Abû Hâmid Al-Ghazâlî L’Imâm Ibn Muhammad Ibn Muhammad At-Tûsî Ash-Shâfi`î est sans doute l’un

des astres les plus brillants dans le monde musulman depuis de nombreux siècles. La profusion de ses enseignements, la richesse de ses paroles, la pertinence et la profondeur de ses réflexions lui ont valu le surnom de « L’Argument de l’Islam » (Hudjat Al-Islâm). Aimé et connu par le commun des musulmans, apprécié et honoré par les savants musulmans, l’Imâm est devenu un étendard de l’islam et une référence incontournable. Voici quelques dates importantes de sa vie qu’il a dépensée dans le Chemin de Dieu. Biographie L’Imâm Abû Hâmid naquit dans la ville de Tûs à Khorâsân (en Iran) en 450 A.H. (après l’Hégire) soit en 1058 E.C. Après la mort de son père, le jeune imam, encore mineur, s’installa dans la ville de Jardjâne. Parti à la recherche des sciences et du savoir, il apprit « les sciences fondamentales en islam » (Usûl Ad-Dîn) Il retourna à Tûs, puis se dirigea vers Naysabûr où il devint un disciple et un compagnon de l’Imâm Al-Djûwaynî, jusqu’en 477 A.H, date du décès de ce dernier. L’imam se dirigea alors vers l’Iraq. Un souverain influent, Nidhâm Al-Mulk, ayant entendu parler de la valeur de ce jeune imam, l’accueillit en Iraq et lui confia l’enseignement dans Al-Madrasah An-Nidhâmiyyah à Bagdad en 484 A.H., Université très réputée à l’époque. Après quatre ans passés dans l’enseignement et l’écriture de précieux ouvrages, l’imam ressentit le besoin de voyager, de se détourner des intérêts terrestres, dans une quête permanente des sciences religieuses. C’était le début d’une quête mystique. Il quitta l’Iraq et partit pour Al-Hidjâz en Arabie. Il accomplit le pèlerinage et rencontra les savants de la Mecque et de Médine. Il s’installa ensuite en Palestine. Il passa deux ans à Jérusalem avant de visiter l’Egypte et de vivre pendant un certain temps à Alexandrie. De retour à sa ville natale Tûs, l’Imam consacra sa vie à la prière et l’adoration de Dieu, aux actions pieuses. Il fut sollicité par le Roi Fakhr Al-Mulk, le fils de Nidhâm Al-Mulk, pour enseigner dans Madrasat Naysabûr. Il vécut jusqu’à l’âge de 53 ans quand son âme bénie et apaisée fut rappelée par son Seigneur en 503 A.H. (1111 E.C.) La pensée d’Al-Ghazâlî

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le maître incontestable des juristes de l’école shafe`ites. n’eus-tu pas attendu notre mort pour le faire ? ». un océan de science Il convient de savoir que l’Imâm Al-Ghazâli a commencé ses études de jurisprudence dans sa ville natale Tûs. un théologien au savoir abondant et à l’esprit limpide. Il devint une référence en Fiqh. l’Imam fut un brillant modèle parmi les savants réunissant grande maîtrise du Fiqh et beaucoup de raffinnement dans sa gustation spirituelle soufie. Mais pour lui. Pour ce qui est du tasawwuf (soufisme) authentique. Pour l’Imam. par la force de ses arguments et la rigueur de ses raisonnements. l’Imâm mit le doigt sur un juste milieu où la religion coexiste harmonieusement avec le raison : la première. Il rédigea de nombreux ouvrages et épîtres de jurisprudence dont la qualité fit dire à l’un de ses professeurs : « Tu nous as enterré de notre vivant. la raison quant à elle ne peut dépasser la sphère du fini. Il est. La raison et l’entendement humains sont sans doute limités et ne peuvent transcender le fini. Cependant. Ainsi. le philosophe 2 . Grâce à son savoir incontestable en Credo Islamique. le soufisme était la phase ultime dans le cheminement du fidèle vers Dieu.Par ses ouvrages. l’imam utilisa avec rigueur et intelligence les principes mêmes de la logique aristotélicienne et les procédures néoplatoniciennes afin de révéler les failles et les imperfections de la philosophie néoplatonicienne et pour diminuer l’influence négative de l’approche aristotélicienne et d’un rationalisme excessif. il