DEUX BUDGETS, LA MÊME VISÉE Québec et Canada, pages 6 et 7

INDÉPENDANCE DE L’ALGÉRIE International, page 11

Clarté
Mai 2012- no. 17
Prolétaires de tous les pays, peuples et nations opprimés, unissez-vous!
Commentaire
Sur la conjoncture politique www.particommunisteduquebec.ca

GROTESQUE?
Robert Luxley Ce n’était pas une question lorsque Jean Charest s’est exclamé en colère pour répondre à une question d’un journaliste sur la possibilité qu’il déclenche une élection sur le dos des étudiant(e)s. Mais personne n’est dupe. Le jeu de ce gouvernement mafieux est largement commandé par la recherche d’une opportunité, d’un moment favorable pour gagner les prochaines élections. Étant complètement discrédité par les scandales de corruption et largement contesté à cause de ses politiques, telles que son plan Nord ou la hausse des droits de scolarité, le parti libéral est vraiment coincé. Il lui est difficile d’envisager une élection après que la commission Charbonneau ait commencé ses travaux, craignant qu’elle dévoile des preuves de la corruption dans laquelle il baigne. Aussi, ne lui reste-t-il comme fenêtres que la fin du printemps ou la fin de l’été. C’est ce que semble confirmer le fait que le Directeur général des élections ait commencé à réserver des locaux partout au Québec en prévision de la tenue possible d’un scrutin dès ce printemps. D’autre part, Charest est légalement obligé de déclencher une élection partielle dans le comté d’Argenteuil au plus tard à la mi-juin puisque le siège sera vacant depuis six mois suite à la démission de David Whissel le16 décembre 2011. Charest comptait bien marquer des points avec son plan Nord et tabler sur un règlement relativement rapide du conflit avec les étudiant(e)s. Mais le plan Nord est très contesté comme en témoigne la manifestation de 300 000 personnes du 22 avril dernier. Et il n’a pas réussi, malgré toutes ses manœuvres malhonnêtes, à diviser le mouvement étudiant qui demeure uni et dont la mobilisation, loin de s’essouffler, se retrouve renforcée, notamment par la «contre-offre » odieuse qui consiste à augmenter les droits de scolarité de 1 779$ par année plutôt que 1 625$.

POUR UNE GRÈVE GÉNÉRALE, SOCIALE ET POLITIQUE!
Tract diffusé par le PCQ-PCC à la manifestation du Jour de la Terre le 22 avril 2012, à Montréal La lutte du mouvement étudiant québécois contre la hausse des droits de scolarité s’engage maintenant dans une onzième semaine de grève. Impliquant à son zénith jusqu’à 310 000 étudiantes et étudiants en même temps, la grève est poursuivie par plus de 170 000 d’entre elles et eux encore aujourd’hui. Cette grève est désormais historique tant par sa durée que le nombre d’étudiantes et d’étudiants qu’elle aura mobilisés. Le 22 mars dernier, elle aura aussi donné lieu à la plus importante manifestation de toute l’histoire du Canada en faisant marcher dans les rues de Montréal plus de 200 000 personnes. Le Parti communiste du Québec salue cette lutte étudiante qui est exemplaire par le courage, la détermination et le militantisme des étudiantes et des étudiants qui ont organisé dans toutes les régions du Québec des dizaines de manifestations quotidiennement depuis 70 jours, manifestations colorées et rivalisant d’imagination. Elles ont contribué à faire en sorte que non seulement leur lutte ait reçu une couverture médiatique exceptionnelle, mais ce faisant, de populariser aussi leurs revendications pour l’accessibilité à l’éducation pour toutes et tous et ainsi tenir en respect la propagande mensongère du gouvernement. Les revendications étudiantes reçoivent l’appui de larges secteurs de la population, notamment l’intelligentsia, le monde artistique et le mouvement syndical. Les efforts du mouvement étudiant pour élargir la lutte au-delà de ses propres revendications vers une contestation plus large et globale des politiques d’austérité et néolibérales du gouvernement sont remarquables. Ainsi, a-t-il appelé tous les secteurs de la population à se mobiliser dans un “printemps québécois”. Les étudiantes et les étudiants se sont mobiliser aussi en solidarité avec la lutte des travailleuses et des travailleurs de Rio Tinto à Alma. Un élément-clé de la force du mouvement est certainement l’unité qui a existé dans les faits depuis le début de grève entre les différentes organisations étudiantes. Le gouvernement en est bien conscient et c’est la raison pour laquelle sa stratégie consiste essentiellement à essayer de les diviser. Comme en 2005, le gouvernement espère isoler la CLASSE. Il invite la FEUQ et la FECQ à une première rencontre de négociation en excluant la CLASSE, prétextant encore une fois son refus de « condamner » explicitement des gestes «violents» (cette fois-ci, du vandalisme contre la propriété et des menaces à l’endroit de certains ministres). Pourtant, la CLASSE s’est clairement dissociée de ces gestes. Elle n’a aucune prise sur des gestes isolés que peuvent poser des individus frustrés par le pourrissement du conflit et le mépris du gouvernement. On peut même penser que ces individus ne fassent possiblement pas partie du mouvement étudiant, voire qu’ils sont des agents provocateurs de la police elle-même. De tels gestes ne servent que le gouvernement en lui donnant l’occasion de détourner le débat et discréditer le mouvement étudiant aux yeux de l’opinion publique. Pendant ce temps, le gouvernement refuse de reconnaître le droit de grève des étudiantes et des étudiants qu’il réduit au droit de chacun de simplement « boycotter » individuellement ou si on veut, de sécher ses cours . Il encourage ouvertement le recours
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2 Actualité
1er mai 2012

Prolétaires de tous les pays, peuples et nations opprimés, unissez-vous!

LES CAPITALISTES NE PEUVENT PAS VIVRE SANS NOUS, MAIS NOUS POUVONS VIVRE MIEUX SANS EUX
Un message de solidarité du Parti communiste du Canada
Le mouvement syndical au Canada est attaqué tant légalement qu’économiquement, subissant le chantage des grèves et des lock-out. Les travailleuses et les travailleurs se voient imposer les doubles et triples échelles différentes de salaires, d’avantages et de pensions sous peine de subir un lock-out ou de se voir acculés à faire la grève. Il n’y a pas eu une seule grande victoire depuis des années pour le mouvement syndical, mais l’offensive des entreprises continue sans répit. Demandez aux travailleuses et aux travailleurs du transport de Toronto, aux enseignant(e)s de Colombie-Britannique, aux travailleuses et aux travailleurs des compagnies aériennes, aux mineures et mineurs de Sudbury, aux travailleuses et aux travailleurs de Rio Tinto au Québec, au syndicat des Métallos à Hamilton ou à des travailleuses et des travailleurs de l’usine Windsor diesel s’il s’agit d’un environnement accueillant ou dangereux. Toutes ces travailleuses et ces travailleurs ont été ou sont militants. Certains sont à panser leurs plaies et d’autres sont encore engagés dans la lutte, mais la formule pour la victoire n’a pas été trouvée. En Colombie-Britannique l’attaque des négociations à « coût nul » menace les travailleuses et les travailleurs du secteur public dont les salaires avaient déjà été gelés précédemment, et diminués de 15% dans le cas des employé(e) s d’hôpitaux il ya à peine quelques années. En Ontario, les libéraux provinciaux se moquent des travailleuses et des travailleurs du secteur public et des enseignant(e)s qui ont cru pouvoir négocier avec eux. Idem au Québec et dans toutes les autres juridictions au Canada. Dans tous les états capitalistes dans le monde, les néo-cons ont mis à l’agenda des « réformes du travail ». L’angoisse du présent est seulement un échantillon de la misère incroyable qui se profile si nous n’organisons pas une résistance plus efficace. Le plan global pour une main-d’œuvre peu coûteuse, flexible, mobile, accommodante et non-syndiquée, exige la destruction du mouvement syndical tel que nous le connaissons, ou sa transformation en un mécanisme de contrôle et de gestion. Le mouvement ouvrier organisé ne sera légalement admis et toléré que s’il ne constitue pas un inconvénient pour les compagnies. Le droit de grève, de se retirer du travail, et la liberté de réunion, sont de plus en plus niés à de larges sections des travailleuses et des travailleurs par les législations provinciales et fédérales. L’Organisation Internationale du Travail cite pas moins de 30 violations de la Déclaration des droits de l’homme des Nations Unies par les gouvernements canadiens. Les doubles, voire triples échelles de salaire et de conditions de travail sont des attaques directes et vicieuses contre jeunes, les futures travailleuses et travailleurs. En créant économiquement différentes catégories de citoyennes et citoyens, cela finira par éloigner les jeunes du mouvement syndical, dont ils ont tant besoin comme instrument de résistance. En Europe, les « réformes » du traité de Lisbonne parle de travail «productif» et «non productif», où le droit d’un travailleur à la liberté de mouvement sera déterminé désormais par son utilité pour les employeurs. Au Canada, avec un taux de chômage réel de plus de 10% (près de 20% pour les jeunes), moins de 40% des cotisantes et cotisants sont admissibles aux prestations d’assuranceemploi que tous ont pourtant payées quand ils étaient à l’emploi. Pourtant, les Conservateurs parlent de « réforme » de l’assurance-emploi, propre à satisfaire le besoin de main-d’œuvre agricole. C’est ni plus ni moins que du travail forcé, rémunéré à même les contributions des travailleuses et des travailleurs ; pour les employeurs, un bassin de jeunes forts et en santé pour des salaires de subsistance et des conditions de vie du tiers-monde. «Travailleuses et travailleurs invités» dans notre propre pays. Un raffinement à la Harper des camps de travail des années 30. La richesse sur papier du capitalisme basée sur l’endettement qui alimente la destruction de l’économie réelle (de fabrication), se nourrit elle-même de la privatisation et du pillage de la richesse et des services publics, de la destruction de vies condamnées à la faim, la maladie, au chômage et à la soumission. L’accumulation de la richesse d’un côté et le degré de la misère de l’autre sont sans précédent dans l’histoire humaine. La résilience de la classe ouvrière à travers le monde, les 99%, a produit des
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Grotesque ?
L a g r a n d e b o u rg e o i s i e e s t b i e n embarrassée car Charest est leur représentant préféré. L’année passée, à cause de l’impopularité des Libéraux et craignant qu’une élection du PQ (tout aussi bourgeois soi-il) pourrait relancer la question constitutionnelle, la CAQ de Legault semblait être pour la bourgeoisie un plan B. Mais une fois devenue parti et ayant fusionné avec l’ADQ, la CAQ ne lève plus tant que souhaité dans les intentions de votes. Il faut alors revenir au plan A. Il est bien possible que le refus de la GRC de donner à la commission Charbonneau les preuves dont elle dispose concernant la mafia et ainsi retarder ses travaux, ait été une manœuvre pour dégager de l’espace durant l’automne pour les Libéraux. Quoiqu’il en soit, la décision de la Cour du Québec vient de fermer cette fenêtre. Une élection dès ce printemps est donc possible. L’annonce devant les médias le 27 avril dernier des offres que le gouvernement avait prétendument faite au mouvement étudiant visait à gagner les électrices et les électeurs. Selon les derniers sondages, la majorité de la population qui craint devoir payer la note d’un règlement, appuie la position du gouvernement pour une hausse des droits de scolarité. Charest pourrait donc être tenté de faire l’élection sur cette question. Mais c’est un pari très risqué pour lui. Les mêmes sondages démontrent aussi que l’impopularité du gouvernement augmente. De plus, la campagne libérale sera assurément hantée par le mouvement étudiant. En fait, ce contexte politique est favorable pour les étudiantes et les étudiants. Le mouvement étudiant aura donc bien raison de maintenir sa mobilisation et de poursuivre les Libéraux durant la campagne électorale qui viendra bientôt. Peu importe le résultat des élections, le seul prévisible étant que le gouvernement sera un gouvernement bourgeois libéral, péquiste ou caquiste qu’il faudra continuer de combattre. Mais, les étudiantes et les étudiants dont plusieurs ne votent habituellement pas, auraient aussi bien raison de profiter de l’occasion d’appuyer Québec Solidaire qui portera sur la scène électorale leurs revendications et celles des mouvements ouvriers et populaires. C’est la bonne façon de faire la jonction entre la rue et les urnes.

