leS cHiffReS De LA DeTTe
P. 3
A
vant de se lancer dans le vi du sujet, il convient de cla-rifier le vocabulaire utili-sé. Nous appelons indifféremment
Nord, pays « riches », pays industria-lisés, pays « développés »
ou
riade,
le groupe ormé par les pays d’Europe occidentale, d’Amérique du Nord, le Japon, la Corée du Sud
1
, l’Austra-lie, la Nouvelle-Zélande et quelques autres pays à revenus élevés
[voir liste en annexe]
. Même s’il nous paraît ort discutable de regrouper des pays aussi divers que la Taïlande ou Haïti, le Brésil ou le Niger, la Russie ou le Bangla-desh dans une même catégorie, nous adoptons les classifications reprises dans les statistiques ournies par les institutions internationales. Nous appelons donc
pays en développe-ment (PED)
ou
tiers-monde
ou
Sud,
tous les pays qui ne ont pas partie de la catégorie « pays développés » ; il y en avait 145 en 2011 selon notre recensement. Dans cette catégorie, nous distinguons, pour des raisons historiques, un groupe de pays que nous appellerons « PECO et Asie Centrale » (qui regroupe l’Europe centrale et de l’Est, la urquie et l’Asie centrale) et les autres (Amérique la-tine et Caraïbes, Moyen-Orient et Arique du Nord, Arique subsaha-rienne, Asie du Sud, Asie de l’Est et
1 Depuis le livre
50 Questions / 50 Réponses sur la dette, le FMI et la Banque mondiale
(2002), ces groupes de pays ont été modifiés par la Banque mondiale. Par exemple, la Corée du Sud a quitté la caté-gorie des PED pour intégrer celle des pays développés. Bien que ce jugement soit discu-table, nous nous rangeons à cette convention afin que nos calculs aient la même base que ceux de la Banque mondiale. C’est aussi le cas de quelques autres pays comme la Répu-blique tchèque ou l’Estonie.
Pacifique)
[voir liste en annexe]
.Dans le texte qui suit, nous privilé-gierons les dénominations utilisées par les institutions internationales - puisque la plupart des données analysées proviennent de ces mêmes institutions - qui distinguent «
pays développés
» et «
pays en développe-ment
» (PED). Force est néanmoins de rappeler la connotation idéo-logique et occidentalo-centrée de cette terminologie. En effet, celle-ci ne prend essentiellement en compte que la dimension économique du développement et sous-entend qu’il existerait un seul modèle de dévelop-pement (le modèle capitaliste indus-triel et extractiviste occidental) et des pays « en retard » qui devraient rat-traper d’autres pays « avancés » sur la même lignée. Le CADM rejette avec orce cette vision du monde.Il y avait le premier monde, le « Nord », le deuxième monde dit so-cialiste (bloc soviétique + Chine…), et le tiers-monde, regroupant les peuples des pays en développement, en majorité d’anciennes colonies de l’Europe occidentale, du Japon ou des États-Unis. Le deuxième monde s’est effondré au début des années 1990 avec la chute du mur de Ber-lin. Dix ans plus tôt, le tiers-monde avait été soumis au diktat du Fonds monétaire international (FMI) et de la Banque mondiale. Avec la crise financière de 2008, c’est le premier monde qui a basculé. Il ne reste plus désormais que deux catégories prin-cipales : la poignée de ceux qui pro-fitent du capitalisme contemporain et la grande majorité qui le subit. No-tamment au travers du mécanisme de la dette. Au cours des trente dernières an-nées, les maillons aibles de l’écono-mie mondiale se situaient en Amé-rique latine, en Arique, en Asie ou dans les pays dits « en transition » de l’ex-bloc soviétique : la croissance était au « Nord » tandis que les pays en développement, le tiers-monde, ployait sous le ardeau de la dette. Depuis 2008, le panorama a changé et une grande partie des doutes se o-calisent désormais sur l’Union euro-péenne, la croissance y est anémique, les conditions de vie se dégradent et les dettes augmentent.--------------À l’instar des précédentes éditions, Les Chiffres de la Dette 2015 pour-suivent le double objecti de propo-ser, d’une part, une analyse critique et rigoureuse, et d’autre part, une dénonciation des fins et des résul-tats néastes du « système dette » tant dans les pays du Sud que du Nord.
« En 1951, j’ai, dans une revue bré-silienne, parlé de trois mondes, sans employer touteois l’expression ‘‘iers Monde’’. Cette expression, je l’ai créée et employée pour la première ois par écrit dans l’hebdomadaire rançais ‘‘l’Observateur’’ du 14 août 1952. L’article se terminait ainsi : ‘‘car enfin, ce iers Monde ignoré, exploité, méprisé comme le iers État, veut lui aussi, être quelque chose’’. Je transpo-sais ainsi la ameuse phrase de Sieyes sur le iers État pendant la Révolu-tion rançaise. »
Alred Sauvy, démographe et économiste rançais