QL-1000

Ils disent pourquoi elle leur est chère !

Numéro (un peu) spécial

1 000. Du 1er au 15 octobre 2009/PRIX : 4,80 € (F. S: 8,00 - CDN: 7,75) ISSN 0048-6493

D’UNE QUINZAINE À L’AUTRE
EXPOSITIONS
LA TURQUIE S’EXPOSE AU MUSÉE DU LOUVRE À la cour du Grand Turc, caftans du palais de Topkapi. À Istanbul, le musée de Topkapi conserve une collection exceptionnelle, composée de vêtements et accessoires réalisés pour les membres de la famille ottomane. Considérés comme des reliques après la mort de leur possesseur, ils sont devenus la mémoire de cette dynastie et le reflet de la magnificence des cérémonies officielles organisées à la Cour. L’exposition propose une sélection de pièces datant de la fin du XVe siècle au début du XIXe siècle jusqu’au règne de Mahmud II (1808-1839), sultan qui fit abolir le port de la robe et du turban. Longs caftans et pantalons taillés dans des soieries luxueuses, accessoires précieux et portraits impériaux permettent d’entrevoir l’impact visuel laissé par les apparitions publiques du Grand Turc. Quelques vêtements talismaniques censés guérir ou protéger de tout péril s’ajoutent à ces vêtements d’apparat. (Aile Richelieu, entresol.) D’Izmir à Smyrne, découverte d’une cité antique. Cette exposition retrace le passé antique de la ville d’Izmir, connue sous le nom de Smyrne, à travers quelque cent trente œuvres issues des collections du Musée archéologique d’Izmir, du Metropolitan Museum of Art de New York, de la Bibliothèque nationale de France et du musée du Louvre. Céramiques, monnaies, plans, bas-reliefs, figurines en terre cuite (Smyrne abritait l’un des plus importants centres de production d’Asie Mineure) et statues (dont notamment trois œuvres envoyées de Smyrne à Versailles et réunies pour la première fois depuis la Révolution) permettent de suivre l’histoire de cette cité, depuis le site achaïque de Bayrakli, sa refondation et son développement aux époques hellénistiques et romaines jusqu’à nos jours. (Aile Sully, salle de la Maquette et fossés.) Tombes princières d’Anatolie, Alaca Hüyük au IIIe millénaire. Grâce à ses ressources minières (or, argent, cuivre), l’Anatolie développe au IIIe millénaire, des échanges commerciaux avec la Mésopotamie, le Levant et le monde égéen. Quelques sites prestigieux (Troie, Alaca Hüyük) illustrent la prospérité des potentats locaux qui bénéficient alors de ces échanges. C’est le site d’Alaca Hüyük, au nord-est d’Ankara, qui a été choisi pour illustrer ce thème, les fouilles ayant révélé treize tombes princières datant de 2500 à 2100 avant J.- C. où les défunts reposaient accompagnés d’un mobilier funéraire extrêmement riche : bijoux et vaisselle en or, coffrets incrustés, armes en bronze, enseignes en bronze et argent. Autant d’objets qui témoignent non seulement d’une grande technicité mais aussi d’un goût prononcé pour la stylisation, la pureté des lignes et le jeu des enchaînements de motifs. (Aile Richelieu, Antiquités orientales, salle d’actualité). Du 11 octobre 2009 au 18 janvier 2010. BATTISTA FRANCO, UN ARTISTE VÉNITIEN DANS LES COURS D’ITALIE Battista Franco, peintre éminent du XVIe siècle, était né à Venise. Mais de tous les Vénitiens, il fut sans doute le plus romain, le plus florentin et surtout celui qui a le plus admiré Michel-Ange. Artiste prestigieux, il œuvre aux apparati de l’entrée de Charles Quint à Rome (1536), au mariage du duc de Cosme de Médicis à Florence (1539), au mariage du duc Guidobaldo à Urbino (1548). Bien des édifices à travers l’Italie lui doivent la sophistication de leur décor, comme la Bibliotheca Marciana et le palais des Doges à Venise. Dans une perspective qui semble aujourd’hui étrange, son biographe, l’irremplaçable Vasari, l’a associé à un autre maître vénitien du temps : Jacopo Tintoretto, dit Tintoret. Mais si Tintoret est, à force d’effet et d’emphase, l’inventeur fécond et quelque peu relâché d’une peinture lyrique, sombre et enflammée, Battista Franco est, avec autant d’ambition et d’obstination, un artiste clair, obsédé par la lisibilité du dessin. Il le travaille tout en finesse, ne négligeant aucun modèle, développant avec acuité une curiosité d’archéologue et cultivant les plus grandes admirations critiques et artistiques (de l’Arétin à Palladio). Son œuvre graphique, subtile et depuis toujours appréciée des collectionneurs, est parfaitement représentée dans le fonds du Louvre. Il est exposé pour la première fois dans toute son envergure. Du 26 novembre 2009 au 22 février 2010, Aile Denon, 1er étage, salles Mollien. LES MAÎTRES DU DESSIN EUROPÉEN DU XVIe AU XXe SIÈCLE Longtemps restés dans l’ombre de la peinture, les dessins de maître font à présent l’objet d’une quête passionnée de la part des amateurs. En peu de décennies, quelques collectionneurs européens ont pu réunir ex nihilo, parallèlement aux cabinets de dessins des musées, des ensembles impressionnants d’études et d’esquisses qui apparaissent aujourd’hui comme la quintessence d’une pensée artistique à l’œuvre. La collection des dessins de Georges Pébereau compte au nombre de ces jeunes collections qui n’ont rien à envier à leurs aînées. Forte en superbes témoignages du dessin français du XVIe au XIXe siècle, elle offre en outre la singularité de faire découvrir de remarquables créations graphiques étrangères, notamment germaniques, britanniques, danoises ou italiennes. Poussin y voisine avec Watteau, Ingres avec Cézanne, Eckersberg avec Overbeck, Van Gogh avec Klimt et Schiele. Aujourd’hui sa présentation rend hommage à l’exceptionnelle donation de dessins de Costa, Castiglione, Honthorst, Brébiette, Vouet, Tiepolo, Boilly et Victor Hugo que le collectionneur a réalisée en faveur du département des Arts graphiques du musée du Louvre. Une invitation à visiter l’Europe du dessin sur une durée de plus de quatre siècles. Du 26 novembre 2009 au 22 février 2010, Aile Sully, 2e étage, salles 20, 21, 22. Musée du Louvre, 01.40.20.50.50, http://www.louvre.fr.

Michel Dreyfus, auteur de l’étude L’antisémitisme à gauche (La Découverte, 2009) et de Nadine Fresco, directeur de recherches au CNRS dont le dernier ouvrage paru est La mort des Juifs (Le Seuil, 2008), le 25 novembre, à 19 h 30. Le mercredi 2 décembre 2009, à 19 h 30, ce sera au tour de Jan Karski de son vrai nom Jan Kozielewski (1914-2000), résistant polonais, d’être à l’affiche du Musée d’Art et d’Histoire du Judaïsme, à l’occasion de la parution du livre de Yannick Haenel (Gallimard, 2009 ; QL n° 999). RENCONTRES AVEC DOUZE ÉCRIVAINS AMÉRICAINS Organisées par le Centre national du Livre, ces rencontres reposent sur le principe de l’invitation, en novembre de chaque année, d’un groupe d’écrivains d’un même pays ou d’une même aire linguistique et l’organisation d’une série de rencontres dans toute la France, avec des librairies, des bibliothèques, des universités et des associations culturelles partenaires des Belles Étrangères. Pour cette édition 2009, le Centre national du Livre invite douze écrivains américains représentant tous les genres littéraires, roman, nouvelles, poésie, essais, bande dessinée. Le choix des auteurs a été réalisé avec Pierre-Yves Pétillon, conseiller littéraire pour cette édition. Seront ainsi accueillis pour représenter la littérature américaine contemporaine : Charles D’Ambrosio, Percival Everett, Forrest Gander, Andrew Sean Greer, John Haskell, Matt Madden, Jack O’Connell, Eleni Sikelianos, Hannah Tinti, Yuri Slezkine, Richard White et Colson Whitehead. http://www.belles-etrangeres.culture.fr. Cette manifestation verra l’édition d’une anthologie de textes des 12 auteurs invités publiée par les éditions Rivages et la production d’un film d’entretiens avec les auteurs tourné aux États-Unis à l’initiative et avec l’aide du Centre national du Livre (production Films du Bouloi – réalisation Michael Smith). Le DVD du film sera inclus dans le livre, et disponible en librairie à partir d’octobre 2009. HOMMAGE À NINA HAGEN La vie de Nina Hagen, la chanteuse punk des années 1980, est à elle seule un roman. Son histoire se passe dans les années qui ont vu la naissance du rock et de la pop, la chute du mur de Berlin, les hippies et le LSD, la new wave et le sida. C’est un vrai mythe, une chanteuse à la voix phénoménale, chatouillant les tympans par les aigus ou se perdant dans les basses caverneuses, feulant, rugissant, capable de tout faire avec ses cordes vocales. Nina Hagen se révèle une artiste complète qui passe du punk à l’opéra, du rock au cabaret berlinois, des ragas à la comédie musicale. Un talent qu’on imagine inoculé dès l’enfance au théâtre quand, sur les planches du Berliner, jouait sa mère. La voilà donc avec un concert rock, réservé à des nostalgiques ou des curieux, préparé spécialement pour cette occasion. Le dimanche 11 octobre à 17 h, à la Cigale, 120 boulevard Rochechouart, Paris, 18e, métro : ligne 2 ou 12, station Pigalle. Bus : ligne 30/54/67 (arrêt Rochechouart). SIGNATURE Natacha Andriamirado signera son ouvrage J’écris pour mon chien (Maurice Nadeau) à la Cabane à Livres, 75 avenue Pierre-Larousse, 92240 Malakoff, tél. 01.46.55.41.99, le 10 octobre à partir de 10 h 30. RÉPONSE André Guyaux, qui tenait à répondre aux critiques que notre collaborateur Jean-Jacques Lefrère a adressées à son édition des Œuvres complètes de Rimbaud dans la Pléiade (QL n° 988, 16-31 mars 2009), nous signale qu’il a fait paraître sa réponse sur le site internet Fabula (http: //www.fabula.org).

RENCONTRES
GERSHOM SCHOLEM ET JAN KARSKI AU MUSÉE D’ART ET D’HISTOIRE DU JUDAÏSME Né à Berlin en 1897, Gershom Scholem part assez tôt pour Jérusalem où il élabore une œuvre d’une grande érudition où il renouvelle l’histoire de la Kabbale et plus largement de la pensée juive dans toutes ses nuances. Il s’impose en même temps et jusqu’à sa mort, survenue en 1982, comme un penseur d’envergure de la condition juive moderne. « Affronter sa réflexion sur l’actualité d’un judaïsme saisi dans ses permanences et ses évolutions, sur les relations entre Israël et la diaspora, sur le sens d’une identité revendiquée et transformée, c’est se donner les moyens de penser les dilemmes d’aujourd’hui. » À l’occasion de la parution du Cahier Gershom Scholem, dirigé par Maurice Kriegel, (L’Herne, 2009), le musée vous convie à rencontrer Dominique Bourel, religieux à l’EHESS, Maurice Kriegel, directeur du Centre d’études juives à l’EHESS, Marc de Launay, chercheur au CNRS, le jeudi 19 novembre 2009 à 19 h 30. Autour du thème « L ’Antisémitisme à gauche », une rencontre est organisée à laquelle participeront

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SOMMAIRE DE LA QUINZAINE 1000

ROMANS, RÉCITS

JACQUES JOUET PASCAL QUIGNARD JOSÉ SARAMAGO ANNA LUISA PIGNATELLI HYAM YARED JEAN COCTEAU

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BODO LA BARQUE SILENCIEUSE. DERNIER ROYAUME VI LE VOYAGE DE L’ÉLÉPHANT LE DERNIER FIEF, LES GRANDS ENFANTS NOIR TOSCAN SOUS LA TONNELLE LE COQ ET L’ARLEQUIN, OPIUM

PAR

PAR TIPHAINE

CLAIRE RICHARD SAMOYAULT JACQUES FRESSARD MONIQUE BACCELLI AUBERT JEAN JOSÉ MARCHAND

PAR PAR

PAR VANESSA PAR

ARTS

EXPOSITIONS

MUSÉE DU QUAI BRANLY. LA COLLECTION PAR GEORGES RAILLARD LA PASSION DES ARTS PREMIERS, REGARDS DE MARCHANDS MEDUSA EN AFRIQUE INTERPRÉTATION DE LA DEUXIÈME CONSIDÉRATION INTEMPESTIVE DE NIETZSCHE THOMAS HOBBES
PAR

PHILOSOPHIE

MARTIN HEIDEGGER

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FRANÇOIS VEZIN

PIERRE NAVILLE

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PAR

JEAN LACOSTE

HISTOIRE

CYRIL BUFFET MARC FERRO MICHEL MEYER FREDERICK TAYLOR

LE JOUR OÙ LE MUR EST TOMBÉ PAR LAURENCE ZORDAN LE MUR DE BERLIN ET LA CHUTE DU COMMUNISME EXPLIQUÉS… HISTOIRE SECRÈTE DE LA CHUTE DU MUR… LE MUR DE BERLIN 1961-1989 LE SAVOIR ET LA FINANCE, LIAISONS DANGEREUSES AU CŒUR DU CAPITALISME CONTEMPORAIN
PAR

ÉCONOMIE POLITIQUE

EL MOUHOUB MOUHOUD – 40 DOMINIQUE PLIHON

JEAN-PAUL DELÉAGE

SOCIÉTÉ

ZYGMUNT BAUMAN

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PAR LAURENCE ZORDAN L’ÉTHIQUE A-T-ELLE UNE CHANCE DANS UN MONDE DE CONSOMMATEURS ? PANDÉMIE GRIPPALE…

SCIENCES
LA QUINZAINE LITTÉRAIRE

JEAN-CLAUDE AMEISEN JOANNY MOULIN

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DANS LA LUMIÈRE ET LES OMBRES UNE SCANDALEUSE VÉRITÉ BIBLIOGRAPHIE LES ARCHIVES DE LA QUINZAINE LITTÉRAIRE

PAR

JEAN-MICHEL KANTOR

44 46

PAR PAR

OMAR MERZOUG GILLES NADEAU

ONT COLLABORÉ À CE NUMÉRO : LAURE ADLER (15), ANDRÉ MARCEL D’ANS (17), SILVIA BARON SUPERVIELLE (18), MURIEL BONICEL (15), MAÏTÉ BOUYSSY (38), NORBERT CZARNY (20), FRED DEUX (31), DOMINIQUE DOU (19), SERGE FAUCHEREAU (13), LUCETTE FINAS (4), GEORGES-ARTHUR GOLDSCHMIDT (12), SYLVIE GOUTTEBARON (10), GEORGES GUILLAIN (17), ODILE HUNOULT (18), ALAIN JOUBERT (14), ALAIN JUMEAU (28), GILBERT LASCAULT (31), JEAN-JACQUES LEFRÈRE (6), MONIQUE LE ROUX (43), CLAUDIO MAGRIS (7), LAURENT MARGANTIN (21), PIERRE MICHON (10), VINCENT MILLIOT (37), MAURICE MOURIER (30), CHRISTIAN MOUZE (26), MAURICE NADEAU (5), DOMINIQUE NOGUEZ (11), GÉRARD NOIRET (16), MICHEL PLON (37), GEORGES RAILLARD (33), CÉCILE REIMS (31), JEAN-PIERRE SALGAS (12), EUGEN SIMION (15), JACQUES SOJCHER (8), PATRICK SULTAN (28), ALAIN VEINSTEIN (10).

Crédits photographiques Couverture : Jacques Monory P. 7 Louis Monier P. 23 Le Seuil, D. Gaillard P. 24 Le Seuil, Daniel Mordzinski P. 26 D. R. P. 32 D. R. P. 34 K. de Towarnicki

Direction : Maurice Nadeau. Réception des articles : Omar Merzoug (e-mail : omerzoug12@yahoo.fr ou omarmerzoug@gmail.com) Comité de rédaction : Maïté Bouyssy, Nicole Casanova, Bernard Cazes, Norbert Czarny, Christian Descamps, Marie Étienne, Serge Fauchereau, Lucette Finas, Jacques Fressard, Georges-Arthur Goldschmidt, Dominique Goy-Blanquet, Jean-Michel Kantor, Jean Lacoste, Gilles Lapouge, Omar Merzoug, Vincent Milliot, Maurice Mourier, Pierre Pachet, Michel Plon, Hugo Pradelle, Tiphaine Samoyault, Christine Spianti, Agnès Vaquin, Laurence Zordan. In Memoriam : Louis Arénilla (2003), Julia Tardy-Marcus (2002), Jean Chesneaux (2007), Anne Thébaud (2007), Louis Seguin (2008), André-Marcel d’Ans (2008), Anne Sarraute (2008). Arts : Georges Raillard, Gilbert Lascault. Théâtre : Monique Le Roux. Cinéma : Lucien Logette. Publicité littéraire : Au journal, 01 48 87 48 58. Rédaction : Tél. : 01 48 87 48 58 - Fax : 01 48 87 13 01. 135, rue Saint-Martin - 75194 Paris Cedex 04. Site Internet : www.quinzaine-litteraire.net Pages d’informations 01 48 87 48 58 ; e.mail : selis@wanadoo.fr Administration, Abonnements, Petites Annonces : Marguerite Nowak 01 48 87 75 87. Un an : 65 € vingt-trois numéros — Six mois : 35 € douze numéros. Étranger : Un an : 86 € par avion : 114 € Six mois : 50 € par avion : 64 € Prix du numéro au Canada : $ 7,75. Pour tout changement d’adresse : envoyer 1 timbre à 0,56 € avec la dernière bande reçue. Pour l’étranger : envoyer 3 coupons-réponses internationaux. Règlement par mandat, chèque bancaire, chèque postal : CCP Paris 1555153P020 IBAN : FR 38 2004 1000 0115 5515 3P02 093 BIC – Identifiant international de l’établissement : PSSTFRPPPAR Éditions Maurice Nadeau. Service manuscrits : Marguerite Nowak 01 48 87 75 87. Catalogue via le Site Internet : www.quinzaine-litteraire.net Conception graphique : Hilka Le Carvennec. Maquette : Daniel Arnault ; e-mail : arnault.daniel@free.fr Publié avec le concours du Centre National du Livre et de la Région Île-de-France. Imprimé en France

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LA QUINZAINE LITTÉRAIRE

Anne Sarraute et le refus du mensonge
lle me le dit un jour, il y a une dizaine d’années, d’un ton ferme, avec un air de gravité qui me surprit : « Je ne mens jamais. » C’était en 1999, peu avant la mort de Nathalie, sa mère. Sans doute me l’avait-elle dit auparavant et avais-je dû, alors, lui faire les objections qu’on fait en pareil cas, par exemple, dirait-elle à un mourant qui lui demanderait si sa mort est proche, que oui, elle est imminente ? Cette fois, Anne devança ma question en me disant que sa mère avait souhaité sa présence constante à son chevet à l’instant de sa mort, précisément parce qu’elle savait qu’elle, Anne, ne lui mentirait pas. Elle me donna quelques détails sur les questions que ne cessait de lui poser Nathalie et qu’elle lui posa presque jusqu’au dernier moment : comment ce sera ? Est-ce qu’elle souffrira ? À chaque fois, Anne répondait à juste titre que ce n’était pas encore cela… Peu de jours après le décès de Nathalie, j’allai faire une visite à Anne qui me dit, sans que j’aie osé lui poser la question : « Tu sais, je n’ai pas pu… » Je compris aussitôt que sa bonté – qui était grande, masquée trop souvent par sa réserve – l’avait inclinée vers l’attitude rassurante que seul, en pareil cas, permet le mensonge. Et je lui fus reconnaissante de ce choix, comme si ce deuil me concernait au plus près.

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Anne voulait moraliser le comportement critique. Entendons par là qu’elle se méfiait des complicités entre les auteurs et leurs éventuels commentateurs, lorsque ces derniers auraient pour tâche de parler de leurs collègues, comme c’était parfois le cas à La Quinzaine. Elle croyait, aussi fermement que Bourdieu, à la permanence des « renvois d’ascenseur ». Je lui opposais la plainte de Barthes me prenant à témoin : « Que ferions-nous sans les amis ! » Elle finissait par se laisser convaincre, mais sa malice joueuse lui inspirait, à propos d’autres livres, l’argument opposé : « Tu ne connais pas ses livres précédents ? Mais tu vas être obligée d’en parler ! Quel boulot inutile ! Laisse donc ce livre à Untel ! » Si j’y tenais vraiment, je bataillais pour emporter le morceau. Sinon, j’obtempérais. Il y avait dans ces moments, à La Quinzaine, furtivement et grâce à Anne, un climat de jeu qui me plaisait et qui n’excluait pas le sérieux. Lorsqu’un dissentiment s’élevait au sein du groupe, elle cherchait aussitôt à le rasseoir : elle avait l’intelligence de ne pas en faire un monument. C’était une personne rare.

Lucette FINAS

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En at-elle les moyens ? À vous. nous irons jusqu’à 1 000… J’ai dit cela pour plaisanter. Quelques oisillons en renfort permettent à Jacques Monory de portraiturer La Quinzaine en souriante gaillarde. Il s’agissait là d’un autre « pari ». Marc Le Bot et Gilles Sandier. dans le bureau prêté par le Club des Libraires. Le comité de rédaction est toujours d’attaque. je vais essayer… Chère Anne ! Le numéro 1 000… nous y sommes. mais ils sont fiers et heureux. cela ne sera pas le Pérou. – Question émoluments. Erval et moi… Nous ne partons pas seuls. nous sommes au numéro 3. elle pourra vous aider pour votre journal. André-Marcel d’Ans. Bien sûr. « Il y aura du courrier. – Vous avez quand même l’intention… – De continuer… ? Bien sûr ! Ne vous en faites pas. lunettes noires. Qu’aucune des lignes publiées dans notre journal ne soit suspecte ! Je n’en voulais pas plus. ils veulent me faire plaisir et à propos de ma personne ils en remettent un peu. Anne. les services de presse qu’on commence à recevoir. Les écrivains que j’ai sollicités pour ce numéro. « Elle est pleine de bonne volonté. qui nous a fait pour ce numéro un cadeau de prix. qui nous quittait quatre ans plus tard. merci à Jacques Monory. qui marque une étape de quarante-trois années de labeur. déçu de n’avoir pas trouvé les moyens financiers pour le grand hebdomadaire qu’il rêvait. ni des puissants ni des amis. nouveau sourire. j’ai publié Portrait d’un inconnu (préfacé par Sartre) – me demandant de bien vouloir m’occuper d’une de ses filles. Il a perdu en route François Châtelet. et je ne m’excepte pas du lot. La Quinzaine littéraire. de le dire. François Erval non plus. de joies et de soucis. Chris Marker… je ne sais pas “taper”… ». « mais j’apprendrai… ». Louis Arénilla et Jean Chesneaux. Nous avons quelques relations et connaissances. les collaborateurs à qui j’ai demandé les raisons qu’ils avaient d’écrire pour La Quinzaine.. J’ai les miens. Pourquoi ne le serais-je pas ? L’autosatisfaction a ses limites. les auteurs d’articles à “taper”… – C’est-à-dire… » un sourire : « j’étais dans le cinéma… la photo… Agnès Varda. Mais nous croyons à ce que nous faisons. Nous avons déjà dépensé pour les deux premiers numéros l’argent qu’on nous avait prêté. Mon ambition était autre et plus modeste. L ’oiseau est quelque peu déplumé – merci Raymond Roussel ! – qu’avec Sylvie Gouttebaron nous allons conduire ce 17 octobre à la Halle SaintPierre. » J’avais envie de faire plaisir à Nathalie. notre imprimeur. Le cocorico passerait mal. des Lettres Nouvelles. « Ma mère vous a écrit. le téléphone. En attendant. pas davantage de partis. doit prendre un nouveau plumage. mais j’ai quand même dû mettre hors service deux ou trois coucous. Les deux premiers numéros ont été bien accueillis.LA QUINZAINE LITTÉRAIRE Pari tenu n des temps très anciens – celui du numéro 3 de La Quinzaine – une jeune femme. justement… voici un article de François Châtelet à dactylographier… – Donnez. ou de coteries. vient me rendre visite rue de Nesle. Je demande à Anne si je peux l’employer comme secrétaire. Plus circonscrite également. dans ce monde qui a pas mal changé. les négligences. notre jeune mère poule. merci à tous ! E Maurice NADEAU 5 . tous disent dans ce numéro que cet autre « pari » a été tenu. et ce que j’avais demandé aux collaborateurs de dire c’est aussi ce que nous avons manqué : les erreurs. Je ne sais rien de l’avenir. Anne ne le verra pas. décédé il y a une dizaine d’années. Julia Tardy-Marcus. Après ce numéro 1 000. Silence. Anne. les gens qui vont venir nous voir. Il n’y avait qu’à regarder autour de soi pour voir où cela menait. » En effet. je viens de recevoir une lettre de Nathalie Sarraute – nous nous sommes connus durant la Résistance. à la SIEP. Louis Seguin. Ne dépendre de personne. – Tiens. qui vient de vivre une période difficile. amis et lecteurs. Erval a ses amis de L’Express. accompagnée. les oublis..

À l’heure où les « suppléments littéraires » des principaux quotidiens français sont d’une médiocrité et d’une fadeur telles qu’ils feraient aboyer un chien en porcelaine . les comptes-rendus fadasses. À l’heure où Dominique Bona et Philippe Labro s’apprêtent à l’y rejoindre . en expliquant que « l’écriture a toujours été sa passion » . tous inutiles . le plus obscur guitariste. À l’heure où tout écrivain offre ostensiblement ses archives à l’IMEC et survit à une œuvre déjà morte. À l’heure où les représentants officiels de cette critique salissent la chose littéraire en participant aux émissions people qui pullulent sur le petit écran vespéral . À l’heure où les grands éditeurs en sont réduits à miser sur le premier roman de tant de petits cons . en espérant qu’on lui consacre prochainement une exposition . À l’heure où la critique littéraire est remplacée par la réclame de copinage. Jean-Jacques LEFRÈRE 6 . le recopiage des prières d’insérer et les louches de compliments dithyrambiques . je reste fidèle à La Quinzaine littéraire. le plus récent ex-ministre mise sur sa notoriété pour nous asséner un roman ou un livre de souvenirs. À l’heure où ceux qui se targuent du titre d’écrivains se bousculent pour passer aux mêmes émissions . les perpétuels renvois d’ascenseur. – En ces heures tragiques et comiques à la fois. tous médiocres. À l’heure où le moindre acteur de cinéma. À l’heure où Max Gallo est entré dans l’immortalité . À l’heure où la littérature devient conformiste jusque dans sa subversion même .LA QUINZAINE LITTÉRAIRE C’est l’heure… À l’heure où les libraires enquiquinent tout le monde avec leurs « coups de cœur » médiatisés et se croient obligés de donner leurs jugements sur des livres qu’on ne leur demande que d’exposer et de vendre . À l’heure où la « rentrée littéraire » voit éclore six cents romans chaque automne. À l’heure où tant de fantoches inconsistances encombrent l’espace littéraire . tous pareils.

la capacité d’interpréter des livres et des choses avec une clarté affable et inexorable. Son indépendance est pratiquement unique dans le panorama actuel . en bavardant avec simplicité et en se mêlant aux gens dans leur vie quotidienne. Sa rigueur incorruptible lui a permis de donner. les livres. de travail bien fait. mais je crois aussi pour bon nombre de ses lecteurs dans d’autres pays. de la poésie. qui est encore et toujours là. ceux qui ont suivi la revue savent combien ils lui doivent. accompagnant le chemin d’une pensée philosophique ou politique. une compagnie. on la touche de la main. Mais aucune sans doute n’a été. P Claudio MAGRIS 7 . elle est devenue l’odeur de son papier ou presque. à ces nombreuses années. Mille numéros de La Quinzaine : avec ces milliers de feuilles de papier tenaces mais aussi agréables au toucher. Une information qui devient jugement. Il y a eu. il y a donc en elle la vocation artistique la plus authentique parce que. les littératures. un guide ferme et discret dans la lecture des livres et du monde. sans avoir peur des courants ni des tourbillons. comme La Quinzaine. dans ces pièces de l’amitié. fussent-elles les plus lointaines et les moins connues. dans une époque qui semble les mettre au grenier. à améliorer l’existence de chacun. contribuant ainsi. le vrai artiste n’essaie pas de faire un « beau ». à laquelle je dois personnellement beaucoup. la place où les poètes et les philosophes. et qui éclaire toutes ces pages. au sourire d’Anne. de la cohabitation civile. un peu plus en sécurité. critique. comme dans les boutiques des anciens maîtres . La Quinzaine a un classicisme profond et limpide. notre agora our moi. aux amis qui ont contribué à faire la revue. formation. sans aucun dogmatisme ni préjugé idéologique. cela aide à traverser le chaos de la rue . les territoires de l’esprit parfois les moins explorés. parce que le capitaine Maurice connaît mieux que quiconque les routes – routes au milieu des livres. Il y a eu. on parcourt ses pages. Aussi rapide et aussi infaillible qu’un limier pour flairer le nouveau. comme l’écrivait Broch. non seulement de l’information mais aussi des jugements de valeur fermes et motivés. Merci à ces mille numéros. Quand j’entre dans des pièces de La Quinzaine. sans acrobaties intellectuelles artificielles ni compromis. et il y a.LA QUINZAINE LITTÉRAIRE La Quinzaine. mais un « bon » travail et c’est cela qui lui permet de créer la beauté authentique. découvraient et disaient de manière accessible à tous les vérités profondes de la vie. dans La Quinzaine une symbiose de génialité. je me sens chez moi. un peu plus moi-même. combien elle les a aidés à comprendre un peu mieux le monde. La Quinzaine littéraire est depuis bien des années. ce qu’était l’agora pour l’Athènes de l’Antiquité. La Quinzaine a la vocation classique de plonger dans le temps et de lui résister pour en extraire la valeur . d’originalité et d’honnêteté artisanale dirais-je. Avoir en main un fascicule de La Quinzaine qui vient de sortir. d’autres grandes revues qui ont fondé et diffusé des mouvements culturels. elle s’est construit en quelque sorte un grand bateau de papier sur lequel nous sommes montés confiants. à l’autorité fraternelle et à la maestria de Maurice Nadeau. sans trop le faire voir. cette résistance à l’air du temps que proclamait Camus et qui n’est pas nostalgie passéiste mais passion du présent contre toute falsification. lesquels ne sont pas que des livres mais de la vie. qui ont provoqué ou restauré. certes. Attentive avec son flair très fin à saisir les transformations du monde et de l’art qui le représente. le grand frère de nous tous .

depuis une dizaine d’années. de psychanalystes. mais surtout un carnet de bord et de babord. des ouvrages classiques. qui raconte ses rencontres au fil des jours. C’est le journal intime et public d’un amoureux de la littérature. L ’information n’est pas oubliée. Jacques SOJCHER. ou seulement de nom. Je me réjouis de la part accordée à la poésie. J’ai aussi eu le privilège de collaborer à quelques numéros au cours des ans. c’est la rencontre de poètes. les spectacles et les films à l’affiche sont signalés et commentés par des critiques avisés. vivifiant. intempestif. d’un homme curieux. de nouveaux venus à l’écriture. de dramaturges. je suis en effervescence. réédités avec des traductions nouvelles. souriante. La Quinzaine. c’est un périodique. fidèle des fidèles. C’était aussi Anne Sarraute. passionné. La Quinzaine. pour l’histoire des idées. Les expositions. le « Journal en public » de Maurice Nadeau qui revisite les livres. impatient de passer à l’acte de la lecture des livres commentés. de sociologues. attentive aux livres. L ’excellente bibliographie (à la fin du journal) établie. des créateurs de tous horizons et de tous genres. de romanciers. le capitaine de ce beau navire littéraire et de la pensée libre. aux collaborateurs. par Anne Sarraute. d’en parler avec des amis. d’historiens. Je découvre des auteurs – surtout étrangers – que je ne connaissais pas. parfois d’écrire ou de continuer à rêver. à l’engagement pour la langue (la « parole essentielle » de Mallarmé). de cinéastes. le plus souvent d’amis disparus. Maurice Nadeau. si présente. Bruxelles 8 . qui a le don de l’admiration et le courage de la mise à distance. c’est. Il y a enfin. depuis des décennies. La Quinzaine littéraire.LA QUINZAINE LITTÉRAIRE Comment ne pas être un ami de La Quinzaine littéraire ? J e lis La Quinzaine littéraire depuis plus de quarante ans. pour la politique. pour moi. de philosophes. Quand je lis La Quinzaine. de plasticiens. même aujourd’hui dans son absence. aux auteurs. qui révèle – une fois encore – des auteurs méconnus ou inconnus.

