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La mise en scène du scandale

« Les critiques, je m'en moque, Car quand je ne serai plus contesté, je ne serai plus important. » "Ce fut comme le bruit d'une trombe qui aurait passé sur la salle d'exposition en secouant et en fracassant les vitres" (Castagnary, 1884)

1849 L'homme à la pipe, 45 x 37 cm, Musée Fabre, Montpellier

Le sujet

1853 Les Baigneuses
227 x 193 cm, Musée Fabre, Montpellier

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Les Baigneuses Une grande œuvre destinée au Salon.

Le tableau attire l'anathème général. Il produit une stupéfaction indignée ou hilare.

La photographie comme modèle

Les critiques -Théophile Gautier en fait l'écho :
« Figurez-vous une sorte de Vénus hottentote sortant de l'eau, et tournant vers le spectateur une croupe monstrueuse et capitonnée de fossettes »

Il s'agit d'une œuvre de combat, créée pour la polémique.
-Proudhon y voit une sorte d'allégorie sociale :
« Oui, la voilà bien, cette bourgeoise charnue et cossue, déformée par la graisse et le luxe ; en qui la mollesse et la masse étouffent l'idéal, et prédestinée à mourir de poltronnerie, quand ça n'est pas de gras fondu ; la voilà telle que sa sottise, son égoïsme et sa cuisine nous la font... »

-Delacroix note dans son journal :
« J'ai été étonné de la vigueur et de la saillie de son principal tableau : mais quel tableau ! C'est la vulgarité et l'inutilité de la pensée qui sont abominables ; et même, au milieu de tout cela, si cette idée, telle quelle, était claire ! Que veulent dire ces deux figures? (…) Il y a entre ces deux figures un échange de pensée qu'on ne peut comprendre »

A quoi jouent ces personnages ? 1 Ils renvoient explicitement à l'iconographie consacrée du nu mythologique. Vénus sortant de l'onde
Diane et ses nymphes surprises au bain par Actéon Intention parodique évidente. Double critique : Celle des classes oisives de la société ( cf Proudhon). Celle de l'art académique pérennisant la représentation de mythes et chimères.

Aux antipodes de toute réalité sociale.
2 Comparaison avec Jésus face à Madeleine, non pas « noli me tangere » ( ne me touche pas) mais « ne me regarde pas ».
Tension érotique entre les deux femmes. Tous les signes de sujets bien connus, mais pas de sujet du tout. Le vide du sujet est compensé par le trop plein de peinture.

Rosa BONHEUR Le marché aux chevaux – 1852-55
244,5 x 506,7cm- New-York, Metropolitan Museum of Art

1853 Les lutteurs
252 x 198 cm Szépüvézti museum, Budapest

Au cours de cette période, Courbet fait une rencontre décisive pour la suite de sa carrière. Alfred Bruyas (1821-1877), un riche collectionneur originaire de Montpellier, achète Les Baigneuses. Il va dès lors devenir un véritable mécène pour l'artiste, qui peut ainsi vivre de sa peinture en toute indépendance. La reconnaissance vient également de l'étranger. Dès 1854, on se dispute à Berlin et à Vienne l'honneur d'exposer Courbet.

1853 par Courbet

1854 par Courbet

1853 par Delacroix

1846 par Cabanel

Les Demoiselles du bord de la Seine. 1856.
174 x206cm. Paris, musée du Petit- palais.

chapeau d'homme chacune un bouquet de fleurs

corset

robe châle

Le regard
Giorgione La Venus endormie vers 1510

Titien La Venus d’Urbin 1538

Manet Olympia 1863

Le Salon de 1857. ŕ La Peinture Gustave Planche Revue des Deux Mondes, Deuxième période, tome 10, 1857.
Nous retrouvons M. Courbet tel que nous le connaissons depuis ses Baigneuses, qui ont excité tant de scandale. Il exprime habilement ce qu’il veut, mais ce qu’il veut est toujours singulier, et blesse le goût des moins délicats. Ses Demoiselles des bords de la Seine semblent un défi porté à tous ceux qui ont blâmé le choix des sujets qu’il se plaît à traiter. Comment est placée la femme qu’il nous montre ? Je ne me charge pas de le deviner. Il y a pourtant du talent dans cette figure étrange, un talent d’exécution que personne ne peut songer à contester ; mais quel talent mal dépensé ! Toutes les remontrances viennent échouer contre l’obstination de l’auteur : lui dire qu’il se trompe est parfaitement inutile. Je croyais d’abord qu’il avait choisi le scandale comme un moyen de succès, avec l’intention de prendre une autre voie dès que son nom serait connu. Maintenant je commence à changer d’avis, car son nom est connu, et il persévère. La réalité, qu’il imite avec adresse, est à ses yeux le dernier terme de l’art ; il ne voit rien au delà, ses ouvrages nous donnent le droit de le penser. Sa Biche forcée à la neige ne manquerait pas d’intérêt, si la neige, au lieu de monter perpendiculairement vers le sommet du cadre, fuyait vers l’horizon. Il y a là une faute de perspective que rien ne saurait justifier.

