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Le manque de

qualification comme
cause de pauvreté
Travail social individuel

Chargée de cours : Mme Nootens

Par Virginie Dumont et Grégory Meurant
2008
INTRODUCTION

Dans une situation économique de plus en plus précaire, où le chômage va en grandissant
chaque année et où l’emploi impose une flexibilité qui permet de moins en moins de se projeter
dans l’avenir, nous nous sommes interrogés, en tant qu’étudiants, sur le rôle du diplôme dans la
conjoncture socio-économique de la société actuelle, et plus particulièrement en Belgique. Notre
réflexion part du fait que le manque de certification cloisonne dans une situation de chômage, et
nous démontrerons que ce dernier est, dans ce cas, lié à la pauvreté. Nous verrons ensuite en
quoi le manque de diplôme est lié au chômage et essayeront de comprendre pourquoi une
importante partie de la population au chômage ne possède pas de diplôme.

STATISTIQUES

CHÔMAGE = PAUVRETÉ

Ces chiffres concernent une personne isolée, par mois, et datent de septembre 20081 :

Revenu social d'intégration (CPAS) 711,56 €
Allocations d'attente (ONEM) [+ de 21 ans] 711,88 €
Allocations d'attente (ONEM) [18-20 ans] 429,78 €
Allocations de chômage minimum 830,18 €

Le seuil de pauvreté en Belgique était fixé, en octobre 2007, à 822€/mois pour une personne
isolée par le SPF Economie.2

En sortant de l’enseignement secondaire supérieur avec un CESS, après avoir presté un stage
d’attente de 9 mois, l’allocation « d’attente » attribuée par l’ONEM n’atteint donc pas le seuil de
pauvreté. Quelqu’un qui aurait bénéficié d’un article 60 en CPAS accéderait aux allocations de
chômage minimum, dépassant d’à peine 8€ le seuil de pauvreté.

PAS DE DIPLÔME = CHÔMAGE

Les chiffres suivant posent un regard sur les personnes bénéficiant des allocations de chômage
en fonction de leur niveau de certification pour l’année 2007 en Belgique. Ils sont issus du site
de statistiques du SPF Economie3 :

1FGTB : Chômage 2008 : http://www.abvv.be/code/fr/C19_0100.htm [27/11/2008] & SPP Intégration
sociale : http://www.cpas.fgov.be/themes/integration/leefloon/index_fr.htm [27/11/08]
2 SPF Economie, Communiqué de presse 16/09/2007 ; Statbel :

http://www.statbel.fgov.be/press/pr106_fr.pdf [27/11/08], p.1
3 Statbel : http://www.statbel.fgov.be/figures/d31_fr.asp ; Chômage selon le sexe et le diplôme (2001-2007)
Type de diplôme possédé

Enseignement primaire ou sans diplôme 16,5%
Enseignement secondaire inférieur 25,1%
Enseignement secondaire supérieur 40%

On peut donc en conclure que :
(1) 41,6% des personnes bénéficiant des allocations de chômage n’ont pas un
niveau de certification supérieur à celui de l’enseignement supérieur inférieur
(CESI).
(2) Globalement sur l’ensemble des personnes bénéficiant des allocations de chômages,
seuls 18,4% ont un diplôme de l’enseignement supérieur.

Il y a 10 ans, 60% des bénéficiaires d’allocations de chômage ne disposaient pas d’un diplôme
supérieur à celui de l’enseignement secondaire inférieur (CESI). On constate donc
qu’aujourd’hui, le diplôme d’enseignement secondaire supérieur n’est même plus suffisant pour
obtenir un emploi, évitant ainsi le CPAS ou le chômage comme facteur de pauvreté4.

2 problématiques émergent de ces chiffres :

A. L’échec du système d’enseignement secondaire face au décrochage scolaire.
B. L’insuffisance de l’obtention d’un diplôme d’enseignement secondaire supérieur pour
obtenir un emploi.

Le débat actuel sur la seconde de ces problématiques porte sur (1) une offre d’emploi existante
face à des demandeurs d’emploi sous-qualifiés ne pouvant y répondre, (2) une offre d’emploi
générale insuffisante, engendrant une déqualification des diplômes existants en mettant en
concurrence les plus qualifiés pour des fonctions nécessitant une qualification plus faible et (3)
une combinaison de ces deux éléments. 5

Nous avons essayé de comprendre pourquoi des gens passent au travers les mailles du filet de
l’enseignement obligatoire.