9 .

Un mystère comme le choc d’un texte fabuleux. territoire pour moi de la fascination. J’éprouvais donc un certain enthousiasme mais je ne savais pas absolument pas d’où me venait cette joie profonde. un paysage où je savais qu’il était bon d’aller. imposait un rythme. Pourquoi La Quinzaine seule. etc. C’était une présence. qui nommaient les écrivains en première ligne. savait. ma tante ponctuait. mais cette nébuleuse de mots agrégés. Quelque chose me fit comprendre. Et de quinzaine en quinzaine. sincère. les sommaires m’ont appris à ne pas me tromper d’espoir. C’est Chez l’ogre. Je ressens soudain quelque chose que je peux formuler ainsi : que j’ai été contemporain d’André Breton. des arabesques avec des mots mal assortis. qualifier). Tout bon écrivain. Maurice Nadeau ponctuait. etc. m’avaient vaguement écœuré). teintée de la notion de temps. l’élégance.LA QUINZAINE LITTÉRAIRE Mon premier souvenir est celui-ci… l fait beau. Ponctuait le temps – ce fameux temps perdu pour certains. Peutêtre que ça a commencé comme ça. quelque chose qu’aucune autre des feuilles littéraires de l’époque ne me disait. en amitié. entendre la grande rumeur et faire avec. à lire. quelques années plus tôt. Puis dans le temps ce rendez-vous urgent est naturellement entré dedans ma vie. ce temps se confond parce qu’étale. sans trop comprendre comment. I Parce que les articles n’étaient pas des articles de circonstance : pas de nécrologie toute faite. que ce soleil d’octobre ne brille pas pour lui. dont aveuglément je présumais que je pourrais faire un peu ma vie. je l’ai lue. justement. un tempo à la littérature naissant à mon esprit naissant. Encore fallait-il ne pas confondre la fièvre de la hâte avec l’urgence de l’essentiel. qui demeure. qui donne toujours comme donne une réserve. était liée à cette histoire. Je savais sans savoir que Maurice Nadeau. Chaque programmation du music-hall de Bruno Coquatrix était à mes yeux un programme de rêve. comprise et pas comprise. Je la lis. un style en quelque sorte. rêvant. Mais la littérature a besoin de ce temps hors. Un rêve dirigé vers le dedans.` Parce que Maurice Nadeau. à Clermont-Ferrand. Que je ne le suis plus. por- teuse de rêve. Et j’en avais sérieusement besoin. je savais que Mlle Kern. C’était la littérature en fraternité de littérature. La Quinzaine est ouverte devant moi. qui m’inspiraient. La Quinzaine donnait envie de lire jusqu’à plus soif. Alors je vais dehors et je sais que j’ai raison dans cet univers-là. dévalués par leur présence sur tous les fronts. Parce que les signataires de ces articles n’avaient pas de noms tonitruants. plus proche. Cher Maurice Nadeau. donne Breton pour une marchandise parmi les autres. bien planté pour connaître mieux. découper. Je crois que c’était dans les années 80 (quoi qu’il en soit. impossible à fragmenter. Parce que les autres articles de la même Quinzaine. s’ils traitaient d’auteurs qui certes n’avaient pas la carrure de Breton. puisque d’aucuns le faisaient. apparaissant entre une réclame de cosmétique et un placard d’éditeur pour un livre à gros tirage. ne parlaient que d’auteurs remarquables : il n’y avait pas là de place pour les romans de rédacteurs en chef. Je sentais profondément cette soif. est dégradé. Il n’y avait pas de gloire inatteignable. s’il apparaît parmi des faussaires. dont Mlle Kern me parlait dans la maison d’été. ni trop peu. inouï. Sylvie GOUTTEBARON J’ai lu La Quinzaine dès son premier numéro J e déchiffrais les lettres de la une. Si elle était. c’était moins celui d’une vie vouée aux paillettes que tournée vers une exigence de vérité. une brasserie près des facs. La Quinzaine ponctuait. puisqu’il y avait le haut de l’affiche… Une idée de la gloire que La Quinzaine de Maurice Nadeau a fait voler en éclats. Ce doit être au début d’octobre 1966. puisqu’André Breton est mort le 28 septembre. merci pour cette joie posée une fois pour toute via la littérature dont vous êtes aujourd’hui et pour moi un héros. qui ouvrait le numéro. un arrêt assez grand pour comprendre mieux ce qui se passe. en dehors. une intransigeance. un peu grandir. avec gravité. avec des images. la gravité : voilà La Quinzaine. etc. considéré comme inutile – et que je remplissais de ces signes de ponctuation. La note juste. me donna-t-elle cette impression de gravité ? Peut-être parce qu’il n’y avait pas de publicité : la tête de Breton. une nécessité en noir et blanc. ma tante. Alain VEINSTEIN 10 .. pas de larmes de crocodile (celles qu’Aragon avait versées dans Les Lettres Françaises pour la même occasion. c’est-à-dire une tentation. que j’avais été contemporain d’André Breton. plus intime. nez dans le texte. tout autant que l’Olympia. avait la note juste. Je retrouvais Mademoiselle au Grand Palais où se tenait le J Salon du livre et où elle veillait sur le stand de La Quinzaine. C’était ces images-là aussi. comme les affiches de l’Olympia. me dis-je aujourd’hui (ayant oublié le contenu exact des articles).. il est deux heures de l’après-midi. Monsieur Nadeau. bien dedans. bien plutôt que vers les mirages du dehors. Je faisais avec. faire avec ses petites mains et sa petite tête. ignorante de sa source. Ni trop.. imaginer. Pierre MICHON C’est peut-être une histoire du temps littéraire… e veux dire du temps poétique que constitue pour moi l’idée même de La Quinzaine littéraire. avec la folie qui va avec une passion pour cette choselà. peuplé de photos d’auteurs.

j’obtiens huit lignes ! 1984 Pour mon troisième roman. Georges Raillard salue mon incoercible goût de la plaisanterie (à vrai dire.. des routes. qui lui seront consacrées. Cette fois. vous n’existez pas. Mais je ne le ferai pas car on croirait encore que je plaisante. Le Hussard vert. notait Oster. Pas de réaction explicite. Mais c’était pour ajouter : « Très vite on souhaiterait un bon fondu au noir. Je fais dans le laconique. Cinq lignes (les seules. » 1996 On me fait l’honneur de me demander un article pour le numéro spécial de l’été. des canards. des portes. Cinq lignes objectives et denses. on me demande mon avis général sur La Quinzaine. du persil. « C’est l’un des critiques les plus aigus et les plus cultivés d’aujourd’hui ». 2008 Mon éditeur se plaint : – Cela fait dix ans que vous n’avez plus d’article dans La Quinzaine ! Moi : – C’est peut-être que. mais aussi des tortues. « Beaucoup de fondus enchaînés ». au flan. façon Beckett. ce qu’elle est parfois. des pucerons. Maïté Bouyssy consacre quelques lignes à mon roman La Jambe. de s’assurer dans chaque numéro les concours. tout de même m’appeler en grosses lettres rouges « Octave Mirbeau » ! Je vais demander un rectificatif. y compris internationaux. il emploie seulement le mot « plaisantin » et mon éditeur prétend que ce n’est pas forcément élogieux). 95 F / Un roman d’apprentissage. si j’en juge par vos chiffres de vente. La Quinzaine n’a rien écrit sur moi non plus. dans son « Journal en public » de La Quinzaine. Eu égard à tous les bonheurs qui me sont arrivés grâce à La Quinzaine littéraire. comme Breton. cela fait dix ans que je suis un auteur qui résiste à la critique ? Lui : – Moi. À ma grande surprise il est accepté. » Cela me sert de leçon : je décide d’appeler mon roman suivant Le Hussard invisible. Et d’ailleurs. je n’ai rien écrit. Et Gilbert Lascault salue mes Contes pour trois lapins bleus en observant : « Il y a dans ce petit livre des lapins. « Bazaine ». si un mécène ou l’État lui permettait de très bien payer les articles et ainsi. 2005 (1er mars) J’envoie à Maurice Nadeau mon essai Défense de « de » (contre la disparition des prépositions en français). accord parfait. 1989 De mieux en mieux : La Quinzaine publie en bonnes feuilles une page et demie de mon essai sur La Signification symbo- I lique de la vigne. se référant à la structure cinématographique du roman. L ’article a un certain écho (deux lettres de protestation). m’avait annoncé en exultant mon attachée de presse. il emploie 38 fois le mot « de ». sans parler de 11 « d » apostrophe : j’y vois un discret hommage. il est signalé dans la rubrique « bibliographie » du journal. 1987 Cette année. des coccinelles. les plus prestigieux. qu’on n’est jamais à l’abri d’une distraction ou d’une coquille. 1992 Deux fois à l’honneur la même année. Si je m’écoutais. pour eux. Match nul. Maurice Nadeau me fait juste retirer un jeu de mots bourvilesque sur « la tac-àtac-tactique du gendarme » (Pernodoux. d’ailleurs. Et puis. J’ai finalement hésité entre « veine » et « déveine ». « benzène ». Ô surprise. je dirais que La Quinzaine littéraire pourrait être la vraie rivale de la NYRB dans le monde. Brève justification chronologique : 1967 (15 décembre) J’envoie. 11 . Il m’est même payé ! 1976 Je publie mon premier roman. des guides de montagne et des clous. une rime à « quinzaine ». « Le livre. comme la NYRB. 1990 Ma photo en gros sur la couverture du numéro 566. / le premier de l’auteur ». 1988 Mes actions remontent. d’un livre à l’autre. contrairement à tous ces Français gentiment colonisés qui vont disant que rien ne vaut la New York Review of Books. des gaufres.LA QUINZAINE LITTÉRAIRE Quarante-trois ans de veine à La Quinzaine l me fallait. Le Hussard jaune. Après mon petit libelle De l’art ou du cochon. pour mon titre. un article sur La Tactique du texte. Nous arrosons cela chez mon éditeur au morgon. ô joie. sans enchaînement. pour les autres non plus ! Moi (finaud) : – Une petite cure d’inexistence n’a jamais fait de mal à personne ! 2009 Pour le numéro 1 000. de Jean Pernodoux. et réponds en trois mots : « Chi lo sa ? » L ’article ne paraît pas. sans perfidie ni inexactitude ! Cinq lignes impeccables ! « Le Hussard rouge / Éditions du colibri. j’ai choisi le premier. mais je note que. était fils de gendarme). j’ai droit à un article complet de Daniel Oster. j’ai beau savoir ce qu’est le journalisme. Bravo les artistes ! 1980 Je publie mon deuxième roman. jaune… L’auteur mobilise en vain toutes les couleurs de la palette : il n’est que gris. je dirais plutôt que cela fait dix ans que. vert. Le Hussard rouge. en dehors d’un bref éreintement dans un mensuel suisse). Pas compris pourquoi ils m’ont rajouté une moustache. » Et de conclure : « Rouge. voire « archidiocésaine » rimaient bien mais nous éloignaient du sujet. pour eux. des roseaux. quel avenir ? ». concluant énigmatiquement que « ça lui en fait une belle ». / 824 p. Elle a moins exulté quand elle a lu l’article.

Certains y travaillent régulièrement depuis plus de trente ans. La Quinzaine me semble lieu idéal pour être critique dans les trois sens du mot (recension. 500. et des « médias » (rien à voir avec la presse) à l’hétéronomie de plus en plus autonome. Auxquels j’ajoute l’URSS (n° 468. Bonheur du comité qui sédimente dans sa diversité le demi-siècle de Maurice Nadeau « revuiste » (de Marcel Bisiaux à François Maspero…). Au journal (hors de lui). une recherche sans tabous et sans préjugés qui la caractérisent à l’instar de son fondateur Maurice Nadeau. Je ne retrouverai cette générosité (l’individu préféré à sa « position ») que chez Duchateau ou Borzeix (France-Culture). France (491). l’étonnement et le besoin parfois de mettre les choses au point. Venu voir Maurice Nadeau au printemps pour lui proposer cet article. Le n° 532 (mars 1989) Où va la littérature française ? y insiste : le bon côté de la mutation en cours pourrait être que la littérature française est devenue pour elle-même « une littérature étrangère parmi d’autres ». On ne peut deviner d’avance. La Quinzaine est sans exclusive. Huit ans durant. Mon grand regret : n’avoir pas réussi à faire se rejoindre l’incarnation du capital symbolique (Maurice Nadeau ou l’homme sans Rolex) et son théoricien Pierre Bourdieu. qu’il a publié en français à partir de 1958. J’ai toujours lu la philosophie comme le roman policier (Deleuze). c’est son timbre. Puis. d’une Restauration qui très vite se nouera au Spectacle.C’ÉTAIT HIER Une quinzaine pas comme les autres e qui est particulier à La Quinzaine et la différencie de beaucoup d’autres journaux littéraires. Blaise Gauthier au Centre Pompidou. Il suffit d’ouvrir ce journal (ce n’est pas une « revue ») pour être déshabitué d’un ton coutumier dans lequel il est facile de se glisser. ou Yves Mabin (Affaires étrangères)… De Maurice Nadeau. d’Anne Sarraute). Un déjeuner eut lieu (je me souviens du gratin dauphinois). admirateur de son Flaubert. j’avais trente ans et le sentiment vif d’une cassure dans le champ littéraire et intellectuel. je dois d’avoir connu Daniel Oster (Nadeau dans le numéro du 1er janvier 2009. « Illusion autobiographique » ? En 1983. etc. malgré Tchernobyl). plutôt contre. qui espère dans la perestroïka. car les collaborateurs sont toujours attentifs à ce qui n’éveille pas forcément l’attention et qui pourtant fait vivre la littérature. revient sur ses Rangements « un livre que nous avons négligé en son temps ») : nous eûmes même le projet d’une revue mallarméenne nommée Ptyx. C’est l’absence absolue de haine. Portugal. à gauche. qui cherchait. surtout épluché la bibliographie (œuvre. un partenaire pour Liber (un projet voisin de la Revue Internationale. conditions de possibilité. Hongrie. je ne l’ai lu attentivement que lors d’un séjour de deux ans en Afrique (« prof de philo » à Niamey. en témoignent les Belles Étrangères – et les numéros Brésil. mon premier papier – contre Pascal Bruckner. un certain espoir. je fus préposé aux entretiens (je me souviens des « écrivains et leurs lectures » – de Jean Cayrol ou Henri Thomas à Philip Roth ou Milan Kundera – et des romanciers de l’Est que ce dernier me fit rencontrer). le statut change des littératures étrangères (le monde se met à ressembler aux Lettres Nouvelles…).I. Jean-Pierre SALGAS 12 . l’Histoire du surréalisme. pris toujours par l’enthousiasme. Georges-Arthur GOLDSCHMIDT 1983-1990 es premiers souvenirs de La Quinzaine sont liés au « Point G » (j’ai assisté à la genèse de ce dossier proposé par Anne Fabre-Luce . Grèce. mon grand homme est Jean Echenoz à cause du Méridien de Greenwich (1979). J’ignore en 1983 presque tout des Lettres Nouvelles dont la collection m’éblouit aujourd’hui. je pars pour écrire sur G comme Gombrowicz. Qui plus est en se tenant entre les domaines. à la fin des années 80. Jean Clair et François Georges – paraît à sa suite dans le n° 401 du 16 septembre 1983). de ce que tente aujourd’hui la R. je le saurais plus tard. Et à la mise en œuvre des numéros spéciaux : Vingt ans (459). vous n’allez pas me croire. mais conduite par des évidences absolument claires qui n’ont pas besoin d’être définies plus avant. En d’autres termes les rédacteurs bénévoles toujours par amitié pour Maurice Nadeau qui le mérite bien ne recourent pas plus aux clichés verbaux qu’aux clichés de « pensée ». été 1986. 1990 : je quitte La Quinzaine mais pas Maurice Nadeau. « un Polonais qui avait le tort supplémentaire de vivre en Argentine ». et dans les romans l’aventure d’une écriture plus que l’écriture d’une aventure (je n’ai d’ailleurs jamais compris qu’il y ait deux comités du mercredi).L. qui inaugurait la collection PointsSeuil. on ne peut finir les phrases sans avoir besoin de les lire. le premier texte que je crois avoir lu est sa préface à l’édition 10-18 de Ferdydurke (à la maison de la presse de ma grande banlieue – le livre de poche Hachette fut soudain bousculé par 10-18 et la collection Poésie-Gallimard). Si je me souvenais très bien du premier numéro du journal (Nadeau sur Le Déluge de Le Clézio). À l’exemple de ce premier papier (je réenfoncerai le même clou en 1987 à propos d’Alain Finkielkraut). Finlande. Niger). Nadeau signifie modernité : ma tête est tout occupée de Paradis et de La Distinction. il m’a demandé si je connaissais « quelqu’un comme moi » : je me suis retrouvé engagé sur le champ (à mi-temps) comme « courriériste littéraire ». et dans la littérature immédiatement contemporaine. Que de jeunes écrivains doivent à La Quinzaine leurs premières recensions. Il y a une astreinte d’écriture et de réflexion car il est moins facile qu’il y paraît de ne pas suivre le fil de sa plume. qui alors se referme sur sa « reproduction ». Espagne. L’immense intérêt pour l’Est (rappelez-vous la Lettre Internationale d’Antonin Liehm) cessera paradoxalement après 1989. arrivant à Paris en 1970. C Mais La Quinzaine littéraire est aussi un extraordinaire conservatoire où les futurs commencent. une constante curiosité.I. Si bien qu’on sait immédiatement que La Quinzaine est à gauche sans pour autant être de gauche puisque tout ce qui n’est pas de l’ordre de la répétition et du « ready made » ou du par cœur est censé être du « mauvais esprit ». Un lieu rêvé à M l’écart de l’université. presque sa voix.) qui se tournera vers Le Monde avant de se replier sur l’université. Ce qu’on y lit est toujours quelque part inattendu et ne va pas tout seul.

Avec les noms de Maurice Nadeau et François Erval. le premier numéro se présentait hardiment. Ses 32 pages ont le même format que celui d’aujourd’hui. et. Quels que soient les pays visités. etc. Il y avait cependant une réunion de six à huit collaborateurs. on décidait de qui ferait quoi ou à quel fin connaisseur on ferait appel. chroniques et traductions dans ce journal. Claude Bonnefoy et moi-même avions été chargés de constituer un dossier sur le roman érotique dont une vague déferlait alors dans les librairies. de Thomas Pynchon. pour de longues années. le plaisir de la gamine consistait à sortir tous ces papiers. ça ne tiendra pas. Maurice et Anne assuraient la liaison. comme si le journal existait depuis longtemps. durant le temps où débattait le comité. selon un rituel toujours le même. Pascal Pia. Jean-Louis Ferrier. Anne Sarraute n’a pas tardé à être la grande prêtresse de ces cérémonies sans cérémonie. au contraire. Gilles Lapouge avançant calmement « Il me semble que… » ou Maurice Henry apportant un dessin de crocodile pour mon article sur V. Maurice Nadeau. que c’est une équipe spécifique au journal qui lui donnerait sa cohérence. et. Ce sont pourtant ses débuts lointains. Plaie d’argent n’est pas mortelle. Je possède toujours ce numéro un à couverture orange dont j’ai parlé plus haut. toujours soucieux de son indépendance. un comité pour les sciences et la philosophie. La diversité de ses intérêts et la qualité de ses textes parleraient pour lui. Si les deux comités ne discutaient pas ensemble. Le principal changement au sein du journal a été la division en deux du comité de rédaction pour faire face à l’abondance de publications : un comité pour les lettres et les arts. un jeu de mots de Bernard Cazes qui détendait l’atmosphère. m’avait mis en main le premier numéro de La Quinzaine littéraire. avant l’actuelle rue Saint-Martin. évidemment sans exclure les renouvellements internes et le concours occasionnel de spécialistes et de sympathisants fidèles. alternativement. Maurice Nadeau. Erval a bientôt rompu avec le journal . qui me restent les plus présents. sans aucune déclaration d’intentions. on y perdait en appuis financiers mais on y gagnait en liberté. on écartait. Un peu plus tard viendrait l’installation des bureaux. pas de comité de rédaction annoncé mais l’adresse de la rédaction dans une petite rue du Quartier latin où je crois n’être allé qu’une ou deux fois. La Quinzaine avait désormais sa vitesse de croisière et son cap implicitement définis par Maurice. mais elle sera plus d’une fois si périlleuse que La Quinzaine aurait disparu sans l’aide de ses amis officiels et privés. dans ce même quartier de l’Hôtel de Ville où n’a pas toujours existé le Centre Pompidou. Quel débutant ne l’aurait pas été ? Malgré divers prophètes jaloux qui prédisaient : Vous verrez. On en discutait. dit le proverbe. il croyait aussi qu’il L fallait choisir les collaborateurs du journal au sein de ces grandes maisons. la semaine suivante. les paquets de livres nouveaux étaient sur la grande table devant Maurice qui les introduisait l’un après l’autre en quelques phrases. À cette époque.Années soixante a Quinzaine littéraire a si bien jalonné la plus grande partie de ma vie d’écrivain que je m’imagine l’avoir toujours connue. ce dernier avait une préférence marquée pour les grandes maisons d’édition et leur politique . Bien évidemment. Paru le 15 mars 1966. je dénombrerais un jour 224 articles. Si je me souviens bien. trois ou quatre ans. je demandais cependant : Avez-vous lu La Quinzaine ? Vous ne lisez donc pas La Quinzaine ? Et maintes fois j’ai distribué des numéros dans des Paraguay et des Tadjikistan reculés. les conceptions ont divergé entre Maurice Nadeau et François Erval. Roland Barthes. Albert-Marie Schmidt… Il est probable que les numéros récents portent aussi des signatures dont on s’étonnera plus tard. Je ne sais plus quand est apparue l’idée de regrouper éventuellement un ensemble d’articles autour d’un thème particulier. les mettre à plat et les classer selon leur taille et leur couleur. Des scènes. j’étais ravi de participer si peu que ce fût au numéro suivant. Serge FAUCHEREAU 13 . Ce n’était peut-être pas radicalement différent de ce que nous faisions dans la pièce voisine. bon an mal an. Assez vite. préfiguration du numéro spécial de l’été. sans aucune explication. dans la rue du Temple. croyait. un journal qui se veut au niveau d’une revue tout en suivant l’actualité. Nombre de ses collaborateurs ont disparu : Samuel Beckett. les défroisser. pour qui je collaborais déjà aux Lettres Nouvelles. ce n’est pas possible. il y a quarante ans et plus. devant les corbeilles à papier dans un bureau attenant au lieu de réunion. on retenait. Anne Sarraute installait ma fille cadette. des bribes me restent de cette préhistoire : François Châtelet secouant sa crinière en signe de désapprobation. son rire dominant les éventuels désaccords véhéments. jusqu’au début des années 80 où le travail à l’étranger me couperait de l’actualité française et rendrait mes contributions plus sporadiques. J’adhérais allègrement au concept sans penser que. Je vois cependant qu’à la fin de 1969. lettres. Quand on arrivait.

ou soigneusement décalée. nous fîmes venir un libraire intéressé qui se chargea (c’est le mot) de descendre nos sept étages sans ascenseur. Dans la foulée de cette décision. sauf si quelque voyage à l’étranger. ce qui mit fin à l’indécent projet ! Ce fut là ma première « participation ». ou même en France – la gazette n’atteignant pas toujours les coins reculés de l’Hexagone ! –. Pour nous. ou de tout autre question relative à la vie de l’esprit et de la connaissance. sur la « fin » du groupe – des informations volontairement erronées étant distillées par ceux-là mêmes qui s’étaient ridiculisés avec la lettre à Mitterrand –. Je crois bien que très peu de numéros m’échappèrent. un lecteur assidu de La Quinzaine. en tant que lecteur/collaborateur. une nouvelle gazette fit son apparition. qui attira notre attention par ses ambitions. pour ma part. n’étant pas pour rien dans l’affaire. Norman Cohn. Et puis un jour. Seule – ou presque – cette publication permet de suivre au plus près l’actualité immédiate. 2002. et moi-même. » C’est ainsi que je devins. de simple lecteur et correspondant occasionnel. que ce soit dans le domaine purement littéraire comme dans ceux qui relèvent du politique. de la poésie. ou le fin mot de l’histoire. bien après A l’autodissolution du groupe surréaliste en 1969. il est de notoriété publique que plusieurs « différends » nous opposèrent au fil de l’histoire. Un beau jour. et l’impressionnante collection que j’avais constituée ne pouvait nous suivre pour diverses raisons matérielles. qui démontait et dénonçait la manœuvre en termes plutôt vifs. il m’invita à participer à La Quinzaine. des œuvres de Norman Brown. aussi bien lorsqu’ils tentent de faire passer l’assassin Siqueiros pour un martyr que lorsqu’ils feignent d’ignorer le monstrueux procès Brodsky. par Les Lettres Nouvelles. Entre Nadeau et les surréalistes. de l’Histoire. et venait compléter la revue mensuelle Les Lettres Nouvelles. croulant sous le poids des cartons. D’autres années passèrent. Nous n’oublions pas que vous avez combattu la veulerie d’un bon nombre d’intellectuels de gauche. J’acceptais avec enthousiasme et ouvris une chronique intitulée « La Boîte noire » où j’avais « carte blanche » ! Ainsi. Comment. l’ensemble du groupe. j’entrepris de révéler la célèbre « vérité-qui-n’est-pas-bonne-à-dire » dans un ouvrage que je portais aussitôt à Nadeau. Alain Joubert. quelques-uns de ceux qui pensaient avoir emporté le Mouvement à la semelle de leurs godillots. de la sociologie. je devins successivement « écrivain recensé ». Gombrowicz. puis critique épisodique de ce magazine où je me sentais parfaitement à l’aise. Un comble ! Maurice Nadeau publia leur supplique. nous trouvâmes dans l’embarras : nous devions déménager. de ce qui se publie en France. et atteindre ce légendaire numéro 1 000 que nous célébrons aujourd’hui. selon mes désirs. Je lui dois la découverte de nombreux ouvrages à côté desquels je serais probablement passé si La Quinzaine n’en avait pas parlé. Cher homme ! Les années passèrent.C’ÉTAIT HIER Le jeu des mille Quinzaine u beau milieu du mois de mars 1966. épuisé par plusieurs voyages. Le Mouvement des surréalistes. même si sa santé commençait à décliner –. Extrait : « Nous n’oublions pas que notre accord a été total sur la guerre d’Algérie. accompagnée d’un brin d’ironie qui en agrémentait la saveur. alors que mes amis et moi nous agitions au sein du groupe surréaliste – André Breton était encore des nôtres. puisque Nadeau était à la barre et que nous avions tant en commun. parler de La Quinzaine sans d’abord évoquer celui qui su lui conférer toutes les qualités nécessaires pour durer plus de quarante ans. collaborateur régulier. Surréalistes. comme par son créateur : Maurice Nadeau. ma compagne. essentielle publication. écrivirent au Président Mitterrand pour solliciter le soutien de l’État afin de créer un Musée consacré au Surréalisme. Mais les compteurs furent remis à zéro par une lettre que lui adressa. Avec bien des regrets. comme nombre de mes amis. Elle s’appelait déjà La Quinzaine littéraire. Arno Schmidt. lequel décida très vite d’en être l’éditeur (1). çà et là. sur la prétendue déstalinisation. Et puis un jour. Nadeau et moi. Nadeau se fit un plaisir de publier le tout. entre nos mains et sous nos yeux. 14 . La fameuse goutte d’eau se profilait à l’horizon ! Plusieurs anciens membres du groupe firent état de leur réprobation et. Breton en tête. Anthony Shafton et du Littérature et Révolution de Trotsky a contribué à un approfondissement théorique et à un enrichissement sensible essentiels. On ne saurait envisager sans dommage la disparition d’un pareil instrument de plaisir – ce plaisir à nul autre pareil : la lecture… Alain JOUBERT 1. échauffé par ce qui s’écrivait. et murmurant entre ses dents « Être libraire. la publication. en effet. l’amicale connivence qui nous rapprochait. sur la Révolution hongroise. Et c’est toujours vrai à l’heure où j’écris ces lignes. dirigée aussi par Nadeau depuis une dizaine d’années. le 16 juin 1965. m’empêchait de l’acquérir. j’adressais une longue lettre à La Quinzaine. c’est d’abord être musclé ! ». Nicole Espagnol. Savarius. La place de La Quinzaine dans le paysage littéraire actuel est évidemment capitale. poète condamné pour crime de poésie en Russie en 1964.

que je cherche. ce journal L incarne pour moi une lumière toujours allumée dans la nuit. mais elle est la première. au . pas prêts. par exemple. après l’avoir lue. la librairie face au Luxembourg. une publication. Ce n’est pas la seule. les engagements. sa longévité nous permettent aujourd’hui d’en fêter la millième livraison avec vous. à l’Est. cher Maurice Nadeau. Je lui souhaite de continuer son chemin dorénavant… Eugen SIMION. je peux dire. Laure ADLER 15 . Grâce à votre journal. Les semaines passées j’ai lu. et avec les nombreux rédacteurs devenus des amis et des complices au fil d’une longue fréquentation. une trentaine d’exemplaires. Elle est aussi un outil précieux : il est fréquent que les articles servent de référence auprès de nos clients. un atelier de création. par exemple. la discussion sur la critique littéraire. En ces temps où la presse est souvent vouée au commentaire promotionnel de l’actualité. quels sont les romans parus qui méritent être lus. de l’espace francophone. qui m’a accompagné le long de ma carrière intellectuelle. j’ai pu découvrir des auteurs et ouvert mon imaginaire à d’autres sensibilités et je ne saurais assez vous en remercier. début des années 70 – la revue La Quinzaine littéraire. comme nous aussi. enfin. Académie roumaine Toujours en éveil… a Quinzaine littéraire représente pour moi depuis que je suis étudiante un espace de liberté. a toujours été un repaire L fiable de la production littéraire. Muriel BONICEL. aussi bien qu’à l’Ouest de l’espace européen. La critique littéraire peut mourir (la variante pessimiste). et sa singularité. J’apprends. mais elle ne peut pas renoncer… Situé dans l’arrière-garde de l’avantgarde – comme pensait autrefois Roland Barthes qu’il est propre à un critique littéraire – La Quinzaine littéraire passe. librairie Tschann Comme un bateau admirable… e lis depuis longtemps – dès que j’étais jeune lecteur de la langue et de la littérature roumaine à Paris-IV Sorbonne. comme un bateau admirable. j’ai toujours quelque chose à gagner. jusqu’à Tschann à Montparnasse. quels sont les grands écrivains qui ont été réédités. c’est sûr. c’était tellement simple et tentant pour nos lecteurs de l’ajouter à une pile de livres soigneusement choisis – telle une cerise sur le gâteau si je peux oser en cette date anniversaire. Il n’est pas rare que nous en vendions. avec bonheur.Aussi loin que je me souvienne… a Quinzaine littéraire a toujours rythmé mon travail de librairie. la frontière du numéro 1 000. je suis avec attention les dialogues dans la revue et je me fais une opinion sur les problèmes qui troublent l’intellectualité française. La Quinzaine littéraire. un thème qui nous intéresse tous. ils nous permettent de proposer et de défendre les ouvrages mentionnés. comme elle devenait difficile à trouver en kiosque. Je découvre J le fait que les critiques français d’aujourd’hui pensent. une prise de risque permanente. intellectuelle et artistique. Nous ne la vendons en librairie que depuis peu de temps . depuis Autrement dit avec Georges Dupré. il y a plus de vingt ans maintenant. Et. Et que la « société interprétative » où nous sommes prêts à entrer ou où nous sommes déjà entrés nous a laissés. à chaque livraison. l’ouverture aux diverses disciplines. Je ne connais pas d’équivalent à La Quinzaine littéraire. par les choix manifestés. jusqu’à ce numéro 1 000. que l’institution de la critique littéraire est en crise. La Quinzaine littéraire par son indépendance matérielle et dans son esprit critique toujours en éveil. dans la charge des lois du marché… Quoi faire ? Rien autre chose qu’aller plus loin.

