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Universidade de Trás-os-Montes e Alto Douro

10 mars 2012

L'Identité Nationale Française

Tânia Daniela Henrique Martins

Langues et Relations d’Affaires

Français Culture III

Année académique : 2011/2012 – 2ème année / 2ème semestre)

L’enseignant: Maria Natália Sousa Pinheiro Amarante

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Épigraphe « J'ai envie de lancer un grand débat sur les valeurs de l'identité nationale, sur ce qu'est “être Français aujourd'hui” « Il faut réaffirmer les valeurs de l'identité nationale et la fierté d'être français » et « Je pense par exemple qu'il serait bon – aux États-Unis c'est banal, en France ça reste parfois compliqué – que tous les jeunes Français aient une fois dans l'année l'occasion de chanter la Marseillaise »

(Nicolas Sarkozy - débat sur le thème de l'identité nationale)

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Sommaire
L'Identité Nationale Française ......................................................................... 1 INTRODUCTION .......................................................................................... 5 I - La remise en cause de l'identité nationale ...................................................... 6 A - Étude du communautarisme ...................................................................... 6 B - Sarkozy et l’Identité Nationale.................................................................. 7 C - Religion et Laïcité ..................................................................................... 8 II - Les possibilités d’intégration ...................................................................... 11 A - Les familles étrangères. .......................................................................... 11 B - Comment devenir et se sentir français ? ................................................. 12 CONCLUSION ............................................................................................. 14 RÉFÉRENCES.............................................................................................. 15 ANNEXES .................................................................................................... 16

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INTRODUCTION

L'expression « identité nationale » date des années 1980 ; on parle aussi de « sentiment national », et on utilise, depuis le XXème siècle, le terme de « conscience nationale ». Il désigne le sentiment, ressenti par une personne, d'appartenir à une nation. L'expression « identité nationale » peut vouloir aussi désigner les « points communs », réels ou supposés, entre des personnes qui se reconnaissent d'une même nation, ces points communs formant un ensemble d'habitus. Comme l'ont affirmés beaucoup d'artistes comme Kamini, dans sa chanson Marly Gaumont, l'intégration en France et l'acquisition d'une identité nationale ne sont pas toujours évidents, les résultats d'assimilation sont contrastés. En effet, la réussite d'intégration des immigrés contrastent avec l'échec d'assimilation de jeunes de certaines banlieues françaises. L'assimilation est le système d'intégration français qui cherche à générer la cohésion sociale, en demandant aux immigrés d'acquérir totalement les normes et les valeurs de la culture française. Cependant la définition conventionnelle de la population immigrée indique qu'un individu continue à appartenir à la population immigrée même s'il devient français par acquisition. Cet enfermement dans une culture et le rejet de la société à l'égard des immigrés ne facilitent guère leur intégration. Néanmoins des mesures sont mises en places pour lutter contre les discriminations. Le sentiment d'identité nationale de la plupart des citoyens d'un même pays, d'une même nation, tend à se renforcer lorsque celle-ci est menacée, militairement (guerre) ou économiquement (crise). Si la menace extérieure se précise, comme en France en 1914, la « nation » est exaltée (et cette exaltation prend alors un sens de moins en moins basé sur des valeurs universelles, et de plus en plus ethniques et territoriales).

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I - La remise en cause de l'identité nationale

