îtEt,U\i( popFe

,

.4)

SOCITÉ PHILANTHROPIQUE
Reconnue Établissement d'utilit6 publique en

18v.

CENTENAIRE DE LA SOCIÉTÉ
±780-1880

NOTICE HISTORIQUE
ET RAPPORT
tjtJS A. X'A.SStLCfltSE GtflStjt1 PAR

-

M LE VICOMTE OHAUSSONVILLE
Membre du Comité d'Administration

EXTRAIT DE LAMNUAIIE Dl 1880

PARIS
Au BUREAU DE LA SOCIÉTÉ PHILANTHROPIQUE

17, rue d'Orléens-Saint-Honorè, 17

1880 u

Document

C,

F

IlIItiIIIiIlIllHhII IIMIlIO I
0000005761746

J

t

t4 ÀS&°

SOCIETE PHILANTHROPIQUE.
Reconnue Établissement d'utilité publique en 1889.

CENTENAIRE DE LA SOCIÉTÉ
1780-1880

NOTICE HISTORIQUE
ET RAPPORT
tus
A

t'.&SSZMBtÉt at±nA.LI
PA n

M. LE VICOMTE D'HAUSSONV!LLE
Membre du Comité dAdmiliistration

EXTRAIT DE L'ANNUAIRE DE 1880

PARIS
AU BUREAU DE LA SOCIÉTÉ PHILANTHROPIQUÇ

17, rue d'Orléans-Saint-Honoré, 17
1880

7

CENTENAIRE DE LA SOCIÉTÉ
1780-1880 -

NOTICE HISTORIQUE
ET RAPPORT
tus A I'ASSZMtflt aÉÊnAtE

PAR

M. LE VICOMTE D'HAUSSONVILLE
Membre du Comité OEAdrniiiisLr,tien

MES SI E U li S,

La SOCIÉTÉ PHILANTHROPIQUE célèbre cette année le centenaire de sa fondation. Vous ne serez pas étonnés qu'après une si longue carrière parcourue, nous vous invitions à jeter un regard en arrière, et qu'avant de vous rendre compte du résultat des efforts de notre Société dans le présent, nous nous arrêtions quelques instants à constater le résultat de ses efforts dans le passé. La charité comme les peuples a son histoire, et les grandeurs de l'une offrent souvent un contraste consolant avec les misères de l'autre. Nous croyons ne rien exagérer en disant que cette histoire

SOCHtTE Pli ILANTU ROPIQUE

serait incomplète en ce qui concerne notre siècle et notre pays, si elle ne relatait la part que la Société Philanthropique a prise au développement de quelques-unes des institutions qui de nos jours combattent ou pMvienuent le plus efficacement la misère, et c'est là un passé assez glorieux pour que vous nous permettiez d'en rappeler devant vous les phases diverses.

La Société Philanthropique est née en 1780 de ce mouvement généreux qui sous le règne de Louis XVI agitait les esprits dans tous les rangs de la société. Elle doit sa naissance à quelques hommes dont c'est un devoir pour nous de ne-pas laisser tomber les noms dans l'oubli : MM. Savalette de Langes, le vicomte de Tavannes, Lecamus de Pontcarré, Blin de Sainmore, de Saint-Martin, le docteur Girard et le docteur Jeanroy. Laissons-les, dans la première notice qui ait été publiée par la Sôciété Philanthropique; en 1785, nous apprendre euxrnêes, dans le style du temps, kquelle pensée ils avaient obéi: « La Société Philanthropique, dit cette notice, est la réunion de plusieurs personnes qui, animées par le'goût de la bienfaisance, s'occupent à secourir par le concours de leur fortune ou de leurs lumières laxertuindigente et souffrante,.; Un des premiers sentiments que la nature a gravés dans le coeur de l'homme de tous les pays et de tous les cultes; c'est cet intérêt involontaire qu'inspirer aspect d'un malheureux, Par suite de cette affection, un des prin-

ANNUAIRE 1880

5

cipaux devoirs de l'homme est donc de concourir au bien doses semblables, d'étendre leurbonheur, de diminuer leurs maux et par là de prévenir les désordres et les crimes qui ne sont trop souvent qu'une suite de l'abandon et du désespoir. Certainement un pareil objet est dans la politique de toutes les nations et le mot de philanthrope . parait le plus propre à désigner les membres d'une Société particulièrenient consacrée à remplir ce premier devoir du citoyen. Ce nom de Société Philanthropique, qu'ont choisi nos ancêtres, nous l'avons gardé, et on peut lui pardonner d'avoir peut-être un peu vieilli puisqu'il date d'il y a cent ans. Pendant ces cent années assez de bien û été fait sous son égide, pour que nous ayons le droit d'eu être fiers. Mais nous n'acceptons point l'antagonisme qu'on s'est parfois, et plus partidulièrement dans ces derniers temps, efforcé d'établir entre ]a philanthropie et la charité, comme si ces deux mots n'avaient pas tous deux le même sens, et comme s'ils ne signifiaient pas également l'amour des hommes, cet amour, que la nature n'a pas seulement (pour parler comme la notice de 1785), gravé dans le cur.de l'homme, mais dont l'Evangile a fait une loi pour les peuples chrétiens. Nous sommes toutefois demeurés fidèles au principe que les fondateurs de notre Société entendaient poser, lorsqu'ils disaient, qià la différence des autres sociétés charitables qui existaient alors a l'admission dans la Société Philaùthropiqu, n'était subordonnée à l'acceptation d'aucune formule préliminaire ». De même qie notre Société distribue des secours à tous les indigents sans distinction de culte, de même elle admet dans son sein et dans le comité qui dirige son action, des hommes qui appartiennent à des croyances religieuses diverses, mais qui se réunissent et s'entendent sur le terrain de la charité; Lorsque le Créateur du monde n

6

SOCIÉTÉ ]H1LANTUROPIQUE

laissé subsister dans son oeuvre tant d'inégalités attristantes, n'a-t-il pas, dans ses desseins mystérieux, chargé ses créaturcs du soin de combattre les souffrances que ces inégalités engendrent, et l'exercice de la charité n'est-il pas un de ces devoirs, une de ces pensées communes qui peuvent réûnir les efforts de tous ses enfants? Durant les cinq premières . années de son existence, de 1780 à 1785, la Société Philanthrôpiquen'eut ni statuts arrêtés ni but bien défini. Animés (dit la notice de 1785) d'un désir vague et ardent de faire le bien, les membres de la Société se bornaient à distribuer eu quelque sorte aux premiers arrivants l'argent dont ils disposaient. Tantôt ils secouraient les ouvriers laborieux dont le gain ne pouvait suffire à entretenir leur famille; tantôt ils faisaient apprendre un métier à des enfants orphelins, tantôt ils encourageaient in artiste « dont l'indigence aurait pu étouffer le génie ». Mais ils ne tardèrent pas à s'apercevoir qu'à vouloir soulager ainsi toutes les infortunes ils épuiseraient bien v ite leurs ressources, sans arriver à un résultat appréciable. D'ailleurs l'expérience n'aurait pas tardé à leur révéler ce que savent parfaitement toutes les personnes versées dans la pratique de la charité, c'est-à-dire que la distribution de secours en argent constitue un mode d'assistance plus nuisible qu'utile, si ces secours ne sont pas réprtis ayec u; grand discernement et par des personnes qui soient en relations permanentes avec les indigents qu'elles secoùre$. Aussi la Société, ou Maison Philanthropique (car elle porta ce double nom) ne tarda-t-elle pas à limiter son assistance d'abord à quatre, puis à six classes d'indigents qui étaient ainsi définies: t' les octogénaires ; 2 0 les aveuglesnés les femmes en couche de leur sixième enfaht légitime; 4° les veufs ou veuves; chargés de sii enfants légiti-

ANNUAIRE. F880

.7

mes; b' les pères et mères chargés de neuf .enrauts 6orles ouvriers estropiés. .A quelque catégorierd'assistés qu.on ap' partînt, il fallait pour obtenir un .secours.avoir'trois. ans de domicile à Paris, et appartenir à la classe des ouvriers çsans qualité, gagne-deniers ou compagnons; les mwitres étaient exclus à moins qu'ils n'eussent été déchus de.iarmaîtrise pour indigence. En même temps que la Société' opérait ainsi .unedistribution plus rationnelle de ses ressources, elle procédait égalementà son organisation intérieure, et cette organisation, que le nombre toujours croissant des souscripteurs rendait nécessaire, ne s'écarte pas sensiblement de celle qui nous régit 'aujourd'hui. La Société, ,àla composait de phitantivropcs, qui payaient une souscription de.quatre louis.; d'associés à la bienfaisance de la Société, qui dpyaient une souscription de deux louis (tous doiniciiiés.à 'Paris); d'.associds régnicoles, répandus dans les provinces, et .dassooids étrangers, qui furent toujours en petit nombre. Elle était administrée - par un comité qui se composait des .offlciersde la Société, c'est-à-dire du président, de deux vice-.présidents et d'un trésoier, de neuf commissaires générauxtet d'un rapporteur. Au point de vue de la distribution des secours, Paris était divisé en quinze départements, ayant chacun à sa tête un commissaire général et plusieurs membres adjdints, parmi lesquels se trouvait toujours le curé d'une des paroisses comprises dans le département. La Société Philanthropique avait trouvé, en effet, dans le clergé de Paris un concours actif, et les prêtres de paroisse, ces auxiliaires et ces associés naturels de toute oeuvre charitable, n'hésitaient pas à lui Prêter unappuique notre Société sollicite encore aujourd'hui et qu'elle estti-' jours heureuse de rencontrer.

