2 Logique
2 Logique
La logique mathématique est, comme son nom l'indique, destinée à explorer les applications de la logique
(au sens courant) aux mathématiques. Il s'agit d'un sujet très vaste et nous en présentons quelques
rudiments. Une bonne compréhension de ce chapitre permet de fournir des preuves rigoureuses et bien
construites, tout à fait correctes d'un point de vue logique. Donner une liste d'arguments connectés dans
un ordre adéquat est un art que la logique mathématique permet en effet de maîtriser.
Une proposition peut en effet être construite à partir de sous-propositions et de connecteurs logiques tels
que "ou", "et" et "non", que l'on note respectivement ∨ , ∧ , ¬ . En logique, on définit ces connecteurs en
expliquant les conditions sous lesquelles les propositions P ∨ Q, P ∧ Q et ¬P sont vraies. Par exemple,
on va dire que P ∧ Q est vrai exactement lorsque P et Q sont tous les deux vrais. On définit donc les
symboles en donnant la valeur (vrai ou faux) de la proposition combinée pour chaque valeur possible des
sous-propositions. On regroupe cela dans une table de vérité dans laquelle 1 signifie "vrai" et 0 signifie
"faux".
Le connecteur ∨ représente la disjonction logique (le "ou" logique). P ∨ Q est vrai si et seulement
si au moins un de P et Q est vrai. En language naturel, le "ou" exclut parfois que les deux soient
vrais. Par exemple, quand on dit "Il faut choisir, tu fais P ou tu fais Q", on veut dire qu'on ne peut
pas faire les deux. En logique, ce n'est pas le cas, si P et Q sont vrais, alors P ∨ Q est vrai. Pour
faire une disjonction logique en language naturel, on écrit d'ailleurs souvent "et/ou".
Le tableau de vérité correspondant vaut
P Q P ∨Q
0 0 0
0 1 1
1 0 1
1 1 1
Le connecteur ∧ représente la conjonction logique (le "et" logique) : P ∧ Q est vrai si et seulement
si P et Q sont tous les deux vrais. Le tableau de vérité correspondant vaut
P Q P ∧Q
0 0 0
0 1 0
1 0 0
1 1 1
Le connecteur ¬ représente enfin la négation logique : ¬P est vrai si et seulement si P est faux. Le
tableau de vérité correspondant vaut
P ¬P
0 1
1 0
Définition
Si le fait que P soit vrai implique que Q est vrai, on dit que P est une condition suffisante à la véracité
de Q. En effet, il suffit que P soit vrai pour que Q soit vrai. S'il nous faut prouver que Q est vrai, il nous
suffit de prouver que P est vrai. On écrit P ⇒ Q ou Q ⇐ P .
On remarque aussi qu'il est nécessaire que Q soit vrai pour que P soit vrai. En effet, si P est vrai, on
sait que Q est vrai aussi, et P ne peut donc pas être vrai si Q est faux. On dit alors que Q est une
condition nécessaire à la véracité de P .
Quand on utilise les formulations "si P , alors Q", "P donc Q" ou encore "P . Par conséquent Q", on
utilise le fait que P ⇒ Q qui doit alors soit être évident, soit avoir été prouvé précédemment. Il ne faut
donc surtout pas utiliser ces formulations à la légère dans une preuve : en mathématique, leur sens est
très précis.
Exemple
Quand on dit "À minuit, je dors", on formule l'implication entre "P : Il est minuit" et "Q : Je dors". Le fait
qu'il soit minuit est une condition suffisante pour me voir assoupi et le fait que je dorme est une
condition nécessaire pour qu'il soit minuit. Par contre, on n'exclut pas que je puisse dormir à d'autres
moments de la journée qu'à minuit.
Si par contre on dit "Quand je dors, il est minuit", cela devient Q ⇒ P . Cela signifie cette fois que je ne
dors pas à d'autres moments qu'à minuit : à 23h59, je ne suis pas encore couché et à 00h01, je suis déjà
debout. Par contre, il se peut que je ne dorme pas non plus à minuit.
Ainsi, si P et Q sont tous les deux vrais, alors P peut bel et bien impliquer Q, d'où P ⇒ Q est défini
comme étant vrai dans ce cas. Si par contre, P est vrai mais Q est faux, alors il s'agit justement d'une
contradiction au fait que P implique Q : on définit P ⇒ Q comme étant faux.
Les cas où P est faux est un peu moins évident. En fait, si P est faux, alors quelle que soit la valeur de
Q la proposition P ⇒ Q sera vraie. En effet, puisque P est faux, on a aucune contradiction avec le fait
que P implique Q (qui nous dit basiquement "si P est vrai, alors Q est vrai").
Pour bien comprendre ce phénomène, on peut observer l'exemple "P : Il pleut" et "Q : Je prends mon
parapluie". La proposition P ⇒ Q est alors "S'il pleut, je prends mon parapluie". Si un jour, P et Q sont
faux, c'est-à-dire s'il ne pleut pas et que je ne prends pas mon parapluie, alors je ne contredis pas mon
principe comme quoi je prends mon parapluie chaque fois qu'il pleut : P ⇒ Q est vrai. En fait, la seule
manière pour que P ⇒ Q soit faux est que je ne prenne pas mon parapluie alors qu'il pleut : il faut que
P soit vrai mais que Q soit faux.
On a donc le tableau de vérité suivant :
P Q P ⇒Q Q⇒P P ⇔Q
0 0 1 1 1
0 1 1 0 0
1 0 0 1 0
1 1 1 1 1
Remarque
La proposition P ⇒ Q peut en fait aussi s'écrire ¬P ∨ Q. En effet, les deux expressions sont fausses
exactement quand P est vrai et Q est faux. La proposition P ⇔ Q s'écrit quant à elle
(P ⇒ Q) ∧ (Q ⇒ P), ou encore (¬P ∨ Q) ∧ (¬Q ∨ P).
