HUSSERL ET LE SENS DE L'HISTOIRE Author(s): Paul Ricoeur Reviewed work(s): Source: Revue de Métaphysique et de Morale, 54e Année, No.

3/4, LES PROBLÈMES DE L'HISTOIRE (Juillet-Octobre 1949), pp. 280-316 Published by: Presses Universitaires de France Stable URL: http://www.jstor.org/stable/40899442 . Accessed: 23/06/2012 18:28
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HUSSERL LE SENS L'HISTOIRE ET DE
du dans la dernière L'apparition soucide l'histoire phasede la nombre questions de dontles penséehusserlienne un certain pose le cas de Husserl concernent possiet la importantes plus dépassent bilité d'unephilosophie l'histoire général. de en La première la questionengage seulement compréhension de ont à psychologique l'auteur: quelsmotifs présidé cettetransformation la problématique de ? husserlienne Voici ce penseur, naturellement aux étranger préoccupations politiques, apolitique,dirait-on, formation, goût, profession, souci par par par par de rigueur d'une scientifique, le voiciqui accèdeà la conscience crise collective l'humanité, ne parleplusseulement l'Ego de de qui mais de de transcendantal, de l'homme européen, son destin, sa décadencepossible,de sa renaissance nécessaire, qui situe sa dans l'histoire, avec la conviction propre philosophie qu'elle est de et qu'elleseulepeutlui monresponsable cet homme européen trer voiedu renouveau. la Noncontent penser de de l'histoire, se dans l'histoire, phénoménologue découvre tâche le se la penser de un surprenante fonder nouvelâge, commeSocrateet Descartes. Les œuvres, grandepartieinédites, en que nous évoquerons datentde 1935-1939. peut penserque, dès 1930, Husserl On a commencé rattacher compréhension sa propre à la de philosophie à cellede l'histoire, précisément l'histoire l'esprit de de europlus fait de une péen.Le 7 mai 1935,Husserl au Kulturbund Vienne conférence le titre La philosophie la crisede Vhumanité sous « dans est 1935 d'un européenne» ; cetteconférence suivieen novembre de conférences « Cerclephilosophique Prague pour au de cycle les recherches l'entendement sur » humain ; l'ensemble écrits des encorerefusés public qui aboutit au grandtexte intitulé au

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ont été publiées 1936 en dantale (dontles deux premières parties le dit de *) par la RevuePhilosophia Belgrade compose groupe de la Krisis : il comprend première la de esquissede la conférence le texteprésumé la conférence, formulation une de remaVienne, niée dontnous publions mêmela traduction, autreforici une mulation le de de plus complète ce mêmetravail, texteintégral la Krisis, diverstextesnondestinés la publication conet à qui tiennent méditations sur les suivies Husserl les mêmes de thèmes. La situation de l'Allemagne cetteépoqueest visià politique blement l'arrière-plan toutce coursde pensée: en ce senson à de même l'histoire a incliné de peutbiendireque c'estle tragique qui Husserl penser à aux nazis comme nonhistoriquement. Suspect comme comme fondamentalement aryen, penseur plus scientifique, et mis et géniesocratique questionneur, à la retraite condamné au silence, vieux Husserlne pouvaitmanquerde découvrir le a à que l'esprit une histoire importe toutel'histoire, l'esque qui même lieu le êtremalade,que l'histoire pourl'esprit est prit peut du danger, la pertepossible.Découverte de d'autantplus inévi- les nazis- qui dénontableque c'étaitles malades eux-mêmes commepenséedécadenteet impoçaienttout le rationalisme saientde nouveaux et de critères biologiques santépolitique spirituelle. toutemanière de De c'étaitpar la conscience crisequ'à : en on l'époquedu national-socialisme entrait faitdansl'histoire du il pour l'honneur rationalisme s'agissaitde dire qui était doncoù étaitle sensde l'homme où le non-sens. et malade, Faut-ilajouterque, toutprèsde lui, son anciencollaborateur, MartinHeidegger, développaitune œuvre qui, par un autre clasde elle côté,signifiait aussi la condamnation la philosophie de au moins uneautrelecture l'hissique,appelait, implicitement, une une du toire, autreinterprétation drame contemporain, autre des responsabilités. le plusanhistorique prodes Ainsi répartition fesseurs sommé l'histoire s'interpréter était de historiquement. par Mais il resteà comprendre la comment phénoménologie pouvaits'incorporer vueshistoriques. la transformation d'une Ici des excède toute exégèse d'une motiproblématique philosophique vation : de psychologique c'est la cohérence la phénoménologie
1. La troisième partieinéditeest, à elle seule,deux fois plus longueque Krisis,I et II.

la Crise des Sciences européennes la phénoménologie et transcen-

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une philosophie transcendantale est en question. Comment qui devientde du radical VEgofondateur toutêtre, à du Cogito, retour ? de ellecapabled'unephilosophie l'histoire Il est possible répondre de à par partiellementcettequestion des L'unitéde la penséehusserlienno l'examen texteshusserliens. assez fortesi se découvre jusqu'à un certain point, Tonsouligne et le entre conscience l'histoire estassila ment rôlemédiateur qui comme gné à des Idées, des Idées au sens kantien, comprises sans un progrès des tâGhes infinies, précisément impliquent qui finet donc une histoire. Mais si le tempsdes hommes le développement est exigé par on uneidéeinfinie, comme le voitdéjà chez Kant(par exemple, au dans Vidée d'une histoire universelle pointde vue cosmopolide de et dans les autresopuscules philosophie l'histoire) tique YEgo en une philosophie de ce dépassement d'une philosophie de de l'humanité historique pose un certainnombre questions toutes les philosophies radicales qui concernent socratiques, du toutes les philosophies Cogitoau cartésiennes, kantiennes, venu. le senslarge.Nousposerons questions moment ces I Répugnance de la phénoménologietranscendantale pour les considérations historiques. une ne Riendansl'œuvre de antérieure Husserl paraîtpréparer de inflexion la phénoménologie le sensd'une philosophie de dans la l'histoire. y voitplutôt raisons ne jamaisrencontrer On de des de philosophie l'histoire. dans les 1. La phénoménologie transcendantale s'exprime qui Ideen,dans Formaleund transzendentale Logik,dans les Médimais intègred'une tationscartésiennes, n'annule aucunement, l le souci logiquequi commandait Logische les manière spéciale Or Untersuchungen. ce souci logiqueexclutun certainsens de est l'histoire. leçondes Etudeslogiques, effet, que le sens La en - au sens étroit la logiqueformelle, d'une structure de logique mômeélargien une mathesis universalis ou au sens largedes 2,
cf." notre Introduction la traduction des Ideen I (à paraître prochainement). à 2. Cf. Ideen I, § 8 et 10.

» 1. Sur ce rapport « logicisme et de la phénoménologie du transcendantale,

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matérielles ontologies qui procèdentà l'analyse des genre» » » la la « région nature, « région conscience, suprêmes régissent qui - ce sensestindépendant l'histoire la conscience indide de etc., ou viduelle de l'histoire l'humanité jalonnela découverte de qui sensà l'inou l'élaboration ce sens.Le sensse révèlecomme de en tuition en voitles articulations. L'histoire concept, tant du qui du du sens,n'importe à la vérité sens; la vérité qu'expression pas chez n'estpas acquiseà la manière fonctionnelle d'une aptitude entre une lesespèces : vivantes ellereste relation une anhistorique visée« en creux « à vide», etune présence intuitive », (perception « sensible, d'autrui,perception categointrospection, perception riale» ', etc.,ou leurmodification ou mémorielle) imaginative qui « remplit cettevisée. » La penséehusserlienne d'abord conquisesur le psychos'est de cetteconquête restela présupposition toutela phi; logisme transcendantale Ainsiest récuséeau départ ultérieure. losophie une unephilosophie l'histoire, l'histoire comprise comme de où est du comme une genèse faitdériver plusrationnel le évolution, qui moins A rationnel en général, plusdu moins. cet égardl'inle et, du est à empirista temporalité sensobjectif inaccessible la genèse desapproximations de subjectives ce sens. le La philosophie Yessence au niveaudes Ideen, de prolonge qui, a logicismodes Logische » cette confirme méfiance Untersuchungen : éid génétistesla «réduction étique»qui met pourles explications entre le et parenthèse cas individuel ne retient le sens (et la que une est signification qui conceptuelle l'exprime) par elle-même réduction l'histoire. réel-mondain par rapport l'essence de Le est à « comme contingent rapport nécessairetouteessence a » le au : par ou un champ ou là, maintenant en être d'individus peuvent ici qui 2. unautretemps Il fautvoiravec quelleprécaution Husserl garde le mot Ursprungdès les premières : pagesde IdeenI il a soinde noter: « Nous ne parlonspas ici en termes Ce d'histoire. mot ni à ne nouscontraint ne nousautorise penser quelque à d'origine ou entendue sensde la causalitépsychologique au sens au genèse » d'un développement historique...3. La notion Ursprung peutréapparaître un autrestade d' ne qu'à
1. Cf. Log. Unters.VI (2* partie).

z. laeen i, p. 0. 3. ideenI, p. 7, n. 1

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où de la pensée, unstadeproprement à transcendantal, ellesignifie '. nonplusgenèse mais historico-causale, fondement » et la Le « logicisme des Logische Untersuchungen « réduction » des Ideenmarquent victoire sur éid définitive une cerla étique Nous pouvons taineintrusion l'histoire de dans la philosophie. êtreassuréque l'histoire l'esprit dont il sera questionplus de tardne sera jamaisune genèse sens à partir l'insignifiant, du de uneévolution style de del'idée, Le développement qu'imspencérien. du seratoutautre chosequela genèse concept. pliqueral'histoire, 2. La problématique de transcendantale la phénoproprement ne manifeste bien ménologie comporte de souci historique ; pas ellesembleéliminer soucipar l'opération ce de plus, préalable la « réduction ». transcendantale Deux mots pour situerla réduction transcendantale dans la d'ensemble la phénoménologiepar elle la de : problématique conscience déprend se d'unenaïveté que Husserl préalable appelle l'attitude naturelle qui consiste croire et à spontanément le que monde estlà estsimplement donné en se reprenant cette sur ; qui la découvre donnante de naïveté, conscience qu'elleest donnante, 2. sens (Sinngebende) La réduction n'exclutpas la présence du monde; elle ne retranche ; elle ne suspend mômepas le pririçn matde l'intuition toute dans connaissanceaprèsellela conscience ; continue voir, de maissans êtrelivrée ce voir, à sans s'y perdre ; maisle voirmôme découvert est comme comme œuvre opération, dit création une comme ' (Vollzug, 3, Leistung) Busserl même fois On comprendrait on serait phénoménologue sens au Husserl, si en transcendantal, l'on réalisait soi-même l'intentionalité que dansle voirestprécisément vision 6. une créatrice qui culmine Nousne pouvons insister les difficultés ici sur d'interprétation de ce thème central la phénoménologie de ; disonsseulement que l'attitude naturelle n'est comprise quandelle est réduite, et que de qu'ellen'estréduite quand la constitutiontout sens et de que toutêtreest positivement amorcée.On ne peut donc pas dire à*abordce qu'estl'attitude naturelle, ce qu'est sa réduction, puis
1. Cf.deuxemplois Ursprung les Ideen,§ 56, p. 108et § 122,p. 253. de dans 2. IdeenI, § 55. 3. Sur Vollzug, IdeenI, § 122 ; surLeistung, plusloin. cf. cf. 4. t La spontanéité ce qu'on pourrait de créaappelerle commencement

teur... » Ideen, § 122. 5. t Sur l'intuition donatrice originaire.» Ideen I, p. 36, p. 242.

