THEME I – VERS LA DISPARITION DU CONFLIT DE CLASSES ? VERS UNE MOYENNISATIO N DE LA SOCIETE ?

LES DEUX VISIONS DE LA STRATIFICATION SELON LOUIS CHAUVEL

PARTIE I – PRESENTATION DE L’ANALYSE MARXISTE

Petit rappel sur Marx (1)
• 5. Le capitalisme • Les rapports de production : – Les prolétaires n’ont que leur force de travail, qu’ils doivent vendre pour vivre – Les capitalistes (les bourgeois) disposent des moyens de production. Cela leur permet d’acheter la force de travail des prolétaires et de les exploiter. • L’exploitation : – Les prolétaires produisent plus de valeur que ce qu’ils coûtent – La différence est la plus-value – Les capitalistes peuvent garder la plus value grâce au rapport de force que leur confère la propriété des moyens de production. • La logique de l’accumulation – Passage du circuit marchand : M A M – Au circuit capitaliste : A M A+

Petit rappel sur Marx (2)
1. Le matérialisme • « Ce n’est pas la conscience qui détermine  la vie mais la vie qui détermine la conscience ». • En d’autres termes : – L’idéologie est expliquée par les conditions  matérielles dans lesquelles les hommes  vivent. – Elle a généralement pour effet de «  naturaliser » ces conditions matérielles en les  faisant paraître « évidentes », anhistoriques

Petit rappel sur Marx (3)
2. La métaphore de la maison : • Les fondations (la base matérielle) sont constituées par l’infrastructure économique. • Forces productives (les moyens de production, le travail) • Rapports de production (à qui appartiennent les moyens de production) • Les étages sont constitués par les superstructures : • La superstructure juridico-politique : le droit et les institutions politiques • La superstructure idéologique : les croyances, en particulier, les croyances religieuses mais aussi toutes les croyances sur le fonctionnement social. • L’ensemble (la maison) définit un mode de

Petit rappel sur Marx (4)
Le mode de production de la vie matérielle domine en général le développement de la vie sociale, politique et intellectuelle. (Critique de l’économie politique, t.1)

Rapports de production
Forces productives Forme le fondement économique et matériel de la société sur quoi est construite une superstructure juridico-politique
qui détermine

les formes de la conscience sociale

Petit rappel sur Marx (5)
Formes de la conscience sociale Superstructure juridico-politique

Forces productives

Petit rappel sur Marx (6)
Les principaux éléments de la pensée:L’aliénation L’aliénation(thème hégélien) =vecteur d’une critique sociale et morale des conditions d’existence imposées aux hommes dans la société capitaliste 1-Le travail, qui devrait être l’expression de la vie humaine Devient, du fait de la propriété privée qui sépare les travailleurs des instruments de production, de simple moyen de subsister 2-Les hommes sont soumis à un mécanisme aveugle (anarchique et anonyme): le marché qui règle les échanges

Petit rappel sur Marx (7)
Les hommes sont soumis à la division du travail et condamnés à exécuter une activité parcellaire et répétitive.C’est une forme d’esclavage moderne L’homme total sera celui qui accomplit vraiment son essence, c.à-d. son humanité dans et par son travail, entendu comme un processus de création et de maîtrise

Petit rappel sur Marx (8)
3. La lutte des classes • Toute société est divisée en classes sociales antagonistes • Les esclaves et les hommes libres dans l’antiquité • Les serfs et les seigneurs au moyen-âge • Les prolétaires et les bourgeois sous le capitalisme • Ces classes sociales se constituent autour de la propriété des moyens de production, qui permet de jouir d’un avantage décisif dans le partage des richesses • Toute l’histoire humaine s’explique par la lutte des classes. • L’idéologie intervient dans cette lutte : la classe dominante impose

Petit rappel sur Marx (9)
• 4. La conception de l’histoire chez Marx • Il y a une dialectique interne à l’infrastructure économique : • Moteur : les forces productives se développent (progrès des techniques et des savoirs en général) • A un moment donné les rapports de production ne sont plus adéquats par rapport au développement des forces productives. • C’est à ce moment qu’intervient une révolution politique et sociale qui va faire émerger des rapports de

