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LES

RUES DE PARIS
PVHIS ANCIEN KT MODEUNE

l'ARlS.

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MIINTMORI

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LES

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ES DE PARIS
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MiElliS
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Cil

ORIGINES, HISTOIRE
MOM'MKNTS, COSTTMKS,
liOMOliES

KT TRADITIONS

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SUIS

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(le

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dessins

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pur

les

arlistps

les

plus

flisliii.ïiics

TOME SECOND

PARIS
(i.

KIJGELMAN.N,

KDITEIIU,
IS44

ir.,

UUK .lACOB

Jv **»'**Jyt>vS^

E vais voyager.

— Où

irai-jc?

— Ail:

leurs, je ne sais pas où, en vérité

tons les chemins conduisent à l'en-

nui
rive

;

ù

mon Dieu,
!

faites (|ueje

nar-

jamais

— Pourquoi

voyager?

— I.e

lointain a des prismes sans

nombre; je veux voir un peu uu's mes amis dans le lointain. amis, ni moi, ny perdrons; Les

— M

ahscnts nnl lovt, dit

le

i)roverbe.

Mais

u'est-il

|tas

liien

ennuyeux

d'être toujours piésent.

Présent

pour

(pii et

pour(pioi

!

Les absents
:

ont tort, dites-vous; moi je dis

les

absents ont tort de revenir.

On aime
absents
(|ui
;

mieux
les

les

morts que

les

absents sont des morts

re-

viennent.

le

Avant de prendre la poste, ou chemin de Ter, si je veux aller un
vite,

peu ujoins
je

— ou
il

mon

bâton,

si

veux voyager,

faut y réiléchir
faire

un peu.

Un nuiyen de

un
de
;

beau voyage, voyage d'esprit

et

iMeur, de souvenir et (res[Ȏrance

— voyage autour du
vrir

monde, voyage
serait d'ou-

autour de moi-même, ce
tout

simplemeiil

ma

fenêtre;

(•(*sl la

vraie roule (U'ros|)ril: c'estpar là qu'il s'cuvitle pdiir aller parloul,
l'on va à pied

(laus
(ine

le monde où

ou à cheval

;

dans

le

inonde où on ne s'élève

sur celle locomotive toute de flamme qui s'appelle l'iuKuihiation. En route, et bon voyage.— Insensé, est-ce que mon médecin ne m'a pas dit

de voyager, daller au loin, au bout du monde; pounpmi ai-je un médecin? Est-ce que vous n'en avez pas plusieurs, madame? aujourd'hui (|uil y a plus de médecins que de malades, le moyeu de les fuir, ces

messagers de
de
la

la

faculté

;

mais

mort? J'avais juré de vivre et de mourir sans le secours j'ai dans ma famille un pauvre garçon, qui d'avocat,
:

s'est fait

médecin, en désespoir de cause

selon les plus strictes conve-

nances, je dois
sans entrailles.

me
;

faire tuer

par lui, sous

jieine

de passer pour un

homme
à

En route donc
dcn?
c'est
là et

mais où aller?
encore

à

Vichy, à Spa, aux Pyrennées,

Ba-

ailleurs

cpie
(jui

coule l'ambroisie du \i\" siècle;

demandez
m'-es,

plutôt aux belles

dames

vont lu-endre

les

eaux par ennui;

(lupidon s'est mis au régime; c'est maintenantà Vichy, à Sjja, aux Pyrenà

Baden

(lu'on
l'eau,

trouve rauu>ur

à

son gré; c'est aller un peu loin
la

pour boire de
Le

même pour
?

boire à

coupe enchantée.
je suis imiuiété

dirai-je, oserai-je le dire

depuis longtemps

par une
parlent
îles

fantaisie bizarre; |»eiidant (pu; d'autres,
d'aller à

plus aventureux,

me

Rome,
,

à

Alexandrie, à Constanlinople, au Mogol, dans les
la

Manpiises je
voyage dans
jauïais vu
la

me promets de saisir
la

première échappée pour faire un

rue Saint-Denis. Pourquoi vous étonner tant? Je n'ai
ai

rue Saint-Denis; mais j'en

beaucoup entendu

parler. Ce

v(»vage n'est

pas trop buig, on peut en revenir.

Je vais donc,

ne vous

déplaise,
S'il

me

hasardi'r dans ces peuplades incomuu's.

faut eu croire

nue
le

vieille histoire

de Sauvai,

la

rue Saint-Denis
la

aurait été, ménu' a|)rés

déluge,

la

rue par excellence de

bonn<; ville

de Paris; mais [teut-ou ajouter
avait

foi à

un historien?

Si la rue

Saint-Denis

jamais sillonné
j(^

le

vrai Paiis, est-c<^

que depuis plus de dix ans que
«

jliabite cette ville,

n'aurais point traversé celte rue?
»

inalH)r(lable à

pied, à cheval on eu carrosse,

disait Voltaire. V(dlaire avail

bien ses

raisons pour avancer
l'n

\\\\

pareil paradoxe.

jour

(pi'il

avait l(Mirhé
(»u

cent louis, de
loue ses vers,
il

madame
il

la

ducliess(> de lU-

<heli(!U,

pour avoir corrige

s'arrêta, tout enivré d'a-

voir

une pareille s(unme. car
la

n'était alors àgé.cpie
à

de dix-sept ans;
à

il

s'anèla dans

rue Saint-Denis pour assister
(pi'ou vende, fussent des vers

une vente

l'encan après
je

décès
ter!
»

:

><

Ouoi

non corriges,
sans place,

veux achebupiais du
le

s'écria-t-il

gaîment.
il

On

vendait nu carrosse, des clievaux et des

babils de livrée;

y

avait

même

un

laipiais

le

ibTuut
et les
I

(|iii

(l(iii;imlailà alleiil

où iraient ses babils. Vcdlaireacbde

carrosse
;

lic\,iii\;

(inluinn' au laquais de repreiidi-e sa place sur le siège

s A

INT-

1H:.\1S.