était l’Imam du khorasân. comme Naysabûr. Il souligna que tout écart par rapport aux deux sources primaires de l’islam (le Coran et la Sunnah) est étranger au tasawwuf. un certain nombre de philosophes musulmans avaient développé des thèses inspirées de la philosophie grecque. la religion par le biais de la foi accède aux sphères transcendantes de l’absolu et l’infini . comme Al-Farâbî pour ne citer que lui. les actions pieuses. En effet. certains qui se disaient. et qui veulent toujours. et notamment de la philosophie néoplatonicienne. Il excella en jurisprudence. injustement. non contradictoire à la raison. s’infiltrer dans le soufisme. une référence sunnite des plus grandes. le spécialiste de la controverse négalé. Il fut sans doute parmi ceux qui contribuèrent le plus dans les débats épineux autour du soufisme et de la philosophie. adeptes de courants soufis avaient manifesté des excès et des abus en négligeant des piliers de l’islam comme la prière. puis il partit vers d’autres villes de sa région. D’autre part. l’Argument de l’islam voulut rectifier ces tendances parmi les philosophes musulmans et parmi ceux qui avaient dévié en attribuant abusivement leur attitude au soufisme. Al-Ghazâlî. Contrairement à certains philosophes musulmans. dépassa ses contemporains et devint très tôt une étoile brillante faisant la fierté de ses professeurs. cette voie qui mène à la vérité absolue commence par le savoir. l’observance continue de Dieu et sa crainte révérencielle. si bien qu’en rentrant à l’Ecole Nizâmiyyah. en contradiction avec de nombreux enseignements islamiques. en Fiqh et son expérience spirituelle raffinée. celui qui donna au soufisme ses lettres de noblesse en le purifiant de tous ces courants extravagants et déviants qui voulaient. l’Imam contribua énormément à la littérature islamique. l’Imâm AbûHâmid soutint l’incapacité de la raison humaine de cerner l’absolu et l’infini. En philosophie. l’Imâm Abû Hamid manifesta son soutien à l’approche des mathématiques et des sciences dites exactes. à vrai dire.

`Alî. le Faqîh (jurisconsulte) qui donne des leçons aux Faqihs. à Al-Ghazâli. At-Taqî De tous les sheikhs de l’epoque. à Al-Ghazâli le soufi mystique.] Ni en Orient ni en occident personne n’est doué d’un esprit plus raisonnable. le gnostique qui traite du monde de l’invisible. le philosophe qui lutte contre les philosophes. Ibn As-Subki. le juriste. à AlGhazâli l’orateur. si bien que l’on ne pense plus à un seul homme. Si l’on veut citer des opinions contemporaines parmi les plus posées sur Al-Ghazâli on peut rapporter cette parole de l’Imâm Mohammad Mustafa Al-Marâghi. le Hafiz. Muslim et Ahmad. » Le professeur `Abbâs Mahmud Al-`Aqqâd souligna cette dimension encyclopédique remarquable de l’imâm Al-Ghazâli dans son livre intitule « Ana » (Moi) : « J’ai écrit sur Avicenne et Averroès. à Al-Ghazâli. et en pensées et aspirations secrètes. de la sincérité. de l’Orient a l’Occident . On pense à Al-Ghazâli. le philosophe ou l’Anti-philosophe qui a dévoilé ce que la philosophie avait caché de faux sous de belles apparences. Imam de la Sounnah et son protecteur. il est le meilleur Hâfidh ... les plus grands philosophes de la langue arabe. j’aurais commencer à rédiger sa biographie à en faire la critique avant Avicenne. [. sait que l’homme est au-dessus de son nom ». Si vous voulez. Averroès et d’autres sages de l’Orient et de l’Occident. qui bientôt réfuta les théories philosophiques pour s’ériger non seulement comme l’Imâm du Khorasân. reste un livre sur Al-Ghazâli. lui dont le nom est célèbre dans le monde entier ! Quiconque connaît ses paroles.encyclopédique. un homme qui à la soif de tout connaître. on pense à un soufi mystique ayant fait dy mysticisme des opinions de poids. on pense à des hommes jouissant d’une grande valeur dans le domaine de la mémorisation. ayant chacun son