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JEAN-PAUL SARTRE

Table de matières

1. Introduction
2. Caractères
3. Le résume
4. Le travail philosophique
5. L’ironie sartrienne
6. Le autobiographie
7. Les-Mots-Thèmes
•Jean-Paul Sartre est né en 1905 à
Paris. Après une enfance marquée 1.HISTOIRE DE
par la mort prématurée de son père,
le rôle important joué par son grand- SARTRE
père, et une expérience
malheureuse de l’école primaire .
• C'est un homme d'extrême gauche,
il a été rédacteur en chef de La Cause
du peuple, et il était athée. Il a été
au début l'ami d'Albert Camus, qui
lui aussi était athée, mais qui allait
plus loin et qui disait que le monde
est absurde.
• Sartreeffectue ses
• Sartre a été professeur
études secondaires au
de philosophie dans un
prestigieux Lycée Henri lycée du Havre, puis à l’Institut
IV. Après deux ans de français de Berlin où il
classes préparatoires, il découvre la phénoménologie.
effectue l’Ecole Normale • C'était un intellectuel,
Supérieure ,où il cotoie c'est-à-dire quelqu'un
notamment Raymond qui gagne sa vie avec
les productions de son
Aron, Simone de Beauvoir
esprit, mais surtout
et Maurice Merleau- celui qui ose prendre
Ponty. position, qui fait
entendre sa voix
•Politiquement, le philosophe est
proche des communistes et a fait la
promotion des idées marxistes
(Critique de la Raison Dialectique) et
s’oppose sans relâche au Général de •Il meurt en 1980 d’un eudème
Gaulle, notamment sur la guerre
d’Algérie. Sa célébrité l’amena a pulmonaire. Il est enterré au
recevoir le prix Nobel de littéraire, qu’il Cimetière Montparnas
refusa. Pendant la révolte étudiante de
Mai 68, Sartre tente de guider le
mouvement, sans grand succès.
Top Citations Oeuvres
majeures
•“L’homme est condamné à être libre“
•“L’homme n’est rien d’autre que ce qu’il • L’Etre et le Néant
se fait” • L’existentialisme est un
•“Agir, c’est modifier la figure du monde” humanisme
•“Etre une conscience c’est s’éclater vers
• Huis Clos
le monde”
•“Alors, c’est ça l’enfer. Je n’aurais jamais • Les mains sales
cru… Vous vous rappelez: le soufre, le • La Nausée
bûcher, le gril… Ah! quelle plaisanterie.
Pas besoin de gril : l’enfer, c’est les • Critique de la Raison Dialectique
Autres” • Cahiers pour une morale
•“Dieu, c’est la solitude des hommes… Si
Dieu existe, l’homme est néant”
o t s d e
Le s M a r t re
Pa u l S
Je a n -
• Récit autobiographique que Jean Paul Sartre
publia dans Les Temps modernes en octobre et
novembre 1963 et en volume chez Gallimard en
1964.
• Conçu comme un "adieu à la littérature" , le livre
gange le Prix Nobel en octobre 1964, que Sartre
refusa.
• Dans cette autobiographie, Sartre y raconte ses
souvenirs d’enfance jusqu’à l’âge de onze ans.
• Le livre est divisé en deux parties : "Lire" et
"Ecrire".
La première partie: "Lire„
• Sartre surnomme encore « Poulou » évoque ses familles maternelle et
paternelle.
• Fils unique, il provient d’une famille bourgeoise : sa mère provient d’une
famille d’intellectuels et de professeurs.
• Son père- un militaire, meurt quand Sartre a deux ans.
• Son grand-père Charles Schweitzer, d’origine alsacienne, est professeur
d’allemand. Il va avoir une grande influence sur la formation du jeune
Jean-Paul.
• Sartre est choyé par tous et félicité tous les jours. Il devient à son tour
comédien, et "joue à être sage". Il éprouve une passion sincère pour la
lecture, il nourrit son esprit fantasque, son imagination et sa sensibilité.
• Il trouve dans la lecture sa religion.
La seconde partie: «Ecrire»
• Encouragé par son grand-père, J.P. Sartre s'exerce à l'écriture. D'abord
en alexandrins puis en prose
• Au début, il a plagié, il recopie les aventures de ses héros favoris.
• Charles dicte sa loi : « Jean-Paul sera professeur de lettres et écrivain
du dimanche. »
