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ANALYSE ECONOMIQUE DES PROBLEMES SOCIAUX

Partie 1 : Les fondements de la protection sociale Chapitre 1 : Les grands principes de la protection sociale
L’un des concepts de base, c’est le concept de risques sociaux. Parmi les grands risques sociaux, on va trouver la vieillesse, la maladie, les accidents du travail, le chômage, la pauvreté, l’exclusion, « la maternité ». Il y a en fait, l’idée que quand ces risques se manifestent, ils vont induire une interruption des revenus d’activité. L’objectif de la protection sociale est de proposer des mécanismes pour faire face à ces mécanismes. Jusqu’à la fin du 19ème siècle, la prise en charge des risques sociaux était une démarche soit individuelle, soit familiale, soit corporatiste (regroupement professionnel), soit religieuse. C’était une démarche privée. La prise en charge de la protection sociale par l’Etat va naitre dans la deuxième moitié du 19ème siècle, avec les révolutions industrielles. Le premier pays à se doter d’un système de protection sociale cohérent, est l’Allemagne dans les années 1880 avec le chancelier Bismarck. Suivra ensuite, au 20ème siècle, après la seconde guerre mondiale, l’Angleterre sous l’influence de Beveridge. Concernant la France, on peut parler de système cohérent de la protection sociale avec la naissance de la sécurité sociale en 45-46. Pendant la période des 30 glorieuses, le dynamisme économique a permis de consolider les systèmes existants. C’est la période phare des Etats providences. La protection sociale est une composante à part entière de l’Etat providence. Cette période prend fin au début des années 80, avec la crise de l’Etat providence. Avec la crise, les objectifs sont les suivants : -Etendre la protection à toutes les catégories sociales. -Assurer la stabilité financière des systèmes de protection sociale. Les évolutions liées à cette crise, ont rendu plus complexe la compréhension des systèmes de protection sociale, parce que vont cohabiter des mécanismes instaurés pendant les 30 glorieuses, mais également des mécanismes plus restrictifs mis en place à partir des années 80.

I.

La protection sociale : définition et justification théorique A. Définition de la protection sociale :
1. Protection sociale sociale, Etat providence, sécurité

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La protection sociale repose sur une logique de solidarité et recouvre un ensemble d’institutions et de mécanismes qui prennent en charge les principales familles de risques sociaux. Il parait évident que cette logique de solidarité s’appuie très souvent sur l’intervention de l’Etat. Dans ce cas, on va parler d’Etat providence (Welfare state). ●Au sens large, l’Etat providence se réfère à une conception de l’intervention de l’Etat selon laquelle celui-ci doit jouer un rôle actif dans la recherche du progrès économique et social. L’Etat a un rôle à la fois économique et social. ●Au sens restrictif, l’Etat providence est un Etat agissant de manière active en matière de protection sociale, c'est-à-dire contribuant à la couverture contre les grands risques sociaux. On restreint l’intervention de l’Etat à la seule sphère sociale. Les deux concepts ne renvoient pas strictement à la même chose parce que la protection sociale ne passe pas nécessairement par l’intervention de l’Etat. Il y a donc d’autres acteurs qui participent à la protection sociale, notamment les mutuelles, qui ont un rôle complémentaire concernant la protection sociale. Ce sont des entreprises privées. Le concept de protection social est plus large que le concept d’Etat providence au sens restrictif. Le concept de sécurité sociale est un concept national. Dans chaque pays, la sécurité sociale va renvoyer à une définition particulière. En France, la sécurité sociale désigne l’ensemble des institutions chargées de collecter des cotisations sociales et de verser des prestations concernant trois risques sociaux : -la vieillesse. -la maladie. -tous les risques liés à la famille. C’est là aussi un concept plus restrictif que le concept de protection sociale parce que tous les risques ne sont pas pris en charge par la sécurité sociale et ne reposent que sur une catégorie d’acteurs qui sont les organismes de sécurité sociale, autrement dit, il n’est pas question de l’Etat, des mutuelles. L’Etat n’a qu’un rôle de tutelle sur la sécurité sociale. La gestion de celle-ci se fait par les organismes de sécurité sociale gérés par les partenaires sociaux. 2. Une vision élargie de la protection sociale Selon Karl Polanyi, qui a écrit un ouvrage en 1944 « la grande transformation », auteur très critique à l’égard des néoclassiques, nous dit que la protection sociale a pour objectif de protéger les travailleurs face à la logique de marché. La protection sociale vise à réduire la différenciation sociale qui prévaut dans trois sphères : ●L’économique : la différenciation est liée au conflit entre le capital et le travail. ●Le politique : la différenciation est liée à un conflit entre gouvernants et gouvernés. ●Le domestique : la différenciation est essentiellement le fait du conflit entre les hommes et les femmes. 2

Il explique que la protection sociale repose sur trois logiques ou sur trois modalités d’allocations : -L’assurance privée. -La redistribution (fiscalité et transferts sociaux). -La solidarité familiale. Cependant, la protection sociale peut aussi se décliner à l’échelle de la famille. On a donc une vision extrêmement large concernant la protection sociale.

1. Les théories de la justice sociale La justice sociale est le respect d’un principe de répartition des richesses conformes aux valeurs de la société considérée. Justice sociale ne veut pas dire égalité, c’est un principe qui peut être inégalitaire, notamment la justice sociale en Inde. En France et aux Etats-Unis la notion de justice sociale n’est pas la même. Tout dépend de la société considérée. La justice sociale induit une question : faut-il une politique de redistribution ou non ? Si la réponse à cette question est oui, quel type de politique de redistribution doit-on mettre en place ? ●La redistribution verticale : redistribution qui va viser à réduire l’échelle des revenus ou des richesses, réduire les inégalités des richesses. ●La redistribution horizontale : elle opère des transferts de richesse entre individus d’un même niveau de richesse. Elle ne réduit par les inégalités de richesse. La justice sociale est fortement corrélée au contexte historique et culturel. Au moyen-âge, la justice sociale était articulée autour de l’obligation de charité portée par la religion chrétienne (assistance aux individus démunis). Il y avait un célèbre théologien, Saint Thomas d’Aquin, qui au 13ème siècle affirmait qu’un homme en situation de détresse, pouvait jusqu’à prendre le bien d’autrui pour subsister. Il faut attendre le 19ème siècle pour l’émergence des premiers réels débats autour de la justice sociale. Ce débat va être porté par les auteurs issus d’un courant de pensée appelé le socialisme utopique. C’est par exemple, Fourier, Proudhon (père de l’anarchisme). Ces deux auteurs étaient opposés à la propriété privée et prônaient la redistribution. Au 20ème siècle, les débats sur la justice sociale se sont déclinés en trois temps. a. Le courant ultralibéral Ce courant est porté par deux économistes néoclassiques : FriedrichVon Hayek et Milton Friedman. La justice sociale doit être guidée par la primauté de l’individu. Ceci signifie qu’une société est juste si les individus bénéficient de la plus grande liberté et l’un des moyens de respecter cette liberté est la propriété privée. Ils considèrent qu’il faut laisser agir les lois naturelles de l’économie et notamment la logique de marché. Pour eux, la seule forme de protection

B. Théorie économique et protection sociale

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l’intervention de l’Etat est nécessaire et notamment il est favorable aux politiques de redistribution pour deux raisons : 4 . l’autre est affecté d’un bégaiement. seul le marché est un mode efficace d’allocation des ressources parce que les mécanismes de marché permettent de maximiser les richesses créées et d’assurer à chacun une part de ces richesses en fonction de sa productivité. Son livre « théorie de la justice » publié en 1971. deux étudiants veulent faire tous les deux une carrière d’avocat. une critique du principe d’égalité des chances. Il définit trois grands principes de justice issus de sa démonstration. il ne sera jamais avocat. mais il vise en même temps de dépasser son cadre d’analyse. C’est l’ensemble des choix de vie qui s’ouvrent à chaque individu. Pour Keynes. Pour Rawls. ●Le principe de liberté : chaque individu doit disposer des droits démocratiques fondamentaux. L’un est en bonne santé. C’est la première pensée cohérente qui se situe entre les deux visions radicales de la justice sociale. ●Le principe de différence : une action inégalitaire est juste si le plus grand bénéfice de cette action revient aux membres les plus désavantagés de la société. Il parle en fait d’une critique adressée à Rawls. Ces auteurs sont opposés à toute forme de protection sociale obligatoire et publique. Ce principe ignore la diversité des êtres humains et notamment la diversité biologique et culturelle. Le concept de chance que Rawls met en avant n’est pas satisfaisant parce qu’il néglige ces deux diversités. b. La théorie de la justice sociale de John Rawls C’était un philosophe américain. ●Le principe d’égalité des chances : les fonctions d’autorité ou de responsabilité doivent être ouvertes à tous en fonction des mérites de chacun. il y a des inégalités justes. L’analyse d’Amartya Sen C’est un prolongateur de Rawls.sociale qui peut être tolérée est un système d’assurances privées. organisée par l’Etat. Il va donc proposer un nouveau concept qui est le concept de capacités. Ils sont opposés à toute politique de redistribution publique. C’est une entrave à la création de richesses. 2. il va falloir agir dans le sens de l’égalité des capacités des individus. Par exemple. Protection sociale et efficacité économique La redistribution est elle source de croissance ou au contraire un obstacle à la croissance ? Pour les néoclassiques. qui permettent d’établir une conception de la justice sociale. c. Elles regroupent tout ce qu’un individu peut prétendre être ou faire dans la vie compte tenu de ses caractéristiques individuelles et de son environnement socioculturel. car elles ne sont pas obligatoires. tout ça parce que l’égalité des chances ne prend pas en compte la diversité biologique. Même s’il peut être plus méritant. notamment celles qui sont liées au mérite et celles qui respectent le principe de différence. Plutôt que de chercher l’égalité des chances.

