pas offrir à leurs enfants les choses les plus importantes pour leur développement. ou à saisir les opportunités que la vie leur offrira. tout comme les montagnes qui finissent par s'écrouler. Ainsi. En témoignent les frasques et les comportements délétères des rejetons de nombreux dig nitaires et dirigeants de notre pays. que beaucoup de nos compatriotes existent sans le sav oir. Il s agit des questions concernant la famille et le système éducatif. Aujourd hui. cette question est récurrente . notamment françaises.Page 2 Opinions . et non simplement l'objet de nos fantasmes et de ceux des autre s ? Quel dessein avons-nous pour notre société ? Quel doit être le mode d'emploi de no tre vie ? Le temps de penser : une adresse aux intellectuels burkinabè . et élever des enfants en leur inculquant l'éthique du travail. à as sumer les défis de la citoyenneté. En définitive. la famille et le système éducatif constituent. Quant au système éducatif.

les « docteurs es machin ». En effet. ce qu un intellectuel au Burkina Faso et à quoi le reconnaît-on ? Les griots annaliste s ou les artistes illettrés ou lettrés qui font du reggae ou du Rap dans les faubour gs de Ouagadougou dans l'espoir de changer la société burkinabè peuvent-ils être considérés comme des intellectuels ? Les diplômés au chômage dont le nombre augmente chaque jour dans les rues de nos principales villes sont-ils des intellectuels ? Les « grands professeurs ». des religie ux et coutumiers. des philosophes. des juristes. par la suite. qui hébergeaient la réflexion critique. comment s'exprime-t-il et quels critères et cadr es d'analyse doit-il utiliser pour cerner. à l image des écrivains. un intellectuel est quelqu'un qui ambitionne de repousser les frontièr es des connaissances dans le but de donner plus d'épaisseur à nos vies. on peut classer comme intellectuels to ut ceux qui. Généralement. les mouvements d'étudiants comme la Feanf et l Aevf ainsi que les partis politiques indépendantistes comme le RDA et le PRA à un moment donné. le MLN et le PAI. ceux-ci ne se sont pas contentés de formuler des théories. il met la réalité en con cepts. aujourd'hui encore. ce sont surtout les syndicats. ou de nous pousser à prendre nos responsabilités.Il y a un véritable problème quant à la définition du statut et de la fonction de l'inte llectuel dans une société affamée où l analphabétisme est si élevé comme la nôtre. de l esprit ou qui a un goût prononcé pour les activités de l esprit. etc. on définit l intellectuel comme une personne dont la profession ou l activité est en relation étroite avec les choses de l intelligence. Au regard de cette large définition. des scientifiques. . Comment les intellectuels burkinabè peuvent-ils faire partager et assumer leurs qu estionnements et critiques par les citoyens ? L expérience historique de notre pays et sous d autres cieux a montré que les lieux où s'e xprime une critique intellectuelle novatrice ou transformatrice ne sont pas stat iques. ont po ur rôle de concevoir et mettre au point des théories. prescrivent l'obscurantisme sur nos chaînes de télévisi on nationales et dans nos médias sont-ils des intellectuels ? Smokey. Travaillant sur des idées. Mais. Pendant l'époque co loniale. au Burkina Faso. des artistes. posent les p roblèmes de la société et tentent d y apporter des solutions tout en se donnant le rôle d écl ireur et de gardien de l éthique. Finalement. On reconnaît enfin les intellectuels par leur intégrité et leur sens de dévouement pour le triomphe de la justice et la suppression des inég alités dans leurs sociétés. on peut se demander si. artiste rap burkinabè aux propos très militants Si l'intellectuel burkinabè existe. les « avocats et juristes » plus ou moins « aux o rdres » qui. Ils ont évolué au rythme de notre histoire socio-politique. des griots annalistes. évaluer et juger son engagement ? Qui s ont-ils ces intellectuels pour avoir le droit de juger de l'engagement social d' autrui ? Qui sont-ils pour énoncer des hypothèses de bonheur social et prescrire une manière unique d'être burkinabè et une seule façon de voir ? L'intellectuel burkinabè a-t -il un devoir de participation à la gestion des affaires publiques ? A-t-il un dev oir d'influence sur la direction que doit prendre le mouvement social ? Le cadre burkinabè est-il forcément plus « éclairé » que les populations au nom desquelles il parle ? Dispose-t-il de la légitimité et de la confiance nécessaires pour légiférer au nom de la nation toute entière? Ce sont là des questionnements auxquels il convient de répondre . Il confronte les orthodoxies et les dogmes au lieu de les produire et de les gérer.. Ainsi. Il garde l'esprit ouvert et pose les questions les plus embarrassantes à la société et à lui-même. ils sont apparus aussi comme ceux qui décèlent. dans l espace et le temps. de réfléchi sur les phénomènes sociaux et de les éclairer. d émettre de grandes idées. De par leurs aptitudes. cette catégorie de citoyens joue suffisamment son rôle qui devrait consister à passer au crible les problèmes qui assaillent nos populations dans leur grande majorité et à proposer des projets prometteurs et pouvant conduire le pays v ers son émancipation.