A - Étude du communautarisme
Dès son plus jeune âge, un individu se voit inculquer tout un tas de normes et de règles à respecter pour la vie en société, il s'agit de la socialisation. Les lieux de socialisations sont divers cependant, les plus importants sont les familles, les groupes de paires et les amis. L'acquisition du capital scolaire est largement déterminée par le capital hérité, dans la mesure où la rentabilité du message éducatif en fonction des compétences acquises au sein du groupe familiale, et du regard que ce dernier porte sur l’école. Ainsi un enfant, dont les parents ne parlent pas, ou parlent mal le français, ne sera pas accompagné dans son effort de l'apprentissage de la langue française. De plus, les parents auront tendances à fréquenter d'autres familles de nationalités étrangères qui partagent les mêmes normes, valeurs ... qu’eux. L’enfant se verra donc transmettre un capital social différent et propre à sa culture d’origine. Celui-ci va, tout à fait, se sentir étranger, imperméable aux normes et culture française. La famille va avoir tendance à conserver leur culture d'origine ce qui peut entrainer une hausse du communautarisme ; mouvement de pensée qui fait de la communauté une valeur aussi importante, sinon plus que les valeurs universelles de liberté et d’égalité. Les défenseurs du communautarisme se reposent sur les des principes de base :  Attachement de son histoire et de sa culture ;  La communauté plus en avant que les valeurs de l'état lui-même ;  Impossibilité pour une communauté d'être neutre ou laïc, on doit se baser sur des traditions et valeurs construites sur un passé réalisé commun.

Cette conception d'une communauté restreinte aux valeurs communes devient un obstacle pour la laïcité de la république.

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Selon un sondage effectué sur un « échantillon national représentatif de 1006 personnes », publié le 2 novembre 2009 dans Le Parisien et Aujourd'hui en France sur les Français et le thème de l'identité nationale, à la question « Quels sont les éléments importants qui constituent l'identité de la France ? », dans la catégorie très important, les sondés placent en tête la langue française (80 %) devant la République (64 %), le drapeau tricolore (63 %), la laïcité (61 %), les services

publics (60%) et La Marseillaise (50 %).

B - Sarkozy et l’Identité Nationale
«On croyait cette formule concept abandonnée. Nicolas Sarkozy l'a réhabilitée. L'identité nationale, "ce n'est pas un gros mot", a affirmé sous les vivats le président candidat, (...) Comment expliquer une telle volte-face ? Par une raison simple : distancé dans les sondages par François Hollande et peinant à donner un second souffle à sa campagne, le candidat UMP tente de renouer avec sa stratégie du clivage de 2007, qui lui avait tant réussi. samedi 3 mars, lors d'un meeting à Bordeaux.

PAS "UN GROS MOT"

Il y a cinq ans, dans la dernière ligne droite de sa campagne, Nicolas Sarkozy avait promis la création d'un ministère de l'immigration et de l'identité nationale pour tenter de séduire l'électorat populaire tenté par le Front national. Le candidat UMP entendait alors revaloriser la nation et l'identité française. Petit détail cocasse : en 2007, M. Sarkozy (...) Une fois élu, M. Sarkozy avait créé ce ministère, le 18 mai 2007, dans le premier gouvernement Fillon, sous l'intitulé complet de "ministère de l'immigration, de l'intégration, de l'identité nationale et du développement solidaire". Il avait été confié à BriceHortefeux. avait déjà déclaré que ce sujet n'était pas "un gros mot".

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Puis, sur demande de Nicolas Sarkozy, Eric Besson, successeur de M. Hortefeux, avait lancé, fin 2009, un débat sur l'identité nationale. Ce débat avait été abandonné en février 2010, après trois mois de polémiques sur l'islam et des dérapages xénophobes. Malgré de multiples tentatives pour sauver son idée de débat, Nicolas Sarkozy, pressé par une partie (...) "Je me suis aperçu que ce fut une erreur de séparer [l'intérieur et l'immigration] puisque, en vérité, s'agissant de la lutte contre l'immigration illégale, le ministre en charge, c'est celui de l'intérieur. Donc, si vous mettez l'immigration dans un autre ministère, le ministre en charge de la lutte contre l'immigration illégale se retrouve dépourvu de toute possibilité d'action." de ses propres soutiens, avait finalement renoncé.