parce qu’ils consomment proportionnellement plus leur revenu. Discours 1884 : « Il faut donner au travailleur le droit de travailler. favoriser la cohésion entre les peuples. Les formes historiques de l’Etat providence 5 . Les différents modèles d’Etat providence A. et donc redistribuer vers les plus pauvres. Il a mis en place un système de protection sociale. entre 1883 et 1889 et il fait référence au nom du Chancelier allemand de l’époque. Son idée va être de taxer les plus riches parce que leur propension à consommer est plus faible. BISMARCK. notamment les idées marxistes. ●Prendre en compte les idées sociales qui se développent à l’époque. Cette phrase nous montre que le modèle bismarckien est un modèle d’assurance sociale. afin de répondre à trois objectifs : ●Favoriser le passage à un Etat industriel. Au-delà des aspects sociaux. ●Le système est financé par des cotisations sociales proportionnelles aux revenus d’activité. la protection sociale peut induire une augmentation de l’activité économique. ●Renforcer l’unité nationale. il n’y a pas de dépense supplémentaire. Le résultat est que la consommation globale. II. à l’échelle du pays va augmenter. Ce type de politique peut s’opérer sans creusement du déficit budgétaire. L’objectif bismarckien est de garantir de niveau de vie antérieur. lui donner du travail tant qu’il est en bonne santé et prendre soin de lui quand il est vieux ». ●Les prestations versées sont proportionnelles aux cotisations sociales et donc elles sont proportionnelles aux revenus d’activité. ils épargnent plus que les plus pauvres. Il reproduit les inégalités et non pas résorption des inégalités. Il est pour la recherche de la justice sociale. Seuls les travailleurs et leurs ayants droit (famille) ont accès aux prestations. Le modèle bismarckien Il est né en Allemagne. on est dans la révolution sociale et cela suppose l’émergence d’une classe ouvrière avec des conditions de travail difficiles.●La protection sociale est un moyen de parvenir à la justice sociale. Dans son système il propose d’assurer trois risques sociaux : -La maladie en 1883 -Les accidents du travail en 1884 -La vieillesse en 1889 Le modèle bismarckien repose sur 4 caractéristiques majeures : ●Le lien avec l’activité professionnelle pour l’accès aux prestations. ●La protection sociale peut être source d’efficacité économique et de croissance. 1.

●Le principe d’universalité : cela signifie que les prestations offertes par le système sont ouvertes à tous les citoyens. Le modèle beveridgien est un modèle d’assistance sociale. les autres pays scandinaves. Les pays qui ont adopté une logique beveridgienne sont les suivants : La Suède. quitte à accroitre les déficits budgétaires. Churchill. -La maladie. l’Autriche. publiés dans le rapport Beveridge en 1942. Actuellement. -La vieillesse. la Belgique. il prône une politique de redistribution des revenus. Les prestations sont forfaitaires. 6 . Le modèle Beveridgien On se situe en Angleterre. qu’ils soient actifs ou inactifs. ●Le principe d’uniformité : l’objectif du système est de garantir une protection égalitaire de base. les pays de l’Europe de l’Est 2. par un critère de revenu par exemple. -1946: National Service Act. L’Etat n’a qu’un rôle de tutelle et définit les grandes orientations du système. On est bien dans une logique de diminution des inégalités. Aujourd’hui l’Angleterre ne représente plus ce modèle. Ça a été un modèle très influent jusqu’au début des années 1980 et il est notamment très important dans les pays comme l’Allemagne. -1948: National Assistance Act. Pour lutter contre ces 5 génies malfaisants. cette universalité peut être complétée par des règles qui limitent ou qui conditionnent l’accès aux prestations. gère). Il se décline en trois caractéristiques. Les recommandations de Beveridge vont être mises en œuvre après la guerre. Il y a une différence évidente avec le modèle bismarckien. Il préconise de lutter contre les 5 génies malfaisants : -Le manque de ressources. Le modèle beveridgien va proposer un système de redistribution verticale. Beveridge va penser sons système de manière à réduire les inégalités de revenu. -Le taudis. premier ministre de l’Angleterre va charger W.●La gestion du système est décentralisée par branches d’activités et repose sur une logique de cogestion (qui paye. avec 3 lois successives : -1945: Family Allowance Act. Dans certains modèles beveridgiens. Beveridge de proposer un ensemble d’améliorations du système de protection sociale anglais. Beveridge laisse la possibilité aux personnes les plus riches de compléter leur protection avec des assurances privées. la France. -L’ignorance. dans les années 1940. En 1940. c’est plutôt un système beveridgien impure. que l’on appelle les trois U : ●Le principe d’unicité : cela signifie que tous les mécanismes de protection sociale sont regroupés en un système national placés sous l’autorité unique de l’Etat et donc financés par l’impôt.

Dans cet ouvrage.Ce modèle fonctionne selon les règles beveridgiennes. Il y a une très forte démarchandisation. ●Le modèle libéral anglo-saxon : On a une faible démarchandisation. il va faire un regroupement en trois grands modèles. Plus la démarchandisation est importante. Ce modèle est d’inspiration beveridgienne. mais de très mauvaise qualité. il va falloir s’adresser aux mécanismes d’assurance privée. On va retrouver comme pays l’Australie. la Grande Bretagne et les Etats-Unis. la Nouvelle Zélande. B. dont dispose un individu pour vivre convenablement. mais il est devenu très peu généreux et a restreint l’accès aux prestations dans de nombreux domaines. ce système est très inégalitaire et il dépend fortement en termes de financement du marché. moins l’individu a besoin du marché. Pour opérer cette classification. du marché et de la famille au financement de la protection sociale. Esping Andersen a publié en 1990 un livre intitulé «Les trois mondes de l’Etat providence ». avec un Etat qui joue un rôle minimal. -Logique d’assurance privée. le Canada. c’est également un modèle qui tend à réduire les inégalités et enfin il y a un poids très important de l’Etat dans le financement. L’objectif de l’Etat est de lutter contre la grande pauvreté. A partir de ces trois critères. Pour tous les gens qui ne sont pas pauvres. Ces 4 logiques structurent tous les mécanismes de protection sociale. Le modèle bismarckien et beveridgien repose sur deux logiques de la protection sociale : -Logique d’assurance sociale -Universalisme On peut y rajouter deux logiques qui sont distinctes : -Logique d’assistance : c’est lorsque l’universalité est complétée par des conditions restreignant l’accès aux prestations. VOIR TABLEAUX 1 ET 2. ●Les effets de la redistribution sur les inégalités sociales. mettre en place un minimum vieillesse. La démarchandisation correspond au degré d’autonomie vis-à-vis du marché. il va proposer une classification de modèles de protection sociale pour 18 pays industrialisés. On a un accès universel à un niveau élevé de prestations sociales. l’Irlande. Esping Andersen utilise trois critères : ●Le poids de la démarchandisation de la protection sociale. Typologie des systèmes de protection sociale 7 . ●La contribution respective de l’Etat. c'est-à-dire non proportionnelles aux revenus. Les prestations sont forfaitaires. par exemple mettre en place un système de santé gratuit pour les plus pauvres. ●Le modèle social démocrate : Modèle beveridgien dans sa forme pure. que ce soit pour la maladie ou pour la retraite.

la pauvreté est-elle une vertu ou un vice ? L’église véhicule l’idée selon laquelle les pauvre sont des personnes qui peuvent travailler mais qui font face à des difficultés telles que la maladie. Ainsi. Cela signifie que pendant toute cette période les premiers dispositifs d’aide ont été mis en place dans le cadre de l’église. Un modèle méditerranéen qui regroupe quatre pays : L’Italie. Ces lois traduisent l’ambivalence concernant la pauvreté. avec la Constitution du 24 juin 1793. 8 . la Belgique. C’est également un modèle qui reproduit les inégalités et dans lequel le poids de l’Etat est modéré. entre le 16ème et le 17ème siècle. c’est par exemple la mise en place des aumôneries. où les plus démunis pouvaient vivre en l’échange de leur travail. la Norvège. Ce modèle est un modèle mixte. En Angleterre. la France.La Suède est un pays très représentatif de ce modèle. Ceci va induire toutes les politiques de lutte contre le vagabondage. l’Espagne. ●Le modèle corporatiste conservateur : A la différence des deux modèles précédents. l’église véhicule une vision très négative de la pauvreté. La démachandisation est modérée. Mais dans le même temps. Ce modèle se distingue par un fort poids de la solidarité familiale. le Japon. Il y a également le Danemark. les fluctuations des prix agricoles. l’Allemagne. d’assistance gérées par la religion chrétienne. ce modèle s’inscrit dans une logique bismarckienne. Le problème est que ces workhouses étaient décrites comme des prisons. tout un ensemble d’institutions sanitaires. Il y a six pays caractéristiques de ce modèle : la Finlande. La plus connue est celle qui a été mise en œuvre en 1601. c’est la notion de soupçon de paresse. D’un autre côté. le Portugal. la mendicité. ces lois véhiculent l’idée qu’il faut contrôler les pauvres par le biais de Workhouses. les Pays Bas et l’Autriche. L’église a une position très ambivalente à l’égard des pauvres. les « poor laws ». la Grèce et dans certains travaux la France. Elles vont proposer des aides financières pour les plus pauvres dans le cadre des paroisses. La première rupture intervient avec la révolution française. ont été votées des lois célèbres. C’est un peu le modèle intermédiaire. Les autorités publiques ne sont pas non plus absentes en matière de protection sociale. l’Italie et la Suisse. c'est-à-dire qu’il cumule des mécanismes bismarckien et beveridgien. avec l’obligation de charité portée par la religion chrétienne. ●La classification d’Esping Andersen a été prolongée par d’autres auteurs. Chapitre 2 : Histoire de la protection sociale en France Les origines de la protection sociale remontent au moyen âge. dont un autre modèle a été développé.