propre poids et sa propre valeur. à Al-Ghazâli l’educateur et le pédagogue. Sans le vaste horizon vers lequel nous pousse le fait d’écrire sur lui. grand Imâm d’AlAzhar entre 1935-1945 : « Si l’on cite des noms de savants l’esprit va tout droit aux branches de la science et aux sections du savoir ou ils se sont distingués . cita l’éloge d’Al-Ghazâli poussée à l’extrême par Al-Yâfi`i : « s’il pouvait y avoir un prophète après le prophète. dites que l’on pense à un homme qui est une encyclopédie pour son époque. l’idée de la ramification s’impose. à Al-Ghazâli. avide de toutes les branches du savoir. le meilleur prédicateur et juge c’est `Alî s’exprima au sujet d’Al-Ghazâli en ces termes : "Que dire au sujet d’Al-Ghazâli et de ses bienfaits. expert dans les états du monde. l’adroit fondamentaliste. le libre Faqih. d’une raison plus claire. ça aurait été Al-Ghazâli ». si l’on cite Avicenne et AlFarâbi. l’océan. l’Imâm d’Egypte et le Grand juge de Damas dont l’Imâm Adh-Dhahabi dit : Bonheur à la Mosquée des Omeyyades lorsque s’y éleva le juge. L’Imâm Taqiyy Ad-Din. le sociologue avisé. l’ascète. on pense tout de suite à deux grands philosophes. puis le plus brillant professeur de l’Ecole Nizâmiyyah. Si l’on cite Ibn `Arabi. mais aussi comme un Argument de l’Islam et l’Imâm de Bagdad. Mais si l’on cite Al-Ghazâli. mais à plusieurs. (Al-Qâmous Al-Islâmi d’Ahmad `Atiyyat Allah) Al-Manâwi dans ses Tabaqates (Classes). 3 . Si l’on cite Al-Bukhâri. d’un cerveau plus puissant que ce vénérable Imam. » Mais la reconnaissance de l’Argument de l’islam Al-Ghazâli ne date pas d’hier. de la précision et de la connaissance des hommes. de la délité.

. La sommité du Yémen. Il abandonna immédiatement ceci et revint dans son village où il assûma la direction d’une maison de retraite (khaniqah) pour Soufis et d’une université voisine pour ceux occupés à la recherche de la connaissance. Le Complet). était sans rival au cours de ses dernières années. de valeur vénérable. il voyagea à Jérusalem. le disciple d’Abû Hayyân Al-Andalusî. s’employant énormément à l’adoration et à visiter les lieux saints. restant quelque temps à Alexandrie.. comprenant la législation religieuse. il se rendit en Egypte. livre attribué à l’Imâm AlGhazâli que Dieu le bénisse. Bienfait des époques et des siècles. qu’aucune intelligence n’a jamais dit.). Il répartit son temps entre la récitation du Coran et dispenser des cours aux Gens du Cœur (les Soufis). et suivit la voie de la renonciation et de la solitude.. Ensuite. jamais imité.e. interrogé au sujet d’Al-Ghazâli et de ses écrits dit : « Muhammad Ibn `Abd Allah.. les sheikhs connaisseurs . il compila un certain nombre de volumes importants [parmi lesquels le Ihyâ’] avant de retouner à Naysabûr. sans la moindre difficulté ou le moindre obstacle. Hujjat Al-Islâm (l’Argument de l’Islam). a orné les gens et la religion dont s’est vanté le seigneur des Envoyés que Dieu le salue et le bénisse. le juriste Shaficî. la Preuve de l’Islam.qui contient plus de 14000 biographies : Mouhammad Ibn Mouhammad Ibn Mouhammad Ibn Ahmad. Muhammad Ibn Idris Ash-Shâfi`i. a montré le licite et l’illicite. il dit dans la préface : « Le livre de grande valeur appelé Ihyâ `Ulum Ad-Dîn. le savant des savants. Là-bas. rapporte dans son célèbre dictionnaire biographique intitulé Al-Wâfî (i. il dirigea ses pas en Syrie où il resta quelque temps dans la ville de Damas.H. le juriste et walî. que Dieu le bénisse et le salue. Cette œuvre est parmi la plus noble et la plus importante. lui et tous les prophètes. est le plus grand des Imams. Ensuite. il renonça entièrement à toute sa propriété mondaine et sa fonction de professeur à Nizamiyya où il enseigna depuis 484. "Faire connaître aux vivants les bienfaits de l’Ihyâ" . détaillant les secrets délicats ». l’Ornement de la Foi. Isma`il Ibn Muhammad Al-Hadrami. il aurait