Signe que la question reste toujours sensible chez les sarkozystes : le conseiller spécial de Nicolas Sarkozy, Henri Guaino, s'est emporté en direct à la télévision, le 25 février, quand un élu socialiste lui a reparlé du débat sur l'identité nationale en le qualifiant de débat "indigne"» Alexandre Lemarié (Transcrit de : LEMONDE.FR | 05.03.12 | 19h02 ; Mis à jour le 05.03.12 | 20h43)

C - Religion et Laïcité
La République Française est soutenue par plusieurs fondements principaux dont l'un est la laïcité, ce principe défend la liberté de conscience, le libre exercice du culte, la séparation de l'état et de l’église. Prenons un exemple précis parmi d'autres : les musulmans. La conception d'une république laïque est pour la plupart d'entre eux une nouveauté. Cependant, devenir Français signifie aussi devenir sujet du code civil laïque français, ce qui n'empêche le choix et la pratique d’une religion bien évidemment. Mais dans la sphère publique, le code civil prime sur le code religieux. Ceci est une source de conflit pour certains étrangers car ils ne peuvent pas toujours appliquer légalement leurs coutumes religieuse en publique. En effet, les étrangers doivent donc s'adapter à la laïcisation française et adapter leurs coutumes religieux pour qu'ils soient en accord avec le code civil. 8

Exemple :  La loi de l'interdiction du port de "signes religieux et non discrets " à l'intérieur des établissements a fait scandales car certaines personnes ont affirmé ne pas pouvoir pratiquer leur religion correctement ;  Le port du voile ;  Les pratiques médicales (gynécologues) ;  La polygamie.

La religion peut être source de conflit dans la république française basé sur un principe de laïcité. Exemple d’une mesure envisageable pour lutter contre les discriminations:  Le CV anonyme : Au début, durant la deuxième vague d’immigration, la France avait un besoin de main d'œuvre donc les étrangers trouvaient très facilement du travail. Mais aujourd’hui, ce vecteur d'intégration s'est inversé, le chômage s'élève à 8,6% de la population active. Ce phénomène n'est pas égalitaire, mais au contraire discriminatoire. Ainsi de nombreux étrangers critiquent la sélection et les entretiens d'embauches qui ne sont parfois même pas accordé. En effet, d'après plusieurs témoignages, il est plus facile aujourd'hui d'obtenir un entretien quand on s'appelle Bernard ou Mathieu plutôt que Mohamed. La discrimination est présente dans le monde du travail et est basé sur des préjugés sans sens lié à la nationalité mais certaines personnes n'ont pas encore compris que l'égalité des hommes est au-delà de la nationalité (un individu marocain travaille aussi bien et a les mêmes capacités qu'un français). Pour lutter contre la discrimination, l'ANPE (Agence Nationale Pour l’Emploi) a mis en place un système de CV anonyme qui, pour obtenir un entretien d'embauche n'évoque pas les critères peu importants de la nationalité, du prénom ou encore de la couleur de peau mais se basent sur les qualités, les motivations et le niveau professionnel du candidat. Malheureusement, le gouvernement a accepté le CV anonyme mais il n'a pas publié de décret donc, il n'est pas encore obligatoire. Cependant, certains chefs d'entreprises se basent sur l'égalité des chances avec le CV anonyme. Le secteur de travail est, aujourd’hui, caractérisé comme

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vecteur d’intégration. Beaucoup d'étrangers voient en lui une lueur d'espoir et un vrai soutient.

On ne peut réduire un candidat à une particularité, qu'elle soit ethnique, sexuelle ou physique. Il faut juger les gens sur leurs compétences, un point c'est tout, et agir en amont. Il n'y a qu'une solution: créer des conditions d'anonymat et d'objectivité qui désamorcent les discriminations. Cette pratique pourrait être encouragée par la loi et surveillée par la Haute Autorité. Si on assure des techniques de recrutement et de gestion de carrière irréprochables, on limitera plus sérieusement les injustices et on n'aura pas besoin de les corriger après coup. (Jean-François Amadieu ; L'Express du 01/11/2004)

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II - Les possibilités d’intégration

A. Les familles étrangères

1. L'interaction familiale et l'assimilation
Les membres d’une famille sont en interaction entre eux. Chacun des membres de la famille peut, grâce à sa relation avec le reste de la famille, lui transmettre certaines normes, valeurs qu'il a assimilé, et se voir lui transmettre une partie du patrimoine culturel français acquis par des frères, des sœurs ou encore ses parents. Par exemple, si un parent de la famille côtoie des français de naissance, il va de manière plus ou moins naturel s'ouvrir à la culture française et le retransmettre à ses enfants, son entourage. Le choc des cultures permet donc une meilleure intégration des étrangers en France et les relations entre cultures différentes peuvent aussi permettre une certaine ouverture d’esprit.