Clarté est publié par New Labour Press Ltd., imprimé à Montréal, Québec, et est de fabrication syndicale sur du papier recyclé.

Clarté

J.Boyden, N. Welsh, A. Welsh, R. Bélangé, M. Breton Fontaine, S. Archambault, P. Fontaine, K. Cariou, M. Figeroa, B. Sloan

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Petite annonce publié dans la presse

Clarté mai 2012

3 Enjeux

aux tribunaux contre la grève étudiante, provoquant délibérément les situations d’affrontement. Il refuse par ailleurs de condamner la violence policière. Pire, il en profite pour accroître la répression à l’endroit des protestataires, répression qui prend des proportions inégalées. Depuis le début de la grève, les forces policières provoquent la violence, même lors de manifestations pacifiques. Rappelonsnous le cas de Francis Grenier qui était sérieusement blessé le 7 mars par une bombe assourdissante lancée par la police à 30 cm de son visage et qui risque aujourd’hui de perdre la vision de son œil droit. Ce qui est certain, c’est que c’est un prétexte qu’utilise le gouvernement pour ne pas négocier. La manœuvre est cousue de fils blancs puisque depuis le début du conflit, notamment à l’émission Tout le monde en parle, la ministre Line Beauchamp ne s’est pas gênée de manifester son refus de négocier, particulièrement avec la CLASSE dont elle considère les positions trop radicales. Le Parti communiste considère qu’il est indispensable que les associations étudiantes restent unies et continuent de faire front contre le gouvernement, quelle que soit la décision du congrès de la CLASSE sur la question de la condamnation des gestes violents. C’est là un devoir absolu. Pour déjouer la manœuvre du gouvernement, il faut refuser de négocier en l’absence d’une des associations. Accepter de négocier divisées ne saurait donner que des résultats médiocres et consacrer la défaite des étudiantes et des étudiants. Le Parti communiste encourage les associations étudiantes à persévérer dans la grève « la minute de plus », même s’il devenait nécessaire d’envisager de poursuivre la lutte l’automne prochain. Les organisations syndicales regroupées dans l’Alliance sociale ont demandé au gouvernement de suspendre l’application de la première hausse prévue en septembre 2012, le temps de mettre en place une commission permanente visant à revoir l’ensemble de la gestion de l’enseignement supérieur et de recevoir son premier rapport, possiblement dès la rentrée de l’automne. Cette proposition pourrait permettre de s’engager dans une véritable négociation. L’Alliance appelle aussi ses membres à soutenir la lutte étudiante et les revendications pour un financement plus adéquat des réseaux collégiaux et universitaires où les entreprises devraient contribuer davantage. Cependant, l’Alliance ne va pas jusqu’à appeler ses syndicats à s’investir directement dans le mouvement de grève et se contente de soutenir les étudiantes et les étudiants qui pour l’instant, restent seuls au front

de la lutte politique contre les mesures gouvernementales. Pourtant, la hausse des droits de scolarité n’est qu’un des éléments de l’ensemble des attaques que mènent la bourgeoisie et son gouvernement contre la classe ouvrière et la majorité de la population. Le Parti communiste considère qu’il est de la responsabilité du mouvement syndical de se joindre au combat directement pour y porter ses propres revendications et de ne pas seulement demeurer derrière les étudiantes et les étudiants. La lutte étudiante actuelle a une portée plus large que la seule question des droits de scolarité et une défaite du mouvement étudiant sera une défaite pour toutes et tous. Une pétition de citoyennes et de citoyens circule présentement demandant aux directions syndicales « d’assumer votre rôle social aujourd’hui plus que jamais, et de vous porter à la défense de la classe moyenne du Québec par un discours fort, tenace, constant, répété. Nous souhaitons voir ce discours accompagné d’un appel à la mobilisation nationale, en débutant peut-être par une journée de grève générale symbolique à la grandeur du Québec. Si un tel symbole était insuffisant pour faire comprendre à ce gouvernement que la cour est pleine, alors votre devoir est de vous solidariser avec le peuple pour prendre des moyens d’action plus intenses et plus forts ». Le Parti communiste appui cette position et propose que l’Alliance sociale appelle à la tenue d’états généraux des mouvements ouvrier, étudiant et populaire durant lesquels pourrait être débattue la question d’une grève « sociale », générale et politique. Considérant le temps nécessaire pour rechercher les mandats des unités locales, nous croyons que celle-ci pourrait être appliquée au début de l’automne prochain. Cependant, une action symbolique ou de perturbation, d’envergure nationale, pourrait être appelée dès ce printemps. Depuis deux ans, le Parti communiste du Québec appelle à la grève générale sociale contre les mesures d’austérité du gouvernement libéral. Seul un tel mouvement d’ensemble peut permettre à la classe ouvrière et aux couches populaires de renverser le rapport de force social actuel où elles demeurent condamnées à se défendre en groupes isolés des attaques incessantes de la bourgeoisie. Aujourd’hui, les étudiantes et les étudiants sont massivement dans les rues et leurs revendications dépassent le cadre des frais de scolarité alors que les scandales de corruption des élites politiques s’accumulent. Ne restons pas indifférents et mobilisonsnous massivement dans la rue! Vive la lutte étudiante! Joignons nos luttes! En avant pour la grève générale!

4 Québec

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Québec Solidaire appuie la gratuité scolaire et fait une proposition de sortie de crise
Le 11 avril, Québec solidaire dévoilait sa proposition pour dénouer la crise causée par le refus du gouvernement libéral d’établir un dialogue avec le mouvement étudiant. Rappelons que les membres du PCQ militent activement au sein de QS et que le PCQ est un des membres fondateurs de l’Union des forces progressistes (UFP) qui devint Québec Solidaire après la fusion avec Option Citoyenne. Voici le communiqué de QS. « La proposition que nous soumettons aujourd’hui vient démontrer que la hausse dramatique et rapide des frais de scolarité n’est qu’un choix politique idéologique. Il est possible d’améliorer le financement des universités sans augmenter la contribution de des familles et des jeunes de la classe moyenne et ce, tout en gelant les frais de scolarité. Nous voulons démontrer que l’accessibilité universelle à l’université est réalisable si le gouvernement décide d’aller chercher les revenus disponibles en demandant aux institutions financières de faire leur juste part. Actuellement, le gouvernement Charest offre un nouveau bonbon à celles-ci en augmentant l’endettement étudiant », affirme Françoise David, porte-parole de Québec solidaire. Une élimination rapide des frais de scolarité Québec solidaire prend des engagements fermes. Un gouvernement solidaire annulera immédiatement les hausses de 500 $ appliquées depuis 2007 ainsi que celles de 1625 $ prévues durant les cinq prochaines années. Ce scénario de sortie de crise verra les frais de scolarité universitaires être ramenés à zéro d’ici 2017-2018. «vPlutôt qu’une hausse de 325 $ par année, nous proposons une baisse de 325 $ accompagnée de mesures pour permettre d’améliorer la qualité de la formation », poursuit Amir Khadir, député de Mercier.. Pour financer la réalisation de l’accessibilité universelle à l’université, Québec solidaire veut mettre à contribution les institutions financières qui ont vu leurs profits augmenter en pleine crise financière mondiale; ces profits se chiffraient à 25,5 milliards $ au Canada pour la seule année 2011. « Il suffirait d’instaurer une taxe sur le capital des entreprises financières pour permettre de respecter les objectifs de financement universitaire que le gouvernement libéral a lui-même fixés. Un taux de base à 0,3% générerait les 228 millions $ que la hausse veut aller chercher dans les poches des étudiants et de leurs parents. La gratuité scolaire serait quant à elle atteinte avec un taux de base à 0,8% appliqué progressivement », ajoute M. Khadir. Rappelons que la taxe sur le capital a été réduite progressivement par le gouvernement libéral jusqu’à son abolition complète. Québec solidaire propose de réintroduire une telle taxe, mais uniquement pour les entreprises financières. Québec solidaire propose également de maintenir les mesures de taxation temporaires qui touchent les entreprises financières annoncées par le ministre Bachand pour les prolonger au-delà de 2014. «Le PLQ et la CAQ veulent imposer une hausse démesurée qui diminue l’accessibilité aux études, peu importe les améliorations apportées au régime de prêts et bourse. L’ambivalence du Parti québécois sur la hausse des frais de scolarité, fait le jeu du gouvernement. Elle renforce la perception qu’il n’y a pas d’autre choix qu’une hausse, puisque l’opposition officielle est contre celle proposée par les Libéraux, sans rejeter une hausse ultérieure. Alors que le PQ prônait la gratuité scolaire sous André Boisclair, il n’a aujourd’hui, rien de mieux à proposer qu’un forum s’il prend le pouvoir. Une belle façon de fuir ses responsabilités », ajoute la candidate de Québec solidaire dans Gouin. Québec solidaire invite le gouvernement libéral à reconnaître la légitimité des positions définies démocratiquement par les différentes composantes du mouvement étudiant. « Si le gouvernement libéral a su en venir à une entente négociée avec le mouvement syndical dans le secteur public, il devrait être en mesure de s’asseoir avec les étudiants. Mais pour y parvenir, il devra cesser de mépriser les représentants des associations étudiantes. », conclut M. Khadir. Le PCQ revendique et appuie:
* La proposition de Québec Solidaire pour la gratuité scolaire par une fiscalité progressive, qui est aussi une revendication de longue date de notre parti; * Un revenu minimum garanti pour tous et toutes ; * L’abolition du système de prêts et de toutes les dettes d’études pour le remplacer par un système exclusivement de bourses ; * La fin et le renversement de la privatisation de notre éducation et de nos autres services publics, entre autres, par un meilleur financement public et une gestion démocratique ; * La fin du recrutement militaire dans les écoles et de l’instrumentalisation de la recherche à des fins militaires ; * La reconnaissance du droit démocratique des étudiants et des étudiantes à s’organiser de façon indépendante et leur droit à la grève ; * Le rétablissement du financement fédéral pour l’éducation tout en réaffirmant le contrôle du Québec sur l’ensemble de son système d’éducation ; * Une nouvelle constitution pour le Canada qui reconnaîtrait le droit à l’autodétermination du Québec, y compris le droit de se séparer.

