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Sociologie

I – Classes, stratification et mobilité sociale

Thème 1.2 - Comment rendre compte
de la mobilité sociale ?
Thème 1224 –
Quelle rôle a la famille
dans la perpétuation des
inégalités scolaires ?
Les analyses de R.Boudon
et P.Bourdieu

Les indications du programme
On étudiera différents déterminants de
la mobilité et de la reproduction sociale :
l’évolution
de
la
structure
socioprofessionnelle, le rôle de l’école et
de la famille.
Acquis de première : groupe d’appartenance,
groupe de référence, socialisation
anticipatrice, capital social
Notions : Mobilité
intergénérationnelle/intragénérationnelle ,
mobilité observée, fluidité sociale

Introduction
On sait par exemple qu'à résultats scolaires égaux de leurs
enfants, les familles populaires acceptent, ou choisissent,
beaucoup plus facilement que les familles favorisées une
orientation vers des enseignements techniques et
professionnels. P. Bourdieu interprète cet écart en termes de
rapport de domination : l'habitus des familles modestes ne leur
donne pas les outils linguistiques et culturels pour contester
efficacement les propositions d'orientation du conseil de
classe, tandis que ces mêmes propositions sont influencées par
les préjugés sociaux inconscients des enseignants. R. Boudon
propose, lui, de l'analyser en termes de décision rationnelle.
Source : V.Troger, Bourdieu et l'école : la démocratisation
désenchantée, Sciences humaines, 02/11/2015
Questions:
1.Quel est le constat de départ ?
2.En quoi les analyses de P.Bourdieu et de R.Boudon
s’opposent-elle ?

I - L’analyse de R.Boudon: une école
impuissante face aux stratégies familiales

A – Le cadre d’analyse
Raymond Boudon va suivre un cheminement qui va le conduire à imposer le paradigme individualiste
méthodologique en sociologie. (…) Il fait l’hypothèse que l’on ne peut comprendre les phénomènes
collectifs qu’en analysant les actions individuelles. Autrement dit, il n’y a pas de déterminisme, ni des
structures ni de l’histoire, dans la vie des sociétés  : les phénomènes collectifs sont des effets résultant de
l’agrégation de myriades de conduites individuelles« dont on peut considérer qu’elles sont libres de
contraintes purement structurelles »(L’Inégalité des chances, 1973), conduites qui n’avaient pas en vue le
résultat final. (…)
Selon le même mécanisme, la démocratisation de l’enseignement pousse chacun à vouloir toujours plus de
diplômes, ce qui par agrégation provoque leur dévalorisation  : un diplôme que tout le monde obtient ne
vaut plus rien. (…)
Boudon propose ensuite une « théorie générale de la rationalité  » (TGR)  : toute action humaine a lieu parce
qu’elle a « de bonnes raisons » de se produire, autrement dit parce qu’elle est rationnelle, et ce parce que
les hommes sont eux-mêmes naturellement rationnels. Mais pour lui, la rationalité n’est pas seulement
celle, instrumentale et développée par les économistes néoclassiques, qui réduit toute action à un calcul
d’intérêt. D’une part, pour Boudon, la rationalité n’est pas totale mais, du fait de l’imperfection de
l’information, limitée.
Source :Claude Vautier, Raymond Boudon - Logiques de l'individu, Sciences humaines, 11/04/2013
Questions:
1.Qu’appelle-t-on l’individualisme méthodologique ?
2.Quelles hypothèses fait Boudon du comportement humain?
3.Cela signifie t-il que les individus atteignent obligatoirement leurs objectifs ?

B - Des stratégies différentes selon le milieu
social
Les choix peuvent être interprétés comme résultant d’une forme de calcul entre les
« avantages » et les « coûts », bref les « risques » comparés des différentes orientations, tels
qu’ils sont estimés. A chaque fois qu’une famille décide de l’orientation scolaire de son
enfant, Boudon suppose que ce choix s’opère en fonction à la fois de la perception qu’elle a
des chances de réussite de son enfant dans telle ou telle voie, de l’estimation des coûts et des
efforts qu’impliqueraient chacune d’elles, ainsi que de sa manière d’évaluer le statut de
destination qu’il lui apparaît légitime de viser. Il est clair que la mesure et la prise en compte
combinées de ces différents critères doit fortement varier selon le milieu socio-culturel de
chaque famille : au total, pour des raisons économiques, sociologiques et psychosociologiques, le risque que représente le choix d’une orientation scolairement plus
ambitieuse – études plus longues, plus générales, plus prestigieuses, etc. – apparaîtra
logiquement plus grand aux familles populaires qu’aux familles socialement plus favorisées ;
une telle orientation sera donc plus difficilement et plus rarement tentée par les premières que
par les secondes, et ce d’autant plus que le niveau de l’enfant concerné sera plus faible
Source : Julien Gautier, En quoi l’école est-elle inégalitaire ? 01/07/2011 , Skhole
Questions:
1.Quelles sont les variables qui expliquent le choix des orientations des individus ?
2.Pourquoi les orientations sont alors différentes selon le milieu social ?