8

SOCIÉTÉ PH1LATHROPIQU11

Les détails de cette organisation se trouvent dans tous les précis que la Société a fait régulièrementpublier, à partir de 1785, sous le titre de Calendrier Philanthropique(*), ainsi que la liste des membrés de la Société depuisa fou-. dation. ette'Ùste est singulièrement intéressante à consulter. Rien ne 'montre mieux combien était commun à tous les citoyens, quel que fût leur rang, ce mouvement -généreux donC-je parlais en commençant, et qui poussait 'les heureux et les riches à s'inquiéter du sort des déshérités -et des pauvres. Sur cette liste figurent, sans autre ordre de 'préséance que celui 'de l'anciedneté de leur admission, des princes du sang,des cardinaux, des ducs et pairs, des maréchaux de France, des mestres de camp, - des conseillers au Parlement, des avoeats, des notaires, des négociants, des architectes, des employés. Permettez-moi parmi ces 'noms (et tout en envoyant un témoignage égal de reconnaissance aux plus modestes) de relever les, plus illustres, 'ceux qui: appartiennent à l'histoire de 'notre ancienne Francé. Vous en saluerez. au passage quelques-uns qui 'figurent encore sur là liste des- souscripteurs de notre Société, et si les héritiers des'autres'paraisseifl (nous le disons à regret) nous avoir un peu oubliés, nous espérons que ces ligués leur tomberoiit. peut-être sous les yeux et leur inspirkont la:pén'sée de renouer avec notre Société des telatioas- qui seraient pour eux une généruse tradition 'de fatille. C'étaient les Mortemart, les La Rochefoucauld, les 'Montmorency, les Luxembourg, les Bea'uvau,' les Mou-

(") La-Société Philanthropique ne possède malheureusement aucun ,, exemplaire de l'ancien Calendrier Philanthropique. Ces exemplaires ne se trouvent qu'à la Bibliâtbèque nationale et quelques Bibliothèques publiques. ,

ANNUAIRE 1880

9

chy, les Noailles, les Polignac, les Choiseul.; c'était, le prince Ferdinand de , Rohan, archeyêque- , duc , de Cambrai; c'était l'abbé, de Talleyrand-Prigord.depuis prince de Talleyrand; c'était Lafayette, le héros 1 alors populaiie de l'indépendance américaine; c'était FnklÂn qui, durant son séjour à Paris, s'était empressé Uapposer..à la Société soit adhésion ; c'était M. Neckeret son gendre, le baron de Staël, ministre de Suède, qui n'était pas, au reste, le seul membre du corps diplomatique figurnt..sur j le Calendrier de la Société; c'était le duc de. Chartres, depuis Louis-Philippe; c'était Monsieur, depuis Jouis,XYjI.c'était enfin, et j'ai gardé pour le dernier le.nomq.ui honore 1 le plus les registres de notre Société, c'était l'infortunéLouisXVI, qui en se déclarant chef et protecteur de la Société, et en lui allouant une somme de 500 francs-par mois,gursacassotte, donnait une nouvelle prouve de cet amour pourses sujets qui devait être payé de tant d'ingratitude., La Société Philanthrâpique était ainsi parvenue, enJ79, à l'apogée de son développement. Tandis .qu4r sea4ébuts elle se proposait modestement de sepourir,,par1,an44ou2e octogénaires, douze aveugles, douze veufs... ou veuves, et vingt-cinq femmes en couche, elle avait fini par vpir.en aide annuellement à près de douze cents, jndigçn•L. Elle avait par son exemple, encouragé la fondation ,de,plusieurs Sociétés ou Maisons analogues dans, les. . .départements. Elle. avait fait , plus et mieux; elle avait ,saytionné,. sous le. nom d'Ecole de lecture et de filature, 4ç prçmier établissement pour l'enseignement des jeunes aveugles, dont elle avait confié la direction à Valentin Haiir,' le .créateur de cet enseignement. Cest dans cet établisseiput (qui fut le berceau de l'Institution .dS JtÙes aveugles) que ,la Société plaçait les aveugles-nés",qflle

le

sooj.ÉIÉ PJULANTII1IOPIQUE

patronàit, -ét tous les ans trois commissaires nommés par elle étaient chargés de la surveillance et dé l'inspèctibn de l'école, oùdix-professeurs et dix chefs d'ateliers donnaient l'enseignemet intellectuel et l'enseignement -professionnel aux jeunes pensionnaires. Forte de ses ressources toujours croissantes, la Société Philanthropique caressait le projet de nouveaux 'établissements charitables, et-une noble carrière semblait s'ouvrir devant elle lorsque nos discordes civiles vinrent arrêter son développement. Les souscriptions diminuèrent; en conséquence le £ nombre des indigents secourus descendit à neuf cent quatre-tngten 1791àneuf cent vingt en 1792. La mort, l'émigration faisaient des vides dans les rangs de la Société, et personne ne se-prèsentait pour les combler. Le Calendrier Phflanthi'opique, pûblié en 1793, porte la trace du découragément qui avait envahi les membres demeurés fidèles à la Société. L'ûaissement du chiffre des recettes y est prudemment expliqué par les c événements publics qui ont éloigné un grand nombre de personnes et diminué presque toutes les fortunés. B Chaque feuillet de ce calendrier marque en quelcjhe sorte la date de l'époque terrible où il fut 1mpiiiié. l'assemblée générale n'est plus présidée par le duc dé 'Béthune-Charrot, le premier président de la Société, xhas par le citoyen ilurel. Sur laliste des souscripteurs, tous les titres ont disparu; les noms illustres que je citais toit à l'heure sont écrits en un seul mot et figurent tous àla lettr&B. Cettelite est au reste singulièremert raccourcie. -En revanche, celle des membres décédés depuis l'origine de la Société, qui, suivant un pieurusage, figurait à la suite, s'est allongée de deux noms qdi7 sont inscrits sans commentaires : célui de Mandat de Graucey, massacré le 10 aoill suries marches de l'Hôtel de Ville, ettelui:du duc

ANNUAIRE 1880

u

de La Rochefoucauld, mis en pièces par la foule à Givors. Pendant cette terrible année, il y eut cependant encore douze citoyens assez courageux, assez charitables, assez oublieux de leurs propres périls pour demander leur affiliation à la Société. Notons que dans ce nombre figurent quatre prêtres, mais qu'en revanche on chercherait vainement sur les listes du Calendrier Philanthropique le nom de quelqu'un de ces prétendus amis du peuple qui faisaient alors retentir les clubs de leurs furibondes déclamations humanitaires et auxquels la revendication de ses droits faisait complètement oublier ses misères. La Société Philanthropique ne devait pas survivre à la Terreur, et l'année 1793 fut la dernière de cette première phase de son existence. Mais les idées justes ne meurent pas; et la pensée de réunir sur le terrain de la charité des hommes qui pourraient être divisés sur d'autres points était trop généreuse et trop féconde pour qu'un jour elle ne portât pas ses fruits. En pluviôse an VIII, les membres du Bureau de Bienfaisance du quartier de la rue. du Mail avaient ouvert dans Cette rue un fourneau, construit d'après les principes que le comte de Rumford avait fait prévaloir dans l'institut des pauvres t Munich. Le célèbre physicién n'avait -pas dédaigné, en effet, d'appliquer sa science et son esprit d'invention à la recherche dkin mode de construction des appareils de chauffage qui permit do réaliser une économie sur le combustible, et d'un mode d'alimentation qui offrit aux classes pauvres une nourriturc à la sois substantielle, salubre et peu dispendieuse. De là l'invention des soupes dites à la Rumford, qu'on appelait également soupes économiques, et dans la conposition desquelles entraient pour tout élément de l'orge, des pommes de terre, des légumes secs (haricots et leu-

12

SOCIÉTÉ IR!LANTHBOPIQUE

tilles),du riz, des oignons, , du saindoux et du 'beurre. Le fourneau de la rue du Mail rendit, par, la distribution de ces soupes aux:indigents du quartier, des services assez signalés ponr que l'attention despouvoirs publics fût appelée sur:sa création, et pour qu'un rapport du Comité général de bienfaisance, qui siégeait au Ministère de Fintérieur, conseillât' l'établissement de 'fourneaux analogues ,dans les autres quartiers de Paris. A la suite de ce rapport, six nouveaux fourneaux économiques furent fondés (dont l'un rue ;de Sèvres, dans le local qu'occupe encore aujourd'hui un de nos fourneaux), et un'Comité général d'administration des Soupes économiques se forma pour centraliser les ressources et la direction de l'OEuvre. Parmi les membres de ce Comité, composé de quinze personnes i et dont faisaint .partie MM. Parmentier, de Candolle, Cadet de Vaux, de •Lasteyrie, il y a un nom qui mérite une mention spéciale, c'est celui de M. Delessert, qui fut le premier trésorier de notre 'Société, et dont la famille n'a jamais cessé de porter 'à notre OEuvre un intéré attesté tout récemment encore par un don généreux. C'est de ce Comité que devait naitre ou plutôt renaître la Société . Phlanthropique. En effet, dès la seconde réunion des souscripteurs de la Société des Soupes économiques et après un compte rendu ,de ses travaux fait par le citoyen Mathieu Montmorency (c'était encore le style du temps), le citoyen Pastoret, président, proposait aux souscripteurs de reprendre le nom de Société Philanthropique, - « illustré, disait-il, par douze ans de bienfaits. La proposition était -acceptée et une Commission immédiatement nommée- soumettait à l'adoption de l'assembiûe des statuts qui sont en'core' les nôtres, et- dont. qu4re-vingLs ans. d'observation .ininterrompue ont démontré la sagesse. Le but de la So-

