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LA NOVELLISATION, UN GENRE CONTAMINÉ ?

Jan Baetens Le Seuil | Poétique
2004/2 - n° 138 pages 235 à 251

ISSN 0032-2024

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Pour citer cet article :

-------------------------------------------------------------------------------------------------------------------Baetens Jan, « La novellisation, un genre contaminé ? », Poétique, 2004/2 n° 138, p. 235-251.

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193.. Si elle s’oppose logiquement à l’«impérialisme linguistique» qui brouillait ou pervertissait tant de théories anciennes de l’image. insistant fortement sur l’imbrication des registres ou des domaines. l’analyse théorique fouillée du tournant visuel n’implique nullement quelque refus du verbal. plus exactement une culture marquée par le «tournant visuel»1. une culture «anti-verbale» ou «anti-linguistique».. c’est-à-dire le passage d’une culture dominée par le modèle de l’écrit à une culture dominée par le modèle de l’image. qui prolongent le dépassement lyotardien du mot et de l’image. un genre contaminé? «Le texte contre-attaque…» La culture contemporaine est une culture visuelle. dans la sémiotique visuelle ou la nouvelle iconologie4. Dans cette perspective. de manière naïve. force est de reconnaître que les nouvelles façons de penser l’image s’efforcent souvent de dépasser les rapports dichotomiques entre les ordres du verbal et du visuel. notamment dans certaines formes de sémiotique2 ou de l’histoire de l’art3.41 . de la mouvance du poststructuralisme – du livre fondateur de Jean-François Lyotard. diversement bien entendu. Discours Figure 5 aux propositions méthodologiques de Mieke Bal dans Travelling Concepts 6. se pense davantage à l’intersection des deux régimes. © Le Seuil .52.univ_rennes2 . N’en citons pour exemple que les tentatives d’excéder le clivage des régimes du texte et de l’image dans de nombreux textes se réclamant.univ_rennes2 .193.04/06/2012 13h22.Jan Baetens La novellisation.04/06/2012 13h22.cairn. Dans tous ces exemples. qui étend les idées de Lyotard au paysage de la culture digitale.64.cairn. © Le Seuil Document téléchargé depuis www. en passant par la lecture visuelle des systèmes graphiques chez Anne-Marie-Christin7. qui se voit intégré à la nouvelle sémiosphère dominée par l’image. dont la «théorie de l’écran» articule le langage écrit comme une forme d’image. la théorie de la culture visuelle n’est sûrement pas. Quelle que soit l’interprétation de ce phénomène.41 . ou un ouvrage comme Reading the Figural de David Norman Rodowick8. y compris. la «forme culturelle» (au sens que Raymond Williams donnait à ce terme dans ses travaux sur la télévision)9 qu’est la novellisation appaDocument téléchargé depuis www.info . par exemple. dont on est sans doute loin d’avoir compris toutes les implications.info . Cette théorie.52.64.

. l’impact du visuel n’est pas forcément diminué par le retour apparent du régime verbal (la novellisation. mais complexe et varié. celui de l’image. Le glissement institutionnel des études littéraires aux études culturelles devrait pourtant favoriser l’éclosion d’études sérieuses sur la novellisation. et encore!.193. De ce point de vue.64. puis les changements structurels dans les programmes de recherche qui poussent les littéraires à s’intéresser toujours davantage à l’image et à laisser de côté ce qui ne relève pas des valeurs sûres.04/06/2012 13h22.64. ce qu’il en est du tournant visuel dans un domaine qui semble échapper à son emprise sans qu’il se réduise à n’être qu’une poche de résistance. sur la bande dessinée13). Comme on le verra.univ_rennes2 . c’est en tout cas la thèse qu’on voudrait défendre ici. mais se revendiquer au contraire comme une sorte de revanche de l’écrit sur l’image.. qui concentre sur elle plusieurs des aspects favoris de la discipline: culture populaire. on examinera successivement les rapports avec trois idées clés des théories contemporaines du tournant visuel: adaptation. un résidu anachronique en voie d’être absorbé par la visualité triomphante.236 Jan Baetens La novellisation comme anti-adaptation Qu’est-ce que la novellisation? S’il existe de nombreuses études sur les interactions entre littérature et cinéma11. En paraphrasant une expression qui a fait fortune depuis une dizaine d’années («The empire writes back»10). A la fin de l’analyse. remédiation. Ces constatations élémentaires permettent de préciser d’emblée les enjeux d’une étude de la novellisation. une survivance du passé.52. spécificité. Le genre offre en effet une belle occasion de vérifier sur un cas très précis. Ensuite parce que ce retour paradoxal de l’écrit semble se vivre sans aucune fausse honte.info .04/06/2012 13h22. la novellisation pourrait être symptomatique de la manière dont s’effectue la transformation visuelle des faits culturels ailleurs que dans les cas très manifestes où l’image se substitue directement à l’écrit. Document téléchargé depuis www. Document téléchargé depuis www. est un bon exemple de la contamination indirecte d’un régime médiatique par un autre).cairn. en d’autres termes.info . le temps et l’énergie qu’il a fallu avant que l’université accepte de se pencher. on pourrait dire que l’essor de la novellisation est une des manières dont un système désormais dominé. à s’approprier les outils du système dominant. mais deux facteurs semblent jouer ici un rôle essentiel: le mépris dans lequel on tient le genre (mais qu’on se rappelle. © Le Seuil . arrive à «contre-attaquer».41 .univ_rennes2 . Plusieurs raisons expliquent ce silence.cairn.52. visualité. © Le Seuil raît doublement comme un anachronisme à la fois novateur et «monstrueux». celui de l’écrit. on tentera de rattacher le cas de la novellisation à une théorie plus générale des différences médiologiques dans l’ère de l’hybridisation de l’œuvre d’art au sein de la culture visuelle contemporaine. mass media. D’abord parce que cette pratique culturelle semble aller à contre-courant de la mutation visuelle qui frappe de nos jours toutes les formes de l’écrit.41 . à titre de comparaison. la novellisation même n’a pas encore fait l’objet d’études poussées12. voire à s’en servir contre lui: «the text writes back…». Pour en donner quelques idées.193.

. le second terme désigne les aspects et mécanismes qui résistent à cette transposition. ni un roman.. McFarlane regroupe tous les aspects et tous les mécanismes qui se laissent «répliquer» sans difficulté d’un système à l’autre. on rassemblera ici les définitions ou. Ce qui ressort le plus de ces premières approches (formulées souvent en note.cairn.La novellisation. cet ersatz constitué de novellisations ou de déclinaisons littéraires de films de S-F (Star Wars). un genre contaminé? 237 En guise de première déambulation dans le territoire encore mal balisé de la novellisation. le genre de livres qu’on trouve dans les aéroports ou dans les rayonnages d’un hypermarché […]. et ne sont pas réimprimés14. de séries télévisées (Star Trek). en s’appuyant sur un pré-texte déjà pré-novellisé si l’on ose dire.cairn.52.193. Durant les deux dernières décennies.univ_rennes2 . Ce n’est ni un scénario. Dans la mesure où la novellisation se contente en principe de transposer en texte Document téléchargé depuis www. D’un côté.info .41 .64. et plus récemment. le défi majeur de toute adaptation filmique. c’est-à-dire de pré-texte verbal18. ce qui signifie entre autres que le problème de la «traduction» d’un système sémiotique en un autre se trouve systématiquement éludé. La phrase vient de la quatrième de couverture d’un livre de poche extrêmement bon marché. la transmédialisation17 qui se trouve au cœur de tout projet d’adaptation d’un livre sous forme de projet cinématographique (cette absence est bien entendu plus posée que réelle.52.41 . La plupart des novellisations sont en effet basées sur l’une ou l’autre forme de scénario. © Le Seuil Document téléchargé depuis www. aussi éparses quant à leur visée que convergentes quant à leur approche du phénomène: Le procédé consiste à faire rédiger un roman à partir d’un scénario et à faire ensuite coïncider la publication du livre et la sortie du film. mais éphémère (quelques mois). les observations suivantes. pour exiger une intervention «créatrice» de l’adaptateur20.193.64.univ_rennes2 . Par le premier terme.04/06/2012 13h22. même pas dans le corps du texte!) est que les novellisations sont des adaptations très différentes des adaptations filmiques. de l’invasion de la sci-fi. non pas (ou pas seulement) en raison de leur caractère culturellement moins légitime. soit un nouveau genre de fiction lui-même issu des nouvelles techniques de marketing16. la S-F américaine a pâti de l’irrésistible ascension de la fantasy. il manque aux novellisations l’intermédialité ou. De l’autre. de jeux de rôles ou de jeux informatiques qui a rencontré un grand succès auprès du public adolescent15. mais une novellisation. © Le Seuil . mais à cause de l’absence des deux traits qui constituent la condition sine qua non d’une véritable adaptation cinématographique. plus exactement sans doute. puisqu’il reste parfaitement envisageable que les images du film interviennent quand même dans la genèse). les novellisations contournent aussi.04/06/2012 13h22. à savoir l’équilibre aussi problématique qu’excitant entre les deux forces que Brian McFarlane19 a nommées transposition («transfer») d’un côté et adaptation proprement dite («adaptation proper») de l’autre. Sauf cas d’espèce […] ces ouvrages obtiennent une audience certaine. plus correctement.info .