Petit rappel sur Marx (10)
• 4 (b) La conception de l’histoire : un exemple. • Dans le mode de production féodal : – La classe dominante (les seigneurs) est propriétaire de la terre – Les paysans exploités (les serfs) sont attachés à la glèbe : ils sont fixés avec le sol • Développement des forces productives : la révolution industrielle implique que de grandes masses de travailleurs soient rassemblés dans des usines. Il faut qu’il puissent se déplacer qu’ils soient « libres » de tout lien de servage. • La révolution bourgeoise porte les capitalistes au pouvoir (Angleterre, 17ème, France et Amérique, fin du 18ème) – La révolution bourgeoise abolit le servage et les privilèges de l’aristocratie – Elle abolit aussi les corporations d’artisans (Loi Le

Petit rappel sur Marx (11)

Petit rappel sur Marx (12)
4 (d) La conception de l’histoire

«L’histoire de toute société jusqu’à nos jours, c’est l’histoire de la lutte des classes» p.26 dans le Manifeste du Parti communiste

«L’élimination (de la bourgeoisie) et le triomphe du prolétariat sont également inévitables» Elle signifie que les phénomènes historiques, qui sont la seule réalité de l’histoire, ne sont pas autre chose que des formes (diverses, complexes) de la lutte des classes.

Petit rappel sur Marx (13)
Donc selon Marx : 1- l’existence des classes n’est liée qu’à des phases historiques déterminées du développement de la production 2- la lutte des classes mène nécessairement à la dictature du prolétariat 3- cette dictature ne représente qu’une transition vers l’abolition de toutes les classes et vers une société sans classe. (1852)

Petit rappel sur Marx (14)
• 4 e. La conception de l’histoire : difficulté.
• Comment réconcilier – La contingence (lutte des classes) et – La nécessité (dialectique des forces productives et rapport de production) • Autrement dit le prolétariat est-il – Un acteur social « efficace » ? – Ou bien un sujet déterminé par la nécessité historique ? • Difficulté de « tenir ensemble » les deux

logiques

PARTIE II – PRESENTATION DE L’ANALYSE DE MAX WEBER

Max Weber
On peut parler de «sociologie compréhensive »

Dans cet ouvrage, Weber conteste l’interprétation marxiste du protestantisme

Le sociologue prend en compte le sens que les individus donnent à leur action, leur valeurs.

Il fait au contraire de l’éthique protestante un 1864 – d’essor du des facteur 1920 capitalisme Sociologue allemand

En quoi consistent les groupes statutaires ?

I. L’approche weberienne de la stratification sociale

En quoi cette analyse diverge-t-elle du marxisme ?

Serge Bosc Stratification et transformations sociales (Nathan 1993)

Expliquez la phrase
« L’analyse de Max Weber est en effet pluridimensionnell e ».
La stratification sociale est plurielle, elle diffère selon le registre considéré : ordre économique, prestige ou ordre politique Ces dimensions sont en interaction : les classes peuvent avoir une dimension communautaire, « les partis peuvent s’orienter consciemment dans l’intérêt de groupes statutaires ou de classes »

En quoi consistent les groupes statutaires ?
Les membres du groupe statutaires sont unis par des liens « extra économiques » : prestige, « honneur social »
C’est une réalité « intersubjective » : les membres du groupe statutaire se reconnaissent comme tels les uns les autres.

Elle repose sur des critères objectifs : style de vie, instruction, naissance, profession.

En quoi cette analyse diverge-t-elle du marxisme ?
Pour Marx, les classes sociales s’enracinent dans les rapports de production. Toutes les autres dimensions leur sont subordonnées. Weber admet que la stratification sociale puisse reposer sur des critères subjectifs (opinion des agents sur leurs positions relatives). Pourtant des points de convergence existent (distinction classe en soi / pour soi…)

PARTIE III UNE MOYENNISATION DE LA SOCIETE ET UN EFFONDREMENT DE LA CONSCIENCE DE CLASSE

Références de la Bibliothèque nationale de France (BNF) don le titre contient soit “ classes sociales ” soit “ classe ouvrière  (nombre d’occurrences par décennie et moyennes mobiles su 20 ans)
100 90 80 70 60 50 40 30 20 10 0 1810- 1820- 1830- 1840- 1850- 1860- 1870- 1880- 1890- 1900- 1910- 1920- 1930- 1940- 1950- 1960- 1970- 1980- 19901819 1829 1839 1849 1859 1869 1879 1889 1899 1909 1919 1929 1939 1949 1959 1969 1979 1989 1999 Dont “classes sociales” En gras

