GUIDE PRATIQUE POUR LA CONSTRUCTION ET LA RENOVATION DURABLES DE PETITS BATIMENTS - RECOMMANDATION PRATIQUE ENE12

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ENVISAGER UNE CONSTRUCTION PASSIVE
Pousser les mesures d’économie d’énergie jusqu’à ne plus avoir besoin d’un système de chauffage conventionnel.

PRINCIPES
DEMARCHE La qualité de l’enveloppe des bâtiments est un élément déterminant de leur consommation énergétique. Depuis 20 ans, le niveau d’isolation des constructions neuves ne cesse de s’élever. Ces dernières années sont apparus des bâtiments dont les performances de l’enveloppe sont telles que le recours à une source de chaleur conventionnelle devient quasiment inutile. Cette isolation très élevée peut être associée à une ventilation hygiénique avec récupération de chaleur, qui sert également à apporter le petit appoint de chaleur nécessaire au plus fort de l’hiver. On parle de « maisons passives ». Cette appellation est un standard énergétique d’origine allemande, gérée en Flandre par l’asbl PassiefHuisPlatform et en Belgique Francophone et dans le nord de la France par la Plateforme Maison Passive. Ce label peut être attribué à tout type d’affectation : maisons, bureaux, écoles, etc. Seules les asbl citées ci-dessus sont aptes à certifier la construction. Elles se basent pour cela sur des prévisions de consommations établies au moyen de logiciels de calcul reconnus et sur une mesure de l’étanchéité à l’air du bâtiment réalisé.

Logo de la Plateforme Maison Passive a.s.b.l.

OBJECTIFS A ATTEINDRE Les principes à suivre pour obtenir une certification « maison passive » sont les suivants : o o Réduire les déperditions thermiques par une très bonne isolation des parois et le contrôle de tous les ponts thermiques. Réduire les pertes de chaleur par un contrôle strict des défauts d’étanchéité à l’air du bâtiment (débit d’infiltration sous 50 Pa (appelé n50) inférieur à 0.6/h (voir fiche sur l’étanchéité à l’air des parois).

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Garantir la qualité de l’air par un système mécanique de ventilation forcée avec récupérateur de chaleur à haut rendement, et éventuellement couplé à un puit canadien. Valoriser les énergies renouvelables (géothermique, solaire…). Réduire la demande énergétique par l’utilisation d’équipements électroménagers à meilleur rendement.

Capteurs solaires et groupe de ventilation double flux avec échangeur de chaleur. Maisons passives Heusden (Gand) 2005.

Le respect de ces points vise à garantir le confort intérieur sans l’apport d’un système de chauffage conventionnel, central par exemple. De façon chiffrée, la demande énergétique annuelle pour le chauffage doit être inférieure à 15 kWh/m²/an et la demande finale globale d’énergie pour le chauffage, l’eau chaude et les équipements domestiques doit être inférieure à 42 kWh/m²/an.

ELEMENTS DE CHOIX
ASPECTS TECHNIQUES > Quel impact sur la conception des parois ? Les performances exigées impliquent une isolation très poussée des parois. Il n’est pas rare de voir des épaisseurs supérieures à 20 ou 30 cm de matériau isolant. Des techniques de construction à ossature, souvent en bois, seront généralement utilisées pour faciliter la mise en œuvre de telles épaisseurs. > Quel impact sur la conception des techniques spéciales ? La qualité thermique de l’enveloppe des maisons passives rend le chauffage central inutile. Cependant, un faible apport de chaleur reste nécessaire dans certains locaux au plus fort de l’hiver. Il sera assuré par la ventilation, où l’appoint peut-être donnée par des résistances électriques, des échangeurs de chaleur liés au ballon d’eau chaude sanitaire ou des pompes à chaleur sur l’air extrait. Parfois, on dispose un poêle au bois d’appoint dans un espace central du bâtiment. Le système de ventilation assure alors la distribution de la chaleur dans le bâtiment. La question de l’appoint de chauffage pour l’eau chaude sanitaire se pose également, d’autant que le réservoir d’eau chaude sanitaire peut devenir un réservoir de chaleur pour toute la maison et que si on a recours à des panneaux solaires, ceux-ci ne couvrent qu’environ 50 % des besoins. Là aussi, des résistances électriques ou des pompes à chaleurs peuvent être envisagées, tout comme des brûleurs au gaz ou au bois. On le voit, le slogan « maison sans chauffage conventionnel » ne veut pas dire « maison sans techniques » : celles-ci consistent principalement en une installation de ventilation à double flux avec récupération de chaleur et appoint éventuel, et en la production d’eau chaude sanitaire, éventuellement partiellement solaire.