1866 La femme au perroquet
129,5 x 195,6 cm – New-York, Metropolitan Museum of Art

1866- Le réveil ou Venus et Psyché
77 x 100 cm, Berne, Kunstmuseum.

Détruit à Berlin pendant la seconde guerre mondiale, Le Réveil, nous est connu par une photographie et par une version recadrée et réduite.

gravures

La femme à la vague, 1868
65 x 54 cm, New York, The Metropolitan Museum of Art.

Dans la femme à la vague de COURBET, l'impact érotique, sinon pornographique, est encore beaucoup plus considérable. La pose ( un buste grandeur nature émergeant du flot) n'est plus académique ; - Les bras levés laissent voir le poil sous l'aisselle, représentation exceptionnelle à l'époque et donc d'autant plus troublante ; - Les tons rouges et bleus ne sont pas posés au hasard mais soulignent le renflement du sein, indiquent l'agitation du sang remué par le froid et qui rosit les joues, affleure sur le tétin dressé . Cézanne, à la fin de sa vie, commentant cette peinture ou d'autres nus de Courbet aux «chairs épaisses », écrira : « On a la bouche pleine de couleurs. On en bave. » - Enfin l'écume, posée ou peut-être lancée en projections épaisses sur ce ventre en partie immergé, est la métaphore évidemment scandaleuse de la semence de l'homme.
Dans « lire la peinture » tome 1. Dans l'intimité des œuvres Nadeije LANEYRIE-DAGEN page 163

Le contexte esthétique

1868 La source 1868 La femme à la vague

1866 La jeune baigneuse

1862 Amaury Duval La naissance de Venus 196,8 x108,9 cm Beaux-Arts de Lille

1838 Théodore Chasseriau

Venus anadyomène, dite Venus marine
65 x 55 cm - Louvre, Paris.

1863 - Alexandre Cabanel Naissance de Venus
130 x225 cm - Musée d'Orsay, Paris
Emile Zola dénonce l'ambiguïté de cette représentation : « La déesse, noyée dans un fleuve de lait, a l'air d'une délicieuse lorette, non pas en chair et en os - cela semblerait indécent - mais en une sorte de pâte d'amande blanche et rose »

L'un des grands succès du Salon de 1863 où elle fut acquise par Napoléon III.

1800 - 1803 – GOYA La maya nue
97 x 190 cm- Musée du Prado, Madrid

1881 Gustave Caillebotte Nu au divan, 131 x196 cm Minneapolis Institute of art

1995 Lucian Freud Benefits supervisor sleeping

Le sommeil, 1866
135 x 200 cm, Paris, petit palais.

Le sommeil (détail)

Fiche petit palais

L’origine du monde
Film de Jean-Paul Fargier 26mn 1996 Musée d’Orsay, Ex Nihilo, La sept / Arte, RMN
Longtemps considérée comme obscène, L’origine du monde est aujourd’hui encore une œuvre provocante. Ce film retrace l’histoire d’un destableaux les plus mystèrieux de l’art occidental.


Les lieux de monstration

Les Salons officiels
L’Académie royale de peinture et de sculpture est créée à Paris en 1648.
Pour en faire partie un artiste devait soumettre une œuvre appelée "morceau de réception" qui devenait la propriété de l'Académie. Celle-ci présentait les œuvres au public de manière irrégulière à l'occasion d'expositions.

En 1725, l'exposition a lieu au Salon carré du Louvre, puis s'y déroule régulièrement à partir de 1737.
L'habitude est alors prise de parler du "Salon officiel" comme lieu de présentation au public des œuvres des Académiciens.

Exposition au Salon de 1787. Eau-forte de Pietro Antonio Martini ( 1738-1797) Paris, B.N.

Après la Révolution française, le Salon s'ouvre à tous les artistes vivants. L'art officiel prévaut et impose ses thèmes très classiques centrés sur l'histoire et les mythologies grecque et romaine auxquelles doivent se soumettre les candidats au Prix de Rome.

