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FORUM

Olivier Ihl : « Une grande inquiétude »
Présidentielle.
Entretien avec le directeur de l’Institut d’études politiques de Grenoble, aujourd’hui à Lyon.
Vous parlez de crise. Mais on a l’impression que la crise est au rendez­vous de toutes les élections… Cette crise prend une dimen­ sion par ticulière, avec un nombre de chômeurs record, et une atmosphère anxiogène, provoquée par la crise des dettes souveraines, le senti­ ment que l’euro n’est pas une digue suffisante pour assurer

talle […].
Le vote protestataire sera­t­il élevé ? Tout est question de définition du « protestataire », mais les intentions de vote montrent qu’une partie importante des Français, jusqu’à 45 %, sont prêts à voter au premier tour pour des leaders qui ne repré­ sentent pas les forces gouver­ nementales, qui ne relèvent pas d’une continuité des politi­ ques de l’Etat. C’est l’expres­ sion d’un mécontentement social, qui s’est déjà exprimé lors des précédents scrutins, et qui traduit une logique de défiance à l’encontre du politi­ que […].
 Photo DR

« Au peuple ! » à la Villa Gillet
Confronter les intellectuels avec leur public et des élus: c’est le pari du «Progrès» avec la Villa Gillet. Après Emmanuel Todd, Dominique Reynié et Paul Jorion, le politologue Olivier Ihl se prête aujourd’hui à l’exercice, avec le député (UMP) Philippe Cochet et le patron du PS du Rhône, Jacky Darne. Olivier Ihl sera ce soir (à 20h30) au Théâtre de la Croix-Rousse à Lyon, dans le cadre des rencontres «Au peuple !». Il débattra avec la philosophe Fabienne Bruguière et la politologue Céline Braconnier.
> Renseignements: 04.72.07.49.49. et www.villagillet.net

« Un sentiment général d’urgence »
la stabilité… Il y a un senti­ ment général d’urgence, et de nécessité de décisions stratégi­ ques. Cela provoque un senti­ ment de désespérance dans les classes populaires, et d’aban­ don chez les classes moyennes. Nous sommes dans une société en pleine transformation, et en grande inquiétude.
Selon les sondages, le chômage est la première préoccupation des Français… C’est évidemment ce qui touche au plus près nos conci­ toyens, et ce qui révèle le plus nettement l’impuissance du politique. Pendant des années, on leur a assuré que certaines mesures permettraient de maintenir l’emploi, mais ils ont constaté que cette volonté politique montrait vite ses limites. Il est donc normal qu’une certaine méfiance s’ins­

Vous avez évoqué les classes moyennes. Tout le monde se les dispute – c’est nouveau ? Non ! Dès les années 1830, Guizot parlait des classes moyennes. Vous avez eu aussi Gambetta, qui avait bien pres­ senti l’avènement des classes moyennes au cœur de la Troi­ sième République. L’intérêt pour les classes moyennes est dû à des raisons très arithméti­ ques : ce sont des catégories électorales qui votent plus que les autres. Et l’on sait que l’UMP et le Parti socialiste y puisent une grande partie de leur électorat, alors qu’ils ont largement abandonné l’électo­ rat ouvrier. 

Votre point de vue (extraits)
Pierre Allegre, par mail Avant de lancer de nouvel­ les réformes, il serait sûre­ ment judicieux de finaliser l e s p r o m e s s e s qu i n ’o n t jamais abouti, à savoir l’augmentation des petites retraites de 25 %, remettre un peu d’ordre dans la dis­ tribution d’aide à tout va et à n’ i mp o r te qu i . A i d o n s plutôt les petites entreprises qui se battent pour conser­ ver nos emplois. Assez de promesses, passez aux choses sérieuses, que vous soyez de gauche ou de droite, qui aura enf in la bonne idée d’œuvrer pour le peuple ? Franck Lecanut, Lyon Je pensais que gouverner était réfléchir. La tactique UMP actuelle consiste à lancer une idée par jour. Le temps que l’opposition réponde et démontre l’impossibilité de la faisabili­ té d e c et te p r o p o s i t i o n , notre président est déjà passé à autre chose. La plu­ part des idées lancées sont irréalisables dans l’immé­ diat pour toutes sortes de raisons. Par exemple je vois mal la France taxer seule les transactions financières, la TVA sociale sera longue à être mise en place, transfor­ mer le statut des profs pren­ dra du temps… De toute façon, la plupart des réfor­ mes annoncées par le passé, des promesses faites, ne se sont jamais réalisées. Yvette Nogaretto, Écully Monsieur Sarkozy annonce­ ra sa candidature ou sa non c a n d i d a t u re qu a n d i l l e voudra, c’est sa décision personnelle. Il sera toujours assez tôt ! Celà fait déjà plu­ sieurs mois que les candi­ dats désignés nous rabat­ tent les oreilles avec leurs discours. Une période beau­ coup plus courte suffirait largement pour entendre ce qui n’est que paroles de campagne. 