“classes sociales” et “classe ouvrière”

A - UNE REELLE HOMOGENEISATION
Le jeune agriculteur français d'aujourd'hui n'a plus grand-chose de commun avec ses aïeux : « C'est un producteur urbanisé qui vit à la campagne, regarde la télévision, et fait ses comptes, comme un cadre ou comme un commerçant des villes. ( ... ) Dans le cas du monde ouvrier, l'évolution est moins radicale mais le mode de vie ouvrier a aussi perdu de sa spécificité. Il n'est plus possible aujourd'hui d'isoler, comme le faisait Maurice Halbwachs dans l’entre-deux-guerres, le style de vie ouvrier et le style de vie bourgeois. La répartition des dépenses de l'ouvrier français s'est nettement rapprochée de celle des membres des autres catégories. Le temps libre, la voiture, l'équipement ménager, la radio et la télévision ont contribué à son « embourgeoisement ». (…) Aujourd'hui tous bénéficient d'une protection sociale et la bourgeoisie rentière a disparu. (…) Cette tendance à l'homogénéité sociale est manifeste dans de multiples aspects de la vie quotidienne: la télévision parle urbi et orbi, elle s'adresse à des masses non à des classes, les embouteillages du dimanche soir rassemblent, si l'on peut dire, un peu tout le monde, le vêtement distingue beaucoup moins qu'autrefois les sexes, les âges et les milieux sociaux - la casquette de l'ouvrier s'opposait au chapeau du bourgeois, aujourd'hui le jean ignore les distinctions de classe... Les manières sont devenues plus « démocratiques » ou plus informelles - le sentiment d'égalité, notait Tocqueville, tend à miner le respect des formes. En France, le tutoiement s'est étendu, Monsieur ou Madame sont des formules qui tendent à s'effacer. (…) Bénéton Philippe (1997), Les classes sociales, Paris, PUF, col. Que-sais-je ?, n° 341, p. 118-120

Temps de rattrapage ___________et la _________ des salaires _________
Rapport du salaire cadres / ouvriers 3,9 3,9 4,0 3,8 3,4 2,9 2,7 2,8 2,6 2,5 Croissance annuelle moyenne depuis 5 ans du pouvoir d’achat du salaire ouvrier (%) 4,8 2,8 3,5 3,7 3,5 1,6 0,3 0,3 0,3 0,6 temps de rattrapage (années) 29,1 49,7 40,0 36,8 35,7 65,1 371,9 353,0 316,2 150,6

1955 1960 1965 1970 1975 1980 1985 1990 1995 1998

Source: Séries longues sur les salaires, France, INSEE 1950-1999 Note : en 1955, le salaire moyen des cadres est 3,9 fois plus élevé que celui des ouvriers ; de 1950 à 1955, le taux de croissance annuelle du pouvoir d’achat du salaire ouvrier était de 4,8 % par an ; en 1955, à ce rythme, le temps nécessaire pour rattraper le pouvoir d’achat du salaire des cadres de 1955 est de 29,1 ans.

UNE REELLE HOMOGENEISATION

Les Français sont de plus en plus nombreux à se dire appartenir à la classe moyenne, ce qui est évidemment la négation d’une conscience de classe. (…) Aujourd’hui que le mouvement atteint son achèvement, peut-on encore parler de classe moyenne ? (...) La classe moyenne est en train de se détruire elle-même en tant que classe, entraînant une transformation de toute la structure sociale qui enlève du même mouvement à la classe ouvrière et à la classe dirigeante leur caractère de classe au sens fort, marxiste du terme. S’il n’y a plus lutte entre-elles, comment se définiraient-elles l’une par l’autre ? Et en pure logique, si tout le monde est moyen, plus personne ne l’est. (…) On peut proposer une « vision cosmographique. » Regardons notre société comme un ciel où les étoiles s’organisent en constellations diverses plus ou moins amples, plus ou moins cristallisées. (...) Les analyses de la stratification sont fondées sur deux échelles principales, le revenu et le niveau scolaire qui (...) délimitent un champ (...) sur lequel les CSP se distribuent selon un ordre qui n’est pas une hiérarchie unidimensionnelle. Les groupes ouvriers et employés sont très proches les uns des autres, c’est à peine si les employés du commerce ont un revenu supérieur à celui des employés de l’industrie, bien que leurs diplômes soient légèrement inférieurs : tout ces catégories peuvent être regroupées en un ensemble qu’on appellera constellation populaire. (...) Les cadres, les enseignants et les ingénieurs sont plus dispersés que les groupes populaires mais assez proches les uns des autres quant au diplôme : ils forment une constellation centrale. (...).
Mendras Henri (1994), La seconde Révolution française : 1965-1984, Paris, Gallimard, coll. « folio Essais », p. 60-67