ANNUAIRE 1880-

13

ciété Philanthropique, disaient et disent encore' nos Statuts, 'n ' est ' pas de distribuer des secours aux individus par elle-même; les Bureaux de l4ienfaisanôe remplissent utilement et honorablement ce devoir; le but de la Société at de faire connaître et de mettre en : pratique tout ce qui peut oulage> concourir à soulager les besoins actuels du pauvre et à lui préparer des ressources pour l'avenir. Ce but était encore on discours lorsqu'il mieux défini par M. de Pastoret dans s disait « L'instruction et le travail, ces deux grands devoirs, ces deux grands bienfaits, nous essayerons de les placer successivement - autour de ceux dont les parents ne 'sauraient toujours y suffire. L'homme malade trouvera parmi vous-mêmes de médècins habiles et charitables qui.. lu{ accorderont gratuitement tout ce qu'exigent son indigence et ses infirmités. Le pauvre; injustement attaqué devant:l'es tribunaux, trouvera également parmi vous des jurisconsultes dévoués qui, aprèss'être assurés, de ses , droits, le dirigeront par leurs conseils et le défendront par leur éloquence. La propagation de, bons écrits sur, des objets de bienfaisance publique pourra' aussi nous 'occuper. Nous essayerons de suppléer à l'imprévoyance du pauvre par ces associations- ddnt notrè collègue Montmorency vous a si bien développé les avantages. Nous veillerons sur l'ouvrier qu'un accident imprévu réduit. à l'impuissance du travail, sur la femme qui joint' au malheur, de perdre un époux laborieux le malheur d'être Sans ressources poug élever et nourrit' une famille nombreuse, sur tous les ,maux enfin que nous permettront d'embrasser.et de' soulager 'nos ressources pécuniaires, car le zèle,' la vigilance, le courage, l'activité ne manqueront jamais aux hemmes;de bien qui composent l'association des Soupes économiques, à tous ceux ' dont la. Société Philanthropique fut autrefois composée. »

14

sobIITfi PIIIIJANTIIROPIQUE

Certes le programme était vaste,, et peut-être était-il téméraire d'espérer qu'une seule Société parvînt à le remplir. Mais il était si judicieusement conçu que toutes les ceuvres d'assistance et de prévoyance dont notre siècle devait voir le développement y sont indiquées et annoncées comme les desiderata de la charité largement et sainement entendue': développement de l'enseignement primaire, organisation de l'assistance judiciaire, création de sociétés de - secours mutuels et de sociétés de prêts aux ouvriers pour les aider à acheter des outils, d'assurances contre les accidents, de caisses pour- la vieillesse, tout y est en quelque sorte prophétisé. Nous ne vous parlerons dans cette partie historique de notre rapport que des oeuvres dont notre Société a pris l'initiative et dont elle a abandonné ensuite la direction à d'autres mains, et nous laisserons de côté, pour y revenir tout à l'heure, celles qui sont aujourd'hui, comme les fourneaux et les dispensaires, en pleine activité. Parmi les oeuvres dont, à côté de l'organisation des fourneaux à la Rumford, la Société Philanthropique se préoccupa tout d'abord , nous trouvons l'enseignement des enfants pauvres. L'instruction primaire n'était pas alors, comme elle l'est aujourd'hui, l'objet des préoccupations générales et les pouvoirs publics- ne consacraient pas encore à soutenir les écoles existantes et à en fonder de nouvelles les sommes considérables que nous voyons figurer au budget de I'Etat et de la ville de Paris, Cette pénurie des ressources de l'instruction primaire conduisit la Société Philanthropique à venir en aide pardes subventions aux écoles qui' seraient spé'cialement ouvertes aux enfants des ' classes pauvres. Elle pensait avec raison que l'assiduité de ces enfants' à l'école ' était un des meilleurs moyens de les préserver du vagabondage qui conduit au crime, et que

ANNUAIRE 1880

15

l'instruction qu'ils recevraient les aiderait it lutter contre la misère qui trop souvent engendre le vice. Mais les modiques subventions que la Société Philanthropique distribuait, n'étaient pas le seul ressort qu'elle mit en jeu pour aider au développement de l'enseignèment populaire. Elle s'efforçait encore de perfectionner cet enseignement par la propagation des méthodes nouvelles. C'est ainsi qu'elle attirait k Paris un des meilleurs élèves de Pestalozzi, etqu'àl'é001e de l'hospice des orphelins elle encourageait l'application de la méthode d'enseignement inventée par ce célèbre ancêtre de la pédagogie moderne. Cependant la Sociéte ne tardait pas à reconnaître que ses ressources étaient encore troprestreintes pour les disséminer, et que l'entreprise qu'elle tentait était au dessus de ses forces. Elle renonça donc, mais non sans regret, au système des subventions accordées aux écoles de charité, et plusieurs membres du Comité continuèrent à s'en occuper pour leur propre compte avec la plus grande activité. Sans vouloir faire honneur à la Société Philanthropique de ce qui appartient individuellement à ses membres il nous sera permis de rappeler que c'est à deux de ses plus anciens et fidèles souscripteurs, à M. Basset et au duc de Montmorency qu'est due la première fondation de ces écoles du soir pour les adultes qui ont pris depuis tant de développement . et qui sont aujourd'hui installées dans presque tous nos établissements scolaires. La Société Philantnropiqueaccordait encore un appui, non moins actif, mais plus durable à des institutions dont l'utilité, pour appartenir à un autre ordre, n'est peut-être pas moins grande que celle des écoles: nous voulons parler des Sociétés de secours mutuels. Les Sociétés de secours mubiels ou de prévoyance (comme on les appelait également) qui présentent. beaucoup des avantagesdes anciennes maîtrises,

la

SOCIÉTÉ PILTUANTUROPIQUR

sans entraîner les mêmes inconvénients, étaient encorepeu répandues et surtout peu connues au commencement du siècle. La Société' Philanthropique entreprit de' les secourir et de les encourager paï des subventions ou par des cartes de dispensaires gratuitement octroyées. En même temps elle s'appliquait, par la publicité qu'elle donnait à leur action dans ses rapports, à en étendre le nombre et à en pro pager le principe. Un travail très-complet, rédigé par -Dupont de Nemours, et inséré dans un des Bulletins de la Société, démontrait tous les avantages de ces associations, et pour rendre plus facile leur formation, un modèle uniforme de statuts leur ,était proposé d'après les données d'expérience que la Société avait recueillies. En 1838, un concours était institué par ses soins sur la question des Sociétés de prévoyance et deux prix l'un de 2,000, l'autre de i000 fr. étaient décdrnés aux auteurs des deux meilleurs mémoires. Aussi le nombre des associations deSecours mutuels avec lesquelles la Société Philanthropique était en relations allait-il croissant chaque année après avoir été de cinq au début, ce nombr& s'élevait eu 1828 à 194 et la liste de ces sociétés était publiée pour la première fois à la suite du compte rendu des travaux de la Société. Cette publication finit par comprendre jusqu'à 250 noms de sociétés diverses, et l'appui donné par la Sôgiété Philanthropique aux Sociétés de secours'mutuels dura- jusqu'à l'époque où le gouvernement impérial, en réglementant par un décret l'organisation de ces Sociétés, substitua son autorité et ses encouragements à ceux de l'initiative privée. Cette même sollicitude pour les intérêts des classes populaires déterminait la Société Philanthropique à subventionner un asile pour la vieillesse, fondé en 1805, par un de ses membre's le chevalier Micaultde la Vieiiville, qui rendaitcompte à là Société

ANNUAIRE 1880

Il

clans d'intéressants rapports des développements de son oeuvre. Grâce à la force de son organisation, la Société Philanthropique a traversé victorieusement, mais non sans en souf- frir les troubles politiques qui ont trop souvent agité notre siècle. La guerre civile et les révolutions sont singulièrement peu favorables à l'exercice de la charité. En mênie' temps qu'elles augmentent les besoins, elles diminuent les ressources, car sauf quelques âmes d'élite, chacun ayant davantage à penser à soi, est moins enclin à penser aux autres. La Société Philanthropique devait en faire à plusieurs reprises l'expérience. En 1,812 , elle était arrivée à un grand état de prospérité financière. Grâce aux souscriptions annuelles dans lesquelles le Ministère de l'intérieur figurait pour 22,000 francs, ses recettes s'élevaient àla somme que nous voudrions bien atteindre aujourd'hui, Messieurs, de 488,930 francs, Aussi entretenait-elle à Paris 35 fourneaux économiques qui avaient distribué dans l'année 4,342,509 soupes, et 5 dispensaires ayant soigné depuis leur ouverture 10435 malades. Elle caressait en même temps les projets les plus grandioses augrhenter lè nombre des dispensaires, reprendre la tradition des subventions accordées aux écoles d'enfants pauvres, établir des maisons où les femmes pourraient déposer leurs enfants en bas âge en allant au travail (première ide des crèches), instituer dès caisses de prêts pour les ouvriers, etc. Les malhèurs de lia patrie vinrent tout arrêter. En 1813 les recettes tombèrent à 237,000 fr.; en 1814 à 139,000 fr. Pour subvenir à ses dépenses charitables, dont elle n'avait voulu sacrifier aucune, la Société avait dû entamer son fonds de réserve. Elle était sur le penchant de sa ruine. Ce fut l'intervention dé la famille royale qui la sauva. Après l'époque des Cént jôhrs, 2'

