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Inli'oiiuclion

LE DIABLE
PEINT PAR LUI-MÊME,
OU

GALERIE
DE PETITS ROMANS, DE CONTES BIZARRES, D*ANECDOTES PRODIGIEUSES,
Sur
les

aventures des démons

,

les traits qui les caractérisent

,

leurs

bonnes

qualités et leurs infortunes
;

singulières qu'où leur attribue
qu'ils ont

bons mots et leurs amours et
;

les

les
les

réponses
services

,

pu rendre aux mortels

,

etc.

,

etc.

,

etc.

EXTRAIT ET TRADUIT
DES DÉMONOMANES
,

DES THÉOLOGIENS

,

DES LÉGENDES

,

ET DES DIVERSES CHRONIQUES

DU SOMBRE EMPIRE.

Par

J.-A.-S.

COLLIN DE PLANCY,
,

AUTEUR DU DICTIONNAIRE INFE RN AL

etC.

,

etC.

Conservez à cbacun son propre caractère.

BoiLEAU, Art poétique.
Les de'mons peuvent faire le bien que les anges peuvent faire le mal.
,

tout aiaii

BoDiN, Démonomanie

,

liv. !•'., cliap. !•'.

PARIS,
p.

MONGIE aîné, libraire,
BOULEVART POISSONNIÈRE
,

N". l8.

1819.

A

MA FEMME.

Vous
le

trouverez souvent votre portrait

dans

héros dont f écris les aventures.

Ce compliment

sans doute vous aurait fait jeter les hauts cris,
si

l'ouvrage que je vous ojfre n avait été entrepris

et

terminé sous vos jeux.
si

On s'est Jait du Diable
croit

une idée

fausse

,

quon

montrer bien du
est

discernement en

le

comparant à tout ce qui
verrez ici qu'il

mal dans

est monde. Vous autrement , et quon peut sans rougir se vanter de ressembler au Diable en certaines choses ; la
le

en

,

bonté touchante
nières naïves
,

,

la simplicité antique

,

les

ma,

les vertus quelquefois stoïques le

le

penchant à obliger,
cité desprit
lice
,

désintéressement , la vivor
,

l'originalité d'imagination
le

la

ma-

sans méchanceté: ilj a daris
,

Diable mille
le

qualités heureuses

que vous auriez

bon

esprit

denvier

,

si

vous ne les possédiez pas dans

un

degré éminent.

Cest sur ces bonnes qualités

,

qui vous sont
et le

communes
Diable
,

,

que jai cni voir y entre vous

une ressemblance morale. Il serait plus de faire
:

dijficile

le

même rapprochement pour le
le

physique vous avez vingt-quatre ans,
plus de quatre-vingts siècles ^

Diable a

et ses traits sont loin

des vôtres. Ses oreilles enjormede champignons,
ses ailes

de chauve-souris

,

son nez long de neuf

pouces, sa peau assez semblable à un cuir bouilli,
et

généralement toutes ses difformités , font un
7îon

contraste assez frappant avec vos perfections. Je

ne vois pas

plus que nous ayons ses cornes.

Quant aux
pas
:

griffes et
les

à

la

queue

,

rien parlons
,

on sait que

dames en

ont peur

et n'en

portejit point.

Enfui , fut conçu
vous
terie
le

j'étais
:

près de vous quand cet ouvrage
,

pour cela encore

il est

juste que je

dédie, agréez
,

donc

cette petite,

galan-

d'un époux

qui vous sera fidèle jusqu'à

la fin.

,%t«««V»m«M«»Mtk%^«\«»'««k%«»«%»«WMA%««W«.%\«t««»%»«v%»%«>««\'VWM«I.V«i

AVERTISSEMENT.

«Vous vous occupez d'un travail inutile
jt

j

la

cause de

la superstition est

perdue

5

on ne

croit plus

aux reve-

» nans; le Diable est en plein discrédit; et, grâces aux
»

lumières du siècle

,

la

philosophie Temporte enfin sur

V les préjugés populaires. » Voilà les objections

qu'on
pré-

me

faisait

lorsque
;

j'ai

entrepris l'ouvrage

que

je

sente au public
raient

et,

comme

quelques personnes pourj'y

me

les faire

encore,

répondrai d'avance en

peu de mots.

La

crainte

du Diable

et les superstitions

ne sont point
la

éteintes.

Celui qui voudra montrer de

bonne

foi

reconnaîtra bientôt que la moitié des personnes qu'il

fréquente redoutent

,

pendant
,

la

nuit, les apparitions
les

de fantômes

et

de spectres

et

conséquemment
la

dé-

mons.

On

remarquera aussi que

plupart des gens

dont l'éducation a été négligée ou stérile, consultent

viij

AVERTISSEMENT,
,

tous les jours les cartes et les devineresses

pour en

apprendre
toires,
si

les

choses futures. Or, les sciences divina-

elles
;

pouvaient exister, ne viendraient point
,

de Dieu

et les divinations

aussi-bien

que

la foi

aux
l'in-

visions et

aux songes, sont des aveux

tacites

de

fluence surnaturelle qu'on attribue aux démons.

Assurément, ce grand nombre
basardent
le fruit

d'esprits faibles
les

,

qui
la

de leurs sueurs dans

roues de

loterie, et sur la foi

d'un songe insignifiant , ne pensent
tel

pas que Dieu s'amuse à leur donner l'idée de prendre

numéro qui
j

doit les euricbir, et qui ne sortira pas.
,

Allez dans les campagnes

vous y verrez peu de
les

morts rester en paix dans leur tombe. Toutes
semaines
toire
,

dans chaque village
,

,

vous apprendrez

l'his-

d'un nouveau revenant qui demande des prières
les

,

qui frappe
rideaux
,

murs

à coups
;

de poing

,

et qui tire les
si

sans se montrer

heureux encore

vous
si

n

êtes pas

lémoin de quelque scène de possession, ou

quelque magicien ne s'occupe pas de vous ensorceler

,

ou de vous nouer

raiguillette

!

Toutes ces choses sont bien plus rares que dans

le

bon temps passé
aujourd'hui
,

-,

mais

elles existent
,

encore

;

et c'est
!a

plus que jamais
,

le

moment

d'élever

voix contre la superstition

pour achever de rétouffer.
-,

Cette entreprise n'est pas aussi aisée qu'on le pense

AVERTISSEMENT.
car, tandis

ix

que

les

amis de riiumanité s'efforcent de

lui

rendre

la

paix de l'àme et de détruire les terreurs su,

perstitieuses

il

y a des hommes qui semblent avoir
vieilles

pris à tâche de

ramener les
les

erreurs
la

,

qui veulent
,

de nouveau replonger

peuples dans

barbarie

et

dominer par
sionnaire?
,

la crainte.

Je ne parlerai point des misles

qui portent le fanatisme dans
la

provinces

qui troublent les esprits par

peur d'un enfer effroya-

ble, qui présentent de toutes parts le

démon déchaîné
de
la

contre la France
religion
,

,

et qui achèveraient la ruine

si

ses bases n'étaient trop solides
je

pour

se

renverser jamais entièrement (i). Mais

m'arrêterai
avilie

un

instant sur quelques écrivains, dont la

plume

n'a su défendre

que

le

mensonge

et la fraude.
,

A

leur tête est l'abbé Fiard

ex-jésuite

,

dont

les

écrits,

imprimés

à la fin

du dernier
,

siècle et

au com-

mencement de
que
le

celui-ci (s)

établissent cette
a fait la
le

maxime
,

,

Diable en personne

révolution
se

qu'il

est l'agent surnaturel

de tout

mal qui

commet en
,

France

,

qu'il fut le maître
5

en impiété de Voltaire

de

Diderot
(i)

etc.

On
,

sait aussi

que plusieurs

pr/itres refusent la sc'ptiUureaux

morts

et envoient en enfer

ceux qui partent de ce raoncle sans

confrssion.
la

De

pareils abus sont bien les suites

du fanatisme
la

ef

de

superstition la plus brutale.
(^) Leities philosophiques sur la tnaçjie
;

France tromps'c

par les démonoldlres du i8*. siècle

,

etc.

X

AVERTISSEMENT
Fort heureusement
,

l'abbé Fiard et ses pâles dis-

ciples sont

de

faibles
fatras

ennemis pour

les vrais philola

sophes et,
^

si les

de ces fauteurs de
ils

superstition
la risée

sont admirés des bigots,

n'obtiennent que
si

des gens d'esprit

,

qu'ils

endormiraient

on

avait le

courage de

les lire

sérieusement.
telle-

Mais

les

ouvrages superstitieux se multiplient
effets

ment

,

qu'on peut redouter leurs funestes

sur les
;

esprits faibles.

On ne parlera que de quelques-uns
les

on
,

nommera
que
le

d'abord

Révélations de sœur Nativité
,

lecteur ne connaît sûrement pas
,

qui vivent

néanmoins depuis deux ans
volumes
( édition

et

qui expliquent en trois

compacte) comment sœur Nativité a
j

vu positivement

l'enfer et le purgatoire
il

comment

elle
la

a prédit et révélé,

y a vingt-huit ans,
;

les

crimes de

révolution et tout ce qui s'en est suivi
rétablir les

comment il faut

dîmes

et autres

bonnes choses du temps
ces susdites révé-

d'autrefois; et

comment on n'a publié

lations et prophéties qu'après qu'elles ont été justifiées

par l'événement
incrédules

,

pour ne pas donner à mordre aux

L'ouvrage, que

M.

le

comte de Sallmart-Montfort a
y
a trois ans (r), est encore

fait paraître à petit bruit, il

(i)

De
firt

la Divinité , de

Phomme

,

des différentes religions

,

idées

sur la

prochaine

et

générale du monde.

AVERTISSEMENT.
un
eu
livre
la

xi
,

de prédictions. Mais
foi

,

au moins

l'auteur

a-l-il

bonne
que
,

de

le
il

publier avant révénemenl.

11 est

vrai

comme

annonce
,

la fin

du monde

et la

venue de
perdre

l'antéchrist

il

n'y avait pas de temps à

(i).
,

Un
le

autre écrivain a donné

Tannée dernière

,

une

Explication de tJpocalypse , qui entre un peu dans

système de

M.

le

comte de Sallmart-Montfort,

et

qui prouve victorieusement que l'antéchrist est en che-

min

,

que

le

monde
,

va

finir,

parce que tous
,

les fléauï

avant-coureurs

prédits dans l'Apocalypse
,

sont déjà
font sous
la
,

tombés sur

la

France

et

que

les

démons y

main leur commerce. D'autres théologiens de
force rapportent déjà des miracles

même
et des

modernes

aventures de possédées

,

qui font frémir»
s'est
,

M.

le

comte de Forlia-Piles
;

mis aussi dans

la

ligue des suppôts de l'erreur
gretté les

et

après avoir bien rele

temps féodaux
,

,

il

gémit de voir

Diable

un

peu oublié

attendu que la peur de cet être indéfinis-

sable avait plus d'effet sur le peuple que toutes les

peines (2).... « Je ne vois pas, ajoute-t-il avec douleur,
» qu'on prenne beaucoup de
(i)

moyens pour
le

rétablir cette

Suivant

les calculs

de monsieur

comte,

le

monde

finira

en i836.
(3)

Nouveau

dictionnaire français,... fvhlié en 1818 et i8t<), en

la cahiers ia-6.

iij

AVERTISSEMENT.
dans une classe qui
,

» crainte saluiaire, » ans
»
,

depuis trente
siècles pré-

a ofî'ert plus »

de crimes que

les

deux

cédens (i)
Il

y

a dos imposteurs, qui paraissent au

moins par-

tager les superstitions et les erreurs qu'ils prêchent aux

autres

hommes,
,

et

qui affichent en eux

la

crainte

du

Diable

lorsqu'ils le présentent

comme un épouvantai!.
le
il

M. de

Fortia
;

-

Piles

ne croit pas au Diable, ne
opinion là-dessus
;

craint point

il

laisse voir son

et

a le

cœur

hss&l franc

pour proposer au peuple
vertu
!

la

peur

du Diable comme un moyen de
s'il

C'est

comme

disait

:

«

Je suis un

homme

d'esprit et

un honnête

;>

homme

;

je n'ai

pas besoin de frayeurs pour

me bien

» conduire.
))

Mais vous, qui

clés des brutes, je vais

vous épouvanter. Alors vous vous laisserez mener

«
>)

l'on

voudra

,

et

vous serez de bonnes gens

,

bien

estimables (2)

»

(i) Cette dernière

calomnie

est si

absurde

,

qu'elle
la

ne mérite pas

de réponse: qu'on
faite

lise

seulement , dans Gilbert,
siècle
,

peinture qu'il a
af-

du dis-Iiuificmc
que
les nôtres.

on y verra des mœurs bien plus

freuses
(a)

On

n'ose pas s'arrêter plus long-temps sur les ouTragcs

de

superstition et de fanatisme qui paraissent maintenant.
clature en serait trop longue, puisque les

La nomenles

romans

même sont souvent
Par,

aujourd'hui des livres de (-ontroverse. Ceux qui ont lu

venus de
visions
,

madame de

Genlis savent
,

(ju'elle
,

prône

les extases

les

les projihélies

les pèlerinages

etc.

AVERTISSEMENT.
Mais
la

xiij

plus forte preuve de l'opposition que les
les

dévots entrelienuent contre
Telle brocliurc
titre
,

lumières , c'est une non,

qui paraît depuis peu de jours

sous

le

de Contre-poisoTi du Dictionnaire infernal, ou

Réalité de la Jjfagie et des ./Ipparitions... Je suis fâché

que

le

pieux auteur de ce pau)jih!'
après
il

t

burlesque le publie

un an
plus

le

Dictionnaire infernal.

En s'annonçant
le

tôt,

aurait

pu

se flatter d'en

empêcher

succès

;

et alors

il

eût été de

mon
le

devoir de défendre

mon

ouvrage. Aujourd'hui que

Dictionnaire infernal est
le

presque totalement épuisé, j'attendrai que
ait

public

porté son jugement sur
,

les

cent dix ou douze pro-

diges

anciens et modernes

,

que M. Simonnet raconte
brochure. Si on s'en oc,

avec tant à'énergie dans

sa

cupe

,

je

pourrai répondre plus longuement
,

et faire

voir, en quelques pages
lies si

les

absurdités qu'il a recueil-

lentement et avec tant de soin.
,

Jusque-là

je dirai
,

seulement que
j'y ai

j'ai

lu le

pamtraits

phlet en question

et

que
le

reconnu quelques

qu'on verra aussi dans

Diable peint par lui-même.
in-

Mais l'auteur du Contre- Poison du Dictionnaire
fernal a
VcdiàvUx.

avec mauvaise

foi

,

et

il

a
;

souvent tronje prierai

qué ses miracles pour en ôterle
le lecteur

ridicule

donc
;

de comparer mes traductions aux originaux

ce qui sera d'autant plus facile,

que

j'ai cité

très-exac-

xiy

AVERTISSEMENT.
On verra
par

tement.

que

je

ne cherche qu'à répan-

dre sincèrement

la vérité.

Après avoir passé un an sur
si

le

Dictionnaire infernal y
sa critique

M. Simonnet veut exercer pareillement
,

sur le Diable peint par lui-même
courage. Mais
sentent les

je lui

souhaile

bon

comme

j'ai

recueilli des

traits

qui pré-

démons sous un aspect un peu moins noir
,

que

le

Contre-Poison
les

et

que M. Simonnet voudra sans
je lui rappellerai ces
:

doute encore

rembrunir,

deux

Vers de l'Art poétique (chant troisième)

Souvent

,

sans

y penser

,

un écrivain qui

s'aicne

Forme

tout ses he'ros semblables ^ soi-même.

i»»t i»»»»%%«i>««»»»««0 %*»*«'»»»»»«»»*»%«»%<*»»>»«*%«*»«»»%*— »*%>t«<»%»x%»%«%v»»»*«

INTRODUCTION,
ou

ENTREVUE DE

L

AUTEUR

AVEC LE DIABLE.

Siligiturnemo ,

nisi

cuifortuna secunda
,

est

;

Qiue simul

intonuit

proxima quœqiie fugat.

Ovide.

Le malheur avilit un revers deshonore Quand Satan étail ange il avait des amis; En exil, c'est le Diable il est noir, on l'abhorre
;
:

,

;

i

Il

rencontre partout des milliers d'ennemis.

JjE Diable se présenta un jour à saint
toine dans son désert. Il
triste

An-

avait la ligure

et

allongée.
il

L'homme
ses
,

de Dieu lui
chagrins
?

demanda où
a
j*

portait


le

Je n'en

sais

vraiment rien
tant à
je

répondit
si

Diable. Je deviens de jour en jour

maldes

»
»

heureux

,

j'ai
,

me

plaindre

hommes que

crains bien d'en perdre

ivj

INTRODUCTION.

» la léte.

» les fautes
»

Vos solitaires m'accusent de toutes qu ils peuvent commettre. On
,

»

moindre

»
j)

on ne fait pas le tort au prochain , ou n a pas la plus petite pensée cliarnelle , sans que j'en sois Tauleur. Et tous les chrétiens
se querelle jamais
tailles

ne

»
w »

sont

sur

qu'on prononce

même mon nom
le

modèle. Lors,

c'est

avec des
je

malédictions effroyables. Eutin,
plus

n'ose

»

me

montrer

nulle part; et pourtant
j

n je »

ne

fais

de mal à personne
j

car vous

savez que, quand

aurais l'humeur aussi
le

»
i)

portée à nuire qu'on

dit

,

j'ai

maintevos

nant perdu toutes mes forces.

Que
s'ils

« solitaires veillent

donc sur eux,
;

n'ont

» pas envie
»
5)

de pécher

qu'on

me
;

laisse le

peu de réputation qui
puisse en paix

me reste et que je tisonner mon feu ou vi,
:

» siter

mes

amis,... »

Saint Antoine répondit au Diable
« »
»

Quoiqu'on

t'ait

souvent accusé d'être un
,

grand menteur
dire la vérité.

tu viens cependant de
es ruiné

Tu
et

de fond en

»
»

comble

;

et le plus petit d'entre
toi

nous

se
»

moque de

des tiens

INTRODUCTION.
(

xvij

Saint Athanase y vie de saint Antoine

ch,i3.) (i)

Je venais de
cordance des

lire cette singulière histoire;

et je rëflccliissais

profondément sur

la dis-

tlie'ologiens et

des saints pères.

Tantôt

le

Diable est, avec eux, un ennemi
;

encore terrible et toujours agissant
ce n'est plus qu'un mailieureux
,

tantôt

sans force

et sans pouvoir. Saint Athanase et quelques

autres flambeaux de

l'ëglise le

représentent

humble, soumis
désormais parmi
logiens

,

et

hors d'état d'intriguer

les lui

hommes (2). Les théoconservent sa vigueur,

modernes
;

ses ressources

et l'abbé

Fiard (3) prouve
aussi ce trait, dit

(i)

La légende Dorée, qui rapporte
,

que

,

cette fois-là

le

Diable

était

d'une

taille lout-à-fa;t
à

extraorsa

dinaire

,

puisque

ses pieds
,

touchaient

la terre

,

et

tête

au

ciel.

Maître

cela

il

eut la modestie de dire à saint

An-

toine qu'/7 était réduit
(

à rien

,

ad

nihilu?.;

sum kedactus.

Legenda ii de S. Antonio.
(?) Saint

)

Quel Diable était-ce donc

autrefois?

Augustin dit aussi quelque part que le Diable est
l'attache. Il peut

un gros chien à
jjas.
(3) Lettres

aboyer mais
.,

Une mord
'

philosophiques sur

la

Magie, par l'abbé Fiard
:

j

avec cette ligne de Nicole, pour épigraphe
c'est là toute la religion I

Dieu et

le

Diable;

xviij

IJNTRODUCTION.

victorieuseiuent (

comme
est

il

le dit

)

,

que

le

Diable n'a rien perdu de ses anciens privilèges
;

que
j

la

France

peuplée de ses

adorateurs

qu'il est

en plein

commerce
j

avec nous
est

,

etc

Cependant Jësus-Christ
ont cesse
;

venu;

les oracles

les

faux

dieux n'ont plus de culte
ténèbres ont

les

esprits

de

rentrer dans l'abîme
n'est pas

Ou

saint

Athanase

orthodoxe

,

et

dans ce cas
naire

c'était à l'église à le

condamfaire

ner; ou l'abbé Fiard est un grand vision,

et alors c'est

au bon sens à en
saints
et le

justice....;

mais

l'église

a mis saint Atha;

nase au

nombre des

bon sens
je

place l'abbé Fiard au rang des fous....

Sur ces pensées rassurantes
dormis paisiblement. Bientôt
je

,

m'en-

crus sentir

une main un peu froide se promener légèrement sur ma ligure. Il me sembla que je m'éveillais et que ma chambre était éclairée d'une lumière douce. Je jetai les yeux autour de moi et je vis à ma droite un grand vieillard du plus bizarre aspect. Sa tète touchait presque au plafond de ma chambre,
, ,

qui n'a à la vérité que huit pieds de hauteur.

INTRODUCTION.

xix

Mais il était un peu voùlc , et s'appuyait sur un gros bàloii , surmonlë d'une esps.'c9
de croissant.
regard

Au

reste

,

sa grosseur était
taille.
Il
,

bien proportionnée à sa
triste
,

avait le

la ligure
,

mitigée

le

nez exles

trênienieot long
joues
et
,

les

oreilles grosses,

le

IVout sillonnés de rides propâle
,

fondes

le teint

et les

cheveux d'un

beau noir d ebène.

Comme
frayeur,
je

la

vue de ce personnage

me
pour

causait une surprise, qui approcliait de la

voulus éveiller

ma femme,
main:

n'avoir pas peur tout seul. L'inconnu

m'en
je
j

empêcha,

et

me

prenant

la

— Arrête,
ai

me

dit- il, d'une voix

ne veux

me

laisser

un peu cassée, voir que de toi ; el
ici

bien des choses à te dire
sans crainte
;

Ecoule -moi
avec
et tu

je

ne suis pas venu
,

des intentions hostiles
fâché de

ne seras pas

me

connaitre.
qu'il
fît
,

Le mouvement
la

en m'arrêtant
sur ses épaules

main,

me

laissa entrevoir
ailes

deux grandes
Serait-ce

rognées

Cette nou-

velle particulariié

redoubla
,

mon

embarras

:

un

génie

me

disais - je ? et les

SX

INTRODUCTION,
la féerie

contes de la cabale et de
ils

auraientles

quelque

fondement?

Je levai
:

yeux sur

la face

du géant

son front

était

chargé de trois petites cornes, que

je n'avais

pas vues d'abord.... Plus de doute,

c'est

un

démon
saison.
sitait
,

;

et les
î....

histoires d'apparitions sont

véritables

IMais l'effroi n'était plus de
,

Le
,

taciturne inconnu

qui

me
;

viil

paraissait

doux
,

et

maniable
je

et

attendait

en silence

que

daignasse lui

adresser une parole

Je m'efforçai d'apaiser

les

battemens de
voix

mon cœur
pour prier
dire qui
il

;

et je retrouvai enfin la
l'esprit

de

s'asseoir et

de
il

me
put

était.

11

se plaça
;

comme

sur un petit tabouret

et la
la

forme abaissée
hauteur de sa
qui

de son siège
taille
,

,

diminuant

nous nous trouvâmes à peu près

face à face.

Une longue queue
,

,

frétillait

au derrière de l'inconnu
aussitôt qu'il fut assis
,

frappa

ma

vue

et

acheva de fixer

mes

idée?:
je suis
?

— Tu ne devines pas qui
manda-t-il en

,

me

de-

même-temps

INTRODUCTION.

xxj
,

— Peut-être
re'poadis-je
;

ai-je
je

deviné de travers

lui

mais

pense que vous pour?

riez bien être le

Diable


nom
,

Ou

celui

que vous appelez de ce
;

rëpliqua-t-il
,

je

suis le souverain
et

de ces anges

que Torgueil
fait exiler

une

folle

pré-

somption ont

du

ciel.

— Je vous — Ma
m'a
beauté
;

croyais bien autrement bâti...

figure te

surprend?
noir
,

On
je

fait si laid et si

que
je

conçois

ton étonnement. Autrefois j'avais quelque
je l'ai
si

perdue; mais

ne

suis pas
je
j'ai

encore

monstrueux

Autrefois
le ciel
;

gouvernais

un beau pays dans
bien d'autres,
je

voulu,

comme
,

commander

en maître, où
bien d'autres

devais obéir; et

comme
roi
?...

je suis

tombé
êtes

— Cependant vous toujours — Oui mais d'une contrée
,

roi

triste

,

entouré de

tristes sujets

,

réduit à passer

de

Avant le Messie , je me mêlais de temps en temps parmi les hommes. Depuis qu'il est venu, je ne puis
tristes "jours

xxij

INTRODUCTION.
;

venir sur la terre qu'une fois par an

et

mes

sujets

nea ont jamais approche.
dites là
,

Ce que vous

ne s'accorde
les

ni avec la théuloiiie

ni

avec

démono-

mânes.
choses.

Ou

raconte de vous de vilaines

— On ment. Depuis plus de dix-huit cents
ans
,

je n'ai lait

aucun

toj

t

aux

hommes
,

;

et fjuand j'en

aurais

le

vouloir

je
,

n'en
saint

aurais

plus

le

pouvoir. Dailleurs
je

Bernard a
la

dit

que

n'en avais pas

même

volonté (i).

— Vous
de nuire
?
,

les

avez donc eus ces

moyens
peux

— Oui
dite

mais très-

étroits
ai

;

et je

hardiment que
\\n

j'en

toujours usé

avec

hut honnête.
,

— Alors
f
1 )

pourquoi vous a-t-on interdit
?

l'approche de notre terre
On

trouve vr'r't.nMrmcnt

celte pl)ra'^e

:

Quand
,

le

Diable aurait la puissance de nous faire du mal dit saint Bernard, il .n'e.v a pas la volonté ; dans le tombeau
des hcréliques de Georges l'apôtre
;

3^

partie.

INTRODUCTION.

xxiij

— Parce que
de moi
lait
;

les rliretiens

avaient peur

et

que leur dieu qui les aime ne vouvivre dans une frayeur
sa bonté
;

pas

les laisser

continuelle.

Mais

pour eux n'a
compris
les

pas été bien sentie

on

n'a pas

paraboles de l'Evangile; on a mal inter-

du messie et les théologiens ont toujours fait de moi un épouvantail. Les méchans y ont trouvé leur compte tout fiers du peu de biens qu'ils
prété les sentences
;
:

font par hasard
les

,

ils

mettent sur
,

mon

dos

crimes

,

les fautes
Il

les

misères qui enje

tourent ce globe.

y a long-temps que

m'en plains
durcis que

;

mais

les

hommes

sont

si

en-

je

ne puis obtenir
ne

justice. Il n'y

a pas de livre un peu dévot ,
logique
,

un peu

théo-

oii je

sois défiguré à

ne

me
les

plus reconnaître.

On me
noms

donne toutes

formes

,

tous les

— Et quelle est votre forme naturelle — Depuis ma chute forme où
?
,

c'est la

tu

me vois.
,

J'en ai quelquefois pris d'autres
le

pour passer
ribles

temps

;

mais jamais hor-

et toujours bizarres.

3CXÎV

INTRODUCTION.

— IMon
le ciel
,

— Et votre
vrai
est

nom nom
,

?
,

depuis que

j'ai

quitté

Satan

qui siguilie

le lleLelle.
i

Les Juifs m'ont appelé
les

Béelzehiitli (

) y

Grecs, Pluton (2)
; les

y quelques Orientaux, (

Arimane ( 3 )
les

Gaulois Tentâtes
,

4) /

Théologiens du douzième siècle
(

Luciy

fer

3 ) y

les

Sorciers

,

Léonard

etc.

(i) B^'clzcbulli signifie an \.oi\\\î roi des

movches

;

et

par

extension
(?)

,

soin'erain de Vaiv et des esprits ailés.
signifie la richesse.
,

Platon vient du Crcc Plutos qui

On

doiui.iit ce

nom

au prince de l'enfer
la

parce qu'on plaçait
qu'on
le

son royaume

an centre de

terre

,

et

regardait

comme
pagne
(3)

le

maitro

de.' trésors et des

mines qui y sont enfouies.
firt

Les antiquaires
,

dii-eut

que Plulon

un

roi d'Epire

on d'Ei-

qui

fit

exploiter plusieurs mines.
,

Arimaue

le

génie ou

le

principe dit

mal

,

suivant

Zoioastre.
(/))

Tentâtes
f

,

le

Plnton des

GauJoi.-^.
,

Ce nom

signifiait
,

,

en

<

Itique

,

et signifie

encore

en Bas-Breton

père du
,

peii]>le.

Les G.iulois se disaient descendans de Tentâtes
resj)cctuensemcnt
,

cl le

traif-iient assez

pour

qu'il n'ait

pas à se

plaindre d'cnx.
(5) î uffcr
l'étoile
,

îuminevx
,

,

qui porte la lumière.
,

C'est

du matin

ou

la

planeîe de Venus
,

lorsqu'elle paraît
,

avant

l'aulte

du

jour. Lucifer

scion les païens

était fils

de

Jupiter et d'Aurore. Chez eux, cette divinité devait naissance

INTRODUCTION.
Daulres
peuples

^-t

m'ont donné
de
variété

d'autres

noms

,

avec

tant

qu'on

en

pourrait faire un volume.

Les sorciers

,

qui vous

nomment

Léonard , vous nomment aussi le grand Nègre et disent que vous vous montrez
;

au sahbat deux ?

,

sous la figure d'un bouc hi-


ne

Hélas

î

je

ne suis pas
,

si

noir qu'on

veut bien

le

dire

et je n'ai
la

jamais paru

au sabbat. Quand à
Tai

peau de bouc , je point encore revêtue. Dieu per-

metlrait-il

que des créatures immortelles
?....

prissent des formes d'animaux


— —

Cependant

,

vous savez

les histoires

des loups-garoux
Il n'y

?
,

en a jamais eu

mon

enfant.

Et

les

magiciens qui se transfor-

maient en monstres inconnus?....
Il

n'y a pas plus de magiciens
,

que

de lycanthropes
au sabéismc une
suite
,

ou d'hommes-loups.
astres.

ou culte des
paf:;.inisrae
;

Chez

les chre'tiens

,

c'est.
ils

du

et

on ne conçoit pas pourquoi

out appelé' le Diable Lucifer.

'

xxvj

INTRODUCTION.
Ces
c]]oses-là sont singulières

dans

voire bouclic. A'ous vous êtes montré sû-

rement

,

sous des formes animales
des formes bizarres
a cru voir îm
,

?....

— Sous
dit.

je te l'ai

Quand on
,

moi une béte
abbé ignovenait de voir
?

parfaite

on

s est

trompe.
il

Un

rant disait à un malade qu
le

— Quelle figure avait-il — La figure d un àne. — H y a toute apparence
Diable.

,

répondit

le

malade , que vous avez eu peur

de votre ombre
autant à mille autres

On
, ,

en pourrait dire

qui m'ont rencontré

en

clieval

,

en mulet

en oison

,

etc.
!....

— Mais vous avez tant de difformité
Vos cornes
sentent
!

un peu
ne

le

bouc?....

— Mes cornes
portées.
les

je

les ai

pas toujours

Les femmes

,

et les nourrices
les

me

ont plantées
et

pour effrayer

mar-

mots;
je

par un ordre du souverain maître,

suis obligé

de recevoir tout ce qu'on

me me

donne
l'o ter.

,

jusqu'à ce qu'on veuille bien
je

Aussi

dois

me

résoudre à

porter

les

cornes , car on ne cesse de m'en

coiffer.

INTRODUCTION.
,

xxvjj

Et VOS

orellies

,

pourquoi

sout-elles

si

enflées ?

— Je dois
soufflets
les

cela

aux

exorcistes.

Tous

les

que ces messieurs déchargent sur
n'y a pas plus d'un siècle

joues des possédées rejaillissent sur les
Il

miennes.
j

que

que avais
fesses.
elles

les oreilles

plus grosses que les
,

Mais depuis qu'on n'exorcise plus
jour
;

désenflent de jour en

et

j'ai

Lon espoir de les revoir bientôt dans leur forme naturelle , qui est celle d'un ciianipignon.

— Quant
derrière
,

à la queue qui vous
l'avez sans

pend au
le

vous

doute depuis

commencement du monde ?

Non

pas

,

s'il

vous

plaît.

Les thérmettre
;

logiens se sont avisés de

me

la

,

ii

V a douze ou nuinze cents ans en méme-leinps rogné les ailes.

ils

m'ont

— Et voire nez — S. Dunstan
Léri,

?

qui

l'a si

fort allongé?

,

archevêque de Canlor-

dans
le

le

liixième siècle.

Tu

peux

lire
,

^

dans

iiuiàèuie chapitre

de sa vie

et

xxviij

INTRODUCTION.
la

dans

quatrième des Pieuses Gaietés
,

du révérend père Angelin de Gaza
S.

que

Dunstan

était

forgeron

,

aussi-Lien qu'é-

vèque; que
intentions;
tenailles
,

j'allais le

voir, sans mauvaises
prit le

qu'il
et
qu'il

me

nez avec ses

ne Idcha prise qu'après

l'avoir allongé d'un

Lon

pied.

— Et quoi!
si

les

hommes

qui vous disent

puissant, ont donc quelque pouvoir sur
?

vous

Assurément

,

et

beaucoup plus que
te le

je n'en ai

sur eux. Je pourrais

prou-

ver par

une foule de
celles
- ci.

petites anecdotes

Vois mes doigts qui sont tous brûlés. Ce mauvais service m'a
été

comme

rendu par saint Dominique

,

comme
7

tu

peux

le

voir
vie.

au

chapitre
,

du
pen-

livre il

de sa
,

Je fus obligé

une cer,

taine nuit

de

lui tenir la
-,

chandelle

dant

qu'il

écrivait
,

et les

extrémités de

mes

doigts

mal

guéris de leur brûlures
je l'ai

témoignent assez que
bout.

tenue jusqu'au

On

dit

encore que vous aimez à

INTKODJCTION.
singer Dieu (i)
diges?
,

xxix

que vous

faites

des pro-

— Moi
disais

faire des prodiges
!

,

et clierclier
si

à imiter l'Éternel

C est comme
le

tu

que fane veut singer
le

rossignol

!....

Mais

temps s'avance ; si ta curiosité est satisfaite , si tu as de moi meilleure opinion que
le

commun

des

hommes
le

,

je vais

t'exposer en

deux mots

sujet qui m'a-

mène.

— Dites
le

,

dites

;

c'est ce qu'il

me

presse

plus de savoir.

Eh

bien

!

écoute - moi.
;

Chacun a

son grain d'amour-propre

et je n'en suis

pas plus dépourvu qu'un autre. Quoique
la terre oii

vivent

les
,

hommes

soit

bien

éloignée de la

mienne
Je

je suis las

de m'y

voir

donc te prier de me prêter ta plume , et de défendre ma cause Elle te paraît mauvaise Mais fais bien attention que toutes les
maltraité.

viens

.~

charges qui pèsent sur
(i)

moi
,

sont

le

plus
au

Le 1res- spirituel Henri Boguet
,

donne ce

talent

Diable

dans sou Discours des exécrables sorciers.

XXX

liNTRODOCTION.
,

souvent appuyées sur des contes
te sera aisé

et qu'il

de

les

léfuler

Paile donc

hardiment. Considère-moi sous
ritable joint

mon
tel

vé-

de vue

,

et

me dépeins

que

que

je snis.


dilles.

Fort bien. Je recueillerai des

traits

de tout genre. Je rapprocherai ceux qui

vous font honneur,

je" tairai

les

pecca-

Rapporte tout ce qui te tombera dans les mains , et prouve que les méchancetés qu'on me suppose sont apopas.

Kon

cryphes.

Quand aux
,

faits

et

gestes
si

qui

m'honorent
conservé
,

les

hommes

en ont
la.

peu

que tu auras bien de

peine a

en liouvor vingt ou trente. Mais
le

fais

pour

mieux.


un

Et quel

libraire

voudra

se

charger

d'un pareil

livre ?

— T,e
sot.

premier

libraire qui

ne sera pas

— —

Le

public

le lira-t-il?

Les gens d'esprit, oui sûrement.

IJNTllODUCÏION.

xxxj

— Mais
que ce
et c'est
1

il

y a
pas

si

peu de gens
je

d'esprit,
;

n'est

m'assurer un succès

un succès que
je

demande.

— Ah ne puis rien te dire là-dessus. — Gomment ne savez-vous pas
!

l'a-

venir

?

— Pas — Et qui
plaît ?

le

moins du monde.
a dicte
les

oracles

,

s'il

vous

— La crédulité humaine. — Qui a parler sibylles — L'imagination. — Qui inspire devins
fait

les

?

les

?

L'intërét.
les

— Mais toutes
attribue
?

prophéties qu'on vous

— Je m'en lave
naissent
le

les

mains. Je ne connais
les

pas plus l'avenir que
passe.

hommes
,

ne conpuis
,•

Pour

celui-là

je

me

vanter d'en avoir quelque teinture

et c'est

ma
En

longue expérience qui prête une cer-

taine sagesse à quelques-uns

de mes conseils.
,

vertu de cette expérience

je

puis te

xxxij

INTRODUCTION,
si

prédire rpic

tu fais le livre

que

je le

de-

mande

,

il

en arrivera des choses remarsi

quables; et que

tu viens jamais dans

mon
est

royaume

,

tu y lecevras des égards.
;

— Grand merci
loge

mais à propos où
?

votre

royaume

car enfin les uns
la
;

disent
terre
;

que vous régnez au centre de
les
cl
,

autres, dans le vague des airs

cea\luno

dans

le soleil

;

ceux-là dans

la

....


un

Mon royaume
,

,

personne ne

l'a

vu.

Contenti-loi de savoir qu'il est situé sur
i^rand globe
loin

du

soleil et

de ce

qui lenvironne.

— Ainsi Orphée, Pythagore, S. Patrice,
Cbarles-le-Chauve
,

Yetin

,

et mille autres
qu'ils

nous en ont conté
avalent fait
le

,

en nous disant
?

voyage aux enfers



Israël

Certainement. Nul être mortel ne
le pied.

ne peut y mettre
mortel

J'entends par là que vous êtes im?

— Je

le

pense
ait

;

quoique Ménasseh-benla

nous

condamnés à mourir à

IJSTRODUCTION.
liu des siècles.
t-il

xxxiij

Mais c'en est
il

assez, conlinuaretirer.

en se levant,

est

heure de tne

Travaille; tu auras
lecteurs....

probablement quelques

— Et

si

vous pouviez

me dicter un

peu

?

Cela m'est défendu.

— Quoi
de magie?

!

vous n'avez pas dicté des livres

— Non sûrement. — Et l'ouvrage qu'on attribue
fils

à

Cham

de Noé?.... Et ceux de Zoroastre?... Et

celui de Médée?...

— On n'écrivait pas, quand ces
ont vécu,

gens-là

— Mais
crite,

les livres
,

magiques de

Démo-

d'Orphée

de

Numa,

d'Albert-le-

Grand, de Saint-Cyprien ?

— Ces
moindre

fatras sont supposés.
qu'ils

D'ailleurs

les platitudes

renferment devraient
la

te dire assez

qu'un esprit n'y a pas eu

part.
!

— Eh bien

fascinez

un peu

les

sens des

sxxiv

INTRODUCTION.
grand physicien (i)?

lecteurs; l'aLbé Fiard dit, par parenthèse

que vous

êtes

— L'abbé Fiard, en disant cela, a prouvé
qu'il

ne

l'était

pas.
,

— Au
gent qui
vail.

moins

donnez-moi quelque ar-

me
n'ai

nourrisse j)endant

mon

tra-

— Je

jamais eu

le

sou , parce qu'il
terres; et

n'y en a point dans

mes

que

je

n'en ai pas besoin.

— Et
chis?

tous les gens que vous avez enri-

— La

niaiserie
je te

que tu
)

dis
fait

(sauf

le

respect que

dois

,

ne

pas honneur
qui se

à ton bon sens.

Tous

les visionnaires

sont dits magiciens étaient plus gueux que

Job dans

sa misère.
!

Jésus

vous savez

la Bible!....

(i)

Tertullien dit pareillement
,

que

le

Diable
l'a

est

d'une

adresse merveilleuse en physique
l'eau
(

et qu'on

vu porter de

dans un crible

,

sans
)

en

perdre

une seule goutte.
le

Apologet. cap. 11.

Nous n'avons plus
I

bonbeur de

voir d'aussi belles cboses

INTRODUCTION.

xxxv
;

— Je sais
des grands

bien autre chose

la

plupart

hommes
,

,

tant

anciens que

modernes
tour dans
ce

sont

venus

faire
,

un

petit

mon royaume
;

en sortant de
de de

monde

et

ils

m'ont
,

fait l'amitië

me réciter

leurs ouvrages

me

raconter

leur histoire

— Eh
vous
çons.

bien

!

faisons pacte ensemble j si

ne

pouvez pas

m'enrichir,

vous
le-

m'instruirez au

moins par de bonnes
toujours la chose
faire alliance
la

— Tu demandes
possible.

imavec

Je ne puis pas

des êtres d'une nature autre que

mienne,

avec un
revoir

homme

que

je

ne suis pas sûr de

Quoi donc

î

n'en

avez - vous pas
des
milliers de

contracte

autrefois avec

mortels?....

— Jamais

j

autrefois

on

était

plus sot

qu'à présent, et les

âmes simples du temps
le

passé croyaient tout ce que

premier
,

fri-

pon leur donnait à
déjà dit, je

croire.

Enim
fois

je te l'ai
sTir

ne viens qu'une

par an

xxxvj

INTRODUCTION,
pas
le

la terre, et je n'ai

droit de

trer

deux années de
tu n'es pas

suite

dans

me monle même

pays. Je ne te re verrai que dans quarante

ans,

si

mort;

à

moins que tu
le

ne viennes

me

chercher dans
1

pays des

Talapoius, ou

j'irai
,

année prochaine.
li-

— En
vres,

ce cas

donnez-moi donc des
Lien choisis. Je
si

nombreux
le faire

et

me con-

tenterai de ce petit miracle,

vous voulez

bien

en

ma faveur.
et je

— Je
faire

n'ai

pas de livres ,

ne

sais

pas

de miracles.
les
!

— Mais hommes en font bien — Dis plutôt qu^ils se vantent d'en faire;
et rappelle-toi cette

phrase d'un philosophe

qui

,

pour avoir déraisonne quelquefois en

parlant de Dieu et de

Fâme, n'en a pas

moins
choses

dit
:

bien souvent de grandes et belles


,

Je ne crois pas aux témoins

oculaires

quand

ils

pre'tendent avoir vu

des choses absurdes. C'est de pareils sen-

timens

qu'il faut te pénétrer,

pour défendre
Cet

ma

cause.

Ah

!

vous citez Voltaire

INTRODUCTION.

xxxvij

homme -là
Moi ,
que
je
si

VOUS aurait-

il

perverti?

vous rëpondi'ai, avec l'abbé Fiard, Ton prenait cet apophthegme de
il

Voltaire pour règle de sa conduite ,

mè-

nerait directement à nier toute espèce de

prodige

— C'est aussi ce que
ne
faisait

fait le

sage , et ce que

pas ton abbë Fiard.

Le
la

créateur

de tous

les

mondes

a

donné à

nature

un

cours constant et invariable. Tout ce que
tu vois sur la terre est

un miracle

conti-

nuel j et

il

n'en faut point d'autres. Dieu ne

met
plie

point sa puissance infinie aux ordres
;

d'un insensé

et la sagesse éternelle

ne se
voici

point aux bizarres et vains
fou....

caprices

d'un charlatan ou d'un
puis

Mais

bientôt l'aurore. Hâte-toi de

me

dire si je

compter sur

tes

bons

office

— La tâche est — Elle est neuve.... — Je
le sais

difficile....

et le public

aura peut-

être quelque indulgence


sur

Assurément.

En

ce cas

,

je

compte

toi.

xïxvii)

INTRODUCTION.
Si je vais
?

— Pas encore.
quisition

en Espagne,

l'in*

me
je

brûlera
!

— Eh bien lu n'iras pas en Espagne. — Si tombe entre mains des
les

dévots

?
?


oii

Après

tu n'es plus sous ces règnes
l'ëtat.
;

des moines conduisaient
les

Le
et

fa-

natisme a

un gouvernement sage ne peut se fâcher, quand on a la vérité dans la bouche , quand on
ongles bien rognes

détruit les calomnies


qu'il

Tout

cela

est fort

bien
,

;

mais puis

faut trancher le

mot
;

les

hommes
las

se

vendent aujourd'hui
,

je

suis

de

vivre pauvre

et je

voudrais savoir ce que
travail

me

rapportera
le

mon

Si vous

n'avez pas

sou
!...^.

— Ah
dont
i

!

lu as aussi l'âme vënaîe
je

Je

t*avoue que

ne

le

pensais pas.... Voilà

ce qui m'a fuit rejelter de tous les écrivains
ai

déjà réclamé

la

plume

:

je

n'ai

point d'argent

Cette grande tristesse

,

que cause subi,

tement une espérance perdue

se peignit

INTRODUCTION.
alors sur la face
sortir.

3xxix

du

Diable.

11

se leva

pour

Ses

longs
le

malheurs
:

attendrirent

mon
point

àme. Je
vil
,

rappelai
;

— Ne me croyez
mais
il

lui dis - je

faut

de

grands

frais

de livres, pour l'ouvrage que

vous
riche.
et
je

me demandez
Cependant
je

et je suis loin d'être

vais l'entreprendre

;

vous promets d'y employer tous mes

soins.


Diable
si

A
;

la

bonne heure
ranimes

,

répondit

le
;

tu

mon cœur
,

abattu

compte sur une reconnaissance sans bornes,
tu laves

ma

réputation
,

et
le

En

ce

moment
du

on entendit
;

chant

d'un coq

voisinage

le

Diable s'ëva-

nouit, avec
tait

la rapidité

de

l'éclair. Il

me res«

encore bien des choses à
je

lui

demander.
attendre

Comme
chez
les

ne voulais pas
je
,

l'aller

Talapoins,

me vis

forcé de

m'en

rapporter aux livres
et gestes

qui traitent des faits

des démons.

Je mis
et

le

lende-

m^ain la

main à l'œuvre , méditations du lecteur le
recherches.
Il les

j'offre

aux

fruit

de

mes

jugera suivant son goût.

xl

INTRODUCTION.
seulement que
je

J'observerai

ne

lui

ai

pas

fait l'injure

de réfuter des
,

traits

qui

se réfutent

d'eux-mêmes

et

de

faire

des

réflexions

,

lorsqu'elles naissent tout natu-

rellement du sujet.

LE DIABLE.

LE DiABLE
PEINT

PAR LUI-MÊME.
*W»V**V^'»»*^*%%*^'*^*^V\t'M.*%\*'

CHAPITRE PREMIER.
HISTOIRE DES DÉMONS.
Inquinat egregios adjuncta superbia more^

Claudien.
L'orgueil trouble souvent la raison la plus saine
:

Demandez

à

Satan dans quels

maux

il

entraîne.

JL'existence des
les livres
lait

démons

n'est constatée
les
,

que dans

de théologie. Chez
,

des pjgmées

des sphinx

et personne

ne

les avait vus.

anciens, on pardu phénix, etc. Parmi nous , on

entend sans cesse raconter
Diable
adresse
,

les faits et gestes
,

du

décrire ses formes variées
;

vanter son
ses

cependant on ne doit toutes
si

aven-

tures qu'aux rêves

souvent insipides de quel-

ques imaginations égarées.

Nos connaissances

2

LE DIABLE
pour
conclure de

sont trop bornées
n'existe point

qu'il

de démons. Mais, puis
les

qu'il n'a été

dornié à aucun ail humain de

voir, tout ce

qui va suivre doit être considéré
rie

comme
et

uue

sé-

de paradoxes

,

de suppositions

de contes.

Les anciens admettaient trois sortes de démons, les bons, les mauvais et les neutres (i) les premiers chrétiens n'en reconnaissaient que
;

deux

classes les bons et les mauvais. Les démonomanes ont tout confondu et devant eux tout démon est un esprit malin. Les théologiens de
,
,

l'antiquité jugeaient
et

ditiéremment
appelés

:

les

dieux

Jupiter

même

sont

Démons dans
,

Homère.
L'origine des

démons
peuples

est
la

des plus anciennes

puisque tous
loin que le doit fixer

les

font remonter plus
la

monde. Aben-Esra prétend qu'on
la création.

au second jour de
,

Menasse,

ben-Israël

qui a suivi la

même
,

opinion

ajoute

qu'après avoir créé l'enfer et les
les plaça

dans

les

de tourmenter les

démons , Dieu nuages et leur donna le soin méchans (2). Cependant Ihomsecond jour
;
,•

me

n'était pas créé le

il

n'y avait

point de méchans à punir

et les

sont pas sortis tout noirs de la

démons ne main du créa-

( I )

Eudœmon Dœmon
,

,

Cacodœmon.
.

(?],

De

resurrcctione ivcvLucrum. Lib. IIl

crp. G.

PELNT PAR LUI-MÊME.
leur,
puisqu'ils
,

3

ne sont que des anges de lu-

mière
chute.

devenus anges

de ténèbres

par leur

Origène

et

quelques philosophes soutiennent
les

que

les

bons et

mauvais

esprits

sont plus

vieux que notre

monde, parce
iiuit

qu'il n'est

pas

probable que Dieu se
il

soit avisé tout d'un

y a seulement sept ou
la

mille ans (i)

coup de
,

tout créer pour la première fois. I^a Bible ne
parle point de

création des anges et des dé-

nions

,

parce

,

dit

Origène
la

,

qu'ils étaient restés

mondes qui ont précédé le nôtre. Apulée pense que les démons sont éternels comme les dieux (2). Manès, ceux
immortels après
ruine des
qu'il a copiés, et

ceux qui ont adopté son système,
,

font aussi le diable éternel

et le

regardent

comest le

me
est

le

principe du mal

,

ainsi

que Dieu
le

principe du bien. Saint Jean dit que

Diable,
11

menteur , aussi-bien que son père
,

(3).

n'y

a que deux moyens d'être père
la voie

ajoutait

Manès
la

de

la

génération, et
est le

la

voie de la créavoie

tion. Si

Dieu

père du Diable par

(i)

La version des Septante donne au monde quinze ou
modernes ont

dix-lmit cents ans de plus que nous. Les Grecs
suivi ce calcul
;

et le P.

Pezron Ta un peu réveillé parmi nous

dans l'Antiquité rétablie.
(2) Lib.

de Deo Socralis.

(3) Évaîig. s£C. Joann. Cap. p^III^ vers. 44-

4

LE DIABLE
la

de
le

génération,
;

le

Diable sera consubstantiel à
est

Dieu Dieu Dieu

cette

conséquence
la

impie. Si Dieu est
la

père du Diable par
est

voie de

création

,

un menteur
dans ce
,

;

ce qui est

un autre blal'a fait
il

sphème. Ainsi
;

le diable n'est

point l'ouvrage de
:

et,

cas-là,

personne ne

est éternel

etc.

Les découvertes des autres théoC'est

logiens et des plus habiles philosophes sont aussi

peu

satisfaisantes.

pourquoi

il

faut s'en

tenir là-dessus au sentiment le plus général.

Dieu avait créé neuf chœurs d'anges
phins
,

:

les séra-

les

chérubins, les trônes,

les

domina-

tions, les principautés, les vertus des cieux, les

puissances

,

les

archanges

,

et les anges propre-

ment dits. Du moins
les saints pères
,

c'est ainsi

il

y

a bien

que l'ont décidé douze cents ans.
,

Toute

cette milice céleste était pure

cl

non

portée au mal. Cependant quelques-uns se
rent tenter par l'esprit d'orgueil (i)
se croire aussi grands
;

laissè-

ils

osèrent
et

que leur créateur,

en-

traînèrent dans leur crime les deux tiers de
(i) Voilà ce qui cmLarrassait

encore
foi
;

les mauiclie'cns, et ce

qui arrête les chrétiens de bonne

Çnt'l clait cçt esprit
doit croire

d'orgueil ? et qui l'avait créé?

On

que Dieu
,

donna à

toutes les créatures

,

douées d'une arae raisonuaMe

la liberté

de bien ou mal

faire.

Autrement
,

la

vertu serait sans
le

mérite. Mais puisque Dieu est juste
existe
,

et

que

libre

arbitre

on

doit rejeter le

dogme des

tentations.

PEINT PAR LUI-MÊME.
rarmée des
séraphins
crées (2)
,
,

5

aiiges (i).
et ie

Satan,

le

premier des

plus grand de tous les êtres

s'était

mis à
il

la tète

des rebelles.

De-

puis long-temps (5)
gloire inaltérable
,

jouissait

dans

le ciel

d'une

et

ne reconnaissait d'autre

maître que l'Eternel.
sa perte
:

Une

folle
la

ambition causa
moitié du
ciel

il

voulut régner sur

et siéger sur

un trône

aussi élevé

que celui du

créateur.

Dieu envoya contre
les

lui l'archange
le

Miciel.

chel
il

,

avec

anges restés dans

devoir. Alors

se

donna une grande

bataille

dans

le

Satan fut vaincu

et précipité

dans l'abîme, avec

tous ceux de son parti (4).

De
nouit

ce
;

moment

,

la

beauté des séditieux s'évaj

leurs traits s'obscurcirent et se ridèrent
;

leurs fronts se chargèrent de cornes

une queue
de rebelles,
;

(1) Cœsarius d'Heisterbach dit qu'il n'y eut

parmi
leur

les

anges

,

que dans

la

proportion d'an sur dix
si

et

que

nombre

e'tail

ne'anmoins

grand
(

,

qu'ils

remplirent dans
,

leur chute tout le vide de

l'air.

De Dcemonibus
et des

cap.
,

i

.

)

On

a suivi

le calcul

de Milton

démonoraanes

qui

doivent s'y connaître.
(2)

Quique creaturœ prcefulsit

in ordine prunus
lib. II.

Alc. Aviti ,poem.
(3.)

Angélus hic dudumfuerat
Apocalypse. Chap.
l'Écriture

Idem.
Il est

(4)

7^, vers. 7 et.^.
fait

bon de re-

marquer que

ne

point connaître la faute des

démons

,

ei

que

les casuistes

ont eu l'adresse de la deviner.

6
sorllt

LE DIAIILE
de leur
(:roiip(3
;

leurs doigts s'armèrent de

griffes (i).

La

diflbrmité et la tristesse rempla-

cèrent sur leurs visages les grâces et Tempreinte

du bonheur. Enfin
giens de bon sens
,

,

comme

disent les théolo-

leurs ailes d'azur devinrent
,

des ailes de chauve-souris. Car tout esprit

bon
dans

ou mauvais,
Dieu

est

nécessairement ailé

(2).

exila les anges déchus loin

du

ciel
,

,

un monde que nous ne connaissons point
nous
^

et

que

nommons IV^t/êr, ou V abfmc ou le sombre royaume. L'opinion commune place ce pays au
avec plusieurs autres pères
,

centre de notre petit globe. Saint Athanase dit
et

avec

les

plus
l'air

fameux rabbins, que
les brouillards

les

démons
Prosper

habitent
les

qu'ils remplissent. Saint

place dans

de

la

mer. Swinden a voulu dédans
la le soleil.

montrer
les les

qu'ils logeaient

D'autres

ont séquestrés dans

lune. Saint Patrice

a vus dans une caverne d'Irlande. Jérémie
,

Drexelius conserve l'enfer souterrain

et

pré-

tend que

c'est

un grand trou

,

large de deux bonqu'il

nes lieues. Bartholomé Tortoletti dit
vers le milieu

y

a

du globe
,

terrestre y

un antre pro;

fond
(i)
"VU

,

horrible

le soleil

ne pénètre jamais
ainsi

Le Diable en parle un peu différemment,

qu'on

l'a

dans l'Introduction.
(?)

j

Omnis

spin'lii<:

aies est. Tertiill. Apologct.

.cap

2?..

PEINT PAR LUI-MÊME.
et

7
(\).

que

c'est la
,

bouche de l'abîme infernal

Milton
ter,

à qui
les

il

faudrait peut-être s'en rappor-

met

enfers bien loin

du

soleil et

de

nous.

Quoi
fidèles
,

qu'il
et

en soit, pour consoler
les

les

anges

repeupler

cieux
,

,

selon l'expresfit

sion de saint Bonaventure

Dieu

l'homme
Il

,

créature
faire le

moins
bien
,

parfaite

,

mais qui pouvait aussi
son créateur.
sui-

et connaître

vrait de là

que nous devons au Diable
ce qui nous obligerait à
,

le plaisir

de naître

;

un

petit grain

de reconnaissance
des

si

la

conduite postérieure

démons ne nous
,

forçait à les haïr. Satan et
et

les siens

ennemis désormais de Dieu

de
si

ses

œuvres, résolurent de perdre l'homme,

rien

ne

s'y opposait.

Adam
,

et

Eve

,

nos premiers
,

parens commençaient à jouir de la vie
jardin de délices

dans un

tout leur était permis

hors le plaisir de toucher au fruit défendu. Les
saintes écritures disent

que ce
,

fruit poussait sur

un

arbre. Plusieurs savans

et après

eux l'abbé

deVillars, so utienennt que le fruit défendu éta it
la jouissance

des plaisirs charnel s
sa

;

que l'homme

ne devait point voir
(i) Quest' è
la

femme

,

ni la

femme son

bocca de

1

infernal' arca.
III.

G1UDITTA viTTORiosA. Canto

8

LE DIABLE
,

mari , etc. (i). Quoi qu'il en soit , Satan muni du pouvoir de tenter l'homme se détacha du séjour où il était exilé d'où l'on a souvent conclu que le châtiment des anges superbes n'était
,
:

pas effroyable

,

comme
Il

le disent

des théologiens

exagérés, et que Satan n'était pas continuelle-

ment

sur le gril.

prit la ligure

du serpent,
le plus
,

celui de tous les
finesse (2).

animaux qui avait
la sorte
,

de
et

Déguisé de
,

l'ange
la

mainte,

nant démon

se présenta

devant

femme

l'engagea à désobéir à Dieu. Eve fut séduite en

un

instant

;

elle

succomba

,

et

fît

succomber son

mari.

Après
phant
;

cela

,

l'esprit

malin s'en retourna triom,

nos premiers pères

coupables

,

furent

du jardin , abandonnés aux souffrances et condamnés à la mort. Il suit de là que nous devons au DiaÎ3le et à son humeur envieuse le
chassés
déplaisir de

mourir

;

ce qui nous permet à son
,

égard une petite dose de reproches. De plus
Diable eut
le

le

pouvoir de venir tenter

le

premier

homme

et la

première
,

femme eux
,

et leurs des;

cendans à perpétuité

quand bon

lui semblerait

(i)

Le comte de Gabalis,
lY^. Entretien.

o\x

ErUrelicns sur les scicnct^s

secrètes.
(2)
lib.

Cunctis onimantibiis altior as tu.

Alc. .i\ni

,

pocrn-

IL

PEINT PAR LUI-MÈMIL
il

^

peut

même
;

,

eu cas de besoin

,

détacher à îa
qu'il le juge
l'en-

piété des luiniains autant

de démons
la

convenable
l'ennemi

et

l'homme devient
que
les

proie de

fer, toutes les fois qu'il
:

cède aux suggestions de
l'enter,

on

sait d'ailleurs

en quelTelltfs

que

lieu qu'il soit, est
,

un pays enflammé.
,

furent

selon les casuistcs

conséquences de
,

la faute

que commirent nos premiers parens
y

faute qui rejaillit sur nous tous
le

et qui se

nomme
démons

péché

originel.
,

Depuis cette mémorable époque

les

arrivèrent de toutes parts sur notre pauvre terre.

Wérius qui les a compt es dit qu'ils se divisent en six mille six cent soixante-six légions com,

,

,

posées chacune de

six mille six
il

cent soixante-six
le

anges ténébreux

;

en élève ainsi

nombre à

quarante-cinq millions, ou à peu près; et leur

donne soixante-douze princes ducs ou marquis.
,

Georges Bloock a prouvé
cul
,

de ce calen démontrant que, sans compter les déla fausseté

mons

qui n'ont point d'emploi particulier, tels

que ceux de l'air, et les gardiens permanens du sombre empire , chaque mortel a le sien ici bas.
Si les
la

hommes

seuls ont ce privilège

,

il

y a sur
e?t

terre plus

de quatre cents millions de faces
et
le

humaines
effroyable.
C'est

nombre des démons

pourquoi nous

ne devons plus nous

jo

LE DIABLE
les fourberies
,

clonner de voir
désordre
,

les

guerres

,

le
les

les

abominations répandus sous
le

pas des mortels. Tout
lions est inspiré par les
s'est

mal qui
;

se fait ici bas

démons

cl leur histoire

tellement liée à Thistoire de tous les peuici

ples, qu'il serait impossible de l'écrire
entière, lis ont inspiré le

toute
;

meurtre d'Abel

ils

ont soufflé tous
Juge
;

les forfaits qui

causèrent le dé-

ils

perdirent

Sodome

et

Gomorrhe
et

;

ils

se firent élever des autels chez toutes les nations

à l'exception du

petit

peuple juif;

quelquefois
Ils

même

ils

escamotèrent l'encens
les

d'Israël.

trompèrent

hommes

par les oracles, et par
,

mille prestiges imposteurs

jusqu'à l'avènement

duMessie. Alors leur puissance devait s'anéantir
tout-à-fait
;

et

cependant on
;

les

retrouve de-

puis, plus puissans que jamais
ses auparavant inouïes.

on voit des choles tentations

Les légions infernales se
;

montrent

à de pieux anachorètes
;

deviennent épouvantables
Diable sont multipliées;
il
il

les supercheries

du
;

excite les tempêtes
;

tord le cou aux impies
;

il

couche avec

les

femmes

il

prédit l'avenir, par la bouche des
;

sorcières et des devineresses
lieu des bûchers
et

il

triomphe au misiècles

dans ces

de lu-

mière

,

il

envoie
,

Mesmer,

Cagliostro, plusieurs
,

charlatans

une foule d'escamoteurs

pour nous

séduire encore par les charmes de l'enfer. ....

PEINT PAR LUI-MÊME.
C'est

ii
;

du moins ce que

dit

labbé Fiard

c'est

ce

que prétendent avec
giens
:

lui dix mille

graves théolo-

que penser de tout cela? Malheureusement pour leurs systèmes,
se contredisent à

les

dé-

monomanes
tullien dit
,

chaque pas. Ter,

dans un endroit

que
;

les

démons
peu-

ont conservé toute leur puissance

qu'ils

vent être partout en

un

instant

,

parce qu'ils vo,

lent d'un bout de l'univers à l'autre

aussi vite

que nous
l'avenir
;

faisons

un pas
qu'ils

(i)

;

qu'ils

connaissent

enfin qu'ils prédisent la pluie et le
,

beau temps
sition n'a

parce

vivent en

l'air, et qu'ils

peuvent examiner

les

nuages.

La

sainte inquiles faiseurs

don c pas
,

tort

de c ondamner
ailleurs le

d' almajnachs

co mme gens en plein

commer ce
Terlulses

avec
lien

le

Djable
,

Mais

même
de
le

décide que le Diable a perdu
et qu'il

tous

moyens
dre
,

serait ridicule

crain-

etc.

En

rapportant les innombrables contradic-

tions des autres théologiens,

on ne

ferait

que

répéter les

mêmes dogmes ;
le lecteur.

et ce serait fatiguer
,

inutilement
assez

Bodin
Diable

que l'on connaît
a
fait

pour

le triste

ouvrage

qu'il
,

contre

les sorciers et contre le

le

même

Bodin,

qui

,

dans sa Démonomanie , dépeint Satan et ses
Totus orbis
locus unus est. Apologet. cap. 22.

(i)

îllis

ï2

I.I-:

DixhïJi

anges sous

les

couleurs les plus noires, dit aussi,
liv.
i*"'.

dans cette même Detnoiiomcmie,
f(

,cli.
,

I'^

:

Que

les

démons peuvent
les
le

faire le
faillir
;

bien

tout

w ainsi

que

anges peuvent

que

le

dé-

»
))

mon

de Socrate

détournait toujours de
;

mal
es-

faire et le tu'ait

de dant^er

que

les

malins

j)

prits servent à la gloire

du Tout -Puissant
la

«
j)

comme
et

exécuteurs de sa haute-justice;

qu

ils

ne font rien qu'avec
»
il

permission

» de Dieu

Enfin,

faut
,

remarquer encore que, selon
les

Michel Psellus
se divisent

démons

,

bons ou mauvais

,

en

six

grandes sections. Les premiers
feu qui en habitent les ré-

sont les

démons du
;

gions éloignées
l'air,

les

seconds sont
,

les

démons
ont
le

de*

qui volent autour de noiis
;

et

pou-

voir d'exciter les orages
,

les

troisièmes sont les

démons de la terre qui se mêlent avec les hommes et s'occupent de les tenter (i); les quatrièmes sont les démons des eaux , qui habitent la mer et les rivières pour y élever des tempêtes
, ,

et causer des naufrages

;

les

cinquièmes sont

les

(i) Alberl-le-Grand,

que

les partisans

de la superstition pren:

nent quelquefois pour leur appui,
contes de

dit

formellement
les airs
,

T^oiis ces

démons qui remplissent
,

qui rodent au,

tour des

hommes

et

qui dévoilent

les choses futures

sont

des absurdités que la saine raison n'admettra jamais.
somn.
et vig. lib. 3,

De

tract,

i,

cap. 8.

PEINT PAR LUI-MÊME.
démons souterrains, qui préparent mens de terre soufflent les volcans
,

«3

les
,

tremble-

font e'crou;

1er

les

puits et tourmentent les mineurs
les

les

sixièmes sont

démons ténébreux
la terre.

,

ainsi
,

nomne se

més

,

parce qu'ils vivent loin du soleil

et

montrent pas sur

Saint Augustin

comcette

prenait toute la masse des

démons dans

dernière catégorie.

On ne sait pas précisément où
dans ce système, que
les

Michel Psellus a
c'est

trouvé tant de belles choses. Mais

peut-être

les cabalistos

ont imaginé

salamandres,
,

qu'ils

placent dans les régions du
l'air, les
,

feu

les

sylphes qui remplissent
l'eau

ondins

ou nymphes qui vivent dans

et les

gnomes,

qui sont logés dans l'intérieur de

la terre.

i4

LE DIABLE

CHAPITRE

II.

