du Futurisme auRéalisme
Les peintures de guerre de Nevinsonmêlent des styles artistiques trèscontrastés qui témoignent de lavirulence des sentiments du peintreface à la guerre.Dans les premiers temps du conflit,ses peintures sont très marquées par l'
esthétique futuriste
. Ce mouvementartistique né en Italie du début du XXesiècle fait l'apologie de l'ère de lamachine et de l'esthétique de laguerre. On le retrouve dans
LaMitrailleuse
et dans une série detableau sur le thème des explosionsd'obus (
Explosion
).Cette
technique froide, anguleuse,géométrique
est propice à mettre envaleur
la mécanisation de la guerreet la déshumanisation des soldats
:c'est celle qu'il adopte quand il estsoldat, comme s'il mettait de côté sasouffrance et ses émotions.Une fois démobilisé, Nevinson changeradicalement de style dans certainestoiles. Il revient à un
réalisme
extrêmement classique. Il place
lamort au centre de ses toiles
: mortdes soldats (
Paths of Glory
), mort descivils (
A Taube
), dans une positioncommune, face contre terre, semellesoffertes aux yeux du spectateur,anonymes et impuissants. Ses toilesprennent alors
des couleurs plusternes, loin du brillant desmachines
exaltées auparavant
Otto Dix: l’Expressionnisme
La peinture d'Otto Dix est rattachée aumouvement expressionniste, apparuau début du XXe siècle, en Europe duNord, particulièrement en
Allemagne
.Par opposition au réalisme et àl'impressionnisme qui veulent êtrefidèles à la vision d'un moment,
l'expressionnisme
met en scènedans une
vision déformée
par l'artiste, ses angoisses et son regardsouvent très
pessimiste
sur sonépoque.La série d'
autoportraits
de Dix,réalisés en pleine guerre, dégagentune violence (
agressivité descouleurs
or et rouge), mais aussi unetristesse (regards vides, cernes). Après-guerre, Dix va au plus profonddu morbide pour décrire la mort dansles tranchées, entre les squelettes etles
corps en décomposition
, rongéspar les vers (
Tryptique « la Guerre »,un Crâne
). Il peint les
mutilations
des« gueules cassées » dans unenchevêtrement de jambes et deprothèses (
Pragerstarasse
,
Les joueurs de Skat
). L'horreur etl'absurde se côtoient dans sestableaux aux déformations presquerisibles.Il utilise aussi des techniques de
collage
(
Pragerstrasse
) pour insérer des actualités et des tracts d'après-guerre qui témoignent de la montée del'antisémitisme.
Fernad Léger : le Cubisme
Fernand Léger est déjà très attachéau mouvement cubiste quand laguerre éclate. Il trouve dans la guerrede tranchées une sorted'aboutissement du cubisme. Ainsiécrit-il : « il n’y a pas plus cubistequ’une guerre comme celle-là qui tedivise plus ou moins proprement unbonhomme en plusieurs morceaux etqui l’envoie aux quatre pointscardinaux ».Le
cubisme
lui permet de répondreaux nouvelles formes de combat. Ici,plus de héros, plus de stratégiecomme dans les batailles classiques.Mais des soldats sans nom, sansidentité, des ouvriers de la mort quirépètent le même geste : des
tubes
pour représenter un bras ou une arme,des
cubes
pour représenter une tête,répétés et emmêlés au milieu deformes toute aussi réduites du champde bataille en ruine (
le Sapeur
).L'ensemble paraît
confus
… et c'estnormal car la guerre mécaniqueproduit des lieux que le commun desmortels ne peut imaginer.C'est le
dessin
et la
gouache
, queLéger exploite dans ses années aufront. Il est au cœur-même du projetcubiste qui
travaille davantage lesformes que les couleurs et lalumières
. Il produit une multitude decarnets et témoigne à sa manière dela
vie quotidienne des soldats etdes paysages de tranchées
(
LaPartie de Cartes
).
Usages :
(Comment cela a-t-il été reçu ? Comment cela est venu jusqu’à nous ? Comment cela est-il repris aujourd’hui ?)Parce que Nevinson eut l'audace depeindre et d'exposer en pleine guerredeux cadavres de Tommies devant lesbarbelés,
sa toile
Paths of Glory
futinterdite d'exposition en 1918
.Nevinson refusa de la décrocher et ladissimula derrière un papier brun, sur lequel il écrivit "Censuré". Ce geste luivalut une remontrance du War Office :
il était interdit de montrer la réalitéet interdit encore de dénoncer lacensure
.Nevinson jouissait d'une certainerenommée dans les cercles artistiquesqui le considéraient comme l'avant-garde du mouvement futuriste. Aussi,
la réception de ses tableauxréalistes fut d'autant plus violenteque Nevinson rompait totalementavec ses techniques habituelles
.
Paths of Glory
est passée à lapostérité car elle a donné son titreironique à
un film de StanleyKubrick
(
les sentiers de la Gloire
), luiaussi censuré 50 ans après la guerre !Otto Dix témoigne de la guerre aprèsla défaite allemande. Son œuvres'élabore et s'expose dans les années20 en Allemagne. Elle est
mal reçuepar les populations car elledénonce l'absurdité de la guerre,mais aussi la brutalité des soldatsallemands
(comme dans
Assautssous les Gaz
). Alors que l'espritallemand est à la revanche contre letraité de Versailles, Dix ne ménagepas ses camarades de tranchée.L'expressionnisme allemand fut
considéré par les nazis comme del'art dégénéré
et interdit d'exposition.Dix en perdit même son poste deprofesseur et fut soupçonné decomplot contre Hitler.Son œuvre sur la guerre a été
redécouverte assez tardivement
,dans la seconde moitié du XXè s.,quand les historiens se sontintéressés
aux témoignages desoldats et à leurs souffrances
aufront.Fernand Léger était déjà célèbre avant1914 et
la guerre va plutôt marquer un frein à sa carrière
. Ses croquis etses peintures demeurent destémoignages personnels qui serontmis en valeur bien après sa mort.Toutefois, un tableau de guerre deLéger connaît immédiatement unevraie postérité,
La Partie de Carte
quiest un
clin d’œil à une peinture dePaul Cézanne
.Il est à noter que
le cubisme fututilisé par l'armée française pour créer des camouflages
. Des peintrescomme Braque y participèrent etFernand Léger ne cessa de demander son affectation dans l'unité decamouflage, moins dangereuse, sansparvenir à l'obtenir.