18

SOCIÉTÉ PJTILÀNTHROPIQUE

Louis XVIII, qui avait figuré au nombre des souscripteurs de l'ancienne Société Philanthropique, s'en déclara chef et protecteur. Le duc de Berry en accepta la présidence non pas honoraire, mais effective, que le marquis de Pastoret s'empressa de lui céder, pour devenir vièc-président avec le -duc de Doudeauville. Tous les princes du sang s'inscrivirent au nombre des souscripteurs. Ces Lhautes protections valurent à la Société Philanthropique un grand nombre d'adhésions dans les rangs de ceux qui étaient dévoués à la famille de Bourbon. Les grands noms qui s'étaient inscrits autrefois sur ses listes y fi gurèrent de nouveau, et les recettes dépassaient àla veille de 1830 la somme de 250,000 û-. La nouvelle dynastie ne fut pas moins favorable L' la Société Philanthropique que ne l'avait été la précédente. Ce fut sous le règne de Louis-Philippe que la Société Philanthropique obtint sa reconnaissance comme établisse-, ment d'utilité publique, ce qui lui valut le précieux avant ge de pouvoir posséder et recevoir des legs, et le duc dé Nemours devint président de la Société, comme lavait été le dur, Berry. Maïs les événetiients politiques qui suivirent la Révolution de 1848 vinrent ébranler la prospérité de notre Société. En 1849 les recettes tombaient à 106,820 fr.; en 1850 à 71,732 û-.; en 1852 L' 53,244 fi'., et si l'élévation du chifFe de la souscription-portait pendantdeux années les recettes aux environs de 90,000 fr., la diminution du nombre des souscripteurs le faisait bientôt retomber aux environs de 80,000 û-. Ce chiffre s'est maintenu sans grande variation pendant toute la durée du régime impérial , et en 1889 les recettes n'ont dépassé 70,000 fr. que grâce à la vente d'une rente de 500 fr. destinée à parfaire le déficit de l'exercice précédent. Hâtonsnous de dire que les malheurs que notre patrie a traversé

ANNUAIRE 1880

19

et les misères qui en ont été la suite semblent avoir rendu à notre Société une vigueur qui commençait à lui faire défaut. Pendant le siège de Paris nos dispensaires et nos fourneaux, malgré les difficultés de l'alimentation, n'ont pas cessé de fonctionner grâce au zèle des membres de votre Société qui avaient pu demeurer à Paris, et nous pouvons dire que jamais ces utiles institutions n'ont été mieux appréciées par la population parisienne. Depuis cette époque nos recettes se sont relevées progressivement; pour ne parler que des trois dernières années, elles ont été (en chiffres ronds) de 115,000 fr. en 1877, de 129,000 fr. en 1878. Le compte qui vous sera rendu tout à l'heure a vous montrera qu'elles tteignent cette année la somme de 228,233 fr. 55 c. Bien que cette situation soit assuréi ment satisfaisante, nous ne P ouvo rs cependant nous empêcher de la comparer à celle de notre Société sous ces belles années de l'Empire et de la Restauration, où nos recettes dépassaient 250 mille, 300 mille et atteignaient même une année près de 500 mille francs. Comme notre Société n'a certainement pas démérité et comme tout le monde rend justice au bien qu'elle fait, nous ne trouvons à cette diminution relative de nos recettes que deux explications la première, c'est que, depuis son origine jusqu'en 1848, la Société Philanthropique a reçu des princes qui appartenaient à la famille régnante et des différents ministères des allocations généreuses qui figuraient pour une large somme à son budget, tandis q u'elle est aujourd'hui, en quelque sorte, abandonnée à ses propres forces, et ne reçoit des pouvoirs publics d'autre encouragement qu'une sorbmo de 6,000 fr. qui lui est allouée par la Ville de Paris et une somme de 1,000 fr. par le Ministère de l'Intérieur; la seconde, c'est que le nombre des oeuvres qui se partagent les dons de la charité

20

SOUTItT1 PI!TLANTBBOPIQUE

publique et privée ayant singulièrement augnienté depuis le commencement du siècle, la part qui revient ii chacune dalles se trouve peut-être un peu réduite. Nous reconnaissons bien volontiers que, parmi ces Sociétés, il y en n quelques-unes qui peuvent nous le disputer pour le bien qu'elles o font; mais nous ne croyons pas qu'à l'excep ti n de la Société de Charité Maternelle dont Marie-Antoinette fut, comme vous le savez, h première présidente, il y en ait une seule qui puisse nous k disputer pour l'ancienneté- Or, n'et-ce pas un titre que d'avoir, sur beaucoup de points, ouvert la voie, donné l'exemple et do compter aujourd'hui à notre actif cent années presque ininterrompues de bienfaisance intelligente? Que cette longue carrière parcourue par notre Société devienne dans votre bouche, Messieurs et chers souscripteurs, un argument en notre faveur dans l'oeuvre de propagande que nous vous demanderons tout à l'heure d'entreprendre pour arriver à étendre les ressources dont nous disposons et que ce soit aussi une excuse pour votre rapporteur qui a besoin de se faire pardonner d'avoir consacré un temps si long à dérouler devant vous les vieux parchemins do notre Société.

(s

II
Nous allons maintenant, après vous avoir raconté les débuts de notre Société, entrer dans quelques détails sur sou organisation actuelle. Assurément cette organisation vous est bien connue, puisque chaque année il vous eu est rendu compte. Mais peut-être n'entendrez-vous pas , sans intérêt quelques considérations rétrospectives sur les développements qu'ont reçus depuis leur origine nos différents services. La Société Philanthropique possède actuellement quatre branches d'activité les fourneaux économiques, les dispensaires, les primes distribuées aux jeunes ouvriers et ouvrières, l'asile de mut pour femmes et enfants. Nous entrerons rapidement dans quelques détails sur le fonctionnement de chacun de ces services.

FOURNEAUX
L'organisation des fourneaux économiques a toujours été et est encore l'objet principal des efforts de notre Société. « Les soupes économiques seront toujours, dit l'article jer des statuts, le premier soin de la Société Philanthrbpique, »

M

22

SÔGIE'i'É Pi:IILANTIT]1OPJQUE

et la Société est toujours demeurée fidèle à celte prescription. D'ailleurs, aucun mode do secours n'est plus populaire, mieux apprécié, et ne rencontre aujourd'hui moins d'objection. Il n'en était pas de même au commencement du siècle, lorsque les premiers fourneaux étaient ouverts et que les fondateurs de cette oeuvre nouvelle étaient obligés de rallier l'opinion incertaine en répondant aux diverses objections qui leur étaient faites. On s'opposait en effet à l'ouverture des fourneaux à la Rumford, en disant que les ouvriers laborieux seraient humiliés de venir prendre leur nourriture à côté de mendiants; que la distribution presque gratuite d'aliments encouragerait la fainéantise, que la composition des soupes économiques n'était pas assez substantielle et qu'elle affaiblirait les pauvres qui en fendent habituellement usage. Toutes ces objections sont tombées successivement devant la pratique. La fréquentation des fourneaux économiques est en effet profondément entrée dans lés moeurs de la classe ouvrièr? de Paris. il suffit, pour s'en rendre compte, de passer quelque temps dans la salle d'un fourneau achalandé depuis longtemps. On verra se présenter, non-seulement des individus appartenant à cette classe flottante qui vit surtout de charité et qui est munie de bons donnés et' guise d'aumône, mais des travailleurs qui préfèrent demanier à nos fourneaux une nourriture saine et économique plutôt que d'aller la chercher au cabaret, ou des mères de famille qui emportent, dans un bol ou dans un pot d'étain des aliments destinés à leurs enfants. Aucune portion n'étant remise qu'en échange soit d'un bon, soit d'une somme de cinq ou de dix centimes, cette distribution d'aliments n'est pas absolument gratuite et ne présente pas les inconvénients des charités faites sans discernement. Quant à l'objection tirée

ANNUAIRE 1880

contre les soupes économiques, de l'insuffisance de leursquglités nutritives, ce n'estpas seulement l'expérience quia réduit h néant cette objection,C'est encore les améliorations constantes qu'a reçues la nourriture distribuée dans les fourneaux. En l'an VIII, la carte, il faut bien le dire, était modeste de l'orge mondé., du riz, des haricots, des lentilles et des pommes de terre, étaient tout ce qu'on y voyait figurer. Aujourd'hui, la variété des aliments distribués dans nosfourneaux est si grande que, tous ces aliments ne pouvant être préparés à la fois, on affiche dans chaque fourneau ce qu'on pourrait appeler le menu du jour, sur lequel le consommateur fait son choix, et ce menu comprend, non pas seulement comme autrefois de la soupe et des légumes secs on du ri, mais du bouillon, du lard, du boeuf, des sau. cisses,, des conserves, des harengs, des sardines, du fro-mage et même du chocolat. .A ceux qui s'étonneraient devoir figurer ce dernier aliment dans des foutneaux destinés principalement à subvenir aux besoins de la classe nécessiteuse, nous répondrons que cet aliment est très.-pprécié par les mères de famille comme constituant pour leurs enfants une nourriture saine et substantielle, et c'est ce qui explique le grand nombre de ces portions,qui sont consommées chaque année. Nous avons encore enrichi cet hiver nos fourneaux d'une denrée qui n'a rien d'alimentaire, mais qui n'en a pas moins été très appréciée: nous avons distribué du combustible durant le froid cruel pli a sévi à partir des derniers jours de novembre. Votre Société s'est émue à la pensée des souffrances que la rigueur (le ce froid faisait endurer aux classes pauvres, et elle s'est préoccupée de la pensée d'apporter à ces souffrances quelque adoucissement. Sans discuter ici l'utilité des chauffoirs publics que la bienfai-

