ASSOCIATION DES VICTIMES DE TORTURE AU TOGO (ASVITTO

)

CONFÉRENCE

DE PRESSE PORTANT LANCEMENT OFFICIEL DE

L’ASSOCIATION DES

VICTIMES

DE

TORTURE

AU

TOGO

DÉCLARATION

LIMINAIRE

Aux termes des dispositions de l’article premier de la Convention contre la torture adoptée par l'Assemblée générale dans sa résolution 39/46 du 10 décembre 1984 : Le terme "torture" désigne tout acte par lequel une douleur ou des souffrances aiguës, physiques ou mentales, sont intentionnellement infligées par une personne détentrice d’une puissance publique à une autre personne, aux fins notamment d'obtenir d'elle ou d'une tierce personne des renseignements ou des aveux. Les dispositions des articles 2 et 3 de la Déclaration sur la protection de toutes les personnes contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants, adoptée par l'Assemblée générale des Nations Unies le 9 décembre 1975 montrent que « La torture constitue une forme aggravée et délibérée de peines ou de traitements cruels, inhumains ou dégradants. Aucun Etat ne peut autoriser ou tolérer la torture ou autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants. Des circonstances exceptionnelles, telles qu'un état de guerre ou une menace de guerre, l'instabilité politique intérieure ou tout autre état d'exception, ne peuvent être invoquées pour justifier la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants ». C’est pour cette raison que l’article 2 de la Convention contre la torture du 10 décembre 1984 dispose que «Tout Etat partie prend des mesures législatives, administratives, judiciaires et autres mesures efficaces pour empêcher que des actes de torture soient commis dans tout territoire sous sa juridiction. Aucune circonstance exceptionnelle, quelle qu’elle soit, qu’il s’agisse de l’état de guerre ou de menace de guerre, d’instabilité politique intérieure ou de tout autre état d’exception, ne peut être invoquée pour justifier la torture. L’ordre d’un supérieur ou d’une autorité publique ne peut être invoqué pour justifier la torture » ; Quant à la Constitution togolaise du 14 octobre 1992, elle dispose en son article 21 : « La personne humaine est sacrée et inviolable. Nul ne peut être soumis à la torture ou à d’autres formes de traitements cruels, inhumains ou dégradants. Nul ne peut se soustraire à la peine encourue du fait de ces violations en invoquant l’ordre d’un supérieur ou d’une autorité publique. Tout individu, tout agent de l’état coupable de tels actes, soit de sa propre initiative, soit sur instruction, sera puni conformément à la

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loi. Tout individu, tout agent de l’état est délié du devoir d’obéissance lorsque l’ordre reçu constitue une atteinte grave et manifeste au respect des droits de l’homme et des libertés publiques » ; Malheureusement, il est à constater que la recrudescence dans notre pays de ces traitements vils, rétrogrades et d’une autre époque, consistant à infliger à des personnes des souffrances particulièrement aiguës pour leur extorquer des aveux, conjugués avec l’impunité, constituent une entrave grave à l’enracinement de l’Etat de Droit, au développement et par conséquent à l’épanouissement de la personne humaine en général et du citoyen togolais en particulier. Il devient impérieux d’œuvrer plus que jamais à l’éradication de la torture au Togo, ainsi qu’à la poursuite, au jugement et à la condamnation des tortionnaires afin de mettre un terme à ce comportement criminel, abject, barbare et d’une autre époque qui a malheureusement encore cours dans notre pays et lutter efficacement contre l’impunité. I- LA
TORTURE FAIT L’OBJET D’UNE INTERDICTION SPÉCIALE ET ABSOLUE

La torture est une pratique avilissante qui doit susciter l'indignation de tous. Tous les instruments nationaux, sous-régionaux et internationaux érigent cette pratique barbare en crime. La Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, en son article 5

« Nul ne sera soumis à la torture, ni à des peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants. » Le Pacte international relatif aux droits civils et politiques, adopté par l'Assemblée générale dans sa résolution 2200 du 16 décembre 1966, en son article 7 :

« Nul ne sera soumis à la torture ni à des peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants. En particulier, il est interdit de soumettre une personne sans son libre consentement à une expérience médicale ou scientifique. » La Convention Interaméricaine des Droits de l’Homme de San José, Costa Rica, le 22 Novembre 1969, en article 5 :

« 1. Toute personne a le droit d'avoir son intégrité physique, psychique et morale respectée. 2. Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines cruels, inhumains ou dégradants. Toutes les personnes privées de leur liberté doivent être traitées avec respect de la dignité inhérente à la personne humaine ».