• Sartre conclut ses souvenirs d'enfance : il compare ses ambitions
passées avec sa carrière présente. Il révèle ses désillusions, sa
persévérance, son humilité.
• Sartre écrit : «... jamais je ne me suis cru l'heureux propriétaire d'un
"talent" : ma seule affaire était de me sauver - rien dans les mains, rien
dans les poches - par le travail et la foi. Du coup ma pure option ne
m'élevait au-dessus de personne: sans équipement, sans outillage je
me suis mis tout entier à l'œuvre pour me sauver tout entier. »
Sartre - le travail philosophique
Le travail philosophique de Sartre est marqué par l’ école phénoménologique allemande
qu’il découvrit à Berlin dans les années trente. La Transcendance de l’ego, publié en 1937,
témoigne déjà de son intérêt pour cette approche, puisqu’il y critique la notion de sujet
transcendantal telle qu’elle apparaît chez Kant et chez Husserl.
-Sartre considére qu’on peut faire l’ économie d’un concept de ,,je,, comme principe
d’unification fondateur de la conscience d’objet. Cet intérêt pour la phénoménologie est
aussi apparent dans ses oeuvres consacrées a l’Imagination (1936) et à l’Imaginaire(1940) .
Le premier de ces textes était envisagé par Sartre comme une introduction au second, il se
présente comme un examen critique des théories de l’image de Descartes, Spinoza, Leibniz,
des théories psychologiques ayant un fondement empirique, proposées par Taine, Ribot et
enfin Bergson. Le second de ces textes présente une théorie de la conscience
imageante(c’est- a- dire productrice d’images).
-L’imaginaire est une disposition de la conscience intentionnelle qui consiste à former des
images en s’extrayant du réel, qui est l’objet de la perception.
-Sartre insiste sur la fonction irréalisante de la conscience imageante et l’oppose
fermement à la conscience perceptive. En effet, l’objet de la première est absent, alors que
celui de la seconde est présent.
-Sartre soutient que ces deux types de conscience ne peuvent être mis en oeuvre
simultanément.
•Sur le plan philosophique, il est l'inventeur de l'Existentialisme, qui part du principe que
nous n'avons que notre existence, il n'y a pas d'essence. Sa grande idée c'est que " nous
sommes la somme des actes que nous posons ", c'est-à-dire qu'aucun de nos actes ne peut
être retranché. Tous ceux qui se cherchent des excuses sont pour lui des salauds. Le salaud
sartrien, par exemple, c'est le chrétien qui va se confesser. Sartre pense que l'homme se
construit en agissant. Il met au centre de tout la responsabilité (responsable : qui peut
répondre de ses actes).
•Sartre jouait souvent le rôle du " méchant ", celui qui ne laisse rien passer, qui ne se laisse
pas faire (ce n'est pas le sens habituel).
• L’oeuvre philosophique la plus célèbre de Sartre est certainement l’être et le Néant qui est une réflexion sur
les rapports entre la conscience et la liberté. Sartre élabora ses thèses à travers un dialogue et une
réélaboration des pensées de Hegel, Husserl et Heidegger. Dans son surgissement premier, la conscience a
à la fois conscience d’être et conscience qu’elle n’est pas ce dont elle a conscience. Cette étape est celle du
cogito préréflexif. Sartre appelle l’en soi ce qui est et que la conscience appréhende comme different d’elle
même. L’en-soi est pure coïncidence avec lui-même. Ce qui caractérise, en revanche, la conscience, c’est l’
être-pour-soi, à savoir la distance par rapport a soi-même. L’être propre de la réalité humaine, se présente
sur le mode de l’attente , de l’angoisse et du regret, est remise en cause de son être en tant que réalité,
c’est-a-dire négation de l’en-soi. Dans cette négation le pour-soi se saisit comme liberté en faisant
l’expérience de l’indétermination des possibles. La liberté est vécue comme angoisse.

