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PROCHE-ORIENT En rejetant les frontières d’avant la guerre des Six-Jours, Tel-Aviv rappelle le caractère irrémédiable de la colonisation.

Le bras de fer
obAmA-NETANyAhou
Encore un rendez-vous manqué ? C’était pourtant un discours historique. Le président américain Barack Obama s’est exprimé le 19 mai devant le département d’État sur les contours d’un éventuel État palestinien. Il a assuré que ceux-ci devraient découler « des lignes de 1967 [la frontière d’avant la guerre des Six-Jours, issue du cessez-le-feu de 1949 entre Israël et les pays arabes voisins] avec des modifications agréées par les deux parties ». Rien de révolutionnaire : cela a été la position américaine pendant très longtemps jusqu’à ce que George W. Bush fasse volte-face en 2004. Objectif pour Obama : parvenir à un compromis avant la reconnaissance symbolique de l’État palestinien lors de l’assemblée générale des Nations unies, qui devrait être soumise au vote en septembre. De source diplomatique, une majorité d’États, dont

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la France, devraient l’approuver. Au grand dam des Américains. « Les actes symboliques destinés à isoler Israël aux Nations unies en septembre ne créeront pas un État indépendant », a réaffirmé leur président. La créa-

tion d’un État palestinien n’aurait que peu de sens aujourd’hui, il est vrai, tant la colonisation a morcelé la Cisjordanie. Benyamin Netanyahou a pourtant rejeté la proposition d’Obama. Dans un discours au Congrès américain, le 24 mai dernier, le Premier ministre israélien, ovationné par des parlementaires acquis à sa cause, a écarté toute possibilité de négociations en réaffirmant les principaux points de la position israélienne :

une opinion publique versAtile
n En rejetant catégoriquement le retour aux frontières de 1967, proposé par le président américain, Netanyahou s’est montré plus ferme que son opinion publique. Selon un sondage réalisé par l’institut Teleseker pour le Maariv, l’un des principaux quotidiens israéliens, 57 % des Israéliens pensent que leur Premier ministre aurait dû soutenir l’initiative d’Obama (quitte à exprimer des réserves) plutôt que lui opposer une fin de non-recevoir. La société israélienne pourrait-elle inciter le gouvernement à plus d’ouverture ? Pas sûr, puisque le même sondage révèle que « Bibi » reste l’homme politique le mieux placé pour rester à la tête du gouvernement et que son parti, le Likoud, pourrait encore progresser en cas d’élections. ● A.G.

Anne Guion

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AFp pHoto/Jim WAtson

Pourquoi une réaction si négative ? D’abord parce que la colonisation en Cisjordanie est devenue si importante – il y aurait 300 000 colons aujourd’hui – et si banale (voir notre reportage) qu’une évacuation même partielle déclencherait un séisme politique en Israël. En cas d’échange de territoires, les différents scénarios aboutiraient à l’évacuation de 100 000 à 120 000 colons de Cisjordanie, selon les estimations du James A. Baker III Institute for Public Policy, un think tank américain qui a imaginé des sorties de crise. La coalition qui a por té Netanyahou au pouvoir, for mée notamment des représentants des colons, n’y survivrait pas. Ensuite, le Premier ministre israélien ne veut pas évacuer la vallée du Jourdain qui forme la frontière avec la Jordanie : il a opposé au projet américain le concept de frontière « défendable ». Faut-il désor mais attendre le mois de septembre et la reconnaissance d’un État palestinien qui ne pourra être que symbolique, en espérant que ce nouvel espoir déçu ne débouche pas sur une troisième Intifada ? ●

AFp pHoto / sAul loeb

En cas d’échanges de territoires, les scénarios aboutiraient à évacuer 100 000 à 120 000 colons

refus du par tage de Jérusalem ; e x i g e n c e d e re c o n n a î t re I s r a ë l comme un État juif ; refus de négocier avec un futur gouver nement palestinien qui serait soutenu par le Hamas, « version palestinienne d’alQaida », selon Benyamin Netanyahou. Une porte claquée à la face du président américain.

Obama et Netanyahou (ici à Washington en 2009) se sont toujours opposés sur la création d’un État palestinien.