FORMES ET MÉTAMORPHOSES.
Et mutât faciem.
,

varias sumitque colores.

Au.lAT.

Comme

les

courtisans
sait

,

et suivant les

humeurs

,

Le Diable

chanserdc forme

et de couleurs.

L'Écriture a conservé aux démons
dUanges
;

le

nom
les

seulement

elle les appelle
,

anges de

ténèbres.

On
la

en peut conclure que
et les griffes

malgré

cornes

,

queue
,

que nous leur

les démons conservent encore , un peu altérée sans doute la forme angélique. Quant à Satan, leur chef, saint Jean l'appelle le grand dragon et le représente sous la figure

avons données

,

,

d'un serpent

ailé (i).

On

l'appelle aussi Y ancien

serpent^ à cause de sa première

métamorphose (2).
et

Milton donne aux démons une beauté sévère
majestueuse, quoique
Il

flétrie

depuis leur chute.

y

joint

une

taille si

imposante , que Satan a
les

bien quarante mille pieds de haut, à sa mesure.

Selon
(1) (2)

le

poète Palingène
chap. 12 et 20,
3.

,

démons sont

Apocalypse

,

Genèse, chap.

PEINT PAR LUI-MÊME.
noirs, depuis
des pieds.
Ils

ï5

la

pointe des ailes jusqu'à la plante
les

ont

dents blanches

,

et
la

deux débouche-

fenses de sanglier leur sortent de

Leur

figure est passablement laide

;

leurs ailes
,

ressemblent à celles des chauves-souris
pieds à ceux des canards.
lion
,

leurs

Ils

ont une queue de

et sont couverts de poils d'ours.

Le grand
;

roi des
Il

démons

est assis sur

un trône superbeles

a sept crêtes et sept cornes sur la tête

sept cornes portent chacune une tour.
sort par
le

Le

feu lui

nez

,

les oreilles

,

les

yeux
(i).

et la

bou-

che

;

et sa

garde
,

est

innombrable

Le Diable

qui pre'side au sabbat

,

et qui se

nomme

ordinairement Léonard,
,

s'y

présente
et noir,

sous la figure d'un bouc

pâle

,

triste

avec deux visages, l'un sur les épaules , l'autre
sous la queue
,

comme on

le sait

de bonne part.

Quelquefois

il

ressemble à un

lévrier,

bœuf, ou

un grand oiseau noir, ou à d'arbre , surmonté d'un visage ténébreux. Sas pieds, quand il en porte au sabbat, sont toujours des pâtes d'oie (2). Dans ces rassemblemens de sorciers et de démons , qu'il ne nous est plus
a
(i) (?)

ou à ua un tronc

Palingenii Zodiacus
Les experts
,

vitce
le
il

^

lib.

IX. sagittarius.

qui ont
,

vu

Diable au sabbat, observent

qu'il n'a

pas de pieds
et

quand

prend

la

forme d'un troue

d'arbre

,

dans d'aulres circonstances extraordinaires.

i6

LE DIABLE
voir, les diables subalternes se de'gui-

donné de
le

sent en crapauds ou en chats noirs, pour danser

branle avec les sorcières

(i).

Au

reste, les

théologiens permettent aux
toutes sortes de formes.

démons de prendre
( le

— Un choriste de Citeaux
dheureuse mémoire),
dormi, en chantant
saut
,

frère

Herman

,

s'étant

légèrement en-

les

matines, s'éveilla en sur-

et aperçut deux fesses d'ours qui sortaient

du chœur. Cette vision commençait à l'effrayer, quand il vit l'ours tout entier reparaître , et considérer attentivement tous les novices,

comme
Enfin
Ils

un

officier

de police qui

fait sa

ronde
:

l'ours sortit

de nouveau
;

,

en disant

sont voir

bien éveillés
s'ils

je reviendrai tout à l'heure

dorment.... C'était le Diable, qu'on avait
les frères

envoyé pour contenir
voir (2).

dans leur de-

— Un autre moine de Cîteaux
de temps en temps
sieurs
,

dormait aussi
sous

au lieu de psalmodier. Plualors autour de lui
, ,

démons venaient

des figures

de pourceaux

et les frères les

en-

tendaient grogner, pendant que le
flait (5).

moine roncouvent

— Un
,

frère convers du

même
,

(i)

Lelojer

Delancre

,

Bodin

,

BogucL

etc.

(2)Caesani Hclsterbach. Miracul.
(3)

illustriiiiii. Iib. v.

cap. 49-

Idem.

Lib.

4

,

cap. 35.

PEINT PAR
avait pareillement la

LL'I-MÉM'E.

i;

mauvaise habitude de dor,

mir au chœur.
tines
,

Un

jour donc

pendant

les

ma-

ses voisins virent le

Diable

assis sur sa

tète, sous la

forme d'un chat uair
,

appris cette terrible circonstance

le

Ayant dormeur se
n'avait

posta désormais

sur

un tabouret qui
il

qu'un pied; de manière que, quand le Diable
cherchait à l'endormir,

tombait assez lourde-

ment pour

se réveiller (i).

— Une
recluse à

sainte fille du douzième siècle se fit Aix-la-Chapelle pour avoir vu une
,

troupe de Diables troupe de moines
,

assis

sur les épaules d'une

avec des visages de singes et
;

des figures du chats
horrible
était
,

et, ce qui est

encore plus
procession

elle

remarqua que

cette

précédée d'une bande de démons, déguisés
,

en dogues hideux
nes

qui conduisaient les
,

moiet

comme
,

des aveugles

avant
et

,

moines

do-

gues

des colliers de

fer

des chaînes au

cou

(2).

— Quand
sie
,

les Jésuites

portèrent la foi dans l'A(

un pauvre homme de l'île d'Ormus
golfe Persique
)
,

à l'entrée

du

s'étant décidé à

embrasser

le christianisme, vit

une troupe de démons, sous

des figures de chats et de rats en colère. C'était
(i) Csesariiejiisdom. lib,

IV, cap. 33.

h": Caesarii îiijirà citati, miraiciil. lib

V,

cflj».

5q..

S

iS
la nuit
;

LE DIABLE
il

pensa

quon

venait peiit-êlre lui tor-

dre

le cou. Il

appela du secours à grands cris,
,

en

faisant le signe de la croix

et tous ces

démons

s'évanouirent (i).

— Un jurisconsulte,
le

dont on

n'a

conservé ni
le

nom ni le
fit

pays

,

ayant envie de voir

Diable

se

conduire par un magicien dans un carre,

four peu fréquenté


Il

les

démons avaient

cou-

tume
nègre

de se réunir.
assis sur

aperçut bientôt un grand
,

un trône élevé
qui était
il

entouré de plu-

sieurs soldats noirs armés de lances et de bâtons.

Le grand nègre,
au magicien qui
répondit
le

le

Diable, demanda
?

lui
,

amenait
c'est

— Seigneur

,

— Situveux sincèrement me
ma
droite

magicien

un serviteur

lidèle.

servir et m'adorer,

dit le Diable au jurisconsulte, je te ferai asseoir

à

Mais

le

prosélyte, trouvant la

cour infernale plus
fit

triste qu'il
;

ne

l'avait espéré

,

un grand signe de croix
(-2).

et les

démons séfit

vaiiouirent

Olibrius, gouverneur d'Antioche,

mettre

sainte Marguerite

en prison

,

parce qu'elle était
,

chrétienne. Marguerite, s'y trouvant seule
le ciel

pria

de

lui faire voir

le Diable.

Tout

à

coup

(i)EpistolaB indicaej epist. Gaspari Bcigae ad fratres Ormutii

1549.
(2)

Legenda aurea.

Jac. de Voragine. Leg. C4-

PEINT PAU LUI-MÊME.
parut devant
la elle
la

19
,

un énorme
fille

drag;)ii

qui ouvrit
si

gueule pour
la

dévorer. Cette gueule était

grande, que
recourir
sa
;

jeune

ne sut d'abord dragon
,

à qui

de façon que

le

allongeant

mâchoire supérieure sur

la tête
,

de Marguerite,

et sa

langue sous ses pieds

l'avala d'un seul

trait, et

probablement debout. Mais, avant qu'il
digérer, Marguerite
fît

eût pu
croix
;

la

le signe

de

la

aussitôt le
,

dragon

se creva

par

le

milieu

du ventre
son
,

la laissa

bien portante dans sa prisait

et disparut
il

on ne
le

comment
la figure
,

(i).

Mais

bientôt

se

remontra sous
reconnut
lui

d'un

hom-

me
ne

;

Marguerite
,

le saisit le

au collet
front, et

le jeta à terre
le

mit

le

pied sur

lâcha qu'après lui avoir rendu malices pour
(2).

malices
(i)

Os super

cajjut ejiis
,

pontns

,

et

linguam suhter

cal-^

caneuni porrigens

eam protiniis deglulwit. Sed dùm eani
,

absorbera vellet, signo crucis se munh'it
virlute crucis
,

et

ideà draco

,

crepuit

; et {>irgo

ilLœsa exivit. Après cela
,

,

l'auteur de la légende fait celte réflexion

extrêmement rare
être

dans son livre
vole
:

,

que ce passage peut bien

un conte

fri-

Illud autem quod dicitur de draconis devoratione
et

apocriphum

frivolum repulatur.
,

(

Legenda opus au-

reum
(a)

,

etc.
)

Jac. de Foragine

auclum à Claudio à Rota.
se

Leg. 88.

Ce dernier
,

trait

prouve assez qu'on
Ste.

trompe

histori-

quenient

quand on représente

Marguerite montée sur un

dragon.

20

LK DJABLE

— Du temps de
coiivers
lin
, ,

s'étant
le

Philippe - le - Bel un frère mis en campagne de grand ma,

aperçut

Diable qui venait à

lui

en cou-

rant, sous la figure d'un arbre couvert de gelée.
Il fît le

signe de la croix

,

et le

Diable disparut,

non
mais

sans laisser après lui une odeur de soufre et
frère continua sa
la ferait

de fume'e puante. Le
il

route

;

était dit qu'il

ne

pas sans peine

;

car, pendant tout son voyage, qui dura une

journée

,

le

diable se remontra à lui sous
;

la fi-

gure d'un cheval échappé
d'un soldat maigre et noir
;

puis sous les traits

ensuite sous la forme
;

d'un petit moine tout rond
celle d'un

un peu après sous
;

pourceau

;

puis sous celle d'un âne

et

,

après avoir causé plusieurs frayeurs à son
,

homme
aux

l'esprit

malin se changea en tonneau
,

,

passa sur le ventre du frère
éclats (i)
,

s'enfuit
(2). le

en riant

et

ne reparut plus
,

— Un autre
et,

frère convers

dans

siècle, vit le Diable sous les traits d'un

douzième cochon ;

un

instant après,

il

l'aperçut encore sous la
(3).

figure

du prieur de son couvent
tonneau qui
!

(1)

Un

rit

aux

éclats doit

être

une chose bien

étonnante
(2)

Gaguin

,

règne de Philippe-le-Bel. M. Garinet
,

,

//r>-

toire
(3)

de la magie en France. Monstrelct

Shellen

,

etc.

Cœsarii miracul.

lib. /*,

cap. 48.

PEINT PAR LUI-MÊME.

21 le

— Une jeune femme de
sous celles d'une bête velue

la ville

de Laon vit
,

diable sous la forme de son grand-père
,

puis

d'un chat

,

d'un es-

carbot, d'une guêpe

et

d'une jeune

fille (i).

Saint Benoit vit le Diable sous

la figure

d'un

merle noir , qui s'envola au signe de

la

croix (2).
,

Le dëmon
trait

qui accompagnait Agrippa

se

sous l'apparence d'un chien noir (5).
II et

monLe

pape Sylvestre

l'enchanteur Faustus avaient
,

pareillement des barbets

qui n'e'taient que des

démons (4)- Le Diable qui gardait la porte de Simon le magicien, ressemblait à un dogue danois (5).

— Dans un monastère de
gemmce
,

l'ordre de Citeaux
,

,

le

Diable apparut un jour à un novice
(i) Cornelii (2)
(3)

sous la
cap. 2.

cosmocrilicœ

,

lib.

II

,

Legenda aurea. Jac. de T^oragine. Leg. 48.
Voyez
,

les

niaiseries

que débite là-dessus Paul Jove.
,

Wierius
avait

qui fut disciple d' Agrippa
d'affeclions

dit

que ce grand
;

homme
mon-

beaucoup

pour
,

les

chiens

qu'on en voyait

toujours deux dans son étude

dont l'un se nommait
,

sieur
tes

,

et l'autre

mademoiselle

etc.

;

et l'on a

prétendu que

deux chiens étaient deux diables déguisés.
le

Si Crébillon eût

vécu dans
chiens. S.

quinzième
est

siècle

,

on en eût

dit autant
la

de ses
,

Roch

bienheureux d'être dans

légende

car

le sien serait aussi

un démon. du docteur Fauilus.

(4) Platine

,

et l'histoire

(5) Cedre.'îiis et St.

Clément d'Alexandrie.

5.2

LE DIABLE
queue de veau
,

figure d'une

qui semblait
,

maraprès
,

cher

comme une

couleuvre. Cette queue

avoir tiraillé le novice par son scapulaire

sans

trop reiïrayer, lui sauta au nez, et s'évanouit

brusquement...
vit

Un

autre jour, le
la figure

même moine
,

un autre diable sous
le

d'un œil

gros

comme

poing

(i).
-

— Saint Grégoire
le

le

-

Grand rapporte que
et

le

Diable se transforma un jour en laitue,

qu'une

mangea en salade; ce qui eut de graves suites. La religieuse n'avait pas dit son elle se trouva possédée du démon. bcnedicite Le saint homme Equilius la délivra. La légende dorée observe que dans les exorcismes on demanda au Diable pourquoi il était entré dans le
jeune religieuse
:

,

,

corps de la jeune vierge, et que le Diable répondit
:

— Je

n'y suis point entré
;

;

j'étais assis

sur

une

laitue

elle

m'a mordu et avalé
entra dans

(2).

Cette

circonstance

un cabaret sans la permission du prieur, et se mita boire sans avoir fait préalablement le signe de la croix. Le Diable,
qui le guettait
la
,

— Un capucin

dément un peu

saint Grégoire,

se jeta

dans son corps

,

sous

forme d'un demi-setier de vin,
(i)
(?.)

et rendit le

MiracuL

Caesarii Heisterb.

lib.

VL

Legenda, opus aureiim Jac de Voragine, aucî. à Claud,
1

à

Rota. Leg.

3o.

23 PEINT PAR LUI-MÊME. capucin si pesant qu'il fallut dix hommes pour remporter (i). Il fut délivré par saint Domi,

nique.

— Le commentateur de Thomas Valsingham
rapporte que
le
,

Diable sortit du corps d'un diacre
sous la figure d'un âne
;

schismatique

et

qu'un

ivrogne du comté de

Warwick
,

fut

long -temps

poursuivi par un esprit malin

déguisé en gre-

nouille. Leloyer cite quelque part
se

un démon qui

montra,

à

Laon

,

sous la figure d'une

mouche

ordinaire.

— De tous
toine
,

les diables

qui tentèrent saint Anlui

les plus
les

apparens s'approchaient de
grâces des plus belles

avec toutes

femmes

ou sous

les

formes

les plus riches et les plus sé-

duisantes.
fois

Il

en

vit

un

se transformer plusieurs

en lingot

(2).

— Un démon
François, sous

se présenta
la figure

un jour devant saint

d'une bourse pleine,
,

laquelle bourse se

métamorphosa en couleuvre
ramasser
(5).

quand on voulut

la

(

I

)

Qui vix àfratrihus decemfuit deportatus. {Legenda
)

aurea ,108, de sancto Dominico.
(2) St.
St.

Athanase

,

vie de St. Anloiuc

,

et les

dialogues de

Gregoire-le-Grand.
(3)

Legenda aurca

,

144.

H
de

LE DIABLE

— Un religieux
la

assez simple

,

étant à l'article
le

mort, ne

cessait

de regarder

ciel
Il

de
ré-

son

lit.

On
qu'il

lui

demanda

ce qui l'occupait?

pondit

voyait au-dessus de sa tête le Saint,

Esprit sous la forme d'un pigeon blanc

et le

Diable sous

l'habit d'un chat noir, qui guettait la

sainte colombe.
s'alla

Heureusement
,

le

pigeon blanc
le

poser sur un crucifix
(i).

et

mit

chat noir

en défaut

— Pierre
Cluni
,

le Ve'ne'rable

raconte que

le

Diabl«

entra un jour dans un monastère de l'ordre do
sous la forme d'un vautour.

Un moine
,

qui dormait pour digérer son dîner

frappa les
,

yeux du dëmon. Il s'en approcha doucement saisit une grande hache qui se trouvait là , et se disposa à couper le pied droit du religieux qui
,

dépassait le bois de son

lit.

Le moine
,

eut le

bonheur de
l'air
,

s'éveiller sur l'entrefaite
,

et vit

en

au-dessus de son pied

d'une hache.... Quoiqu'un pareil
assez curieux, le

un vautour armé phénomène soit

dormeur

éveillé n'y trouva rien

de plaisant
et s'en alla

de faire le signe de la croix. Lk-dessus le vautour mit bas les armes ,
,

et se hâta

comme

il

était veîiu (2).

(1) Caesarii Heislerbach. miracul.
{"2.)

,

lib.

VI.
ca^).

Pétri Venerab. de miraculis

,

lib. I.

i4' Hi*-*

loiie de la

magie en France.

PEINT PAR LUI-MÉMF.

=5

— Une dame mondaine
fut

,

et qui prenait plus

de soin de parer son corps que d'orner son

vue par un saint prêtre

,

escortée

âme de démons
, ,

déguises en blaireaux et en marmottes

lesquels

démons
prits

étaient en outre

montés par

d'autres es-

malins transformés en singes qui riaient
(i).
,

de la bouche

—Saint Dominique
,

voulant convertir des da,

mes hérétiques leur fît voir le Diable pour les détourner du service d'un si vilain maître. C'était

dans nne église; aussitôt
,

qu'il eut

commandé
la

à l'ange apostat de paraître

on

vit

tomber de

voûte un horrible chat noir, qui ressemblait à un
chien.
Il

avait de grands
,

yeux enflammés
et

,

une
,

langue longue

large

,

rouge
,

pendante

un

postérieur extrêmement laid

qu'il

montrait con-

tinuellement

,

en

faisant

ses

cabrioles.

Après
,

avoir sauté quelque temps devant les
saisit la

dames

il

corde de

la

cloche

,

et

remonta dans

le

grenier de l'église avec

la légèreté

d'un singe.

Comme

il

laissait
,

après lui une mauvaise odeur

de grillade

les

dames

se convertirent

,

en

se

serrant le nez (2).

(i) Pia hilaria Angeliai Gaz3ci
Jib.

,

in

supplem. post Caesarium

V. cap.

7. aiirea
,

(2)

Lcgenda

10^; de

S.

Dominico.

26

LE DIABLE

— Quand
le fait

le

Diable se montre aux Indiens,
;

il

toujours avec quelque noblesse

et

il

est
Il

facile

de

le

voir

,

pour tous

les

gens du pays.

ne

faut

pour cela que l'en prier pendant deux ou
,

trois jours
il

et lui faire

un

petit sacrifice. Alors

paraît, sous la figure qu'on l'invite de prendre,
,

resplendissant d'or et de pierres précieuses

ac-

compagné dune belle cour, entouré d'un grand nombre de jeunes filles séduisantes, escorté de
plusieurs régimens de cavalerie
,

et

d'une troupe
ornes.
Il

innombrable
offre

d'éléphans

richement

aux malheureux tout ce
,

qu'ils désirent, re-

commande l'aumône

et

ordonne aux Indiens
que prennent

opulens de donner des festins aux misérables (i).

— Ces
En

figures diverses,
faire voir
,

les dé-r

mons pour se

aux

hommes , sont multile

pliées à l'infini

comme on
un corps
on
les

verra dans la suite.
ils

attendant, on remarquera que, quand

apparaissent avec
assez ordinaire
leurs pieds de
et à leurs
,

dhomme
,

,

ce qui est

reconnaît aisément à
à leurs griffes

bouc ou de canard
,

cornes

qu'ils

peuvent bien cacher en

partie

,

mais

qu'ils

ne déposent jamais entière-

(

I

)

Epis toi ce indicœ Froncis ci Xavier, Ignalii à Loyola

cl

aliorum de socictale Jesu. P.

Km.

Teiscera adfratres.

Gooi i5Go.

PEINT PAR LUI-MÊME.
lement
qu'en prenant la forme humaine
,

27

ment. Cœsarius d'Heisterbach ajoute à ce signa,

,

le

Diable n'a ni dos

ni derrière, ni fesses

:

de

sorte qu'il se garde bien de

montrer

ses talons.

'(Miracul.

lib.

m.)

28

LE DIABLE
«%««%«^*%4«

CHAPITRE
LE BON DIABLE.
--

ni.
(i)

PETIT ROMAN,

Conscia mens rectifamœ mendacia ridet.

Ovide.
Le vulgaire insensé
Fais
le

te prête sa

malice

:

bien

,

en dëpit de l'humaine injustice.

Charles de Luzzen jeune militaire allemand,
,

d'une famille riche et noble

,

cherchait un do,

mestique
lorsqu'un

,

sans en pouvoir trouver à son gré
se présenta

démon

devant

lui

,

sous la
fait,

figure d'un jeune

homme extrêmement bien
si

et lui offrit ses services. Il avait les traits

gra-

cieux et

la
;

voix
et ce

si

douce

,

que Charles

le retint

de

suite

démon commença
,

à servir son

nouveau maître avec tant de soin
plaisance
,

tant de

com-

tant de fidélité et tant d'enjouement

qu'on en

était tout
,

étonné. Jamais Charles ne

montait à cheval

oa ne mettait pied
,

à terre

,

sans trouver son serviteur à son poste

ayant un

genou en
(i)

terre

,

et lui

tenant

l'étrier.

En
,

géné-

Ex

Cœsarii Heixterb. miracul.
,

ïllustr.

lib.

Vy

csp. 36 ; et Shsîlen

de mirandis à Diabolo.

PEINT PAR LUI-MÊME.
rai
,

29

l'aimable
,

démon montrait

toujours une
,

grande gaieté

beaucoup de discrétion
le
,

et

une

prévoyance plus qu'humaine.

Un jour que
plutôt son
val
,

jeune guerrier

et

son valet

,

ou

ami
ils

voyageaient ensemble à checôtoyaient
les rives

comme

d'un grand

fleuve, Charles tournant la tète aperçut plusieurs

de

ses

ennemis mortels, qui venaient à
,

lui.
;

Nous sommes perdus dit-il au démon voici mes ennemis qui me poursuivent et le fleuve m'empêche de les éviter. Ou je périrai sous leurs
,

coups

— Ne

,

ou

je serai

leur prisonnier.
,

craignez rien

répondit

le fidèle ser-

viteur, je connais les gués

de ce fleuve; suivezse hasarder

moi seulement
ger.

,

nous

le

traverserons sans dan-

— Personne n'a osé jamais
pousse son cheval et
suit

dans
le

ce torrent, répliquait Charles

Mais déjà

démon y

le passe

heureuse-

ment. Le maître
bord.

l'exemple de son valet, et

tous deux parviennent sans mésaventure à l'autre

Les ennemis qui étaient
le

à leur poursuite ar:

rivèrent alors sur la rive du fleuve

Il

n'y a
si

que

Diable qui puisse traverser une onde
- ils
,

rapide,

s'écrièrent

en voyant ce qui venait de se
imiter l'impru-

passer

;

et ils se retirèrent sans

dence de Pharaon.

Quelque temps après

,

la

femme de

Charles

3o
fut attaquée d'une

LE DIABLE
maladie mortelle. Les médede fart ne pouces pa-

cins rabaiidonnèrent, en disant, avec .a plus rare

bonne
roles

foi

,

qtie les ressources

vaient la sauver.
,

Le démon entendant
:

et remarquant rement le jeune époux, lui dit buvait du lait de lionne elle
rie.

qu'elles affligeaient sincè-

Si

ma maîtresse
guépourrions-

— Hélas
le

,

serait bientôt
,

î

répondit Charles

oii

nous avoir de ce lait?
répondit
terai
11


,

Laissez -moi faire,

bon

serviteur, je vous en

apporbout

sortit

en

même

temps

et rentra au

d'une heure avec un grand vase plein de
lionne.

lait
,

de
lui
,

On en
:

lava le corps de la malade

on

en

fit

boire

ce qui la ranima

si

parfaitement

qu'au bout de quelques jours elle fut en état de
quitter le
lit.

Le jeune

militaire
,

,

enflammé
cessait
lui

de. la plus vive

reconnaissance
précieux valet
,

ne

de remercier son

demander où il avait pu trouver si vite un lait si rare ? Dans Mais les montagnes de l'Arabie , répondit-il.
que pour

— —

nous en sommes éloignés de plusieurs mois de IN'importe en vous quittant , j'ai chemin ?

,

volé en Arabie

,

j'ai

pénétré dans Tantre d'une
j'ai tiré

lionne, jai éloigné ses petits,

le lait

de

ses

mamelles

,

et je suis

revenu à

la hâte.

Qui

es-tu donc,

s'écria Charles stupéfait ?

PEKNT PAR LUI-MÊME.

2t
;

— Ne vous
jour
si
!

embarrassez point de cela

je suis

votre serviteur.

— Tu me
veux
!

deviens de jour en
te

cher, que je

connaître

!

— Eh

bien

je suis un de ces anges qui sont tombe's

du

ciel

— Un dëmon
,

Mais

,

si

cela est

vrai , pourquoi sers-tu si fidèlement un mortel? Je me suis trouvé autrefois parmi les anges
rebelles
faute
;

sans prévoir les conséquences de

ma

j'ai

péché par inexpérience

:

c'est

pour-

quoi
les

il

m'est permis de venir quelquefois chez

enfans des

hommes

;

et le

plaisir

de leur

être utile

profiter de tes services

— Cependant, répliqua Charles, — — N'ayez
;

me

console un peu de

ma

disgrâce
je n'ose plus

point de

vaines frayeurs
laissez près

et

de vous,
,

il

comptez que si vous me ne vous arrivera jamais le
, ,

moindre mal ni de ma part ni de la part de Je ne puis m'y rémes compagnons d'exil. soudre mais exige ce que tu voudras pour ta

;

récompense
la

,

fût-ce la moitié de

mes biens

:

je

donnerai de bon cœur à celui qui m'a sauvé
la

de

— Puisque
il

mort

,

et qui
je

m'a rendu
démon....

ma femme.
,

ne peux plus être avec vous
le
,

ré-

pondit tristement

je

ne demande

pour mes
et

faibles services....

que cinq sous


fais

eut à peine reçu cette

qu'il la rendit à
lui dit-il,

son maître.

modique somme, Reprenez - les

achetez-en une petite cloche; j'en

32

LE DIABLE
:

présent à l'église de ce pauvre village

le di-

manche

,

au moins

,

elle avertira les fidèles

l'heure des saints oftices

— Adieu

de

!...

En
mes?

achevant ce mot

il

disparut.

— Qui pourmillième des

rait citer

un Ce

pareil trait
n'est

en l'honneur des homla

pourtant pas

bonnes actions du Diable.

PEINT PAR LUI-MÊME.

33

CHAPITRE

IV.

SERVICES RENDUS PAR LES DÉMONS.
At tandem
melior surgit mortallbus
cevi,

BlLLIUS.

On

en a dit du mal
le

j

mais, au siècle où nous
esl

sommes

,

Convenons que

Diable

meilleur que les

hommes.

LÈS bons
être plus

offices

que

le

peuple infernal rend
,

lous les jours auxhabitans de ce globe

sont peutles

nombreux que

les torts

dont nous

accusons. Mais les théologiens ont eu soin de
taire les actions estimables des

démons

,

pour ne
Il

rapporter que des crimes et des noirceurs.

ya

cependant certains
jourd'hui.

traits

que leur authenticité
les plus saillans

généralement reconnue a conservés jusqu'au-

Nous rapporterons
l'année 1221
le cuisinier

,

et

le lecteur jugera.

En
,

,

vers le temps des ven-

danges

d'un monastère de Cîteaux
les

chargea deux domestiques de garder

vignes

pendant

la nuit.

Un soir,

l'un

de ces deux valets,
le

ayant grande envie de dormir, appela
haute voix, et promit de
le

diable k
s'il

bien payer,
5

vou-

34
lait

LK DIABLF,
garder
la

\igne à sa place.

II

achevait à peine

ces mots, que le diable parut.
dit-il

— Me voici prêt
;

à celui qui lavait
,

demande
ta

que

me

donte

neras-tu

si je

remplis bien

charge ?
,

— Je

donnerai un bon panier de raisin
valet; mais à condition

répondit le

que tu veilleras soigneusement aux vignes jusqu'au matin , et que tu

tordras le cou à tous ceux qui viendraient

y ma-

rauder.

Le

diable accepta

l'offre

,

et le

domestique

rentra à la maison pour s'y reposer.

qui était encore debout
il

,

lui

avait quitté la vigne ?
,


la

garde, répondit-il
va
,

et

il

Le cuisinier, demanda pourquoi Mon compagnon la gardera bien. Va,

reprit le cuisinier qui n'en savait pas davan,

tage

ton compagnon peut avoir besoin de
valet n'osa répliquer, et sortit
la
;

toi.
il

-

Le

mais
Il
il

se

garda bien de reparaître dans
l'autre valet
,

vigne.

appela
s'était

lui

conta

le

procédé dont

avisé ; et tous deux, se reposant sur la

bonne garde
s'y

du diable
mirent.

,

ils

entrèrent dans une petite grotte
la

qui était auprès de

vigne

,

et

endor-

Les choses
vait l'espérer

se passèrent aussi-bien
;

qu'on pou-

le Niable fut fidèle à

sou poste
le

,

jusqu'au matin. Alors

on

lui

donna
;

panier de
prit avec

raisins qu'on lui avait

promis

il

le

délicatesse

,

et l'emporta avec reconnaissance

PEINT PAR LUI-MÊME,

35
le

La chronique ne
personne
(i).

dit pas qu'il ait

tordu

cou à

— L'empereur Trajan
Il fut

se trouvait à Antioclie
qiii

lors

de ce terrible tremblement de terre
la ville,

renversa presque tonte

et

fît

périr tant

de gens.
bras

sauvé par un

démon

qui se pré-

senta subitement devant
,

lui, le prit entre ses
,

sortit

avec lui par une fenêtre
la ville (2).

et l'em-

porta hors de

— La jeune Agnès du mont Politien,
(c'était
;

reve-

nant à la
tain

maison de son père, fut obligée un cerjour de passer devant une grande maison
alors
,

mal renommée
filles

un

habitacle de

de joie
,

(5)

depuis

ce lieu changea de

destination

et devint

un monastère de vierges).
pudicité, prit
;

Le

diable

,

dans un

moment de

l'alarme pour l'innocence d'Agnès

c'est

pour»

quoi

il

rassembla bien vite une troupe de déles

mons,

déguisa en corbeaux, et, travesti luila sorte,
il

même

de

alla

se

poster avec

sa

compagnie sur
{\)

le toit

du futur couvent.
,

Cœsarius HeÀsterbachcensis
Cassins. lib.
iibi

ill.

niirac. lib. 7^.

(2) Dion

6S.
lune publiciv meriiriccs sui scelerit
;

(3)

Lupanar

habitaculurn possidcbant

nunc autem nwnaslerium vuet

ginum
f|u'on ferait

On

a

aujourd'hui tant d'iinpi^ne
si

de

niitlice

,

bien des e'pigrammes,

l'on voyait

une maison de

proitifution publique

changée en couver:! uc

(i!les-

36

LE DIABLE

Lorsque Agnès passa près du guichet de la maison impudique, une bande de corbeaux fondit sur elle

en croassant

,

et l'obligea à

coups

d'ongles et de bec à passer sans regarder derrière elle.

Les

filles

de joie

et leurs

honnêtes

amis furent tout

stupéfaits

de voir des corbeaux

poursuivre une jeune innocente. Mais Agnès

comprit merveilleusement que ces oiseaux endiablés lui défendaient par là les plaisirs de la
chair. C'est

pourquoi

elle prit l'habit religieux,
filles

opéra

la

conversion de toutes les

publiques,

qui ne s'étaient pas encore endurcies de cœur

dans

maison infâme et , ayant fait l'acquisimaison même , elle la fit purifier, et y fonda un monastère , comme on l'avait prévu (i). Qu'on dise après cela que le diable est constamment impudique et qu'il ne cherche
la
;

tion de cette

,

qu'à faire choir l'innocence

!

un démon vint passer quelques mois dans la ville d'Hildesheim en BasseSaxe. L'évéque d'Hildesheim en était aussi le souverain en raison de ces deux titres, le démon
i

— Enl'année
:

i5o,

,

crut devoir

s

attacher à lui de préférence.
,

Il

se
fit

posta donc dans le palais épiscopal

et s'y

(i)

BoUandi Acta Sanctoruni , 20

aprilis.

Rajmundi de

Capiiâ,[ejusdem monast, con/ess. Agnes de monte Poliliano.
cap.

L

PEINT PAR LUI-MÊME.
bientôt connaître avantageusement
,

87
soit

en se

montrant avec
raissant

la plus

grande complaisance à
lui
,

ceux qui avaient besoin de
avec
soit

soit

en dispa-

prudence

lorsqu'il devenait
,

im-

portun

,

en

faisant

sans se montrer, des

choses importantes et

difficiles.

Outre qu'on
conduite sage
,

l'estimait

généralement pour sa
,

humble

et re'gulière

il

donnait

de bons conseils aux puissances, portait de l'eau
à la cuisine
cuisiniers
,

et servait

admirablement bien

les

de l'évêque.
et

On
seiller

trouvera peut-être singulier que le con-

d'un prince soit aussi son marmiton
tourner la broche
,

,

qu'il aille

aprè?i avoir dit

son

avis

sur les grands intérêts de lëtat. Mais la
s'est

chose

passée dans le

douzième

siècle

,

et les
;

mœurs
et puis

étaient alors plus simples qu'aujourd'hui
,

démons n'ont point de préjugés et celui-là aimait peut-être les contrastes. Quoi
les
;

qu'il
salle
;

en

soit,

il

fréquentait plus la cuisine que la
le

et les

marmitons,
,

voyant de jour en jour

plus familier
sa

se divertissaient
soir,

compagnie. Mais, un

grandement en un garçon de cui-

sine s'émancipa de la trop grande bonté

du déi^i-

mon ,
jures
fait.
;

et se porta contre lui

aux plus graves

quelques-uns disent

même

aux voies de
à cette
;

L'histoire ne

donne point d'excuse

mauvaise conduite du garçon de cuisine

ce qui

38

LE DIABLE
quoique
fort

porte à croire qu'il n'y en avait point à donner.

Le démon
ne doit

,

en colère

,

sut

pour-

tant se contenir, sachant qu'en
se faire justice

bonne police nul soi-même, surtout quand
;

l'ofltnjse est le

plus fort

c'est
;

pourquoi
il

il

s'alla

plaindre au maitre dliôtel

mais

n en reçut

aucune

satisfaction.

Alors

il

crut pouvoir se venIl étoufi'a

ger, puisqu'on était injuste à son égard.
le

marmiton coupable
,

,

en assomma quelques
,

autres
et

rossa vigoureusement le maître d'hôtel

sortit

de

la

maison pour

n'y

plus repa-

raître (i).

C'est ainsi
et l'injustice

que l'impudence d'un marmiton

,

d un

officier

de bouche ùlèrent à
et ui\

révoque d'Hildesheim un bon conseiller,
serviteur infatigable
,

autant qu'habile et propre

à toutes choses!....

— Antoine venait de perdre
:

la bataille

d'Ac-

tium Cassius de Panne qui avait suivi son parti se retira dans Athènes. Là au milieu de la nuit,
,

tandis que son esprit s'abandonnait aux inquié-

tudes

,

il

vit paraître

devant

lui

un grand

homme
suis ion

noir, qui lui parla avec

beaucoup
était ?

d'agitation.

Cassius lui

demanda qui

il

— Je

démon
(1)
(;y)

(2), répondit le fantôme....

A cette pa-

Trltbème

:

Chronique dHirsavge.

L'oriçina! nort.-

Cacoduimon

;

rn;i«

cbe:.

ii«

Gf«r>

PEINT PAR LUI-MÊME.
rôle
,

3^

le

timide Cassius s'effraya

,

et appela ses

esclaves.

Mais

le

démon
,

disparut sans se laisser
,

voir à d'autres yeux. Cassius
vait
,

persuadé qu'il rê-

se recoucha

et chercha à se

rendormir.

les

le démon reparut avec , mêmes circonstances que la première fois. Le faible Romain n'eut pas plus de force que

Aussitôt qu'il fut seul

dabord
le reste

;

il

se

fît

apporter des lumières

,

passa
,

de

la nuit

au milieu de

ses esclaves

et n'osa plus rester seul.

peu de jours après

,

Cependant il fut tué par l'ordre du vainqueur

d'Actium
la fuite

(i).

Un homme plus clairvoyant eût bien vite pris comme le conseillait ou semblait au
,

moins

le conseiller

ce

démon

;

et

,

en fuyant de-

Daimon
faisant
crate
, ,

simplement

signifiait

un bon génie, un esprit bien,

une bonne intelligence
;

comme

le

domon de Soobligés

et quelques autres

de sorte

qu'ils

c't;iient

d'allonger le

mot, en parlant d'un démon
le

infernal.

Pour nous,
,

qui donnons

nom

à^ anges

aux intelligences célestes

nous

devons traduire Cacodaitnon

comme on

l'a fait ici

,

puisque
,

Démon

,

chez nous

,

signifie

mauvais ange. Au
,

reste
,

si

l'on s'obstine à traduire

Cacodaimon
par

mauvais démon

oo
et
les

nous appuie dans

la très -juste idée qu'il
,

on nous prouve encore

l'histoire

de Cassius

y en a de bons que ,

;

mauvais démons ne font pas grand mal aux hommes.
(i)

Georges -BJoocfe

,

après

Valhre

Maxime

el d'autres

anciens.

4o

LE DIABLE
la

vant

mort on eût pu
,

,

sans se compromettre

,

remercier

l'esprit d'avoir

bien voulu se mettre

deux
et

— Deux seigneurs lombards, nommés Aldon
Granson
,
,

fois

en campagne pour une boMne oeuvre.
ayant déplu à Cunibert
roi

,

de

JLombardie

ce prince résolut de les faire

mou-

rir. 11 s'entretenait

de ce projet magnanime avec

son favori

,

lorsqu'une grosse
,

mouche

vint se

planter sur le front royal

et le
,

piqua vivement.

Cunibert chassa

l'insecte
,

qui n'en revint pas
le

moins
vori

à la charge

jusqu'à le
,

monarque , mettre dans une grande colère. Le faet

importuna
irrité

voyant son maître

,

ferma

la fenêtre

pour empêcher l'ennemi de sortir, et poursuivre la mouche pendant que le
,

se

mit

à

roi tirait

son poignard pour la tuer. Après avoir sué bien long-temps , Cunibert joignit linsecte fugitif, le
frappa.
la
.. ,

mais

il

ne

lui

coupa qu'une jambe
et

;

et

mouche

disparut....

Au même
se trouvaient

instant

,

Aldon
,

Granson

,

qui

ensemble
et qui

virent paraître devant
,

eux une espèce d'homme de fatigue
Cet
,

qui paraissait épuisé
bois.
le roi

avait

homme

les avertit

une jambe de du projet que
,

Cunibert formait contre eux
fuir, et s'évanouit.

leur conseilla de
,

Aldon

et

Granson

plus sen-

sés

que Cassius de Parme, rendirent grâces à
de ce
qu'il faisait

l'esprit

pour eux

;

après quoi

PEINT PAR LUI-MÊME.
ils

41

s'éloignèrent,

comme

l'exigeaient les circon-

stances (i).

— Un jeune Espagnol, qui
études à la Guadaloupé
,

fut
,

depuis médecin

de Tempereur Charles - Quint

ayant

fini

ses

s'en retournait à pied
dtl

chez ses parens qui demeuraient dans la ville

Grenade.

Il

en

était

encore éloigné de plusieurs

journées, lorsqu'il rencontra sur son chemin un

démon en
maigre
,

habit de

moine, monté sur un cheval

et qui paraissait

extrêmement

harassé.

IjC hasard voulut que ce jeune écolier rendit au

cavalier inconnu

un

petit service

qu'on ne dé-

signe pas

;

et le

démon

reconnaissant l'invita

de monter en croupe sur son cheval. Celui-ci s'en excusa d'abord sur le mauvais état de la

monture
pas

;

mais

,

le cavalier insistant

,

il

ne se

fiÇ

presser

davantage,
l'inconnu

u
,

Ne

vous endormez^
il

» point, lui dit

quand

se fut plac^
lat

w sur la
M »

croupe ; nous devons marcher toute
et

nuit

;

vous serez content de

la

diligence

dti|

mon
Ils
,

cheval. »
effet

marchèrent en

avec une grande
s'en

vi-j
,|

lesse

sans que le jeune

homme
ils

aperçût
;

sans qu'il se fatiguât le

moins du monde

et

lej

lendemain
(i)

,

au point du jour,

se trouvèrent^

Shcllen, de miranil. à

Diab post. Paul.
.

diac. hisll

loiisTob.

42

LE DIABLE
murs de Grenade.
s'y

sous les

Comme

le

démon ne

voulut point

arrêter, le jeune
,

homme
si

le

quitta en le remerciant
aussi content

et entra
s'y

dans

la ville,

que surpris de

trouver

heu-

reusement

et sitôt (i).

On

dira peut-être que ce

démon

savait ce qu'il
futur.

faisait,

en obligeant un médecin
l'avenir.

Mais

il

faudrait pour cela supposer que le diable coni:.aisse

Et puis

,

le service

n'en fut pas

moins rendu.

— Un prêtre du diocèse de Cologne
pèlerinage
,

avait fait
lieu

vœu d aller en
riiistoire

à

un certain
de
,

que
,

ne dit pas.
par hasard
;

Une dame
le

sa paroisse
alla le

ayant

fait

même vœu
,

trouver

le prêtre

et ils

convinrent de faire
le

voyage
de

ensemble. La veille du départ
à sa

prêtre promit
,

compagne de

se lever
,

de bonne heure
et

dire les matines à la hâte

de partir de grand
le diable se

matin

,

pour éviter
le

la

chaleur du soleil.
,

Vers
toi

milieu de
lit

la nuit

aux pieds du
;

du bon curé
;

,

et lui cria

montra Lève:

dis tes matines

et hâte-toi
;

de

partir....

Le
l'é-

prêtre se leva aussitôt
glise était éclairée

et

,

remarquant que
,

de plusieurs lumières

il

crut

que

c'était

l'ouvrage de la
11

dame

qui devait l'ac-

compagner.
(i)

pensait aussi que cette

dame

était

Torquemada

;

Hexaincron

:

3* jouincV

PEINT PAR LUI-MÊME.
venue
l

43

éveiller, et

il

était loin

de se

douter que
,

le diable fût
le

de

la partie. C'est

pourquoi

comme
pour
lui

coq

"n'avait
,

pas encore
il

fait

entendre ses pre,

miers chants
matin.

chercha sa compagne
lit
,

dire de retourner au

parce

qu'il était

trop

Tandis
venir à
saisit le

qu'il la cherchait

inutilement
noir.
,

,

il

vit

lui

un grand taureau
son vol en plein

Ce taureau
et

prêtre avec sa langue

le air,

plaça sur son

dos

,

prit

déposa

le

pauvre
bourg.

— As-tu peur,
le

homme
curé

sur une tour du château d'Isemdit le

bœuf?

— Non
je te

,

ré-

pondit
il

,

je suis

sous la

garde de Dieu;

et

ne peut m'arriver aucun mal.

Rends-moi
recon-

quelque

hommage

,

reprit le
,

bœuf,

duirai dans ton presbytère

grands biens
tion.

— Eh bien
te

et je te

donnerai de

Le
!

prêtre rejeta cette proposi-

repartit le

bœuf

,

je te laisse
;

sur cette tour; tu

y mourras de faim
curé

ou

,

si

tu

aimes mieux

désespérer, tu te casseras le cou.
,

— Arrête,
quer
;

s'écria le

je t'adjure

,

au

nom

de Jésus-Christ, de
pleine campagne....
il

me

reporter sans péril en
n'osa rien réplila

Le bœuf

prit

son

homme comme

première

fois, le

déposa dans un champ, et

le laissa seul.

Comme
blement
,

ce pauvre prêtre avait tremblé passa-

des paysans qui allaient à matines le

trouvèrent évanoui sur leur chemin.

On

le ra-

44

LE DIABLE
;

nima comme on put
ture
,

il

raconta alors son aven,

que chacun écouta en frissonnant
,

et

que

personne ne put révoquer en doute
histoire (i).
Il

à cause

du

ton de vérité qui caractérise cette admirable
n'est pas

besoin de dire que ce

bœuf était
fit

le

diable.

On

observera seulement
,

qu'il

une

honnête action
nocturne de
aurait
la

en empêchant
et

le

pèlerinage
la

dame

du curé , dont

vertu

pu

faillir,

comme

cela arrive aux plus

chastes, l'occasion faisant maintes fois le larron.

(i) Caesarii Heisterbach.

,

lib.

V

,

cap. postrem.

PEINT PAR LUI-MÊME.
«%%«%««%^«%%

45

CHAPITRE

V,

ESPIÈGLERIES DE QUELQUES DÉMONS.
IVihil est,

Quin malè narrando

possit deprat'arier.

Térence.

Une boucbe infidèle , en racontant un fait ^ Dans un tour de malice imagine un forfait.

— Un
de
faire

soldat,

nommé Cadulus, avait
ses oraisons

habitude

dévotement

dans

l'église

de

son

village.
,

Un

jour qu'il priait attentivement

le diable

qui se trouvait en belle humeur, voule plaisir

lut se

donner
11

de
se

le distraire

,

s'il

était

possible.

se déguisa
,

donc en
il

valet

;

et,
:

courant
votre
si

à

la

porte de l'église

mit à crier
;

Cadulus,

les voleurs sont

chez vous

ils
;

emmènent

cheval et pillent votre maison

accourez vite ,

vous voulez sauver quelque chose... Cadulus ne se remua pas pour cela, pensant, en bon chrétien
,

qu'il valait

mieux achever son oraison , que
prit

sauver sa fortune (i).

Le
(4)

diable

,

étonné d'un pareil flegme

,

Majus

videlicet

damniim députons orationi cedere

,

quam

sua perdere..,.

4^
la

LE DIABLE
forme d'un ours
,

,

grimpa sur

le toit
,

de

l'é-

glise

fit

un trou

à la couverture

et se laissa

tomber devant le uez de Cadulus, pour le troumoins par une bonne peur. Mais Cadulus resta immobile , et se moqua du diable à sa barbe. Puis, pour lui jouer à son tour une malice, il s'alla cloîtrer dans un bon monastère. Le
bler au

diable s'efforça alors de le détourner de sa résolution
,

en

lui criant
,

aux oreilles

vas-tu ? que fais-tu
tu choisis est

Cadulus
;

?

Cadulus où Le supérieur que
:

,

un hypocrite
,

tu attends plus

de
lu

beurre que de pain

tu auras plus

de pain que
;

de beurre
fais là

;

tu t'abuses d'une sotte espérance

une
,

niaiserie, Cadulus, etc. Mais, peine

perdue
dans
le

le

pieux soldat se
(i).

fit

moine

,

et

mourut
ayant

capuchon
le
,

Le bienheureux

Pierre le prêcheur

,

rassemblé

peuple de Florence sur une place

publique
touchant

se disposait à faire

un long sermon
nous propose.

les
,

mystères que

la foi

Le

diable
,

témoin
prit

invisible de ces saints pré-

paratifs

eut la fantaisie
Il

de jouer un tour au saint

homme.

,

donc

la

forme d'un cheval échapdans
l'espoir

et se mit à courir au grand galop vers la
,

place que la foule remplissait
Bollandi Acta Sancioritm

de

{i)

,

21

aprilis-

Eadmeri

sanctus Aaselmus,

PEÎ>T PAR LUI-MÈMK.
dispenser
les

47

auditeurs,
,

et

de déranger, par
fi'ère

un

effroi subit

la

mémoire du
; ,

prêcheur.

]Mais Pierre
Ja

ne se troubla point
il

et

,

voyant que
:

foule prenait la fuite
,

s'écria

Ne
le
,

crai-

gnez rien mes
ger

frères

,

je

prends sur moi
il

danet
fit

En même temps

éleva sa

main

signe au cheval quil l'avait reconnu, et qu'il lui

défendait de nuire à personne.

Le

diable eut

un pied de nez de
il

se sentir dé-

couvert; cependant

avait pris
11

rapide pour pouvoir reculer.
place
,

traversa

un élan trop donc la
sur le
les

en passant sur

la tête

des

hommes,

sein des
les
si
,

femmes

,

en foulant aux pieds
,

épau-

les reins et le reste
,

mais avec une

légèreté

miraculeuse
il

que personne n'en
disparut. Le peuple
à ce

sentit rien.
s'écria

Après cela
Pierre avait
coussin
,

que

donné

cheval la légèreté d'un
ses fers

qu'il avait
le

changé

en plumes de de son

duvet; et
déjoué
la

bienheureux frère, content d'avoir
,

malice du diable

reprit le

fîl

sermon

(i).

Il

y

avait

,

dans une église de
,

Bonn
sa

,

un

prêtre remarquable par sa chasteté
et sa

dévotion

bonhomie. Le diable
;

se plaisait à lui jouer
,

des tours de laquais

tellement que

lorsqu

il li-

(i) Bollandi Acla

Sanctorum, 2g

aprilis.

Anibr. Tsrgii B.

Petrus mart. ord. praedic. cap. 3.

48
fait

LE DIAIÎLE
son bréviaire
,

cet esprit malin s'approchait
grifi'e
;

aujourd'hui sans se laisser voir, mettait sa
sur la leçon

du bon
il

curé, et l'empêchait de finir

un

autre jour,

fermait le livre, ou tournait
c'était la nuit
,

le feuillet à

contre-temps. Si

il

soufflait la chandelle.

Le

diable espérait se don-

ner

le plaisir

d'impatienter son

bon

prêtre recevait tout cela
,

homme mais le comme des tribu;

lations

et gardait si
fut

bien son flegme, que l'im-

portun esprit

obligé de chercher une autre

dupe
de
les
la

(i).

Cassien parle de plusieurs esprits ou

démons

même
,

trempe

,

qui se plaisaient à tromper

chemin , et fausses routes plutôt pour a. leur indiquer de s'en divertir que pour leur faire aucun mal (2). Un baladin avait un démon familier , qui
passans
à les détourner de leur
,

,

jouait avec lui
piègleries.

,

et se plaisait à lui faire
il

des esles

Le matin

le réveillait
fît
;

en tirant
et,
,

couvertures, quelque froid qu'il

quand

le

baladin dormait trop profondément
l'emportait hors

son

démon

du

lit

,

et le

déposait bien dou(5).

cement au milieu de

la

— Pline parle de quelques jeunes gens qui
VII
,

chambre

fu-

(i) Caesarii Heisterbach. illustr. miracul. lib.

V, cap. 53.

(2) Cassiani Collât.

cap. 32.
,

(3) Guillelmi parisiensis. Partis 2. Princip.

cap. 8.

PEINT PAR LUI-MÊME.
nes gens dormaient
des esprits familiers

49

rent tondus par le Diable. PendiMt que ces jeu,

,

vêtus
se po-

de blanc, entraient dans leurs chimbres, saient sur leur lit, leur coupaient les cheveux
bien proprement
,

et
le

s'en

allaient
(i).

,

après les
trait

avoir répandus sur

plancher

Ce
les

ne

paraît d abord qu'une malice; peut-être est-il

moral. Pour peu que Ton connaisse

mœurs

dépravées de ces fameux Romains, on se souviendra que chez eux, certains Adonis attachaient

beaucoup de prix
Thaïs
(2)
,

à leur chevelure
,

,

comme

les

les

iNinons

les

Duthé en attachent

à

leur teint.


ou,

T.e

vieux monsieur Santois avait un lutin
veut,

,

un démon familier qui lui jouait de temps en temps des tours assez singuliers.
si l'on

Un
son

jour qu'il voulait prier Dieu dans ses heures

démon
si

s'approcha avec adresse, et déchira

trois fois le feuillet sous la

mais

proprement

,

main du bonhomme, qu'on ne l'eût pas mi^ux

coupé avec des ciseaux. M. Santois étonné, mit ses lunettes , pour examiner la chose plus atten(i) Pline
(?)
lib.

,

16,

epit.

27.
fut

Ou

sait

que Thaïs

une prostituée e'gyptîenne , cé,

lèbre par ses talens dans le libertinage

et

par une beauté' ex-

traordinaire. Elle fut convertie par saint

Paphauce. {les Bol-

landàtes.

)

5o

LE DIABLE
;

tivement

et à la

vue de toute

la famille

,

les

lunettes sortirent

voltigeant le tour
arrêter dans le

du nez du vieillard , firent , en de la chambre , et s'allèrent jardin , où on les retrouva avec

les trois feuillets déchirés (i).

Un

autre jour,
fois

M.

Santois mettait pour la

première

un habit neuf de taffetas plein. L'esprit le lui moucheta à vue d'œil , mieux qu'un brocheur n'aurait pu faire. Que re'pondre à tout cela?... que l'esprit était en humeur de jouer quand M. Santois voulut lire ses heures , et qu'il aimait mieux les habits mouchetés que les pourpoints unis (2).

— Un

jésuite

,

dans

la description

des

mœurs
sur les-

japonaises, dit que, dans ce pays, les pèlerins

portent à leur cou de petites planches
quelles leur

,

nom
les

est écrit

,

afin qu'ils puissent

se reconnaître. Or, voici le motif de cette précaution.

Quand
,

Japonais entreprennent un pè-

lerinage

ils

le font toujours

en très-grand nom-

bre, parce qu'aussitôt qu'ils arrivent dans quelque
désert
,

ils

rencontrent une troupe de
spectres, etc. Cette

démons

de lémures, de

bande moncaravane des
le Diction-

strueuse est égale en
Ce

nombre à

la

(1)

trait est plus
:

longuement rapporté dans

naire infernal
(2)

Prodiges.

La

fausse

aéU«

,

tome 2

,

livre 2.

PEÏNT PAR LUI-MÊME.
pèlerins
;

et

chaque pèlerin peut y reconnaître
particulier
,

son
avec

démon
les

s'il l'a

dejh vu.
fait

Après que ces fantômes ont
pieux Japonais
, ,

quelque pas
ont bien

et qu'ils les

examinés
prennent

ils

changent tout à coup de forme, et

humaine ; mais tellement conformée , que chaque diable ressemble trait pour trait au pèlerin qu'il veut accompagner, et que chaque pèlerin voit son image bien exacte dans son diable. Cette métamorphose subite produit d'abord tant de confusion, que l'homme ne pourla figure

rait plus se reconnaître

,

ni se distinguer de son

démon ,

s'il

n'avait

son

nom

au cou.

On

souffre
;

pendant une heure
mais bientôt ,
des

l'espièglerie

des diables

comme les méprises occasionenS disputes, et comme on n'aime pas long,

temps à se voir double les pèlerins se mettent à genoux , prient le chef des démons de rappeler ses gens
sent aussitôt
,
:

toutes les doublures s'évanouis-

et la

caravane continue paisible-

ment

— On a donné au Diable
s'il

sa route (i).

le

nom
il

d^ esprit

ma--

Un;

était

vraiment méchant,

en porterait

Tépithète.

însulâ

(0 Pauli Sanjidii descriptio rîtiium et]morum quœ in ad septentrionalem plagam japan servantur. etc»
doane
cette extravagance

Oq

pour ce

qu'elle vaut. Paul baus-

foi la

raconte très-se'rieusemeut.

Le

lecteur

ea fera

le

câs

qu'il jug«ra

à propos.

Sa

LE DIABLE

CHAPITRE
L'HEUREUX VALET.
Quce

VI.
(i).

CONTE NOIR
,

niihi prœslileris

memini

semperque teneho.

Martial.

Ke soj'ons point ingrats fût-il sans bienveillance, Le bienfait a ses droits sur la recoDDaissance.
:

Un vénérable
le ville

vieillard

,

nommé

Éradius

,

de
les

de Césarée , en Cappadoce, avait
'qu'il

u)ie fille

unique
Verra.

voulait faire religieuse
,

;

mais

choses tournèrent autrement

comme on

le

Un

jeune serviteur d'Eradius devint éperla fille
,

dument amoureux de

de son maître.
,

Comme

elle était belle

riche

noble

,

et qu'il

n'était pas

probable qu'on \oulût
,

la lui

donner
,

pour épouse
trouver

à lui qui n'était qu'un valet
,

il

alla

un magicien
s'il

et lui

promit une belle

récompense , Le magicien
mais
(i)

pouvait l'aider dans son amour.

lui

répondit

:

Je ne suis pas assez

puissant pour faire ce que vous
je puis

me demandez ;
,

vous envoyer à

mon maître

qui est
auclâ à

Ex

legendâ aureâ Jacobi de Voragine

,

Claudio à Rotd. Leg. 26. etexMathcti Tj-mpii triwnpho
virlutum Christian.

PEINT PAR LUI-MÊME.
le Diable. Si

53
lui,

vous voulez vous en rapporter à
(c'est le

TOUS êtes sur de réussir... Phares

nom du
:

jeune valet), ayant répondu qu'il était prêt à
tout, le magicien écrivit cette lettre au Diable

«

Monseigneur,

»

Vous m'avez chargé de vous débaucher au,

» tant de chrétiens que j'en trouverais de tièdes » et de les soumettre à votre obéissance
y>

afin

d'augmenter de jour en jour votre empire. C'est

}i

pourquoi

je

vous envoie
la

le
Il

jeune

homme f
,

» porteur de
/)

présente.

vous dira

sans

doute
fille

,

qu'il

brûle d'un

amour

violent pour la

»

d'Eradius. Je vous prie de vous intéresser
,

» à sa passion
î)

et

de songer que par

vous

travaillerez à notre gloire

commune, en agranserviteurs,

» dissant la

bonne réputation de vos

» Signé, etc. (i) »

(i)

La

signature n'est point
,

rapportée dans le livre de
le signataire esî

Jacques de T^oragine

parce que

damue'

selon toutes les apparences. Cependant

on voit, dans le procès
doS cinq déet Briffaut.

de Denyse de Lacaille

,

les signatures et griffes
,

mons Lissi
(

,

Belzébuth

Satan

,

MoleU

Voyez V histoire de la Magie en France de
)

M. Gannet.

9*. pièce justificative.

54

l'E

DIABLE
valet d'Éradius, et lui

Le magicien
cette épitre, la
dit d'aller,

,

ayant apposé son cacliet sur

donna au

au milieu de
,

la

nuit

,

sur le

de quelque payen
tenir sa lettre à la

d'invoquer

les

tombeau démons , de
au-

main

,

et d'élever le bras

dessus de sa tète. Phares exécuta ponctuelle-

ment

toutes ces choses. Aussitôt le roi de l'enfer

parut, entouré d'une multitude de démons.
prit la lettre
,
:

U
au

la

jeune

homme

—U
,

lut avec attention faut
le

,

et dit

pour que

je te

rende

que tu croies en moi , service que tu me dele valet.

mandes.-

— J'y crois, seigneur, répondit
reprit le diable
;

C'est fort bien
fier à

mais on ne
:

peut pas se
ver

vous autres chrétiens
,

quand
trou,

vous avez besoin de moi
;

vous venez

me

et dès

que vos désirs sont

satisfaits

vous

retournez à votre Christ. Si tu veux que je serve

ton amour, signe-moi ce pacte, par lequel tu

renonces à

la religion

chrétienne

,

et tu te fais

mon
]e

serviteur.
;

Phares signa tout ce qu'on voulut

et aussitôt
la for-

Diable appela lesdémonsqui président à

nication, llleurordonnad'allertrouver la filled'Eradiuï,, et

d'enflammer son ca^ur d'un amour vio-

lent

pour le jeune valet. Ces démons remplirent habilement kur mission. La jeune fille, devenue
amoureuse,autantquonpouvait le souhaiter, s'alla
jeter

I

aux genoux de son père,

et d'une voix

mouil-

PEINT PAR LUI-MÊME.
lee

55
,

de larmes
qu'elle

,

entrecoupe'e de sanglots

elle lui

avoua

mourait d'amour pour Phares.
de votre
et
fille, lui dit-elle,

—Ayez
tez votre

pitié

consul-

cœur,
,

mon père en me homme qui m'est si
prières
,

montrez-moi que vous êtes donnant pour époux ce jeune
cher, et qui

me
j

cause de

si

cruels tourmens. Si vous êtes insensible à

mes

me voir expirer demandera compte de ma mort !...
vous allez

et

Dieu vous
père

— Malheureux que
ensorcelée
!

je suis! s'écria le

;

ma
tré-

fille est

qui a pu m'enlever

mon

sor? qui a éteint la douce lumière de mes yeux? qui a étouffé toutes mes espérances?...
je voulais

Ma fille,
comptais

que tu
ta

fusses religieuse
,

;

je

que , par
toi et

pénitence

tu gagnerais le ciel pour

pour moi

et tu te livres à

un amour

charnel
jure

Laisse-toi guider par ton père; ab-

une démence pernicieuse ; ne conduis pas mes cheveux blancs dans les enfers , où je n'entrerais qu'avec douleur Mais la jeune fille ne
répondait que ces mots
;

— Je vous en conjure,
satisfaire
!...

mon
si

père

,

hâtez-vous de
je

mes

désirs

vous voulez que

vive

Comme

elle

ne

cessait

de pleurer, en grande

amertume de cœur,
laissa attendrir. Il

le vénérable Eradius se accorda à sa fille l'époux qu'elle

idolâtrait, et lui

donna en dot

la plus

grande

partie de ses biens. Ainsi l'heureux valet d'Era-

Sfi

LE DIABLE
devint son gendre
,

«lius

contre toute espe'rance

humaine.

Les deux jeunes époux , au comble de leurs vœux, ne songèrent d'abord qu'à leur bonheur mutuel , et ne cherchèrent qu a se donner des

dun amour inaltérable. Mais bientôt ou remarqua que Phares n'entrait plus à l'église , et ne faisait plus le signe de la croix. On le rapporta à sa femme en lui disant qu'elle avait un mari
preuves
,

qui n'était pas chrétien.
tée
,

La jeune dame, épouvansi le

demanda
la

à son époux

rapport qu'on lui
il

avait fait était véritable ?

Comme

cherchait à
il

éluder

question

,

elle lui dit

qu'en ce cas

fallait qu'il

vint le lendemain à la messe avec
la

elle

,

pour fermer
,

bouche

à la

médisance.

Phares

voyant

qu'il

ne pouvait pas cacher plus
,

long- temps sa position

ouvrit son

cœur

à sa

femme
tait

,

lui

conta tout ce qui avait précédé leur

mariage,

et lui

avoua, en gémissant,

qu'il s'é-

donné au Diable.
trouver l'évêque Basile, qui gouvernait
l'église

L'épouse de Phares, consternée, court sur-le-

champ

avec gloire

de Césarée,

et lui

expose son

cniel embarras. Basile ne s'amusa point à redou-

bler des frayeurs déjà trop gi-andes

;

il

fit

venir
,

Phares
lui

,

et dès qu'il eut appris
s'il
^

son histoire

il

demanda
!

voulait retourner au seigneur ?
;

— Hélas

oui

répondit Phares

mais ce retour

PEINT PAR LUI-MÊME.
n'est plus

5?
je

en

mon
,

pouvoir

,

puisque

me

suis

formellement donné au Diable.
inquiétez point
reprit Basile,

— Ne vous

en

nous vous tirerons

de

ses griftes; et le Seigneur, qui est miséricorsi

dieux, vous pardonnera votre imprudence,

vous

la

déplorez sincèrement.
alors le signe

Il fit

de

la croix sur

Phares, et

l'enferma pendant trois jours dans une petite

chambre. Après cela
il

,

il

lui

demanda comment
les trois jours

se trouvait?
le

— Je
et

suis

extrêmement faible, réété

pondit

jeune

homme. Pendant
laissé

que vous m'avez
des clameurs
Ils

seul

,

j'ai

accable

des reproches

des démons.
,

m'ont continuellement

entouré
j'ai

tenant

dans leurs
leur prince
cet écrit
,

mains
et

le

pacte que
:

donné à
,

me

disant

Regarde , parjure

que tu as signé de ton nom
te

Nous
(i).

ne sommes point adés
es venu
lui

chercher

^

cest toi qui
Basile

nous trouver dans ta détresse

recommanda de ne
,

rien craindre, lui
fit

donna
et se

un peu de nourriture
lui
,

le signe

de

la croix sur
,

le

renferma dans

la petite

chambre

mit en prières pour sa délivrance.

fi)

Tu venisti ad nos

,

et

non nos ad

te

,

etc.

(Legenda

Ù8

LE DIABLE

Au
il

bout de quelques jours
,

,

il

le visita

de

nouveau

et lui

se trouvait ?


;

demanda pareillement comment Je n'ai plus vu les démons, rémais
j'ai

pondit Phares
leurs

entendu leurs

cris et

menaces dans 1 eloignement.
,

— Voilà
lui

qui

va bien
patience

re'pliqua Basile

;

encore un peu de
il

En même temps,
le signa
,

donna à

manger,
fois, et

l'enferma pour la troisième

fît

pour

lui

de nouvelles prières.
,

A

la

troisième visite

Phares déclara que ses
;

veilles avaient été paisibles

et

que

,

pendant

son sommeil

,

il

avait

vu l'évêque Basile comsatisfait

battant et terrassant le Diable. Basile

rassembla

le clergé

,

les

moines

et le

peuple

;

on
et

fît

des prières publiques pour le jeune époux,
le

on

conduisit à l'église.

Le
s'écria

roi de l'enfer

y

arriva presque aussitôt
;

avec plusieurs troupes de démons
:

et le
,

Diable
Basile

— Vous me
est
il

faites

une

injustice

cet

homme
;

séduit
qu'il

est

mon serviteur. Je ne l'ai point venu me trouver, et voilà le pacte
main
Les
;

a signé de sa

fidèles

chantè-

rent alors le Kyrie Elejson

et Basile dit

au

Diable

qu'il fallait
,

rendre le pacte.

En même
rece,

temps

il

priait

,

et tendait la

main pour
Diable

voir le papier en question.