été suffisant 4 . Salâh Ad-Dîn As-Safadi (mort en 764 A. Abû Hâmid at-Tûsî (Al-Ghazâlî). Il retourna à Tûs sa ville natale (juste avant 492).Sheikh Abd Al-Qâdir Ibn Sheikh Abd Allâh Al-`Aydarous a fait la l’éloge de l’Ihyâ dans un livre dédié à cela. lui. idéal des Imams. héritier des prophètes. Muhammad Ibn Muhammad Ibn Muhammad Al-Ghazâli est le plus grand des auteurs ». et à son retour. puis AlYamânî. à tel point qu’il fût dit à son propos : Si tous les livres de l’Islam venaient à être perdus sauf l’Ihya’. Il effectua un Pèlerinage. tous ceux qui suivent. donnant des conseils dans la mosquée hospice (zawiyat al-jami`) qui porte désormais son nom dans le quartier ouest. sans égal dans son genre. la voie de Dieu. la Lanterne des dévots et des pieux. pour tout ce qui a été d’un grand effet et d’une grande utilité. En 488. est le maître des Prophètes. révélant les mystères cachés. la méthode et le motif. où il était obligé de dispenser des cours à la Nizâmiyyah (499). et qu’il bénisse Al-Ghazâli et tous les autres savants appliques. célèbre par son effet bénéfique et par son utilité parmi tous les savants actifs. celui qui suit la trace des appliqués.

dit : « Lorsque son mot fut suivi. et de l’Ihyâ en particulier. un classique parmi les livres des Musulmans au sujet de la constante crainte révérencielle que l’on doit avoir dans ses relations avec Allah (taqwâ). que nous citons plus loin. il n’a pas échapé aux critiques. L’œuvre montre comment personnellement Al-Ghazâli a perçu profondément ce qu’il a écrit. à la campagne. moins éphémère. et je revins au Compagnon de la première demeure. il émergea pour produire sa pièce maîtresse Ihyâ’ cUlûm ad-Dîn [La revivification des Sciences de la Religion]. Il a écrit aussi presque deux cent autres oeuvres sur la théorie du gouvernement. Il rejeta alors le premier et s’efforça de gagner le second. il a vécu en retraite pendant environ dix années. La note sur Al-Ghazâlî dans cUmdat as-Sâlik précise : "A Damas.pour les remplacer. à la fin de cette retraite.. Un certain savant dit : « Je vis Al-Ghazâli. son âme se détourna de ce bas monde et eut la nostalgie de l’autre. l’appliqué de son époque et le notable de son temps ». et que les soleils du rapprochement apparurent. les principes de la foi. ceci est une performance d’excellence soutenue qui montre l’intellect bien discipliné de son auteur et une profonde appréciation de la psychologie humaine. mais une telle inclusion est permise dans les travaux d’encouragement du bien et l’interdiction du mal (at-targhib wa at-tarhib). ainsi que les âmes pures. Parmi les gens qui formulèrent des 5 .. la Loi sacrée. l’exégèse Coranique. la théologie scolastique et les bases de la jurisprudence Islamique. engagé dans la lutte spirituelle et le souvenir d’Allah. et les montra à Al-Ghazali. où il fut enterré. Ils l’accusaient d’y avoir inclu des hadiths qui n’étaient pas reconnus comme authentiques. à Tabaran. eut la nostalgie de l’autre. j’abandonnai l’amour de Layla et de Sa`da dans une demeure. la citadelle de Tûs. paix et bénédiction de Dieu sur lui. elles seraient de nouveau recomposées à partir d’Al-Ihyâ ». lorsqu’elle eut gagné ce bas monde... La nostalgie m’appela : Ralentis ! ce sont les demeures de ceux que tu aimes. qu’il fut obéi des gens. les réfutations des philosophes.. comme tous les humains. L’Imam Fakhr Ad-Dîn Ar-Razi avait l’habitude de dire : « Ce fût comme si Allah avait rassemblé toutes les sciences sous un dôme. La critique Malgré le rang élevé de l’Imâm et la qualité de ses ouvrages. » ou quelque chose de ce genre.. que l’on voyagea pour le rencontrer.. Je lui dis : O Imâm ! l’enseignement à Bagdad ne vaut-il pas mieux que ceci ? Il me regarda alors du coin de l’œil et dit : Lorsque la pleine lune du bonheur se leva dans le ciel de la volonté. que Dieu le bénisse. le Soufisme. Ibn Najjâr