Guillaume CHAMPEAU
 Adresse
Ofce central de lutte contre la criminalité liéeaux technologies de l'inormation et de lacommunication (OCLCTIC) Place Beauvau75800 Paris Cedex 0823 mars 2015, envoyé par LAR
Objet : demande de recours gracieux
Madame, Monsieur, J'ai l'honneur de vous demander par la présente le retrait de l'acteadministrati pris en vertu de l'article 6-1 de la loi du 21 juin 2004, par lequell'Ofce central de lutte contre la criminalité liée aux technologies del'inormation et de la communication (OCLTIC) a notié le nom de domaine
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 à des personnes mentionnées au 1 du I de l'article 6 de laditeloi, aux ns qu'elles empêchent sans délai l'accès à ce domaine. Cet acteadministrati n'ayant ait l'objet d'aucune publication, je suis dans l'incapacitématérielle de vous en livrer la date et les réérences précises, et vous prie doncde bien vouloir procéder aux diligences nécessaires pour admettre larecevabilité du présent recours et y donner satisaction. Ma demande n'a pas pour objet de contester le caractère éminemmentchoquant de propos qui pourraient avoir été publiés sur le site
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, mais de aire reconnaître un abus de droit dans la mise en œuvre dela loi du 13 novembre 2014, qui n'autorise votre administration à ordonnersans procédure contradictoire préalable le blocage de sites internet qu'enprésence de contenus aisant indubitablement l'apologie d'actes de terrorisme,ou provoquant directement à des actes de terrorisme.
INTERET A AGIR
Selon une jurisprudence constante de la Cour européenne des droits del'homme, l'article 10 de la Convention européenne de sauvegarde des droits del'homme et des libertés ondamentales à laquelle la France est partie garantitnon seulement le droit de communiquer des inormations, mais aussi le droit,
 
pour le public, d'en recevoir
1
. Rappelant ainsi que la liberté d'expressioncomprend également la liberté de recevoir des idées et des inormations, laCour européenne des droits de l'homme a jugé qu'il aut «
déduire del’ensemble des garanties générales protégeant la liberté d’expression qu’il y alieu de reconnaître un droit d’accès sans entraves à Internet 
 »
2
.La Charte des droits ondamentaux de l'Union Européenne, devenuecontraignante pour la France depuis le Traité de Lisbonne de décembre 2009,dispose également en son article 11 que « toute personne a droit à la libertéd'expression », et que ce droit comprend « la liberté de recevoir desinormations ou des idées sans qu'il puisse y avoir ingérence d'autoritéspubliques et sans considérations de rontières ».C'est donc en raison de l'atteinte portée par votre acte administrati à mondroit ondamental à la liberté de recevoir des idées et des inormations que jesollicite par la présente en tant que citoyen rançais le retrait de l'actesusmentionné, dont l'eet est de m'empêcher d'accéder aux idées etinormations exprimées sur le site Internet
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.
MOTIVATIONS DU RECOURS
Dans sa Recommandation 2008/2160(INI) adoptée le 26 mars 2009, leParlement européen invitait les états membres «
à garantir que la libertéd’expression ne soit pas soumise à des restrictions arbitraires provenant de lasphère publique et/ou privée et éviter toute mesure législative ouadministrative qui pourrait avoir un eet dissuasif sur tous les aspects de laliberté d’expression
 ». Il est donc de la responsabilité de votre administrationd'observer la plus grande prudence dans la mise en œuvre des pouvoirs derestriction de la liberté d'expression conés par la loi du 13 novembre 2014. Selon les termes de la page ofcielle de votre administration vers laquelle jesuis redirigé lors d'une tentative de consultation du site Internet
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, l'accès à ce site m'est interdit «
car (mon) ordinateur allait seconnecter à une page dont le contenu provoque à des actes de terrorisme oufait publiquement l'apologie d'actes de terrorisme
 ». Par l'article 12 de la loi du 13 novembre 2014, le législateur a coné àl'autorité administrative le pouvoir de notier aux ournisseurs d'accès àInternet « la liste des adresses électroniques des services de communicationau public en ligne contrevenant aux articles 421-2-5 et 227-23 » du code pénal,le premier cité visant « le ait de provoquer directement à des actes deterrorisme ou de aire publiquement l'apologie de ces actes ». Cependant il n'est pas démontré par votre administration que le site
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 aisait eectivement l'apologie du terrorisme ou provoquaitdirectement à des actes de terrorisme. Le créateur de ce site internet le
1V. par ex.