Le

force

de

PEINT PAR LUI-MÊME.
céder, s'envola en ge'missant
,

59

et lâcha le pacte

qui tomba dans la main de Basile.

Le

saint

ëvêque

le

déchira aussitôt

,

et rendit à la fille
,

d'Éradius son époux bien-aimé

maintenant

li-

bre de

la

puissance du Diable
il

,

et

bon

chrétien...

Cependant

dut conserver quelque reconnaisfait

sance à celui qui avait

son bonheur.

6o

LE DIABLE

CHAPITRE

VII.

HONNÊTES ACTIONS DU DIABLE.
Inimici

famam
1.

,

non

il'a

ut nala est

,

ferunt.

Plaute.
jusfe
,

Soyez bon

,

franc, à tos devoirs soumis
,

r

Vous

n'êtes

qu'un vaurien

selon vos ennemis.

— Un riche Allemand donnait un
troupe de mendians
les devoirs
,

festin à

une
les

dans

le

dessein de remplir

de

la charité

chrétienne.

Parmi
,

convives
trouvait

on

dit

,
,

qui mangeaint de bon appétit se , un pauvre manant qui était comme possédé du Diable. Il découpait ses mor, ,

ceaux

aussi bien

que

ses confrères
ils

,

et les portait

jusqu'à sa bouche; mais

s'évanouissaient, dès
,

qu'ils touchaient à ses dents

ce qui allongeait

de minute en minute

la

figure de ce

pauvre

homme.

Un
tresse

de
,

ses

compagnons
il

,

s'apitoyant sur sa dé-

s'avisa d'apostropher le

Diable

,

et

de lui

demander pourquoi
manger.

empêchait son

— Je ne
,

homme
,

de

l'en

empêcherais pas

répondit

le Diable

s'il

pouvait le faire sans péché. Mais
lui

ce repas qu'on
est le fruit

donne comme une aumône
,

de

la rapine.

— Tu meuts,

,

s'écrièrent

PEINT PAR LUI-MÊME.
à la fois tous les convives
;

6i

celui qui
!

nous donne

àdiaerest un honnête
point
,

homme
;

— Je ne ments
d'une vache qui

répliqua le Diable
le

ce veau que vous

mangezest
a été volée

cinquième

petit- liis

Les dineurs furent
Diable reprocher
le

si

surpris d'entendre le
,

vol d une vache
,

jusqu'à la

cinquième génération
ajouter
(
i

qu'ils n'osèrent plus rien
l'histoire

).

Mais voici
au

de cette

vache

:

elle vivait

commencement du dou-

zième siècle , dans le village de Hurst , en Allemagne. Il est probable qu'elle fut grand'mère , au cinquième degré , du veau susdit. Pareillement, celui qui vola ladite vache était sans doute
le

père ou

l'aïeul

du riche Allemand qui donne

ici le festin.

Or, cette vache appartenait a une bonne veuve,
qui se nourrissait de son
lait.

Elle eut le mal,

heur de plaire à un vieux soldat allemand qui
enleva
la

sans se laisser toucher par les larmes de la veuve,

vache
la

,

temps après ,
ravisseur;
il

l'emmena chez lui. Peu de mort vint à son tour prendre le
et
,

expira dans l'impénitence

et alla

tout droit en enfer.
suivit dans l'autre

La

bête qu'il avait volée le

mand
(i)

(

qui se

monde. Là , ce soldat allenommait Hélie ) fut condamne ,
,

Ccesarii Heisterb. miracul.

lib. T^-,

cap. 38,

Ca

LE DIABLE
le
la

pour son supplice, à présenter e'ternellement
dos à
cornes

vache

;

et la

vache reçut ordre de
lechine
à

lui

enfoncer e'ternellement
(i).
fille

coups

de

— Une

de Nivelle

,

en Brabant

,

quitta

la maison de son père, et abandonna ses parens, pour aller vivre avec quelques saintes femmes ,

dans le jeune
le travail

,

la prière et la

continence.

Comme
les

de leurs mains

suflisait à

peine pour

nourrir, bien qu'elles vécussent pauvrement, le
Diable, prenant pitié du sort de
la fille

alla chercher une oie bien grasse , cour de son père et l'apportant dans
,

de Nivelle, dans la basse
la

des recluses
si

,

il

leur dit
,

:

— Pourquoi

chambre

faites-vous

maigre chère
,

et

vous laissez-vous mourir de

faim

tandis que d'autres vivent dans l'abon-

dance. Prenez cet oison et mangez.
le

— Nous ne
Comment
!

pouvons pas

,

répondit

la fille

parce que c'est une oie volée.
s'écria le


fille

de Nivelle,

Diable,

je

ne

suis

point un voleur. J'ai

pris ce gibier dans la basse-cour de votre père.

— Nimporte

,

ajouta la pieuse
;

,

il

ne nous

appartient pas

reporte-le
,...

où tu

l'as pris...
,

Le

Diable obéit en silence
appartenait l'oison
,

et les parens

à qui

affirmèrent qu'on l'avait re-

mis fidèlement à
(i)
(2)

sa place (2).

Cœsarii ejusdem, ibid. lib. Il, cap. 7. Ejusdem Caesarii, lib. IV, rairacul. de tentât, cap. 84«

PEINT PAR LUI-MÊME.

()3

— Un enfant qui
;

avait soif demandait à boire,

sans que personne lui en donnât.

Le Diable

en eut pitié il prit une forme humaine , pour ne pas effrayer le petit bon homme , et lui apporta un verre d'eau. Comme l'enfant était
pressé
,

il

but ce qu'on lui présentait

,

sans

songer à
gligence

faire le signe

de

la
,

croix

,

et sans dire

son benedicite. Le Diable
,

stupéfait de cette né-

se

rapetissa aussitôt et entra dans le
,

corps du

marmot

pour

lui
,

apprendre à être
ne pas négliger

plus circonspect à l'avenir
ses dévotions.

et à

Les parens
,

,

sédé

,

l'interrogèrent

et

voyant leur fils posconnurent bientôt la
conduisirent donc

cause de son accident.

Ils le

à saint Euchaire, qui se hâta de bénir un second
verre d'eau
,

et le
le

fit

boire au petit démoniaque.
(i).
:

Incontinent

Diable se retira
assez


s'avisa

Ce

trait est

connu
cellule
,

Un
de

moine

qu'une trop longue abstinence impatientait

un jour , dans sa un œuf, à la lumière de
faisait sa

faire cuire
,

sa lampe.
,

L'abbé

qui
la
,

ronde
le

,

ayant vu

par le trou de

serrure

,

moine occupé de
,

sa petite cuisine

entra brusquement

et l'en reprit

avec aigreur
,

;

de quoi
c'était le

le

bon

religieux

s'excusant
,

dit

que

Diable qui

l'avait tenté

et lui avait

(2)

Suriusj historiœ inyent. S. CelsijCap. Il, tom.

VU-

64
inspiré cette ruse.

LE DIABLE
Tout
aussitôt parut le Diable
la table
:

lui-même
s'écria,

,

qui était caché sous

,

en s'adressant au moine
ta

— Tu en
me

et

qui
as

menti, par
invention
prendre.
;

barbe

;

ce tour n'est pas de

mon
l'ap-

et c'est toi qui viens

de

— Le moine Herman
térieurement de

s'ennuyait de la rigou,

reuse abstinence de son ordre

et s'affligeait in-

ne plus

manger

ni

chair ni

poisson. Un jour qu'il pensait aux bons ragoûts que l'on mange dans le monde et qu'il aurait donné tout ce qu'il possédait pour un petit repas composé d'autres mets que les navets et les épi,

nards à Thuile

,

il

vit entrer
,

dans

sa cellule
offrit

un

un plat de beau poisson. Le moine reçut ce présent avec reconnaissance ; mais , lorsqu'il voulut acqui lui

inconnu de bonne mine

commoder
cheval

son poisson et

le faire cuire

,

il

ne de

trouva plus sous sa main
11

qu'un plat de fiente

comprit

qu'il
;

venait de recevoir
et
il

une

petite leçon
(i).

du Diable

fut plus

sobre

à l'avenir


(i)

Si quelquefois les

démons mettent des obdes saints religieux
,

stacles
et leur

aux désirs

illicites

donnent des corrections peut-être un peu
tentât.
,

Cœsarii Heisterbach. de

lib.

IVj miracul.

,

cap. 87.

PEINT PAR
vrais besoins des bons

LUÎMvIÉ.\fE.
,

65

sévères, quelquefois aussi

ils

s'intéressent

aux

Le cardinal Jacques deVitrj raconte qu'un chartreux moumoines.
,

rant de faim dans sa cellule

,

vit

entrer une belle
,

femme

qui lui fricassa un petit plat de pois
,

et

se retira

après les avoir mis dans lècuelle.

Avant de

tàter à la cuisine

du Diable
,

,

le char-

treux alla consulter son supérieur

qui lui perqu'il n'avait

mit de manger
jamais rien

ses pois

;

et

il

avoua

mangé de mieux accommodé,
les plus

(i)

— Puisque
tre,

pieux personnages sont ex-

posés à mille tentations dans l'enceinte du cloî-

que n'avons-nous pas à craindre, nous autres
,

faibles chrétiens

au milieu des séductions et
!...

des vanités

du monde
et

Un

novice de Clair-

vaux,

nommé Bernard, tourmenté par l'aiguillon
,

de

la chair

ne pouvant se décider à prononcer
n'aurait pas la force

des
alla

vœux
lui

qu'il
le

de tenir
qu'il

,

trouver

prieur

du couvent
,

,

et le supplia

de

rendre ses habits séculiers
,

parce
qu'il

ne

pouvait se passer Je femmes
rentrer dans le

et

voulait
ser-

monde. Le prieur eut beau
,

monner son novice
lution.

il

ne put changer

sa réso-

Seulement

,

le

Jeune Bernard consentit

a différer son départ jusqu'au lendemain.

Mais
(i)

,

au milieu de
dans

la

nuit

,

le

novice, corn-

Ce

trait est aussi

le

Dictiotmaire infernal.

5

66

LE
un
Il

DU DTE
,

mençant
à
la

à s'endormir
lit
,

aperçut tout à coup
,

,

auprès de sou

f^c'ant ljorril)le
,

qui tenait

main un grand couteau
d'un boucher.

et

qui avait tout

l'air

était suivi

d'un dogue noir.
il

Ce

spectacle épouvanta Bernard. Mais

n'était

qu'au

commencement de
,

ses peines.
la
,

Le boucher

leva la couverture
toires (i)

mit

main
les

sur les géni-

du jeune novice
,

coupa avec son
les

grand couteau
avala
,

les

jetta à

son chien qui

et disparut.

Bernard
difficile à

s'éveilla aussitôt,
,

dans une agitation
la

peindre

et plein

de
;

désolante idée
il

qu'il était

devenu eunuque
11

heureusement
couvent

n'en était rien.
ses tentations
,

se trouva
il

seulement délivré de
,

et

resta dans le

il

vécut dans

la piété la

plus austère, jusqu à la fin
qu'il

de sa

vie.
qu'il

On
;

dit

même

mourut vierge

(2).

Quoi

en soit, cette histoire
et

était célèbre à

Clairvaux

comme

les

anges n'ont pas accou,

tumé de
toujours

s'accoutrer en bouchers

ni de s'abaisser

à des fonctions
-laissé

indécentes

,

les

casuites ont

au Diable

la gloire

de ce songe

,

^

qui

conserva

un bon

frère

aux moines de

Clairvaux.

(i)

Arreptis
ille

ejiis

genitalibus abscidit

,

canique projecit,

quae raox

devoravit....

(2) Caesarii Heisteibach.

miraçul.

lib.

IV, cap. 97.

PElî^T

PAR LUI-MÈMi:.
le

€7

— On
que pour

a dit

souvent que

Diable n'agissait

ses intérêts particuliers.
,

Voici

,

entre

une anecdote qui peut prouver le mille autres contraire. Elle se trouve dans Thistoire du jeune Vitus , martyr du troisième siècle , que nous
allons rapporter toute entière
,

pour

la parfaite

intelligence des choses.

Valérien

,

gouverneur de
,

la Sicile

,

pour l'emvenir , et

pereur Dioclètien

apprit que le jeune Vitus ne
Il le fît

voulait point sacrifier aux idoles.

ordonna qu'on
dès
les

lui

administràtla bastonnade. Mais
,

premiers coups

les bras

des bourreaux

et la

main du gouverneur
je suis
!

se desséchèrent.

Malheureux que
dieux

s'écria
!

ma main perdue. — Eh bien
,

Valérien

;

voilà

va-t-e» trouver tes
s'ils

répliqua Vitus

lent de te guérir.

,

tu verras

ont
,

le ta-

Le

pourrais-tu
?

parles

,

dit le

gouverneur

toi

qui

Certainement
il

répondit Vitus.
ciel la

En même temps

demanda au
,

grâce d'être guéri de ses coups de bâton

et

il

fut guéri à l'heure

même.

Le gouverneur étonné dit au père de Vitus: emmenez votre fils et châtiez-le comme vous
,

l'entendrez

;

pour moi

je

ne comprends rien
fils

à tout ceci.

Le père
de

reconduisit son

à sa

maison
de
laissé

,

et tâcha

le séduire
,

par toutes sortes
qu'il l'avait

plaisirs

mondains. Or
,

un jour

au

lit

et qu'il venait

de l'enfermer avec

68
plusieurs belles
la

LE DIABLE
filles
,

il

sortit tout à
si

coup

,

de

chambre de Vitus

,

une odeur

délicieuse

qu'elle

embauma
de

toute la

maison

et tous les

gens

qui

s'y

trouvaient.

Le père
,

stupéfait regarda

par

le trou
fils.

la serrure

de son

— Voilà qui va bien
ma
,

et vit sept
,

anges autour
;

s'écria-t-il

les

dieux sont entrés dans

maison

mais sa

joie ne fut pas de longue durée
il

car à peine eut-

achevé sa phrase

qu'il

devint aveugle. Tous
la ville

ses

amis

et le

gouverneur de
,

accoururent

a cette nouvelle
avait
:

et lui

demandèrent ce quil
,

Voilà qui va mal

répondit-il

;

j'ai

vu des dieux enflammés, m'a brûlé les yeux.
fit

et l'éclat

de leur figure

On le conduisit alors au temple
s'il

de Jupiter, où

il

vœu d'immoler un bœuf couronné
donc à Vitus son
,

de lauriers,
;

recouvrait la vue. Jupiter se montra sourd
fils
,

il

s'adressa

qui le guérit de

la cécité physique
foi.

sans lui ouvrir les yeux de la

Ce père ingrat songeait même à tuer sa prolorsqu'un , si Ton en croit la légende pédaange du seigneur apparut à Modestus gogue de Vitus , et lui conseilla de s'embarquer avec son élève. Ils partirent donc pour l'Italie ;
géniture
,

,

et

un

aigle leur apporta des vivres,

pendant tout

le voyage.

Tandis

qu'ils

annonçaient partout leur pré-

sence par une foule de prodiges qui décelaient

PEINT PAR LUI-MÊME.
de
saints

69

personnages,

le

fîls

de l'empereur Dio-

cletien eut le

malheur de tomber au pouvoir du

Diable

,

qui prit possession de sa personne.

Diocletien mit tout en usage pour délivrer son
lîls
;

mais
les

le

démon

,

bien et dûment exorcisé

par

magiciens de

la

cour

,

répondit qu'il ne

pouvait être chassé que par

le le

jeune Vitus.

On

ne conçoit pas trop pourquoi
est peint sous les traits

Diable , qui nous
,

d'un vieux routier
,

pétri
faire

de ruses
Vitus

e(

de finesses

eut la

bonhomie de
soit
,

cette réponse.
:

Quoi
;

qu'il
il

en

on chercha
et chassa

on

le

trouva

parut devant l'empereur,
,

étendit les mains sur le jeune prince
le

démon
Il

sans difficulté.

paraît

que décidément ce malheureux Vitus
,

ne devait obliger que des ingrats
miracle qu'il venait d'opérer
cletien
,

puisqu'après le

,

l'empereur Dio,

endurci
:

poliment
vie
,

comme tous les autres lui dit Jeune homme si tu tiens à la
,

tu vas

maintenant

sacrifier à
ferait

Vitus répondit

qu'il n'en

mes dieux rien ; et on

le

mit en prison avec Modestus son pédagogue.

Tout

à coup les chaînes qui les attachaient se
;

brisèrent

et la

prison s'éclaira d'une lumière

éblouissante.
a Diocletien
,

On

rapporta ce nouveau prodige

qui l'apprit

comme un homme
ordonna de
jeter

accoutumé aux miracles,

et qui

Vitus dans un four bien chauffe. Mais aussitôt

"o
<^ne le
frais

LE DIABLE
jeune

homme y
s'il

entra

,

le

four devint
j

comme

n'eût jamais

vu

le feu

et

Vitus

en

sortit

bien portant.
,

Alors on lâcha un lion terrible

affamé
,

,

qui
le

vint en rugissant sur le jeune Vitus

pour

dévorer
la

;

Vitus caressa

le lion

,

et le lion lécha
,

main qu'il avait ordre d'avaler. Dioclétien ennuyé de tant de lenteurs fît pendre Vitus
,

avec Modestus son pédagogue

,

et Crescenlia sa

nourrice (car elle se trouvait avec lui, quoique
la

légende n'en
trois

ait

rien dit d'abord). Aussitôt
,

que ces

personnes furent pendues
;

il

se

fit

un grand vent ; la terre trembla on entendit les éclats du tonnerre ; les temples des idoles
s'écroulèrent avec fracas, et plusieurs y périrer.t. L'empereur épouvanté se poignait la figure , désolé
lui.

de trouver un jeune

homme
,

plus fort que
les

Cependant un ange dépendit
porta sur le bord d'un fleuve
,

corps
ils

,

et

les

furent

gardés par des aigles

jusqu'à ce qu'une pieuse
fit

dame

,

les

ayant trouvés, leur

rendre

les

hon-

neurs de

la sépulture (i).

Quoique

les trois quarts

de cette longue his,
,

toire soient étrangers au sujet de cet ouvrage

on

s'est

cru obligé de

la

donner toute entière

(i)

Legeridn aurea

,

Jacobi de T^oragine

,

aucla à

Claudio à

Rotiî. Lcg. 77.

PEINT PAR LUI-MÊME. 71 attendu qu'il est impossible d'eu rien de'tacher.

— Cette
l'histoire

autre

anecdote

peut faire suite à
saint Vitus.
,

du démon, chassé par
fille

Arà

thëmia

,

de l'empereur Diocle'tien
,

fut

son tour possédée d'un Diable

qui

,

oubliant
,

comme
dit

son devancier ses petits intérêts
:

réponest

aux exorcistes païens

— Votre puissance
(

nulle contre

moi

;

je n'obéirai qu'à

Cyriaque

diacre de l'église romaine.

C'était

un jeune

homme,

qu'une sainteté prématurée et quelques

miracles avaient déjà rendu célèbre parmi les
chrétiens.
)
fit

Dioclétien le

venir

;

et aussitôt
,

que Cy-

riaque fut en présence du

de se

retirer.
le

— Si vous voulez que
,

démon

il

lui

ordonna
le,

je sorte, ré-

pondit

démon, donnez-moi un pot dans
je t'en octroie la

quel je puisse entrer.
reprit Cyriaque

— Viens dans mon corps
,

— Je ne puis entrer dans ce pot-là
,

permission.
dit le

dé-

mon
et

parce que toutes
si

les issues

en sont closes
faire
je trou-

bien gardées. Mais

vous ne pouvez pas
,

autrement, envoyez -moi à Babylone
verai là

me

placer; et de plus
faire le

,

pour peu que
,

vous souhaitiez d'en

voyage

je

vous en

procurerai l'agrément.

Cyriaque consentit
Diable
;

à

ce

que proposait

le
fut

et aussitôt la princesse

Arthémia
qui avait

délivrée.

L'empereur Dioclétien

fait

72

LE DIABLE
le

pendre

jeune Vltns
;

,

se

montra plus doux
maison
et
lui
fit

envers Cyriaque
fille
,

il

lui

permit de baptiser sa
,

lui

donna une
avantageux
:

belle
trois

un

sort

circonstances bien

c'tonnantes dans

un persécuteur de l'église. Quelque temps après Dioclétien reçut un ambassadeur de la cour de Perse qui priait 1 empereur romain d'envoyer Cyriaque à Baby, ,

ione

,

pour délivrer

la

princesse royale
;

,

qui se

trouvait possédée

du Diable
(i)

Dioclétien alla

donc prier Cyriaque
le

de

faire le

voyage

,

et

jeune diacre partit pour Babylone, sur un vais,

seau magnifique

chargé de tout ce qui pouvait
la route.

adoucir

les

ennuis de

Lorsqu'il fut pré,

senté à la

fille

du

roi de Perse
s'il
,

le

démon

de-

manda
s'agit

à Cyriaque

était fatigué? ...


;

Il

ne

pas de cela
,

répondit Cyriaque
,

sors

d'ici

je

pareils...
îa

commande et rentre avec tes he démon sortit... Le roi, la reine,
te le

princesse de Perse se firent baptiser. Leur

exemple eut un bon nombre d'imitateurs ; et Cyriaque retourna à Rome après avoir passé
,

quarante-cinq jours à Babylone
au pain et à l'eau (2).
(i)
(2)

,

dans

le

jeûne

>

Ad

prcces igitur Diocleliani
,

Rollaudus

et le

R. P.

Kibade«eiâa

,

legenda ûiue«

^

Jsc* de Voragine. Leg. 3.

PEIiNT PAR LUI-xMÊME.

fS

CHAPITRE

VIII.

MALICES DE QUELQUES DÉMONS.
Unum hoc ex
ingénia malo ninlum ini'eniunt su».

Plaute.
Ces crimes de Satan
L'envie en inventa
,

ces méchancetés noires

,

les terribles histoires.

— En l'année 4^4
Crète.

>

^^ démon

tant soit

peu
de

malicieux joua un vilain tour aux Juifs de

l'Ile
,

Ce démon

prit la figiu'e

de Moïse
,

et se

présenta aux enfans d'Abraham
qu'il était leur

en leur disant

ancien libérateur, ressuscité pour
fois à la terre

les

conduire une seconde
Israélites,

promise.

Les bons

ne trouvant rien dans ce pro,

dige qui surpassât leurs anciens miracles

don-

nèrent tête baissée dans
dait le

le

piège que leur ten-

Diable.

Ils

se

rassemblèrent donc de

toutes parts, autour de leur libérateur.

Quand

tout fut prêt pour le départ de

l'ile ,

l'armée du peuple saint se rendit au bord de la

mer, dans

la

ferme persuasion qu'on

allait la
,

passer à pied sec.

Le Diable

,

riant sous cape

conduisit les cohortes

juives

jusqu'au

rivage,

:4

LE DIABLE
à les détromper.
était
si

sans chercher

La

foi

de ces

bonnes gens

grande

,

qu'ils
fait

n'attendi-

rent pas que leur conducteur eût

signe à la

mer de
tirerait

se fendre.
flots
,

Ils

se jetèrent

en masse au
la

milieu des

bien certains que
pas
;

mer

se rela

sous

leurs

malheureusement
;

verge de Moïse
imille Juifs se

n'était pas là

plus de vingt
;

noyèrent en plein jour

et le

faux
fit

Moïse ne
jour-là

se trouva plus(i)... Il fallait qu'il

ce

un brouillard bien
à la mer...

épais

,

ou que tous
pour
se jeter
qu'ils n'aient

ces Juifs eussent les

yeux bien
,

clos,

tout

un peuple

à

moins

fait le

saut tous à la fois.

— En vertu du
orages
et n'y
,

pouvoir

qu'il

a d'exciter les

le

Diable

fait

tonner de temps en temps

va pas de main morte.
le

L'an i565,
la ville
si

vingt-quatrième jour de
fut

juillet,

de Louvain
,

épouvantée par un orage

horrible

que

le

plus brave n'aurait pas la

force d'en soutenir le tableau sans se pâmer.

La
,

tempête commença au coucher du
alla
il

soleil

et

son train jusqu'au milieu de

la nuit.

D'abord

s'éleva

du sud

-est
,

une nuée
sur

affreuse, bigarrée
,

de plusieurs couleurs

un fond noir

et pré-

cédée d'un vent violent.
(i) Cornelii

L'éclair sillonna le

gemmœ.

cosmocriticœ

,

lib. I,

cap. 8.

PEINT PAR LUI-MÊME.
terrible nuage.

75

On

eût dit qu'il
,

y

avait à Tlio-

rison

une fournaise ardente
l'espace.

qui lançait des
la

flammes dans

Quand
!

nuée

fut

au-

dessus de la ville, grand Dieu
et quels bruits !....

quelles frayeurs!.,
roulait sans re;

Le tonnerre

lâche

,

avec un fracas toujours croissant

le ciel

était tout

en feu

;

la terre paraissait embrasée.

Alors

il

tombaune

grêle violente, dont les grains

étaient aussi gros que des oeufs de canne.

Toutes ces horreurs n'étaient qu'un avant-propos.

On

entendit bientôt dans les airs de longs

hurlemens, d'une espèce inconnue. Tous les auditeurs frissonnèrent et sentirent leurs cheveux se
hérisser.

Les hurlemens redoublèrent
cris

,

entre-

mêlés de

prolongés

,

semblables aux cris des

chats et des chattes lorsqu'ils sont en chaleur.

On

distinguait aussi
,

d'en haut

un son musical qui venait et qui imitait le bruit que l'on fait en
,

frappant sur un chaudron

ou plutôt

le

son des

cloches que les bonnes gens mettent en branle

pour conjurer
vint
,

le

tonnerre.

Quand
;

le

calme re-

on raisonna

sur ces prodiges

et les experts

découvrirent qu'un pareil orage était l'ouvrage des

démons

;

et
,

que

les

suppôts de Belzébuth
d'artifice
,

l'avaient excité

en manière de feu
fête
,

,

pour couronner une

ou une noce

ou

7^

LE DIABLE
en famille
,

quelque bacchanale que nous ne connaissons pas,
et qu'ils célébraient
II

(i ).

y eut

,

en i546

un orage
;

aussi effroyable

clans la ville

de Malines
,

et
le

,

ce qu'il

y a de

pis

dans

celui-ci

c'est

que
,

Diable y tua environ

cinq cents

hommes
,

sans compter les
qu'il

animaux
,

qu'il étouffa

les

bàtimens

renversa

les
,

arbres qu'il arracha, les plantes qu'il de'racina
etc (2).

Le Diable

fît

encore plus

méchamment

en 161 9; car il lança le tonnerre sur la cathédrale de Quimper - Corentin , et brûla le clocher pendant qu'on sonnait

— Les choses
,*

les cloches.... (5).

n'ont pas toujours été

comme

aujourd'hui

et

nos ancêtres avaient des visions

que nous n'avons plus.
dans
les

On
les

rencontrait autrefois,

mines

et

dans

cavernes un peu ob-

scures, certaines espèces de
les

démons vêtus comme

,

mineurs

,

et
les

dont on raconte beaucoup de
voyait courir çà et
la terre,

malices.
les

On
,

chercher
grues,

métaux

piocher

remuer

les

(1)

Cornelii

genimœ, de tialurœ divinis choraclerismis.
ibid.

,

îib. II,

cap. 2, pag. 25.
,

{i)Ejusdem,
Voyez
la

pag. 102.

Relation qui charge Satan de cet incendie. (3) M. Garinet raconte dans sou liisloire de la Magie en France, un en Lrùlant des Agnus Dci que l'ëvêque arrtt;i le feu
, ,
,

pain de seigle de quatre sous

,

et

une hostie consacre'e
vie.

,

le tout

trempe dcau

bc'uitc et

de

lait

de femine de bonne

et se

PEîNT PAR LUI-MÈMF. 77 donner bien du mouvement pour animer
;

les ouvriers

car

ils

ne

faisaient pas grand'cliose,

tout en paraissant âpres à la besogne. Ces dé-

mons, que quelques
giirirds
,

écrivains appellent niofita,

n'étaient point maifaisans

et

enten-

daient

la plaisanterie.
,

Mais une

insulte leur était
se

sensible

et ils la souffraient

rarement sans
ces

venger.

Un mineur
injures

eut l'extravagante audace de

dire plusieurs injures à

un de

démons

,

et

parmi ces
le

,

il

l'appela

plusieurs

fois

gibier de potence.

Le démon indigné
le

sauta sur
,

mineur
il

,

et

lui tordit

cou.

Cependant
s'y

comme
lui

n'avait pas intention de le tuer, ni
il

de
si

causer de grandes douleurs,
,

prit

adroitement
souffrit

que
;

le

mineur ne mourut ni ne
il

point

mais

eut le cou renversé, et le

visage tourné vers les fesses pendant le reste de
sa vie.
11

y

a eu des gens qui l'ont

vu en cet

état

tout-à-fait

remarquable

(i).

— On

dit

que

le

Diable apparaissait fréquem-

ment à saint Hyppolite , sous la figure d'une femme nue; que cette femme infernale se jetait
sur lui corps à corps; et que plus
il

la

repoussait

plus elle le pressait

impudemment

sur son sein.

Hyppolite
l'esprit

,

las
,

d'une longue résistance contre
lui passa

impur

son étole au cou
page i36.

et

(r)TailIepied, apparit. des esprits

^

rS
l'ctrangla.

LE DIABLE
Le Diable s évanouit aussitôt; etHyp-

poiite ne trouva dans ses bras qu'un cadavre bien

puant.

On crut reconnaître le corps d'une femme
,

morte

dont

le

Diable avait pris
(r).

la

forme pour

séduire Hyppolite
ce conte n
fois
est

Malheureusement tout
,

qu'un on dit
le

renouvelé plusieurs

pour décrier

Diable

(2).

Nous

n'ajouterons

que deux mots pour prouver combien ces sortes il n'y a de corruptible d'anecdotes sont fausses
:

que ce qui a des parties séparées l'une de
ce qui est spirituel est indivisible
incorruptible
les
:

l'autre;

;

il

est

donc
;

or les esprits sont spirituels

et

démons ne peuvent
Legenda aurea,

ni puer ni se pourir (5).
i3.

(1)

Jac. de Voragluc. Leg.

i

(2) Guillaume de Paris raconte qu'un soldat

,

croyant em-

brasser une belle
casse
j

fille

,

se trouva

couché avec une puante cartrait

ce qui était visiblement

un

du diable
,

,

si

l'on

en

croit le
parisie:;

judicieux Théologien,

— En

i6i3

un gentilhomme

trouva sous sa porte une belle demoiselle, qui cherla pluie. Il la
elle.
fit

chait

un abri contre
et

entrer dans son appar,

tement,
lit

coucha avec

Le lendemain

il

trouva dans

\c

le

corps '^'aue pendue, depuis long-temps défunte.
c'était

On

re.

connut que

un

diable

,

qui s'était revêtu de ce corps
,

pour décevoir ce pauvre gentilhomme

etc.

(

Rapporte por

^Madame
des
(3)

Gahrielle de P.***, histoire des fantômes et
,

démons
Ce

etc.

petit trait
,

de logique est

tiré

du catéchisme de Montici

pellier,

tome l".
ce que

avec cette différence qu'on applique

au

démon

le

théologien apphque à l'àme. Mais l'àme et

PEINT PAR LUI-MÊME.

— La jeune Ida de
à

79

Louvaln
,

,

s'ëtant décidée

extrêmement tourmentée par un dëmon un peu plus que
vie religieuse
fut

mener une

malin.

On

ne conçoit vraiment pas

sa conduite

peu délicate envers
et belle.

une jeune

fille

innocente

Tantôt

il

troublait son

sommeil par des
;

bruits confus et incompréhensibles
l'effrayait
,

tantôt

il

pendant
,

ses prières

,

en offrant à

ses

yeux des spectres

des fantômes

et toutes sortes
,

de figures hideuses.
couchait Ida

Un

autre jour

il

frappait

invisiblement sur les parois de la
,

chambre où
que toute
la

avec tant de force
ébranlée.

,

maison en
Mais
que
la

était

le trait

qu'on va

lire est le

tour le plus

pendable

qu'il se soit avisé

de

lui jouer.

Un

soir,

jeune Ida

faisait ses
,

oraisons dans le re-

cueillement et

le silence

le

Diable entra par

la

fenêtre, portant sur ses épaules

un

cercueil d'une

longueur démesurée.

Il

posa

la bière

au milieu

chambre , l'ouvrit sans mot dire. Ida y aperçut un grand corps mort. Pendant qu'elle
de
la
le considérait

avec frayeur
,

,

le

Diable prit

le

mort entre
le

ses bras

le dressa sur ses

pieds

démon

sont deux essences spirituelles.
les

II

y

a

même

eu des
les

savans qui

ont confondues

,

dans ce système que
,

bons

démons
vais

étaient les
les

âmes des braves gens défunts
trépassés
,

et les

mau-

démons

âmes des méchans

etc.

8o

LE DIABLE
,

l'anima

en se fourrant dans
;

le

corps avec son

adresse ordinaire

vers la Jeune

fl/Je

et le
Il

mort

se

mit à marcher

lui piit les

mains,
,

les

serra dans un morne silence

Ida

au comble
,

de l'eOVoi

,

implora

le

secours du ciel

et pro-^

nonça une prière qui fit évanouir le Diable. Elle en fut quitte pour la peur et pour sa discipline
,

que

le

Diable avait emportée.

On

pense bien

qu'elle passa le reste de la nuit à prier.

Le

len-

demain,

elle acheta

une autre poignée de verges,
(i).

communia,

et fut

moins tourmentée
Gilles
,

Le bienheureux
,

de Tordre des

frères prêcheurs

s'étant éveillé

au milieu de

la

nuit, sortit de sa cellule et entra dans une

église

pour y

faire ses oraisons.

Pendant

qu'il était

eu

prières, le Diable, ayant pris

une voix de femme,

appella Gilles avec tendresse.
aussitôt

Le

frère

éprouva

avait jamais

une tentation si violente , qu'il n'en connue de pareille. Mais il revint bientôt à lui-même , se fouetta durement pour réprimer les aiguillons de la chair , et reprit un
san^f phis

calme.

Un
,

instant après
et lui
le

,

le

Diable
le dos.

s'approcha du frère

grimpa sur

Comme

il

ne pouvait

secouer à terre, attendu
,

qu'il s'était

bien cramponné à son cou

Gilles

I

(i)

BoUandi acta sanctorum. iSaprilis. Ida Lovanensis, ex

Mss. Hugoujs confcss.

PEINT PAR LUI-MÊME.
6e traîna

8t

comme

il

put au bénitier
lit

,

aspergea le

Diable par-dessus lëpaule et le

fuir.

Mais

le

dëiuon eut l'opiniâtreté de revenir encore, sous

une forme horrible
Diable s'évanouit

,

épouvanter

le frère

prê-

cheur. Gilles prononça ces paroles: Paternoster;
le
;

et saint

François observa à
le

Gilles

que ces deux seules paroles chassaient
(i).

démon

ab Alexandro , qui vivait dans fît un jour la partie d'aller le quinzième siècle coucher avec quelques amis dans une maison de
,

— Alexandre
,

Rome
ils

que des spectres

et

des

démons hantaient
delà nuit,

depuis long-temps.

Au milieu
,

comme

étaient rassemblés dans la
ils

même chambre, avec
un grand
les

plusieurs lumières

virent paraître

spectre
et

,

qui

les

épouvanta par
qu'il
faisait

sa voix terrible

par

le bruit
,

en sautant sur

meubles

et

en cassant
avec de

les vases

des plus intrépides de
plusieurs fois
,

la

de nuit. Un compagnie s'avança
,

la

lumière
qu'il s'en

au-devant du
,

fantôme

;

mais à mesure
;

approchait

le
,

spectre s'éloignait

et

il

disparut entièrement
la

après avoir tout dérangé dans

maison.

Quelque temps après

,

le

même

spectre

rentra par les fentes de la porte.

Ceux qui

virent se mirent à crier de toutes leur forces.
BoUandi acta sanct. 23

(i)

aprilis.

6

Sa

LE DIABLE
lit,

Alexandre, qui venait de se jelter sur un
vit point d'abord
,

ne

le

parce que
;

le

fantôme
il

s'était

glissé sous la couchette

mais bientôt

aperçut

un grand
trouvait
fait le

bras noir qui s'allohgea sur la table
,

éteignit les lumières
,

renversa tout ce qui

s'y

ouvrit la porte, et s'enfuit sans avoir
à

moindre mal

personne

(i).

— Un
messe
brisa.
fait sa
,

jour que l'évêque

Douât

ce'lëbrait la

le diacre laissa

tomber

le calice
j

qui se

Donat rassembla
prière
,

les

fragmens

puis, ayant

il

eut la satisfaction de les voir
,

se réunir miraculeusement

et le
le

calice re-

prendre
le

sa

première forme. Mais

Diable, que
,

hasard avait

amené

là tout

exprès

s'était jet«
,

malicieusement entre
il

le

diacre et Tévèque

et

avait

emporté un
,

petit
le

morceau du vase brisé,
miracle
,

de façon que

malgré
(2).

le calice resta

percé et imparfait

— Saint Louis, qui aimait
belle

les

moines,

fît

ve-

nir six chartreux à Gentilly, et leur

donna une

maison pour y fonder un couvent. Ces
lib.

(

1

)

Alexandri etc.

V^
,

cap. 23. Tiraqueau,
traite cette

le

eommcn-

tateur d'Alexander ah Alex.

aventure de conle à

dormir de bout.
(2)

Legenda aurea Jac. de yorogiiw

,

leg.

110

PEINT PAR LUI-MÊaiE.

8?

bons religieux apercevaient de le irs fenêtres le château de Vauvert , que le roi Robert avait fait
bâtir, et

que

ses successeurs avaient

abandonné.
,

On

pouvait en faire

un monastère
,

commode

et

d autant plus agréable
Paris.

qu'il était tout près

de

Sur ces entrefaites, des revenans et des diables
s'emparèrent du vieux palais et y firent leur sabbat.

On y entendait tous les soirs une musique enragée et des hurlemens affreux. On y voyait
des spectres chargés de chaînes
toutes les couleurs
, ,

des diables de

et

principalement un grand
les nuits
,

dragon vert ,

qui s'élançait toutes

ar-

d'une grosse massue, pour assotiimer les

passans.

Que faire désormais d'un
dit Sainte- Foix ?

pareil château,
le

comme
dèrent
ses
;

Les chartreux

demantoutes

saint

Louis

le leur

donna avec

dépendances.
;

Ils s'y

logèrent, en chassèrent
:ô^

les diables

Enfer resta à en mémoire de tout le vacarme qui
et le

nom

la

rue

s'y était

fait.

Cette aventure

,

qui est rapportée
,

comme un
les histoi-

conte de bonnes femmes

dans toutes

res (excepté les archives des chartreux), a été

consignée par quelques dévots théologiens dans la

longue nomenclature des méchancetés du Diable-

84

LE DIABLP:
n'opposera à ce sentiment que deux petites
:

On

observations

i°. les

bons moines

,

qui eurent la

puissance de chasser les diables du palais deVauvert
faire
soit
,

pouvaient bien avoir eu l'adresse de
venir
-,

les

y

2°.

en admettant que Satan

s'y

campé de son chef, il n'a fait tort n'a donné que des peurs , et a sonne
,

à per-

su ga-

gner aux chartreux une belle maison. De sorte

que

,

dans tous

les cas

,

on

doit mettre celte
le

anecdote au nombre des services rendus par
Diable.

— Le Diable
vache
,

s'avisa

un

jour de posséder une

et

de

la faire courir

dans

la

campagne
la

,

pour s'amuser de
endiablée

la frayeur des paysans. Saint

Martin , revenant de Trêves , rencontra
,

vache

qui accourait à lui en

le

regardant
y

de

travers.

Le

vacher, qui poursuivait sa bête
à lui.

cria à

Martin de prendre garde
la

Mais

le

saint

évêque éleva
,

main

;

et, à son

comman-

dement
était à

la

vache se tint immobile. Le Diable

califourchon sur la bête, invisible aux
,

mais non à ceux de Martin. Il gourmanda sèchement l'esprit malin lui ordonna de laisser la vache en paix, et lui défen-

yeux profanes

,

dit

de tourmenter davantage un animal innoIl n'est

cent.

besoin que d'avoir un peu de sain-

PEINT PAR LUI-MÊME.
teté pour maîtriser les
;

85

démons le Diable, soumis à Martin, se retira sans mot dire, et ne revint plus parmi les bêtes. La vache reconnaissante de
,

se voir délivre'e, se
be'rateur
lui

mit à genoux devant son

li-

pour

le

remercier humblement. Martin
ses

permit de retourner auprès de
fît,

sœurs
(i).

;

ce

qu'elle

avec

la

douceur d'un mouton
diaîog, il.

(i)

Sulpicii Se^'cri

,

LE DIABLE

CHAPITRE
CONTE BLEU

IX.

LE DIABLE ET SAINT DOMINIQUE.
(l).

Tantœ ne

animis cœlestihus irœ ?

V/RGILÇ.
Pourquoi ce long tourment
?

qu'a fait ce pauvre diable?...
le

Un

saint

homme

a-t-il

donc

cœur inexorable?..

Un
le

soir

que saint Dominique
heureux

pre'parait

dans

recueillement un de ces sermons qui ont
si

produit de

effets (2)
,

,

il

entendit tout

à coup un léger bruit
mine'e, dans sa

comme
dans sa
(i)

et vit tomber de sa chechambre , un petit démon noir un ramoneur (3). Mais il ne le vit point forme naturelle ; car l'esprit infernal

Ex

vitâ S.

Dominici

,

lib.

II

,

cap. 7

;

et

IV

,

inter

H. P. angelini Gazaei pia
(2)

Iiilaria.

Rem
Un

suo

honam

Gt-egi
,

I

Sx.

Dominique prêcha

la

Croisade coutre
(3)

les Albigeois
,

et institua la sainte inquisition.

docteur
les

du dernier

siècle

,

a cbcrclié long-temps la cheminée ? Cette

pourquoi
Gaza

démons descendent par
le

savante question est re'solue dans
,

révérend père Angclin de

qui dit pertinemment que

hs démons prennent un
(

che?nin ténébreux parce qu'ils sont noirs.
âûcentosliq..)

Nigros nigra

PEINT PAR LUI-MÊME.
n'eut pas plutôt aperçu

87
qu'il prit la

Dominique

,

ligure d'un singe. y mation de ce singe une laideur si bizarre , que saint Dominique n'eût pu s'empêcher d'en rire ,
, il

Or

avait dans la confor-

s'il

se lut

donne
petits
,

la

peine de l'examiner.
,

Il

avait

les

yeux

jaunes

louches, enfonces ;*et

cherchait la Picardie en
le

proverbe français.
;

Champagne, comme dit Son nez était retroussé juscroûétait
il

qu'au front
tes

ses lèvres ressemblaient à des
;

de pâté

tout

son corps

couvert de

poils, à l'exception des fesses; et

puait le bouc

à une demi-lieue.
Il

entra dans la cellule du saint
,

,

comme un
c'est-à-dire,

bouffon de comédie entre en scène

en

faisant mille
,

gambades
,

,

et

en tournant sans
,

raison
il

tantôt à droite

tantôt à gauche. Puis
,

comme les quadrupèdes à Jouer de la pâte comme les jeunes chats, à frapper de la tète contre les muraUles comme font les béliers à s'asseoir par terre comme les enfans etc. à s'agenouiller comme les moines
se

mit à marcher

,

,

,

,

Tous
sauts
,

ces

tours étaient entremêlés de grands

et variés à l'infini.

Comme
bre
,

saint

Dominique
s'en

écrivait toujours

sans s'occuper de ce qui se passait dans sa
le petit

cham-

démon

approcha par derrière

pour

lui

jouer quelque malice.

On

pouvait tirer

le saint

homme

par sa robe

,

le

troubler dans son

88
travail
,

LE DIABLE
déranger son fauteuil
,

éteindre sa chanses papiers
le

delle

,

jeter ses livres
c'est

au feu et

au
:

vent

;

bien ce que cherchait

démon

c'est aussi ce qu'il n'osait exécuter.

Le
la

saint était
faciles.

saint; et ces gens-là

ne sont pas toujours

Deux

fois le
la

malin singe avança
:

pâte pour
fois la
il

secouer

robe de Dominique
mettre

deux

pâte craintive refusa le service. Trois fois
lut tirer le fauteuil et

vou:

le saint à terre

trois fois la

peur

le fît reculer.

Cependant Dominique voyait tout ,'et ne disait mot. Le démon, croyant qu'il l'épiait se re,

tira

au fond de

la cellule,
(i).

en

lui

lâchant les plus

admirables grimaces
il fait

Au

bout d'un instant,

de son ventre un tambour, de son nez un
,

hautbois

et
,

danse en trépignant avec son

omim-

bre. Ensuite

remarquant que
prit plus

le saint était

mobile
le petit

,

et qu'il

pouvait bien avoir peur aussi

démon

de hardiesse
écrivait.

,

et sauta

sur

la

table

où Dominique
le saint

Alors enfin
M

prêcheur ouvrit
dit-il

la

bouche:
,

Reste

là sans

bouger,
la

au singe infernal

» et

tiens-moi

chandelle;

je te l'ordonne... »

Le pauvre
main
il
il

Diable

est forcé

d'obéir.

D'une
l'autre
,

ôte
la

humblement son bonnet; de
chandelle dans
le

prend
(l)

chandelier

et

ne

Mirus morio Jîgmenta mira faclital miris modis.

PEIM' PAR LUI-MÊME
remue pas plus qu'un terme
meurait pas dans l'inaction.
encore libre
dents
, ,

89
la

depuis

plante

des pieds jusqu'aux épaules. Mais sa tête ne de-

Comme
faisait

elle était

,

le petit

démon

craquer ses

imitait avec
,

ses lèvres le

son du cornet à

bouquin
et

tendait au saint une langue d'un pied

une bouche etlroyable , et cherchait en môme temps à se débarrasser de

demi

,

ouvrait

la

chandelle

;

mais ses

efforts étaient

vains;

elle semblait

désormais inséparable de sa main.
cessait d'écrire

Néanmoins Dominique ne
silence
;

en
la

le

démon
elle
,

faisait ses

grimaces

,

et

chandelle se consumait. Bientôt elle approche

de

sa fin
;

;

touche déjà

les doigts
,

qui
;

la tien-

nent

brûle
!

destinée
le singe

— Mais
,

pauvre

démon

brûle

c'est

ta

la farce

devient tragique (i);
veut jeter bien
el s'agite

déguisé cherche à reprendre sa forme
et n'y

naturelle

peut réussir;

il
,

loin de lui la

tilement
cris se

;

il

invoque
,

mèche enflammée les démons
et

inu:

à

son aide

ses

perdent

personne ne vient. Son déde ses larmes.

sespoir redouble en voyant le saint rire sous

cape (2) de

sa souffrance et

Enfin Dominique s'attendrit ; et, déchargeant un coup de bâton sur les fesses du singe , il lui

(

»

,

Comœdus

esse desim't
ridere.

;

tragcedus est Dcemon.

(2)

Sub cuciiUo

LE DIABLE
partir.

permet de

Le démon pousse un
que

dernier

cri, et disparaît plus vfte

l'éclair (i).
,

Le révérend
le petit

père Angelin de Gaza ajoute

qu'en rentrant aux enfers, après sa mésaventure,

démon

fut

condamné
,

à boire mille pleins et à recevoir cent
,

verres de soufre bouillant

coups de gaule sur

le dos.
,

Mais

sauf le respect

que nous

lui

devons

le

révérend père Angelin
,

de Gaza a pris cela sous son bonnet n'ayant pas encore fait le voyage d'un pays, dont il défigure
les

coutumes. D'ailleurs on
,

sait

,

par Lavant-

propos de cet ouvrage

que

le

Diable aux doigts
;

brûlés était Satan en personne

et

qu'un

mo-

narque de

sa

trempe ne

se laisse pas volontiers

fustiger dans son

royaume.
ajoute encore à ces beaux
le

La légende dorée
traits
,

qu'avant de renvoyer
lui

Diable, saint
s'y

Do-

minique

demanda comment il
.'*

prenait pour

tenter les moines

— «Voici
;

la

chose en deux
of-^

mots
(i)

,

répondit

le

démon

ils

vont tard aux

Comme
St.

la

peinture sacre'e s'emparait autrefois de tous
,

ces sujets édifiaus
à Paris
,

on voyait au grand
,

cloître des
le

Jacobins

,

Dominique

qui
,

,

pour punir

Diable d'avoir
lire
,

voulu l'crapêclier d'étudier
à tenir

ainsi

qu'on vient de
,

le forçait
,

un

petit

bout de chandelle
;

qui

lui brûlait les doigts

sans qu'il osât l'éteindre

de quoi ce pauvre Diable
{

faisait
^

cent

grimaces

,

comme

dit Sauvai.

Cahier des amours

page 3-.)

PEINT PAR LUI-MEME.
fîces
,


ils

et

en sortent de I)Onne heure;
,

la

grasse matinée

pensées charnelles

;

dorment et ils s'occupent la nuit de ils mangent plus qu'ils ne
sont au réfectoire
,

doivent

,

quand

ils

;

ils

se

disputent dès qu'ils peuvent parler

et Jasent

comme

des pies dans les
fins

momens

de silence.

A

des gens moins

que vous,

011 dirait

ces défauts sont de l'essence de

que tous l'homme ; mais
c'est le
^

vous autres théologiens
Diable qui
fait

,

vous savez que
,

tout cela

et qu'il tente partout
(1).

hormis
(i)

la

chapelle et le confessionnal

»

Lcgenda aurea Jacobi de Voragine

,

leg. loB.

92

LE DIABLE

CHAPITRE

X.

MÉSAVENTURES ET FAIBLESSE DES DÉMONS.
Miserere inopum sociorum

JUVÉNAL.
Vous tous que
Pécheurs
,

le

tre'pas

re'unit

aux démons

,

plaignez un peu vos pauvres compagnons.

— Soeur Élizabeth, du monastère d'Hoven,
vit
elle

un jour
le

le diable

dans son dortoir.
cornes
,

Comme

reconnut à
et
le

ses

elle

s'approcha

de lui , Pourquoi
Diable
,

me
,

renvoya avec un soufflet. frappes -tu si durement , dit
sa

le

en tàtant

joue ?

m'ennuies
Diable

répondit la sœur.

— Parce que tu — ceux que
Si
,

vous ennuyez vous souffletaient
,

répliqua le

vous n'auriez pas

les joues si grasses....

Après avoir lâché ce mot , il disparut , et bien lui prit , car la sœur n'était pas endurante. Un autre jour , de très-grand matin , sœur
Élizabeth, s'étant levée pour sonner les matines,

entra dans l'oratoire

commun

,

avec une lu-

mière.

elle

aperçut le Diable sous la figure

d'un jeune cavalier bien vêtu. Elle crut d'abord
qu'un

homme

était entré

dans

le

couvent

,

et

PEINT PAR LUI-MÊME.
sortant bien vite de l'oratoire
,

93

elle glissa sur

un

escalier.

Ce ne fut qu assez
;

tard qu'elle s'avisa
elle fut

d'appeler à son secours

et

quelque
L'ab-

temps malade e'prouvé que de

,

tant

du trouble

qu'elle avait
faite.

la

chute qu'elle avait

besse elle-même prit tant de part à cet événe-

qu elle en fit une petite maladie. Mais quand on eut fait comprendre à sœur Elizabeth y

ment

,

qu'elle avait eu à faire au Diable

:

— Ah

!

si

je

l'avais su, s'écria-t-elle, quel soufflet je lui aurais
11 paraîtrait par là , que la bonne donné! sœur prenait cœur au jeu se fiant sur la patience du Diable et sur la vigueur de son poignet (1).
,

,


et

Saint Grégoire le
,

Thaumaturge

,

ou

le

faiseur de miracles

se
,

rendant en sa
fut surpris

ville épis-

copale de INéocésarée

par la nuit

par une pluie violente qui l'obligea d'entrer
,

dans un temple d'idoles
d'abord

fameux dans
Il
fît

le

pays

,

à cause des oracles qui s'y rendaient.
le

invoqua
plusieurs
et passa

nom

de Jésus-Christ

,

signes de croix pourpurifîer le temple
la nuit à

,

chanter les louanges de Dieu

,

suivant

son habitude.

Après que Grégoire
rémonies de son

fut parti

,

le prêtre

des

idoles vint au temple, et se disposa à faire les céculte.

Les démons
lib.

lui

appa-

(i) Cœsariilleisterbacli.

Miracuh

,

/^, cap. 45.

r)\

LE DIABLE
auf^silôt
,

surent

et lui dirent qu'ils

ne pouvaient

plus habiter le temple depuis qu'un saint ëvèque

y

promit bien des
perdue
celle
la

encensemenç , et pour les engager à tenir ferme sur leurs autels ; mais c'était peine
avait couché.
11

prodigua

les

sacrifices

;

puissance de Satan s'éclipsait devant

de Grégoire.
,

Le

prêtre

,

furieux de voir

son métier gâté
césarée
,

poursuivit

1

evêque de Néopunir juridiqu'il venait

et le
,

menaça de
ne réparait
le plus
je

le faire
le

quement
lui

s'il

mal

de

causer. Grégoire, quil'écoutait sans s'émouvoir,

répondit avec

grand sang-froid

:

Avec l'aide de Dieu,

chasse les

me

plaît

,

et je les fais entrer

démons d'où où je veux.
prit alors
;


un

il

Permets-leur donc de
dit le sacrificateur.

renti^er

dans leur temple

Le

saint

évéque

papier , et

il

écrivit celte petite lettre

Grégoire à Satan

:

RENTRE.

Le
ple
,

sacrificateur porta ce billet
le

dans son tem,

mit sur

l'autel

,

fit

ses sacrifices

et eut

la satisfaction

de revoir

les

démons y
,

revenir.

Mais, réfléchissant ensuite
goire
,

a la

puissance de Gréet se
fit

il

retourna vers

lui

instruire

dans

la religion
,

chrétienne.

Une

seule chose le

choquait

c'était le

mystère de lincarnation du

PËIINÏ
Verbe. Grégoire
par
les
!

PAR LUI-MÊME.
que
celte vérité
,

^5

lui dit

ne se

prouvait point par des raisons humaines
merveilles de la puissance divine.
dit le sacrificateur
,

— Eh
de

mais

bien

commandez
,

à ce ro-

cher qu'il change de place
l'autre côté

et qu'il saute

de
,

la

grande route. Grégoire parla

à la pierre

qui obéit

comme
, ,

si

elle

eût été

animée. Le sacrificateur
tage
sa
,

sans délibérer davan-

abandonna sa maison son bien , sa place, pour suivre le saint femme ses enfans
, ,

évêque

— Une jeune vierge

et devenir

son disciple
,

(i).

nommée Lydvina,
;,

après

avoir passé quelques années dans les plus saintes
pratiques de la vie religieuse

tomba dangereuvivait solitaire
,

sement malade.
elle eût

Comme

elle

probablement succombé à l'ennui
;

et à

la

douleur

mais

elle fut visitée
la

par son ange

gardien, dont la beauté et
lui firent

douce conversation
L'ange
la

peu à peu oublier

ses souffrances.

la prenait tous les jours
sait à

par

main,

la
,

condui-

une chapelle de
.

la sainte

Vierge

elle

faisait sa prière

et la transportait ensuite
,

dans
les

une campagne charmante
fleurs les plus rares
,

embaumée par

placée sous le plus heureux

climat. Cette petite

promenade

rétablissait visi-

blement

la santé

de Lydvina.
,

(i) Grcgoril Nisseni

\ita

Gregoiii Tbauraatli. operum

.

tom.

I

,

pag. g8o.

96

LE DlAliLË
le

Vers

même
le

temps, une femme d'une naturâ

un peu

fragile eut le

malheur de commettre un
s'en repentir

gros péché, et
aussitôt. C'est

bonheur de

presque
,

pourquoi

elle s'en confessa
,

mais

sans doute imparfaitement
prit note. Il vint

puisque

le

diable eu
la

donc fièrement trouver
as fait, lui dit -il
ta

femme
:

pécheresse
«

,

et, lui

montrant un gratid papier
,

Vois ce que tu
;

chute est

écrite ici

la loi

de Dieu

bientôt avec moi. »
d'être

perdue

,

car

te condamne à venir Cette pauvre femme, désolée elle se croyait damnée, et ne
lui disait si
,

voulant pas aller dans un pays qu'on

sombre
lui

,

se rendit
ses

à la

maison de Lydvina
«
,

et

demanda
,

conseils.

Le démon vous
asseyez-vous
,

trompe
elle se

dit la

jeune vierge

je

vais m'occuper de votre affaire.
;

En même temps

mit en prière l'ange gardien parut, et emporta Lydvina dans le ciel; elleyvit la sainte Vierge entourée d'un chœur de vierges, et placée
à
la droite

de Dieu. Satan
;
,

fut cité

devant
,

le tri-

bunal suprême
ses droits.

il

présenta sa note

et

réclama
la sainte

Mais

à la prière

de Lydvina,
,

Vierge déchira
les

le

papier du

morceaux
;

à la protectrice de la

démon et en remit femme péchesa

resse

alors le Diable fut baftbué et forcé de sor-

tir les
(i)

mains vides
,

(i).

Lydvina revint dans
Moqué

Deriso

explosoque

Dœmone

et rais liors

de cour.

PEINT PAR LUI-MÊME
cliambre
,

97

donna à la pauvre femme les débris du billet du Diable, et la renvoya , en lui conseillant de mieux faire à l'avenir (i).

— Une nuit que

saint

Loup
soit

était

en prières,

il

éprouva subitement une

non accoutumée.
,

C'était

probablement dans un temps de jeûne
reconnut que cette soif
,

puisqu'il

était

une tenta-

tion

du Diable

et qu'il prit la secrète résolution
Il

d'attraper le tentateur.

se

fit

apporter un plein
s'y

vase d'eau froide

;

le

Diable

jeta aussitôt
;

pour entrer dans
saisissant
tint le

le

corps du saint
,

mais Loup
vase
,
,

son oreiller

en couvrit

le

ety
jour

Diable enfermé jusqu'au matin

sans se

laisser attendrir

par ses
;

cris plaintifs.

Le

veau

,

il

le

lâcha

et le
,

Diable
alla

,

pour se conla

soler de sa triste aventure
et l'impudicité

semer

discorde

dans

le

cœur de quelques jeuneS

clercs.

Loup

parut au milieu d'eux, au

moment

ils

se querellaient

de bonne sorte

,

tout en se

disposant à pécher avec des
vie (2).
Il

femmes de mauvaise
et

les

tira

du précipice,

obligea le

démon

à retourner directement avec ses pa-

reils (3).
(i)

Joan. Brugi7ianni Fransciscani
et

,

vita

Lj-dwina:

Virg.
(2)
ribiis

Matthœi Tj-mpiî , prcemia virlutum, pag. 290. Audit clericos sitos rixantes eb quod don mulie-^
,
. .

Jornicari vellent.

(3)

Lcgenda aurea Jacobi de Voragine

,

leg.

123.

7

98

LE DIABLE

— Un habile
comme
pot,
allaient
les

exorciste avait enferme' plusieurs
,

de'mons dans un pot à beurre. Après sa mort

de'mons faisaient du bruit dans leur
cassèrent, persuadés qu'ils

les héritiers le

y prendre quelque trésor. Mais ils n'y trouvèrent que le Diable assez mal logé il
5

s'envola avec ses

compagnons
Caradoc
,

,

et laissa le

pot

vide

(r).

— Le
une

saint

homme
du nord

s'élant retiré

dans
sous

petite ile

pour y mener

la vie so-

litaire, le

Diable vint

lui otTrir ses services

une forme humaine.
dit

Caradoc

.^

tu n'as rien à faire ici.

— Que me demandes -tu, — Je ne
,

viens point avec des vues intéressées
le Diable
;

répondit

vous êtes seul

,

vous n'avez poi^t
servir,
si

de

serviteur, et je m'offre
le

pour vous

vous

voulez bien. Observez que
le seul plaisir

je le fais gra-

tuitement et pour

de vous voir,

de

profiter
,

en votre sainte compagnie

— — Va,

t-en

répartit

Caradoc,

je n'ai

besoin ni de toi

ni des tiens
travail.

Après cela, Caradoc se mit au
considérablement
s'était

Gomme
un coin
sayer.
,

il

s'échaufl'ait

il

ôta sa ceinture.
la

Le

Diable, qui
,

caché dans

prit bien vite

et s'amusa à l'es,

Quand Caradoc
,

eut achevé sa besogne

il

(ï)

Lcgenda aurca

Jac. de Yoragine

,

leg.

88.

PEINT PAU LUI-MÊME.
chercha sa ceinture
;

99
:

elle

ne

se trouva point

mais , en yeux, il aperçut

vertu de la sainte perspicacité
le

de

ses

Diable qui

riait

aux

éclats
,

de

se voir ceint de la courroie de Caradoc

et qui

s'occupait continuellement à loter, à la remet-tre
,

à singer les faiseurs

de tours de passe-passe
,

et à sauter par-dessus le vénérable ceinturon

comme

les

enfans sautent après une corde. Ca5

radoc re'clama vigoureusement son cuir
pouvait le demander sans insulte
n'avait pas envie de le garder.
saint
Il
:

mais

il

le

Diable

le rendit

au

homme
les

,

et se retira

,

fâché de ne trouver

parmi

mortels que des injures pour des offres
et des

de services,
entendre

esprits trop

mal

faits

pour

la plaisanterie (i).
lit
,

— On

dans uncvieille légende
soif,

,

que saint

Dorothée ayant

disciple d'aller puiser

commanda à Palade son de l'eau. Le Diable qui
,

l'entendit, eut la malice

de

jeter

un aspic dans
,

le

puits de saint Dorothée. Palade
fut tout

l'ayant

vu

,

en
:

effrayé

,

et courut dire à
,

son maître
,

Nous ne pouvons plus boire mon père j'ai vu un aspic au fond du puits. —^ Si le démon jetait

des serpens venimeux dans toutes les fon,

taiues

répondit

le saint

,

vous ne boiriez donc
l3 aprilis
/

(t)

Bollandi acla snnctoruni

,

legendct-

Jçannis Capgravii ^ Caradocus.

100

LE DIABLE
?... 11 sortit

jamais
tira

en

même
,

temps de

sa ctllule

,

lui-même de Teau

et

signé.

en but, après
,

s'être
:

Faites

comme moi

ajouta-l-il
si^^ne

le

Diable

est

sans jbrce devant un

de croix.

L'histoire ajoute qu'il avait raison.

— Un
ment
parler.

religieux vint

un jour frapper rude-

à la porte de Luther, en

demandant

à lui
le

On

lui

ouvre

;

il
:

regarde un
J'ai

moment

réformateur, et

lui dit

découvert quelques
je

erreurs papistiques sur lesquelles

voudrais

conférer avec vous. — Parlez

,

répond Luther...

L'inconnu propose d'abord quelques discussions
assez simples que Luther résout aisément; mais

chaque question nouvelle
la

précédente

,

et le

était plus difîicile que moine exposa bientôt des

syllogismes
lui dit

très-embarrassans.
:

Luther offensé

brusquement
;

— Vos questions sont trop
le

embrouillées
faire

j'ai

pour

moment autre
,

chose à
il

que de vous répondre.... Cependant

se le-

vait

pour argumenter encore
le

lorsqu'il
le

remarqua

que
les

prétendu religieux avait
griffes.

pied fendu et

mains armées de
,


, ;

IN'es-tu pas, lui

dit-il

celui dont la naissance

du Christ a dû brita puissance est

ser la tête ?

Ton

règne passe

maintenant peu dangereuse
ner en
enfer...

tu

peux retour-

Le Diable
,

,

qui s'attendait à un
assaut d'injures

combat desprit

et

non

à

un

PEINT PAR LUI-MÊME.
des

loi

se retira tout confus, en gémissant sur l'injustice

hommes

à son égard

(i).

— Un grand diable vint un jour
vices à saint Antoine.

offrir ses ser,

Pour toute réponse
,

An-

toine le
visage.

regarda de travers

et lui

cracha au
,

Le démon en eut le cœur si gros qu'il s'évanouit sans mot dire et n'osa de long-temps
,

reparaître sur la terre (2).

— Une
(1) (2)

jeune chrétienne (Julienne était son
tom.

Melanchthon. de examin. ibeolog. operiim

,

I.

Legenda
si

aiirea

Jacobi de Vorngine
St.

,

legenda 21.
ait
il

On

aurait peine à

concevoir que
,

Antoine

traité

le

Diable
souffert
St.

rudement

si

l'on
;

ne
l'on

sav^iit

combien

en avait

de tentations
ait

et

admettra

difficilement

que
,

Antoine

tant reçu d'attaques de la part
disait
:

du Diable

quand on
le

se rappelera qu'il
et


,

Je ne crains pas plus
je suis

de'mon qu'une moucbe,
le

avec un signe de croix

sûr

de
St.

mettre en fuite
,

Saint Athannse
les

qui a écrit la vie de

Antoine
,

entremêle

aventures de son béros avec le

Diable
gulier.

de quelques

traits

qui forment un contraste bien sin,


,

Des pbilosopbcs
lui

étonnés de la grande sagesse
livre
il

d'Antoine
si

demandèrent dans quel

avait puisé
îe ciel
,

une
,

belle doctrine.
l'autre la terre

Le
:

saint leur

montra d'une main
livres
,

et

de
ai

— Voilà mes
si

leur dit-il

je

n'en

point d'autres

;

les

hommes
,

daignaient étudier

comme
ils

moi

les merveilles
!

de

la création

que de
,

traits

de sagesse

y trouveraient
rait bientôt

ils

en seraient frappés

et leur esprit s'élève-

de

la

création au créateur

Assurément

c'est

bien là

le

langage d'un sage.

109.

LE DIABLE
venait d'être mariée au pre'fet de Nicoelle

nom )

médie. Mais
procher

ne voulait point
embrassé
le

s'en laisser

ap-

qu'il n'eût

christianisme.

On employa vainement prières
ne put changer
sit

et

ses résolutions.
,

menaces; rien Son père irrité
qu'il
la

l'abandonna à son mari
,

pour

rédui-

s'il

le

pouvait
,

,

à son devoir d'épouse.
lui dit le
si

Aimable Julienne
ai-je mérité

gouverneur, pour,

quoi vous montrez-vous

cruelle

et

comment
;

— Faites-vous chrétien répondit auJrement ne reconnaîtrai jamais vos — Ma chère maîtresse gouverneur,
,

que vous

me

repoussiez de la sorte.
.Tnlienne

,

je

droits.