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: en ce enfin qu'est la constitutionil faudrait comprendre bloc de ces troispoints la problématique phénoménologique. ici, Or,ce qui nousintéresse c'est qu'à l'époquedes Ideen,Husnon naturelle seude les serlcompte parmi disciplines l'attitude de maisaussiles sciences l'esprit les de lement sciences la nature, dis: histoire, de sciences la civilisation, (Geisteswissenschaften) » sont« mondaines * ; dans le de toutgenre sociologiques ciplines réalitésocialeest une « transcomme langagehusserlien, l'esprit dans lequel la un cendance c'est-à-dire vis-à-vis », (Gegenstand) la est conscience se dépasse; l'esprit « dehors comme nature », pure commele corpsoù la conscience en est la première assise, qui indiréalité comme comme l'âmeentendue psychique s'objective, de La viduelle. mondanité l'esprit signifie estrencontré parmi qu'il en et qu'ildoitêtreconstitué face Us objetsd'uneconscience sujet de « le comme corrélat cerde la conscience,dans» la conscience, dans dansle monde, tains actesfondamentaux posent l'esprit qui de l'histoire dansles sociétés. et C'esten ce sensque les « sciences 2 dans »doivent réduites: au lieude nousperdre d'abord être l'esprit dans un absolu,noussuspenet l'historique dansle socialcomme comme celuides à donsla croyance l'etre-là à (Dasein) de l'esprit nous savons que l'espritdes sociétéshistochoses; désormais absoluequi le riquesn'estque pouret mômepar une conscience 3. constitue C'estlà, selonnous,la sourcede touteslesdifficultés his: ultérieurescomment que comprendre d'une partl'homme absolueet que,d'autre dans une conscience soit torique constitué le sens que développel'histoire englobel'hommephénopart, ? cetteconscience Il sembleque s'annonce ménologue opère qui entre YEgo une difficile dialectique de l'englobant-englobé, l'histoire. et transcendantalle sensqui unifie disonsque l'entreencoresur cettedifficulté, Sans anticiper l'âme psycho-physiodo constituer l'homme,(c'est-à-dire prise réalitéhiscomme et la psycho-sociale l'esprit logique, personne dansIdeenII, encore a tentée torique) étéeffectivement parHusserl Husserl inédit. grand Ce texte, nousavonspu lireaux Archives que dans sa secondepartieune longueanalyse de Louvain, contient comme le de s'élabore corps desopérations conscience lesquelles par
1. Ideen I, p. 8. 2. Ibid., p. 108. 3. Ideen I, p. 142.

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et vivant, organisme expression moded'actiond'aupuiscomme des se enfin lesquelles constituent liensde sociétéentre trui, par des personnes. Il n'y a donc,au niveaude Ideen I et II, aucun privilège de est Au l'hommehistorique un moment, un l'histoire. contraire, constitué en ce : de une degré la mondanité, « couche» du monde » « transcendancedans la conil est « inclus» comme seas toute science absolue. commegenèse 3. Il est vrai que l'histoire, excluedoublement et réalitérelevant l'historien du sociode et comme explicative au subtile cœurmême d'unefaçon de logue, ressurgir pourrait plus « la conscience la transcendantaledans » laquellese constituent natureet l'histoire. est Cetteconscience encoretemporelle. Elle » est une vie qui dure.C'est dans une « multiplicité(Mannigfaltout sens comme se constitue successives tigkeit) d'esquisses que converunitéliantcettesuccession. C'est peu à peu,par touches dans un temps, s'élaborent bleude la mer, le gentes, que l'expressiond'un visage, senstechnique l'outil, sensesthétique le de le de le sensjuridique l'institution, Parex.,le temps de etc. l'œuvre d'art, manifeste lu plusprimitive toutesles conde de estla dimension la de sciences, conscience chose,celle qui « donne» la touteprecouche l'existence Li mière de mondaine. perceptibilité choses des c'est inconnues la possibilité dansuntemps encore qu'apparaissent ou de le infini nouveauxaspects qui confirmeront infirmeront sensnaissant, un absomotiveront nouveausens'. La conscience lue est donc temporelle, selon un triplehorizonde mémoire, et de co-présence instantanée. d'expectation Réduit tempscosmique, révèle doncle tempsphénoménole se de unitive tousles vécus.Il est vraique ce qui logique, estla forme » està sontourune« énigme dansla mesure môme l'aboù temps n'est soludu moitranscendantal encore absoluà un certain qu'un aux transcendances) appelle une et pointde vue, (par rapport 2. de difficultésInutile nousengager de pleine proto-constitution radicales suscite constitution la icidans les difficultés que primorélaboration 1905dans Zeitbewussldès avait donnéune première nous de .sein; ces difficultés éloigneraient : plutôt notre problème
1. Sur tout ceci, cf. Ideen I, p. 74 sq., 202 sq. et //«Médit. Cartésienne. 2. Ideen I, p. 163 et surtout 1 Ve Médit, cartésienne.

du diale de la consciencephénoménologique tempsdont Husserl

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de à ce en effet, modeprimitif liaisond'un vécude conscience un mais non encore est autrevécu,cetteproto-synthèse un temps, le est est même; unehistoire ; l'histoire dehors, temps la conscience est ce si l'on ditquele temps constitué, n'estplusau sensoù ce qui en est estdehors constituéil est proto-constituéce sensque tout ; dans un objet transcendant d'une conscience qui dépassement des des unifie esquisses, aspectsde la chosetranscendantale, prése présente dépassede manière supposeque chaque conscience dans se dépassetemporellement une autreconscience ; immanente, d'un nouveauprésent le elle devient passé immédiat ainsi, pour imminent. tempstranscendantal un Le lequelil y a encore futur n'est et, proto-constitué, pas l'hisqui est constituant en outre, d'uneconscience n'estque le corrélat : celle-ci toiretranscendante de par par qui l'élabore la perception traceset de documents, la du dans ces documents, l'élaboration d'autrui par compréhension sensd'unecommunauté se développedans le temps cosmique qui et Le astres,des horloges des calendriers). tempsphéno(des est ménologique à cet égardl'absolu dans lequel se constituent des une des unenature, hommes, cultures, histoire. comme objets conscience Il n'esttoutde mômepas sans intérêt l'ultime que est des soità son tourtemporellesi l'histoire historiens réduite ; donune et constituée, autrehistoire, prèsde la conscience plus la : s'élaborer en ce sens, phénanteet opérante, peut-être pourra du transcendantale noménologie pose,avec le thème tempsphéun de noménologique, jalon en directiond'une philosophie l'histoire. un encore problème se montre l'hiatus où 4. Il nousfautnoter et entrela problématique phénoménologique celle d'une philoAvec le tempsphénoménologique possiblede l'histoire. sophie : le aussiun Ego transcendantal moin'estpas seulement apparaît donnécommeobjet psychologique, et donc à réduire mondain, consticonstitueril y a un moi qui vit en touteconscience à ; » tuante:on n'en peutriendire,sinonqu' « à travers tellevisée œuvre il vitun monde(chose, homme, d'art,etc.) *. C'estlui qui ne sent,veut,etc. Le Jedu Cogito peutdevenir imagine, perçoit, » être« thématisé ; on ne peutsurprendre ses objetd'enquête, que « manières se rapporter ... »2 ; par exemple comment fait de à il :
1. IdeenI, p. 109. 7. IdeenI, p. 160.

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attention suspendou pose,maintient une à..., passivement peren un avanceactivement adjoignant acte à un autre.Il y ception, du de a doncau plusunephénoménologie Comment l'Ego à défaut « tournée du Quidde l'Ego. C'està cettephénoménologie versla l'affirmation l'Ego diffacesujet » du Cogitoque ressortit que Il de avec fère numériquement chaqueflux conscience. y a donc institue pluralité une un axiomedes indiscernables d'Ego qui qui des n'est pas la pluralité mondaine, constituée, consciences psy». chologiques la d'unehistoire ? est-elle chance des Cette pluralité consciences d'une histoire le sensunificateur ressort, Oui,en dernier puisque la des aura pourchampde développement pluralité conhumaine la transMaisil fautbienvoircombien phénoménologie sciences. aux d'abordd'obstacles abordsde la notion accumule cendantale : d'histoire de mêmeque le tempsde l'Ego n'est pas l'unique des de maisle temps chaque des histoire hommes, Ego,la pluralité subsistent : Deux difficultés n'estpas nonplusl'histoire. Ego : faire des la D'abord, pluralité Ego paraîtbienabsolue comment ? desconsciences On verra c'està cettediffiunehistoire avec que de de la cultéque répond philosophie YIdéeà la période la Krisis. des Mais,si l'on peut à la rigueur que comprendre le pluriel . corrélatifs devenir de et consciences le singulier l'histoire puissent la tâchecommune, seconde difficulté d'une par le truchement est : à sembleplusdifficile surmonter« dans » quelleconscience ? des consciences La pluralitéque traverso la pluralité posée ne une un éventuellement sensunificateur, tâchehistorique, peut les de de survolée haut, tellemanière moi, nous, autres, être toi, que dans une totalité ce seraitfairede ; permutables apparaissent à un cettetotalité absoluqui détrônerait l'Ego. Cet obstacle une saisissant la lecà dans un relief de l'histoire surgit philosophie Nous à cartésienne. y reviendronsla fin turede la Ve Méditation la nous auronsmieuxcompris naturede de cetteétude, quand l'histoire. II Vues sur la teleologie de l'histoire et la raison. du dans les préoccupations phirentre disions-nous, L'histoire, le et par losophe plusanhistorique le plusapolitique la conscience
1. Ideen I, p. 165 et 167.