7)

lui-nit'iiK' se it'tlcdaiisl»; c;irr(iss(M'l (lé(lart;(|irilvt'ul aller lion Iraiii

pour

son argent.
Denis,
pée,

11 y

avait uii si «^rand cinltarras de voilures

dans
la

la ru(!

Saint-

({n'il fut [)lns

d'une demi

-

iH'nresaiisavain-er.

A

[U'eniiere échap-

le lacjnais

fouetle les chevaux de toutes ses forces,
et

mais

re(piipa<fe

du poète aecroehe une lourde voiture,
seigneur
lialiitué à cela.

Voltaire verse
s(!

comme

un

i,^rand

Le

reste de la journée

passa plus a^realilemenl

|H)ur Voltaire. Leleiulemain, cependant, no i>renant pas goùl à c(;tle vie-la,
il

retourna dans
et

la

rue Saint-Denis, et remit à l'encan son carrosse, ses
Il

chevaux
gré
le

sim hnpiais.

peiditi»lus de moitié dans cette alVaire,
folie

et

mal-

piquant souvenir de cette
il

d'enfant prodigui; ou de poel«! de
la

dix-sept ans,
Je

en v(tulut toujours à

rue Saint-Denis.

me

suis mis eu route |)ar une belle matinée de printemps, c Cst-a-

dire, entre

une giboulée

et
et

un orage;
de

j'ai suivi les

quais, très-sur|)ris de

voir des gens de
.l'ai

mou âge

ma tournure

se diriger vers le

même

point,

commencédès-lorsàm'a|»|)rivoiseraveclarueSaiiit-Deuis,esi»erant ne

pas m'y trouver tout-à-fait étranger; mais où ne se rencontre-t-on pas, aujourd'hui cpie
le

monde

est sillonné de
|)lus

chemins de

fer et

de hàteaux à

vapeur? J'avançais donc avec
\

de contiance; peu à peu ceiiemlant, je
:

oyais disparaître
h;

s'éclipsa par
alla

Pont-Neuf;

mes compagnons de voyage l'un, c'était un étmlianl. l'autre, c'était un beau du boulevartde Gand,

versai

fumer son cigarre sur le (|uai aux Fleurs; ainsi des autres. Je trabravement la place du Châtelel, déterminé à tout, comme La-

peyrouse. Je

me
le

trouvai l»ieutôt au milieu d'un autre

monde,

([ni n'a

de

commun

avec

nôtre, que les Omnibus. J'avais trop compté sur

mes
lis

fines semelles;

pour marcher dans
il

la rue;

Saint-Denis,

cpu'l cpie soit le

(emj»s et la saison,

faut

armer ses pieds de bottes de province. Je
tant j'étais
(pii

quebpies

jias

sans pouvoir respirer,

ému

par les clan»eurs

des indigènes: l'un [lourstiivail un provincial
d'épicerie
à

nmntait une b(mti(pn;

iNoyon; lantre insultait un charretier qui avait renverse

au passage une pyramyde de sucre ou accroché avec son fouet une guirlande de calicot.
I.c

charretier

me
ci-

prit

à témoin, je lui

répondis en

allemand, pcmr
tre.

me

délivrer de

mauvais pas;
semaient
la

je parvins à passer ou,

Parmi

t(»utes les
|>ar sa

femmes

(jui

rue

j'en voyais à peine
;

une digue
p-'ignees,
liers

chaussure

et sa

physionomie'dubeau nom dePaiisienne

toutes les autres

étaient des [uovinciales sans grâce et sans style,

mal

mal

coiffées, vêtues
les

au hasard, traînant dans

la

boue des soudes

sans forme. Pour
et
la

bonnnes, c'étaient des
lis

[xirlefaix,

commis

de première année
savoir (pielle était

des gamins. Je

une balte chez un épicier, pour
Il

langue des naturels du pays.

trônant au comptoir.

ne vendons

— Monsieur, me dit-elle en français douteux, nous rien au détail. — Je sais, madame, aussi vieus-je vous dele
tlie

y avait

une femme

mander

mille kilos de

PeUoa .j'en prends tous

les soirs

,

je voudrais

4
protilerilc ICscompte.

HUE ET FAL'HOIMU;

— Tivs-Iirmi,
est-ce

inoiisuMir, assoyez-vous;
île

mais

je ne
'

connais pas

le

Pekoa

;

du sucre

lietlerave

ou du sucre colonial

— C'est du
reconnus

sucre de pomme,

du commerce'

— Non,

(pie j'étais

madame. Mais diles-nioi, ètes-vons coulenle le commerce ne va i)as. A ce mot, en plein Paris. Quoicpie le commerce n'aille pas,
monsieur,
la

ji;

j'appris pourtant de l'épicière, qu'elle i)ossédait |)our cent mille ecus
d'iierltajics

en .\ormandi(!, une maisim à

Madeleine,

et de(pioi

marier
(\u

sa iWU' lléloïsd, qui devait épouser

un notaire de Beaugency. La dame

comptoir,
prier,

(pii

était

femme

(pioiqu'épicière,

me
l(?s

raconta sans

se
la

laiic

comment

se faisaient et se défaisaient
:

fortunes dans

rue

Saint-Denis. Voilà toute l'histoire
ans, se ruinent

(ïeux qui veulent s'enricliii' en dix

i)res<iue toujours;
ti'avail,

ceux

(pii

ne demandent
sni'

la

richesse

(pi'aprés vin^t ans de

achètent un domaine
;

leurs vieux jours
la

Le secret

est

dans ce moi

jxiiiciire

mais comment conserver

patieine

après avoir été en chemin de fer!
la

Du

reste, ce n'est |>oint l'épicerie,

cest

ruiu'iincria i\n\ i\\\o\H\c
la

dans

la

rue Saint-Denis.