,

reprit le

vous exigez de moi une chose impossible, puisque , si je vous obéissais , l'empereur me ferait
trancher
la tête.

— Vous redoutez un empereur
:

mortel, répliqua Julienne

ne vous étonnez donc

point que

je

craigne l'éternel

Au
;

reste, faites-

moi

tout le

mal que vous voudrez

mais soyez

sur que je ne vous céderai point...

Le gouverneur,
suite à la violence.
tresse
,

désespérant de soumettre Ju,

lienne par des manières douces
Il

recourut de

déshabilla sa chère
,

maî-

la

fit

fouetter de verges
il

et

,

après l'avoir

long-temps tourmentée,
et l'envoya

la

chargea de chaînes

en prison. Ce

fut

dans ce

triste gîte
!

qu'un ange déchu vint
dit-il
;

la visiter.

— Hélas

lui

pourquoi soufirez - vous tant de tour-

PEIiNT

PAR LUI-MKME.
et

io3

mens

;

faites ce

qu'on exige de vous,

ne vous
vie.
. .

laissez point

mourir avant d'avoir connu la

Comme
le ciel

ce

démon

avait l'apparence d'un ange

,

sans en tenir le langage, Julienne étonnée pria

de

lui révéler à

qui elle avait à faire. Auslui dit
; :

sitôt

une voix
est

se

fît

entendre, qui
ta

— Celui
suis

qui te vient voir est en
dire qui
,

puissance

force-le à te
les

il

Julienne prit donc

démon et un démon
?

lui
,

demanda
;

qui
et

il

était ?

— Je
le

mains du

répondit-il

ton père, près de vous... — Quel Belzébuth répliqua lienne —
est

mon

père m'envoie
reprit Ju-

C'est

,

démon.
ausi

Le pauvre
mal
;

diable nous conduit maintenant assez

car, toutes les fois qu'il
,

nous

fait aller

devant des chrétiens
souvent
nir
ici.

nous sommes

étrillés

nous sommes découverts. Cela nous arrive assez
;

et je vois

bien que

j'ai

mal

fait

de ve-

Julienne, ayant entendu ces mots

,

retint forle

tement
dos
,

le

démon

,

lui lia les

mains derrière

le

coucha par terre,
avec sa chaîne
,

et le

frappa.de toutes

ses forces

quoiqu'il lui criât sans
pitié

cesse:

— Julienne, ma bonne dame, ayez
Elle ne cessa de le battre

de

moi

!...

que quand on
sa chaîne

la vint tirer

de prison pour
,

la

conduire au gou-

verneur. Mais, en sortant

elle

mit

au
,

cou du

démon

,

et

l'entraîna derrière elle
,

à

écorche-cuL Le démon, désespéré

lui

deman-

io4

LE DIABLE

dait grâce, en criant tristement:

— Julienne,
fait

ma bonne dame
frir,

,

après m'avoir tant

souf-

ne m'exposez pas plus long-temps à
!...

la déri-

sion de la mukitude
trer nulle part...

Je n'oserai plus

me monsont

On

dit

que

les chrétiens

compalissans

;

et
il

vous n'avez aucune pitié de

moi

!...

Mais

eut beau gémir et pleurer, Ju-

lienne
blique

le traîna derrière elle, jusqu'à la place
;

pu-

alors elle le jeta dans

une

fosse

de

latri-

nes

(i)...

Qu'avait- il
si

fait

cependant pour mériter
anecdote

un traitement

— On peut encore

cruel?...
citer celte
,

comme

une preuve de la faiblesse du Diable , lorsqu'il a en tête quelque personnage d'importance. Un jour qu'il voulait attirer le saint diacre Wulfran à
son service,
(i)
il

alla le trouver, et lui dit:

Fais-toi

Les bons auteurs ne rapportent point tous cfs contes, qui
,

£6 trouvent

avec bien d'autres

,

dans

le

R. P. Ribadcnéira

,

in Flore sanctorwn, et dans la Légende dorée. Cette Julienne, que l'église a mise au rang des martvres
Clotilde,
,

fut

une autre
voulut

que l'on maria à un païen. Mais
les

comme elle ne
s'il

point lui accorder

faveurs conjugales
lui
fit

,

n'abjurait le culte

des faux dieux
tenté les

,

son époux

trancher
séduire.

la tète,

après avoir

autres moj-ens de la
,

La Légende dorée
,

ajoute que

dùm ad decollandum
^

ducereiur Juliana

Dœ-

wo/?, qiiein vevhernverat
qiie

inspecie jin'enù apparuil ; cum-

Juliana paululum
:

ociilos avertisset in

aufugiens exclamavit

— Heu

eum,

Dœmon
!

I

heu I

me miserum
Legenda 43.

adhuc

pulo quod

me

yclit caper^e e( ligare.

PEI.NT

PAR LUI-MEME.

io5

mon serviteur, je te récompenserai bien. me donneras-tu demanda Wulfran?
,

— Que — Je

te

mettrai dans un beau paradis

,

tout brillant d'or,

de pierres précieuses, de cristaux et de diamans.

— Fais-le-moi voir, répliqua
Je

le diacre...

Alors

Diable

fit

un signe
si

,

et aussitôt
,

on

vit l'entrée

d'un paradis merveilleux
lait

au milieu duquel

bril-

un

palais

éblouissant, que l'œil pouvait à
l'éclat.
;

peine en soutenir
bien
,

—Voilà
si

qui

est fort

répliqua

Wulfran

ce palais
je

que tu

me
;

montres
mais

est l'ouvrage

de Dieu,

veux

qu'il reste

sur pied, et je consens a le voir de plus près
si c'est
,

ton ouvrage

,

et

que tu

sois

un dé-

mon comme je le soupçonne, je te commande au nom de Jésus-Christ de le mettre en ruines...
,

A
il

peine

le

Diable eut-il entendu ces mots, qu'il

baissa la tête avec douleur.

Mais

il

fallait

obéir

:

leva

donc
;

la griffe
,

,

donna

le signal de la des,

truction
palais
,

et

en un clin d'ail
,

le

paradis

,

le

les

bijoux

les pierreries

s'évanouirent

comme nos décorations de théâtre,
sifflet fait

qu'un coup de

disparaître (i).
saint François était en oraison
,

— Un jour que
le

Diable vint
Voyez

le

trouver et le tourmenta de

(j)

les diverses le'gendes

,

Bollandus,

le

R. P, Riba,

dénéira, ih Flore sanclorwuy et l'Éloge de l'eafcr
ri.iitie
5

première

art.

V.

joti

LE DIABLE
François
,

tentations charnelles.

reconnaissant

j'enncmi

,

se deshabilla bien vite et se fouetla
(i).

durement
res

Après cela,
et, les

il fît

sept petites figuil

de neige ,

à haute voix:

— La plus grande de
,

prenant dans ses bras,

dit

ces figures est
fils
;

ma femme
quatrième
sixième
est

;

les

deux suivantes sont mes
cinquième sont mes
et la

la

et la

filles
,

j

la

mou domestique
ne
les tue...

septième

ma
se

servante. Hàtons-nous de les réchauffer, de peur

que

le froid

En même temps

il

roulait dans la neige...

On

ne tient guère contre

de pareils
et

traits

j

le

Diable se retira tout confus,
(2).

François rentra dans sa cellule
(i)

Cordulâ durissimâ.

(2) Illicd

Diabolus confusus recessit
in

;

et vir

Dei,

Deum

glorificans

,

cellam

rediit.

(

Legenda aurea Jac de

Voragitve. Leg. 14 40

PEIKT PAR LUI-MÊME.

107

1**^***»*'»\-»**V%l\'»'»:\'%'«*%\'%%^X%.'»'*»**^*'**'**** *'***'*'*

CHAPITRE XL
PETITES LEÇONS ET CBATIMENS DIVERS INFLIGÉS

PAR LE DIABLE.
Détériores nos omnesjxmus liceniid.

T£^E^•CE.
Koiis devenons
,

dit-on
;

,

pires dans la licence.
et
,

Le Diable
Il

arrive alors
,

la

fourche
,

à la

main

,

frappe l'impudique
,

arrête l'assassin

Extermine l'impie

et

nous rend Tinnocence (i).


d'une

Un

certain jour d'été
,

,

les

convers d'une

maison de Cîteaux
leur dortoir
le

dormant en plein midi dans

Diable y parut sous la figure , jeune religieuse vêtue de noir. Cette
visita tous les frères
,

nonne
(i)
Il

s'arrêtant

devant

est vrai qu'il n'y avait
,

ni orgueil

,

ni luxure
le

,

ni

assassinats

ni impieté
!

,

ni vices

aucuns

,

dans

temps qu'on

avait peur

du Diable Les dévots sont bien fâchés de ne pouvoir
îa superstition le

pas effarer des chroniques de

massacre de la
guerres exé,

Saint-Bartbélemy

,

l'assassinai

de Henri

IV

,

les

crables qui se sont faites sous le voile de la religion

etc.

etc.

parce qu'alors

il

serait

prouvé que

les siècles

,

l'on brûlait
le

les sorciers et les

hérétiques, valaient bien

mieux que

nôtre;

.nttcndu que le fanatisme ot les terreurs infernales sont tout à
fait

propres à produire une géncratiou d'honnêtes gens.

io3

LE DIABLE
et

quelques-uns,
lit

passant

rapidement devant

quelques autres sans

les éveiller.
,

En

arrivant au

d'un certain convers
,

remarquable par son

peu de chasteté

elle se
,

pencha sur
et lui

lui
,

,

l'em-

brassa tendrement

lui fît
,

des caresses

des at-

touchemens impudiques
baisers sur la bouche.

donna

plusieurs

a

apparemment éveillé par le bruit des baisers que se donnaient le frère et la nonne courut au lit du convers tout stupéfait de ce
religieux,
,

Un

qui se passait dans la cellule. Mais aussitôt que le
religieux entra, la

nonne disparut
convers
,

,

et

il

ne trouva

dans

le lit

que

le

seul

,

découvert, et

dans une posture impudique... Sur ces entrefaites
,

|

toute
;

monde
le

se leva

pour

aller réciter les

vêpres

mais

convers fatigué se sentit malade
lit...

et fut obligé

de rester au
c'est qu'il

Ce

qu'il

y a de

plus terrible

,

mourut

trois jours après
,

avoir reçu les caresses de la nonne

qui n'était,
(i).
,

comme on

l'a

dit, qu'un

démon
je

déguisé
sais

m
"

— Deux dames, revenant
saient de nuit dans

ne

d'où

pas-

un certain

village des envi-

rons de Cologne. Elles rencontrèrent un jeune
laquais
la
,

d'une mine fort agréable
la plus

,

qui prit par
,

main

serra bien

amoureusement. — Laissez-moi
lib.

lubrique de ces

dames

et la
,

dit

()) Caesarii Heisterbacli. Miracul.

,

V

,

cap. 33.

PEINT PAR LUÎ-MÉMt^.
la

109

dame

,

en retirant sa main

,

je suis presse'e...

L'aimable laquais s'éloigna docilement. Mais

la

dame commença
gulier, dit-elle à

à se

trouver mal. — Cest sin;

son amie
et
j'ai

ce jeune

homme m'a
faisi

serré la

main

,

senti tout à
11

coup une

blesse de

cœur inconcevable.
;

me

regardait

amoureusement
Je n'y conçois
vantable
,

il

avait les

yeux

si

effrontés...

rien...

Ce

qu'il

y a de plus épouelle
,

c'est

que cette dame rentra chez

et mourut quelque temps après. Le docte et ju-

cieux C?osarius conclut sagement de là

,

que

le

laquais égrillard ne pouvait être que le

Diable
(i).

qui tua cette

femme en

lui serrant la

main

11
,

y

a des joueurs qui se ruinent, se déses-

pèrent

et disparaissent

un beau jour sans qu'on
11

sache ce qu'ils sont devenus.

y en

a d'autres à

qui

le

Diable veut bien épargner ces dernières

peines.

Un militaire allemand avait une si grande
le jeu

passion pour

de dés

,

qu'il n'en reposait ni

le jour ni la nuit. Il

ne

sortait jamais qu'avec

ses dés et sa

bourse

,

et proposait

une partie de

jeu à tous ceux qu'il rencontrait.

Au
il

reste

,

son

bonheur

égalait son adresse
lui.

,

et

était difficile

de ne pas perdre avec
entra

Un
,

joueur inconnu

un jour dans

sa

maison
,

portant sous son

(i) Miraculorura illuslr.

lib.

V

,

cap. 3ï.

no
ques parties.

LE DIABLE
offrit

bras un sac plein d'or, et lui

de jouer quel-

La
et
les

table fui bientôt dressée

,

l'argent en jeu

,

dés

en mouvement.

L'inconnu gagna

tous les hasards.

Le

militaire, n'ayant plus rien à

perdre^ s'écria avec colère:
le Diable ?...

— C'est

list-ce

que tu

serais

assez cela, répondit l'éil

tranger, en changeant de forme; mais
tôt jour;
il

est bien-

faut

partir... Eîi

même
,

temps,

le

Diable prit
la

le soldat

allemand
fut

et l'emporta

par

cheminée. Personne ne
;

témoin de toutes

CCS choses

mais on

les

devina facilement, puis-

qu'on ne revit plus l'intrépide joueur, et qu'on

ne

sut jamais

il

avait passé (i).
fautes conjugales,


le

Il

y a encore de ces

que

Diable est spécialement chargé

de punir.
fut invi-

Une

jeune dame, nouvellement mariée,

tée d'assister à la dédicace de l'église de saint Sé-

bastien

,

dans une

ville d'Italie

que

la

légende
et

ne

nomme

pas. Elle

promit de

s'y

rendre,
,

de

se préparer, par des mortifications

à bien céléla fête
,

brer ce grand jour. Mais
fut tellement

la veille

de

elle
la

tourmentée par

les aiguillons

de

(i)

Cœsarius idem. Miracul.

,

lib.

/^,

cap.

34-

Lne
de

grande partie de ce chapitre pourrait convenir an

cliapitre
;

ceux qui ont eu
fiellc

le

cou tordu pa?-

le

Diable,

etc.

mais

la ki-

en serait alors trop longue.

PEIiST
chair, qu'elle

PAR LUI-MÊME.

m
les reli-

ne put se passer des caresses de son
elle

mari, avec qui
et
,

couchait depuis peu de temps j

le

matin

,

elle sortit
,

de sa maison pour se
déposées

rendre à l'oratoire

e'taient

ques de saint Sebastien.
Aussitôt qu'elle
d'elle

y entra,
la

le

Diable s'empara
le

et se

mit à

tourmenter devant tout
,

peuple.

Un bon

prêtre
,

dans l'intention de préla

venir le scandale
couvrait l'autel
,

saisit à

hâte le drap qui

et voulut en envelopper cette
le

pauvre dame; mais
être

Diable, qui ne devait point

gêné dans

ses fonctions, entra aussi
-,

dans
!

le

corps du prêtre

et voilà
la

un second

possède'

Les parens de

jeune

dame

la

conduisirent
la faire

alors à d'habiles enchanteurs,
ciser.

pour

exor-

Malheureusement ces enchanteurs n'éque des magiciens maudits.
Ils

taient

n'eurent

pas plutôt

commencé

leurs exorcismes, qu'une

légion de six mille six cent soixante-six entra en masse dans le corps de la
Elle était dans

démons
(i)

dame
,

une

situation véritablement dé-

plorable

,

quand un pieux personnage
,

nommé

Fortunatus

la délivra

par ses prières. Cette le-

(i)

Legio
il

dœmonum
que ces six

sex mille sexingenti sexaginta
raille six

sex....

fallait

cent soixante-six de'mons

fussent Lien petits....

112

LE DIABLK
lui

con dut

apprendre que l'inconlinence

n'est

pas toujours sans quelque petit pëiil (i).

— Un usurier venait
sion.

de mourir sans confesaussitôt
lui

Le Diable s'approcha
et, afin
,

du défunt,
appartenait
le

pour s'emparer d'une proie qui
de bon droit
long
;

de pouvoir emporter
il

corps plus aisément
,

s'y

posta tout de son

parce qu'il n'était point enseveli.
fait

Or

le

défunt n'avait

toute sa vie que remuer la
qu'il se sentit

main

et le
,

pouce sur des écus; dès
reprit son

ranimé
sa

il

mouvement
s'il

favori

;

et les

assistans furent tout étonnés

de voir son bras et
eut encore

main

s'agiter

,

comme

compté

de

l'argent.

On

envoya chercher un prêtre pour
et jeta l'eau
,

exorciser le diable qu'on accusait judicieusement

de ce prodige. Le prêtre accourut
bénite à grand
avait toujours
flots sur le

corps. Mais

comme
la

il

pris tout ce qu'il avait trouvé à

prendre,

le

défunt ouvrit avidemment

bouche
que
,

et avala toute l'eau bénite qu'on lui lança par le

visage.

Quoi

qu'il soit

de

foi

dans

le rituel

l'eau bénite brûle les diables et les fait fuir

celui qui s'était

campé dans le ventre de
,

l'usurier

ne bougea nullement et il fallut étrangler le mort avec une étole pour forcer le Diable à
(0 Legenda
aitrea
,

Jacobi de Voragine

,

leg.

23

,

post

Gregorii dialog.

lib. /.

PEINT PAR LUI-MÊME.
déloger.

n3
point

On

doit prcsumer qu'il

niî sortit

par

la

bouche, (i)
,

— Un avocat
,

qui ne se piquait nas

d't'tre

incorruptible
sita

vint à mourir.

Le Diable
,

le vi-

dans ses derniers
qu'il

momens

et lui ôta

la
,

langue

emporta.

Les parens du mort
,

voyant

qu'il avait la

bouche vide
;

crûrent qu'il

avait avalé sa langue

mais de plus habiles gens

devinèrent bien vite

la vérité
,

du

fait

;

et certai-

nement
perdre

,

dit

Cœsarius
,

cet avocat méritait de

la

— On

langue
sait

puisqu'il l'avait
les

que, dans

vendue (2}. campagnes les pro,

priétés

sont

ordinairement séparées par

des

bornes de pierre.
les limites

Un

paysan

,

qui avait reculé

de son champ dans le bien de son

voisin

,

vit

en mourant
Il

le

Diable au-dessus de sa
il

tête, tenant

une grande pierre dont
eu
la friponnerie

menaçait
la
;

de

l'écraser...

reconnut dans cette pierre

borne

qu'il avait

de déranger
;

cette idée lui

donna quelque repentir
prêcha
la

et

il

eut

l'avantage de mourir dans la pénitence. (5)

— Lorsqu'on
le diocèse

première croisade
,

,

dans

de Maè'stricht

une bulle du
XT
,

(i) Caesarii Heisterbach. illuslr. rairacul., lib. (2)

cap. 4o-

Et meritô linguara perdidit motiens

,

qui illam saepè

vendiderat vivons.

Ejusdem.

lib.
,

,

cap. 46.
II
,

(3) Joseplii Arridii de

morte

lib.

cap. 7. Post Csesa,

rinm supra citatum

,

lib.

XI. de raorientibus

cap.

47

et

4^-

ii4

LE DIABLE

pape permettant aux

vieillards , aux pauvres gens et aux infirmes de s'exempter du voyage en Terre Sainte moyennant une certaine somme
,

d'argent

,

tous les chrétiens

un peu

tièdes ai-

natal

mèrent mieux planter leurs choux dans le sol que d aller porter leurs os dans un pays ,
et

de Turcs

de Maures.
était

Godeslas, qui

en

Un même

meunier
qu'il

,

nommé
ne donna

temps riche, vieux
la liberté

et usurier, s'arrangea de

manière,

que cinq marcs d'argent pour avoir
rester avec ses ânes
,

de

et

de soigner son moulin.

I

Ses voisins rapportèrent à celui qui levait l'im-

pôt

,

que

quarante marcs, sans se gêner
l'héritage
traire
,
j

meunier Godeslas pouvait donner , et sans diminuer mais il soutint le conde ses enfans
le
si

et persuada

bien

le

dispensateur qu'on
fut bientôt

le laisssa

tranquille.

Son imposture
,

sévèrement punie.

Un
disait

jour qu'il était au cabaret

et

que, raillant
,

les pèlerins qui faisaient le saint
:

voyage

il

leur

11

faut

convenir que vous êtes de grands
d'aller traverser les

sots

ou de grands fous
tandisque

mers

,

manger votre bien, exposer votre
pourquoi
je reste
;

vie, sans savoir

,

pour cinq marcs d'argent,
,

dans
,

ma
que

maison
j'aurai

avec mes enfans

et

ma

femme
vous...

et

autant de mérite que

Le

ciel

qui est juste voulut montrer

com-

bien

les

peines et les dépenses des croisés lui

PEINT PAR LUI-MÊME.
étalent agréables, et livra ce misérable

irS

meunier pour lui apprendre à ne pas blasphémer à Satan,
d'avantage (i).

La nuit suivante étant couché auprès de sa il entendit tourner la meule de son femme et toute la machine se mettre en moumoulin vement d'elle - même avec le bruit accoutumé.
, , ,

Il

appela

le

garçon qui conduisait ses ânes

,

et

lui dit d'aller voir qui faisait tourner le

moulin.
,

Ce garçon y

alla aussitôt

;

mais

il

fut si effrayé

en approchant de

la

porte

savoir ce qu'il avait vu.

,

qu'il

rentra sans
se passe

Ce qui

dans votre moulin m'a tellement épouvanté, ré-

quand on m'assommerait , je Fût-ce le Diable en n'y retournerais point. personne , s'écria le meunier , j'irai et je le
pondit-il
,

que

,

verrai.

Au même
met
iiille
;

instant
,

,

il

saute à bas

du

lit

;

il

ses chausses
il

ses braguettes et sa

souquela

sort de sa

chambre

;

il

ouvre

porte

(

1

)

placèrent labor

ut pcdàm ostenderet quantum, Sed jus tus dominus et expensœ peregrinantium hominem
, ,

miserrirnum tradidit Satanœ, ut di secret non blasphemare^

Dans

plusieurs autres endroits de cette histoire

,

il

y
si

a

un

ri-

dicule

qui

serait révoltant

dans notre siècle
,

,

l'on

en
l'ai

donnait une traduction

htte'rale. J'ai e'vité

autant que je

pu

,

les

expressions saintes que Caesarius a trop souvent

em-

ployées mal à propos.

ii6

LE DIABLE
;

de son moulin

il

entre.

.

.

.

Quel

est

son
,

effroi

à la vue de deux grands chevaux noirs

et

d'un
,

monstre à
qui
lui dit
toi.

face
:

humaine

— Monte ce cheval
. .

,

de couleur de nègre
,

il

est

préparé

pour
le

.

Le meunier
cria

,

tremblant de tout
la

son corps
Diable

,

cherchait à gagner
lui
:

porte

,

quand

voix terrible
et suis

une seconde
Plus de retard

fois, et d'une
!

ôte ta robe

,

moi ... Or, Godeslas portait une
Il

petite

croix attachée à sa souquenille.

ne

réfléchit

point que ce signe le garantissait de

la griffe
,

du

Diable

;

il

fit

ce qu'on lui
le

commandait
,

ôta sa

robe et grimpa sur
Sur le

cheval noir

ou plutôt

démon

qu'on

lui disait

de monter.

Le

val

monstre à face humaine se jeta sur l'autre cheet ces quatre personnages arrivèrent aux ;
enfers après une course de quelques minutes.

Entre plusieurs patiens
son père
qui
il
,

,

Godeslas reconnut
parens
,

sa

mère
lui
fit

et ses autres

pour

avait négligé de faire dire des prières.

Après cela, on
repos
ta

voir une chaise enflammée,

où l'on ne pouvait attendre ni tranquillité ni
,

et

on
;

lui dit

:

-

Tu

vas retourner dans
,

maison

tu mourras dans trois jours
ici

et tu

reviendras

pour y passer
,

l'éternité toute

en-

tière sur cette chaise brûlante.

A

ces paroles

le

Diable reconduisit

Go-

deslas à son moulin. Sa

femme

,

qui trouvait

PEINT PAR LUI-MÊME.
son absence un peu longue
fut tout
,

117
,

se leva enfin

et
le

étonnée de voir son mari étendu sur
,

carreau

de

l'enfer

,

mourant de peur. Comme il parlait du Diable de la mort d'une chaise
, ,

ardente, on pensa qu'il battait

la

campaqne

,

et

— Je

on envoya
n'ai
;

cherclier

un prêtre pour

le rassurer.
,

pas besoin de

me

confesser

dit-il

au
,

prêtre mon sort est fixé. Ma chaise est prête ma mort arrive dans trois jours ma peine est
;

inévitable

Ainsi ce malheureux mourut sans
,

contrition

sans confession

,

sans viatique

descendit tout droit aux enfers


et
,

;

et

il

(i).

Dans un
,

certain

temps

dans une cer,

taine église

certains clercs (2)
,

chantant les

psaumes
utî

h

gorge déployée

un

homme

pieux
,

,

qui se contentait de psalmodier

aperçut

dans

coin de

l'église

,

un démon qui
,

tenait

un

grand sac à

la
,

main gauche
et
les

et qui

,

étendant la
les

main
des

droite

empoignait au passage
achevé
l'esprit

voix
sac.

chanteurs

fourrait dans son
,

Quand
tout le

l'office fut

celui

qui avait vu
dit

manège de

malin
:

aux clercs

qui se glorifiaient de leur voix

Vous avez

(i)CaesariiHeisterbacb. de conlritione, lih. Il, miracitïo"

rum
(?)

,

<^p. 7.

Temporc quodam

.

clcricis

qiiibiisdam

,

in

ecclesiâ

quâdani

ii8
fort bien

LE DIABLE
chanté
,

car vous avez rempli le sac
,

du Diable .... Là-dessus
sion
,

il

leur raconta sa vi-

et ajouta qu'il
,

valait

mieux psalmodier

dévotement

que de chercher à déployer une

belle voix (2).

— Un prêtre du douzième
quait d'éloquence
,

siècle

,

qui se pi,

et qui se
l'aire

nommait Sugerus

avait l'habitude de
le

en chair
qu'il

le bel esprit et

beau parleur. Attendu

mettait plus de
,

vanité que d'onction dans ses prônes eut ordre de le posséder. Dès lors

le

Diable

l'iiabile

Susi

gerus

fit

et dit
,

des choses

si

hérétiques et
le lier

horribles

qu'on fut obligé de

avec une

courroie (2)

— Un moine paresseux
du monde
à sortir du
lit,

avait toutes les peines

quand
Souvent

la
il

cloche du

couvent sonnait
grasse matinée
,

le lever.

dormait

la

en disant

qu'il était

malade
la

et

d'une bien faible santé.
l'invitait à se lever
,

Un

matin que

cloche

et la paresse à dormir , il une voix inconnue, qui lui disait Garde-toi bien de sortir du lit , à présent que tu as chaud ; tu attraperais wie

entendit sous son
:

lit

sueur froide....
raillé

Le moine

,

tout honteux d'être

par

le

Diable , se leva bravement, et forma
IV
cap. o.

(i) Ca-sarji Heisteibacb. liL.

,

(2)

Ejusdern

,

cap., lo.

il)icl

PEINT PAR LUI-MÊME.
la résolution

119

de renoncera

la paresse.

On

ne dit

pas

s'il

la tint (i).
,

— Un autre moine
l'ordre de Cîteaux
,

nommé

s'était

de endormi dans le chœur,
Guillaume
,

au lieu de psalmodier.

Comme
,

c "était

en plein

jour, ses confrères virent le Diable se

promener
dirent

autour du corps de l'endormi
d'un grand serpent
et
il
;

sous la figure

du moins
(2).

ils le lui

promit de se corriger
C'est

une chose bien honteuse pour des chrétiens, comme dit le révérend père Angelin de Gaza que d'entendre si souvent répéter le nom du Diable sans nécessité. Un père en co,

lère dit à ses enfans

:

Un

grand papa
:

dit à

mauvais Diables. son petit-fils s'il est un peu
Prenez
ici,
,

égrillard

Ah !

te voilà,
,

bon Diable

!

Un homme
:

qui veut se lever

retourne ses matelats et crie
?

Diable sont mes culottes
,

Celui-ci
:

,

qui a
!

froid

vous l'apprend en disant
est

Diable
,

le

temps

rude

;

je suis

gelé'.

Celui-là

qui sou-

pire après la table, dit

quila unejaim de Diable.
,

Un

autre

,

qui s'impatiente
!

souhaite que le
il

Diable V emporte

Un
si

savant de société, quand
:

a proposé une énigme, s'écrie bravement Je

me

donne au Diable,

vous devinez cela.
lib.

Une chose

(1) CaesaiiiHeisterbach. miiacnl.
(2;

,

IV

,

cap. 28.

Éjiisdem

,

cap.

02

,

ibid.

120

LE DIABLE
,

paraît-elle embrouillée

quelqu'un vous avertit
L'iie bagatelle
les

que

le

Diable

s

en mêle.

est -elle

perdue, on dit quelle est à tous

Diables.
,

Un
un

homme
Ce

laborieux prend-il quelque sommeil

plaisant vient vous dire que le Diable le berce.
qu'il

y a de

pis, c'est
le

que des gens mal conDiable en bonne
:

stitués

emploient
,

nom du

part. Ainsi

on vous dira d'une chose médiocre
le

Ce
le

71

est

pas

Diable!
,

Un homme
qu z7

fait-il

plus

qu'on ne demande
valet

on
!

dit

travaille

comme
un

du Diable
!

Que

l'on voie passer

grenadier de cinq pieds dix pouces, on s'écriera:

Quel grand Diable
son esprit
,

Quelqu'un vous étonne par
,

divers, vous dites aussitôt:
,

ou par ses talens Quel Diable d'homme! Dans une joie subite une tète irréfléchie lâche un ah ! Diable ! qui sonne mal à de saines oreilles. On dit encore wie force de Diable , im esprit de Diable , un courage de Diable. Un liomme franc , ouvert est un bon Diable ! Un homme qu'on plaint i//z pauvre Diable! Un
par son adresse
, ,

homme divertissant, a de l'esprit
Et une foule de mots semblables
ceux qui craignent
les

en Diable! etc.
,

dont

les
,

con-

séquences sont parfois infiniment graves

pour

gens du sombre empire.

De grands malheurs sont advenus aux imprudens qui se sont avisés d'invoquer le Diable de
uette sorte
:

PEINT PAR LUI-MÊME.

121
,

Un boa homme
Etienne
,

qui s'appelait

dit

-

on

,

avait la

mauvaise habitude de parler
s'il
,

à ses gens

comme
,

eût parlé au Diable

;

ce

qui était malséant
et

selon la remarque du docte

sapient Massé

dans son

traité des appari-

tions.
il

Un jour

qu'il revenait

d'un long voyage
:

appela son valet en ces termes

— Viens çà
,

,

bon Diable , tire-moi mes chausses.
il

A peine eutet

prononcé

ces paroles
,

,

qu'une

griffe invisible

délia ses caleçons

fît

tomber

les jarretières

lira les chausses jusqu'aux talons.

Le bon homme

Etienne effrayé reconnut là-dedans un tour du
Diable
,

qui ne se
;

fait

pas prier long - temps
,

pour accourir
lui et

c'est

pourquoi
,

tremblant pour
:

pour

ses chausses
,

il

s'écria

Retire-toi
,

,

gibier de potence

ce nest pas toi

mais bien
seulement
,

mon domestique que f appelle. Les
inutiles
;

injures étaient

car l'esprit

,

qui voulait

donner une
assez
si

petite leçon au
aller

bon

homme

était

bénin pour s'en

au commandement;

bien donc qu'il se retira sans se montrer, et le
(i).

bon homme Etienne n'invoqua plus le Diable
Si tous ceux qui ont continuellement ce à la

nom

bouche sentaient tomber leurs braguettes
,

ou

tirer leurs chausses

toutes les fois qu'ils le

(1) Gregorii

magni

Di.ilnç;.

,

lib. ÏIÎ

,

cap. 20.

laa

LE DIABLE
,

prononcent
rences (i).

on

n'entendrait plus tant d'irréve'-

— Un père en colère
cm Diable
contra
le
l

dit à

son

fils

:

— Va-ien
,

Le

fils

,

étant sorti peu après
;

ren-

Diable qui l'emmena

et

on ne

le revit

plus (2).

Un

autre

homme,

irrité

contre sa fille

qui mangeait trop avidement une écuelle de
lait
,

et

qui était excusable puisqu'elle n'avait
,

que dix à douze ans
dire
:

— Puisses-tu avaler
jeune
;

eut l'imprudence de lui
le

Diable dans ion

La du démon
ventre!

fille

sentit aussitôt la présence
fut

et elle

en

possédée jusqu'à son

mariage (5).

Un

mari de mauvaise humeur
Diable.

donna

sa

femme au
fut sorti

Au même

instant
,

,

comme
démon
dit

s'il

de

la

bouche de l'époux

le

entra par l'oreille dans le corps de cette
,

pauvre dame

et fut

s'y

campa solidement.

On

même

qu'il

malaisé de l'en faire dé-

guerpir

(4).

(1) Angelini Gazaei pia hilaria

,

pag. 74.
lib.

(2) Caesarii Heisterl). raiiacul. (3)
(4)

,

V

,

cap. 12.

Ejusdem Ejusdem

,

cap.
cap.

26
1 1

,

ibid.
i])id.

,

,

PEINT PAR LUI-MÊME.

laS

CHAPITRE
LA MORT DE RODRIGUE.

XII.

HISTOIRE TRAGIQUE.
Adsit

Régula

,

peccatis

quœ pœnas

irroget

œquas.

Horace.
Jamais aux châtimens
Faible
,

le
;

coupable n'échappe:
,

la loi l'atteint

roi

le

Diable

le

frappe.

L'usurpateur Rodrigue, dernier roidesGoths €11 Espagne , se rendit fameux par ses crimes et ses débauches , au commencement du huitième
siècle.

Mais

il

y

eut une

fin.

Il

était
,

devenu
l'un des
il

amoureux de
duisit
la

la fille

du comte Julien
;

plus grands seigneurs de l'Espagne
,

la sé-

déshonora ,
Julien
,

et la

renvoya de

la cour.

Le comte

qui était alors en ambas,

sade chez les Maures d'Afrique
appris sa honte
,

n'eut pas plutôt
sa fille
,

et le

malheur de

forma la résolution de s'en
terrible. Il
fît

qu il venger, d'une manière
,

venir sa famille en Afrique
leur appui
,

de-

manda aux Maures
fut
fît

et

promit de
qui

leur livrer toute l'Espagne. Cette proposition

avidement reçue du roi des Maures
bientôt partir une armée
et
,

,

sous la

conduite

du prince Mousa

du comte Julien

lui

même.

124
Ils

I^E

DIABLE
,

débarquèrent en Espagne
villes,

et

s'emparèrent

de quelques
struit
Il

avant que Rodrigue fût in-

de leur approche-

y avait auprès de Tolède une vieille tour que Ton appelait la Tour enchantée. Personne n'avait osé y pénétrer parce qu'elle
de'serte
, ,

était

fermée de plusieurs portes de

fer.

Mais

on disait c^u'elle renfermait d'immenses trésors. Rodrigue , ayant besoin d'argent pour lever une armée contre les Maures , se décida à visiter cette
tour
,

malgré

les avis

de tous ses

sujets.
,

fît

Après en avoir parcouru plusieurs pièces il enfoncer une porte de fer battu que mille
,

verroux fermaient intérieurement.

Il

entra dans

une grande cave, où il ne trouva qu'un étendard de plusieurs couleurs sur lequel on lisait ces
,

mots

:

Lorsquon ouvrira

cette tour

,

les

barbares

s'empareront de T Espagne

Aboulkacim-Tarista - ben - Tarik
arabe
,

,

historien

ajoute que

,

malgré son

eflroi
,

,

Rodrigue

entra encore dans une belle salle
laquelle
la
il

au milieu de

une statue de bronze , qui frappait terre d'une massue , avec un bruit épouvanvit

table.

Auprès de
,

cette statue

,

on
:

lisait

ces pa-

roles

écrites
,

sur la muraille

Malheureux
étran-

prince
gères.

tu seras détrône

par des nations
sortit

Rodrigue épouvanté
refermer toutes

de

la

tour et

en

fît

les portes.

PEIM
Mais
il

PAR LUI-:MÈME.

laS
;

les

barbares s'avançaient à grand pas
,

marcha

à leur rencontre

avec une armée
bataille
se

assez faible et peu
livra

nombreuse. La
,

un dimanche
(i)
;

au pied de

la

Siéra- Mo-

réna
et

l'armée espagnole fut taillée en pièces,

Rodrigue disparut du milieu des siens, sans
qu'il était devenu....
le

qu'on sût ce
avait été

On
,

pensa

qu'il

emporté par

Diable

puis qu'il fut

impossible de
;

découvrir son

corps

après

le

combat et qu'on ne trouva que son cheval , ses vétemens et sa couronne , au bord d'une petite
rivière

Ce qui confirme encore
l'esprit

cette opinion
,

,

dans

du peuple espagnol , c'est que le lendemain de la bataille , trois saints anachorètes,
qui vivaient dans
la

pénitence à quelques lieues
la vision

de Tolède

,

eurent ensemble
le

suivante
,

:

Une

heure avant

retour de l'aurore

ils

aperçurent devant eux une grande lumière, et
plusieurs

démons
,

noirs et cornus

,

qui

emme-

naient Rodrigue

en

le traînant
,

par
il

les pieds.

Malgré
de
le

l'altération

de sa figure

leur fut aisé

reconnaître à ses cris et aux reproches que

lui faisaient les
(i)

démons. Les
,

trois ermites garplusieurs

On

voyait encore

il

n'y a pas deux siècles
,

,

milliers
cette

de croix plantées en terre
,

à l'endroit où s'est livrée

fameuse bataille

sur laquelle au reste
,

ou ne

sait rien

de

bien certain.

Lambertinus

ubi infrà.

126

LE DIABLE
le
'^ilence
,

durent

de

l'eiTroi

à ce spectacle

;

et

tout a coup

il

virent descendre

du

ciel la

mère
vieil-

de Rodrigue
lard

,

accompagnée d'un vénérable
s'arrêter.

,

qui cria aux
(^ue

démons de demandez -vous
la
,

grand Diable de

troupe? — INous demandons
répliqua sa mère.
.

,

répondit

le

plus

grâce pour ce malheureux
11

a

commis trop de crimes pour qu'on
les

l'ôte

de nos mains, s'écrièrent

seraient honteux de l'avoir

démons. Les saints en leur compagnie.

La Nous allons le mettre avec ses pareils mère de Rodrigue et le vieillard qui l'accom,

pagnait reprenaient

la

parole

,

quand

la fille
:

du

comte Julien parut
Il
il

,

et dit

d'une voix haute
il


,

ne mérite point de
a porté
le

pitié;

m'a ravi l'honneur ;
famille, et la dé-

désespoir dans

ma

solation dans le

royaume. Je viens de mourir
;

du haut d'une tour et ma mère expire , écrasée sous un monceau de pierres. Que ce monstre soit jette dans l'abime , et qu'il se souvienne des maux qu'il a faits. Qu'on le
précipitée


,

laisse vivre

quelque temps encore
;

reprit la

ciel une voix éclatante , qui prononça ces paroles Les jours de Rodrigue sont à leur terme ; la mesure est comblée que
:

mère de Rodrigue on entendit dans le

il

fera pénitence

Alors

:

la justice éternelle s'accomplisse

!

Et aussitôt

ceux qui étaient descendus d'en-haut y remon-

tèrent ; la

127 PEINT PAR LUI-MÊME. terre s'entrouvrit les démons s'englou;

tirent avec

Rodrigue

,

au milieu d'une épaisse

fumée
de

;

et les trois
,

pieux anachorètes ne trou-

vèrent plus
se passer

dans l'endroit où tout cela venait
qu'un sol aride et une végétation

,

éteinte.

Toute

cette vision n'est rapportée
,

que par un
;

seul historien

aujourd'hui peu connu (i)
la

et

bien des gens ne

regarderont que

comme

une
qui

vision.

tout en déplorant le triste ministère
fait

Pour ceux qui en feront un miracle, du Diable
l'office

souvent

de bourreau

,

ils

seront

au moins forcés de convenir

qu'il n'a rien fait là

de son chef;
sa

et

que
,

même en
il

tuant Rodrigue de

pleine autorité

soulageait la terre d'un

fardeau monstrueux. L'histoire ne parle de lui

qu'avec indignation
forfaits et

;

sa
,

mémoire
pour

,

entourée de
;

d'opprobre

est à

jamais en horreur

son

nom

est plus qu'avili

la postérité (2).

(i) Sanctii

à Cordubd historiarum Hispaniœ antiqua,

rum
(2)

,

lib. III

sect. 12.

Nomen ejus
,

in œternumputrescet...{Lamberlinus de
'jii-,

Cruz-Houen Theatrum regium Hispaniœ ^ ab anno

ad annum

717.

)

128

LE DIABLE

CHAPITRE
;

XIII.

DE CEUX QUI ONT EU LE COU TORDU PAR LE DLABLE ET DE CEUX QUE LES DÉMONS ONT EMPORTÉS ETC.
,

Félix criminibus nullus

erit diii.

AUSOXE.
Fièvres
,

malheurs

,

conseils ne touchent point

un fou

;

Et

le

Diable à

la fin vient lui

tordre

le

cou.

Nous pourrions faire là-dessus un volume. Nous ne rapporterons que les traits les plus saillans.

Il n'est
fils

pas besoin de dire ce qu'était

Cham,

troisième

de Noë. Tout

le

monde
,

sait qu'il
,

inventa

la

magie

et les divinations
;

ou plutôt

qu'il les perfectionna

car ces sciences infernales

existaient avant le déluge, selon Alcimus-Avitus,
saint Prosper, saint Augustin, et plusieurs autres

pères de l'église

(

i

).

On

sait

encore que

Noé

(i) Mciraus-Avilus, qui a fait

apparemment
,

plus de recher-

ches que les autres théologiens
la suite

place l'origine de la magie à

du pécté

originel, dans son

poëme de Originali pecles plus gros pcchc's qui
,

calo

;

il

range ensuite la magie parmi

ont

fait

noyer
,

le

monde

:

poëme de Dihivio uiundi

poc-

malum

lib.

2

et 4-

.

MK»*^

PEINT PAR LUI-MÊME.
s'étant enivré,

129

Cham
,

le vit

étendu dans une pos-

ture indécente

et alla faire là-clessus

de mauCeux-ci

vaises plaisanteries auprès

de

ses frères.
,

prirent la

chose plus gravement
la

et couvrirent

avec respect
bénis de
vains
,

nudité paternelle. Aussi furent-ils
il

Noé quand
donna

se réveilla.
,

Les

écri-

qui parlent de cette aventure
sa malédiction à

disent

que

le patriarche

Cham pour
,

son irrévérence.
ils

S'ils

avaient consulté la Bible

auraient vu que
,

iiaan

fils

Noé maudit seulement Chade Cham suivant les admirables cou,

tumes de nos anciens , qui punissaient des crimes de leur père (i).

les

enfans

Mais tous
rose dit que
les

les historiens

ne racontent pas cette
façon.

belle histoire de la

même
qu'il

Le

prêtre B^r

Cham
;

était habile

dans la magie et

enchantemens
,

n'aimait pas son père

Noé

parce qu'il s'en voyait moins aimé que ses
;

autres frères

et qu'un jour, ayant trouvé le
,

vieux

patriarche plein de vin

il

s'en

approcha dou,

cement
et les

,

toucha du doigt ses parties sexuelles

tomber par une force magique. Noé s'aperçut à son réveil qu'il était eunuque , et qu'il ne pouvait plus voir de femmes (2)... Le
fit (i)

Maledixilejus puero Chanaan.etc.
,

,

Gènes., cap. g.

Noapatermadidus jaceret jjrchendens , tacitèque submunnurans
(2) Ciiin

illius virilia coni,

carminé magico

pairi

illusit

,

simid

et

illum sterilem perindh atque cas-

9

**'*M
i3o

.

>-.,

LE DIABLE
antiquairç ajoute que
cette doctrine

même

Cham

enseignait
,

aux hommes
sa

abominable

qu'on

pouvait se joindre charnellement avec sa mère,

sœur

,

sa fille

;

qu'on ne devait pas

même
(i)....

s'embarrasser de la différence des sexeS ; et que les

animaux pouvaient
lui attirèrent enfin

servir

en cas de besoin

Ces monstruosités que

Cham mettait en

pratique,

un châtiment terrible. 11 fut emporté par le Diable, à la vue de ses disciples (2).
11

avait

composé cent mille vers sur
,

la

magie,

selon Suidas

et trois cent mille

,

selon le com-

missaire de la Marre (5)

Berose prétend que
;

Cham
jeune

est le

même

que Zoroastre

et le

moine

Annius de Viterbe pense que

cet

impudique

homme

pourrait bien être le

Pan des an,

ciens (4).

— En i5g9

,

mourut Gabrielle

d'Estrées
Elle était

qui
en-

cherchait à épouser Henri IV.
ceinte de son quatrième enfant
,

et se trouvait
,

logée dans la maison de Zamet
cier

fameux finan-

de ce temps
effecil ;

,

dont

les richesses égalaient

tratum

neque deinceps

Noa fœmellani aliquam
^

fœcundare potuit.
{\)

Berosi sacerdoti clialdaïci AnliquitaliiTyi

lib.

IIL

(2)

Suidas

,

Lexicon

,

toin.

i*"".

,

édition de Kusler.

chap. I". litre VII Comment. adBerosi, lib. 3. Wierius, deprœstigiis, (4) dit que Pau est le prince des démons incubes.
(3) Traité de la police
, ,

W'*

PEINT PAR LUI-MÊME.
celles des plus grands seigneurs.

i3i elle se

Comme

promenait dans

les jardins, elle fut

frappée d'une
accès passé,

apoplexie foudroyante.

Le premier

on
elle

la

porta chez

madame de

Sourdis sa tante.

Elle eut

éprouva

une mauvaise nuit ; et le lendemain d'affreuses convuhions qui la firent

devenir toute noire; sa bouche se tourna jusque
sur le derrière

du cou

;

elle

expira dans de

grands tourmens et horriblement défigurée.
parla diversement de sa
l'attribuèrent â

Oa
uns

mort

;

quelques

-

Dieu

,

qui n'avait point permis
la dignité

qu'une maîtresse fût élevée à
pouse. Plusieurs chargèrent
le

d'é-

Diable de cet
étran-

œuvre
glée
,

charitable

;

on publia
le

qu'il l'avait

pour prévenir

scandale et de grands

troubles (i).

Un
,

chanoine revenait
d'un village où
il

,

l'aurore

avait

un peu avant commis le
fleuve

péché de fornication avec
paysan.
Il

la

femme d'un jeune
un
pour

lui

fallait
;

traverser

rentrer chez lui

il
;

entra donc seul dans
et tout

une
il

barque de pêcheurs
fut

en ramant
en

,

se

mit à reciter les matines de la Vierge, Lorsqu'il
au milieu du fleuve
office
: ,

comme
,

il

était a ces

mots de son
(i)

^pe Maria

gratiâ plenâ,
bran-

M. Garinct

,

histoire de la

magie en France

;

che des Bourbons.

i32

LE DIABLE
tecum
,

Dommus

une grande troupe de de'mons

fondit sur la barque et la renversa.

Le chanoine
la terre
,

coula à fond

;

et les

démons
,

,

ouvrant

emportèrent l'âme du fornicateur dans l'abîme.
Trois jours après
la sainte
,

Vierge descendit,

escortée par les anges
l'enfer

dans cette partie de

où le chanoine expiait ses crimes. Pourquoi tourmentez-vous si injustement l'âme
de

mon

serviteur
,

,

dit-elle

aux démons
,

?

— Elle

est à

nous

répondirent-ils

puisque nous

l'a-


il

vons prise

,

tandis qu'elle était dans le péché.

Si l'on doit juger cet

homme

,

selon ce qu'il

quand vous l'avez noyé , reprit Marie moi , puisqu'il chantait mes matines En disant ces mots , elle dispersa les démons , fît rentrer lame du chanoine dans son corps ; et, le prenant par la main , elle le tira du fleuve ,
faisait

est à

et lui

— Voici ce qui
Willissaw
,

recommanda de

vivre plus chastement (i).
,

arriva

en l'année i555

,

à

petite ville

du canton de Lucerne,
,

Un
ter

joueur de profession
,

nommé Ulrich
,

Schro-

se

voyant malheureux au jeu

proférait

(i)

Ciaudii à Rold, in suppleni. ad

Legendam auream
,

Jacohi de P'oragine. Leg. i85. On trouvera
pitre

dans

le

cha-

de ceux qui nous ont rapporté des nouvelles de l'autre
,

monde
a déjà
fernal.

quelques

traits qui se

rapprochent de
,

celui-là.

On

en

cité plusieurs

de ce genre

dans

le

Diction/taire in-

PEINT PAR LUI-MÊME.

t33

des blasphèmes qui ne rendaient pas ses parties
meilleures. Les assistans lui firent de vaines rejura que
allait

présentations

;

il

,

s'il

ne gagnait pas
,

,

dans

la

chance qui

tourner

il

jetterait sa

dague contre un
lui

crucifix qui était sur la

cheminée.

Les menaces d'Ulrich n'épouvantèrent point ce-

dont

il

outrageait l'image
il

;

Ulrich perdit en,

core. Furieux,

se lève;

il

lance sa dague

qui

s'évanouit

;

et aussitôt une troupe de diables

tombe

sur lui et l'enlève, avec
,

un

bruit

si

épou-

vantable

que toute

la ville

en

fut ébranlée.

Les
,

judicieux historiens qui rapportent ce miracle

ajoutent qu'on ne le vit plus, et qu'il est avec les
diables.

Pour

celui-là

,

il

faut

convenir

qu'il le

méritait bien (i).

— Pierre
Un
un
palais
,

-le -Vénérable raconte cette

épou:

vantable histoire, dans son recueil de miracles
jour que le comte de

Màcon

était

dans son

entouré de sa noblesse et de ses gardes

cavalier

inconnu entra tout
,

descendre de cheval

il

suivre, parce qu'il avait

à coup ; et , sans ordonna au comte de le à lui parler. Le comte,
,

entraîné par une puissance surnaturelle

se lève

machinalement

et suit l'étranger. Il

trouve dans
il

îacour un cheval préparé pour
(i) Boclin
,

lui

;

le

monte;

Démonomanie

,

hy. 3, chap. i", après Job-

Finccl et Andre-Muscule.

,34
aussitôt les
le

LE DIABLE
deux chevaux,
le cavalier les airs.
;

inconnu

et

comte s'enlèvent dans
il

Le comte

s'a-

perçoit alors de son malheur

il

pousse des cris

dëchirans

;

implore de vains secours. Bientôt
;

on
de

le
le

perd de vue

et toute la ville
le

,

qui venait

voir enlever par

Diable, ne douta pas

un

instant qu'il ne se fût attiré cette fin terrible par
ses excès et ses violences. C'était

un

homme qui
pro-

opprimait

les ecclésiastiques, qui pillait les
,

visions des couvens

qui chassait les chanoines

de leurs églises
des monastères

,

et jetait les

moines

à la porte

(i).

— Une allemande
pays
,

avait contracté la gracieuse

ha})itude de jurer et de dire des

mots de corpsle

de-garde. Elle eut bientôt des imitatrices dans
le

et

il

fallut

un exemple pour arrêter

désordre.

Un

jour donc qu'elle prononçait vi:

goureusement ces paroles qui font frémir que le Diable m emporte / .... le Diable arriva
aussitôt et l'emporta (2).

— Le Diable
,

,

déguisé en avocat

,

plaidait

une

cause en Allemagne. Dans le cours des débats, la
Çx) Pétri veiicrabilis de mïracul. cap. i. hb. II M. Garinet histoire de la magie en France. Madame Ga, ,

brielledc P***, Histoire des

se sont montrés parmi les
(2)
iib.

fantômes hommes.
,

et

des

Démons qui

IFierius, de prestigiis
,

!ib.

2.

Bodin ,

Démonomanie^

3

chap. 1".

PEINT PAR LUI-MÊME.
son hôte
porté
le

i35

partie adverse, qu'on poursuivait pour avoir volé
,

jura qu'elle se donnait au Diable

,

si

elle avait pris
,

un

sou.

Le Diable,

se
,

voyant tout
et

quitte aussitôt le barreau
,

emporte
si

menteur
(i).

qui se donnait à

lui

de

bonne
son
,

grâce

Après avoir traîné
l'Italie
,

ses fourberies et
,

charlatanisme dans
l'Angleterre
arrêté à
,

la

Grèce
,

,

l'Egypte

la
,

France

etc.

Cagliostro fut
,

Rome et condamné par la sainte inquisition comme chef de franc-maçonnerie
,

,

et coupable de projets incendiaires contre et la religion.

l'état

La peine de mort
lui
,

,

d'abord pro-

noncée contre
perpétuelle
,

par

commuée en une prison égard pour sa femme qui ,
fut

lasse des friponneries et des bassesses

de ce malde
le

heureux

,

avait eu

elle-même

la bassesse

dénoncer.
C'était là

que

le

Diable attendait Cagliostro.
lit
;

On

le

trouva un matin mort sur son

et les

chercheurs de vérités miraculeuses, qui abondent

encore dans notre Europe

,

découvrirent que Ca-

gliostro avait eu le cou tordu par le Diable. (L'abbé

Fiard n'a pas encore osé admettre cette supposition dans ses dogmes, parce'qu
il

place Cagliostro

(i)

TVierius

,

de prestigiis

,

lib.

i

;

ce trait est déjà rap-

porté dans le Dictionnaire infernal.

i36

LE DIABLE
,

au nombre des plus fameux suppôts du Diable
et

que l'enfer soutient ses amis.. .) On sait d'ailleurs que le Diable n'est pas maître de ses actions ;
qu'il

ne

fait

qu'obéir

quand
si

il

lue

,

et

que Ca,

gliostro

e'tait le

plus abject des
,

hommes

et le

dernier des escrocs
lien qui a
e'crit

Ton en

croit l'auteur ita-

— L'empereur Valens
de
sa

sa vie.

,

gagné par
,

les caresses

femme

,

qui était arienne
,

et séduit

par

l'évèque de Constantinople

fit

une guerre oula

verte aux catlioliques
d'Arius.
sieurs
Il

,

en faveur de
,

doctrine
et plu-

exila S.

Athanase
qui

S.

Mélèce

autres saints
il

tenaient à l'église de

Rome

ordonna l'expulsion de tous les prêtres ; qui oseraient blâmer publiquement les opinions
de l'empereur.

Le

ciel

fit

plusieurs miracles pour réduire cet
;

esprit indocile

Valens demeura dans l'endurqu'on va le voir. S. Basile

cissement

,

ainsi

ne pouvait se taire sur l'hérésie arienne , et il annonçait la. Térité à qui voulait l'entendre. Valens le ménagea long-temps , par égard pour
son âge
et

pour son grand mérite. Cependant
décida à signer
l'exil

comme
reur
,

Basile s'obstinait à crier contre l'empe-

celui-ci se

du

saint

;

et les trois

plumes qu'il essaya se brisèrent entre ses
Valens
,
,

doigts
la

saisi

delonnement
le

,

déchira

pancarte

et laissa

en repos

saint évêque.

PEINT PAR LUI-MÊME.
Mais
ses

187
11 fit

yeux ne
fils

se desillèient point
:

baptiser son

par des prêtres ariens
(i)
;

le

jeune

prince

mourut incontinent
à la

et

son père ne

se convertit pas encore....

Valens croyait
les

magie
,

:

il fit

mourir tous

grands de l'empire

dont

le

nom commendu temps

çait par
lui

Theod

,

à cause qu'un sorcier

avait prédit

que

le

nom

de son successeur

commencerait par ces lettres (2). Tant d'impiétës eurent un terme. Valens fut vaincu par
les

Goths

,

à qui

il

n'avait fait

que du bien. Une
;

main invisible le blessa sur le champ de bataille où et on le porta dans la cabane d'un paysan
,

il

eut le désagrément d'être brûlé dans sa cin-

quantième année. Les nombreux ennemis de l'ange déchu
attribuent encore ce trait
;

lui

et

de graves légen-

daires affirment que le Diable mit le feu à la

cabane de
nus
,

sa

propre

griffe.

Mais Lambertijustifient le

et

quelques autres historiens

Diable de cette calomnie, puisqu'ils assurent que
(i)

Les his[oriens ecclésiastiques rapportent cela
,

comme un
et
il

prodige. Si c'en est un
fils

à quoi se

fier

maintenant ? Le premier
,

de Clovis mourut aussitôt après son baptême

e'tait

baptise par des prêtres catholiques....
(2) II
ci

n'en eut pas moins Tliéodose pour successeur
,

,

celui-

trouvant un chemin facile au tiône

à

la

faveur de

la

pro-

phe'tie.

i3S

LE DIABLE
fut brûlé vif,

Valens

par ordre de Dieu

,

qui

voulait faire

un exemple du protecteur des
histoire qui va suivre,

ariens (i).

— La très-mémorable
nous apprend
tout. Elle
qu'il est

bon

d'avoir des amis parle

prouvera encore que

Diable est sans
roi

force devant les gens de bien.

Le

Dagobert
les

mourut

à trente-six ans',
n'avait
;

consumé de débauches.
que dans
plus
il

Ce prince

su vivre

grands désordres

mais

avait bâti des églises

et enrichi les monastères. Aussitôt qu'il fut

mort,

un

saint ermite

,

nommé
,

Jean

,

qui

s'était relire

dans une petite
fut averti

ile

voisine des côtes de la Sicile,

en songe de prier Dieu pour l'àme de
,

Dagobert. S'étant donc mis en oraison
sur la

il

vit

mer
,

l'âme du roi de France enchaînée
,

dans une barque

et

des diables qui la rouaient
la Sicile
,

de coups
ils

en ne

la

conduisant vers


de
le

devaient la précipiter dans

les gouffres
,

l'Etna.

On

sait

pas

si

l'âme est

comme

corps

,

sensible au bâton et aux coups de poing;

quoi

qu'il

en

soit

,

le saint

ermite Jean s'apitoya

parce que l'âme du roi Dagobert poussait des
cris

lamentables
,

,

appelant à son secours saint
et saint

Denis

saint

Maurice

Martin. Tout à
Theat. Hispam'a-

(

I )

Lambertini d« Cntz-Hçuen

,

,

pag. ao.

PEINT PAR LUI. MÊME.
coup
le cieî

139

tonna;

les trois saints
,

descendirent,

revêtus d'habits
brillant
,

lumineux

assis sur

un

nuai^c

précèdes des éclairs et de

la foudre. Ils

se jetèrent sur les

malins esprits
,

,

leur enlevèrent

cette

pauvre

âme

et, l'ayant placée sur

un drap
ils

triangulaire qu'ils tenaient parles coins,

l'em(i).

portèrent au ciel

,

en chantant des psaumes
Etienne,

— Un

soldat,

nommé
lui

était affligé
lui

d'une maladie qui

courbait tout le corps, et

mettait pour ainsi dire la tête entre les jambes.

(i) Gesta Dagoberti régis et M. Garinel Histoire de la Magie en Fiance, première race. Ou trouve, dans ce dernior
^ :

ouvrage

,

après la mort de Dagobert
,

,

la description

de son

mausole'e

qui fut sculpté sous St. Louis.
le

Voici les choses

qui

méritent

plus d'être remarquées

:

Parmi
la

les

quatre
,

diables qui

emmènent l'âme de Dagobert dans
,

barque

deux

ont des oreilles d'ânes

décoration que le sculpteur aurait
la

pu

garder pour

lui.

Dans

bande du milieu
,

,

les

deux anges
,

qui accompagnent St. Denis

St.

Maurice

et St.

Martin

ap-

portent un bénitier et un goupillon pour

exorciser les diables,
le ciel
,

comme
mons.

s'il

y avait de l'eau bénite dans

et

comme

.si

trois saints et

deux anges ne pouvaient pas chasser quatre déétendue pour la
.

On

voit sur la troisième bande, le drap oîi voyage l'àme
;

de Dagobert
saisir
(
,

la

main du Père Éternel
lui

est

pendant qu'un ange
•l'j ,

donne des coups d'encensoir.

Pages

28

et 29.

)

Ce monument
,

vient d'être reporté à
,

St.

Denis.

Un

architecte
,

qui se

nomme

je crois

,

M. Debray
le plaisir

l'a fait

scier

en deux

pour donner aux amateurs

de

voir à la fois le devant et le derrière.

ï4o
Il faisait

LE DIABLE
cependant son service, au grand diveril

tissement de ses chefs, à qui

présentait les ar-

mes avec une
Vierge
en

grâce toute particulière.

On

lui

conseilla d'aller prier devant
,

Timage de

la sainte

le flattant

d'une guérison certaine.
droit

U

y fut, et revint au

camp

comme un

jonc.

Ce miracle

eut lieu dans la Thrace. Les
si

com-

pagnons d'Etienne en furent

surpris, qu'ils en

parlèrent bien vite à leur capitaine. Celui-ci en

donna nouvelle au gouverneur,
duire Etienne à Constantin -

lequel

fît
,

conalors

Copronyme

empereur d'Orient. I^e monarque, peu touché du prodige, demanda au soldat s'il adorait les
images;
et celui-ci,
,

tremblant de de'plaire à son

souverain
fait qu'il

fut assez ingrat

pour oublier
Il

le

bien-

venait de recevoir.

chrétien pur et

non

idolâtre.

— En ce

répondit qu'il était
cas, ajouta

l'empereur, je te

fais

centurion

Mais Etienne
;

ne
il

jouit pas

long-temps du prix de son apostasie
lui tordit le
,

remontait à cheval pour retourner à son poste,
le

quand

Diable parut,
,

cou

,

et le

rendit plus courbé

plus tortu

plus difforme
l'étrangla (i).

qu'auparavant.

On dit même qu'il

Celui-là aussi méritait bien

sa

peine
le

;

ce-

pendant Mathieu Tjmpius purge
(0
NicepJi. Eerinn
colent. i3.

Diable d&

de imagin. imasin.

— Mathœi Tympii prœtnia

Roman.

,

lib.

22.

— Damosc omu
viriul. christiai*.

PEINT PAR LUI-MÊME.
cette

i4i

mort, en disant que

c'étail;

une vengeance

divine (i).

— Carlostad

,

archidiacre de
la

Wurtemberg ,

porta l'impiété jusqu'à nier

présence réelle de
,

Jésus-Christ dans l'eucharistie

après avoir gagé
,

avec Luther ,

le

verre à la
Il

main

qu'il soutien-

drait cette erreur.
laire, le précepte

abolit la confession auricuet l'abstinence des

du jeûne,

viandes.

Il

fut le
Il

premier prêtre qui se maria
permit aux moines de sortir
et

publiquement.

de leurs monastères

de renoncer à leurs

vœux
quoi
tad.

(

2

)

,

etc.

Tant de désordres publics de-

vaient subir une punition éclatante. C'est pourle

Diable reçut ordre d'exterminer Carlosdoit présumer qu'il obéit avec peine

On
,

puisque l'archidiacre de
tique
et

Wurtemberg
est fîls et

était

héré-

que tout hérétique

camarade

du

Dia'ble,

comme dit George
,

l'apôtre (3).
pag. 222.
i*^"^.

(i) Ultio divina

et ullrix

Dei justilia
,

,

(2) PliKjuet

,

Dictionnaire des Hérésies
3*'.
,

tome

(3) Le tombeau des hérétiques plus loin le même George l'apôtre
,

partie.

— Un peu
le

,

de très-spirituelle et chaest pire

ritable

mémoire
il

,

dit
fils
,

que l'hérétique

que

Diable

,

comme
moque.
soucie
,

y a des

qui valent moins que leur père. «
,

Le

Diable, ajoute-t-il
Il

craint la sainte hostie
;

et l'hérétique s'en

craint le signe de la croix

l'hérétique

ne s'en
cite

et est plus assuré

que tous

les diables.
;

Le Diable

la sainte Écriture sans la

corrompre

l'hérétique la
,

corrompt
baillant

en

la citant.

Le Diable

a cru la transubstantiation

î42

Mi DIABLE
qu'il

Quoi
conte
:

en

soit, voici ce

que Mostrovius

ra-

Le

jour que Carlostad prononça son der-

nier sermon,
triste et

un grand homme noir

,

à la figure

decompose'e, entra dans

le

temple et

vint s'asseoir en face

du prédicateur. Carlostad
Il

l'aperçut et se troubla.
et, au sortir
naissait

dépêcha son sermon
il

;

demanda si l'on conl'homme noir qui venait d'entrer dans le
de
la chaire,

temple. Mais cet

homme

avait déjà disparu
le prédicateur.

,

et

personne ne

l'avait

vu que
le

Pen-

dant que ceci se passait,
était allé à la

même

fantôme noir
et avait dit

maison de Carlostad,
fils
:

au plus jeune de ses
tir

— Souviens-toi d'aver,

ton père que je reviendrai dans trois jours, et
tienne prêt
,

qu'il se

Quand
du

l'archidiacre rentra
et lui

chez

lui

son
les

fils

lui

raconta l'apparition

rapporta

paroles
lit
;

spectre. Carlostad
,

épouDialieu

vanté se mit au

et, trois jours après

le

ble lui tordit le cou (i). Cet

événement eut
de Bàle.
,

en l'année i54i

,

dans

la ville

des pierres à faire du pain à Jésus-Christ

et

eux

la

nieut

,

etc.

Aussi tous les hérétiques seront damnés, aussi-bien que les Juifs,

Turcs
(
I

et Pa'iens. »

(

Ce

livre a été

imprimé en iSgy.

)

)

Cetie anecdote se trouve encore dans les écrits de Luther,

et

dans un livre assez plat, intitulé, la Babjlone dcmasquée, ou Entretiens de deux dames hollandaises, sur ï^ religion catholique-romaine ,etc., page 226 édition de Pépie, rue
;

St. -Jacques

,

à Paris

,

172-'.

PEINT PAR LUI-MÊME.

143

— Amalaric
l'arianisme
,

,

roî

d'Espagne , étant tombé dans

se conduisit
Il

indignement envers
la

les

chrétiens fidèles.
tilde
,

avait épousé

princesse Clo-

sœur de Childebert
le

roi de France. Cette

pieuse reine n'approuvait point les hérésies de son

mari
tilde

:

barbare lui

fit

crever les yeux

Clo-

un mouchoir teint de son sang ; et Childebert furieux marcha aussitôt avec une armée contre Amalaric. Mais la justice des hommes fut prévenue par
envoya à son
frère
la justice éternelle.

