Infractions au Code Electoral - Andrianjo dit Zo Razanamasy/Me Rija Rakotomalala

Collection de documents relatifs aux faits constatés durant les opérations de campagne électorale pour l'élection présidentielle du 25 octobre 2013 à Madagascar. Compilation en date du 16 décembre 2013 par Rija Rakotomalala ----------------- Fin octobre 2013, dans le court délai pour introduire devant la Cour Electorale Spéciale un recours relatif à l'élection du 25 octobre 2013 du Premier Président de la Quatrième République de Madagascar, Andrianjo dit Zo Razanamasy et moi-même, Rija Rakotomalala, Avocat au Barreau de Madagascar, avons participé à des investigations pour initier une démarche de dénonciation citoyenne des violations du Code Electoral. En effet, nous avons constaté que durant la campagne électorale, certaines entités ont délibérément violé de manière permanente le Code Electoral, au risque d’altérer la sincérité du vote, notamment par le non-respect de l’égalité des chances et de l’absence de neutralité de l’Administration. Nous avons ainsi pu nous entretenir avec des journalistes, correspondants d'organes de presse d’obédiences diverses (Taratra, La Nation, Ino Vaovao), des membres et des délégués de vote de plusieurs partis politiques (Malagasy Miara-Miainga, Hiaraka Isika, Malagasy Tonga Saina), des responsables administratifs (Chefs Fokontany, chefs de Zone Administrative et Pédagogique), des fonctionnaires ainsi que de simples citoyens. Plusieurs dizaines de témoignages ont été écrits volontairement sur les violations au Code Electoral constatées dans de nombreuses circonscriptions, et cela, bien au-delà de nos espérances, compte tenu du contexte historique et politique. Une requête en disqualification de Hery Rajaonarimampianina a été déposée le 4 novembre 2013 auprès de la Cour Electorale Spéciale (CES). Les moyens évoqués ont été notamment l'usage de prérogative de puissance publique, l'achat de votes, l'usage de biens publics et la contrainte sur fonctionnaires pour participer à une campagne électorale. Le 09 novembre 2013, Andry Rajoelina, Président de la Haute Autorité de la Transition, déclare au journal Le Monde soutenir dans les coulisses Hery Rajaonarimampianina et avoir donné instructions à ses ministres pour faire de même. Cet élément nouveau ainsi que de nouvelles pièces ont été déposés le 11 novembre 2013 auprès de la Cour Electorale Spéciale. Lors du dépôt de la demande et des pièces, aucun document de défense de Hery Rajaonarimampianna n'a été remis au conseil du demandeur. Aucune information n'a été communiquée sur une éventuelle décision qui aurait déjà été rendue. Le 12 novembre 2013, lors du dépôt d'une autre demande et de pièces, aucun document de défense de Hery Rajaonarimampianna n'a été remis au conseil du demandeur. Aucune information n'a été communiquée sur une éventuelle décision qui aurait déjà été rendue. Le 12 novembre 2013, un article du journal Express de Madagascar intitulé "Rajaonarimampianina au banc des accusés" mentionne un appel téléphonique le 11 novembre 2013 au Greffier en Chef de la Cour Electorale Spéciale qui confirme 1) un mémoire en défense de Hery Rajaonarimampianina déposé auprès de la CES, et, 2) aucune décision n'a été rendue par la CES sur les requêtes en sa possession. Le même article informe d'un entretien avec l'ancien Ministre de la Justice, Imbiki Anaclet, dans lequel ce dernier développe une possible stratégie de défense de Hery Rajaonarimampianina. L'ancien Ministre confirme qu'une autorité politique qui aurait déjà démissionné peut être disqualifiée si elle a connaissance des agissements illégaux et qu'elle y consent. Le 13 novembre 2013, un article du journal Midi Madagasikara intitulé "la CES divisée" informe de l'élément nouveau (la déclaration d'Andry Rajoelina dans le journal Le Monde) pouvant influer sur la procédure et soulève la question de la responsabilité de Hery Vaovao dans l'usage des biens publics et des prérogatives de puissance publique. Publiée le 13 novembre sur le site internet de la Haute Cour Constitutionnelle, la décision n°21-CES/D rendue par la CES le 9 novembre 2013 à 9h00, bien que rejetant la demande de disqualification déposée par Zo Razanamasy, reconnaît implicitement l'existence de faits à l'origine d'infractions au Code Electoral, dont notamment l'usage de prérogatives de puissance publique et l'achat de votes. Le 15 novembre 2013, dans un article du journal Midi Madagasikara intitulé "Poursuites judiciaires contre les candidats ayant commis des fraudes", il est relaté que le Ministre de la Justice par intérim, et non moins Ministre