avec les premières lois de protection sociale. On a là une idée très claire qui va à l’encontre de l’intervention publique en matière de protection sociale. soit en assurant les moyens d’exister à ceux qui sont hors d’état de travailler ». On se déplace de la sphère religieuse à une sphère sociale et donc on passe de l’idée de charité à l’idée d’assistance. On a une nouvelle hiérarchie sociale que l’on peut résumer à une opposition entre les capitalistes et le monde ouvrier émergeant. On distingue trois phases dans le développement et l’élaboration du système français : -Phase d’expérimentation (1880-1914) -Phase de consolidation (1920-1940) -Phase de généralisation (1945-1980) Depuis 1980. sur les conditions de vie. I. insuffisante et très dispersée. c’est le 19ème siècle qui va la consacrer. La révolution industrielle a entrainé l’émergence de la question sociale. Cela signifie qu’il a son destin entre ses mains. A. L’individu est considéré comme libre et responsable. aucune limitation d’âge. Et donc. C’est la raison pour laquelle. Cette classe ouvrière fait face à des conditions de travail et à des conditions de vie désastreuses. Nous sommes face à une société libérale réticente aux lois sociales. la réponse des autorités françaises va être très lente. L’affirmation de la question sociale au 19ème siècle C’est l’avènement de la révolution industrielle.« Les secours publics sont une dette sacrée. Le temps de travail pouvait atteindre 15 heures de travail par jour. son malheur est de sa propre responsabilité et son bonheur également. Les sphères économique et politique étaient imprégnées de l’idéologie libérale. travailler le dimanche… L’enjeu au 19ème siècle va être de répondre à cette question sociale en mettant en place des mécanismes pour améliorer les conditions de vie des ouvriers et tout cela va devoir se faire dans le contexte d’une société française très marquée par l’idéologie libérale. sur les échanges. nous sommes dans une phase de crise. Cette loi sera votée en 1910. la société doit la subsistance aux citoyens malheureux soit en leur procurant du travail. La première révolution industrielle (1780-1850) est portée par la machine à vapeur et repose sur l’utilisation du charbon. La deuxième révolution industrielle (1880-début du 20ème siècle) s’articule autour du moteur à explosion et repose sur le pétrole et l’électricité. La révolution industrielle a eu des effets sur la production. Une des caractéristiques de cette période est que les premiers mécanismes de protection sociale ont été mis en place extrêmement lentement. Cette idée révolutionnaire. Il a fallut 20 ans de débat au Parlement pour voter la mise en place de retraite pour les ouvriers et paysans. une société libérale réticente aux lois sociales 9 .

●Ce sont des intellectuels. une contrainte à la liberté d’entreprise. afin de traduire les conditions de vie au sein d’une société. Ils vont populariser les techniques de l’assurance. -Les patrons sociaux : Ils sont favorables à l’établissement d’un système de protection social interne aux entreprises. les économistes classiques et néoclassiques considèrent que l’action publique est ruineuse et inefficace. Ce mouvement a été essentiellement porté par une convergence de points de vue favorables aux lois sociales. selon l’idée que les cotisations sociales vont peser sur le coût du travail. Enfin. de gauche essentiellement. Ils sont favorables à l’intervention de l’Etat et à l’instauration d’un droit social. Des dépenses en termes d’assistance pourraient alors être mieux utilisées. Autrement dit. On parle alors de patronage. l’instauration de lois sociales est considérée comme une entrave au fonctionnement des marchés. parce que les lois sociales vont être un obstacle. d’acteurs très divers. il faut que celui-ci soit en bonne santé et bien dans son travail de manière générale. Les sommes qu’un Etat va dépenser pour l’assistance aux personnes en difficulté sont des dépenses non productives. ●Ce sont des reporters sociaux. de la prostitution. L’idée ici est de dire qu’un bon travailleur est un travailleur qui va être productif et pour être productif. l’assistanat est à proscrire. Ils adhèrent à une doctrine qui est le solidarisme. De plus. dans des domaines plus productifs et notamment l’éducation. qui va permettre d’instaurer la 2nde république. C’est en 1885 que va être créé le conseil supérieur de la statistique. Ce sont des journalistes qui se focalisent sur de nombreux thèmes liés à la pauvreté : question du travail des enfants. on va porter atteinte à la relation entre le patron et l’ouvrier (relation privée). Les acteurs . qui va permettre à l’époque de produire les premiers chiffres sur l’économie et sur le social. Enfin. L’invention du vaccin contre la rage. Une entrave par le jeu des cotisations sociales. sur un plan plus économique. Comment a-t-on pu voter les lois sociales ? Le mouvement d’instauration des premières lois sociales a débuté réellement avec les évènements de 1848 (coup d’état de L.Dans une perspective libérale. a marqué le début des politiques de salubrité publiques (sanitaire et hygiène). Bonaparte. la bienfaisance est considérée comme source de désordre social. Parmi ces acteurs : -Les militants : ces militants vont défendre l’idée de loi sociale. -Des techniciens de la solidarité : ●Ce sont les premiers statisticiens et les premiers assureurs privés. Ces idées ont été publiés dans 2 revues : « Les ouvriers des 2 Mondes » et dans « La réforme sociale ». elle va durer 4 ans). ●Ce sont des hommes politiques. 10 B. de l’alcoolisme et des dangers du travail dans les mines. notamment Emile Zola et Louis Pasteur.

Ceci va avoir 3 conséquences : ●On reconnait légalement et juridiquement leur existence. ces caisses regroupent des travailleurs et ont pour objectif d’assurer la protection de la profession qu’elle représente. -Les syndicats et les caisses de secours mutuel (mutualité) : Il s’agit de regroupement d’ouvriers. En 1893 est votée l’assistance aux indigents. mise en place de dispensaires (aide médicale gratuite). qui est ici facultatif. Un patron social très connu au 19ème siècle. 11 . Celles-ci sont les héritières des corporations du moyen âge. C’est une retraite qui fonctionne sur le principe de capitalisation. En 1853. C’est un système d’indemnisation. est votée en 1884 la loi Waldeck Rousseau qui va institutionnaliser les syndicats et leur accorder une existence légale. Chaque personne pouvait faire des versements rémunérés et portés sur un livret.Un certain nombre de patrons vont prendre des mesures de protection de leurs employés : instauration de caisses de secours au sein de l’entreprise. Ceci affirme le rôle que l’Etat doit avoir en matière de protection sociale. va être créé en 1886. de logements ouvriers et de jardins ouvriers. C. Néanmoins cette période a eu le mérite de faire naitre d’importantes réflexions sur la question sociale et ce sont ces réflexions qui vont orienter les premières lois significatives de l’entre deux guerre. Les réponses en matière de protection sociale à l’époque en France restent très limitées et surtout très disparates. par rapport à l’Allemagne et l’Angleterre. qui fournissait une aide médicale gratuite pour les personnes en difficulté.2) La création en 1850 de la Caisse pour la retraite et la vieillesse est le premier mécanisme de retraite votée en France. ce mécanisme va être élargi aux fonctionnaires. La mutualité regroupe ce qu’on appelait les caisses de secours mutuel. -Les syndicats : En France. Sans tarder. le premier syndicat officiel français : le Fédération Nationale des Syndicats (ancêtre de la CGT). en 1894 aux mineurs et en 1910 à l’ensemble des ouvriers et des paysans. mise en place de crèches. c’est la création du ministère du travail et de la prévoyance sociale. ●Les caisses de secours mutuel vont voir leur activité réorientée vers la prévoyance. Chacun décide en fonction de ses revenus. Robert Owen a créé une petite ville pour ses employés avec au centre. Il y avait un retard français en matière de protection sociale. En 1906. Au 19ème siècle. ●Moyen de contrôler l’activité des caisses de secours mutuel. sa manufacture de coton. En 1898 est votée la loi sur les accidents du travail. Le salarié peut demander réparation sans avoir à prouver la faute de son travailleur. Celle-ci a été gérée par la caisse des dépôts et consignations. Quelques exemples de dispositifs (Documents p. Napoléon III va créer le comité d’encouragement et de surveillance des sociétés de secours mutuel. En 1952.

Cet effort de guerre a contribué à l’apaisement du climat social. L’émergence des premières lois sociales : 19141945 A. La naissance des assurances sociales 12 . Deux mesures phares : -La création du ministère des anciens combattants. c'est-à-dire moitié employeur. -La mise en place d’une aide médicale gratuite pour les anciens combattants. s’est mise en place une union sacrée en faveur de l’effort de guerre et du développement de l’industrie (Warfare State). Les conséquences sociales de la grande guerre 1. ●La guerre a posé un problème de santé publique majeur avec la tuberculose. ●Le problème de la natalité : la natalité baisse lorsque les hommes sont au front mais aussi celle-ci est liée à la mortalité des hommes. Les assurances maladie et vieillesse sont gérées par des caisses qui sont parfois départementales. -Des médecins : qui ne veulent pas qu’on leur impose le montant de leurs honoraires. Maladie et vieillesse : les lois de 1928 et 1930 La loi de 1928 prévoit une assurance sociale de type bismarckien obligatoire pour la maladie et la vieillesse. B. Cette guerre a des conséquences sociales désastreuses qui ont fait émerger de nouvelles questions en matière de protection sociale.II. La conséquence de ces oppositions est que la loi ne sera pas appliquée. La principale avancée de cette période c’est la naissance des assurances sociales. la création de la médaille de la famille française. 15% du budget de l’Etat est consacré à cette prise en charge. Le problème est que cette loi va rencontrer une vive opposition de différents acteurs : -Des agriculteurs : ils considèrent qu’ils ne peuvent pas payer les cotisations. Cette nouvelle problématique va susciter une succession de lois avec pour objectif de cadrer la lutte contre la maladie. professionnelles. Pendant la guerre de 14-18. L’Etat doit faire face à la question de la prise en charge des blessés de guerres. -Des patrons : opposition marquée par une idéologie libérale. avec des cotisations réduites et des efforts en faveur des médecins qui vont conserver le droit de fixer librement leurs honoraires. elle va être modifiée en 1930 et cette fois ci acceptée par tous. En 1923. Cela suppose que des efforts ont été faits en faveur des agriculteurs. mutualistes. Par contre. ce sont des mesures natalistes (la création du conseil supérieur de la natalité. Les historiens parlent même de la « loi folle » pour la désigner. en 1923. la création d’une loi de la répression de l’avortement). Plusieurs mesures vont être prises dans les années 20. Le financement de ces assurances sociales s’opère par des cotisations sociales et ce financement est paritaire. moitié employé. des mutilés et des familles de soldats décédés.