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La Convention Européenne de sauvegarde des droits et libertés des citoyens, en son article 3 :

« Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. » La Charte Africaine des Droits de l’Homme et des Peuples adoptée par la dix-huitième Conférence des Chefs d'Etat et de Gouvernement, Juin 1981, à Nairobi, Kenya, en son article 5 :

« Tout individu a droit au respect de la dignité inhérente à la personne humaine et à la reconnaissance de sa personnalité juridique. Toutes formes d'exploitation et d'avilissement de l'homme notamment l'esclavage, la traite des personnes, la torture physique ou morale, et les peines ou les traitements cruels inhumains ou dégradants sont interdites ». Les lauréats du Prix Nobel suivants - Martti Ahtisaari, Kofi Annan, JeanMarie Gustave le Clezio, Rigoberta Menchu, José Ramos-Horta, Adolfo Perez Esquivel, Joseph Stiglitz, Desmond Tutu et Jimmy Carter - ont accepté de signer le Manifeste de l’OMCT pour marteler que nulle circonstance ne permet de tolérer la torture et pour marquer le lancement d’une campagne internationale destinée à sensibiliser chacun aux dangers que court une société qui tolère la torture. Il résulte que la prohibition de la torture et des traitements cruels, inhumains ou dégradants, est un absolu dont la remise en question sape les valeurs fondamentales de la dignité humaine, fondement de toute société régie par le droit. Le tortionnaire, en infligeant délibérément des douleurs ou des souffrances physiques ou psychiques aiguës à un être humain, vise à obtenir de lui un aveu ou à le faire taire, à l'humilier et à le terroriser. Nous tenons les gouvernements qui laissent agir des groupes paramilitaires, des escadrons de la mort, des milices privées ou qui ne contrôlent pas les abus de pouvoir de la police, pour responsables des violences dont les uns ou les autres se rendent coupables. « Au-delà de l'horreur qu'elle suscite, la torture est inefficace, contreproductive et illégale. La torture fragilise le système moral et judiciaire des États, puisque tout témoignage obtenu sous la torture est illégal. Nous avons sur cette base, poursuivi les plus hauts responsables américains pour les tortures infligées aux prisonniers à Guantanamo et à Abou Grahib en Irak, ou encore fait relâcher des prisonniers torturés en Mauritanie et réussi à faire condamner un commissaire de police Tunisien et un tortionnaire Mauritanien », rappelle Me Patrick Baudouin, responsable du Groupe d'Action judiciaire et président d'honneur de la FIDH.

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II- LA
TORTURE ÉRIGÉE EN MODE DE GOUVERNANCE AU

TOGO

Le Général de GAULLE déclarait que « celui qui veut commander aux hommes doit se souvenir de leur souffrance, et de sa propre faiblesse ». Au Togo malheureusement, la torture est instituée en mode de gouvernance à des fins de conservation de pouvoir. L’illustration parfaite en est que les dossiers dans lesquels cette pratique vile et cruelle intervient sont qualifiés à tort de tentative d’atteinte à la sûreté intérieure de l’Etat. La pratique de la torture s'est propagée à toutes les composantes des forces armées de l'Etat, les consignes sont claires: zéro tolérance ; la voie est ainsi ouverte à tous les dépassements au nom de la sécurité de l'Etat. Lorsqu’un général ordonne à ses troupes la recherche d’informations, ses subordonnés le suivent tout de suite, en ordonnant d'user des moyens opérationnels nécessaires pour la récolte d'informations. Le feu vert officiel ainsi donné, la jeune génération de tortionnaires, telles des hyènes, commence à faire du zèle pour plaire aux chefs et récolter des faveurs en tous genres. La concurrence entre centres d'interrogatoire est ouverte et des réputations lugubres sont nées ; le plus important est d'arriver à un résultat peu importe comment. En Algérie par exemple, la qualification des crimes commis par Toufik, Smain et leurs sbires comme «crime contre l'humanité» est plus que justifiée et nécessite un jugement spécial : une traduction devant les instances pénales internationales pour que cela ne se reproduise pas ailleurs ; pour que de simples gouvernés ne puissent plus jamais être la proie des démons qui les gouvernent par le fer et le feu ! La plupart des victimes de la torture sont des pauvres dont les droits économiques ou sociaux ont également été violés. S'ils protestent, eux-mêmes et ceux qui les défendent sont l'objet de violences, de tortures ou disparaissent à jamais. La criminalisation de la protestation sociale se développe et ramène l'humanité des siècles en arrière. Il est très difficile de trouver les mots qui apaisent, qui mettent du baume aux cœurs de ceux qui ont souffert et continuent de souffrir, mais nous pouvons leur assurer que leur douleur est la nôtre, que leur honneur est le nôtre et quelles que soient les circonstances, ces crimes ne resterons jamais impunis. Aucun bien matériel ne peut ramener un proche, aucun trésor aussi lourd soit-il ne peut rétablir l'honneur, seul le droit et la justice peuvent apporter un peu de réconfort aux âmes qui ont fait le voyage au bout de l'horreur. Ces actes ne doivent pas restés impunis, afin que d'autres tortionnaires, d'une autre espèce, puissent oser réitérer les mêmes gestes ignobles.