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Or, la première qualité des installations d’une maison doit être leur simplicité. Les caractéristiques très particulières des maisons passives risquent-elles d’entraîner une dérive vers des maisons aux ambiances conditionnées et vers une surabondance de techniques ? A priori non, car deux facteurs limitent ce risque : les limites de consommation électrique imposées par le standard et l’ampleur de l’investissement dans l’enveloppe, qui limite généralement la capacité du maître d’œuvre d’investir dans les techniques spéciales. ASPECTS ENVIRONNEMENTAUX La consommation d’énergie pour le chauffage représentait en 2003 72 % de la consommation d’énergie totale des logements Bruxellois, soit près de 30 % de la consommation totale d’énergie de la Région. En rénovation, l’intégration des composants du standard passif (isolation, étanchéité, absence de ponts thermiques) ne permet généralement pas d’atteindre le niveau passif, soit 15 kWh/m²an. Les valeurs atteintes tournent autour de 15…30 kWh/m² an. Bien que les principes de la construction passive ne s’appliquent donc pas directement à la rénovation du parc de logement existant, on voit l’intérêt qu’il y a à promouvoir cette démarche : une réduction importante de la consommation de chauffage des bâtiments de la Région aurait un impact majeur sur sa consommation totale d’énergie. ASPECTS ECONOMIQUES La construction d’une maison passive implique un certain surcoût par rapport à une construction classique (surisolation, triple vitrage, essai de pressurisation, etc.). Par contre, d’autres frais sont évités ou fortement réduits, notamment le coût de l’installation de chauffage. Au final, la maison passive reste cependant plus chère à la construction. En ramenant l’économie d’énergie et le coût de construction sur une période de 30 ans, le coût d’une maison passive est 10 % supérieur à celui d’une maison peu isolée. Ce calcul ne prend cependant pas en comptes des aspects comme le confort, l’impact écologique, la qualité de la construction, etc. (source : www.passiefehuisplatform.be). La revue Test-Achat a publié en mars 2006 une étude sur la rentabilité financière des mesures d’économie d’énergie dans le bâtiment. Selon cet article, un surinvestissement de 24 000 € peut être récupéré en trente ans grâce aux performances thermiques de la maison passive. Une maison passive sera donc « financièrement rentable » sur 30 ans (en supposant une croissance de 3% par an du coût de l’énergie) si le surcoût induit par ces mesure ne dépasse pas 24 000€. Notons qu’il existe depuis peu une prime régionale spécifiquement dédiée aux maisons passives. En outre, les bâtiments construits selon ces principes sont bien évidemment en première ligne pour bénéficier de toutes les aides publiques pour l’isolation des bâtiments et les installations techniques économisant l’énergie. Pour plus d’info, nous répertorions quelques liens utiles dans la bibliographie. ASPECTS SOCIAUX ET CULTURELS > Quel impact sur le confort d’hiver ? Une des conséquences de la surisolation et de la récupération de chaleur sur l’air extrait est l’uniformisation des températures dans la maison. Il n’est a priori pas possible de ménager par exemple une température plus basse dans les chambres, ou dans certains locaux moins utilisés, à moins de jouer avec des ouvertures de fenêtres, ce qui est contraire au principe de contrôle de l’étanchéité du bâtiment. Cette uniformité ambiance peut être regrettée par certains. Par ailleurs, on voit fréquemment de petits radiateurs, lié au ballon d’eau chaude sanitaire, installés dans la salle de bains pour apporter un éventuel appoint localisé. > Quel impact sur le confort d’été ? De par leur très forte isolation et leur faible masse thermique (due à l’ossature bois), les maisons passives sont sensibles à la surchauffe dès la mi-saison. Il sera, encore plus qu’ailleurs, nécessaire de disposer de protections solaires efficaces et d’une possibilité de ventilation nocturne importante. La présence de planchers massifs est également fortement conseillée.
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Maisons passives Heusden (Gand) 2005.