PLAN MORT ET SACCAGE

Le Plan Nord a été rebaptisé Plan Mort lors de la manifestation. Les Mohawks et le Réseau de résistance du Québécois (RRQ) étaient aussi au rendez-vous. Depuis que le Plan Nord a été annoncé, il suscite à la fois un espoir, celui de vaincre le chômage dans les communautés du Nord, mais aussi l’angoisse et la méfiance. Les Innus de Uashat mak Mani-Utenam ont bloqué la route 138, empêchant les véhicules d’HydroQuébec de se rendre jusqu’au chantier de la Romaine, où Hydro-Québec tente de construire quatre barrages sur la rivière Romaine, jusque là une des rares et dernières grandes rivières à être libre de telles infrastructures. Ces barrages sont construits malgré le grand potentiel éoliens de la région qui pourrait être exploité avec moins de dommage au territoire et à l’environnent. L’électricité produite par ce nouveau barrage servira aux projets miniers du Plan Nord. Encore une fois, la réponse à la contestation fut des arrestations. Dans un article d’André Noël et de Fabrice de Pierrebourg de la Presse, on rapportait que «Certains Québécois en profiteront beaucoup (En parlant du Plan Nord): c’est le cas d’entrepreneurs

blancs qui se sont associés à des Innus pour bénéficier de deux contrats de 35 millions de dollars accordés sans appel d’offres et selon des conditions tenues secrètes. Mais les Innus, divisés et n’ayant toujours pas signé de traité avec le Québec, ne profitent, pour le moment, que très peu de cette manne. À tel point que le député fédéral innu Jonathan Genest-Jourdain ne croit pas que ce type de développement puisse créer des emplois à long terme pour les autochtones.» Rappelons que le développement du Nord ce fait alors que plusieurs conflits sur la question du territoire ne sont toujours pas réglés et sans qu’il n’y ait eu de traité signé entre Québec et les Premières Nations qui habitent ce territoire et auxquelles il revient légitimement. De nombreux projets écologiquement dévastateurs sont planifiés sur le territoire Innu, le Nitassinan (notre terre en Innu), sans leur consentement. Le mépris du gouvernement ne s’adresse pas seulement à la jeunesse du Québec, mais aussi aux Premières Nations. Mais le mépris, les nations autochtones en souffre depuis longtemps. Pire, il y a l’ignorance. Il est tant d’y mettre fin!

Marianne Breton Fontaine On a beaucoup entendu parler de la manifestation étudiante vendredi le 20 avril contre le Plan Nord sous le thème «Non à la gratuité minière! Oui à la gratuité scolaire!» Mais les étudiants et les étudiantes n’étaient pas seuls à manifester durant le Salon du Plan Nord au Palais des congrès à Montréal. En plus des travailleurs et des travailleuses dont quelque 200 militants et militantes de la CSN, les Innus se sont mobilisés, en particulier les femmes de la communauté. Encore une fois, ce qui attira l’attention des médias ne fut pas l’importance des

revendications des gens qui prenaient la rue, mais bien les images-chocs de vandalisme et de brutalité policière avec en bonus les blagues méprisantes de Jean Charest. Après les nombreuses arrestations du Vendredi, 90 autres arrestations ont lieu le lendemain malgré qu’aucun incident ou vandalisme n’ait eu lieu selon les propos même de la police. Le Salon du Plan Nord fut marqué par la répression. Les Innus, dont plusieurs femmes ayant marché depuis Maliotenam, sur la CôteNord, étaient venus dénoncer le Plan Nord et ses impacts éventuels sur les territoires traditionnels des autochtones.

Clarté mai2012
afin de pousser l’ensemble des travailleurs vers la précarité les caractérisant. Il est impératif de combattre ce fléau, cette vulgaire tactique de «diviser pour régner» résultant de cette hégémonie culturelle poussant le prolétariat à s’entredéchirer dans l’arène, sous le regard amusé et satisfait du patronat. Ce que le soi-disant «gros bon sens» nous propose n’est rien d’autre que le mythe du bon bourgeois: le bon patron, l’entrepreneur ayant du flair et ayant su saisir les bonnes opportunités d’affaires, ne faisant que récolter ce qui lui revient de droit et faisant preuve d’une grande générosité en fournissant emplois et pitance au pauvre peuple. Ce mythe moderne doit être déboulonné et mis en pièce au profit du développement de la culture prolétarienne, seule capable de briser les chaînes qui présentement retiennent l’émergence de la conscience de classe et retarde l’avènement de la prise de conscience historique, de l’organisation ouvrière et de la victoire socialiste inévitable de part la contradiction entre le mode social de production et l’appropriation privée de ses fruits. Le syndicat constitue la force unificatrice de la classe ouvrière, le défenseur acharné des droits des travailleurs, l’instrument de lutte contre l’oppression et l’exploitation. Le mythe du bon bourgeois n’est qu’une pure fabrication; rien ne s’obtient du patronat autrement que par la lutte et les revendications. Le salaire minimum, les pensions, les congés fériés, les vacances obligatoires, la sécurité au travail, la durée raisonnable de la journée et la semaine de travail; tout cela s’est obtenu

5 Québec
par la lutte syndicale et par rien d’autre, tout cela fut durement gagné des suites d’une bataille ardue contre les intérêts des bien nantis, rien de tout cela n’a été donné gratuitement à la classe ouvrière par bonté de cœur patronale. Il est impératif de combattre à chaque instant ce déluge de mensonges proféré par les conglomérats médiatiques en bâtissant et en distribuant une presse alternative de qualité, ce que nous faisons avec enthousiasme et détermination. La lutte contre l’anti-syndicalisme, c’est la lutte contre l’hégémonie capitaliste. L’appui indéfectible à nos syndicats constitue le premier pas vers la création du véritable gros bon sens; celui qui instruit et convainc du rôle crucial et émancipateur joué par nos organisations ouvrières.

sport national des médias québécois
Roxanne Bélanger La convergence médiatique constitue un phénomène de plus en plus inquiétant et le Québec ne fait malheureusement pas figure d’exception en ce domaine. Comme nous le savons, les grands conglomérats comme Québécor et Power Corporation tiennent la quasi-totalité du paysage médiatique de la province dans une poigne de fer de plus en plus monopoliste. La classe capitaliste dominante dispose donc aujourd’hui plus que jamais auparavant d’une incroyable machine tentaculaire englobant journaux, télévision, radio et internet, leur permettant ainsi de pousser au maximum leur idéologie bourgeoise dont fait entre autre partie la vague actuelle d’anti-syndicalisme, ce tsunami balayant tout sur son passage et ne laissant derrière lui qu’un réactionnaire réflexe de hargne envers toute forme d’organisation ouvrière. Arrivez-vous à vous souvenir de la dernière fois ou les mass médias ont parlé en bien des syndicats? Pas la peine de vous creusez les méninges; cela n’arrive tout simplement jamais. En effet, alors que les radieuses victoires obtenues par la lutte constante et acharnée de nos organisations ouvrières sont complètement passées sous silence, chaque moindre petite erreur de parcours commise par un syndicat ou l’un de ses membres fait immanquablement la première page. Sous la plume des usuels détracteurs, c’est à dire les Duhaime, Dumont, Facal, Elgrably-Lévy, Samson et autres Martineau, l’union des forces ouvrières est dépeinte comme un frein au progrès, comme une aberration, une crise d’enfant gâté. Éric Duhaime, notre ¨Chicago boy¨ québécois, affirmait par exemple lors d’un passage à l’émission de Mario Dumont que le Québec souffrait d’un ¨retard¨ sur le reste de l’Amérique du Nord, soi-disant ¨retard¨ causé par un taux de syndicalisation apparemment ¨trop élevé¨ et présentant la méthode Thatcher comme solution miracle à un ¨problème¨ qui en réalité n’en est un que pour le patronat et ses mercenaires médiatiques tel que lui. Ce barrage constant de désinformation constitue la tactique employée par les élites économiques afin d’obtenir et maintenir fermement l’hégémonie culturelle bourgeoise dans la vie et l’esprit de la population québécoise. Le «gros bon sens» voudrait maintenant que la syndicalisation soit un concept dépassé, une sorte d’empêcheur de tourner en rond. Ce «gros bon sens» n’est en fait que le reflet de valeurs étant exclusivement à l’avantage de la classe capitaliste et autres marionnettes libérales et conservatrices, et son implantation dans le mode de pensée de la classe ouvrière cause énormément de tort au progrès social et nui grandement au développement de la conscience de classe nécessaire à l’émancipation du prolétariat québécois. Une certaine mentalité de nivellement par le bas émerge de façon inquiétante chez les employés nonsyndiqués, qui, au lieu de prendre exemple sur leurs camarades organisés et de lutter pour l’augmentation de leur conditions de travail, se mettent désormais à vouloir la chute et le recul de la syndicalisation

L’«Union bashing»;

Manifestation du 14 avril La grève est étudiante, mais la lutte est populaire!
En soutient ai mouvement étudiant, 40 000 personnes ont de nouveau pris d’assaut les rues de Montréal le Samedi 14 avril. Cette manifestation coïncidait avec le 9e anniversaire de l’élection du Parti libéral du Québec et se déroulait sous le thème «Pour un printemps québécois». Les protestataires sont parti du parc Jeanne-Mance pour se rendre au Square Victoria, maintenant connu sous le nom de Place du peuple en raison du mouvement Occupy.

6 Québec
L’injuste part
Pierre Fontaine Collaboration spéciale Le 20 mars dernier, le gouvernement Charest a déposé à l’Assemblée nationale un nouveau budget à saveur préélectorale. Préélectoral, parce qu’il n’annonce pas particulièrement un grand nombre de nouvelles mesures régressives. Mais ce budget se situe dans la continuité des deux précédents qui avaient déjà annoncé la plupart des mauvaises nouvelles. Il est un budget de consolidation de l’approche pro-tarification du gouvernement qui s’attaque à la soi-disant classe moyenne et protège les intérêts des riches et des entreprises. Parmi ces mauvaises nouvelles qui vont s’appliquer ou continuer de s’appliquer il y a : • • • • Hausse de la TVQ de 1% depuis le 1er janvier 2012. Taxe-santé de 200 $ par adulte à partir de 2012. Hausse de votre compte d’électricité de 4% par année durant cinq ans à partir de 2014. Hausse des frais de scolarité de 325 $ par année par personne à partir de septembre 2012 durant cinq ans pour un total de 1 625 $. Augmentation du taux de cotisation au Régime des rentes de 0,15 % par année, durant les six prochaines années. Pour un travailleur ayant un revenu annuel de 40 000 $, la hausse représente environ 25 $ par an pour un total de 150 $ par année à partir de 2017. Hausse telle que prévue dans le budget 2010-2011 de la taxe sur les carburants d’un cent le litre par année pour la troisième année de suite et ce pendant quatre ans, soit jusqu’en 2013 (donc au total, hausse de 4¢ du litre sur laquelle la TVQ doit s’appliquer, soit une hausse réelle de 4,4¢ / litre).