de Kafka et de Michaux au-dessus du fauteuil La bande violette du n° 333 et l’impression que l’on a eue non pas de devenir critique mais de pouvoir se battre pour ce qu’on aimait En pages intérieures était publié un extrait de Mille-Plateaux Le premier verre levé comme membre du comité La rampe dans l’escalier coudé. volontiers en retrait et qui attendait toujours le moment précis Les discussions sous l’horloge astronomique de Beaubourg On ne sait plus à quel moment des 407 655 400 secondes qu’elle égrena Choses qui ont un goût de regret Avoir émis des réserves sur les vers de Robert Sabatier La disparition subite de la très protégée Ursule Lecointreau et de ses pilules Le doigt qu’on n’a pas levé pour dire que Phrase de Lacoue-Labarthe était un des grands livres de poèmes des vingt dernières années Mais il y avait la crainte d’être désavoué par l’auteur et tout son arsenal contre ce qui revendiquait la notion de beauté La place libre qu’on a laissée aux habiles et aux savants parce que l’on méprisait ce qui avait allure de « vie littéraire » et que l’on était naïf Aujourd’hui on grogne contre les Héritiers et le règne des « hors-normes ». « le biffin » avait un jour dit Maurice Choses élégantes Les bretelles à rayures colorées sur la chemise de Maurice La couverture des Lettres Nouvelles en 1978 Les paroles de Marcel Bisiaux relatant ses rencontres avec Artaud dont il possédait toujours un gant La petite-fille de Jacques Fressard dessinant au feutre un bonhomme La formule « C’est dans le tiroir » pour dire qu’un article ne passerait pas La calligraphie de Anne sur son cahier Choses qui ont continué de faire battre le cœur Composer le code et sonner fort avant d’entrer Les colonnes et les photos d’un numéro spécial poésie. parce que celle-ci n’est pas spécialement bien servie Le cerisier pour abriter les repas du jardin. avec ses moellons et son odeur de La tenir s’était mettre la main sur la main de présence qui avaient fait rêver et réfléchir Le léger courant d’air qui agitait les rideaux de la fenêtre derrière les piles de livres de l’été Le rire d’Anne à quand trop c’était trop Les avis précis de Serge Fauchereau. Moins d’une heure de retard pour parvenir dans ce coin de banlieue relève de l’exploit Le Journal de Lecture en fin de journal Appartenir à quelque chose qui résiste Gérard NOIRET 16 . des « atypiques » mais on n’avait qu’à retrousser ses manches Le tas de plaquettes où l’on allait farfouiller.POÉSIE Choses qui ont fait battre le cœur rue du Temple Les photos en noir et blanc de Faulkner.

transmise par Anne Sarraute. en spécialisations disciplinaires. Souvent originales. Très divers : en âges. m’ont permis d’aller au bout de ce qui se présentait à moi comme une gageure : envoyer à Anne Sarraute les deux articles que je m’étais engagé à lui remettre dans un délai d’une quinzaine de jours. à l’époque très mal connus de moi : Ariane Dreyfus et Hélène Sanguinetti. La lecture. m’ouvrir à des sensibilités et des écritures multiples. Je ne craignais donc pas. Une sorte d’intelligence charnelle débordant les théories. Fondateur du Prix des Découvreurs. la confrontation avec les œuvres nouvelles. de façon plus ou moins souterraine et continue. ces terres réputées elles aussi ingrates de la poésie actuelle. C’est un phénomène complexe de l’ordre aussi du braconnage. quelquefois. J’ai vite perçu également que les œuvres contenaient en elles-mêmes un certain nombre de clés qui permettaient de les comprendre. d’en comprendre le projet. Il est missionné pour la promotion de la littérature contemporaine dans l’Académie de Lille. En l’occurrence : le goût de lire et d’écrire. leur propre discours critique. parfois suivi. aux émotions du présent. ne peut se résumer à un simple dispositif d’accueil. Sa saisie créatrice. y percevoir. Georges GUILLAIN Georges Guillain vit à Boulogne-sur-Mer. J’y ai gagné d’avoir été écouté. Engageant tout simplement la vie. prix national de poésie décerné chaque année par plusieurs centaines de lycéens de toute la France. souvent ignorants en la matière. Je me revois à la terrasse d’un café de Saint-Omer le lisant au grand soleil de juin avec le sentiment épaté d’un Georges Duroy au début de Bel-Ami. me soumettant cette fois deux recueils de poètes. Tous porteurs d’une histoire professionnelle et institutionnelle si différente que s’il n’y avait pas La Quinzaine. assurément. aux rencontres improbables. ce goût dont Ponge écrivait qu’il était une chose plus vitale encore que les idées. Me permettant d’élargir mon goût. je recherchais plutôt. aucune lecture ne peut être la simple réception d’un contenu objectif. c’est d’abord. que sur le terrain social. Écrire pour La Quinzaine ne se réduisait pas pour moi à produire un travail d’information et de commentaire plus ou moins pertinents sur un auteur mais signifiait – fantasmatiquement sans doute – entrer dans le puissant courant de l’histoire littéraire que la vaste personnalité de Maurice Nadeau incarnait à mes yeux. Quelques dizaines d’articles plus tard j’ai le sentiment que cette relation que j’ai entretenue avec La Quinzaine m’a fortifié. Dont le temps et une certaine habitude m’ont naturellement enseigné la niaiserie. d’un style de vie. Et puis il y a les autres. Nous avons été mis ensemble… C e qui fait qu’on aime être au comité de rédaction de La Quinzaine. attitude malheureusement peu naturelle au corps enseignant dont je fais partie. liée qu’elle est aux nécessités de l’instant. (QL n° 919) André Marcel d’ANS 17 . le charisme bienveillant de Maurice. M’obligeant à découvrir. Ce qui nous lie n’est donc pas de l’ordre de l’affinité qui préside à la sélection des amitiés. d’avoir pu faire avancer jusque dans mes lointains territoires quelques beaux projets culturels. je dis merci. J’ai lu depuis le beau livre de Belinda Cannone sur ce sentiment d’imposture et compris à quel point il est déconnecté de la valeur véritable. Je ne découvris le second que quelques mois plus tard alors que j’en avais fait définitivement le deuil. avant tout. En lui remettant un article j’aurais craint d’être immédiatement perçu comme un vulgaire imposteur. J’ai toutefois décliné la première proposition faite par Gérard Noiret de participer à un numéro sur le grand poète québécois Gaston Miron. Nous ne sommes pas choisis : nous avons été mis ensemble.POÉSIE Au-delà de l’accueil ’est à Gérard Noiret que je dois la chance de collaborer depuis une dizaine d’années à La Quinzaine littéraire. Je ne sais plus trop par quels troubles processus internes j’ai fini par accepter la seconde proposition de Gérard. De façon ponctuelle certes mais fidèle. aucun d’entre eux ne m’aurait été proche. d’en découvrir les ressorts et d’en ressentir peu à peu les effets tout en les remettant en perspective. Et si nous faisons corps sans nécessairement faire accord. l’association même infime de mon nom à celui de La Quinzaine a accentué auprès de quelques autres. Confiné dans une région que beaucoup imaginent toujours assommée par les brumes du Nord je m’étais à l’époque fixé comme objectif de faire découvrir aux publics scolaires. en orientations idéologiques et politiques aussi. pour parler comme Michel de Certeau. nous nous reconnaissons dans le partage assumé d’une éthique. Je n’imaginais pas combien le prestige de La Quinzaine dans les milieux littéraires pouvait rejaillir jusque sur ses plus modestes et discrets collaborateurs. en statuts. les autres membres du comité. Ce que j’ai compris aussi c’est que contrairement à l’idée que j’avais retirée – sûrement à tort – de ma formation universitaire et de mon expérience de professeur dressé aux explications canoniques. Légère et enfantine gri- C serie. Cette prise de conscience que j’avais sûrement déjà effectuée sur le plan théorique est devenue par la pratique de l’activité critique menée à terme. la matière d’une évidence intérieure à laquelle je dois aujourd’hui un surcroît de liberté. il est également poète. Je ne me sentais pas à la hauteur. et le privilège que donne la gratuité : la liberté de penser. Sur ces deux articles le premier ne parut jamais. les réflexes étroits de l’idéologie. Qu’on pouvait presque toujours à condition d’être attentif. Et de force. c’est parce que. Trop long ? Pas bon ? Perdu ? Mystère. L ’orgueil sans doute. Une force. comme dans une famille dont on se dit très souvent que de notre propre chef nous n’aurions fréquenté aucun de ses membres. Deux ouvrages déroutants par leur écriture ne ressemblant à rien de vraiment connu et travaillés par des sensibilités puissantes appliquées à des univers qui m’étaient en outre peu familiers. des lectures attentives et une assez grande plasticité intellectuelle qui me permet progressivement de saisir et d’épouser les mouvements d’un auteur. Pour tout cela.

ma confiance approuve à l’avance ses choix et les commentaires de ses collaborateurs. m’intriguent. Silvia BARON SUPERVIELLE 18 . Merci cher Jean Pierre Faye. et cela donne toute liberté. Merci à Maurice plus de mille fois. Et on en saisit ce qu’on peut. Correspondance André Gide-Paul Valéry. je serais également attachée à la revue. couleur orange. à la littérature étrangère. grands réducteurs de têtes. La Quinzaine ne les sépare pas davantage. juin 1897. elles sont un peu effacées. Jean Pierre Faye m’a écrit une lettre si pleine de chaleur et de générosité que j’en suis encore ensoleillée. et. Plus de mille fois J e ne saurais célébrer les mille numéros de La Quinzaine littéraire sans m’adresser à Maurice Nadeau. elle ne faiblit pas. et je ne perds jamais une ligne du « Journal en public ». aux essais. Le numéro 993 de juin est remarquable. Je reprends le voyage avec La Quinzaine. Critiques ou professeurs. ouverts à la poésie. loue ce qui est digne d’être loué. plus ou moins lointainement. défend l’inconnu que j’aime. Dès que je vois La Quinzaine littéraire dans ma boîte aux lettres. ni concessions infondées à la mode. aux succès des ventes ou des images : estce un miracle ? Au fil des années. les mots se tissant dans un canevas animé d’un battement imperceptible et fort. ma confiance est devenue le reflet de cette exigence sans faille. Merci à elles hier et aujourd’hui. je sens sa présence : son accueil fait un saut à travers le temps et me rejoint. la dernière incluse. Mais il y a ceux qui en écrivent. elle a le temps pour elle. Arlette Ambrosi. et n’en espèrent ni pouvoir ni argent. Mille numéros sans calculs. La critique. ou autre chose. La critique en poésie est un exercice un peu à part : une liberté mêlée de crainte. ainsi qu’à Geneviève Serreau. Parmi mes livres. Par instinct. Ma rencontre avec Maurice Nadeau n’aurait-elle pas eu lieu. j’ai une photographie de Geneviève Serreau que je regarde souvent. La crainte est de leur manquer. est un écran plus ou moins transparent. quoi qu’on fasse. ni contrariée ou gênée par un sujet. resserrée autour de son fondateur par le fantôme têtu d’Anne. Je l’ai rencontré dans les années 70 par l’intermédiaire d’Héctor Bianciotti qui lui donna à lire. Alfred Döblin – dont le livre est commenté par Georges-Arthur Goldschmidt –. Et en conséquence l’harmonie entre le ciel. on se rapproche de certains livres sans hésiter. un ensemble de poèmes de moi écrits pour la première fois en français. naturellement singulières et non « difficiles » comme on le dit d’habitude. et ceux qui en lisent : pour tous ceux-là elle est la part essentielle. Sinon à qui parler de soi quand on a pour mandat de parler des autres ? Du reste on ne formule une théorie de la critique que lorsqu’on est sur le point d’en changer : chaque livre fait résonner un endroit différent. ni manœuvres intéressées. le sourire d’Anne Sarraute survole mes papiers. mais l’instinct qui vous en écarte est moins sûr. Comme la poésie. En vérité. je suis incapable de séparer la littérature de l’affection. tandis que j’écris. Je répare ici. dont l’intégrité invite au partage naturellement. nous citait souvent une phrase de Valéry. Par expression ou par omission. et tout l’espace dédaigné. À l’image du souvenir. tirée je crois d’une conférence. Pierre Lartigue. avec la photo de Yourcenar sur un livre énigmatique et sur les marges la liste des titres de la collection « Voyager avec… » qui me font rêver. la curiosité de ce que je vais découvrir. La Quinzaine c’est lui. Les photographies sont intérieurement belles. Votre nom mettra du soleil dans le Mille. Je n’ai pas répondu. cette pierre angulaire de la littérature. Là est le regret. aux œuvres libres. c’est-à-dire ce qu’on a déjà de clair et de fait » (Paul Valéry à André Gide. Je m’intéresse aux livres qu’ils proposent. Pour moi. qui ne lira pas ce Mille à elle aussi adressé… qui l’aurait beaucoup amusée – elle qu’on avait plaisir à faire rire. Dans ce numéro toutes ses pages sans exception m’attirent. Un regret maintenant. autant que le furent les éditions et la revue Les Lettres Nouvelles. les deux cannes « sans merci » qui font courir la multitude. il me semble au contraire que sa lumière se répand et se renforce. Mais j’ai le courrier paresseux. Je le déplie lentement. Gallimard. Les poètes – à l’endroit d’eux-mêmes qui les constituent poètes – sont pleins de délicatesse : souvent à la suite d’un article ils m’écrivent à La Quinzaine qui fait suivre. C’est un immense bienfait que de lire La Quinzaine tous les quinze jours. Éric Fottorino.POÉSIE Le « dur désir de durer » L a Quinzaine fête donc le « dur désir de durer ». confondu avec l’expectative. celui-ci remet les choses à leur place. en noir et en blanc d’un monde intemporel et sans frontières. mais impossible de la retrouver : « … les professeurs qui mettent en prose comme on met en bière… ». Louis Massignon. j’ai du plaisir à m’y arrêter. D’un autre côté. portée par la passion de la littérature. Souvent aussi je les en remercie. Il y a deux ans. « Ce qu’on dit d’un ouvrage. la langue m’offrant la possibilité extraordinaire d’une recréation. la terre et mon ombre. Odile HUNOULT 1. Je n’ai jamais été déçue par un numéro. aux prix littéraires. Il les publia sans tarder. décortiquant son Voyage d’Urien (1)). Mais mettre des mots sur des mots… Mon professeur de Lettres sup à Victor-Duruy. Heureux critiques d’art ! Ils font voir des images avec des mots. La porte par laquelle je suis entrée dans le royaume du dépaysement. est considérée plus souvent comme un amusement de peu d’importance. c’est un plaisir pour moi d’écrire ce nom. Cet accueil a guidé mon destin. elle appartient autant au passé qu’au présent. aux romans. mais il est facile de s’en débarrasser. Je viens à connaissance des auteurs et achète leurs livres. je suis restée en France et j’ai continué à écrire en français. les textes qui retiennent mon attention sont consacrés entre autres à Pierre Michon. on le dit de ce qu’on en saisit seulement. Merci aux critiques dont je reconnais la pensée claire et la rare discrétion. c’est Maurice Nadeau qui l’ouvrit devant mes pas.

tous les quinze jours. et l’ayant déjà feuilleté à l’envers. Mais il y en a tant d’autres problèmes. sans réponse. et c’est beaucoup (ouf ! dirait Flaubert. Mais pas toujours. Et je vous aime ainsi. Et puis aucune autre publication littéraire ne vous arrive à l’orteil. Vous êtes perfectible. prenant des notes en marge. même dans les meilleurs (…). J’ajouterais de la mémoire. En est-ce un ? Je me souviens du numéro du Matricule demandant aux auteurs et aux lecteurs comment ils concevaient la critique littéraire… Vous aussi d’ailleurs allez vous attaquer à la question. Éditions Dumerchez). Quinzaine. à rebours. Vous connaissez sûrement cela : « Où connaissez-vous une critique qui s’inquiète de l’œuvre en soi. Ensuite. de l’imagination. c’est certain. je ré-ouvre mon Goethe et je cherche à la couleur dite ce qui a bien pu vous passer par la tête quant au choix d’icelle. au sens où Nadeau l’entendait un jour dans son « Journal ». Mais d’abord sur celui de l’art : de la peinture. lorsqu’on cherche quelque chose. du goût. L ’interrompant. Vous êtes rassurante. des écritures. en couleur. s’il y en a une… puis je reprends. jusqu’à l’écœurement. davantage de parti pris dans vos articles. Alors quelque chose se passe. Quant à votre numéro qui vient de m’arriver. à rebours ? e « Journal » de Nadeau d’abord. des idées. dans tous domaines. et producteurs d’art privés comme publics ceux-là. Je suis écœurée. auteurs. On manipule. Comptez sur votre avenir. au milieu des collines où je suis venue écrire au calme (il bourrasque si fort aujourd’hui et je suis à l’abri). Et quelques heures avant une lecture que je dois faire devant… quelques égarés par les bourrasques de ce 17 juillet. l’emprise (j’allais écrire l’entreprise) mentale sur tout le monde. la plupart du temps. la critique littéraire. cette couverture aussi verte que le revers de certaines feuilles de chêne (trop long la phrase ! dirait Flaubert) me réjouit finalement car vous pensez à moi. Quelque chose arrive. ailleurs. Mais souvent pas assez. de l’écriture . je lis page 8 votre appel. oh ! oui. C’est un mystère. des mois après. Il est en couleurs : celles des bontés. Avec plusieurs réponses. Davantage encore de subjectivité. de livres nécessaires. le papier sur le théâtre pour le point de vue sur la vie. Vous suivez votre chemin et. vous êtes unique. Oui. vêtue d’arc-en-ciel. Il y a le psycho-pouvoir. N’en parlez pas. une tribu. Faire prendre des vessies pour des lanternes est la chose du monde la mieux partagée et au premier chef par les producteurs de critique. Et ces couleurs… Ah ! ces couleurs ! Chaque fois. – Et puis du goût. une forteresse à quoi ce chemin mène (de très mauvaises langues le disent) – vous parlez. Mais je me calfeutre. Quinzaine. un problème. Il n’y a pas que le titre qui compte. en substance : avoir lu tout ce qu’un honnête homme se doit de lire – d’abord – quand il fait métier de critique. – Mais la poétique insciente. à rebours. on influence les choix. d’incarnation. Et quel effort de titraille dans ce n° 996 ! Mais ne vous rapprochez pas du succédané de Libé : c’est tout ce qu’il lui reste d’un esprit évanoui. ma lecture. Dominique DOU (recueil L’Énergie de l’erreur. je veux dire une faculté d’enthousiasme toujours prête. Au problème : la critique littéraire est aujourd’hui. Par ailleurs. je vais à la page poésie. Stabilo Boss en main – on ne dira jamais assez l’utilité de ce truc transparent d’encre rose qui ré-attire l’œil. » De la bonté. Je doute qu’elle en soit un pour vous. Un problème.POÉSIE Savez-vous que je vous lis. qui pensent que la poésie est nécessaire. Qui ne l’est pas ? Je lis en ce moment – seulement maintenant… – la correspondance de Flaubert. Il n’y L a pas que le marché – de l’art. Et je continue de respirer. quoi qu’on en dise – c’est un clan. Votre avenir. chaque fois différente. tous les quinze jours. le papier sur le cinéma pour le point de vue sur le monde . au-delà de l’arc-en-ciel . c’est-àdire l’humus de la culture. Ne parlez que de ce que vous aimez. 19 . en matière d’art. d’une façon intense ? On analyse très finement le milieu où elle s’est produite et les causes qui l’ont amenée. pour le point de vue du centre . de la musique. qualité rare. de l’enthousiasme. Certes. son style ? Le point de vue de l’auteur ? Jamais ! Il faudrait pour cette critique-là une grande imagination et une grande bonté. Il y a trop de choses à n’aimer pas. d’où elle résulte ? Sa composition. à partir des dernières pages bibliographiques. Vous êtes de parti pris. mais c’est écrit au fil de la plume… et du coq-à-l’âne). Quinzaine.

du crime du siècle passé. Equatoria de Patrick Deville. ou tel autre. récit violent sur une enfance dans les camps japonais de Java.dix de transpiration » expliquait un vieux détective dans Baisers volés de Truffaut. Le métier vous dis-je. de ce que j’ai envie de lire et de ne plus lire. fouaille. sur la dimension symbolique ou que sais-je d’autre. inventive (tiens. les variations sur un même motif. quatre-vingt. de preuves formelles. jusqu’au plus intime. C’est mon premier souvenir de La Quinzaine mais je m’en tiendrai là pour la nostalgie. de vivre les joies des rencontres ou des retrouvailles. et nous touche. où la vie l’emportait sur tout. ont jalonné ma vie d’adulte. L’Ouest. D’autres livres. Patrick Modiano. Un soir au club de Gailly. Certains quatrième de couverture me paraissent effrayants pour l’écrivain qui les subit plus qu’il ne les choisit. n’en déplaise aux Cassandre et autres pleureuses qui annoncent la mort de la littérature française avec autant de fatuité que de témérité. J’ai des regrets. 20 . Maryline Desbiolles. Je déteste les formules définitives. Laurent Mauvignier. l’inventivité dans le langage. il n’arborait une mine de victime. la répétition. j’ai peu lu. Jean Rolin. Cela tombe bien. Au cours de ces vingt années passées à La Quinzaine. je le suis également.ROMANS. édité comme Perec par Nadeau. Écrire dans La Quinzaine. Du jour – tardif – où je me suis mis à lire et à analyser. J’aime la musique. N’ai-je pas été trop élogieux sur tel roman énorme qui me « bluffait » ? N’aurais-je pas dû lire Untel. flâné. est plus sérieux. sa façon de masquer le tragique ou les tourments personnels derrière un éclat de rire. Avant mes vingt ans. j’ai rendu compte des romans d’Éric Laurrent et d’Hélène Lenoir. l’universel a consultation des archives de La Quinzaine m’a appris que mon premier article. de références. J’ai eu la chance de lire – au hasard – Daewoo de François Bon. des noms d’hier comme d’aujourd’hui : Aharon Appelfeld. Queneau !). nobélisable hélas mort avant que le Prix ne le sauve des geôles indonésiennes. même si prononcer le nom de Danilo Kiš. En continuant avec Rouge décanté. J’en aime l’humour. ceux qui font la beauté incongrue du monde. Un peu L professoral aussi. Puis il y a eu L’Éducation sentimentale et Le Voyage au bout de la nuit. de la métaphore et de l’énumération qui traduisent ce moment effrayant. et maintenant. Bergounioux. une forme qui déchire le voile des apparences. Quignard) que je n’ai pas osé lire pour La Quinzaine ? Et la poésie ? Dix ans ou plus au comité de lecture. Philippe Forest. et tant de coups de cœur ! À commencer par les pièces du puzzle construit dans la rêverie par mon écrivain de chevet. Séfarade de Munoz Molina. je lis les récits et romans qui parlent d’Europe centrale. qu’un manque de curiosité ou une apparente difficulté m’empêchait de feuilleter ? Et tous ces premiers romans délaissés ? Et les grands (Michon. c’est aussi. le côté rêveur. on trouve quelques noms d’écrivains. de Cracovie ou de Novi Sad. celui que je fais devant des classes ou de jeunes professeurs… S’appliquer pour promouvoir une certaine idée de la prose en France ne me semble pas un vain effort. Christian Oster !). Est-ce la tragédie cachée sous le rire qui a rapproché de lui Perec ? L ’Histoire l’avait atteint comme elle avait détruit la famille de Danilo Kiš. Les vaincus s’amusent. J’aime surtout la poésie de Queneau. Thierry Beinstingel. plus cérébral aussi. et encore maintenant quand je sens l’exception. cette ville qu’il arpentait certains samedis avec le jeune homme à qui il donnait des leçons de mathématiques. Tous ont parlé d’un monde à l’énergie surprenante. Et peu de livres avaient changé ma vie. nomment les absents. une forme qui amène à explorer le monde en commençant par le tiroir de la cuisine ou les pensées incertaines d’un homme dans sa quarantaine (tiens. de retrouver ou d’oublier. suivre ces écrivains consiste à écouter les divers opus d’une œuvre en cours. vingt autres noms suivent. Tous ont en commun d’avoir vécu sur cette terre ou de l’avoir arpentée. Il y avait de la boulimie. Je ne peux cacher une intention didactique. Quand je lis pour La Quinzaine. j’en aime le souci obsessionnel de construction. comme ma famille maternelle. Il cachait son secret dans les phrases ou dans les lettres manquantes. et le souvenir d’un temps autre. Et Lobo Antunes ! Et Hourrah les morts ! de Venaille ? J’ai beaucoup voyagé. Quoi de commun entre tous ? D’abord l’idée que le roman n’est pas un genre congelé dans les grosses armoires de quelques éditeurs paresseux. je remplis de façon méticuleuse des fiches. Le premier parce qu’il suit une voie singulière. Aussi souvent que je l’ai pu. usant de l’ellipse. est une interview de Danilo Kiš au sujet de son Encyclopédie des morts. la seconde. explore. J’ai besoin de citations. quelques titres dont j’ai eu la joie de parler dans le journal . et en ce sens. et voir derrière Maurice Nadeau quelques-unes de ses figures tutélaires. Et puis il y a la pudeur de Queneau. en 1985. erré de part le monde. des romans surtout. Je crains de me tromper sur le sens de tel passage. Mais aussi Le Jour des fantômes de David Shahar et L’Appât de David Albahari. mais aussi Tanguy Viel. j’ai passé des frontières. je me fais une tout autre idée de la littérature. Cette fidélité à certains est ma fierté. Daniel Mendelsohn ou Andrzej Stasiuk. ancrée dans Paris. tous les quinze jours. Ses nouvelles qui baignent dans une rêverie autant que dans le réel de la Galicie. donc. Écrivant cela. une boulimie qui venait de loin. les superlatifs ou comparaisons qui font d’un jeune romancier le nouveau Faulkner ou le fils spirituel de Beckett. Même si je ne suis pas un lecteur passionné des romans de Queneau. Chacun incarne en matière de prose ce que j’aime ou ce qui m’émeut. Hervé Guibert. Écrire un article me prend un temps fou. des ruines. David Albahari. qu’on ne peut comprendre si l’on n’est pas sensible aux détails les plus humbles. Je suis plutôt fier de mes efforts. son terreau ? La façon dont il transfigure le paysage et l’univers dans lequel il vivait (ou survivait) ? Son sort absurde et tragique qui éclaire d’une lumière nouvelle ce qu’il avait vécu jusque-là ? Ou plus banalement le fait que Schulz. avec l’application idiote de Bouvard et Pécuchet réunis. les pauvres objets qu’ils ont laissés ou perdus. est issu de cette Galicie étonnante ? Si l’on imagine un cercle qu’Anne Sarraute avait tracé pour moi. elle était là. Danilo Kiš. Cette application d’étudiant autant que de pédagogue ne date pas d’hier. L ’autre photo que je contemple le mercredi est donc celle de Bruno Schulz. de l’absence. Longtemps. J’en citerai deux pour aller vite : Raymond Queneau et Bruno Schulz. Tous ont raconté. le goût du feuilleté ou du cryptage. je songe à Hrabal. RÉCITS L’intime. au fond. c’est ressentir cruellement l’absence d’un créateur. peu. assister au comité. et des questions. Gadit Pantaï de Toer. J’arrête là . « Dix pour cent d’inspiration. avec la perspective que donnent ces années de lecture. Je pourrais en dire autant. Je ne sais ce qui me touche le plus chez cet écrivain et dessinateur. je prends beaucoup de notes. Je crois que Milan Kundera avait pris contact avec Anne et Maurice pour proposer mon nom. déployant un univers à la fois ancré dans le présent et hors du temps. sans jamais s’égarer dans les baraques de foire de l’autofiction. Le pédagogue évite les effets inutiles et aime la clarté. Une forme aussi imprévisible que la phrase sur laquelle elle se construit. parce qu’elle fouille. un certain Patrick Modiano. les adjectifs dévalués. je n’ai cessé de lire. C’est le vrai privilège du lecteur. mais une forme mouvante. de connaître la fièvre des pages que l’on tourne. et pas plus que l’écrivain yougoslave. d’un écrivain brisé dans son élan et partant les valises pleines. et ce sentiment de défaite que l’on comprend mal à l’ouest de Pilsen.

On ne connaît pas forcément l’auteur ni le livre. surtout quand je ne décidais pas de mon sujet. moins connus. Avec le recul. oui. entre littérature contemporaine et parutions ou reparutions d’œuvres plus anciennes. c’est qu’on ne s’y occupe quasiment pas de ce qui déplaît ni de ce qui paraît inutile. il faut aller jusqu’au bout. je me laisse parfois beaucoup de temps avant de les ouvrir. sur mes goûts. et j’espère évidemment pour les lecteurs.ROMANS. c’est à travers elle que mon lien avec La Quinzaine s’est tissé. et Klinger. on laisse tout simplement pour se concentrer sur ce qui paraît essentiel. Je pense souvent à elle depuis notre dernière rencontre en juillet 2008. Comme si. et pour d’autres encore à venir. provoqué des réflexions nouvelles Laurent MARGANTIN 21 . liberté a été pour moi une vraie révélation narrative. Car ce que j’aime aussi ici. pour continuer à déchiffrer cet étrange récit. et c’est parfois ce qui peut vous arriver de mieux. soit j’écris pour lui faire part de ma curiosité au sujet de telle parution. Et comme si c’était dans cette absence de fixation sur ce qu’on croit. que je n’aurais sans doute jamais lu de ma propre initiative. et qui fut une forte découverte. et je m’accorde même la liberté de les abandonner en cours de route. que se produisait parfois l’essentiel. Des amis m’offrent des livres qui leur sont chers. de mon point de vue. C’est donc. ce sont les titres qui m’ont été proposés qui se sont avérés les plus enrichissants pour moi. entraînait une espèce de déchiffrement de soi-même quand il y avait absence de choix. une expérience qu’on a envie de faire partager. de ce que celui-ci peut avoir de déstabilisant. auteur d’un Faust oublié. il faut l’avouer. sans doute intimidé par Maurice Nadeau. il me semble qu’en neuf années de collaboration. françaises ou anglo-américaines. deux mois avant sa disparition. que puis-je dire aujourd’hui. on n’a pas le choix. Automne. l’analyse d’un texte. et je sais que je serai amené à le relire une nouvelle fois. Alors que là. un échange singulier que celui que j’entretiens U sur ce que je cherchais à travers la littérature. Ritter. sinon merci. Car c’est en vérité une bien curieuse activité que celle de critique. Goethe ou. aussi pur que la découverte d’un livre sur un banc public. mais soit c’est Anne qui appelle pour lancer son rituel « Est-ce que ça vous intéresse ? » tout en connaissant déjà la réponse. oui. Je pense par exemple au premier livre traduit en français de l’Autrichien Werner Kofler. sur un plan littéraire. rue Saint-Martin (ce que j’ai fait plus tard plusieurs étés de suite). mais. RÉCITS Un échange ne présence manquera bien évidemment à ce millième numéro. vivant trop loin aussi pour pouvoir passer fréquemment au 135. aux côtés de Maurice Nadeau dans les bureaux de La Quinzaine littéraire. Drôles d’échanges à distance à travers lesquels je me suis exercé à la critique littéraire. échange – « transaction secrète » dit justement Jaccottet – qui a permis un travail sur moi-même. Depuis l’année 2000 que je collabore à la revue – c’était pour présenter une nouvelle traduction du Brouillon général de Novalis –. celle d’Anne Sarraute. Lu et relu. pur hasard en somme. grand merci à La Quinzaine ? avec La Quinzaine. allemandes. le physicien romantique. Je dois ainsi à Anne d’avoir pu écrire aussi bien sur Ezra Pound ou Gary Snyder que sur des auteurs allemands comme Hölderlin. essentiel pour soi. Pour ces découvertes inattendues.