Tandis

qu'il s'avançait
fut

au-

devant de Childebert, Amalaric
trait

percé d'un

lancé par une main invisible. Quelques his-

mort comme un ouvrage du Diable. En admettant cette supposition , on
toriens regardent cette
n'aurait pas le plus petit reproche à faire à l'ange

déchu qui

n'agissait là, ni sans motifs graves

,

ni

sans ordres supérieurs. Mais les bons écrivains
disent très-bien que le trait fut lancé d'en-haut,
et

de

la

main

des vengeances divines

;

stiipendwn

sanè divinœ vindictœ argumentum

(1).

— Une

petite troupe de pieux cénobites regaIls

gnait de nuit le monastère.

arrivèrent au
le gaqu'ils

bord d'un grand fleuve, et s'arrêtèrent sur son pour se reposer un instant. Pendant
Lamberlini de Cruz
j

(

I

)

-

Houen

,

Theatrum regium

Hispanice

ad annum 5io,

i44

LE DIABLE
,

tuaient le temps et l'ennui

en contant des histo-

riettes, ils entendirent plusieurs

rameurs qui desétalent?

cendaient

le fleuve

avec une grande impétuosité.
ils

L'un des moines leur demanda qui

Nous sommes
meurs j
broïn
,

des

démons répondirent
,

les ra-

et

nous emportons aux enfers l'âme d'Éla

maire du palais, qui tyrannisa

France,

et qui

abandonna

le

monastère de Saint-Gai

pour rentrer dans
nohis.

le
:

monde

Les moines

épouvantés s'écrièrent

— Vous

Sancta Maria, orapro

faites

bien d'invoquer sainte

Ma-

rie, répliquèrent les

démons; car nous

allions

vous noyer, pour vos débauches

et votre babil.

Les cénobites

,

sans entrer dans de plus longs
si

colloques avec des gens qui rendaient
justice, reprirent le

bien la
et les

I

chemin du couvent,
(i).

Diables celui de l'enfer
(i^

Lcgcnda aurea,

Jac. de T'^oragine. Leg.

1

14-

PEINT PAR LUI-MÊME.

i45

CHAPITRE
TRAGIQUE.
Tu
id

XIV.

LA MORT DE JULIEN L'APOSTAT.

HISTOIRE

quod boni

est excerpis

,

dicls qiiod malis est.

Térencu.
Oublions
ses

vertus et cherchons ses forfaits.
,

II était juste

grand

,

ge'néreux

,

sage...

,

mais

Hérétique, apostat, d'une conduite impure
Il fut

tué par Satan

,

ou bien par saint Mercure.

Ce serait
que de
postat.
lui

abuser de la complaisance du lecteur, rapporter
ici l'histoire

de Julien

l'a-

On

se permettra
les

seulement de comparer

en peu de mots
écrit sur son

sentimens de ceux qui ont
Julien fut grand

compte.
,

Selon des gens exagères dans tout ce qu'il fit. Selon
il

les sages historiens,
,

un peu variable dans sa philosophie inconstant dans ses manières de penser et d'agir ;
fut

au

reste

,

grand capitaine
en
lisant ses

,

bon prince
qu'il

,

extrê-

mement
rait rien

instruit et très-avide
,

de sciences.
,

On

remarque

ouvrages

n'igno-

de ce

qu'il fallait savoir alors,
,

pour être

un savant
neur
,

universel. Mardotiius

son gouverla

avait pris soin

de former son cœur à
10

14^

LE DIABLE
la sagesse
, ;

vertu et à

et

,

en cultivant

l'esprit

de

son élève
des sens

il

setait appliqué surtout à lui in,

spirer de la modestie
,

du mépris pour les plaisirs
les spectacles

de l'aversion pour
les

qui

Romains, de l'estime pour une du goût pour la lecture. Aussi , dès son enfance Julien déploya beaucoup de goût pour les sciences , et montra de bonne
déshonoraient
,

vie sérieuse

et

,

heure un génie vif, ardent, insatiable. Dans ses
expéditions militaires
,

il fit

preuve d'une valeur
conduisit en
,

qui

allait jusqu'à la témérité. Il se

bon général , dès
qu'il fût sans

sa

première campagne
;

quoi-

expérience
355,
il

mais

il

avait son génie
et préfet

et l'étude.

En

fut
11
,

nommé César

I

général des Gaules.
ravageaient ce pays

chassa les barbares qui

et

vainquit sept rois alleIl

mands auprès de

Strasbourg.

corrigea aussi les
le

abus qui s'étaient introduits dans

gouverne-

ment des Gaulois réprima
,

l'avarice des gens

en

place et se

fit

aimer généralement des soldats et
à qui les succès de Julien
,

du peuple.
Constance
partie de ses
,

naient de l'ombrage

voulut
;

lui

donretirer une

troupes

mais

le

général était

aimé

;

les

troupes se mutinèrent et proclamèrent

Julien empereur, malgré sa résistance.

Constance, indigné de ce qui se passait, songeait à en tirer vengeance
,

lorsque

la

mort vint

PEIIST
îui

PAR LUI-IVÏÈME.

147

en ôter les moyens. Julien se rendit en Orient, où il fut reconnu empereur, il venait de l'être en Occident. Il permit

aussitôt

comme
le libre

exercice de tous les cultes, et ne persécuta guère

que
doit

les séditieux.

Il

est vrai qu'il se

fît

païen

,

après avoir été clirétien hérétique; mais on lui

un peu de ménagement pour sa clémence. Par exemple, un Jour qu'il consultait Apollon , au faubourg de près de la fontaine de Castalie Daphné, à Antioche, comme les prêtres ne pou,

vaient répondre à ses demandes, le
se

démon
,

qui

trouvait dans la statue d'Appolloa

s écria

qu'il

ne pouvait plus parler y à cause des reliques

du

saint

martyr Babylas qui étaient auprès du
et assez

temple. Julien fut assez sot, pour ne pas voir là de
l'impuissance dans ses dieux
respecter les reliques.
leur
Il fit
,

bon pour

venir les chrétiens et
le

ordonna d'emporter

corps de Babylas

dans un autre quartier. Ceux-ci enlevèrent le cercueil du saint martyr, en chantant pendant
plus d'une heure, aux oreilles

même de
,

Julien,
répé-

ce septième verset du pseaume 96
taient

qu'ils

en manière de refrain
,

:

Que

tous ceux-là

soient confondus

qui adorent des ouvrages de
!

sculpture

,

et

qui se glorijient dans leurs idoles

Julien regarda ces chrétiens
fallait

comme des fous qu'il

plaindre, et eut la patience d'attendre la fin

de leurs cérémoaies, pour reprendre les siennes-

i4S

LE DIABLE
qu'il

Ce

y

a de plus étonnant dans cette his-

toire, c'est la

clémence de l'empereur apostat,
,

l'effronterie séditieuse des chrétiens

et

l'impu-

dence de Sozomène

,

qui rapporte leur conduite
(i).

comme un modèle
pourrait citer
ce n'est point

de fermeté admirable

On

une foule de traits semblables. Mais
ici le lieu.

Terminons, en rappe-

lant au lecteur que Julien, faisant la guerre aux

Perses, fut conduit dans une embuscade, par un

de

ses

généraux qui

le trahissait

,

et

que

la

mort

de l'empereur ôta
daires

la victoire

aux Romains.
les

Voici maintenant ce que racontent
:

légen-

Julien fut un scélérat. Jacques de Voraqu'il a été

gine dit
tien
,

moine

,

et

que

,

quoique chrétrois pots

il

vola à une vieille

femme
Dès

de

terre pleins de pièces d'or

qu'il se vit ri-

che (2), il apostasia.... Saint-Grégoire, qui le connut à vingt-quatre ans, avait prévu (comme
il

le dit

dans ses oeuvres

)

qu'il deviendrait

un

homme
églises
,

dangereux... Pendant
,

qu'il était préfet

des Gaules

Julien pilla les vases sacrés dans les

et prit le plus

grand qui

se trouva,

pour

lui servir

de pot de chambre

(5)....

(1) Histoire ecclésiastique de
(2) Notez qu'il (3)
c'tait

Sozomène
et

,

liv.

V,

cbap. ig.

prince

,

neveu du grand Constantin.
:

Et super ea

m ingens

oil

Ecce in quibus
)

vasis

Marice Jilio ministratur.,.. {Lcg.

aiirea.

PEINT PAR LUI-MÊME.
Mais on
empereur,
sant mettre
se
il

i49
fut
fai-

forme en grandissant. Lorsqu'il
pilla les églises d'Antioclie, et
,

les vases sacrés entre ses et

jambes, su-

per ea sedit,

ignomijiiam addiclit.

Au même
,

instant le ciel indigné livra Julien aux vers, qui
se mirent à ronger le corps impérial
et
,

dont
et

il

ne fut délivré qu'à

la

mort

(i)...

De

plus

tou-

jours en haine des chrétiens (ou plutôt parce
qu'il protégeait toutes les religions
)
,

Julien vouil

lut rebâtir le

temple des Juifs; mais
,

n'en put

venir à bout

vu qu'un feu miraculeux brûla

les ouvriers qui
faisait la

y

travaillèrent. Enfin
il

,

lorsqu'il

guerre aux Perses,

fut tué

par une

main
le

invisible. Calixte, Pierre

Wialbrugt et Jac-'
fut

ques de f'oragine disent que ce coup
Diable
,

porté par

et

que Julien périt de

la griffe

même

de celui
cusation

qu'il avait
,

Mais cette ac-' adoré (2) odieusement intentée contre le Diable,
qu'elle est

tombe d'elle-même, parce
la rejette ailleurs,

dénuée de
ici,

preuves. Et Jacques de Voragine, qui l'admet

par cet esprit de contradic-

tion
{i)
(2)

si

ordinaire dans les théologiens.
,

Jacobus de T'oragine.

ibidem. Leg. 120.
,

Calixlus, in historiâ tripartilâ, Petrus Wialbrugt
,

demorle apostatarwn

cap. 19. Jacobiis de f'^orogine
citation de Pierre

,

eadem
jésuite.

,

leg.
;

i?.o.

La

Wialbrugl

n'est

point garantie

elle a

été

donnée

à l'auteur

par un ex-R. P.

i^o

LE DIABLE
la véritable etmiraciileu.se
,

Voici enfin

mort de

Julien l'apostat. Saint Basile
visiter le

étant allé de nuit

plus les

tombeau de armes de ce

saint

Mercure , n'y trouva
martyr de
Je'sus-

vaillant

Christ (car ce Mercure-là avait été soldat). Basile,

pensant qu'on
,

les avait volées,

.se

disposait à
vit sainte

sortir

lorsqu'il eut

une extase
et

,

il

Marie entourée d'anges
assise sur

de vierges. Elle
:

était

Appelez-moi un trône, et disait sur-le-champ Mercure et dites-lui qu'il aille tuer
,

l'empereur Julien

,

pour

les

blasphèmes

qu'il

ne

cesse de proférer contre

moi et contre mon fils (i).
(2)....

Saint Mercure parut aussitôt, revêtu de ses armes,
et prêt à remplir sa

commision

Saint Basile, sortant alors de son extase, alla

de nouveau
et l'ouvrit
;

visiter le

tombeau de

saint

Mercure

,

le

corps avait aussi disparu.

Le gardien

de Téglise
et

l'assura

que personne n'y
la nuit

était entré,

que

les

choses étaient encore à leur place au

commencement de

Et ce qui prouve,

plus que tout le reste, la vérité de ce miracle, c'est
(1) T^ocaie viihi cita
'.aïoni

Mercunum

,

qui Juliunum apos-

occidat

)

qui

me et filiuni

?}ieum superbe blasphe-

niat.

Leg. 3o. Jacobi de T'^oragine.

h)
que
\icu
<t

Ampliiloque

et la
,

chronique d'Alexandiùe disent encore
bien vite
,

saviit

Mercure
,

c'tant parti
s'écri.)
:

revint au bout d'un

de temps

et

«

.lulicn est
«i

percé à mort

comme

vous

me

l'avez

conunandc

PEINT PAR LUI-MÊME.
que
le

i5i
elles

lendemain on retrouva

les

armes où

avaient habitude d'être, le corps dans le cercueil
et la lance

du

saint tout ensanglantée. Alors

saint Basile publia la

mort du

tyran....

En

effet,

peu de jours après, un messager arriva, qui apprit la défaite de l'armée et la fin malheureuse
de l'empereur, tué par un soldat inconnu (i)

Ne

se pourrait-il pas
,

que

le

général qui trahis-

sait Julien

ou quelques amis de ceux qui dési,

mort de ce tyran eussent rempli ici le rôle du diable , ou plutôt de saint Mercure?....
raient la
(i)

Amphiloch. in vitâS.
,

Basilii.

Chrome. Alex. Sozo2.

men. Hist. ecclesiast.
Jacobi de Voragine

lib.

VI, cap.

Fulbertus
lib.

,

in ser-^

mone de Deiparâ. Cœsarius
,

Heisterb.y

VIII, cap. 52,

auctâ à Claudio à Rolâ. Leg. 3o.
Christian.
,

Mathœi Tjmpiiprœmia virtut.
que
la

etc.

On n'a pris
,

crème de tous ces bons
jamais rien
e'crit

et braves historiens

si

tant est

qu'ils aient

d'historique.

i52

LE DIABLE

CHAPITRE
LE DÉMON BIENFAISANT.
Tu benc
De
ce brave
si

XV.
PETIT ROMAN
(i).

quidfacias, non meminisse fas

est.

AfSONE.

démon

respectons la mémoire,
,

Puisqu'il a fait le bien

sans

y cbercher de

gloire.

Un

honnête soldat ,
crâne

nommé

Evrard

(2)

,

étant

tombé dangereusement malade, on
lui ouvrir le
,

fut obligé

de

parce qu'on plaçait dans le

cerveau

la

cause de sa maladie. Mais les chirursi

giens opérèrent

mal

,

que

le soldat

ne guérit

point

,

et

que des accès de démence vinrent
aux souffrances quil endurait.
qu'il chérissait tendre;

encore
Il avait

se joindre

une jeune épouse,
avant
la

ment

,

malheureuse opération
,

depuis

qu'il était

devenu fou

ses

sentimens d'amour
si

avaient

fait

place à une haine

prononcée,

qu'il

ne pouvait plus ni
(0

la voir ni l'entendi^e.

Ex

Cœsarii Heisterb.

tniraciil.

,

lib.

/^',

de

Dœm.

,

cap. 37.
(2)

Miles quidam

honestiis
le

,

Everhardus nomine
siècle
;

La chose se passe dans
bard
,

onzième

le soldat est

Lom-

comme on

le

verra plus loin.

PEINT PAR LUI-MÊME.
Pendant que
Diable
la
,

i53
,

jeune

femme

se désolait

le

se présenta
lit

sous une forme

humaine au
,

pied du
dit-il
,

gisait le

malade.

veux-tu te séparer de ton épouse?
ferait plus
!

— Evrard — Rien
,

lui

ne

me

de

plaisir

,

répondit
,

le soldat.
;

Eh bien

ajouta le Diable

lève-toi

je

te

vais conduire à

Rome

;

nous parlerons au pape

et tu pourras divorcer en

bonnes formes.

Là-dessus,
le

le

Diable conduisit Evrard à Rome,

présenta au pape, qui se trouvait alors au mi-

lieu

de

ses

cardinaux

,

et parla si

éloquemment

pour son protégé,
,

une bulle pontificale par laquelle le soldat avait plein pouvoir de divorcer avec sa femme, quand bon lui semqu'il obtint

blerait.

Evrard s'abandonna à des transports de
la

joie

,

en recevant

pancarte

,

qu'il regardait

comme
heur.

l'instrument de sa liberté et de son bon-

— A présent que
dit le

tes désirs

sont

satisfaits

,

lui

Diable

,

veux-tu que je te transporte à Jéte ferai

rusalem où ton sauveur a été crucifié? Je
voir son sépulcre
,

et tous les saints lieux
si

que

les

chrétiens souhaitent

ardemment de
,

visiter

Le

soldat

,

que

les

grandes complaisances de son

protecteur jetaient dans l'embarras

reconnut
11

alors qu'il avait affaire avec le Diable.
effraya pourtant point
sition.
,

ne s'en

et

accepta celte propo-

i54

LE DIABLE
enleva donc son

Le Diable
versé
la

compagnon
il le

,

fran-

chit les airs d'un vol rapide; et, après avoir tra-

mer en peu
du
,

d'instans,

déposa dans

la basilique

saint sépulcre, le conduisit à tous

les saints lieux

il fît

ses oraisons

,

et lui

de-

manda

ensuite

s'il

voulait voir le sultan Saladin.
lui ferait plaisir
;

Evrard répondit que cela
aussitôt son

et

conducteur le porta au milieu du
,

camp des Sarrazins. Là
être vu, le sultan
,

il

vit à

son

aise, et sans

les

princes de sa famille, ses

généraux

et ses

armées.

Veux-tu maintenant retourner dans ton
lui dit le

pays,

Diable?

— Volontiers, répondit
Au même
trouvèrent en
se

Evrard,

je

ne dois pas vous empêcher de vaquer

plus long -temps à vos affaires
instant
,

les

deux voyageurs

Lombardie.
Ils s'étaient

arrêtés au coin d'un bois.

— Lève
homme

les

yeux, dit le Diable à son compagnon ; tu aper,

çois

a

deux cents pas de nous
sur

,

un bon

monté
C'est

un âne, qui entre

déjà dans la forêt.
il

un paysan de ton
,

village;

vient de rece-

voir quelque argent
famille.

qu'il croit

porter dans sa

Mais des voleurs l'attendent dans l'épaisseur du taillis , et vont l'assassiner Veux-tu
que
je

coure à son aide?

— Ah

!

je

vous en supétait

plie, s'écria Evrard, et

Le Diable

déjà dans la forêt, tordant le cou aux brigands,

PEINT PAR LUI-MÊME.
et

i55

mettant

le

bon homme dans un chemin plus
,

sûr

Après cette généreuse expédition
fut reporté
faite santé
,

le soldat

chez

lui, jouissant

dès lors d'une par-

tant dans le corps
,

Le paysan
tiré

qui

s'était

que dans l'esprit. vu si miraculeusement
,

des

griffes

des voleurs
leur
fit

arriva aussi sur l'enses adieux, et s'arra^
,

trefaite.

Le Diable

cha à leur reconnaissance
prix de ses services
leurs
,

ne demandant pour

que d'occuper quelquefois

bons souvenirs.
pas besoin de dire que le soldat Evrard
la

Il n'est

reprit,

avec son bon sens, toute
sa

tendresse qu'il
,

avait

pour

femme avant
,

sa folie

et qu'il

ne

songea pas à profiter de
tait le

la bulle, qui lui

permettraits

divorce.
lecteur judicieux
,

Avec un

de pareils

n'ont pas besoin de commentaire.

ï56
**^'* »'»*'*.'» »\l*\»\*\%V%-»\»'\*'%\

LE DIABLE
%%Vk%^««\'«%t,t«««%%«'«'V%

CHAPITRE
LE CONSEIL INFERNAL
Vhima
La

XVI.

CONTE NOIR

(i).

cœlestum terras Aslrœa

reliquit.

Ovide.
justice a quitté les mortels trop pervers.
!

Hélas

à notre honte

,

on

la

trouve aux enfers.

Il y avait, auprès de Tolède, dans

une caverne
fut
le

profonde, une ëcole de nécromancie, qui
iermëe sous
le

règne de Ferdinand V. Dans
,

douzième

siècle

cette

école était fréquentée
les pays.

par des jeunes gens de tous

Quelques

INormands, ayant entendu raconter à leur maître
des choses prodigieuses sur les apparitions, le
prièrent de leur faire voir quelques scènes infernales.
efforts,

Le

professeur de nécromancie

fît

tous ses

pour éteindre dans ses élèves un désir trop
;

dangereux
leur

mais

,

comme
,

ils

persistaient dans

demande, il les conduisit un jour dans un champ écarté. Là il traça un grand cercle sur
la terre
,

fît

entrer ses écoliers dans cette en,

ceinte protectrice
ter

et leur

recommanda

d'y res-

immobiles

,

s'ils

ne voulaient pas être em,

(i)

Ex

Cœsarii Heislerb. miracul.

lib.

/^, cnp. 4-

PEI?;T par LUI-MÊME.
portes par le Diable.
rien prendre des ner. Après cela
e'vocalions.
ïl

iSj

les avertit
et

encore de ne

démons,
il

de ne leur rien donet
fit

se retira à l'écart

les

Bientôt, une troupe de diables paraît antoiirdu
cercle. Ils étaient vêtus d'un
et portaient des

costume militaire,
travaillées. Ils firent
les

armes bien

d'abord plusieurs exercices devant

jeunes
,

Normands

;

ensuite

ils

coururent sur eux

la

lance en arrêt et lépée au poing., pour les épou-

vanter et les faire sortir du cercle. Les apprentis-

nécromanciens

s'effrayèrent d'abord
,

;

mais leur
la

quand ils s'aperçurent que pointe des armes ennemies ne dépassait pas
esprit se rassura

la

ligne tracée par leur maître
sûreté dans
le

,

et qu'ils étaient

eu

rond magique.
et ils reparu-

Les démons s'éloignèrent alors ;
jeunes
filles

rent au bout d'un instant, sous des figures de

extrêmement

belles. Ils firent

dans
ils

ce déguisement une espèce d'entrée de ballet;

formèrent des danses gracieuses ,
santes et lascives.

et

cherchèrent

a attirer les jeunes gens, par des postures sédui-

Une
tes
,

de ces jeunes

filles, la

plus belle de tou-

remarqua parmi
,

les écoliers le plus

aimable,

et s'avança vers lui

en dansant avec une légèelle fut

reté merveilleuse.
cle
,

Quand

auprès du cer-

elle lui

présenta un anneau de grand prix

i58
et

LE DIAIJLE
l'engagea
,

par toutes

les

séductions imagi-

nables, à prendre de l'amour pour elle.

Le jeune
cercle
,

homme

se'duit

avança

la

main hors du
lui offrit.
lui jette les

pour prendre l'anneau qu'on
fille l'attire

La

belle

aussitôt à elle

,

bras au

cou

et l'emporte

par

les airs.

Toute

la

troupe dé-

guisée s'envole en

même

temps.

Les

disciples
cris.

de grands
cause
je

du nécromancien poussent alors Leur maître arrive. On lui conte

ce qui vient de se passer.
,

— Je n'en

suis point la

dit-il

;

vous avez voulu voir

vous avais prévenu du péril
probale que

démons Votre camales
; ,

rade ne sortira pas de leurs mains.
Il est

la

vue du Diable

et la

con-

naisance qu'ils venaient d'avoir de son pouvoir

immense, ne rendirent pas
leurs chrétiens; car

ces jeunes gens meil:

— Arrangez-vous

ils

répondirent à leur maître

comme

vous voudrez

;

mais
,

si

vous ne nous rendez pas notre camarade

nous
par

allons vous tuer....

Le nécromacien
le

aurait

pu

faire étrangler
,

Diable ces élèves impudens
la

qui

osaient le

menacer de
sa vie
et

mort
les

dérange souvent
,

; mais une peur trop subite idées. Il trembla donc pour

considérant que
tête
,

les

Normands sont
:

gens de mauvaise

il

répliqua
;

— Attendez

au moins quelques inslans ranimer le défunt.

je vais travailler à

PEINT PAR LUl-MÉMF.
Aussitôt donc
,

1^9

il

évoqua

le

prince des dé-

mons
^servi
,

,

lui

représenta qu'il l'avait toujours bien

et le pria

de rendre aux écoliers
ils

irrités le

camarade dont

voulaient venger la perte.
,

Le chef des
répondit
:

diables

touché de compassion
,

,

Demain

j'assemblerai pour cela
,

un concile

(i)

tu assisteras

et je tâcherai

de

te satisfaire.

Le lendemain

,

le

chef des démons réunit
,

les

plus habiles gens de ses états

et

demanda pour-

quoi on avait enlevé l'écolier que réclamait le
professeur de nécromancie?

— Seigneur
je

,

en

Un démon répliqua: emportant ce jeune homme
ni violence.
II

,

nai

fait ni injustice,
,

a désobéi

à son maître

en dépassant

le cercle

il

était

en

sûreté....

Après qu'on eut disputé quelque temps sur
cette question, le prince

de

l'enfer dit

\i

démon,
dence
;

qui siégeait près de lui:

un autre
Olivier

vous êtes plus versé que nous dans
et

la jurispru-

vous rendez
,•

la justice

,

sans avoir

égard aux personnes
cause importante
(2).

prononcez donc sur cette

Le démon
(i)
(2)

Olivier répondit

:

— Je pense
',

qu'il

Le

lalia

^ortc concilium....
,

Olivere

sempcr

curialis fuisti

conlrà justitiam
litis
,

personam non accipis ,

solve

quœsUoneni hujus

etc.

i6o

LE DIABLE

faut rendre ce jeune
la situation

homme
est
les

à son maître

;

car

de ce vieillard

vraiment pénible...

Le

croira- t- on parmi

mortels? cet avis
les sufTrages
la terre
;

plein de modération emporta tous

;

on permit on apaisa

à l'écolier

de retourner sur

;

le courroux des autres élèves
le

on
;

sauva de leur fureur
et tout cela fut

maître de nécromancie

l'ouvrage dun conseil de démons.
l'enfer, et

Mais le Jeune jNormand venait de voir
il
il

n'avait pas envie d'y revenir. C'est

pourquoi

I

entra dans

un monastère de Cîteaux.

PEINT PAR LUI-MÊME.
%««%%«%%« WV%«'

CHAPITRE
DE
Fabula

XVII.

DE CEUX QUI NOUS ONT RAPPORTÉ DES NOUVELLES
L'LNFER.

nulliiis i^eneris

,

sine pondère et arte

P^alidiùs oblectat populum....

Horace.

Un

conte absurde

,

informe, hasarde par des
,

sots.

Est toujours sûr de plaire

et trouve ses de'vots.

— Quoiqu'on
n'est

lise

dans

la

Bible que nul mortel

revenu des enfers (i), nous apprenons ce,

témoignage des pieux théologiens que plusieurs personnes dignes de foi ont fait ce voyage en chair et en os, pour nous en
par
le
,

pendant

rapporter des nouvelles.

De

ce

nombre

est

un

bon

religieux anglais

,

dont

l'histoire a été écrite

par un moine dévotieux, par Pierre -le -Vénérable, abbé de Cluni
et par Denys le chartreux (2). Ce voyageur privilégié parle, comme dans les romans , à la première personne, c J'avais saint
,

(i)

Sapientiœ

,

cap. 2.
et

(2)

Pétri venerabilis., de miracul.
,

;

Djonisii carihu-

siani, de quatuor novissimis

ait.

471

i62

LE DIABLE
il

Nicolas pour conducteur, dit-il;

me

fît

par-

courir un chemin plat, jusqu'à un espace immense, horrible, peuplé de défunts qu'on tour-

mentait de mille manières affreuses.

On me

dit

que ces gens-là n'étaient pas damnés, que leur supplice finirait avec le temps, et que je voyais le purgatoire. Je

ne m'attendais pas à

le

trouver

si

rude ;

tous ces malheureux pleuraient à chaudes larmes,
et poussaient

de grands gémissemens. Les uns

brûlaient dans

un

feu violent

;

les autres se bai,

gnaient dans des chaudières de soufre

de poix,

de plomb

et d'autres

métaux, qui bouillonnaient
dans une poêle

vigoureusement

et

ne puaient pas moins. Les dé,

mons

faisaient frire ceux-ci

et

des serpens venimeux mordaient ceux-là avec de

longues dents. Depuis que
ses, je sais bien

j'ai

vu toutes ces cho-

que

si j'avais

quelque parent dans
,

le purgatoire, je
frirais
))

vendrais

ma chemise

et je souf-

mille morts pour len tirer.

Un

peu plus loin, j'aperçus une grande val-

lée

coulait

un épouvantable
à

fleuve de feu, qui

s'élevait

en tourbillons
il

une hauteur énorme.

Au

bord de ce fleuve

faisait

un

froid

si

glacial

qu'il est

impossible de s'en faire une idée. Saint-

JXicolas

m'y conduisit,
le

et
,

paliens qui s'y trouvaient
tait

me fît remarquer les en me disant que c'é-

encore

purgatoire.

PEINT PAR LUI-MÊME.
M.

i63

En pénétrant plus avant, nous arrivâmes en enfer. C'était un champ aride couvert d'épaisses
ténèbres
lant,
,

coupé de ruisseaux de soufre bouille

comme on
,

présume bien.

On
,

ne pouvait

y faire un pas sans marcher sur des deux difformes extrêmement gros
,

insectes hiet jetant
le

du

feu par les narines. Ils étaient là

pour

supplice

des pécheurs, qu'ils tourmentaient de

concert

avec

les

démons. Ceux-ci
,

,

avec des crochets de

fer ardent

âmes pénitentes et les jetaient dans des chaudières où ces pauvres âmes
happaient
les
,

se fondaient avec les matières liquides.

Après

cela

on leur rendait leur forme pour de nouvelles

tortures.
» Ces tortures se faisaient en

bon ordre, avec

une variété infinie et une vitesse surprenante. 11 est vrai que chacun était tourmenté selon ses
crimes
;

les

sodomite

,

par exemple

,

étaient

obligés de se joindre charnellement, et d'une

manière conforme
vantable.
»

à leurs anciens goûts, avec
la

de grands monstres brùlans, à
Plus loin je remarquai
et

mine épou-

,

dans des bains
les prieurs
,

chauds

dans des fournaises ardentes ,

de moines qui expiaient leur intolérance
hypocrisie, et
le

leur

peu de soin

qu'ils

avaient pris

de leur troupeau. J'aperçus des religieux à qui les

démons

faisaient avaler des charbons, parce qu'ils

i64

LE DIABLE

avaient

mangé

des

pommes

et des

prunes avec
(i).

un sentiment de volupté damnable.

«Je vis aussi desévêquescruellementpunis, pour
avoir mal gouverné leurs ouailles et abandonné
leur diocèse à des vicaires. Je remarquai plusieurs

y en avait peu dans le purgatoire, mais beaucoup en enfer. Je n'en fus point surpris, vu le grand nombre de fornications qu'ils
il

prêtres impudiques j

commettent
fraient des

(2). J'y vis

encore des religieux. Les
les autres

uns expiaient de grands crimes;

souf,

tourmens
qu'ils

,

temporels à

la vérité

en

punition de ce

avaient été trop soigneux
,

de

la

propreté de leurs mains

et qu'ils avaient

perdu un temps précieux à rogner leurs ongles.

Les abbés et les abbesses , qui avaient eu des amours sensuelles , n'étaient pas non plus épargnés. Je remarquai
souffrance
et à
,

même
,

,

dans ces lieux de
;

un

roi puissant

alors bien rapetissé

ma

grande surprise,
,

je

reconnus, entre

les

griffes des Diables

un

saint

évêque dont

les re-

(i)

On

sait

qu'un dévot doit tout manger en rechignant et
les

trouver mauvaises

raciUeures choses
,

du monde. Quant aux
la niaiserie si

religieux en question
qu'ils étaient

on pourrait dire

connue

en euîcv pour des prunes.
,

Pauci sacerdotes in purgatorii pœnis respecta ( 2 ) eorum qui ubique terrarum Cas timoniam polluant.... Sed pêne omncs œternaliler damnantur. ( Djonisii carth. )
Le clergé
était

alors bien plus

corrompu qu'aujourd'hui.

PEINT PAR LUI-MÊME.
iiqiies faisaient

iG5

des miracles.... (i). Après plu-

sieurs spectacles aussi terribles je revins
cellule
,

dans

ma
y

— Un

et je rentrai

dans

mon

lit.

»

certain Bertholde, étant aile aux enfers,
faisait

trouva quarante et un évoques, qu'on
et bouillir tour à tour.

geler

lèrent Bertholde

:

— Recommandez à nos amis
pour nous
le

Les plus tourmentés appele saint sacri-

lui dirent-ils, d'offrir
fice...

Bertholde

promit;

et vit

un peu plus

loin l'âme

du

roi

Charles-le-Chauve, qui était

rongée par

les vers.

— Priez l'archevêque Hinc^
mes maux
,

mar de me

soulager dans

à Bertholde.

— Volontiers,
,

dit Charles

répondit celui-ci.

Un

peu plus loin

il

vit l'évêque Jessé,

tre Diables plongeaient alternativement

que quadans un

pot de poix bouillante
cée.

et

— Ami, priez
dit-il

dans un puits d'eau gla-

le

clergé de s'intéresser à

moi,

a Bertholde.

— Le bon homme

s'en

chargea; et, après avoir vu divers autres pécheurs qui se recommandèrent pareillement aux prières

des fidèles,

il

revint sur

la terre. Il s'acquitta
;

de
les

toutes ses petites commissions

on pria pour

patiens, et les patiens, dit-on, furent soulagés (2).

Episcopum quenidam , qui fuerat religiosus et déper quem eliam Dominus post morletn ipsiux Jecit quœdani miracula ; et tamen in pœnis adhuc fuit ,
(
I

)

volus....

etc.

(

Djonisii carthus.

,

art.

4?

>

de purgat.
tom.
II
;

et

inferno).

(2)

Hincmari

archiep. Epist.

,

pag. 806,

x66

LE DIABLE
Patrice, primat
d'Irlande,
avait à

— Saint
faire à

de

si

mauvais

sujets

,

que

les

prodiges, les
,

miracles reitérés, les menaces de l'enfer les pro-

messes d'un paradis plein de délices ne pouvaient les convertir à la
foi.

Pour toutes raisons,

quand

saint Patrice se mettait à les prêcher, les
:

Irlandais avaient limpiété de répondre

— INous
fit

ne vous
joies

croirons, que
et les
,

si

vous nous

laites voir les

du paradis

tourmens de
et le

l'enfer.
lui

Saint Patrice pria

seigneur

voir

un

trou par lequel

on

entrait

en purgatoire.

Quelques-uns furent assez hardis pour y pénétrer,
particulièrement un soldat,

nommé

Agneïus ou

Egneïus.

démons
se tira
les

peine y eut-il mit le pied, que les voulurent le jeter au feu , selon qu'ils en
les

A

usent ordinairent envers

nouveaux venus.

11

de ce danger par un signe de croix. Alors

démons le conduisirent dans un grand champ,
Cette vallée était pavée d
,

qu'un docteur extatique appelle In vallée de Misère.

hommes

et

de

femmes nues

fichées ventre à terre sur le sol,

avec de grands clous au derrière. Des bandes

de Diables couraient sur
gens
,

le

dos de ces pauvres
la

et leur

donnaient de temps en temps

discipline.

Après cela, Egneius ou Agneïus entra dans

une antre

vallée

,

plus misérable encore
,

,

se

trouvaient des pécheurs

que d'énormes dragons

PEINT PAR LUI-MÊME.
maigres,

iby

dévoraient continuellement, sans les rendre plus

comme

faisait autrefois le

vautour de

Prométliëe. D'autres avaient des serpens autour

du corps,

et ces serpens cherchaient à leur dé-

chirer le cœur. Plusieurs étaient couchés sur le

dos, portant chacun sur leur poitrine un grand

crapaud qui ouvrait

la

gueule pour

les avaler.

Un

crapaud qui avale un

homme

est

quelque

chose de bien monstrueux; aussi ceux-là, qu'un

crapaud se disposait à avaler, poussaient-ils de
grands
cris d'effroi
,

en
,

même

temps

qu'ils

san-

glotaient de douleur

en recevant

le fouet

de

la

main du
fers
est

Diable.

Il

paraît qu'on fustige aux enles

comme

dans

couvens, car ce supplice
les relations infernales

souvent rapporté dans

des bons moines.

Au
vit

partir

de là, on conduisit Agneïus ou
il

Egneïus dans un troisième département. Là

une multitude de personnes de tout âge

et

de

tout sexe que l'on fouettait encore, et qui souffraient à la fois les rigueurs de la gelée et les hor-

reurs

du

feu.

Ceux-là étaient

si

bien garnis de

clous enfoncés dans leur chair, qu'on eût diffici-

lement trouvé à placer une
leur corps.

tête d'épingle sur tout

Agneïus ou Egneïus entra ensuite dans
trième vallée
,

la

qua-

qui était celle des pendus. Les
les

uns

l'étaient

par

pieds

,

les autres

par

les

i68

LE DIABLE
,

mains
par
ties
les

ceux-ci par les cheveux
,

,

ceux-là par les

oreilles

d'autres par le nez
,

,

quelques femmes
partous

mamelles
la

que

hommes par les pudeur empêche de nommer; et
quelques
fer
,

avec des chaînes de

au milieu des tourbillons

enflammés.

On

en voyait

aussi

quelques-uns qui étaient

au croc, au-dessus d'un bon brasier bien ardent.
D'autres rôtissaient sur
le gril; d'autres
;

dans

la

poêle à

frire

;

d'autres à la broche

d'autres enfin

buvaient continuellement du plomb et des

mé-

taux fondus. Tous ces malheureux poussaient des
cris effroyables.

horreurs

,

le

Après avoir vu encore d'autres soldat Egneïus ou Agneïus se trouva

sur les bords d'un fleuve enflammé.
vait le traverser

On

ne pou-

du

cristal

,

et pas

que sur un pont glissant comme plus large que le tranchant
s'y

d'un rasoir. Agneïus ou Egneïus
faisant le signe de la croix
,

hasarda en
qu'il

et à

mesure

avança,

il

trouva

le

pont plus large.
,

En

arrivant

à l'autre bord du fleuve

il

fut tout surpris

de se

voir dans le séjour des élus.

La

relation
,

,

si

en enfer

ne

dit

abondante sur ce qui se passe rien de ce qu'il vit dans le ciel.
les auteurs

Ce qui prouve bien que
exécrables contes
terreur le culte
,

de tous ces

ne voulaient fonder que sur la du Dieu de clémence. Il n'est

pas besoin de dire qu'Agneïus ou Egneïus se pur-

PEINT PAR LUI-MÊMF.
gea dans
,

169

le

purgatoire , de ses habitudes vicieu-

ses (1), qu'il revint sur la terre, et qu'il s'y

com-

porta saintement (2).

Un moine du neuvième
,

siècle

,

nommé

Vétin ou Guétin
les enfers.
Il

fut

conduit par un ange dans

y remarqua divers supplices tout-àfait admirables. Il vit, à sa grande surprise , des prélats et des prêtres fornicateurs attache's à de
,

grandes potences et brûles à petit feu, avec

les

femmes qui avaient
péché.
Il

été leurs complices dans le
,

reconnut, dans des boîtes de plomb

des moines qui avaient été assez impies pour
s'approprier l'argent

de leur communauté.

II

aperçut en purgatoire le grand empereur Cliar-

lemagne. Après avoir tout bien examiné,

il

de-

manda

à l'ange quel était le plus
lui

grand crime
le

aux yeux de Dieu. L'ange
mie. Vétin

répondit, en
c'était la

reconduisant dans sa cellule, que
le

sodo-

répéta à ses confrères les moines,
les

quand

mourut en racontant aventures de son voyage (5).
il

les revit, et

(

I

)

Rendez

à Cësar ce qui appartient à Ce'sar,

Ce

mise'rable

jeu de mots est la propriété de Denis le chartreux.
(2)

Djonisii carthusiani, de quatuor novissimis ,

art.

4B.

(3)

Sœcul. IV. Benedict.
le

part. I.

Visio Vetini seuGiic,

uni.

Voyez
y

Dictionnaire infernal aux mots Enfer
,

Mi-

racles

Visions

etc.

170

LU DIABLE
après lui deux
à

— Le landgrave de Thurii)ge venait de mourir. Il laissait
fîls

peu près du
qui
tftait

même
la

âge, Louis et

Herman. Louis,

l'aîné et le plus religieux (puisqu'il

mourut dans
les

première croisade), publia cet édit, après

funérailles

de son père

:

Si

quelqu'un peut

m'apporter des nouvelles certaines sur Tétat où
se trouve

maintenant 1 ïime de

mon

père, je

lui

donnerai une bonne ferme

Un
cette

pauvre soldat

,

ayant entendu parler de

promesse,

alla

trouver son frère qui passait
,

pour un clerc distingué
dant quelque temps
le séduire
la

et qui avait exercé penIl

nécromancie.
la

chercha à

par l'espoir de

raient amicalement.
le Diable,
j'ai


,

ferme

qu'ils partage-

J'ai

quelquefois évoqué

répondit
;

le clerc, et j'en ai tiré ce

que

voulu

mais

le

métier de nécromancien deet
il

vient trop dangereux
j'y ai

y a long-temps que

renoncé.
l'idée de devenir riche surmonta du clerc ; il appela le Diable qui
,

Cependant
les scrupules

parut aussitôt et qui demanda ce qu'on
lait.

lui

vou-

Je suis tout honteux de t'avoir aban,

donné depuis tant de temps répondit le nécromancien mais il vaut mieux tard que jamais je reviens à toi. Indique-moi, je te prie où est l'àme du landgrave mon ancien maître ? Si tu veux venir avec moi je te la dit le Diable
; ,

,

^

,

,

PEINT PAR LUI-MÊME
montrerai.

171

J'irais

bien répondit

le clerc,

mais

je crains trop de n'en pas revenir.

— Je

te jure

par

le

Très-Haut, et par ses décrets formidables,

dit le

démon, que,
ramènerai
ici

si

tu te fies à

moi,

je te

con-

duirai sans
je te

méchef auprès du

landj:;rave, et

que

sans égratignure (i)
,

Le nécromancien rassuré par un serment aussi solennel monta sur les épaules du démon,
,

qui prit aussitôt son vol
trée de l'enfer.

,

et le conduisit à l'en-

Le

clerc eut le courage de consi,

dérer à

la

porte ce qui s'y passait
Il

mais

il

n'eut

pas la force d'y entrer.
horrible, et des
nières.
Il

n'aperçut qu'un pays

damnés tourmentés de mille ma-

remarqua surtout un grand diable, d'un
et ce spec-

aspect effroyable, assis sur l'ouverture d'un puits,

qui était fermé d'un large couvercle
tacle le
cria au
fit

;

trembler. Cependant le grand Diable

démon
!

qui portait le clerc

:

— Que porque
;

tes-tu là sur tes épaules; viens ici

je te

dé-

charge
je

— Non
,

,

répondit le

démon
;

celui

que
par
;

porte est

un de nos amis
que
Je

je lui ai juré

votre vertu
et je lui ai
lui

ne

lui causerais

aucun mal
la

promis que vous auriez

bonté de

faire voir l'àme

du landgrave son ancien
,

(i) Jiiro tibi

per altissimum
te

et

per tremendum
,

ejus

judicium

,

quià si fidei me<v

commiseris

etc.

17?

LE DIABLE
,

maître

afin qu'à

son retour dans

le

monde,

il

publie partout votre grande puissance.

Le grand
sermens
force
lie
,

Diable

,

plein de respect pour les
,

ouvrit alors son puits
(i),

et

sonna du

cornet à bouquin
,

avec tant de vigueur et de
les

tremblemens de terre seraient qu'une musique fort douce en compala

que

foudre et

raison.

En même temps,

le puits

vomit des tor-

rens de soufre enflammé , et au bout d'une longue heure l'àme du landgrave , qui remontait du gouffre au milieu des tourbillons étincelans

montra

— Tu
Le

sa tète au-dessus

du trou,

et dit

au clerc

:

vois devant toi ce malheureux prince

,

qui fut autrefois ton maître, et qui voudrait

maintenant

— Votre de savoir ce que vous vous aider en quelque chose — Tu
clerc répondit
:

n'être jamais

fils

est curieux

faites ici
?

,

et

s'il

peut
j'en

sais

suis

,

reprit

l'âme
;

du landgrave
cependant
,

,

je

n'ai
fils

plus

guère d'espérance

si

mes

veu-

lent rendre aux églises certaines possessions que je
te vais

nommer et qui m'appartenaient injustement, ils me soulageront bien. Le clerc répondit Seigneur vos fils ne me croiront pas.
,
:

— Je
(i)

,

vais te dire

ve, qui n'est

un secret, répliqua le landgraconnu que de moi et de mes fils.
valide....

Buccinmil lam

PEINT PAR LUI-MÊME.

lyB

En même temps
qu'il fallait
,

,

il

nomma

les

possessions
il

rendre
il

,

les églises à

qui

fallait les

donna le secret qui devait prourestituer ver la véracité du clerc. Après cela , 1 ame du landgrave rentra dans le gouffre, le puits se referma, et le nécromancien revint dans laThuringe, monté sur son démon.
et

Mais
si

,

à son retour de l'enfer,

il

était si défait et
Il

pâle, qu'on avait peine à le reconnaître.

ra-

conta aux princes de Thuringe ce
et entendu
;

qu'il avait

vu

et

cependant

il

ne voulurent point

consentir à restituer les possessions que leur père
les priait

de rendre aux

églises.
:

Seulement

le

landgrave Louis dit au clerc

— Je reconnais
me
trompes

que tu
point
j'ai
,

as

vu

mon

père et que tu ne

aussi te vais-je

promise.

— Gardez votre ferme pour vous,
; ,

donner

la

récompense que
sa-

répondit
lut.

le clerc
il

— Voici encore
dit le P.
le

En

effet

se

fît

moi je vais songer à mon moine de Cîteaux (i).
une
;

histoire bien véritable,
elle est

Angelin de Gaza
en

rapportée par
,

savant Maillard.
,

Un saint homme

étant allé

aux enfers
malades

visita l'infirmerie.

Entre autres

il remarqua un prince infernal des , mieux encornés (2). Il était couché sur un mate-

(i) Ccsarius

,

moine
,

d'Heisterbacli

,

de l'ordre de Cîteaux.

Miracles
(2)

illustres

liv.

1", chap. 34«

Déque

cornutissimis....

i-.'r

•"

M*^

DIACLK
par
,

ias (l'airain diaufie

le

feu

;

son oreiller

,

qui était Je

ter

rouge

se trouvait rempli

de

charbons enflammés en guise de plumes;
verture était
était

sa couII

un

tissu

de soufre bouillant.

entouré de

démons

à longues queues, qui

lui

apportaient des bouillons de poix fondue et

bien chaude, et des clystères de

même

liqueur.

On

lui

donnait aussi des fricassées de hiboux et
,

de crapauds dont

il

ne voulait point;

et les

mé,

decine disaient que la maladie serait longue

quand on chassa
rie (i)

le saint

homme

de l'infirme-

— Un soldat, nommé Tondal,
un ange dans

fut

conduit par
tour-

les enfers. Il vit et sentit les
;

mens qu'on y éprouve
expérience
:

et

son récit

est d'autant

plus digne de foi, qu'il parle d'après sa propre
eocperto crede Roberto.

L'ange
breux
,

le conduisit

dans un grand pays téné-

couvert de charbons ardens.

Le

ciel

de

ce pays était une

immense plaque de
Il

fer brûlant,

qui avait neuf pieds d'épaisseur.

vit

d'abord le

supplice de plusieurs âmes, qu'on mettait dans

des pots bien fermés, et qu'on

faisait

fondre

comme

du beurre.
,

Après cela
(i)

il

arriva

au pied d'une haute
post conciones qnadr.

Angdini Gozœi pia

hilaria

.

Moillardi.

PEINT PAR LUI-MÊME.

lyS

montagne , chargée de neige et de glaçons sur le couverte de flammes et de soufre flanc droit
,

bouillant sur le flanc gauche. Les

âmes qui
de
la

s'y

trouvaient passaient alternativement des bains

chauds aux bains glacés

,

et sortaient

neige

pour entrer dans

la

chaudière enflammée. Les

démons de
de
ils

cette

montagne avaient des fourches
au feu , avec lesquels

fer et des tridens rougis

emportaient

Tondal

vit

âmes d'un lieu à l'autre. ensuite une grande multitude de
les

pécheurs et de pécheresses, plongés jusqu'au cou

dans un lac de poix
plus loin,
il

et

de soufre fondus.

Un

peu
se

se trouva

devant une bête terrible,
Cette bête

d'une grandeur extraordinaire.

nommait ï A cheron (i). Elle vomissait des flammes et puait considérablement. On entendait
dans son ventre des
cris et des
,

hurlemens d'homse

mes

et

de femmes. L'ange

qui avait sans doute
,

ordre de donner à Tondal une petite leçon
retira à l'écart, sans
et le laissa seul

que ce soldat
la

s'en aperçut,

devant

bête.

Aussitôt une

meute de démons se précipita avidement sur Tondal, le saisit, et le jeta dans la gueule de la grosse bête qui l'avala comme une lentille.
,

Il est frit

impossible d'exprimer tout ce qu'il soufle

dans

ventre de ce monstre.

Il

s'y

trouva

(i)

Çmcp Achœron appellabatur..-.

17^

LE DIABLE
,

dans une compagnie extrêmement triste composéed'hommes , de femmes, de chiens, d'ours, de lions de serpens , et d'une foule d'autres animaux inconnus , qui mordaient cruellement lésâmes , et n'épargnèrent point le malheuieux
,

y reçut encore des démons. 11 y éprouva
11

voyageur.

le

fouet, de

la

main

assez long-temps les

horreurs d'un grand froid
brillé
,

,

la

puanteur du soufre
,

ainsi

que d'autres désagrémens
le tirer

dont

le

détail serait trop long.

L'ange vint enfin

de

,

et lui dit:

-—

Tu

viens d'expier tes petites fautes d'habitude.

Mais tu as autrefois volé une vache à un bon paysan , ton compère la voilà cette vache. Tu vas la conduire de l'autre coté du lac qui est devant nous Tondal vit en même-temps une
:

vache indomptée à quelque pas de
trouva sur
le

lui

,

et
,

il

se

bord d'un étang bourbeux
si

qui

agitait ses flots avec fracas.

verser que sur un pont

On ne pouvait le traétroit, qu'un homme
avec ses deux pieds.
le

en occupait toute

— Hélas

la largeur

!

dit

en pleurant

pauvre soldat

comment

pourrai-je traverser, avec une vache
je n'oserais

ce pont où

me hasarder
la

seul ?

,

Il

le

faut, répliqua l'ange

Alors Tondal, après

bien des peines
et s'efforça

,

saisit

vache par

les

cornes
il

,

de

la

conduire au pont. Mais
;

fut

obligé de la traîner

car lorsque

la

vache

était

PEINT PAR LUI-MÊME.
debout, en disposition de
tombait de sa hauteur;
et

175
le

faire

un pas,

soldat

quand

le soldat se rele-

vait, la vache s'abattait pareillement.

Ce ne

fut

donc qu'en tombant
et

et se relevant tour à tour,

en

se traînant l'un l'autre, en suant à grosses gouttes

en divertissant

les

démons, que l'homme

et la

vache arrivèrent au milieu du pont.
Alors Tondal se trouva nez à nez avec
autre
e'tait

un
Il

homme

qui passait le pont

comme
la

lui.

chargé de gerbes, qu'il avait eu
à

mauvaise

foi

de ne pas payer

son curé, et

qu'il était
Il

con'

damné de

porter à l'autre bord du lac.

pria le

Tondal le conjura de ne pas l'empêcher de finir une pénitence qui lui avait déjà tant donné de peines. Mais personne ne voulut reculer; et après qu'ils se furent
soldat de lui livrer passage; et

disputés assez long-temps

,

ils
,

s'aperçurent tous

deux

,

à leur grande surprise

qu'ils avaient tra-

versé le pont tout entier, sans faire

un pas

.

L'ange conduisit alors Tondal dans d'autres lieux
et , mais non moins horribles , ramena ensuite dans son lit. Il se leva , et se conduisit depuis en bon et benoît chrétien (i).

plus intéressans
le

— Ce chapitre
analysé
ici
{i)

serait

immense

,

si

l'on avait

tous les vo/ages

aux

enfers que les

Djonisii carthusiani

,

art.

49

Hcvc prolixihs des-

rjribimlur in libello

qui

visro

Toivdah nunciipatiir.
121

178

LE DIABLE

dévots admettent

comme
si

authentiques. Mais
,

y trouve
qui a

partout de

horribles de'tails

ou que Ton

craint déjà d'eu avoir fatigué le lecteur. Celui
les nerfs à

toute épreuve

,

et

qui désire con-

naître des choses mille fois plus affreuses que les

supplices de l'inquisition

,

peut chercher des sen-

timens d'horreur dans

le

quatrième livre des
,

révélations de sainte Brigitte
le latin.

pourvu

qu'il lise

Quelques personnes se félicitent sans doute de vivre dans un siècle où l'on ne donne plus pour
la vérité

des monstruosités

comme
lisent

celles

qu'on
la

vient de voir, (quoique bien adoucies dans

tra-

duction)

;

que ces personnes
,

,

si

elles

en

ont
cès

le

courage

les révélations

de sœur Nativité
le plus

qui viennent de paraître , avec
,

grand suc-

chez

les

dévots

,

en

trois forts

volumes.

On

y

trouvera des absurdités dignes du treizième

siècle, et des
le nôtre.

impudences incompréhensibles dans

PEIIST

PAR LUI-MÊMK.

>79

CHAPITRE
AVENTURES

XVJIT.

D'UN ÉCOLIER.

— CONTE NQIH.
Ontnes unn manet nox
uia
letlii....

Et calcanda semel

Horace.
Oui les lois de la morl sont de terribles lois ! Kous devons tons mourir et mourir une fois .... Morimond , plus heureux et si digne d'envie Naquit vécut mourut , et reyint à la vie.
,

,

.

.

.

,

,

,

,

A la

fin

du douzième
fit

siècle
,

,

un

certain

abbé

Morimond
parce que
,

parler de lui

comme
fois.

Lazare

,

en quelque sorte , il eut l'avantage de
11 faisait ses

mourir deux

Voici son histoire.
esprit obtus,

études à Paris;

un

une mémoire à
plus

peu près nulle
complète
le

,

la niai.serie et l'incapacité la
le

rendaient

jouet de ses camarades ,
l'idiot.

qui ne l'appelaient pas autrement que

Comme on n'aime pas à passer pour une bête, quand on apprend à faire de l'esprit, Morimond se désolait, non de sa niaiserie , mais du surnom
qu'elle lui attirait.

Un

jour qu'il était malade de chagrin

se présenta

devant

lui
,

,

et lui dit

:

,

Satan

Si tu

veux

me rendre hommage
face
,

et t'agenouiller

devant

ma
;)

je te

donnerai plus de science à

toi seul

iSo

LE DIABLE
tes

que n'en possèdent
tous ensemble

camarades
fut

et tes

maîtres

Morimond
,

étonné d'une

proposition aussi merveilleuse; et sachant, mal-

gré son peu d'esprit

que

le

Diable seul pouvait
il

lui offrir toutes les sciences sans étude,

dit

:

— Tu

répon-

n'as rien à faire ici

,

Satan

,

car je ne

serai jamais ton
toi

homme;

et je

ne veux point de

pour maître;
,

ainsi, va-t-en.

Le Diable
jeune

qui sans doute avait pris ce pauvre

homme

en amitié, ne se retira point d'a-

bord; mais, sans plus mettre de conditions a son
bienfait,
il ouvrit la main de l'écolier, et lui donna une petite pierre en lui disant Tant que tu tiendras cette pierre dans ta main , tu
,
:

sauras tout ce qu'un

homme

peut savoir. Après

œla,

il

disparut.

Morimond
dans

serra la pierre entre ses doigts, et

tout surpris de se sentir un autre
la classe
,

homme

,

il

entra

soutint des discussions impor,

tantes sur divers sujets

et terrassa tous ses
il

com-

pagnons. Pendant plusieurs semaines,

déploya,

de

la

même
,

manière, une éloquence, un jugefinesse d'esprit qui jetèrent tous les

ment

une

auditeurs dans l'admiration.

Morimond

n'avait

confié à personne le secret de la meiTeilleuse pierre
;

et
il

nul ne pouvait concevoir par quel

miracle

était

devenu

le plus

savant de l'école,

^près en avoir été

le plus idiot.

PEINT PAR LUI-MÊME.
une grave maladie
que
les

i8t

Mais son trop grand esprit lui donna bientôt
,

médecins jugèrent

du jugement suprême fit trembler Morimond. Il appela un confesseur, à qui il avoua comment il avait reçu du Diable une
mortelle. L'approche
pierre scientifique.
le prêtre
,

— Ah

!

malheureux
la

,

s'écria

si

vous ne renoncez à la connaissance
connaissance

du Diable , vous n'aurez jamais
de Dieu
pierre
,

Morimond
qu'il tenait

effrayé jeta aussitôt la

constamment dans sa main ; et en se séparant du talisman infernal , il redevint aussi idiot que jamais ; ce qui ne l'empêcha
pas de mourir.

Son corps

fut

mis dans un cercueil
de
l'église,

,

et le cer-

cueil placé au milieu

où tous
11

les

écoliers vinrent chanter des psaumes.

est

hors

de doute que
tion
;

le défunt n'avait pas reçu l'absolu,

car,

pendant qu'on psalmodiait
,

les

démons

enlevèrent son âme et l'emportèrent dans une vallée profonde , noire, épouvantable, remplie

de soufre

,

de fumée

et

de flammes,

,

ils

se divisèrent

en deux bandes

,

et se

mirent

à jouer à la balle

avec cette pauvre âme,
,

la faisant

voler à plusieurs pieds de terre

et la

recevant dans leurs griffes, dont les ongles étaient

incomparablement plus pointus que des

aiguilles.

Morimond

assura depuis qu'il ne coimaissait auégal aux douleurs qu'il soutïrit^

cun tourment

i82

M-:

DIABLE
en
l'air
,

quand
vue
,

les

Diables
le

le jetaient

à perte

de

et

recevaient sur la pointe de leurs

griffes.

Mais enfin

le
sais

Seigneur eut pitié de

lui

,

et

envoya
( c'était

je

ne

trop quelle personne du ciel

cependant quelqu'un de considérable

qui dit aux

démons

:

— Écoutez ce que vous orlaissez aller cette

)

,

donne
n'est

le

Très-Haut
(i)....

:

âme

,

qui

en vos mains que parce que vous

l'avez

trompée

A

ces

mots

,

les Diables

,

inclinant la tête
,

,

laissèrent partir l'âme de

Morimond

qui rentra

dans son corps.
sortit

I.e

défunt s'agita aussitôt et
assistans
ils

du cercueil. Les
;

épouvantés prirendirent
c'est

rent

la fuite

mais quand

entendirent le récit
ils

de tout ce qui venait de se passer,

grâces à Dieu. L'écolier idiot, sachant ce que

que l'enfer

(2)

,

se

fit

moine de Cîteaux

,

et

devint

abbé de Morimojid.
Misertus

{\)

illius

Doivinus misit nescio quani celes-

iem personam, virum rtragnœ reverentiœ, qui dœmonibus
taie

nuncium déferebat

,

etc.

(2)

Césarius pense que les tourmens qu'il éprouva e'taient

bien

les
,

tourmens de

l'enfer ;

parce
le
,

qu'il

n'y a point de dé-

mons

mais bien des anges dans
le

purgatoire.
,

On
efc.
,

a

vu ce-

pendant que Denis
le

cbartreux

St, Patrice

mettent

Diable en purgatoire eorarae en enfer.

PEINT PAR LUI-MEME.
Ce
c'est

ï83

qu'il

que

,

y a de plus admirable dans tout ceci pendant qu'on le jouait à la balle
vit la
,

,

JMorimond
blait
,

figure de son âme, qui ressempoli
,

dit-il

à

un globe de verre

luisant et

tout couvert d'yeux. C'est sans doute cette forme

qui donna aux

démons

l'idée d'en faire
:

un

ballon.

Mais voici une autre merveille
qu'il était

en même temps
son

aux enfers

,

et qu'il voyait

âme

,

Morimond examinait
son cercueil.

— Vous,
, ;

ce qui se passait autour de
dit-il à

quelques écoliers

de

ses

compagnons

tour de

mon

vous avez joué aux dés aucorps mort ; vous autres, vous vous
et

êtes pris

aux cheveux

vous, vous avez psal-

modié comme
si

il fallait...

Au

reste,

on ne

dit pas

l'abbé de

Morimond
(i).

fut plus spirituel après

qu'avant sa mort
(i)

Cœsarii Hcistcrbach. de convers ioiie

,

cap. 32,

lib. 1,

miracnloriirn.

i84

LE DIABLE

CHAPITRE
DE L'ESTIME
QIJ'ON A

XIX.

EUE POUR LES DÊMOiNS; DES

HOMMES QUI LEUR ONT DU LEUR MÉRITE, etc.
Fucla diuis
Ilcec rnu'iet
,

i^ii'enl

,

operoiaque gloria reium

,

liœc avldos ejfupit

una rogot,

OviDi:.

La

gloire qui s'attache à des faits honorable»,

Un
Car

éloge
,

,

appuyé' de litres véritables
la

,

Vivra

maigre l'envie et

flamme

et le

temps

j

les faits

bien prouvés sont des vrais

monamens.

douzième siècle , on France des vétemens assez bizarres prouvaient , en quelque sorte , un
le

— Dans

portait en
,

mais qui

esprit plus
les

riant,

une haine moins brutale contre

démons,

que

dans les siècles précèdens et postérieurs.

On

se plaisait à se vêtir d'étoffes plissées,

sur les-

quelles on voyait des figures grotesques et de petits

Diables de toutes formes, de toutes couleurs,
qui se terminaient en queue

avec des visages enjoués. Les femmes avaient des
robes fort longues
,

de serpent. Le concile qui se tint à Montpellier, en 1 95 , trouvant que ces modes insolentes tour1

naient en ridicule des objets redoutables ; défen-

PEINT PAR LUI-MÊME
dit

i85

sévèrement ces sortes de parures.

. .

On pensera

sans doute que ces défenses étaient maladroites,

puisque

la

légèreté française suffisait pour chan,

ger

la

mode

et

que
la

le

décret du concile ne

fît

qu'en prolonger

durée.
vrais grands
sot.

— On
garder
le

a

vu peu de
Diable

hommes

re-

comme un

L'immortel

Erasme

fît

connaissance avec

Thomas Morus
bon

dune
esprit

façon assez singulière, et qui prouve le

du chancelier

anglais.

Morus rencontra un

homme
temps,

qui parlait agréablement, et qui raison-

nait très-bien.
il

Après l'avoir entendu quelque

le

considéra avec attention, et s'écria:

— Ou vous
Il se

êtes le Diable ,

ou vous êtes Erasme ?

. .

trouva effectivement que c'était Erasme
la

,

dont

réputation commençait à s'étendre dans

l'Europe.

— Jacques
Henri
III et

Goyon de Matignon qui servit Henri IV avec tant de fidélité, était
,

un

homme du
,

plus rare mérite. Ses envieux
décrier, disaient
,

,

ap-

,

paremment pour le
l'habileté
la

que

l'esprit,

prudence

le
,

courage n'étaient

point naturellement en
naient d
Il fallait

lui

mais
fait

qu'ils lui
le

ve-

«n

pacte qu'il avait
fût

avec

Diable.
,

que ce Diable

une bonne créature

dit Saint-Foix,

puisque Matignon donna, dan»

1^6

LE DIABLE
marques d'un caractère

toutes les occasions, des

plein de douceur et d'humanité (i).

— On
Socrate
,

a

beaucoup vanté

la belle
,

morale de
épura
,

la sagesse

de sa conduite

l'expérience

qu'il avait des choses, cette philosophie qui

son

âme de

toutes les passions honteuses
la

son
lui

penchant à
faisait

vertu

,

et cette

prudence qui

prévoir le résultat nécessaire des événe,

niens incertains

qui guidait son choix dans les

occasions douteuses, et lui montrait de loin tous
les périls.

Les anciens , qui trouvaient tant de grandes qualités surhumaines, ne les croyaient
pas étrangères à l'essence des démons. Aussi
disaient-ils
et

que Socrate avait un
qu'il
lui

démon

familier,
sa sa-

Proclus soutient

dut toute

gesse (2).
leur

Peut-être les

hommes

trouvaient-ils

compte à cet arrangement. Ils se consolaient d'être moins vertueux que Socrate , en songeant qu'ils n'avaient pas un appui comme le sien.

— L ingénieux
cette

Apulée

fut

accusé de magie
il

parceque, pauvre et dénué de tout,

épousa une

femme extrêmement
bonne fortune
la

riche
à des
c'est

;

et

qu'on attribuait
jeune
5''9.

charmes surnaturels.
qu'Apulée
était

Le
(
I

vrai de

chose

,

)

Histoire de l'ordre

du Saint-Esprit. Promotion de

1

pag. 190.
(2)

Proclus

,

de anima

et

da'wone.

PEINT PAR LLI-MÊME.
et bien fait, et la

187

femme qu'il épousa vieille et laide. Quelques dëmonomanes regardèrent aussi les métamorphoses de l'âne dor comme un ouvrage inspire' par le Diable.

On alla même jusqu'à
,

dire que, lorsqu'il travaillait

Apulée obligeaitsa

femme ou
,

son

dëmon
,

,

à lui tenir la chandelle.
avait de la complaisance

Quoi

qu'il

en

soit

il

y

dans cette femme

,

ou dans ce dëmon.

— L'immortel

Agrippa (Henri-Corneille),

que

ses plus grands

ennemis ont regarde

comme

un prodige
pour un
siècle.

(1), et qui fut appelé avec raison le
,

Trismegiste de son temps

ne pouvait passer

homme

ordinaire dans le quinzième

Aussi on débita qu'il devait tout son génie
familier, qui l'accompagnait sous la

à un

démon

figure d'un chien noir.
disait

Bénédiction

!

comme

Philippe d'Alcrippe, quel digne et bon
,

Diable

ou quel digne

et
,

bon chien
à qui l'on
,

!

— Le fameux Cardan
vaste érudition
,

accorde une
et
il

un

esprit subtil

même du
avoue lui'

génie
(i)

,

avait

un démon

familier; et

Portenlosum ingtnium

,

Paul Jove

,

daos ses Éloges.
,

Jnter clarissima
question 16.

sut sceculi lamina, Jacques Gohory

T^encrandinnDominwn Agrippcun, liutrarum

lîttercitoritmquc

omnium miraculimi,
,

et
;

aniorem. bonotum.,
cites

Lndvvigius

,

De'raonouiagie
1

page sog

par

G

îSaur?*^

Apologie

,

chap.

5.

ï88

LE DIABLE
(i), qu'il devait tous ses

même, dans ses ouvrages
Or,
si

talens et ses plus heureuses idées à son

dëmon.

Cardan
,

était quelquefois plus

simple qu'un
,

entant
aussi
il

comme

dit l'historien

De Thou souvent
(2).

paraissait au-dessus
l'ont jugé
,

de l'homme

Tous
ils

nos anciens ne
semblable
ont
fait la
;

qu'avec une admiration
,

et

en faisant l'éloge de Cardan

part de son

démon
si

familier.

