leS cHiffReS De LA DeTTe
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epuis 1990, le Comité pour l’Annulation de la Dette du iers-Monde (CADM) travaille inlassablement à démontrer le lien entre la dette et l’incapacité du système économique mondial à satisaire les droits les plus élémen-taires de centaines de millions de personnes à travers le monde.Dans les années 1990, le CADM a attiré l’attention sur la nécessité de construire une relation juste entre les pays du Nord et du Sud par le biais de l’annulation de la dette. Il a particulièrement insisté sur l’impact néaste qu’ont sur le développement des pays du Sud les mécanismes d’endettement utilisés par les orga-nismes financiers multilatéraux (le Fonds monétaire international* et la Banque mondiale*), les gouverne-ments du Nord via le Club de Paris* et les grands groupes financiers in-ternationaux.Bien que la priorité du CADM consiste, comme son nom l’indique, en l’annulation de la dette dans les pays dits du tiers-monde, son but est plus largement de mettre en évi-dence, par ses analyses et son action militante, comment le « système dette » soumet de la même manière les peuples des pays en développe-ment et ceux des pays les plus indus-trialisés. Comme l’établit la Charte politique du réseau international du CADM : «
ant au Nord qu’au Sud de la planète, la dette constitue un mécanisme de transert des richesses créées par les travailleurs-euses et les  petit(e)s producteurs-trices en aveur des capitalistes. L’endettement est uti-lisé par les prêteurs comme un instru-ment de domination politique et éco-nomique
 »
1
.
1 Charte politique du CADM interna-tional : http://cadtm.org/Charte-politique-du-CADM,10352
Dans cet ouvrage, le générique masculin est utilisé sans aucune discrimination et uni-quement dans le but d’alléger le texte.
 
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 vant de se lancer dans le vi du sujet, il convient de cla-rifier le vocabulaire utili-sé. Nous appelons indifféremment
Nord, pays « riches », pays industria-lisés, pays « développés »
ou
 riade,
 le groupe ormé par les pays d’Europe occidentale, d’Amérique du Nord, le Japon, la Corée du Sud
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, l’Austra-lie, la Nouvelle-Zélande et quelques autres pays à revenus élevés
[voir liste en annexe]
. Même s’il nous paraît ort discutable de regrouper des pays aussi divers que la Taïlande ou Haïti, le Brésil ou le Niger, la Russie ou le Bangla-desh dans une même catégorie, nous adoptons les classifications reprises dans les statistiques ournies par les institutions internationales. Nous appelons donc
 pays en développe-ment (PED)
 ou
tiers-monde
 ou
Sud,
 tous les pays qui ne ont pas partie de la catégorie « pays développés » ; il y en avait 145 en 2011 selon notre recensement. Dans cette catégorie, nous distinguons, pour des raisons historiques, un groupe de pays que nous appellerons « PECO et Asie Centrale » (qui regroupe l’Europe centrale et de l’Est, la urquie et l’Asie centrale) et les autres (Amérique la-tine et Caraïbes, Moyen-Orient et Arique du Nord, Arique subsaha-rienne, Asie du Sud, Asie de l’Est et
1 Depuis le livre
50 Questions / 50 Réponses sur la dette, le FMI et la Banque mondiale
 (2002), ces groupes de pays ont été modifiés par la Banque mondiale. Par exemple, la Corée du Sud a quitté la caté-gorie des PED pour intégrer celle des pays développés. Bien que ce jugement soit discu-table, nous nous rangeons à cette convention afin que nos calculs aient la même base que ceux de la Banque mondiale. C’est aussi le cas de quelques autres pays comme la Répu-blique tchèque ou l’Estonie.
Pacifique)
[voir liste en annexe]
.Dans le texte qui suit, nous privilé-gierons les dénominations utilisées par les institutions internationales - puisque la plupart des données analysées proviennent de ces mêmes institutions - qui distinguent «
 pays développés
 » et «
 pays en développe-ment 
 » (PED). Force est néanmoins de rappeler la connotation idéo-logique et occidentalo-centrée de cette terminologie. En effet, celle-ci ne prend essentiellement en compte que la dimension économique du développement et sous-entend qu’il existerait un seul modèle de dévelop-pement (le modèle capitaliste indus-triel et extractiviste occidental) et des pays « en retard » qui devraient rat-traper d’autres pays « avancés » sur la même lignée. Le CADM rejette avec orce cette vision du monde.Il y avait le premier monde, le « Nord », le deuxième monde dit so-cialiste (bloc soviétique + Chine…), et le tiers-monde, regroupant les peuples des pays en développement, en majorité d’anciennes colonies de l’Europe occidentale, du Japon ou des États-Unis. Le deuxième monde s’est effondré au début des années 1990 avec la chute du mur de Ber-lin. Dix ans plus tôt, le tiers-monde avait été soumis au diktat du Fonds monétaire international (FMI) et de la Banque mondiale. Avec la crise financière de 2008, c’est le premier monde qui a basculé. Il ne reste plus désormais que deux catégories prin-cipales : la poignée de ceux qui pro-fitent du capitalisme contemporain et la grande majorité qui le subit. No-tamment au travers du mécanisme de la dette. Au cours des trente dernières an-nées, les maillons aibles de l’écono-mie mondiale se situaient en Amé-rique latine, en Arique, en Asie ou dans les pays dits « en transition » de l’ex-bloc soviétique : la croissance était au « Nord » tandis que les pays en développement, le tiers-monde, ployait sous le ardeau de la dette. Depuis 2008, le panorama a changé et une grande partie des doutes se o-calisent désormais sur l’Union euro-péenne, la croissance y est anémique, les conditions de vie se dégradent et les dettes augmentent.--------------À l’instar des précédentes éditions, Les Chiffres de la Dette 2015 pour-suivent le double objecti de propo-ser, d’une part, une analyse critique et rigoureuse, et d’autre part, une dénonciation des fins et des résul-tats néastes du « système dette » tant dans les pays du Sud que du Nord.
« En 1951, j’ai, dans une revue bré-silienne, parlé de trois mondes, sans employer touteois l’expression ‘‘iers  Monde’’. Cette expression, je l’ai créée et employée pour la première ois par écrit dans l’hebdomadaire rançais ‘‘l’Observateur’’ du 14 août 1952. L’article se terminait ainsi : ‘‘car enfin, ce iers Monde ignoré, exploité, méprisé comme le iers État, veut lui aussi, être quelque chose’’. Je transpo-sais ainsi la ameuse phrase de Sieyes sur le iers État pendant la Révolu-tion rançaise. »
Alred Sauvy, démographe et économiste rançais
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