dit à son tour : « Abû Hamid est l’Imâm des Faqihs sans aucune exception.. comme l’a si bien dit `Omar Ibn Abd Al-`Aziz : J’ai une âme qui. que sa renommée se répandit fort loin. le seigneurial de la Communauté à l’unanimité. Il rendit l’âme. L’Imâm Al-`Irâqi. et sa magistrale réponse à plusieurs centaines de questions au sujet de la vie interne dont nul avant lui avait parlé ou résolu. car nul n’est infaillible après le Messager de Dieu. l’illumination de l’âme à travers Son obéissance y compris les niveaux de l’acquisition des croyants. ralentis et descends ! ». vêtu d’un habit rapiécé et tenant à la main un bâton et un bouilloire. Le livre reste toujours extrêmement important." Sheikh Abû Muhammad Al-Kâzrouni dit : « Si toutes les sciences disparaissaient.

La critique fut poussée au point que certains dirent qu’ils n’ont vu un livre aussi mensonger !! Jugement qui transpire l’excès et un manque d’équité manifeste.. Mais si l’Imâm était un océan de science en matière de jurisprudence. on ne peut en aucun cas le faire passer pour un ignorant du Hadith. s’occupa d’analyser et de référencer les narrations rapportéespar l’Imâm Al-Ghazâli. fondements. approfondit sa connaissance du Hadith. certains ignorants plein de zèle se plaisent à être aujourd’hui l’écho de ces paroles injustes et sans valeur. philosophie. mais aussi sur la teinture soufie de l’ouvrage. le problème endigué Des jugements excessifs ont été formulés au sujet d’Al-Ghazâli à cause des quelques narrations sans fondements que notre Imâm a citées. si bien que le juriste shaféite. La critique porta essentiellement sur les traditions sans fondement. après le pillage qu’il a subi par des voleurs. Mais n’est-ce pas l’Imâm Abû Hâmid Al-Ghazâlî qui disait lui-même : « Ma marchandise dans la science du Hadîth est peu de choses » ? Certains ont profité de cet aveu de l’Imâm pour faire de lui un ignorant du hadith ! Ceci est inexact et non fondé. 6 . Dans la dernière phase de sa vie. Ibn As-Salâh. si bien qu’Ibn `Asâkir en dit dans Tarikh Dimashq (Histoire de Damas) : « La fin de sa vie fut consacrée au Hadith de l’Elu (Al-Mustafa) . » Aussi. Il accompagna les savants de cette noble science. Al-Munîr. à la lecture des deux Sahihs d’AlBukhari et de Muslim.critiques plus ou moins sévères on peut citer l’Imâm Ibn Al-Jawzi.à la compagnie des savants en cette science. La science du Hadith et la discipline du soufisme occupèrent les derniers jours de l’imâm Al-Ghazâli. L’Imâm Al-`Irâqi. sa marchandise en Hadith était relativement moindre. une sommité en matière de science du Hadith. Malheureusement.. on s’aperçoit que l’Imâm l’étaye avec des références très précises dans le vocabulaire du Hadith. une vision modérée. en analysant un des précis de Fiqh de l’Imâm. intitulant son livre : Le Précieux dans l’Explication du Concis (Al-`Azîz fî Sharh AlWajîz). Il est hors de doute qu’il s’occupa à la fin de sa vie d’écouter les Hadiths sans avoir eu le temps de les rapporter.paix et bénédiction d’Allah sur lui. De même il écouta Sahîh Al-Bukhârî de Abû Ismâ`îl Al-Hafsî. il aurait atteint un rang supérieur dans ce domaine et en aurait terminé avec cet art. le caractère manquant des références dans certaines narrations et récits. qui sont les arguments de l’islam. de retour à sa vie natale. Il écouta les deux Sahihs (Al-Bukhârî et Muslim) par le Hâfidh (savant-mémorisateur du Hadîth) `Umar Ar-Ru`âsi. intitulé Al-Wajîz (Le Concis).science du Credo. Yûsuf Ad-Dimashqi. l’imâm Al-Ghazâli. les hadiths étranges ou forgés que l’Imâm a rapporté. sans avoir l’occasion de transmettre son savoir. l’Imâm Abû Al-Qâsim `Abd Al-Karîm Ar-Râfi`î composa un commentaire du Wajîz détaillant les références aux hadiths mentionn&eacutés par l’Imâm AlGhazâli. Sheikh Ibn Taymiyah et Ibn Al-Qayyim affirmaient : « La marchandise d’Al-Ghazâli en matière de Hadith est très peu de choses ». L’Imâm Al-`Irâqi. At-Tartushi. pour avoir perdu ses références. Burhân Ad-Din Al-Biqa`i et quelques autres. S’il avait vécu davantage. Toutefois. l’Imâm dans ses ouvrages comptait énormément sur sa mémoire. Ceci expliquerait aussi. Sunan Abî Dawûd de la bouche du juge Abû Al-Fath Al-Hâkimî At-Tûsi.c’est le 2e Shafi`î . Par ailleurs.