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douteà l'échelle de crise. un Unecrise culture comme grand de est du de l'histoire. la elle n'exerce fonction doute méthoCertes, de d'interrogadique que reprise la conscience chacunà titre par en tion philosophique. Mais, ainsi transformée questionque je de la reste Yintérieur l'histoirec'est à mepose, conscience crise de ; : sur une question l'histoire dans l'histoire où va l'homme? et : c'est-à-direquel est notre senset notre but,à nousqui sommes ? l'humanité va de de ¿L'interrogation première la philosophie l'histoire donc de de la criseà l'idée,du douteau sens. La conscience la crise inviteà la réaffirmation tâche,maisd'unetâchequi, par d'une une est une tâchepourtous,une tâchequi développe structure, histoire. En retour, l'histoire se prêteà une réflexion ne philosophique : l'intermédiaire sa teleologieelle apparaîtimpliquée de que par rationnelle de qui, précisément, par un type original structure sur directe l'histoire Il exigeune histoire. n'y a pas de réflexion d'un commeavènement mais commefluxd'événements, indirecte de son sens.Par là elleestune fonction la raison, modepropre de réalisation. la de Dès les premières de lignes sa conférence Vienne, perspecsontsynoet tive est fixée: philosophie l'histoire teleologie de à : « je veuxtenter... donner] toutesonampleur l'idée nymes [de de d'humanité du considérée point vue de la philosoeuropéenne, En à au ou phiede l'histoire encore senstéléologique. exposant cetteoccasion fonction la essentielle peutêtreassumée la par qui et par nos sciences en sontles ramifications, je qui philosophie eluà tenteaussi de soumettre criseeuropéenne une nouvelle la ». cidation (Nousreviendrons loinaux deux convictions qui plus sont toutde suite : que sous-entendues c'esten Europe l'homme que a un « senstéléologique une« idée»,et que cette« idée» c'estla », et de totalité compréhensioncomme elle-même comme philosophie des infinie sciences.) perspective l'histoire la à encore Le débutde KrisisI lie plus nettement » : « Cet du philosophie l'intermédiaire « sens téléologique par d'une conversion inéluctable la écrit... tentede fonder nécessité sur transcendantale le de la philosophie à^la phénoménologie chemin d'une prisede conscience téléologico-histo(Besinnung) de xique appliquéeaux origines (Ursprünge) la situationcriRbv. deMêta. - T. LVIII (no« et 4, 1949). 3 19

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tique où nous sommessurle plan des scienceset de la philosophie^ Cet écrit constitue,dès lors, une introduction indépendanteà la ». transcendantale phénoménologie Ainsi l'histoireest si peu une adjonction secondaireà la philosophie qu'elle devient une voie privilégiéed'accès à sa problématique. Si l'histoiren'est compriseque par l'idée qui s'y réalise, en retourle mouvementde l'histoirepeut devenirpour le philos'il sophe le révélateuroriginaldes thèmes transcendantaux, est vrai que ces thèmessont ceux qui donnentà l'histoiresa qualité humaine. proprement Mais avant d'entrerplus avant dans les questions méthodologiques que soulèventla notion de teleologiehistoriqueet l'usage de cette teleologiecomme « introduction indépendanteà la phitranscendantale il n'est pas inutilede donnerune idée », losophie sommairede l'application de la méthode; à cet égard, le texte remanié de la conférence Vienne est plus éclairant que Kride sis II qui, en raisonde son caractèrefragmentaire, laisse pas ne voirles grandsraccords Krisis II est en sommeune histoire la de ; de Galilée à Kant. Les vues d'ensemble sur l'esprit philosophie, de européenet sur les rapportsde la philosophie l'histoireà la phide sontassez rares,quoique losophiereflexive styletranscendantal les d'une précision inestimable particulier §§ 6, 7 et surtout15 ; (en nous y reviendrons). Seule l'Europe a une « teleologieimmanente un « sens ». Alors », que l'Inde, la Chine ont seulementun type sociologique empi; rique, l'Europe a l'unité d'une figure spirituelle elle n'est pas un mais un lien spirituel, lieu géographique, est la visée « d'une qui vie, d'une action, d'une créationd'ordre spirituel». On voit déjà la surélévationdont bénéficiela notion d'esprit (Geist) : il n'est plus rabattu du côté de la nature,mais retenudu côté de la condans la mesuremême où le lien des hommes scienceconstituante, n'est pas un simple type sociologique, mais un « sens téléologique ». Cette affirmation que l'Europe seule a une Idée paraît moins étonnante si on la complète doublement. D'abord il faut dire qu'à absolumentparlerc'est l'humanitétout entièrequi a un sens; et du l'Europe ne s'est scindée géographiquement culturellement de l'humanité (Mensckenkeit) resta qu'en découvrant le sens de : l'homme (Menschentum) sa mise à part c'est précisémentson

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D'autrepart,la seule Idée qui soit Idée pourtous, universalité. innée» de La la philosophie. philosophie 1' « entelechie est c'est » de sa culture. voit qu'être On l'Europe,le « proto-phénomène est moinsune gloirequi particularise qu'une responouropéen : ce bienentendre terme sabilitéqui relieà tous. Encorefaut-il ellen'est sens Entendue comme de l'homme européen, philosophie. une datée,maisune Idée,au pas un système, écoleou une œuvre voilà du senskantien mot: une tâche.L'idée de la philosophie, de de la la teleologie l'histoire. C'est pourquoi philosophie l'hisindiscerde l'histoire la philosophie, c'esten dernier ressort toire, de de de nableelle-même la prise conscience la philosophie. tâche ? commeIdée, comme Mais qu'est-ce la philosophie que ? de à est sonrapport l'ensemble la civilisation Quel dès la comme idée,c'estsouligner l'abord Désigner philosophie encore un Husserl de et sesdeuxtraits totalité d'infinité. l'appelle du une visée: elleestle télosde la science toutde l'être. télos, fin de de Parce qu'elle visel'achèvement la science tout ce qui est, normative l'idée de la philosophie peut être qu'une « forme ne ». l'infini un pôle à « l'infini Chaqueréalisation histosituéeà », l'inaccessible de a idée. pourhorizon rique la philosophieencore une un C'estpar son infinité l'idée comporte histoire, proque Avantla philosophie hors la philosophie et de cès sans fin. l'homme mais a bien une historicité, il n'a encoreque des tâches finies, sanshorizon, mesurées des intérêts courte à closes, vue,réglées par « Au la tradition. viesiècleest apparuen Grèce l'homme aux par » tâches infinies ; l'idée de la philosophie été portée par a individus isolés, quelquesgroupes toutde suite, quelques par qui, la bornée « l'homme tâchesfinies de aux ». ontdéchiré tranquillité Le saut est faitdu vouloir-vivrel'étonnement, l'opinion à de à de Un la science. doutenaitau cœur la traditionla question la de ; vérité posée; l'universel exigé; une « communauté est est pure» mentintérieure s'agrègeautourde la tâche du savoir; cette au-delà d'elle-même la diffuse communauté philosophante par et et en culture l'éducation de proche proche transforme sens le de la civilisation. voitl'histoire l'Occident AinsiHusserl entraînée la foncde par tionphilosophique, réflexion entendue comme libre,universelle, tous embrassant les idéaux,théoriques prati<jues, l'idéal de et et des la totalité idéaux,bref, toutinfini toutes Aorme*. le de Elle le»

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» uniest la « fonction archontique : « Sans doutela philosophie les un verselle toutes sciences et représentent aspect particulières de : partiel la culture européenne maistoutemoninterprétation impliqueque cettepartieexercepourainsi direle rôle de cerveau ; c'est de son fonctionnement normalque dépendla vérisantéspirituelle l'Europe». table de Si telleest l'humanité européenne, signifiante l'idée de par - la crisede l'Europene peut êtrequ'unedétresse philosophie, le non méthodologique, affecte connaître, dans ses réalisations qui maisdans son intention : centrale il n'y a pas de crise partielles, de la physique, mathématiques, maisune crisedu projet des etc., » mêmede savoir,de l'idée directrice faitla « scienti ficité qui ' de la science.Cette crise,c'est Vob/ecti(Wissenschaftlichkeit) la de du visme, réduction la tâcheinfinie savoirau savoirmathéla matico-physique en a étéla réalisation plusbrillante. qui tout Nous reviendrons à l'heuresur la signification cette de crisequand nous suivrons chemin de le inverse la réflexion, le retour l'histoire la philosophie la philosophie, que la de de à et sera de commela catharsis l'homme phénoménologie envisagée malade. Noussommes maintenant état,grâceà ce sommaire l'inen de husserlienne l'histoire l'Occident, de de terprétation d'envisager les problèmes ici. qui méthodologiques sontimpliqués Les rapports la entre réflexion et philosophique l'interprétation de l'histoire constituent évidemment pointcritique comment le : cette ? Par inspection reconnaître teleologie directe de historique ? l'histoire Mais l'historien métier de de lirel'hisacceptera-t-il toiretoutentière l'Occident de comme de avçnement la philosoà de le phie ? Si c'estle philosophe souffle l'oreille l'historien qui à et mot-clef, quoi bon ce détourde l'histoire pourquoine pas la de ? prendre voiecourte la réflexion La conférence Viennene contient quelquesallusions de à que cettedifficulté, commande manifestement rythme la le de qui de de philosophie la Krisis. Par contre, quelquesparagraphes Krisisabordent directement pointcapitalde méthode ce 2. D'un côte,il estclairque c'est un pressentiment philosophique de l'histoire comme l'avènement sens, d'un qui permet comprendre
1. Krisis I, § 2, etc. 2. En partie, § 7, 9 (fin), 15 et quelques inédits zur Gesehichtsphilosophic.

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d'un pôle en comme développement un (Entwickelung) direction socialeà l'Idée de l'homme, de doncde passer la typologie éternel, - à plus forte raisond'échapper piège d'une zoologiedes au « Ce pressentiment sertde guideintentionnel nous pour peuples. de dans l'histoire l'Europe un enchaînement la de discerner le : en plushautesignification le suivant à pas, nous élevons pas Le contrôlée. pressenà la de pressentiment dignité la certitude le timent est, dans tous les ordresde découvertes, détecteur affectif». sur Plus fortement, § 15 de la Krisis,intitulé le Réflexions la : au cette méthode celle de l'histoire sens des historiens la à sur de du d'uneteleologie inséparable projet « créer est recherche de la est soi-même clarté». L'histoire un moment la compréhen: à en sionde nous-mêmes tantque nouscoopérons cettehistoire « Nous tentons dégager toutesles Yunité règneà travers de qui et la solidade buts,à travers l'opposition historiques positions constante d'unecritique rité leurstransformationsla faveur de ;à de l'histoire, d'ensemble jamaisque l'enchaînement qui ne retient finalement nous d'unepersonne, tentons telle cohérence la d'aperles la cevoir tâche historique nous sommes seulsà pouvoir que ne Le étantla nôtre comme reconnaître personnellement. regard : commesi le devenir du temporel, partpas de l'extérieur, fait n'était qu'une simple dans lequel nous devenonsnous-mêmes, causale extérieurele regardprocèdede Yintérieur. succession ; mais un n'avonspas seulement héritage Nousqui spirituel, qui ne selonl'esen êtres devenir sommes aussi,de parten part,que des à c'est geistig {historisch- Gewordene), seulement ce prithistorique » nôtre (ibid,). titreque nousavonsune tâchequi soit vraiment est le est Parceque l'histoire notre histoire, sensde l'histoire notre l'histoire laquellenousnous « Ce genre de sens: d'élucidation par la (die originelle Urstiftung) retournons interroger fondation pour elucicette à des butsqui lientla chaînedes générationsvenir..., de conscience, le n'estque l'authentique par prise dis-je, dation, de de véritable son vouloir, ce qui en lui est du philosophe, terme de tantque vouloir, ses ancêtres et issu du vouloir, en vouloir, » spirituels(ibid.). de bien ces Mais,dira-t-on, textesmontrent que l'histoire l'esde à et aucuneautonomie se rattache la compréhension pritn'a
méthode nos considérations de soulignel'oppositionde historiques,