Sous l’influence d’Alfred Sauvy. ●La deuxième phase commence en 1936 avec l’arrivée au pouvoir du front populaire. une prime de première naissance si cette naissance intervient moins de deux ans après le mariage.Il y a une cotisation sociale unique qui couvre à la fois la maladie et la vieillesse. Enfin. Il va mettre en œuvre une politique basée sur la relance du pouvoir d’achat. les étrangers et les concubins sont exclus de cette aide. -Le gouvernement de Vichy avec une volonté d’imposer un modèle familial : une mère soumise au foyer et le père comme seul responsable de l’autorité 13 C. C’est en fait tout un ensemble de mesures natalistes : répression d’avortement. c'est-à-dire d’un principe d’épargne retraite. -La loi de 1938 réforme les allocations familiales a deux niveaux : élargissement des allocations familiales aux agriculteurs et artisans. La France est touchée par la crise un peu plus tard que les autres pays européens. Assez curieusement. une augmentation moyenne de 50% des allocations familiales. sauf sur la question de la politique de la famille où elle dispose d’une avance indéniable par rapport à ces voisins. Dans les années 30. Sera juste mis en place une aide très restrictive pour les chômeurs. la France reste toujours en retard en matière de protection sociale. à partir de 1932 (grande dépression). Ces allocations familiales sont financées intégralement par les employeurs sur la base de cotisations sociales. avec trois mesures phares : -La création des conventions collectives (textes définis par les syndicats à l’échelle d’une branche professionnelle et qui définissent les règles du travail). -Deux semaines de congés payés. c’est le chômage de masse. la mise en place d’une fiscalité plus ou moins favorable selon des critères natalistes. le front populaire n’a eu aucune contribution directe aux assurances sociales mais il a eu une contribution cruciale sur la nature des relations du travail. la fin des années 30 constitue l’âge d’or de la politique familiale. -La mise en place de la semaine de 40 heures de travail. ●De 1932 à 1936 : les autorités ont surtout cherché à ignorer le problème. le système de retraite est articulé autour du principe de capitalisation. Elles sont versées aux employés comme un sur salaire (on le perçoit directement au moment où l’on reçoit son salaire). Cette crise va faire émerger un nouveau problème social. Les allocations familiales : la loi de 1932 Tous les employeurs de l’industrie et du commerce vont être affiliés à une caisse. L’essor de la politique de la famille . Les femmes mariées. -En 1939. (Document page 3) 2. c’est la création du code de la famille. l’affiliation des agriculteurs et des artisans n’interviendra qu’en 1938.

Initialement. Tout d’abord le poids du libéralisme dans la société française s’est fortement réduit et émerge donc un sentiment très favorable à l’ égard de l’intervention de l’Etat. A. mais c’est un gouvernement d’union nationale. Ce projet initial. les mentalités ont évolué. -Les forces à la fois politiques et syndicales s’opposent sur la question de l’unification institutionnelle de la sécurité sociale. les travailleurs indépendants. parce que le gouvernement avait à la fois le pouvoir législatif et le pouvoir exécutif. L’émergence de la sécurité sociale n’a pas été si facile que ça. l’interdiction du divorce. communiste. c'est-à-dire limiter les problèmes sociaux. Il regroupe toutes les tendances politiques de la résistance. après la guerre. La naissance de la sécurité sociale : 1945-1946 En France. les agriculteurs et les cadres. la mise en place d’un contrôle du bon usage des prestations familiales. De plus. il va porter le projet de la sécurité sociale). forte présence de ministres communistes et gaullistes. III. La plupart des mesures qui vont dans le sens de ce modèle vont perdurer après la 2ème Guerre mondiale : la création de l’UNAF (union nationale des associations familiales).familiale. Sous le gouvernement provisoire. la peur de la montée du nazisme et du fascisme va impliquer la mise en place d’une protection sociale ambitieuse. L’émergence difficile d’un compromis 14 . L’influence du rapport de Beveridge publié en 1942 : Tous les français résistants qui étaient à Londres pendant la guerre. il a publié un rapport qui va influencer la sécurité sociale) et Ambroise Croizat (ministre du travail du gouvernement provisoire. -Les promoteurs de la sécurité sociale veulent concilier deux objectifs contradictoires. Elles souhaitent pouvoir bénéficier d’un traitement privilégié. le parti gaulliste et les syndicats minoritaires sont favorables à l’autonomie des organismes de gestion de la sécurité sociale. va malgré tout rencontrer l’opposition d’un certain nombre de catégories sociales et va faire face à trois obstacles. reposant sur le principe d’unicité et le principe d’université. on légifère par des ordonnances et non pas par des lois. Il va être placé sous la direction de De Gaulle. Les partis de gauche et la CGT sont en faveur d’un système centralisé et à l’opposé. La naissance de la sécurité sociale a été portée par deux hommes. Pierre Laroque (conseiller d’Etat. la création de la fête des mères. La sécurité sociale est créée après la guerre parce que le contexte s’y prêtait. Il y avait une assemblée. ont fortement été influencés par ce rapport. D’une part d’assurer une protection en fonction des revenus et garantir à toute la population un minimum vital. le projet de la sécurité sociale devait présenter les caractéristiques d’un modèle beveridgien. mais elle n’avait qu’un rôle consultatif. -Le principe d’unicité : s’opposent plusieurs catégories sociaux professionnelles. le pays est dirigé par le gouvernement provisoire.

Tout d’abord. cette orientation beveridgienne peut se traduire par l’introduction de dispositifs nouveaux. Enfin. Elles s’appuient sur la loi de 1930 et elle institue « une organisation de sécurité sociale destinée à garantir les travailleurs et leur famille contre les risques de toute nature susceptibles de réduire ou de supprimer leur capacité de gain à couvrir les charges de maternité et les charges de familles qu’ils supportent ». adoptées durant une période d’un an et demi. Une autre ordonnance va définir le rôle complémentaire des mutuelles en matière de santé et de maladie. B. qui va essayer de tenir compte de toutes les oppositions et ce compromis a essentiellement deux traductions. autrement dit. La sécurité sociale est née avec une série d’ordonnances. Les ordonnances de 1945-1946 Conclusion générale Si la sécurité sociale est d’inspiration bismarckienne. Le risque chômage n’est pas encore pris en compte. Ces ordonnances restent aujourd’hui encore la base du système de protection sociale français. Une loi votée en 1946 prévoit l’assujettissement à la sécurité sociale. l’introduction d’impôts dans le financement de la protection sociale. sur la période plus récente le système français a pris une orientation beveridgienne. mais également l’assurance maladie. c’était l’un des risques majeurs à assurer. par exemple l’instauration du RMI en 1988. alors même que pour Beveridge. face à la crise de la protection sociale. à partir des années 80. notamment les allocations familiales. L’universalisation de l’accès à des prestations existantes. mais il y a essentiellement deux ordonnances majeures : celles du 4 et du 19 octobre 1945. qui aujourd’hui n’est plus exclusivement basée sur les cotisations sociales. La couverture contre le risque chômage sera mise en place en 1958. Les principaux bénéficiaires de la sécurité sociale sont les travailleurs. La sécurité sociale va être majoritairement bismarckienne et la sécurité sociale est un système extrêmement fragmenté.La conséquence de ces trois obstacles est que le plan français de sécurité sociale est un compromis. on a bien une logique bismarckienne. 15 .

le principe de production directe de services avec deux acteurs. ●Les régimes volontaires et les régimes privés. Un système complexe et fragmenté A. Elle représente en 2009 11% des dépenses de protection sociale. Elles regroupent tout ce qui est d’inspiration bismarckienne au sein du système. Ils représentaient en 2009 8. I. le principe de prévoyance. -Il y a une totale absence d’unicité du système. l’assistance et la production directe de services.Chapitre 3 : Structure du système de protection sociale français Le cœur du système de protection sociale français est la sécurité sociale. un même risque peut être pris en charge par des institutions très diverses. fournis par des institutions facultatives et privées.3% des dépenses de protection sociale. De plus. à travers les mutuelles et enfin. -Plusieurs principes de distribution des prestations cohabitent. Logique de prévoyance et de production directe de services. les communes et les départements. le principe d’assurance. Celles-ci représentent en 2009 80. le principe d’assistance.7% des dépenses de protection sociale. le système français est l’un des plus complexes au monde pour essentiellement deux raisons. Le système français de protection sociale s’organise en trois grandes composantes : ●Les assurances sociales. Cela signifie que les risques sociaux couverts par le système ne sont pas regroupés dans un régime unique. peut sembler cohérente. La logique d’ensemble. Pourtant. L’inspiration est essentiellement beveridgienne et on a deux principes de distribution de prestations qui cohabitent. Les assurances sociales 16 . ●L’aide sociale. en fonction du statut social et de la profession.

le régime de la banque de France. Ces trois branches sont divisées en régimes.1. puisqu’on dénombre plusieurs centaine de régimes. sauf les agriculteurs (MSA). Autrement dit. mais également à l’invalidité et au décès. ●La branche famille qui gère l’ensemble des prestations familiales. que l’on appelle des caisses de la sécurité sociale. on va avoir une caisse départementale. C’est pour la branche vieillesse qu’il est de loin le plus important. les médecins. On peut considérer qu’on a 4 types de catégories de régimes. EDF. Les caisses vont être spécifiques à chaque branche. 2. spécifiques à chaque régime et celles-ci sont souvent décentralisées à plusieurs échelles. ●Le régime des fonctionnaires : ils disposent d’un régime spécifique. dont les allocations familiales pour l’ensemble de la population. 17 . en 1958. Ces régimes de non salariés se sont alignés dans leur mode de fonctionnement sur le régime général. La sécurité sociale La sécurité sociale est divisée en trois grandes branches correspondant à trois familles de risques sociaux. la RATP. le régime des militaires. L’assurance chômage Au sens juridique. ●La branche maladie qui gère tout ce qui attrait à la maladie. -Le secteur d’activité. Le dernier élément de complexité porte sur les organismes de gestion de la sécurité sociale. le régime des députés et le régime des sénateurs. Le régime des grandes entreprises publiques : SNCF. remonte à la naissance de la sécurité sociale et à la volonté de nombreuses catégories sociales d’obtenir un traitement privilégié. Le nombre de régimes est variable d’une branche à l’autre. régionale et nationale (voir document page 5). -La nature de l’employeur : public ou privé. Cet éclatement en régimes. Les différents régimes étant déterminés selon trois critères. ●La branche vieillesse qui gère les pensions de retraite. GDF. à l’exception de la branche maladie. ●Les régimes de non salariés : on va retrouver le régime pour les artisans. ●Les régimes spéciaux : on distingue deux sous-catégories. il y a en a moins de 20. pour les avocats. Pour la branche maladie. ●Le régime général : il concerne les salariés du secteur privé. -Le statut professionnel : salarié ou non salarié. Les micro-régimes essentiellement pour la branche vieillesse : les régimes de marins. On parle d’industrie et du commerce. le régime de l’Opéra de Paris. où les fonctionnaires sont membres du régime général. Il constitue le régime de référence. l’assurance chômage ne fait pas partie de la sécurité sociale parce qu’elle a été instituée plus tard. les commerçants.