24

SOCIÉTÉ PHILANTHROPIQUE

sauce s'était empressée d'établir, nous avons' pensé qu'il y 'avait une classe de malheureux qui n'était certainement pas moins digne d'intérêt que celle qui se pressait dans les 'chauffoirs : c'était celle des pères et des mères de famille 'qui se trouvaient retenus dans on logis sans feu par l'âge, la maladie ou le soin des enfants. Nous nous sommes préoccàpés de remédier k ces souffrances, d'autant plus cruelles qu'elles sont plus sileticieuses, en donnant à nos bons de fourneaux ordinaires la valeur représentative d'un décalitre • de coke eu échange de trois bons; d'un décalitre de charbon de terre ou de bois, en échange de six bons; •et d'un margotin en échange d'un bon. Celte combinaison avait le double avantage de permettre au consommateur de détail de profiter des prix du gros, et de donner aux personnes charitables la facilité de faire en quelque sorte des aumônes de ' combustible par une large distribution de nos bons. Malheureusement cette nouvelle valeur qui était attribuée k nos bons 'et qui aurait singulièrement aidé à leur vente, n'a pas été suffisamment connue, et' l'expérience tentée dans des conditions jicu favorables n'a donné que des résultats incomplets Avant la prochaine saison d'hiver, votre Comité aura à décider si cette expérience doit être continuée et à mettre en balance les avantages et les difficultés que pré' sente la disti'ibiition de combustible dans nos fourneaux. La Société Philanthropique aurait manqué à ses traditions si, au redoublement de souffrances causé par la rigueur d'un hiver exceptionnel; elle n'avait opposé un redoublement'd'activité. Lors de ce magnifique mouvement de la charité privée dont un journal connu pour son initiative bienfaisante a donné le signal, les membres 'du omité de répartition des fonds recueillis par le 'Figaro se 'sont adressés à notre Seôiélé pour lui demander de se

• ANNUAIRE 1880

25

, char.gèr de la mise en train des Joûrneaux qu'on se.proposait d'établir dans les'chauffoirs. Cette proposition que votre Comité avait acceptée avec empressement, n'a reçu qu'un commencement d'exécution, mais nous avons pu livrer au Comité de la souscription du Figaro, 75,000 bons que nous avons marqués d'un timbre spécial, pour, attester à la fois leur origine et la part de coopération que nous nous étions empressés de prendre à cet élan de la charité privée. En même temps, l'Assistance publique nous sollicitait de lui prêter notre concours pour remettre en activité un certain nombre de fourneaux qui avaient été ouverts autrefois pendant le siège de Paris et qui depuis étaient demeurés sais emploi. L'Assistance publique nous offrait k la fois de contribuer aux frais nécessités par la réinstallation de ces fourneaux et de les achalander en achetant 100,000 de nos bons. Nous aurions. cru.manquor à notre devoir, si nous. ne nous fussions empressés de profiter de cette occasion, ,d'étendre encore la sphère.de notre activité. Avant de prendre un parti; votre Comité a chargé toutefois quelques-uns de ses membres d'aller s'informer auprès des soeurs de quartier, 'dans les maisons desquelles ces fourneaux étaient tous situés, de l'utikité que leur réouverture pouvait présenter. •Pai'tout ils ont trouvé auprès de ces braves et.saintes filles, auxquelles il s'agissait d'imposer un nouveau surcroît de fatigue, l'accueil le plus empressé et, ils ont pu constater qu'il n'y avait rien de changé dans les dispositions de ces servantes de Dieu depuis qu'en l'an X (c'est-à-dire il'ya près de quatre-vingts ans) le comte Mathieu de Montmorency, rendant compte de l'établissement d'un fourneau couvent des filles de Saint-Thomas, témoignait de la reconnaissance de la Société pour « ces dames estimables vouées de tout temps au service des pauvres et qui s'empressaient

26

SOCIÉTÉ PHILANTHROPIQUE

de joindre cette oeuvre de charité de pins à celles qui remplissent toute leur vie». Le résultat de cette petite enquête a été l'ouverture de 17 fourneaux, dont quelques-uns sont aujourd'hui en pleine activité et atteignent au nombre 'dj portions journalières distribuées par nos fourneaux les plus anciens. En même temps, nous avons obtenu du Ministère des finances Pautorisation précieuse pour nous de mettre nos bons en dépôt chez tous les marchands de tabac de la capitale, ce qui est de nature à en faciliter singulièrement la veille. En entrant dans ces détails, nous anticipons peutêtre un peu sur l'Exercice de 1880, mais nous avons pensé que vous seriez bien aises d'apprendre que la Société Philanthrôpique n'est pas demeurée spectatrice inactive de ce grand mouvement qui a honoré Paris cet hiver, et qui a montré que, malgré tout le mal qu'on dit de cette grande capitale, elle compte encore, Dieu merci, des âmes charitables et des coeurs généreux. En résumé, Messieurs, la Société Philanthropique, qui n'avait eu 1879 que quatorze fourneaux, en fait fonctionner aujourd'hui trente-deux qui ont distribué plus de deux millions de portions. En 1879, le nombre des portions délivrées s'est élevé à 1,371,089 dont 934,507 contre bons, et 436,582 contre argent. La vente des bons d'aliments a produit une somme de 80,003 fr. 25. Le nombre des portions distribuées, en 1878, avait été de 1,003,251, et la vente des bons d'aliments n'avait produit que 57,494 fr. 90. L'oeuvre des fourneaux est donc en pleine voie d'activité et de progès; fidèles à nos statuts, nous continuerons à faire notre principale préoccupation de ce mode d'assistance -si utile tsi populaire.

DISPENSAIRES
L'oeuvre des dispensaires est dans les Annales de notre Société presque aussi ancienne que celle des fourneaux. C'est en l'an XII que M. Deleuze adressait à la Société Philanthropique reconstituée un premier rapport à propos de l'organisation des cinq dispensaires qui venaient d'être créés sur des bases dont notre organisàtion actuelle ne s'écarte pas sensiblement. Et cependant de toutes nos oeuvres, c'est certainement la moins connue. Beaucoup d'acheteurs de nos bons, et qui apprécient parfaitement l'utilité de nos fourneaux, ne savent pas que la qualité de souscripteur de la Société Philanthropique donne droit pour la modique somme de 40 francs à une carte moyennant laquelle ils peuvent toute l'année procurer les soins d'un excellent médecin et des remèdes gratuits à des malades d'une catégorie particulièrement intéressante, c'est-à-dire, à ceux (disait en très-bons termes le rappor ,t de M. Deleuze) qui vivant de leur travail ou d'un modique revenu tant qu'ils jouissent de la santé, sont dénués de ressources lorsqu'ils sont attaqués d'une maladie imprévus.» Les malades de cette catégorie, c'est-à-dire qui ne sont ni tout à fait indigents, ni tout à fait aisés, peuvent depuis le commencement du siè de venir chercher deux fois par semaine au dispensaire l'avis de praticiens éminents, se procurer gratuitement chez les pharmaciens de notre Société les remèdes qui leur sont prescrits, et si leur état de santé ne leur percC

28

SOClÉTJ'It Pli ILANTI-IROPIQUE

met pas de se transporter au dispensaire, réclamer à leur domicile la visite du médecin. Le fonctionnement des dispensaires présentait une grande utilité à une époque où l'organisation des secours médicaux distribués par l'Assistance publique n'était pas aussi complète qu'elle l'est aujourd'hui, où le nombre des hôpitaux n'était pas aussi grand, et où le traitement à domicile n'était pas encore pratiqué. Le système du traitement à domicile, qui conquiert aujourd'hui tant de faveur, a donc été inauguré par la Société Philanthropique, et nous avons I p droit de ne pas le laisser oublier. Aussi l'affiliation à la Société Philanthropique était-elle pour un certain nombre de jeunesmédecins une sorte d'équivalent du stage que font aujourd'hui les internes dans les hôpitaux de Paris, en même temps qu'elle leur procurait l'honneur de voir leu[r nom figurer sur les registres de la Société à côté de celui des plus -illustres praticiené. Les noms des Corvisart, des Récamier, des Pinel, des Dupuytren, des Velpeau, des Nélaton, pour ne parler que des -'morts, qui ont figuré parmi les médecins de notre Société, attestent, en effet, le soin avec lequel notre personnel médical a toujours été et est encore aujourd'hui recruté, en même temps que les rapports médicaux si remarquables qui remplissent la collection de nos Annales constituent de précieux documents pour les spécialistes. ' Peut-être cette organiation si ancienne et si, excellente de nos dispensaires n'a-t-elle pas cependant reçu tout' le développement que nous aurions .pu souhaiter. La Société Philanthropique a souvent désiré de pouvoir établir un dispensaire dans chacun des arrondissements de Paris, et l'agrandissement du périmètre de la capitale aurait rendu cette mesure-plus utile encore, car la distance considérable

ANNUAIRE 1880

29

que les malades ont à parcourir pour se rendre aux dispensaires diminue peut-étre le nombre de ceux qui vien_ 'nent solliciter les soins de nos médecins. Mais nous avons toujours dû reculer devant cet accroissement de dépenses et nous borner aux six dispensaires que nous possédons actuellement. La dépense de leur entretien a été cette année de 27,359 fr. 66. Malgré ce chiffre élevé, 972 malades seulement ont été soignés, et les frais généraux que nous sommes obligés de faire pour l'entretien de nos dispensaires nous permettraient d'en soigner une beaucoup plus grande quartLité, silo nombre des souscripteurs de nos cartes augmentait proportionnellement. Sur ces . 972 malades 418 ont été guéris et 502 soulagés, 52 sont morts; 585 ont été soignés au dispensaire et 387 à domicile, ce qui a exigé 67,042 journées de traitement. fln outre, 2,419 consultations gratuites ont été données à des malades non munis de cartes de dispensaires. Tous ont reçu des soins dévoués, de la part de MM. les médecins auxquels nous adressons en leur nom et au vôtre ainsi qu'à MM. les agents des dispensaires, nos remerciements. -