• Le succès de la philosophie de Sartre en France et la diffusion de sa pensée dans les programmes scolaires
ont eclipsé toute la tradition philosophique d’avant –guerre en France, notamment la philosophie refléxive,
dévelopée par Jules Lagneau(1851-1884) puis, en philosophie morale, par Jean Nabert(1881-1960), au
profit de la philosophie existentielle et de la phénoménologie de Heidegger revisitées par Sartre.
• Dans « Les mots », publié en 1964, J. P Sartre relate ses années de formation, la naissance de sa vocation
d’écrivain et le parcours qui a fait de lui un homme de lettres reconnu. Il est une courte autobiographie, qui
renouvelle le genre.
L’ironie sartrienne
L’ironie sartrienne l’ ironie consiste a feindre d’etrer dans le jeu de l’adversaire pour
mieux le controler .Ici Sartre paractique sourtout l ‘autodérision
La première cible de l’ironie sartrienne
‘’ l’enfant merveilleux ‘’ est ici un antiphrase puisque dans le reste du livre il n’arrête
pas d’ironiser sur l’enfant prétentieux qu’ íl etait.il est ironique mais aussi un peu
nostalgique ,emouvant.Il y a un ambiguite dans tout le texte .L’enfant qu’il a été est
sourtout visé dans la longue métaphore du voyageur sans billet,qui est d’habitude un
thème positif avec une notion de liberté , une sort de refus les conventions,mais
pourtant il est ici négatif.C’est un alusion directe a une épisode de son enfance,dans
partie’’ Lire ‘’.L ’enfant ici n’est pas valorisé comme il est d’habitude dans la literatu
re française.L’enfant est liée a l’excuse,ce qui est négatif.En effet, pour Sartre ,en tant
qu’existentialisme ,l’homme est sans excuse.Ici c’est un metaphor complète car le
contrôleur serait sa conscience, la compartiment de sa reflexion.On a l’impression
d’un dialog impossible avec lui même.L’enfant de sort pas grandi de l’enfance ici.
L’ironie prend aussi la forme de l ‘autodérision
Lorsqu’il affirme ‘’ je mérite sûrement un prix . de civisme ‘’ puisqu ‘il
etait souvent en contravention avec les lois de la République.L ‘ironie
culmine avec ‘’ j’ai pince le Saint- Esprit ‘’ ,elle s’ exerce autour de la
religion .Il s’attaque à une croyance fundamental, a une base de la
fois chrétienne .L ‘Esprit –Saint est un principe supérieur,qui relie et
réunit la pére et le fils.
Sartre a beaucoup déplu au chrétiens.Ici ,l íronie prend la forme d’
une humour un peu salace ,puisque le Saint -Esprit est réduit à une
serveuse de bar qu ‘il pince pour la séduire.’’Les caves ‘’ ajootent a
une univers sordide.Le verbe ‘’ expulser transforme le Saint- Esprit
en ‘’squatteur ‘’(un occupant illegitime).D’autres mots font
ironiquement allusion à la foi et à la religion :’’martyre’’ ,le fait d
‘avoir tuéé tué pour sa foi ,et ‘’salut’’’,immortalité.
Il y a ici une ambiguité ,puisque ces trois mots qui font
réfèrence à la foi chrétienne peuvent avoir une autre
signification :
Le ‘’martyre’’ est peut -être une allusion à son statut
d’ecrivain maudit .Le ‘’salut’’ c’est peut-être le fait d ‘
écrire, d’ être lu,reconnu.’’l’immortalité ‘’, c’est peut- être
celle que donne l’Académie ,la gloire littéraire.
Les Mots sont le récit de l’enfance de Jean-Paul Sartre, qui
est à la fois auteur, narrateur et personnage principal : il
s’agit d’une autobiographie. A partir de 1953 Sartre annonce
qu’il souhaite écrire une autobiographie, et Les
Mots paraîtront en 1964. C’est la seule œuvre véritablement
autobiographique de Sartre. La tranche de vie relatée dans
cette autobiographie est courte : il s’agit d’un récit d’enfance.
QU’EST-CE QU’UNE AUTOBIOGRAPHIE ?