expurgée de toute indication technique.cairn. s’accorde mal avec les novellisations qui flirtent davantage avec le modèle (réputé plus savant. Meirs étant à la fois le coscénariste officiel (sic) du film et son très libre adaptateur feuilletonesque (avec bien sûr tout ce que la publication simultanée d’un feuilleton et d’un serial permettait de jeu de saute-mouton entre le film et le texte). né simultanément comme film et comme livre.41 .cairn. il était extrêmement difficile d’enfermer le travail de l’écrivain. qui novellise toute une série de modèles génériques. Folamour.04/06/2012 13h22.238 Jan Baetens un écrit qui relève du média scénaristique et en roman une structure déjà fortement narrative. voire. et moins encore avec celles qui disent partir bel et bien des images. et souvent plusieurs. qui novellise Le Limier (Sleuth) de Mankiewicz21 plus de trois décennies après la sortie du film. Quand Louis Feuillade tournait à toute vitesse et sans véritable scénario son «serial» Les Vampires (1916).64. pour inférieur qu’il fût à celui du metteur en scène. En effet. est connu. et que paraissait en même temps le feuilleton novellisé de Georges Meirs25. La définition de novellisation utilisée jusqu’ici était une définition prototypique. est contredit par des romans tels que Cinéma de Tanguy Viel. Qu’enfin il y ait toujours une division temporelle claire entre l’avant du film et l’après de la novellisation. rapidement confié à quelque tâcheron de la littérature à la botte du merchandising hollywoodien. © Le Seuil Document téléchargé depuis www.univ_rennes2 . La prise en compte de tous les cas particuliers. et ce dès les premières manifestations du genre: l’exemple de Teorema de Pier Paolo Pasolini. notamment dans une perspective historique (car le genre est pour ainsi dire tout aussi ancien que le cinéma luimême). renovellisé par l’auteur qui se sentait trahi par le cinéaste ayant adapté son roman initial26. comme Les Vacances de Monsieur Hulot24.64.info . pour des pratiques plus contemporaines. pour chaque aspect de la définition. Que la novellisation soit avant tout la transcription narrative. de manière à constituer une séance bien particulière22. Une étude plus large encore permettrait du reste de nuancer davantage la définition prototypique élaborée ci-dessus.univ_rennes2 . © Le Seuil .52. De la même façon. des dessins animés au film porno.. ou Demandez le programme! (A Night at the movies) de Robert Coover. Que la novellisation soit inévitablement un sousproduit littéraire. a parfois été hautement discutable.193. On y ajoutera. comme les ciné-romans d’Alain Robbe-Grillet ou de Marguerite Duras23. dans le seul moule de la novellisation conventionnelle. pour ne pas dire élitaire) du découpage technique.52. d’une forme-scénario.41 . la novellisation ne se limite pas à la seule prose à la fin du processus (il Document téléchargé depuis www.193. conduirait évidemment à nuancer bien des idées reçues. il n’est pas difficile de trouver au moins un contreexemple..04/06/2012 13h22. En ce sens. Car la novellisation ne part pas forcément du seul scénario de film à son début (il existe aussi des novellisations de bandes dessinées et de jeux vidéo. mais il est loin d’être unique. par exemple27). par exemple. un exemple comme celui de Dr. on peut dire que la novellisation est une fausse adaptation. contraint de bâcler son travail pour ne pas rater la sortie du film. de manière plus forte encore et toujours par rapport au modèle traditionnel de l’adaptation qu’est le passage du livre au film.info . le genre peut se payer le luxe d’être une adaptation faisant l’économie de presque tous les problèmes classiques de l’adaptation cinématographique. qu’elle est une anti-adaptation.

Une approche plus historique du genre va du reste dans le même sens.cairn.info .193. quand il y avait encore un véritable continuum entre formes plus expérimentales (comme le scénario «virtuel» du film non encore réalisé) et formes plus mainstream (comme le «film raconté»). à la fois logique et curieuse. Cependant.04/06/2012 13h22. «hollywoodiennes». Ici encore.04/06/2012 13h22. jusqu’aux novellisations standardisées. la thèse de la novellisation comme anti-adaptation peut être défendue sans qu’on force les données du corpus: de manière générale. on continue à camoufler plutôt les aspects «typiques» de l’adaptation. là où le découpage technique. il conviendrait aussi de compléter par l’univers sans limites des comptes rendus de films. qui se distingue sur tous ces points des variantes plus ambitieuses de l’écriture cinématographique. des novellisations-feuilletons des années 10 aux «films racontés» des années 20 et 30 et aux adaptations comparables mais moins médiatisées des années 40 et 5032. mais prolongation de A par B dans une suite «originale»30). d’autre part.41 . Pareillement. d’une part. par exemple. pour se confondre presque entièrement avec les canons sous-romanesques les plus standardisés. Ce désir de faire corps avec la littérature et plus particulièrement avec les formes de récit littéraire les plus éculées. grosso modo. Elle obéit à des structures narratives simples et transparentes. Quoi qu’il en soit. des «novellisations» en vers28 ou en roman-photo29).. d’une longueur parfois considérable31. on observe que les formes les plus commerciales et populaires de l’écriture du cinéma tendent à s’éloigner de plus en plus des formes expérimentales. quelles que soient la complexité ou la subtilité formelles ou fonctionnelles de tous ces exemples dont il faudra donner un jour un aperçu moins cavalier. un genre contaminé? 239 Document téléchargé depuis www.41 . expliquent aussi bien le statut de la novellisation et la forme que sa persistance comme genre. qui se sont généralisées depuis plusieurs décennies33. de nombreux auteurs qui écrivent sur la forme-novellisation de croire qu’elle est… récente. © Le Seuil . à la manière d’une continuation (il n’y a plus alors adaptation d’une œuvre A par une œuvre B.64.info . le pari de l’anti-adaptation semble donc maintenu: la novellisation fait tout pour adopter un profil bas.La novellisation.univ_rennes2 . la novellisation peut se présenter aussi. évitant de trop marquer la rupture sémiotique que suppose la métamorphose d’un film en livre. la novellisation connaît mal sa propre histoire. Au fur et à mesure que l’on se rapproche du présent dans l’histoire des rapports entre écriture et cinéma. Cette histoire s’étend. ciné-roman. par exemple) que dans les premières décennies du média. est revêtu de tous les prestiges du label «art et essai». La novellisation est en effet considérée comme un objet presque honteux de la culture de masse. Soit dit entre parenthèses: comme tout genre non canonique. tous genres et toutes formes confondus.64.52.univ_rennes2 . découpage technique. © Le Seuil existe.cairn. si l’on ose dire. d’où la propension.193. Enfin. dont les difficultés ou les enjeux spécifiques ne sont que très rarement thématisés ou explicités.. et les mêmes lignes de force réapparaissent. n’utilisant l’image qu’au Document téléchargé depuis www. et la renonciation au désir de mettre en place une forme d’écriture romanesque propre au domaine cinématographique. on remarque facilement34 que la novellisation au sens contemporain du terme s’oppose aujourd’hui plus nettement aux autres formes d’écriture du cinéma (scénario.52. puis aux divers essais de redonner vie à la novellisation dans les années 60 et 70.