» R 22 . opposant nigérien. Bodo est l’histoire à plusieurs visages de l’Afrique et de la France. et trouve la mort. médite sur la notion de travail et devient guerillero par hasard.ROMANS. pour lui fournir des idées sur la suite des événements. ma conviction va en s’affermissant. les autorités l’ont bien comprise. quand finira-t-on de moins le connaître que Bonaparte ? » Les centres de rétention et les pirogues surchargées de migrants volontaires en partance pour l’enfer font de brèves apparitions. 362 p. mais aussi des figures méconnues du public français. à Colombey-les-Deux-Églises. Nkrumah. Bodo père ignore qu’il s’agit plus de faire procréer la main-d’œuvre que d’aider les timides. 19. il se lance dans la paléoanthropologie. qui finissent par annuler le wassan kara de 2005 : trop risqué.Bodo n’est vient la lectrice » qu’il ne s’agit pas d’un acte : pas le fruit d’un jeu de contraintes. avec les personnalités officielles du moment en les faisant jouer par des monsieur-tout-lemonde qui en sont les sosies. le Bodo du titre est un nom à tiroirs. parfois documentaire – je réfléchis pour le suivant à ce que pourrait être un roman vraiment “expérimental” au sens antéscientifique du terme –. à travers la colonisation puis les tentatives de décolonisation et d’indépendances et la Françafrique. tout en laissant libre cours à une verve intarissable ? La réponse à toutes ces questions (et à bien d’autres) figure dans le dernier roman de Jacques Jouet. Oulipien qui a fait de l’Afrique aussi son pays. lors d’un wassan kara où déguisé en Président Kountché (à la tête du Niger de 1974 à 1987). Bodo est envoyé à Baden-Baden. mais d’un ensemble de chantiers théâtraux et rencontres en Afrique. la politique croise le champ du jeu : le wassan kara était le matériau rêvé pour élaborer une histoire parfois documentaire. qui conçoit de cette brève rencontre Bodo le fils. une fête théâtrale dans la population haoussa de Zinder. Car qu’on ne s’y trompe pas : sous ses airs désinvoltes. et que celuici. exerce. venus des archives de Niamey ou des entretiens menés par l’auteur) et d’extrapolations volontairement irréalistes. on l’appellera toute sa vie Khadafi. Car si la lectrice (et le lecteur) apprennent d’intéressantes choses sur la Françafrique. Le roman entrecroise ces Baudot/Bodo dans un joyeux micmac chronologique et logique. ils se laissent aussi porter par l’inventivité du langage et l’imagination débridée de Jouet. ainsi que le récit désopilant de la rencontre entre un de Gaulle usé et un Bodo allègre autour d’un champagne tiède et de criquets grillés dans le bistrot de Colombey-lesDeux-Églises. d’un mélange indiscernable de comique et de réalité. où il joua le rôle de l’ancien colonisateur. C’est ainsi qu’un colonisé tint le rôle de Baudot le colon. où il rencontre quantité de personnes intéressantes. où le Général rumine sa défaite. les préjugés et le récent discours de Dakar – dont une citation figure dans le texte.O. avec des explications sur le comportement de la France en Afrique en général et au Niger en particulier. et y devint après son départ une figure mythique de bourreau de travail. que nous ne connaîtrons que via les archives. au Niger. Jouet propose sa version à lui. que Bodo ira chercher. indépendantiste ghanéen… « Et Toussaint-Louverture. la parabole de la monnaie en feuilles de nim. Pour revenir à l’Histoire. Du moins saurait-on mieux de quelle façon se serait opéré l’égarement ». » Les identités s’échangent. documenté. souvent fictive et toujours joueuse. de documents (car il y en a. et dont la vie vagabonde constitue une bonne part du roman.90 € ais attention. Bodo est une exploration jouissive des territoires romanesques et des frontières élastiques à volonté du roman et du réel. à la fin des années quarante et qu’il lui prit son nom. les politiciens deviennent fantoches. Laissons la parole (exubérante) à Jacques Jouet pour finir : « Ce roman-ci veut être un roman. s’engage avec les troupes françaises en Indochine. le roman nous livre en exclusivité le récit des deux rencontres de Bodo fils avec le Général lui-même. autour de l’Afrique-Occidentale française. dans un camp au Ghana. une Afrique d’Histoire et d’exubérance. de la même façon que celui qui joue Kadhafi. où de Gaulle broie du noir. lors desquelles Jouet entend parler du wassan kara. Dans le wassan kara comme dans le roman. Il y a le colon Baudot qui administra la province de Zinder pendant quelques années. revenons aux origines. en passant par « le wassan kara du brillant discours de Nicolas Sarkozy à Dakar ». Baudot le colon. le Monsieur Afrique de de Gaulle puis de Pompidou. Contre l’Afrique de Dakar version 2008. toujours daté.. finalement élucubrant. certes d’imagination. On y croise Jacques Foccard. bien trop nombreuses pour toutes les noter malgré l’envie qu’on en a. et le roman en commence la liste : de celui de « la dépossession de la majorité de l’opposition nigérienne par le pays des droits de l’hum-hum en septembre 1958 » à « celui de Ben Laden reconnu dans les rues de Ouagadougou ». Bodo est aussi une charge contre la colonisation. j’espère. qu’il quitte par un concours de circonstances tout aussi involontaire. On trouvera à chaque page des phrases débordantes d’humour et de maîtrise. rien n’empêchant à aucun moment la lectrice de considérer que toute ressemblance avec des destins invraisemblables et quotidiens ne saurait être que l’effet d’un art. Fasciné par la décou- verte récente des ossements de Lucy qui font de l’Afrique le berceau de l’humanité. se dit-il alors. Forcé de partir. RÉCITS Une Afrique de « wassan kara » Qu’est-ce que le wassan kara ? Que dit de Gaulle quand il rencontre un Nigérien nommé Bodo au tabac de Colombey-les-Deux-Églises ? Que se passe-t-il si on promène le miroir de Stendhal au bord des routes de la province de Zinder. « Si les hommes d’aujourd’hui n’étaient décidément pas les bons. « Il s’agit de représenter les événements politiques. Le roman suit également les péripéties de la vie maritale et polygame de Bodo le fils. Nous découvrons d’abord Bodo le fils. De Gaulle lui promet alors une médaille. Jean Rouch. Bodo est donc un peu tout ça – et pas tout à fait.L. CLAIRE RICHARD JACQUES JOUET BODO P. Cette politique mine-de-rien que mène le wassan kara. C’est l’occasion de découvrir une Phèdre moderne ainsi qu’une conteuse inépuisable (le roman énumère les titres alléchants de ses contes et se joue de la curiosité de la lectrice sans vouloir en développer plus d’un). il découvre son profond manque de talent pour le commerce. Dontpréface. trop politiquement incorrect. « le nom est toujours à cheval sur plusieurs individus personnes ». Il y a Bodo le fils qui est le Bodo principal. le roman est. Qu’on en juge : on lira dans Bodo. et le roman à sa suite. souvent. Bodo. la Françafrique. mais qui n’en est pas moins. la grande. Il y a Bodo le père qui tient son nom de la première représentation de wassan kara. Bodo le père nous ramène aux grandes heures de la colonisation. Ici. fournit à Bodo père sa seule et unique femme. Un art que. le conte du chasseur imposteur. entre mille autres choses. que le roman se fait un devoir de rappeler : Djibo Bakary. il tient un discours un peu trop libertaire pour sa fonction. Il y aurait pourtant bien des wassan kara à faire. C’est une Afrique de wassan kara : faite de parodie et de disgression. dès la Jouet préMroman«oulipien. Perclus de reconnaissance.

géographiques. de notre présent commun. Son geste. des genres. qu’il honore le geste de ceux qui se sont tués ou pendus. le fleuve. vers d’autres rives : les « barques précautionneuses des pêcheurs ». d’un autre monde ou d’une autre vie. historiques. formes fixes ou genres littéraires. comme l’absence. alors cette valeur (ou du moins cette dubitation devant toute valeur) est d’autant plus inestimable que la victoire lui échappe à jamais ». L’athéisme n’est pas une certitude PASCAL QUIGNARD Il arrive souvent que Pascal Quignard identifie la mer. Il rapporte qu’Isaac Bashevis Singer répondait à qui lui demandait pourquoi il continuait à écrire en yiddish alors que presque tous les lecteurs de cette langue avaient été exterminés : « pour leur ombre ». Revient en mémoire en lisant La Barque silencieuse. Je n’aimais pas la mort chez les morts. Contrairement à ce que sa terminaison en « -isme » semble suggérer. Mais l’athéisme ne peut jamais être une certitude. des chroniques. « La dislocation du flux linguistique dans les lettres écrites permet la dislocation des saisons. des dieux. qu’ils aient abordé de l’autre côté. Ainsi. c’est « être un schisme à l’état vivant ». ne sont pas rien. « Au bord de l’eau ». Aussi est-il une épreuve pour l’esprit et un exercice inlassable pour la pensée . on fait remonter d’eux quelque chose d’essentiel. Pas plus que je n’apercevais un monde dans la mort. C’est ainsi qu’il se tient au chevet de Mazarin mourant. Paradisiaques et Sordidissimes (après Les Ombres errantes. / Et seuls tous deux devant tout ce qui lasse / Sans se lasser. ni inconnaissable. comme l’ici et l’au-delà. R 1. des expériences. les vaisseaux naufragés. des âges. » L ’athéisme. Lorsque Gilgamesh. Tout âge est aspiré dans son passé comme la fumée dans le ciel (1). un commencement.n’est pas seule. La pensée de l’au-delà La pensée de l’au-delà ou de l’autre côté n’est pas forcément adossée à la religion. la vie sans dieu ainsi revendiquée. 18 € barque de qui transporte les Lamortsaux côtésCharon. navigue d’autres embarcations qui conduisent vers d’autres vies. J’aimais la crainte qu’ils en avaient eue. 1998.. qu’appelle cette très belle définition 23 . / Sentir l’amour devant tout ce qui passe / Ne point passer! » L ’écrivain semble ainsi se tenir sur la rive du fleuve et sa mémoire non oublieuse. la très belle mélodie de Fauré. dans Vie secrète : « Les fleuves s’enfoncent perpétuellement dans la mer. dès lors. la pensée se déploie en faisant revenir le perdu. Elle chez Virgile. » Le silence. exploraient des lisières du monde et de la vie. toute eau vivante. D’un mouvement régulier et patient de la rame. TIPHAINE SAMOYAULT PASCAL QUIGNARD LA BARQUE SILENCIEUSE. dresser la topographie des lieux. L’objet de la quête est une ombre portée dans le temps. Et Quignard dit alors : « On écrit pour des yeux perdus. Cela passe par la pulvérisation de la langue. On peut aimer les morts. comme l’être et son ombre. ce que suggère cette formule volontairement non consolante mais néanmoins réconfortante par l’effort qu’elle implique et qu’elle reconnaît : « si l’athéisme est l’étape la plus difficile que l’expérience mentale humaine ait à connaître. ils en reviennent pour décrire ce qu’ils ont vu. J’aimais les morts. DERNIER ROYAUME VI Le Seuil. les nommer. son action correspondent à ceux de l’écriture. Malgré l’usage que fait Pascal Quignard de la définition. seule façon de dire en se taisant. à une géographie du passage qui ne soit pas le dessin d’une transcendance. L’au-delà n’est ni invisible. « Le monde est un mixte : siècle et éternité. elle a à voir avec le « dernier royaume » conçu comme espace-temps où. Gallimard. qu’il détaille un dessin du XVIIIe siècle représentant l’Île des morts. des héros. Il appartient en tout cas au héros ou au poète d’en lever l’obscurité. et ses derniers vers que l’on doit à Sully Prudhomme : « Sans nul souci des querelles du monde / Les ignorer . RÉCITS Le livre des passages Les précédents volumes de « Dernier royaume ». Ou encore. qui est d’abord bien sûr la barque de Charon. au silence. dans l’écriture. les corbillards dont Pascal Quignard révèle qu’ils étaient d’abord dans la langue un coche d’eau transportant des bébés de Paris à la campagne où ils rejoignaient leurs nourrices. Ulysse. s’intéresse à tout ce qui fait passer d’un monde dans un autre. nous ne pouvons plus partager. fruit et sève. et finalement retour au silence. écoute. en évoquer le peuplement. de l’énoncé au présent qui pourrait paraître énoncer une vérité d’ordre très général. l’amour des morts lui permettent de faire remonter ceux qui ont opéré des passages : qu’ils aient cherché une autre vie ou qu’ils aient voulu visiter l’enfer. Sur le Jadis et Abîmes). par le renoncement aux arts du langage. 242 p. être athée. La Barque silencieuse. des mythes. » La barque est ici du silence ajouté au silence. » du passé : « tout ce qui passe par la porte qui descend dans l’ombre ». son texte parle de notre situation historique. La référence à Augustin est importante car la cité de Dieu voyage dans le monde. Ma vie dans le silence. il n’est l’affirmation que du doute. Énée ou Dante vont aux Enfers.ROMANS. je ne cherchais plus pour ce qui me concernait un Dieu dans le monde séculier. La puissance du livre est de dessiner les contours tangibles. Cette topographie est horizontale et détermine un trajet qui est moins transport que passage. passé et jadis. Le visible et l’invisible coexistent. développe le sentiment topographique. L’écriture est suspens du langage. de l’individualisme contemporain et de ce que. des rois. Orphée.

au-delà des singularités syntaxiques ou orthographiques qui lui sont habituelles. Les mille imprévus du voyage seront le sel de la chose. Mais les croyances les mieux ancrées dans notre esprit peuvent s’avérer trompeuses comme il nous est rappelé à l’épilogue : « L’éléphant mourut presque deux ans plus tard. il franchit les Alpes et. JOSÉ SARAMAGO 24 . le majesteux animal exotique pourvu de son cornac prendra le chemin de la frontière espagnole. à la sortie de cette clinique de Lanzarote qui l’avait accueilli très amaigri et affligé d’un hoquet incoercible (1). 218 p. on demandera à celui-ci au contraire de s’agenouiller devant la basilique dédiée à saint Antoine pour donner l’illusion d’un miracle et faire pièce aux menées des protestants. bifurquant vers le nord. au bord de cet estuaire du Tage d’où partirent les grands navigateurs.. gendre de Charles Quint et régent d’Espagne en l’absence de l’empereur. traversera la poudreuse Castille pour s’embarquer ensuite sur la côte catalane vers l’Italie où. décide de lui faire parvenir un éléphant des Indes plus ou moins oublié jusque-là dans son enclos de Belém. » R 1. jamais vu en chair et en os. 23 novembre 2008). » C’est en ces termes que José Saramago répondait aux journalistes s’enquérant de sa santé au début de l’année 2008. arrivé à Padoue. 19 € La technologie de l’époque étant ce qu’elle était. Un curé de village. qui permet toutes les rencontres. Le véritable héros du livre reste bien entendu l’éléphant prénommé Salomon qui a visiblement la sympathie de l’auteur. une tradition ibérique bien établie. du portugais par Geneviève Leibrich Le Seuil. se replongeait aussitôt dans l’écriture à peine entamée du roman qui nous parvient aujourd’hui où se manifeste un certain changement de tonalité. parvient enfin à Vienne où chacun s’extasiera devant cet être hors du commun. pareil à celui qui purgeait la bibliothèque de Don Quichotte en vouant au feu ses livres mal pensants. d’une aventure à la suivante comme dans le roman picaresque. se proposera d’exorciser l’exotique animal. Le roi du Portugal Jean III s’étant mis en tête d’offrir un cadeau inhabituel à son cousin l’archiduc Maximilien d’Autriche. RÉCITS Les imprévus du voyage « Ne me parlez pas de la mort car je la connais. remettant ses pas dans ceux d’Hannibal. c’était de nouveau l’hiver. JACQUES FRESSARD JOSÉ SARAMAGO LE VOYAGE DE L’ÉLÉPHANT trad. le dernier mois de l’an mille cinq cent cinquante-trois.ROMANS. Plus tard. le parcours se fera en cheminant par la route. comme en un chapelet d’historiettes où les dons de conteur de Saramago font merveille et où il égratigne au passage les travers ou les hypocrisies des uns et des autres. Rappelons que Saramago s’était installé aux Canaries à la suite des violentes attaques dont il avait été l’objet de la part de l’Église portugaise lors de la publication de son Évangile selon Jésus-Christ (1991). La parabole qu’il affectionnait souvent est en effet ici abandonnée au profit d’un récit d’itinéraire sur toile de fond historique qui nous conduit d’un lieu à l’autre. Accompagné d’un char de fourrage et protégé par un peloton de cavalerie. lequel s’amuse à s’imaginer à travers lui comme en un miroir prometteur de longévité. Ainsi que le rapporte Manuel Rivas dans une remarquable interview (El País. qui avait 2005 la fable des L’hommecelle-cide écrit en sur trouvaitextreIntermittences la mort se ainsi confronté à et. remis pied in mis.

Il mourra seul. la Corse. coll. proche d’Accona. Comme son surnom l’indique « Noir » vient du sud de l’Italie. C’était le cas du couple qu’Anna Pignatelli met en scène dans Le Dernier Fief. Un vœu exprimé d’une voix qu’Antonio Tabucchi qualifie de « lyrique. et ailleurs… Ce n’est pas sans raisons que les éditions Minos-La Différence publient en même temps trois romans d’Anna Luisa Pignatelli. ils tournent autour de deux phénomènes concomitants : la fin de la paysannerie traditionnelle. semblant voir d’où vient le vent. et leur séjour. fût-il le seul à y rester. envisage de préparer un doctorat et se rapproche de la bourgeoisie fortunée. de la fréquentation des animaux domestiques et sauvages. En fait il n’est pas malheureux car toutes ses joies lui viennent de la nature. il serait moins seul ici.. conclut-il. en compagnie de deux jeunes Américains. la concerne partie de l’Europe et entraîne d’importantes conséquences sociétales. Les arbustes touffus. complétant de très longues nuits par d’interminables siestes. Malgré son manque de moyens le jeune couple résistera aux offres et aux menaces de ceux qui guignent leur terrain et gardera la vieille maison : seul point fixe dans leur univers incertain. tous fermiers ou métayers. exerçant à l’occasion des fonctions militaires ou ecclésiastiques. ils auraient pu. mais Noir refuse d’en faire sa compagne pour garder sa liberté. ou se reconvertira-t-il comme son oncle ? La fin du roman laisse penser qu’il restera à Pietradipierra. Seul un adolescent vient de temps en temps lui donner un coup de main pour les travaux des champs. L’une de celles qui n’est pas toujours mise en évidence est la répercussion des réformes agraires sur la noblesse terrienne. aux immenses villas surveillées par des gardiens armés. jeune garçon de seize ans. la romancière souhaite du moins que les campagnes ne soient ni désertées ni défigurées. » Et c’est là le point commun entre les trois romans : la terre ancestrale. Emma et Ugo. est tellement importante dans la constitution de l’individu qu’elle mérite bien des sacrifices. vivait essentiellement de fermages et de redevances en nature. la solitude de ce lieu d’une beauté absolue avaient planté en lui des racines tenaces. Pietro. poche. la terre où il est né. Il se pose évidemment quelques questions sur son avenir. et jusqu’à l’immédiat après-guerre celle-ci. qui vient compléter de façon parfaite les deux précédents romans. eux aussi. Sans constituer une suite. Rejeté par les paysans de son âge. ils se contentaient de l’envier. que partout ailleurs dans le monde. MONIQUE BACCELLI ANNA LUISA PIGNATELLI LE DERNIER FIEF trad. avec quelques domestiques. 220 p. Il s’installe en Toscane et devient propriétaire de sa petite ferme.. « Pietro appuya le front contre le verre froid de la fenêtre. Pia Maria envisage mollement de chercher un travail : « ne rien faire était pour moi la vraie vie ». C’est un autre genre de sacrifice que va réaliser le sympathique jeune couple des Grands Enfants. sans grandes péripéties. Fabio et Pia arrivent donc dans cette île. 14 € n toute romancière ses Emutationlogique la saune grandelocalisemais récits en Toscane. mordante et désolée ». Sans prêcher un retour massif à la terre. Abdiquera-t-il comme son père. Un peu « soixante-huitards » ils refusent l’idée d’avoir des enfants et sont en fin de compte heureux de faire alterner quelques beuveries avec les saines joies que leur offre la mer et la campagne. RÉCITS En Toscane. coll. le personnage le plus attachant du roman. partir lui parut une entreprise irréalisable. Vaincus d’avance ils abordent cette régression avec une incroyable nonchalance et semblent fuir dans le sommeil. il ne trouve le bonheur qu’au sein de la nature. et le seul véritable ami des quatre joyeux lurons sera le vieux paysan. sont obligés de vendre le château ancestral et de se replier. On ne lui pardonne pas d’avoir préféré la compagnie des animaux à celle des hommes. plus de contacts avec leurs pairs. 253 p. 8 € LES GRANDS ENFANTS trad. « Nous étions nés par hasard. tous toscans. une femme un peu légère lui rend quelques visites. Une intégration que Noir ne recherche pas : « S’ils avaient tenu bon. dans le port les barques de pêche trouvent difficilement de la place entre les yachts.ROMANS. Le troisième roman Noir toscan. faisant tache au milieu des somptueuses demeures des « rupins ». conteur inépuisable. de la vision d’un coucher de soleil. négligé par ses parents. par Alain Adaken Minos et La Différence. Plus de réceptions. Une histoire brève. le frère d’Emma. Fabio passe pour la troisième fois un concours pour entrer dans l’administration. par Alain Adaken La Différence. et nous ne grandissions pas parce que personne ne se souciait de nous.. et l’abandon des campagnes au profit des villes. à Accona. Mais eux. Leurs rapports avec métayers et fermiers sont assez cordiaux. (…) Au fond. a pratiquement oublié son père. 8 € NOIR TOSCAN trad. De vrais grands enfants. 123 p. Depuis des siècles. racontées avec beaucoup d’humour et de fraîcheur. ils n’avaient pas su se battre pour mériter ce privilège. comme lui. son unique fils. Peu après l’arrivée de cette noblesse d’argent les belles oliveraies et les champs de citronniers ont fait place aux piscines. sera plein d’aventures tragiques et comiques. nous offre une belle figure de paysan. souffre de l’isolement dans lequel il vit. en effet. C’est d’ailleurs en protégeant une jeune louve blessée qu’il s’aliènera définitivement les villageois. arracher un jour la terre aux mains incapables des propriétaires. et aux restaurants chic. la jambe broyée dans un piège officiellement destiné à son amie la louve. personne ne nous avait arrosés. R 25 . où la mécanisation a fortement diminué le besoin de maind’œuvre. que ce soit celle des aristocrates ou celle du paysan. Le récit commence au moment où ils se rendent dans une île « paradisiaque » – qui peut être l’île d’Elbe. À présent qu’on ne distinguait plus l’horizon. dans l’ancienne belle maison puant désormais le moisi et fréquentée par les rats. ils ont la trentaine et font traîner leurs études en longueur. parti à la ville. ou une île purement imaginaire – où ils possèdent une vieille maison délabrée. ruinés par l’importante diminution de ces apports. de l’observation des plantes. Le regard critique dirigé sur la noblesse terrienne dans le roman précédent se fixe cette fois sur les nouveaux riches. mais la livraison des produits de la terre et le versement des baux diminuent de jour en jour. Seul Giulio. pétri de traditions. racontée avec des mots simples (bien rendus par le traducteur). province natale. vivant de la terre et l’aimant profondément. non par paresse ou manque d’ambition mais parce qu’il est profondément attaché à la terre où il a grandi. les buissons épineux. dans la forteresse délabrée de Roccadipietra. » Sa femme est « morte d’ennui ». Pourquoi grandir ? » De famille bourgeoise pas très fortunée. que Pia Maria et Fabio. Deux raisons qui empêcheront son intégration parmi les paysans locaux. qui ne quittera jamais. poche. par Alain Adaken Minos et La Différence.

sachant que notre main va rencontrer une autre main. Mieux encore : le livre n’est pas tant l’objet d’une recherche qu’il n’en est le sujet. car c’est un bonheur de la lecture que de se sentir en même temps soustrait à soi et davantage soi. qu’affirmons-nous que nous n’ayons avant tout reçu ? Encore un mot : merci. que lisons-nous. il façonne l’outil d’analyse. et l’un et l’autre la nourrissent et l’entretiennent. mes contradictions. Il est absorbé par le critique. Comme des limites intellectuelles de soi qu’on voudrait bien reculer. Il n’y a d’ailleurs pas de propriété individuelle de la pensée : par nature. où chacun se laisse prendre et prend quelque chose de l’autre. L’objet se rappelle toujours au sujet. De quelle façon pourrais-je saisir un livre quand je ne saisis pas la façon même avec laquelle je veux le saisir. Nous lisons. regrets ne peuvent manquer bien sûr. enthousiasmes. Je ne me sens critique que par une relation vivante à ce qui est.ROMANS. Cette lumière dessille et aveugle. Il nous faut mettre de la distance. non par la grâce d’une position préétablie. Lire c’est peu à peu parvenir à ce que nous savons et ne nous représentons pas encore. mais ce n’est qu’un chemin de mieux vivre et de mieux comprendre que l’on cherche à retenir et continuer à tracer. 12 € 26 . et pour grandir. mais ils ne sont que partie prenante de cette mobilité intérieure inhérente à notre nature. des mots temporels et transitoires. toi qui nous as tous lus. lecteur. Mais ce que je saisis me saisit à son tour. la réflexion et la réfraction du lecteur. sinon cette lutte. mes raisons. il est rare qu’un livre rebute par tous ses côtés. mais l’amour que l’on porte aux livres. Votre question m’a révélé que j’aurais aimé être un critique plus volontaire et libre : j’entends libre vis-à-vis de moi-même. Dans ce mouvement et cet échange. toujours plus intime à l’âme du lecteur. sans le secours de l’écrit. Mais tout ce qu’a d’aléatoire et de fragile une critique ! C’est une expérience de plus de l’incertain des choses et de l’incessante muabilité de la vie. lecteur et critique sont les faisceaux d’une même source lumineuse qui leur reste une énigme. Anne. j’aime ma pensée qui cherche et elle finit toujours par trouver quelque chose à aimer. des éléments d’approche. qu’écrivons-nous. à défaut de vivre plus pleinement sinon réellement et de comprendre plus simplement. non entravé par mes opinions. C’est un même entraînement pour elle que de recevoir. le livre portant lui-même sa représentation critique : en offrant un cadre. des points d’appui. Il échappe à son auteur. Il offre sa faculté de vision. C’est que l’attention est un flux qui va de l’un à l’autre (texte et lecteur). Même si d’emblée je n’aime pas. La critique émane des mystères du livre comme l’eau d’une terre humide. celle-ci se nourrit de tout et de tous et se donne à tous. et s’étendre et s’enrichir. Il y a mieux qu’être seul : c’est commencer par être deux. critique. Auteur. est-ce qu’on vit de lire ? Découvertes. l’écume rejetée en surface d’un courant plus profond. C’est comme ne pas hésiter à se mettre en porte-à-faux avec soi-même. je sais ce que je ne peux par moi-même et j’apprends à travers un autre. ne jamais être acquis à soi-même. nous disons de multiples choses pour arriver à quoi ? Comme tout un chacun je garde les défauts de ma vue. plus que de l’adhésion. donner et se donner.. Tu nous lies tous. mon attention m’échappant sans cesse ? Que sais-je de L ma pensée quand ma pensée veut appréhender un texte ? Comment comprendre un livre quand nous ne comprenons pas au finale ce qu’est notre intellect et son opération ? Pour autant. L’imperfection et l’insuffisance nous lient. à quelque chose ou à un être nous délie. auteur. Car. en déséquilibre de confiance. Et. Christian MOUZE À PARAÎTRE EN OCTOBRE 2009 Natacha Andriamirado J’écris pour mon chien ÉDITIONS MAURICE NADEAU LES LETTRES NOUVELLES 64 p. Il y a mieux que passer son temps à lire : c’est à faire lire. mais reconnu comme une propriété commune. Un livre se dit et ne se dit pas comme il est : il y a la réception. critique ou non. Que ce que je saisis d’un livre ne soit pas ma propriété individuelle. La lecture d’un texte le rend comme attentif au lecteur dont l’attention par trop labile est rappelée à l’ordre. En un mot. Devant un livre. RÉCITS Ne jamais être acquis à soi-même e verbe de la critique naît du verbe du livre.