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soi-même.Ils ne montrent de pas que la compréhension soi doive l'histoirede l'esprit. passer par C'est ici le fait nouveau dans la pensée de Husserl : les traits fondamentaux l'Idée de philosophiene se lisent que sur l'hisde toire; l'histoiren'est ni un détour fictif, un détour vain : c'est ni la raisoncommetâche infinie une parce que impliqueune histoire, réalisation progressive,qu'en retour l'histoire est le révélateur C'est en découvrant une privilégiéd'un sens supra-historique. origine (Ursprung), une proto-fondation Stiftung), (Ur qui soit aussi un projetà l'horizonde l'avenir,une fondationfinale(Endsde tiftung)) je puis savoir qui je suis. Ce caractèrehistorique la que de compréhension soi est manifeste quand on la rattacheà la lutte contre le préjugé : Descartes professaitque l'évidence est une conquête sur le préjugé ; or le préjugé a toujours une signification historique; il est ancestral avant que d'être puéril ; il est de l'ordredu a sedimentale » (Krisis II, § 15) : tout ce qui a va de soi » (Selbstverständlichkeit) « le sol (Boden) de tout travail est » et anhistorique (ibid.). En retour, ne puis me libérer d'une privé je histoire retombée, sédimentée, qu'en renouant avec le sens « enfoui» (verborgene) sous les « sédimentations en le refaisant », Ainsi c'est d'un présent,en le présentifiant (vergegenwärtigen). seul geste que j'appréhende l'unité téléologiquede l'histoireet la de Je profondeur l'intériorité. n'accède à moi qu'en comprenant à nouveau la visée de l'ancêtre et je ne puis la comprendre qu'en l'instituantcomme sens actuel de ma vie. C'est ce processusà la fois réflexifet historique que Husserl appelle Selbstbesinnung (que nous traduisonspar prisede conscienceet qu'il lui arrivede commenter : (ibid.) Rückbesinnung par les expressions historische ou historische kritische und § Rückbesinnung 7). En bref,l'histoireseule restitueà la tâche subjective de philosopher l'envergurede l'infinitéet de la totalité ; chaque philoune clefde sa phide sophe proposeune interprétation lui-même, « mais quand nous nous seronsenquis, par une recherche losophie; historique,aussi précise qu'on voudra, de ces « interprétations privées » (quand même nous l'aurons fait pour toute une série de philosophes),nous n'en serons pas plus instruitssur l'ultime viséevolontaire résidaitdans qui, au cœur de tous ces philosophes, l'unité cachée de leur intériorité intentionnelle, laquelle seule constitue l'unité de l'histoire. C'est seulementdans la position d'un

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: fondement final(in der Endsüftung) se révèlecetteintention <pie en la c'est seulement partantd'elle qu'on peut découvrir direction unique de toutes les philosophieset de tous les philosophes; c'est en partant d'elle qu'on peut accéder à cette lumièredans laquelle on comprendles penseursdu passé commeils n'auraient eux-mêmes». Rien, dès lors, ne sert de jamais pu 6e comprendre citer des textes isolés et d'en faire une exégèse parcellaire : le sens d'un philosophene surgitque pour une « vision critiquede en l'ensemble» (§ 15) qui révèle son intentiontotale personnelle avec l'intention totale de l'Idée de la philosophie. rapport C'est donc une transformation profondedu sens même de la philosophieque les considérationshistoriquesont suscitée chea Husserldans la dernièredécade de sa vie. L'apparition d'expresde sionsnouvellescommecelles de Selbstbesinnung, Menschentum évolutionde la philosophie est déjà un indiceremarquablede cette elle-même. reflexive Pour ramasser dans une unique expressiontoutes leB acquisitionsnouvellesde la pensée husserlienne choc en retourd'une par s'est réflexionhistorique,on peut dire que la phénoménologie en développée en une philosophiede la raison dynamique, reprenant l'oppositionkantiennede la raison et de l'entendement. (Ce avec Kant pourrait être poursuivi très loin, et rapprochement sur le terrainmême de la philosophiede l'histoire). Kant soulicommelégislation entrel'entendement gnaitdéjà la disproportion des phénomèneset la raison comme exigence ineffeceffectuable dans l'inconiuable de totalisation,de sommationdu conditionné des Idées transditionné; cette exigence,présentedans chacune cendantales, provoquait, on le sait, les illusions métaphysiques et de de la psychologie rationnelle, la cosmologierationnelle de la de rationnelle; mais elle survivaitau dévoilement l'illuthéologie de sion sous forme principesrégulateurs.Or Kant avait eu cond'Idée, de rester science,en reprenantl'expressionplatonicienne fidèleau géniemêmedu philosophegrec,pourqui l'idée était indivisémentprinciped'intelligibilité (comme Idée mathématiqueet et principed'exigibilité et d'action (comme Idée cosmologique) éthique : justice, vertu, etc.). La raison est toujours exigence en elle se constitue éthiquede la pensée d'ordretotal et, à ce titre, de et en intelligibilité l'éthique. spéculative et que Husserlretrouve C'est cetteveineplatonicienne kantienne

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et prolonge, les sous de quandil rassemble le terme raison quatre ou cinqtraits nousavonsprésentés dansun ordre au dispersé que cours l'analyse : de antérieure : Io La raisonest plus qu'une critique la connaissance elle de estla tâched'unifier : spéculatives, toutes activités les signifiantes toutle champ la culture de etc. éthiques, esthétiques, Elle couvre dontelleestle projet Dans IdeenI la raison avait un sens indivis. : et au dela réalité beaucoup plusspéculatif se rapportait problème elle déclarel'universelle validité voir, l'intuition du de originaire, l'évidence(cf. sur ce pointtoutela IVe sectionde pour fonder IdeenI intitulée Raisonet réalité). ce sensla raisonexigeait En un achèvement, complétude, une celle de toute viséedans déjà une vision. Dans Krisisla raison total,un accent prend, son caractère par « existentiel: elle couvre les questions sensou du non-sens » « du du toutde l'existence » humaine (§ 2) ; elleconcerne possibilité la « dans pourl'homme, en tantqu'il se décidelibrement sa conduite à l'égardde sonenvironnement humain extra-humain, tant et en est libredans ses possibilités, donner de une figure rationqu'il nelleà soi-même à son univers » (ibid.). Le § 3 et environnant « le souligne caractère absolu », « éternel « supra-temporel », », «inconditionnelde ces Idéeset Idéaux qui donnent pointe leur », aux problèmes la raison; maisces caractères précisément de font la dignitéd'une existence delà toute définition d'homme, par La purement spéculative. raisonest l'essencemêmedu Mensen au chentum, tant qu'il lie le sensde l'homme sensdu monde (§5). 2° La raisonest comprise comme « devenirun dynamiquement » rationnel ; elle est « la venuede la raisonà elle-même Un ». inéditde cettepériode cettephrase important porteen exergue : en (qui lui donneson titre) « La philosophie, tantqu'elleestla de de le de prise conscience l'humanité, mouvement la raison pour se réaliser travers degrés développement, à des de comme requiert, sa fonction se propre, que cetteprisede conscience développe elle-même degrés... Le mêmetexteparlede « la ratiodans ». par son mouvement incessant ». elle-même C'est par pour s'éclairer de lisation la raison.Elle n'estpas une évolution, qui équivauce drait unedérivation sensà partir non-sens, uneaventure à du ni du
là qu'une histoire possible,mais possibleseulement est réacomme

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ce de absurde non-senselle à ; pure, qui reviendraitunesuccession est une permanence mouvement, en l'auto-réalisation temporelle d'uneidentité senséternelle infinie. de et 3° La raisona un accentéthique s'exprime dans le terme qui de responsabilité La raison, le texteinédit :« dit évoqué fréquent ultimément plus haut,vise à la prisede conscience responsable » de l'homme c'estle vouloir-êtreautonome ; et encore « la raison : ». raisonnable 4° Unetâchede caractère de un éthique enveloppe temps caractèredramatique conscience crise : la nousassureque l'idéeiník de nie peut êtreenfouie, Toutel'hiset oubliée, mêmese dégrader. une comtoire la philosophie, le verra, un combat entre de on est de la tâchecomme et infinie sa réduction naturaliste, préhension et dirala Krisis,entre transcendantalismel'objecle ou, comme et tivisme. disproportion l'Idée de la philosophie lespossiLa entre ou bilités effectives d'uneconnaissance mondaine privée commune faitque l'homme trahir. dramenaîtde ce que touteréaLe peut lisation la tâcheest la menaced'une perte la tâîhe même. de de de Aussitoutsuccèsest-il : Galiléeserale grandtémoin ambigu - Galilée: celui qui a recouvert l'Idée en cettevictoire-défaite, la découvrant Nature incarnée. commemathématique (Krisis II, même de et inscrits la teleologie dans § 9). Cette ambiguïté ce péril, d'illusionqui, ne sont pas sans rappeler puissance la l'histoire, outre selonKant, tient la vocation à même la raison. de Seulement, l'illusion c'estle positivisme nonla métaphyet que,chez Husserl, a dans historique sique,ce dernier su orienter le sensd'un drame le conflit, seinmême la tâchehumaine, la au de entre viséeineffectuable l'œuvreeffectuée. là Husserlse rapprocherait et Par des de la plutôt méditations inaugurent Philosophie Jaspers, qui surla disproportion notrequêtede l'êtreabsoluet l'étroientre tessede notre c'est Ici étroitesse existence. aussile piègede notre le savoirobjectif. 5° Infinité la tâche,mouvement réalisation la raison, de de de du : de l'histoire toutesces catégories responsabilité vouloir, péril de la raisonculminent dans la nouvelle notion Yhomme. de Non « moi,l'homme {Ideen/, §§ 33, 49, 53) que la réduction » plus comme une réalitémondaine, constiphénoménologique frappait tuée par voie de perception, sympathie, récithistorique, de de
d'inductionsociologique,mais Yhomme comme de correlai ses idées