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BUDGET BACHAND
plus pauvres sont forcés de payer autant que les plus riches, ce qui fait qu’en réalité, en proportion de leurs revenus respectifs, les riches paient beaucoup moins et les pauvres beaucoup plus. C’est ce qui fait que depuis plusieurs années, les gouvernements fédéral et provincial ne cessent de diminuer les impôts sur les profits des entreprises. Ces diminutions d’impôt provoquent nécessairement un manque-à-gagner pour les finances publiques, qui se traduit par un déficit budgétaire et une dette publique qui augmente. Le gouvernement essaie de combler ce déficit et de rembourser cette dette en récupérant son manque-àgagner sur le dos des classes populaires, la soi-disant classe moyenne. Il fait cela d’une part, en imposant des taxes et une tarification des services publics, et d’autre part, en réduisant ses dépenses par des coupures dans les services publics et en les privatisant. Ce n’est pas parce que le Canada et le Québec sont plus pauvres qu’il y a des compressions budgétaires. Globalement, il n’y a pas moins d’argent, il y en même plus. Par contre le gouvernement fait un transfert d’argent qu’il prend des poches des travailleuses et des travailleurs directement dans celles des capitalistes. C’est un vol pur et simple. Dans le rapport qu’il soumettait à son association en 2011, Jayson Myers, le président et chef de la direction de l’Association des Manufacturiers et Exportateurs du Canada se réjouissait en écrivant: « Si les profits des sociétés avant impôts augmentent à un taux annuel moyen de 10 %, l’impact combiné des réductions fédérale et provinciale des taux d’imposition en 2011 et 2012 devrait permettre, entre autres choses, une hausse des bénéfices après impôt de 12,4 milliards. » Ainsi, lorsque Charest et ses ministres disent que nous sommes plus taxés qu’ailleurs au Québec, ils pensent peutêtre à nous, pauvres travailleurs et travailleuses, mais ils oublient sciemment de dire que ça ne s’applique pas à tous. Ainsi, sur le site web destiné aux gens d’affaires d’Investissement Québec, un organisme du gouvernement du Québec

qui s’appelait auparavant la Société de développement industriel du Québec (SDI), on peut lire ceci : « Au Québec le taux d’imposition des sociétés s’établit à 28,40 % (*) : un des taux le plus bas en Amérique du Nord. La fiscalité québécoise est aussi très compétitive en regard de la création d’emplois et de l’investissement en capital. Au Canada, le taux d’imposition fédéral est de 11 % pour les sociétés fermées sous contrôle canadien ayant un revenu imposable de moins de 500 000 $ CA. Des taux réduits sont également applicables dans certaines provinces pour les petites entreprises. Le taux général de 16,50 % en 2011 (18 % avant cette date) passera à 15 % à compter de 2012. » (* Ce taux n’est donc plus que de 26,90% depuis le 1er janvier 2012. - Les taux des États américains quant à eux varient entre 32,50% au Texas et 43,54% à New York. Source : Investissement Québec et Raymond Chabot Grant Thornton, avril 2011.) Que coûtent aux contribuables moyens les mesures fiscales et les tarifications du gouvernement Charest? À titre d’exemple, supposons deux personnes vivant en couple, qui travaillent toutes les deux et ayant un revenu familial annuel de 70 000 $. Ils vivent dans une maison unifamiliale en banlieue et dépensent environ 2000 $ par année pour se chauffer et s’éclairer. Ils sont parents de deux adolescents, le plus jeune débutant au CEGEP en vue d’aller à l’université et l’aîné commençant un bac à l’université en septembre prochain. Cela implique que les deux seront à l’université en même temps en 2014. La famille a une automobile et dépense environ un plein d’essence par semaine. Combien, à compter de 2012, le gouvernement

viendra-t-il chercher en surplus dans leurs poches à cause des mesures des trois derniers budgets Bachand, en hausses d’impôt déguisées sous forme de taxe et de tarification? (Voir le tableau ci-bas) Ainsi, selon notre exemple, le gouvernement va prendre à cette famille près de 13 000 $ de plus qu’actuellement durant les sept prochaines années, argent qui sera littéralement donner aux entreprises et aux riches qui verront ainsi augmenter leurs profits. Même en enlevant la hausse des droits de scolarité qui est la mesure la plus coûteuse, il faut quand même dire qu’un travailleur seul sans enfant devra quand même payer environ 4 000 $ de plus qu’actuellement durant ces sept années en impôt provincial déguisé. Imposer les nantis et non celles et ceux qui sont dans le besoin Contrairement aux gouvernements et partis bourgeois, le Parti communiste propose à court terme d’adopter une réforme fiscale progressive basée sur la capacité de payer pour permettre d’assurer les services publics et de satisfaire les besoins de la population, tout en assurant des finances publiques saines! Il propose notamment de doubler le taux d’imposition des sociétés (ce qui le ramènerait près du taux d’il y a dix ans) et d’imposer à 100% les gains en capital; de mettre fin aux échappatoires fiscales et aux abris fiscaux; de faire payer les impôts différés des sociétés (plus de 20 milliards actuellement au Canada) et d’emprisonner les représentants des sociétés qui pratiquent l’évasion fiscale; d’éliminer les impôts sur les revenus inférieurs à 35.000 $ par an; d’abolir la TPS et les taxes de vente provinciales régressives; d’imposer des impôts sur les fortunes et les successions dépassant 750.000 $.

Le principe est simple : l’impôt sur le revenu est une mesure plus progressive puisque le contribuable doit contribuer en proportion de son revenu, de telle sorte que le plus riche paye plus et le plus pauvre, moins. Évidemment cela ne fait pas l’affaire des riches auxquels le parti libéral est intimement lié. Au contraire, les taxes telles que la TVQ ou la taxe-santé sont régressives parce les

Notre exemple : Année Taxe-santé Hausse (200 X 2) des frais de scolarité * 400 $ 400 $ 400 $ 400 $ 400 $ 400 $ 400 $ 2 800 $ 325 $ 650 $ 2 X 975 $ 1 300 $ 1 625 $ 5 850 $ HydroQuébec Hausse de la TVQ Hausse de la taxe sur l’essence 30 $ 60 $ 60 $ 60 $ 60 $ 60 $ 60 $ 390 $ Hausse de cotisation à la RRQ X2 50 $ 100 $ 150 $ 200 $ 250 $ 300 $ 300 $ 1 350 $ TOTAL

À Clarté, nous sommes heureux et heureuses de recevoir vos commentaires et vos lettres. Écriveznous à PCQ@CPC-PCC.CA ou à notre adresse postale : 5259 ave du Parc, Montréal, Qc. H2V 4G9. Nous nous réservons cependant le droit de ne pas publier une lettre, ou de n’en publier qu’une partie pour des raisons d’espace et/ou d’éthique.

*Données tel qu’annoncé dans le budget

2012 2013 2014 2015 2016 2017 2018 TOTAL

80 $ 160 $ 240 $ 320 $ 400 $ 1 200 $

200 $ 200 $ 200 $ 200 $ 200 $ 200 $ 200 $ 1 400 $

12 990 $

1 005 $ 1 410 $ 2 840 $ 2 320 $ 2 775 $ 1 280 $ 1 360 $

Clarté mai2012

7 Canada

BUDGET FÉDÉRAL
Un autre budget d’austérité contre la classe ouvrière!
Pierre Fontaine Collaboration spéciale Le budget déposé à la Chambre des Communes par le ministre des Finances Jim Flaherty le 29 mars dernier supprime des emplois, des services publics essentiels et s’attaque à la sécurité de la vieillesse d’une main, et donne de l’autre l’argent épargné aux entreprises en réduisant davantage leurs impôts. Bien que les grands médias soutiennent que le budget soit «modéré», il faut souligner que la réduction de 5,2 milliards $ par an à partir de 2014-15 des dépenses de programme qui totalisent 75,3 milliards $, va signifier une coupure de 6,9% au cours des trois prochaines années. Selon le Congrès du Travail du Canada (CTC) ces réductions des dépenses gouvernementales feront perdre 50 000 emplois à l’économie canadienne, tant dans le secteur public que privé. En plus de couper 19.200 emplois directement dans la fonction publique fédérale durant les trois prochaines années, le budget opère un changement radical dans les priorités générales. Le total des dépenses fédérales consacrées aux programmes en 2015-16 ne correspondra plus qu’à 12,9% du PIB, comparativement à 14,1% en 2011-12. Les revenus nets quant à eux demeureront presque inchangés, à cause des réductions supplémentaires de l’impôt des sociétés. Ces réductions d’impôt des sociétés coûteront 13 milliards de dollars en revenus perdus dans le seul exercice 2012-13. Le ministre Flaherty a déclaré fièrement dans son discours du budget que ses réductions d’impôts des sociétés font du Canada le pays ayant le taux d’imposition des sociétés le plus bas des pays du G7. Selon l’avis de beaucoup d’experts, afin d’éviter de provoquer un ralentissement économique, il n’y avait pas d’urgence de sabrer autant dans les dépenses publiques. Le Canada a un des niveaux d’endettement public net les plus faibles des pays industrialisés (34% du PIB contre une moyenne de 63%), le déficit fédéral ne correspond maintenant qu’à un peu plus de 1% du PIB, et les coûts d’emprunt du gouvernement sont à un des niveaux les plus bas de tous les temps. « Nous constatons qu’il est resté sourd aux appels, même à ceux des agences de notation, d’agir avec prudence dans le contexte économique actuel, considérant qu’il n’y a pas urgence pour le Canada de revenir à l’équilibre budgétaire. De même, il fait fi de tous les commentaires, de ses spécialistes et de ceux de l’OCDE, qui concluaient à l’absence de pression financière sur le programme de Pension de la sécurité de la vieillesse au Canada, confirmant ainsi qu’il n’était pas nécessaire de le modifier, rappelle le trésorier de la CSN, Pierre Patry. Il poursuit également sa charge envers Radio-Canada et les ONG internationales. » Ainsi, plutôt que de stimuler le développement économique par des dépenses publiques, le gouvernement conservateur emprunte des milliards de dollars pour combler le manque à gagner de ses réductions d’impôt des sociétés. Il prétend que cela favorise les investissements et par conséquent, la création d’emploi. Mais au contraire, les entreprises ont utilisé leurs réductions d’impôts pour acheter leurs propres actions afin d’accroître les dividendes, et à accroître leurs liquidités. Les sociétés disposent maintenant de près de 500 $ milliards de liquidités excédentaires. Selon le CTC, le Canada a perdu 500 000 emplois manufacturiers depuis 2003. La faible reprise économique semble s’être arrêtée depuis quelques mois, avec des taux de chômage officiels qu’on prévoit bien au-dessus de 7% pour les deux prochaines années. Le taux de chômage «réel», si on considère les demandeuses et demandeurs d’emploi découragés et les travailleuses et les travailleurs à temps partiel involontairement, serait de 10,6% en 2011, et de 19,7% pour les jeunes. Les salaires stagnent, la dette moyenne des ménages se monte à plus de 150% du revenu, et les inégalités sont à la hausse. Le budget a annoncé l’augmentation de l’âge d’admissibilité à la sécurité de la vieillesse de 65 ans à 67 ans, augmentation qui se fera progressivement entre 2023 et 2029. Cette augmentation de l’âge de la retraite vise principalement à forcer les travailleuses et les travailleurs qui n’ont pas de régime complémentaire de retraite et qui sont souvent à faible revenu, à travailler plus longtemps. Cela risque par ailleurs d’avoir un impact important sur les régimes de retraite publics et privés au Canada, ainsi que sur les budgets des provinces qui devront quant à elles assumer par des prestations d’aide sociale le manque à gagner des personnes forcées d’attendre deux ans de plus pour avoir accès à la pension de vieillesse et au supplément de revenu garanti. De plus le ministre Flaherty modifie unilatéralement le régime de retraite des fonctionnaires fédéraux et des employé(e) s des sociétés d’État qui verront passer l’âge de leur retraite de 60 à 65 ans pendant que la contribution de l’employeur sera ramenée de 64 à 50 %. Les nouveaux salariés-es devront payer plus pour avoir moins. En début d’année le gouvernement conservateur avait pris les provinces par surprise en annonçant unilatéralement que l’augmentation de 6 % par année des transferts pour la santé, en vigueur depuis 2004, prendrait fin en 2017. Après, la hausse n’équivaudra qu’à la progression du produit intérieur brut nominal, mais sans chuter pas en deçà de 3 % par année. Cela aura un impact majeur sur le budget de santé et des services sociaux des provinces qui voudront couper davantage ou privatiser encore plus. D’autre part la CSN, la Fédération nationale des communications (FNCCSN) et le Syndicat des communications de Radio-Canada (SCRC-FNC) dénoncent les coupures de 115 millions$ infligées à Radio-Canada à la suite du dernier budget conservateur. Ces coupures auront un impact irrévocable sur la programmation, sur la quantité et sur la qualité des services offerts par Radio-Canada et vont imposer changement direct au mandat de la société. Finalement, il est important de rappeler qu’en imposant des coupes aussi importantes à Radio-Canada, le gouvernement Harper vient brimer la population d’un outil essentiel au bon fonctionnement démocratique. Pour Louis Roy, président de la CSN « les Canadiennes et les Canadiens méritent mieux que le gouvernement conservateur, qui vient brimer leur liberté de pensée en les privant d’une diversité d’informations essentielle ».