LES CAUSES DU DÉCROCHAGE SCOLAIRE

Une étude de l’ULB met en évidence trois types de décrochage scolaire : amical (influence de
condisciples eux-mêmes en décrochage), solitaire (malaise personnel important et troubles de
communication) et familial (arrêt temporaire avec accord familial dans l’attente d’une
réorientation, rarement lié à des conséquences négatives)6. En Belgique, le taux d’abandon
scolaire en humanités est de 34%7. Pour une approche globale du décrochage scolaire, il faut
tenir en compte plusieurs facteurs :

 individuel : ce facteur mettrait en cause l’élève lui-même. Un handicap mental ou
physique (dyslexie par ex) lui procurerait un retard sur ses congénères. Un manque de

4 En effet, dans le paysage pessimiste que nous offre la société actuelle, l’emploi seul ne garantit plus
d’éviter la pauvreté.
5 « Le chômage bruxellois entre inadéquation de qualification et déqualification en cascade », Brussel

Studies, http://www.brusselsstudies.be/PDF/FR_53_BruS14FR_resume.pdf [27/11/2008]
6 Unité de promotion éducation santé, La santé et le bien-être des jeunes d’âge scolaire. Quoi de neuf depuis

1994 ?, ULB, 2003, p. 99
7 FAPEO, « L’échec scolaire » : http://www.fapeo.be/info/index.php?page=detail&id=Echec+scolaire

[21/11/08]
motivation le découragerait de travailler. L’échec dû à des facteurs de ce type révèle
l’incapacité au système d’enseignement de s’adapter aux besoins ou attentes de l’élève.

 institutionnel : l’éclatement de l’enseignement en Belgique en réseaux et filières
empêche une bonne collaboration des différents acteurs de l’enseignement et met les
réseaux en concurrence. De plus, les filières techniques et professionnelles sont
dévalorisées.

SCHÉMA 1: PAYSAGE DE L'ENSEIGNEMENT EN BELGIQUE

(1) CONCURRENCE: ce schéma montre le paysage de l’enseignement en Belgique. Les
enseignements néerlandophones y sont en concurrence, ainsi que les filières libres
et officielles. Au sein des filières libres, les enseignements confessionnel et non-
confessionnel se mettent également concurrence. D’une part, l’absence de critères
objectifs pour évaluer la qualité de l’enseignement entre différents établissements
d’un même réseau ou d’une même filière crée un déséquilibre fondé uniquement sur
la rumeur. D’autre part, ce déséquilibre est accentué par l’absence d’une régulation
équitable entre les filières. Ce constat se traduit dans les chiffres suivants : à
Bruxelles, sur 700 écoles, l’enseignement libre confessionnel concentre la moitié des
élèves8. La disparité en termes de résultats selon les établissements en Belgique se
traduit par une différence de parfois 70% entre établissements. C’est le plus haut
taux européen.9 Ce déséquilibre a sans doute tendance à appuyer une certaine
discrimination envers certaines populations-cibles. De plus, les familles concernées
par le décrochage scolaire n’accèdent pas facilement à l’information nécessaire pour
l’éviter au travers des réseaux le permettant10.

8 « Décrochage scolaire, comprendre pour agir », Les cahiers de la solidarité n°14 ;
http://www.pourlasolidarite.be/fr/PDF/Cahiers/CahierDecrochage.pdf [21/11/08], p. 14
9 FAPEO, « L’échec scolaire », op.cit.
10 APED : http://www.skolo.org/spip.php?article37&artsuite=0#sommaire_1 [14/11/08]
(2) RÉORIENTATION : la réorientation en Belgique a lieu à partir de la deuxième
secondaire et passe par une « Attestation de réussite avec restriction », qui permet
soit d’échouer et de recommencer son année dans sa filière, soit de réussir son
année en passant à une filière plus professionnalisant. En soi, la simple notion
d’échec dans une filière comparée à une réussite dans une autre ne peut être que
dévalorisante pour cette dernière (et donc lui-même) aux yeux de l’élève concerné.