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de infinies: • l'homme aux tâches infinies», dit la conférence Vienne. L'inédit cité plus haut contientcette notation: « La philosophie comme fonctiond'humanisation de l'homme... comme existencehumainesous sa forme finale, laquelle est en mêmetemps la formeinitiale d'où est partie l'humanité...». Et encore : « La raison est l'élément spécifiquede l'homme... ». Plus loin : « C'est cette raison qui fait son humanité...; la raison désigne ce vers quoi l'hommeen tant qu'hommetend dans son êtrele plus intime, ce qui, seul, peut le contenter, rendre« heureux». le Tout le § 6 de Krisis I est consacré à cette identification de la raison. Ce qui distingue l'homme européenet du combat pour le « Telos inné à l'homme européen» du « simple type anthropologique empirique» de la Chine ou de l'Inde, c'est cette tâche rationnelle.C'est parla raison que l'humanitéénumérative en (ou se à extension) (Menschenheit) subordonne l'humanitésignifiante : (ou en compréhension)(Menschentum) « La qualité d'homme d'être homme (Menschsein) c'est essentiellement (Menschentum), liés dans des groupeshumains (Menschheiten) par la descendance et les rapportssociaux ; et si l'homme est un êtreraisonnableanimal rationale il ne Test que dans la mesureoù toute son huoù manité est humanitéselon la raison (Vernunftmenschheit), elle est orientée, soit de manière latente vers la raison,soit manifestementvers l'entelechiequi, une fois venue à soi-mêmeet devele nue manifestepour soi-même, désormaisconduitconsciemment devenir humain. Philosophieet science seraientdès lors le mou« vement historique par où se révèlela raison universelle, innée » à » (ibid.). commetelle l'humanité(Menschentum) et Ainsi la notion d'homme qualifie existentiellement histocelle de raison, tandis"que la raison rend l'homme riquement signifiant.L'homme est à l'image de ses idées et les idées sont comme le paradigme de l'existence. C'est pourquoi une crise qui la affecte sciencedans sa visée,dans son Idée, ou commedit Hus» est aerl dans sa « scientifiche (Wissenschaftlichkeit) une crise l'hommedu fait» d'existence (§ 2) : « La sciencedu faitengendre la (ibid.). « C'est pourquoi la crise de la philosophiesignifie crise modernesqui sontles rameaux du troncphilosophique des sciences universel: crise d'abord latente,mais de plus en plus apparente, l'homme européendans sa capacité globale de donner qui affecte seines un sens à sa vie culturelle(in der gesamtenSinnhaftigkeit

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kulturellen Lebens),dans son « Existence»(Existenz)globale» '. (§ 5) Husserl annonce ainsila possibilité, une philosophie la de par raisondans l'histoire, lierune philosophie à de critique un desseinexistentiel« Touteprise conscience procède raisons : de de qui « existentielles parnature » est > critique(§ 9 fin, 135). p. ce des Notons, catégories pour finir tour d'horizon nouvelles de la raison, déplacement senssubi parla notion le de d'apodicité; cettenotion, aimantée est spéculative excellence, maintenant par la nouvelle la idée de l'homme. IdeenI appelaitapodictique par nécessité d'un jugement particularise proposition une généqui « raled'ordre à (Ideen/, § 6) et l'opposait la simple vue éidétique » d'un individu (ibid.,§ 137). Dans le groupe la de assertorique Krisisl'apodicitéest synonyme l'achèvement la raison de que : la raison de comme exige; ce serait vérité l'homme accomplie à ce titre estle pôleinfini l'histoire la vocation l'homme elle de et de ;
de l'inédit intituléla Philosophiecommeprise de conscience l'hu-

manité quin'était destiné publication) àia (et évoque«l'homme pas resà l'ultime de soi : il se découvre atteignant compréhension de se comme être conun être, comprend ponsable son propre qui sisteà être à appelé(SeinimBerufensein) unevie sous le signede ne ; l'apodicité cettecompréhension susciterait une science pas d'ordreabstraitet au sens ordinaire mot; ce du apodictique fierait compréhension réaliserait totalitéde son être une la qui concret sous le signede la libertéapodictique, cet portant être au niveau d'une raison apodictique, d'une raisonqu'il ferait sienneà travers toute sa vie active: c'est cetteraisonqui fait son humanité, commeon l'a dit,en se comprenant rationnellement» 2. Ainsil'apodicitéexprimeencore contrainte, une mais la contrainte d'unetâchetotale. Il n'estdonc pas inexactde direque les considérations histone sur riquesde Husserl sontqu'une projection, le plandu devenircollectif, d'une philosophie reflexive achevéesurle plan déjà
1. Dans le mêmesens,le § 7 parlede la « contradiction » existentiellede la culture ne contemporaine a perduridée et qui, pourtant, peut vivreque qui d'elleet lui opposele t Si existentiel de notrefidélité de notre » ou trahison. 2. Dans le même sens, Krisis(passimet en partie. § 5 et 7). - La philoson sophiede l'histoire emprunte conceptd'apodicitéà la logique formelle comme celui d'entéléchie l'ontologie à aristotélicienne celui d'Idée au kanet tisme.

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: c'est en comprenant mouvement l'histoire de l'intériorité de le histoire l'esprit, la conscience de accèdeà son propre comme que » sens; de mêmeque la réflexion donnele « guideintentionnel on donnele « guide dire pourlirel'histoire, pourrait que l'histoire » pourreconnaître la dans la^sonscience raisoninfinie temporel l'homme. qui combat pourhumaniser III De la crise de l'humanité européenne a la phénoménologietranscendantale. des rendre maintenant Nous pouvons compte vuesde Husserl et de surla crise la philosophie des sciences ; elles contemporaines inédits de l'essentiel KrisisII. L'analysedes quelques constituent en de cités plus haut permet mettre place cetteinterprétation limitée la période à contemporaine. est La Renaissance le nouveaudépartde l'homme européen; et laisséedans l'ombre même est la conversion grecque par contre moderne1. de l'homme naissance minimisée rapport seconde àia par d'ensemble de Les troistraitsprincipaux cetteinterprétation : sont moderne les suivants de l'esprit » de Io « L'objectivisme est responsable la crisede l'homme de moderne la toutel'entreprise : moderne en Galiléese résume connaissance. de Vidée la phi2° Le mouvement qui philosophique représente au c'est en facede l'objectivisme, le transcendantalisme, losophie cartésiens. au remonte douteet au Cogito senslarge, qui de n'a 3° Mais, jusqu'aubout s"bn que parce Descartes pasoséaller transcenil immense découverte, revientà la phénoménologie
vicet cartésienne de reprendre dantale de radicaliserla découverte : c'est ainsi que la phénola torieusement luttecontre Vobjectivismc de se transcendantale sent responsable Vhommemoderne ménologie et capable de le guérir.

modernecommeun de Cette interprétation la philosophie

au 1. Il est même curieux que, contrairement texte remanié de la conférence de Vienne, /CrisisI retire à la pensée grecque, et singulièrementà la géométrie euclidienne, la gloire d'avoir conçu une tâche infiniede savoir : § 8.

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ne et transcendantalismeobjectivisme laisse combatentre unique strictement ; singulièresles pas de place à des problématiques situésdans cetteuniquehissont philosophes misen perspective, : affrontés un uniquedilemme ou l'objet ou le Cogito. toire, par de de Seulel'unité la problématique permet sauvephilosophique l'histoire finalement et d'une teleologie de le la garder principe de d'une philosophie l'histoire.Reprenons trois ces possibilité points: » sur Io L'originalité vuesde Husserl « l'objectivismeréside des entre l'idée de la science les et la distinction fondamentale dans : ne aux méthodes à propres sciences Husserl songeaucunement de le débatsurle terrain la méthodologie ou de scientifique porter ». la « théorie des qui physique La « crise» des principes intéresse Einsteinou de Broglie,des méthodologistes savants comme ou n'est pas ici en cause : commeDuhem,Meyerson Bachelard, de à ellese passetoutentière l'intérieur l'objectivitéellene con; cerneque les savantset ne peut êtrerésolueque par le progrès La des concerne «signimême sciences. crisequi esten question la des : fication sciences de pourla vie » (le § 2 estintitulé « La crise de leursignification la vie»). Elle est comme la science perte pour de Crise raisonqui est de au niveaude l'Idée,du projet l'homme. d'existence. unecrise de Les deux conquêtes authentiques l'espritmoderne qui, le en réalisant du partiellement vœu d'une compréhension tout, altéré l'Idée de la philosophie sontla généonten même temps de enclidienne une mathesis ralisation la géométrie en universalis et de typeformel le traitement de la nature.La mathématique innovation encore est dansla ligne la science de première antique, l'infini maisellela dépasse,comme d'un côté en dépassele fini, une axiomatique circonscrit champclos de la élaborant le qui d'autreparten portant l'extrême à l'abstraction son de déduction, à enfin objet: grâce l'algèbre, à l'analysegéométrique, à une puis elle formelle, s'épanouiten une analyse universelle purement « théorie la multiplicité (iMannigfaltigkeitslehre) » de ou « logisle vieuxprojet calculuniversel Leibniz, de de dont tique», selon le l'objetserait pur« quelquechoseen général» (KrisisII, § 8 et 9, '. le de absolue p. 118-120) Ainsiest conquis royaume Vexactitude
de 1. Surle concept « multiplicité cf.Log. Unter. § 69-72, IdeenI, § 72 et », I, und surtout Formale transzendentale J. Logik,§ 28-36.Voiren outre, Cavaillès, et de Sur la Logique la Théorie la Science U. F., 1947,p. 44 sq. (P.

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» de et d'abord celuides « figures-limites la géométrie pure,à l'égard de quoi toute figure ou imaginéen'est qu'approximative: perçue ce royaumeest un ensembleclos, rationnellement susceptible lié, d'être maîtrisépar la science universelle. La seconde innovationest liée au nom de Galilée; à lui sont consacrées les analyses les plus denses et les pluslonguesde Kr¿sisII. (Le § 9 sur Galilée n'a pas moinsde 37 pages.) Il est l'homme qui a projeté une science de la nature où celle-ci serait traitée, elle aussi, comme une « multiplicité mathématique » au même titre les figures idéales. Or la motivationde ce dessein génial doit que être entièrement reconstituéeparce qu'il repose en même temps sur un « sol sedimenté» de prétenduesévidences qu'il nous faut faireaffleurer la conscience; c'est elles qui sont à la source de à cet objectivismequi a engendrénos maux. D'abord, Galilée est l'héritierd'une pensée géométriquedéjà consacrée par la tradition : en se retirantd'elle, la conscience vivante n'aperçoitplus « l'origine», à, savoir les opérations(Leisau idéalisantes qui arrachentles figures-limites soubassetungen) ou mentperçu,à 1' « environnement vital » (Lebensumwelt Lebensest comme la matricede toutes les œuvres de la conwelt)qui science '. « Galilée vit dans la naïveté de l'évidenceapodictique. » La seconde évidence morte de Galilée est que les qualités perçues sont de pures illusions « subjectives » et que la « vraie réalité d est d'ordre mathématique: à partirde là, l'exigence de traitermathématiquement nature « va de soi » ; l'invention, la formidable par ses conséquences,est « naïve » et « dogmatique » dans ses présuppositions. qui est génial, c'est d'avoir songé Ce à tourner l'obstacle qu'opposait la qualité à la mesureet au calcul en traitanttoute qualité « subjective » comme l'index, l'annonce (Bekundung)d'une quantité objective. Mais l'hypothèsede travail, faute de se critiquersoi-même,n'est pas reconnue comme indirectede audace de l'esprit œuvrant.Cette « mathématisation la nature» ne pouvait dès lors se vérifier le succès de son que par extension,sans que jamais puisse êtrerompu le cerclede l'anticiet sans fin: toute l'énigme pation hypothétique de la vérification de l'inductionest inscritedans ce cercle. Seule pourraitéchapper toute la à ce cercle une réflexionplus radicale qui rapporterait
1. Nous reviendronssur ces deux notions cardinales de Bewusststinsleistung et de Le bens well.