— Cest

véritahh;-

menl
Je

rue des lionnetsde colon.

me

remis en route plein d'admiration pour

le

hon sens de

l'épicière

!

mais déjà passahlement ennuyé de ne rien découvrir de plus pittores<iue.

Des maisons, encore des niaisons, toujours des maisons
sons! pas d'air, pas de
•pioi

et quelles

mai-

soleil,

pas ii)ème de tieurs sur les fenêtres. A
l'on

hon des roses ou des pervenches dans une rue où
le

ne prend pas

le teni|is

de dormir'' D'ailleurs les Heurs sont des choses de luxe; or,
luxe n'a osé se montrer dans
violette, cette i)auvre créature
la

jamais

rue Saint-Denis jamais
;

la

mar-

chande de

d'heureux présage,
le

(jui

vend pour

un sou

le

sourire du printemps, n'a mis

pied dans
le

la

rue Saint-Denis.
;

Ou vend

des violettes partout, juscjnedans

fauhourg Saint-Jac(iues

le

peuple achète des Ueurs et recherche

le soleil;

mais dans

la

rue Saint-

Denis, on ne veiitde Heurs etde soleil que pour les terres (|u'on a achetées

ou

({u'ou achètera.

Egoïsme, saint Egoisme

!

Economie, sainte Economie
parcours.
la

!

voilà les saints les plus fêtés

du monde

<pu; je

Pointant cette rue Saint-Denis fut lonylem|)s surnommée
ex(i,'llence
;

rue

[tar
la

son origine est

comme

celle des (Chinois: elle se [)erd

dans

nuil des temps. C'était d'ahord

une chaussée; une

hoiirgadi^ s'é[»arpilla
le

sur

la chausse(!, la

chaussée devint une rue, cette rue prit

nom

(h^ l'ah-

bay»;

de Saiul-DiMiis, d'autres disent de saint Denis liii-méine, (pi^avait

souveiil passe par ce

chemin.
tracée, (|u'elle fut siirnomiiKM!
la

A peine
leiice:

le liiisaid l'eùl-il

rue parexccl-

en
la

ellel,

pendanthien des

siècles, la rue Saint-Denis fut la

première

rue de

capit;de de Liaiice. Les rois et les reines y passaient en triiunphc soit au i«'t(Mir (hi sacn-, soit au reliuir de la giieire. (î'etail cimmuc par

(ctteiiir

qii ils

all.iieiil

,iii

lonilicauLe giaild

e| le petit

commerce de

SAI.M -l>K.MS.
Paris
(

5

y oiiviiiciil

des hoiilnnics

cl

v

clcvcrnil

des

('iili('|>nls

;

[M'iidaiil

iii(|

ou

six siccN's, la luuirsc, la rue \ iviciiiH' et 'rurloiii, se tioiivaiciil tiMil

simplciiKMil, nie Saiiil-Deiiis.
liiilin,
vttilà

un inoiuuiUMil

(|ui

ura|)[)arail
el

:

la

ioutaiuii des lunoccnls.

(loulou a déjà parle dans ce

livre,

doul je veux parlera

mon

tour.

Mais

i>ar (|uel clieuiin vais-je aller jnsiiues-là':' coinni(;nl

traverser celle
la langue!

liaie lie

leunnes

([ui loiil

des bouquets de cerises tout en parlant
l'œuvre de Pierre l.escot et
si

de Vadé'^

C-elle l'onlaine est

de;

Jean (ioujon:

<|uc dire de plus à sa

louante,

ce n'est (pi'elle est inl'atigalde à (h'sal-

terer les iudii^èiies

(pii

l'entourent!

Un

cimetière a
i^ai

fait

place à nu maretVel, le

ché; ce[ieudaiil

le

cimelièrt!

était [tlus
le

<pie le

marché. Eu

cimetière des Innocents a elé

Palais-lioyal de nos aïeux,

(le lieu

clndsi
l'a-

s'ap|)elait les ("diarnier.-;. Nicolas Flaniel et le mari'clial

de |{(»ucicaut

vaienl

lait

hàlir à leurs

Ci-ais.

Les moris étaieni ahrilés par
d(î

les vivants;

sur cluuiue louihe nue marchande de rubans, de dentelles.

colitichels.

de raulVeluches étalait j;aimeul sa marchandise en souriant au chaland.

Jamais on ne

s'elait si bien lamiliarisé
claM'iit

avec

la

mort; ces comptoirs d'un

nouveau ^cure
rcndez-v(Mi>

sans cesse assié;;es

[»ar les

beaux

oisifs

du lem|»s.
donnait
l*aris.

<hi Taisait l'annuir

adx (Iharniers

cmume dans nu
I

basar; tm

s'y

comme aux

Tuileries. K\\

i8i

les .Vn;;lais,

mailre^ de

(i

II

LE ET ru: no nu;
une
on
fêle; ils y

cliuisirciit ce lieu

pour
il

y (loniier

dauscnMit avec fureur

la

danse inaealwe
Enlin, en

:

y a

un

siècle

y faisait des miracles.