nourri de sectarisme et d’aveuglement pour tout ce qui est proche du tasawwuf . une époque étrange où nombreux se croient permis de dénigrer des savants qui ont grandement enrichi notre patrimoine islamique. L’Imâm Muhammad Al-Khidr Hosayn. Traitant des deux sciences du visible et du caché. Il est certain que l’Imâmn’en adéduit aucune loi de jurisprudence. il n’a pas plongé loin dans les eaux profondes pour qu’il lui devint impossible de regagner la côte. Je rajouterai que nous vivons. 7 . traitant de la connaissance du licite et de l’illicite. sous des contitions. qu’Allâh lui fasse miséricorde. Pour les passionnés de statistiques. savant algérien par son origine. des imâms reconnus par les savants siècles après siècles. plus d’hommes infaillibles après le Messager d’Allah paix et bénédiction d’Allah sur lui. mais la Perfection appartient à Allah.5% des narrations totales. Le Hâfidh Al-Murtadâ Az-Zabîdi l’un des grands commentateurs de l’Ihyâ’ dit : « Je ne lui connais point de pareil en ce qui concerne les livres composés par les juristes ». Pour ce qui est des ignorants qui se contentent de critiquer l’Ihyâ d’AlGhazâlî. sans la moindre équité ou modération. grand Imâm d’Al-Azhar entre 1952 et 1958 dit : « Si les savants ont trouvé dans le livre "Al-Ihyâ" quelques défauts peu nombreux.Pour ce qui est du domaine du targhîb (faire aimer le bien) et du tarhîb (dissuasion par le rappel du châtiment) les savants ont toléré les hadiths faibles. Ma conclusion sera à ce sujet celle de Sheikh Muhammad Al-Khidr Husayn. si bien qu’une version d’AlIhyâ annotée par l’imâm Al-`Irâqi dispense de tout ce brouhaha insolent et grotesque qui voudrait faire de cette noble oeuvre un livre "dangereux". malheureusement. suivant en cela l’exemple de `Ali. Biensûr que cet ouvrage aurait été encore meilleur s’il n’avait pas contenu ces paroles apocryphes. Pour en montrer les bienfaits et la place élevée. Il emprunta la voie moyenne. Il ne s’y est pas limité aux branches ni aux questions simples. égyptien par son séjour. il s’agit là de l’œuvre d’un être humain qui n’est point à l’abri de l’erreur. sans même avoir lu cet ouvrage. la part des paroles apocryphes constituent près de 3. leur jugement . ce défaut a été endigué depuis des siècles. un chevalier de l’islam et défenseur du Coran et de la Sounnah. à moinsdevouloirreprocheraux pommes de ne pas être des poires. Il serait insensé de peser l’Ihyâ’ par les critères d’évaluation desrecueilsde hadîths. que l’Imâm Al-Ghazâlî n’a pas violées. ni jugement légal. des océans des sciences islamiques. Il y a réuni les règlements visibles et explique des mystères trop délicats pour être compris. il suffit de rappeler que les perles de ses profits sont innombrables et les étudiants amoureux de la vertu y gagnent ce qu’ils ne gagneraient pas d’un autre livre ». il en parle en recourant aux termes choisis. Il est rare qu’on le consulte sans en retirer tout de suite une leçon ».est sans valeur et ils ne seront pas meilleurs connaisseurs du Hadîth que l’Imâm le Hâfidh Al-`Irâqî qui dit : "C’est un des livres de l’Islam les plus vénérables. ni quelque point relatif au Credo. le croyant la rejoint et s’y réfère". tunisien par sa naissance. Et Ibn AsSubkî de dire : « Il fait partie des livres dont les musulmans doivent prendre soin et qu’ils ont à propager pour qu’ils soient une cause de la guidance de beaucoup de créatures vers la bonne voie. Toutefois. que Dieu honore son visage : le meilleur de cette nation est la voie médiane .