ils reproduisent simplement les cadre s mentaux et les schémas d'action en vogue en Occident. comme des âmes damnées. fait. et pactiser un peu mieux avec des vecteurs de communication po pulaires comme la presse écrite. du reste. D'autres ont continué de publier auprès de maisons d'édition comme Présence Africaine et Maspero. dans les blogs de l'Internet et dans quelques revues académiques ou de la société civile au tirage malheureusement quasi confidentiel. et donc comme u ne forme d'agitation exotique et destinée à l'autocélébration. L'on crée. Certains se sont alors réfugiés dans l enseignement où ils pouvaient distiller une parcelle de leurs idéaux ou encore par le biais de « feuilles foudre ». Ils se sont même endormis brutalement. nos élites intellectuelles restent. Résultat : notre réflexion se dét ache rarement des contingences de la colère historique et du besoin de séduction. Sinon. elle contin uera d'apparaître comme la triste rengaine d'intellectuels aigris.Page 3 Opinions . Critique intellectuelle et action pratique Cette tension et ce questionnement existent dans toutes les sociétés. des Ong dont l'objet. Repus de leur gloire solitaire et dér isoire. e t parfois même des groupes organisés et de nouveaux partis avant-gardistes ont vu le jour sans toutefois satisfaire les espoirs soulevés de manière durable. par exemple. la musique ou le théâtre. Il y a égalemen t quelques voix rauques et discordantes sur les campus universitaires ou à travers des publications dans des maisons d'édition dont les ouvrages sont malheureusemen t hors de prix. Cela permet de se donner bonne conscience mais pas d'énoncer de manière profonde des solutions efficaces à nos problèmes. prisonnières d'une dichotomie stérile : soit elles concentrent leurs efforts à hurle r leur dépit à ceux qui nous ont longtemps opprimés. 21 Mars 2011 22:16 Page 3 de 3 Enfin. En refusant le préalable d'une pensée endogène qui exprimerait les s pécificités de nos terroirs et de nos peuples. Mais. très souvent . L'audience et l'impact de cette critique sont donc limités. Aujourd'hui. juste pour se distraire.Opinions externes Écrit par Amadou Diallo Lundi. notamment en Occident d où provient. Quant à ceux qui veulent faire de l'action directe.Il y a eu ensuite l'euphorie des années soixante qui a vu beaucoup d'intellectuel s burkinabè et africains francophones se laisser griser par les « indépendances ». vers la fin des années 1960 et surtout pendant la décennie 1970 ils se sont brutalement réveil lés dans la douleur. soit elles ambitionnent de séduire et impressionner leurs anciens professeurs et maîtres. les intellectuels burkinabè évoluent trop souvent en solo. s'infiltrer dans les programmes scolaires e t universitaires. Enfermés dans leurs minuscules tours d'ivoire. Le problème se p ose avec plus d'acuité chez nous d'abord parce que la production intellectuelle ta rde à se libérer de l'héritage intellectuel encombrant de la décolonisation. le cinéma. ils cèdent parfois à la superficia lité et au mimétisme. Des cercles de réflexion. les statuts et les modes de fonctionnement sont calqués sur ce q ue l'on a vu ailleurs. ils communiquent rarement entre eux. l essentiel de l eurs financements. la critique intellectuelle la plus pointue est enfouie dans les jou rnaux quotidiens. Ils . Le temps de penser : une adresse aux intellectuels burkinabè . Pour être percutante. le véritable problème est de savoir si la critique intellectuelle et l action pr atique sont compatibles. ou encore dans des revues académiques à l extérieur. comme sous une cure d'opium. Cette situation inconfort able des intellectuels leur vaut d être taxés d idéalistes et coupés de la réalité pratique. Ils jouent chacu n leur partition et apparaissent comme des farfelus si ce n est des fous qu'on écout e par inadvertance. ils se contentent de pérorer chacun dans son coin. elle devrait investir les lieux de grande écoute comme les nou velles chaînes de radios et de télévision. Rechignant à faire l'inventaire du nationalisme.