2. Les institutions - facteur de bonne intégration
On constate que depuis quelques temps, de plus en plus de familles étrangères témoignent une préoccupation importante pour les études de leurs enfants .Ce qui permet aux enfants d'être soutenue et entourés à travers les études et souvent de les poursuivre plus longuement, car ils semblent plus motivés depuis que leur parents y accordent une grande importance. La réussite scolaire et les études sont étroitement liées à leur futur métier. Et ce métier peut leur apporter une ascension sociale et économique considérable qui facilite leur intégration. Cependant il existe d'autres facteurs qui facilitent l'intégration comme la persévérance et la motivation (et aussi le sport).

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3. Quelques exemples de réussite extraordinaires :
 Zinedine Zidane : originaire d'Algérie ;  Azouz Begag : originaire d'Algérie, a passé toute son enfance dans un bidonville de Lyon et a été ministre et se bat pour l'intégration ;  Jamel Debbouze : originaire du Maroc, celui-ci est un véritable icône du rire de la jeunesse et fait passer son message par l'humour ;  Aziz Senni : originaire du Maroc, a touché dans tous les domaines : il est engagé dans le monde économique ; il transmet son message par le biais de la radio et des émissions ; la création d'une association « Association Jeunes Entrepreneurs de France » ; il s'affirme aussi en politique et écrit des livre avec un éternel message " qu'il est plus difficile pour un enfant étranger de vivre une progression sociale ". Il leur livre un message plein d’espoir.

B. Comment devenir et se sentir français ?
Un étranger qui souhaite résider en France plus de deux mois, doit se procurer un titre de séjour. Il en existe plusieurs, mais la carte de résident est celle qui offre la durée de séjour la plus longue, c'est à dire 10 ans. Elle est renouvelable de plein droit et permet de travailler en France. De l’autre côté, la détention de titre de séjours permet une intégration limitée, car ces personnes demeurent des citoyens dépendant d'un état étranger. L'état Français dispose d'au moins quatre outils juridiques permettant d'assurer la transmission de la nationalité française à des étrangers. Tout d’abord, le droit au sol, qui assure que toute personne née en France d'un parent déjà née en France est française. De plus, elle affirme que toute personne née en France de parents étrangers non née en France peut réclamer la nationalité française à compter de l'âge de 13 ans. Et l'obtient de plein droit à 18 ans, s'il a résidé cinq ans en France depuis l'âge de 11 ans. La loi sur le 12

statut matrimoniale rend l'accès à la nationalité plus aisée pour l'étranger marié avec un ressortissant du pays. Enfin, la résidence peut être un autre vecteur d'accès à la nationalité française, car après plusieurs années de résidence sur le territoire national, un étranger peut demander sa naturalisation. Ainsi, les étrangers qui acquièrent la nationalité française peuvent participer quotidiennement à la vie citoyenne française et peuvent se sentir pleinement français !

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CONCLUSION
Les différentes cultures d'origine des étrangers ne sont pas parfois cohérentes avec les normes et les valeurs de la culture Française. Ce dualisme culturel met en avant le caractère difficile de l'intégration et peut être à l'origine de contre cultures.

De plus, la discrimination ainsi que l'organisation des banlieues n'arrangent pas les problèmes d'intégration. Cependant de nombreuses mises en place combattent les inégalités. Les intégrations réussies sont liées à l'interaction familiale et l'aide de certaines associations. À travers le CV anonyme, il existe différents procédés envisageables permettant de combattre l’inégalité et de rendre la situation plus favorable à l'intégration des étrangers.