Relations intéressantes
Toutes les relations données dans cette section peuvent être aisément démontrées à l'aide de tableaux
de vérités. Pour montrer que deux expressions sont équivalentes (c'est-à-dire qu'elles sont vraies
exactement en même temps), il suffit en effet de construire le tableau de vérité de chacune d'entre elles
et de vérifier qu'ils sont bien identiques. La notation ≡ sera utilisée pour dire que deux expressions sont
équivalentes : nous pourrions utiliser ⇔ mais cela pourrait perturber le lecteur puisque ce symbole peut
également intervenir à l'intérieur de telles expressions.
P ∨ (Q ∨ R) ≡ (P ∨ Q) ∨ R, P ∨ Q ≡ Q ∨ P,
P ∧ (Q ∧ R) ≡ (P ∧ Q) ∧ R, P ∧ Q ≡ Q ∧ P.
Le neutre de ∨ est 0 (la proposition toujours fausse) et celui de ∧ est 1 (la proposition toujours vraie) :
0 ∨ P ≡ P, 1 ∧ P ≡ P.
1 est absorbant pour ∨ et 0 est absorbant pour ∧ :
1 ∨ P ≡ 1, 0 ∧ P ≡ 0.
Aussi, P et ¬P ayant toujours des valeurs distinctes (l'un vaut 0 quand l'autre vaut 1), on a les relations
P ∨ ¬P ≡ 1, P ∧ ¬P ≡ 0.
Lois de De Morgan
Les lois de De Morgan nous permettent de calculer la négation logique de propositions composées de ∨
et de ∧ :
¬(P ∨ Q) ≡ ¬P ∧ ¬Q,
¬(P ∧ Q) ≡ ¬P ∨ ¬Q.
Par exemple, pour "P : x est pair" et "Q : x est divisible par 3", la proposition P ∧ Q est "x est un
multiple de 6". Sa négation doit être vraie pour tout nombre qui n'est pas multiple de 6, même s'il est
pair. La négation logique est donc "x est impair ou n'est pas divisible par 3", c'est-à-dire exactement
¬P ∨ ¬Q.
Distributivité
On peut distribuer ∧ dans une disjontion logique et ∨ dans une conjonction logique :
(P ∨ Q) ∧ R ≡ (P ∧ R) ∨ (Q ∧ R),
(P ∧ Q) ∨ R ≡ (P ∨ R) ∧ (Q ∨ R).
Comme ∧ et ∨ sont commutatifs, la formule marche aussi si R est à gauche.
Généralisations
Les lois de De Morgan et de la distributivité se généralisent facilement comme suit :
¬( 1 ∨ 2 ∨…∨ n)
¬(P1 ∨ P2 ∨ … ∨ Pn ) ≡ ¬P1 ∧ ¬P2 ∧ … ∧ ¬Pn ,
¬(P1 ∧ P2 ∧ … ∧ Pn ) ≡ ¬P1 ∨ ¬P2 ∨ … ∨ ¬Pn ,
Q ∧ (P1 ∨ P2 ∨ … ∨ Pn ) ≡ (Q ∧ P1 ) ∨ (Q ∧ P2 ) ∨ … ∨ (Q ∧ Pn ),
Q ∨ (P1 ∧ P2 ∧ … ∧ Pn ) ≡ (Q ∨ P1 ) ∧ (Q ∨ P2 ) ∧ … ∧ (Q ∨ Pn ).
Contrapositions
La contraposition est la loi qui affirme que
(P ⇒ Q) ≡ (¬Q ⇒ ¬P).
Celle-ci est utile dans le cadre d'une démonstration. En effet, si P ⇒ Q semble trop difficile à prouver
directement, on peut plutôt essayer de supposer ¬Q et de démontrer qu'on a alors ¬P .
Par exemple, dire "Si je dors, alors je ne bouge pas" revient exactement à dire "Si je bouge, c'est que je
ne dors pas".
Similitudes
La relation d'inclusion s'apparente par exemple à une implication. En effet, A ⊆ B est équivalent à
x ∈ A ⇒ x ∈ B.
Aussi, les opérations ∨ et ∪ n'ont pas que leurs symboles qui se ressemblent puisqu'on a
A ∪ B = {x ∣ (x ∈ A) ∨ (x ∈ B)}
et similairement pour ∧ et ∩ ,
A ∩ B = {x ∣ (x ∈ A) ∧ (x ∈ B)}.
Le complémentaire est quant à lui lié à la négation logique ¬:
Ac = {x ∈ U ∣ ¬(x ∈ A)}
où U est l'univers.
Toutes les relations que nous avons vues dans le cadre de la logique peuvent alors être réécrites dans le
cadre de la théorie des ensembles.
∅ ∪ A = A, U ∩ A = A.
L'absorbant de ∪ est U et celui de ∩ est ∅ :
U ∪ A = U, ∅ ∩ A = ∅.
Lois de De Morgan
Les lois de De Morgan pour les ensembles sont
(A ∪ B)c = Ac ∩ Bc ,
(A ∩ B)c = Ac ∪ Bc .
Distributivité
Comme pour ∨ et ∧ , on a la distributivité
(A ∪ B) ∩ C = (A ∩ C) ∪ (B ∩ C),
(A ∩ B) ∪ C = (A ∪ C) ∩ (B ∪ C).
Contraposition
La contraposition devient finalement
(A ⊆ B) ⇔ (Bc ⊆ Ac ).