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ActuAlité PROCHE-ORIENT
CISJORdANIE La colonisation israélienne progresse toujours. 300 000 personnes sont installées dans des villages de mobil-homes ou des grandes villes.
d’Eliezer Braun, l’un des membres du bureau, qui parcourt le monde pour donner des conférences dans les églises pentecôtistes et évangéliques. Objectif : mobiliser ces chrétiens, nouveaux alliés de poids. Comme Amy, 25 ans, jeune chrétienne américaine rencontrée à Psagot, une petite colonie à une demi-heure de route de Jérusalem, en pleine Cisjordanie. La jeune femme, qui porte la jupe longue, est arrivée, il y a un mois, pour faire les vendanges dans le vignoble de Yakov Berg, un colon viticulteur. « J’ai été appelée par Dieu, explique-t-elle, comme si elle récitait une leçon. Je crois au Dieu d’Isaac, d’Abraham et d’Isaïe. » Une centaine de volontaires viennent ainsi chaque année aider le vigneron pour les vendanges. Gratuitement. Leur séjour est organisé par HaYovel, une association fondée par une famille d’amishs américains, dont l’objectif, comme l’indi-

VoyAgE Au cœur
De notre envoyée spéciAle en isrAël et en cisJorDAnie

de coLonie-Land
Kiryat Netafim a tout d’une ville de banlieue ordinaire. Des lotissements aux maisons toutes semblables. Et cette torpeur qui saisit la ville au cœur de l’après-midi. Pourtant, la quiétude ici est un faux-semblant. Le 26 septembre dernier, les habitants ont fêté à leur manière la fin du gel des constructions dans les territoires occupés, décrétée par le Premier ministre Benyamin Netanyahou : dans une ambiance de kermesse, ils ont coulé la dalle de béton d’un nouveau local de la crèche du village. La photo a fait le tour du monde. De toute cette excitation, il ne reste pas grand-chose : une petite coulée de béton, avec un pic de fer à peine visible. Kiryat Netafim a retrouvé son calme. Pourtant, cette bourgade est au cœur des tourments planétaires, comme quelque 132 autres colonies israéliennes… Circuler dans les colonies, c’est un peu entrer dans une autre dimension. Un pays en superposition. Comme un calque ajouté sur une carte. Gommez la ligne verte (la ligne de cessez-le-feu

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44 ans de colonisation
n Juin 1967 Guerre israélo-arabe. Israël occupe Jérusalem-Est, la bande de Gaza, la Cisjordanie, le Sinaï et le Golan. n Mai 1994 Après les accords d’Oslo, Israël se retire de la majeure partie de la bande de Gaza et de Jéricho (Cisjordanie). n Mars 2001 Avec le gouvernement d’Ariel Sharon, intensification de la colonisation. n 12 septembre 2005 Retrait d’Israël de la bande de Gaza. n 25 novembre 2009 Moratoire de dix mois de la colonisation en Cisjordanie.

mais quelque chose nous manquait, confie-t-elle. Il y avait toujours un vide en nous. Et puis, ici, les enfants peuvent aller à l’école à pied. On se sent plus en sécurité. » À Revava, l’entrée du village est contrôlée par un gardien. À Kiryat Netafim, cinq soldats stationnent dans une petite cahute à l’entrée.

1947. Création de l’État d’Israël
Illégales selon le droit international, les colonies sont pourtant intégrées dans le système administratif israélien. La Cisjordanie est divisée en six zones : la Samarie, Mateh Benyamin (nord de Jérusalem), le Goush Etzion (sud de Jérusalem), les collines d’Hébron, la vallée du Jourdain et les rives de la mer Morte. Toutes sont régies par un conseil régional qui dépend du ministère de l’Intérieur et dont le président, élu par la population, est aussi employé par l’État. Celui de Samarie dispose ainsi de 40 millions de dollars de budget… payés par les impôts des contribuables israéliens. Un préfabriqué un peu foutraque à Revava. Voici le bureau de liaison de Samarie (Shomron Liaison Office), l’une des nombreuses organisations de colons qui aident à l’installation des nouveaux arrivants et diffusent la bonne parole. Son directeur, David Ha’Ivri, montre un certain talent pour inverser les rôles. Il réclame une partie des 400 millions de dollars d’aide donnés aux Palestiniens par le gouvernement américain et n’hésite pas à parler de « nettoyage ethnique », en évoquant l’évacuation par Tsahal des colonies du Goush Katif, dans la bande de Gaza, en 2005. Chaque année, l’association reçoit 500 000 dollars de dons venant du monde entier, et en particulier des États-Unis. Une somme utilisée, par exemple, pour rénover les dortoirs de l’école religieuse ou apporter une aide sociale aux plus démunis de la colonie. Et financer les voyages

1967. Après la guerre des Six-Jours

2011. Implantation actuelle des colonies israéliennes

des volontaires chrétiens viennent aider les colons à travailler leurs exploitations
que le site internet, est « d’aider les petits agriculteurs israéliens ». Et qu’importe si tous les exploitants concernés se trouvent sans exception du côté palestinien de la ligne verte… Un soutien qui n’est pas tout à fait désintéressé : ces chrétiens évangéliques sont convaincus que le rassemblement du peuple juif en Israël, sousentendu « le Grand Israël », est une condition au retour du Messie. En attendant, Yakov Berg s’affaire dans son tout nouveau centre de visites, installé dans ses caves. Une sorte de mini Disneyland voué au vin, à la Bible… et à « Eretz Israel », le Grand Israël. Deux techniciens effectuent les derniers réglages d’un immense écran horizontal qui diffuse un film interactif. « Après des années d’exode, les juifs sont de retour sur leur terre », professe, en plusieurs langues, une voix de baryton comme dans la bande originale d’un film américain. Outre la salle de cinéma, le complexe abrite aussi une salle de dégustation à la décoration très design. Le centre a déjà accueilli 8 000 visiteurs, des uu