7% -La branche chômage : 5. cette assurance chômage fonctionne selon les mêmes modalités que la sécurité sociale. ceci s’appelle l’aide au retour à l’emploi : ARE. croissant en matière de protection sociale. En France. -La question du logement : 0. AUD.5% La branche chômage est celle qui fluctue le plus.5% Ces deux branches représentent à elles seules 86% des dépenses d’assurances sociales. avec comme objectif de rationnaliser la gestion de l’emploi en France et faciliter les démarches des chômeurs.4% et 75%. On peut distinguer deux types d’actions du ressort de l’aide sociale. 1. L’assurance chômage est chargée de distribuer des prestations d’assurance et notamment les indemnités chômage. Ceci va concerner les personnes âgées. 3. Cette aide remplace l’ancienne indemnité de chômage. Ils ont un domaine de spécialité qui est la politique de la dépendance. le taux de remplacement du salaire est fixe. elle porte ce nom depuis 2001. qui s’appelait l’allocation unique dégressive. Les départements ont un rôle sans cesse. les personnes handicapées ou les personnes dépendantes. Jusqu’à fin 2008. L’action directe des pouvoirs publics Depuis les lois de décentralisation des années 80. A côté de ces institutions. Cela signifie que sur la période de couverture par l’assurance chômage. Le poids des branches de l’assurance sociale Le poids de chaque branche dans les dépenses d’assurances sociales en 2009 : -La branche vieillesse : 52.8% L’aide sociale regroupe l’essentiel des dispositifs en faveur des personnes en difficulté. La fusion de ces deux institutions. les départements et les communes. on trouvait également les ANPE qui avaient en charge le traitement du chômage et la formation. les enfants et les personnes handicapées. fin 2008 a donné lieu à la création des pôles emploi. Ce qui change est que désormais. -La branche famille : 7. c'est-à-dire selon une logique bismarckienne. cette action directe en matière d’aides sociales est essentiellement à la charge des collectivités locales. Ça peut concerner les personnes pauvres. l’aide au retour à l’emploi est non dégressive. au niveau local. L’ASE va fournir une aide et des services aux familles pauvres avec enfants. On parle de régime d’intervention sociale des pouvoirs publics. l’assurance chômage était gérée par l’UNEDIC à l’échelle nationale et par les ASSEDIC à l’échelle départementale. L’aide sociale 18 .5% -La branche maladie : 33. Les départements sont très largement B. il se situe entre 57.Même si elle n’en fait pas partie.

1. Elles ont un rôle de prévoyance et elles interviennent essentiellement dans la couverture maladie complémentaire. ce sont par exemple des tarifs préférentiels pour la cantine. qui vont intervenir par la fourniture directe de biens et de services (ISBLSM). géraient le RMI. Le système de protection sociale français emprunte aux deux modèles de base. Les principaux acteurs privés : ●Les mutuelles. Les cotisations sociales Les cotisations sociales sont obligatoires et proportionnelles au revenu d’activité. Les inactifs : -Le minimum vieillesse. Cotisations sociales et impôts . les crèches municipales. Il y a essentiellement deux types d’institutions qui interviennent. les minimas sociaux sont financés par l’Etat. -L’ASS (allocation de solidarité spécifique). C. Les régimes volontaires et les régimes privés II. la gestion et la distribution de ces minimas sociaux est réalisée par les organismes de sécurité sociale ou par les départements. La coexistence de ces deux logiques induit un financement mixte. Notamment les mutuelles sont souvent propriétaires d’un certain nombre d’institutions médicales ●L’action des associations en matière de protection sociale. cotisations sociales pour les assurances sociales et impôts pour l’aide sociale. l’éventuelle gratuité des transports en commun. -Le minimum veuvage. Les actifs : -Le RSA : fusion entre le RMI et l’API. Aujourd’hui. on a tout d’abord des minimas sociaux qui vont concerner les actifs et les inactifs. Le financement des minima sociaux En France. à savoir le modèle bismarckien et le modèle beveridgien. ce sont les départements qui gèrent le RSA. 2. En France. -Le minimum invalidité. -L’AAH (allocation d’adultes handicapés). Par contre. Elles sont versées par les entreprises aux organismes de 19 Le financement de la protection sociale A. mais elles interviennent également dans la fourniture de soins médicaux.impliqués dans le financement et la gestion de l’APA : Allocations personnalisées d’autonomie. qui auparavant. Les communes prennent le large pas dans la production directe de services. C’est une protection facultative proposée par des institutions privées. la PMI : offre gratuite des consultations médicales pour les enfants.

directement sur les salaires. il s’agit d’impôts gérés par le Parlement. En France.Les fonctions économiques : politiques d’investissement public. Tout d’abord. -Les bénéfices de l’entreprise (Impôts sur les sociétés). La CRDS contribue au remboursement de la dette accumulée de la sécurité sociale. ces impôts sont pré affectés. Ces deux impôts contribuent au financement de la protection sociale. en France : la CSG (Contribution Sociale Généralisée) créée en 1991 et la CRDS (Contribution au Remboursement de la Dette Sociale) créée en 1996.recouvrement. . L’impôt peut être assit sur 4 grandeurs économiques : -Le revenu des ménages. ●Les cotisations sociales sont pré affectées.Les fonctions sociales : politiques de protection sociale. Il faut préciser deux caractéristiques importantes qui distinguent les cotisations sociales des impôts : ●Les cotisations sociales sont prélevées à la source. La CSG. notamment en Allemagne. Ces deux impôts ouvrent la voie à une modernisation des prélèvements fiscaux parce que d’un point de vue juridique. Ces impôts présentent un avantage incontestable parce qu’ils ont une assiette bien plus large que celle de l’impôt sur le revenu. l’impôt sur le revenu s’appelle l’IRPP. C’est le Parlement qui en définit l’assiette (qui paye et sur quelle base). c'est-à-dire qu’elles sont prélevées directement sur le salaire. Aujourd’hui. sécurité. les cotisations payées par les employeurs sont nettement supérieures à celles payées par le salarié. mais également 20 . . Cela signifie que l’on sait à l’avance ce qu’elles vont permettre de financer. En France. les URSSAF qui sont chargés de répartir les cotisations sociales entre les différentes branches des assurances sociales. De plus. deux nouveaux impôts innovant ont été mis en place. 2. la répartition employés/employeurs est équitable. -Le patrimoine (Impôts sur la fortune par exemple). Les cotisations sociales sont gérées par les partenaires sociaux. Mais ces deux impôts reprennent des caractéristiques de cotisations sociales. Dans les années 90. En France. elle contribue à financer la branche famille de la sécurité sociale. ils sont prélevés à la source. son taux et il réparti également les fonds collectés au titre de l’impôt entre trois types de fonctions. la branche maladie de la sécurité sociale et la politique de la dépendance. comme dans la plupart des pays. On sait à l’avance à quoi ils vont servir. Ces derniers fixent le taux des cotisations sociales et définissent l’utilisation qui sera faite des cotisations. Il y a quand même des exceptions. l’impôt n’est pas pré affecté. -Les fonctions régaliennes : défense. la CSG finançait le RMI. quand elle a été créée. Les impôts L’impôt peut se définir comme la participation obligatoire des citoyens à la politique de la nation. -La consommation. Le taux de la CSG est bien plus important que celui de la CRDS. justice.

ceci veut dire que l’on transfert la gestion de la protection sociale vers le Parlement. parce que tous les produits étrangers commercialisés sur le territoire français sont assujettis à la TVA. L’objectif de cette mesure n’est pas d’augmenter le montant des prélèvements mais seulement d’en changer la répartition. -La TVA sociale peut résulter dans une hausse de l’inflation. en termes relatifs. ●Inconvénients de la TVA sociale : -C’est une mesure extrêmement inégalitaire parce que la TVA est l’impôt le plus inégalitaire qui existe. La CSG et la CRDS couvrent une plus grande variété de revenus. Si on substitue la CSG aux cotisations sociales. c’est si les entreprises répercutent intégralement la baisse des cotisations sociales sur leurs prix de vente. ●Avantages de la TVA sociale : -La TVA sociale permet de réduire le coût du travail. plus on est pauvre. il y aura également une poussée inflationniste. va venir s’ajouter au prix de vente la TVA. en réduisant la part des cotisations au profit de la TVA. La CSG et la CRDS couvrent les revenus d’activités mais aussi les revenus de remplacement. Tout va dépendre du comportement des entreprises. Ces entreprises vont-elles répercuter la baisse des cotisations dont elles bénéficient sur leurs prix de vente ? Si rien ne change. ce sont les individus les plus pauvres qui vont contribuer le plus à la TVA. 21 . les revenus du patrimoine et les produits de placements financiers. On mesure le rendement d’un impôt par un point de taux : combien ceci rapporte en euros à l’Etat ? C’est la raison pour laquelle bon nombres d’économistes mais également de politiques plutôt à gauche. puisqu’elle conduit à une baisse des cotisations. Ceci n’a pas été fait pour une raison politique. Si elles ne répercutent que partiellement la baisse. parce que la baisse du prix de vente va être inférieure à la TVA. les seuls revenus concernés sont les revenus d’activité.un peu plus large que celle des cotisations sociales. En effet. recommandent l’élargissement de la CSG pour financer la protection sociale. Ainsi. plus la propension à consommer est importante. Ceci s’explique par le fait que tout le monde ne paye pas l’impôt sur le revenu. Ces deux impôts ont un meilleur rendement que l’impôt sur les revenus et que les cotisations sociales. Pour les cotisations sociales. -Cette mesure permet d’élargir l’assiette de prélèvement parce que la TVA est l’impôt le plus rentable (assit sur la consommation) et permettrait de faire participer indirectement les entreprises étrangères au financement de la protection sociale. ●La question de la TVA sociale : La TVA sociale est un outil qui consiste à financer partiellement ou intégralement la protection sociale par une augmentation de la TVA en remplacement des cotisations sociales. La seule condition pour éviter l’inflation.

