DOSSIER
Et si E.T. nous rendait visite...
NOVEMBRE 2010 - SCIENCES ET AVENIR
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SCIENCES ET AVENIR - NOVEMBRE 2010
Difficile de dire à quoi ressembleraient des êtres venus d’ailleurs, sauf à extrapoler à partir de phénomènes connus sur Terre. Esquisse de portrait-robot.
Dessine-moi un E.T.
Quels sont les points
 
communs entre un es-
cargot, une autruche et une baleine ? Innom-
brables ! Habitants de la même planète, ces espèces si dissemblables en apparence sont en fait issues de la même chimie basée sur l’eau et le carbone. Cette architecture de la  vie est-elle universelle ? Bien malin qui pourrait répondre. Il y a quelques décen-nies, des chercheurs ont émis l’idée que des formes de vie pourraient s’être développées à partir du silicium, de l’arsenic, du phos-
phore ou du chlore à la place du carbone, uti-lisant de l’ammoniac au lieu de l’eau. Si c’est
le cas, comment concevoir le portrait-robot d’un être issu d’une chimie si différente ? Et quand bien même notre E.T. aurait évolué à partir des mêmes briques fondamentales que nous, comment imaginer la manière dont l’arbre de la vie a pu se ramifier ailleurs ? Mission quasi impossible ! Les ex-travagances de la science-fiction s’inspirent en réalité de ce que nous connaissons sur Terre, la science révélant chaque jour moult bizarreries biologiques dans les milieux ex-trêmes.
« Les formes de vie passées pour-raient tout aussi bien être extraterrestres.  Les faunes disparues d’Ediacara puis de  Burgess par exemple, il y a quelque 500 mil-lions d’années, ne ressemblaient en rien à la faune actuelle »,
 remarque Roland Le-houcq, astrophysicien au CEA. Pourtant, une chose est sûre :
« La physique, elle, est universelle et les mêmes contraintes doi-vent s’appliquer partout. »
 C’est donc en dé-finissant ces contraintes que nous avons dé-cidé de tenter l’impossible : dresser le portrait-robot d’un extraterrestre.
 
S. R.Illustration : Didier Florentz pour Sciences et Avenir
La vue 
dictée par la lumière de son étoile
Cet E.T. vit dans un monde éclairé par une étoile plus froide que le Soleil. Parce que celle-ci rayonne plus dans l’infrarouge, la sensibilité de ses cellules rétiniennes est décalée vers le rouge – alors que le maximum de sensibilité terrestre se situe plutôt vers le vert. Concernant le nombre d’yeux, pas de règle : sur Terre, l’opabinia était un animal à cinq yeux.
Membres et doigts 
facilitent rapidité et dextérité
Six membres articulés (4 pattes et 2 bras) confèrent à cet être rapidité et stabilité en dépit de sa haute taille. Le nombre pair de ses membres lui garantit l’équilibre. Sur Terre, si le nombre de membres est très divers, la parité est de règle chez les animaux macroscopiques. Par ailleurs, rien ne limite le nombre de doigts. Nous avons opté pour trois doigts, dont un pouce opposable grâce auquel la créature peut former une « pince » et jouir d’une préhension efficace et d’une certaine dextérité.
La bouche
 haute pour mieux digérer
Pour éviter aux muscles de lutter contre la gravité, notre Alien a la bouche plus haut que son organe de digestion. Il n’y a pas de contrainte en revanche sur la place du cerveau ou du cœur, qui pourraient être positionnés au centre du corps. Le cerveau est ici arbitrairement au sommet de la tête, au voisinage des organes de vision.
La couleur du sang 
varie facilement
Le bout inervé du museau de la créature laisse voir la couleur bleue de son sang. Ce choix est arbitraire : sur Terre, on trouve aussi bien des créatures au s ang rouge que bleu - l’hémolymphe du limule est bleu du fait de la présence d’hémocyanine en lieu et place de l’hémoglobine rouge des mammifères. Chez les phasmes, l’hémolymphe est verte, colorée par la chlorocruorine. Quant au poisson des glaces, son sang blanc possède des protéines antigel, utiles sur d’éventuelles planètes de glace.
Un squelette
pour la marche
Notre extraterrestre possède un squelette pour se déplacer sur la surface rocheuse de sa planète : la marche semble en effet nécessiter la rigidité d’une ossature. La faune terrestre offre à ce point de vue tous les cas de figure : du corps mou (ver, poulpe), au squelette interne (oiseaux, poissons) ou externe (libellule, moustique), en passant par la coquille interne (seiche) ou externe (crabe, escargot).
La taille 
dépend de la gravitation
Il évolue sur une planète à plus faible gravité que la Terre et mesure 4 mètres de haut. La masse d’une planète – donc sa force de gravitation – impose une limite supérieure à la taille de ses habitants, dépendant de la résistance du squelette, notamment des articulations et des tendons : sur Terre, la taille maximale est de 40 m et les diplodocus sont donc les plus grands êtres possibles.
Les membres 
symétriques pour mieux se déplacer
Notre créature est aussi à l’aise dans l’eau que dans l’air. Sa symétrie bilatérale, en effet, lui permet de se déplacer dans le milieu dense qu’est l’eau. S’il était asymétrique, des forces différentes s’appliqueraient sur son corps et il tournerait toujours du même côté. La symétrie bilatérale est moins nécessaire à l’échelle des micro-organismes ou dans l’air.
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