© Le Seuil .52.info . Le rapport entre film et livre est présenté en termes bimédiaux (la novellisation livresque se présente comme la conversion d’une œuvre cinématographique). La novellisation se veut moins l’autre que le double du film.04/06/2012 13h22.193. en adoptant généralement un profil très bas). une présence indéniable sur le marché du livre. puisqu’elle se pose comme transformation du scénario. du visuel.41 .. c’est-à-dire une adaptation qui s’acharne à se nier comme telle et à nier les solutions de continuité que suppose inévitablement toute adaptation. Tout cela indique assez le poids. Il n’empêche que l’horizon global du genre est clairement binaire. qui bâillonne implicitement les propriétés spécifiques du régime verbal. là où de nombreux auteurs d’avant-garde ont essayé d’inventer des hybrides verbovisuels en écrivant à partir du cinéma. Cette stratégie d’évitement du conflit en fait une anti-adaptation. par lequel on adapte un chef-d’œuvre littéraire au grand écran et qui fait surgir bien des attentes concernant la «fidélité» de la version cinématographique. à commencer par les critères éminemment subjectifs que l’on applique en essayant Document téléchargé depuis www. La novellisation comme anti-remédiation Dans la définition prototypique comme dans l’aperçu historique de la novellisation. là où les formes plus novatrices vont et surtout viennent sans pouvoir s’imposer durablement. malgré des périodes de recul. Elle conserve enfin.info .cairn. Le régime imaginaire que se donne la novellisation est celui du calque.. qui a longtemps dominé les études de l’adaptation. chacune de ces dimensions est mise en sourdine autant que possible (la novellisation ne cherche pas explicitement à rivaliser avec le film. non comme transformation des images.univ_rennes2 . Le fil rouge de toutes ces pratiques novellisatrices est sans conteste la volonté de réduire au maximum la tension entre médias et régimes discursifs.04/06/2012 13h22. tout en donnant lieu à des jugements comparatifs (le produit dérivé qu’est la novellisation se fait juger à l’aune de l’original filmique). […] Ces mêmes analystes ont également établi la liste des problèmes qu’implique un tel exercice et les pièges que créent les exigences d’authenticité et de fidélité.41 . est en effet ressentie de plus en plus comme un carcan inapte à rendre compte de la mobilité du phénomène comme pratique sociale et culturelle. © Le Seuil Document téléchargé depuis www. Certes. c’est-à-dire du transfert immédiat. et qu’elle évite de soulever la question des mérites respectifs du film et du livre. l’étude du genre est toujours restée fonction d’une approche binaire.cairn. indirect mais considérable. La vision binaire.64.193.240 Jan Baetens titre purement adventice d’illustration.64.52. Comme le notent Deborah Cartmell et Imelda Whelehan dans une excellente mise au point de la problématique: De nombreux analystes se sont penchés sur le processus de transposition du livre au film. La première difficulté est théorique. ce qui ne manque pas de faire surgir une double difficulté (et partant la nécessité d’élargir un peu le tableau).univ_rennes2 .

info .univ_rennes2 . La vision binaire et téléologique des rapports entre objets médiatiques d’adaptation est balayée par le caractère essentiellement hybride de la culture visuelle contemporaine où non seulement les rapports entre avant et après se brouillent. Le consommateur d’images tourne sans fin les pages des magazines. logique culturelle du capitalisme tardif» ont une analogie certaine avec les structures de la culture populaire telle qu’elle s’est organisée depuis au moins le XIXe siècle37.52. par exemple. Dans sa présentation. des abstracts dans des ouvrages de références ou peut-être des articles théoriques (avec leurs assemblages de séquences de photogrammes). des gadgets et ainsi de suite.cairn..cairn.info . A suivre par exemple Dominique Kalifa. de la sérialité et de l’adaptation: il faut introduire sans cesse de nouveaux objets culturels puisque le public. John Storey fait ainsi remarquer que les phénomènes pointés par l’auteur du célèbre article «Le postmodernisme. nous pouvons finir par avoir l’impression de bien connaître un film qu’en fait nous n’avons jamais vu36.41 . un genre contaminé? 241 d’évaluer le degré de «réussite» d’un film qui se propose d’extraire «l’essence» d’un texte de fiction. Dans ce livre. La révolution industrielle est en effet aussi une révolution culturelle. mais où l’autonomie même de l’objet tend à l’évanescence: Phénoménologiquement parlant. des thèses de Jameson sur la culture postmoderne. les frontières de l’«objet» même sont élargies. est un objet dont on fait la connaissance à travers des posters. © Le Seuil Document téléchargé depuis www. des slogans et autres formes de publicité. Celui-ci. en effet. mais seulement dans le but de perturber encore davantage la position de ceux qui croient que ce qui compte dans une adaptation. le champ visuel du quotidien dans les cultures «occidentales» contemporaines (mais il en va de même au Japon) est hétérogène et hybride. comme les bandes-annonce ou les clips TV.41 .52.193. qui sape en profondeur la production comme la réception des biens culturels. nous essaierons d’élargir ce débat. elles deviennent perméables..64. obéit désormais à la triple loi de la nouveauté. des agrandissements d’images.193.04/06/2012 13h22. on se rend vite compte qu’il ne suffit pas de décrire ces changements comme la transformation de l’œuvre d’art en marchandise culturelle. on apprend à le connaître par des comptes rendus de journaux. © Le Seuil . La seconde difficulté est pratique. Un film. c’est le texte-source35. est à la Document téléchargé depuis www. Telle qualification moralisatrice interdit d’analyser en détail l’impact culturel de ce qui change dans la sémiotique de l’objet. auteur d’une belle synthèse sur cette matière38. Il est rare que l’intégrité de l’objet sémantique soit respectée. qui veut (ou doit) maintenant «consommer» pour meubler des loisirs radicalement coupés du temps de travail. par des photographies de production. se transforment de mille et une manières.univ_rennes2 .La novellisation. De plus. fort critique il faut le souligner. Or.04/06/2012 13h22. il surfe sur les vagues des spectacles télévisuels. Les caractéristiques supposées de la culture postmoderne prolongent plus qu’elles ne rompent celles de la culture de masse qui naît avec l’industrialisation. En mettant bout à bout ces fragments métonymiques dans notre mémoire.64. cette propriété du postmoderne et de son métissage débridé est beaucoup moins neuve que ne le disent certains.