Les entreprises ont plutôt joué le jeu. La crise de la protection sociale 22 .Quel recul avons-nous sur le risque inflationniste ? En Europe. De plus. mais pas totalement. avec pour objectif d’assurer la stabilité financière du système. III. Dans les cas on a assisté à des poussées inflationnistes au moment de la mise en place de la mesure. mais des poussées inflationnistes relativement modérées. La compensation financière se fait entre les assurances sociales et l’aide sociale. que l’on appelle des niveaux de solidarité financière. on assiste au contraire à une profonde remise en cause de la protection sociale. Le poids des sources de financement La somme des cotisations sociales et des impôts est égale aux prélèvements obligatoires. L’idée est que les régimes excédentaires vont permettre d’aider les régimes déficitaires (compensation financière). deux pays ont mis en place cette mesure. à ces facteurs conjoncturels. On avait une vision extrêmement optimiste de la protection sociale. on parle de la fiscalisation de la protection sociale. il y a le financement croisé qui consiste en des transferts financiers entre les différentes composantes du système. En 2005 ces prélèvements obligatoires sociaux représentaient 21. le système de protection sociale français comporte des mécanismes qui lui permettent de se structurer en système. l’idée selon laquelle les sociétés occidentales étaient sorties du besoin. L’explosion du chômage et l’apparition de nouvelles formes d’exclusions nous ramène très loin en arrière. Parmi ces mécanismes. De plus. On observe donc que le système français est un système mixte.6% du PIB. mais ils sont aujourd’hui insuffisants pour assurer la stabilité financière de ce système. B. la répartition entre cotisations sociales et impôts est de 2/3 pour les cotisations sociales et de 1/3 pour les impôts. Celle-ci s’opère au sein des assurances sociales. notamment grâce aux Etats providences. Ces mécanismes donnent une cohérence d’ensemble au système. telle qu’elle fonctionnait depuis la guerre. Il y a en fait deux mécanismes distincts au sein de ce financement croisé. Parmi ces prélèvements obligatoires sociaux. Malgré sa fragmentation. Avec la crise économique de la fin des années 70. l’Unité du système assurée par un financement croisé A la fin des 30 glorieuses. 3. le Danemark en 1987 et l’Allemagne en 2007. ●Une solidarité nationale. ●Une solidarité interprofessionnelle. était devenu très crédible. Parmi les prélèvements obligatoires on distingue les prélèvements obligatoires sociaux qui contribuent au financement de la protection sociale. la part des impôts tend à s’accroitre régulièrement.

à long terme. il est de 23. on ne s’intéresse qu’à un régime de sécurité sociale. 2000 et 2001. le déficit est relativement stable puisqu’il se situe entre 8 et 12 milliards d’euros. ●En 2009. les années 1999. ●Troisième crise : une crise de légitimité qui traduit l’incapacité des systèmes bismarckiens à répondre au nouveau contexte social. Ceci correspond à la période de croissance dynamique. Une crise aux multiples facettes B. la branche maladie était en déficit de 11. L’augmentation des dépenses sociales supérieure à l’augmentation des recettes et les problèmes démographiques qui menacent la soutenabilité financière du système. L’une des thèses qu’il défend dans cet ouvrage. notamment par rapport à ce qu’il se passe depuis la crise des subprimes. ●Pour 2010.s’ajoutent des facteurs structurels sociaux démographiques qui menacent la stabilité financière de la protection sociale. à long terme. Ce « trou de la sécu » est quasi intégralement imputable aux branches maladie et vieillesse de la sécurité sociale. cette question du déficit de la sécurité sociale doit être nuancée. le déficit est de 20. c’est que la crise de la protection sociale est une triple crise. à travers le concept de « trou de la sécu ».3 milliards d’euros et en 2010. En plus. A. à savoir le régime général. La crise de financement 1. Avant 2009. va une réelle suspicion à l’égard de l’interventionnisme public. ●Deuxième crise : une crise idéologique qui traduit le retour au premier plan des idées libérales suite à la remise en cause des politiques keynésiennes. ●Sur la période 2003-2008. ●Première crise : une crise financière qui combine deux éléments. historien économiste qui a publié en 1981 « La crise de l’Etat providence ». 23 . Ça n’est qu’une vision partielle de la situation financière de la sécurité sociale. le déficit de la sécurité sociale ne représentait que 3% du budget de la sécurité sociale. Pierre Rosenvallon.9 milliards d’euros. Le « trou de la sécu » représente le déficit global des organismes de la sécurité sociale.6 milliards d’euros et la branche vieillesse était en déficit de 8. les difficultés de financement chronique de la protection sociale ont été popularisées. Le « trou de la sécu » En France. Si l’on raisonne en termes relatifs. Avec les idées libérales. parce que l’explosion du chômage et de la pauvreté est inadaptée à un modèle reposant sur un financement des seuls actifs. On va faire référence à un auteur français. il a explosé. Le régime général de la sécurité sociale est déficitaire depuis 1990 à trois exceptions.9 milliards d’euros. médiatisées.

1980 : 23.5%. Ce déficit chronique s’explique à la fois par l’insuffisance des recettes et par la hausse continue des dépenses. 3. Autrement dit. c'est-à-dire la prise en charge des personnes âgées non autonomes. 2. Sur la période 1945-1975. La conséquence de ces deux éléments est que l’on assiste à une diminution de la croissance de la masse salariale.4%. La loi de Wagner serait également valable pour les seules dépenses sociales. -A long terme. Wagner justifie cette tendance régulière par le processus d’industrialisation. 2003 : 29. le PIB par exemple augmente de manière progressive et continue. parce qu’aucun mécanisme automatique en période de crise ne modère l’augmentation des dépenses sociales. Quels sont les facteurs qui expliquent l’augmentation des dépenses sociale ? On peut en identifier 4 : ●Les facteurs démographiques et notamment le vieillissement de la population. qui entrainent une augmentation du prix des soins. on est à moins de 2%. L’insuffisance des recettes L’insuffisance des recettes résulte essentiellement du ralentissement de la croissance économique et de l’explosion du chômage. L’augmentation des dépenses sociales Cette question de l’augmentation des dépenses sociales fait référence à la loi d’Adolf Wagner. Dans le même temps. La France : en 1960 : 13. Le problème est que les recettes n’augmentent pas suffisamment. on observe effectivement une tendance à la hausse du poids des dépenses sociales dans le PIB. Dans un contexte de croissance molle. ●Le progrès technique qui permet d’améliorer la qualité des soins et des techniques médicales et des soins. le TCAM était de 5% et depuis 1990. le déficit public de la France représente environ 20% du budget de l’Etat. Cette loi nous dit que l’augmentation des dépenses publiques est une tendance de long terme et en aucun cas un phénomène uniquement conjoncturel. Elles se traduisent par un manque à gagner pour les organismes sociaux dans les systèmes bismarckiens. La part des dépenses publiques dans le revenu national. Cette loi porte bien sur l’ensemble des dépenses publiques (dépenses sociales et économiques).1%. Or c’est bien sur la masse salariale que sont assises les cotisations sociales. l’explosion du chômage entraîne une diminution du nombre de cotisants. Le vieillissement de la population va entrainer une augmentation des dépenses de vieillesse mais également des dépenses de maladie et enfin les dépenses liées à la dépendance. qui était un économiste allemand (1835-1917).A titre de comparaison. les revenus d’activités tendent à augmenter moins vite. 24 . certes il y a un déficit de la sécurité sociale mais c’est une question bien moins importante que celle du financement public.7%. en 1970 : 16.

qui passe de 65 à 60 ans. c’est la loi Boulin. Ce sont des nouveaux dispositifs qui vont être un surcoût. -En 1982. c’est la modification de l’âge légal de départ à la retraite. Le principe général d’un système par répartition c’est que les cotisations versées pendant une période donnée servent à payer les pensions de retraite sur la même période. c'est-à-dire universel. Cela signifie que les recettes ne parviennent plus structurellement à couvrir la croissance soutenue des dépenses (document page 6). Ce sont le RMI en 1988 et la CMU en 2000. C’est tout simplement la création de nouveaux dispositifs de protection sociale de type beveridgien. Par la suite. le système fonctionnait bien et plusieurs lois ont été votées afin d’élargir et de renforcer ce système. Les régimes à prestations définies (ou les régimes par annuités) I. 1. Autrement dit. C’est la dernière réforme favorable aux salariés. L’effet de ciseaux La conjonction de facteurs économiques. La répartition 25 . toutes les réformes adoptées vont chercher à limiter la crise de financement du système de retraite.●L’amélioration et la généralisation de la couverture des risques sociaux. On dit souvent que la répartition c’est les actifs qui paient pour les inactifs. Partie 2 : Les domaines de la protection sociale Chapitre 4 : Les réformes du système de retraite La création du système de retraite remonte aux ordonnances de 1945. -En 1971. c’est l’instauration du minimum vieillesse (service positif beveridgien). -En 1956. 4. Ce principe de base peut se décliner selon deux modes d’organisations. ●La massification du chômage. démographiques et d’un système très protecteur engendre un effet de ciseaux. Jusqu’aux années 90. Répartition et capitalisation A. On va donc devoir augmenter les indemnités. un système par répartition repose sur un principe de solidarité entre les générations. Cette loi a sensiblement amélioré les modalités de calcul des pensions pour les salariés du régime général (dynamique positive qui cherche à renforcer le système).