Quel est l'apport de l'immigration à l'identité nationale ?
La France s'est construite dans un amalgame permanent entre des individus arrivant de l'étranger et puis ce sol, ce lieu, cette histoire de France. Nous sommes quand même le pays de la reine Marie de Médicis, de Richelieu, de Mazarin, de Léon Gambetta. Autrement dit, nous sommes ouverts. Pour des raisons géographiques, puisque nous sommes le Finistère européen, traversé du nord au sud. Nous sommes à la fois flamands et occitans, germaniques et celtes. Si, à l'évidence, il y a des racistes en France, la France n'est pas et n'a jamais été un pays raciste. Elle est le pays d'une histoire, de l'étranger dans chaque Français. (Propos recueillis Marc Vignaud - 2 décembre 2009 - Le Point.fr)

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RÉFÉRENCES
LIVRES :

Meyran, Régis (2009) : Le mythe de l'identité nationale. France : Berg International. Richard, J.L (2004) : Partir ou Rester ? Destinées des jeunes issus de l’immigration. France :Puf. Noiriel, Gérard (2007) : À quoi sert l’identité nationale?. France : Agone. ____________ (2007) : Racisme : La responsabilité des élites. France : Textuel.

INTERNET : Lemarié, Alexandre (2012) : "Sarkozy et l’Identité Nationale". Internet. Disponible en lemonde.fr du 5 mars 2012 (consulté le 18 mars 2012). Le Parisien (2009) : " Les Français et le thème de l’identité nationale". Internet. Disponible en leparisien.fr du 2 novembre 2009 (consulté le 19 mars 2012). Sarkozy, Nicolas (2012): “Le candidat Sarkozy réhabilite l’identité nationale”. Internet. Disponible en http://www.lemonde.fr/election-presidentielle-2012/article/2012/03/05/le-candidat-sarkozy rehabilite-l-identite-nationale_1652134_1471069.html#ens_id=1588921 (consulté le 18 mars 2012). Vignaud, Marc (2009) : "Quel est l'apport de l'immigration à l'identité nationale ?". Internet. Disponible en Le Point.fr du 2 décembre 2009 (consulté le 20 mars 2012). http://identitenational.canalblog.com/

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ANNEXES

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"L'identité nationale est un mythe"
Qu’est-ce qu’être Français ? Telle est la question qui sera au centre du débat que lancera le ministre français de l'Immigration, le 2 novembre. Pour l’anthropologue Régis Meyran toutefois, la notion d'identité nationale n'est qu'un mythe. Interview. Par FRANCE 24 Le ministre français de l’Immigration, Éric Besson, l’a annoncé lundi : le débat sur l’identité nationale sera lancé le 2 novembre, pour s'achever le 28 février. Parmi les questions qui y seront soulevées : "Qu’est-ce qu’être Français ?" et "Comment mieux faire partager les valeurs de l’identité nationale auprès des ressortissants étrangers ?" Dans les "100 préfectures de département et [les] 350 sous-préfectures d’arrondissement" du pays, des réunions seront organisées avec "l’ensemble des forces vives de la nation", indique le ministère sur son site Internet. Pour Éric Besson, ce débat vise à "réaffirmer les valeurs de l'identité nationale". L'opposition dénonce, elle, un coup électoraliste. Afin d'y voir plus clair, FRANCE 24 a interviewé Régis Meyran, chercheur associé au Laboratoire d’anthropologie et d’histoire de l’institution de la culture. Il est aussi l’auteur d'un ouvrage intitulé "Le mythe de l’identité nationale"*. FRANCE 24 : Peut-on définir une identité nationale, l’identité française par exemple ? Régis Meyran : L’identité nationale n’existe pas. Il faut plutôt parler "des" identités à l’intérieur de la nation. En outre, les identités ne sont pas fixes, elles évoluent constamment. L’identité nationale, unique et immuable, est une illusion. La France a depuis toujours été alimentée par les migrations - Gaulois, Romains, barbares, Italiens, Polonais, etc. L'identité nationale est un discours construit, un mythe.