de l'Intérieur, déclare lors d'une conférence de presse en ses bureaux: " Une poursuite judiciaire contre tous ceux qui y sont impliqués de près ou de loin, y compris les candidats, sera lancée". Ainsi, ont été portés à la connaissance de la Commission Electorale Nationale Indépendante pour la Transition (CENIT), par lettre en date du 21 novembre 2013, l'intégralité des documents déposés auprès de la CES et justifiant de ces violations. En effet, les textes régissant la CENIT prévoient que celle-ci peut se saisir pour lancer une action en poursuite d'infractions si elle a connaissance de faits en violation du Code Electoral. L'arrêt n°01-CES/AR en date du 22 novembre 2013 rendu par la Cour Electorale Spéciale proclamant les résultats définitifs du scrutin du 25 octobre a confirmé l'existence d'infractions au Code Electoral, dont notamment l'usage de prérogatives de puissance publique et l'achat de vote. Dans le même arrêt, la Cour Electorale Spéciale a confirmé que seule la juridiction répressive est compétente pour statuer sur les infractions pénales. Plainte contre X et l’intégralité des documents versés auprès de la CES ont ainsi été déposés le 6 décembre 2013 auprès du Parquet d'Antananarivo, aux motifs principaux que 1) des infractions au Code Electoral ont été commises dans la Juridiction d'Antananarivo, et que, 2) des personnes soupçonnées (auteurs et/ou complices) dans la commission de ces infractions sont domiciliées à Antananarivo. Nous tenions à faire part des actions que nous avons entreprises, compte-tenu de la place particulière qu’occupe la Communauté Internationale dans le processus électoral à Madagascar. Bien que la requête ait été rejetée au motif que Hery Rajaonarimampianina avait démissionné au moment des faits, et qu’en conséquence, ne pouvait plus faire usage des prérogatives de puissance publique, les décision et arrêt rendus ont permis de mieux définir le cadre légal de la disqualification à Madagascar. Ont été confirmées, en la forme, les modalités de saisine, à savoir que, dans le cadre d’élection présidentielle, un simple citoyen votant dans une circonscription autre que celle où se sont déroulés les faits caractérisant l’infraction, peut saisir la juridiction électorale en disqualification. Ont aussi été confirmées, au fond, les éléments caractérisant la disqualification pour usage de prérogatives de puissance publique. Ainsi, juridiquement, les jugements rendus constituent une jurisprudence claire, qui pourra être exploitée lors d’élections futures. Le point le plus important est sans conteste l’engagement citoyen, dont ont fait preuve tous les témoins. La conscience de droits universellement reconnus, comme les libertés d’association, d’opinion politique, de vote, ou encore des élections libres, justes et transparentes qui caractérisent une démocratie, a poussé chacun d’entre eux à défendre ces droits. Chacune des personnes approchées a consenti à participer à la démarche initiée nonobstant leurs préférences politiques, les craintes de représailles, et les menaces dans leurs activités professionnelles, voire même contre leur intégrité physique. A la date d’aujourd’hui, si certaines personnes ont déjà subi des sanctions disciplinaires, tandis que d’autres sont indirectement menacées de licenciement, aucun de ces témoins n’a manifesté directement ou indirectement de revirement dans l’engagement citoyen initialement pris. Nous avons ainsi saisi la juridiction pénale afin que soient sanctionnés ces violations du Code Electoral. Si les deux candidats au second tour de l’élection présidentielle, ont, à maintes reprises, fait des déclarations pour la défense de l’état de droit à Madagascar, l’actuel Ministre de la Justice par intérim s’est engagé publiquement à poursuivre les auteurs de ces infractions électorales. En effet, l’élection du Premier Président de la Quatrième République constitue l’un des actes fondateurs importants de cette République. Nous espérons humblement que les valeurs démocratiques véhiculées par la Communauté Internationale tout au long du processus de résolution de la crise à Madagascar durant ces cinq dernières années contribueront à un procès juste et équitable. A toutes fins utiles, nous avons rendu disponible pour tout intéressé les copies des documents versés auprès de la Cour Electorale Spéciale. Les documents intitulés « Requête en disqualification », « Pièces additives 1 » et « Pièces additives 2 » contiennent l’intégralité des témoignages que nous avons pu rassembler. -- Pour toute information, contacter Rija Rakotomalala par e-mail à l'adresse rijarakoto@gmail.com