on ne p eut pas en déduire que les intellectuels burkinabè ou africains ne peuvent pas s adon ner. Des intellectuels débarrassés du complexe d aliénation occidental et puisant leurs m odèles dans la conscience et le patrimoine historiques et culturels profonds de le urs pays. Mais. En effet. Thomas Sankara. Certains ont personnalisé la lutte nationaliste et anticolonialiste sur le contine nt tout en participant à la gestion politique de leurs pays respectifs sans pour a utant atteindre le but qu ils s étaient fixés au départ. C'était le cas de Cheikh Anta Diop. il nous faut des intellectuels dotés d une vis ion endogène.sont donc incapables de susciter le mouvement d'idées qui seul permettrait d'encl encher le type d'interrogations et de secousses sociales dont nous avons besoin. il ne se présen tait même pas aux élections. d'échanges et d'action. à l exercice de la politique pour le bonheur d e leurs peuples. comme au temps colonial. et c. pour être utiles. C es l objet même de ce texte qui ambitionne d interpeller tous les intellectuels burkinabè intègres et patriotes pour qu ensemble dans ces moments de blocage social et de manq ue de perspectives crédibles et mobilisateurs de la part de nos dirigeants. En s éloignant ainsi de leur véritable rôle social et politique. En définitive. amplement. certains grands producteurs d'idées sont parvenus historiquement à initier l e mouvement. Comme l a précisé le professeur Ki-Zerbo. Des intellectuels qui sont aptes à exprimer la pensée de leurs peuples et à les consei ller. le d anger qui guette l intellectuel quand il entre en politique. il est grand temps que beaucoup plus d intellectuels afri cains et particulièrement burkinabè se détachent. les résultats n ont pas toujours été à la hauteur des espérances. un peu. les africains et particulièrement les inte llectuels africains doivent répondre à ces deux questions essentielles : « qui sommesnous ? » et « où allons-nous ?» préalables nécessaires pour se départir des logiques mimétiqu afin de favoriser un « développement endogène » et une « renaissance du continent ». Julius Nyeréré. de grands intellectuels africains comme Kwamé Nkrumah. entrés en politique.. A la fin. D autres se sont pratiquement égarés politique. et institutionnal iser des moments de rencontres sous la forme de symposiums ou de forums annuels où l'on discuterait des thèmes d'intérêt général. Joaquim Chissano. Mais. Bien sûr. . Abdoulaye Wade. Ils pourraient s'organiser de façon plus rigoureuse. le risque de dérapage est très élevé car la nature et la qualité du rôle social et politique des intellectuels africains. après des périodes plus ou moins longues de militantisme. Sinon. créer des associations un peu plus dynamiques. Cela montre bien que. nos intellectuels pourraient au moins établir des résea ux puissants de réflexion. des milieux officiels pour s e consacrer davantage à l exploration d autres domaines de l univers social et culturel de leurs pays. Il convient donc de s interroger ici sur la question du r apport de l intellectuel à la politique. ils se regroupent pour servir de vecteur ou de tabernacle d idées novatrices afin d entraîner le sursaut nécessaire pour sortir de la fermeture sociale où nous nous acheminons ac tuellement. réfléchie et pensée des réalités socio-économiques et culturelles de leurs mili ux. avec force. même si sa façon d être et de vivre reste caractérisée par une grande intégrité intellectuelle et par un refus total de la compromission. ont accédé au pouvoir d Etat en cristallisant autour d eux les espoirs que leurs peuples av aient placés en eux. des intellectuels qui sont capables d émettre une parole et d exprimer des préoccu pations qui dépassent leurs seules individualités pour atteindre l universel. dépen d. Certes. de la nature de leurs relations avec l élite dirigeante. beaucoup d intellectuels chez nous ne contribuent pas pleinement à l émancipation de leur pays. c est sa difficile reco nversion au pouvoir d Etat en tant que praticien. Tirant leçon de cette réalité. Alpha Omar Konaré. de façon positive et constructive. qui avait même créé un parti politique non pas p our devenir Président du Sénégal mais pour promouvoir des idées. pour ce faire. à concilier une critique intellectuelle sophistiquée et l'action pratiq ue. des grands chantiers de notre devenir. Amilc ar Cabral.