B - Evolution des groupes sociaux
45 40 35 30 25 20 Professions intermédiaires 15 10 5 Chômeurs n’ayant jamais travaillé 0 1969 1974 1979 Agriculteurs 1984 1989 1994 1999 Cadres Patrons Employés Ouvriers (dont contremaîtres)

Source: Enquêtes emploi, France, INSEE 1969-2000

69

C - Population ayant le sentiment d’appartenir à une classe sociale en %

67

65

63

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57

55 1960

1965

1970

1975

1980

1985

1990

1995

2000

2005

Source : Source : IFOP en 1966 et SOFRES de 1976 à 1994 (Michelat et Simon, 1996) présenté dans Dirn (1998). Complété par "Panel Electoral Français 2002 » Cevipof.

LA TOUPIE DE HENRI MENDRAS

PARTIE IV – UNE MOYENNISATION A RELATIVISER

La spirale des classes sociales
Présentation réalisée par Pascal Binet à partir de la conclusion de l’article de Louis Chauvel

“Le retour des classes sociales”
Revue de l’OFCE n°79 Octobre 2001

Lorsque le texte est en violet, c’est qu’il s’agit d’une citation de l’article .

Lorsque le texte est en noir, c’est qu’il s’agit d’un résumé de l’article, ou d’un commentaire.
1

La spirale des classes sociales

“la théorie de la fin des classes sociales s’est le plus souvent fondée sur le constat de l’effondrement de la conscience de classes (ou de leur identité collective) pour en inférer la disparition des inégalités objectives qui la sous-tend, alors que ces deux dimensions sont sinon indépendantes l’une de l’autre, en tout cas liées d’une façon non mécanique. Une autre erreur manifeste de la théorie de la fin des classes est de croire en la linéarité de l’histoire sociale : parce qu’une tendance a été vraie lors des Trente glorieuses, beaucoup pensent qu’elle doit se prolonger encore 30 ans après, au même rythme. Il s’agit là d’une des plus grandes sources d’erreurs dans les diagnostics sociologiques. L’histoire du XXe siècle est celle des fluctuations respectives de la facette objective (les inégalités structurées) et subjective (les identités collectives) des classes sociales.” Louis Chauvel, page 39
2

La spirale des classes sociales Autrement dit, ce n’est pas parce que la conscience de classe disparaît que les inégalités objectives qui la faisaient exister ont elles aussi disparu. Ce n’est pas non plus parce que la conscience de classe s’est amoindrie au cours des trente glorieuses qu’elle va finir par disparaître. Louis Chauvel voit plutôt les évolutions conjointes des inégalités et de la conscience de classe comme une spirale : “L’histoire du XXe siècle est celle des fluctuations respectives de la facette objective (les inégalités structurées) et subjective (les identités collectives) des classes sociales.” Voyons la représentation qu’il en fait.
3

La spirale des classes sociales

On peut représenter horizontalement l’intensité des inégalités

et verticalement celle des identités collectives, c’està-dire de la conscience de classe.

4

La spirale des classes sociales

Plus une société se trouve à droite, plus elle correspond à une structure inégalitaire,

5

La spirale des classes sociales et plus elle est en haut, plus elle correspond à une forte identité collective des classes sociales.

6

La spirale des classes sociales

Directionnellement, nous avons ainsi quatre types repérables.

7

La spirale des classes sociales 1/ En haut à droite, nous avons une situation marquée par des inégalités fortes, mobilisées par une conscience de classe marquée : on est en présence d’un système de classes « en soi et pour soi ».