Recueilli par Francis Brochet > Lire l’intégral de cet entretien sur leprogres.fr/France-Monde

L'AVIS DE PHILIPPE COCHET Député (UMP) du Rhône

L'AVIS DE JACKY DARNE Premier secrétaire du Parti socialiste du Rhône

« Contre la tentation du pessimisme »
« Profonde angoisse »… « Sentiment d’abandon »… « Défiance »… J’éprouve quelque lassitude à entendre trop d’experts nous abreuver de cette rhétorique déprimante qui contribue à entamer le moral des Français. Je pointe aussi du doigt les opposants politiques qui, en s’emparant de ces thèmes pour agiter des peurs collectives, font preuve d’un bien piètre sens du devoir et de l’intérêt général… Bien sûr, la crise est d’une ampleur sans précédent. Evidemment, trop de nos compatriotes en supportent les conséquences. Devons-nous pour autant céder à la tentation du pessimisme ou de la résignation ? Pour ma part, en ma qualité d’homme politique, mais aussi comme simple citoyen, je ne me reconnaîtrai jamais à un tel discours. Je lui préfère celui de la volonté, du courage et de la confiance. La volonté, d’abord. Celle qui donne un sens à l’engagement dans la vie publique. Dans quelle situation réelle serions-nous, au demeurant, si notre majorité présidentielle n’avait pas fait preuve de S. Guiochon volontarisme politique au cours des dernières années ? Le courage, aussi, qui n’est pas forcément une valeur « électoralement populaire », mais sans lequel des réformes indispensables (comme celle des retraites) n’auraient pu être menées. La confiance, enfin. Celle que nous mettons dans la faculté des Français à surmonter la crise par le travail et par l’effort. Ainsi que dans leur capacité à comprendre les choix opérés sous l’impulsion du Président de la République et à le confirmer majoritairement, dans les urnes, le moment venu ».

« Une campagne doit donner à penser »
« Je partage le point de vue d’Olivier Ihl sur trois idées qu’il exprime, et suis nuancé sur deux autres. Il a raison quand il dit que tous les électeurs ne sont pas également intéressés par ces élections ; une des responsabilités des politiques et tout particulièrement du PS, c’est de les convaincre de l’intérêt qu’ils ont à voter. les thèmes de campagne aujourd’hui débattus, font que ces élections intéressent nombre d’habitants de notre pays : crise, logement, éducation, santé, emploi sont au cœur des préoccupations. Une campagne ne peut pas seulement se faire sur un programme de gestion. Il faut donner à penser, à croire en un avenir, inscrire une élection dans l’histoire de notre pays. Je n’aime pas le terme « vote protestataire » et les regroupements qu’il implique. François Hollande, lui aussi, proteste contre la politique de Nicolas Sarkozy. Cette politique n’est pas contestée par 45 % des Français mais par les 3/4. Quant à Marine Le Pen, c’est l’extrême droite, Ph. Juste une place à part. L’analyse sur le vote des classes moyennes exprime une perception de la politique comme cherchant à satisfaire des cibles : classes populaires, classes moyennes, professions libérales, retraités… Non ! Nous voulons un État impartial, qui répartisse justement les efforts, qui supprime les privilèges, qui promeuve l’égalité, la sécurité,. la liberté… François Hollande en fait la conclusion de ses propositions : « Républicain, je veux rassembler toute la France ».

Ph.C.

J.D.
RHO

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LE PROGRES - JEUDI 9 FÉVRIER 2012