Tout recommence.. Quand une âme poétique et violente se retrouve au carrefour de l’inspiration romanesque. le style si violent et poétique s’assagit comme après la passion . ce qui était un portrait de femme se transforme peu à peu en portrait d’homme. Au fil de l’écriture. Lignes imprégnées de souffrance car écrites comme un éloge de l’amour. La vieille femme. Au fur et à mesure. Ce récit se veut avant tout un adieu. « Tout est noir. un homme prostré dans un élan éternellement figé.Les adieux Après L ’Armoire des ombres. un éloge de celle qui fut le seul modèle. Dans la maison familiale. Au Liban régnait un marasme politique qui ne faisait que s’accroître. « Un pays où la paix n’est qu’un répit entre deux récidives. sa grand-mère persistait à garder racine. elle part à la recherche de lettres. Le besoin de voir par ses propres yeux. Sa vie. de comprendre par elle-même la diversité et la multitude des mondes et des pensées. la sa grand-mère afin re-convoquer leur privée. » Recroquevillée dans le boudoir de la grande maison de Beyrouth.. sous la tonnelle. Hyam Yared dépeint des portraits d’hommes et de femmes dans la souffrance et en quête d’identité. 277 p. avait confié à sa petite-fille la promesse qu’elle avait faite à son mari de ne jamais se donner à un autre. celui qu’elle a pourtant aimé. Il lui fit comprendre qu’audelà de la confiance éternelle et du lien qui liait les deux femmes. l’homme que sa grand-mère a aimé après avoir perdu son mari. « les corbeaux » se présentent afin de faire leurs condoléances. la narratrice nous fait pénétrer dans ce huis clos où la chaleur du souvenir règne. « J’étais née le jour où tu m’avais aimée. chuchotant sans tabou son expérience. Farouchement attachée à sa maison et à son Liban pluriconfessionnel de son enfance. des non-dits. Comment se construire dans l’abandon d’un père ? Comment trouver la force de se déraciner et de vivre guidé par sa propre raison avec sa propre foi ? Ces êtres se sont battus afin de trouver leurs repères. Ses enfants savaient qu’il était vain de la déraciner. Fayçal. elle croyait pourtant tout savoir de celle qui coulait dans ses veines. elle livre les détails de son mariage avec un homme sanglé par son éducation. » Son divorce. Qui était cet homme ? Pourquoi lui a-t-elle caché l’identité de cet être si important à ces yeux ? Au-delà de cet hommage et de ces cris de peine et de nostalgie. son besoin de chaleur et de vie. Seuls lui importaient le respect et l’aide qu’elle pouvait leur apporter sans aucun intérêt recherché. la plume se transforme en art. elle se confie comme à un ami. » VANESSA AUBERT HYAM YARED SOUS LA TONNELLE Sabine Wespieser éd. elle accueillait tous les combattants. Des sentiments ». Une écriture de l’urgence et de l’intime. l’incompréhension des siens. la poétesse libanaise Hyam Yared renoue avec la veine romanesque et dévoile son nouveau roman Sous la tonnelle. elle apprit par son père la mort de sa grand-mère. Le 13 juillet 2006. Même les mots. » À la lecture des lettres de sa grand-mère. des souffrances que l’on ne peut communiquer. « Je pratiquais la désillusion. ayant pour seul but de cesser de tourner en permanence autour et entre les convictions et l’éducation des autres. celui de Youssef. un homme vient ouvrir les portes des secrets de la grand-mère. Les louanges font place à la description d’un Paris des années 1968. 21 € plus profond de l’intime et du Audenarratrice s’adresse à sphèrepoétique. l’enfance et la famille. photographies. Vivante. Le jour du deuil. Son sang. une fois les esprits calmés. quels que soient leur origine et leur camp. Dramatique. l’écriture de Hyam Yared se veut être une poésie mélancolique. au milieu des bombes et des combats des années 80. le jour de son départ pour Paris. il devient plus linéaire comme si le rituel prenait fin. Ne sachant faire sans son instinct et sans « ce trop ». R 27 . C’est une « réincarnation des mots. » À travers ses louanges. il pouvait y avoir des onces de mystère. en se livrant entièrement et totalement. N’ayant que l’amour à communiquer. « Et tout continue. coupures de journaux pour retracer avec précision et maintes louanges les grands événements de cette femme. violente. Elle proposait « dans l’urgence le gîte à ceux que le système rejetait ». veuve à trente ans. celui qui ne comprenait pas sa passion.

le deuil des peuples ou des multitudes traumatisés. culturelle. J’en ai tiré un double plaisir : découvrir ou redécouvrir des œuvres (comme à l’occasion de la sortie de la magnifique anthologie bilingue de la poésie anglaise en Pléiade). éthique) de l’altérité se pose avec acuité quand on aborde ces littératures post-coloniales porteuses de traditions ancestrales mais en rupture avec la tradition. J’apprends toujours beaucoup ainsi et mon seul regret est de ne réussir que rarement à tout lire. l’Afrique. C’est également ce que pense un ami libraire. je mesure le chemin parcouru depuis l’origine. qu’elle contribue ainsi à la culture et à la réflexion de tous ses lecteurs. Et je me rappelle avec beaucoup de fierté l’article qu’avait signé Maurice Mourier et qui parlait favorablement d’une de mes traductions de ce dernier auteur. ils résident en Europe leur pays vit en eux et s’inscrit fortement dans la mémoire de leur écriture. c’est d’abord mesurer les distances qui en éloignent le « common reader » européen.. s’en approcher. transformer un regard informé par le colonial pour accéder à une écoute « postcoloniale » (selon le néologisme formé par les Postcolonial Studies anglo-saxonnes dont l’Université française aurait tant à apprendre. demeure singulier et offert librement à tout lecteur qu’il soit d’Europe ou d’ailleurs. de l’empathie militante naïve. Spitz… epuis près de dix ans. j’ai eu le privilège de bénéficier de L comptes-rendus très riches et très approfondis. consacrée au Maître de Ballantrae. ce qui fut pour moi l’occasion d’une réflexion sur la traite et l’esclavage des Africains. Pour tenir ce cap difficile et éviter ces écueils. s’ils ne vivent pas toujours dans les pays dont ils sont originaires et si. de l’objectivation stéréotypique ou du réductionnisme identitaire. de l’histoire. Je souhaite que la revue continue d’apporter longtemps l’information littéraire essentielle. Ces écrivains extraeuropéens écrivent dans des langues européennes et surtout publient souvent en Europe . RÉCITS Une critique d’affinité La Polynésie. d’une langue imposée ou adoptée qui leur échoit. Farah. La question (linguistique. une critique qui côtoie l’œuvre. Ananda Devi. Moi-même. et faire connaître des œuvres que j’admire depuis longtemps et qui ne sont pas nécessairement bien connues du public français (c’est le cas de certains romans de Walter Scott et de George Eliot. lorsque j’en ai le loisir. dans des formes généralement empruntées à l’Europe et mêlées à d’autres venues de partout. peutêtre faut-il s’efforcer de pratiquer une lecture que je dirais « d’affinité » . d’Eliot et aussi de Stevenson. ce qui relève de la littérature française. bien qu’il soit enraciné dans l’histoire et la géographie (coloniales ou décoloniales). le travail et la persévérance de ceux qui en assurent le succès. comme celles de Peter Ackroyd. C. hantées par un passé violent et sombre mais héritières aussi. j’ai publié une bonne trentaine d’articles. qui prend toujours très au sérieux vos articles. Sous les images chatoyantes. Alain JUMEAU 28 . Nimrod. En somme. et. car c’est la revue des connaisseurs. et notamment le roman victorien. circonscrit son lieu qui.. J’ai commencé par publier des articles sur mon domaine de prédilection.ROMANS. Il doit donc se déprendre du sentiment de fascination exotisante.). et plus fréquents récemment. Maurice Nadeau et ses associés. par la force de l’histoire. T. les œuvres de romanciers issus de ces régions du monde que l’on n’appelle plus le Tiers-Monde et que l’on ne peut pas toujours appeler « des pays ex-colonisés ». mais il m’est arrivé plusieurs fois de sortir de ce champ habituel pour aborder des publications plus récentes. avec qui j’ai tissé des liens peu à peu. le critique doit percevoir en quoi. espacés d’abord. à tout lecteur fraternel. avec ce 1 000e numéro. les Antilles. les parlers savoureux. Aller au plus près de ces œuvres. le courage. par exemple). Patrick SULTAN Au fil du temps a publication de ce numéro 1 000 est pour moi l’occasion de prendre conscience que je suis un collaborateur et un lecteur de La Quinzaine littéraire depuis quinze ans. je lis assidûment ce que vous publiez sur la littérature de langue anglaise du monde entier. du voyeurisme eurocentré. s’exprime le grand lamento des nations dépossédées. en éprouve les limites. Au moment où la revue connaît une étape importante. politique. de la philosophie. comme Oroonoko. la littérature britannique du XIXe siècle. la D splendeur des paysages exotiques. dont la biographie de Londres a été pour moi une révélation et un enchantement. J’ai aussi abordé des textes plus anciens. Comme me l’a expliqué alors une amie universitaire et romancière : la reconnaissance de La Quinzaine est précieuse. il m’a été donné de lire. l’océan Indien… Glissant. dont le nombre dépasse largement celui des abonnés. pour La Quinzaine. Au fil du temps. j’entends par là. apprécie sa beauté. au XVIIe siècle) sur un prince africain réduit en esclavage. D’autre part. dans le choc brutal des conquêtes. lorsque j’ai publié moi-même des traductions de Scott. se déplace vers ses frontières. tant chaque numéro est riche. sans parler de son roman récent sur la chute de Troie. le surprenant roman d’Aphra Behn (la première romancière anglaise.

J’entends l’ange / La porte refermer sur vos grands corps distraits. » Après sa mort à 20 ans. et l’Académie. ne le dis pas à Jean. RÉCITS Un défenseur de l’ordre : Jean Cocteau Si sa poésie est flamboyante d’énigmes. Il le disait lui-même : « Vous découvrirez plus tard que je fus un défenseur de l’ordre. 1930 Stock (réédition).) Il disait à Irène Lagut.ROMANS. A-t-il vraiment « joué » au catholique avec le bon Maritain ? L’humanité est complexe (Maurice Sachs n’est-il pas entré au séminaire. jusqu’à la fin. RUE SAINT-MARTIN. que « la meurtrière ». fuyant l’énorme Réalité. dont la culture déjà était en voie de disparition . il y eut 1940. l’accueillirent enfin.) Après 1930.. au retour de l’Yser. a compris les ressorts de cette société où Picasso devint roi après la mort de Diaghilev (avant sa transformation en marque automobile). avec des chefs-d’œuvre car l’ange était là. 144 p. portant la soutane ?) Son « opiomanie » n’estelle pas un autre jeu. naïfs adorateurs du vent Cocteau. une bourgeoisie financière cultivée. Plain-Chant : Mauvaise compagne. Raymond Radiguet. sans besoin authentique ? C’est un symbole que sa meilleure nouvelle s’intitule Thomas l’Imposteur. 11 € JEAN COCTEAU OPIUM. ce fut la Princesse de Clèves du déclin d’une société au moment où la « gloire » se transformait en « succès ». Jean ne retrouva plus le moment de la grâce divine.) Il a beaucoup posé à « l’enfant » (Les Voleurs d’enfants est la réussite totale de ce lecteur de la comtesse de Ségur). En fait. mais déjà venaient d’autres « horribles travailleurs ». 77590 Bois-le-Roi Diffusé par les NMPP – octobre 2009 UN AN ÉTRANGER PAR AVION 6 MOIS ÉTRANGER PAR AVION 65 € 86 € 114 € 35 € 50 € 64 € RÈGLEMENT PAR : – MANDAT POSTAL – CHÈQUE POSTAL – CHÈQUE BANCAIRE 29 . Le journalisme. Il a tenté d’en prendre la tête en 1920. (Son frère était agent de change. regagne ton visage / Qui s’enfonce à l’envers (…) Votre travail fini. Le Figaro. il avait publié d’habiles pochades dans le goût d’Apollinaire et de Max Jacob : Un dahlia c’est lourd penché après la pluie Le téléphone raccroché laisse l’aventure détruite Ma tête éponge lourde au bord du corridor C’est à ce moment que son aventure avec un gamin de génie. Ayant fait la guerre dans les fusiliersmarins : Adieu marins. Son œuvre est une cathédrale crevée. ce fut un déluge de subtilités. les dadaïstes lui arrachaient le flambeau. La surprenante finesse critique du Coq et l’Arlequin alors qu’il était fouaillé par Satie se transforme en acrobaties. sous forme de décoration de chapelles. puisque Cocteau s’affirma. l’Église. chrétien. Ses Portraits-Souvenirs sont un chef-d’œuvre. lui inspira son chef-d’œuvre. Après la guerre. même en public. il faut ici se méfier : quand il eut un fils de la princesse géorgienne Nathalie Paley. Hélas. de plaisanteries langagières par un Edmond Rostand en folie. Il s’est défini lui-même : un mensonge qui dit la vérité. il jouait. 12 € B eaucoup de poètes de l’entre-deux-guerres n’ont jamais « gagné » leur vie. il lui en voulut à mort de s’être fait avorter (c’était un garçon) et ne l’appelait plus. la compromission retentissante de ses louanges au « Tibet » (c’est-à-dire à l’Allemagne victorieuse) pendant que son ami Desbordes était assassiné par la Gestapo. 75194 PARIS CEDEX 04 CCP 15551-53 P. c’est fini. R JE M’ABONNE À LA QUINZAINE J’ABONNE UN AMI NOM : ADRESSE : ABONNEMENT RÉABONNEMENT POUR UN AMI MIEUX ENCORE : SOUSCRIVEZ UN ABONNEMENT DE SOUTIEN UN AN : 152 € 135.. ô mon canard sauvage / les siècles et les mers / Reviens flotter dessus. Lazareff le sauvèrent. 1918 Stock (réédition). Il s’est amusé – avec prudence – de son inversion . ô ma reine. sa famille fort aisée.80 € – Commission paritaire : Certificat n° 1010 K 79994 – Directeur de la publication : Maurice Nadeau. un très long poème admirable. Alors qu’il venait de se lancer dans le rêve littéraire d’« étrangler l’homme endormi ». Radiguet était lui aussi un « faux pédéraste » (On lui connaît au moins cinq maîtresses. espèce de morte / De quels corridors / De quels corridors poussestu la porte/ Dès que tu t’endors ? (…) Rien ne m’effraye plus que la fausse accalmie / D’un visage qui dort / Ton rêve est une Égypte et toi c’est la momie / Avec son masque d’or / Où ton regard est-il sous cette riche empreinte / D’une reine qui meurt / Lorsque la nuit d’amour t’a défaite et repeinte / Comme un riche embaumeur ? / Abandonne. Il veille toujours sur sa mémoire. PARIS IBAN : FR 38 2004 1000 0115 5515 3P02 093 BIC PSSTFR PPPAR La Quinzaine littéraire bimensuel paraît le 1er et le 15 de chaque mois – Le numéro : 3. Il semblait avoir perdu la main. avant de s’égarer à leur tour dans l’onirisme et le culte d’une Russie imaginaire. « Les Marchais ». Cocteau en est l’archétype. Imprimé par SIEP. la personnalité de Jean Cocteau semble beaucoup plus lisible. 267 p. en lui faisant l’amour : « Surtout. » JEAN JOSÉ MARCHAND JEAN COCTEAU LE COQ ET L’ARLEQUIN. (Osons le mot. un vrai chefd’œuvre de satire du milieu de Missia Sert.

Mais c’est poser toute la question. noir de cuir et de poil. mais bien de mille quinzaines. où trouver mon grain de sel. c’est une longue et belle tignasse – quand il ne s’agit pas de mille jours. à l’évidence. soit pour construire.HISTOIRE LITTÉRAIRE Mimile uand il y avait encore en plein Paris des petits commerces tenus par des « Français de souche » – cela n’étant nullement pour dénigrer leurs remplaçants arabes ou kabyles qui nous sont si souvent providentiels. qui finit en 1914 et pour la littérature française fut vraiment le Grand Siècle. enfin érection sur le piédestal de la voix de la magie mystérieuse des nombres. me ravit encore. mais pas de tous : quand on marche à l’admiration – c’est mon cas – on voudrait ne laisser passer aucun de ses livres de chevet (pour ce qui est des anciens). moins de trois petites années. de « tonner contre ». il s’éclipsait illico pour aller s’en jeter un au coin de la rue Vivienne. ont prolongé. à bien des égards. Qu’est-ce que j’ai pu. ce droit de libérer parfois sa rage devant certaines fausses gloires qui ne doivent leur statut qu’à une valeur marchande façonnée par la prodigieuse inculture ambiante. il en va un peu autrement. non loin de ce lieu mythique qui devait à l’époque – vers 1950 – avoir si peu changé depuis que Lautréamont. si redevables. bon sang ! et Mimile. mon gars. pris en somme au milieu du flot ininterrompu de cette aventure qui me déborde de toutes parts. moi. il me semble pourtant que La Quinzaine est sacrément bonne fille : à moins de se faire porter pâle – comme disait le Capitaine Hurluret – il est bien rare qu’une dévotion authentique pour X ou Y ne soit pas récompensée. mon maître : « Pour soulever un poids si lourd. et éclatait d’un rire formidable. si je ne me trompe. selon le mot de Flaubert. Surtout – nous y voilà. jovial. a fonctionné sans moi. celui-ci réussissait le miracle d’être à la fois affirmation. c’est là sa force). là il stoppait un court instant. d’ailleurs. je ne regrette rien… ! » Ou. et que les surréalistes. Q comme la nôtre. Car fichtre ! 1 000 ce n’est pas rien. en termes plus nobles. il est clair qu’écrire dans les journaux n’allait pas sans un droit imprescriptible à l’éreintement. même si – le paradoxe n’est qu’apparent – elles ont conscience de s’insérer dans un organisme inventé. Léon Bloy. pourquoi s’encombrer la plume avec ceux qui vous tombent des mains ? Donc « rien de rien. que les Barbey d’Aurevilly. ayant posé sur le comptoir vos emplettes. qui jouait à la commeil-faut ayant contre son gré épousé un malotru. où situer. en Comité. mais Allah est le plus grand ! – dans une obscure boutique de la rue SaintMarc. rupture modeste mais efficace dans le morne et répétitif tissu des jours (et pourtant répétitif lui-même à satiété. Coltine ta pierre. jauge quinze mille jours. Remy de Gourmont ont exercé avec allégresse. et qui. Sur ce plan. à moi Baudelaire encore. non. Quand il s’agit. haut comme deux pommes et demie. et continuera à fonctionner si elle me laisse sur le bord du chemin ? Question insoluble à moins d’une stupide prétention – et peut-être d’une non moins stupide humilité. pour moi. Alors moi ! Non pas l’un des premiers arrivés. fortement épineuse. On a eu la chance de parler de beaucoup d’auteurs qui nous importent. lorgnait avec satisfaction le gros billet tiré de votre poche – c’était au temps des anciens francs – et entreprenait de solder le compte comme suit : « Neuffe chent quatre vingt diche chett. Là-dessus il se redressait un peu. le difficile est bien d’essayer de mesurer ce que pourrait être un apport personnel. apporter à La Quinzaine qui. mon apport. où est-ce qu’il perche dans tout cela ? Au sein d’une entreprise collective. nourri et rendu vivant par la volonté d’un seul homme. et ne nous casse pas les pieds ! En fait de pierres. vous lançait un coup d’œil complice. moment d’intense jubilation et de vraie joie libératrice. formidablement niais. par l’octroi du livre à commenter. il faudrait ton courage ! / Bien qu’on ait du cœur à l’ouvrage. ce qui. Puis. s’activait un authentique épicier du pays des Fouchtras. il en existe un bon tas qu’on aurait aimé apporter. Et Mimile ! Cela me ravissait. à un saut de puce de la Bourse. Tout au long du XIXe siècle. profitant en douce de la confusion de sa moitié. Et puis je me suis ravisé. constituée d’un conglomérat d’individualités assez nettement tranchées et soucieuses de leur autonomie. de la raison d’être principale d’un grand périodique littéraire. tant s’en faut. Breton surtout. Qu’y a-t-il de plus exaltant que le jeu de mots le plus inepte ? Dans son infinie nullité. soit pour détruire. ravi d’une plaisanterie si innovante qu’il la recommençait dix fois par jour. je réclamais toujours un billet de mille quand on m’envoyait faire des courses en cet antre si rempli. à la « fin de siècle ». neuffe chent quatre vingt diche huit. bien que je fusse fort jeune alors. osait affronter le regard courroucé de sa femme. y avait fait rôder ses « vendeuses d’amour ». signaler en bien tout ce qui a vraiment frappé (pour ce qui est des nouveaux). J’ai longtemps regretté qu’il ne fût pas dans la politique de La Quinzaine. si c’est tiré par les cheveux. de poésie brute. / L’Art est long et le Temps est court. le dernier franc avec un sonore : « et Mimile ! ». même si elle est. ou encore quarante et un ans et d’assez grosses poussières. / Sisyphe. » Maurice MOURIER 30 . et même proclamation du moi contraint. au dernier des Chants. À quoi bon en effet ? Maurice Nadeau doit avoir raison : on a si peu de place (et de temps) pour parler des bons livres. avouez que. Il va de soi que. mais pas non plus l’un des ultimes. puis abattait. neuffe chent quatre vingt diche neuffe ».

Gilbert LASCAULT 31 . Péguy précise le chemin de la revue : « Libres de toute haine et de toute illusion. une tache jaune éclaire le carrelage On se dirige vers elle. En 1902. la réflexion respire. une autre rouge Cette fois c’est un beau jaune. des images : notre époque… La Quinzaine littéraire trouve son souffle. Se dispersent douze mille incitations dans les mille numéros de La Quinzaine littéraire. Elle résiste. et tourne Les pages. l’Europe un rayon de miel »… Circule « le fils d’un prêtre »… Un dessinateur « tresse et tord l’espace »… Respecter « Sa Majesté le Sexe »… Tu vois « l’univers comme cirque »… « Maintenant. Tous les quinze jours. Elle lutte. des hebdo- C madaires. Cécile REIMS Fred DEUX Douze mille messages énigmatiques haque numéro de La Quinzaine littéraire comporte dix à quinze messages énigmatiques : des phrases interrogatives. Max rit. On se baisse. Je suis chez moi L’encre du journal sent bon Je me balance – en attendant Le numéro 1 000. pour la littérature. de la psychanalyse. nous travaillerons dans la sérénité… » La Quinzaine littéraire vit dans les livres. Les feuilles Poussent – les branches poussent Par terre.ARTS J’ai passé ma vie… à… À dessiner. puis elle s’accélère. La réflexion méthodique examine les labyrinthes de la littérature (d’abord). Une chance Salut Momo. Fredy. porteur du message de ceux qui y parlent notre langue… Qui « résistent » eux aussi Chacun à sa façon On se sent moins seuls Merci à La Quinzaine pour sa Réconfortante et nourrissante visite. insoumise. puis décide. de l’ethnologie. l’article de Lascault fait visiter La semaine de bonté. des mensuels. peut-être à la manière des Cahiers de la Quinzaine (1900-1914) que Charles Péguy a fondés et dirigés. Dans l’écart volontaire du bruit et de la profusion qu’est notre existence quotidienne à La Châtre. Une page pour Cézanne et l’inoubliable Max qu’on a connu À qui on serrait les mains. l’arrivée de La Quinzaine est celle d’un visiteur attendu qui vient de ce là-bas devenu étranger. il faut des armes ! » La Quinzaine littéraire est loin des quotidiens. Dans la petite ville Il y a – le matin – en haut À la porte d’entrée – avec Un grincement métallique C’est le grincement de la boîte Aux lettres La vie coule – la rivière coule – Les graines poussent. Elle se détend. Par exemple… « Un continent d’incontinence »… « Un caïman. Une fois verte. mais non pas libres de toute vigueur et de toute fraîcheur. On ramasse La couleur. dans la France profonde. Je m’allonge. des maximes qui déconcertent. à écrire. ça trompe énormément »… Surgit « le sexe sauvage »… « Que sauveriez-vous du XXe siècle ? »… « Un bon écrivain estil un écrivain mort ? »… Courir « à la recherche d’une ombre chinoise »… « Il faut tout détruire »… Écouter « un dialogue du violon et de l’alto »… « La Russie est un sac. Elle se calme. Avec un dessin De Picasso. à lire Notre herbe pousse dans le jardin Il y a des heures plus chaudes Que d’autres. des sentences imprévues. Elle reste une revue rebelle. des titres insolites. Elle avance par la littérature.

49 € es arts premiers gagné LcommercegaleriesontLeur cotelentement le français. Breton souligne aussi le rôle de l’inconscient. 55 € La passion des arts premiers. La sculpture de l’enchantement Textes de Boris Wastiau. ce sont les idées inconscientes qui agissent. Des expositions concomitantes. le pouvoir d’« enchantement » de ces œuvres. Le musée du Quai Branly. répondait qu’elle le gênait « parce qu’elle pose les termes de l’art et de la magie dans une acceptation si vague et si générale qu’elle rend difficile. Elles viennent de présenter à Saint-Germaindes-Prés durant quelques jours un choix de leurs fonds. Breton évoque l’Uralptraum – « le cauchemar fondamental – la source de toute mythologie et ajoutons de toute magie ». le nombre des spécialisées s’est accru. jusqu’au 31 janvier 2010 Catalogue : Medusa en Afrique. Des textes apportent des points de vue mesurés. a modifié notre regard sur les arts premiers. des îles Marquises. 256 pages. CIVILISATION CHIMO XIIe SIÈCLE. Objets d’art ou d’ethnographie ? Medusa. 212 pages. comme en linguistique. André PÉROU. s’est élevée. le marchand Charles Ratton et Tristan Tzara en rédigent le catalogue. Genève. des pièces leur appartenant ou passées entre leurs mains avant d’entrer dans des collections privées ou dans les musées. musée du Quai Branly.. au revenant de Chirico. autant de désignations originaires de joutes. art magique. confrontées au Frontispice de Du Spirituel dans l’art publié en 1912 par Kandinsky. ni même à l’art. » Le terme « primitif » renvoie à un Ur-. une exposition qui est entrée dans l’histoire de la réception des arts « primitifs » . la sculpture de l’enchantement est exposée au Musée d’ethnographie de Genève (MEG). une réflexion sérieuse sur ce sujet ». Les différends semblent apaisés. Arts premiers. Ce ne fut pas seulement une question de mots. et presque impossible. De telle ou telle définition pouvait dépendre la place – le lieu – donnée à des objets ne répondant ni aux canons de l’art classique. De beaux objets. Skira-Flammarion. Et soixante marchands ont prêté à une exposition installée dans l’important Hôtel des Monnaies. Breton utilisait le mot « enchantement ». GEORGES RAILLARD EXPOSITIONS Musée du Quai Branly La Collection Un ouvrage collectif sous la direction d’Yves Le Fur. après le Pavillon des Sessions du Louvre. arts sauvages.ARTS Regards sur les arts premiers Trois ouvrages qui retiennent l’attention : une anthologie des œuvres maîtresses du Quai Branly. arts primitifs. Lévi-Strauss répondant. 160 illustrations en couleurs. 45 € Medusa en Afrique Exposition au Musée d’ethnographie. directeur du Patrimoine et des Collections 480 pages illustrées. à la galerie Pigalle. Rappelons-nous que « art nègre » a jadis réuni l’art africain et l’art océanien. à une enquête menée par Breton sur l’art et la magie. En 1930 eut lieu. les soutiennent. à la conclusion de l’ouvrage. » Et encore : « l’Africain croit que l’homme est formé de plusieurs subs- 32 . la place actuelle des marchands dans la circulation des arts premiers. Regards de marchands Exposition à la Monnaie de Paris du 9 septembre au 18 octobre 2009 Catalogue sous la direction d’Elena MartinezJacquet Primedia Monnaie de Paris éd. lui-même s’appuyant sur Marcel Mauss : « En magie comme en religion. À propos de l’art africain (réuni par Pierre Loeb) ils écrivent : « Le canon de cet art ne peut être naturaliste puisque sa tâche est de rendre visible l’invisible. TÊTE DE BOIS TEINTÉE EN ROUGE PLANTÉE DANS LES SACS FUNÉRAIRES Breton avait dressé dans L’Art magique une liste d’œuvres qu’on aurait mal vu coexister au musée : des œuvres de la ColombieBritannique. photographies de Johnathan Watts. Lévi-Strauss le relève. Éd. et cite Lévi-Strauss. sur lesquelles s’ouvre à neuf notre regard.

On y découvre les formules barthésiennes. 700 000 photographies ? L ’abréviation. Raymond Queneau revient sur Zazie (tiré alors à 50 000 exemplaires). « mon mutisme sur le sujet du primitivisme dans Dada and Surrealist Art écrit dans les années soixante ». arts. les artistes ont mis leur talent au service de la revue : Tàpies. C’est par Les Lettres Nouvelles. Maurice Nadeau ouvrait la livraison. Des étoiles jugées de petite grandeur y sont citées : Jean Nocher (qui se souvient de ce personnage ?). et. Seul. Il y eut aussi. que j’entrais en 1968 dans la galaxie Nadeau. Vient ensuite le regard. 1993). les images rayonnantes. dans la rubrique Arts où m’a amené Gilles Lapouge. allait à ce qui était toujours pour lui l’essentiel : la poésie. Les marchands interrogés sur l’origine de leur « passion ». En 1984. voilà le fondement d’un art vrai ». comblait. De moindre notoriété sont les marchands qui exposent à la Monnaie. les lecteurs expatriés. La liberté du choix des expositions. des ouvrages sur l’art était totale. J’ignore pourquoi La Quinzaine dut se contenter de la seule épithète de « littéraire ». GeorgesHenri Rivière et Georges Wildenstein) voue une passion à l’art moderne et à l’art primitif. comme. un grand mouvement de générosité. peut-être Albert Loeb. essais. La séduction de la forme. L’intelligentsia catalane. La Quinzaine littéraire et artistique. Des étoiles géantes. heureux. pour la bonne bouche. son « Journal » les conclura plus tard. c’est à ces mots qu’il avait reconnu le plus grand pouvoir d’attraction. En sous-titre : « lettres. En tout cas le « primitivisme » n’entre pas dans le champ de cet ouvrage remarquable. Fallait changer mon titre. joint à son métier de galeriste. échangés avec Picasso dans les dernières années de sa vie changèrent tout cela. venait lire La Quinzaine à la bibliothèque de l’Institut. pour ne plus la quitter. les marchands ne récuseraient pas le mot d’« enchantement ». Breton. Le film Le Beau Serge fournit l’ouverture au texte « Cinéma droite et gauche ». Une belle anthologie artistique pour La Quinzaine littéraire. » Georges RAILLARD 33 . Adami. co-fondateur de la revue Documents (avec Georges Bataille. Aujourd’hui. Près de 500 pages et 125 illustrations. Le souvenir de la provenance. Je crois cependant pouvoir rappeler qu’alors Miró sauva La Quinzaine. sur sa genèse et sa jeunesse : « D’abord j’avais mon titre : Zazie dans le métro. amené par Bernard Pingaud. je crois. L ’aventure de la découverte. La marque du Sacré. aux premières lignes de L’Art magique. Tout s’y trouve de ce que l’on peut savoir pour regarder aujourd’hui ce masque de l’Esprit de la Lune (Alaska). Et. Philippe Sollers ». Les Lettres Nouvelles. l’esprit. R 50 ans… A vant La Quinzaine littéraire. qui appartint à Robert Lebel. les plus « cotés » – qui furent vendus aux enchères dans les salles de la Galerie Jeanne Bucher. On a pu nous reprocher des partis pris. Le titre eût-il pu être « Regards sur la collection ». Le pluralisme magique prouve le nonsens qu’est l’usage du mot “primitif ” » (cité in Carl Einstein. Il s’y excuse de sa « plus grave erreur d’historien ». » Le nom de Picasso est absent de l’index de l’ouvrage que publie le musée du Quai Branly (l’adresse du musée dispense de trancher entre toutes les dénominations passées. et aussi faire apparaître le rôle social. ou tel masque anthropomorphe de la Côte-d’Ivoire venu de la collection de Tristan Tzara. Le Primitivisme dans l’art du XXe siècle. il explique sa conversion : « Quelques propos sur l’art tribal. Aragon (Pétrarque et sa Laure). qui accueille son pouvoir d’attraction pour en recueillir la poésie. une Mythologie de Barthes. un fonds qui compte 300 000 objets. » Marek Hlasko. comme Tristan Tzara.ARTS tances : le corps. Son sous-titre est La Collection. Aujourd’hui encore je les assume. qu’il avait disposé des balances voulues pour peser ses termes et aussi que. Ici « un très haut esprit comme Novalis ». Carl Einstein. la métonymie. un papier sur Les Corps étrangers de Cayrol. d’une façon ou d’une autre. sauf lors de mes longs séjours à l’étranger. celui de marchand d’art premier. ce fut Les Lettres Nouvelles. Bon. signifient clairement qu’ont été retenus et commentés des objets représentant des pièces maîtresses de la Collection. Je manifestai ma gratitude en montant une exposition La Quinzaine littéraire dans les vitrines du hall de l’Institut français de Barcelone. plus que toute autre revue. publiée chez Gallimard. « S’il a choisi les mots d’“art magique” pour nous dépeindre la forme d’art qu’il aspirait lui-même à promouvoir. Les Lettres Nouvelles parcouraient tous les champs de la culture. Les notices sont éclairantes. Aussi peut-on s’étonner de la préface écrite par William Rubin pour l’ouvrage collectif qu’il dirigea. mythologies ». on s’assure. Maurice Nadeau en fut surpris. Pour certaines. à la France entière. est rappelée cette prépublication dans La Quinzaine. Je fus stupéfait de découvrir que ses opinions sur ces sculptures étaient aux antipodes des idées reçues. son affinement par la pratique d’un métier qui les met en contact avec un grand nombre d’œuvres. organisateur de la première exposition des surréalistes dans sa galerie (Galerie Pierre) de la rue des Beaux-Arts. dans toutes les rééditions de La Pratique de l’art. Ce qui était le vœu de Lévi-Strauss. spectacles. là-dessus Arland intitule un roman Zélie dans le désert. Fidèle ainsi à la pensée de Miró : « Je ne fais aucune différence entre peinture et poésie. y compris les artistes. quand La Quinzaine traversa une passe particulièrement difficile. avant elle. réédition André Dimanche. Je ne saurais énumérer tous les artistes – parmi les plus grands. Pour les numéros anniversaire. On s’en délecte : « le désespoir du beau Serge tient. » L’enchantement naît de l’échange de deux regards. La Quinzaine. de la part des artistes. Peu importait. présentes ou à venir). Alechinsky. Pas long à le trouver : Les Vacances de grand-mère. La quête de l’œuvre classique. l’ombre ou l’âmeimage. Ethnologie de l’art moderne. Tàpies eut plaisir à voir Nadeau accepter de publier dans La Quinzaine de décembre 1968 de larges extraits d’un article de lui. « Sommes-nous tous des monstres ? ». L’exposition de la Monnaie est distribuée en six stations : Objets de désir. la signification religieuse qu’ils avaient dans la civilisation où ils avaient été recueillis. en effet. dans la si forte tension vers l’avenir qui fut la sienne. suivant une voie semblable à celle de son père Pierre Loeb. le commentateur aigu de Marcel Duchamp. celui d’un masque et le nôtre. selon la voie tracée au Musée d’ethnologie de Genève. Du Brésil je rends compte de la biennale de São Paulo. Je donnais au numéro 2 de la revue « nouvelle série » paraissant alors « tous les mercredis ». « la gentille littérature de M. et maintenant Monory ont composé de superbes pages de couverture. Il fallait que les illustrations soient assez belles et précises pour rendre sensible quelque chose de la « magie » des originaux. font sa place souvent au hasard.