— Jules César Scaliger,
mense étendue de
de son génie, par
familier, à qui
tions.
Il

célèbre par l'im-

sa science, par l'originalité
sa supériorité au-dessus des

hommes desonsiècle,
il

avait

également un

démon

devait ses plus belles inspira-

lui

rend lui-même cette justice, dans

son Art poétique, livre

m,
se

chapitre 26.
si

— L'abbé Fiard, qui
contre le Diable, lui
fait

déchaîne

vertement
dans

bien souvent plus d'hon,

neur qu'il ne pense. Ce Mesmer, qui opéra
le

dernier siècle
le

,

tant de guérisons surprenantes
,

par
sut

magnétisme
que du bien
le

ou plutôt par l'empire
est

qu'il

prendre sur les imaginations, ce
fît
,

Mesmer qui
et

ne
(i)

mis

,

par l'abbé Fiard
dans
Iraité

Dans

dialogue intiîulé
,

Tétim

,

et

le

de

Libris propriis

Cardan confesse que son
,

de'iuon
et

lamil;er

lient de la nature de Ve'nus

de celle de Salame

de celle

de Mercure
(2)

.

astrologiquement parlant.
kistor.
,

Thuani

lib.

IL

PEINT PAR LUI-MÊME.
par quelques autres théologiens de
force, au
la

189

même

nombre des suppôts de

Satan. Quelque

soitce Diable, à qui
utile à

Mesmer dut

le

bonheur d'être

l'humanité, nous ne lui devons que de la

reconnaissance.

— Cagliostro
nombre des

est

rangé pareillement dans

le

favoris de l'enfer,
,

non pour ses fourles

beries et ses intrigues

mais pour

cures mira-

culeuses qu'il opéra à Strasbourg, et pour le peu

de bienfaits
ses

qu'il
;

eut l'adresse de répandre dans
,

voyages

bienfaits et miracles

qui ne pou,

vaient être que l'ouvrage du Diable

comme

le

prouve judicieusement l'abbé Fiard
aussi le philosophe
et lui

(i).

— Quelques démonomanes ont voulu mettre

giciens

Averroès au nombre des madonner un démon familier. La , complaisance de ces messieurs fait honneur au
(2).

Mais malheureusement pour le respect que nous devons à leur autorité , Averroès
Diable
était

un épicurien
Vojez
du
la

,

qui

,

quoique niahométau
les

(i)

France trompée par

magiciens et de'mo-

nolâtres

18^. siècle.
,

y
,

(2) Averroès

médecin arabe

et le plus

grand philosophe
siècle. Il

de sa natioa
s'acquit

,

naquit à Cordoue

,

dans

le

douzième
,

une
,

si

grande réputation de justice
roi

de vertu

et

de
i-

sagesse
tanie.

que

le

de Maroc

le

fit

juge de toute la Main
,

Il

traduisit Aristofe
la

en arabe

et

composa plusieurs

ouvrages sur

philosophie et sur la ra^'decine.

190

LE DIABLE
la

pour
des

forme, ne tenait dans
,

le

cœur à aucune

religion révélée

et

ne croyait pas à l'existence

démons

(i).
,

— Chicus OEsculanus
sie
,

qui avança cette héréle

que la lime
,

est

un globe habitable comme
familier,

nôtre

avait

un démon

nommé Floron,
,

de

l'ordre des chérubins

damnés

qui

lui souffla

la susdite hérésie et l'aida

dans ses travaux.
,

— Le système de Copernic
ples instruits ont adopté
il
,

que tous

les

peu-

fui

condamné, quand

parut, par l'inquisition de
et

Rome, comme une
Diable.

impiété

comme une œuvre du
,

— Jean Faust
merie
,

l'un des inventeurs

de l'impri-

fut aussi

regardé

comme

hérétique et
les

magicien, en plein commerce avec

démons.

On fit des

livres sur les merveilles qu'il
,

opéra par
Diable

ses prestiges

et

quelques bons esprits de son
par
le

siècle l'accusèrent d'avoir fait écrire
les

premières Bibles

qu'il

imprima. Nos ancêtres
l'esprit

faisaient bien

peu d'honneur à

humain

,

puisqu'ils le croyaient incapable de rien inventer,

sans le secours

du Diable.
,

Si quelqu'un s'amusait
il

en

faire la

recherche

trouverait probable-

ment
( I )

toutes les

anciennes découvertes qui ont pu

Magiain dœmoniacam pleno ore negarunt Avet^ roes et alii epi'ciirei, qui, iinà cUm saducœis, dœvwnes esse
negarunt.
1 orreblanca
,

Délits

magiques

,

liv. II

,

cap. 5.

PEINT PAR
causeï'

LUI-MÈMl*:.
,

191

quelque surprise
(i).

atlribuëes aux habitans

de l'empire infernal

— Roger Bacon parut dans
C'était

le

treizième siècle.

comme
les
relles.
le

un cordelier anglais. Il fut mis en prison magicien damnable , parce qu'il étudiait mathématiques et les autres sciences natu-

La
Il

beauté de son esprit

le fît

surnommer
,

docteur admirable.
était versé

On

dit qu'il inventa la
et sur-

poudre.

dans

les beaux-arts
,

jpassait tous les

moines

ses confrères

par l'éten-

due de
son

ses connaissances et

par

la subtilité

de

esprit. C'est

pourquoi on publia

qu'il devait
il

sa .'upériorité

aux démons, avec qui

commermé-

çait nuit et jour.

— Pierre d'Apone
les Diables.
Il

,

l'un des plus célèbres
,

decins du treizième siècle

se faisait servir par

acquit la connaissance des sept

arts libéraux,

donnèrent sept démons familiers. Malheureusement encore pour cette belle histoire , Pierre d'Apone ne croyait pas aux démons.
en quelques leçons que
lui
(i) Il

y

a

,

par exemple, certaines inventions

,

dont nous
à

ne pouvons nous attribuer l'honneur. Telles sont
frire
,

les poêles
,

les

broches à embrocher
,

,

les grils
,

,

les

marmites
,

les

chaudières
objets de

les

fourches
acabit
,

,

les

pouls

les disciplines

et autres

même

qui sont en usage dans

les

enfers ,

depuis que les enfers sont sur pied.

Ï92

LE DIABLE
(les

— Dans
jeune
le
fiile,

circonstances désespérées, une

l'immortelle Jeanne d'Arc, ranima
,

courage des guerriers français

releva notre

gloire ternie, nous sauva de l'esclavage
avait
fait

Elle

des prodiges

:

on

l'accusa d'être sorcière,
;

de commercer avec

les

démons

et ce fut sous

ce

prétexte ridicule que

la

Pucelle fut indignement

brûlée

,

à la honte de Charles

VII

et des

An-

glais (i).

— Les Templiers
adorateurs du Diable
,

furent exterminés

comme

avec qui
,

ils

commerçaient
deux cents ans de
amassé

secrètement

,

parce que
exista
,

dans

les

que leur ordre
lauriers
,

ils

s'étaient couverts
qu'ils avaient

et surtout

parce

de grandes richesses. Aussi eut-on bien soin de
confisquer leurs biens
traités

Combien d'autres furent
et la Pucelle

comme

les

Templiers

d'Or-

léans

!....

— Le Diable
ingénieux pour
sentent certains
II est

n'est

point, aux yeux des bons

montagnards de la Suisse , un ennemi malfaisant,
le

comme nous le repréhommes éclairés de l'Europe.
mal
,

même assez bonne

personne; et on

lui fait

( 1 )

Voyez l'Histoire de Jeanne-d'Arc
et l'Histoire

,

jjar

M. Lebrun
,

de Charmettes ;

de la Magie en France

par

M-

Jules Garinet.

PEINT PAR LUI-MÊME.

198

honneur de plusieurs chefs-d'œuvre qui e'tonnent l'esprit humain.
la

Après que l'on a suivi pendant quelque temps route suspendue qui parcourt la vallée de
,

Schellenen

on arrive

à cet oeuvre de Satan

,

que

l'on appelle le Pont-chi-Diable. Cette

con-

struction surprenante est

core que
jeté

moins merveilleuse enoù elle est placée. Le pont est entre deux montagnes élevées, au-dessus
le site
l'air

d'un torrent furieux, dont les eaux tombent par
cascades sur des rocs brisés, et remplissent

de leur fracas

et

de leur écume

(i).

— On ne doit
la

pourtant pas s'étonner excessivement de
diesse de cet édifice
le
:

har-

Denis

le

chartreux dit que
;

Diable

est

grand architecte

Milton ajoute

qu'il excelle à bâtir les

dit qu'il est

ponts (2) ; et l'abbé Fiard habile, plein de force et de génie, et
(3).

grand physicien

— L'Angleterre

et l'Ecosse étaient autrefois

séparées par une grande et fameuse muraille

dont quelques débris ont été jusqu'à ce jour respectés par le temps.
(i)

Le ciment en
Suisse
,

est si fort

,

et

Nouveau voyage en
,

d'Hélène Maria Williams

,

tome 1".
(

chap. 2.
sait

2

)

On

que Satan a bâti un pont

,

par lequel on com-

munique de
(3)

l'enfer à la terre.

{Paradis perdu).

La France
siècle.

trompe'e par les magiciens et de'monolâtres

du i8=.

i3

194
les pierres si

LE DIABLE
bien jointes, que
les

habilans lais;

sent au Diable l'honneur de cette construction
et

on ne

l'appelle pas

autrement que la muraille

du Diable. Nous ne

ferons point ici l'ennuyeuse noIl

menclature des ouvrages des démons.
suffit

nous

de prouver qu'on leur a attribué de grandes
qui ont dû leur mérite au Diable
est

choses et accordé de grands talens. Quant aux

hommes

,

le

nombre en

on n'a cité que quel; ques-uns des plus connus. Qu'on lise un trèset
:

immense

succulent et très-docte ouvrage de notre temps
les

Précurseurs de Vantéchrist
les Superstitions et
,

;

qu'on s'endorme

encore avec
philosophes

Démonolâtrie des

imprimés chez Rusand , à Lyon ; on apprendra que tous les grands hommes du dernier siècle , tels que Voltaire , Diderot Holbach, et autres impies, n'étaient jpurement et simplement que des démons envoyés par l'enfer pour préparer la venue de l'antéchrist dont
etc.
,
, ,

Ceux qui ont hanté Voltaire ne se doutaient peut-être pas qu'ils commerçaient avec le Diable. Mais c'est comme cela; et maintenant encore , il y a en France bon nombre de démons, qui y font des choses que la décence et la morale empêchent de nommer.
l'heure est proche.

PEIJNT PAR LLI-.AIÈME.

195
A<\v»^v«-\\-««

CHAPITRE

XX.

DES AMOURS DES DÉMONS AVEC LES MORTELS.
Çuem non mille ferœ queni non Slhenelelus Non potuit Jiino vinccre l'incit amor.
,

hostis

Ovide.

Ln

monstre

,

que l'amour soumet
et fait tout

i son

empire

,

Sent amollir son cœur

pour

se'duire.
,

Ne nous

dites

donc pas qu'im démon
,

l'autre jour

Etrangla son amante

en

lui faisant sa cour.

Dans

la

mythologie ancienne,
les

les

dieux fré-

quentaient amoureusement

mortelles ; et quel-

ques héros furent admis
et souvent

à la

couche des déesses.
considère l'amour,

La mythologie moderne, qui

même

les plaisirs
,

conjugaux,

comme
les

des péchés damnables

a laissé aux
et les

démons

séductions amoureuses

aventures galantes

des anciens dieux.

Wierius et les autres démonomanes, qui voient dans Jupiter, dans Vulcain, dans Mercure, dans Apollon, et dans les autres divinités du paga-

nisme autant de compagnons de Satan disent fort sérieusement que Pan est et a toujours été ou qui couchent le prince des démons incubes les femmes; Lilith, le prince ou la prinavec
, ,
,

cesse des

démons succubes, ou

qui couchent avec

196
les

LE DIABLE

hommes
,

,

etc.

,

etc.

Un homme

de bon sens
,

admettra

avec une pieuse soumission

que

les

démons se sont bien sûrement montrés parmi les hommes. Mais il se figurera difficilement l'accouplement d'un esprit avec un être corporel car on sait que quand le Diable prend un corps ce corps est toujours composé d'air et de fumée,
; ,

qui s'évanouit ordinaireme?it au premier signe de
croix.

tantes

Nous ne rapporterons point les dégoûnous idées des démonomanes à ce sujet
;

ne dirons point que
sexe féminin
,

le

Diable prend d'abord

le

pour surprendre dans un

homme
les

ce qui peut féconder une
sert ensuite
,

femme

;

ei qu'il s'en

pour parvenir à

ses fins

avec

da-

mes, etc. Nous observerons seulement qu'on ne donne aucun sexe aux démons, et qu'ils peuvent
selon l'occasion
,

prendre celui qui leur

plait

quoique les sujets de Pan se présentent plus souvent aux femmes et que les démons soumis à
,

Lilith séduisent plus particulièrement les

hom-

mes. Voici donc quelques contes sur les aventures amoureuses des démons , avant d'en venir aux
histoires très-véridiques et très-merveilleuses.

— Dans un
la sainteté

certain monastère de filles,
,

on

remarquait une jeune religieuse aussi distinguée
par de sa vie, que par
le soin qu'elle

prenait de sa virginité.
tin

Comme

elle était belle
Il

démon en

devint amoureux.

se travestit

PEINT PAR LUI-MÊME.

197

donc en Jeune homme , pénétra tous les soirs dans la chambre de l'aimable vierge, et lui conta fleurette en galant qui sait son métier. Il lui donna de grands e'ioges , sur la pieuse constance
qu'elle avait
la sainteté

eue de rester vierge jusqu'alors

,

sur

angélique de sa vie, sur ses vertus, et

sur sa beauté plus qu'humaine.

La jeune

reli-

gieuse reçut avec

un

secret plaisir tous ces

com-

plimens

;

elle s'habitua à voir

l'amoureux sans
la fin les

en rien dire à

ses

sœurs

;

si

bien qu'à
:

actions succédèrent aux paroles

elle

céda aux

propositions de son amant infernal , et succomba

avec

lui.
,

Quelque temps après l'amoureux
tenu tout ce
font tous
,

ayant ob-

qu'il désirait

,

se retira

,

comme
que

ils

et

ne parut plus. La jeune religieuse
,

percée d'un

trait cruel

ne

sentit d'abord

la

perte de ses plaisirs; bientôt elle

réfléchit sur son

crime,

et se

mit

à pleurer sa virginité

perdue

Cependant

elle sentait

encore fréquemment de

violentes tentations charnelles, qui lui étaient le
repos. C'est pourquoi elle eut recours à la prière,
et se

décida à la pénitence
elle

la plus sévère.

Malheureusement
Sa
taille

était
:

devenue grosse.
elle sentit qu'elle

commença à s'arrondir
fit

portait dans son sein

un témoin innocent de son
si

crime. Elle

alors des prières

ferventes
,

,

elle

se frappa la poitrine avec tant

de repentir

que

igS
le ciel eut pitié

LE DIABLE
de
sa

douleur

:

le fruit

quelle

portait dans son sein s'évanouit

;

son ventre didouleur de
de mener

minua peu
un

à

peu

;

et elle n'eut pas la

perdre sa réputation, et de porter jusqu'au bout
fruit criminel. Elle avait lait
,

vœu

une vie austère
ciel
:

si elle

obtenait cette faveur

du

elle se

mit à jeûner au pain
la

et à l'eau.

Elle récita dès lors, trois fois par jour, les cent

cinquante psaumes de David,
ventre à terre,
la

première
,

fois

seconde

fois à

genoux

la troi-

sième debout sur

ses pieds. Enfin elle devint

une

autre Madeleine (i).

vu qu'une jeune religieuse fut possédée du Diable , pour avoir mangé une laitue sans dire son benedicite. 11 est probable que ce
a déjà

— On

mot est terrible aux démons. Une nonne était si véhémentement
par
le

tracassée

Diable

,

qu'elle excitait la pilid

de toutes

les sœui^.

Ce n'était point de ces espiègleries qui ne font qu'exercer la foi et la patience, c'étaient des tourmens insupportables l'esprit immonde
:

se jetait

impudemment
la serrait

sur le

lit
,

de

la

pauvre

nonne

,

dans ses bras

et lui faisait

toutes sortes de violences.

On

avait inutilement

(0 Mathœi Tympii prœmia
ientiœ
,

virtut. Christian,

pœni-

28. post. Hist. S.

Annon. a Reginhardo. Sige-

burgensis

PEINT PAR LUI-MÊME.
consulte les experts
étaient sans effet
les signes
; ;

igc)

tous les remèdes spirituels
,

et les prières

les confessions

de croix ne dérangeaient pas
le

le

moins

du monde

démon
:

obstiné.

La

religieuse
,

s'adressa enfin à

un pieux personnage

qui lui

donna ce

conseil

— Quand
,

le

Diable voudra
,

s'approcher de vous
serez débarrassée
cette
,

dites le henedicite

vous
suivit

à
et

coup
dit

sûr.

La sœur
le

ordonnance
(i).

;

véritablement

Diable fut

obligé de reculer.

On

même

qu'il n'osa plus

y revenir
vivait au

— Un prêtre de Bonn
douzième
belle.
,

,

nommé
elle

Arnold
fille

,

qui

siècle, avait

une

extrêle

mement

11

veillait sur

avec

plus

grand soin
tait,

à cause des chanoines de

Bonn qui
chambre.

en étaient amoureux ;
il

et toutes les fois qu'il sor-»

l'enfermait seule dans

une

petite

Un

jour qu'elle était enfermée de la sorte, le
la

Diable Talla trouver sous

figure d'un

beau jeune

homme
fille,

,

et se

mit à

lui faire l'amour.
le

qui était dans l'âge où
,

La jeune cœur parle avec
,

force

se laissa

bientôt séduire

et

accorda à
Il

l'amoureux
constant
,

démon

tout ce qu'il désirait.
,

fut

contre l'ordinaire

et

désormais de venir passer toutes
belle amie.

les nuits
,

ne manqua pas avec sa
et

Enfin elle devint grosse

d'une

(i)

Cccsarii Ilcisterbach. miracul.

,

liv.

V.

cliap.

4^.

200

LE
si

DUBLE
lui fut

manière
larmes.

visible
;

,

que force
fit

de l'avouer
à
,

a son père

ce qu'elle
prêtre
,

en pleurant
afflige'

chaudes
n'eut pas

Le
à

attendri et

de peine

découvrir que sa

fille

avait

e'té

tromil

pée par un

démon
vite
,

incube. C'est pourquoi
l'autre coté

l'enca-

voya bien

de

du Rhin

,

pour

cher sa honte

et la soustraire

aux recherches de

l'amant infernal.

jeune
et,

fille

,

Le lendemain du départ de la le démon arriva à la maison du prêtre
;

quoiqu'un Diable doive tout savoir
il

et se trou-

ver partout en un instant,

fut

ne plus revoir

sa belle.

— Mauvais prêtre,
,

bien surpris de
dit-il

au père, pourquoi m'as-tu enlevé

ma femme?...

En

disant cela, il donna au prêtre un bon coup de poing dans l'estomac duquel coup de poing le prêtre mourut au bout de trois jours. On ne
sait

pas ce que devint le reste de cette histoire

édifiante (i).

— Un pieux personnage
qui devint par
la suite
,

,

nommé
dans

Viclorin

,

évêque de Pettaw, dans

le

duché de

Stirie (2)

s'étant retiré

le désert,

y

fut visité

par une belle dame.

Malheureuse-

ment

cette

dame

était

d'une grande lubricité.

Elle s'insinua avec tant d'adi-esse dans le
Cœsarii Heisterb. Miraciil.
du moins ce que

cœur de

(1)

,

)ib. III

,

cap. 8.

(2) C'est

dit S. Ji'rôine;
,

Mathieu Tyrapiu>

pve'tend qu'il fut e'vêque d'Amiterne

près d'Aquila

PEINT PAR LUI-MÊME.
Viçtorin
taire
,

201

qu'elle s'en

fit

aimer,

et

que

le soli-

succomba

à la tentation.
fit

fut commise,

Viçtorin

Après que la faute un retour sur lui-même
et alla

et accabla sa

complice des plus amers reproches.
,

Celle-ci se retira dès lors
leurs des

chercher

ail-

amans d'une conscience moins timorée.
aux séductions qui avaient

En

réfléchissant

précédé sa chute, Viçtorin reconnut bien vite
qu'il n'avait

pas eu affaire avec une

femme

,

et

qu'il venait de pécher avec le Diable... C'est pour-

quoi

,

désespéré d'avoir

commis
,

le
il

péché de forlia

nication avec un
ses

démon

déguisé,

fortement

deux mains ensemble

se décida à brouter

l'herbe, et à ne boire que de l'eau de fontaine.
Il

vécut pendant trois ans dans ces austérités;
,

après quoi
le

il

fut élevé à l'épiscopat
le

,

et souffrit
(i).

martyre sous Nerva

persécuteur
l'histoire

— Nicolas Rémi raconte
qui caressa une diablesse
le
fils
,

d'un paysan

laquelle diablesse tua
fait l'his-

de son amant. Hector de Boëce
,

toire d'une jeune Ecossaise

qui accoucha d'un

monstre épouvantable, grosse qu'elle était du fait du Diable. Delancre parle de plusieurs démons,
qui furent assez impolis pour tuer leurs bien-

aimées
(i)

,

en leur contant des

fleurettes à

coups de
pœni-

Mathœi Tjmpii prœmia
,

virtut.
,

Chris tin.

icnîiœ

,

l'j

post Euscbii

,

lib.

III

cap. 22.

202

LE DIABLE
la

poing. Cœsarius d'Heisterbach dit aussi

même

chose dans plusieurs endroits,

et

il

assure dans

son

in.'^

livre des Miracles illustres, qu'une jeune

fille,

engrossée par le Diable, enfanta bon

nombre

de petits vers, non par la voie naturelle , mais par la bouche, et par la partie destibée aux déjections

On
pas la

excrémen taies. sent bien que tous ces contes ne méritent moindre confiance. Les démons, quoique
,

déchus, sont toujours des anges
assez de bassesse

qui n'ont point

pour

faire

de vilaines choses.
apocriphes toutes
attribue à Satan

On
la

doit

donc

rejeter

comme

ces fables de monstres, dont

on

honteuse paternité.

On

doit refuser de croire

aussi à ces chroniques qui.

nous disent que
il

le

Diable étrangle

les

femmes dont
,

abuse, et qu'il

les caresse quelquefois sous des figures

de chat
,

,

de bouc pent
,

,

d'ours

,

d'âne
etc.

d'oie

,

de chien

de

ser-

de lévrier,
c'est

vantes,

Quant aux histoires suiautre chose; et on peut les croire,
ait

pour peu qu'on
des Bactriens

— Le fameux Zoroastre, prince
,

de

foi à

occuper.
et législateur

et
,

fondateur d'une des plus anétait
fils

ciennes religions

du Diable

et

de

la

femme de
la

INoé. Suidas prétend qu'il fut tué par
et

foudre

;

ceux qui

le

confondent avec

Cham

disent qu'il fut

emporté par son père, après avoir

vécu douze cents ans en grande réputation de

PEINT PAR LUI-MÊME.
sagesse.
Il

2o3
l'ac-

est vrai qu'il avait
si

eu le temps de
vie.
le

quérir pendant une

— Celui qui éleva
,

longue

la ville

de Rome,
,

fameux

Romulus était enfant du Diable selon la plupart des démonomanes. Après qu'il eut bien établi son empire, un jour qu'il faisait la revue de son armée, il fut enlevé dans un tourbillon, à la vue de la multitude (i) et Bodin observe que
;

le Diable, à qui

il

devait le jour, l'emportait dans
(2).

un

— INuma Pompilius, successeur de Romulus,
également enfant du Diable
,
,

autre

royaume

fut

selon quelquesles

uns

et

grand magicien selon tous

démono-

manes.
les

Comme

il

est naturel à
,

chacun d'aimer

vie

INuma entretint toute sa un commerce amoureux avec un démon femelle, que les anciens nomment Egérie. Denys
gens de son pays
d'Haï icarnasse, qui s'entendait assez bien à recueillir les découvertes des

bonnes femmes,
les Diables.
la famille.

dit

que

Numa

évoquait habilement
qu'il était

Ce

qui est probable, vu

de

— Tanaquil
une belle
Dcnvs
,

avait

femme de ïarquin- l'Ancien , esclave, qui se nommait Ocrisia.
,

Vulcain en devint amoureux
(i)
fî'Halicarnas'^e
,

,

selon les anciens,
,

Tite-Live

Pliilarque

,

in

Ro-

mulo
(9.)

etc.
,

Bodin

Be'monoraaiiic

,

liv. III

,

chap. i", et dans la

j)réf;iC€.

2o4
et l'engrossa. Elle

LE DIABLE
accoucha d'un
et qui fut roi
fils,

qui se nomma

ServiusTullius

,

des Romains.

Le

Loyer,

et d'autres écrivains aussi judicieux, pré-

tendent théologiquement que l'amant d'Ocrisla
venait de l'enfer, et que Servius était fds du
Diable. Les cabalistes soutiennent de leur côté, que ce prince fut (ils d'un salamandre et les in,
;

crédules de notre malheureux siècle diront sans

doute
je

qu'il était fils
le

dnn homme. Quant
Diable
,

à

moi
la

penche pour

par égard pour

vertu d'Ocrisia.

— L'empereur
,

Auguste

était aussi enfant
,

du
qui

Diable. Delancre assure
aurait vu la chose

même

en

homme

ou qui

la tient

de bonne part,
fa-

que

le

démon, avec

qui la

mère d'Auguste
de

briqua un grand

homme, imprima
et

sa griffe
,

un

petit serpent sur le ventre
sceller

de cette dame

pour

son oeuvre,
la

empêcher tout autre
la

d'y mettre
l'enfant.

main

,

avant

naissance de

— On
Diable.

dit

encore que Simon-le-Magicien
,

,

le

premier des hérétiques

et le plus habile

homme
du

à voler sans ailes en plein air, était enfant

Comme il
,

n'y a là-dessus aucune autorité

admissible

— Luther
comme

lious n'en dirons rien.
était
lîls

de Satan par
,

la

génération

dit Georges l'apôtre

et tousses sectateurs
;

sont enfans du Diable par adoption

ce qu'il faut

PEINT PAR-LUI-MÊME.
bien distinguer.

2o5

En

attendant que les reformes

mort de une troupe de démons en deuil vint chercher le fils du roi de l'enfer, habilles en corbeaux et en oiseaux noirs. Ils assistèrent invisiveuillent accepter ce père adoptii", à la

l^uther

blementaux

funérailles, et Thyr.Tus ajoute qu'ils
le

emportèrent ensuite

défunt loin de ce

monde,

il

— Le grand prophète Merlin
,

ne devait que passer.

,

qui prédit avec
su depuis
, ,

tant de sagacité

comme on

l'a

les

orageuses destinées de l'Angleterre

et

qui eut

l'avantage de prophétiser le lendemain de sa nais-

sance

,

était

fils

d'une religieuse et d'un

démoa
,

incube. Merlin
les

fît

danser des montagnes
,

servit

amours d'Uterpen Dragon
et

et

opéra une foule

de merveilles. Galfridus
qu'il fut

quelques autres disent
,

emporté par

le

Diable

quand

il

n'eut

plus que faire ici-bas.

— Apollonius de Thyane, qui
et qui

ressuscitait les
,

morts
était

comprenait
fils

le

chant des oiseaux
Il

pareillement
,

du Diable.

délivrait les

possédés

d'autant plus facilement qu'il était pa,

rent des possesseurs
11 fut

et qu'il n'avait qu'à parler.
,

enlevé par son père

quand

il

eut

fait

son

temps en ce monde. Les comtes de Clèves descendaient du Diable, en ligne directe, du côté paternel. La

maison de Lusignan descend

aussi

de

la

fameuse

\

2o6

LE DIABLE
,

jMelusine (i)

que

les

théologiens reconnaissent

pour un démon femelle.
nomenclature
,

— On

voit

,

par cette

que
si

les

œuvres amoureuses du

Diable ne sont pas

mauvaises.

Boguet et d'autres dcmonomanes, grandement
sensés
,

disent encore que les enfans

du Diable

sont

difficiles à

nourrir, et ne vivent que sept

ans. Les exemples que nous venons de rapporter démentent assez cette ridicule opinion , pour qu'il ne soit pas besoin de la combattre.

(i)

Voyez son

histoire

dans

le

Dictionnaire

infernal.

M. S,

-Albin a rapporté, dans ses Contes noirs, les
,

Croyances
,

des bonnes femmes du Poitou sur cette fée

ou

Nymphe

ou

Démon

femelle

,

ou Sylphide

,

etc.

PEINT PAR LUI-MÊME.

207

CHAPITRE

XXI.

LE DIABLE PRIS PAR LE NEZ.

CONTE BLEU.

Leniler ex merito quidquiâ patiare ferendum est.

Quœ uenit
La

indigné

pœna dolenda

i^enit.

Ovide.
peine doit toujours se mesurer au crime
l'assassin doit
;
:

La mort de

venger

sa

victime
le

j

Punissez justement

mais trompez

trompeur

,

Et qu'un tour de laquais vous donne moins d'aigreur.

Saint Dunstan

,

las
,

de
se
,

la cour, et
fît

dégoûté du
Il

métier de courtisan
par

moine.

s'enferma

dans une petite cellule
la

pénitence , et se

pour mortifier son corps décida à passer le reste de
,

ses jours

dans

la prière

les

austérités

et

les

larmes.

La

sainteté de sa vie attira vers lui plu;

sieurs personnes disposées à se convertir

il

leur

donna de bons
salut ,

conseils, et les

mit dans

la

voie

du

en

les

enfermant dans des monastères , où

l'on apprenait à mépriser le
ses

monde ,
assez

avec toutes

pompes

et toutes ses vanités.

Dunstan coulait une vie
retraite, partageant
le travail

douce dans sa

son temps entre l'oraison et

des mains. Ses occupations favorites
,

étaient la peinture

la sculpture et l'orfèvrerie.

?.o8

LE DIABLE
il

Tantôt

représentait sur la toile les traits angé;

liques des vierges saintes (i)

tantôt

il

façonnait

en plâtre des

figures

de

fantaisie. 11 s'était fait

aussi des soufflets,

un fourneau;

et

il

s'amusait à
qu'il

forger de petites statues en or ou en argent,

achevait ensuite avec le burin.

Tous

ces petits
le saint

travaux tuaient le temps

,

et

empêchaient

homme

de s'ennuyer.
instruit

Le Diable,

de ces choses, eut envie

de jouer un tour à Dunstan. C'est pourquoi, tout en se curant les dents et en rognant ses ongles, il avisa aux moyens qu'il devait mettre en usage
pour duper
t-il
fil

le saint orfèvre.

Son

esprit lui fournit
s'écria-

bientôt ce qu'il cherchait.

— Bon homme,
la
le

en riant

,

je te

prépare de

besogne

et

du

à retordre.

En achevant ces mots,
humaine , se présenta où travaillait Dunstan
,

Diable prit une figure

à la lucarne de la cellule
et le pria
,

de

lui faire

quelque ouvrage de forge

que

l'histoire

ne dé-

signe pas. Dunstan alluma aussitôt ses fourneaux,
et

mit ses tenailles au

feu.

Pendant

qu'il soufflait

son charbon
,

,

le

Diable

prit diverses autres formes

et vint lui

demander
ne sa-

une multitude de choses
tellement dans la

,

qui s'embrouillèrent
saint, qu'il

mémoire du

(

I

)

Inconciibarum signa bella divarum.

TEINT PAR LUI-MÊME.

lo^

Tait plus par où commencer, r^epeiulant tous

ces ouvrages qu'on venait de lui coniaïasickr pressaient extraordinairement
;

il

les fallait

dans

la

journée

,

et

il

était

impossible de les faire en

un mois.

Le

Diable

,

en s'adressant tant de
,

fois à la lu-

carne de Dunstan
choses, en
le désir
1

en

lui

commandant
si

tant de

interrompant
le

souvent, n'avait que
;

de

mettre un peu en colère

après

quoi

,

il

se serait retiré content;
,

mais

il

n'eut pas

cette satisfaction

car

on

dit

que Dunstan con-

serva toujours le plus grand flegme.

Après plusieurs autres métamorphoses
Diable parut à
lard édenté
,

,

le

la

lucarne sous les
,

traits

d'un vieilpetits

ridé
,

encapuchonné , avec de
et

yeux rouges
infatigable.

une grande bouche ,

une langue
Sa barbe

La

couleur de son nez était celle
le feu.
Il

d'une écrevisse qui a passé par
était

blanche
,

comme

la laine.

s'appuyait sur
le

un bâton
oreilles
,

et portait

une bosse sur
le saint
,

dos.

Il

imses

portuna long-temps
et

en toussant à

en

lui

contant des gaudrioles et de
Enfin
,

vieilles niaiseries.

il

se retira

en

lui

don-

nant de l'ouvrage. o

Un

instant après

,

nouveau déguisement
la

:

le

Diable revient sous

forme d'un beau jeune
,

homme

;

il

disait des

douceurs

avait

une

jolie

i4

2to

LE DIABLE
bril-

bouche, mais un peu lascive, des yeux
lans,

mais un peu fripons,

les

cheveux Lien
;

frisés, les oreilles parées
c'était
la

de bijoux
11

en un mot,

un second
;

Paris.
,

apportait encore de
le

besogne

mais

voyant que Dunstan
,

re-

gardait de

travers (i)
,

qu'il

tirait

vigoureuse-

ment ses soufflets
s'éloigna.

et qu'il chauffait toujours ses

tenailles sans rien

répondre,

le

jeune

homme

Dunstan commençait à soupçonner quelque
supercherie, et à croire que la

même tête pouvait
qu'il

bien

s'être coiffée

de tous

les

bonnets

venait

de voir. Or,

le

Diable est seul capable d'opérer

toutes ces métamorphoses.
s'aperçut
et se

Le

saint orfèvre
le

donc

qu'il avait affaire

avec

Diable

promit bien d'attraper

l'ours sous la

peau

de contrebande

qu'il avait prise.

En
jeune

ce

moment il

vit entrer belle.

dans sa cellule une
Sa démarche
était

fille

extrêmement
neige

dégagée. Elle montrait à découvert une gorge

blanche

comme

la

,

dont

l'éclat était

encore

relevé par deux boutons de rose.

Un

peigne de

grand prix retenait
posés.

ses

cheveux galamment dis,

Le Diable
,

avait pris cette belle figure

ces

lèvres fraîches

ces yeux séducteurs,

pour

éveiller

(i)

Dunstanus oculo

contueliir obliqua.

PEIiNT

PAR LUl-MÈMl-.

ait

au moins dans

le

cœur de Duaîan une flamme
était

amoureuse.

Mais Dunstan

préparé à bien soutenir routes

l'attaque. Ses tenailles étaient brûlantes et

comme

le
,

le feu

;

il

les saisit
;

d'un tour de

main

,

s'élance sur l'ennemi
il

et,

malgré toute
la

sa

beaupaP

prend impitoyablement
Diable

jeune

fille

nez

Le

,

se sentant brûlé et serré d'un poi,

gnet vigoureux

pousse un grand cri
,

,

cherche à

battre en retraite

mais en vain

:

aucune force
tirer des te-

humaine ou diabolique ne peut
nailles de

le

Dunstan.

11

reprend sa figure infernale,
,

appelle tous les Diables à son secours

agite ses

cornes

,

frappe
,

l'air

de sa queue

,

de
,

ses

poings

,

de

ses cris

et se

met

sur les dents

sans avoir

rien fait qui vaille. Cependant Dunstan-, qui le
tient sous sa

main,

le fustige

impitoyablement,
Enfin

en poussant de pieux éclats de rire (i)
le

malheureux

capitule.

On

lui

permet de rega-

gner
la

ses pénates.... 11 fuit

couvert de honte, avec

désolante idée qu'il va se voir en butte aux

brocards des autres

démons

(2).

(i) (2)

Pio risu vinctumjlngellans.
Angelini Gazœi pia hilaria^ ex viui SU. Dunslani

cap. 8.

2ia

LE DIABLE
conte, par

Le père Angelin de Gaza termine ce
cette apostrophe
:

Triomphez

,

brave Dunstan

!

Vous avez
Triomphez

pris le nez
,

du Diable
I

:

brave Dunstan

Honneur durable

A

volrc talent

1...

PEINT PAR LUI-MÊME

2i3

%»%«W%««^«%«%%^«i%V« »««f»«%»\««%%i%%«l «^«««««««/Vl^X^t^^V %^v%%v

CHAPITRE

XXII.

DES DÉMONS QUI ONT CITÉ L'ÉCRITURE SAINTE, ETC.
P'irtutem dôctrina paret
,

nalura ne donet,

Ovide.

La

sagesse adoucit
sait le

un naturel brutal
fait

:

Celui qui

bien ne

pas toujours mal.

Plusieurs démons ont
tures
,

cité les saintes écriles prières

et

quelques-uns ont récité

de

l'église.

Nous rapporterons peu de

ces histoires,

pour ne pas tomber dans des
traient impies aux dévots.

détails qui paraî-

On

verra

du moins

que

le

Diable connaît les bonnes choses, contre

l'avis

des théologiens, qui l'accusent de ne savoir

que

le

— Lorsque
le
,

mal

saint
, ,

Bernard prêchait
fille

la croisade
fît

dans

Brabant
virginité

une jeune

de INivelIe

vœu de
figure.

et se rendit aussi

remarquable
de sa

par sa vertu

qu'elle l'était par la beauté
,

Le Diable

la

trouvant à son gré, en de-

vint amoureux.
les traits

Il

se présenta

devant elle, sous
fait et

d'un jeune
j

homme

bien

galam-

ment

vêtu

il

lui fit

avec esprit une déclaration

2i4

LE DIABLE
lui

d'amour,

donna des bijoux précieux
Jes plaisirs

,

et loua

adroitement

de

la

fécondité

,

en rava-

lant la triste inutilité

des vierges.

C

étaient ses

expressions.

La jeune fille
cours
,

reçut les présens, écouta les dis,

et

répondit que

malgré tout
(i)
et

,

elle

ne

voulait pas se marier, parce quelle préférait

un

amour divin à un amour charnel Le Diable ne se rebuta point
,

mit tout en

œuvre pour séduire
sée de se rendre
,

la

jeune

fille.

Celle-ci, presle

voulut avant tout connaître
:

bel

amoureux

,

et lui dit

— Mon bon
,

seigneur,

dites-moi d'abord qui vous êtes , d'où vous venez
et

pourquoi vous avez un
avec

si

grand désir de

copii-

ler

moi

(2) ?

Le démon

forcé de répondre

fut assez franc

pour ne pas dissimuler son

nom

;

et, quoiqu'il dût après cela s'attendre à

un mau-

vais accueil
le

,

il

confessa ingénument qu'il était

Diable

La jeune

vierge, plus surprise qu'effrayée
:

,

ré-

pliqua aussitôt

— Mais,

si

tu es

un

esprit,
,

pourles

quoi recherches-tu des plaisirs charnels
esprits

ne peuvent goûter?

— Ne t'occupe point

que

(1)

Chris ti omori niiptias

carnales jwsipono et cou-

lenino.
(2)

Bone Domine

,

quis veî undè

esliv,

qj/od

latito

niihi

desiderio copulari affectatis ?

PEINT PAR LUI-MÊME.
de ces subtilités, reprit
le

5i5

dëmoii; consens seu?

lement à ce que
repondit la jeune
Et au

je te
fille

demande

— Non pas
.

de Nivelle, en se ravisant.

même

instant, elle mit le dënion en fuite
;

par un signe de croix
fesse

puis elle s'en alla à con-

Le dëmon ne l'abandonna
suivit

pas pour cela.

Il la

comme
et,
il

auparavant
il

,

mais à une distance
parla plus que de
l'ai-

plus respectueuse;
loin
;

ne

lui

voyant enfin qu'elle ne voulait pas
lui
fît

mer,
s'en

quelques tours d'espiègle

,

pour

amuser au moins de quelque manière. Par
,

exemple
dans son

il

mit souvent des choses indécentes
;

assiette

il

répandait des vases de nuit
les

et des pots pleins

d'immondices sur
;

personnes

qui venaient

la

voir

il

révélait les péchés les plus

cachés des assistans et tout cela, sans être vu que
;

de son amante
gner
le

,

dont

il

ne cherchait plus à gaqu'il passa

cœur ; de façon

bientôt pour

un démon redoutable.

Un

jour qu'il était avec sa maîtresse dans une
,

certaine maison

quelqu'un
Il

lui

demanda

s'il

sa-

vait V Oraison dominicale.
le pria

répondit qu'oui.
fit

On
:

de

la réciter.
,

Il

le

de cette sorte
les

i<

Notre père

qui êtes dans

cieux, que

» votre

nom

soit glorifié,
;

» faite sur la terre

que votre volonté soit donnez-nous aujourd'hui

2i6
»

LE DIABLE
et

notre pain de cliaqiic jour,

délivrez-nous

dit

»

mal

(i). »

On le pria ensuite de
^élique
;

réciter la Scilutalioii

an-

il

re'pondit qu'il la

savait , aussi-bien que
la dire.

le Patei\

mais

qu'il

ne pouvait
il

On
?
Il

lui

demanda
en

alors pourquoi
le feu

était

enroué

ré-

pliqua que

qui

le brûlait

intérieurement

était la cause.

Iva

jeune

fille

de Nivelle remarqua encore que,
,

toutes les fois qu'il lui apparaissait

son

démon

ne se montrait que par-devant. Elle voulut savoir pourquoi il se tenait toujours dans les coins , pourquoi il ne sortait qu'à reculons, et pourquoi
il

semblait

si

fort

redouter de laisser voir son
je n'ai

derrière.

— Parce que
,

point de postérieur,

répondit-il
lorsqu'ils

et

que tous ceux de
la

prennent

forme d'un

mon espèce homme sont
. ,

obligés de se contenter d'un corps parfait par-

devant, mais sans dos

,

ni fesses, ni épaules.

Tout cela était surprenant; mais ses révélations n'étaient pas moins singulières. Un homme du
voisinage
,

qui avait

et qui n'osait aller voir ce

commis de grands péchés démon de peur qu'il
,

,

ne découvrît

ses turpitudes

,

se confessa à

\\\\

d) Pater nos ter
nabis hodiè

^

qui es in cœlis y nomen luwn
,

Jiot

voluntas tua in terra
,

pahem nostrum

quotidianuin da

sed libéra nos à malo...^.

PEINT PAR LLU-MÊME.
par
la confession
la

217

prêtre, dans l'espoir d'imposer silence au Diable
;

mais

il

s'approcha du tribunal

de

pénitence

,

sans avoir renoncé dans son

cœur
ami,
si

à ses habitudes vicieuses

parut devant le

démon
,

:

— Ah

;

aussi
!

,

dès qu'il
,

c'est toi

notre
t'es

lui cria l'esprit

malin, viens cà
je vais

Tu

bien confessé

que

répéter tout ce que
le

tu as dit
la

Il le fit,

comme il
,

promettait, à
,

grande confusion de ce pauvre

homme

qui

fît

un vrai retour sur lui-même se confessa d'un cœur contrit, et revint immédiatement trouver
le

Diable, pour en obtenir sa justification.

— Voici

votre


si

ami qui revient , Où est-il , demanda
à qui vous

dit quelqu'un h l'esprit.
le

démon ?

C'est cet

homme,

honteuses. — Cet

venez de reprocher des choses homme? Je ne l'ai jamais

connu, et je n'ai point de reproches à lui faire Ainsi on crut que le démon avait menti d'abord; et la confession sincère de cet liomme lui attira une belle réparation d'honneur. Dans la maison où ceci se passa, il y avait une dame qui , comme on dit tenait sa fîlle sous ses
,

ailes

,

veillaiit à la

garde de sa virginité

,

et la

réservant à

un époux déjà choisi.

— Ne
fille
,

te

donne

pas tant de peine à veiller sur ta

lui dit le

Diable, car elle n'est plus vierge. Demande-le à
Pétronille.
(

Cette Pétronille était une vieille

duègne, qui avait favorisé certaines amours s€-

2i8

.

LE DIABLE
fille

crêtes de la jeune fille.) I.a

poussa sa

,

qui eut

le

mère iiidi^iice rebon esprit d'aller de

suite à confesse, et de revenir aussitôt ol^llger le

dëmon
lin
,

à se rétracter. Effectivement, l'esprit
,

ma;

la

voyant purifiée

n'osa plus en dire de

mal

et,

comme on

lui rappelait la faute
,

dont
:

il

l'avait
n'ai

accusée préce'demmenl

il

répondit
fiile
;

— Je

rien h reprocher à cette jeune

elle est

pu-

dlqae

et chaste, et je n'en puis dire

que du bien...
et

C'est ainsi qu'elle dut à la confession l'avantage

de ne point passer pour fornicatrice
trer dans les

,

de ren-

bonnes grâces de
de Nivelle
(i).

sa

mère. C'est

aussi tout ce qu'on sait
la jeune vierge

du démon qui fréquenta

— Un pauvre homme parut devant
de Dieu
,

le tribunal

chargé d'un grand nombre de pèches

qu'il n'avait pas dits à confesse. Satan arriva bien-

tôt et dit

:

J'ai

des droits sur cet

se hâte de

me

l'adjuger.
?

— Quels sont

homme;

qu'on
,

ces droits

demanda-t-on

H y

a trente ans qu'il s'est

donné temps

à
il

moi, répondit le Diable; et depuis ce m'a toujours servi avec constance

de défense
pliquer.

Dieu permit alors au pécheur d'exposer ses moyens mais le pécheur n'eut rien à ré;

(i)

Cœsorit Heisterbach
().

,

lib.

IIL Miiacul. de confcis.

en p.

PEINT PAR LUI-MÊME.

019
fait

Le
vaises

Diable dit alors
,

:

Si cet

homme a
fait

quelque bonne œuvre
,

il

en a tant

de mau-

qu'il est

impossible de contester un in-

stant sur

mes

réclamations... Et le pécheur garda

encore

le silence.
,

Mais

le

Seigneur, considérant
le

son trouble
vite
,

et

ne voulant pas

condamner

si

lui

accorda un
,

délai de huit jours pour pré-

parer sa défense

et

comparaître alors en juge-

ment définitif (i). Le pauvre homme se retira tout triste. Il contra dans son chemin une dame qui lui

rendit
:

,

Rassure-toi

,

je

me charge de plaider vertement

ta cause à la

prochaine séance.
?

demanda-t-il
plus loin
,

— Je

— Qui êtes-vous
Un
,

suis la Vér'iLé.

peu
bien

il

rencontra une autre
la

dame
,

qui lui
le

promit de seconder

première

et

de

défendre contre Satan. Cette
qu'elle était la Justice.

dame

lui apprit

Le pécheur,
par la Vérité
rance
il
,

qui s'attendait à être
,

condamné
;

et la Justice
il

reprit quelque espéet

quand

se vit sûr

de leur protection
il

attendit le huitième jour. Alors
,

comparut de
fit

nouveau devant son juge
posé de ses droits.

et le

démon

l'ex-

La

f^érité

prouva , dans son

(i)

Dominus, nolens contra eum cùd prqferre sententiam,
,

eidem lerminwn concessit ocio dierum
se compareret
,

iil

octai>d

,

corani

et

de lus omnibus ratiortem reddeiçî....

a.-.o

LE DIABLE
mort du Sauveur
,

discours, que la

avait brisé le

pouvoir du Diable

et

qu'une

âme

chrétienne
:

devait entrer au ciel.

La

Justice ajouta


,

Si

l'accusé a servi le Diable

pendant trente ans, on

doit l'excuser sur ce qu'il le faisait malgré lui.
L'esprit malin s'était

nous savons
coupable de
tien
,

qu'il n'obéissait

ce mauvais maître
s'être

emparé de son corps et qu'en murmurant à C'est donc Satan qui est
son esclave
fait

posté dans le corps d'un chréî

et d'en avoir fait

On

n'est res-

ponsable que de ce qu'on

Le Diable
<\m

s'écria

:

librement.

Il

avait son

ange gardien, de

lui conseillait

de bien

faire. C'était a lui

suivre les bons conseils,
tentions.

s'il

avait de
:

bonnes inrépète
cet

Vous savez

qu'il est écrit
;

Chacun sera
,

jugé

selon ses œuvres (i) a fait tant de
il

et

,

je le

homme

mal

,

qu'on ne se rappelle

pas quel bien

a

pu

faire....

Personne ne

se pré-

du Diable. Alors le Seigneur dit Qu'on apporte une balance, et qu'on pèse les bonnes et les mauvaises actions de cet homme. L'ordre du souvesenta pour réfuter cette objection
:

rain juge s'exécuta à l'instant.
Justice dirent au pécheur
d'espoir que dans la
:

Vous n'avez plus mère de miséricorde, qui est
cLap. 5. Apocalypse,

La

Vérité et la

(0
«liap.

St.

Paul,

c[)it.

II, aux Corinth.

,

22.

PEINT PAR LUI-MÊME.
assise auprès

221

de Dieu. Invoquez

la

de tout votre

cœur

;

elle

viendra à votre secours.

Le pauvre
;

homme

Ht sincèrement ce qu'on

lui conseillait

et la sainte Vierge mit sa

balance, où étaient
actions.
,

main sur le bassin de la en petit nombre les bonnes

Le Diable voyant qu'on le trompait , se cramponna au bassin des péchés et chercha à
,

l'entraîner par tout le poids de son corps.
la

Mais

main de Marie

fut

plus forte que toute la per-

sonne du Diable. Elle sauva ce pauvre pécheur, et Satan fut obligé de se retirer les mains vides ( ).
i

— Le Diable rencontra un jour
Comme
ils

saint Bernard.
,

se connaissaient passablement

ils

lièrent convei-sation et firent

un bout de chemin
divei's sujets
,

ensemble. Après avoir jasé sur
qui avaient une vertu
tant tous les jours
>dis,
,

le

Diable se vanta de savoir septvenetsdes psaumes^
si

salutaire

,

qu'en

les réci-

on

était sûr d'aller

en para-

sans se mettre en peine de le mériter au-

trement.
Saint Bernard
,

séduit par les heureux effets

que promettait

cette recette, fut curieux

de conDiable
,

naître les sept versets sanctifians.

Le

qu'on accuse de chercher sans relâche à damner
les

hommes

,

voulait pourtant bien sauver saint

(1)

Legendn,

opiis aureitm,

Juc de

Voragiiie

,

aucLum

à

Claud. à Rotd. Lcg. 114.

2?'^

LK DIABLE
;

Bernard

mais

il

exigeait

un

petit salaire

;

et

comme Ihomme
ner,
le

de Dieu prétendait ne rien don-

Diable s'obstinait à garder sa recette.

Malheureusement Bernard en que lui. Je l'attraperai bien

savait plus long
,

lui

dit-il

;

car

je réciterai

tous les jours le
les sept versets

psautier, et par

conséquent

Le Diable admi,

rant la finesse de saint Bernard

,

lui révéla alors

son secret, pour

lui éviter l'ennui

de réciter

les

cent cinquante psaumes tous les jours de sa
vie (i).

On

rapportera ces versets

,

pour ceux qui sesont
ici

raient curieux d'en profiter.

Ils

au nombre

de huit

,

parce que saint Bernard a voulu ajouter

le sien à

ceux du Diable

;

mais

,

en ces sortes de

choses, un petit supplément ne gâte rien.
(i)

apocryphes

Erasme Eloge de la Jolie ( après quelques le'gendes comme elles le sont toutes ). Folies des dévots.
,
;

— Dans une
assuré

éditiou hollandaise de la folie d'Erasme
,

,

on ad-

mire une caricature d'HolLen
iiard avec le Dialile.
il

sur cette entrevue de S. Fîcr-

Le

saint est

vêtu en moine

;

son air est

tient le livre des
,

psaumes. Le Diable a de longues
,

cornes torses

des veux ronds
parties

un bec

d'aigle
,

,

uu corps
oiseau
,

composé de plusieurs

incohérentes
,

moitié

moitié animal, une queue retroussée

des jambes d'autruche,

avec

le
;

pied fourchu
il

j

ses bras sont grêles et
les
il

armés de longues

griffes

indique avec ses ergots
;

endroits du psautier, qui

mènent en paradis
maître d'école
,

en général

,

a la raine importante d'un

et tout l'air

d'un bon

homme.

PEÎNT PAR LUI-MÊME.
OcTO Versus Sancti BERNArvOi
Illumina oculos meos
in
,

o.j:^

(i).

ne unquam ohdormiam
:

morte

;

ne quando dicat inimicus meus

prœ-

valui adversiLs eiun. (Psalm. 12).

In mcinus tuas, Domine

meum
(

:

redemisti

me

,

commendo spiritum Domine Deus veritatis.
,

Psalm. 5o).
:

Locutus sum in lingud meâ notumfac mihi, Domine fmem meum. (Psalm. 38).
,

Et numerum. dierum meorum
4ciam quid

quis est ?

Ut

desit mihi. (Psalm. 58).
in

Fac mecum signum
adjuvisti

bonum

,

ut vidennt qui

oderunt me et confundantur; quoniam tu. Domine

me,

et consolatus es
,

me, (Psalm.

ii5).

Diripisti ,

Domine

vincula
et

mea

:

tihi sacriji-

cabo hostiam lundis ,

nomen Domini invocabo.
non
est qui requirat ani"

(Psalm.

1

15).

Periit fuga à

me ;
te

et

mam

meam. (Psalm. i40,

— Clamavi ad
Comme
conscience
,

Domine ; dixi

:

Tu esspes
de cas de

mea, portio mea in terra viventium. (Psalm. 14 1)*

on ne veut point élever
et

ici

que bien certainement plusieurs
sed ignare, versus sancli Bc.r-

(1) Dicli alirpiotifs

^

nardini.

fe^

LE DIABLE

personnes seront tentées de gagner le ciel par la recette du Diable, on ajoutera que, malgré l'autorité des légendaires
,

ces sortes de prières ont

été

condamnées,

et

ceux qui en font usage ex-

comiîiuniés par plusieurs conciles (i)
Les personnes qui liront cet ouvrage
,

(

I )

le

mettront peutaccahle main,

être dans le

nombre des compilations dont on
;

tenant

le piiLIic
,

et

bien des gens penseront que
,

pour faire

ce livre
certain

il

n'a fallu que cheicher

traduire et rassembler

un
,

nombre d'anecdotes
dans ce volume
, ,

choisies. Outre

que

les

contes

recueillis

sont dissc'raincs rarement dans les
les

auteurs eccle'siastiques

parce que

théologiens ont mis un
,

soin extrême à toujours mal parler du Diable
été forcé de lire

outre qu'on a
;

une multitude de
celle
la

livres insipides
,

plusieurs

anecdotes

,

comme

qu'on Tient de voir

ont coulé plus

de peine
11 a fallu

à l'auteur

que

composition de cent pages imaginées.
,

pour celle-ci consulter Érasme
le trait entier.

et plusieurs légendes,
,

afin

d'avoir

Après cela

on a

été obligé

de

chercher ailleurs

les versets
,

du Diable

,

qui sont la partie pi,

quante de l'anecdote

et

que

les légendaires

ni leurs copistes

ne rapportent

point.

On
,

a trouvé ces huit versets,

dans un reles versets

cueil d'oraisons latines

imprimé par Planlin. Mais
,

étaient enchaînés l'un à l'autre

sans indication. à l'autre
,
,

II

a

donc

fallu

encore parcourir
indiquer
le

le psautier

d'un bout
verset

pour pouvoir
qu'on ne
fait

psaume de chaque
la

et s'assurer

trompait point
cette note

confiance du lecteur. L'auteur n'a point

pour donner du prix à son ouvrage', mais pour

se

consoler un peu d'un travail extrêmement pénible.

PEhNï PAU LUI-MKML:.
%\%«\«rfcWk\W\V««V^%\%/«,%%V\«>%%%«\V%«V«%%«-%%ll\VW«%.\\ll,«V%.%'Vb%«\'%%\%%f
.

225

CHAPITRE
LE MAGICIEN AMOUREUX.

XXIII.

— CONTE NOIR.
ad hanc rem

IVihil istac opits est arte

Fide

et tacilurnitate

ÏÉRENCE.

Ne

cliercliez

dans ceci ni sens, ni concordance
et croyez

,

Lecteur, admirez tout,

en silence.

Il y avait à Antioche dans le troisième siècle une jeune vierge, nommée Justine, qui était fille d'un prêtre des faux dieux. Dans la maison voisine demeurait un diacre de l'église, qui forma
,

le

pieux dessein de convertir Justine. Tous

les

soirs

donc

le

diacre et la jeune
;

fille

se mettaient

à leur fenêtre

et là
,

,

à force d'entendre la lecture

du

saint Evangile

Justine se décida à embrasser

le christianisme.

Sa mère, l'ayant appris, courut au

lit

de son

changement qui s'opérait dans leur fille, et se coucha avec lui pour délibérer sur ce qu'il y avait à faire. Pendant que le
époux,
lui

annonça

le

prêtre des idoles dormait paisiblement avec sa

femme un
,

crucifix leur apparut,
,

plusieurs anges

et leur dit

:

— Venez à moi
cieux.,,,,.

environné de
,

vous donnerai

le

royaume des

I^es

i5

-ii6

LE DIABLE
,

époux

seveillant alors

,

recurent

le

baptême

aussi-bien

que leur

fille.

Cependant Justine

était

molestée depuis quel-

que temps par un certain Cyprien, magicien insigne, qu'il est important de faire connaître. Ce
jeune
sa

homme
;

avait été consacré au Diable, dans
,

septième année
il

par ses parens qui étaient

idolâtres

avait été élevé dans la connaissance
la

intime des secrets de

magie

,

et

il

opérait

une

foule de prodiges par les forces toutes-puissantes

de

cet art infernal.
les

On
,

lavait vu plusieurs fois
,

changer

dames en jumens

et faire

une foule

de miracles pareils
tiges.

par ses charmes et ses presbien

La beauté de Justine l'enflamma comme
,

d'autres
la

,

magie, qui
prompte.
,

du plus ardent amour. lui promettait une jouissance sûre
Il

eut recours à

et

Un démon
Me

fut

évoqué.

— Que me
,

veux-tu

dit l'habitant

du sombre royaume
voici prêt
à

en

paraissant aussitôt?

te servir.

— J'aime une jeune vierge d'Antioche, répondit
Cyprien
en sorte
;

ne peux-tu pas

me

l'amener, et faire

qu'elle s'abandonne à
j'ai

— On prétend que
démon
,

mon amour ?
les

perdu

hommes,
je n'ai
fille

ré-

pliqua le

et

que rien ne m'est impossible
:

quand

il

s'agit de nuire

néanmoins
si

pas
à te

assez de pouvoir, pour obliger

une jeune

donner des marques d'amour,

tu n'en es pas

PEINT PAR LUI-MÊME.
aimé
la

227

(i).

Prends toutefois celte liqueur, répandsla

autour de

maison de Justine;

j'y

pénétrerai

pendant
la

la nuit, et je ferai tous

mes

efforts

pour

rendre amoureuse.

La

nuit suivante

,

le

démon

entra dans la

chambre de Justine et s'efforça d'allumer dans son cœur l'amour libidineux. La jeune fille sen,
,

tant dans son intérieur des

mouvemens impurs
,

soupçonna

la

présence de l'ennemi
la croix.

et signa tout

son corps du signe de
rassé prit la fuite; et

Le démon
:

ter-

Cyprien

lui dit
fille

— Pourje

quoi reviens-tu sans la jeune

posséder?

démon

;

et

mes forces.

— Elle a un signe, répondit ce signe redoutable m'a ôté toutes — Va-t'en répliqua magicien
fait
,

que

veux

le

le

,

et

envoie-moi un démon plus puissant que

toi.
:

Le second démon
sais ce

parut aussitôt, et dit
;

— Je

que tu demandes

c'est

presque une chose

impossible. J'essaierai cependant de te satisfaire.

Je cours trouver Justine
impurs...

,

et la

remplir de désirs

Le démon

entra en

même

temps auprès
bien vite
,

du lit pour corrompre son
le

de Justine, et employa toute son adresse
coeur.

Mais

elle

fît

signe de

la croix

,

et souffla sur le

démon

qui

s'enfuit tout
(i)

honteux.

Ces propres paroles du Diable démentent un peu ce
dit

qu'on
u:i

de certains philtres

,

qui font airarr à l'extravagance

objet naturclieracut haï.

228

LE DIABLE
!

— Eh bien
mer
donc
,

lui dit

tu fait de Justine?

— Je

l'amoureux Cyprien qu as,

suis
,

vaincu
je

,

répondit

le

dëmon. Un signe

terrible

que

crains de

nom-

ma forcé
aussi
,

à battre en retraite.
;

— Va-t'en

dit

Cyprien

tu n'es qu'un bélitre....

En achevant ces mots, il évoqua le prince des démons lui-rnème. Que me veux-tu dit-il en

paraissant?

Me
,

voici prêt à t'obéir.
est

,

11

faut

convenir que votre pouvoir
pliqua Cyprien

bien mince, réfille

puisqu'une jeune

vaincre
instans
,

si

facilement!....

peut vous

Attends quelques
;

interrompit le roi de l'enfer

je vais

moi-même
les

attaquer celle que tu veux séduire.
la fièvre et
;

Je troublerai ses esprits par
ardeurs d'un

par toutes

amour

frénétique
;

je la séduirai

par des illusions et des songes
tous ses sens une

j'allumerai dans
,

flamme impudique
et le

et je te

l'amènerai au milieu de la nuit.

Le

Diable prit alors la figure
11

corps d'une

jeune fille.

alla
,

trouver Justine, et

lui dit:

— Je
,

viens à vous
réputation
;

ma

sœur, attirée par votre bonne
,

je

veux

pendant quelques jours
,

profiter de vos saints avis

et

garder

comme vous
je

ma
ma

virginité

Cependant (ajouta un instant
,

après la fausse vierge)

dites-moi

,

vous prie,
,

sœur, quelle sera notre récompense

pour
la

avoir constamment résisté aux tentations de
chair?

— Je ne puis pas vous

le

dire précisément.

PEINT PAR LUI-MÊME.
,

229

répondit Justine; tout ce que je sais c'est que la récompense sera bien au-dessus des peines que Mais, reprit le Diable que pennous aurons.


,

,

sez-vous de ce
et multipliez
f

commandement de Dieu
afin

:

Croissez

de peupler la

terre (i) 7

Je crains bien

ma bonne
, ,

amie, qu'en gardant
ne nous punisse
lieu

notre virginité

nous ne devenions rebelles au
et qu'il

commandement de Dieu

un jour de notre désobéissance, au
récompenser d'une conduite
prouvée

de nous

qu'il n'a

point ap-

Tout en

parlant de la sorte, le Diable agissait
,

invisiblement. Justine réfléchissait
naître dans son
la

et sentait

âme

les plus violentes

ardeurs de

concupiscence ;

qu'elle se leva

elle en était si fort tourmentée pour sortir. Mais, revenant bientôt elle

en elle-même,

pensa qu'elle pouvait bien

être encore en face

du Diable.
la

Elle s'arma en

conséquence du signe de

croix, et souffla sur

l'ange de ténèbres , qu'elle avait pris d'abord pour

une jeune
Mais
le

fille.

La

fausse vierge s'évanouit à l'in-

stant, et la tentation se dissipa.

prince des

démons ne

se tint pas

pour

vaincu. Tandis que Justine était couchée sur son
lit, il

rentra sous la figure d'un beau jeune homme,

( 1 )

Crescite
,

et

multiplicamini

,

et replète

icrram^

Gènes.

chap.

i.

23«

LE DIABLE
lit

se jeta effrontément sur le

de

la

courageuse

vierge, et s'eflbrça de l'embrasser.
signe de croix

Un
ne

nouveau
se retira

le força à disparaître. Il
;

pourtant pas encore

et

,

avec la permission de

Dieu,
la

il

accabla Justine de maladies, et répandit
11 fit

mortalité dans toute la ville d'Antioche.

prédire en

même

temps, par

les

possédés, que

cette mortalité ne cesserait

que quand Justine

consentirait au mariage. C'est pourquoi

on voyait
suppliant
le

tous les jours une multitude de malades expirans
se traîner à la porte de Justine
,

en

la

de prendre un époux

et

de sauver

peuple

d'Antioche. Mais Justine ne voulut Jamais y consentir, et la mortalité continua ses ravages

penle

dant sept ans. Alors

,

comme

la ville était sur le
,

point d'être entièrement dépeuplée
vierge opiniâtre, Justine pria pour
la fin

et

que

restedes liabitans d'Antioche menaçait de tuer la
le

peuple (à
et

de

la

septième année

)

et la peste cessa (i).

Le Diable, voyant
qu'il

qu'il

ne gagnait rien,
,

ne pouvait séduire Justine résolut de ternir
Il

au moins sa réputation.
cette
fille,

prit

donc

la figure

de

et se

présenta à Cyprien, avec des re-

gards amoureux.

Le magicien

,

persuadé qu'il
ex hoc

CO Sed cUm Justina
litalis

niiUatenits consentiret ; et

niortem eidem omnes minarentur , septimo anno moria,

ipsa pro eis oravit
,

,

et

omnem pestilentiam prO"

pulsavit

etc.

PEINT PAR LUI-MÊME.
voyait celle
qu'il

23t
la

aimait, s'écria

:

— Soyez

bien venue, charmante Justine

Mais à ce

nom,

le

Diable,

comme

s'il

eût été frappé de la

foudre, s'évanouit en fumée.

Cyprien stupéfait ne perdit pas pour cela son amour. Il se déguisa tantôt en jeune lîlle, tantôt en petit oiseau , et alla faire sa cour lui-même

pendant plusieurs jours
heureux que

;

mais

il

ne

fut pas plus

le Diable. Cette faiblesse

de

la puis;

sance infernale contre les chrétiens l'étonna
il

renonça à
embrassa
si

la

magie

et

au commerce de
,

l'enfer.

Il

le christianisme
,

et

mena une coneu pour

duite

exemplaire

qu'il

devint par la suite
qu'il avait

évêque d'Antioche. L'amour
Il

Justine se changea en estime et en amitié pures.
établit
;

un couvent de
et
il

filles

,

dont Justine

fut
(i).

abbesse

put dès lors la voir sans crime

(

i)

Legenda^ opus aureum, Jacob i de T^oragine , edilio
?

Claudii à Rotd. Rothomagi , i544

legenda

iZ"].