« récit rétrospectif en prose qu’une personne réelle fait de sa propre existence, lorsqu’elle
met l’accent sur sa vie individuelle, en particulier sur l’histoire de sa personnalité » (Le
Pacte autobiographique, 1975).

Le mot « autobiographie » est apparu dans le vocabulaire des critiques littéraires en


France dans la première moitié du XIXe siècle, formé de auto (soi-même), bio (la vie), et
graphie (l’écriture), ce qui signifie « écriture de sa propre vie ». Une autobiographie,
c’est écrire sur soi.
LES MARQUES D’UN RÉCIT AUTOBIOGRAPHIQUE
L’ordre du récit est à première vue chronologique : de la naissance en 1905, en passant par
les premiers souvenirs personnels évoqués (1909) jusqu’à 1916, l’année de ses 11 ans. On
trouve comme indice de temps les années, l’âge de Poulou, qui permettent au lecteur de
restituer la chronologie du récit. Dans la deuxième partie, le repérage est plus difficile car
les marqueurs de temps sont bien moins présents. Si l’ordre chronologique n’est pas
toujours respecté, les événements du récit se succèdent bien au final de 1905 à 1916.
Une distance est présente entre l’enfant du récit et le narrateur adulte : la distance
temporelle, puisque entre la période évoquée et la période d’écriture se sont
écoulés cinquante années, mais surtout une distance due à l’expérience accumulée au fil
des ans : les pensées de Sartre enfant ne sont plus les pensées de Sartre adulte.
Ce décalage entre le passé et le présent, l’enfant et l’adulte, est visible dans le récit à travers
l’ironie et la colère que manifeste Sartre sur Poulou. Le narrateur adulte juge et surveille
l’enfant.
Il y a deux « je » dans Les Mots : le « je » de l’enfant et le « je » de l’adulte.
La famille occupe une grande place dans l’œuvre, puisqu’elle a occupé une grande place
dans l’enfance de Sartre, notamment la famille maternelle. Les deux personnages
principaux de cette autobiographie sont Poulou bien sûr, mais aussi le grand-père
maternel, Charles Schweitzer.
Le dessein de ce récit est une quête identitaire : Sartre relate son enfance pour mieux
l’analyser, porter sa réflexion au bout et expliquer le présent par rapport au passé,
expliquer quel adulte est devenu Poulou. Sartre évoque les événements de son enfance qui
l’ont construit et ont fait ce qu’il est devenu aujourd’hui.

Dans les dernières pages du livre, Sartre adulte reprend totalement la parole.
« A l’heure où j’écris ces lignes, je sais que j’ai fait mon temps à quelques années près »
(p. 159). Le travail d’introspection par l’écriture a réussi ; Sartre est guéri de sa névrose.
La lecture

• La lecture est toute l’enfance de Sartre: « J’ai commencé ma vie comme je la finirai
sans doute : au milieu des livres » (p. 35).
a. La lecture a fondé l’adulte

• Sartre montre comment la lecture, puis l’écriture, le deuxième thème majeur de


l’œuvre, durant son enfance ont forgé l’écrivain qu’il est devenu.

• L’enfant qui lisait en cachette les lectures pour enfants que lui donnait sa mère, avoue
adulte lire « plus volontiers les « Série Noire » que Wittgenstein » (p. 65).
• Le rapport sacré avec les livres: Les séances de lecture avec le grand-père sont
comparées à une messe. La bibliothèque du grand-père est un véritable sanctuaire.
L’enfant ne savait pas encore lire mais déjà il les « révérai[t], ces pierres levées » (p.
35).
b. La lecture a fait Sartre

• Sartre va rejoindre la vie dans la lecture, « la folie dans les livres » (p. 43), une vie
qui lui permet d’occulter sa solitude.

• Poulou préfère les livres aux enfants de son âge, et n’en a pas vraiment le choix. Il se
coupe et est coupé du monde réel.
• L’apprentissage se fait par la lecture ; Poulou apprend la langue française dans les
livres, et il ne découvrira le sens de certains mots lus dans son enfance que des années
plus tard (« Amante n’était encore qu’un mot ténébreux que je rencontrais souvent dans
les tragédies de Corneille », p. 46).

• Les auteurs sont « les Saints et les Prophètes » (p. 53). Le grand-père leur voue
un culte, alors Poulou aussi, par mimétisme. La lecture est un refuge à la
solitude. Corneille, Flaubert, Hugo, Voltaire deviennent ses amis.
L’écriture

• Le rapport à l’écriture de Poulou commence avec l’édition, la découverte du milieu


éditorial grâce au livre qu’écrit son grand-père.

• Charles inculque à Poulou que l’’éditeur est un « ennemi mortel » (p. 38), qui exploite
l’auteur. Sartre découvre alors « l’exploitation de l’homme par l’homme » (p. 38). Au
même titre que la lecture, l’éducation et la découverte du monde passent par l’écriture.

• L’écriture est la suite logique de l’éducation par la lecture de Sartre. Poussé par son
grand-père, il se prépare « la plus irrémédiable solitude bourgeoise : celle du créateur »
(p. 94).
• Le grand-père initie l’enfant encore une foi: il lui demande de lui écrire en vers. On suit
la naissance d’une vocation, poussée par le grand-père.

• Ecrire est avant tout un jeu pour l’enfant : « fils unique, je pouvais y jouer seul » (p.
118).