de pareille requalification? Manifestement. L’adaptation. l’aporie inhérente. Cette véritable pulsion réaliste conduit l’Occident à chercher des systèmes où les signes se font de plus en plus invisibles («transparency») et les référents. D’où aussi la grande dynamique du système médiologique dans son ensemble. celle par exemple de la photographie (image fixe) par le cinéma (image mobile).info . Or.info . Understanding New Media39.univ_rennes2 . S’agissant de la novellisation. et requalification («repurposing»).193. au détriment des référents qu’ils sont censés «présentifier». que l’on a vu prendre ces dernières années la place du concept plus large et plus flou d’adaptation et qui surplombe aujourd’hui de nombreux débats sur les mutations médiatiques. Bolter et Grusin proposent de distinguer entre remédiation proprement dite.04/06/2012 13h22. où l’on voit survenir sans cesse des systèmes plus performants (du point de vue de la transparence et de l’immédiateté). si le passage d’un média à l’autre n’est plus pensé selon la logique téléologique de McLuhan.univ_rennes2 . dont la mise en page s’est mise à ressembler de plus en plus à l’écran «mosaïque» du micro-ordinateur40. représente la logique culminante de la nouveauté et de la sérialité combinées: c’est un produit neuf et sérialisé en même temps.64. et dans la mesure du possible ces objets sont élaborés dans divers médias. A cet égard.41 . et c’est bien sûr ce démenti abrupt infligé aux «lois» de la remédiation/requalification qui rend la novellisation (et la culture de masse en général?) si fascinante. c’est-àdire à un système où les signes se font oublier au profit des choses mêmes. l’occultation du signe et le dévoilement du référent ne sont jamais possibles qu’au moyen d’un système de… signes. D’où le paradoxe ou. La conversion d’un long métrage en le format conventionnel d’un roman traditionnel ni trop court ni trop long est-elle un bon exemple de pareille remédiation ou.cairn. Jay David Bolter donne ici volontiers l’exemple du journal imprimé. de plus en plus directement présents («immediacy»). de ce point de vue. Toutefois.64. à la rigueur. la novellisation est symptomatique de la culture de masse telle que la rêvent les industries culturelles.242 Jan Baetens Document téléchargé depuis www. A un niveau Document téléchargé depuis www. et qu’il est permis de penser rentable pour cette double raison-là.41 . Les systèmes médiatiques de l’Occident aspirent tous à un maximum de réalisme. © Le Seuil . En même temps. indépassable de chaque système de représentation. un tel cadre s’avère on ne peut plus utile et révélateur. elle offre aussi l’occasion de relire critiquement le débat autour du concept de remédiation.52. lesquels risquent en toute occasion d’attirer l’attention sur eux-mêmes.. la transition médiologique n’est jamais neutre: sa motivation ultime est toujours celle de la «remédiation».193. © Le Seuil recherche de stimuli toujours renouvelés. mais où les systèmes «dépassés» arrivent parfois à s’adapter et à se remédier eux-mêmes pour être mieux en mesure d’entrer en concurrence avec les nouveaux venus.. au double sens du terme (un média chasse l’autre.cairn. les objets qui sont bien reçus par le public sont exploités de manière sérielle pour rentabiliser les investissements.04/06/2012 13h22.52. dans l’espoir de créer à l’intérieur du média ancien des effets identiques à ceux qui s’obtiennent dans le média plus neuf. il n’en est rien. soit la démarche qui consiste à refaire dans un média donné A ce qui se fait dans le média B qui le remédie. insoluble. un média améliore l’autre). Fausse nouveauté et vraie reprise sérielle. On connaît l’idée majeure que défendent Jay David Bolter et Richard Grusin dans leur Remediation. plus exactement.

il n’est pas illogique de penser que le saut du film au roman est une bizarrerie historique. © Le Seuil Le même auteur a encore des mots très durs pour évoquer les traductions verbales des signes visuels ou multimédias42.193.univ_rennes2 .04/06/2012 13h22. ne souhaite visiblement ni faire mieux que le film dont le livre est tiré.64.cairn.info .univ_rennes2 . En effet. le cinéma dont on a souvent dit qu’il représentait la forme artistique la plus populaire du XXe siècle. du passage à la série et de l’adaptation intermédiatique. mais aussi et surtout de maintenir un changement constant. ni même faire aussi bien que lui (même si quelques rares textes précisent. mais d’être capable de suivre le mouvement44.41 .. c’est-à-dire aux livres qui les contiennent (la nuance est fondamentale). Comme ils étaient des expériences audiovisuelles tellement fortes..64. son existence même participe de la dynamique de la culture de masse lancée ou accrue par l’importance des signes visuels. il importe d’abandonner l’approche binaire traditionnelle qui informe toujours la notion de remédiation. l’essentiel n’est pas (seulement) de remédier. on constate une antinomie très franche Document téléchargé depuis www. un mouvement rétrograde dans un contexte où en général les pas en arrière se pardonnent difficilement. dans la culture de masse dont relève en gros la novellisation. Pour comprendre et expliquer l’existence même. pour inscrire le genre dans un contexte culturel plus large. l’essentiel n’est pas d’être en avance.La novellisation. sauf exception une fois de plus dans sa frange hypercultivée.04/06/2012 13h22. et ce à travers les trois opérations imbriquées de l’introduction du neuf. Quelles qu’en soient les faiblesses sur le plan de la remédiation (et nul doute qu’elles sont plus que réelles). © Le Seuil . timidement il est vrai. à un niveau plus particulier. qu’ils essaient de faire quelque chose de «différent»)43.52. puis le succès (certes relatif mais durable) des novellisations. restructurait des formes narratives et «requalifiait» («repurposed») des histoires singulières ayant appartenu aux mondes du roman et du théâtre. La novellisation comme anti-littérature Lorsqu’on passe au texte même des novellisations. Document téléchargé depuis www.52. le genre de la novellisation. le genre de la novellisation est un candidat on ne peut plus approprié à entrer dans la ronde de la culture de masse où il est toujours bon de se rappeler une des grandes intuitions d’Edgar Morin sur l’esprit du temps: dans une société qui bouge.193. L’imprégnation du visuel est ici encore aussi forte qu’elle est indirecte: s’il est vrai que la novellisation ne cherche pas à rivaliser avec le film. A cela s’ajoute que. qu’il déprécie comme autant de tentatives de récupérer le neuf au profit d’une idéologie dépassée et qui représentent à ses yeux un courant conservateur dans l’histoire médiologique de l’Occident. les films semblaient offrir une plus grande présence («immediacy») et une plus grande authenticité que les romans ou les pièces de théâtre41. un genre contaminé? 243 de grande généralité.41 .info . Comme le rappelle Jay David Bolter: Entre-temps.cairn.

193. Il serait par exemple erroné de conclure que l’écriture anti-ekphrastique du texte novellisé trahit une «revanche» de la littérature sur le cinéma49. Le point de départ de toute réflexion sur les rapports entre cinéma et littérature aujourd’hui devrait être au Document téléchargé depuis www. Les novellisations accentuent la narration. qui greffe sur le texte toutes sortes de commentaires idéologiques absents du film)46. au niveau macrostylistique. Ici encore.64. insert de photogrammes) renforce encore cette filiation. D’une part. au niveau microstylistique. à savoir un style très visuel (et cette censure du visuel. dans le double sens du terme: la couche du récit retient l’attention et il arrive que ce récit soit de plus filtré par une instance narrative faisant défaut dans le film (on sait le cinéma moins enclin au voice-over. © Le Seuil ..244 Jan Baetens Document téléchargé depuis www. autant le texte à l’intérieur du même volume les dissimule soigneusement. A cela s’ajoute.64..info . descriptif ou autre. il y a une occultation presque absolue de la nature ekphrastique 47 de la novellisation. l’enjeu véritable de ces caractéristiques du genre ne peut être saisi qu’en dépassant le seul cadre binaire des rapports de dérivation entre film et livre.univ_rennes2 .193.04/06/2012 13h22. De nos jours. du moins une conception complètement dépassée par l’évolution de la société moderne.univ_rennes2 . Ce n’est que très exceptionnellement – en fait cela n’arrive que dans les quelques variantes high-brow du genre48 – que le texte même affiche le rapport. sinon une vue de l’esprit. compense plus que largement une autre dimension. Autant la périgraphie du volume exhibe ses liens avec le cinéma. un volet iconographique souvent très élaboré (image de couverture. que l’on lit ici comme une intervention «anti-littéraire». Bien entendu.41 . D’une part.info . © Le Seuil entre le domaine du texte et celui du péritexte45.cairn. En effet. le refoulé visuel revient à plus d’un endroit.52. la lecture «ordinaire» d’une novellisation n’est pas du tout une lecture qui valorise la dimension littéraire ou esthétique de l’œuvre. que l’hypothèse de la revanche du texte sur le pré-texte cinématographique passe outre à l’observation devenue très banale que la littérature a perdu la position centrale qui a longtemps été la sienne dans le polysystème culturel. D’abord que la réception d’une novellisation dépend moins du texte même que de son péritexte. pareille interprétation ignore deux faits essentiels. la situation est totalement différente. et ce fait est plus important encore. S’agissant d’abord de ce dernier. S’agissant ensuite du texte proprement dit.04/06/2012 13h22. le lecteur est confronté à une avalanche d’indices de l’adaptation cinématographique. il est clair que ce centre est occupé par le cinéma et que l’idée même de revanche d’une forme culturelle réputée plus noble (en l’occurrence la littérature) sur une forme jugée plus roturière (en l’occurrence le cinéma) est. beaucoup de novellisations comportent un sous-titre qui précise leur rapport avec le scénario ou l’idée initiale du film dont elles sont dérivées. du moins en régime fictionnel). D’autre part.52. mais la rature explicite de l’ekphrasis semble faire partie du cahier des charges du genre. y compris dans les formes les plus populaires de la novellisation. cahier d’illustrations. on a régulièrement remarqué que l’écriture d’une novellisation met en sourdine ce qu’on pourrait être tenté d’attendre d’elle.cairn. Quand bien même le lecteur garde une liberté certaine de faire une lecture différente de celle proposée par le péritexte. qui lui s’inscrit sans état d’âme dans la catégorie de l’adaptation cinématographique. D’autre part.41 . elle incontestablement littéraire: la présence souvent forte d’une voix narrative. qui l’unit au film de départ.