Problèmes fondamentaux de la phénoménologie. se destinant à être prêtre catholique. De la pratique du « protocole » je n’avais alors aucune idée (les Français ne connaissent pas l’Allemagne !). quand Dansdisaitjeunesse. je ne voyais que très vaguement ce que cela pouvait vouloir dire. le séminaire de 1940 sur la Physique d’Aristote a été publié (cf. Partout on parle maintenant de séminaire. Je n’ai pas vu en quoi il s’agissait d’un « séminaire ». au début des années 1960. il entrait dans un institut ecclésiastique ayant pour fonction de former les futurs prêtres. Mais il est à noter qu’au milieu de ces cours et notamment de la série des cours sur Nietzsche que Heidgger a faits. qui l’a mis sur la voie publique et l’a vidé de son sens avant même qu’il ait pu en avoir un. que Hans Jantzen avait « suivi un séminaire de Heidegger ». Devenu étudiant j’ai moi-même parfois entendu parler des « séminaires » de Heidegger. selon l’usage allemand. c’est tout juste si le Conseil des ministres qui se tient chaque mercredi à l’Élysée n’est pas rebaptisé : Séminaire gouvernemental ! FRANÇOIS VEZIN MARTIN HEIDEGGER INTERPRÉTATION DE LA DEUXIÈME CONSIDÉRATION INTEMPESTIVE DE NIETZSCHE Gallimard. mais ce sont en fait les cours magistraux qui ont continué sous ce nom faussement nouveau ! Lacan avait pris les devants et depuis un certain nombre d’années tenait sous ce nom ses monologues devant un vaste auditoire muet et béat d’admiration. C’est. 35 € ma avant 68. MARTIN HEIDEGGER Je l’ai lu comme un texte que Heidegger aurait pu écrire de bout en bout seul chez lui. en pleine 34 . À l’article séminaire Littré signale un usage de ce mot particulier à l’Allemagne. la priorité des priorités). Tout cela n’a et n’avait strictement rien à voir avec la forme d’enseignement qu’a pratiqué Heidegger d’un bout à l’autre de sa carrière de professeur. 420 p.PHILOSOPHIE Heidegger : modèle de séminaire ou séminaire modèle Le mot séminaire a été singulièrement galvaudé depuis une quarantaine d’années. J’avais forcément saisi que le mot avait un sens différent de celui qui m’était familier mais je n’avais aucune idée de ce qu’on appelle de ce nom dans les universités allemandes.. cela voulait dire sans possible que. Questions II). ayant quitté Messkirch. les cours aient la priorité (avec au cours de 1927. dans ces publications vouées à être posthumes. l’établissement en question (situé. Maintenant connus. faisaient leurs études secondaires (celles-ci s’accompagnant d’une instruction religieuse assez poussée) en attendant d’aller (ou non) au grand. ceux-ci forment un vaste ensemble auquel ne sont peut-être comparables que la série des sermons de Bossuet ou « l’océan » (E. dont on pouvait déjà penser qu’ils décideraient un jour de devenir prêtres mais qui ne portaient pas la soutane. et il a expressément voulu que. il est vrai. Je savais ce qu’était un cours de khâgne mais. quand j’entendais dire. C’est le procès fait en 1968 au « cours magistral » qui a faussé l’usage français du mot « séminaire ». Lorsque. par exemple. une institution de ce genre qu’a commencé à fréquenter à l’âge de quatorze ans Heidegger mais. dont plus de soixantequinze volumes ont à ce jour déjà paru. dans les dépendances de la cathédrale de Constance) s’appelait simplement « lycée » Henri-Suso. on a annoncé de toutes parts des « séminaires ». puisqu’il n’était plus question de faire des cours magistraux. dans son bureau. Il y avait le grand séminaire qui conduisait à l’ordination sacerdotale et il y avait le petit séminaire où des enfants. Dans les toutes dernières années de sa vie Heidegger a consacré une très grande partie de son travail à mettre minutieusement au point l’édition intégrale. je l’ai lu avec un immense intérêt mais j’ai eu l’impression de me trouver devant un texte suivi du même type que celui consacré à Hegel dans Chemins qui ne mènent nulle part. bienhommemaiéquivoque on d’un jeune : « il entre au séminaire ». Buchet) des cantates de Bach. Dans nos universités.

Hermann Heidegger. parmi lesquels se trouve d’ailleurs. le trait d’union entre vérité « et » vie. qui va s’orienter vers des études d’histoire. 30). c’était cela le séminaire. dans l’âge de la passion et de l’impatience. « Un séminaire. antiquaire et critique). Car apprendre à lire et apprendre à penser ne font qu’un : « Sommes-nous décidés à lire. de toutes façons. Ce volume ne livre pas un texte. puissante et poignante : l’histoire nous gâche la vie. II a pour lui le recul et la patience et c’est en quoi son rôle peut être bienfaisant auprès de ceux qui sont. sort transfigurée. il fournit du travail à celui qui le lit car il demande de continuelles plongées dans l’œuvre de Nietzsche d’où celle-ci. comme disait mon maître Pirenne. de l’être lui-même. » Il ne s’agit pas de faire. énorme sous la lentille de notre siècle biseauté ? Elle nous gâche l’existence avec ses précieux voiles de deuil. De tout cela ressortira combien la pensée de Nietzsche. suivez mon regard). II y avait les cours. par sa bravoure. a tenu une place considérable dans son activité et dans sa vie. non de s’amuser d’une polémique d’époque. la définition de l’historiographie comme science du devenir universel ont quelque chose de mortifère et la vertu dont se prévalent les historiens positivistes n’est qu’« objectivité d’eunuques ». ne sont pas le fond du débat. Il est bon d’avoir tout cela présent à l’esprit en ouvrant la traduction française. en tenant comme un protocole de ce qui se dit de part et d’autre » (IV. 30 et 217. 7. p. le volume se vend comme tel en librairie) ni un « texte » mais d’entrer dans un travail et dans un travail à plusieurs. mis en question. Pense à ceux Qui un jour plantèrent des dialogues comme des arbres. 15 septembre 1950). qui ont survécu à la guerre. Pour le lecteur français s’il fait le va-et-vient entre la traduction et le texte original. il a pour rôle de relancer le travail. R « … Pense. à moins qu’il ne faille dire dans le retentissement d’un travail à vocation collective. Ce fait mérite d’être signalé car on ne recommandera jamais trop à un étudiant en histoire de lire la seconde Considération inactuelle / intempestive / à contre-temps – selon des traductions possibles – mais. Ce n’est pas à la divinisation de l’histoire telle qu’elle a sévi depuis Lénine que s’en prend Nietzsche. il donne occasion à des précisions et des mises au point et surtout. p. Au fond Heidegger n’était pas loin de penser que c’est en séminaire que se fait le vrai travail. soit deux jours avant les pogromes et l’incendie des synagogues. Face à ce texte si propre à enflammer. qui sera lu au début de la séance suivante et dans lequel les participants retrouveront les étapes du travail commun. nous ne sommes plus en 1938 – soit dit en passant. Certes. L ’hypertrophie du sens historique. Nietzsche aurait très bien pu dire comme Blaise Cendrars : « Je ne trempe pas ma plume dans un encrier mais dans la vie. » Peter Huchel 35 . Le séminaire est un lieu de dialogue. dit Leibniz dans les Nouveaux Essais. Or son enseignement s’est presque toujours partagé en deux temps. § 11). On voit bien l’idée que Heidegger se faisait du travail de séminaire quand il écrit à une ancienne étudiante : « Audelà de vingt participants les travaux dirigés n’ont plus aucun sens » (lettre à Hannah Arendt. Tout commence le 7 novembre 1938. dit Heidegger. mon fils. avec tout ce que cela implique comme échange direct et comme contact vivifiant avec ses interlocuteurs. eux. Et là Heidegger ne monopolisait pas la parole : il attendait (et savait susciter) une participation active des étudiants. Un texte qui porte témoignage de l’ascendant qu’a exercé sur le jeune Nietzsche l’enseignement de Jakob Burckhardt et auquel fait probablement écho la phrase de Marc Bloch : « J’ai toujours pensé qu’un historien a pour premier devoir. il n’est pas question de s’emballer pour une banale « philosophie de la vie » mais bien d’entrer avec toute la rigueur possible dans la pensée propre de Nietzsche. ses dilatations. c’est-à-dire un compte-rendu du travail accompli en commun. À chaque séance un étudiant est chargé de rédiger un protocole. dit Péguy. Le protocole n’est pas un simple bilan. rien de plus profond qu’un labour. Je ne vais pas me risquer à résumer un texte que parcourt un souffle d’ouragan. ses revers mensongers. sa véhémence. un germe de méditation qui peut un jour à sa manière s’ouvrir et fructifier » (Questions I. maintenant et à l’avenir. en quel sens la comparaison de l’homme avec l’animal oblige pour peu qu’on s’y arrête à mettre en question plus radicalement que toute charge « intempestive » ne le peut la définition même de l’homme. « ce n’est pas aux fins de régler des comptes qu’il faut nous souvenir de l’Histoire ». dialogue entre les participants mais surtout dialogue avec le penseur dont un écrit est au cœur du débat. âgé de dixhuit ans. On se méprend complètement sur Heidegger tant qu’on s’en tient au cliché du « solitaire de Todtnauberg ». de 1936 à 1940. Professeur et élèves sont là sur le même plan : on est là pour apprendre à penser dans un dialogue avec Nietzsche. il a tenu à faire figurer les traces écrites d’un séminaire consacré durant l’hiver 1938-39 au pamphlet de Nietzsche sur les études historiques. a tout pour surprendre. Heidegger a été un extraordinaire pédagogue. au gré de nos références. L’enseignement. » Un texte salubre et juvénile qui. en fin de compte. c’est la métaphysique elle-même qu’il s’agirait avec ou sans égard pour Nietzsche de dépasser. de mesurer en quel sens bien précis la science ne pense pas. II s’agit de reconnaître à cette pensée toute sa portée ontologique et véritative. par les questions qu’il contient ou qu’il suggère. sondée dans ses sous-entendus et jusqu’en son impensé. il est constamment interrogé. Le pédagogue est par définition l’adulte au milieu des jeunes gens. de l’être humain et. Car il ne s’agit pas simplement de rompre des lances contre le darwinisme et le scientisme ambiant mais. pour impressionner et enthousiasmer. La question de la justice est de cet ordre dans la mesure où elle ne se dissocie pas de celle de la vérité. ses passes magnétiques. On n’oublie évidemment pas que parmi les impostures de la propagande hitlérienne la captation de Nietzsche comme figure dont le régime se réclame pèse ici sur chacun des participants. à contre-courant. il leur posait des questions mais était attentif aussi à celles qui lui étaient posées et il avait toujours sur la table un texte philosophique avec lequel on s’expliquait et qui donnait son unité et sa direction au travail. L ’essai de Nietzsche n’est pas expliqué. vieille dame jadis blanche. il s’attache à montrer en quoi elle n’est justement pas aussi intempestive qu’elle le dit ou qu’elle le croit dans la mesure où elle reste cramponnée à la conception de l’homme comme sujet et à sa définition comme « animal raisonnable ». l’enjeu le plus grave n’est pas celui de la justesse mais bien celui de la justice – qui est quant à la vérité la législation de la vie ellemême. à dégager en quoi sous la question moderne de la vérité comme objectivité. La forme souvent morcelée que prend le texte concrétise sous nos yeux les efforts d’une recherche en cours qui procède par tâtonnements et par assauts successifs pour atteindre ce qui est à saisir. c’est-à-dire des réunions de travail auxquelles prenait part un nombre limité d’étudiants inscrits qui prenaient place autour d’une grande table. toujours disputer la plume à la main. s’il y en a.. quelle extraordinaire leçon d’allemand que ces pages ou Heidegger analyse la mémoire et passe au crible toutes les nuances possibles de l’oubli et du souvenir ! Oui. Les questions de méthodologie historique. c’est-à-dire en nourrissant des exigences plus élevées. pour parler ici avec Leibniz.. un choix parmi les trois manières d’écrire l’histoire que distingue Nietzsche (monumentale. quel dommage que Raymond Aron n’ait pas participé à ce séminaire ! – et il n’est plus temps de nous joindre au groupe d’étudiants dont on lit les noms à la fin des protocoles et dont on se demande quels sont ceux. Heidegger garde la tête froide. en pressentant qu’il y a là quelque chose que l’on peut savoir et qui vient avant toutes les sciences et se situe au-dessus d’elles ? Avons-nous appris à lire ? » (p. 242). Sa problématique n’est pas celle de Camus (L’Homme révolté) ou de René Char (« Pourquoi me soucierais-je de l’histoire. due à Alain Boutot. II y a tant de beautés et de force à découvrir dans l’œuvre de Nietzsche qu’on imagine facilement l’élan qu’un professeur peut donner à des étudiants qui abordent ce texte pour la première fois. mais de comprendre que. 308). aussi ne peut-on attendre de lui un dépassement du subjectivisme. On n’est pas là pour s’extasier (ah ! quel beau texte) mais pour se mettre au travail. « Il faudrait. comme l’a dit depuis Soljenitsyne. les textes et les œuvres des vrais penseurs autrement que nous ne l’avons fait jusqu’ici. du tome 46 de l’édition intégrale car il ne s’agit pas ici de « lire un livre ». celle que Nietzsche intitule Avantage et inconvénient des études historiques pour la vie (1874). sortes de « conférences » qu’il faisait dans un amphithéâtre devant un public souvent très nombreux sur la base d’un texte soigneusement préparé (c’est la matière des volumes à présent édités) et il y avait les travaux dirigés. matériellement. À chacun de le lire et d’y trouver son bien. ses folâtreries ») mais il le dit à sa manière. de s’intéresser “à la vie” » (L’Étrange Défaite. il y a de quoi travailler avec un « livre » comme celui-là. maintenant flambante. Et que dans ces conditions l’opposition de Nietzsche à Descartes est plus apparente que réelle. On le voit. un livre de plus (même si. avec une volonté plus endurante de questionner. dès qu’on la soumet à une investigation radicale. en jugeant sur pièces. Ce n’est donc pas seulement le subjectivisme qui est poussé à ses limites. Face à cette considération « intempestive ». est ce que le mot indique : un lieu et une occasion de jeter ici et là une semence. « I1 n’y a.PHILOSOPHIE période hitlérienne. quel qu’en puisse être l’intérêt. est différente de l’image qu’on en donne par le temps qui court (Nietzsche est « à la mode ») et que brandir des citations picorées çà et là et sorties de leur contexte n’est jamais que « faux monnayage » (p.

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que la place manquait pour traiter de tous les livres qui paraissent dans ce champ que la vulgate contempo- raine qualifie de « psy » et cela dans un journal dont le titre rappelle suffisamment sa vocation littéraire. d’aucun mastodonte éditorial ou médiatique. c’est bien celui que constitue ce champ psychanalytique. On est loin des jeux académiques. les doléances et autres réclamations continuent au contraire de se manifester au fil de la lecture de ces pages. encore moins de propriété et parce qu’il n’a jamais été question dans ce cadre d’administrer quoi que ce soit et surtout pas la psychanalyse. des canons de la rhétorique É savante. car l’actualité des livres et des idées peut tout bousculer ou parce que l’article. elle autorise l’esprit critique. Un atelier ? Ou une moderne abbaye de Thélème. où l’on apprend et on écoute. trace de son humour feutré comme à l’habitude. Une remarque de Maurice Nadeau. deux fois par mois sauf impair. ils seront l’heureuse manifestation que la nave va. seule. Pour un collaborateur relativement récent comme je le suis. d’idée de détention. celui de l’inconscient. pour sélectionner des ouvrages. directeur et animateur. à savoir. Ensuite ce fut affaire d’accoutumance. l’acte manqué. de l’amour de l’art et du plaisir de la confraternité. ou de fidélité c’est selon. de n’avoir pas péché par indifférence ou ignorance ? – il faut s’employer à rendre son papier rapidement sans l’assurance de le voir publier. ceux de bien des épreuves et de toutes les passes d’armes. la psychanalyse. les Lettres. que La Quinzaine continue d’être lue. et préserve les vertus émancipatrices du travail intellectuel. d’une psychiatrie non carcérale et de leurs développements. sont chez eux. tient de l’acte gratuit et de l’engagement militant. souhaitables et espérés. comme tout choix. m’a conduit à me demander si l’heure avait sonné de recenser les regrets. souhaitant que la tonalité dominante de ce numéro 1 000 ne soit pas celle d’un regard tourné vers le passé. Au risque de paraître présomptueux et démuni de la moindre parcelle de sens de l’autocritique – démarche dont l’histoire encore récente témoigne de ce qu’elle n’a jamais conduit vers une quelconque rédemption ceux qui furent contraints de s’y soumettre – je m’empresse de déclarer. Il fallut l’adoubement silencieux des « grognards » du comité de rédaction « sciences humaines ». de vouloir faire partager ce que. où l’oubli. objet de la théorie et de la pratique psychanalytiques. Dans cet atelier où l’on aime tout à la fois la poésie et la vie politique. parfois moins inspiré. des auteurs d’ouvrages qui n’ont pas été recensés autrement que sous la forme. y collaborer. Presque sans y penser. Cette liberté est précieuse. les colères. où l’on rigole aussi. Admettre que l’on ne peut rendre compte de tout est une manière de se protéger du remords. des renvois d’ascenseur. une continuité complice en matière de défense et illustration de la psychanalyse. de transmettre. heureusement. proposer des recenseurs. Que les oublis. le temps des regrets – ce livre dont on aurait tant aimé parler – n’est pas encore venu. repartir avec son lot de lectures. de la rubrique bibliographie. la conviction humaniste. on pourrait dire ensoleillé. de n’être pas trop injuste. non parce qu’elle annonce depuis des lustres des matins rouges et des lendemains qui chantent – bien des désillusions sont passées par là – mais parce qu’elle renouvelle et actualise. ajoutant qu’en cette matière. collaborateurs réguliers. L ’essentiel est d’apporter sa pierre à l’édifice. il me semble toutefois opportun de rappeler que s’il est au moins un domaine. d’assurer une relève. Bien évidemment il serait aisé de répondre aux doléances. Car si le cadre de ces quelques lignes ne se prête guère aux considérations théoriques. sans concession. ne sont pas dues aux seules logiques mercantiles et aux faci- lités de l’air du temps. je me suis habitué à la liberté. la somme des laissés-pour-compte. Mais s’en tenir à cet argument ou à d’autres du même ordre reviendrait à passer à côté de la question. semble ne plus s’imposer au moment de la relecture. de déplorer les oublis. où l’on commente et apprécie. mieux. bon anniversaire à La Quinzaine littéraire et à son fondateur. le reste. que les regrets. même si la littérature ne sauve pas le monde. l’on a extrait de la masse des imprimés. l’antique et le moderne. toutes justifiées. toute simple. d’Anne Sarraute et la complicité bonhomme de Maurice Nadeau. les Arts et les Sciences de l’Homme. les désaccords ou l’envie de débattre peuvent être dits en toute indépendance : La Quinzaine ne dépend d’aucun groupe de presse.PSYCHANALYSE Pastout ? Heureusement ! t d’abord. ceux des origines ou presque. s’agissant de la quantité d’articles visant à rendre compte d’ouvrages traitant de la chose psychanalytique sous les angles les plus divers – je laisse bien sûr de côté la question de la qualité desdits articles dont seuls les lecteurs de La Quinzaine sont juges – que j’assume sans réserve les choix effectués et au moins autant ce que ces choix impliquent. et que le seul secteur où le manque aura été éradiqué sera celui des… abonnements ! Psychanalystes encore un effort ! Michel PLON HISTOIRE Livre ou Barbarie crire pour La Quinzaine ? Participer à son comité de rédaction ? À bien y réfléchir l’idée de franchir le pas ne me serait sans doute jamais venue sans la demande insistante de deux historiens de renom. la tâche n’est pas mince. Écrire pour La Quinzaine. flotte encore un peu l’idéal renaissant. qui accompagne ces séances régulières où l’on s’engueule parfois mais comme on se donne une bourrade amicale. où ils ne cessent de croître et de se multiplier. elle est rare. de la République des Lettres. mais soucieux de passer le flambeau. Livre ou Barbarie. que de venir depuis quelques années aux séances du mercredi. Il faut trouver un ton . pour marquer cette date quasiment sans précédent dans l’histoire de la presse non quotidienne libre de toute dépendance publicitaire. spécialistes des Temps modernes. je me plais à le croire puisque ayant travaillé et continuant de travailler en ce sens. Il y eut aussi l’accueil si souriant. pire. d’égrener la liste sans fin des choix arbitraires trahissant je ne sais quelle E inféodation ou quel esprit partisan dans un secteur. La conception de la liberté qui imprègne les murs des locaux de la rue Saint-Martin est révolutionnaire. de vivre donc. le vers libre comme la rigueur philosophique. où la complétude n’est pas de mise. que les progrès de l’Esprit humain sont toujours possibles. le manque et le pastout chers à Freud et à Lacan ont plus que droit de cité. « éclairée » dirait l’homme du XVIIIe siècle. déjà non négligeable. chaque fois dans des registres variés. si chaleureux. Cette liberté est parfois cruelle car elle impose de choisir dans un flot toujours montant de publications qui toutes. Un morceau d’utopie sans cesse réalisé que l’on espère voir durer encore longtemps. des épanchements courtisans. que les choix ressentis comme arbitraires. celle du décompte de ces absences. elle mérite d’être défendue contre vents et marées car. on peut s’abandonner à ses humeurs ou polir ses formules comme un artisan. Vincent MILLIOT 37 . déjà. Il y a eu. revisité par les Lumières et par l’idéal révolutionnaire. Maurice Nadeau ! Un hommage ensuite à Roger Gentis : même s’il n’y a jamais eu de « passation de pouvoirs » entre nous comme cela se fait entre ministres qui se succèdent pour la bonne raison qu’il n’y a pas ici de pouvoir. Les choix faits – est-on jamais certain d’avoir fait les bons. Le bonheur procuré par le texte qu’on a lu.

et qui ne paraîtra peut-être pas. L ’absence de lien concret du texte à son auteur fait. une rencontre entre un livre offert et une culture propre. et la stratégie convenue de ceux qui fondent leur épistémologie sur une ignorance soigneusement cultivée. Ce n’est pas l’insertion codifiée dans la bibliothèque mais un jeu de décryptage. la nouvelle façon D obligée de se présenter pour obtenir la bienveillance de l’auditeur. Je n’aurais jamais imaginé pareille chose ni sollicité quoi que ce soit car je suis loin de ce monde et du « papier ». alors directeur des Archives nationales qui inventait par le mobilier et les règlements tatillons l’infériorisation du chercheur. la pire. Les règlements de compte se font oralement. moins soucieuses des prérogatives que l’on doit à leur narcissisme. mortelles rivières et touffeurs d’été. un choix que domine l’inguérissable blessure de l’avenir. j’ai toujours l’impression que si le livre m’intéresse passionnément. Pourquoi ai-je écrit pour La Quinzaine ? D’abord parce que Maurice Nadeau me l’a proposé. Cette matérialité instaure. Reste que chroniquer instaure un présent perpétuel auquel on s’oblige car la démente volonté de tout lire. un auteur. le conseil d’Anne Sarraute qui prenait alors son sourire mitigé : « laisse tomber. la libraire de notre quartier. mais le livre offert par tablées. le mien du moins. Rousseau la dénonça et le des Esseintes d’Huysmans la provoquait en son jardin de Fontenay-aux-Roses. une admiration incontrôlée qui rend niais… ou le simple pas de chance quand c’est au marbre qu’un papier a été décollé au profit d’une affaire plus prestigieuse et ne repasse pas. je ne suis pas auteur au sens usuel : menant essentiellement mes propres travaux sous la forme d’articles. Or. mais après m’avoir entendu éructer contre Favier. La seconde négociation tient au respect que l’on doit aux gens qui ont écrit. une impression d’imprévu. rêvé pour nous. sur le trottoir des « Cahiers de Colette ». en comité. Le texte écrit est d’abord un suspect : je n’appartiens pas pour rien à la génération critique et à l’ère du soupçon. qui susciterait l’ennui. point malveillant. le billet que l’on doit rendre est une transaction permanente entre ce que l’on a envie de raconter et un format bref qui oblige à densifier sa pensée. issue d’un petit travail en résonance avec un bien plus grand travail. la feuille volante. ce qui m’importe est de saisir ce qui n’est point trop rebattu. mais dans l’ordre du monde. Quant à la grande littérature. Par ailleurs. des préoccupations. qui confiaient un sujet. plus encore que le butin. ce festin qui engageait le peuple affamé aux bagarres sans rémission où tout se dissolvait. Quant à mes entrées directes dans la contemporanéité. un air du temps. même par temps de « grève active » entre Beaubourg et la Sorbonne. la dignité des participants : Sade la situait à Naples. non le billet que l’on doit remettre. partie de sa sacralisation. travaillé. une méfiance de « fermière » me dit il y a fort longtemps un jeune ami psychanalyste. En sus. cela n’intéresse pas le public de La Quinzaine ». jamais voulu. mais de ce qui se méprisait jadis dans la littérature de trottoir. un jour de signature. Horreur s’il s’agit d’une œuvre sérieuse et riche. et paraît-il tout se sait instantanément dans le petit monde des critiques et attachés de presse si ce n’est au-delà. Quand je me souviens que je suis historienne. Pourquoi ne retourneraiton pas l’approche ? N’est-ce pas notre propre horizon d’attente de parvenus de la culture qui se sont ailleurs forgé des identités qui a fait une réception enthousiaste à ce qui aujourd’hui s’épuise et passe de mode sans trop se soucier d’inventorier ce qui en reste nécessairement et moins encore ce qui en fit le succès et l’adéquation à une génération. Pour un livre. qui rend mon contact avec la chose écrite très paradoxal. le pamphlet du jour qui se vendait le soir sur les boulevards parisiens et signe toutes les dépravations de l’intelligence. lire sans fin un texte. cette alchimie. Les livres me tombent comme par surprise et à ma plus grande honte dans le comité. J’ai attendu quelques rares titres. L ’invention militante ne se joue plus. point de régularité ni de chronique fixe. C’est ainsi. et c’est ce qui ravit. la résistance de la durée qui autorise un vrai vagabondage. Le second échec tient au papier qui ne passe pas : une précipitation qui engendre trop de coquilles. Si le comité distribue les tâches. Mystère de la parole qui court. Si j’aime lire. elles deviennent chimériques. la parole fatale est bien le mot. son auteur aucunement. ce qui peut encore me surprendre et va à l’encontre de toutes ces prétendues nouveautés. pot cassé du temps qui passe et fait mal. car je ne suis pas en contact avec les auteurs. la poursuite de l’ombre de la caverne loin des miettes de Google. une rubrique à un auteur. par charretées. j’ai un surmoi provincial. toutes ses lâchetés et compromissions. car je garde comme droit d’inventaire des apprentissages qui viennent d’ailleurs et tiennent aux chemins creux de la vie.HISTOIRE Les livres me tombent comme par surprise… ifficile question que de dire ses succès et insuccès de chroniqueur. non concerté. et vite. ou plutôt livres. Point de « feuilleton » donc au sens des journaux d’autrefois. Mystère des choses sues et qui ne se démontrent pas. à sa propre autorité. est une addiction. indéniablement. elle n’est pas du ressort d’une chroniqueuse à la « tante Ursule » telle que Maurice Nadeau nous l’a fait entrevoir dans Grâces leur soient rendues (1990) mais lire de façon vorace et brouillonne a évidemment fait mon identité culturelle de gueuse. il y a toujours une surprise. avec appétence et sans fin. ce petit gâchis au quotidien touche plus souvent des livres de femmes. excellent exercice. Maïté BOUYSSY 38 . j’estime pouvoir tout dire en 15 ou 20 pages. Je fuis les signatures où je crains toujours que l’on finisse par envoyer des cacahuètes au pauvre auteur aussi captif qu’un animal de zoo. pour moi. C’est là l’accroche et le piège de la rencontre fantasmée avec le prochain livre. détourne de toute autre préoccupation puisqu’on va lire. en sus de l’urgence d’en rendre compte. Cette abstraction libère la lecture. plus loin encore des profusions de la « largesse ».