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» physiqueà la présencepréalable,à la « pré-donnée de l'environnementvital. C'est par elle, on le verra, que la phénoménologie exercerasa fonction critiqueà l'égard de l'objectivisme. Il faut encore ajouter aux pseudo-évidencesque la réflexion découvredans la motivationde Galilée,l'aggravacontemporaine » tion du processusde « sédimentation après Galilée : l'algèbre a fait passer toute la mathématiqueet la physique mathématique des semblable à un stade « technique» où le maniement symboles, des au jeu de cartes ou d'échec, expulse la compréhension propre» de démarches la pensée. Ainsila science« s'aliène » (veruusserlichf) et la conscienceperd la clefde ses « opérations». Pour toutes ces raisons, qui ne pouvaient être élucidées au de tempsmêmede Galilée,le fondateur la physiquemathématique le est le génie ambigu qui, en découvrant monde comme mathécommeœuvrede la conscience'. matique appliquée, l'a recouvert Nous saisissonsici sur le vif le style proprede l'exégèse historique de Husserl : il est clair que cette inspectiondes motifsde la Galiléene peut êtrequ'une retrospection, criseactuelle éclairant en I' Ursprungsmotivation, même temps que celle-ci rend intellile désordreprésent.Il s'agit moinsde comprendre psychologible le Galilée qu'historiquement mouvementde l'idée qui giquement le traverse; aussi seul importele sens d'ensemble qui procèdede son œuvreet qui achève de se déciderdans l'histoireissue de cette une œuvre. On pourraitappeler cette Motivationsanalyse psychacomme J.-P. Sartre parle d'une psychanalyse nalyse rationnelle, l'histoireétant le révélateurspécifiquedu projet. existentielle, 2° Que le dogmatismenaturalistedût être critiqué,un double malaise pouvait déjà le suggérer : pourquoi subsiste-t-ildeux logiques, une matkesisuniversali^et une logique expérimentale, ou, si l'on veut même, deux mathématiqueset deux légalités : d'une part, une mathématique idéale et une légalité a priori; à de l'autre,une mathématiqueappliquée indirectement la nature ? et une légalité a posteriori Mais le malaise le plus insupportableapparaissait du côté de mathématisable, : la psychologie si la natureétait universellement il fallait à la foisséparerle psychique du physique - puisque le physique n'était maîtriséque par l'abstraction qu'on faisait des1. KrisisII, S 9, p. 128.

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le sur consciences, et construire psychique le modèledu phy- puisquela méthode sciences la natureétaitpar de des sique suscitées le duaMais universalisable. les difficultés par principe sourdement attestaient lismeet le naturalisme que psychologique choseétait perdu: la subjectivité. quelque la réflexion C'est à Descartesqu'il faut rapporter première la conscience tousses objets; à ce de sur radicalesurla priorité seul il du transcendantal, capablede titre, est le fondateur motif du la ruiner naïvetédogmatique naturalisme. est Méditations plus vaste qu'on des La portée deux premières lui-môme Ta ne et ne pourra jamaisle soupçonner que Descartes pressenti. de toutecritique Son doutecommence imaginable la suffisance sensibles.Le des évidencesmathématiques, physiques, propre « traverser il de l'enfer d'une Epoche quasi premier, entreprend la pour atteindre que nul ne sauraitplus surpasser, sceptique du absolument rationnelle et d'entrée cield'unephilosophie porte » mêmeun édifice fairede celle-ci systématique(KrisisII, § 17). « suspension d'être,il a » Allantjusqu'au bout de l'universelle » « Cetteforfaitsurgir le sol apodictique : Ego cogito cogitata. comme déclaration muledéveloppée signifie le monde, que perdu « » ne réaffirmé comme cela que je pense ; d'unen-soi, peutêtre que du êtreindubitable monde. du le cogitatum Cogitoest le seul aux cogitata, En élargissant qu'il appelle idées, la sphèredu le au invincible doute, Descartesposait implicitement Cogito de l'intentionalité 20) et, par là, commençait (§ grandprincipe du touteévidence à à rattacher objective l'évidence primordiale Cogito. fut lui-même. Descartes Mais Descartes le premier se trahir à de des est restéprisonnier évidences Galilée; pourlui aussi, la et est du véritéde la physique mathématique toutel'entreprise ne dèslors, du Cogito sertqu'à renforcer douteet ; l'objectivisme la comme réalitépsychologique le je du je penseest compris qui commela la reste quand on retranche naturemathématique, il l'âme réelle; en contre-partie,fautbien prouver res cogitans, cetteâme a un « dehors que Dieu est la cause çlel'idée de », que est Dieu, que la « chose» matérielle la cause de l'idéedu monde. » n'a Descartes pas aperçuque l'Ego « démondaniséparl'Epoché » : le n'estplusâme,que l'âme« apparaît comme corps « II n'a prs

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découvert toutesles distinctions typeje et tu, dedanset du que » dehorsne se « constituentque dans l'Ego absolu » (Krisis//, § 19). la Cetteméprise, de jointeau dessein confirmer scienceobjecà destin cartésianisme, engendra la du tive,explique l'étrange qui de foisle rationalisme Malebranche, Spinoza,de Leibniz, de de absoluede l'êtreen tout tourné versla connaissance Wolff, entier de soi, et l'empirisme sceptiquequi tiretoutesles conséquences couranta du Cogito.Le premier l'interprétation psychologiste éliminé motif douteet la « réduction l'Ego », l'autrese le du à fondatrice sur grossièrement la naturede la subjectivité trompe et ruinetoutevérité. s'attardedavantageà 3° II peutparaître étrangeque Husserl Galiléeet à Descartes pas qu'à Kant. Kant n'est-il le philosophe selon son proprevocabulaire? transcendantal excellence, par tantde réticences dansl'élogede Kant,à Vienneet à Pourquoi : ? La Krisisdonne raisons cetteadmiration de les mitigée Prague or le sens de l'interprétation Kant est liée à celle de Hume; cachéde Humoest plus profond celui de Kant, parce que que si on le prend est finalement prèsque Kant du Hume, bien, plus Il doutecartésien. est bienentendu que Hume,pristel qu'il se » et de la donne, signifie « banqueroute la philosophie des sciences de d'ébranlement l'ob(§ 23). Mais « le vraimotif philosophique de du cachédans l'absurdité scepticisme Hume », jectivisme, de enfin c'estde permettre la radicalisation l'Epochécartésienne'; d'une justification déviel'Epoché au profit alorsque Descartes le de de l'objectivisme, scepticisme Humedévoiletouteconnaisune comme sance - prescienti et scientifique du monde fique Il fallait de une théorie la connaissance qui énigme. gigantesque mêmeest une fûtabsurdepourdécouvrir que la connaissance » accède au « thématisme philosoEnfinle Welträtsel énigme. « et on phique; enfin peutallerà l'extrême s'assurer que la vie est de la conscience une vie opérante Leben),qu'elle [leistendes ou un ; légitime vicieux elle est déjà opère sensd'être(Seinssinn) raiintuitive niveau de à conscience sensible, plusforte telle,comme » (p. 165). Bref, c'est l'objecson comme conscience scientifique celui tivisme général celuidu rationalisme en mathématique, dans ses assisesmilléde l'expérience sensible qui est ébranlé naires.
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ultimede Humeau nom de son « motif Cetteréhabilitation de sur Kant : caché » est la clefde toutesles réserves Husserl « la philosophie Kantn'estpas la réponse la question cachée» de à du maisseulement sonsensmaniau fond scepticisme Hume, de à il en feste c'est pourquoi, un sensprofond, n'estpas lo vrai ; de Hume; il resteenfermé dans la problématique du successeur de à rationalisme que post-cartésien, Descartes Wolff, précisément l'énorme découverte deux premières des Méditan'habitait plus ce mais tions. C'estpourquoi n'estpas à YEgo que Kantrenvoie, et un formes des concepts sontencore moment à des objectif qui il bien le titrede philosophe de la subjectivité. Certes, mérite de en la transcendantal, ce qu'il ramène possibilité touteobjectifois vitéà ces formes par là, pourla première et de façonnou; cartésien la subjectivité conscience manide se velle« le retour à. » d'un subjectivismo transcendantal (p. 170). festesous forme de Maisla consolidation l'objectivité cettefondation subjecpar Yopération même la subjectide tivele préoccupe davantageque d'une au : vitéqui donne senset être monde la reconstruction phien du de par losophie l'en-soi delà la philosophie phénomène est un indicegrave*. radicalisme « le C'est donc à la problématique cartésienne, par « véritable véritable Hume», au qui problème animaitHumeluide même» (p. 171) qu'il importe revenir. C'estce problème, plus la théorie le kantienne, mérite nom de transcendantal qui que (§ 26). de Nousne nousarrêterons ici aux traits propres cettephipas transcen: l'exégèse ce « subjectivismo de transcendantale losophie des deux notions dantal radical». L'interprétation particulière vital » « de solidairesd'opération conscienceet « d'environnement * de donnent axes principaux cettedernière de les philosophie qui Husserl constitueraient ù ellesseulesun vasteproblème critique. la mais Aussibien,KrisisII n'entraite directement, à travers pas comme comme question s'élabore, une de l'histoire, qui philosophie les à et une problématique se cherche se radicalise travers qui de le de Galilée,le Cogitocartésien, problème pseudo-évidences 2. kantien le Hume, criticisme
de 1. Krisis III enchaîneavec Krisis II par une reprise la critiquede Kant. le 2. Le thèmede Krisis III (inédit)est précisément Lebenswelt.

