L'ECOLE DELA LÉGION

LE 4e RÉGIMENT ÉTRANGER
LÉGIONNAIRE UN JOUR, LÉGIONNAIRE TOUJOURS DIT-ON. MAIS POUR LE DEVENIR, IL FAUT LE MÉRITER. AUSSI LE FUTUR KÉPI BLANC DEVRA PASSER PAR LE « CREUSET DE LA LÉGION A CASTELNAUDARY. ET QU'IL LE VEUILLE OU NON, IL RESTERA MARQUÉ TOUTE SA VIE PAR SON PASSAGE A L'ÉCOLE DE LA LÉGION.

Ci-dessus, en haut L'insigne métallique du 4e Régiment Etranger. Ci-contre. Marche au petit matin pour ces engagés volontaires de l'une des compagnies d'instruction. Dans la Légion, quoi qu'il arrive, personne ne reste en arrière. Ici, des futurs légionnaires après trois semaines d'instruction. (Photo Yves 16 Debay)

PENDANT SEIZE SEMAINES, DES SOUS-OFFICIERS INSTRUCTEURS, CONSIDERES PAR LEURS HOMOLOGUES DES US MARINES COMME LES MEILLEURS AU MONDE, VONT MODELER LE FUTUR LÉGIONNAIRE. PAR TOUS LES TEMPS, ILS VONT L'INSTRUIRE ET LE PRÉPARERA DEVENIR UN COMBATTANT. SANS RÉPIT, L'ENGAGÉ VOLONTAIRE, AU DEPART UN CIVIL GAUCHE ET LOURD, VASE TRANSFORMER EN LÉGIONNAIRE, C'EST A DIRE EN VÉRITABLE SOLDAT.

Page de gauche, en haut Béret vert « vissé » sur le crâne, cesJeunes engagés volontaires soufflent dur sur le parcours du combattant (Photo Yves Debay) Page de gauche, en bas. Cours de tir au Famas 18 pour ce Mur légionnaire.

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Ci-dessus. Exercices de combat dans la région de Castelnaudary. Ce binôme d'engagés volontaires de l'un des CEV est l'une des équipes antichars armée du LRAC 89. Ci-contre. Démontage et remontage d'armes étrangères. Sont présentées de bas en haut: AK-47 soviétique, FAL belge, C-3 allemand, Uii israélien, Franchi italien, Vigneron belge, RPK soviétique, Sterling anglaise, MAC belge. MG-42 allemande, RPG-2 soviétique. Ci-dessous. Appartenant à l'une des 34 nationalités qui composent la Légion, un futur légionnaire après deux mois d'instruction.

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« les premières semaines d'instruction conditionnent pour toujours la vie du légionnaire ». C'était vrai au temps de Sidi Bel Abbés, ça l'est toujours à Castelnaudary, au Quartier « Capitaine Danjou »...

L'ÉCOLE DE LA LÉGION

TEXTE ET PHOTOS : JEAN-PASCAL HÉRAUT

Le premier pas est fait Après un bref passage à la CAPLE (1 ) à Aubagne, l'engagé volontaire rejoint le 4e RE à Castelnaudary où, pendant seize semaines, il va apprendre à devenir légionnaire avant d'être affecté à l'une des unités opérationnelles de la Légion étrangère en Métropole (2e BEI, 1er REC, 2e REP, 6e REG) ou en Outre-mer (3e RE1, 13e DBLE, 5e RE, DLEM).

Au cours de ces seize semaines, l'instruction a fait son effet. Peu à peu, elle a modelé l'aspect du légionnaire. La silhouette s'est affinée et a gagné en souplesse. Les muscles se sont durcis. La démarche s'est faite plus sûre, plus féline. Le visage s'est buriné. L'engagé volontaire hésitant, gauche et lourd, « débarqué » quatre mois plus tôt, est méconnaissable. Il s'est transformé en légionnaire. Qu'il le veuille ou non, toute sa vie durant, il restera marqué par son séjour à Castelnaudary. Légionnaire un jour, légionnaire toujours.

L'ossature de la légion
Au 4e RE, il existe également deux autres compagnies d'instruction : la Compagnie d'Instruction des Spécialistes (CIS) et la Compagnie d'Instruction des Cadres (CIC). La première, la CIS, forme des spécialistes des transmissions, des mécaniciens, des conducteurs, des infirmiers, des moniteurs d'éducation physique, des cuisiniers... En fait tous ces personnels indispensables au bon fonctionnement d'une grande unité. Quant à la seconde, sa mission est de former ou de perfectionner les cadres non officiers de la Légion étrangère dans la branche « combat d'infanterie ». Neuf semaines sont nécessaires pour obtenir les galons de caporal (Certificat Militaire Elémentaire ou CME). Pour les caporaux confirmés, ceux qui constituent l'ossature de la Légion, quinze semaines de formation les préparent à devenir sous-officiers (Certificat Militaire du 1er degré ou CM-1 ). Puis vient le temps du Certificat Technique du 1er et 2e degré (CT-1 et CT-2). Durée : six semai-

Citer en exemple
Venu d'Asie, d'Afrique, du Moyen-Orient, d'Europe de l'Est ou plus simplement de Bretagne ou d'Alsace, pendant quatre mois, le futur légionnaire va ainsi apprendre à marcher, courir, tirer, descendre en rappel, naviguer, vivre en campagne, etc., avant de pouvoir coiffer le légendaire képi blanc. Sa formation, confiée à des sous-officiers instructeurs hors-pair, qui sont ^^^^^^^^^•^^^^•i unanimement considérés comme les meilleurs au monde, à tel point que même leurs célèbres homologues du Corps des Marines n'hésitent pas à les citer en exemple, vise essentiellement un seul objectif: le préparer au combat Au 4e RE, trois compagnies d'engagés volontaires (CEV) forment à cet effet quelques 1 700 légionnaires par an.