PRIMES D'ENCOURAGEMENT
La Société Philanthropique a reçu en 1843 de M. Wolff, qui,- après avoir débuté comme simple ouvrier, avait amassé dans l'industrie une fortuné relativement considérable, le legs d'une somme annuelle de 3,000 fr. destinée à être

30

SOCiÉTÉ PHILANTHROPIQUE

distribuée annuellement en Frimes d'encouragement à des candidats choisis parmi la classe ouvrière. Ce legs, aux arrérages duquel sont venus se joindre ceux de deux sommes qui ont été léguées à notre Société dans le même but par M. Nast et pai' M. Goffin, notre ancien et zélé secrétaire, permet à notre Société de distribuer chaque année une somme de 4,200fr. à de jeunes ouvriers ou ouvrières auxquels ces primes doivent fournir les moyens de s'établir et d'acquérir les outils nécessaires. Souvent,, en effet, faute de pouvoir faire face aux, frais de leur premier établissement, un jeune ouvrier, une jeune ouvrière sont condamnés à cette vie des gands ateliers ou des manufactures qui est parfois si préjudiciable à leur santé comme à leur moralité. L'obtention d'une de nos primes leur permet d'acheter, l'un un tour, l'autre une machine à coudre, l'autre une presse, l'autre un assortiment d'outils, et avec ces instruments ils peuvent s'établir en chambre et, avec le temps, fonder à leur tour un petit atelier dont ils deviendront les patrons. Les candidats parmi lesquels nos primes sont réparties, ont été généralement désignés à la Société Philanthropique par des Sociétés de patronage, par des Sociétés de prévoyance, ou par les maires des différents arrondissements de Paris. C'est, pour les' membres du Comité qui sont chargés de comparer le mérite des divers candidats, une occasion précieuse de pénétrer dans la vie de la classe ouvrière de Paris et de conserver avec elle ces relations dont les encouragements donnés autrefois aux sociétés de Secours mutuels ont été, pour la Société Philanthropique, la première occasion. Vous entendrez tout à l'heure notre dévoué vice-secrétaire,. M. Detondre vous donner lecture des noms de' nos lauréats de cette année, et ce sera •avec raison que vous applaudirez à

ANNUAIRE 1880

31

ces noms, car ils représentent, dans la population parisienne, l'élite de cette jeunesse qui sait résister aux tentations multiples dont elle est environnée, et qui cherche son avenir dans la voie du travail et de l'économie.

HOSPITALIT DE NUIT
L'asile de nuit pour femmes et enfants est la création la plus récente de notre Société; mais ce n'est assurément pas la moins intéressante. Vous savez à quelle circonstance cet asile doit sa naissance, et M. Rouxel, dans son intéressant rapport de l'année dernière, est entré, sur ce point, dans des détails qui me dispensent d'y revenir. Mais c'est une grande satisfaction pour nous de pouvoir vous dire, après une, année d'expériences, que cette nouvelle création de votre charité a présenté tous les avantages qu'on était en droit d'en espérer et aucun des inconvénients qu'il était permis de redouter. Vous avouerai-je, Messieurs, à ma confusion quo j'étais de ceux qui, tout en ôtant très-favorables à l'expérience, en attendaient, avec un peu d'appréhension; les résultats. J'avais eu l'occasion de 'visiter k Londres ce qu'on appelle les casuat wards, des worklvouscs, c'est-à-dire des dortoirs pour la nuit, ouverts à tout venant, et d'étudier les documents statistiques qui les concernent.. Je savais, par mes propres yeux, que ces dortoirs publics, qui sont, il est vrai, à Londres au nombre de 30, reçoivent une population

32

SOCIJiTJ PHILANTHROPIQUE

extrêmement dégradée, eL,.par la, lecture des documents statistiques,'que la police estime à quinze ou vingt initie individué, la population flottante qui, vivant A l'étàt habituel de vagabondage, n'a d'autre domicile nocturne que ces dortoirs. Tout en sachant que le trop grand nombre de ces asiles à.Londres est, en grande partie, cause des inconvénients qu'ils présentent, je craignais que notre établissement ne fét habituellement fréquenté par une population de femmes plus ou moins bas tombées, dont les propos et la tenue écarteraient les personnes vraiment intéressantes qui pourraient être tentées de venir nous demander l'hospitalité. Eh bien, Messieurs, je suis heureux de reconnaître et de proclamer que je m'étais absolument trompé. Sûr les 2,065 femmes qn'a.reçues notre asile, depuis le 23 mai jusqu'au 31 décembre 1870, il n'y en a eu qu'un très-petit nombre qui ne présentassent pas un cas de détresse intéressante auquel notre .hospitalfté de quelques nuits a apporté un, utile secours. Durant 'ces sept mois, pas un vol n'a été commis danè l'établissement, pas une scène scandaleuse n'a eu lieti, pas une expulsion n'est devenue nécessaire. Mais, puisqu'au moment où notre assemblée générale 'a' été tenue l'ann'ée dernière, l'asile de nuit n'avait pas encore été luguréermettez-nous de vous convier à y entrer un instant avec Peut-être, malgré la longueur démesurée de cc. rapport, trouverez-vous que ce ne . sera pas tout it fait du temps perdu. A partir de la tombée de la 'nuit, c'est-à-dire depuis 4 ou 5 heures du soir en hiver, depuis G ou 7 heures en été, le femmes commencent b arriver. C'est un triste mais intéressant spectacle que d'assister a leur défilé Elles doivent, pour obtenir leur admission, s'dresset, d'aboM audirecteur qui se tient dans un petit bureau à droite de la porte 'd'en-

ANNUAIRE ISSU

33

trée, et qui -leur parle- au travers d'un guichet. -Elles s'ap proclient, qui avec un- ou deux enfants daneles bras, qui avec un paquet contenant quelques pauvres - nippes, - qui avec rien. Leur abord est-généralement timide,-etbeaijcouj parlent si bas, que le bruit. de la rue empêchMt leur voix d'arriverjusqu'à l'oreille du directeur, et qu'il a été nécessaire d'établir une double porte pour que le roulement des voitures n'empêchât pas .de.saisir leurs paroles. Ce défilé devant le. bureau du directeur, na- pour but que de leur demander leur.nom, leur àge j leur profession' , et si elles ont des papiers. A cellesqui n'ont point de papiers, et que nous sommes obligés de mettre provisoirement un peu en , suspicioN, nous-ne donnons en effet que Phospitalité d'une seule nuit dans ce que nous appelons le «dortoir du lit de camp ,-&est-à•dire un dortoir,disposé à peu près comme celui des postes, de- soldats, avec cette différence que des planches placées transversalement partagent le plan incliné: en sections, dont chacune forme un lit et est recouvert avec un matelas bien garni. Celles qui-ont des papiers (et par là nous entendons toutes références--passe-ports, livrets,,cer.. tificats), nous donnons- une hospitalité de -trois-nuits dan; des lits dont lé confortable ne laisserien à désirer, et dont un certain nombre nous ont étélivrés g r atuitemenLpa, la maison Ticker. Enfin, pour celles qui se présentent- avec des enfants:(l'Asilena pas-reçu l'année-dernière rnoiiwde 260 de cesrpetits- êtres); nous avons un dortoir spécial -dit u des -mères de famille - », où à côté du lit de la mère se trouve le berceau de -l'enfant. Les- trois, dortoirs, réunis peuvent recevoii 65-personnes. A toutes - les femmes,- le -règlement - impose la nécessité (à moins que l'état de leur santé ne s'y oppose) de prendre un bain, et nous avions craint au début que l'exécution de 3

M

34

SOCPTÉ 1U1L'ANTHROPIQUE

cètte prescription ne rencontrât quelque' résistance. Tout au contraire; elles .s'y soumèttent avec im empressement qui môttre 'que, pbur béaûcoup d'entre 'elles, un bain est un ltitè 'ét une jouissance à peu près inconnus. Après 'le bain, éilè's passent dans la slle' d'attéfite; on donne une sbup'e à chaque fernme 'ainsi qù'à chaque enfant, et elles attendent l'heure ±égleeùtairc du coucher, qui est txé à b heures. C'est pèndaftt cet intera1le que notre active directribe, Mwz ll, qui 'déploie dans sa lourde tAche quotidienne dés tèsdrs 'a'ïte1ligence et d'humanité, s'efforce (et la ftose ù'èùt pas bien dilficile) 'de les faire causer. De 'quelles histdiies navrantes, de quelles détresses in atéiielles 'et tîi6tùles ne reçoit-elle pas alors la cbnlitlene! Telle de ee feffitnes est dne ouvrière dont le 'thôage a èpuisé tbùte "les ressources, et 'dont les meublés ont été salue; telle lautre est une vieille servante qui ne trouve 'plus 'u Èé ilaeer, parée'que sa santé affaiblie et son àgé la rendent iptOpC à un 'service fatigant. Telle sort dû la Maeernité atet 'an enfant, souvent hélas! illégitime, dans les bras, 'et ne sait que faire du fruit de sa faito.'Tel1e'enfiû±ièi1t. d'Àmériqùe 'où elle a perdû son mari; affolée paf la doul'eut et par lé désir de revoir son pays natal, clic a'dépensé toutes ses pêtit'és économies pôurtevenir du fond dS tats &e 'POiest, 'et 'déhârqùée le ta6n t PaS, elle 'a erré toute fa jtute 'trafnflt 'set trois enfants après elle jusqu'au ffibxït loù une âme cq iafit'able lui a indftpié jiotre AsÇk. Quélquétois nous avons vueDréSentert' notre étabhsS6mt des ffemmeÊ qui ont tonak 'aùtrdfois des'j&uis meilleurs,' institutrices, demoiselles de com'pltgnie, veuves de com m'etçkt, etd'infortunes eh infoitues, 'sont 'venues khouei' peut quelques jo tt fl chez n'ous. POur tes tas Seffohnéls, nous avons (disons-le bien bas') une petite'

