Mon projet pour Sciences Po s’inscrit dans la continuité de l’œuvre de Richard Descoings et, avant lui, d’Alain Lancelot : transformer

ce qui fut d’abord une école, puis un institut géré par une fondation nationale, en une université internationalisée et d’abord européenne, qui soit au premier rang de l’enseignement et de la recherche en sciences sociales. Conserver un statut et un mode de gestion qui confortent sa liberté d’action, renforcée par le développement de ses ressources propres. Utiliser cette liberté pour développer Sciences Po, élargir ses publics, et pour montrer la voie en matière d’innovation universitaire et de responsabilité sociale. Cette continuité stratégique doit aller de pair avec une phase de recentrage et de consolidation. Après une période d’expansion et de transformations accélérées, il faut renforcer la position de l’établissement sur ses créneaux d’excellence, consolider l’acquis en simplifiant l’organisation, et améliorer la gouvernance et la gestion. La taille limitée de Sciences Po, qui est aujourd’hui proche de l’optimum, doit la mettre en mesure de définir les voies d’une concertation exemplaire au service de relations humaines de qualité. La gouvernance universitaire se fonde sur la persuasion, une large participation à la décision et la transparence. Il est nécessaire de créer des cadres de dialogue et des procédures de participation plus formels pour souder la communauté de Sciences Po autour de trois orientations : des pratiques plus transparentes ; des opportunités mieux partagées ; une évaluation plus large Pendant cette phase de consolidation, la marche en avant de Sciences Po doit se poursuivre. Il faudra choisir une croissance ciblée et partenariale des enseignements, centrée sur les niveaux master et doctorat ; renforcer la dimension internationale et pluridisciplinaire de la formation et de la recherche. Sciences Po doit être un expérimentateur au service de l’enseignement supérieur français. Son succès, au-delà de ses performances propres, doit se mesurer à sa capacité d’entraînement sur ses concurrents, qui sont aussi ses partenaires. Vis-à-vis d’eux, Sciences Po doit être davantage un modèle et moins une exception. Il faut, enfin, renforcer l’identité et la mission civique de Sciences Po en s’inspirant du meilleur de sa tradition. Sciences Po doit être « au service » de la connaissance et des étudiants d’abord, mais aussi du débat et de la vie publique, en France et au-delà. *** La direction stratégique doit rester la même, mais trois séries de changements s’imposent par rapport à la politique et aux pratiques suivies par Sciences Po depuis plusieurs années. - Les modes de gouvernance et le style de gestion doivent être rendus plus transparents et plus stables. En particulier, des mécanismes de participation formalisés à la décision doivent être introduits, qui tiennent compte de la montée en puissance du corps académique permanent de Sciences Po. La question des plus hautes rémunérations doit recevoir une réponse incontestable. - Après une phase remarquable de croissance et d’expérimentation, un contexte plus exigeant sur le plan budgétaire appellera une politique de développement plus sélective, qui

exploite les points forts de l’établissement et fasse une large part aux partenariats universitaires en France et à l’étranger. - Il faut que Sciences Po se recentre sur son périmètre d’excellence : institut d’études politiques Sciences Po doit mobiliser des disciplines diverses au service du progrès de la connaissance sur des questions qui ont en commun d’être relatives à la vie de la cité. Le renforcement de son identité universitaire est indispensable, mais Sciences Po restera à michemin entre une école et une université, ce qui est conforme aux attentes de ses publics : ses étudiants français y voient une grande école, les étrangers une petite université. Sciences Po doit davantage assumer cette dualité de nature, qui est conforme à son identité fondatrice. *** Il ne m’appartient pas de me comparer aux autres candidats et je ne peux parler que de moi. Ma vie professionnelle a été consacrée à trois activités : la diplomatie, qui m’a notamment conduit au Centre d’analyse et de prévision du Ministère des affaires étrangères que j’ai dirigé pendant sept ans ; l’enseignement et les études en relations internationales, à l’université Panthéon Assas où je suis professeur associé depuis 2000, mais aussi dans plusieurs autres cadres, notamment en Grande-Bretagne et en Belgique ; le contrôle et l’évaluation de la gestion publique, à la Cour des comptes, où une large part de mon travail a porté sur l’enseignement supérieur et la recherche. La diplomatie m’a appris la négociation, le sens de l’écoute et du consensus, et le goût des échanges internationaux. Mes activités d’enseignement et mes publications en relations internationales font de moi quelqu’un qui pratique et aime l’enseignement, a connu l’université de l’intérieur, apprécie et respecte les universitaires, et sait travailler avec eux. De la Cour des comptes, je me suis efforcé de retenir les leçons d’impartialité et de jugement qu’elle donne à ses membres. J’y ai acquis une connaissance approfondie de l’enseignement supérieur et de la recherche, de leur financement et de leur gestion, ainsi que des politiques mises en oeuvre pour les améliorer. J’ai la conviction que ces trois séries de compétences correspondent à celles que Sciences Po peut attendre de son directeur dans ce moment particulier de son histoire. Je serais heureux et fier de pouvoir les mettre à son service.

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