La Révolution Tranquille de Notre Génération doit être verte et rouge
québécois, si créatif et engageant, s’engage à tisser son chemin à travers la marche pour le Jour de la Terre à Montréal, fusionnant rouge et vert pour symboliser ses demandes pour un gel des frais de scolarité avec un respect pour la planète et ceux qui sont le plus touchés par les changements climatiques. Espérons que leur rencontre ne sera pas passagère, mais que la connexion s’approfondira et fleurira. Le Canada a historiquement été divisé par des solitudes de nation, de religion et de langue, mais il n’y pas deux solitudes aussi importantes à surmonter aujourd’hui que celles-ci : la lutte contre une économie injuste et la lutte contre les changements climatiques. Il n’a jamais été aussi urgent de faire ce lien. La vieille mentalité nous dit qu’il faut aborder ces enjeux séparément : laissons les environnementalistes traiter de l’environnement puis laissons les travailleurs et les étudiants se préoccuper de l’économie. Mais une mentalité émergente nous indique que c’est un même combat, parce que les crises climatiques et économiques ont la même racine : la priorisation du profit avant le bien-être de la population et de la planète. Cette réalisation doit constituer la révolution tranquille de notre génération. Si des étudiants carrément dans le rouge est un signe que le modèle économique les laisse tomber, alors les changements climatiques sont une terrible expression - l’ultime alerte rouge - que l’économie actuelle laisse tomber notre planète. Ce modèle économique qui célèbre la cupidité par-dessus tout n’aura pas seulement comme effet de rendre l’éducation inaccessible, il finira par faire de la Terre une planète inhabitable. Ça nous dit : chacun pour soi, c’est aux étudiants d’assumer le fardeau ; et laissons à leur sort les gens de partout sur la planète qui souffrent déjà des inondations, des tempêtes et des mauvaises récoltes induites par les changements climatiques. Le modèle économique néo-libéral qui commercialise l’éducation est le même modèle qui transformera la vallée du Saint-Laurent en zone de fracturation dédiée à l’industrie du gaz de schiste ; qui sacrifiera le Nord du Québec aux compagnies minières et forestières les plus offrantes ; qui transformera le golfe de Saint-Laurent en site de pompage de pétrole ; et qui fera que la province deviendra un templin à l’Est pour les sables bitumineux de l’Alberta, une véritable bombe de carbone. La science nous indique que ce modèle du statu quo - de croissance et de cupidité perpétuelle puis d’expansion et d’extraction constante - ajoute tellement
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Déclaration de la Coalition canadienne des jeunes pour le climat, Justice climatique Ottawa et Justice climatique Montréal publiée à l’occasion du Jour de la Terre où 300 000 personnes se sont réunies dans les rues de Montréal. Aujourd’hui, le mouvement étudiant

8 Idées

Prolétaires de tous les pays, peuples et nations opprimés, unissez-vous!
victime en prison, mirent un terme à sa vie en 1937, à l’age de 46 ans. La pensée de Gramsci telle qu’exprimée dans ses carnets de prison nous éclaire quant a la situation actuelle de la lutte socialiste dans les pays développés de l’occident. Selon lui, la raison pour laquelle la grande révolution finale imaginée par Marx et Engels n’eu pas lieu dans les pays économiquement les plus avancés repose sur le concept de l’hégémonie culturelle. En effet, l’omniprésence de la culture et des valeurs bourgeoises au sein des pays industrialisés agissent comme un frein, un carcan limitant la force d’émancipation de la classe ouvrière. Cette dernière, influencée et imprégnée par la culture capitaliste dominante, peine à se soulever et à développer sa conscience de classe nécessaire à l’avènement du socialisme. Les idéaux bourgeois tels que le droit sacré au profit, le culte de l’entrepreneurship, le fétichisme monétaire, l’anti-syndicalisme et la vénération du patronat vu comme la source de la richesse et de l’emploi prennent racine dans l’imaginaire collectif et deviennent des valeurs universelles, partagées même par le prolétariat dont les intérêts vont pourtant à l’encontre de ces valeurs. Pour Gramsci, il est donc impératif de lutter sans cesse et avec acharnement pour la création d’une culture propre au prolétariat et faisant la promotion de ses intérêts, un concept qu’il appelle ¨guerre de position¨. Cette bataille idéologique doit donc paver la voie à l’action politique et sociale concrète faisant partie de ce qu’il nomme ¨guerre de mouvement¨, dont fait partie les stratégies telles que la grève sociale. Cette analyse ne signifie pas que Gramsci soit un idéaliste au sens philosophique du terme, bien au contraire. C’est en effet dans le but de combattre une interprétation figée et métaphysique du concept de matérialisme historique que Gramsci développe son analyse. En effet, à l’époque ou il vit, un certain courant au sein du mouvement marxiste est victime de passivité et d’inaction, attendant la venue du socialisme de part l’influence de lois historiques agissant d’elles même sur le cours de l’histoire et ne nécessitant pas l’action de l’être humain lui même sur le monde. Cette interprétation fataliste et exagérément déterministe fut combattue par Friedrich Engels lui même durant les dernières années de sa vie, comme en témoigne les lettres écrites par ce dernier à ses ami Joseph Bloch et Franz Mehring en 1890 et 1893 respectivement. Ces lettres nous mettent en garde contre une simplification excessive du concept de matérialisme historique risquant de se muer en attente passive d’une révolution imminente causée par une force externe à l’humanité, bref, une conception paradoxalement idéaliste de la dialectique matérialiste. Gramsci reprend là ou avait laissé Engels et rappelle à la classe ouvrière qu’elle seule possède le pouvoir de mettre en branle l’évolution vers le socialisme en agissant sur le monde et la société qui l’entoure une fois les conditions économiques et matérielles favorables réunies.
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La pensée d’Antonio Gramsci:
pour une analyse sociologique et politique d’une clarté incomparable
Roxanne Bélanger Le monde dans lequel nous vivons peut sembler à première vue chaotique et ne faire à prime abord aucun sens. Il est facile dans ces conditions de tomber dans la passivité et le cynisme et de s’en remettre à une conception du monde fixe et pessimiste, selon laquelle la guerre, l’exploitation, le crime, la violence et la domination de l’homme par l’homme serait le produit inévitable d’une ¨nature humaine¨ intrinsèque et immuable. Heureusement, l’outil d’analyse marxiste nous apporte une vision tout autre des choses: la situation actuelle est la résultante d’une étape historique qui sera révolue après s’être rendue au bout de ses contradictions, pour ensuite laisser place à un stade supérieur d’organisation des forces économiques, politiques et sociologiques; c’est à dire le socialisme, puis, le communisme. Cependant, comment se fait-il qu’aujourd’hui le capitalisme semble perdurer encore et encore et que sa chute définitive ne soit pas survenue dans les pays les plus avancés, en conformité avec les prédictions de Marx et Engels? Marx disait qu’aucune société ne se donne de tâche qu’elle n’est pas encore en mesure d’accomplir, et c’est ici que la pensée et l’analyse développées par Antonio Gramsci prennent toute leur importance. Antonio Gramsci est né sur l’Île de Sardaigne, en Italie, en 1891. Après une enfance difficile marquée par de graves problèmes de santé (notamment une déformation de la colonne vertébrale) qui allait revenir le hanter plus tard, Gramsci fait sont entrée à l’Université de Turin en 1911, ou il étudie en linguistique. Cette époque marque l’industrialisation rapide de la région de Turin, notamment de part les usines de Fiat, et émerge ainsi un mouvement ouvrier et apparaît des syndicats. C’est dans ce contexte que Gramsci joint le Parti Socialiste Italien en 1913, ou il participera à l’organisation de la classe ouvrière locale et prononcera plusieurs discours au cours des années, notamment sur l’émancipation des femmes et sur l’importance de l’expérience socialiste de la commune de Paris. En 1919, il fonda le journal Ordine Nuovo, qui recevra le support de Lénine et des Bolcheviks. Cependant, les tendances centristes du Parti Socialiste finirent par causer de grandes frictions au sein du mouvement ouvrier et en réponse au refus du PSI de supporter l’émergence d’un système de ¨conseils de travailleurs¨ modelés sur les ¨soviets¨ russes, en 1921 Gramsci et ses collègues fondent le Parti Communiste d’Italie. En 1924, il devient chef du parti et est élu dans le compté de Veneto. Malheureusement, suite à une vague de répression politique perpétrée par le régime fasciste de Benito Mussolini, en 1926 Gramsci est envoyé en prison et y restera jusqu’à sa mort. C’est derrière les barreaux, sous la surveillance omniprésente de ses gardiens, qu’il rédigera ses célèbres carnets de prison en prenant bien soin de s’exprimer à mots couverts afin de ne pas alerter le comité de censure. Ces écrits sont aujourd’hui considérés comme un classique de la littérature marxiste et démontrent tout le génie d’Antonio Gramsci. Malheureusement, la santé fragile de ce dernier, ainsi que la négligence et la persécution dont il fut

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Clarté mai2012

9 International

DÉBAT PCF - KKE: LE PEUPLE GREC EST-IL VICTIME DE LA DOMINATION ÉTRANGÈRE OU DE SON PROPRE CAPITALISME ?