4,

ANNUAIRE 1880

35-

chambi'e sépaî'ée qui nous permet de leur éviter des contacts dont la rudesse aggraverait encore le sentiment de leur malheur (1). Lorsque neuf hures approchent, la directrice fait faire silence aux femmes, qui du reste ne paleiit guère, et dont chacune semble concentrée dans la méditation solitaire d& sa misère, et elle leur donne leccùre du règlement aux prescriptions duquel les pensionnaires de l'Asile doivent prendre l'engagement de se conformer. Mais nous avons trouvé que cette lecture, nécessairement un peu impérative, exprimait trop mal le sentiment de compassion profonde qui avait poussé, et vous-mêmes, Messieurs, et toutes les Personnes charitables qui nous ont prêté leur concours, à la fondation de cet Asile. Aussi, un des membres de votre Comité a4-i1rédigé, pour qu'il leur en fût également donné lecture, une exhortation dont les termes peuvent être ao coptés par toutes les croyances, et qui les engage du Tond de leur détresse 'u tourner leurs regards et leurs espérances vers celui que la Bible et l'Evangile appdlient également le Dieu des miséricordes. Laissez-nous môme vohs dire, en passant, que le ton de cette' exhortàtion a paru si approprié à l'auditoire auquel elle s'adresse, que l'Asile de nuit de Genève, fondé sur le même principe que le nôtre, nous en a emprunté l'esprit et presque le texte. Une fois cette double lecture faite, femmes se lèvent toutes ensemble,: et sans précipitation, sans désdrdre, se (1) Au point de vue des professions, les femmesauxquelles notre Asile a donné l'hospitalité se divisaient ainsi institutrices, 14; dames de compagnie et gouvernantes, 5; artistes, 5; femmes ou veuves d'employés, 5; anciennes receveuses des postes 3 Toutes les antres étaient des ouvrières sans travail, des servantes sans place, ou des femmes sortant des hôpitaux, le pl u s souvent â la suite de couches.

36

SOCTÉTÉJ'HTLÀNTIIROPIQUE

rendent dans leurs dortoirs respectifs et au lit qui leur a été désigné par un numéro remis à l'avance. Les yêtements de celles d'entre elles qui donnent lieu à quelque soupçon de malpropreté,, sont emportés pou" être passés au soufre; les femmes se couchent sous l'oeil d'une surveillante, qui a également son lit dans le dortoir, et elles ne tardent pas à s'endormir du lourd sommeil 4e la misère qui leur procure du moins l'oubli passager de leurs maux. L'heure du lever est fixée à six heures en été, à sept heures en hiver. Après avoir.fait leur lit; et vaqué à quelques soins de propreté, les femmes descendent dans la salle d'attente. où on leur donne encore 'une soupe (t), puis elles doivent quitter l'établissement, les unes pour -y reyenir.le soir si elles ont encore droit, d'après notre règlement, h une nuit ou deux d'hospitalité, et les autres, pour tout à fait. Cette heure est celle des scènes douloureuses. Sous peine, en effet, de transformer compléteent le- caractère de notre oeuvre, . et de faire de notre Asile -temporaire un hospice, il nous faut tenir la main à cetteprescription , du règlement qui ne nous permet pas de conserver les femmes qui n'ont.-pas de papiers audelà d'une Duit, et celles, qui sont munies de papiers au-delà de trois nuits et, dans.certains, cas exqeptipnnels, , de -cinq nuits consécutives. -Mais yous ne pouvez pas vous figurer, je me trompe, vouspouvez par le coeur et l'imagination -vous figurer ce qu'il y a de pénible à mettre sur le pavé une femme qui vous dit avec vérité qu'elle est sans ressources et sans moyens de s'en procurer. C'est ici, Messieurs, qu'il nous faut louer encore ie , zèle et ' l'activité de notre directeur et de notre directrice Le nombre des soupes ainsi distribuées aux pensionnaires de fissile s'est élevée en 1879 à 12,958, pour 0,404 nuits dïospitalité.

ANNUAIRE 1880

at

qui, par leur propreindustrie et les relations qu'ils oùt su se procurer ont, depuisl'ouerture de l'Aile jusqu'au 31-d6cembre, procuré dii trairait à 240 feminès. Certes le chiffre est beau; si l'on songe & là difficulté de la tâché et à l'insuffisance des moyens; mais cette œuire de patronage, qui est en quelque sorte le côrollaire de notre entreprise, prendrait un bien autre développement si vous vouliez, Messieurs, vous y intéréssei, et ài ceux d'entré vous qui seraient disposés à employer quelques-unes de ces fèmnies, soit dans les industries qu'il dirigent, soit à leur s'ervice personnel; voulaient bien 'noùs'en donner avis Tout en dégageant noire responsabilité dès renseignernênti nécessairement très-sommaires, que'noiis pourrions leur donner et en les engageant à les vérifier, nous pouvons leur dire k l'avance que parmi ces fermes il y en & plus qu'on ne croirait qui sont actives, courageuses, méritantés, et que nous n'avons recueilli généralement que de bons témoignages sur celles que nous avons placées.Votre concours dans cette œuvre de placement, ne nous dispensera malheu reusement pas encore de bien des rigueurs dont l'accomplissement nous fait mesurer mieuxqu'à personne combien sont grandes encore les lacunes de la charité publique. Que faire en effet, lorsque les hospices pour la vieilles ge regorgent de monde, dune femme âgée de près de soixantedix ans qui a toujours travaillé courageusement comme femme de journée, et qui vous dit en pleurant « On me renvoie de partout, parce qu'on dit que je suis trop vieille et que je ne suis plùs borine à rien. Que faire, lorsquei l'hospice des Incurables est comble, d'une femme atteinte d'une maladie des yeux sans espoir de guérison, et qui ballottée depuis quatre ans d'hôpitaux en hôpitaux, se voit successivement renvoyerlde chacun, comme incurable? 11

33

SOCIÉTÉ PHILANTHROPIQUE

y a en effet dans l'organisation de, l'Assistance publique des insuffisances dont nous n'accusons personne, mais qu'il faut toujours saisir l'occasion de faire connaître, dans l'espérance de stimuler les dons généreux et de mettre un frein aux dépenses inutiles. Parmi ces expulsions nécessaires il en est qui nous seinblaient particulièrement douloureuses. Au nombre des pensionnaires momentanées de l'Asile do nuit se trouvent fréquemment des femmes, qui ayant été faire leurs couches à l'hôpital cii sortent au bout des neuf jours réglementaires, mais faibles encore, chancelantes et portant dans leurs bras un enfant déjà malingre. Ayant perdu la place qu'elles occupaient, elles viennent nous demandei' l'hospitalité pend aut . le . temps qui leur était nécessaire pour placer leur enfant en nourrice et pour trouver une condition nouvelle. Mais ces quelques jours d'hospitalité que nous leur accordions ne leur suffisaient pas pour réparer leurs forces, et ce n'était pas une soupe le matin, une soupe le soir qui pouvaient refaire et fortifier leur tempérament appauvri. Aussi les voyionsnous avec anxiété s'éloigner en emportant avec elles un petit être fatalement destiné à gitssir sur lés statistiques le chiffre effrayant de la mortalité des nouveau-nés. Heureusement pour elles et pour nous, cette situation est nue à la connaissance d'une femme dont nous ne pouvons prononcer- aujourd'hui le nom sans une émotion que vous comprendrez tout à l'heure, de Mme la baronne ilottinguer. M fh dlabaronne Rot Lui gueravait toujours porté à notre Société un intérèt qui était pour elle une double tradition de famille, car elle, portait le nom du premier trésorier de notre Société, M. Delessert, et d'un autre côté le nom de 'la famille ilottinguer figure sur les registres de souscription de notre Société depuis le commencement 'du siècle. Elle avait visité,

ANNUAIRE 1880

il n'y a pas longtemps, l'Asile de nuit, avec notre vice-président, M. Nast. Elle avait été frappée de-ce-qu'offrait de particulièrement douloureux la situation des femmes dont je viens de vous parler,, et, elle avit proposé de subvenir, en commun avec deux personnes, de sa famille, frais de la transformation de, deux pièces de la maison en un dortoir de six lits avec berceaux pour les, femmes sortant des, hôpitaux t1a.suie de couches. En même temps, elle s'engageait à verser tous les ans à notre Société la somme nécessaire, non-seulement pour que ces femmes pussent y être conservées pendant neuf. jours, mais pour qu'une nourriture plus substantielle que celle de notre fourneau, du bouillon, de la viande et du vin, pussent leijr être servis. Les formalités étaient accomplies et la donation réalisée depuis quelques jours, .lorsqu'un dimanche, en revenant du temple protestant, M" la baronne llotingier,,. chez laquelle rien ne faisait, présager une fin: aussi prochaine, tombait inanimée dans son salon. Ainsi, une des dernières pensées de cette belle âme, avant qu'elle ne prit. son vol vers Dieu, s'était tournée vers les malheureux, et sou dernier acte avait été un bienfait. Le généreux concours d'un grand nombre de nos souscripteurs et de quelques donateurs étrangers à notre Société n'a point fait, défaut à l'OEuvre, de l'hospitalité de nuit. Les dons et souscriptions recueillis pour l'hospitalité 1e nuit se sont élevés à 77,170 fr. 73e. Une portion des sommes versées a été employée en achats de rentes pour subvenir, sui-. vant l'intention des souscripteurs, à l'entretien perpétuel d'un lit. La dépense de l'Asile s'est élevée à 23,514 fr. 57 c., Le jour où les fondations de lit suffiraient à couvrir la majeure partie des frais de l'entretien annuel de l'Asile, peut-être pourrions-nous alors réaliser, ce qui est le voeu