1824 – HEIM François-Joseph ( 1787 - 1865)

Charles X distribuant des récompenses aux artistes exposants

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1851- Les demoiselles de village
195 x 261 cm- Metropolitan museum of art, New-York

Le jury du Salon de 1855 accepte plus d'une dizaine de toiles de Courbet, mais refuse son Atelier, à cause de la taille de l'oeuvre. Cette décision incite Courbet à organiser une exposition particulière, en marge de l'Exposition universelle, dans un bâtiment édifié à ses frais et qu'il nomme le "pavillon du Réalisme".

L’idée nouvelle du « programme »

. Dès 1830, six ans seulement après la Symphonie n° 9 de Beethoven, ses études, ses influences et son génie permettent à Berlioz ( 1803 Ŕ 1869) d'écrire la Symphonie fantastique, op. 14, qui enthousiasme Franz Liszt, mais provoque un grand scandale chez un public qui ne se rend pas compte de la portée de l'œuvre : elle va relancer la « musique à programme », ou « musique descriptive », et va s'insinuer partout dans la musique allemande (Franz Liszt et Richard Strauss), puis dans la musique française (Saint-Saëns, Dukas, Franck ). Dès 1834, il se fait connaître comme critique dans la Gazette musicale, puis dans le Journal des débats, où il soutient son système musical, qui subordonne l'harmonie à la recherche de l'expression.

Balzac par Nadar

Portrait de Berlioz par Gustave Courbet 1850 61 x 48 cm Musée d’Orsay, Paris

Balzac ( 1799 Ŕ 1850) a organisé ses œuvres en un vaste ensemble, à partir de 1842 La Comédie humaine, programme très vaste qui réunit des articles de journaux, des romans, des écrits privés et publics.

Lors de l'Exposition universelle qui se tient à Paris en 1867, Courbet expose cette fois neuf toiles au Salon. Cette reconnaissance ne l'empêche cependant pas d'organiser à nouveau une exposition personnelle dans un bâtiment construit place de l'Alma. Le public peut y admirer environ cent quarante de ses œuvres.

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1863 Edouard Manet Le déjeuner sur l'herbe
208 x264 cm Musée d'Orsay, Paris
d'abord intitulé Le Bain, puis La Partie carrée

Le Déjeuner sur l'herbe est la plus grande toile d'Édouard Manet, celle où il a réalisé le rêve que font tous les peintres : mettre des figures de grandeur nature dans un paysage.

En 1865, Claude Monet commença à peindre son propre Déjeuner sur l'herbe
en réponse à celui de Manet

Toutefois cet immense tableau (4,6 par plus de 6 m) est demeuré incomplet. Il représente une scène plus socialement acceptable de récréation bourgeoise (on remarque Camille Monet et Frédéric Bazille), mais puisqu'il s'agit d'une démonstration du nouveau style impressionniste, l'accent est plus sur les effets de lumière que sur le sujet comme tel. Le jeu subtil d'ombre et de lumière démontre les avantages de la peinture pleinairiste et contraste avec la lumière d'atelier peu naturelle de Manet.

Partie centrale

Après que la peinture monumentale eût été endommagée par l'humidité, Monet l'a découpée en trois. Les sections de gauche et du centre sont maintenant au musée d'Orsay, mais la troisième est perdue. Une étude complète pour le tableau est à Moscou, au musée des beaux-arts Pouchkine

1867
Léonce Petit

1880 Edouard DANTAN un coin du Salon de 1880

«Il faudra que l’on dise de moi, celui-là n’a jamais appartenu à aucune école, à aucune église, à aucune institution, à aucune académie, surtout à aucun régime si ce n’est le régime de la liberté» a-t-il écrit dans une lettre ouverte publiée par Le Siècle (3 juin 1870), quand il a refusé la Légion d'Honneur. On peut y voir une manière d'épitaphe.

Caricature de GILL parue dans « la lune » en 1870

Peut-on encore

« faire scandale » au XX ème siècle ?

Le geste artistique
La vacuité du sujet

Selon Alain Jouffroy, Marcel Duchamp aurait déclaré : Jusque-là, le peintre était un monsieur à la solde d'un roi ou d'un empereur, ou même d'un groupe de collectionneurs. Mais du jour où Courbet a commencé, c'est devenu le contraire. Il a dit : "Je fais un tableau Monsieur le Collectionneur vous pouvez le prendre ou ne pas le prendre, je ne le changerai pas, c'est à vous de vous soumettre à mes volontés" (in Marcel Duchamp, Rencontre, Paris, 1997).