Aux premières installations d’idéologues, a succédé une colonisation plus familiale
de 1949 entre Israël et les pays arabes voisins) qui sépare la Cisjordanie et Israël. Tracez un réseau routier qui relie les colonies entre elles, et laisse de côté les villes et villages palestiniens. Ajoutez enfin une nouvelle toponymie directement tirée de l’Ancien Testament. Exit la Cisjordanie, transformée en Judée-Samarie. Vous voilà en Colonie-Land. Les premières colonies ont été construites en 1967, après la guerre des Six-Jours. Mais c’est seulement dix ans plus tard, avec l’arrivée de la droite au pouvoir, qu’elles se multiplient. S’ensuit un grignotage régulier

des territoires occupés. Les terres sont déclarées « propriété de l’État israélien », puis revendues aux colons ou réquisitionnées pour des raisons de sécurité. Aujourd’hui, la colonisation israélienne en Cisjordanie recouvre plusieurs réalités : du village de mobil-homes, les « postes avancés », à la g rosse ville comme Maaleh Adumim ou Ariel, les deux colonies les plus peuplées. Près de 300 000 colons vivent désor mais en Cisjordanie. Ajoutez à cela les 180 000 habitants israéliens de Jérusalem-Est. C’est beaucoup, alors qu’Israël ne compte que 7,5 millions d’habitants. Et surtout, leur nombre n’a cessé de croître. À Kiryat Netafim par exemple, 50 familles se sont installées, ces cinq dernières années. Des familles religieuses pour la plupart. Mais pas seulement. Aux premières installations de colons, plus idéologues, a succédé une colonisation familiale. C’est pour ses enfants que Neta, 32 ans, a quitté Tel-Aviv il y a cinq mois et s’est installée à Revava, à 2 kilomètres de là. « Avec mon mari, nous avions de bons jobs à Tel-Aviv, de bons salaires,

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Sur le plateau du Golan, disputé avec la Syrie, les soldats israéliens patrouillent le long de la frontière.

À Jérusalem-Est, les enclaves juives se multiplient (ici, inauguration de maisons de colons, en mai 2011, à Maaleh Zeitim).

uu touristes américains pour la plupart, mais aussi des Français. « Ils seront de plus en plus nombreux, assure Yakov. Nous organisons des navettes en partenariat avec des hôtels de Jérusalem. » développer le tourisme, c’est l’une des parades imaginées par les associations de colons pour améliorer leur image et contrer la campagne de boycott des produits fabriqués dans les colonies (BDS, Boycott désinvestissement sanction), lancée par des associations internationales. Pas de quoi inquiéter Yakov Berg, qui produit 90 000 bouteilles de vin, vendues partout dans le monde et même dans des supermarchés français. « Au contraire, le boycott pourrait bien avoir un effet inverse et augmenter mes ventes... » Le jeune homme d’origine russe affiche le même aplomb quand on évoque les menaces d’évacuation. « Réfléchissez : ce qui est écrit dans la Bible est en train de se réaliser ! s’exclame-t-il. Les chrétiens viennent nous aider par centaines. Aucun chef d’État ne peut lutter contre le dessein de Dieu, pas même Obama. » Cap sur Maaleh Adumim, la plus peuplée des colonies de Cisjordanie, avec 33 000 habitants, à 20 minutes de

Jérusalem. Le bus bruisse de « Ah ! » et de « Oh ! » enthousiastes. À son bord, une cinquantaine de retraités de l’Éducation nationale israélienne venus spécialement de Petah Tikva, au nord-est de Tel-Aviv, pour visiter celle qu’on surnomme ici « la perle du désert ». Au micro, Hizki Zisman, porte-parole de la mairie, vante les atouts de la ville. La colonie, b â t i e a u s o m m e t d ’ u n e c o l l i n e, au milieu du désert de Judée qui borde Jérusalem-Est, a, il est vrai, de quoi séduire : beaucoup de verdure, des fontaines, un quartier

Stratégique, Maaleh Adumim est au centre du projet d’extension de la Ville sainte, le Grand Jérusalem
« écologique »… Pourtant, Gila, professeure de français à la retraite, ne voudrait pas habiter ici. Parce qu’il s’agit d’une colonie ? « Non, répondelle, je préfère juste l’animation de Tel-Aviv… » Ici, personne ne semble voir où est le problème, comme ces jeunes filles de 15 ans rencontrées dans le centre-ville qui évoquent les « villages arabes voisins », et non « palestiniens », comme s’il s’agissait d’arabes israéliens.