II– L’analyse de P.Bourdieu : Comment la famille
contribue-t-elle à la reproduction sociale ?

A – Le cadre d’analyse
Le capital culturel défini par Pierre Bourdieu existe sous trois formes : « à l'état
incorporé », c'est-à-dire sous la forme de dispositions durables de l'organisme (à
commencer par la docilité, soit, étymologiquement, la disposition à se laisser
instruire) ; « à l'état objectivé », sous la forme de biens culturels (bibliothèques,
discothèques, médiathèques, etc.), et « à l'état institutionnalisé », sous la forme,
pour l'essentiel et pour la période contemporaine, du titre scolaire.
Le capital culturel, qui disparaît avec la mort de son détenteur, ne peut pas être
transmis instantanément par le don ou la transmission héréditaire, l'achat ou
l'échange. Il exige un travail d'inculcation et un travail d'assimilation, travail du
sujet sur lui-même qui coûte du temps : il se cultive. A la différence du capital
économique, celui qui le transmet ne s'en défait pas et il peut le transmettre
plusieurs fois au cours de son existence.
Source : Gérard Mauger, Capital culturel et reproduction scolaire, Sciences
humaines, 09/11/2010
Questions:
1.Définir le capital culturel
2.En quoi le capital culturel est-il différent du capital économique ?

A – Le cadre d’analyse
Selon P. Bourdieu, chaque individu intègre inconsciemment des « dispositions », c'est-à-dire des
habitudes de comportement, de langage, de jugement, de relation au monde, qui sont propres à
sa classe sociale. Cet ensemble de dispositions constitue ce que P. Bourdieu appelle un habitus.
L'habitus est inconscient, il masque à nos propres yeux les « conditions sociales de
production » de nos comportements et de nos jugements.
Source: V.Troger, Bourdieu et l'école : la démocratisation désenchantée , Sciences humaines
1.Définir le concept d’habitus.
Les stratégies de reproduction des familles dont le patrimoine est à dominante culturelle et
qui visent, comme les autres familles, à sauvegarder ou à améliorer leur position dans
l'espace social, impliquent la transmission la plus précoce possible de ce patrimoine à
chacun des enfants. Elle s'opère, pour l'essentiel, en dehors de toute volonté explicite de le
transmettre, par l'effet éducatif qu'exerce le capital culturel objectivé intégré à
l'environnement familial et par toutes les formes de transmission implicite liées à l'usage
de la langue, qui contribuent à la construction sociale des habitus
Source : Gérard Mauger, Capital culturel et reproduction scolaire, Sciences humaines,
09/11/2010
1.Quels sont les liens entre capital culturel et habitus ?

B –Une
école de la reproduction
Bourdieu et Passeron montrent que l'école a une certaine autonomie par rapport à la sphère
économique et à la sphère sociale puisqu'elle appartient à la sphère culturelle. Elle diffuse la
Culture avec un grand C, elle se présente comme le canal de transmission du « Savoir Objectif ».
Or cette culture n'est pas neutre, elle est socialement arbitraire, c'est la culture bourgeoise.
C'est parce que l'école ignore les différences d'héritage culturel, et qu'elle transmet et inculque la
culture bourgeoise comme culture légitime, qu'elle participe à la reproduction des inégalités
sociales.
Cela passe inaperçu parce que ces inégalités sont légitimées par "l'idéologie du don" : si on ne
réussit pas, c'est qu'on n'est pas doué. Ce n'est pas parce que la distance entre l'habitus primaire
(famille) et l'habitus secondaire (école) est grande, et gêne l'intériorisation de cet habitus
secondaire. L'idéologie du don traduit les inégalités sociales en échec personnel ou en
reconnaissance de talents individuels, qui sont sanctionnés et légitimés par les diplômes, l'idéologie
du don convertit les inégalités sociales en inégalités scolaires.
Source : Y Alpe , Les apports de la sociologie de l’éducation à l’analyse des situations scolaires

Questions:
1.Quelles sont les raisons traditionnellement avancées pour expliquer la réussite scolaire?
2.Comment l’école se définit-elle selon Bourdieu et Passeron ? est ce conforme à la réalité?
3.Comment Bourdieu et Passeron expliquent-ils l’inégale réussite scolaire ?
4.Expliquez la phrase soulignée