8

La spirale des classes sociales 2/ En haut à gauche, les inégalités sont faibles, mais la conscience de classe forte ; on peut faire l’hypothèse que cette situation ne peut se constituer sans une histoire préalable de revendications abouties.

9

La spirale des classes sociales

3/ En bas à droite, c’est la situation inverse, où les inégalités font exister des conditions de classes fortement opposées, sans que la conscience de ces classes n’existe ; il s’agit typiquement d’une situation d’aliénation du prolétariat.
10

La spirale des classes sociales

4/ En bas à gauche, il s’agit plutôt (directionnellement et à la limite) de la situation d’une société sans classe : sans inégalité ni identité.
11

La spirale des classes sociales La situation de classes en lutte (1) est conflictuelle et confronte au risque d’une conflagration sociale,

+
Conscience de classe

_ _
Inégalités
12

+

La spirale des classes sociales sauf à trouver une autre issue négociée avec la diminution des inégalités économiques (2).

+

Conscience de classe

_ _
Inégalités
13

+

La spirale des classes sociales

+
Conscience de classe

A partir de la position (1), l’issue (4) par la perte de la conscience de classe ne paraît pas très vraisemblable, puisque, face à des inégalités intolérables, les identités de classe doivent en toute logique se reconstituer — mais la question est bien celle-ci : comment les sociétés inégalitaires arrivent-elles à tolérer leurs inégalités ?

_ _
Inégalités
14

+

La spirale des classes sociales

+
Conscience de classe

(2)

(1) L’égalisation des conditions objectives qui caractérise le passage de (1) à (2) est de nature à dissoudre la conscience de classe et à amoindrir la force des identités qui s’étaient constituées à des stades antérieurs de l’histoire sociale, d’où un passage ultérieur à la position (3) ; Inégalités
15

_

(3)

_

+

La spirale des classes sociales

+
Conscience de classe À ce moment de l’histoire sociale, les élites sont tentées de reconstituer les inégalités qui leur sont favorables, en insistant notamment sur l’inefficacité des dépenses publiques, la désincitation que provoque l’impôt et la protection sociale, par ailleurs fort coûteuse… La faible conscience de (3) classe aidant, les inégalités se (4) reconstituent.

_

_

Inégalités
16

+

La spirale des classes sociales

+
Conscience de classe Cette configuration n’est pas non plus un point d’arrivée ultime : les victimes du nouveau partage sont appelées tôt ou tard à prendre conscience de l’injustice du sort Inégalités qui leur est fait.
17

_ _

+

La spirale des classes sociales

Louis Chauvel montre ensuite comment cette spirale des classes sociales s’est produite en France et aux États-unis. Nous nous concentrerons sur le cas de la France, avant de laisser l’auteur conclure par un peu de prospective.

18

La spirale des classes sociales

+
Conscience de classe

_ _

Il est possible de partir du cas de la France préindustrielle de 1830, marquée par des inégalités économiques très fortes, mais où l’identité du prolétariat est encore loin 1830 d’être constituée. Inégalités
19

+

La spirale des classes sociales

+
Conscience de classe

La suite du siècle fut bien la montée en puissance de cette identité ouvrière et l’entrée dans le jeu politique du marxisme. 1890

_ _
Inégalités
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1830

+

La spirale des classes sociales

+

1950 1890

A partir des Trente glorieuses Conscience et de l’édification d’un système social-démocrate, de classe

_ _
Inégalités
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1830

+

La spirale des classes sociales

+
Conscience de classe

1970 1950 1890

…les inégalités ont été fortement régulées, sans que la conscience de classe ne se soit dissoute pour autant.

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Inégalités
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1830

+

La spirale des classes sociales

+
Conscience de classe

1970 1950 En définitive, il faut attendre le ralentissement économique des années 1970 et 1980 pour voir s’atténuer la conscience de classe, alors que les inégalités ont cessé de diminuer. Inégalités
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1890

1982

_ _

1830

+

La spirale des classes sociales

+
Conscience de classe

1970 1950 Comme Ulysse et les siens repris par la tempête devant Ithaque, c’est là que s’éloigne le rêve de la société sans classes, parce que le discours égalitariste perd de ses soutiens, 2000 1890

1982

_ _

Inégalités
24

et le discours inverse marque des points dans le débat public. La reconstitution d’inégalités plus 1830 fortes est alors en route.