bouleversement salvateur pour les autres.. L ’irréparable. selon l’expression de l’auteur. justement. en premier lieu. Pourtant. même s’il n’est pas un acteur direct. Personne n’osa soulever la question du Mur. « Il attendait de cette comparution redoutable que la foule le sacre comme un prétendant au trône. avec la banqueroute à l’Est. le lapsus. entendre les aspirations d’un peuple. L aconditions de: idéologique. mais sur les liens entre la chute du Mur et celle du communisme. Les hommes font l’histoire. Jusqu’à la chute du Mur. Or. ils en ont toutefois été les initiateurs. mécanique infernale pour les uns. 21 € FREDERICK TAYLOR LE MUR DE BERLIN 1961-1989 J. car ce ne sont pas les masses. 18 € MARC FERRO LE MUR DE BERLIN ET LA CHUTE DU COMMUNISME EXPLIQUÉS À MA PETITE-FILLE Le Seuil. ne fait pas de victime collatérale. des morts. – car ils finissent pas acquérir une dimension romanesque. en 1987. avec une sorte d’obstination somnambulique. Quatrième facteur : économique. aux Allemands de l’Est transfuges de fuir vers l’Autriche en passant par son territoire . sur fond de rivalité/négociations avec les États-Unis. déclara-til. Alors qu’un texte avait pour simple objectif de canaliser les déplacements sans se prononcer sur la liberté de circulation. En ce 9 novembre 1989. l’infléchissement. tout en se retournant contre ses promoteurs. 620 p. rien. la Hongrie permettant. dont il reste à écrire l’histoire secrète. dit-il. comme chez le prince des espions dont Michel Meyer brosse un portrait saisissant. paradoxalement. montre le divorce entre ourdir et ouïr. Se laisser dépasser ou ne rien voir venir : le tempo a échappé aux dirigeants qui. avec Erich Honecker contraint de démissionner le 18 octobre 1989. Lattès. La position de la plupart des hommes politiques ouest-allemands fut résumée par un éminent social-démocrate en 1987 : « la réunification est un grand mensonge ! ». Teneur analogue de l’introduction du livre de Michel Meyer : pourquoi cette nuitlà ? Pourquoi le jeudi 9 novembre 1989. le Mur était jusqu’alors un symbole sanglant. le problème de l’Allemagne divisée et l’action d’Helmut Khol . La complexité et le caractère difficilement conciliable des enjeux furent tels que le constat de Marc Ferro aujourd’hui revêt toute sa pertinence : à l’heure actuelle. l’orchestraient par les plus savants calculs. Singulière retenue. avec ses conspirations et rebondissements. 122 p. mais des protagonistes qui ont pris des décisions telles que le symbole de la guerre froide s’est écroulé. il a cru pouvoir incarner un renouveau qui eût évité l’effondrement de la RDA. Mais il s’est vite retrouvé en guenilles. d’où le rôle de Gorbatchev. à l’Est et en URSS. en octobre 1989. – est l’élément déterminant : la perspicacité se mue soudain en myopie néanmoins agissante. imaginée par les plus hautes autorités du Kremlin et du KGB pour liquider le numéro un est-allemand Erich Honecker. Vingt ans après. Troisième facteur : politique. date emblématique. les modes opératoires et les résultats ? Le regard des personnages. Deuxième facteur : géopolitique. » Le moteur de la conspiration se grippe devant le mouvement populaire. pourtant. Les manipulations aux fins de conquérir le pouvoir s’inscrivent donc dans un terreau de méconnaissance. L’histoire se prête alors à la dramaturgie. ou évoquer le fait que ses compatriotes prenaient encore de gros risques en sollicitant des visas de sortie. Déjà. c’est la commémoration qui suscite enquêtes et retours en arrière. en deuxième lieu. 1989. Assimiler ceux-ci à des criminels constituait le ressort de la formation idéologique des gardes. avec l’influence des médias occidentaux. date répétée. une portée inattendue : une nouvelle réglementation. L ’Allemagne de l’Est semblait s’imposer comme un élément permanent sur la scène internationale.deavec la peresPremier facteur troïka. à l’Est comme à l’Ouest. Or. il lui donne. il est permis de penser que la frontière entre probable et impensable est parfois ténue. R LAURENCE ZORDAN CYRIL BUFFET LE JOUR OÙ LE MUR EST TOMBÉ Larousse. Sixième facteur. Si assurément ils ne poursuivaient guère ce but. Divorce entre machination et mise en marche de l’incontrôlable. avec des fugitifs criblés de balles. ce roman vrai. en tentant de supplanter des dirigeants sclérosés.-C. pour paraphraser le titre de l’ouvrage de Michel Meyer. sans pour autant finir par déstabiliser la RDA. 346 p. en mai 1989. que reste-t-il à décrypter ? Il faut écrire l’histoire de l’Histoire. Michel Meyer décrit les rouages de l’Opération Loutch. premier secrétaire de la SED (parti socialiste unifié de la RDA). de la persécution incessante des dissidents. du pacte de Varsovie reconnaissant le droit de chaque nation à décider librement de sa politique. 39 . le fait d’une révolution de palais. involontaires mais insistants.. tout en entraînant l’Allemagne occidentale dans une alliance économique et technologique qui sauverait l’Europe de l’Est et la Russie soviétique d’une faillite annoncée. enfin : psychologique. dessinant une géographie mentale qui veut échapper à celle de la propagande. le « chef charismatique d’un réseau de quatre mille espions infiltrés dans le monde entier » s’est trouvé désemparé devant le million de manifestants rassemblés sur l’Alexanderplatz. véritable art de la composition théâtrale. à huis clos. Les soldats ne tirent pas sur la foule. où jouent l’inadvertance. Les ouvrages de Michel Meyer et de Cyril Buffet consacrent des pages particulièrement vivaces à la bévue de Schabowski. Cinquième facteur : sociologique. avec trois niveaux . entre ourdir une conspiration et ouïr. 218 € cristallisation de six facteurs explique les possibilité l’événement. rappelle Frederick Taylor.. en pleine conférence de presse. et ce… immédiatement. 320 p. il est difficile de rendre compréhensible un emballement qui. Sans mauvais jeu de mots. mais la brèche inaugurale est. C’est alors qu’entrent en jeu les protagonistes. Les quatre ouvrages ont en commun de ne pas céder à l’illusion rétrospective du récit orienté où tout devient explicable. Les caciques ont certes été dépassés par les citoyens. de la Stasi. mais ils ne savent pas l’histoire qu’ils font. qu’il a toutefois aiguillonné. après quarante années de dictature communiste ? Pourquoi dans des circonstances largement surréalistes ? Et pourquoi dans une apparente improvisation ? En somme. Or. avec quelles intentions et quelles conséquences ? Quels sont les mobiles. cette imbrication ainsi résumée ne rend aucunement compte de la propagation rapide de l’onde de choc. 8 € MICHEL MEYER HISTOIRE SECRÈTE DE LA CHUTE DU MUR DE BERLIN Odile Jacob. en troisième lieu. permet à tout citoyen de quitter la RDA par les postes frontaliers. La raideur idéologique de ce dernier l’empêche plus que tout autre de faire face aux missions impossibles pour lesquelles « même un Machiavel eût été à la peine » : jouer subtilement le jeu du Kremlin. régnait un malentendu radical : « Erich Honecker fut reçu avec les honneurs en Allemagne fédérale. Loin de verser dans l’anecdote. qui a déclenché quoi.. avec le mot « schizophrénie » employé pour évoquer à la fois la partition et tel complexe d’infériorité/supériorité prêté à qui prétend s’ériger en modèle tout en reconnaissant qu’il échoue. Il s’appelait Gerhard Schröder et remplacerait bientôt Kohl à la chancellerie.HISTOIRE Qui a fait tomber le mur de Berlin ? La question se pose en termes personnels. Adverbe par lequel Schabowski fait advenir l’irréparable. aucun coup de feu. Les conditions de possibilité de l’événement le rendent possible mais pas réel. mais pas le massacre comme à Tienanmen. Markus Wolf étant dépeint sous les traits d’un Paul Newman germanique.

18 € relation entre finance et connaissance. les groupes financiers multispécialisés et transnationaux au niveau microéconomique.]. en assumant une triple fonction : gestion du risque. notre avenir humain. « la finance remplit ce rôle en endossant le risque lié à ces activités [. L ’industrie financière elle-même est traversée par ces logiques de cohabitation entre les deux modèles productifs : d’une part. le ciblage des aides publiques sur les personnes et les territoires plutôt que sur les entreprises. fondamentale. au lieu d’être dispersées dans l’espace et motrices de nouvelles formes de décentralisation. les auteurs explorent finalement les conditions d’une alternative : « L des enjeux du XXIe ’un siècle doit être de créer les conditions d’une libre circulation et d’un partage des connaissances ». De plus. « la finance favorise le retour de la vieille économie et la domination du néotaylorisme dans les entreprises industrielles et de services ». et cela contre la volonté manifestée par l’immense majorité des enseignants-chercheurs lors du plus ample et plus puissant mouvement de toute l’histoire de l’université française. et enfin la lutte contre l’emprise excessive de la propriété intellectuelle ». la contradiction prend une tout autre dimension à l’ère de la technoscience et de la mondialisation. le capitalisme subit une profonde mutation sous le double effet de la montée en puissance de la finance désormais force planétaire . Face à l’accaparement des connaissances et de leur diffusion par une minorité de pays et d’acteurs. Dans la société capitaliste. comme Keynes l’avait bien vu lorsqu’il soulignait à quel point « le risque d’une prédominance de la spéculation tend à grandir au fur et à mesure que l’organisation des marchés financiers progresse » . Ainsi. le seuil de l’ère de la « société de la connaissance ». La contradiction prend une autre dimension Si le capitalisme a été en effet de façon récurrente ébranlé depuis le XVIIIe siècle par des crises boursières associées à des innovations technologiques. sans une réforme profonde des institutions internationales de l’économie et de la finance mondiales. dans le système productif contemporain coexistent.ÉCONOMIE POLITIQUE Entre connaissance et finance Cet ouvrage livre l’étude précise des rapports actuels entre l’économie de la connaissance et le rôle central de la finance. il y a coexistence entre deux mouvements de périphérisation et de polarisation. les grands centres financiers internationaux au niveau mésoéconomique et de l’autre. la montée en puissance de l’économie de la connaissance et de la finance a donc favorisé les processus de polarisation planétaire et le creusement des inégalités à toutes les échelles géographiques. Les activités intensives en connaissance connaissent une tendance lourde à la concentration. c’est le statut même de la connaissance qui est soumis à de nouvelles contraintes. à rebours de la mondialisation en cours. Ils engendrent notamment une augmentation des coûts de l’accès aux innovations et un renforcement des inégalités. Or cette dernière est un accumulateur de découvertes désintéressées indispensables à l’innovation technologique elle-même. sorte de barrière infranchissable que les économistes ont bâtie autour de leur discipline et qui les autorise à pénétrer les autres champs disciplinaires en interdisant de fait le chemin réciproque. Au final. et de la violence de l’impact des nouvelles technologies qui ont ouvert. entre connaissance et finance. et surtout. 240 p. Plus globalement. Les entreprises cherchent à externaliser une partie de leurs investissements en R&D dont les gains sont jugés trop aléatoires et risqués et sont amenées à se rapprocher des acteurs publics de recherche. LIAISONS DANGEREUSES AU CŒUR DU CAPITALISME CONTEMPORAIN La Découverte. Lasocle du ambivalente . l’économie du savoir et de l’information ne se traduit pas par une organisation réticulaire et décentralisée. Il s’agit donc bien. quatre mesures pourraient y contribuer : « la priorité donnée à l’éducation et à l’apprentissage collectif. aux sociétés industrielles. passe par l’inversion des rapports de force entre le mouvement social et les élites qui nous gouvernent.discapitalisme est complexe et il importe de tinguer deux sphères dans la production de la connaissance : celle de la connaissance incorporée dans l’intelligence de tout individu (sphère 1) et celle de la connaissance marchandise médiatisée par la finance (sphère 2). simultanément.contemporain. notamment les universités. Plutôt que de permettre l’émergence d’un « monde plat » au bénéfice de toutes les populations de la planète. À côté des institutions-clés de la finance contemporaine. Le marché s’avérant inefficace dans l’évaluation du risque lié à la connaissance et à la R&D (recherche / développement) et de la mesure de leur valeur. Remarquons enfin que les auteurs ont banni « l’hypothèse de rationalité ». » Contrairement à une idée reçue. Selon eux. L’hypothèse centrale des auteurs est que « la finance moderne est une réponse aux besoins de l’économie du savoir dont. notamment entre pays du Nord et pays du Sud.. en raison de ses calculs enfermés dans l’impératif du rendement immédiat. elle influence le fonctionnement ». les grands pays industrialisés ont mis en place un second groupe d’institutions destinées à protéger les oligopoles de la connaissance : le système des droits de propriété intellectuelle. désormais porteuse de contradictions explosives. la connaissance ne peut être qu’objet d’appropriation ou d’échange marchand. les crises financières expriment l’une des contradictions majeures du capitalisme contemporain.. et plus encore des laboratoires dont l’horizon temporel est le très long terme. selon des proportions variables. La première crise mondiale de la mondialisation qui poursuit inexorablement ses ravages sociaux et écologiques est aussi une incitation à favoriser une sortie de crise dans laquelle les formes nouvelles de travail et d’accumulation centrées sur la libre connaissance prennent le pas sur les politiques de libéralisation financière. à fragiliser les entreprises. aux effets ambivalents sur l’accumulation et la diffusion de la connaissance. La sélection des migrants avec le slogan de « l’immigration choisie » aggrave les inégalités planétaires en favorisant la fuite des cerveaux du Sud vers le Nord. Enfin. le soutien aux centres d’excellence locaux à côté des pôles de compétitivité. les institutions-clés du capitalisme financier se sont converties aux besoins de l’économie du savoir. Liaison elle aussi dangereuse pour ces institutions publiques poussées à délaisser la recherche 40 . La marchandisation consiste alors à transformer une partie des savoirs acquis par l’intelligence humaine en compétences ou qualifications répertoriées et rémunérées. ceux des entreprises qui s’inscrivent dans la durée. tout en ayant été le moteur de la mise en œuvre de l’économie de la connaissance. voire d’auto-organisation. Mais la finance a des effets ambivalents. elle tend. libre et non orientée. Rien de cela ne sera possible sans un poids accru de la régulation publique sous l’égide d’un État stratège et investisseur. Un tel avenir. entre d’une part les intérêts des acteurs financiers bornés par l’horizon court du rendement immédiat et de l’autre. à freiner l’accumulation du savoir qui ne peut se penser que dans le long terme. Depuis une trentaine d’années en effet.. évaluation des actifs et appropriation de la richesse créée par les entreprises au profit de leurs actionnaires. Si d’un côté elle permet de répondre aux besoins fondamentaux de l’économie du savoir. Voilà qui augure mal des effets à court terme de la réforme antidémocratique de l’enseignement supérieur et de la recherche consacrée en France par les lois Pécresse et la signature de ses décrets d’application à l’été 2009. d’un autre côté. au service de la société. La crise crée de nouvelles opportunités pour investir massivement dans les secteurs publics de la recherche. Ainsi. R JEAN-PAUL DELÉAGE EL MOUHOUB MOUHOUD – DOMINIQUE PLIHON LE SAVOIR ET LA FINANCE. d’une liaison dangereuse. de l’innovation et de l’enseignement. les deux logiques « taylorienne » et « cognitive ».

rarement plus. une vie en présence d’une quantité illimitée de vies concurrentes et incapables d’apporter la preuve qu’elles possèdent des fondements plus solides que leurs conditions et conventions historiquement déterminées. À quelles conditions un ordre de mobilisation. Pourtant. C’est en perturbant la suffisance d’un tel univers. dénonçait les manipulations consistant à importer (comme dans la propagande nazie) des images de pathologie dans le champ du politique. en quelque sorte. 23 € Pandémie grippale : l’ordre de mobilisation sous la direction d’Emmanuel Hirsch Éd. Susan Sontag. Cette « jetabilité » (pour reprendre le mot du sociologue) est la forme extrême de la vulnérabilité décrite dans Pandémie grippale : faudra-t-il mettre en quarantaine les plus vulnérables ? La « mixophobie » (pour citer à nouveau Bauman) ne risque-t-elle pas d’être exacerbée. Rien ne va de soi. Cette image. on ne peut décider de vacciner simultanément (strictement avec la même priorité) les individus dont l’infection conduit à propager l’épidémie et ceux que l’infection met directement en danger. avec des conséquences mortelles ? Ce n’est plus une affaire de gestion. serait rédhibitoire : moins une norme a de chances d’être respectée. formels. Dans ce contexte. Elle modifie le rapport au monde et à autrui. Le pouvoir de séduction de celles-ci suffit en général à coordonner les mouvements de l’essaim. plaçant certaines de ses unités autopropulsées en position de leader à suivre le temps d’un certain vol. plus vite que nos modes de réflexion et de discussion à son sujet réclame que l’on se penche sur la façon dont se façonnent les dilemmes. Une nouvelle carte cognitive ne peut confiner l’éthique à quelque territoire étriqué. L ’image du choix déchirant se profile. non pas martial mais civique. Elle est ce qui permet de mesurer l’ampleur de la mutation en marche. hiérarchisés. le taux d’occupation des lits de réanimation avoisinant chroniquement les 90 %. Une telle ambition ne se borne pas à changer de schémas mentaux. sauf à disposer d’une quantité très importante de vaccins. et Zygmunt Bauman montre que nos conceptions prétendument logiques sont en fait « praxéomorphiques » : elles se forment en réaction aux réalités telles que perçues à travers le prisme des pratiques humaines. L ’essaim s’assemble. tandis que le second en fait l’économie. consiste à passer de l’image du groupe à celle de l’essaim. ils se recoupent parfaitement. mais de s’entraîner à être surpris. son cortège de chefs. ce qu’ils savent faire. l’Union européenne recèle des niveaux de préparation très inégaux suivant les pays. La portée praxéomorphique croit gommer l’acuité éthique des dilemmes. ce qu’ils sont enclins à faire. avant que de prétendre leur offrir artificiellement et superficiellement une solution. Le formalisme. et attiré par des cibles changeantes et mouvantes. un constat : tandis que l’intellectuel « d’avant la post-modernité » émettait des idées ayant un caractère d’autorité qui permettait d’arbitrer les controverses d’opinions et de sélectionner celles qui deviendraient valides et contraignantes. le problème de la rétrocession de traitements d’un pays à l’autre ne manquerait pas de se poser. ou d’une partie de ce vol. plus on s’obstine à la réaffirmer. dans sa prétention à faire de l’homme une marchandise comme une autre. est en harmonie avec les pistes esquissées par l’ouvrage sur la pandémie grippale : l’objectif n’est pas de planifier l’inimaginable. se disperse et se reforme d’une occasion à l’autre.. dans La Maladie comme métaphore. mais bel et bien de morale. il s’agit aujourd’hui de prendre acte d’une vie vécue dans des conditions d’incertitude permanente et irrémédiable. qui sera prioritaire ? Ceux qui ont les moyens de l’acheter ? Ceux qui sont à risque le plus élevé de mortalité (mais le sait-on ?) ? Ceux dont les activités sont indispensables à la continuité de la vie du pays ? Les populations les plus fréquemment atteintes par le virus et les populations ayant une probabilité plus élevée de développer une forme grave ou mortelle de l’infection ne sont pas les mêmes. par exemple. 20 € livre de Bauman ne parle la grippe Leetne cite pascollectif sur la pas dethèses du l’ouvrage pandémie grippale explicitement les sociologue. hiérarchies et ordres de préséance. en cas de pandémie grippale. Un monde dont la vitesse de changement s’accroît toujours plus vite que notre capacité d’adaptation. y compris à lui-même ? guidé chaque fois par des intérêts nouveaux.. Non pas de recourir à des plans pour contrer la surprise. dans un précédent ouvrage (La Décadence des intellectuels : des législateurs aux interprètes). La question pourrait être complétée par : un monde de consommateurs a-t-il une chance face à la pandémie s’il ne donne pas une chance à l’éthique ? L’ouvrage collectif dirigé par le directeur de « l’espace éthique » de l’Assistance publique des Hôpitaux de Paris montre qu’une crise sanitaire met en jeu les valeurs de la démocratie. mais de s’entraîner à lui faire face. explique Bauman. accessoire. invariablement changeants. Peut-être convient-il d’inverser les termes et d’exporter. labilité généralisée où l’individualisme dénie toute consistance. 296 p. qui se distingue des groupes figés. faute de « modus covivendi » ? Le sociologue ne cesse ainsi d’approfondir une réflexion qui lui inspirait déjà. le consommateur devenant à son tour jetable. Il n’a ni haut ni centre et consiste en la seule direction qu’il suit. Ainsi. en soulignant la nécessité de refondre notre cadre cognitif. du Cerf. Mais alors. Une crise sanitaire est assortie de tout un imaginaire dont La Peste de Camus n’est qu’un exemple. adventice. Or. Une voie de solution peut être approchée si l’on estime que vacciner les vecteurs non vulnérables revient à protéger « les vulnérables moins vecteurs ». qui éclipse les aspects technocratiques. R LAURENCE ZORDAN ZYGMUNT BAUMAN L’ÉTHIQUE A-T-ELLE UNE CHANCE DANS UN MONDE DE CONSOMMATEURS Climats.SOCIÉTÉ La grippe comme métaphore L’éthique a-t-elle une chance dans un monde de consommateurs ? demande Zygmunt Bauman dans son dernier livre. suivant quelle clé de répartition ? Le dilemme sur fond de mondialisation acquiert une puissance délétère. liée à celle du « présent liquide ». réduit à une forme vide. La morale n’est pas un simple supplément d’âme. En cas de pandémie. Cette mutation. remarque Bauman. les concepts du politique et de l’éthique dans le champ de la maladie. sur quels principes fonder un « tri » en cas d’afflux soudain de malades ? Qui va-t-on choisir de laisser aux portes de la réanimation. face à la menace grippale peut-il être envisageable à l’heure de ce que Zygmunt Bauman appelle « le présent liquide ». Au premier. ce qu’ils ont appris à faire. – ce que les êtres humains font. ceux-ci seraient poignants (plus encore que prégnants) : en cas d’insuffisance de la quantité de vaccins. 389 p. 41 . Ce n’est donc pas sur le mode de l’injonction que l’éthique a quelque chance dans un monde de consommateurs. Apporter la preuve : tâche redoutable lorsqu’il s’agit de tenter de justifier le bien-fondé de choix pour lutter contre une crise. En outre. Un plan ne pourra être opératoire que dans un climat de solidarité.

Après des études de médecine et de théologie. Darwin consacre ces années à des observations de géologie et de biologie. L’évolution des espèces. On commence seulement maintenant à comprendre les mécanismes génétiques de construction des diverses sortes de fleurs… Cependant l’une des particularités de la théorie de l’évolution c’est son caractère ouvert : elle pose encore de très nombreuses questions. Darwin rêver à ses voyages en dessinant des schémas qui symbolisent l’évolution d’espèces. Pas vraiment étonnant de la part d’un spécialiste reconnu ! Remarque finale : cette partie importante de l’histoire des sciences nous touche : la vie. Par exemple Darwin. La recherche. on a retrouvé dans la bibliothèque de Darwin l’ouvrage fondamental de Mendel (1865). 23 € JOANNY MOULIN UNE SCANDALEUSE VÉRITÉ Éd. des arborescences sur ses carnets. la naissance ou la disparition de certaines d’entre elles par exemple. Grimoult Éric. aux principes directeurs de l’évolution. Premiers modèles évolutionnistes et tradition de l’histoire naturelle. Wallace en 1858 qui annonce des idées proches de celles de Darwin. et suit leur développement contemporain jusqu’à l’histoire ultérieure de la biologie. n’envisage de publication de ses travaux qu’après sa mort. janvier 1996. les pages non coupées ! Ameisen a un style original pour brosser avec enthousiasme et précision les étapes successives jusqu’à la révolution de la biologie moléculaire et le nouveau point de vue « évo-dévo » (évolution-développement). dans la précipitation. le jeune Darwin part à l’aventure. propose un moteur pour l’évolution. New York Times. L’Origine des Espèces. » R Quelques références : Brederkamp Horst. pressentant le bouleversement. L’apport fondamental de Darwin est le suivant : L’évolution des êtres vivants peut s’expliquer par le couplage entre la sélection et le processus de mutations au hasard. Les coraux de Darwin. coll. Sept. Dumont on suit Alfred R. on recourait à la volonté divine. Mais c’est comme confesser un meurtre. de génération en génération. pp. 391 p. ont été constatées depuis bien longtemps. L’autobiographie. Schutzenberger M. les succès mais peut-être aussi les ravages que ses idées allaient apporter : « Je suis presque convaincu que les espèces ne sont pas immuables. 500 p.. et encore aujourd’hui les partisans du créationnisme. Zimmer. pourtant spécialiste… de littérature anglaise. 2008 (2e édition 2009). « Littératures ». La vie et l’œuvre de Darwin forment un ensemble passionnants.. jusqu’au siècle dernier. Avec J. Comment fait la Nature ? Quel dispositif utilise-t-elle ? Darwin. Pour expliquer ces phénomènes. En particulier l’étude statistique des populations vivantes à partir des années trente (Fischer. 23 € fut Lamarck (1744-1829) qui en 1809 Ceproposa la premièretransformaient selon: thèse différente l’idée que les espèces se la pression du milieu extérieur : une girafe a besoin d’attraper des bananes. En tout cas la théorie darwinienne a reçu en un siècle et demi de très nombreuses confirmations. très bien mis en scène par Joanny Moulin. Ceux des lecteurs qui veulent connaître plus en profondeur ces questions dans leur développement historique liront l’ouvrage solide et encyclopédique de JeanClaude Ameisen qui cherche les antécédents des idées de Darwin. le pousse à publier en 1859. depuis Adam Smith et Malthus.SCIENCES Les pinsons des Galápagos Darwin et les mystères de l’évolution Avez-vous déjà rencontré un dodo ? Un diable de Tasmanie ? Certainement pas : ces animaux n’existent plus (le dodo ou dronte a disparu au XVIIe siècle). La preuve par neuf : les révolutions de la pensée évolutionniste. à Aix-en-Provence. Autrement. 25 avril 2009. l’hérédité.. 8. Mayr) et bien sûr la révolution de la génétique moderne et de la biologie moléculaire. idée rejetée totalement aujourd’hui. n° 283. Ce sont ces observations qui rendront célèbres par exemple les diverses espèces de pinsons des îles Galápagos. Les failles du darwinisme. intellectuelle cette fois. le manuscrit reçu pour avis d’Alfred R. 87-90. Mais une circonstance inouïe. qui ne sont pas réglées par la révolution de la biologie moléculaire. qui adorait les fleurs (un homme qui aime les pivoines peut-il être foncièrement mauvais ?). avec le succès qu’on connaît. Darwin. Where did all the flowers come from. Darwin Charles. qu’on ne peut plus admirer qu’au dernier étage de la Galerie de l’évolution du Muséum d’histoire naturelle. Le Seuil. quels thèmes sont plus universels ? Mais ils ont une dimension tragique : Darwin écrivait déjà à l’âge de 30 ans. 2009. C’est l’hérédité des caractères acquis. Pour certaines écoles aujourd’hui cette évolution procède par sauts brusques (Gould). une étape dans l’histoire culturelle de l’humanité. 42 . Les Presses du réel. C’est le célèbre voyage de cinq ans (1831-1836) en Amérique du Sud à bord du Beagle. d’ailleurs en forme de corails plutôt qu’en forme d’arbres. ainsi de Georges Cuvier (1769-1832). Ellipses. au terme d’une vie mouvementée. Charles Darwin (1809-1882) – dont l’œuvre principale : L’Origine des Espèces (1859) a été célébrée cette année de son 150e anniversaire – a le premier donné une explication cohérente du mécanisme de l’évolution. comme nombre d’espèces au cours des siècles. D’ailleurs le passage de flambeau aurait presque pu se faire. avec les prémisses de la théorie de l’hérédité chez le moine Mendel. Au retour c’est une nouvelle aventure. trouvait que l’évolution des fleurs était « un mystère abominable ». qui conduit Darwin au travers d’une lente maturation de ses idées. C’est d’abord l’aventure d’un homme dont la vie est un véritable roman. ont apporté des fondements nouveaux à l’édifice darwinien. DARWIN ET LE BOULEVERSEMENT DU MONDE Fayard/Le Seuil. en particulier concernant le rôle fonctionnel des organes vivants. JEAN-MICHEL KANTOR JEAN-CLAUDE AMEISEN DANS LA LUMIÈRE ET LES OMBRES. P. son cou s’allonge dans ce but. pour d’autres par petites touches successives (Dawkins). qui craint d’éventuelles cabales contre ses thèses.