17<S."),

les idées

de Voltaire sur les cimetières hors les villes
mille squelettes
(jui

ayant prévalu, on

exhuma douze

servirent au grand

ossuaire des calacomhes; on détruisit l'église, et pour ne pas perdre de
la vie et la mort se touchent toujours un marché à la porte de la Morgue? Le plus grand poète comique du monde est né à deux pas d(! la huilaine des Inuocenls; c'est là, dans ce coin enfumé deParis, (ju'il a i)Oursuivi ses premiers rêves. Patience je croyais voyager dans un monde

place on

lit

un marché. A Paris,

;

n'v a-t-il i)as

!

inconnu, voilà déjà que

j'ai

salué Pierre Lescot, Jean Goujon, Arouet

ef

Poipielin! Je vous délie de faire
l'nuh'r (in |>ied

un pas dans

cette ville grandiose sans

un grand souvenir. Paris,
la

c'est le

cœur de

la

France

(pii

vous hal sous
J'ai

main
j'y suis

vu une église,

entré pendant une averse. J'aime

l(!s

églises,
la

d'ahord parce que Dieu s'y trouve
[)auvre église renferme

comme ailleurs,
elle

ensuite parce (pu^

plus

un précieux onivre

d'art. E'eglise

de

la riu'

Saint-

Denis s'appelh; Saint-Len Saint-Gilles;

date

du legne de Saint],e

Eouis. Elle est simple et helle, d'un hon style et d'un gracieux aspect.
maître-autel est élevé sur une chapelle souterraine;
statues dapôtres et de patriarches.
('luijH'llc
il

est dominé par huit
se
(|ui

La chapelle souterraine

nomme
inspire

du Toml)citu;('\\e n'est éclairée (pie par un demi-jour,

le

recueillemenl. Elle fut construite par les chevaliers du Saint-Sepulcre.
s'y

Georges Cadoudal

cacha durant quelques jours, sous

le

tomheau du

Ghrist. L'église de Saint-Leu Saint-Gilles est la |)lus riche en relicpies;
elle

possède celles de sainte Glotide reine de France et de sainte Hélène,

mère de l'empereur Constantin; en outre, elle possède comme toutes les églises de la chi'étienté des morceaux d(? la vraie (^.roix, c«Mpii méfait trislenuîiit

songer que Jésus-Ghrist

a

pcnie une croix hien lourde. Sainl-Leu

Saint-Gilles est la seule église de Paris où l'on osa faire un service; piuir
le

repos de l'âme de

la

princesse de Lamlialle,au temps
à

même
:

(h;

sou

liHirihlc

mort. Peu de joni"s après, léglise fut misi;

l'encan

deux

juifs

Oltevairi et Stevens, p(tm'(pioi ne pas dire leur

nant qiiehpu's pièces

d'(U". Ils

en liicnl un magasin
t

nom, rachetèrent moyenà salpêtre. En ISO'i,
deux
juifs
la

quand

les églises

furent rouvertes au culte

iitholi(|ue, les

liMicrenl trois mille francs |)our l'aiiioin' de Dieu. A|>rès
\<t\iiiit

un au de
ne

liail,

(pic les prêtres y replantaient l'etendaid

de

la foi, ils

demandèrent
la

dix mille francs,
l;iicnt

toujours pour l'amour de Dieu, disant

(pi'ils
ils

vou-

lo\H'r a

d'autres qu'a Dieu

même.

Jnsipi'en ISIl,
la

se

tirent

un

Ircs-joli reveini

aux

frais

des pécheurs de

paroisse.

.\\aut

la

revcdution,

l'ej^lise

de Saint-Leu possédait plus d'un taldcau
il

signe d'un grand uiaitre: an-dessus du miitrc-anlel

v

avait

wwr (cuc

SAINT(le iN)rl)iis,(|ui

ni:

M

s.

7

passjiit

pour son

(licl'-dd'iivn;.

A

Iciific»'

gr.'ind

tiildcau

rcprrscnlail d'après naliirr Louis
cl

W

du

clKi'nr,

un

cillant, sa f^ouvrrla

nantc, les ducs d'Orlcans
valioM
lit
<\\\

ûv Honrhon priant Saint-Lcn pour
lioriiiis

r(»nscr-

prince. Aujourdliui,
IMiilip|)e

de nH)rt. de

un Saint-François de Sales sur son de (ilianipaitue, <in (llirist de Milliard cl une \ isi-

tation de lioucher, léylise no renferme (pie de

mauvaises copies
est

et

de

pauvres originaux.

Le jdus curieux tableau de

l'église

Saiut-Leu

une vierge encadrée
l'Iiistoii-e
;

de ciuq médaillons, dette OMivre n'est pas d'une date f(ut ancienne, mais
elle est précieus<' pai" ce (pi'elle

représente: c'est
la

au pinceau

d'uu événement

(pii

arriva en

1

41S dans

lue aux Ours

c'est plus

(piun
liistit-

événement, c'est un miracle, un miracle rapporté par
rieiis

les

graves

du temps,
l'histoire
cin(j

et qui
la

n'a pas été oublie par

un de nos collaborateurs
la

dans

de

rue Saint-Martin.
la

Les

médaillons encadrant

rayoïniante image de
le

Vierge, revoit

présentent les diverses scènes de cette histoire. Dans
le
la

premier, on
il

soldat au cabaret qui perd avec désespoir; dans
statue en blasphémant; dans le troisième,
le
il

le

deuxième,

frappe
;

est conduit en prison
le

dans

quatrième, on

le

juge solennellement; dans

cinquième,

il

apparaît sur
(Mitre

un bûcher enflammé en

face de la statue; le tableau est en
la

parsemé d'inscriptions..Te reproduis

plus curieuse

:

«dette image

a été faite

en 1772, en riiouneur du signalé miracle arrivé à Paris rue aux
le

Ours, paroisse Saiut-Leu Saint-Gilles,
(pioi les

5 juillet 1428, en mémoire de
à pareil jour,
la

bourgeois de ladite rue, tous

les

ans

brûlent l'enigie
sainte A'ierge de

du malfaiteur, qui malheureusement frappa l'image de
hupielle sortit

du sang,

et fut puni,
»

par arrêt de

la

cour du parlement,

comme

il

est représenté ci-dessus.

bien tout

Au-dessous de ce tableau est un bas-relief des plus précieux, (jui montre le génie de la sculpture du moyeu-âge. C'est un poème en
trois

marbre divisé eu
la

chants:

le

premier représente
la

la

cène

;

le

deuxième,

trahison de Juda;

le

troisième,

llagellation. C'est

un chef-d'o'uvre
funéraire de
fils et

de sculpture naïve dû

à

un

artiste qui avait la foi.
les traces

En

face,

on voit encore
la

d'un beau

monument

Cirardon, élevé à

mémoire de madame de Lamoignon, de son
:

de son
plicité.

petit-fils.