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coïncide avec l'avèneeuropéen Puisquele « télos» de l'homme mentde ce transcendantalisme, nous bornerons résumer à nous ». transcendantal «n quelquesformules ce brèves « motif Io Le transcendantalisme une philosophie forme quesde en est tion; c'estune Rückfrage ramène Soi comme ultime source au qui « Cette de touteposition : le d'être de valeur: et source porte titre en de toutema vie réelleet possible Moi-même, y comprenant bref Toutela problémaen connaissance, ma vie concrète général. de transcendantale tourne autour rapport cemoi, mon du de tique - de « l'Ego » - avec ce qui est d'abordposé à sa place moi, comme allantde soi,à savoir elle monâme; puisà nouveau, porte ßurle rapport ce Jeet de ma vie de conscience avec le monde de dont conscience dont reconnais et vraidansmespropres l'être j'ai je » de de produits connaissance (p. 173). Par sa forme question cettephilosophie de de serre prèsVidéemême la philosophie. » 2° « L'opération (Leistung) la conscience une donation est de de sens et d'être; il faut aller jusqu'au radical ébranlement de l'objectivité Le de l'extrême cetteconviction. pouratteindre Welträtsel révèle Leistung la conscience. nous la de 3° L'Ego primitif appeléunevie(Leben); sa première est œuvre en effet, préscientifique, est toutemathématisation ; perceptive dela nature un « revêtement» est second rapporta (Kleidung), par la donation d'un vital(Lebenswelt), régresCette originelle monde sionau mondevital fondé toute dans l'Ego rendseule relative de œuvre degrésupérieur, objectivisme général. tout en KrisisII s'arrête ces vues.Le texteremanié sur dela conférence de Vienne nous permet replacer fragment de do ce d'histoire la dans les perspectives d'ensemble que reprendra philosophie Krisis III ; la pointede toutecettehistoire la philosophie, de do moderne malade; lo retour l'Ego à c'est la catharsis l'esprit en au estla chancedo l'homme moderne. Descartes, soustrayant n'avait pas conçuun tel dessein douteles mœurs la religion, et historique. de aucuneabsurdité La crise l'humanité révèle ne irréductible, aucunefatalité de ; la impénétrable teleologie l'histoire européenne la même. en montre motivation -t-elle? se Ces deux issues demeurent Comment résoudra pos» croissante dans « la hainede l'esprit sibles: ou « l'aliénation et la barbarie - ou la renaissance l'Europeparunenouvelle de »,

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à et affirmation sensde l'histoire du compréhensionune nouvelle dont la Ici du continuer. éclate la responsabilité philosophe de est reconnaissance la basse dominante tous ces développeles ments: « Nous sommes... par notreactivitéphilosophique » de fonctionnaires l'humanité (p. 93 et 146). IV Remarques critiques. sur de Cesréflexions Husserl le sensde l'histoire surla foncet ont de tionde l'histoire la philosophie au moins mérite prole de une interrogation meten question possibilité la même qui voquer d'une philosophie l'histoire. de Troisgroupes questions noussollicitent de : Io Les premières sur et portent le rôledes idéesdansl'histoire, sur de dans singulièrement le rôleconducteur la philosophie l'hisde Le est toire l'Occident. lecteur toutde suitefrappé le conpar traste la de entre pensée Husserl cellede Marx.Toutefois, ne et il si faudrait durcir cetteopposition, du moins ne réduit on pas pas le marxisme sa caricature Une à positiviste. conception dialectique attentive chocen retour idéessurl'infrastructure au des qui reste des sociétés peutmanquer réfléchir les origines ne sur de mêmes de l'outillage humain l'outilqui incarne technique : la de procède la science le projet et même la science la nature lié préciséde de est mentà ce projetd'ensemble dont Husserl l'exégèsequand il fait traite la « motivation sciences de des de mathématiques la nature ». Il y a doncun avènement l'idée qui,jusqu'à un chezGalilée de de certain point,rendcompted'un aspect important l'histoire. est faitpartiede la Cettelecture d'autantplus légitime qu'elle du de responsabilité philosophe parle moyen cette qui, compréhenexerceson métier philosophe. de sion, Par contre, cettelecture l'histoire commehistoire idées de des : de elle-même doublement en se exige,semble-t-il, se critiquer confrontant cesseà Vhistoire historiens d'autrepart, sans des et, en corrigeant sa réflexivement notionmêmede Vidée. Le dialoguedu philosophe l'histoire avec le pur historien de dès paraits'imposer que l'on affirme l'idéeestnonseulement que la tâche,le « devoir», mais la réalitéhistorique l'Occident. de 11fautbien alors que la lectureproposée avec soit confrontée

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hisde d'autreslectures possibles l'histoire, exemplecomme par etc. du droit, l'Etat,de la religion, Une philodu de toire travail, dignede ce nomn'aurait-elle alorspour pas sophiede l'histoire de lectures tâchede dénombrer diverses les possibles, les première ? On nepeutdire et peut-être essayer deles.composer critiquement » a », quela philosophieunrôle« archontique qu'elleestle « cerveau sans un d'ensemble justifierait de l'Occident, élaborer système qui surtouteautre.Au lieude de le privilège l'exégèse philosophique de suivreune seule lignemélodique, histoire la philosophie, et sociale,etc. - on tentehistoire histoire droit, du économique un toutesles rait d'écrire art du contrepoint composerait qui une de ; ou, pourdonner autreimago cettetenlignes mélodiques « on de tativedialectique, tenterait corriger une lecture verpar « » » chacune lectures longitudinalesde l'histoire. Alors des ticale seulementl'interprétation husserlienne, trop simple et trop au tendrait fairecoïncider l'infini à a priori gréde l'historien, à a et de uneexégèse priori uneexégèsea posteriori l'histoire. Mais, cettecoïncidence des dans l'état actuelde l'histoire civilisations, accessible. ne semble guère avec des c'est-à-dire Cetteconfrontation l'histoire historiens, inductive mouvante, n'atteindrait il avec une synthèse et pas, est vrai,l'interprétation Husserl dans son essence, de puisquela conviction l'Idée de la philosophie la tâchede l'homme est que n'estpas elle-même conclusion une une inductive, conseuropéen maisune exigence Si l'histoire elle-même tatation, philosophique. est estrationnelle ou,si l'on préfère, autantque l'histoire pour la rationnelle , elledoitréaliser même signification celleque que la sur du C'est cetteidentité peutatteindre réflexion soi-même. et la sensde l'histoire du sensde l'intériorité fonde philosophie qui chez Husserl. de l'histoire C'est elle qui lui donneson caractère a priori rapport l'histoire historiens. des Mais alorsn'apà par une critiqueproprement dont pelle-t-elle pas philosophique, le serait peu prèscelui-ci à quellecondition mêmeIdée : thème à la lier et ? peut-elle l'histoire lierl'intérioritéC'estici que le sensde l'histoire s'annoncer secret touteIdéede philosophie, peut plus que du moinssous sa forme Husserlcomprend Certes, spéculative. cetteIdée comme une totalité infinie maisil tendsans cesseà ; comme le et une science mêmecomme prejetd'une l'interpréter de théorie la connaissance, ainsi les aspectséthiques, sacrifiant

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deet de esthétiques les autrestraitsculturels l'Idée ; l'exigence d'amouret de sainteté une tâche que contient est-elle justice, l'idée de science, une encore si môme onlui confère extension plu» vasteque toutsavoirobjectif Bienplus, l'Idée capablede fonder ? à la foisl'histoire la subjectivité doit-elle êtreaussi un et ne pas - un Acteassezpuissant et l'histoire assezintime Acte, pourfaire du instituer ? Mais alorsune philosophie l'homme intérieur pour un ? transcendantal suffit-il Cogito, subjoctivisme y Une critique la philosophie l'histoire de auraitdonc pour de tâchede f;ûre : de coïncider l'infini sons a priori l'histoire le A Io avec le sensa posteriori induction historique qu'une proprement de la ; dégager 2° avec la subjectivité plusradicale l'Ego. pourrait Sous sa socondeforme, conduirait une difficulté à cettecritique résiduelle est commune toutesles philosophies Husserl à que qui « transcendantalesC'estcelleque nousexaminerons en ». appelle dernier lieu. si 2° Nousdemandions l'histoire peutavoir poursenset pour en tâchede réaliser l'Idée de la philosophie. Cettequestion suptânhe général, en développent-elles poseuneautre: une Idée,une ? ? un véritable Un avènement une histoire fait-il événement est Le paradoxede la notiond'histoire que, d'une part,elle si devientincompréhensibleelle n'est pas une uniquehistoire, son elle unsens,maisque,d'autre unifiée part, perd historicité par D'un si même ellen'estpas uneaventure imprévisible. côté,il n'y de de auraitplus de philosophie l'histoire, l'autre,il n'y aurait plus d'histoire. de est Orsil'unité l'histoire fortement c'est, conçuepar Husserl, l'historicité mêmede l'histoire chezlui, faitdifqui, par contre, iiculté. : occasions l'esquissed'hisCettefaiblesse apparaîtà diverses la de do la philosophie KrisisII sacrifie toire systématiquement une unique à de singulière chaque philosophe problématique le le qui est nommée « vrai» problème, problème problématique, t caché» (de Descartes, Hume, de etc.) ; cettemiseen perspective : n'estpas sans danger tousles aspectsd'un philosophe ne se qui sont omis; de prêtent pas à cette lectureunifiante l'histoire comme est du par l'interprétation philosophe lui-même considérée si se On singunégligeable. peutpourtant demander le caractère n'estpas un aspectde de chaque philosophe lier,incomparable

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l'histoire aussi important que la rationalité de l'histoire où il s'inscrit.Comprendreun philosophe,n'est-ce pas aussi accéder à la questionqu'il est seul à avoir rencontrée, posée, à la question autant que pensée qu'il est lui-même ? N'est-ce pas pensante tenterde coïncideravec elle, par une sorte de « lutte aimante », avec assez semblableà l'effort nous faisonspour communiquer que nos amis ? Dès lors, il faudraitpeut-êtredire que l'histoireest à la fois et discontinue continue, discontinue commeles existences singuleur systèmede penséeet de vie autourd'une lièresqui organisent tâche propre,- et continuecomme la tâche communequi rend raisonnableleur tentative. Ce soupçon d'une structure paradoxale de l'histoirepeut nous venird'une autre manière,à la lecturemême de Husserl: le péril est à des d'une réduction philosophies la philosophie encorede plier du dernierphilotout entière à l'interprétation la philosophie tout le mouvesophe qui en prendconscience; ce périld'orienter ment de l'histoirevers leur propre problématiqueest commun à tous les philosophesde l'histoire qui mettentplus volontiers l'accentsurla tâche qui « vientà soi » - qui « ad-vient» - que sur » des la singularité existantsqui « surgissent à la réflexion philode la philosophie l'histoirede Hegel et celle du Progrès sophique ; de Léon Brunschvicgprêteraientaux mêmes de la conscience scrupules. est Il faut avouer que la difficulté grande,car le paradoxe de un recèle finalement paradoxe de la vérité.Si un auteur l'histoire attache quelque valeur à ses propresessais, n'est-ce pas qu'il y reconnaîtquelque véritédont il n'est pas lui-mêmela mesure ? N'est-il pas en droit d'attendre que les autres aussi la reconnaissent ? Ne peut-ilespérerque l'histoirela réalise ? Quiconque pense invoque l'autoritédu vrai et cherchepar là mêmela consécrationde l'histoire,pour autant qu'elle est rationnelle. Mais en retour,commentne confesserai-je pas que l'intention de ou l'intuition chaque philosopheest, pour une compréhension humble, rebelle à toute assomption dans une unique tâche ? Commentne renoncerai-je pas à direle sens de l'histoire,s'il est vrai que cette prétention suppose que je survolele tout des exiscomme l'aboutissetencespensanteset que je me pose moi-même de mentet la suppression l'histoire ? Ainsi transposéeen terme«