+

La spirale des classes sociales Louis Chauvel ne donne pas d’explication concernant les “esses” situées entre la situation de 1982 et celle de 2000. On peut cependant penser qu’il s’agit des évolutions des inégalités liées aux alternances politiques de 1986, 1988, 1993, 1997 ayant entraîné des modifications fiscales (CSG, CRDS, impôt sur la fortune, baisse de l’impôt sur le revenu, prime à l’emploi…), dans un contexte d’accroissement de la précarité de l’emploi, et d’un “tassement” continu de la conscience de classe.

+
Conscience de classe

1982

_ _

2000 Inégalités
25

+

La spirale des classes sociales  
Intensité des identités « Victoire du prolétariat » « Classes en soi et pour soi » F 1970 EU 1960 EU 1940 F 1890 F 1950

F 1982

EU 1890

EU 1920 F 1830

EU 1980

F 2000

EU 2000 « Aliénation »

« Société sans classes »


Intensité des inégalités

Note : les points représentent la France et les Etats-Unis à différentes dates. Les positions sont relatives et restituent l’idée de dynamiques générales de différentes périodes.

La spirale des classes sociales

L’histoire nous apprend que les générations suivantes ont souvent en horreur les manquements, les errements, les réalisations et le bilan des générations précédentes, et l’individualisme atomisé — la parodie de système d’autonomie et de liberté dans laquelle vit la classe populaire des grands pays occidentaux — pourrait finir par se révéler sous son vrai jour : l’élément de dyssocialisation par lequel les inégalités se reconstituent sans que l’on ait à demander la justification de cette croissance des inégalités. Le problème est que la vénération de l’autonomie appelle à un diagnostic sur les libertés réelles dont jouissent effectivement les différents groupes constitutifs de la population.

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A partir de _____ le temps de rattrapage ___________
Rapport du salaire cadres / ouvriers 3,9 3,9 4,0 3,8 3,4 2,9 2,7 2,8 2,6 2,5
Source:

1955 1960 1965 1970 1975 1980 1985 1990 1995 1998

Croissance annuelle moyenne depuis 5 ans du pouvoir d’achat du salaire ouvrier (%) 4,8 2,8 3,5 3,7 3,5 1,6 0,3 0,3 0,3 0,6

temps de rattrapage (années) 29,1 49,7 40,0 36,8 35,7 65,1 371,9 353,0 316,2 150,6

Séries longues sur les salaires, France, INSEE 1950-1999 Note : en 1955, le salaire moyen des cadres est 3,9 fois plus élevé que celui des ouvriers ; de 1950 à 1955, le taux de croissance annuelle du pouvoir d’achat du salaire ouvrier était de 4,8 % par an ; en 1955, à ce rythme, le temps nécessaire pour rattraper le pouvoir d’achat du salaire des cadres de 1955 est de 29,1 ans.

La spirale des classes sociales

Ce diagnostic montre que beaucoup sont exclus de cet accès à l’autonomie réelle, et que cette exclusion a quelque chose à voir avec la notion de classes sociales. Lorsque le mythe de cette autonomie pour tous aura vécu, pour révéler la permanence d’inégalités structurées, d’autant plus violentes qu’elles sont situées hors du champ de la conscience, un retour des classes sociales dans le champ politique pourrait avoir lieu. En attendant, les classes sociales sont une réalité tangible, mais vidées par l’histoire récente de contenu subjectif, et posée hors des représentations collectives.

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La spirale des classes sociales

Les rapports sociaux les plus violents sont souvent les plus silencieux, ceux devant lesquels il n’existe pas de représentations constituées ni de discours organisés. Les tendances des Trente glorieuses ont fait des classes sociales un objet sociologique dépassé, mais ces dernières décennies semblent leur redonner un contenu et des contours plus stables. Après une période de purgatoire, des objets démodés peuvent retrouver une jeunesse inattendue, ce dont nous pourrons juger dans quelques années.
Louis Chauvel

“Le retour des classes sociales”
Revue de l’OFCE n°79 Octobre 2001

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