Pour
le

la

Les deux premières épitaphes étaient d'une noble simmère « Elle vint au monde le '28 décembre ir)7G; elle
pauvres s'emparèrent de
S(M1 cor|)s et le
:

mourut
ailleurs;

51 décembre 1051. Le lieu de sa sépulture avait été désigne
les

mais
»

déposèrent en

Pour celle du (ils, (pii fut chante par Hoileau « Le cœur de Cuillaume de Lamoignon, par acte de ses dernières vidontés, repose eu ce lieu, aux pieds de sa mère; 10 décembre H»77. » Aoilà bien le
ce lieu.

xvir siècle, tout

y respirait la

grandeur,

même

les

épitaphes. PatieiK

c

s
lions toiu lions
«

WIE ET
;in

I

A

M! (Ulupctit-lils
:

xviir siccle; voyez plutôt rcpit.iplic du

(Ihrétien-Fnnirois
hitroii

do Lnnioignon

,

lils

de

(ïiiillnnnio

,

marcpiis

iW

nasvillo,

do Saint-Yon, avocat-général du parlomont

do Paris
il

durant lospaco do vingt-cinq ans,

nommé

président à Mortier;

con-

tinua encore ()endant huit ans à employer ses loisirs de chaque jour a

terminer

les

procès des grands. (Pourquoi pas des petits?

Il

fut liahile

jurisconsulte, céléhre par son éloquence, par la maturité do ses conseils,

par raiïahilité de ses manières et par sa piété envers Dieu.
vivre le

Il

cessa de
fut trans-

7 août 1700, âgé de 65 ans.

Il

ordonna

(jue

son corps
î*

porté

ici

par les pauvres.

»

Que

dire de cette épitaphe

Il

y aurait là tout

une
laite

belle

page à écrire; mais en disant que c'est l'épitaphe d'un avocat
Marie de Lamoignon, sa
c(eur fut trans-

par lui-même, n'est-ce pas tout dire?

noble grandinére, vous n'avez pas ordonné que votre
porté
ici

par

les

pauvres

!

Et vous,

illustre
,

Guillaume de Lamoignon, qui

lûtes l'ami de

Racine

et

de Boileau

qui êtes mort entre une prière de

Hourdaloue

et

une oraison funèbre de Fléchier, vous n'avez ordonné
:

qu'une chose simple et chrétienne

«

Que mon cœur repose aux
<pii

pieds de

ma mère
peine
s'il

!

»

.N'oublions pas en passant deux églises
reste, à cette

viennent de disparaître;

à

heure où

j'écris,

un pan de mur

et trois fenêtres

originales de l'abbaye de Saint-Magloire. L'hôpital Saint-.Tacques-auxl'elerins a disparu;

mais

il

n'y a pas (piatre ans qu'en fouillant
(pii a

le

sol

béni pour les fondations d'un magasin

pour enseigne aux Statues
el

de Saint-Jacques, ou trouva dix statues gothi(|ues en pierres mutilées
noircies; on reconnut encore saint Jac(pies à son

costume de pèlerin.
les

Qiiebpiebon sacristain
«le

les avait

pieusement ensevelies pour

préserver

la

fureur des sans-culottes. Ceci
:

me

rap|)elle

qu'une grande dame
(pie j'ai fait

m'écrivait l'an passé
vais livres et des

«

Vous ne devineriez pas ce

des mau-

mauvais portraits de famille
dans
parc.
le

«pii

me

prenaient tant
triste lot

de place; ne voulant pas exposer à l'injure des quais ce
l'héritage, j'ai
"

de

tout enterré

le

»

l'.ii

ir»l7 dit

un historien, sous

règne de Philippe V, dit
(pii

le

Long,

plusieurs notables et dévotes

personnes

avaient

fait

le

voyage de

Saint-Jacques-de-Compostelle, en Gallicie, Inues de dévotion, délibérèrenl
entre elles d'édilier une église et
la

nu hôpital en
la

la

rue Saint^Denis, près
el

ftorle aii\ Peintres, à

l'honneur de Dieu, de

sainte Vierge

de sain!

.iacrpics,

apôtn', pour loger et héberger les pèlerins passants, allants et
»

icloiiriiants de leur voyage.

Voilà l'origine de l'église. Elle avait
la

la

forme

d'un parallelogiMmme sans bas-côtés;

voûte était en ogive avec nera

vures croisées;
fl (U'

la

iirl
;

elait éclairée
elle était

par six grandes fenêtres

meneaux

sInIc llamboyanl

percée d'une giande fenêtre paicille-

menl àmenraiix avec

l'assis

de nervures àpoini ogival Oiiiri'Ies pèlerins.

ûfiUGAOT.

Rue

Saiiit-Deiiis.

SAI.NT-DK.MS
Jous los jours
la

S)

conIVcrio ouvrail les poi-lcs
L'altliayc

di:

l'hospici! a soixante-dix
le

pauvres, ot

les
la

lirhcn/niit.

de Saiiit-Magloiro existait dés
la

X" siècle, sur

eliaussee(|ui couduisail de

Cité à Sainl-Deuis.

Kn

ir»7t>,

Marie do Medieis deniauda cette abbaye |)o\ii- en l'aiie une coiiiMiunaule de filles repentantes. Le couvent prit le nom des Filles-l>ieM et de SainteMarie-Madeleine. Ce couvent fut institué par un reli^;ien\ de Saint-François.