un système de cotisation définit à l’avance permet d’acquérir des droits à la retraite. ces régimes fonctionnent grâce à un système de points. c’est le ratio entre le nombre de cotisants et nombre de retraités. ●L’âge légal de départ à la retraite. c’est que ces systèmes sont très sensibles aux évolutions démographiques notamment au vieillissement de la population. ●Les modalités de revalorisation des pensions. ●Si n=n0. 2. Ceci fait référence au mécanisme d’indexation des pensions. -SAM : Salaire Annuel Moyen (salaire de référence). A côté de cette formule. Dans le même temps. pension de réversion. L’expression générale de cette formule est la suivante : P=t*SAM*n/n0 -P : Montant annuel des pensions. -n : Durée effective de cotisations. Ils s’articulent donc autour d’une formule de détermination des pensions. ceci va agir à la baisse sur le montant des pensions. la pension est le taux appliqué au salaire. c'est-à-dire pour les veufs ou les veuves. Les régimes à cotisations définies (par points) Dans ces régimes à cotisations définies. Les cotisations versées par un salarié sont transformées en points de retraite qui s’accumulent tout au long de la carrière de l’intéressé. ●Tous les avantages annexes qui existent (minimum vieillesse.Ces régimes à prestations définies sont des régimes de retraite dans lesquels on peut connaitre à l’avance le montant de la retraite que l’on percevra. avantages en fonction du nombre d’enfants que l’on a eu…). -Les limites : Il y a un inconvénient majeur. les cotisations qu’il verse permettent de financer les retraites présentes. Ça va agir comme une pénalité. -n0 : Durée de cotisation pour obtenir une retraite à taux plein. 26 . le montant de sa pension est déterminé à partir du nombre de points qu’il a accumulé et de la valeur unitaire du point à cette date. -t : Taux de remplacement (taux de pension). -Les avantages du système par répartition : ●Ils permettent de contribuer à la cohésion sociale du fait du principe de solidarité entre les générations (actifs et inactifs). ●Si n est inférieure à n0. Un critère est crucial. Comment est déterminée la valeur du point ? La valeur du point est calculée en fonction des ressources ou des recettes du régime lors de l’année du départ à la retraite. trois composantes complètent la définition d’un régime à prestations définies. ●Les systèmes par répartition n’augmentent pas les inégalités. On parle de points de retraite. Au moment où ce salarié part à la retraite. Plus concrètement.

B. La capitalisation est un mécanisme d’épargne retraite qui se distingue de l’épargne traditionnelle par cette sortie en rente viagère. surtout lorsqu’elle est facultative. Deux avantages : ●La capitalisation s’articule autour de la liberté individuelle. l’Allemagne et la Suède par exemple. Beaucoup de pays font ce choix. soit par les professionnels de la finance. La plupart du temps. Ces professionnels. soit par branche d’activités. qui est le système de retraite le plus privatisé au monde. autrement dit libre à chacun de souscrire un système de départ à la retraite. En France. ●Ça peut tout d’abord être une capitalisation qui va jouer un rôle complémentaire. c’est qu’ils sont extrêmement inégalitaires. Des inconvénients : Malgré tout. -Lorsqu’elle est obligatoire. il y a un mécanisme de retraite par capitalisation qui est facultatif. Dans ces pays. il y a un risque qu’elle crée d’importantes inégalités car les salariés ont des capacités d’épargnes différentes. Dans ce cas là on a un système mixte. Le principe de base est que le salarié accumule des actifs financiers tout au long de sa carrière et perçoit une rente viagère au moment de sa retraite.Si ce ratio se détériore. on risque d’être dans une situation où il n’y pas assez d’actifs pour financer les retraités. soit par entreprise. ●Les systèmes pas capitalisation sont très peu sensibles aux évolutions démographiques. soit par les syndicats. on les appelle des fonds de pension qui sont dédiés au placement sur les marchés financiers des fonds accumulés. on va retrouver les Etats-Unis. c’est notamment le cas dans la plupart des pays européens. on va distinguer deux types d’orientations possibles. La capitalisation 27 . le Royaume-Uni. les pays latino américains. Celle-ci permet de faire face à l’incertitude sur la durée de vie. ●Ça peut être une capitalisation obligatoire qui constitue le cœur du système de retraite. la capitalisation s’organise dans un cadre professionnel. Les fonds accumulés peuvent être gérés soit par les entreprises. La retraite par capitalisation peut être soit facultative soit obligatoire. ces systèmes présentent un inconvénient majeur. -Lorsqu’elle est facultative. notamment le Chili. Une rente viagère est une rente que l’on va percevoir jusqu’à la date de sa mort. c'est-à-dire que la retraite par capitalisation va venir compléter un système par répartition de base.

Le régime général et les régimes alignés 28 . Le montant de la retraite va dépendre de la conjoncture sur les marchés financiers. ils renforcent les inégalités intra générationnelles (au sein d’une même génération). Malgré cette logique unique. En France. t=50%. II. parce que les individus n’ont pas les mêmes capacités d’épargne. L’âge légal de départ à la retraite était avant la réforme de 2010 de 60 ans. La décôte va être une pénalité par année de cotisation manquante et la surcôte est un bonus par année de cotisations supplémentaires. alors qu’auparavant elles étaient à 3%. ça induit une pénalité du fait du ratio n/n0. le système est extrêmement fragmenté puisqu’il comprend plus de 500 régimes différents. le salaire annuel moyen est la moyenne des salaires perçus au cours des 25 meilleures années. Ces derniers ont pour objectif de compléter le montant des pensions des salariés du privé. Cette décôte est annulée si l’on part à la retraire à 65 ans et ceux même si l’on n’a pas atteint les 40 ans de cotisations. Ces différences entre régimes ont souvent généré un sentiment d’injustice parmi les salariés les moins bien lotis en termes de retraite. autrement dit sur l’indice des prix à la consommation. les pensions sont indexées sur les prix. Ce système est une double pénalité parce que le fait de ne pas avoir cotisé assez. Pour les salariés du régime général et uniquement pour ce régime. La situation que l’on va exposer est une situation avant la réforme de 2010. On y introduit une seconde pénalité en diminuant le taux de remplacement. L’architecture du système de retraites français Le régime général représente environ 68% des actifs et les régimes de non salariés (alignés) représentent environ 11% des actifs. P=t*SAM*n/n0 Pour le régime général et les régimes alignés. Le système français est quasi exclusivement fondé sur la répartition et sur un régime à prestations définies. ●La capitalisation va également renforcer les inégalités inter générationnelles parce que le montant de la retraite dépend des actifs accumulés tout au long de la carrière. Il y a quand même une possibilité de l’éviter. il existe des régimes complémentaires. Il y a pour le régime et les régimes alignés un système de décôte/surcôte.●En effet. Le problème est que tous ces régimes fonctionnent selon des modalités différentes et versent des pensions de niveaux très variables. n0 était de 40 ans en 2008 et il devrait passer à 41 ans en 2012. Il y a deux régimes complémentaires : A. Ces décôtes/surcôtes devraient passer à 5% en 2013. Ce système est là pour inciter à travailler le plus possible. mais également de la rentabilité des placements sur les marchés financiers des fonds accumulés. en fonction de leur niveau de richesse.

avant la réforme de 2010 était de 60 ans pour les régimes de fonctionnaires et 60. ce ratio était de 2. Les régimes spéciaux de fonctionnaires et les régimes . ce ratio sera de 1. -En 2001. ●Prévisions du déficit de la branche vieillesse de la sécurité sociale : -En 2008. Limites du ratio : 29 B. -A l’horizon de 2050. l’emploi… La situation a long terme est effectivement très inquiétante et qu’une réforme est indispensable si on veut parvenir à l’équilibre financier. III. Ce conseil d’orientation des retraités. autrement dit 2.2. L’ensemble de ces régimes représente 21% des actifs. au milieu des années 90 ont été beaucoup plus importantes qu’aujourd’hui. Il y a une évolution défavorable de ce ratio. il y a une tendance à l’alignement du régime général. -Le COR prévoir qu’en 2050. 55 et 50 ans pour les régimes spéciaux. Pour faire des prévisions. -L’ARRCO qui concerne les salariés non cadres. ces régimes complémentaires permettent d’obtenir un taux de remplacement de 20% (c’est une moyenne car il peut changer dans le temps et entre catégories de salariés).2. Le COR. En moyenne. n0 : 40 ans en 2008 et 41 ans en 2012 pour les régimes de fonctionnaires et 40 ans en 2012 pour les régimes spéciaux. Les difficultés du système de retraite Les difficultés du système de retraite transparaissent dans l’évolution du ratio : nombre de cotisants/ nombre de retraités. il faut faire des hypothèses sur la manière dont évolue la population.2 cotisants pour financer un retraité. L’avenir des retraites en question A. prévoit en 2050. l’INSEE prévoit que ce ratio devrait s’établir à 1. produit un rapport chaque année de la situation de vieillesse en France. L’indexation des pensions sur les prix et enfin le mécanisme de décôte/surcôte sont les mêmes que pour le régime général. Ce sont bien les actifs qui payent les retraites. Pour le reste. Ces régimes fonctionnent en répartition et selon un régime à cotisations définies (régime par points). Ces inégalités.4. ce déficit était inférieur à 10 milliards d’euros. L’âge légal de départ à la retraite. que ce déficit se situerait entre 70 et 120 milliards d’euros. Le taux de remplacement t=75% dans les deux régimes. C’est la cible principale pour évaluer les difficultés potentielles de l’assurance vieillesse. Ce sont les régimes qui présentent les systèmes de retraite les plus avantageux. Le SAM correspond à la moyenne des salaires des six derniers mois.-L’AGIRC qui concerne les salariés cadres.