Le rite initiatique de la remise du képi
Pour le futur légionnaire, plusieurs temps forts marquent cette période d'instruction ; principalement la remise du képi blanc, après quatorze semaines préparatoires ; plus précisément à l'issue d'une longue et harassante marche d'accoutumance à la vie en campagne. Enfin, arrive le rite initiatique. Sorte de moment magique et privilégié que cette cérémonie à la dimension toute wagnérienne où, encadré de ses anciens, il coiffe pour la première fois ce célèbre képi et fait le serment solennel de servir, avec honneur et fidélité, sa nouvelle patrie d'adoption.

« La falaise leur barrait la route.
nés, pendant lesquelles, dans la foulée, sont pratiquées toutes les techniques inhéPage de droite, en haut En tenue NBC, un engagé volontaire des CIC apprend à progresser lors d'un exercice de fin d'instruction. Page de droite, en bas. A l'issue de la remise du képi blanc, cérémonie qui revêt une grande importance pour le légionnaire, les Képis Blancs défilent sur la place d'armes du Quartier Danjou (Photo Yves Debay).

Marqué pour toujours
Mais pour prouver que le « greffon de l'instruction » a bien pris, il reste encore une dernière épreuve à satisfaire : le raid de fin d'instruction. La dernière ligne droite, celle qui ouvre les portes de la grande famille légionnaire. Durée : quatre à cinq jours. Distance à parcourir: de 120 à 150kilomètres. Au programme: marche, par tous les temps, dans la neige et le froid ou sous un soleil de plomb. Car «c'est avec ses jambes que l'on gagne les guerres », la formule est encore aujourd'hui d'actualité. Ce raid c'est aussi du tir, secourisme, rappel, franchissement accompagné de la célèbre phrase «la falaise 20 leur barrait la route ». et bien sûr le combat.

rentes et spécifiques au combat d'infanterie (tir Milan, connaissance de l'armement tant français qu'étranger, topographie et pédagogie pratique, instruction mortier et canon de 20 mm, connaissance de l'ennemi, NBC, etc.). Régiment d'instruction, centre de formation des spécialistes et des cadres ; certes, le 4e RE est tout cela, mais il est également régiment d'infanterie motorisée. En effet, dans le cadre de la 14e Division Légère Blindée à laquelle il est rattaché, en temps de crise ou de guerre, le 4e RE est chargé de mettre sur pied un régiment d'infanterie motorisée (il devient ainsi 4e REI) et de remplir les missions confiées par cette grande unité. Chaque année, 1 700 engagés volontaires, 1 200 spécialistes et gradés et 250 sous-officiers d'infanterie sont formés à Castelnaudary. Avec un tel bilan à son actif, le 4e RE n'a certes pas usurpé son surnom d'« école de la Légion ». C
(1) Compagnie Administrative des Personnels de la Légion étrangère.

LE RÉGIMENT DU MAROC
Le 4e RE a été créé le 1erjuin 1980. Déjà, en tant que régiment d'instruction de la Légion étrangère, il avait reçu la garde du drapeau du 4e REI le 3 septembre 1977. Le 4e REI est formé le 15 novembre 1920 au Maroc où, pendant 20 ans, il sera engagé dans les plus rudes opérations de pacification, ainsi qu'en Syrie et au Liban. Le calme revenu, il confirme, par de grands travaux, sa vocation de bâtisseur. En 1939, la majeure partie de ses effectifs forment les 11e et 12e Régiment Etrangers, qui seront engagés en France, ainsi que la 13e Demi-Brigade de Légion étrangère qui s'illustrera à Narvik ainsi qu'à Bir-Hakeim. Dissous en 1940, il est recréé l'année suivante sous le nom de 4e DBLE et fait route vers le Sénégal. En 1943, il participe à la campagne de Tunisie. En 1946, il revient au Maroc, alors que son 2e Bataillon participe à la réduction des tribus dissidentes à Madagascar. Dès 1956, il participe aux opérations de maintien de l'ordre sur la frontière algéro-tunisienne. Pendant sept ans. il va sillonner cette frontière et infliger de lourdes pertes aux rebelles qui tentent de s'infiltrer. Après le cessez-le-feu, il entreprend un long périple saharien qui s'achèvera à Reggane le 25 avril 1964 où il est dissous. Désormais, la mission du 4e RE est d'être un régiment d'instruction de la Légion étrangère. Depuis le 1er juillet 1984, il fait partie de la 14e Division Légère Blindée et prend l'appellation de 4e REI pour les missions opérationnelles et en cas de conflit. D

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