Ce religieux
,

1491

dit l'abbé

Parmi
la

celles (pii

« doue d'une éloquence vive et toucliaiite, convertit, en Vacher, un grand nombre de feuiiues de maiixaise vie. étaient filles ou veuves, plus de deux cents se vnnerent a

pénitence et à

la clôture.

»

Cette

communauté

subsista jusipren

171).'.

mais non pas grâce aux Madeleines repentantes, car dès 1700 il ne s y présenta plus que des personnes de bonne vie et mœurs. Kn efiét, au xviir siècle on ne se rejientait pas, on atteiulait bravement dans toutes les joies enivrantes du carnaval, ce solennel mercredi des cendres, qui
s'écrit avec quatre chiffres

core prés de

la

1795. Avant la révolution, on voyait enporte de l'église un crucifix devant lequel s'agenouillaient
:

les

coupeurs de bourses
Ils

et

autres honnêtes gens (pi'on menait pendre

a

Montfaucon.

oevauMit l'eau

du Dieu qui s'est fait homme; ils rebénite, autre baptême pour la mort, et s'asseyaient un mo-

baisaient les pieds

nu'nt aleurdeniierlKUKpiel. Les Filles-Dieu leurservaieutlepainetlevin,

,

10

RUE ET FAUBOllIU;

avec de tendres paroles de charité et despeiance; c'était, dit M. (Miarles Nodier : le repas libre des anciens, adouci par les mœurs évangéliques.»
J'allais oublier le

couvent du Saiiit-Sepulcre, ou
les pèlerins qui allaient

l'bôtel

de

la

Trinité,

bâti eu

lô'ir»

pour

eu Orient ou qui en reve-

tombé au pouvoir des infidèles, le couvent? En 1402, les bourgeois de Paris, maîtres maçons, menuisiers, serruriers, marchands
naient. Bientôt le saint Sépulcre étant
les

pèlerins

ne partirent plus. Que devint

l'errants et autres

gens de piété bruyante, après avoir, les jours de
les

fête,

représenté les

scènes

plus dramatiques du Nouveau -Testament
la

depuis

la

conception jusqu'après
la suite

résurrection
la

,

(dtliiirent

du

roi

Charles VI, à

d'un procès avec

prévôté de Paris, des lettres-

patentes érigeant leur société en conlrérie

de

la

Passion,

et lui con-

cédant
la

le

privilège de jouer Dieu le Père,

Dieu

le

Fils, l'antre Dieu,
ils

Vierge, les saints, enfin, tous les habitauls du paradis,
la

s'instal-

lèrent vers

seconde porte Saint-Denis, en
la divinité

l'hôtel

de

la

Trinité. Ces

grotesques parodies de

étaient

recommandées an prône comme
la

de bonnes œuvres. Les lidèles sortant des vêpres se précipitaient vers

Trinité; l'arfluence était grande, les théâtres d'aujourd'hui n'oiïrent pas

souvent à leurs portes une queue aussi respectabl(\ Le saint
était de plusieurs étages
la terre,
:

théàti'e

au rez-de-chaussée

l'enfer,

au premier étage
des ('glises compoet les vête-

au deuxième étage le paradis. L'orgue
:

et la |)rose

saient l'orchestre

c'était là l'Opéra

du xV

siècle.

Les décors
la

menisétaient pareillement empruntes aux églises;
était était

plus belle chasuble

pour Dieu

le

Père, à tout seigneur tout honneur. Le fond du paradis
;

peint par Guyon-le-Doux

c'était, disait-on, le

plus beau paradis du

monde; Guyon-le-Doux disait lui-même, dans sa naïve admiration pour son (Puvre « Jamais né verrez un si beau. » Dans ce théâtre, s'il y avait unité de lieu, il n'y avait pas tout-à-fait unité de temps. Le même
:

mystère représentait

la

nativité de

Notre-Seigneur et
iéijlise,

le

martyre de Saintla

Denis, qui s'en allait en elinntanl jusque dans

quoiqu'il eût

tête

coupée.

»

Dans
à

le

mystère de l'Apocalypse,

les

agents de Domitien
le

sempen-

banpuMit

Home pour

Ephêse. où saint Jean prêche

peu[de.

et

dant (fuils passeront parlera l'enfer, c'est-à-dire Lucifer, Astaroth, Satan,

Burgibus,

(pie l'ajjproche

d'une persécution met en gaîté. Dès qu'ils ont
lui ptuir

pris l'apôtre, les tyrans se rt'inbanpuMit avec

Bonu'.

Ici

entrent

en la nef et pendant leur navUjalhn parlera paradis, c'est-à-dire Marie,

Jésus

et

Dieu

le

Père.

»

(Sainte-Beuve, Histoire du théâtre français.)

Durant plus d'un
uiicr

siècle, les confrères de la

Passion jouèrent lesjjienses
la

farces, les grotesfpu's

mystères, eu lliôlel de
la

Trinité. Ainsi, le prele

Ihfàlre français fut ouvert dans

rue Saint-Denis. Plus tard,
à la foire

berceau de ropera-couiicpu' et du vaiuleville se ti'onvera
Laurent, dans
la

Saint-

rue du faubourg Sainl-Denis;

la

s'épanouira dans toule

SAl.NT-DIvMS
sa scve la vkmU»'
«'(

11
Uc|;iiaiil, l.csagf,

tVanclit; yailc IVaiiraise. Ihiln.'sin

,

Fuselier, Daiicouil, IMron,
gaîté.

les rois

immortels de

l'esprit

qui

fait
(jiie

la

En 1775

ils

étaient tous morts; on ne riait plus en France

du

bout des lèvres. Arlequin ferma pour jamais son théâtre. Voulez-vous savoir \'étymolo(iie de la place Gastine? An xvr
Pierre Gastine, riche

siècle,

marchand de
le

la

rue Saint-Denis, tenait chez lui une
vit'

assemblée de huguenots; on
siècles plus tard,

hrùla

et

on rasa sa maison. Deux
la lan-

on mit sur

la

place Gastine des catholiques à

terne.