le marketing du livre présentera celui-ci à la manière d’une novellisation. Dans cette perspective.193. © Le Seuil Or. ont suffisamment démontré que résistance n’égale pas opposition brutale. mais comme si cette opération avait déjà eu lieu: tel est l’impact des adaptations qui nous entourent de toutes parts qu’en lisant nous imaginons déjà la scène visuelle dont le texte est alors une sorte de transposition fantasmatique53. Corollairement les seconds ne lisent plus un roman comme s’il était à même d’être porté un jour à l’écran. de plus. de la même façon que la conscience résiste à être réduite aux structures qui s’acharnent fortement à fonctionner comme elles le font.52. le système littéraire actuel va situer ce texte comme une novellisation.04/06/2012 13h22. avec un péritexte violemment cinématographique qui reprend presque littéralement le moule du genre (la mention d’une formule comme «le livre du film» ou «bientôt au cinéma» joue d’ailleurs sur la confusion avec les formules stéréotypées qui annoncent les novellisations: «d’après le film de» ou «le roman du film»). mais négociation et réappropriation51. Philippe Ortel part d’une question analogue: «Il semble Document téléchargé depuis www.193. dont il tire désormais son statut et sa légitimité. dans un registre certes assez différent.64. ou semblent toujours avoir été. un genre contaminé? 245 contraire que la séparation stricte des domaines s’est effritée dans la culture médiatique et que.cairn.64. puisque le régime filmique est alors intériorisé par les producteurs comme par les consommateurs du roman. Dans son étude sur les rapports entre littérature et photographie au XIXe siècle. la forme la plus développée de la culture du livre.52.univ_rennes2 . Même lorsqu’on sait avec certitude que le livre précède le film. les instruments d’un type d’organisation structurée mais individuelle..La novellisation. mais la mise en rapport d’œuvres) au sein d’un système mobile où le pouvoir est désormais du côté de l’image (la revanche du livre sur le film risque de sonner assez creux dans un tel contexte). automatiquement et sans réfléchir50.. […] continuera à résister à cette incorporation. Dans le second cas. les rapports de force internes ne jouent plus en faveur de la culture écrite. Document téléchargé depuis www. soit qu’il s’agisse d’un livre qui est seulement susceptible de l’être. Comme le note. raisonner en termes d’adaptation systématique (à l’origine n’est plus l’œuvre. il est moins intéressant de s’interroger sur la manière dont se positionne la novellisation par rapport au cinéma que de noter à quel point le texte romanesque contemporain tend à être lu comme s’il était lui-même déjà une novellisation. La littérature. il faut mettre l’idée de résistance.41 .41 . Dans le premier cas. Joseph Tabbi: Les livres ont toujours été. fût-elle imaginaire. l’interpénétration des modèles respectifs va plus loin encore. par exemple dans le cas des œuvres adaptées à l’écran. qui peuvent relayer ce qu’avance Tabbi sur l’étude de la littérature de recherche. A la place de la revanche. Les premiers écrivent moins dans le dessein d’être lus que dans le but d’être adaptés au cinéma52. ils doivent se lier (de nouveau) avec un réseau médiatique plus large et plus largement distribué.cairn. soit qu’il s’agisse d’un livre déjà adapté. autrement dit.univ_rennes2 .info . © Le Seuil . Il faut.info . Aujourd’hui. Ou encore: le livre est lu par rapport au cinéma.04/06/2012 13h22. les études culturelles. Une telle situation où un média se trouve phagocyté par un autre n’est pas sans antécédent historique.

l’est sans doute plus encore du cinéma au XXe siècle.univ_rennes2 . anachronique et novateur. que le corpus ou plutôt la problématique du passage du film au livre permet de traiter de manière peut-être plus inattendue encore. prennent pour le sens de l’histoire. Dans son étude célèbre sur le cinéma. un nouveau cadre de référence (la manière dont la littérature découpe et sélectionne son matériau doit beaucoup aux techniques de cadrage photographique) et enfin un nouvel interprétant (l’interprétation de ce matériau se fait par rapport à un «texte» culturel plus large conçu en des termes plus nettement visuels). 9). sitôt produite. qui accorde la part du lion à une comparaison entre l’écriture du livre et celle du film.univ_rennes2 . © Le Seuil . p. première mort? Il ne peut toutefois suffire d’en rester à une approche essentiellement binaire de la novellisation. avec sa coupure entre péritexte cinématographique et texte anti-ekphrastique.52. cinématographique et anti-ekphrastique en même temps..41 . «rendre visibles les effets littéraires d’une révolution invisible?» (ibid. ait vu son impact rapidement diminuer. un cas typique d’anti-littérature. en fournit une belle illustration.cairn. La littérature emprunte ainsi à la photographie une nouvelle scène d’énonciation (l’auteur se considère de plus en plus comme une plaque photographique qui enregistre le réel).. la “révolution photographique” comme l’appelle Hugo dans une lettre à Hetzel.. La novellisation. ce qui était vrai de la photographie au XIXe siècle. l’imprégnation par la visualité est totale. en l’absence apparente de témoignages directs en nombre suffisant. la novellisation est un «monstre». L’élargissement de l’étude à l’ensemble du paysage médiologique est une nécessité.193. ne doit pas dissimuler la présence certes implicite mais au moins aussi profonde du code photographique au cœur de l’art d’écrire. © Le Seuil que. Structuralement. La novellisation pose en effet un vrai défi à la théorie des médias.info . Document téléchargé depuis www. de McLuhan à Debray ou à Bolter et Grusin. Quoi qu’elle dise ou pense d’elle-même.41 . de ce point de vue.04/06/2012 13h22.cairn. comme il arrive dans le style du texte novellisé. jusqu’à se faire complètement oublier de ceux mêmes qui en bénéficiaient»54: comment alors. Ortel démontre ensuite que cette absence de mentions explicites de la photographie à l’intérieur du corpus littéraire. Même quand l’écriture paraît se détourner du cinéma. Stanley Cavell a développé une théorie des médias (et il est utile de faire remarquer que les notions de média et de genre sont pour lui interchangeables) fondée sur l’interaction de trois Document téléchargé depuis www. Or.64. à un moment historique où dans le domaine de la peinture ce genre de témoignages abondent.52.info . la novellisation est. The World Viewed. d’abord parce que le genre va tellement à contre-courant de ce que beaucoup de médiologues.64.193.04/06/2012 13h22.246 Jan Baetens Deuxième naissance. Car la présence de nombreuses mentions du modèle filmique un peu partout ne doit pas faire conclure à l’absence de ces mêmes modèles là où de prime abord on ne trouve nulle trace d’une influence ou d’une imitation directes. ensuite parce que la curieuse imbrication des logiques verbale et visuelle se présente justement dans un genre qui se trouve à mille lieues du «figural» postmoderne.