Grèce : «Qui sème la misère récolte la colère»
Pierre Laurent Secrétaire national du PCF, Président du Parti Gauche European (Publiée dans le Morning Star, quotidien du PC Britannique)
Les dirigeants européens et le FMI ont exigé du gouvernement grec - non élu et illégitime - un nouveau plan d’austérité pour le déblocage de l’aide de l’UE. Cette aide n’est pourtant pas destinée au développement social dont la Grèce a un besoin vital, mais à garantir le remboursement des dettes de l’Etat grec aux banques. Ceux qui en France, Nicolas Sarkozy en tête, ont mis la pression pour que ces mesures indignes soient adoptées - et qui d’ailleurs imposent les mêmes aux français - nous font honte. Ils ne représentent pas le peuple français, solidaire du peuple grec. C’est le 8ème plan d’austérité qui, comme les 7 premiers, est censé régler une fois pour toutes le problème de la crise de la dette grecque.

Les 7 autres plans ont consisté à baisser les salaires des fonctionnaires de 50%, à privatiser les services publics, fermer des écoles et asphyxier les hôpitaux, pour au final, n’avoir pour conséquence que l’explosion du chômage, de la précarité et de la pauvreté. Aujourd’hui, alors que la récession économique est bien installée, la troïka remet le couvert et le pays est mis sous tutelle pour de nouvelles attaques sur les retraites, la suppression du salaire minimum dans le secteur privé, nouvelles suppressions d’emploi dans la fonction publique... Bref, les mêmes recettes, la même méthode et les mêmes qui trinquent.

Comment alors ne pas comprendre l’exaspération populaire qui s’exprime en ce moment même à Athènes et dans de nombreuses villes grecques ? Comme on dit «Qui sème la misère récolte la colère». Le PCF soutient les citoyens grecs en lutte et les parlementaires de gauche qui ont porté la parole du peuple dans la Vouli en votant contre ce texte dangereux pour la Grèce comme pour toute l’Europe. Il appelle, aux côtés de ses partenaires du Front de gauche, au rassemblement ce soir devant l’ambassade grecque à 18h30 à Paris.

Réponse: Lettre de la section des relations internationales du KKE (Parti communiste grec)
Chers camarades, Il est vrai que le déroulement de la crise capitaliste en Grèce qui s’est accompagné d’une offensive sans précédent contre les droits de la classe ouvrière et des couches populaires, ainsi que d’une intensification en conséquence de la lutte de classe, a retenu l’attention des travailleurs d’autres pays. Dans ce contexte, même des forces politiques bourgeoises, qui portent une énorme responsabilité dans cette offensive anti-populaire, affirment qu’ils « sympathisent » avec la cause du peuple Grec tout en prenant bien soin de dissimuler les véritables causes des problèmes que connaît le peuple grec : la crise capitaliste, le piège qui se renferme sur notre pays, celui des unions impérialistes telles que l’OTAN et l’UE, enfin l’exploitation capitaliste. Les représentants de la « Nouvelle gauche » font des déclarations qui s’inscrivent dans ce contexte, comme la lettre du président du Parti de la gauche européenne (PGE) et secrétaire-général du PCF, Pierre Laurent, au sujet de la Grèce, que vous avez publié dans votre section courrier. En réalité, le problème que rencontrent la classe ouvrière et les couches populaires en Grèce n’est pas un problème de « démocratie », de l’imposition de mesures de l’extérieur, par « les dirigeants

européens et le FMI », comme l’écrit Pierre Laurent. La coalition gouvernementale du parti social-démocrate PASOK et du parti libéral Nouvelle démocratie (ND) ne sont pas non plus des « victimes » de ces « leaders européens et du FMI », telle que la situation est présentée à travers les verres déformants du président du PGE. La vérité, c’est que ces mesures, qui sont prises sous prétexte de l’ampleur de la dette publique, ont comme but de renforcer la profitabilité du capital en Grèce, au moyen d’une réduction drastique du prix de la force de travail. Nous ne devons pas oublier qu’en ce moment même 600 milliards d’euros (près du double de la dette publique grecque) appartenant aux capitalistes Grecs se trouvent dans les caisses des seules banques Suisses ! Il s’agit ainsi de mesures qui correspondent pleinement aux intérêts des capitalistes en vue de faire payer la crise au peuple, afin que la Grèce puisse connaître une reprise capitaliste et que le capital accumulé dans la période précédente puisse trouver un débouché rentable. Il s’agit de mesures qui ont été décidées d’un commun accord, dans le cadre de l’UE, par le gouvernement Grec et la classe bourgeoise dont les intérêts sont défendus par les deux partis au pouvoir et qui n’ont pas été imposées par les « dirigeants européens et le FMI ». Toutes ces mesures se trouvaient plus ou moins dans les programmes du PASOK et de la Nouvelle démocratie, et avaient par ailleurs été prévues par les traités européens, en commençant par le traité de Maastricht. C’est la raison pour laquelle les classes ouvrières Grecques et Britanniques - et bien sûr toutes les

autres - ont une si mauvaise opinion de l’UE et de son rôle anti-populaire. Dans le même temps, les représentants du PGE en Grèce, Synapsismos, après avoir voté le Traité de Maastricht, ont nourri et continue systématiquement de nourrir des illusions sur l’UE, en présentant la participation de la Grèce à l’UE comme la seule voie possible et imaginable, s’opposant en cela au KKE qui lutte pour le retrait du pays de l’UE avec pouvoir populaire. Le président du PGE parle d’une « mise sous tutelle » de la Grèce par la Troïka. Est-il au courant que la classe bourgeoise grecque accepte consciemment depuis des décennies de participer aux unions impérialistes de l’OTAN et de l’UE, et que sa participation dans le cadre de relations inter-dépendantes, prévoyait la concession de droits souverains à l’UE et à l’OTAN ? Sait-il que, par exemple, la Politique agricole commune (PAC) ne laisse aucune place à un développement dans le secteur de l’économie agricole qui aille dans les intérêts du peuple ? Il faudrait lui rappeler que la Grèce avait, avant de rejoindre la CEE-UE, un excédent commercial agricole, alors qu’aujourd’hui, à cause de la PAC, elle importe même certains produits agricoles qui sont cultivés en Grèce, tandis que des centaines de milliers de petits et moyens agriculteurs ont rejoint l’ « armée » des chômeurs. L’entrée de la Grèce dans l’UE, que le président du PGE évite de mentionner - il préfère plutôt dénoncer les « dirigeants européens » de façon abstraite - tout comme les dépenses militaires exorbitantes de l’OTAN, la

politique d’exonérations fiscales pour le capital au nom de la « compétitivité » de l’économie, qui a été suivie dans le passé par les gouvernements du PASOK et de la ND, constituent l’origine de l’inflation de la dette publique et des déficits pour lesquels le peuple Grec ne porte aucune responsabilité. Bien sûr, ces « omissions » réalisées par le président du PGE ne nous inquiètent pas, car nous savons très bien que le PGE a prêté un serment d’allégeance à l’UE, et est généreusement financé en tant que « parti européen », c’est-à-dire en tant que parti qui accepte les « principes » de l’exploitation capitaliste qui caractérisent l’UE : cette alliance prédatrice des monopoles. Le PGE a même pris des engagements en ce sens dans ses statuts et ses documents fondateurs ! Les propositions du PGE sur le « développement » d’ un soi-disant « fonds de développement social », ne remettent pas du tout en cause le pouvoir du capital. Au contraire, le PGE et les forces opportunistes à l’échelle internationale jouent un rôle fondamental en semant des illusions, ce qui passe par l’enjolivement des organisations impérialistes telles que l’UE et la BCE, c’est-à-dire en disant qu’elles peuvent être transformées dans les intérêts du peuple, au moment même où de plus en plus de travailleurs, et pas seulement en Grèce, comprennent que le capitalisme ne peut pas résoudre les problèmes fondamentaux de la population.

10 International

Prolétaires de tous les pays, peuples et nations opprimés, unissez-vous!

La solidarité des pays membres du CELAC envers Cuba sonne le glas du sommet des Amériques(OEA)
Sylvain Archambault Membre de la Table de concertation et de solidarité Québec-Cuba Les 14 et 15 avril dernier se tenait à Cartagena en Colombie, le 6e sommet des Amériques. Un sommet qui dès sa création excluait Cuba. Un sommet qui cette année s’est terminé avec un véto des États-Unis contre la déclaration finale avec comme seul allié le Canada. Avant même le début de ce sommet, les pays membres de la Communauté des États d’Amérique latine et de la Caraïbe (CELAC) avaient annoncé leur intention d’exiger que cesse le blocus économique des États-Unis contre Cuba et son exclusion du sommet. Le 4 février 2012, les pays de l’Alliance bolivarienne pour les Amériques, l’ALBA, avaient aussi adopté une déclaration dans ce sens et s’étaient positionnés en faveur de la souveraineté de l’Argentine sur les îles Malouines. Les présidents du Nicaragua et de l’Équateur ont décidé de ne pas prendre part à au Sommet en solidarité avec Cuba. Même l’hôte du sommet, le président colombien Juan Manuel Santos, a déclaré qu’il était «inacceptable» que Cuba ne prenne pas part à la rencontre. Le président du Venezuela, Hugo Chavez est aussi intervenu en disant « Maintenant, si vraiment ces deux gouvernements , les États-Unis et le Canada, refusent de discuter des sujets qui tiennent profondément à cœur à l’Amérique latine et aux Caraïbes comme la question de Cuba,…, ou de la question des Îles Malouines…Pourquoi tenir d’autres Sommets des Amériques?... Nous exigeons également la fin du blocus honteux et criminel que l’empire exerce depuis plus de 50 ans, avec cruauté et acharnement contre la République de Cuba». Ces positions furent également supportées par la présidente de l’Argentine, Cristina Kirchner, et la présidente du Brésil, Dilma Roussef. À cuba, Granma rapportait Sudbury se sont battus courageusement et se battront à nouveau. La volonté est là, mais la haute direction et l’unité n’y sont pas. Où est le Congrès du travail du Canada dans ces luttes? Pourquoi les éléments du centre et du centre-gauche sont-ils attaqués par la droite? La réorganisation tant vantée de la structure du CTC nous a donné une réponse éclatante. Le maraudage se perpétue, et les fusions ne sont qu’une consolidation organisationnelle à des fins commerciales, sans idéologie ou stratégie de riposte. Combien de temps la direction du mouvement syndical canadien pourrat-elle présider un membership malmené par les accords commerciaux, la désindustrialisation, les reculs, les lois anti-ouvrières, les fermetures d’usines, et le chômage? Et qu’en est-il des 70% non-organisés? Qui va parler pour eux, qui va les organiser? Ce qui ne constituait que des points douloureux dans la lutte de classe il ya vingt ans est devenu des plaies ouvertes. Mais nous avons besoin de plus que des bandages, nous avons besoin des armes d’un programme, de planification et d’unité. Nous avons besoin de nous indigner contre l’oppression et la défaite, nous avons besoin de nous organiser et résister. Si l’ensemble des travailleuses et des travailleurs, ou un pourcentage non négligeable, décidait de simplement rester à la maison, nous pourrions les amener à la table de négociation. Nous pouvons gagner parce que les capitalistes ne peuvent pas vivre sans nous, mais nous pouvons vivre mieux sans eux. Il ya un autre monde et il nous attend. Bon 1er mai, fête internationale des travailleuses et des travailleurs !

que «Le sommet des Amériques de Carthagène restera dans l’Histoire du fait de la position commune de l’Amérique latine et des Caraïbes sur Cuba et les îles Malouines. (…) La réunion s’est terminée sans déclaration finale du fait de la négation de Washington et du Canada d’intégrer ces thèmes dans les débats.» Tous, excepté le Canada et les États-Unis, ont affirmé leur défense de la souveraineté des

pays d’Amérique et la nécessité du respect de cette souveraineté malgré les différences de vues et d’orientation. Ils ont proposé un modèle alternatif qui privilégie la solidarité et la complémentarité face à la concurrence basée sur l’égoïsme et se sont prononcés pour la consolidation de la paix et contre les guerres et la militarisation. Ce fut une belle victoire pour la démocratie et un nouveau coup de poing contre l’hégémonie des ÉtatsUnis sur le continent.