On

changeait de religion et de supplice.

Je n'ai pas,
rosse dans
C. Vanloo.
la
Il

comme
y a

Voltaire, dans

une vente

à l'encan,

acheté un car-

rue Saint-Denis, mais

j'y ai

acheté un dessin sur toile signé

dans cette

toile

tout une histoire touchante et mysté-

rieuse que je veux vous raconter. Personne n'eût

de quoi payer un cigarreou un bouquet; moi, je

l'ai

donne de cette ébauche vaillamment acheté

un écu

;

car je savais que c'était
:

là la

une

belle

page pleine de larmes,

écoutez Caroline Vanloo lut l'ouivre

plus aimée de Carie Vanloo, un divin

portrait qui est allé enrichir l'immortelle galerie
dit à sa

du
la

ciel.

Le peintreavait
l'Italie.

femme, Catherine
I^e I^ieii

Soinis,

surnommée
m'en

Philomèle de
cœur.

d'amour grava Ion
l'iiymcii

portrait dans
fasse

mon

Et je

\

eux que

une copie.
fut le digne portrait

Madame Vanloo

eut une

lille

et

deux

tils; la fille

de sa nu're, plus belle, pins gracieuse, plus adorable encore; pâle sous
ses longs cheveux noirs, laissant tomber de ses yeux bleus,
ciel d'Italie,

comme

le

un regard angelique et charmant, vous parlant avec une voix qui allait au cœur, une voix faite pour chanter plutôt que pour parler. « Raphaël! Raphaël! » s'écriait Vanloo en contemplant sa tille. Quand
le

peintre avait

tini <le

la

regarder, c'était l'œil du père. Uaphaël est un
i)lus

grand maître, mais Dieu est un
tait

grand maître; Carie Vanloo regretne sais quoi d'éclatant, ce rayon
la

de n'avoir pas eu plutôt un pareil chef-d'œuvre sous les yeux. Caro-

line

Vanloo avait dans sa belle figure
qui est un présage de mort.
la

je

du

ciel,

En

voyant, on s'attristait

comme

à la

vue de ces blanches visions de
fatales.

jeunesse qui nous couvrent de leurs

ombres

C'était

moins une femme qu'un ange
;

;

une rêverie nuageuse

avait de

bonne heure enveloppé son âme

elle parlait

peu, passait toute sa journée

à lire ou à rêver, n'avait nul souci des plaisirs de ce

monde au
;

bal, elle

ne dansait pas, elle n'accordait â la fête que son ravissant sourire; on
peut dire que son
de marbre.
«

âme

seule aimait
la

la vie,
»

son corps

était

un tabernacle

Les livres

perdront,

disait sans cesse le

bon Vanloo,

qui ne savait pas lire et qui ne voyait pas sans effroi ces milliers de
lignes noires, courant les unes après les autres
;

c'était

pour lui des signes

,

l'2

Hli:

KT FAUIiUUlu;
lire
la

cabalisti(|ii<'s.

Elle allait sou vont
(jui avait l)ieu

ou rêver dans
peine à
lui

l'atelier,

sous

les

yeux de sou père,
11 lui

de

arracher trois paroles.

demandait conseil sur ses
ne m'en dis pas davantage.

têtes de saintes
l'avait

ou de déesses païennes,
:

elle

ne répondait pas, mais son père
»

vue

«

Bien, très-bien;

ma
à

fille,

Du

matin, plus pâle et plus rêveuse (pie de coutume,

elle

descend

l'atelier; n'y

voyant pas Carie Vanloo,

ell(>

va s'asseoir sur son fauteuil
;

devant une

toile à

peine barbouillée de (pielques coups de pinceau
et se

elle

prend un crayon noir
en silence dans

met

à dessiner.

Son

père, (|ui la suivait, entre
tille,
«

l'atelier; frapité

de

l'air

inspiré de sa
:

il

s'avance bien
les

dans l'ombn; d'un grand tableau, en murnuirant
Vanloo;
ils

Voilà

savent dessiner avant d'avoir appris.

»

Au bout

de(juelques minutes, (Caroline Vanloo dépose son crayon, tout
la figure (lu'elle

en contemplant

vient de tracer. Carie Vanloo va vers elle.
l'avoir
lui
la

Voyant tout-à-coup son père sans un
cri :«

entendu venir,
tendant
la

elle

pousse

Tu m'as
le

fait

peur, lui dit-elle en
pâlit,
il

main.
fille

A

cet instant,

pauvre père

a
le

vu

figure dessinée par sa

cette figure, c'est la

Mort! voilà bien

linceul

qui laisse entrevoir ce

sein lugubre de
font le tour

la

seule fennne sans mamelles; voilà
à

bien ces pieds

(|ui la

du monde en creusant une fosse
de cette funèbre création
traits

chaque pas; voilà bien

faux terrible de l'éternelle moisson! mais ce qui surtout effraie Vanloo,
c'est à la tête
,

Caroline Vanloo, sans
la

le

savoir,
à

peut-être, a

donné ses
le

angéliques à

mort; ces

traits

sont

peine

indi(|ués: tout autre

que Vanloo ne reconnaîtrait pas
!