que ce soit à hauteur des éléments médiatiques pris isolément ou sur le plan de leurs combinaisons possibles. un genre contaminé? 247 Document téléchargé depuis www. Elle cherche à innover mais sans rechercher l’inédit.info . il y a «média» ou «genre» dès qu’il y a coïncidence automatique d’un support. l’on souscrit sans trop de réserves à l’idée qu’il existe une rupture entre deux périodes et deux types d’images: le cinéma prémoderne («early cinema»).193.univ_rennes2 .52.info . un type de contenus55. Dans la perception contemporaine du cinéma. qui sert ensuite de norme à ce qui peut se dire ou se faire à l’intérieur d’un média. il se crée une forme «fixe». son véritable intérêt réside sans doute ailleurs. puis de Griffith. qui se maintient jusqu’à ce que d’autres innovations ou de nouveaux bouleversements en modifient. d’un type de signes et d’un contenu56. l’exemple de la novellisation place dans une nouvelle perspective les réflexions capitales de l’historien Livio Belloï sur le cinéma des premiers temps59. après une période de latence ou une série de premiers balbutiements où le média n’est souvent pas reconnu comme tel. Ce phénomène. © Le Seuil éléments: un support technologique.. techniquement stable et institutionnellement reconnue. telle naissance n’accompagne pas automatiquement l’introduction d’un élément neuf dans un des trois domaines concernés: les nouveaux supports ne trouvent pas tout de suite les nouveaux signes et contenus dont ils ont besoin pour donner lieu à un nouveau média. Proposant de relire le moment charnière de la transition du cinéma des premiers temps au cinéma dit moderne.cairn. soit le moment où. Pour Cavell. si le dossier de la novellisation aide à nuancer un peu la théorie de la double naissance. Si elle naît ou émerge tout à coup dans telle ou telle œuvre. qui paraît chercher sa spécificité en fuyant justement ce qui pourrait le renforcer.La novellisation.univ_rennes2 . Or.64. Ils l’ont baptisé «la seconde naissance» des médias58. Livio Belloï est amené très vite à problé- Document téléchargé depuis www. voire en suppriment la structure.64. Elle aspire au neuf tout en y renâclant. une classe de signes. car utile et efficace. La novellisation reste en effet. En effet.04/06/2012 13h22. pour parler très vite). la novellisation suggère que le passage de la première à la seconde naissance d’un média. un artefact peu orthodoxe..41 . dans le contexte de cette théorie.04/06/2012 13h22.193. d’où le nom de «cinéma des attractions» pour qualifier cette forme culturelle). où la part des scories est pourtant plus réelle et surtout plus pertinente. L’exemple de la novellisation permet de jeter une nouvelle lumière sur un aspect moins étudié de cette problématique. qu’analyse aussi dans le domaine technologique un historien des médias comme Brian Winston57. à savoir la persistance de l’impur après la seconde (et «définitive») naissance d’un genre ou d’un média.cairn. nous empêche souvent de saisir la persistance de l’impur. puis le cinéma moderne (né de la révolution de Porter. A cet égard. doté de ses propres images et de sa propre logique (ce type de cinéma serait moins axé sur la narration d’un récit fictif que sur la monstration d’images destinées à surprendre ou à divertir le spectateur. André Gaudreault et Philippe Marion. est au cœur des recherches de deux historiens du cinéma. et la même remarque s’applique à l’utilisation de nouveaux signes ou à la découverte de nouveaux contenus. c’est-à-dire le passage d’un état où le média n’est pas encore révélé à lui-même à l’état où il découvre et assume sa propre spécificité.52.41 . © Le Seuil . du non-spécifique jusque dans la phase «triomphante» du média. ayant lui aussi ses propres images et sa propre logique (celles du récit de fiction).

Belloï récuse donc catégoriquement l’identité entre période et type d’images: le premier cinéma n’est pas le cinéma des attractions. tout ce qui résiste à la pureté n’est pas synonyme de réaction. toutefois. notamment narratives. mais de vitalité.64. La pureté d’une pratique culturelle a beau pouvoir se préciser au fur et à mesure de sa trajectoire.cairn. Ces retours en arrière. mais son retour sera souvent malheureux: il prend alors la forme d’anachronismes.info .193. plus généralement. Dans un livre aussi court que décisif sur Marcel Broodthaers60.41 . ni le cinéma moderne celui des images narratives.248 Jan Baetens En guise de conclusion (mais on comprend bien que c’est de non-conclusion que je veux parler). du média. de pratiques exogènes et parfois violemment rejetées comme vieillottes ou commerciales.04/06/2012 13h22. Ensuite sur le plan des images mêmes: le premier cinéma n’est pas exclusivement le domaine du cinéma des attractions. mais le cinéma où l’image-attraction l’emporte sur d’autres virtualités du média. Raturée de la sorte. mais le cinéma où l’image-attraction est dominée par d’autres virtualités.64. cette hétérogénéité n’en disparaîtra pas pour autant. laminée par le tout-image de la postmodernité. Toutes proportions gardées. Selon Krauss.52. © Le Seuil matiser cette opposition de deux manières. mais de faire surgir. de même le cinéma moderne n’est pas le cinéma narratif. Document téléchargé depuis www.41 . D’abord sur le plan temporel. il est vrai à l’autre bout de l’éventail culturel.. on doit noter que les leçons de la novellisation ne sont pas sans rapport avec certaines des idées qu’avance Rosalind Krauss. des genres ou des médias.univ_rennes2 . Krauss s’interroge sur le rôle et les enjeux de l’emploi apparemment «anachronique» que certains artistes d’avant-garde font de certains médias «anciens». quand il montre que le cinéma prémoderne anticipait déjà beaucoup sur les formes et fonctions ultérieures du cinéma et qu’inversement le cinéma narratif se souvient durablement du cinéma des premiers temps. n’ont pas pour but de retrouver quelque pureté perdue. Document téléchargé depuis www. excédés par la vague de fond de l’hybridisation visuelle postmoderne. me semble-t-il. c’est-à-dire le moment où le média ou le genre s’efforce de museler ou de condamner sa propre hétérogénéité. qui rendent très problématique l’acceptation d’un modèle historique fondé sur la mutation globale. la présence créatrice de «résidus» est également une réalité médiatique ou générique incontestable et fructueuse. C’est.193. © Le Seuil . la forme culturelle de la novellisation laisse affleurer des brouillages temporels et médiatiques comparables. La novellisation et. sans reste.univ_rennes2 . de nostalgies plus ou moins exotiques. ces anachronismes doivent être lus comme une forme de résistance à l’effacement des spécificités médiatiques que signifie le postmoderne et à l’érosion de la fonction politique et utopique de l’art dans un monde tombé sous la coupe d’un régime visuel indifférencié.52. La seconde naissance d’un média ou d’un genre pourrait donc tout aussi bien être évoquée comme le moment de sa première mort. le cas de la novellisation. sur les enjeux d’une certaine avant-garde contemporaine et des moyens de lutter contre l’indifférenciation postmoderne de la culture visuelle.cairn.04/06/2012 13h22. qui montre pourtant à quel point il est difficile de penser ce genre d’anachronismes ou de retours en des termes purement téléologiques..info .