La situation avant 1993. en particulier. c’est la réforme la plus douloureuse. la part des retraités va augmenter. Certes. mais dans le même temps. mais à un rythme beaucoup moins rapide. cette réforme concerne uniquement le régime général. parce qu’à long terme. Avant cette réforme. il y a les enfants. en termes relatifs. autrement dit.Ce ratio ne permet pas d’avoir une approche globale de la distribution des revenus entre les générations. Celle-ci est articulée autour de trois grandes mesures : -Une modification de la durée de cotisation pour avoir une retraite à taux plein. on va avoir moins de charge pour les dépenses d’éducation. Cette réforme ne concernait que le régime général. mesure fondamentale. L’idée est de jouer sur les mesures d’âge. La réforme Fillon-Raffarin de 2003 30 . Les régimes des fonctionnaires et les régimes spéciaux restent sur les anciennes modalités. Pendant 10 ans. Plutôt que d’avoir une approche focalisée sur les retraités.5 ans et cette réforme l’a fait passer à 40 ans. Ils tendent à diminuer. ce qui a généré un sentiment d’injustice. est extrêmement important. on va avoir davantage de personnes âgées dans la société. On prend donc en compte toutes les générations. La réforme Veil-Balladur de 1993 Cette réforme a été mise en œuvre durant la deuxième cohabitation. on va avoir plus de charge pour payer les retraites. on est donc passé de 10 aux 25 meilleures années. c’était les 10meilleures années. (Complément : Voir chapitre précédent) B. Avant 1993. L’on constate que les évolutions de ces deux ratios alternatifs sont beaucoup moins défavorables que le ratio cotisants/retraités. les salaires augmentent plus vite que les prix. On peut donc imaginer des ratios plus globaux et notamment deux ratios : -On va s’intéresser au rapport entre la population en âge de travailler et le nombre de jeunes et de personnes âgées. on a une approche plus globale. les retraites étaient indexées sur les salaires et avec cette réforme elle sera indexée sur les prix. En juillet 1993. Parmi les 4 réformes. Il néglige totalement les jeunes. pour les salariés du privé. On prévoit 41 ans pour 2012. et parmi les non retraités. -Modification du mécanisme d’indexation des retraites. c’était 37. Ce ratio est insuffisant pour rendre compte de cette globalité. du fait des modifications sur le salaire de référence. l’écart entre le privé et essentiellement le public. -On va s’intéresser au rapport entre la population ayant un emploi et la population sans emploi. Cela implique que les retraites vont augmenter moins vite qu’auparavant. On prend en compte toute la population. Dans une situation de vieillissement de la population. on peut parler d’un ratio démographique. C. -Modification des modalités de calcul du SAM. toute la population. mais par contre on peut considérer que c’est un ratio plutôt économique. Mais cela veut dire également que la part des non retraités va diminuer.

-n0 sera de 41 ans en 2012. (Cette mesure n’est presque pas utilisée). La réforme Woerth-Fillon de 2010 Cette réforme s’inspire fortement du rapport du COR de 2010 qui propose une vision extrêmement pessimiste de l’avenir des retraites. C’est la réforme qui va susciter le plus de critiques. 31 . les retraites des fonctionnaires vont être indexées sur les prix et non plus sur les salaires. sauf les régimes spéciaux. On prévoit qu’il passe à 41 ans en 2013 et 42 ans en 2020. voire même 58 ans. -Création du Plan d’Epargne pour la Retraite (PER).5 ans. E. La réforme de Bertrand-Fillon de 2007 Cette réforme concerne uniquement les régimes spéciaux avec un objectif. -Mise en place du système décôte/ surcôté. par exemple les marins. par contre en 2020 il est prévu qu’il sera de 41. c'est-àdire des exonérations d’impôts. -Possibilité de racheter trois années d’études. Autrement dit. ●Une seconde composante de la réforme concerne tous les régimes de retraite.●Une première partie de la réforme porte sur le régime des fonctionnaires et vise à aligner ce régime sur le régime général. Ça ne reste qu’une prévision. -Pour tous les régimes. n0 va passer de 37. Les mesures secondaires : -Mesure qui concerne les personnes qui ont commencé à travailler jeune : Les personnes qui ont commencé à travailler avant 17 ans pourront continuer à partir à la retraite à 60 ans.5 ans à 40 ans. De plus. Pour le régime des fonctionnaires. il n’y a pas de modification des modalités de calcul du SAM. la réforme deux des mesures de 1993. les mineurs. -n0 passe de 37. (Ce dispositif n’intéresse pas les français). Par contre. Il s’agit du premier mécanisme de retraite par capitalisation. double pénalité (diminuer le taux de pension par année de cotisation manquante) pour tous les régimes de retraite. Il y a certains régimes spéciaux qui sont exclus de cette réforme. il est prévu que n0 passe à 41 ans en 2013 et 42 ans en 2020. Pour les régimes spéciaux l’âge légal de départ à la retraite est de 57 ans. Les mesures phares : -Modification de l’âge légal de départ à la retraite de 60 à 62 ans. Il aurait donc fallut travailler avant 21 ans pour être concerné. La durée de cotisation est de 41 ans. les députés et sénateurs. Il y a une harmonisation totale pour tous les régimes. pour ceux qui ont commencé à travailler avant 16 ans. D.5 ans à 40 ans. -Mise en place du système de décôte/ surcôté. pour avoir une retraite à taux plein. -L’âge de départ sans pénalité a augmenté et passe de 65 à 67 ans. d’aligner ces régimes sur le régime des fonctionnaires. en France. -Mise en place d’une indexation des retraites sur les prix. Il s’agit d’une capitalisation facultative avec un mécanisme incitatif.

55%. -Les mesures d’âge : Il y a essentiellement deux pistes. -Augmentation des prélèvements sur les stocks option. ce sera 60 ans plutôt que 62 ans. -Alignement des taux de cotisations retraite du régime des fonctionnaires et des régimes spéciaux. mais le problème est que ces personnes vont offrir deux ans de cotisation au système. t. salaire de référence. IV. On peut imaginer que si le montant des retraites diminue. qu’économique. C’est tout d’abord diminuer le taux de remplacement. Ces mesures financières sont les plus douloureuses. Tous les salariés ne vont pas pouvoir y souscrire. Dans ce cas. -Mesure qui concerne la prise en compte de la pénibilité des emplois. Comment réformer le système par répartition ? Pour réforme un système de retraite par répartition. Ça n’est qu’une prise en compte très indirecte de la pénibilité puisque celleci n’implique pas nécessairement une incapacité physique. à savoir si l’espérance de vie gagnée doit être consacrée au travail ou au contraire aux loisirs. et plus généralement. Il était de 7.Il y a un effort qui est fait. Les mesures portant sur les recettes du système de retraite : -Prélèvement de 1% supplémentaire sur la tranche supérieure de l’impôt sur le revenu. sans pénalité. sur le taux qui prévaut au sein du régime général.85 %. Ça renvoie à un débat plus éthique et moral. la précarité dans l’emploi. on parle de triangle maudit des retraites. C’est tout d’abord modifier l’âge légal de départ à la retraite ou agir sur la durée de cotisation nécessaire pour avoir une retraire à taux plein C’est ensuite agir sur l’âge de départ sans décôte. La prise en compte de la pénibilité s’opère par la prise en compte de l’incapacité physique. Le fait d’agir sur l’âge et donc de retarder le départ à la retraite est en totale contradiction avec les évolutions sur le marché du travail et notamment le chômage des séniors. c’est ce levier qui a été privilégiée. On va considérer qu’il y a pénibilité. il n’y a aucune réforme qui soit indolore. ce qui crée une injustice. 32 . il y a trois leviers possibles. En France. visant à satisfaire les syndicats. sont celles de la réforme de 2010. -La baisse du montant des pensions de retraite : Plusieurs modalités sont possibles. -L’augmentation des recettes du système : C’est le levier qui a été le moins utilisé en France puisque les seules mesures de recettes. il va être. Le gouvernement Fillon va ajouter cette nouvelle mise. Ils risquent d’augmenter les inégalités entre les retraites. si un salarié à une incapacité physique supérieur ou égale à 20%. C’est la raison pour laquelle. après cet alignement de 10. de nombreux salariés vont être incités à une retraite par capitalisation complémentaire. Quelque soit le levier utilisé. C’est la possibilité de jouer sur le mécanisme d’indexation. C’est aussi modifier les modalités de calcul du SAM.

La logique serait que les entreprises dont la part des salaires est faible. Deuxième type de mesure : élargir l’assiette de prélèvement. Enfin. il faudrait augmenter le taux de cotisation de 10. L’idée serait de faire payer plus de personne ou sur quelle grandeur économique le prélèvement repose ? Dans cette possibilité d’élargir l’assiette de prélèvement. Cet argument est un argument plutôt néoclassique. Il a été montré que pour résorber le déficit qui serait de 115 milliards d’euros en 2050. Si l’on part de l’hypothèse d’un salaire brut de 2000 euros. on va retrouver énormément de mesures possibles et notamment d’introduire et de renforcer une assiette plus large. 33 . la CSG (mesure de gauche) Une autre mesure est possible. représente 0. Pourtant. Les salaires tendent à augmenter plus vite que ce taux. et donc inciter les entreprises à embaucher.26 points par an. c l’introduction d’une TVA sociale (mesure de droite). Premier type de mesure : augmenter le taux des cotisations sociales. on peut retrouver un équilibre. Ceci renvoie au débat si l’on peut augmenter le coût du travail ? Avec une faible augmentation. il a été proposé de moduler les cotisations sociales en fonction de la part des salaires dans la valeur ajoutée des entreprises. ceci va représenter environ 5 euros par an. certains économistes ont montré qu’une très faible augmentation du taux de cotisation permettrait de résorber totalement le déficit de la branche vieillesse. Cette mesure est celle qui risque de plus peser sur la compétitivité et le coût du travail. Ça agirait comme un mécanisme incitatif. devraient payer plus de cotisations.C’est parce que le fait d’augmenter les recettes peut avoir un effet dépressif sur la compétitivité des entreprises. Ces deux mesures sont tout de même dans une même logique d’élargir l’assiette.4 points. Cette hausse sur 40 ans. Autre mesure qui serait la taxation du capital et des profits. Cette mesure sur les recettes est totalement in envisagée par la droite.

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