40 sociÉrÉ

P}JILANTIIROPIQIJE

secret de quelques-uns d'entre nous, l'ouverture d'un autre Asile, situé, non pas comme -celui de la rue Saint-Jacques dans un- quartier éloigné de la rive gauche, mais sur la rive droite, dans un faubourg populeux et non loin des:gares de chemins de fer, par lesquelles arrivent-à Paris tant de voyageuses indigentes qui trouvent d'ans des garnis de bas étage une hospitalité pleine de périls. Mais, en attendant Faccomplisseent de ce beau rêve, nous envoyons un témoignage de reconnaissance à tous ceux - qui, pendant le cours de -l'exercice écoulé, sont venus à notre aide, soit, comme l'ont fait le Petit Journal, le Figaro, le Petit Moniteur et un grand nombre de journaux, par la publicité- donnée à notre oeuvre, soit par le versement d'une somme -d'argent ou d'un don en nature. Nous permettiez-vous cependant de vous dire que notre, reconnaissance n'est pas toujours en proportion de la somme et du don. Parfois, pendant ce terrible mois de décembre qui a été si dur aux malheureux,nous voyions arriver à l'Asile une 'femihe, qu'à la simplicité, presque k la pauvreté de sa mise on aurait pu prendre pour une de celles 'qui viennent demander l'hospitalité. Avec un peu d'embarras, elle tirait d'un -porte-monnaie peu garni une pièce de 5 fr., de 2 ou même de 1fr, et disait c Voulez-vous recevoir cela? Je ne suis pas heureuse et je ub peux pas faire davantage. Une autre nous a apporté silencieusement unpaquet de vêtements d'enfant, et son émotion laissait deviner que ces pauvres hardes dont elle faisait la sacrifice étaient pour elle des reliques qui lui rappelaient le souvenir de quelque cher petit être disparu. N'es-ge pas là, Messieurs, la 'forrhe la plus sublime de la charité, l'aumône du pauvre et le denier de la veuve? -

- ANNUAIRE 1880

41

En résumé, Messieurs, notre situation financière pour l'année 1870 s'établit ainsi. Nos recettes se sont élevées à la somme de 228,-233 fr.:55 cent., ainsi décomposée:, Dons et al1ocatioiis.'....................... Soùscriptions. ......................... Fondations, dons et , souscriptions à lHospi talité dé nuit ........................ Vente de bon's d'aliments à 10-centimes.. Vente de pdrtions à5 centimes:'....... Reûts:................................. Reùtes affectées à des -fondations spéciales.. Legs.; .............................. Intérêts de fonds placés .................... Recet'te extraordinaiies ................... Tota................. 6.360 70 27.375 77.170 70 80.00335 22.752:10 0:356 4;719 45
t. » »

20050 296 05

228.233 55

Nos dépenses se sont élevées à la somme de 223,094 fi. 40 cent: ainsi réparties
-F

116.344 Servie des ' fiirneaùx .................... des dispensaires .................. 27.357 50 6740t 22 Hospitalité de nuit ........................ _ . 4300 » Distribution de primes d'encouragement. o 52075 Capitalisation du don de M. F. Nast....... 7.164 30 Dépenèes générales. .. ; . .. ... ............. Total ................ 223.094 40

L'excédant des recettes sur les dépenses est donc de 5,139 fr. 15. Mais comme l'exercice précédent se soldait par

C29

-

SOGIÉT] PJIILANTHRONQTJB

un déficit de 1,219 fi'. 18, il reste en caisse au. ! janvier la somme de 3,919 fr. 97. . Si on la compare à celle de ces dernières ., années, cette situation est certainement satisfaisante. Il nous est impossible cependant de ne pas tourner un regard en arrière vers le temps où la Société Philanthropique réalisait ces belles recettes dont nous avons parlé et de nous demander pourquoi nous n'y parviendrions pas encore. Les efforts que nous ferons cette année à l'occasion du centenaire de notre Société pour donner une publicité plus grande encore. à son nom et à ses oeuvres diverses, nous y aideront certainement, mais nous comptons, Messieurs et chers souscripteurs, moins sur nos efforts que sur les vôtres. Nul ne peut pour nous plus que vous-mêmesï Si chacun de voûs se proposait dans le cours de cette année de nous procuSr parmi ses amis, ses parents, ses relations un seul souscripteur, ce résultat si modeste, si facile à obtenir pour chacun de vous, doublerait les recettes de notre Société et par là nos moyens d'action. Permettez nous d'espérer que le pressant appel que nous- vous adressons sera entendu par vous, et que l'année où nous entrerons dans le second siècle de notre existence marquera pour nous le point de départ d'une nouvelle ère 4e prospérité, c'est-à-dire de bienfaisance. Nous avons d'autant jilus besoin d'être secondés par vous que chaque année la mort fait dans nos rangs des ravages dont nous sentons vivement le vide. Nous avons perdu dans le cours de l'année qui vient de s'écouler M. BERTHLER, avoué honoraire. Madame BIDÔIRE.

M. DÉCHET.

ANNUAIRE 1880

43

M. BREBI0N, membre du Comité, qui se consacrait avec dévouement à la surveillance du jer dispensaire. Madame PAnTois. Madame DAMBRIcOIJRT. M. .DHIÀRSAT, Madame la baronne HOTTINGUER, dont les circonstances que je vous ai rappelées tout à l'heure nous ont fait sentir doublement la perte. Madame HEL,LOT. M. FitiNcas LE'Envu, ancien régent de la Banque de France. M. GABRIEL LENOIR. M. LEvILLAIN. M. l'abbé LOCATELLI, curé de Passy. Madame la baronne MALLET, qui se montrait fidèle aux traditions d'un nom populaire dans les annales de la charité - protestante. Madame veuve MÉNiER. M. le duc tin PÉRIGORD, qui a terminé àJ'âge de quatrevingt-douze ans une vie pleine d'honneur et de bienfaits. M. le duc DE LA ROCUEFOUGAULD, dont le père avait été si longtemps notre -président et dont Je nom est en quelque sorte inséparable de l'histoire de la Société Philanthropique. M. CHARLES TAvERIÇTER. Et enfin M. CUARn0N-LAGAcHE. Bien que M. Chardon-Lagache soit mort au mois -de- juillet de l'année dernière, c'est par son nom que nous avons voulu terminer cette triste nomenclature, afin de pouvoir nous arrêter un instant à la vie de cet homme de bien. Alfred Chardon; avait eu dans la vie les débuts les plus

w

44

SOCIÉTÉ PHILANTHROPIQUE

sévères. Il avait fait son apprentissage de commerçant dans la boutique d'un petit mercier, où chacun des commis devait à son tour remplir le rôle de garçon de peine et laver la boutique. A vingt-trois ansi! avait épousé.unejeunefille qui en avait àpeine seize,et avec le mince capita1qnilsposs6daieia tous les deui ils avaient acheté un petit fonds de magasin de nouveautés et ouvert la maison des Montagnes-Russes don le nom est devenu si célèbre. Ce qu'a été saarrière commerciale, nous n'avons point à le rappeler ici, sinon pour montrer aux jeunes lauréats qui nous entendent que-.,dans notre société moderne, avec l'intelligence, le travail et la probité, on peut 'arriver à tout. Mais il nous appartient de parler de sa carrière charitable. Après avoir, au bout de quinze années de travail, amassé une fortune déjà considérable qui lui aurait permis de se retirer avec honneur, il résolut de travailler quinze années encore, aria de pouvoir consacrer aux pauvres une partie de ses nouveaux bénéfices. A ces quinze années les pauvres ont gagné deux millions. Vous connaissez tous cette fondation superbe qui porte le nom de Maison Chardon-Lagache et qui- offre la perspective d'une retraite heureuse et confortable aux ouvriers économes et prévoyants. Les oeuvres, si nombreuses, dont il a fait partie diront chacune le bien qu'il a fait par leur entremise; pour nous, il ne nous appartient que de payer la dette de reconnaissance de la Société Philanthropique. M. Chardon-Lagache apportait dans notre Comité avec l'ardeur de sa charité, les conseils de son expérience pratique. Il avait pris un vif intérôt à la fondation de notre Asile de nuit, et il était entré avec ardeur dans les moindres détails de son organisation.-Dans le courant du mois de juin, qui fut le premier mois de l'ouverture de notre Asile, il avait fait à l'établissement de la nie SaintJadques de

ANNUAIRE 1880

45

fréquentes visites, lorsqu'il fut saisi inopinément par la maladie, et.Ie 12 juillet 1879, cet homme de Lieu, ce chrétien, ce catholique fervent, rendait à Dieu sa belle âme. Ces pertes, Messieurs, si vivement senties qu'elles soient par nous, ne nous découragent cependant pas, parce que nous avons la conviction pie chaque année apportera àla Société le concours de nouveaux dévouements. Nous avons foi dans la Providencç, foi dans l'avenir, et nous comptons sur votre assistance pour développer encore les moyens d'action de notre Société dont on pourrait définir ainsi le noble but le bien fait à tous et par tous.

Paris. - imprimerie A. 1V1TTEISHEIM et C', 31, quai Voltaire.

Sign up to vote on this title
UsefulNot useful