Comment pourrait-il en être autrement ? Tout est fait ici pour banaliser la colonisation. La bibliothèque municipale se nomme « bibliothèque de la paix »… Le mall, centre commercial à l’américaine, abrite un magasin The Body Shop, l’une des marques de la société L’Oréal, connue pour ses participations à des campagnes de défense des droits de l’homme. À l’entrée du centre, les habitants peuvent même faire leurs démarches administratives dans des bureaux décentralisés du ministère de l’Intérieur. Stratégique, Maaleh Adumim est au cœur du projet d’extension de la Ville sainte, le Grand Jérusalem, selon un plan baptisé « E1 ». Malgré son nom énigmatique, celui-ci n’a rien de secret. Hizki, le porte-parole de la mairie, en explique d’ailleurs tranquillement les objectifs aux retraités alors que le bus s’est arrêté aux abords d’un panorama à couper le souf fle. Au loin, les premiers immeubles de Jérusalem-Est. Entre les deux points, une petite vingtaine de kilomètres couverts de collines rases… en Cisjordanie. « À terme, ces collines se couvriront d’habitations pour relier Jérusalem à Maaleh Adumim. Les travaux devraient bientôt

commencer », assure Hizki. Un plan dénoncé par les pacifistes israéliens : « L’objectif est de couper la Cisjordanie en deux et de rendre impossible la partition de la ville, et donc la création d’un État palestinien avec Jérusalem-Est comme capitale », explique Mika Kurz, membre de l’Icahd, le Comité israélien contre la démolition des maisons, l’une des plus importantes associations pacifistes israéliennes. À Jérusalem, l’urbanisme porte les traces de cette ambition. Les rames flambant neuves du nouveau tramway installé par les Français Veolia et , Alstom, viennent d’être disposées sur les rails pour une mise à l’essai. Cet été, il reliera le centre-ville et la Vieille Ville à Pizgat Zeev puis à Neve Yaakov, deux colonies au cœur de JérusalemEst. Alors que la question des colonies n’a jamais été autant discutée sur la scène internationale, la « bataille de Jérusalem » fait rage. Une course à la terre où tous les coups semblent permis. Des associations comme Israel Land Fund (le fonds pour la terre d’Israël) rachètent à prix d’or les maisons palestiniennes dans des conditions souvent troubles. « Lorsqu’il y a eu des

rumeurs concernant la construction du mur, au début des années 2000, raconte, par exemple, Mika Kurz, certains Palestiniens ont voulu vendre rapidement leur maison, de peur que celle-ci se trouve du mauvais côté du mur. C’est le cas de cette famille qui a cédé sa maison à un homme d’affaires jordanien qui en offrait un bon prix. Finalement, la bâtisse s’est retrouvée du bon côté du mur. Une école juive religieuse s’y est installée. Et l’homme d’affaires s’est volatilisé… » Ce type de mésaventures s’est répété plusieurs fois. Sur le mont des Oliviers,

des associations rachètent les maisons palestiniennes dans des conditions troubles
à Jérusalem-Est, le drapeau israélien flotte au-dessus d’une maison. Il y a quatre ans, son propriétaire l’a vendue à des Israéliens. Trois jours plus tard, son corps a été retrouvé dans le coffre d’une voiture. Parfois, les familles palestiniennes sont expulsées manu militari, comme à Sheikh Jarrah, un quartier au pied du mont Scopus à Jérusalem-Est où une cinquantaine de colons vivent reclus au milieu des Palestiniens.

Déjà, la colonisation a pris une autre dimension. Sur les hauteurs de Jérusalem, de nouveaux immeubles o n t p o u s s é c o m m e d e s ch a m p i gnons. Des panneaux immobiliers va n t e n t l e c o nfo r t des appa r tements luxueux avec terrasses d’une nouvelle résidence fermée nommée « Nof Zion » (la vue sur Sion). À terme, le complexe devrait couvrir plus de 42 hectares, et inclure une synagogue, un hôtel de luxe, un centre sportif, des écoles… Une ville dans la ville. Quelques mètres plus loin, les trottoirs aux abords de la résidence disparaissent pour laisser place au chaos de la voirie, plus habituel dans Jérusalem-Est, de Jebel Mukaber, un quartier palestinien. Pourtant, sur la vidéo du site inter net du promoteur, celui-ci a complètement disparu. Gommé par les images de synthèse. Comme si de rien n’était. ●
Anne Guion

Retrouvez sur notre site notre dossier « Voyage en ColonieLand » avec des cartes et des vidéos sur www.lavie.fr

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pHotos : menAHem KAHAnA/AFp

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