L'Ihyâ' 'ulûm ad-dîn ("Redonner vie aux sciences religieuses") est l'oeuvre maîtresse de Ghazâlî. 1) l'essence de Dieu 2) les attributs de Dieu 3) les actions de Dieu et la prophétologie 4) les données révélées transmises par la Tradition (sam'iyyât) qu'il importe d'accepter telles quelles par fidéisme. L'Ihyâ' est un traité d'éthique religieuse (mu'âmala) concernant la conduite dans le monde d'ici-bas. en arabe). Les six premières propositions concernent l'eschatologie et doivent être admises à la lettre sans faire l'objet d'aucune interprétation allégorique ou symbolique: 1) la résurrection 2) l'interrogatoire des morts par Munkar et Nakir 3) le châtiment de la tombe 4) la balance du jugement 5) le pont Sirât 6) le Paradis et l'Enfer. 8 . « La Revivification des Sciences de la Religion » (i. Il l'a rédigé entre 1096 et 1103. qui resteront toujours comme des phares dressés vers le ciel et éclairant la terre. Il traite des devoirs de l'homme envers Dieu ('ibâdât). La Qudsiyya L'Ihyâ' s'ouvre par une profession de foi.e. La thèse (chiite) selon laquelle le Prophète aurait désigné par un texte son successeur à la tête de la communauté est catégoriquement rejetée. 'Omar. qui dans les éditions imprimées comprend une dizaine de volumes. sera fournie à la prochaine mise à jour de sa biographie. Les Epîtres d’Al-Ghazâli.Parmi ses œuvres Ce fut un savant à la plume prolifique. Elle comprend quatre parties. 'Alî) sont tous quatre légitime. Ihyâ’ `Ulûm Ad-Dîn). Les quatre dernières propositions sont consacrées au problème politique: 1) Les quatre premiers califes (Abû Bakr.e. ainsi nommée parce qu'elle a été composée à Jérusalem (al-Quds. Parmi ses écrits.Tahâfut Al-Falâsifah). et des vertus morales (makârim al-akhlâq). In shâ’Allâh une bibliographie de l’Imâm Al-Ghazâlî recouvrant les différentes disciplines islamiques. Que Dieu lui accorde ses meilleures rétributions et qu’Il l’honore le Jour du Jugement Dernier. Tous quatre ont accédé au califat par voie d'élection. La Pénitence Après le Péché et de nombreux autres ouvrages dont certains ont été traduits dans différentes langues. et leur place dans l'ordre de la légitimité correspond à l'ordre de leur succession chronologique. Ainsi nous laissa-t-il des perles rares et des trésors inépuisables de la littérature islamique avant d’aller auprès de Son Seigneur. C'est une véritable encyclopédie des sciences religieuses. 'Othmân. des usages et du savoir-vivre ('âdât). nous pouvons citer « L’Incohérence des Philosphes » (i. la Qudsiyya.