Observer 
 et
Guardian
 c. Royaume-Uni 
, 26 novembre 1991, §59b.
2
 Ahmet Yildrim c. Turquie
, 18 décembre 2012 (requête n°3111/10), §31
 
dément
3
, et du ait du déaut de publication par votre part d'une décisionmotivée, je suis placé dans l'incapacité de vérier si l'atteinte à ma libertéd'accès à l'inormation est conorme aux restrictions permises par la loi et parles instruments internationaux auxquels la France est partie, ce qui ne sauraitêtre une présomption irréragable. Tout administré doit être en mesured'apprécier et au besoin de contester la proportionnalité des mesuresd'atteinte à la liberté d'expression décidées par l'administration.Selon la seule explication avancée par voie de presse par le ministère del'Intérieur, Islamic-News.ino aurait été intégré à une liste des sites à bloquercar il «
reproduit – sans le mettre en perspective – un discours d'Al-Baghdadidans lequel le leader de l’État Islamique invite à « déclencher les volcans dudjihad partout », et héberge le chier audio de ce discours in extenso
»
4
. Maismême à considérer que la publication en cause puisse être qualiée d'apologiedu terrorisme en dépit de « l'interprétation étroite » que les états membres duConseil de l'Europe doivent aire de toute restriction à la liberté d'expression
5
,la présence d'une telle publication illicite ne saurait justier à elle seule leblocage de l'intégralité du média
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. J'attire en eet votre attention sur le ait que la France a adhéré le 4novembre 1980 au Pacte international relati aux droits civils et politiques du16 décembre 1966, dont l'article 19 dispose que «
toute personne a droit à laliberté d'expression; ce droit comprend la liberté de rechercher, de recevoir et de répandre des informations et des idées de toute espèce, sans considérationde frontières, sous une forme orale, écrite, imprimée ou artistique, ou par tout autre moyen de son choix
». Or, chargé de veiller à la bonne application du traité, le Comité des droits del'Homme de l'ONU a ait observer
6
 que «
 toute restriction imposée aufonctionnement des sites Web, des blogs et de tout autre système de diusionde l’information par le biais de l’Internet, de moyens électroniques ou autres, y compris les systèmes d’appui connexes à ces moyens de communication,comme les fournisseurs d’accès à Internet ou les moteurs de recherche, n’est licite que dans la mesure où elle est compatible avec le paragraphe 3
 » de cetarticle. En tout état de cause, prévient-il, «
les restrictions licites devraient d’une manière générale viser un contenu spécique; les interdictions généralesde fonctionnement frappant certains sites et systèmes ne sont pas compatiblesavec le paragraphe 3
». A toutes ns utiles, le Comité rappelait aussi qu' «
interdire à un site ou àun système de diusion de l’information de publier un contenu uniquement aumotif qu’il peut être critique à l’égard du gouvernement ou du système politique et social épousé par le gouvernement est tout aussi incompatibleavec le paragraphe 3
».
3 V. http://www.numerama.com/magazine/32516-moi-censure-par-la-france-pour-mes-opinions-politiques.html4 « Les ratés de la première vague de blocages administratifs de sites djihadistes », LeMonde.fr, 18 mars 2015. http://www.lemonde.fr/pixels/article/2015/03/18/les-rates-de-la-premiere-vague-de-blocages-administratifs-de-sites-djihadistes_4596149_4408996.html5 V. CEDH, Sunday Times c/ Royaume-Uni, 26 avril 1979, §656 Observation générale n°34, § 43. CCPR/C/GC/34
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