16: «Quelle que soit la manière dont on définit le tournant visuel.193. Routledge. 1991.info . Philosophy after the New Media. Sont visées ici toutes les formes de l’iconographie et de l’iconologie traditionnelles. etc. que l’on connaît entre novellisation et avant-garde. interprétation. Au risque de surprendre le lecteur par la brutalité de ce rapprochement. Paris. 1970. 9. Londres. 2002 (voir le chapitre «Image»). voir Thierry Groensteen. le plaisir visuel) constitue un problème tout aussi difficile que les différentes formes de lecture (déchiffrement. Television. Peeters & Vrin. p. un genre contaminé? 249 fût-ce éphémèrement. Picture Theory. 8. Ce sont les mêmes artistes qui se sont opposés. Une bonne synthèse. 6. Cf. décodage. on peut renvoyer à l’introduction du volume dirigé par Deborah Cartmell et Imelda Whelehan. il est d’ores et déjà clair qu’il ne peut s’agir d’un simple retour à une conception naïve de la mimésis.52. Chicago University Press. J. Iconology. ô combien fondamentales.04/06/2012 13h22. Adaptations. 1988. éd. certaines virtualités et certaines hétérogénéités d’un média que masque justement son emploi «ordinaire». Nathan. Mitchell. 1995.univ_rennes2 . Document téléchargé depuis www. Reading The Figural.La novellisation. 4. 60). c’est-à-dire du média en tant que tel. qui ont décidé en d’autres mots de rester à l’écart de la mode internationale des installations et des œuvres intermédia où l’art se fait au fond complice d’une globalisation de l’image mise au service du capital. 2001. Text.41 . D’après le titre du volume dirigé par Bill Ashcroft. et malgré toutes les différences.. les appareils de la vision. Chicago.64. p. © Le Seuil Katholieke Universiteit Leuven NOTES 1. in Critical Inquiry.193. c’est toujours nous qui traduisons). dont par exemple «What do we want pictures to be? Reply to Mieke Bal». Paris. d’une théorie de la représentation comme reflet. et de nombreuses études de James Elkins. toutefois. Toronto. Londres. Traveling Concepts in the Humanities. Londres. au retrait dans les formes étiolées des médias traditionnels tels que la peinture et la sculpture.) et que l’expérience visuelle ou “l’alphabétisme visuel” ne peuvent pas être expliqués avec les seuls moyens d’analyses du modèle textuel» (sauf indication contraire.41 . Wissenschaftliche Buchgesellschaft. 1985.info . J. vol. 1999.cairn. ô combien nombreuses. 10. Technology and Cultural Form. les institutions. Chicago University Press. © Le Seuil Document téléchargé depuis www. Paris. ou Mieke Bal. Littérature et Cinéma. les discours. les pratiques d’observation et de surveillance. il devrait au moins être possible de se demander si les conclusions du livre de Krauss ne pourraient pas s’appliquer aussi à ce que nous apprend la novellisation: Dans ce contexte. est offerte par Alain et Odette Virmaux. Pour une critique de cet impérialisme linguistique. 11. Gareth Griffiths et Helen Tiffin. Klincksieck. des artistes comme James Coleman ou William Kentridge ont embrassé l’idée de la spécificité différentielle. 7. Darmstadt. 2002. W. Reading Rembrandt. New York/Cambridge. A Rough Guide. En revanche. Paris. 3. 5.64. . dont ils savent que leur tâche consiste à le réinventer ou à le réarticuler (p. W. 2000. 1984. postsémiotique de l’image comme lieu d’une interaction complexe entre la visualité. Ideology. Einführung in die kunstgeschichtlichte Hermeneutik. PUF. puis par Jeanne-Marie Clerc.04/06/2012 13h22. 1990 (1re édition 1975).52. Routledge. Paris. T. T. les corps et la figuralité. Chicago. Duke University Press. telles que critiquées par des auteurs comme Oskar Bätschmann. C’est la prise de conscience du fait que le régime spectatorial (les types de regards. Cambridge University Press. Cf. de la théorie de la reproduction. Louvain/Paris. Edilig. Poétique du blanc. 590-602. refusant ce choix comme un choix impossible. 1996.univ_rennes2 . 1993. ni d’une nouvelle métaphysique de la “présence” visuelle. or. Système de la bande dessinée. pour le domaine français. Durham/Londres. Mitchell. Routledge. 22-3. 1989. Flammarion. 1994. Le Ciné-Roman. 2. Pour le domaine anglophone. Image. il existe quelques artistes contemporains qui ont choisi de ne pas suivre cette pratique.cairn. il s’agit plutôt d’une redécouverte postlinguistique. L’Image écrite. Toronto University Press..

Creelman et Ruth Rose. il s’agit incontestablement d’un exemple fort singulier: «King Kong fut probablement le premier film hollywoodien à générer une “novellisation”. Paris. Lovelace”)» (J. 17. chap. scénario de James A. in Le Plaisir des yeux. Pour parler avec la terminologie du Groupe Mu. op.. J.193. Londres. Clarke sur 2001 n’est d’ailleurs pas moins complexe. «Une certaine tendance du cinéma français». de Minuit. 70. en alignant plusieurs instances auctoriales: “récit d’Edgar Wallace et Meriam C. 1992).univ_rennes2 . curieusement. King Kong (Delos W. suppression-adjonction et permutation (cf. réaliste) des catégories littéraires. p. 21. Jacques Baudou. 1993. Le plus bel exemple d’une discussion de ces aspects demeure la polémique lancée par François Truffaut contre le cinéma dit de la «qualité française» dans les années 50. 2002. op. Petite Bibliothèque des Cahiers du cinéma. Il s’agit de Peter George. p. Sur les raisons fondamentales qui expliquent cette réticence. Analytical and Theoretical Approaches to Comics. C. 23. 557. Zed Books.univ_rennes2 . in Ulla Britta Lagerroth.52.). était censé avoir une permanence qui manquait aux objets filmiques. 2002. Comics culture. 293-314. 28. Berkeley. Rhétorique générale. Littérature et Cinéma. Le Ciné-Roman. Mais sauf exception ce n’est jamais cette forme-là qui sert d’intermédiaire entre le film et le livre. note 23. Museum Tusculanum Press & University of Copenhagen. 27. que deux articles académiques sur la question: Claes-Goran Holmberg. Paris. 30.. 1964. qui se fondait justement sur une interprétation très particulière de l’adaptation de textes littéraires (cf. Seghers. Ed. © Le Seuil . 13. © Le Seuil 12. 213-221 (cet article aborde aussi la question délicate mais capitale du copyright. Creelman and Ruth Rose.64. Philip French & Ken Waschin (éd. 14. Critical Inquiry. 25.04/06/2012 13h22. p. Voir par exemple ce qui se passe dans «On Moonlight Bay as Time Machine». 29-41.41 . novelized from the Radio picture by Delos W.. New York. 1992. La Science-Fiction.64. Le film de Manckiewicz date de 1966. no 17. 20. 1996. 1987). Faber and Faber. «Que sais-je?». 2000. Copenhagen. Teresa de Lauretis. screen play by James A. amplement illustrée par ses propres travaux dans les années 50. La novellisation photoromanesque du film-culte de Chris Marker. Lovelace) est-il l’exemple le plus ancien de novellisation à Hollywood? Si tel est le cas. Pour plus de détails. Londres. voir Thierry Groensteen. Un exemple intéressant se trouve dans le livre de Salman Rushdie sur Le Magicien d’Oz (The Wizard of Oz. Paris. Sauf erreur (inévitablement certaine) de notre part. male sci-fi fans». On mentionnera plus loin le cas des novellisations visuelles (par exemple sous forme de roman-photo). Le roman King Kong respectait la présentation cinématographique traditionnelle. 2002. le story-board.. coll. «Attack of the Novelizations – Star Wars dominates a summer tie-in roster skewed to young. p. 2000 (1re éd. PUF. University of California Press. Hans Lund & Erick Hedling (éd. adjonction. est du reste un chef-d’œuvre absolu du genre: La Jetée/The Jetty. 22. de Jonathan Rosenbaum. Jean-Claude Carrière. 2003.cairn. s’intéresse plus vivement au phénomène de la novellisation. Oxford University Press. «Extra-terrestrial Novels». Fiction et Diction. novellisation du film Radio par Delos W. qui constituent sans doute un genre à part. 29 août 2003.).info . 14). Pour plus de détails sur la vision «conditionnelle» (au lieu de «constitutive» ou. Le Ciné-Roman.info . Louis Feuillade. Et tout le monde connaît les novellisations du jeu vidéo Tomb Raider. Le «graphic novel» de Max Allan Collins et Richard Piers Rayner (Road to Perdition. «La novellisation: un genre impossible?». Interart Poetics. où l’auteur invente une «vente aux enchères des souliers de rubis». comme l’indique la parution régulière d’articles comme: Anon. Ed. qui ne sera toutefois pas abordée ici).04/06/2012 13h22. «Why are comics still in search of cultural legitimization?». Un exemple peut-être exotique pour le lecteur non belge est la «filmatique» de l’auteur flamand Joahn Daisne.). 1991 (édition originale 1987). dans ces années où il était difficile de revoir des films et où le caractère matériellement périssable de la pellicule était devenu très clair aux yeux de tous. Essays on the Interrelations of the Arts and media. qui se donne pour ambition de remplacer le film même. Strangelove. du Seuil. auteur de Red Alert. Voir Georges Sadoul.. bien que. Le lecteur anglophone a la chance de disposer d’une belle anthologie: The Faber Book of Movie Verse. 109-114 (cet article traite surtout de Spielberg). 18. par Bruce Mau. Le scénario peut prendre la forme d’un scénario «visuel». Rodopi. outre les travaux réunis par Virmaux et Clerc. 24. roman adapté par Kubrick et l’auteur lui-même sous le titre de Dr. Quand la collaboration entre les deux hommes commençait à se gâter. Paris. Paris. 33.250 Jan Baetens Document téléchargé depuis www. Moving places. Publishers weekly: the book industry journal. Paris. cit. 29-4. Etaix). BFI. 29. 41. 26.41 . 24-27. 1958 (ce roman est illustré par des dessins originaux de Ph. 2002. voir Alain et Odette Virmaux. New York. 16. il n’y a eu jusqu’ici. in TLS. Cooper. Paris. La Jetée (1962). «Becoming inorganic». Amsterdam. qui désignait par ce terme une forme de critique littéraire. l’écrivain a tenu à proposer une nouvelle version écrite du film… Le dossier de la collaboration entre Kubrick et T. en collaboration avec l’auteur. voir Gérard Genette. Cooper. Alain et Odette Virmaux. p. 1991. Moins médiatisées parce que faites chez de moins grands éditeurs et exécutées par des plumes moins illustres que dans des collections comme «cinario» (Gallimard) des années 20. et Marie-Jeanne Clerc. 2. in Anna Magnussen & Hans-Christian Christiansen (éd. cit.193. cit. Novel to film. on pourrait dire que ces «adaptations proprement dites» peuvent prendre quatre formes: suppression. note 24. Ed. Lovelace” (“conceived by Edgar Wallace and Meriam C. 249. La profession de l’édition. op. 19. New York. 1997. Jan Baetens. Les Vacances de Monsieur Hulot. 1995. 31. Larousse. Document téléchargé depuis www. si l’on préfère. p. 1998) a été porté à l’écran par Sam Mendes en 2002. vol. le livre fût publié une année avant la sortie du film.52.cairn. du Seuil. Laffont. A Life at the Movies. p. Paris. 1970). p. p. Recherches en communication. Ecrits sur le cinéma. 15. Pocket Books. à la fois parce que l’écrivain arriverait mieux que d’autres à en tirer la substantifique moëlle et parce que l’écrit. elle. 32.