Certains rejoignent même les gouvernements qu'ils n'o nt cessé de critiquer. les r udiments de ce que l'école coloniale et post-coloniale leur a appris. et se concentre r sur la société africaine uniquement ? souvent parlé Jean-Marc Ela. et qu on ne saurait nullement se limiter à des discours sur le fonctionnement du politique. Cette image colle très bien à la réalité chez nous ici au Burkina faso. C est la voie à suivre pour vaincre le complexe d intellectuel qui les habite afin de s assumer pleinement. Chacun de nous est. Le public n'est évidemment pas dupe de ces caméléons qui font de la transhumance politique. en fin de compte. Même lorsqu'ils croient s'être émancipés. à plusieurs égards. En guise de conclusion On peut dire que l'une des grandes insuffisances des intellectuels africains et particulièrement burkinabè pendant ce dernier quart de siècle est d'avoir privilégié une c ertaine critique politique des réalités vécues exclusivement centrée sur le pouvoir poli tique. fa ut-il contourner ou oublier les pouvoirs autoritaires africains. Ils passent leur temps à proc lamer qu'ils ont étudié à l'étranger et que de ce fait. ils nous proposent des représentations de nous-mêmes qui ne nous aident pas à conceptualiser efficacement nos problèmes. ce déficit d'existence qui les pousse c onstamment à exiger que le peuple les prenne au sérieux. Beaucoup ceux qui réclament bruyamment l'étiquette d' « intellectuels » le font surtout pour accéd er à des positions de pouvoir. n que nous portons sur nous-mêmes déterminent la manière dont on conçoit l qu'il croit être ou ce que les aut . Cependant . ils demeurent sans le savoir prisonniers de s fantasmes des autres. et en deviennent les serviteurs les plus zélés. du m aître. même s il est évident que le vrai changement est celui de l'homme lui-même. L on s aperçoit alors que l'oppression a vraiment laissé de larges cicatrices dans l'âme de beaucoup d'intellectuels chez nou s. Ils ne se valorisent que dans le regard de l'autre. les représentations de soi a réalité. Ils ont tellement intégré l'humiliation qu'ils abdiquent leur humanité. ce res l'ont convaincu d'être. de façon mimétique. parfois même sans en être pleinement conscients.Les intellectuels burkinabè doivent vaincre leur complexe et leur égoïsme pour sortir de l instrumentalisation dont ils sont l objet Jean Ziegler disait que l Afrique ressemble à un mendiant assis sur un sac d or. Les intellectuels peuvent-ils fusionner avec le peuple? Cet anti-intellectualisme s'explique d'abord par le fait que les burkinabè ont te ndance à confondre « intellectuels » et « diplômés » ce qui n'est pas la même chose. Ce s traits communs à beaucoup d intellectuels de chez nous conduisent inévitablement à une réaction anti-intellectuelle chez les masses populaires. la société leur doit reconnaissance et rémunération. Nos intellectuels dev raient s efforcer de faire prendre conscience de cette réalité au peuple. Ce faisant. au lieu de travailler à se rendre util e à la société. beaucoup de cadres intellectuels chez nous n'ont j amais pu vaincre ce complexe de l'inutilité. Une autre explication de la méfiance qui existe à l'égard de ceux que l'on appelle souvent abus ivement les « intellectuels » est le fait qu'ils reproduisent. mais aussi les autres domaines de la vie des hommes. arrogants et imbus de leur personnalité. Certains. En effet. se caractérisent par des comportements excentriques et trainent des pratiques sociales détestables. Ils n'existent qu'à l'échelle du mépris dont ils sont l'objet. Si nous voulons sortir de la crise du regard dont a ous devons engager un débat vigoureux sur le regard car. Il est temps pour eux de sortir de leur instrumentalisation et de leur égoïsme qui poussent nomb re d entre eux à la course effrénée pour accumuler. notamment sur les dirigeants et leurs abus tout en négligeant la complexité d u pouvoir en général.