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1er Mai
murmures de mécontentement qui se développent en mouvements allant de la protestation pacifique à l’insurrection. Le Mouvement Occupy a tendu ses muscles partout dans le monde. Le Front militant des travailleuses et des travailleurs grecs (PAME) a inspiré les travailleuses et les travailleurs portugais, français, italiens et espagnols vers des grèves et des protestations massives. Le peuple indien, tant dans le cas des organisés que dans celui de celles et ceux qui ne le sont pas, a répondu par millions à l’appel à la grève générale en février, grève qui n’a pas été rapportée dans nos médias. Les étudiantes et les étudiants du Québec ont lancé une grève historique contre la hausse des droits de scolarité avec le soutien du mouvement syndical. Les enseignantes et les enseignants de Colombie-Britannique persévèrent, et vont probablement gagner devant les tribunaux et l’opinion publique, qu’elles et ils ont bel et bien été volés à l’Assemblée législative. Le Syndicat des Métallos d’Hamilton et les mineurs de

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Antonio Gramsci
Aujourd’hui, il est clair que les conditions nécessaires à l’émancipation du prolétariat sont présente parmi nous, et c’est le travail de la classe ouvrière et de ses alliés de permettre à ces conditions favorables de porter fruit. La pensée d’Antonio Gramsci reflète parfaitement la maxime de Marx: ¨Les philosophes n’ont fait qu’interpréter le monde de différentes manières, ce qui importe, c’est de le transformer¨ À nous maintenant de réunir tout nos efforts pour obtenir l’hégémonie culturelle et politique nécessaire a l’émancipation des travailleurs, à nous maintenant de lutter chaque jour afin de défendre nos droits et faire progresser la cause du socialisme!

les combustibles fossiles ; et de la prise en main, voir le recadrage, du pouvoir abusif des corporations et des banques qui profitent de la privatisation de nos écoles et de la pollution de notre planète. On doit mettre fin au règne du pétrole à Ottawa, et de son influence à Québec. Le gouvernement fédéral donne 1.4$ milliards par année aux sociétés pétrolières parmi les plus riches et polluantes de la planète. Une telle distribution pourrait fonder un système d’éducation gratuite à travers le Québec et le Canada. Le réchauffement de la planète ajoute une grande urgence à nos revendications de justice sociale, économique et écologique - nous devons réduire nos émissions rapidement, le temps presse. Les changements climatiques doivent être cette étincelle qui nous mènera à reconstruire notre économie dans un court délai. Les valeurs de nos nouveaux mouvements sociaux - la solidarité avant l’individualisme, la réciprocité avant la hiérarchie, la coopération avant la compétition - devraient orienter notre vision pour une économie basée sur les énergies propres. C’est un mouvement qui sera plus fort lorsqu’il sera uni, lorsqu’il trouvera des solutions applicables aux crises économiques et écologiques et lorsqu’il sera vert et rouge. Du 26 au 29 octobre prochains, PowerShift 2012 accueillera des milliers de jeunes de partout au Canada à Ottawa afin de pousser ces enjeux sur la scène nationale, lutter pour un avenir socialement et économiquement juste. Si la force et l’énergie du printemps québécois se propage à travers le Canada, nous pouvons y arriver.

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Justice Climatique
de carbone dans l’atmosphère que les changements climatiques cataclysmiques sont certains de devenir une réalité. Cette science nous pousse à trouver des alternatives. Les réelles solutions à la crise climatique viendront de la création d’une économie au service de tout le monde et de notre environnement ; de l’élimination des inégalités grandissantes ; du financement d’un secteur public fort et en santé qui inclut le transport en commun et la gratuité scolaire ; de la création de bons emplois verts qui diminuera notre dépendance sur

Clarté mai2012

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Algérie, 50 ans d’indépendance Henri Alleg : «L’idée internationaliste était primordiale dans notre engagement»
Nous dévoilons un extrait de l’entretien réalisé par Rosa Moussaoui et publié dans le journal l’Humanité avec le communiste Henri Alleg, grande figure du combat anticolonialiste, qui continue de plaider pour que la torture et les crimes de guerre commis pendant la guerre d’Algérie soient reconnus officiellement. Un demi-siècle après l’indépendance de l’Algérie, pour laquelle vous avez combattu, que représente, pour vous, ce pays ? Henri Alleg. Cela va sans dire : je suis très heureux que l’Algérie soit indépendante (rires). Je suis heureux et fier d’avoir pris part au combat pour l’indépendance. Bien sûr, j’aurais souhaité que les aspects sociaux pour lesquels nous avons combattu prennent plus d’importance. Je regrette que les batailles que nous avons menées pour l’avenir, pour le socialisme, n’aient pas pris plus de place. Mais je suis heureux que l’Algérie soit aujourd’hui ce qu’elle est, avec toutes les possibilités qui s’offrent à ce pays. Quand je pense au passé, je crois que notre combat a marqué la lutte du peuple algérien. C’est en ce sens que l’Algérie reste pour mois une référence du combat des communistes. Lorsque vous avez écrit La Question, pensiez-vous que votre témoignage sur la torture puisse avoir un tel impact ? Henri Alleg. Ce n’était pas seulement un livre que j’écrivais. Il fallait faire connaître ce qu’était la guerre en Algérie. Il fallait témoigner des pratiques des colonialistes français, du sort atroce réservé au peuple algérien, de la réalité de cette guerre coloniale. Je dois dire que j’ai été surpris de l’écho rencontré par ce texte, lorsqu’il est devenu un livre. Un demi-siècle plus tard, ce témoignage reste utile. Lorsque je suis invité pour des conférences aux EtatsUnis, au Royaume-Uni, je peux mesurer sa résonnance. Les atrocités commises par l’armée française pendant la guerre d’Algérie ne diffèrent pas des atrocités commises par l’armée américaine en Irak, en Afghanistan et ailleurs. Le combat continue. Rétrospectivement, je suis heureux d’avoir écrit ce livre, parce qu’il conserve un sens dans le monde d’aujourd’hui, même si le contexte a changé. La Question a par exemple circulé parmi les détenus dans des prisons turques où était pratiquée la torture. Vous avez souvent évoqué le racisme inhérent à la société coloniale. Cela vous a-t-il poussé à embrasser la cause de l’indépendance? Henri Alleg. Il est difficile de reconstituer ce parcours qui conduit, depuis l’enfance, l’adolescence jusqu’à la prise de conscience politique. À l’école on nous apprenait que la France allait en Afrique ou en Asie, pour « le bien » des colonisés. Quand on arrivait en Algérie, on comprenait immédiatement avoir été trompé par ces fadaises. Dans les rues d’Alger, des gosses, des petits cireurs, se disputaient les chaussures de quelques passants pour gagner quelques misérables sous. Pourquoi ces gosses n’étaient-ils pas à l’école ? « Les petits Arabes », comme ils disaient, n’avaient pas leur place à l’école. Seule une toute petite minorité y avait accès. Cette réalité, les réflexions qu’elle suscitait en moi m’ont construit comme anticolonialiste. Avez-vous été surpris, à l’automne 1954, par l’éclatement de l’insurrection? Henri Alleg. Ceux qui disent qu’ils n’ont pas été surpris se jettent des fleurs qu’ils ne méritent probablement pas. À ce moment là, Algériens et Européens partageait la certitude que les choses ne pouvaient continuer telles qu’elles étaient, qu’il y aurait forcément des changements. De là à penser qu’une insurrection était sur le point d’éclater… Ceci dit, il nous paraissait clair que l’arrogance des autorités françaises, sûres, alors de pouvoir conserver la haute main sur tout ce qui se passait en Algérie, était trompeuse. Vous communistes, ressentiez de la méfiance à l’égard de ces jeunes nationalistes prônant l’insurrection armée... Henri Alleg. Cela a soulevé chez nous une certaine interrogation. Ce qui ne signifie pas que l’option de la lutte armée était absente de l’imaginaire des communistes algériens. Je me souviens que deux ou trois ans auparavant, cette question avait été évoquée à huis clos, au bureau politique, comme une possibilité, sans que cela ne suscite de scandale. Ce n’était donc pas un sujet tabou pour nous. Je dois reconnaître, toutefois, que les communistes observaient une certaine réserve vis-à-vis de ceux qui voulaient prendre les armes. Il n’y avait pas d’un côté les courageux prêts à prendre les armes, et de l’autre, les timorés acceptant le statu quo. C’était un choix complexe, difficile, qui ne pouvait souffrir l’improvisation. Si lutte armée il devait y avoir, il fallait savoir comment s’y prendre et vers où aller. Toutes ces questions se posaient. Surleplanidéologique,qu’estcequidistinguait le Parti communiste algérien du FLN? Henri Alleg. Ce qui nous différenciait, c’était peut-être l’importance que les communistes attachaient à la bataille politique. Les nationalistes portaient peu d’attention à l’idée d’unification des forces progressistes par delà leurs différences, pour rassembler les masses populaires, pour faire avancer les choses. Certaines de nos batailles, pour la liberté de la presse, pour l’augmentation des salaires, etc. apparaissaient secondaires aux yeux des nationalistes qui, pour ainsi dire, les méprisaient. Nous accordions au contraire beaucoup d’importance à ce type de batailles, pas seulement pour les changements concrets qu’elles apportaient. Pour nous ces luttes participaient à la prise de conscience des travailleurs et préparaient un combat futur plus vaste. Le PCA était un creuset au sein duquel se retrouvaient des hommes et des femmes issus de toutes ces communautés qui vivaient séparément dans la société algérienne. On y retrouvait, ensemble, des Européens, des juifs, des musulmans... Cela influençait-il votre vision du monde, votre projet de société? Henri Alleg. Oui. Il est certain que l’idée internationaliste était primordiale dans l’engagement des communistes. Avant d’être Arabe, Kabyle, Européen, juif, musulman, nos militants étaient des ouvriers, des travailleurs, des gens exploités. C’était cela l’essentiel à nos yeux. Peut-être cette vision des choses a-t-elle conduit certains camarades à minimiser l’expérience concrète du colonialisme propre aux Algériens dits « indigènes ». Une personne née dans une famille « indigène » avait bien plus de raisons de se lever contre le colonialisme qu’une personne d’origine européenne jamais brimée et insultée comme l’étaient les Algériens. Pourquoi le FLN était-il hostile à l’entrée du PCA dans le Front comme composante à part entière du mouvement de libération ? Henri Alleg. Ils ne voulaient pas en entendre parler ! Ils voulaient rester les « patrons », imposer leurs conditions à tous ceux qui souhaitaient rejoindre l’ALN, communistes ou non. Ceci dit, nous ne nous faisions pas d’illusion. Ces nouveaux dirigeants se méfiaient particulièrement des communistes, vus comme des militants organisés, formés, capables d’exprimer leurs idées. Dès le départ, cette méfiance était bien enracinée chez certains dirigeants du FLN. Cette méfiance vis-à-vis des communistes a-t-elle continué à prévaloir après l’indépendance ? Henri Alleg. Dans d’autres conditions, oui. Je le pense. Parce que les choses avaient changé pendant la guerre. Dans la pratique, l’anticommunisme avait reculé, ce qui nous rendait d’autant plus dangereux aux yeux de certains. Est-ce pour cette raison que Ben Bella a interdit le PCA en novembre 1962 ? Henri Alleg. Il ne s’agissait pas seulement de Ben Bella. Le régime naissait ne voulait pas de communistes organisés. Pourtant, cette interdiction n’a pas compromis la reparution d’Alger républicain à l’indépendance… Henri Alleg. Nous nous sommes battus pour réussir à faire reparaître le journal. Au moment de la signature des accords d’Evian, j’étais à Prague. Je voulais repartir le plus vite possible à Alger, former une équipe de camarades qui sortaient de prison pour travailler à la reparution du journal. Les accords d’Evian prévoyaient le rétablissement de la liberté de la presse. Tous les journaux devaient donc pouvoir sortir librement. Mais « tous les journaux », dans l’esprit du gouvernement français,