Une courte synthèse est donnée par Marc Mélon. in Qu’est-ce que le cinéma?. Voir les travaux de Stuart Hall. Eric Chanel […]. Berkeley. «Un média naît toujours deux fois…». 2002.52.193.). Aspects du cinéma des premiers temps. Art in the Post-Medium Condition. L’honnêteté m’oblige à admettre qu’il n’existe aucune preuve empirique de cette hypothèse. 19.» 44. 29. Paris. d’œuvres d’art. Museum of words: the poetics of ekphrasis from Homer to Ashbery. 1979. 21-36.52. Cinéma et Littérature. in Mary E. Londres. p. 39. Routledge. Cognitive Fictions. Cambridge (Massachusetts). C’est surtout Jeanne-Marie Clerc qui insiste sur ce point. Paris. 2001 (ce texte a du reste de grandes qualités littéraires qui en font un cas plus qu’intrigant). 2000. © Le Seuil .04/06/2012 13h22. Place and memory in visual culture. Cette interprétation affleure de temps à autre dans le livre cité d’Alain et Odette Virmaux. 3. Thames & Hudson.cairn. 49. Routledge. Voir son livre Le Regard retourné. en péripéties d’amour. car les poètes écrivant à partir du cinéma ne se gênent nullement de marquer le caractère ekphrastique de leur travail (cf. 57. 2003. Je m’appuie ici essentiellement sur les livres cités d’Alain et Odette Virmaux. Dictionnaire des termes littéraires. p. 38. Blackwell. avec lequel on le confond souvent) dans Seuils (Paris. 48. 52.info . plus techniquement encore. 1995. 2000.. Londres. Eloquent Images. p. p. et Oxford. 54. Je rappelle que le sous-titre est une allusion directe à Understanding Media de McLuhan. 7-8.). 2003. Malden. 43. 2002. Edgar Morin. Jacqueline Chambon. 53.). «Critical theory and the challenge of new media». Jean Noli […] et à un économiste. 37. dans sa notice «Cinéma». p. 24). Minneapolis. 56.univ_rennes2 .64. Chicago University Press. «A Voyage on the North Sea». La Littérature à l’ère de la photographie. La différence entre poésie et prose est ici frappante. 101-108. 1999. Media technology and society: a history: from the telegraph to the Internet. par exemple «Encoding. l’anthologie déjà citée The Faber Book of Movie Verse). La Culture de masse en France.04/06/2012 13h22. in Jan Baetens & José Lambert (éd. 60. Denis Saint-Jacques et Alain Viala. C’est pourquoi nous avons demandé à un écrivain.. média au singulier?». L’ekphrasis désigne toutes formes de description. cit. 1987): le péritexte désigne l’ensemble des éléments qui entourent le texte dans le livre sans faire partie de lui (par exemple: nom de l’auteur et de l’éditeur. Document téléchargé depuis www. The Cultural Studies Reader. Indifferent Spaces. PUF. Ramsay. voir James Heffernan. 1. et notre article «Le roman-photo: média singulier.. 153-171. Harvard University Press. bien sûr. Un bel exemple en est Bruno Dumont. Au sens que Gérard Genette donne à ce terme (et à celui de paratexte. vu que sa propre critique est déterminée par une nostalgie profonde des “certitudes” modernes et que celles-ci semblent mises en avant aux dépens d’une compréhension historique détaillée de la tradition des divertissements populaires. MIT. voir ibid. Adaptations. decoding». 2000. 1999. Enquête sur une révolution invisible. quatrième de couverture. 45. Un bon exemple en est La Banquière.info . New York/Londres. Cerf. 58. 1860-1930. puis la réalisation. 1962.. pour la laisser aux seuls cinéastes. Et John Storey de conclure: «Il y a sans doute une certaine ironie (postmoderne) dans les propos de Jameson quand il se plaint que la nostalgie efface l’histoire.64. Ed. Paris. 51. p. MIT. du Seuil. C’est. Nîmes. 2000). Victor Burgin. 1980).univ_rennes2 . Complexe. de se faire la main et de trouver le ton de ce qui seul compte: le scénario. p. etc. Sociétés et représentations. 2000. tout un programme qui s’énonce là… Pour une lecture critique des idées de Bolter et Grusin. Nota Bene/Klincksieck. p. voir notre article «A Critique of Cyberhybrid-hype». The Future of Cultural Studies (Presses universitaires de Leuven. p. Grasset. de raconter à leur manière cet exceptionnel destin de femme […]. 46. Routledge. 50. Comme dans Cinéma. éd. Ed.193. L’Humanité. 41. titre. Cambridge (Massachusetts). no 9.41 .41 . Montréal/Paris. 36. © Le Seuil 34. fictives aussi bien que non fictives. p. 70). 40. p. Londres. 42.. Pour plus de détails sur la notion d’automatisme. Sociétés et représentations. MA. California University Press. pour n’en pas faire un livre. Hocks & Michelle Kendrick. in Paul Aron. in Simon During (éd. Le phénomène n’est évidemment pas neuf. narrative ou non. 2000. 1993. no 9. 2001. 1987. Dans son avant-dire. Ibid. «Les sciences humaines ont toujours eu l’habitude de traduire d’autres médias sous la forme de textes imprimés. et de Jeanne-Marie Clerc.). The World Viewed (enlarged edition). 55. 59. l’éditeur même note: «L’histoire était trop belle. Paris. notamment dans Cinéma et Littérature (op. 47. 2002.» (Inventing Popular Culture. Paris. Le Ciné-Roman. un genre contaminé? 251 Document téléchargé depuis www. p. Florence Massot. de Minuit. 51-59. Pour un aperçu historique de l’ekphrasis dans la poésie occidentale. trop riche en rebondissements. 35.cairn. illustrations. 90-102. Paris. et cette tradition subsiste à l’âge des nouveaux médias» (ibid. novellisation de Jean Noli sur un scénario de Georges Conchon pour un film de Francis Girod (Paris. de mort. de haine. Voire.La novellisation. qui n’en est pas fausse pour autant (elle revient en tout cas régulièrement dans des discussions informelles sur la lecture). 2002. Chicago. de Tanguy Viel. voir les remarques d’André Bazin sur les romanciers «hard-boiled» au début de son article «Pour un cinéma impur». 81-82 (tout ce texte est d’ailleurs très intéressant pour le sujet qui est traité ici). Ed. 1993. Minnesota University Press. L’Esprit du temps.