• Les grands écrivains sont posthumes, mais l’adulte Sartre dénonce la pensée de l’enfant,
car c’est refuser la vraie vie que d’admettre ce postulat.

• Les lectures d’enfance de Sartre lui ont permis de démystifier les grands écrivains, qui
sont des hommes comme les autres.
La comédie familiale

a. Un grand-père metteur en scène

• L’absence du père et la cohabitation au foyer grand-maternel contraignent le jeune


Sartre à suivre l’éducation imposée par le grand-père. Avec Charles, il joue « une
ample comédie aux cent sketches divers : le flirt, les malentendus vite dissipés, les
taquineries débonnaires et les gronderies gentilles, le dépit amoureux, les cachotteries
tendres et la passion» (p. 24).

• C’est le pouvoir des adultes qui est dénoncé dans Les Mots. Le grand-père est le
metteur en scène de cette comédie, sociale et familiale.
• Il fait de Sartre un être malléable à son image. Il n’y a que sa mère pour le
garder dans la « vraie vie », l’emmener au cinéma ou jouer avec d’autres enfants au
jardin du Luxembourg.

b. L'enfant Sartre se prend au jeu

• La lecture et l’écriture font partie de cette comédie familiale : en lisant des livres
d’adulte, Sartre entretient l’image de l’enfant modèle, l’enfant-adulte et entouré
d’adultes. Il plonge avec délice dans cette comédie, lisant des livres qu’il ne
comprend pas toujours.
• Sartre « invente » (p. 25) sa liberté, donnée par la mort du père. On l’adore, il se
rend donc adorable. « Un seul mandat : plaire » (p. 29), et il fait tout pour plaire à
tout prix. La séduction fait partie de cette comédie.

• Sartre l’adulte questionne le rapport de l’enfant à cette comédie: « J’ai rapporté les
faits avec autant d’exactitude que ma mémoire le permettait. Mais jusqu’à quel point
croyais-je à mon délire ? » (p. 59).

• Cette interrogation fait partie du travail d’introspection au cours de l’écriture de


l’autobiographie.
• L’enfant est lui-même un comédien, en s’inventant une vie qui n’est pas la sienne et il est
souvent réduit à un objet de décor (voire à une fonction esthétique).

• L’enfant joue plusieurs rôles : d’abord celui de l’enfant sage et cultivé, qui ne pleure
jamais, puis celui du lecteur, et enfin celui de l’enfant écrivain.
”A peine eus-je commencé d'écrire, je posai ma plume pour jubiler. L'imposture était la même mais j'ai dit
que je tenais les mots pour la quintessence des choses. Rien ne me troublait plus que de voir mes pattes de
mouche échanger peu à peu leur luisance de feux follets contre la terne consistance de la matière : c'était la
réalisation de l'imaginaire. Pris au piège de la nomination, un lion, un capitaine du Second Empire, un
Bédouin s'introduisaient dans la salle à manger ; ils y demeureraient à jamais captifs, incorporés par les
signes ; je crus avoir ancré mes rêves dans le monde par les grattements d'un bec d'acier. Je me fis donner un
cahier, une bouteille d'encre violette, j'inscrivis sur la couverture : « Cahier de romans. » Le premier que je
menai à bout, je l'intitulai : « Pour un papillon. » Un savant, sa fille, un jeune explorateur athlétique
remontaient le cours de l'Amazone en quête d'un papillon précieux. L'argument, les personnages, le détail
des aventures, le titre même, j'avais tout emprunté à un récit en images paru le trimestre précédent. Ce
plagiat délibéré me délivrait de mes dernières inquiétudes : tout était forcément vrai puisque je n'inventais
rien. Je n'ambitionnais pas d'être publié mais je m'étais arrangé pour qu'on m'eût imprimé d'avance et je ne
traçais pas une ligne que mon modèle ne cautionnât. Me tenais-je pour un copiste ? Non. Mais pour un
auteur original : je retouchais, je rajeunissais ; par exemple, j'avais pris soin de changer les noms des
personnages. Ces légères altérations m'autorisaient à confondre la mémoire et l'imagination. Neuves et tout
écrites, des phrases se reformaient dans ma tête avec l'implacable sûreté qu'on prête à l'inspiration. Je les
transcrivais, elles prenaient sous mes yeux la densité des choses. Si l'auteur inspiré, comme on croit
communément, est autre que soi au plus profond de soi-même, j'ai connu l'inspiration entre sept et huit ans. ”
Fragment de ”Les mots ”- Jean-Paul Sartre