Ainsi le débat théâtral s’est appauvri. la rédaction. 2009. a emporté. au Festival d’Avignon. fut l’occasion des retrouvailles toujours heureuses de septembre. unique critique dramatique d’un quotidien. je n’ai pas eu à choisir. indissociable de plus grands bouleversements. Jacques Cousinet. 2. Mais L’Opéra de quat’sous de Bertolt Brecht et Kurt Weill. mes compagnons de théâtre. pour qui la familiarité d’une inévitable subjectivité sert de repère dans l’attente d’une prescription. Bernard Dort m’avait donné ma première leçon d’écriture critique. j’aurais encore pu ouvrir la saison sur une autre grande pièce de Goldoni. préserver ce temps et cet espace précieux impose des choix. superbe spectacle de Bob Wilson venu du Berliner Ensemble au Théâtre de la Ville grâce au Festival d’Automne. J’ai soutenu certains artistes à leurs débuts : Marc François. Vu le calendrier des établissements publics en Île-de-France. Malgré les soutiens accrus aux « écritures contemporaines ». je reçus une proposition de collaboration à la rubrique théâtrale. dans le seul premier cercle de mes interlocuteurs d’élection. l’expression de l’opinion. même aux notes si appréciées des éditeurs de théâtre souvent méconnus. à la différence de certains attachés de presse. parfois célébrés dès les avant-premières. Comme l’essayiste et universitaire qui fut mon maître. décalage entre la qualité du spectacle et son compterendu). j’avais déjà écrit mon tout premier article dans la revue Travail théâtral sur Il Campiello. Le Monde. appauvri aussi de morts prématurées. Maurice Nadeau. Anne disparue. Comment ai-je osé accepter. Quant à la situation de la critique dramatique. dans un temps de cauchemar. Marc Paquien. Théâtre. co-fondateur d’une revue trimestrielle. j’ai assisté à sa création. Travail théâtral. Un seul cas : après une lecture de L’Ordinaire par son auteur. Inévitablement des regrets ne peuvent qu’accompagner la traversée de ces vingt-huit années. celle d’Antoine Vitez ou de Bernard Dort. Agone. Quelques années plus tôt. Pas plus que bien d’autres. Bernard-Marie Koltès. même si j’ai beaucoup écrit sur leurs pièces. montée par Christophe Lidon au Théâtre Hébertot. Gilles Sandier encore présent dans « l’ours » ? La vie venait de me donner l’énergie du désespoir . je bénéficie d’une continuité avec des lecteurs. de l’espace indispensable à l’information. octobre-décembre 1972. l’inoubliable mise en scène de Giorgio Strehler. les circonstances favorisèrent une timide tentative : la Comédie-Française programmait encore La Locandiera. elle participe d’une dégradation générale de la presse. la patience de Maurice Nadeau et d’Anne Sarraute ne m’ont jamais fait défaut. face auxquels la confiance. n° 9. Comme le journaliste de cette époque révolue. Claire Nadeau. à Chaillot avec Anne Sarraute et à son entrée au répertoire du Français au printemps 2009. Robert Hirsch. blocage d’une écriture fragile. la description. qui n’a jamais aspiré à un autre rôle. Travail théâtral. la réflexion. alors membre du comité de rédaction. a particulièrement décimé les milieux artistiques. JeanPierre Blanc… F Puisse mon parcours plus solitaire ne pas avoir trahi les espoirs partagés d’alors : ma responsabilité est à la hauteur de ma position privilégiée ! Entre les termes d’une alternative posée dans un fameux débat (2) de Bertrand PoirotDelpech. plus précoces encore.THÉÂTRE Vingt-huit années : regrets et bonheurs in juin 1981. Bernard Chatellier. la saison 81-82. la pratique de la « performance ». Denis Berthier. qui évitent le plus souvent l’exercice aisé et fastidieux de la critique négative. D’avoir modestement contribué à cette réputation dans les théâtres me comble : vous lisez donc une critique dramatique heureuse. et plus encore du texte politique (1). Jean-Luc Lagarce. au détriment des révélations. 43 . la réception isolée de chaque spectacle. Le sida. je jouis généralement du temps nécessaire à la recherche. dans une continuité destinée à pallier le caractère éphémère de la représentation. très beau spectacle de Jacques Lassalle que j’avais vu au printemps. histoire et politique. Ils tiennent d’abord à mes propres manques (temps de crise. le développement du théâtre post-dramatique ont correspondu à un relatif déclin du texte. En cette rentrée. si impressionnée que j’étais par La Quinzaine littéraire. Édouard Signolet… J’ai aussi accompagné certains parcours. l’hybridation des arts. et Bernard Dort. à quelques jours près. celles de Didier-Georges Gabily. par l’intermédiaire de Jean-Pierre Morel. mais donnent la priorité à des spectacles programmés au moins jusqu’à la parution du numéro. Gérard Noiriel. La Serva amorosa. pièce de Carlo Goldoni dont mes recherches universitaires étaient censées me rendre spécialiste. Ils sont dus aussi à l’évolution de la vie théâtrale. Monique LE ROUX 1. Michel Vinaver. car Michel Vinaver fait partie de ces artistes plus sensibles au prestige de La Quinzaine littéraire qu’à son tirage. je n’ai contribué à la découverte de Bernard-Marie Koltès ou de Jean-Luc Lagarce. avec Clémentine Célarié. Il me plaît de citer cet exemple. Cf. que je transmets toujours aux étudiants de Poitiers.

apache. Nedim Gürsel. Stock. trad. mais « un palimpseste qui efface et recouvre l’œuvre première et la laisse transparaître par instants sur le mode de la radiographie ». ses perversions. 32 € Une histoire de l’Algérie coloniale de la conquête à l’aube de la Seconde Guerre mondiale. Gallimard. Théorie générale de la connaissance. Quinze ans après. 9. Alain Renaut. 21 € L’ultime coup de foudre d’un homme en proie à la déchéance physique. 240 p.90 € La découverte du vrai visage d’une mère et d’une Europe en pleine mutation par l’un des écrivains les plus prometteurs de sa génération. 15 € L ’auteur donne la parole à « la multitude des hommes et des femmes qui furent sacrifiés en Espagne par la guerre civile ». 752 p. sur la finalité sans fin de provenance kantienne. Leçons sur la Phénoménologie de l’esprit. de l’anglais par Katia Holmes. Ellipses. une nouvelle nation ?. c’est un événement moins banal qu’il n’y paraît. Seuil. Yves Renouard. Moritz Schlick. Ernesto Ferrero. ses blasphèmes.. 192 p. Joe.. L’Allemagne du XXIe siècle. trad. 11.. Jean-François Pradeau (sous la direction de).. les pierres blanches. de l’espagnol par José-Ruiz Funes et Karine Louesdan. Seuil. Rebecca Miller. du turc par Jean Descat. damnation d’olivier/aux jujubes des naissances éjectées/du massacre/quand tu t’avances parmi les champs hybrides des yeux/comme la lune tombée dans le lait des mygales. 204 p.. 880 p.60 € Un ouvrage salué comme une contribution fondamentale à l’écriture de l’histoire de la Révolution russe qui a fait couler beaucoup d’encre. Philosophie et théologie dans la période antique.40 € « Je vous entends sous ma carcasse de blocs de sang/fagots d’étoiles vomies par l’orage des enfances d’oponce où circulent le trionyx et l’ambre/mais je porte malheur je porte une CONTES Pascal Fauliot. navajo. de l’italien par Vincent Raynaud. Titus-Carmel. Cerf. Robert Marteau.50 € 28 récits constituent une anthologie cocasse.. L’enveloppe noire. Histoire de la philosophie.60 €.50 € 44 . 144 p. 18. placés en centre de détention. de l’anglais par Pierre-Emmanuel Dauzat. Au pays des vermeilles. 16. Les Taiseux. Contes des peaux-rouges. 39 € jusqu’au 31 décembre 2009 et 45 € au-delà Un grand poète méconnu en son temps qui a bouleversé la modernité par les procédés auxquels il a recouru pour l’exprimer et la marquer par sa violence. Les amants du silence. Philip Roth. Phébus. John Stuart Mill. 273 p. 165 p. Patrick Fischmann. les quintes. Si tu retiens tes fautes.90 € Un florilège d’études consacrées aux écrivains et aux peintres préférés de l’auteur. Jean-Pierre Gougeon. 7. tendre.. Jean-Claude Tardif. Pignon-Ernest.. Gwenolé Jeusset. ÉCRIVAINS TRADUITS DE Andrea Bajani. 25 € Un homme tente de découvrir un sens à son parcours et à sa vie. Jean-Louis Ezine. Armand Colin. « son cri d’ironie immense ». Norman Manea. L’Herbe d’oubli. le long regard de la démence d’un cheval. Le Temps qu’il fait. Minuit. traduction de Jean-Louis Besson et Jean Jourdheuil. Raymond Aron. ojibwé permettent de connaître l’imaginaire. Seuil. Ces contes des nations iakota. Gallimard. La signature humaine. Gallimard. 21.. pueblo. 22 € La version définitive de l’ouvrage majeur de Schlick (1882-1936).90 € Un regard inédit sur la violence subie par les soldats. La Pléiade Gallimard. Seuil. Alexandre Soljenitsyne..90 € Un roman sur la quête du père. Fayard. L’œuvre éditions. Merleau-Ponty. 10 € « Je crois d’un bon citoyen de préférer les paroles qui sauvent aux paroles qui plaisent. Flammarion. Pierre Darmon. Philoctète. Le Sang noir. 702 p.. 8 € Le « Philoctète » de Müller n’est pas une adaptation de la pièce de Sophocle. prix de lancement. Gallimard. 1120 p.50 € L ’Allemagne est redevenue une « nouvelle puissance ». trad. 23 € Un roman inspiré par les émeutes raciales d’une petite ville du sud des États-Unis. Liana Lévi. Orlando Figes.. Les filles d’Allah. Seuil.50 € Un homme revisite son enfance.. Devenir grand-mère. 192 p.. du russe par Joëlle RocheParfenov. 493 p. en se défalquant de la page. 400 p. Hamid Ismaïlov. 19 € L ’histoire d’un homme qui rêve d’un quotidien enchanté et d’une femme qui se refuse à tout engagement. 17. Un oiseau chante : quel est-il ? que dit-il ? Traduire en notre idiome la langue des oiseaux. 441 p. 16. 296 p. 29 € Entre l’Histoire de la philosophie d’Émile Bréhier et celle de La Pléiade. 169 p. Kojève lui consacra en 1935 un cours célèbre auquel ont assisté Lacan. accompagné des ESSAIS Clemens Pornschlegel. 13 € Chaque nouvelle isole un moment essentiel de la vie. trad. Ces éclats de liberté. 16. du russe par Luba Jurgenson et Anne Coldefy-Faucard. Gallimard. 456 p. préface de Marc Ferro. Rencontre pacifique et bienveillante. Le plaisir au dessin. profonde. Les Hommes d’affaires italiens au Moyen Âge. 35 € Cet ouvrage propose une introduction commentée et détaillée d’un des monuments de la philosophie moderne. 15. Primo Levi. 144 p.50 € La rencontre en 1219 entre Saint François d’Assise et le sultan d’Égypte à Damiette sur les bords du delta du Nil. 240 p. Contes des sages nomades. Alain Durel. jalonnent. Le Naufrage16 juin 1940 « Les journées THÉÂTRE Heiner Müller. préface de Jean Jourdheuil. 131 p. Exit le fantôme. 382 p. 10 illustrations.. 22 € Le vécu d’un homme traumatisé par le suicide de son père. d’être initié à leur pensée et leur imaginaire. trad. Alechinsky. Chesnutt. nouvelle édition présentée par JeanPaul Michel. Gallimard. l’attention à tel bruit de la nature.. cœur de la tradition. Jean-Luc Nancy.. Seuil. Tallandier. puis forcés d’embarquer dans les avions ou des navires à destination de leur pays d’origine.. D’une guerre l’autre.. « inégalable témoin de l’extermination des Juifs et exceptionnel observateur de l’être humain ». tome II.LA QUINZAINE LITTÉRAIRE ÉCRIVAINS DE LANGUE FRANÇAISE Daniel Blanchard. Galilée. et le ruissellement des menstrues de la mort… » Lautréamont. Tallandier. trad.. Soleil arachnide. 944 p. 11. un éclat d’obus. 182 p. accessible aux débutants et de lecture plus féconde pour les amateurs chevronnés. Tzvetan Todorov. Jean Le Gac. 200 p. ce désir de la forme advenue.90 € Le parcours échevelé du protagoniste à travers la Russie. PHILOSOPHIE Jérôme Alexandre (sous la direction de). NOUVELLES Ignacio Aldecoa.60 € « Il n’est de retour que par la chaîne d’un mourir – dont les cimes. Douce France. François Rouan. 22 € Des essais sur les mille et une manières qu’ont les hommes d’être ensemble. Patrick Fischmann. 45 € Cette anthologie des relations entre la philosophie et la théologie est la première d’une série prévue en quatre volumes. 24. Jean-François Marquet. 16. édition établie par Jean-Luc Steinmetz. 21. trad. Considérations sur le gouvernement représentatif. 19. Seuil. O.. 104 p. 441 p. 22 € Un essai sur les rapports de la littérature et de la politique aux XIX et XXe siècles. 96 p. La Révolution russe 18911924. Un siècle de passions algériennes. Fayard. traduit de l’italien par Jean-Luc Defromont. Marc Bernardot et alii. La Démocratie athénienne à l’époque de Démosthène. Hansen. Le roman d’Hortense. Vladimir Velickovic. Le temps ordinaire. l’effondrement. une dague de tranchée et une maquette relatant une attaque par les gaz. 29 € La réédition de La Maison du peuple. Noëlle Châtelet. 222 p. Les armes et la chair. 21 € « Au rythme de la marche la surprise survient..... 23 € Des contes à la manière des Mille et Une Nuits qui juxtaposent les histoires les plus diverses.. rebelle et déchirée. Grasset. édition préfacée et présentée par Philippe Roger. 17 € Le roman de Charles de Foucauld. Penser l’Allemagne. Un train nommé Russie. Entre le ciel et la mer.. trad. 39 € La révolution soviétique revisitée par Soljenitsyne. Seuil..50 € L ’auteur raconte une histoire d’une famille de « fous » dont son père l’avait tenu à l’écart. un drame.. mais déplier en même temps que pli sur pli se constitue cet objet sonore : le sonnet ». 353 p. » dessins de Adami. tome I. 326 p. Natalia Klioutchareva.. 309 p.. trad. Vanessa Schneider. Actes Sud. Spiritualités vivantes. 336 p. Charles W.. Albin Michel. 547 p. du roumain par Marily Le Nir.. de l’œil . ouvrage publié avec le concours du CNRS. 18 € Une analyse au microscope de l’œuvre de Primo Levi.. Compagnons. 300 p. Fayard. 23 € L ’auteur s’interroge sur le dess(e)in. l’inattendu sollicite l’esprit. une action. à travers l’étude de trois objets. » Une formule profonde de Démosthène à méditer. le troisième aux Temps modernes et le dernier à la période contemporaine. est la situation qui nous porte à écrire ce livre. Alexandre Jardin. 384 p. Les vies privées de Pippa Lee. Saura-t-elle la gérer ? Mogens H. 16. les étoiles les plus intenses aux premières nuits de l’hiver. HISTOIRE ESSAIS LITTÉRAIRE LITTÉRAIRES Michel Déon. Autrement. il restait une place pour une histoire de la philosophie en un seul volume. en 1898. 85 p.50 € Les effets de la « grand maternité ». Seuil. 16. La roue rouge. Ballast. épique par un amoureux des peuples et des pistes. renouer : non pas expliquer.. Le deuxième sera consacré à la période médiévale. Armand Colin. cela par le soudain écart entre la présence et la perception : c’est l’alerte de l’ouïe. les feux. La Nada. le texte de l’araignée... 848 p. trad. grands commerçants ou encore banquiers surent profiter des occasions offertes par les croisades pour multiplier les échanges dans un monde en pleine mutation.. 372 p. le langage des fleurs. Contes du chemin de fer. Queneau.. 19 € « Nous n’ignorons pas les existences et les espoirs ruinés de ceux qui sont raflés. Champ Vallon. en pleine folie meurtrière de la cinquième croisade. 576 p. Un humanisme de la diversité. rétentions. Gallimard. Louis Guilloux.K... récit en segment de durée. de l’anglais (États-Unis) par MarieClaire Pasquier. Ainsi rejoindre le mythe. Albin Michel. un malaise et laisse le lecteur ému.. l’idée. rafles. 264 p. de l’anglais par Cécile Déniard. Éric Roussel. Au POLITIQUE Olivier Le Cour Grandmaison. Telle ANTHOLOGIE Mohammed Khaïr-Eddine.90 € Un essai de définition et de description de la meilleure forme de gouvernement possible. 192 p. 396 p. Saint François et le Sultan. 6. 932 p.. L’une et l’autre éditeur. Lettres de château. durant la guerre 1418. expulsions. iroquoise. Gallimard. le fondateur du Cercle de Vienne.50 € Derrière les apparences d’une épouse parfaite et d’une épouse modèle. le vrai visage d’une femme sensuelle. Tâche de ne pas devenir folle. 296 p.. 10 € L ’auteur analyse la façon dont les industriels italiens. 26 € L ’auteur a pour visée d’élever « la diversité au rang de concept philosophique » pour dissiper les confusions qui planent sur les débats en cours en France et aux États-Unis à ce sujet. Ariane Charton. POÉSIE Jacques Dupin. Œuvres complètes... 329 p. 252 p. 22 € Le portrait d’une femme libre. » HISTOIRE Stéphane Audoin-Rouzeau. Sabine Wespieser.

39 € Les auteurs se penchent sur les années 1919-1939 où « Paris va connaître une période culturelle et intellectuelle féconde. mettre l’accent sur l’importance du diagnostic. commentaire ou analyse. revit dans ces pages.90 € L’auteur raconte l’échec de l’amour à mener le monde et son repli sur la sphère privée.LA QUINZAINE LITTÉRAIRE qui ont fait la France ». Daniel Arasse. Fayard. de décrire la symbolique immanente.. Gérard-Julien Sauvy.. 136 p. Préhistoire. délimiter son champ de compétences. L ’auteur se penche sur cette époque fondatrice dans cette somme qui retrace l’invention de la science préhistorique du XIXe siècle jusqu’aux plus récentes recherches. quelques-unes des énigmes examinées par l’auteur. 80 illustrations. traduit de l’hébreu. Christian Chevandier. de dire à quelles règles l’héraldique obéit. Lacan a fait un second pas en parlant de « l’inconscient réel ». le personnage représenté. traduction inédite d’Éric Mangin. Lucrèce Luciani-Zidane. Gérard Philipe. Seuil. aux problèmes que le nucléaire pose dans son ensemble. 262 p.. philosophiques livrés au SOCIOLOGIE Jean-Claude Kaufmann. Jean-Pierre Olié. 22 € L ’auteur « explore les frontières où la parole émerge du silence. ENQUÊTE Paul Moreira.. PSYCHANALYSE MÉDECINE PSYCHIATRIE Edmundo Gomez Mango.. Odile Jacob. Méditer pour ne plus déprimer. le précurseur de la photographie à sensation parle de lui-même.. 360 p. un personnage décapant. 200 illustrations. 23 € Après « l’inconscient est structuré comme un langage ». le dossier gladiateurs. une dédicace.. Moïse sauvé des eaux représenté par Poussin. La Quinzaine littéraire/Louis Vuitton. Gérard Bonal. 21. 352 p. BIOGRAPHIES AUTOBIOGRAPHIES Françoise Autrand. 288 p. 256 p. Infolio. le détachement de l’âme et la filiation divine. des troubles du sommeil. La fabrique d’une génération. Christine de Pizan. 432 p. l’auteur se propose de retracer l’histoire de l’héraldique. 298 p. Cerf. 34 € Un essai de conceptualisation de l’acédie à partir de sa généalogie en s’aidant des outils de la psychanalyse. 360 illustrations.. Odile Jacob. « le narcotique ». 26 € Le Corbusier. Cerf. 287 p. 20 € « Travailler plus. militant et écrivain. Trésors dévoilés. 31 € La vie de Georges Valero. 572 p. PRÉHISTOIRE François Bon. Seuil. De surcroît. 300 p. le pouvoir incendiaire du rire. 50 € La déprime viendrait-elle de nos « efforts parfois héroïques pour ne plus être tristes. ENVIRONNEMENT Laure Noualhat. amorphes » ? En associant les dernières découvertes de la science moderne aux formes de méditation bouddhistes. Tristram Hunt. Plus qu’un amusement sanglant.. du premier humanisme et de la guerre de Cent Ans et du Grand Schisme ». Le Corbusier. Armand Colin. L ’auteur en examine les fonctions les plus diverses. Seuil. Caravage. 384 p.. Makram Abbès. 19. le vice de forme du christianisme. 45 . Pierre Maraval. Gérard Durozoi. une autobiographie. Ces sermons sont traduits pour la première fois en français.. Weegee par Weegee. annoté et commenté par Julien Darmon. 288 p. politiques. 537 p. les textes n’ont pas fait l’objet d’une retraduction.. la représentation de soi et d’autrui ». tous ces morceaux ont une signification pour l’historien et plus encore quand il s’agit de l’Antiquité grecque dans la mesure où ils révèlent des aspects majeurs de la civilisation grecque. Hazan. 400 p. Travailler à en mourir. On y découvre l’ange Gabriel sous le pinceau de Michel-Ange.. Certains ont disparu il y a plusieurs millions d’années. il y eut cinq suicides d’ouvriers chez Renault « pour que le constat de la dureté extrême du travail s’impose ». Les déchets du nucléaire.50 € Qu’est-ce que la neuropsychanalyse ? Les neurosciences sont-elles compatibles avec la psychanalyse classique ? Des questions en vue de tenter de « mieux comprendre la vie psychique depuis le langage. public sans glose. Engels. Seuil. Seuil. 238 p. Sous la houlette de Grégoire Aslanoff. Odile Jacob. 45 € Le mystère de la main qui peint ou dessine. domaine réservé aux experts. Verdier. 466 p. Lisa Ouss. Seuil. 326 p. 3 104 p. L’acédie. 24 € Rédigés à Paris entre 1311 et 1313 durant son magistère à la Faculté de théologie de Paris.. Hubert Prolongeau. 59 € Un portrait tout en nuances de l’artiste et une présentation fine de son œuvre. la gladiature comprend des aspects religieux. le mystère du modèle. Actes Sud. Bernard Golse et alii. où une langue est traduite dans une autre en suivant le paradigme freudien « qui n’a cessé de confronter la psychanalyse avec les œuvres des grands écrivains ».. fut-il le premier thérapeute ? Une réflexion originale d’un dissident de la psychanalyse. Cerf. 21 € La biographie d’un héros idéal. L’essai se propose de mettre à nu la mécanique qui broie les travailleurs. Théodose le Grand (379-395). La Table ronde. 177 illustrations (dont 103 en couleurs).. mais pour quoi faire ? » Pour un surcroît de souffrance au travail. sportifs. Odile Jacob.50 € Un essai pour redéfinir le rôle du psychiatre. 22. Fayard. 19 € La IIIe République expire à Bordeaux devenue capitale « improvisée d’une France envahie par les troupes hitlériennes ». Vincent Bouvet. Décors italiens de la Renaissance.. l’auteur fait le tour d’une manière critique. Le secret de Socrate pour changer la vie. La mesure de l’amour. 288 p.. Colette Soler. architecte virtuose.. personnage qu’il a incarné depuis sa première apparition au théâtre en 1943 jusqu’en 1959. En 2007. 2 dépliants. L’étrange histoire de l’amour heureux. 18. la conscience. Essai de polémologie freudienne. Vers une neuropsychanalyse. 26 € La vie du compagnon de Karl Marx. 39 € Un grand savoir mis au service d’une lecture exigeante des fresques de la Renaissance italienne.. 21. mystiques. 272 p. Michel Pastoureau. 304 p. soufis. Audelà de Freud : « une culture de l’extermination ». Sybille Ebert-Schifferer. Hazan. Éric Teyssier. Les cent énigmes de la peinture. Seuil. 64 p. Les Belles Lettres. 343 p. 18 € Le pionnier du journalisme. 10 € Vie et œuvre de Queneau. Flammarion.. l’inconscient réinventé. Maître Eckhart. 16.. 258 p.. Gallimard. éditeur du dernier volume du Capital notamment. les auteurs tentent de comprendre le phénomène de la déprime. Hazan.. John Teasdale et alii. pourquoi ce pas ? Mark Williams. chagrins. Flammarion... une page de rhétorique. 400 images témoins majeurs de l’histoire biblique commentées par les meilleurs spécialistes de l’iconographie religieuse.. Un muet dans la langue. Histoires grecques. 458 p. Lacan. Meïr Malbim. François Roustang. 25 € Cet ouvrage retrace par le menu les seize années du règne de Théodose considérées sous l’aspect des rapports entre le pouvoir et la foi. Guérir la souffrance psychique. 157 p. des enjeux de santé liés au travail de nuit ? Ce sont « les horloges biologiques qui rythment nos vies sans que nous en ayons conscience ». 45 € En quatre temps. 500 p. L’Art de l’héraldique au Moyen Âge. Pourquoi ? ouverte aux avant-gardes et fidèle au meilleur de la tradition ». RELIGION MYSTIQUE Leili Anvar. 377 p.. postier. BEAUX LIVRES LIVRES D’ART HISTOIRE DE L’ART Philippe Abadie. La Bible de Jérusalem. Vivre avec les mathématiques. Remettant en question bien des clichés et des idées préconçues. étonnant à plus d’un titre. 19 € Qu’en est-il du rapport entre le récit biblique et l’archéologie en matière d’histoire d’Israël ? La vérité émerge-t-elle nécessairement des fouilles archéologiques et qu’est-ce que la « vérité historique » ? Questions analysées par un professeur spécialiste de l’Ancien Testament. sociaux et économiques de premier plan qui sont commentés par l’auteur. SCIENCES André Klarsfeld. Jean-Bernard Paturet.. Queneau. 295 €) Le texte intégral de la Bible.. Les horloges du vivant. 17 € L ’humanisme des mathématiques. L’histoire des singes. 28 € Une biographie d’une scrupuleuse exactitude historique d’une figure féminine importante à l’époque « brillante et troublée de Charles VI. Jean-François Colosimo et Isabelle SaintMartin.. Anne Marie Jaton. Cantiques de l’âme. le roi qui perdra la raison.90 € L ’auteur cherche à rendre compte de l’inégalité des primates face à l’évolution. 22 € Socrate. 192 p. l’Incarnation du Verbe.50 € Commentaires du Cantique des Cantiques avec une traduction inédite.50 € Quoi de commun entre un décalage horaire. Hazan. PALÉONTOLOGIE Yves Coppens.. 10 € Une monnaie. une coédition RMN/Éditions du Cerf. Jean-Michel Salanskis. elle replace l’œuvre dans son époque et donne à voir de nouveaux visages de l’œuvre. L’histoire d’Israël entre mémoire et relecture.. La mort en face. 154 p. 33 € Une analyse détaillée et minutieuse du phénomène de la gladiature pendant huit siècles. Odile Jacob. la Cène vue par Salvador Dalí. les sermons parisiens contiennent déjà la plupart des thèmes mystiques favoris de l’auteur. 18 € Des tabous qui entourent le nucléaire. 380 € (prix de lancement jusqu’au 31 mars 2010. PUF. 21. de fournir au lecteur les clefs pour en comprendre le fonctionnement.. VOYAGES Philippe Duboÿ. 21 € Une anthologie de textes religieux. 192 p. 288 p. militaires.. 14 € Ce texte « tente de démontrer un au-delà de Freud dans l’apparition d’une culture de l’extermination soft qui trouve son origine dans les grands textes fondateurs des monothéismes puis son champ de réalisation dans l’histoire occidentale ». anthologie de l’Islam spirituel. 240 p. traduction de MarieBlanche et Damien-Guillaume Audollent. 3 volumes. 308 p. la fabrique de l’homme bon. Weegee.. d’autres ont survécu. 22 € La Préhistoire fait partie de notre imaginaire collectif. Odile Jacob. Maurice Sartre. les incertitudes entretenues par le peintre sur l’identité du sujet. Paris 1919-1939. d’Isabeau de Bavière. 240 p. Gallimard. Sermons parisiens.

Hawks. Roubaud. Parain. Les émissions littéraires ont fait place à des opérations de promotion du livre grand public. La Quinzaine n’a pas manqué le rendez-vous avec des écrivains tels que Magris. Marc Ferro. Il n’existe pour ainsi dire plus que deux acteurs prescripteurs. Morin. Journaux et œuvres diverses. Pierre Klossowski.-M. Stockhausen. Jean-Marie Benoist. Samuel Beckett. Claude Roy. Les Murs du havre de Jean-Louis Bergonzo . Samuel S. Philippe Boyer. de Sacy. Pasolini. psychanalytiques. mêmes si elles pouvaient le choquer. Parallèlement. la Rétrospective Vieira da Silva. France-Culture et La Quinzaine littéraire pour défendre les œuvres dont on parlera encore dans 50 ans. autour des auteurs qu’elle apprécie. Théâtre complet. La Mère (1924) et La Métaphysique d’un veau à deux têtes (1921) de Stanislaw Ignacy Witkiewicz. La Quinzaine. Le complexe d’Œdipe dans la tragédie d’André Green . Joyce Mansour. Simon. Eco. Raymond Queneau. Marquez. Elle s’est définie non pas comme un journal de démolition à la mode. Henri Jeanson. Capote. Gilbert Walusinski. Maurice Nadeau chronique La Bataille de Pharsale de Claude Simon . Delvaux. Madeleine Chapsal. Nathalie Sarraute. Au sommaire du numéro 80 du 1er octobre 1969. Pascal Pia. Un œil en trop. L ’accès à la culture passe désormais davantage par l’écran de l’ordinateur et de la télévision. Chlovski. ce dernier a publié les chroniques de ses collaborateurs sans brider leurs opinions personnelles. qui a maintenu sa ligne envers et contre tout.LES ARCHIVES DE LA QUINZAINE LITTÉRAIRE UN DEVOIR DE MÉMOIRE Aujourd’hui nous vivons une telle révolution silencieuse des habitudes et des modes de vie. Xenakis. « Qu’est-ce que la vérité ? » . la critique littéraire a plus ou moins disparu des pages des grands journaux au profit de la chronique des ouvrages qui marchent. Jean Wagner chronique L’Imprésario de l’au-delà de Bruce Jay Friedman . sociaux. volume 1. le Marxisme et toute une lignée littéraire et philosophique ont marqué le journal. historiques et politiques en essayant de s’adresser au plus grand nombre possible en évitant de tomber dans la critique érudite classique pour revues spécialisées.com) Des extraits d’entretiens avec les membres du comité de rédaction. Figures II de Gérard Genette . mais s’était aussi fait acteur du mouvement structuraliste. Michel Foucault. Yourcenar. Dedans d’Hélène Cixous . Les Mathématiques modernes d’André Warusfel . Styron. Foucault. J. à Paris . via les coups de cœur de présentateurs. On peut ainsi constater que La Quinzaine littéraire ne s’était pas contentée de son rôle de prescripteur. Eugène Ionesco. Le lecteur y découvre les noms de Roland Barthes. 1717-1755 de Marivaux . Lichtenstein. Painter. Kundera. un inédit de Nietzsche. Sollers. Serge Fauchereau Poèmes et proses de la folie de John Clare . Rouquier . G. Si le Surréalisme. Echenoz ou Bergounioux. Un retour vers le futur C’est ce qu’on peut constater en feuilletant par exemple les numéros des années 1966 à 1970. Canetti. Claude Bonnefoy. Cela a été rendu possible par son indépendance. Pierre Bourgeade continue sa série d’Entretiens secrets avec un écrivain sous le titre Qui est-ce ? et révèle les identités des précédents. Rémy Laureillard. François Châtelet. on peut dire que parmi les écrivains français qui comptent aujourd’hui. l’évolution de la vie littéraire et culturelle de l’année 1969. Jean Chesneaux. André Pieyre de Mandiargues. José Pierre. La Quinzaine avait exploré des champs de pensée en effervescence qui étaient à la fois des champs philosophiques. Philippe Sollers. du fait de la personnalité de son fondateur. Grass. comme collaborateurs des premiers numéros. Le sort du livre est en question. Cage. est restée un organe de presse au service de la littérature. sous le titre : « Pour l’écrivain. s’engager signifie travailler » . Kerenski. Sartre. pose problème.wordpress. BIENTÔT SUR LE BLOG DE LA QUINZAINE (http://laquinzaine. L. Autour des noms de Deleuze. Roger Dadoun. Kojève. Lacan. Georges Perec. Dominique Fernandez. IL Y A QUARANTE ANS À partir d’aujourd’hui. par le fait qu’elle ne soit inféodée à aucun groupe de pression. Gérald Gassiot-Talabot. Bellow. à l’écriture. Grotowski. filmés à l’occasion du numéro Mille. Dionys Mascolo. Moravia. Jean-François Revel. les abonnés pourront télécharger chaque quinzaine les numéros publiés il y a quarante ans et suivre ainsi au fur et à mesure des nouvelles mises en ligne. Chomsky. Félix Guattari. Jünger. Plus près de nous Même s’il lui est arrivé de manquer parfois le coche. Leiris. un peu à contre-courant. Marguerite Duras. On y relève aussi des entretiens avec Gombrowicz. Jean-Louis Bory. Philippe Boyer. que le rapport au papier. Les Lieux communs de A. Asturias. Godard. Foucault. Robbe-Grillet. mais un lieu de construction. Le Clézio. une interview de Günter Grass par Irmelin Lebeer. Gilles Nadeau 46 . Butor. Jean-Jacques Lebel. Pierre Viansson-Ponté. Michon. tout au long de ses 43 premières années. Visconti. Jean Duvignaud. Sarraute. Deleuze. Maurice Nadeau. Oshima… sans compter les entretiens secrets de Pierre Bourgeade avec François Mauriac. Georges Perec.

définitive QL 998 François Maspero… La fosse aux ours Œuvres complètes (J. Didi-Huberman Violaine Binet Cabinet des figures de cire L’État prédateur Les années difficiles.-L. Guenassia Philip Roth Alberto Manguel Ismaïl Kadaré Colum McCann Joseph Roth José Saramago Trois femmes puissantes Des hommes Les veilleurs Jan Karski Le club des incorrigibles optimistes Exit le fantôme Tous les hommes sont menteurs Le dîner de trop Et que le vaste monde… Juifs en errance Le voyage de l’éléphant QL 998 QL 998 QL 999 QL 999 Albin Michel Gallimard Actes Sud Fayard QL 999 QL 999 Ce N° Joseph Roth James K. Les bagnes coloniaux… Le procès des Lumières Pour une philosophie politique critique QL 999 QL 999 Galilée La Découverte QL 999 QL 999 Seuil QL 998 François Jullien Poésies complètes. Galbraith Henry Bauchau Jean-Luc Nancy G. ŒUVRES Stefan George Valery Larbaud Collectif Lautréamont Eugène Delacroix Jean Jaurès COMPLÈTES JOURNAUX.-M. CORRESPONDANCES Dominique Noguez L. bilingue La Différence Journal. S. Laffont La philosophie inquiétée… « Opus » Seuil RÉÉDITIONS Marquis de Sade Robert Walser Philippe Soupault Éd.1 Fayard Dictionnaire des littératures hispaniques « Bouquins » R. Mercier Catherine Malabou Franck Fischback Catherine Simon Dominique Kalifa Daniel Lindenberg Miguel Abensour Duras. Maurice Lever / Bartillat La Rose «L ’Imaginaire » Gallimard Le Grand Homme «L ’Imaginaire » Gallimard Écrits politiques 47 . Steinmetz) Pléiade Journal (Michèle Hannoosh) José Corti Les années de jeunesse. éd. toujours Néologie Changer de différence Manifeste pour une philosophie sociale Algérie. Les années pieds-rouges Biribi. O. ESSAIS. Journal 1972-1983 Le plaisir au dessin Survivance des lucioles Diane Arbus Seuil Seuil Actes Sud Galilée Minuit Grasset ANTHOLOGIES. éd.LA QUINZAINE RECOMMANDE LITTÉRATURE Marie NDiaye Laurent Mauvignier Vincent Message Yannick Haenel J.C.

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