232

LE DIAIiLE

CHAPITRE
DIABLES.

XXIV.

CONTRE CEUX QUI NE VEULE.NT PAS CROIRE AUX

—HISTOIRE

ÉDIFIAISTE.

(i)

IVon laudan

lus
,

al q

li

plus cradil

...

Qui audiunl

audita dicunt

Plalte.

Le Diable

existe.


?

Soit.

Il

a

daigné paraître.
,

— Qui

l'a

pu voir
,

— Un moine
,

une
j'ai

vieille

,

uft

bon prêtre

,

Un vieux gars un pécheur — A ces autorités faut-il nous

dont

perdu

le

nom.

rendre

?....

Kon.

Un

soldat allemand

,

nommé Henri

,

ne vou-

lait p."S

croire qu'il

y eût des démons,

et traitait

de contes
qu'on
lui

frivoles toutes les aventures infernales

donnait pour de véritables histoires.
prêcha tant là-dessus
; ,

Mais on
clerc

le

qu'il s'éleva des

doutes dans son esprit
,

il

alla

trouver un gi'and

nommé

Philippe
,

,

qui passait pour un

habile nécromancien
Je Diable.

et le pria

de

lui faire

voir

Philippe lui répondit que

les

démons

étaient

horribles à voir, qu'on ne les approchait pas sans

danger, et

qu'il était rare et diflicile

de se

tirer

(i)

Ex

Coisarii Heisla'b. de

Dxmonib.

,

cap. it

PEINT PAU LUI-MÊMF.
d'avec eux les bragues nettes.

23-,

Le

soldat ne se re;

buta point

,

et

fit

de nouvelles instances

c'est

pourquoi

le

nécromancien

prit jour avec lui

pour

obliger le Diable à paraître.

Un
traça

jour donc

,

vers l'heure de midi, Philippe

conduisit le soldat à

un carrefour
:

éloigné. Là,
fit

il

un
,

cercle sur la terre
et lui dit

homme
rez
,

,

y

entrer son

Si vous mettez le pied

hors de ce cercle, avant

mon retour,

vous mourde vous

parce que le Diable aura

le droit

emporter. Ayez soin aussi de ne

lui rien

donner
pro-

de ce
reste allez

qu'il

vous demandera

,

de ne

lui rien

mettre,
,

et de ne prendre aucun engagement. Anne vous effrayez point de tout ce que vous voir ; car le Diable n'a aucun pouvoir sur
si

vous

,

vous suivez mes ordonnances.

En

disant ces
;

mots

,

le

nécromancien Philippe
resta

s'éloigna

et le soldat

Henri

dans

le cercle

seul, et assis
la

par terre, pour ne pas tomber, quand

frayeur viendrait.

Un moment après,
et
,

il

se vit
,

entouré de torrens

de fleuves débordés

qui

campagne mais qui s'arrêtèrent au bord du cercle magique et se retirèrent immédiatement. Ensuite Henri entendit les grognemens d'une multitude de pourceaux, les sifïleinondèrent
la
, ,

mens de
de
la

tous les vents déchaînés
,

,

les

éclats

foudre

et plusieurs autres bruits |M-odi-

gicux, entremêlés dapparitiou? de fantômes et de

iH

LT'.

DIABLE
averti en vaut

spectres, que Teiifer envoyait au soldat curieux

pour lepouvaiiter. Mais un bon
deux; Henri ne
s'effraya point, et

considéra avi-

dement

tout ce qui se passait sous ses yeux.

A
tome

la suite
,

des phénomènes préliminaires,

il

aperçut
,

dans un bois voisin, un horrible fanles plus

beaucoup plus haut que
,

grands

arbres

qui venait au carrefour à pas de géant.
il

Comme
le soldat

était

nègre,

et

vêtu d'un habit noir,
le

reconnut aisément
prépara

Diable en per-

sonne,

et se

à soutenir
,

son aspect. Dès

qu'il fut

devant

le cercle

le

Diable

demanda

à

Henri ce

qu'il voulait.

HENRI.

Je souhaitais de montrer.

le voir, et tu

fais

bien de

te

LE DIABl.K.

Eh

!

pourquoi voulais-tu
HENRI.

me

voir ?

Parce que

j'ai

souvent entendu parler de

toi.

LE DIABLE.
Qvie t'en a-t-on dit ?

HENRI.
Uiî peu de bien et beaucoup de mal.

LE DIABLE.

Les hommes

me

jugent et

me condamnent

PEINT PAR LUI-MÊME.
sans
tort
;

235

me
et

connaître; je n'ai jamais

fait le

moindre

même je me suis
ici
,

rarement venge du mal

que
qui

me
t'a

font la plupart des

hommes. Philippe
;

amené
s'il

me
:

connaît assez bien

de-

mande-lui

a à se plaindre de
il

moi

;

je fais tout

ce qui peut lui plaire

est vrai qu'il n'en est
c'est

point ingrat

;

mais enfin ,
ici.

encore

à sa

prière

que

je suis

venu

HENRI.

étais-tu

quand

il t'a

appelé ?

LE DIABLE.
J'étais

à quelques journées

d'ici

;

et je

me

suis

hâté de faire la course , dans l'espoir d'une petite

récompense; car toute peine mérite
HENRI.

salaire.

Que

veux-tu que je te donne ?

LE DIABLE.

Donne-moi ton manteau,
HEiMU.

et je serai conlent.

Mon
Alors

manteau?

j'en ai besoin.

LE DIABLE.
,

donne-moi

ta ceinture ?

HE.\RI.

Je suis trop habitué a
saisir.

la

porter, pour m'en des-

236

LE DIABLE
LE DIABLE,

Eh bien

î

donne-moi une
HE^RI.

brel)is ?

le troupeau faire un vide.
Enfin
,

est

complet
LE DIABLE.

:

je

ne veux pas y

tu ne

me

refuseras pas le coq de ton

poulailler ?

HENRI.

Eh

!

que feras-tu de

mon

coq

?

LE DIABLE.
Je m'amuserai
à

entendre ses chants.
HENRI.

Mais
le

,

si je

te le

donnais

,

comment

saurais-tu

prendre

?

LE DIABLE.
Sois tranquille

— Je ne
faire

,

donne-le-moi seulement.
,

le

donnerai rien
réponse

répondit Henri
il

;

et

après cette incivile

,

eut fimpudence
,

de

au Diable de nouvelles quesfioiis

aux-

quelles celui-ci eut l'inconcevable bonté de ré-

pondre, avec
lui

sa

douceur ordinaire.
,

— Dis-moi

demanda

le soldat

d'où

te

vient la science

universelle que tu possèdes ?

LE DIABLE.
Je
n'ai

point

la

science universelle

;

je sais

un

PEINT PAR LUI-MÊME.
peu
fait

-37

le passé, et

particulièrement
t'en

le

mal qui
,

s'est

dans

le

monde. Pour
,

convaincre

je te

vais dire la ville

l'année et le jour

tu as

perdu

ta virginité; je te rappellerai

pareillement toutes

les fautes

que

tu as

commises.
bien parole
,
,

Le

Diable tint

si

que Henri en

fut tout

honteux. Mais ensuite

voulant encore

demander sa récompense , le fantôme étendit une grande main noire. Henri s'imagina qu'il allait avoir le cou tordu , tomba de peur à la renverse, et appela Philippe à son secours. Le nécromancien accourut
,

et pria le

Diable de se retirer.

Le

donc chez lui sans mésaventure ; mais, depuis ce qu'il avait vu il vécut saintement dans un monastère et n'osa plus dire qu'// nj a
soldat rentra
, ,

point de démons.

238

LE DIABLE

CHAPITRE XXV.
CONTRE CEUX QUI VOIENT LE DIABLE PARTOUT.
PIEUSE FACÉTIE,
Sed malus
(i)

inierpres

rerum

,

metus....

Claudien.
D'un démon qui nous hait
les
,

contes effrayans

Troublent bien des cerveaux

parmi

les

bonnes gens
;

:

Un buisson Un homme

,

dans

la nuit

,

est
j

un spectre effroyable
est

est

un fantôme

une femme

un

Diable....

Uis' prédicateur,

faisant

en chaire

1

éloge de

sainte Marguerite

,

racontait aux assistans

com-

ment le Diable prit un
d'un horrible dragon

jour la figure e'pouvantable
,

comment

il

se présenta

sous ce déguisement hideux à sainte Marguerite

comment il ouvrit une gueule énorme pour l'avaler, comment la sainte brava la colère de la bête tortue comment elle lui sauta sur le ventre et comment elle vainquit Satan, avec le signe de la
,
,

croix (2).
(i)

Ex R.
Ope

P. Angelino
hist.
,

Gazœo

,

inler

pia hilaria

;

et

Pétri Rausani
(2)

lib. III.

sncro-sanctce Tesserœ
,

et

fidei

manu. Eu
Mais

lisaut
le

d'abord ope Tesserœ
Diable
,

je pensais

que

la sainte avait

gagné

eu jouaut aux des ou

aux. doiniuos.

le reste

de

PEINT PAR LUI-MÊME.

P.39

Un Lombard
du sermon,
pour
la

écoutait avidement cette partie
et les oreilles toutes

bouche

grandes

ouvertes. C'était
les petites

un jeune

homme
,

plein de piété

choses, et grand amateur de mi-

racles.

Malheureusement
il

avec d'aussi bonnes

dispositions,
d'esprit
,

n'avait pas le plus petit grain

pas la plus petite miette de

Si pourtant («disait-il

bon sens(i). en lui-même) , si ce

gibier de potence (2)
se montrait là
voir,
il
,

,

qui est le chef aux enfers
,

devant moi

comme

il

s'est fait

y

a long-temps, à sainte Marguerite!

comme
j'aurais

je l'étrillerais

de bon cœur
,

!....

comme

du

plaisir à l'éreintec....

à lui rogner la

queue

!...

comme

je lui frotterais les oreilles!....

En causant de la sorte
vers

à part lui

,

et
il

en dressant
s'achemina

son plan d'attaque à tout besoin

,

un grand pré, où il se mit à genoux derrière une haie , et fît une ardente prière à Dieu aux
,

anges

et à tous les saints

du paradis

,

les

conju-

rant de lui octroyer la satisfaction de se battre
la

un

phrase

me

l'a

fait

mieux comprendre

,

et

je

l'ai

traduite

comme

j'ai

pu. Le texte que je rapporte suppléera à

mou

inexactitude.
(i) Salis

una mica deerat ac priidenliœ.
; les

(2) Furcifer

dictionnaires traduisent

petidard , vau-

rien^ gibier de potence.
celui qui porte lafourche.

L'auteur a peut-être voulu dire

:/4o

LE DIABLE
le

peu avec

Diable

,

et

de prouver,

à

bons coups en orai-

de poing,
II

qu'il

ne

le craignait pas.

y
,

avait plus d'une heure quil était

son

lorsqu'une vieille

femme
et

arriva à l'autre

bout du pré, tenant d'une main une faucille, de
l'autre

un

lien

de paille

,

venant scier une botte

de foin pour
décrépite
,

ses vaches. Elle était
la tête le

extrêmement

et branlait

sans relâche.

La

couleur de son visage tenait

milieu entre

l'oli-

vâtre et le jaune. Ses yeux étaient éraillés. Ses

joues ressemblaient à des mosaïques
étaient ridées.
Il

,

tant elles

ne

lui restait plus
,

qu'une dent,

mais longue d'un bon pouce
lieu

et sortant

du miet

de sa bouche

,

comme une
carpe

défense de san,

glier (i). Elle était sourde de naissance

de

plus

,

muette

comme une
;

,

ce qui est en-

core plus
faire

triste

de façon qu'elle ne pouvait se
et des

entendre que par des gestes

grimaces.

Elle avait encore l'habitude de ne se point pei-

gner
la

et

de

laisser flotter ses crins

au vent. Enfin,

dureté de sa peau ne pouvant s'amollir que

sous des griffes; elle laissait croître ses ongles à

volonté , pour pouvoir se gratter en temps et lieu

comme

font les docteurs chinois.
,

Cette espèce de monstre femelle avançait

à

(i) Ici

,

la
,

métaphore du texte

est

un peu trop Lardie

;

ceu

probosis

comme une trompe d'éléphant....!

PEIlNT PAR LUI-MÊME.
pas irré^uliers
,

241

vers le jeune

homme

en prières

ne

s

annonçant que par une

vieille

toux bien en-

racinée (car elle avait toujours dans le corps bonne

provision de catarrhes, et toussait d'autant mieux
qu'elle

ne s'entendait pas).
la

L'entendre,

considérer, se lever brusque,

ment
le

,

croire qu'il est exaucé
le

qu'on

lui

envoie

Diable pour

combattre

,

tous ces sentimens

se confondirent dans la tête

du Lombard.

Il

s'avança intrépidement contre la vieille.

— Ap-

proche,

lui cria-t-il

,

je t'attends

de pied ferme....

Ange renégat, tes finesses sont cousues de fil blanc. Va malgré ta vieille peau je te re. . .

,

,

connais sous
griffes

le

masque

;

et je vois

bien à tes
n'aies

que tu

es le lion d'enfer,

quoique tu

qu'une queue de paille et une faucille en place

de fourche.

En disant
lui

ces
,

mois,

il

crache dans

la

main qui
,

démange
air plus

ferme

les

poings

,

agite les bras

abaisse son

bonnet sur
brave
,

ses

yeux, pour se donner

un

la vieille qu'il

marche tête baissée contre prend pour le Diable. La pauvre
et
.

muette recule en poussant des sons inarticulés.

.

Mais

effrayée de la

mine guerrière du champion,
de toutes ses forces, et agite peur à son
tour.... L'in-

elle glapit (i) bientôt

sa faucille

pour
,

lui faire

(1)

Gannire

more vidpium

242

LL iJlABLt
rennemi
qu'il vient
,

trépide jouvenceau désarme

de

se fabriquer, le saisit par les crins

l'abat sur

le sol, et
Il

pousse des clameurs de triomphe.

n'en

assomme pas moins
en hurlant
elle
,

la vieille

de coups

qu'elle reçoit

et l'accable d'injures

qu'heureusement
coquin,
lui dit-il,

n'entend point.

— Vieux
,

fourbe qui nous damnes quand

nous n'y songeons pas, fripon ténébreux nous connaissons à présent
de moi
,

nous

et tu te

souviendras

La
et
,

vieille

cependant se défend avec

ses ongles,

donne au Lombard de vigoureux coups de dent tout en criant pour appeler du secours.
Enfin
,

des paysans surviennent

;

ils

arrachent

la

pauvre

femme

,

à
,

demi-morte
le

,

au jouvenceau
,

toujours frappant
et le

garottent de liens solides
lieu.
11

conduisent au juge du
à mourir,
11

allait se

voir

condamné

quand un

faiseur

de mi-

racles parut.

prit pitié

de l'imbécile Lombard
la vieille.

et obtint sa grâce

en guérissant
le

On

se

contenta donc de renvoyer
;

coupable après une

bonne correction et on l'engagea à y regarder à deux fois, quand désormais il se croirait en face du Diable.

PEINT PAR LUI-MÊME.

243

CHAPITRE
LA FAUSSE PRINCESSE.
A

XXVÏ.

MÉLODRAME
(i).

METTRE

EN SCÈNE

ACTE PREMIER.
Un
pieux ëvêque avait une grande dévotion
,

au bienheureux saint André de réprouver, et
Il

et

menait une vie

exemplaire dans son diocèse. Le Diable eut envie
il

le

fît

assez adroitement.

prit la
,

figure d'une

belle

se rendit au palais

à lui faire la confession
fit

femme extrêmement et demanda de ses fautes. Le prélat
de 1 evêque ,
il

répondre à

la

dame
les

qu'elle pouvait s'adresser

à son vicaire, entre

mains de qui
de
lier et

avait reles

mis toute
péchés.

sa puissance
la

de délier

Mais

dame

réplique qu'elle ne veut

absolument révéler

les secrets
,

de sa conscience

qu'à révêque en personne

et qu'elle a ses raisons

pour

cela.

Le dame

prélat fut obligé de se rendre
fut

,

et la belle

introduite dans l'oratoire épiscopal.

(1) C'est le

Diable qui joue

le rôle
.

du
le

traîlrc.

La scène

se passe

dans

la

maison de l'évêque

Diable s'introduit,

244

Lt^

DIABLE
,

« Seigneur, dit-elle
,

en s'avançant avec une
daignez
fille

» modestie séduisante

me

recevoir en

» commisération. Je suis
» gré la délicatesse de

d'un roi; et, malje suis

mon tempérament,

» venue à pied jusqu'ici, sous un habit de pélc» rine.
»

»

un souverain puissant qui m'a promise en mariage à un grand prince. Mais, comme je ne puis plus consentir à des
père
est
j'ai

Mon

» unions charnelles (i) depuis que
»

consacré

a
»

ma virginité à mon père que
que de

Jésus- Christ
le lit

,

j'ai

répondu à

conjugal ne m'inspirait

l'horreur.
;

On

ne

fit

point attention à

»
))

mes

refus

il

fallait

bientôt

me
,

rendre h

la

cruelle volonté de

mon

père

et

prendre un

))

époux, ou

me préparera subir divers supplices
pourquoi
je pris

h inouïs. C'est
» fuite,

secrètement

la

aimant mieux plaire à Jésus-Christ que
et je

» de m'engager sous le joug du mariage. J'en-

» tendis bientôt parler de votre sainteté »

,

me

réfugie sous votre protection
,

,

dans l'espoir

» d'y trouver le repos

d'y vivre dans la
les

dévo-

» tion

,

et d'attendre

en paix

douceurs du

» ciel, loin des orages de ce monde. »

Le

prélat

;

ravi de trouver, dans la
,

dame

in-

connue , tant de noblesse et de beauté avec une piété si fervente et une éloquence si persuasive
(i)

Nunqiiùm possem

in carnalein

copulam

conscntire.

PEINT PAR LUI-MÈMl':.
lui

^5
ici
,

repondit d'une voix bénigne
lille
,

:

— Vivez
si

ma

dans

la se'curité et l'espérance.

Celui
courr.-

pour l'amour de qui vous avez méprisé

geusement votre famille , vos biens
et

et les vanités

mondaines, vous donnera sesgràcesen ce monde
vous fera partager sa gloire dans
,

l'autre.

Pour

moi

qui ne suis que son serviteur, je vous offre

tout ce

que

je

puis

,

et tout ce

que

je

possède*
,

Choisissez ici le logement qui vous plaira

et

venez dîner avec moi.

La dame répliqua
arrangement
,

:

— Seigneur,

si

l'on sait cet
;

on pourra en médire
seuls à table

et je

ne

— Nous ne serons point
l'évêque, car
et je
j'ai

voudrais point gâter votre sainte réputation.
,

répondit
;

aujourd'hui plusieurs convives

ne pense pas que nous ayons à craindre

les

soupçons.

ACTE SECOND.
En
de
disant ces mots
,

l'évêque conduisit sa pro,

tégée dans la salle du festin
lui.

et

il

la

plaça en face
d'atta-

Pendant tout

le

repas,
,

il

ne cessa

cher ses regards sur elle

et

de contempler sa
les

beauté ravissante

,

de façon que

yeux charmés

n'eurent pas de peine à séduire le cœur.

Le
il

dé-

mon

déguisé s'en aperçut
,

;

il

lança

,

avec une
;

feinte modestie

des œillades perfides

em-

ploya intérieurement tout son art à relever en-

246

LE DIABLE

core
il

les charmes de la figure qu'il avait prise; et enflamma son hôte tVun amour si violent, que

le prélat

ne souhaitait plus qu'une occasion favo-

rable pour s'abandonner à ses désirs impurs et
illicites.

ACTE TROISIÈME.
Peu de temps après , au moment
chancelante de l'evêque était sur
cipice,
le

oh. la

vertu
pre'-

bord du

un étranger vint frapper à sa porte , en demandant à grands cris qu'on lui ouvrit. On ne
répondit point d'abord
,

lui

;

mais

comme

il

con-

tinuait de frapper
l'on

en faisant tant de bruit que

ne pouvait plus s'entendre, l'evêque demanda

à la

dame

qui était enfermée avec lui

recevoir cet étranger?

— Proposons-lui
;

,

s'il fallait

une

vine

énigme, répondit la fausse princesse s'il la de, nous le laisserons entrer ; si elle l'embarrasse, vous le chasserez comme un ignorant qui
n'est pas

digne de paraître en votre présence.

L'avis fut trouvé sage; et

on demanda à

l'étranles

ger quel était

le

plus admirable de
,

tous

ouvrages de Dieu

en fait de petites choses ?
c'était la diversité et la
;

L'étranger répondit que

beauté des figures humaines
sur la terre

puisque

,

de tant

d'hommes qui ont vécu, qui vivent
,

et qui vivront

il

est

impossible d'en trouver deux

dont

les visages soient

parfaitement

les

mêmes

PEINT PAR
€11

Ll^I-MÊl'E.
,

247
petit espace

tout point
la figure

;

et

que
,

dans un

si

que

humaine

on trouve plus de meradmirée. Mais

veilles

que

l'on n'en

peut compter.

La réponse
plus
difficile
:

était juste, et fut

— Quel — plus haute que
le ciell

avant d'ouvrir, on proposa une seconde question
est le lieu oîi la terre est

C'est, répondit l'étran-

ger, le ciel empirée,
Christ.
et

réside le corps de Jésusest

Car ce corps divin

de sang

comme
de

le

ait lu l'histoire

la

composé de chair pour peu qu'on ; création du monde on sait
nôtre
et
,

que toute notre substance
détrempée.

n'est

qu'un peu de terre
trouvée bonne

Cette seconde réponse fut

comme
manda
,

la

première. Néanmoins, on voulut en-

core proposer une troisième énigme, et on detoujours par le conseil de la belle
il

dame

,

— L'évèque que
moi
,

quelle distance

j

a entre
il

la terre et le ciel ?

je

venais voir le sait mieux que
;

pu mesurer cet espace , puisqu'il vient de tomber du ciel dans l'abime. Qu'il sache donc que ce n'est ni une fertime , ni une princesse qu'il a reçue dans son palais mais un démon déguisé. L'évèque épouvanté jeta les yeux sur s£f pénirépliqua
1

étranger

a

,

,

tente, qui disparut à l'instant;

il

reconnut avec
,

horreur

la faute qu'il avait

commise
si

et

voulut

voir l'étranger qui avait frappé

long-temps à

24S
sa porte
;

LE DIABLE
mais on ne
,

le

trouva plus. Alors

il fît

jeûner son peuple
bliques (i)
,

et

ordonna des prières pule ciel

dans l'espoir que

daignerait

lui faire connaître l'inconnu qui l'avait

sauvé du
,

précipice.

En

etlét

,

il

apprit

la

nuit suivante

par une révélation d'en -haut, que l'étranger mystérieux était saint

André

,

en qui

il

avait tant de

dévotion
ingrat
,

(2).

On

pense bien

qu'il

ne

fut

point
1

et qu'il brûla bien des cierges

en

hon-

neur de son protecteur.
C'est ainsi

que

la vertu
,

triompha encore des
le

vains efforts

du vice

et

que

démon n'eut qu'un

pied de nez pour ses belles dépenses d'esprit et

de

finesse.

(i)

Populuni

convocavit..,. prcecepit
,

que

iil

omnes je-'

juniis et orationibus insistèrent
(2)
S.

etc.

Légende Dore'e de Jacobus de ^orogine. Vie de

André, Lég. 2.

PEINT PAR LUI-MÊME.
»\*t*»*v***^»vt\%*»%"»*****^*^*»**'***^** *%%%*»**** V%'V»**%*\«-'»*%.*

249
'»%**'*'»******»**•

CHAPITRE

XXVII.

QUATRE HISTOIRES ÉDIFIANTES.
r.

LES PRESTIGES.

Un

hérétique allemand, voulant attirer dans
lui

son parti un bon frère prêcheur,

promit de
,

le

mener au
de

ciel

quand

il

en aurait Vierge

la fantaisie

et

lui faire voir la sainte

et les saints au-

tour de Jësus-Christ. Cette proposition était trop
séduisante pour que le frère prêcheur eût seule-

ment

la

pensée de

la refuser

:

les

deux compa-

gnons prennent

jour, et se préparent au voyage.

Mais comme
faire à

le frère
,

prêcheur savait
et

qu'il avait à

un hérétique

qu'on pouvait
il

le

tromper

par quelques prestiges,
lui

eut soin de porter sur

une hostie dans une

petite boite.
,

Le

jour désigné étant venu
le
fit

le frère alla trou-

ver son conducteur, qui

grimper au sommet

d'une montagne très-élevée, et l'introduisit dans

un

palais éblouissant

,

lumineux , magnifique

et

tout couvert de pierreries. I^esdeux

compagnons

entrèrent dans une grande salle ; et y trouvèrent

25o
assis sur

LE DIABLE
un trône , un prince tout radieux
beau
,

cou-

ronné

d'ëtoiles et
,

comme le

jour.
et

Il

à coté de lui

une belle princesse,

y avait autour du

trône un foule d'officiers majestueux et pleins de
grâces.

L'hérétique s'inclina profondément

,

se

mit à

genoux

et adora.

Mais

le

frère

commença par
phyvoir

bien examiner
car
il

les visages

qui étaient devant lui

se piquait de connaître les gens à la

sionomie. Son conducteur, impatienté de
si

le

long -temps debout, se retourna vers lui:
lui dit-il à

— Mettez- vous donc à genoux,
voix ,
et
,

demi,

adorez

comme
,

il

faut Jésus-Christ
,

sa

mère

et tous ces saints-là

qui sont nos supéle frère....
,

rieurs.
il

— Un instant
:

répondit
,

Alors

fouilla

dans sa poche

tira sa boîte
,

prit son

hostie, et dit à la belle princesse

qui était au-

près du beau prince


,

Si vous êtes la
ills

mère
dans

de Dieu

,

voici

votre

que

je tiens

mes

doigts; adorez -le

et

puis je vous ado-

rerai ?......

A

peine eut-il prononcé ces paroles

,

que

le

palais, la salle, le trône, le roi^ la princesse, les
officiers, tout disparut, et les

deux compagnons
. .

se trouvèrent perdus
lis

dans une caverne obscure.

en sortirent après bien des peines ,

et Ihéré-

PEINT PAR LUI-MÊME.
Il

25i

tique rentra dans le sein de l'église orthodoxe (i).
faut

convenir que

les

Diables avaient mis

une grande adresse dans celte représentation (car on sent que cette mascarade était leur ouvrage) , et que de bien fins s'y seraient laissé tromper l
Mais
les frères

prêcheurs étaient dhabiles gens.
précaution de celui-là
,

— Quant à
que
dit
la

la

dont on

vient de lire l'aventure, elle nous apprend encore

méfiance

est

mère de

la sûreté

,

comme

La
IP.

Fontaine.

MORT DE

GUILLAUIME LE ROLX.
,

Guillaume-le-Roux
quérant
,

fils

de Guillaume-le-Condans
le

et roi d'Angleterre

onzième

siècle, était

un prince abominable. Figurez-vous
foi ni loi
,

un tyran sans
et tout-à-fait
l'église

athée
Il fit

,

blasphémateur
autant de mal à
fait,

démoralisé.

d'Angleterre que son père lui avait

de bien.

Dabord
afin

il

chassa l'évêque de Cantor-

béri, et ne voulut point que ce siège fù* rempli

de son vivant ,
dans
la

de profiter des grands revenus
il

qui y étaient attachés. Ensuite ,

laissa les prêtres

misère, et
,

condamna
annus i23i.

les

moines à
Motlicei

la der-

(i) Libri apiim


la

Tympii

premin
une
d'être

virtut.

,

pag. ia3.

Pic de

Mirandole racontf
;

liisloire

à

peu près semblable à
,

ccllc-là

mais au Heu

un moine

son héros est un prêtre séculier.

252
iiière pauvreté.

LE DIABLE
Enfin
,

il

entreprit des guerres

injustes et se

fît

ge'néralement détester.

Or de
fin.

pareils excès mènent toujours à

une mauvaise

Un

jour que GuilIaume-le-Roux était à la
i

chasse (en l'année
et la i3^.

loo, dans la 44"- de son âge
,

de son règne)

il

fut tué d'une flèche
qu'il

lancée par une main invisible; et, pendant
rendait le dernier soupir
nouailles
vit
, ,

le

comte de Cor-

qui

s'était

un peu

écarté de la chasse

un grand bouc noir et velu , qui emportait un homme nu , défiguré et percé d'un trait de part en part.... Le comte ne s'épouvanta point de ce
hideux spectacle.
lui
11

cria

au bouc de
,
:

s'arrêter, et
,

demanda qui il était allait ? Le bouc répondit
j)

qui
«

il

portait
le

il

Je suis
,

Diable

j'emporte Guillaume-le-Roux

et je vais le
,

» présenter »

au tribunal de Dieu
,

ou

il

sera

condamné

pour
»

sa tyrannie

,

à venir avec

» nous (i)

Voilà ce que rapportent plusieurs historiens
pieux.
Il est
,

vrai

que

,

selon d'autres

,

le

prince

Henri
C I )

frère

de Guillaume-le-Roux
virtutum.

et

son sucMathieu
,

Mathœi Tj-mpil prœmia
,

Ptiris
Tfiorl

Hi-toria major

,

tom. IL Cette aventure
,

et

la
,

du comte de Foulques
Diable,
y
laisser.

qui se trouvera plus

loin

auroicnt dû taire partie du cliapitre de ceux qui ont eu le

cou tordu par

le

etc.

;

mais puisqu'elles sont

ici

,

ou

Toudra

bii-n

les

PEINT PAR LUI-MÊME.
cesseur, aurait convoité le trône
;

253

et

que

conse'-

quemment
l'aventure

il

aurait fait tuer son frère par

un

ca-

valier de sa

maison ; qu'il aurait publié ensuite du bouc , pour pallier l'assassinat et qu'on l'aurait reçue dans le temps , à cause de la
;

crédulité qui était grande
portait

,

généralement au défunt. — On en croira

et

de

la

haine qu'où

ce qu'on voudra.

Comme Guillaume-le-Roux ne
,

valait pas grand'chose

nous ne nous en occupe-

rons pas davantage.

HP.

L'INTERROGATOIRE.

Tandis qu'on
corps du pape
jours,

faisait des miracles autour du Léon IX canonisé depuis peu de une femme de la Toscane, coupable de
,

certains péchés qu'on ne

nomme
,

pas, osa entrer

dans
qui

l'église

avec

la foule.

Aussitôt le Diable

s'était

posté dans son corps

par la bouche de cette

femme

:

—G
de

se

mit à
saint
si

crier,

Léon

!

pourquoi voulez-vous

me

resserrer
fait

étroite-

ment? Je ne vous

ai

jamais

tort

On

conduisit aussitôt la possédée auprès
;

du

corps saint
dirent au

et les
:

démon
donné

— Réponds

évéques qui se trouvaient là
,

maudit

ment

t'es-tu
t'a

logé dans le corps de cette
le

comfemme ?
;

et qui

pouvoir de tourmenter

les

chrétiens?....

254

LE DIABLE
répondit
:

Le démon

— Les miens
les
lois.

el

moi
,

nous sommes chargés de tenter
perdre leurs âmes, et de
qu'ils se

les chrétiens

de

obséder jusqu'à ce

soumettent à nos

Quand
et

ils

se ren-

dent

à

nos avis , nous les possédons ,
leur corps
,

nous nous

campons dans

comme

dans un gîte
per-

préparé pour nous; mais vous concevez que cela
se fait à petit bruit
,

de peur d'effrayer

les

sonnes timorées.

C'est très-bien
,

,

répartit

un

prêtre

;

mais

après cela

pourquoi faites-vous connaître votre

présence? Réponds, scélérat
pondit
:

du poste,
et la

Le démon réD'abord quand nous sommes maîtres nous y amenons l'indolence, la paresse
,

I

gourmandise

;

et

si

la

personne qui nous

loge passe son temps à dormir et à
choses vont bien
,

manger ,
si

les

et
,

nous sommes bien payés de
dans
la suite
,

nos prévôts. Mais

l'on

nous

mène à l'église parmi les bons catholiques, nous sommes forcés de nous en éloigner et nous tour,

mentons
sortir.

le

corps qui nous loge pour l'obligera

— Fort
;

bien

,

ajouta

maintenant de nous dire

un évêque ; je t'adjure si le pape Léon est
sorcier, s'écria le

parmi
Diable

les saints?

— Ah! vieux
Il

nemi.

Il

de notre plus terrible ena conduit plus de gens au ciel que nous
tu parles-là

n'en traînons aux enfers.

nous chasse de tous

PEINT PAR LUI-MÊME.
côtes
,

^55

nous poursuit partout,
faire dëtaler d'ici. C'est
qu'il soit si

et je vois déjà qu^il

va

me

un grand malheur
une médé-

pour nous

puissant dans le ciel
,

Comme
chante
dire
:

le

Diable disait ces mots
qui se trouvait
le là

— Quand

femme

eut l'impiété de
les

pape Léon chassera
Mais
elle avait à le

mons,
de
la

je serai reine....

peine

achevé son horrible phrase , que

Diable sortit

possédée de Toscane, et se jeta, à corps
la

perdu, dans

blasphématrice , qu'il
Il

commença
déli-"

de tourmenter vertement.
saint

est

probable que

Léon

eut assez d'indulgence pour la

vrer. Toutefois l'histoire ne le dit pas (r).

I\°.

ENCORE UN TOUR AUX ENFERS.

tulé

Quoique l'auteur du petit livre mystique, intiDieu seul, ait dit, page i36, que Dieu est le meilleur des pères , et qu'ainsi ce iiest pas notre affaire de nous mettre en peine de ï enfer
ou du paradis ;
,

du très-admirable livre intitulé Pensez-y mieux , a soutenu page 4 1 que cest V affaire et la grande affaire
l'auteur

comme

des parfaits

et

des commençans en dévotioji

,

nous allons donner encore une description de
l'enfer,

pour retenir efficacement, par cette pein,'

(0 Bollandi A^ia Sanctorum
Le.ûH.

aprilis

19

,

cap. 2

,

IX.

256
ture terrible
,

LE DIABLE
les tièdes

qui s'approchent trop

iiiconsidcrëmeiit

du précipice.

Un homme qui s'appelait
qui se
rir, et

Réparé
,

,

et

un

soldat

nommait Etienne
monde.
Ils

,

firent

avant de
,

mou-

par une grâce toute spéciale
virent
,

le

voyage de

l'autre

dans une grande ca-

verne , quelques démons qui élevaient un bûcher,

pour y brûler l'àme d'un prêtre nommé Tiburce qui avait commis de grandes impudicités. Ils aperçurent, un peu plus loin, une maison

enflammée

,

l'on jetait
,

d'àmes coupables

et ces

du bois sec. Ion
était

Il
,

y

avait

un grand nombre âmes brûlaient comme auprès de cette maison une
,

grande place
vent, à
fraient

fermée de hautes murailles
neige, où

où.

continuellement exposé au froid, au
les patiens souf-

la pluie, à la

une

faim et une soif perpétuelles sans

pouvoir rien avaler.

On
et

dit à

l'homme qui
purgatoire.

se

nommait Réparé
Etienne, que ce

,

au soldat qui s'appelait
furent arrêtés par

triste gîte était le
,

A quelques pas de là
grand feu
ils
,

ils

un

qui s'élevait jusqu'au ciel du pays; et

un Diable qui portait un cercueil sur ses épaules. Réparé qui aimait probablement à s'instruire dans ses voyages, demanda pour qui on allumait le grand feu. Mais le dévirent arriver
^

mon

qui portait le cercueil

,

déposa sa charge
sans dire

,

et la jeta

dans

les

flammes

,

un mot.

PEIiNT

PAR
et

LUI-Mi- ME.

2^7

La bière
»
»

se

consuma,
le

on aperçut

le
:

corps d'un

moine. Alors
voyez cet

Diable dit à Réparé
là ?
il

«

Vous
fille

homme
;

Eh

bien

!

il

avait fait

vœu

de chasteté

et

a violé une jeune
le

» qui était

venue lui demander

baptême. Aussi
et, après avoir

nous Talions bien corriger. »

Les deux voyageurs passèrent;
parcouru divers autres lieux
plusieurs scènes infernales
,

,

ils

remarquèrent

plus terribles les unes

que

les

autres

,

ils

arrivèrent devant

qu'il fallut traverser.

Ce pont
,

était bâti sur

fleuve noir et bourbeux

dans lequel

un pont uu on voyait
que ceen-

barbotter plusieurs défunts d'un aspect effroyable.

On

l'appelait le pont des épreuves ^ parce

lui qui le passait sans
trait

broncher
le

était juste et

dans

le ciel
,

;

au lieu que
les

pécheur tombait

dans

le fleuve

avec

gens de son espèce.

Quoique ce pont n'eût pas six pouces de largeur on dit que Piéparé le traversa heureusement. Mais le pied ai Etienne glissa au milieu du chemin ,' et ce pied fut aussitôt empoigné par des
,

hommes
vèrent à
bras
,

noirs qui l'attirèrent à eux.
,

Le pauvre
arri-

soldat se croyait perdu
tire-d'ailes
,

quand des anges

qui saisirent Etienne par les

et le disputèrent
les

aux

hommes

noirs.

Après

de longs débats ,

anges furent

les plus forts, et

emportèrent

le soldat, à

côté du pont. «

demi disloqué, de l'autre Vous avez bronché , lui dirent17

258
»
>;

LE DIABLE
ensuite, parce que vous êtes trop lubrique
;

ils

et

nous sommes venus à votre secours

,

parce

)j

que vous faites l'aumône, n Les deux voyageurs virent
les

alors le paradis
et les
;

,

dont

maisons étaient d'or,

campagnes
anges les

couvertes de fleurs odorantes

et les

renvoyèrent sur

la terre

,

en leur recommandant

de conter aux
( 1 )

hommes

ce qu'ils avaient vu (i).
dialog.

Historia tripart. post Gregorii
,

,

4-

G. Bloock

post Djonisii Carth, colloquium de particu,

Igri judicio

art.

20.

PEI^^T

PAR LUI-MÊME.

iS^

^ »%%'«%% %'\%^%l.i%%Vl,%t%-%%it%V%\V\ Il «VV4.%^

CHAPITRE

XXVIIL

QUATRE PETITS ROMANS.
l\

THÉODORA.
,

temps de l'empereur Zenon il y avait à Alexandrie une jeune dame nommée Théodora aussi remarquable par sa beauté que dis,

Du

tinguée par la noblesse de sa famille. Elle avait

épousé un

homme riche
,

et craignant

Dieu, avec

qui elle passait des jours vertueux et paisibles.

Le Diable
ville tous

jaloux de sa sainteté, alluma dans

le cœur d'un personnage opulent de la
Ifes

même
^

feux de la concupiscence

et l'a-

mour
crètes
fiques

le plus violent
lui

pour Théodora. Le riche
seoffrir

amoureux
,

envoya bientôt des messagères
voulait partager son

chargées de lui
si elle

des présens magni-

,

amour mais
;

elle rejeta ces propositions. Elles

devenaient ce-

pendant

si fréquentes que cette pauvre femme ne pouvait plus y tenir. Enfin, Tamant de ïhéodora s'avisa de confiei*
,

le soin

de

ses affaires à

une

vieille sorcière

,

qui
fait

passait

pour une personne

très -

entendue en

26o

LE DIABLE
alla
et

de commissions amoureuses. La sorcière
trouver Theodora
; ,

après qu'elle se fut insi,

nuée dans
pitié'

sa confiance

elle la supplia d'avoir
elle.

— Je

d'un

homme

qui ne soupirait que pour

commettre un aussi grand péché , répondit Theodora, puisque je suis sous Vous êtes les yeux de Dieu qui voit tout. dans l'erreur répliqua la magicienne , tout ce
n'oserais jamais

,

qui se

fait

en plein jour

,

Dieu

le sait et le voit

;

— Dites-vous bien vérité? — vous pouvez là-dessus vous en rapporter moi. — Eh bien répondit jeune dame rasla

mais tout ce qui se passe

la nuit,

Dieu l'ignore. Certainement;

et

à

!

la

surée

,

allez dire à celui qui

vous envoie
,

,

qu'il

peut venir

me

trouver ce soir

et qu'il

obtiendra

ce qu'il désire.

L'amoureux enchanté

se rendit, au

commen-

cement de
l'aurore.

la nuit

,

dans l'appartement de Theo-

dora, coucha avec elle, et se retira un peu avant

Mais quand

le

jour parut

,

l'épouse adultère

,

rentrant en elle-même, se mit à pleurer amère-

tnent, dans cette pensée qu'elle venait peut-être

de perdre son àme

et sa vertu.

Son mari ne put
dans un

ni la consoler, ni savoir la cause de son chagrin...

Pour

éclaircir ses doutes
filles
,

,

elle alla

mo-

nastère de

et

demanda

à l'abbesse

si les

crimes commis de nuit échappaient aux regards

PEINT PAR LUI-MÊME
du créateur.
et

261
,

— Dieu
;

sait tout et voit tout

ré-

pondit l'abbesse

à toutes les heures de la nuit
les

du jour

,

dans tous

pays du

monde

Ah yeux sont ouverts sur toute la création. malheureuse que je suis , s écria la dame péche!

,

ses

resse
afin

Donnez-moi
je
le

le livre
(i).

des évangiles,

que

consulte le sort
livre
,

En ouvrant
:

elle

trouva ces mots
Elle
était fait,

Qiiod scrîpsi scripsi (2) de Pilate comprit parla que ce qui était fait
et qu'il fallait le

réparer par

la

pénitence. C'est
,

pourquoi
en

elle rentra
,

dans

sa

maison

s'habilla
,

homme

pendant l'absence de son mari
dans un couvent de moines
,

et se rendit

elle passa le reste

de

sa vie

sous le

nom

de frère

connue seulement Théodore. Le Diable la
,
;

tenta encore de plusieurs manières (3)
(1)

mais

il

Ut sorliar memelipsmn

CcUe manière de con-

sulter le sort était autrefois

en grand usage.
le

On

ouvrait le livre
se pre'sentait,

des e'vangiles
à l'ouverture

,

et

on regardait
livre
,

premier mot qui
arrêt

du

comme un
dans

du

ciel. St.

Augustin a

écrit contre celte superstition, (2)

ses e'pîtres

ad Januariunt.

Ce que

j'ai e'crit est e'crit.

S. Jean

,

chap.

XIX vers. 22.
sous la
,

(3) Les de'mons

\m apparurent particulièrement
,

fi-

gure de son mari

sous des formes de bêtes féroces
etc.
;

sous des

costumes militaires,
insipides
lecteur.
,

mais ces méthamorphoses sont trop
se

pour qu'on puisse

permettre d'en

ennuyer

le

262

LE DIABLE
(i).

ne l'empêcha pas de mourir en odeur de sainteté,

ir.

L'ANNEAU.
,

Un
à sa

mari, partant pour un long voyage

dit

femme
je vais

:

— Je

ne

sais

pas combien de
s
il

temps

vivre éloigné de vous. Mais
,

faut

chercher par un

me rejoindre homme de confiance qui vous présentera mon anneau. Au reste je vous ai recommandé à saint Come et à saint Damien
que vous veniez
je vous enverrai
,

Après

ces

mots

il

embrassa l'épouse en pleurs
vite.

,

et s éloigna

au plus

Par un de ces hasards qui sont
le

assez

Diable se trouva présent à cet adieu
l'avait ni

;

communs et comme
résolut de

on ne
faire

vu

,

ni

soupçonné
il

,

il

son profit de ce qu

venait d'entendre.
,

Au

sous une il se présenta humaine à la dame en question et lui montrant un anneau parfaitement semblable à

bout de quelques jours,
figure
,

,

celui

du mari:

— Madame,
,
,

lui dit-il

,

je suis

un ami de
ici

votre époux

qui m'a chargé de venir

en toute diligence

pour vous prévenir
voir
,

qu'il

a

un besoin pressant de vous

et qu'il

vous

prie de

me

suivre avec confiance...,.

(0 Legenda^
à Claudio à

opiis
,

aureum Jac. de
87,

T'

oragine

,

auctvrn

Rotiî

leg.

PEINT PAR LUI-MÊME.
, ,

^63

La dame ayant reconnu l'anneau monta un
cheval que le Diable lui avait

amené

;

et ils se
la

mirent en route. Lorsqu'ils furent dans

cam-

pagne

,

à

une heure où
,

ils

se

trouvaient dans

une solitude absolue
avec qui
cheval.
il

le

Diable poussa
la

voyageait, pour

faire

dame, tomber de
la

On

ne dit pas ce

qu'il voulait lui faire;

mais la femme effrayée appela

à

son secours saint

Come
vite
,

et saint

Damien

,

qui accoururent bien
et reconduisirent la

chassèrent le

démon

dame

à son logis (i).

nr. LE

DANGER DES ENGAGEMENS.
militaire
, ,

Un

ancien

qui

jouissait

d'une

grande fortune
devint bientôt

et qui la dépensait

en libéralités

si

pauvre

qu'il
il

manquait presque
ses

du

nécessaire.

Comme
amis
,

n'avait pas le courage

de recourir à

ses

et

que

amis ne paraisqui redoubla
,

saient pas disposés à se souvenir de ses bienfaits,
il

tomba dans une grande
faire

tristesse

,

encore à l'approche de son jour natal

il

avait

coutume de

quelques dépenses magnifiques.
,

En
une

s'occupant de ses chagrins
,

il

s'égara dans

vaste solitude

la perte

de
lui

ses

où il put sans honte pleurer biens. Tout à coup il vit paraître
taille

devant
(i)

un homme d'une

haute
leg,

,

d'une

I^genda aureaJac de

F'oragiiie

,

i38.

264
figure imposante,

LE DIABLE
monté
sur

un cheval superbe.
lui

Ce cavalier,
la

qu'il

ne coimaissait point,

adressa

parole avec le plus

vit intérêt, et lui

demanda
apprise,

la cause
il

de sa douleur. Après
:

ajouta

qu'il l'eut

Si vous voulez

me

rendre un petit

hommage,

je

vous donnerai plus de richesses que

vous n'en avez perdu
Cette proposition n'avait rien d'extraordinaire,

dans un temps où

la féodalité était

en usage. Le
à l'étran-

militaire, pauvre et malheureux,

promit
s'il

ger de faire tout ce
lui

qu'il exigerait,

pouvait

rendre sa fortune.
c'était lui),
,

— Eh bien!
,

reprit le Diable

(car

retournez à voire maison; vous
tel aidroît
,

trouverez

dans

de grandes sommes

d'or et d'argent

et

une énorme quantité de
à

pierres précieuses.
,

l'hommage que j'attends de vous c'est que vous ameniez votre femme ici , dans trois mois , afin que je puisse la

Quant

voir

Le

militaire s'engagea à cet

hommage
Il

,

sans
rega-

chercher à connaître celui qui l'exigeait.

gna sa maison
des palais
,

,

trouva les trésors indiqués, acheta
,

des esclaves

et reprit sa

généreuse
;

habitude de se distinguer par des largesses
qui lui
le

ce

ramena nécessairement
du troisième mois
11

les

bons amis que
songea à tenir
et lui dit
:

malheur avait éloignés.

A

la fin

,

il

sa promesse.

appela sa

femme,

PEINT PAR LUI-MÊME.
Vous
allez

o65

monter à cheval, et venir avec moi car nous avons un petit voyage à faire. C'était une dame vertueuse honnête et qui avait une
, ,

grande dévotion à
protectrice

la sainte

Vierge.

Comme elle
à sa
,

n'entreprenait rien sans se
,

recommander

elle

fît

une

petite prière

et suivit

lui demander où il la conduisait. Après avoir marché près de trois heures , les deux époux rencontrèrent une église. La dame ,

son mari, sans

voulant y entrer

,

descendit de cheval
porte en gardant

,

et

son

mari

l'attendit à la

les

man-

teaux.

A peine cette dame fut-elle entrée dans l'église,
qu'elle s'endormit

en commençant sa prière.

On

peut regarder cela

comme un miracle
de
ses habits et

,

puisqu'en

même
d'elle
,

temps

la

sainte Vierge descendit auprès

se revêtit

de

sa figure

rejoignit le militaire, qui la prit

pour

sa
,

femme,
avec
le

monta

sur le second cheval

,

et partit

mari, au rendez-vous du Diable.
Lorsqu'ils arrivèrent au lieu désigné, le prince

des

démons y parut avec
si la

fracas

,

et d'un

ton assez

suffisant,

chronique ne charge point. Mais,
lui

dès qu'il aperçut la

amenait

,

il

dame que le militaire commença à trembler de tous

ses

membres,
l-il

et

ne trouva plus de forces pour s'avan-

cer au-devant d'elle.
,

— Liomme perfide,
tromper
si

s'écria-

pourquoi

me

méchamment

?

9.65

LE DIABLE
que tu devais reconnaître mes biende m'amener
ta

E^ît-ce ainsi
faits ?

Je

t'avais prie

femme

,

à

qui je voulais reprocher certains torts qu'elle
fait
;

me

et tu viens ici

avec
!

la

mère de Dieu

,

qui va

me

renvoyer aux enfers
militaire
,

Le
nance

stupéfait et plein d'admiration

,

en entendant ces paroles, ne
faire,

savait quelle conte-

quand

la sainte

Vierge dit au Diable:

— Méchant
à une
infernal
fais
,

esprit, oserais-tu bien faire
je

du mal

femme que

protège ? Rentre dans l'abime

et souviens-toi

de

la

défense que je te

de jamais chercher à nuire à ceux qui mettent

en moi leur confiance

tifs.

Le Diable se retira en poussant des Le militaire descendit de cheval
la sainte
fait
,

cris plain,

et se jeta

aux genoux de
avoir

Vierge, qui, après lui
,

quelques reproches
sa

le reconduisit

a.

l'église

femme dormait
,

encore. Les deux

époux rentrèrent chez eux

et se dépouillèrent
ils

des richesses qu'ils tenaient du Diable. Mais
n'en furent pas long-temps plus pauvres
,

parce

que

la

sainte Vierge leur
(i).

en donna d'autres

abondamment

(i) Omnes dcemonis postmodum dwitias

divitiascuni abjecissenl, etc.
ipsct

,

inuUa~t

,

Inrgirnle virs^ine
,

,

recepenint-

Legenda aurca Jacobi de F'orogine

leg.

Ii4'

PEIiNT PAPx LUI-MÊME.
IV".

267

LE VOYAGE A ROME.
(1)
,

— Saint Antide, ëvêque de Besançon
lant

al-

un jour prêcher
,

à la

campagne
,

,

accompagné
tenait son

de son clergé

aperçut

en sortant de sa TÏlle

épiscopale, le prince des

démons qui

assemblée en plein

air, et se faisait

rendre compte
saint

de

la

conduite de ses diables.

Le

évêque

remarqua particulièrement un grand démon noir
et

maigre qui
,

dit à

Satan

qu'il

revenaitdeRome,

il

avait entraîné le pape dans

un péché

d'im-'

pudicité.

Pour preuve de ce
du pape,
le

qu'il
,

avançait

,

il

présenta
la

à l'assemblée la sandale
qu'il

autrement dite
lui.

mule

apportait avec
j

Ceci se passait
fait

mardi

saint

et le

Diable se vantait d'avoir

tomber

le saint
,

père le dimanche des

Rameaux

c'est-à-dire

trois jours auparavant.
,

Saint Antide

frémissant de ce qu'il venait
authentique

(1)
sait

Celte admirable histoire est

si

,

qu'on ne
fait

pas

même

si

saint

Antide a existé.
,

On

le

vivre

vers l'an 400. Les Bollandistes
l'aventure

qui racontent avec conGance

qu'on va

lire

,

le

font

évêque

de Besançon
le

,

selon l'ayis de

plusieurs

légendaires.
,

Mais

Martyrologe
,

d'Usuard

,

Mathieu Tyrapius

et d'autres

légendes

le

font

f'vcque de Tours,

25S

LE DIAELK

d'enlendre, résolut d'aller de suite à

Rome
la

,

et

d'engager
tence.
11

le

pape à réparer sa faute par

péni-

dit à

son clergé, qui ne voyait rien de
la ville
,

toute cette assemblée, de rentrer dans

parce qu'une affaire pressante l'obligeait de faire

un voyage éloigné
que
la veille

,

et qu'il

ne

serait

de retour
,

de Pâques.

En même temps
il

s'a-

dressant au

démon

noir et maigre,

lui

com-

manda de
porter à
être venu.

lui servir

de monture

,

et

de

le trans-

Rome

aussi vite

qu'il se vantait d'en

Le démon
saint, le
et le porte

s'agenouille docilement devant le
s'élève dans les airs,
,

prend sur son dos,
rapidement à
dans
la
,

Rome

ils

arrivent

le jeudi saint,

matinée.

Le pape, quoique
de monter à
l'au-

coupable d impureté
tel

était près

pour célébrer

la sainte
il

messe. Après qu'Aninstance

tide eut fait sa prière,

demanda avec

à parler au souverain pontife pour des choses

de

la

plus haute importance.

On

l'introduit
lui

;

il

raconte au saint père ce qu'il a vu,
la

montre
,

sandale qu'il a tirée des griffes du
se

l'exhorte à

démon et purger de son crime. Le pape
,

écoute le saint avec le plus profond respect
fait sa

lui

confession

,

et le confesse à

son tour. Les

deux pieux personnages

se

donnent mutuelle-

PEÎNT PAR LUI-MÊME.

cCh)

ment

rabsolution de leurs fautes

,

et se se'pareut

réconcilie's.

Antide remonte alors sur son démon,
porte, et rentre à

qu'il avait laissé attache à la

î>esançon le samedi saint, sans avoir éprouvé le

moindre
(i)

péril (i).

Bollandi
,

,

0.5

j unii mensis

.,

pag.

/^Z.

Vsitar.

Mar,

tjTolog.
pag.

jiinii 22. etc.

Mathœi Ijmpii prœmia

i'irtiit.

53

,

^16
%%%&««»%%«,

IM DIAF.LK

CPIAPITRE XXIX.
QUATRE PKTITS CONTES.
F.

LE SOUPER:

Saint Germain, évoque d'Auxerre, faisant Une tournée dans son diocèse fut forcé, par la nuit et le mauvais temps de coucher dans un petit village. Après qu'il eut fait un souper trèsmodeste, il remarqua que l'on préparait un se^-^
,

,

cond repas plus abondant et servi avec plus de soin. Germain , agréablement surpris du bon ordre de ce second service, demanda à qui on le destinait , et si l'on allait recevoir nouvelle compagnie.

On

lui dit

qu'on attendait ces bonnes
(i).

femmes qui i>07it la nuit manda pas davantage et
,

Le

saint n'en

de-

résolut de veiller pour

voir la suite de cette aventure.

Quelque temps après
titude de

,

il

vit arriver

une mulet
,

démons

,

en forme d'hommes

de

femmes

,

qui se mirent à table devant lui

en

témoignant leur bonne humeur par de grands
(i)

Cm

cinn dicerent

quod bonis
etc.

illis

rnidieribus

quœ

de nocte inceduiit jjrepararent,
infrà.

Jac^ de Voragine, ubi

PEINT PAR LUI-MÊME.
éclats

-y/ji

de

rire et des

propos pleins de
l'air

jovialité*
,

Ces démons

avaient
le

tout-à fait bénins

et

ne

montraient pas

mais

ils

se festoyaient

moindre penchant à nuire ; aux dépens des bonnes

gens du village ,
C'est pourquoi
et leur défendit

et saint

Germain n'approuvait
connaître qui
il

pas cette liberté grande.
il

leur

fit

était,

de déloger jusqu'à nouvel ordre.
,

En même temps
son
,

il

appela les gens de
s'ils
,

la

mai-

et leur

convives?
ce sont

— Certainement

demanda

connaissaient leurs

répond

le

patron

;

tels et telles

de nos pays voisins. Les resont

lations qu'ils ont avec les esprits apportent la

bénédiction dans toutes les maisons où
reçus

ils

étonné de cette bonhomie , envoie aussitôt dans les maisons des prétendus
Saint

Germain

,

voisins, que l'on trouve endormis dans leur
Il

lit.

commande alors aux démons de dire la vérité. Le chef de la troupe infernale déclare en con,

séquence, que

lui et ses

gens n'ont pris

la

figure

des paysans du voisinage, que pour attraper un

bon souper; que la crainte qu'ils inspirent aux hommes, dans leur forme naturelle, les force à
de pareils stratagèmes
la
;

et

que

,

pour donner de
ils

vraisemblance à leurs courses nocturnes,

font croire aux bonnes âmes qu'il y a des sorciers
et des sorcières qui

vont au sabbat ,

et autres ba-

272

Li:

DIARLE

livenies semblables qui ne sont qire des gausseries

Après

cette confession

,

les

rent, laissant leur souper à

démons s'évanouimoitié mangé (i)..-les

Sans doute

il

est
fait

mal de tromper
avec tant de

gens

;

mais
,

quand on

le

ménagemens

on

mérite un peu d'indulgence
IP.

LE CHATEAU MAGIQUE.
et

Le

très-sérieux

très -excellent

historien

Théophanes raconte
leuse histoire.

— L'an 408 de Jésus-Christ
,

cette véridique et

miracu,

Ca-

badès

,

roi

de Perse

apprit qu'il
,

frontières de ses états
le

y avait, sur les un vieux château, nommé

château de Zoubdadeyer, qui était plein d'or,

d'argent, de pierreries et de richesses incalculables.

Une

pareille découverte n'est pas à néglirésolut-il
si

ger

:

aussi

Cabadès

de

se

rendre maître

au plus vite d'un trésor

précieux. Mais tous les

biens d'ici-bas sont accompagnés de

maux:

le

châ-

teau de Zoubdadejer était gardé par des troupes

de démons

,

que

l'on disait terribles

,

et qui

ne

laissaient avancer

aucun mortel auprès des

tré-

sors confiés à leur garde.

(1)

Bollandus
,

,

25
;

juillet.

Legeuda aurca

Jac. de
,

Vofête

ragine
de
St,

Icg.

102

et les aociens bre'viaires

d'Auxene

Germain.

PEINT PAR LUI-MÊME.
Cabadès mit en usage
,

273

pour chasser ces déqui se trouvaient à sa

mons

,

toute l'industrie et tous les exorcismes des
et des sorciers Juifs

mages

cour. Leurs efforts n'eurent pas le moindre succès.

Le

roi

,

de'solé

de se trouver au milieu de
se ressouvint

labondance sans pouvoir en jouir,
alors

du Dieu des
,

chrétiens.

Il

lui adressa

des

prières

et

fît

venir l'évêque qui dirigeait l'église
Il

chrétienne de Perse.

le pria

de se donner un

peu de mouvement en
démons. Le prélat
pris la

sa faveur, et de le mettre
si

en possession de ces trésors

bien gardés par les
,

offiit le saint sacrifice

et se

rendit au château de Zoubdadeyer, après avoir

communion.

Il

exorcisa

lui-même
mit
le roi

les

Diables qui défendaient l'entrée de ce lieu de
richesses
,

les força à déloger, et

Ca-

badès en paisible possession du château

ma-

gique

(r).

m\
Il

LE PAUVRE PRÊTRE
y

— CONTE
bonne

NOIR.

avait, dans le diocèse de

Cologne, un
vie.

saint prêtre respectable par sa

Le
ten-

Diable
ter

,

jaloux de sa piété
,

,

et n'osant le

ouvertement

prit la figure

d'un ange de

(i)

Théophanis chronographia

,

aniio 4c8.

18

2^4

I-E

DIABLE
au bon prêtre
:

lumière ,

et se présentant

— Ami

de Dieu,
t

lui dit-il, je viens

de

la part

d'en-haut

avertir de te préparer à la

mort ; car

lu

mourras

cette année.

Le

prêtre reçut dévotement le conseil et la
;

prophétie

il

se disposa à bien
,

mourir ,
affligea

purifia

sa conscience par la confession

son corps
,

d'abstinences

,

de jeûnes

et d'austérités
,

ne nétout ce

gligea aucune de ses prières
qu'il

et

donna

possédait aux pauvres de sa paroisse.

Comme
,

ou

lui

demandait
eue
le

le

motif de cette conduite

il

avoua secrètement
qu'il avait
,

à

un de

ses

amis

la révélation
lui

et les paroles

de l'ange qui

terme prochain de ses jours. Un pareil secret est trop pesant pour qu'on le puisse
annonçaient
garder
:

l'ami en question le
fit

communiqua
;

à

un

autre, qui en

part à son voisin
,

et

,

de cette

façon, toute
dit le jour

la paroisse

bientôt instruite, attendevait mourir, pour

où son pasteur
la

l'accomplissement de
étant écoulée
,

prophétie. Mais l'année

le prêtre

ne mourut pas

,

à la

grande surprise de toutes les bonnes gens.

Le

saint

homme

,

plus stupéfait que tous les
et

autres de se voir

trompé par un ange,

de

s'être

débarrassé

légèrement de tout son bien , s'aperçut avec douleur qu'il n'avait plus de quoi vivre, et qu'il devait s'attendre aux railleries de ses
si

amis,,.. C'est pourquoi

il

abandonna

sa paroisse.

PEÎNÏ PAR LT1I-MÈMF.
et
se retira

^7^

dans un monastère de l'ordie de
son noviciat,
Diable lui

Cîteaiix.

Pendant

qu'il faisait

le

apparut encore, et chercha, par ces mots, à re-

gagner sa confiance

:

— Homme

juste

,

lui dit-il

ne vous étonnez point de vivre encore, quoique Dieu a diîTéré je vous aie prédit le contraire
;

votre dernière heure, parce que vous devez servir à l'édification
Il

de ceux avec qui vous vivez.
,

m'envoie près de vous

pour vous aider dans
et

vos peines, vous instruire,

vous garder contre
et dès lors il
,

vos ennemis.

Le novice

flatte crut tout cela

;

reçut de fréquentes visites du Diable

qui lui

donna bientôt de mauvais conseils , sous une lorsqu'il priait belle apparence ; par exemple
,

trop long-temps

,

ou

qu'il veillait trop tard

,

ou

qu

il

travaillait trop

l'impiété de lui dire

ardemment, son cuige avait La discrétion est la mère
:

de toutes
core

les vertus
;

;

ne

faites rien

au-dessus de

vos forces
;

vous pouvez vivre long-temps enle service

ménagez-vous pour

de Dieu....
far-

Quand
deau
,

le prêtre voulait lever

un grand
:

le

Diable se hâtait de lui dire
;

— Celte

charge

est trop forte

levez ceci

,

qui est plus

léger.... Eiifin
,

une certaine nuit
de
ses

,

le

Diable

,

espérant

tirer parti

longues complaisances, entra

370
vers minuit dans

LE DIABLE
la

cellule

du prêtre devenu
:

moine
saint

,

et lui dit

en

l'éveillant

— Lève-toi

homme; Dieu

veut récompenser tes pieux
:

travaux et ta constance

pends-toi; tu auras la

palme du martyre....

Le moine
s'écria
:

,

effrayé de ce

blasphème, reconnut
le

alors qu'il était

— Retire-toi

en commerce avec
,

Diable

,

et

méchant ;

tu

ne

me trom-

peras plus...

En même temps,

il fît

croix qui força l'ange imposteur à
cela
,

un signe de détaler. Après
con-

il

s'habilla à la hâte,

courut au lit du prieur,

l'éveilla

bien vite

,

et le pria d'entendre sa

fession.

Le

prieur, à moitié

endormi

,

répondit

qu'on pouvait bien remettre cela au lendemain

matin; mais, ayant appris

le

motif d'un empres,

sement

si

naturel

,

il

se leva bientôt
,

et entra

clans son confessional

moine
il s'alla

,

et lui

où il entendit le pauvre donna une pénitence ; après quoi
faire autant

I

recoucher.
,

Avant d'en

le prêtre

,

que

le

Diable avait si long-temps abusé, monta aux lieux
d'aisance pour satisfaire à des besoins pressans.

Tandis
le

qu'il était assis sur l'une
,

des lunettes (i)

,

Diable

courroucé de
,

la confession qui

venait
,

de
(

se faire

eut l'audace de se montrer encore

I

)

Monachus verb ob necessitatcm naturce
,

,

j^rh'alam

ascendetis

,

dùm

in iinâ

scdium sederet

,

etc.

PEINT PAR LUI-MÊME.
pour effrayer &on

5.77

homme
;

et lui faire

commettre
arc

quelque imprudence
sous sa propre forme

il

parut tout subitement
la

,

tenant à

main un

bande, sur lequel
le religieux
:

était

une

flèche dirigée contre
,

IVIisérable

lui dit-il
,

,

tu m'as

confondu
que de
le

;

mais

je te tiens ici

et tu

ma

main.

ne mourras

Retire-toi

,

maudit, re'pondit

prêtre, je ne te crains plus

ces

mots d'un signe de croix
le

;

et

accompagna l'absolution du
11

prieur obligea bien
trer (i).
1V°.

Diable à ne plus se

mon-

CE QUE L'ON VOUDRA
,

— CONTE
fuir le
Il

BLEU.

L'abbé Macaire
s'était

re'solu

de

monde,
arriva

enfoncé dans un grand désert.

dans un lieu jadis habité , où il ne trouva plus que quelques tombeaux de païens. Comme il
avait besoin de repos
tira
,

il
,

ouvrit un sépuîchre,
et
le

dehors un cadavre

mit sous sa tête

pour

lui servir d'oreiller (2).
,

Les démons
voyant

qui hantaient ces tombeaux

,

le sang-froid

de l'abbé Macaire

,

réso-

lurent de le tourmenter
(i)

un peu.

Ils se

mirent
lib.

Ccesarii Heisterbachensis niiraculoruni

,

III,

de confess. cap. 14.
{">.)

Sub caputsuum tanquam plumaciinn....
!

c'était

im

èoussin fort agréable

278

LE/DIAHLE
à crier
:

donc
le


:

^Madame

,

levez-vous, nous
se trouvait

allons au bain

Le Diable, qui

dans

cadavre que Macaire avait pris pour dormir,

répondit aussitôt

J'ai

sur le ventre

un étran-

ger qui m'empêche de vous suivre

Macaire, entendant ces mots, eut bien quelque

étonnement, mais pas

la

moindre

frayeur.