Le sujet trivial voire choquant
Le rapport au corps

Piero Manzoni merda 1961

Wim Delvoye Cloaca - 2000

Cloaca (« cloaque ») est une Installation de l'artiste Wim Delvoye ( 2000 ), qui représente un tube digestif humain géant et fonctionnel. La première version de la Cloaca - il en existe quatre - est une machine de 12 mètres de long, 2,8 mètres de large et 2 mètres de haut. Elle est composée de 6 cloches en verre, contenant différents sucs pancréatiques , bactéries et enzymes , acides , etc., le tout dans un milieu très humide. Les cloches sont reliées entre elles par une série de tubes, tuyaux et pompes. Contrôlée par ordinateurs, l'installation est maintenue à la température du corps humain (37,2 °C) et fait circuler les aliments, ingérés 2 fois par jours, pendant 27 heures, pour y produire au final des excréments . Son coût de construction est d'environ 200 000 dollars .

2001 - Ron MUECK – Mother and child

Œuvre secrète, confidentielle

« Etant Donné » de Marcel Duchamp
Etant donné 1) La chute d'eau 2) le gaz d'éclairage " est la dernière oeuvre de Marcel Duchamp, sorte de testament posthume réalisée dans le plus grand secret de 1946 à 1968. Elle a été montrée le 7 juillet 1969 au musée de Philadelphie sans aucune cérémonie d'inauguration, ni déclaration à la presse. Appelée par Marcel Duchamp "environnement" ou "sculpture- construction". Duchamp laisse un carnet d'instructions pour remonter cette œuvre à partir des pièces détachées dans son atelier.

Description : Une vieille porte de grange avec deux trous à hauteur des yeux. A travers un trou pratiqué dans le mur du fond de la grange le spectateur-voyeur peut voir la mise en scène suivante : Une jeune femme nue se tient couchée sur des brindilles et des feuilles sèches, ses jambes écartées découvrent un sexe imberbe. Elle tient une lampe. Dans le fond une chute d'eau, et un paysage de collines et de bois. Cette pièce est la conclusion de l'oeuvre de Marcel Duchamp, l'artiste dont se réclament tous les artistes majeurs des années 70 et 80. L'artiste qui a véritablement initié l'art contemporain dans de nombreux aspects, ce que Pierre Restany appelle L'autre face de l'art.

Le choix du lieu d'exposition

Jeff Koons expose

au château de Versailles en 2008

Murakami en 2010

Pom and me – 2009-10
Fibre de carbone, peinture acrylique

Flower Matango – 2001-2006
Fibre de verre, peinture à l'huile et acrylique

L'engagement dans la vie sociale

Dans la nuit du 21 au 22 avril 1991 – David Cerny ( né en 1967)

Il se rend célèbre en peignant en rose , avec un condisciple, le char JS-2 qui, érigé sur un piédestal, symbolise la libération de la ville de Prague par l’Armée rouge. Cerny est envoyé en prison et le char d’assaut repeint en kaki. Mais cette attitude provoque une réaction: le char est immédi atement repeint en rose par les Députés qui profitent de leur immunité parlementaire. Cerny est libéré et le JS2 transféré au musée de l’armée où, définitivement vert-kaki, il bénéficie d’une surveillance plus attentive que dans un lieu public.

Maurizio Cattelan – la Nona Ora 1999

Le titre de l’œuvre fait référence à l’heure de la mort du Christ sur la croix, la neuvième heure selon la théologie chrétienne.

Faire du bruit
Plan « marketing » , communication aux médias Marché de l'art

Salvador Dali 1904 - 1989

« Parfois je crache par plaisir sur le portrait de ma mère » , « la liberté c’est de la merde »,… Exposition au centre Georges Pompidou, Paris: Du 21 nov 2012 au 25 mars2013

1931

ll trouva son propre style à partir de 1929. Son dessin ainsi que ses œuvres oniriques et surréalistes furent influencés par la peinture de la Renaissance qu'il admirait et à laquelle il mélangea les innovations de son temps pour former un style personnel très reconnaissable. Les thèmes qu'il aborda le plus fréquemment furent le rêve, la sexualité, sa femme Gala et la religion. La persistance de la mémoire est l'une de ses toiles les plus célèbres.

Artiste très imaginatif, il manifestait une tendance notable au narcissisme et à la mégalomanie qui lui permettaient de retenir l'attention publique mais irritait une partie du monde de l'art qui voyait dans ce comportement une forme de publicité qui dépassait parfois son œuvre.
La sympathie de Dalí pour Francisco Franco, son excentricité et ses œuvres tardives font de l'analyse de son œuvre comme de sa personne des thèmes difficiles et sujets à controverses.

2008 – For the love of God

Lu dans le Monde, Sept 2008: « Quand Sotheby’s et Damien Hirst inquiètent le marché de l’art… »

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