leur serviront d'intercesseurs dans l'autre monde.) sur la légitimité de la limitation des naissances pour deux raisons: sauvegarder la beauté de la femme et maintenir la famille dans des proportions raisonnables à cause de l'éducation des enfants. 3) Les conditions d'accès au califat: * appartenance à l'islam * la pleine responsabilité légale (taklîf) * la masculinité * l'esprit de scrupule (wara') * la science ('ilm) * l'aptitude à commander (kifâya) * la descendance qoréichite. on risque de faire éclater des troubles graves. il importe de reconnaître la légitimité de ce calife. Quand ces conditions sont réunies chez plusieurs candidats. Inconvénients: impossibilité de réussir à se procurer de façon licite les biens nécessaires à la vie d'une famille. comme le souhaitait le Prophète. C'est aussi avoir des enfants vertueux qui prieront pour leurs parents et qui. 4) L'impératif de la nécessité (darûra) Quand on est dans l'impossibilité de trouver chez un candidat l'esprit de scrupule et la science que la doctrine exige.2) L'ordre de succession chronologique des quatre premiers califes correspond à leur ordre de mérite. se marier et avoir des enfants. c'est travailler. s'ils viennent à mourir avant eux. Deux chapitres importants de l'Ihyâ': Le Livre du mariage: les avantages et les inconvénients du mariage Avantages: avoir une postérité est une oeuvre pie et un moyen de se rapprocher de Dieu. Plan de l'Ihyâ' 1) Le Livre de l'Adoration L'acquisition du Savoir Les fondements de la foi Les mystères de la pureté Les secrets de la prière Les secrets de l'aumône légale Les secrets du jeûne Les secrets du Pèlerinage L'excellence du Coran Le dhikr et les invocations Les diverses actions pieuses en fonction des heures 2) Le livre des usages mondains 9 . en voulant l'écarter. le calife désigné est celui d'entre eux à qui la majorité a prêté serment d'allégeance. Remarque: il y a dans ce chapitre une réflexion très rare pour l'époque (nous sommes au 11ème-12ème s. et si. à augmenter le nombre de musulmans.

l'intention et la fidélité Méditation et introspection Penser Dieu La mort et la résurrection Al-Ghazali et la monnaie : “La mauvaise monnaie chasse la bonne” Al-Ghazâlî observe et dénonce la circulation d’une monnaie contrefaite ou altérée à coté des bonnes pièces. mais l’observation ne porte pas plus loin. ainsi que leur frappe trop importante. Il en résulte que la bonne monnaie fuit vers l’étranger. pour des raisons pratiques. Il rejette cette mauvaise monnaie. 10 . mais admet cependant quelle soit tolérée sur le marché.Règles de savoir-vivre en matière de manger et de boire Savoir-vivre en matière de mariage et de répudiation Comment gagner sa vie: les règles éthiques des transactions commerciales Le licite et l'illicite Amitié et fraternité Devoirs vis-à-vis des proches. des voisins et des musulmans Avantages et inconvénients de la vie retirée et de la vie en société Le savoir-vivre en voyage Musique et extase religieuse Ordonner le bien et interdire le mal La conduite et le caractère du Prophète 3) Le livre des maux L'âme et ses attributs L'effort en vue d'avoir une bonne conduite sur le chemin de Dieu Les maux de la passion érotique Les maux de la parole Les maux de la colère. par exemple que celle d’Ibn Abd Al-Ra’uf. Il y a donc simultanément une circulation d’une bonne et d’une mauvaise monnaie. à condition d’en informer les détenteurs. de la haine et de la jalousie Les maux du monde Les maux de la richesse et la misère Les maux du pouvoir et de l'ostentation Les maux de la fatuité Les maux des croyances erronées 4) Le livre des vertus La repentance La patience et la gratitude Peur et espoir Pauvreté et renoncement Tawhîd et don de soi-même à Dieu L'amour et l'affection La volonté. Ibn Taymiya. de même. condamnent les pratiques répétées de dégradation des monnaies. ainsi qu’Al-Qayyim (1292-1406).

11 . Parmi les raisons invoquées. et la gestion calamiteuse des finances publiques. Al-Tilimsani (XIVe-XVe) s’élève également violemment contre ce fléau de l’époque. laissant bientôt la place à la seule monnaie de cuivre. est la crise économique et sociale du pays (l’Egypte). outre la thésaurisation. Enfin Al-Maqrîzî (1363-1442) observe et note la disparition progressive des dirhams d’argent. la véritable cause qu’il met en avant. puis celle des dinars d’or.et il ne reste plus que de la mauvaise monnaie dans le pays. le faux monnayage et l’altération des monnaies. mais. il cite les raisons commerciales.

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