ARBITRAGE > Une panacée ? Le concept de maison passive permet de réduire drastiquement la consommation de chauffage, mais il se pose un certain nombre de questions en termes de techniques de chauffage non conventionelles et de production d’eau chaude, ainsi que pour le confort d’été. D’autre part, la démarche « maison passive » est centrée sur les questions énergétiques et de confort. L’impact environnemental des matériaux mis en œuvre, ou la gestion de l’eau par exemple ne sont pas pris en compte. Il ne s’agit donc pas d’une réponse « toute faite » à l’ensemble des enjeux de la construction durable. Tout en souhaitant la multiplication des maisons passives, on ne saurait donc trop conseiller un examen minutieux de ces questions lors de la conception du bâtiment.

DANS LA PRATIQUE
Des mesures doivent être prises aux différentes phases de développement et de réalisation du projet : PROGRAMMATION o Dès les premiers stades du projet, prendre contact avec les asbl qui promeuvent le standard « maison passive ». Celles-ci ont pour vocation d’épauler l’architecte et le particulier lors de la réalisation de tels bâtiments. Si possible, s’entourer de professionnels ayant l’expérience de ce type de construction (voir listes de membres des asbl gestionnaires). Assurer une prise en compte d’autres enjeux environnementaux, tels que le bruit, les déchets, les matériaux, la gestion de l’eau, …

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AVANT-PROJET o o Assurer une forte compacité. Prévoir une enveloppe en ossature bois mais une construction en planchers massifs pour maintenir une certaine inertie thermique dans le bâtiment. Limiter la surface vitrée et l’orienter principalement Sud, tout en prévoyant des protections solaires extérieures si possible mobiles. Identifier un outil de calcul reconnu par l’asbl gestionnaire, et se familiariser à son utilisation.
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PROJET D’EXECUTION, DOSSIER POUR LE PERMIS D’URBANISME o o o Consacrer à la conception des techniques spéciales une attention particulière. Réaliser le calcul des performances du bâtiment avec l’outil adéquat. Eviter les ponts thermiques par l’étude de tous les détails techniques

SUIVI ET SURVEILLANCE DES TRAVAUX o Lors du suivi du chantier, le maître d’œuvre sera particulièrement attentif à la qualité de l’étanchéité de l’enveloppe et à la réalisation correcte des détails techniques. Consacrer à la mise en oeuvre des techniques spéciales une attention particulière.

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RECEPTION ET MISE EN EXPLOITATION o o Réaliser un essai d’étanchéité à l’air par pressurisation. Informer le futur habitant sur la gestion des installations techniques et sur les mesures de prévention de la surchauffe.

ENTRETIEN o Les filtres du réseau de ventilation double flux doivent être entretenus régulièrement.

INFORMATIONS COMPLEMENTAIRES
AUTRES ELEMENTS A GARDER A L’ESPRIT Voici une liste de fiches dont les thématiques croisent celles de la maison passive : o o o o o o o ENE02 - Développer une stratégie du chaud ENE03 - Développer une stratégie du froid ENE04 - Construire un bâtiment bien isolé ENE06 - Optimiser la conception des fenêtres ENE10 - Assurer une bonne étanchéité à l'air de l'enveloppe ENE22 - Réaliser un puit canadien/provençal ENE23 - Choisir un mode de ventilation énergétiquement efficace

BIBLIOGRAPHIE Sources d’information sur les maisons passives : o o PassiefHuisPlatform vzw. : www.passiefhuisplatform.be Plateforme Maison Passive : www.maisonpassive.be

Sur les primes régionales et les déductions fiscales pour l’isolation et les installations techniques : o o o o Pour les particuliers : Le Centre Urbain asbl : www.curbain.be Pour les entreprises : www.ecosubsibru.be Déductions fiscales : http://mineco.fgov.be/energy/home_fr.htm Bruxelles Environnement - IBGE : www.bruxellesenvironnement.be

Article cité dans la fiche : o O.Lesage, R.Vanparijs, Du passif à votre actif, Test-Achats mars 2006, n° 496

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