tout comme l affirmation et la reconnaissance de l identité africaine étaie nt au c ur de leur engagement. comme toutes les ident ités collectives. l une des raisons du grand écho rencontré par ces intellectuels réside dans ce combat commun qu ils menaient contre la domination. ni écrire dans les langues occidentales. la génération actuelle ne s inscrit pas tout à fait dans la même démarche. alors qu il est admis aujourd hui que. Outre les circonstances historiques particulières de cette époque. économique ou social se trouvent aussi en dehors des structures institutionnelles. la critique politique est d une absolue nécessité. de l'optimalité de ses fonctions et de sa responsabilité. nous ne pouvons pas faire l'économie d'une discussion du rôle du pouvoir politique . de chercheur ou de porteur de diplôme. du lynchage intellectuel et de la « pros titution » de plusieurs milliers d'autres restés sur le continent. Aujourd hui. En effet. de saisir son propre message et de le reformuler. comme l a souligné Raymond Aron dans « L opium des intellectuels ». L'intellectuel devient la voix de son peuple. C est là que se situe le pl us difficile car il s agira de contribuer à la construction d une société inspirée des valeu rs éthiques auxquelles chacun dit adhérer. les intellectuels ne forment pas un ensemble homogène d autant plus qu il ne s agit pas ici de restreindre le statut de l intellectuel à la fréque ntation d une université et à la production de savoirs. . voire éclatée. dans un monde de plu s en plus mondialisé. Le diplôme ne suffisant pas et l'habit ne faisant pas le moine.Dans nos pays où l'ombre de l'Etat écrase tout. En effet. Nous ne pouvons pas nous taire fa ce à de telles situations simplement par crainte d'être accusés de privilégier la critiq ue politique. qu i la rendent très diverse. En plus. la qualité d int llectuel varie dans le temps et l espace. Notons toutefois qu au Burkina comme ailleurs. ainsi qu'un plus grand engagement. plus spécialement de l'immense major ité des « sans voix ». un statut que comme un engagement social envers la société et la capacité de communiquer avec elle. qui ont mené ou mènent encore des luttes courageuses. ce qui requiert un réveil du nationalisme et du panafricanisme. avec le phénomène de la mondialisation qui rend extrêmement rude les conditions du peuple tout entier e t devant la quasi indifférence des dirigeants politiques préoccupés à assurer leur pérenni té. D où l émergence d une immense solidarité fondée certes sur l idée d une identité africaine c « monolithique » et sacrée. et abandonner les habitudes et les mental ités dans lesquelles tout le monde s'est longtemps endormi. la lutte contre la c olonisation. la production des savoirs s est atomisée et les capacités d analyse critique de l ordre politique. nul ne peut nier la présence sur le territoire national de personnalités importantes. parfois au péril d e leur vie. cette identité africaine s inscrit dans des dynamiques complexes. Le Burkina Faso et l'Afrique ont produit de nombreux intellectuels digne s de ce nom qui n'ont jamais su ni lire. Alors que l engagement politique fut penda nt longtemps au centre de l activité des intellectuels africains. pour faire triompher les causes les plus diverses. si le Burkina et l'Afri que se portent mal. Evidemment. C est pourquoi cette adresse aux intellectuels burkinabè les interpelle au sujet de leur rôle individuel et collectif dans la lutt e de notre peuple pour sa libération totale et sa reconstruction à l'ère de la mondial isation. L'intellectuel n'est pas synonyme d'universitaire. pour les intellectuels de la période d avant les indépendances. Mieux. où le secteur privé est embryonnaire ou alors otage de quelques lobbies ayant pignons sur rue et où la société civile est étouffée . jusque dans les années 1970. l'intellectuel se définit moins comme une fonction. ce n'est pas plus à cause de la fuite de quelques cerveaux ver s d'autres cieux que de la domestication. Il n'a pas droit au silence. Elle vise à les interpeller pour une contribution majeure à la réflexion sur l avenir de notre pays et au-delà de l Afrique noire .

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