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Prolétaires de tous les pays, peuples et nations opprimés, unissez-vous!
uniforme ont enfoncé la porte et mis l’appartement sans dessus dessous. Impossible de savoir s’il s’agissait de Français ou d’Algériens. En tous cas, ils étaient venus chercher quelqu’un. Lorsque nous nous sommes installés à l’hôtel, des rafales de mitraillette ont visé nos fenêtres à plusieurs reprises. (..) Finalement, sans en chasser le type posté là, nous nous sommes réinstallés dans nos locaux pour pouvoir faire notre journal sans avoir à traverser l’avenue Pasteur, très dangereuse. Nous restions dans le couloir, pour ne pas être exposés aux balles. C’était drôle, cette rédaction ! Nous n’avions pas de chaises, nous faisions nos réunions assis par terre en tailleur. A l’heure des repas, un des copains allait jusqu’à la rue de Tanger et revenait avec une casserole de loubia. Malgré cette précarité, malgré les difficultés et le danger, nous avons réussi à faire renaître le journal, qui a rencontré un écho incroyable. Nous tirions 80 à 90 000 exemplaires, ce qui rendait délicate la tâche de ceux qui espéraient nous faire taire. Mais nous avons connu bien des mésaventures, comme l’assassinat d’un chauffeur qui transportait le journal. Quel était le climat à Alger ? Henri Alleg. L’inquiétude dominait. Des rivalités de pouvoir opposaient des clans, des wilaya, avec un vrai risque de basculement dans la guerre civile. De notre côté, nous disions: «Assez de bagarres entre patriotes, d’abord la paix et la mise en marche du pays». Nous refusions de voir les divergences internes dégénérer en violence armée. Lorsque ceux de la wilaya 4, militairement plus forte que la zone autonome d’Alger, ont commencé à jouer du coup de feu dans la Casbah, il s’est passé quelque chose d’extraordinaire. Les femmes sont descendues dans la rue Randon. « Tirez sur nous si vous voulez, mais cessez de vous tirer dessus ! Arrêtez le massacre ! Sept ans, barakat, ça suffit ! », criaient-elles. Ces femmes avaient un sentiment politique bien plus élevé que ceux qu’elles interpellaient. De nombreux Algériens estiment, cinquante ans après, que les promesses de l’indépendance se sont envolées. Partagez-vous cet avis ? Henri Alleg. Je crois qu’il est dangereux de penser ainsi. C’est le refus total de voir ce que l’indépendance a apporté à l’Algérie. On ne peut pas dire que les choses n’ont pas changé. On ne peut pas dire que l’indépendance n’a rien apporté aux Algériens. Bien sûr, la jeunesse rencontre de graves difficultés, des choses doivent êtres changées, des luttes devront encore être menées. Mais l’indépendance reste pour l’Algérie une conquête historique inestimable.

LE PCQ EN QUELQUES MOTS:
Le Parti communiste du Québec est un parti dédié à la défense des intérêts de la classe ouvrière. Ses membres sont actifs au sein des syndicats, des organisations communautaires et populaires, auprès des jeunes, du mouvement des femmes et des organismes de solidarité internationales. Les rangs du PCQ sont ouverts à tous ceux et celles qui veulent lutter contre l’exploitation et contre toutes les formes d’injustice, en particulier l’oppression du peuple québécois, et pour l’abolition du système capitaliste et son remplacement ultime par le socialisme, puis par le communisme. Pour parvenir à ces objectifs, nous croyons essentiel que la classe ouvrière s’unisse et conquière, en alliance avec les autres couches exploitées de la population,le pouvoir politique. Les membres du PCQ font également partie du Parti communiste du Canada (PCC). Le PCQ possède cependant un statut particulier au sein du PCC. Ce statut découle de la reconnaissance au sein du mouvement communiste du fait national québécois. Depuis sa fondation, en 1921, le Parti communiste a accumulé une grande expérience. Son histoire est intimement liée à de nombreuses avancées des mouvements ouvrier et populaire. Joignez vous à un parti dont les différentes composantes, d’un bout à l’autre du pays, oeuvrent sans relâche pour contrer le discours néolibéral, favoriser le développement d’un mouvement de riposte et faire progresser le combat social.

Algérie
cela signifiait les journaux colonialistes. À Prague, nous avons organisé une conférence de presse, à laquelle ont assisté une soixantaine de correspondants de la presse internationale, pour annoncer notre intention de faire reparaître Alger Républicain. Peu de temps après cette conférence de presse, j’ai reçu la visite d’un émissaire, chargé de me faire part de la désapprobation des frères de Tunis, hostiles à la reparution du journal. Je lui ai répondu qu’il s’agissait d’une décision collective et qu’il était impensable d’entraver la reparution d’un journal interdit par les colonialistes depuis 1955. Les autorités françaises n’étaient pas en reste. Par voie de communiqué, le préfet d’Alger a rappelé de façon mensongère qu’Alger républicain demeurait interdit. À la vérité, la décision venait d’en haut, du gouvernement français et sans doute du général De Gaulle lui-même. Cela n’a pas entamé notre détermination. Bien au contraire. Je suis rentré à Alger vers le 10 ou le 12 juillet. Nous n’aurions pas pu faire revivre Alger républicain sans la solidarité et l’aide pratique de nos camarades, de nos amis de La Marseillaise, dont le directeur était un pied-noir de Mostaganem, parti en France assez jeune. C’est là que nous avons fait la composition. Les ouvriers du livre nous en ont fait cadeau, en travaillant gracieusement. Un problème se posait pour l’envoi des flans à Alger, ou devait être tiré le plomb. Nous avons tirés quatre ou cinq flans. Nous en avons remis un à Air France, qui n’est jamais arrivé à destination. La même mésaventure s’est reproduite avec Air Algérie. Finalement, un copain qui sortait de prison et devait rentrer à Alger a caché un flan empaqueté dans sa valise. On se faisait un sang d’encre. Arrivé à Alger, au contrôle, il est passé. C’était le premier journal anticolonialiste à reparaître ? Henri Alleg. Oui. Dès sa reparution, le journal a reçu un accueil extraordinaire. Il y avait aussi El Moudjahid, qui arrivait de Tunis, mais ce n’était pas encore un quotidien. Echaab (« le Peuple »), est sorti trois mois après nous. Qui se trouvait dans l’équipe au moment de cette reparution ? Henri Alleg. Il y avait quelques camarades revenus de France. Comme Nicolas Zannettacci, surnommé Zanett, l’ex-maire communiste d’Oran. Il avait été arrêté, expulsé pendant la guerre. Dès qu’on a lancé un appel aux anciens, il est revenu. Abdelhamid Benzine sortait des camps. Il y avait encore Marylise Benaïm qui sortait de la clandestinité. Elle avait servi d’agent de liaison entre la direction du parti et le maquis de Maillot. Le journal, c’est un grand mot. Nous avions deux pages, un simple recto verso. Pour les informations internationales, les seules sources étaient United Press et France-Presse. Ces agences ne partageaient pas nos idées, loin de là, mais d’un

point de vue confraternel, ils étaient heureux de voir reparaître le journal. Ils admiraient notre engagement. À l’époque, il n’y avait que les télex, nous nous rendions dans leurs bureaux pour prendre les doubles des dépêches. Ils faisaient semblant de ne pas s’en apercevoir. On les ramenait à l’Hôtel Albert Ier, où nous étions installés. Marylise était une militante courageuse, une jeune femme pleine de vie. En pleine nuit, dans Alger livrée à l’insécurité, elle allait chercher les dépêches. Un soir, des types, voyant cette jeune femme de type européen, se sont mis à hurler, l’accusant d’appartenir à l’OAS. Ils se sont précipités sur elle, l’ont à moitié étranglée. Elle a protesté: « je suis d’Alger Républicain ! ». Entendant cela, ses agresseurs se sont excusés, l’ont escortée jusqu’à l’hôtel et lui ont même proposé de l’accompagner chaque fois que nécessaire. Pourquoi n’avez-vous pas réinvesti les locaux du journal, de l’autre côté de l’avenue Pasteur ? Henri Alleg. Nos locaux avaient été confisqués pendant la guerre par Le Bled, le journal des paras. Lorsque nous avions voulu nous y réinstaller, un type installé là, se disant envoyé par Tunis, nous a signifié avec un grand sourire que les lieux ne nous appartenaient plus, qu’ils étaient désormais réservés au FLN. C’était incroyable. La guerre venait de se terminer, ils n’étaient pas encore en Algérie et leur première idée, c’était d’occuper les locaux d’Alger républicain pour qu’on ne puisse pas s’y installer. A la vérité, Je craignais beaucoup qu’on ne nous joue un mauvais tour. Lorsque j’avais annoncé le projet de reparution du journal, l’émissaire de Tunis m’avait dit : « Tu sais, Henri, on t’aime bien, alors il faut que tu saches que pendant la guerre, il y a eu beaucoup d’exécutions pour raison d’Etat et malheureusement, ça va continuer encore un peu après l’indépendance ». La menace était claire, directe. Si nous nous entêtions, ils n’excluaient pas de nous liquider. J’en étais plus conscient, me semble-t-il, qu’Abdelhamid. Dans un premier temps, nous étions allés, tous les deux, dormir dans un appartement appartenant à des amis. Moi, je ne m’y sentais vraiment pas à l’aise. Je n’ai pas voulu y rester, donc nous sommes allés à l’hôtel, en plein centre-ville. Là, s’il se passait quoi que ce soit, il y avait des témoins. Nous avons pris la bonne décision : le lendemain de notre départ, des types en

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