Quelles en sont les origines ?

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Un mythe est un récit fondateur qui se transmet de génération en génération. En France, l’idée qu’il existe un "pur Français" présentant des traits caractéristiques et une mentalité propre depuis la nuit des temps a commencé à circuler à la fin du XIXe siècle. Elle est liée à l’idéologie de la IIIe République, à celle d'une suprématie du peuple français de laquelle découlerait sa mission civilisatrice dans les colonies de l'Hexagone. À l'époque, on cherchait des caractéristiques physiques et des traits psychologiques communs aux Français. Par exemple, on mesurait les crânes de la population, afin de montrer qu’il y avait une homogénéité du crâne français.

Pourquoi le concept d'identité nationale resurgit-il aujourd’hui ? Il réapparaît souvent en période de crise économique, et est toujours lié à la question de l’immigration. L’idée qu’il existe un "vrai Français" est forcément dirigée contre l’Autre, elle est opposée à la figure menaçante de l’étranger. La recherche d’un socle commun dans lequel tout le monde peut se reconnaître est un exercice périlleux car on peut facilement tomber dans l’idéologie. Souvent, la réactivation de ce concept a été suivie de flambées de violence et de racisme.

Est-ce un concept davantage utilisé par certains partis ? Il dépasse le cadre des partis. Dans les années 1930 par exemple, même les gens de gauche, anti-racistes et anti-fascistes, se sont engouffrés dans le mythe de l’identité nationale et s’intéressaient à la pureté de la race française. Ce mythe a atteint son apogée avec le régime de Vichy. Après les horreurs de la guerre, il est devenu moins visible, plus diffus, avant de réapparaître au sein des partis d’extrême droite, dans les années 1980. Aujourd'hui, avec la réactivation de ce concept par le gouvernement, on assiste à un changement notable. Il en fait un usage politique, car ce concept parle aux électeurs. (*Le mythe de l'identité nationale, Régis Meyran, Berg International, avril 2009.)

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Contre l'«identité nationale» À quoi sert l'«identité nationale» ?

Racisme : La responsabilité des élites Historien spécialiste de l’immigration, Gérard Noiriel fait partie du groupe de huit chercheurs qui en mai 2007 a démissionné des instances officielles de la toute récente Cité nationale d’histoire de l’immigration (CNHI). Ils entendaient par là protester contre la création d’un ministère de l’Immigration, de l’Intégration, de l’Identité nationale et du Codéveloppement désormais fameux. Pour ces chercheurs, d’une part, l’État n’a pas en démocratie à définir l’identité, serait-elle nationale. D’autre part, associer dans le même intitulé immigration et identité nationale revient à constituer la première comme un problème pour la France et les Français. Dans À quoi sert l’« identité nationale » ?, G. Noiriel prolonge l’explication, en revenant sur l’histoire mouvementée de ce concept. Né des luttes entre républicains et monarchistes au cours de la Révolution française, le concept d’identité nationale va perdre sa coloration progressiste avec la guerre de 1870, l’affaire Dreyfus et, bien entendu, le régime de Vichy. Analysant ensuite de près les discours de campagne de Nicolas Sarkozy, il y décèle un « nationalisme soft », où l’on retrouve l’écho des nationalismes du xix siècle, avec notamment la menace que le « eux » des étrangers fait peser sur le « nous » des Français. Le « soft » venant du fait que ce « eux » ne désigne pas un groupe précis (l’Allemand, le Juif, le bolchevik) mais se cache sous le terme on ne peut plus vague de « communautarisme ». Une critique de la production politique de la haine que G. Noiriel élargit, dans un livre d’entretiens, à la question de la responsabilité des élites. Et si nous cessions de blâmer le « peuple » pour ses pulsions racistes, alors que tout un discours raciste est développé par le monde politique, les médias, certains intellectuels ? Comment les chercheurs peuvent-ils arriver aujourd’hui à défaire les stéréotypes qui enveloppent le discours public sur les immigrés ?

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