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Il est tout à fait urgent de faire les démarches judiciaires nécessaires pour faire toute la lumière sur ces actes criminels. Les familles des victimes ne doivent plus avoir peur car les auteurs de la honte payeront même à titre posthume. L’histoire les rattrapera toujours dans la mesure où la torture reste un crime imprescriptible. III- LES
RECOMMANDATIONS DE LA

CNDH

RESTÉES LETTRE MORTE

Les mesures prises par le gouvernement ne sont qu’un véritable trompe l’œil destiné à berner le peuple, car ne reflétant nullement une volonté réelle de mettre en œuvre les recommandations de la CNDH contenues dans le rapport sur la torture à l’ANR. C’est pourquoi M. MANFRED NOWAK, ancien Rapporteur Spécial des Nations Unie contre la torture déclarait, lors de sa récente visite au Togo dans le cadre du projet « Atlas de la torture » devant les missions diplomatiques accréditées dans ce pays et les Organisations de la Société civile, que « les seules sanctions disciplinaires prises par les autorités togolaises ne sont pas suffisantes. Il faut aller aux sanctions pénales ». Nous appelons donc les institutions judiciaires ou quasi judiciaires à protéger le droit dans son intégralité, en ayant le souci fondamental de la protection de toute victime quelle qu'elle soit et quelles que soient ses croyances, ses opinions et ses actions. IV-BUT
ET OBJECTIFS DE L’ASSOCIATION

Le but de l’association est de lutter contre la torture et les autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants, afin de préserver la dignité humaine. L'Association a pour objectifs de : Contribuer à la mise en œuvre effective de toutes les recommandations sur la prévention et l’éradication de la torture au Togo ; Œuvrer aux fins de la poursuite, du jugement et de la condamnation des auteurs d’actes de torture ; Œuvrer à la création d’un mécanisme d’écoute et de protection des agents de sécurité qui se refusent d’exécuter un ordre manifestement illégal et le cas échéant, travailler à la réparation des préjudices subis par ces mêmes agents du fait d’abus d’autorité, d’arrestation arbitraire et de détention abusive ; Œuvrer à la mise en œuvre effective des articles 21, 42 et 147 de la Constitution togolaise du 14 octobre 1992 ;

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Vulgariser la Convention de New-York du 10 décembre 1984 sur la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants, ainsi que les autres instruments y afférents ; Œuvrer à la réparation et la réhabilitation des victimes de la torture au Togo.

Les domaines d’intervention de l’ASVITTO sont : Droits de l’homme ; Contre l’impunité ; Contre la torture ; Etat de droit.

A cet effet, l’ASVITTO recommande : La libération immédiate de toutes les victimes de la torture qui sont encore en détention ; La mise en œuvre effective des recommandations contenues dans le Rapport de la CNDH sur la torture, notamment par la poursuite, le jugement et la condamnation des auteurs et complices d’actes de tortures Nous incitons toutes les victimes de la torture à entreprendre les démarches nécessaires à la traduction en justice des bourreaux responsables. A aucun prix, il ne faut se taire ; la loi doit être au-dessus de tous et en défendant ses droits, on défend le respect de la loi et le devenir des générations futures.

Fait à Lomé, le 07 Juin 2012, Pour l’ASVITTO, Le Président,

M. Pokoh AMAH

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