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la : de de de vérité, difficulté la philosophie l'histoire s'aggrave la rationalité l'histoire naissant de un dogmatisme pour implique est de qui l'histoire Idée et l'Idée pensable moi; l'historicité par l'histoire insinueun scepticisme est naissantpour qui l'histoire incurablement et irrationnelle. multiple Peut-être une philosophie l'histoire de a-t-ellepour seconde tâchede posercorrectement termes ce paradoxe.Il n'est les de Du avec pas ditpar là qu'on fasseunephilosophie des paradoxes. moinsfaut-il d'abordles assumer l'on pensepouvoir sursi les monter. Orla réflexion Husserl l'histoire sacrifie toujours de sur ne pas l'événement l'avènement elle a aussi de quoi nous conduire à ; aux abords paradoxe cettehistoire, l'oncomprend du : comme que « venueà soi » de la raison, aussi telleque la défection est est y Son possible, puisqu'ily a une crisede l'humanité européenne. caractèrerationnel n'exclutpas son allure dramatique.Est-il besoinde souligner la naissancemômede la philosophie en que la de de en la Grèce, retombée l'invention tradition, corruption l'Idée de la philosophie l'objectivisme, réveil Descartes, le de par la question Hume,la naissance la phénoménologie de de husserlienneelle-même, sont autant d'événements finalement imprévid'événements sans quoi il n'y auraitpas d'avèsibles, singuliers nement d'un sens ? La languemêmede Husserl portela tracede cettetension « L'apodicité fondement c'est-à-dire con: du la », trainte l'Idée,suppose responsabilitél'homme de la de qui pensant, ou l'Idée. Finalement vues les peutfaire avancer, stagner dépérir d'avenir Husserl de sontmarquées coindu paradoxe. au D'un côté il relèvele courageparun optimisme de fondé la rationalité sur l'histoire car « les idéessontles plus fortes ; de l'autreil fait : » de appel à la responsabilité quiconque pense: car l'Europepeut « se rendre toujours » ou à plus étrangère sa propre signification « renaître l'esprit la philosophie de de à de grâce un héroïsme la raison j>. de de Optimisme l'Idée"et tragique l'ambiguïté renvoient une à structure l'histoire la pluralité êtres de où des l'évéresponsables, nement penser du sontl'envers l'unité la tâche,de l'avènede de mentdu sens. 3° Toutesles questions nouspose la tentative Husserl de que d'instituer philosophie l'histoire une de culminent uneultime dans

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Si difficulté. l'histoire son sensd'une tâchequ'elledéveloppe, tire de quelestle fondementcettetâche ? la ici Deux tendances semblent se partager philosocontraires de se de la Krisis.D'un côtéHusserl semble rapprocher Hegel; phie dans un sensassez voisin il lui arrive parler l'Esprit(Geist) de de ». du grandphilosophe idéaliste: « Seul l'espritest immortel est D'autre tout sensde l'histoire le par européenne porté le part, estappelé transcendantalce motif »; «subjectivisme philosophique « le retour l'Ego», « mon Ego », « ma vie de conscience mon à », « opération conscience dont la première œuvreest « mon de », environnement ». vital Husserl n'a-t-il pas mariél'eau et le fèu,Hegelet Descartes, et le Cogito, bienplus : le Cogitoradicalise le objectif par l'esprit de scepticisme Hume ? est La question d'autantplustroublante c'est précisément que et du de dans la Krisis que la théorie la Dewusstseinsleistung atteintson point culminant. Lebenswelt C'est donc le môme et une de ouvrage instaure philosophie l'esprit historique qui qui de Comment une à son paroxysme philosophie VEgo cogito. porte est-cepossible? on Pourdonner cettequestion portée une à générale, pourrait transcensi se demander une philosophie cartésienne, socratique, une dantale- quel que soitle nomque puisserecevoir philosode à phiedu « retour l'Ego » - estcapabled'unephilosophie l'his? transcendantale senslarge toire D'un côté,une philosophie (au celui ne Husserl) fonde-t-elle toutêtre, compris y que propose pas une ? d'autrui celuide l'histoire, et dans YEgo cogito De l'autre, rationaliste l'histoire fonde-t-elle toute de ne pas philosophie tâcheprivée dans un granddesseincommun, YEgo lui-même et ? dans YIdée historique Le grand intérêt la dernière de est de philosophie Husserl d'avoir assumécetteantinomie et d'avoirtentéde la surmonapparente ter.La confrontation la VeMéditation entre et cartésiennele cycle de la Krisisestà cetégard trèséclairante. La VeMéditation cartésienne de combler grande tente lacune la du cartésianisme, ne comporte aucunethéorie l'existence de qui « d'autrui. établit est Elle qu'autrui un êtrequi se constituedans» monEgo,maisqui s'y constitue comme autre un Egof précisément moi qui m'échappe, existecomme et avec qui lequelje peuxentrer

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de dansunerelation Ce réciproque. texteest un des plusdifficiles et de moisaussiun des plusextraordinaires force de luciHusserl, d'unehistoire englobe dité.Onpeutbiendirequetoute qui l'énigme - à savoirmoiqui comprends, veux,qui sonpropre qui englobant dans la théorie faisle sensde cettehistoire est déjà ramassée de YEinfühlung expérience d'autrui). (ou » « Procédant une ultimeEpoche,cette Méditationsuspend à de toutes certitudes toutesles expériences noustenons les et que de commun notre commerce autrui la croyance un monde avec : à Ainsi de et la croyance un mondecommun culture. à perception « » estmiseà nu la sphère propre de l'Ego,sa « sphère primordiale » d'appartenance ; c'est à peu près ce que la Krisis appellera « l'environnement ». C'est« dans » cettesphère de ultime vie vital » « et d'expérience,à l'intérieurdo cet êtrepropre, s'élabore que
». « de lui comme étant étranger l'expérience l'autre,justement

» » du vers Cet éclatement 1' « étranger au seinmême « propre de est bien le problème assumer l'inhérence l'autreen tant à ; D'un de à ma vie propre toutel'énigme YEinfühlung. est qu'autre » il est bienvraique toutêtreest « phénomènepouret dans côté ce l'Ego ; et pourtant qui est « dans » ma sphère d'appartenance de un n'estpas du toutune modalité moi-même, contenu ma de autreque moi. conscience : l'autrese donneen moicomme privée Laissonsde côté l'analyseconcrète cette« aperception de par » analogie», que Husserl appelle« apprésentation(parceque seul » est« présentéle corps d'autrui là-basmaisnonsonvécupropre)1. Cette ferait elleseulel'objetd'uneétude.Nousne reteà analyse dans nons' que le mouvement ici de d'ensemble cetteMéditation, forment la mesure elle nousrapproche cercle où du que apparent ensemble moiet l'histoire. le Toutela théorie la constitution de phénoménologique qu'il des des des etc., s'agisse choses, êtresanimés, personnes, - nous meten facede ce paradoxed'une immanence est un éclatequi dans l'aperment versune transcendance. paradoxeculmine Ce est ceptiond'autrui,puisquecettefoisl'objet intentionnel un autruiet le moi; en liaisonétroite comme avec son corps, sujet monded'autruise constituent comme une autre monadepar « apprésentation la mienne (§ 52). » dans
1. « C'est dans cette accessibilitéindirectemais véritablede ce qui est inaccessible directement en lui-mêmeque se fondepour nous l'existence de l'autre » et (§. 52).

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correctement qu'estcetteconstice à Si Ton arrivait entendre cetteinhérence n'est pas une inclusion réelle,mais tution, qui « il ne intentionnelle, serait plusénigmatiqueque je puisseconstid'unefaçon en tuer moiunautremoi,ou,pourparler plusradicale monade une dans constituer mamonade autre encore, je puisse que en qualité et, une fois constituée, précisément l'appréhender du aussi ce fait,inséparable premier, d'autre; nouscomprenons constituée moiavecla nature identifier nature la par que je puisse nécesla avec toute précision constituée autrui pourparler ou, par de constituée en avec unenature constituée moien qualité saire, » que parautrui (§ 55) ; plusloin: « Admettre c'esten moique les de est autres constituent tantqu'autres le seulmoyen comse en avoirpourmoile senset la valeurd'exisprendre qu'ilspuissent des » et tences d'existences déterminées; maisce sontjustement manière « de monades qui existent que pourelles-mêmes la même moi» (¿bid.); je puisbiendiredès lors,que « l'autre j'existepour commeautrepourlui tout m'appréhende aussi immédiatement autrepourmoi» (§56). comme que moije l'appréhende les Telle est la tentative pour surmonter difficultés suprême de dans une philosophie YEgo la d'histoire rencontre notion que de de de pour portée sa théorie VEinfühlung unethéorie la culture les annoncent analyses etde la viesociale: les §§ 56-59 principales de la Krisis. à a-t-ilréussià tenir la foisl'histoire Husserl pourréelleet le et ? là moipourseul fondamental Il penseréussir où Descartes à Hume ont échoué,parce qu'il est le premier avoir conçuun un c'est-à-dire idéalismequi constitue idéalismeintentionnel^ l'autrepersonne « dans » le moi,mais autre- même toutêtre un est pourqui la constitution une viséeintuitive, dépassement, en Cettenotiond'intentionalité un éclatement. permet dernier sur sur et l'homme l'histoire l'histoire ma conde ressort fonder transcenune est finale de justifier véritable science sa prétention ; transd'un subjectivismo sur le fondement dance de l'histoire cendantal. est si se On peutseulement demander la constitution une opédes du véritable problème transcenla rationeffective, solution le à ou dancesdiverses, si elleestseulement nomdonné unediffibéant. et reste entière le paradoxe dontl'énigme culté
Husserla vu la cartésiennes, cogito.Dès l'époque des Méditations

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: Du moinsHusserl du a-t-ilcernéles contours vraiproblème comment au solipsisme d'un Descartes revupar Hume, échapper son au de le pour prendre sérieux caractère historique la culture, en véritable former de l'homme? Comment même pouvoir temps se garder piègehégélien du d'une histoire absolue,louée à l'égal d'une divinitéétrangère, resterfidèleà la bouleversante pour ? découverte deuxpremières des de Méditations Descartes1 Paul Ricoeur.
1. Ce problème en forme de paradoxe peut être retrouvé directement,sans commune passer par Husserl; cf. Dimensions d'une recherche (Esprit, déc. 1948).

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