 Social : Bourdieu11 a décrit l’institution scolaire comme laboratoire de reproduction
sociale. Selon lui, les individus accumulent différentes formes de capitaux qui lui
permettront de se faire une place dans la société.

o Capital économique: c’est la part financière héritée de part son origine sociale.
D’après Bourdieu, ce capital n’est pas le plus déterminant dans l’obtention d’un
titre scolaire. Dans le cadre de l’enseignement primaire et secondaire, rendu
accessible et obligatoire pour tous, ce constat est donc particulièrement
pertinent. Le capital économique influe certainement sur la réussite scolaire,
mais pas autant que le capital culturel.

o Capital social : c’est le réseau de contact que l’on possède afin de palier aux
manques dû aux autres capitaux. Ainsi, quelqu’un disposant d’un faible capital
social est moins informé sur la société et les mécanismes de « survie ». De plus, le
capital social est très certainement déterminant pour l’obtention d’un emploi, où
l’information rapide sur les offres ainsi que le contact avec le milieu de l’emploi
sont des avantages.

o Capital culturel : d’après Bourdieu le plus déterminant dans la réussite scolaire. Il
se retrouve sous plusieurs formes : « incorporée », « objectivée » et
« institutionnalisée ».

 Institutionnalisée : c’est le titre scolaire légitimé par la société
 Objectivée : c’est la transmission sous formes d’objets (livres, etc.)
 Incorporée : Bourdieu la nomme l’ « habitus ». C’est un ensemble
« inconscient » de goûts, termes de vocabulaire, façon de s’exprimer non
verbalement, de voir le monde, déterminés par son origine
socioculturelle (notamment la famille) et qui va déterminer sa façon
d’entreprendre ses rapports sociaux.

Ainsi, un élève socialisé dans une école professionnelle, ou ayant décroché
trop tôt à l’école, ne disposera peut-être pas de l’habitus légitimé par la
société pour passer au-delà des barrières sociales qui seront
déterminantes durant un entretien d’embauche ou un examen d’entrée
(façon de dire bonjour, de répondre aux questions, de faire un CV, d’écrire
une lettre de motivation, de choisir les moments de contact).

Par exemple, un rapport du SPF Economie de 2007 sur la pauvreté dit que « la
proportion de personnes dont le père n’avait pas de diplôme [soit 34,9%] est deux fois
plus élevée pour les personnes en risque de pauvreté [soit 14,6%] ».12

11 « Raisons pratiques : sur la théorie de l’action » P. Bourdieu, Ed. Seuil, Paris, 1996
Ainsi, la combinaison de manques dans ces capitaux mènent à une situation de
désaffiliation (au sens où Castel13 l’entend : en rupture totale avec les liens sociaux
reconnus par la société), réduisant d’autant plus leurs chances de s’en sortir.

12 SPF Economie, Communiqué de presse 16/09/2007 ; Statbel :
http://www.statbel.fgov.be/press/pr106_fr.pdf [27/11/2008], p.1
13 « Les métamorphoses de la question sociale », R. Castel, Gallimard, Paris, 1999
BIBLIOGRAPHIE

LIVRES

« Raisons pratiques : sur la théorie de l’action » P. Bourdieu, Ed. Seuil, Paris, 1996

« Les métamorphoses de la question sociale », R. Castel, Gallimard, Paris, 1999

« Les inégalités sociales en Belgique », Marie-Laurence DE KEERSMAECKER, Vie Ouvrière,
Bruxelles, 1997

« L’école malade de l’échec », Georges Bastin et Antoine Roosen, De Boeck, Bruxelles, 1990

SITES/PUBLICATIONS NUMÉRIQUES

FGTB : Chômage 2008 : http://www.abvv.be/code/fr/C19_0100.htm [27/11/2008]

SPP Intégration sociale : http://www.cpas.fgov.be/themes/integration/leefloon/index_fr.htm [27/11/08]

SPF Economie, Communiqué de presse 16/09/2007 ; Statbel :
http://www.statbel.fgov.be/press/pr106_fr.pdf [27/11/08]

Statbel : http://www.statbel.fgov.be/figures/d31_fr.asp ; Chômage selon le sexe et le diplôme (2001-2007)

« Le chômage bruxellois entre inadéquation de qualification et déqualification en cascade », Brussel
Studies, http://www.brusselsstudies.be/PDF/FR_53_BruS14FR_resume.pdf [27/11/2008]

Unité de promotion éducation santé, La santé et le bien-être des jeunes d’âge scolaire. Quoi de neuf depuis
1994 ?, ULB, 2003

FAPEO, “L’échec scolaire”, http://www.fapeo.be/info/index.php?page=detail&id=Echec+scolaire
[21/11/08]

« Décrochage scolaire, comprendre pour agir », Les cahiers de la solidarité n°14 ;
http://www.pourlasolidarite.be/fr/PDF/Cahiers/CahierDecrochage.pdf [21/11/08]

APED : http://www.skolo.org/spip.php?article37&artsuite=0#sommaire_1 [14/11/08]