Il

fut

même

assez intrépide
oreiller,

pour donner des coups de
lui disant
:

poing à son
et va-t-en
,

si

tu
,

peux

en

— Lève-toi

Et
:

les

prirent

la fuite

en criant

— Seigneur étranger,
;

démons

stupéfaits

vous êtes plus

fort

que nous
mais
lui

Les

esprits

malins n'osèrent donc plus attaquer
ils

ouvertement l'abbé Macaire
voyèrent
nelles.
,

en-

sans se montrer, des tentations char-

C'est

pourquoi
et

il

se leva
,

,

remplit un

grand sac de sable
ses épaules
,

de pierres

le

chargea sur
le

et

marcha plusieurs jours dans
Il

désert, sans quitter son fardeau.

voulait par là

tourmenter son corps regimbant.
Satan se présenta à
lui
, ,

sous la figure d'un

homme fort et vigoureux
et

chargé de bouteilles.
?

Macaire
utiles

— Mon

— Où
et

vêtu d'un habit de lin
vas-tu
,

lui dit

voyage
,

mon

fardeau sont

à quelque chose

répondit le Diable. Je

porte à boire à mes compagnons.
as-tu pris tant

— Et pourquoi — Parce sont de bouteilles?
qu'ils
,

plusieurs

;

et puis

vu que chacun a

ses goûts

PEINT PAR LUI-MÊME.
j'ai

279

eu soin de prendre aussi difïerentes espèces
vins.
:

de

l'autre

Ce moi

qui ne plaira pas à l'un plaira à
,

Je

veux que tout

le

monde

soit

content.

Macaire
tête

Après ces mots , Satan reprit son chemin , et sa promenade. 11 rencontra bientôt une
de mort
,

et lui

demanda

sur quel corps elle
le

avait figuré dans le

monde ?
l'enfer.

païen
ton

,

répondit

la tête.

âme ?

— Dans
les
le

bien bas dans
enfonce's

pays

— Sur corps d'un — Où maintenant — Les païens sont enflammes —
est

sont-ils

?

Ils

dans

Je ciel est haut.

des païens?
des Juifs?

— Les chrétiens qui ne sont pas dévots.
, ,

—Y — Oui,

cœur de
a-t-il

la terre y aussi bas

que

quelqu'un au-dessous

les Juifs.

— Et au-dessous
auc-

Ceux-là sont au fia fond de l'enfer (i)
(i) Legenda opiis aureum Jacobi de Vora^ine lum à Claudio à Rolâ Leg. 18.
,

28o

LE DIABLE

CHAPITRE XXX.
LE DIABLE A CONFESSE.

Un

prêtre

,

occupé à entendre, dans son de ceux de
ses paroissiens

église, les confessions

qui voulaient faire leurs pâques, aperçut, parmi
les pe'nitens
,

un inconnu jeune

et

robuste

,

qui

attendait son tour pour se confesser aussi.

Après que tous
die's (i)
,

les paroissiens furent

expé-

rétranger s'approcha du confessionnal
le

se sa

mit à genoux devant
confession
,
;

prêtre, et

commença
si

mais

il

raconta des péchés

énormes

il

avoua tant d'homicides, tant de bri,

gandages, tant de vols, tant de parjures

tant de

blasphèmes

,

tant de fornications
qu'il disait

,

et tant d'autres

monstruosités
rées
,

avoir faites ou inspi-

que

le prêtre, saisi
si
si

d'horreur à l'idée d'une

conscience
confession

pleine

,

accablé d'ennui par une
:

longue, dit au pénitent inconnu
mille ans
,

— Quand tu aurais vécu
peine eu
le

tu aurais à

temps de commettre toutes ces abo-

minations.
il)

Omnibus

expeditis.

PEINT PAR LUI-MÊME.
J'ai
,

281

— plus de mille ans, répondit l'inconnu. — Qui es-tu donc prêtre épouvanté — Hélas! répliqua pénitent, un de
s'ëcria le
le

?

je suis

ces

démons qui
ai dit là
je vais

sont tombés avec Lucifer, Je ne vous

qu'une petite partie de mes fautes. Mais
le reste
,

vous conter

si

vous voulez m'enfruit espères-tu

tendre jusqu'au bout.

en

tirer,

demanda

le

— Et quel prêtre? —
,

J'ai

vu plusieurs
,

personnes venir à vous chargées de péchés
s'en retourner pures

et
j'ai
,

répondit le
les

démon

;

remarqué que
vous aviez
nelle
:

,

malgré

plus grands crimes

le

pouvoir de leur donner

la vie éter-

l'espoir
j'ai
!

de participer à leur bonheur m'a
voulu
faire

séduit, et

comme
,

eux.
si

— Eh bien

repartit le prêtre

tu veux remje vais t'ini-

plir sincèrement la pénitence

que

poser, toutes tes

fiantes te

seront remises.
,

— Si
,

cette pénitence est supportable
je

dit le

démon

m'y soumettrai.
le prêtre.
le visage
:

— Elle

sera très-douce, rétrois fois le

pondit
jour
,

Va, prosterne-toi,
contre terre
,

et dis ces seules

paroles

Dieu bon
J'ai

!

Dieu créateur

,

qu'on bénit en tout lieu
,

,
î

péché contre vous... Pardonnez-moi

grand Dieu
la

— Je ne
en terre
,

puis

me
le

résoudre à mettre
Diable
;

face

répondit

c'est

trop humi-»

282
liant.
si

LE DIABLE

Monstre

!

s'écria le prêtre indigne'
t

ton orgueil te défend de
- toi

abaisser devant ton

maitre, retire
alla(i)

donc

Et

le

Diable s'en

Mais

le

s'accorde

dénoûment de celte belle histoire trop mal avec la bonne intention du
la

Diable, pour qu'on puisse y ajouter
foi. Il

moindre
et voici

y

a d'ailleurs une foule de traits qui proules

vent dans

démons
du

plus d'humilité

;

une anecdote où
endurci
cédente.
,•

l'ange

déchu

se

montre moins

elle est

même

auteur que la pré-

Cœsarius d'Heisterbach lui-même se vante
d'avoir assisté aux exorcismes d'une possédée
lesquels exorcismes
,

furent assez remarquables

par

la

circonstance suivante. Après qu'on eut in,

terrogé le Diable sur divers sujets hétéroclites

on

lui

demanda
;

s'il

ne regrettait point son ancien
:

état

de gloire

et le Diable répondit

«

Qu'on
et

» élève, »

de
,

la terre

au

ciel,

une colonne de fer

de feu

armée de
qu'on

rasoirs et

de lames trancorps de chair
;

» chantes
»

;

me donne un

qu'on

me

tire ensuite
je

du haut en bas de

cette

» colonne....

consens à endurer ce supplice
HI
de confess.

(i)
c.ip.

Cœsarii Heisterb. Miracul.
26.

,

lib.

,

,

PEINT PAR LUI-MÊME.
» jusqu'au jour »

203

gner

le ciel

que

du jugement dernier, pour regaj'ai perdu (i) »

A coup

sûr, ce n'est pas là le langage d'un être

qui refuse de se prosterner trois fois devant

Dieu pour

sortir

de

l'enfer....

{i)Ejiisdcm, Cœsarii Heisterbach. illustriummiracul.
lib.

,

V

,

cap. 10,

2S4

'

LE DIABLE

*»^**'li*%*V%*%,%*iVM.%\\*\*.V»*%,\*,l,V*,%,%V%.'V». «^V«%«.«.%Vt%Vk.\t.VV\%%^V\«%\\V\HV%»\%t%V

VARIÉTÉS,
ou

MOSAÏQUE INFERNALE.

— Plusieurs écrivains accordent
voisinages
;

à l'enfer quel-

ques agrémcns, entre autres celui d'avoir de bons
et c'est
les Juifs

assurément quelque chose.
regardent les méchans voitrcs-fàcheux
,

Ou
sins

sait

que

comme un mal
Or

et qu'ils le

mettent au rang des malédictions
à leurs ennemis.
il

qu'ils

donnent

est

impossible d'avoir un

voisinage plus paisible et plus doux que celui

des enfers. Ces pays pacifiques sont

les

limbes
,

,

habités par les enfans morts sans bapt^îme
]e purgatoire
j

et

ou

les justes se purifient

de leurs

fautes vénielles.

Les théologiens

,

qui nous ont

fait

l'histoire

de ces contrées
aussi
,

,

assurent que les limbes logeaient
les

pendant
,

quarante premiers
et saints

siècles
,

du

monde

de pieux

personnages

d'une
qu'au
,

innocence

et d'une tranquillité parfaite
,

;

bout de ce temps

ils

quittèrent ce séjour
;

pour
ils

en habiter un meilleur
ne

mais que cependant

laissèrent pas d'entretenir quelque corrcs-

PEINT PAR-LUI-MÈME.
poiidance avec
ciens voisins
toire
;

285
,

les

peuples de l'enfer

leurs anl'his-

ce qui est bien prouvé par

du mauvais riche , à qui Abraham donne doux nom àejils (i). le Quant au purgatoire , plusieurs théologiens orthodoxes nous apprennent qu'il n' est séparé de l'enfer que par une grande toile d'araignée ; d'autres disent par des murs de papier , qui en
forment l'enceinte
vaut l'autre
;

et la voûte.

Au

reste

,

l'un

et puiqu'il est constant

que cette

frêle séparation n'a

jamais été rompue, on peut

en conclure que les deux peuples voisins vivent en bonne intelligence, et que chacun jouit d'une
parfaite sécurité dans son pays (2).

(1) «

Le pauvre Lazare ue demandait pour
tombaient de
la table
,

se rassasier
l'icbe
,
;

que
mais

« les miettes qui

du mauvais

»

personne ne

lui

en donnait. Or
anges dans
le

Lazare mourut

et fut

em-

» porté
»

par

les

sein

d'Abraham. Le
e'tait

riclie
les

mourut

aussi et
,

tomba dans
yeux
,

l'enfer. Lorsqu'il
et

dans

»
»

tourmcns
sein

il

leva les

vit

de loin Lazare dans le
,

d'Abraham.
de moi
;

Il s'écria

:

Abrahari
ici
,

mon père
me
:

,

ayez

» pitié
» » »

envoyez Lazare

afin qu'il
lui

rafraîchisse

d'une goutte d'eau. Mais

Abraham

repondit
vie
;

Mon fis

,

vous avez eu vos biens

,

pendant votre

vous êtes main-

tenant dans la peine. D'ailleurs nous ne pouvons franchir

»

l'abîme qui nous sépare

,

etc.

» (

Saint Luc

,

chajj.

XV1
24.

1

versets 21

— 26.

)

(2) Éloge de l'enfer

,

i«. partie

,

paragraphes 22

et

iiSG

LE DIABLE
Juif, qui se rendait à
fut surpris

— Un
il

Fondi

,

dans

le

royaume de Naples,
trouva pas d'autre
se décida
,

par la nuit , et ne

faute

[^îte qu'un temple d'idoles, où de mieux , à attendre le matin
il

Il

s'accommoda
,

comme

put dans un coin du

sanctuaire

s'enveloppa dans son manteau, et se

disposa à dormir.

Mais au moment où
vit plusieurs

il

allait

fermer
la

l'œil

,

il

démons tomber de

voûte dans

le

temple

,

et se

disposer en cercle autour d'un
le roi

grand

autel.

En même temps
,

de

l'enfer
,

descendit aussi

se plaça sur

un trône

élevé

et

ordonna à tous les Diables subalternes de lui rendre compte de leur conduite. Chacun fit valoir alors les services qu'il avait

rendus à

la

chose

publique

;

chacun

fit

l'apologie de ses talens et

l'exposé de ses bonnes actions.

Le

Juif, qui ne jugeait pas

comme
de
la

le

prince

des démons, et qui trouvait leurs bonnes actions

un peu douteuses
les prières et

,

fut si effrayé

mine de
la

ses

voisins et de leurs discours, qu'il se hâta de dire

de

faire les

cérémonies que

syna-

gogue met en usage pour chasser
lins;

les esprits

mala

mais inutilement

:

les

exorcismes de

synagogue étaient passés démode, et les démons ne s'aperçurent seulement pas qu'ils étaient vus
par un

homme.
ne sachant plus à quoi recourir^
s'avisa

Le

Juif,

PEINT PAR LUI-MÊME.
d'employer
le

:î87

signe de la croix.

On

lui avait dit
;

que ce signe
et
il

était

d'une

efficacité incontestable
;

en

fut bientôt

convaincu
,

car les
le

cessèrent de parler

aussitôt

que

démons Juif comle

mença de
autour de

se signer
lui
,

;

et,

après avoir bien regardé
l'enfer

le roi

de

contreux enfant
» là
,

d'Israël.

aperçut

malen-

((

Allez voir qui est
n
le

dit-il à
;

un de

ses gens

Le démon
,

obéit

et

,

lorsqu'il eut

examiné

retourna vers son maître.
»
»
»
»

un vase de (i) , lui dit-il; mais malheureuréprobation sèment il vient de se fortifier du signe de la croix En ce cas , reprit le grand diable en gémissant , sortons d'ici. Nous ne pourrons
« C'est

voyageur

il

» bientôt plus être tranquilles dans nos temples,
» Si les choses
>)

continuent

,

on n'aura plus
»

la li-

berté de quitter l'enfer
,

En
fit

disant ces pa;

roles

le

prince des
;

démons
,

s'envola

tous ses

gens disparurent
à l'article de la

— Un pieux cénobite
mort

et le Juif se

chrétien (2).
,

nommé Lubert

étant

recommandait parti, culièrement à la sainte Vierge, à saint Jérôme et à saint Grégoire , qu'il avait pris pour ses
se

patrons.
(i)
»

Le texte porte:
;

«

c'est

un vase, ou un pot vide de

grâce
(2)

»

vas vacuum, etc.
,

Historia triparlita

lib.

VI

in dialog.

— Baronii

,

cap.

i.

Gregorius

,

,

lom. IH, anno Chris ti 327.

2^8

LE DIABLE
,

Sur ces entrefaites
ribond sous

le

Diable apparut au

mo-

la figure d'un

moine décédé depuis
d'invoquer
;

peu,

et dit à

Lubert

qu'il avait tort

seulement Marie
serait plus sage

et les saints

personnages

qu'il

de mettre

sa confiance

en son

créateur, et qu'il valait
qu'à ses saints

mieux

s'adresser à

Dieu

En entendant

ces paroles héré-

tiques, Lubert reconnut le tentateur, et se mit à

chanter des psaumes.

— Ce que
rompit
qui
s'écria
le

tu dis là n'est pas
:

une prière
la

,

inter-

Diable

c'est

lecoeur plus que

doit

parler à Dieu.

— Tu

bouche

en as menti

Lubert

saintes, et
si

,

les

psaumes sont des paroles
il

Là-dessus,
,

accabla le Diable de

grosses injures

qu'on n'a pas jugé à propos de

les rapporter. Celui-ci se retira tout

humilié

,

et laissa au cénobite le plaisir
il

de mourir

comme

l'entendrait.

Lubert

se

remit donc à psalmodier, et à invola sainte

quer de tous ses poumons

Vierge , saint

Jérôme

et saint
,

Grégoire; tellement qu'en ren-

dant l'àme

il

s'écria
;

qu

il

voyait de belles et adses patrons et ses
;

mirables choses

on pensa que
le

anges gardiens venaient
rut en

chercher

et

il

mou-

bonne odeur devant
Campensis

ses frères (r).

(i)

Thomœ

,

liber de vilâ Luberti
Christian.
,

;

et

Ma'

thœi Tjnnpii

prœmia

virtiit.

pag. 3o3.

PEINT PAR LUI-MÊME.

289

— Voici encore une honnête
Le
trait est

action du Eiable.
;

peut-être peu décent

mais

les

per-

sonnes pudiques étant prévenues peuvent passer
outre.

Un homme
sa

,

qui n'avait pas à se plaindre de
,

femme

,

puisqu'elle était jeune et belle

fut

pourtant assez vicieux pour jeter un œil de convoitise sur sa voisine,

La
,

voisine

,

qui devait se

louer de son mari

,

puisqu'il était bien portant et
fut assez pécheresse
les
,

plein de complaisance

de

son côté, pour accueillir favorablement
lades

œil-

du

voisin.

On

va vite en amour quand on
et font

est d'accord.

Le

voisin et la voisina prennent

jour, se donnent
vite

un rendez-vous,

bien

Le Diable

une tache au contrat conjugal qui se trouvait dans ,
laisser cet adultère
la

le voisinage

,

ne voulut pas
ressouvint de

impuni.
et

U

se

manière dont Mars
;

avaient été vilipendés par Vulcain

il

Vénus composa
le

bien vite un charme ,

et lia si

fortement

voisin

et la voisine, qu'il leur fut impossible
rer...

de

se sépa-

Après de longs

et inutiles efforts, ils se

dé-

cidèrent à
cris
;

on

entre

demander du secours. On entend leurs ; on est tout scandalisé de la con,

duite des pécheurs

et

tout stupéfait de
:

leur

embarras.
Il fallut

On

veut les en tirer

peine perdue.

des prières publiques et de longues céréle

monies pour rompre

charme.
19

ago

LE DIABLE
cette punition
le
fit

On dit que
le

un bon

effet

dans

pays

;

mais
,

pays où cela se passa
les

n'est pas

nommé

par égard pour

habitans (i).

Goa, une y secte de brachmanes , qui croyaient qu'il ne fallait pas attendre la mort pour aller dans le ciel.
Il

avait, dans les environs de

C'est pourquoi; lorsqu'ils se sentaient bien vieux,
ils

ordonnaient à leurs disciples de
,

les

enfermer

dans un coffre

et

d'exposer le coffre sur un

fleuve voisin, qui devait les conduire en paradis.

Mais ces pauvres gens se trompaient bien, comme
dit le révérend père Teiscera
,
:

jésuite et mission-

naire qui

s'y

connaissait (2)

hors de

l'église

,

point de

salut.

Le
;

Diable

était là

qui guettait le

vieux brachmane

aussitôt qu'il le voyait
,

em-

barqué

,

il

crevait le coffre

empoignait son

homme,
du pays
que
le
,

l'emportait bien loin; et les habitans

I

retrouvant la boîte vide

,

s'écriaient
;

vieux brachmane était allé en paradis
j

qu'il était saint

qu'il ferait des miracles

en
,

faetc.

veur de

ses

amis

et
s'ils

de ses connaissances
viennent.

Mais

va-t'en voir

— Un

petit prince

d'Allemagne
chap. 8,

,

qui

s'était

(i)

Cornelii

Gemmœ cosmocrit.
indicée.

,

liv.

L

— Post

plures annalium scn'ptores.
(2).

Epistolœ

Emanuel

l^eiscera adfralres soc

Jesu; Goœ, i56o.

PEINT PAR LUI-MÊME.
donné au Diable
sentit enfin les
,

291

et qui n'avait pas

eu à s'en

plaindre, pendant tout le

cours d'une longue vie,
la

approches de

mort.

Il

était alors

engagé dans une guerre
voir terminée. Mais la

qu'il aurait

bien voulu

Mort

était
,

au chevet de

son

lit

,

et le

Diable aux pieds

qui l'attendait.
sitôt
,

Le
C'est

petit prince, désolé
lui

de partir

pria le

Diable de

procurer encore un an de vie.
,

un peu
de

difficile

répondit
,

le
si

Diable

;

car tu

n'as plus

forces.

Mais enfin

une année de

vie t'oblige beaucoup, je vais

me

poster avec toi

dans ton corps
pourrai....

,

et je te soutiendrai

comme
Le
,

je

Il le fit

comme
,

il

le disait.

prince

se leva

;

la

Mort

le

voyant debout

et sans

doute alors soumise au Diable, se retira sans rien
faire.

L'année se passa sans mésaventure

;

la

guerre
paix
j

commencée
et le

termina par une bonne petit prince allemand s'en alla , au
se
le

bout de l'année , avec
tenait (i).

Diable à qui

il

appar-

— Messire Guillaume
au diocèse de Liège
,

,

abbé de sainte Agathe
de tenir tète à une

étant allé à Cologne avec

deux de

ses
,

moines

,

fut obligé

possédée

qui portait dans son sein

un démon
Heis-

{\) Shellen, de
teirb.

Diabol.

,

liv.

VIII. Post Cœsarii

Mirac.

,

liv.

XII

,

chap. 3.

La

cliose se passa vers le

douzième

siècle.

292

LE DIABLE

assez égrillard. L'abbo Guillaume fit à l'esprit malin une foule de questions incohérentes, aux-

quelles celui-ci répondit
la

comme
,

il

lui plut

(par
se

bouche de
).
,

la

possédée

ainsi

que cela

pratique

Cependant
tant de

comme le

Diable

faisait

presqu 'au-

mensonges que de réponses , l'abbé s'en et le conjura de lui dire la vérité , et , rien que la vérité, dans toutes les demandes qu'il
aperçut
allait lui faire.

Le Diable
il

le

promit

,

et tint

pa-

role.

Il

apprit au

bon abbé comment

se portaient

plusieurs défunts dont

voulait savoir quelques
était déjà

nouvelles, lui
et

nomma ceux qui
le

au

ciel

ceux qui patientaient dans

purgatoire. L'abbé

mit aussitôt à prier pour eux ; et en même temps un des moines qui l'accompagnaient vouse
lut lier conversation avec le Diable.
lui dit l'esprit

Tais-toi

malin j lu as volé hier douze sous

à ton abbé; et ces douze sous sont maintenant à
ta ceinture,

enveloppés dans un chiffon
plusieurs autres

I

Je te
vols

pourrais

nommer
celui-là
,

petits

comme

sur lesquels tu n'as rien bre-

douillé à confesse...

L'abbé , ayant entendu ces choses

,

voulut bien
après quoi

en donner l'absolution à son moine
il

;

ordonna au Diable de débarrasser la possédée Et où veux-tu que j'aille, dede sa présence.

manda

le

dcmon

?

— Tiens,

je vais

ouvrir

la

PEINT PAR LUI-MÊME.
tu peux.

29.^
si

bouche, répondit l'abbé, lu entreras dedans,

Il

y

fait

trop chaud

,

répliqua le

Diable; tu as

communié
;

ces jours-ci.

mets-toi à califourchon sur
doigts sont sanctifiés
si je

mon

pouce.
,

— Eh bien! — Tes
je

m'y

frottais

m'en

m'en mordrais plus d'une
ce cas
,

fois les ongles.
;

va-t'en

tu voudras

— En mais déloge. —
j'ai

Pas

si

vite, répliqua le Diable;

permission
,

de

rester ici

deux ans encore

;

alors

qui vivra

verra

L'abbé, voyant

au Diable
dans
Oui.
ta

— Voyez....
comme une

— Au moins, montre-toi nos yeux — Vous voulez — forme
:

qu'il n'y avait rien à faire, dit

à

naturelle.

le

?

En même temps

la

possédée

commença de
haute

grandir et de grossir d'une

madéjà

nière effroyable.

En deux minutes,

elle était

tour de trois cents pieds. Ses

yeux devinrent ardens
ses traits

comme
,

des fournaises, et

épouvantables. Les deux moines toml'autre

bèrent l'un en pamoiso.n

en démence.

L'abbé

,

qui seul avait conservé un peu de

bon

sens, conjura le Diable de rendre à la possédée
la
taille

et la

forme

qu'elle avait d'abord.
:

Le
sans

Diable obéit
» »

et dit à
,

Guillaume

— Tu
^^

fais
,

bien

de

te raviser

car nul

homme

ne peut

mourir,

me

voir tel que je suis (i)"*
,

(0 Cœsarii Heisterbach Miracul.
et

liv.

V

,

chap. 29

,

Shellen

,

de Diabol.

,

liv.

VII.

294

LE DIABLE
II

,

y

a peu de personnes qui ne connaissent

cette
les

chanson du chevalier De Lisle, appelée par
,

dévots la Prophétie Turgotine. Cependant
,

comme on laltribue au Diable
nous dispenser de
(

nous né pouvons
ici (i).

la

rapporter

Air

:

La bonne Aventure

,

ô gué

! )

Vivent tous nos beaux
Encyclopédistes

esprits
,

Du bonheur

français épris

,

Grands Économistes
Par leurs soins
,

!

au temps d'Adam
,

Nous reviendrons

c'est leur

plan

;

Momus

les assiste,

gué

!

Momus
Ce
n'est

les assiste.

pas de nos bouquins
vient leur science
;

Que

En eux

,

ces fiers paladins
la

Ont

sapience.

Les Colbert

et les Sully
;

Nous paraissent grands
Ce

mais
,

fi î

n'est qu'ignorance

gué

!

Ce

n'est

qu'ignorance
les états

!

On

verra tous

Entre eux

se

confondre

;

Les pauvres sur leurs grabats

Ne
(i) Elle fut

plus se morfondre

;

imprimée à Paris

,

pour la première

fois

,

en 1778.

PEINT PAR LUI-MÊME.
Des biens on
Qui rendront
fera des lots
les
,

agS

gens égaux
à pondre
!

:

Le

bel

œuf

,

gue'

Le

bel

œuf à pondre

!

Du même

pas marcheront
et roture
;

Noblesse

Les Français retourneront

Au
Princes

droit de nature
et lois
,

;

Adieu parlements
,

ducs

,

reines et rois
,

:

La bonne aventure

O gué

!

La bonne aventure
Et cependant vertueux

!

Par philosophie
Les Français auront des dieux

A A
Jésus

leur fantaisie.
,

Nous reverrobs un ognon

damer
!

le

pion

;

(i)

Ah
Ah
Alors
,

quelle

harmonie
!

gué
I

quelle

harmonie
,

!

amour

,

siireté

Entre sœurs et frères

,

Sacremens

et

parenté
;

Seront des chimères

Chaque père imitera

Noé
(i)

,

quand

il

s'enivra

:

On n'a

jamais vu un ognon

damer

le

pion à Jésus.

296

LE DIABLE
Libelle plcnicic
,

gué

!

Liberté pléiiière

I

Phis de moines langoureux

,

De
Au

plaintives

nones

:

lieu d'adresser

aux deux
,

Matines

et

nones

On

verra ces malbcureux
,

Danser

abjurant leurs

vœux

,

Galante cbaconne
gué
î

Galante cbaconne
Puisse des novations

I

La
Le

fîère séquelle

Nous rendre des nations
parfait
,

modèle
le

!

Cet honneur

nous

devrons
:

A

Turgot

et

compagnons

Besogne immortelle

O

gué

!

Besogne immortelle

î

A

qui devrons-nous le plus
C'est à notre maître
,

?

Qui

,

se

croyant un abus
plus

,

Ne voudra

l'être.

Ab

î

qu'il faut
,

aimer

le

bien

,

Pour

de roi

,

n'être plus rien

!

J'enverrais tout paître

gué

!

J'enverrais tout paître

!

PEÎNT PAR LUI-MÊME.
Ces neuf couplets
turel
,
,

297

qui n'ont rien que de nala parodie des pamcommencement du règne

et qui

ne sont que

phlets qu'on publia au

de

r^ouis

XVI,

paraissent, depuis la révolution,

tellement miraculeux aux esprits qui cherchent
partout des prodiges , que le révérend père abbé

Fiard
»

s'écrie à ce

propos

:

«

Nous dirons

,

sans

»

»

craindre de nous tromper, que cette prophétie, malheureusement trop véridique, vient de l'esprit infernal, qu'elle est sortie de l'enfer, ou
(

»

ce qui est la

même

chose

)

d'hommes qui
5

» avaient
j)

»
>5

communication avec l'enfer el nous donnons cette prédiction (que sûrement on ne contestera pas) pour un y?/// du Diable ou des démonolàtres existans alors dans le royaume.
»

))

j)

»

cette époque de 1778 (qu'on veuille bien remonter ) , la France était tranquille auy dedans un roi bienfaisant avait assuré la stabilité de ces corps antiques de magistrats, que
;

A

» sous le

règne précédent on avait violemment

» attaquée.
))

Les rangs étaient subordonnés. Des
les

gradations marquées différenciaient
tions.

condi-

»

Le

clergé et la noblesse jouissaient de

» leurs droits. »

Le Français aurait
dans
ses

frémi, à

la

seule

pensée
par

qu'il verrait
les

le sein

de

sa patrie,
les

» et

mains de

compatriotes, briser

» autels,

détruire

la

religion, annuler des sa-

»cremens, dont

l'un,

depuis Clovis, depuis

298
»
»

LE DIABLE
,

quatorze siècles
tère

lui

imprime

le

divin carac-

du Turc , du , » Juif; et l'autre appelle sur son union avec une » épouse les bénédictions du ciel. Mais les démoniaques prophètes sont autour
le discerne
j)

de chrétien

»

de Louis XVI ;

ils

habitent ses palais,

ils

vivent

»

de

ses bienfaits.

» bien sûrs
>i

Bien assurés de leurs coups , de l'infernale puissance qu'ils ont sur
,

l'esprit

humain
ils

et

de

la

damnable science
le

» qu'ils possèdent
>i

de l'ensorceler, quand Dieu

permet,
Louis

annoncent, en toutes lettres, que

»

» le
»
»

XVI, que notre maître (c'est ainsi qu'ils nomment) voudra ne plus être roi, etc.
faite

Nous le répétons, nous soutenons hardiment
contre

que cette divination stupéfiante ,

» toute

vraisemblance, contre toute probabilité,

» et antérieure à
))

l'événement de plus de douze

ans

,

est sortie
. .

de

l'enfer, qu'elle n'a

pu

sortir

»
»

que de l'enfer.

Elle est d'une engeance d'hom,

mes

et

de femmes exécrables

en commerce

» avec les
» autre
M

démons , avec des esprits habitans un monde, ou des âmes séparées des corps.
nécromancie
et
les

C'est là cet art détestable de la

» art

connu dès
,

premiers siècles ,

qui a été

» exercé

mais proscrit chez toutes

les nations.

M C'est par cet art
M par Valentine
»

que Charles VI

fut ensorcelé

de Milan ; Henri II, par Diane de Poitiers; l'épouse de Louis Xllï, par la ma-

PEINT PAR LUI-MÊME.
))

299
le cardinal

réchale d'Ancre; le régent,

par

» »
»
»

Dubois

;

et

Louis

XVI,

par les démonolàtres

du dix-huitième
fernaux
,

siècle.

La révolution

pareil-

lement a été combinée dans
;

les antres

in-

et,

qui pis est, elle en est sor-

» tie

etc. (1). »
î

Grâces soient d'abord rendues à l'abbé Fiard

Quand des sots reprocheront
les

à la nation française
,

crimes de

la

dernière révolution

on pourra
révolu-^

dire à ces sots,
tion
elle

comme abbé le Nôtre La
:

a été combinée dans
en
est sortie.

les

antres de V enfer, et

Ainsi

,

ne nous en parlez donc

plus.

Quant

à la prophétie Turgotine

,

la

France

n'était pas

du tout paisible lorsqu'elle parut. Les Turgot avaient occasioné de grandes commotions dans la tranquillité publique. Les économistes ( c'est le nom qu'on donnait aux
sj'stèmes de

partisans de ces systèmes

)

formaient de grands

projets, dont l'exécution était alarmante

pour les

dévots

,

puisqu'elle sapait

une foule de principes,

respectés en religion et en morale; et, nous le

répétons, la chanson du chevalier

De

Lisle ne fut
,

que

la satire

des plans de

M. Turgot

qui pro-

mettait de ramener Fdge d'or en France.
La France trompce par
Magic
,

( I )

les

magiciens du iS%

siècle.

Lettres sur la

etc.

3r.o

LE DIABLE
l'année
1

— En
enfanta
,

dans

la

545 , une dame de noble ligne'e Belgique un gros garçon qui
,

avait la tête d'un Diable (selon le

jugement des

experts)

,

une trompe d'éléphant au milieu du

visage, des pâtes d'oie au bout des bras et des

jambes, des jeux de chat au-dessous du ventre,

une

tête
,

de chien à chaque coude

et à

chaque

deux visages de singe en relief sur l'esune queue de scorpion proprement re, troussée, et longue d'une aune et demie ; ce qui devait faire un petit enfant bien gentil.

genou tomac

Comme
la

personne ne voulait se charger de
,

cette paternité

les

théologiens et les parens de

dame

accusèrent charitablement le

Diable
soutint
la

d'avoir fait ce garçon-là.
qu'il était

Mais

la

mère

de son mari;

et les

gens sensés

cru-

mieux que personne. Quoi qu'il en soit, le petit monstre ne vécut que quatre heures ; et, en mourant, il s'écria à haute et intelligible voix par les deux gueules de chien qu'il avait aux genoux f'^eillez et priez
rent, puisqu'elle devait
le savoir
,
:

^

car

le

jugement dernier
le

est

tout

proche!
n'est pas

Malgré cela,

jugement dernier

en-

core venu (i).

— Le comte de Foulques
(i)

,

qui était

,

comme
cbap.
8.

Cornel.

Gemmce

cosmocriticœ
2.

,

liv. I

,

I^iijffius

de partit port. chap.

l'ElNT

PAR LUI-MÊME.
ne
sait

Sot

on

sait

ou

comme on

pas

,

le

protecteur

obstiné des hérétiques, avait contracté la vicieuse

habitude de se livrer à des eniporlemens et de

blasphémer à
pape, dans

la

journée.

Notre

saint père le

domaines du emparé d'une terre et comtat d'Avignon , s'était d'un château qui appartenaient au comte de Foulques. Celui-ci qui n'aurait pas dû s'opposer aux volontés infaillibles du vicaire de Jésus-Christ n'eut pas plutôt appris qu'il allait perdre un bien
le dessein d'arrondir ses
,

(considérable à la vérité, mais superflu)

,

qu'il
:

monta

à cheval

,

et dit


))

en jurant vilainement
,

«

Je

me moque
;

du pape

de

ses

moines

et

de
»

ses prêtres
,

je jouirai de
je

mes

terres

et de mon
.

» château

ou

brûlerai le comtat d'Avignon.

.

A
les

peine

cet

comte de Foulques eut-il prononcé horrible blasphème , que le Diable le prit par
le

pieds,

le jeta

à bas de son cheval et l'as-

somma.

On
c'est

pense bien que

le

Diable avait des ordres

pour agir ainsi. Mais ce

qu'il y a de plus affreux, que l'hérétique mourut, en proférant de nouveaux blasphèmes Jérémie Drexélius ter-

mine

cette histoire édifiante par la citation de ce
,

vers de Virgile

qui vient bien à propos

:

Discile justiliam niojiiti et non temnere divos.

— On a souvent accusé

le

Diable d'avoir perdu

3o2
les

LE DIABLE
gens par de mauvais conseils. Nous allons

citer, entre cent mille,

un

seul

exemple qui
était le

fe-

rait crier
l'histoire.

bien haut,

si le

Diable

héros de

Achillée etNérée étaient eunuques et valets de

chambre de Flavie, nièce de l'empereur Domilien. Après qu'ils eurent reçu le baptême ils
,

songèrent

qu'il était
si la

de leur devoir de convertir
chose était possible; mais
,

leur maîtresse,

pendant

qu'ils

prenaient cette sage résolution

Domitien maria Flavie au jeune Aurélien.

Comme
les

il

n j avait plus de temps à perdre

tout en l'habillant pour la noce, et en disposant

bijoux dans sa parure, les deux eunuques prêla foi à leur

chèrent
la

maîtresse, et lui firent, dans

un bel éloge de la virginité. disait le premier eunuque , est celle de toutes les vertus qui nous élève plus particulièrement à Dieu , et qui nous rend sem-

— La

même

séance

,

virginité

,

blables aux anges. D'ailleurs nous naissons tous

vierges (i)
(
)

Et puis une

femme mariée
,

est

I

Virginitalem esse
,

Deo proximam

angelis

Ger—

manam
de Dieu

hominibus ùinatam. Pour traduire littéralement
il

cette phrase,
,

aurait fallu dire
,

que la virginilé est parente
et

cousine des anges
re'volte

naturelle

aux humains.

Mais le bon sens se

trop contre ces trois blasphèmes,
à

poar qu'on ne cherche pas
jamais eu que

en adoucir

le

ridicule. Il n'y a
le ce'libat ge'ncral

les Vale'siens qui aient

prêche

PEINT PAR LUI-MEME.
exposée aux coups de poing
et

3o3

aux coups de pied

de son mari. Elle a de vilains enfans.
;

Une mère

gronde doucement on le supporte avec peine. Quand on a un mari , c'est tous les jours nouvelles querelles
,

nouvelles injures
je

— A propos, interrompit Flavie,
viens que
accablait

me

sou,

proches

,

un homme jaloux qui tous les jours ma pauvre mère de rede mots durs et lui faisait un vacarme

mon

père était

,

épouvantable.

même ?
ils

Est-ce que
fera bien pis
les
,

mon

mari fera de

Il

répondit l'autre eusont qu'amans

nuque. Tant que

hommes ne
,

vous paraissent bénins , doux, maniables; dès

qu'ils

deviennent maris

ils

veulent dominer

avec tyrannie; et quelquefois malheureusement,
ils

traitent

mieux

leurs

servantes

que

leurs

femmes
et la castration
,

pour amener

la fin

du monde

,

tant de fois
:

prédite sans succès. Dieu a dit dans la Sainte Bible
et
fct

Crescite
i. )

multiplicamini
Je'sus-Christ
,

^

croissez et multipliez.
:

dans TeVangile
;

— Dieu a
;

(

Genèse, chap.
fait

l'homme

et la

femme pour
a réuni. rens
,

vivre ensemble

on ne doit point séparer ce

qu'il

(

St.

Mathieu
S.

,

chap. ig)

L'homme
et ils

quittera ses pa-

poiu: s'attacher à sa
(

femme
y

ne feront tous deux
,

qu'une seule chair.

Marc

chap. lo). Enfin

dans
si

l'es,

prit de la religion chrétienne

,

que l'on comprend
la jeunesse
,

mal

la

virginité n'est
est

une vertu que dans

et le

mariage
est.

un grand sacrement. Sacramentum hoc

magnum

{Ephes. chap. 5.)

3o4
Soit que Flavie
qu'elle lût
lui contait

LE DUBLE
n aimât point son ëpoux,
elle crut tout ce

soit

un peu niaise,
,

qu'on

et refusa

au jeune Aurëlien

les casi

resses conjugales. Enfin, elle s'arrangea
qu'elle

bien,

mourut quelque temps après, en dansant
,

devant son mari

qui voulait la prendre par la

fatigue, et qui la vit expirer après avoir sauté

pendant deux
décapités (i).

jours.

Les deux eunuques furent
dans
les

— Un

saint

homme connu
,

légendes

sous le
rir, et

nom

de Pierre-le-Neuf, venait de
faisait

mou,

son tombeau
,

des miracles., Euphése

mie de Corrionge

grande dame milanaise
susdit.
la place
il

trouvant depuis sept années possédée de plusieurs

démons fut conduite au sépulcre on commanda aux démons de vider
,


;

,

ils

plaidèrent leur cause de leur mieux; mais
détaler
;

fallut

et ils le firent
:

,

en criant , on ne

sait

pas
!

pourquoi
Pierrot
!

— Ah!

Mariette! Mariette
!....

!....

Ah

— Le
les

Pierrot (i)

révérend père Gaspar , de

la

compale

gnie de Jésus, raconte, dans une de ses lettres,

que

femmes de

l'île
,

d'Ormus , poussées par

démon de la
Jac.

luxure

attentèrent plusieurs fois à
sont martyrs, selon

(0 Legenda aurea. Ces deux hommes
de Voragine
,

leg. 'jo.
,

(2)

Mariola
,

,

Mariola

Petrine
,

,

Petrine
)

{Legenda

aurea

Jacob, de Voragine

le'g.

()i.

PEINT PAR LUI-MEME.

3o5

sa chasteté, et l'engagèrent, par toutes sortes

de

moyens, à forniquer avec elles, parce quelles
comptaient bien que ,
enfans d'un jésuite
saints tout faits.
,

si

elles

pouvaient avoir des

ces enfans seraient de petits

Etait-ce encore le Diable qui

leur avait donne' cette dernière idée?

Le père

Gaspar, qui avait été soldat avant d'être missionnaire, ne dit pas s'il fut faible avec les Indiennes;

Voyez pourtant quelles sont les Ses pièges sont ruses et les finesses du Diable quelquefois si séduisans, qu'il y ferait tomber les
mais
il

ajoute

:

!

anges

même

(i)"-*
,

— Saint Bernard

abbé de Clairvanx

,

s'était

un jour enfermé dans sa cellule, pour graisser ses souliers. Le Diable , témoin de cette humilité ,
prit sur-le-champ la figure d'un

voyageur

,

et

entra dans la cellule de Bernard

à parler à l'abbé.

,

en demandant
Bernard, en
I

C'est

moi

,

dit

levant les yeux sur le voyageur.

— Pouah

quel

abbé!

s'écria le

Diable
les étrangers

Ne
,

vaudrait-il pas

mieux recevoir

que graisser vos

chausses?.... Ces paroles d'orgueil décelaient le

Diable. Bernard se remit donc

humblement

à la

besogne
(
1

,

et le

malin

s

en

alla (2).

)

Episiola Gaspari Belgœ

,

adfralres soc» Jesu.

Or-

mutii. i5^g. in épis t. Indicis..
{p.)C(esarii Heisterbach.
illiist. rfiiracul.
,

liv. IV".

cb.

7.;

20

3o6

LE DIABLE

Le célèbre musicien Handel , se trouvant en 1700 à Venise , dans le temps du carnaval
joua de
alors
la harpe dans une mascarade. Il que seize ans ; mais ses talens dans

n'avait
la

mu-

sique étaient déjà très-connus.
lati
,

Dominique ScarIhi'f a que
le

le plus habile
,

musicien d'alors sur cet in:

strument

l'entendit et s'écria
,

saxon Handel
ainsi
!

ou

le

Diable y qui puisse jouer

— Les Européens représentent ordinairement
le Diable,

avec un teint noir et brûlé. Les nègres
,

soutiennent
blanche.

au contraire , que le Diable a la peau
officier français se
,

Un

trouvant, au dixd'Ai'dra
,

septième siècle
Afrique
,

dans

le

royaume

en

alla faire

une

visite
la

au chef des prêtres
et

<lu pays. Il

aperçut, dans

chambre du pontife,
,

une grande poupée blanche
qu'elle représentait?
le Diable.
»)

demanda
,

ce

On
le

lui

répondit que
dit

c'était

«

Vous vous trompez
;

bonne-

ment

le Français

Diable

est noir.


le

C'est

»

vous qui êtes dans l'erreur, répliqua

vieux

» prêtre; vous ne pouvez pas savoir aussi-bien

» que

moi

qu'elle est la couleur
,

du Diable. Je

le

» vois tous les jours
M

et je
(i).
>>

vous assure

qu'il est

blanc

comme

vous

(i) Anecdotes

africaines,

— de

la

côte

des esclaves,

page 37.

PEINT PAR LUI-MÊME.

307
le

C'est sans doute ici le lieu

de rapporter
,

portrait

du Diable,
soit
:

attribué à Piron

quoique ce

morceau

généralement connu. Le Diable n'y

est pas flatté
«
Il

a

la
»

peau d'un

rot qui brûle
,

Le
fait

front cornu

Le ucz
»

comme une
dont
filait

virgule
,

,

Le pied crochu
,

»

Le fuseau
»

Hercule (i)

,

Noir et tortu

,

»

Et pour comble de ridicule
»

,

La Queue au

eu.

»

— Un
dans
ses
11

soir

que

saint Augustin était
,

plongé
lui

méditations
portait
et lui

il

vit passer

devant

un

démon qui
Tarrêta
,

un grand

livre sur ses épaules.

nait son livre.

demanda
,

à voir ce que conte-

C'est le registre

de tous

les
;

pé-

chés des

hommes
je les

répondit
,

le

démon

je les

ramasse où
place
,

trouve

et je les écris à leur

pour savoir plus aisément ce que chacun
,

me doit. — Montre-moi
quels péchés
j'ai faits

dit l'évêque

d'Hippone

depuis
livre
il

ma conversion?
,

Le démon ouvrit son
de saint Augustin, où
petite note
:

et

chercha

l'article

ne

se trouva

que celte

Il

a oublié de
llie'ologiens

dire les Complies.

Le

(1)

La plupart des

de l'antiquité disent qu'Heril

cule, auprès

d'Omphale, s'amusait à fder du Un, Mais
filait

y eu a

qui prc'tendent qu'il

autre chose.

3f8
saint

LL
il

DIALL!-:

evêque ordonna au DiaMe de l'attendre un
5

moment
le

se rendit aussitôt à

1

église
et

,

récita les

Compiles, avec d'autres prières,

revint trouver

démon

,

à qui

il

demanda de
s'écria le

lire

fois sa note.

Elle se trouva efl'acée.
,

— Ah
;

une seconde
!

vous

m'avez trompé
prix de

Diable

mes complaisances! Mais on ne m'y En disant ces mots, ilsenalla, reprendra plus va quand on n'est pas content (i). comme on s'en

et voilà le

— Un jour que
comme
pompe
,

saint

Martin (évêque de Tours

chacun
le

sait) disait la

messe en grande
l'église

Diable entra dans

et

avisa

aux moyens de
les enfans

le distraire. Il s'était le

placé parmi
;

de chœur, qui ne
les

voyaient point
le

mais

il

savait,

bien que Martin

découvrirait
et qu'il
il

dès qu'il jèterait

yeux de son côté,
et lorsque
le saint le

faudrait alors déguerpir. C'est pourquoi

se tint se

bien sur ses gardes

;

évêque

tourna vers

le

peuple, pour dire

Dommus
si

vo-

hiscum,
pilier,

le

Diable se heurta
fît

le front

contre un
sin;

regarda Martin, et

une grimace

gulière, que le
et
il

saint ne put s'empêcher de rire

perdit ainsi le mérite du sacrifice de

la

messe.
lin
;

C'était tout ce

que voulait

l'esprit

ma-

il

disparut, aussitôt après cette escapade, sans

(i)

Legenda aurea Jac. de P^oragine

,

aiicla

à Claudio

^Rotâ. Lcg. 119.

PEINT PAR LUI-MÊME.

3og

attendre que l'ëvêqueprîtla peine de le chasser (i).

— Uu avare, qui
sa

était
,

riche à force d'usure

se

devenu extrêmement sentant à l'article de la
apporter sa bourse
,

mort, pria
afin qu'il

femme de
la
il

lui

pût

voir encore une fois
la tint,
il

avant de

mourir. Quant
sur son sein et

la serra

tendrement

ordonna qu'on
ne
lui

l'enterrât avec lui

parce

qu'il trouvait l'idée

de s'en séparer tout-à-fait
;

déchirante.
et
il

On

promit rien précisément

mourut en contemplant ses pièces d'or. Alors on lui arracha la bourse des mains ce qui ne se fît pas sans peine. Mais quelle fut la
;

surprise de la famille assemblée

,

lorsqu'en ou-

vrant le sac ,
(i)

oiî

y trouva , non
ctait représentée
le trait si joli

plus des pièces
dans une
de,

Cette

aventiue

e'glise

Brest.

Grosnet trouva

mais dans un autre sens.
poëte
les
,

— Le DiaWe
l'église
,

,

qu'il le mit en vers
était
,

,

selon cet ancien

dans un coin de

,

écrivant

sur

un parchemin

^

caquets des femmes
,

et

les

propos inconvenans

qu'on

tenait à ses oreilles
feuille fut

pendant

les saints offices.

Or

,

quand sa

remplie
il

,

comme

il

avait encore bien
ses dents
,

des nates à
et le
tiia

prendre

,

mit
,

le

parchemin entre
l'allonger.

de
,.

toutes ses forces
et la tête

pour

Mais

la feuille se déchira

du Diable
lui.

alla frapper contre
,

un

pilier

,

qui se tro,u«

va it derrière
le

Saint Martin
,

qui se retournait alors pour

Dominus l'obiscum
,

se mit à l'irede ta
;

grimace du Diable

,

et

perdit le mérite de sa messe
s'iil

ce

qui ne lui serait point
,

.idvenu

eût eu les

yeux

baissés

comme

dit Philippe

dWlcrippe.

3io
d'or,
était
il

LE DIABLE
mais deux énormes crapauds.... Le Diable venu , et , en emportant lame de Tusurier,

avait

emporté son

or,

comme

deux choses in-

séparaljles et qui n'en faisaient qu'une (i).
Il

y aura

sans doute des gens qui n'approuve,

ront pas la conduite du Diable
trait la famille

parce

qu'il frus-

bien grasse.

On

du défunt d'une bonne bourse leur répondra que l'or qu'elle
de l'usure
et

contenait était

le fruit

de

la

rapine
;

;

qu'mi bien mal acquis ne doit pas profiter
ce n'était sans doute pas toute
ladre
;

que

la

fortune du vieux
là les

et

que

le

Diable exécutait
,

dernières

volontés du défunt

ce que les héritiers n'eussent

pas

fait.

Quant aux deux crapauds
de
laisser
si

qu'il

eut la malice
plus grave.

dans

la

bourse

,

ce

fait est

Mais

on ne peut l'excuser, on peut du moins
,

le rendre respectable
les saints

en quelque sorte
saint Benoît

,

puisque

— Un dévot envoya à

même

ont

fait

des choses de ce genre.

deux flacons

de plusieurs pintes, pleins de bon vin vieux. Le commissionnaire qui les portait s'avisa chemin faisant, de garder le plus petit pour lui, et
,

de ne porter que
modeste.
écarté
,

le plus

gros à Benoit. C'était

Il

cache donc son flacon dans un fossé

et

continue sa route.

(i)

Cœsarii Heist. de morienU'bus fCa]^. Zg, mirac.hb.XJ.

PEINT PAR LUI-MÊME.
Saint Benoit reçut
le
;

3ii

gros flacon de vin vieux,

avec actions de grâces
la perspicacité, » soin
»
il

mais

comme

il

avait
:

de

dit au

commissionnaire
le vin

«

Ayez

de ne pas boire
;

du flacon que vous

avez gardé

rçnversez-le avec précaution ; vous

» verrez ce qu'il y a dedans, n Le saint se retira en disant ces paroles ; et le commissionnaire s'en

retourna tout honteux. Lorsqu'il arriva à sa cachette
et
,

il

prit

son flacon,

le

renversa doucement,
(i)

en

vit sortir

une grande couleuvre
valent bien. Si
,

Ces deux
garde
si

traits se

on

les re-

comme

des espiègleries

le

Diable n'a pas
,

grand

tort. Si

on

les traite

de méchancetés
,

on manque de respect à saint Benoit un homme d'assez bon tempérament.

qui était

— Un chartreux
mon chargé

(2)

,

sur son
,

lit

de mort
il

,

se

trouvant seul dans sa cellule

vit entrer

un dé-

d'un grand in-folio , où
,

avait écrit

en manière d'histoire suivie
tous les péchés

toutes les fautes et

mait Favier.
de
ta vie

— Favier,
,

du mourant. Le chartreux se nomlui dit le

Diable, en riant

avec quelque malice

je te vais lire la
il fît

chronique

En même temps

la lecture

de

son gros
(r)
(2)

livre.

Jacobi de T'oragine

,

Icrj;.

48»
virlul.

Ex Malhϔ Tjmjui
62»

triumpho

de intcgr.

conj.

3i2

LE DI\BLE PEINT PAR LUI-MÊME.
,

Le moine

stupéfait d'avoir

péchés, répondit au

démon
tu as
si

:

commis tant de Tout ce que tu
je lai dit
ai

me reproches,

et

que

bien noté,

à confesse, j'en

ai fait
,

pénitence, et j'en

reçu

l'absolution. Ainsi

tu

peux brûler ton

livre.

Un
ici
,

instant

,

repartit le Diable, toutes tes confes;

sions n'ont pas été bonnes

il

y a certaines

fautes

dont tu
;

n'as pas bien expliqué les circon-

stances

conséquemment
allait se

tu viendras
,

nous voir.

.

Le malade

désoler

quand

la sainte

Vierge parut dans

la cellule,
,

entourée d une lu-

mière éblouissante
craindre
dit-elle

et

tenant dans ses bras un

enfant d'une beauté extraordinaire.
,

— Cesse de
t'a

au moribond , ce bel enfant

pardonné toutes tes fautes , et le ciel est ouvert pour toi Le démon, tout confus d'avoir mal jugé un saint homme s'esquiva en entendant ces paroles. La sainte Vierge se retira aussi et Fa-

,

;

vier, se retrouvant seul
saints.

,

chanta

les litanies
:

des

Lorsqu'il prononça ces paroles

Omnes
,

sancti et sanctœ

Dei ,

intercedite pro nobis

il

le haut de sa cellule enti^'ouvert ; des iimombrables de saints et de saintes vechœurs

aperçut

naient chercher son
ciel

au en bonne compagnie. — en arriver autant — Ainsi
!

âme ;

il

mourut

,

et

monta
nous

Puisse-t-il

soit-il.

FiN.

TABLE
DES MATIÈRES CONTENUES
DANS CET OUVRAGE.

A MA rEMME.
Avertissement
Introductio.v
,

(

Éptlre dédicatoire

pag)

v
vij

ou entrei'ue de l'auteur avec

le

Diable,

xv
i

Chapitre premier. Histoire des démons
Chap.
II.

Formes

et
,

métamorphoses.
en crapauds
,

— Démons en bouc,
,

çn tronc d'abre

en chats noirs
,

en ours

,

en pourceaux, en singes, en dogues
en dragon
,

eu rats
,

,

en nègres,
en âne
,

en

homme
iille
,

,

en cheval

,

en moine

,

eu

guêpe

,

en jeune

en merle noir, en chien
laitue
,

en queue
,

de veau, en œil, en eu grenouille
,

,

en demi-septicr de vin
,

en vautour
,

eu marmottes

en blaireaux,
etc. etc.

en femmes, en monstre

en grand prince
Petit
les

,

i4

Chap.

III.

Le bon

Diable.

roman
démons.

aS

Chap. IV. Services rendus
gardée par
le

par

La vigne

Diable.
la

Trajan sauvé par un dc'mon. Le

Diable veille sur
toire

vertu d'Agnès du Mont-Poliîicn. His-

d'un

démon

qui frc'quenta la maison d'un

évêque

3i4
d'Hildesheira.

TABLE
Le démon de Cassius de Parme. Aldon
le Diable.

et

Granson sauve's par
pagnol
et

Aventure d'un jeune Esle

d'un démon. Le Diable erapcchc

pèlerinage
pag.

nocturne d'un prêtre et d'une dame

33

Chapitre V. Espiègleries de quelques démons.
et le Diable.

— Cadulus
Un curé
M.
de
baladin et
Santois.

Le Diable

et Pierre-le-Prêcheur.

Bonn

et le Diable.

Le Diable

et les passans.

Un

son démon. Le Diable perruquier. Le lutin de

Les démons
Chap.
CiiAP.
et

et les pèlerins

du Japon

,

etc

4^

VL
VIL

L'heureux

— Conte noir 52 Honnêtes actions du Diable. — La vacbe volée
valet.

son cinquième descendant.

Une

fille

de Nivelle et le

Diable. Le Diable et

un enfant

altéré.

Un moine

repris

par

le

Diable.

Le Diable punit un gourmand. Bienveilsobre.

lance

du Diable pour un religieux

Le Diable conle

convertit

un novice, qui voulait retourner dans

monde.

Conduite désintéressée du Diable avec saint Vitus. Senti-

mens

semLlablfts avec saint Ciriaque

6o

Chap. VIIL Malices de quelques démons.
prend
la figure


l'ile

Le Diable
de Crète.

de Moïse, et noie

les juifs

de

Tempête
lines.

excitée à Louvain par le Diable. Orage de

Ma-

Désastre de Quimper-Corentin.
le

Un

Démon montaetc.

gnard tord

cou à un mineur

,

sans le tuer. Le Diable

prend

la figure

d'une femme, tracasse saint Hyppolitc,
la

Mauvaise conduite d'un démon, avec

jeune Ida de Lou-

vain. Malices exercées contre le bienheureux Gilles. Aventures d'Alexandre

ab Alexandro. Les

diables

du château

de Vauvert. La vache possédée du Diable
Chap. IX. Le Diable
et St.
et

73
bleu.

Dominique.

— Conte

86

Chap. X. Mésaventures

faiblesses des démons.

—Eli-

DES MATIERES.
zaLcth
d'Iloveu souffleté le
le

3,i5

Diable

,

etc. Saint Gre'goire le
il

Tliaumatuige mène
cité

DiaMe comme

veut.

Le Diable
le

devant

le

tribunal de Dieu.

Saint

Loup enferme

Diable dans un verre d'eau.

Démon

dans un pot à beurre.

Caradoc

et le

Diable. Le Diable et saint Dorothée. Luther
et saint

et le Diable. le

Le Diable

Antoine. Sainte Julienne et

Diable. Le Diable et saint

Wulfran

....

pag.

93

Chapitre

XL

Petites leçons et châtimens divers

,

infligés

par

le

Diable.

— Le convers
Diable.
la

impudique

,

et le

Diable

déguisé en nonne.

Deux voyageuses
Le Diable

et le Diable.

Joueur

emporté par

le

Diable. Caresses conjugales hors de saisoa
et l'usurier défunt.
Il effraie

punies par le

Le

Diable emporte

langue d'un avocat vénal.
foi.

ua

paysan de mauvaise

Voyage aux

enfers d'un meunier

usurier et impie. Avis à ceux qui chantent vaniteusement,
et

ne veulent pas psalmodier. Le prédicateur orgueilleux.
se

Le Diable

moque d'un moine

paresseux. Il visite
.

ua

moine qui dormait au chœur. Danger de l'invoquer.
Chap. XII.

107
1

La mort de Rodrigue.

— Histoire tragique.
cou tordu

2?
;

Chap. XIII.

De

ceux qui ont
les

le

par

le

Diable
,

de ceux que

démons ont emportés.

— Chara

lils

de

de ]Soé. Gabrielle d'Estrées.
Ulrich Schroter.

Lu

chanoine fornicateur.

Un

comte de Màcon. Une Allemande.
Valeus.

Un

plaideur.

Cagliostro.

Dagobert.

Le soldat

Etienne. Carlostad. Amalaric. Ebroïn

128

Chap. XIV.
tragique
Chap.
Chap.

La mort

de Julien l'apostat.

— Histoire
14^
.

XV. Le dém.on

bienfaisant

Petit

roman
.
.

.

iSz
i56'

XVI Le

conseil infirnal.

— Conte noir

.

3i6
Chapithk XVII.

TABLE
De ceux qui nous
velles (h-Vtnfcr.

ont rapporte des nou-

Histoire d'un religieux anglais, qui va

aux f nfcrs

.

sous la rnndiiitr do saint Nicol.is.

Voyage de
de

Bertlioldpdnns un roin de renfcr.
saint Patrice. Vetin va

Af!;noius visite le trou

aux

enfers.

par

le

Diable

;i

la

porte des

Un clerc se fait porter enfers. Un saint homme visite
est

rinfirmerie des démons.

Tondal

conduit aux enfers pag.

par un ange, etc

i6i

Chap. XVIII. Aventures d'un écolier.
(^HAP.

— Conte

noir.

.

179
,

XIX. De l'estime quon a eue pour les de'mons des grands hommes qui leur ont dû leur mérite etc. Modes du douzième siècle. Beau mot de Thomas Morus.
,

(àoyon de Matignon. Socrate. Apulc'e. Agrippa. Cardan.
Sealiger.

Mesmer. Cagliostro. Averroès. Cbicus-Œscula-

Roger Bacon. Pierre d'Apone. Jeanne d'Arc. Les Templiers. Le pont du Diable. La muraille

uus. Copernic. Jean-Faust.

du Diable.

184

Chap.

XX. Des amours des devrons avec les mortels. Amours d'une religieuse et d'un démon. Amours du
la fdie d'un prêtre.

Diable pour une nonne chaste. Amours d'un de'raon et

de

Amours de Victorin

et

d'une dia-

blesse, etc.

Eofans du Diable: Zoroastro.

Pionuilus.
le

Numa-

Pompilins. Servius-TuMius. Auguste. Simon
Luther. ^Merlin. Apollonius de Thyane.
Clèves. Mélusiue. etc

Magicien.

Les comtes de

iq5
le nez.

Chap.

XXL Le Diable pris par

— Conte

bleu.

207
,

Chap. XXII. Des démons qui ont cité l'Ecriture-Sainte
etc.

— Un dcrnon

récite le paler.
,

Le Diable

cite

un pasle tri-

sage de saint Paul

en

re'claraant

une âme devant

DES MATIÈRES.
l)iinal

St-j

siipitinc.

Un domon apprend
ciel, etc

à saint Bernard sept

vei-5els qui

mènent au

page 21

Chapitre XXIII.
noir
Chap.

Le magicien amoureux

Conte

225
veulcnl

XXIV. Contre ceux qui ne

pas

croire

aux
283

diables.

— Histoire édifiante
Contre ceux qui voient
le

CuAP.

XXV.

Diable partout.

— Pieuse facétie
Chap.

288

XXVI. La fausse princesse.

— Mélodrame à mettre
243

en scène
Chap. XXVII. Quatre histoires édifiantes.

— Mort de

Guillaurac-le-Roux.

— Les

prestiges.

L'interrogatoire.

Encore un tour aux enfers
Chap.

249

XXVIII. Quatre

L'anneau.
à

— Le danger
— Le

petits romans.

The'odora.


25^

des engageraens.

Le voyage

Rome

Chap.

XXIX. Quatre

peti{s contes.

Le souper.

château magique.

pauvre prêtre.

— Le
l'on

Ce que

voudra

270
confesse

Chap

XXX. Le Diable à
,

280

Variétés

oh Mosaïque infernale.

De

l'enfer
et le

et

du

purgatoire.
rant.

Le signe de

la croix.

Le Diable

moul'autre
alle-

L'adultère.

De'part des

Brachmanes pour

monde. Complaisance du Diable pour un prince

mand. La
belge.
et

posse'de'e.

La prophétie Turgotine. Le monstre

Mort du comte de Foulques. Aventure de Flavie

de ses deux eun'jques. Le tombeau de saint Pierre-le-

3i8

.

TABLR DES MATIÈRES.
Bon mot de Dominique
le

Neuf. Chasteté d'un Jésuile aflaqucc. Humilité de saint
Ik'inaril.

Scarlali.
,

Opinion des
selon Piron.
saint

nègres sur

Diable. Portrait du Diable
saint Augustin.

Le Diable

et

Le Diable égayant
,

Martin. Les doux crapauds du Diable

et la

couleuvre

de saint Benoît,

Le chartreux malade

284

FIN DE

l.A

TABLE

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^
,

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The Devil, good natured and obliging may some-

times be outwitted:

One who had sold himself to

him asked if he could not live as long as tho
candie stump should last.

Though his time was

out, the Devil gave hia word and then the man

seized the burning stump and blew out the flame»

The Devil entered the Convent at Esrom and

became the cook«

He prepared sUch exquisite food

^

that the monke gave up fasting for feasting and

they prayed for meal time to

corne.

Thus tho

Devil corrupted ail thèse holy men*

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And tlie

wuiUl
;

"s

standing

still

with

ail

ot'

tlioir

l'p lU'W the endownient, not

weighing au ounce,

to dwell deep down in the well, a bounce. Or move like the siiail in the cnist of his sliell, Or live like the toad in his uarrow abode, By furtlier esperiments (no matter how) With their soûls closely wedged in a thick -wall He found that ten chariots weighed less than

kind Contented

And down, down

the farthing-worth came with

of stone,

By

the gray weeds of préjudice rankly o'ergrown.
Mrs. R.
s.

Nichols.

one plough sword with gilt trapping rose up in the scale, Though balancée! by only a ten-penny nail A shîeld and a helmet, a buckler and spear, Weighed less than a widow's uncrystallized tear.
;

A

^

'

;

THE PHILOSOPHER'S SCALES.

A

MONK, yrhen his rites sacerdotal were o'er, Inthe depthof his cellwithhisstone-coveredfloor, Resigning to thought his chimerical brain, Once formedtheconti'ivancewenowshal' cxplaiu; But whether by magic's or alchemy's jxnvers We know not indeed, 't is no business of ours.
;

A

lord

and a lady went up

at full sail,

When a bee chanced to light on the opposite scale;
Ten Ten
doctors, ten lawyers,

two

courtiers, one earl,

AU

powder and curl, heaped in one balance and swinging frora
counsellors' wàgs, full of

thence,

was only by patience and care, At last, that he brought his invention to bear. In youth 't was projected, but years stole away, And ère 't was complète he -was ^^Tinkled audgi'ay But success is secure, unless energy fails And at length he produced the philosopher's
Perhaps
it
;
;

Weighedlessthanafewgrainsof candor and sensé A first-water diamond, with brilliants begirt, Than one good potato just washed from the dirt Yet not mountains of silver and gold could suffice One pearl to outweigh, 't was the pearl of
;
;

GREAT PRICE.
Last of aU, the whole world was bowled in at
grate,
the.

SCALES.

" What were they
ently see
;

?

"

you

ask.

You

shall pres-

With

the soûl of a beggar to serve for a weight,
the former sprang
buff

When
That

up with

so strong a re-

Thèse scales were not made to weigh sugar and tea. no for such properties wondrous had they, That qualities, feelings, and thoughts they could
;

it

made
up

a vast rent

When
And
That

balanced in

air, it

weigh,

sailed

aloft,

and escaped at the roof ascended on higli. a balloon in the sky
;

!

Together with articles small or immense, From mountains or planets to atoms of sensé.

Wliile the scale with the soûl in't so mightily
it

fell

jerked the philosQpher ont of his

cell.

Jane Taylor.

would lay, And naught so ethereal but there it would stay, And naught so reluctant but in it nmst go AU which some examples more clearly will show.
it
:

Naught was there so bulky butthere

THE CALIPH AND SATAN.
VERSIFIED FROM THOLUCK'S TRANSLATION DUT OF PERSIAN.

THE

The firstthinghe weighed wastheheadof Voltaire,

Which retained ail the wit that had everbeen there.
As a
weight, he threw in a torn scrap of a
leaf,
;

In heavy sleep the Caliph lay, When some one called, " Arise, and pray

"
!

Containing the prayer of the pénitent thief When the skull rose aloft with so sudden a spell That it boUnced like a bail on the roof of the cell.

The angry Calijjh cried, "Whodare " Rebuke his king for slighted prayer ?
Then, from the corner of the room, A voice eut sharply through the gloom

l

One time he put in Alexander the Great, With the garment that Dorcas had made
weight
;

for a

:

And though clad in armor from
Thfi haro rose up,

sandals to crown,

and the garment wènt down.

"My name is Satan. Eise obey Mohammed's law awake, and pray."
!

\

;

A
l

A

long row of almshouses, amply endowed a well-esteemed Pharisee, l)usy and proud, Next loaded one scale while the other was pressed By those mites the poor widow dropped iuto the

By

" Thy " But

ivonls are good," the Caliph said,

their intent

1

some what dread.

'

;

For matters cannot well be worse

chest

:

Than when the

thicf says,

'

Guard your purse

f

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