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la domination impériale » (p. 88, elle souligne). Et l’auteure de citer Domenico Losurdo qui explique, au sujet de la modernité politique bourgeoise : « L’histoire de l’Occident se trouve face à un paradoxe. La nette ligne de démarcation, entre Blancs d’une part, Noirs et Peaux-Rouges de l’autre, favorise le développement de rapports d’égalité à l’intérieur de la communauté blanche » (ibid.). Elle résume plus loin l’argument en une formule détonante : « Ils nous disent 1789. Répondons 1492 ! » (P. 116). La Déclaration de 1789, en effet, s’inspire de la Déclaration d’indépendance américaine de 1776, laquelle a eu pour base matérielle le massacre des Indigènes et la traite des Noirs. Plus en amont, l’auteure a expliqué aux « Blancs » : « La race blanche a été inventée pour les besoins de vos bourgeoisies en devenir car toute alliance entre les esclaves pas encore noirs et les prolos pas encore blancs devenait une menace pour elle » (p. 41). C’est un argument qu’il faut partager sans réserve. Indiquons simplement que ces questions, en effet essentielles, sont mieux traitées dans le livre de Sadri Khiari
La contre-révolution coloniale en France
(La Fabrique, 2009). Il n’empêche, l’usage par l’auteure de la catégorie de « race » est donc non seulement irréprochable, mais salutaire. Elle en use en outre de manière parfaitement cohérente puisque dès les premières pages elle explique : « Pourquoi j’écris ce livre ? Parce que je ne suis pas innocente. Je vis en France. Je vis en Occident. Je suis blanche » (p. 23). Elle y revient plus loin : «
Indigènes de la République
, nous le sommes en France, en Europe, en Occident. Pour le tiers-monde, nous sommes blancs. La blanchité n’est pas une question génétique. Elle est rapport de pouvoir » (p. 118). Les accusations de « racisme » parce qu’elle a l’affront d’évoquer une race « blanche » impérialiste, ou de « misogynie » parce qu’elle ose interroger les ressorts d’un féminisme « blanc » qui trouve judicieux de stigmatiser les populations étrangères, notamment arabes, toutes ces accusations sont donc au mieux le fait de lecteurs trop pressés, au pire celui de belles âmes qui, sous couvert de principes humanistes, abritent un narcissisme d’homme « blanc ». Ceci étant dit, et aussi distinctement que possible, il n’en demeure pas moins que son livre prend, à certains égards, une valeur de symptôme. La souffrance de Houria Bouteldja se veut politique. Et elle l’est en effet. Mais la souffrance ne fait pas un révolutionnaire, pas plus qu’elle ne fait un poète, un amant ou un mathématicien. De tout discours, il faut examiner l’ordre des raisons. *
1. « Fusillez Sartre »
: le titre du prologue est un slogan d’extrême droite du temps de la guerre d’Algérie. Sartre avait pris fait et cause pour le FLN et au-delà pour « les damnés de la terre ». Il était haï par l’extrême droite et la bourgeoisie « blanche ». Le problème, aux yeux de l’auteure, est qu’il a pris cependant fait et cause pour la création de l’Etat d’Israël : « Car au-delà de son empathie pour les colonisés et leur légitime violence, pour lui, rien ne viendra détrôner la légitimité de l’existence d’Israël » (p. 16). Elle nous a averti qu’elle puisait « dans l’histoire et le présent de l’immigration maghrébine, arabo-berbéro-musulmane », et apparemment la question de la « légitimité de l’existence d’Israël » y a une place prépondérante puisque, bien qu’ayant combattu idéologiquement aux côtés des indigènes du monde entier, Sartre n’en reste pas moins, irréversiblement, un « blanc ». Elle explique en effet : « Sartre mourra anticolonialiste et sioniste. Il mourra blanc. Ce ne sera pas le moindre de ses paradoxes. En cela, il est une allégorie de la gauche française d’après-guerre » (p. 19). La « gauche française » était-elle « anticolonialiste et sioniste » ? Oui, dès lors que Sartre incarnait la « gauche française ». Au regard de l’héritage d’une « gauche » gouvernementale