Caroline, mais

Vanloo, Vanloo
«

peintre, Vanloo le père

Enfant,

dit-il,

en cachant ses larmes par un éclat de

rire forcé, cen'est
»

jamais par

là (ju'on

commence;
fille,

lève-toi, je vais te

donner une leçon.
figure,
la tête

Caroline se lève en silence: Carie Vanloo s'assied, efface d'une main
agitée le dessin de sa

moins

les traits

de

la

prend

la

san-

guine et se hâte de faire une métamor|)hose. Déjà
joli

s'anime d'un

sourire, voilà des cheveux ébouriffiés
a
la

(pii fiotteut

au ventprintanuier,

un gracieux contour
chées, ce n'est plus

passé sur les épaules, des ailes légères y sont atta-

mort, c'est l'amour.
access(»ires
:

Le peintre, sans désemparer, jette quebpies
d(!s llèches,

un carcjuois

(>t

des colombes
(jui s'est

(pii

se becjuotlent, en

un nu)ltout

l'attirail. (Caro-

line

Vanloo

penchée au-dessus de sou pén;, suit son crayon avec
à la fois.
fini, fini
vA'hi'! lui

un sourire doux

et

amer

Quand
v(!rs sa

Carie Vanloo eut
«

de dévorer ses larmes,

il

se tourna
la

filli!.

IN'esl-ce

pas

demauda-t-il en lui baisant

main.

— Non,
la
(

répondit-elle en penchant la tète avec mélancolie.
la

Son père

li'cHivanI

plus pâle,

la

prit

dans ses bras

et

l'emporta dans

luuubre de mad.inie Naidoo.

SAI.NT-DK.MS

IT)

— Lainorl!
Dès

la

inortls'ccriala pauvre

lillc

foute ('gaiTc en tcndautlesbras.
\y,\s

cet iiislaut cllo eut le délire.
il

J(!

uessaieiMi
lit

de peiudre

le

dé-

sespoir de son pèn;,

demcMira [dès du

de (>aroliue unit et jour,

priant Dieu pour la première fois de sa vie. Elle

mourut
la

à (pu'hpies

jours

de

«

d'une maladie (|ue les premit^rs médecins de Paris n'ont pu dé-

finir.»

Ne pourrait-on pas appeler
peintres

cela le

mal de
lille
:

vie' S'il faut en croire

Carie Vanloo, les livres seuls ont tué sa

(ui

ne sait pas (juels livres.
tt^rrihle
;

Le pauvre

ne put retrouver

le

bonheur après ce coup

un crêpe lugubre couvrit toujours sa fortune et sa gloire. Le dauphin le rencontrant à la cour quelques années après ce malheur, lui dinnamla
pounjuoi
il

était si

sombre.

«

Monseigneur
Il

je porte le deuil de

ma

lilb;, »

répondit-il en essuyant deux larmes.

avait conservé

dans son
la

atelier,

comme un

triste souvenir, la toile

où Caroline avait dessim''

mort.
la

Commentcette
(^aylus était
était l'élève

toile se trouvait-elb;
la

dans

la

rue Saint-Denis, à

vente

d'une ancienne gouvernante de

maison de Lignerac'? Le comte (b; l'ami généreux de Carie Vanloo le manjuis de Lignerac
;

du comte deCaylus, pour la philosophie
très-prés,

et

pour

les arts. Voila
,

tout ce que je sais sur l'authenticité de
crois.
le

mon ébauche;

qu'importe
(pii

j'y

En

y regardant

<le

malgré l'image de l'amour

couvre
mort.
a

dessin deC^aroline Vanloo, on voit encore les traces fiuiebres de

la

Un
et

peintre

(jui vivait

en

même temps

que Carie Vanloo, Lantara,

vécu

aimé au bas de
il

la

rue Saint-Denis, d'autres diraient a vécu, a aiuïé et

a bu, car

buvait outre mesure. C'était l'esprit le plus naïf de son temps.
la

A

l'heure de

mort

à l'hôpital
ciel. «

de

la

Charité, son confesseur lui parlait

du bonheur de monter au

Uéjouissez-vous,

mon

111s,

vous
le

allez voii'

Dieu face à face pendant l'éternité.

— Quoi, mon père, s'écria
!

moribond,

toujours de face et jamais de profil

»

Lantara n'était pas de son siècle;

le

bruit et l'éclat

du règne de
à

Louis

XV

n'avait pas séduit ni atteint le naïf poète de la forêt de E(mtaiIl

nebleau.

était

né pour vivre dans l'insouciance des champs; forcé
à Paris,
il

coup sûr de vivre
s'il

cherchait à s'abuser en [leignant des paysages;
le

buvait, c'était pour s'abuser encore; [>our lui,

vin créait

presque
;

les

rêves de ro|)ium; car son ivresse était sereine, assoupie, rêveus»^

sinou
Lafon-

poétique

comme

celle

d'Hoirmann, du moins douce

et souriante.

taine ivre vous eût bien représenté Lantara. Cet
vait jias

homme

singulier ne vile dire,

seulement en dehors de son temps,
;

il

vivait,

on peut

en

''dehors de lui-mèuie

son corps n'était qu'une; guenille grossière dont sou
de;

âme
le

se couvrait, faute
il

mi(;ux; mais entre

le

corps et l'âme,

la

[uison

et le pris(»nnier,

n'y eut pres(|ue jamais d'harmonie. {)\u'
cl

tb; fois

dans

nn'ine jour l'âme s'envolait dans les bois

dans
le

les

monlai;nes pour
et

respirer l'arôme des herbes ou s'epanouii' sur
la

buisson avec l'oiseau

lleur, tandis

que

le coiiis restait

sur sou grabat ou se traînait morne

I-i

RUE ET FAUHOUKG
dans
la salle

et désolé
tière.

du cabaret ou dans
la

rarrièi'e-l)Outi(|uu

d'une

IViii-

L'àuie reveuail ivre d'amour et d'ambroisi<; daus sa triste

demeure
égaré
sui-

sans
les

même voir (jue

Lautara avait rçvètu

robe de iNoé ou

s'était

pas de Madeleine péclieresse. La plus belle passion du peintre futune

La IVuitiere s'appelait Jacqueline; c'était une jeune Picarde dont bonne mine avaitséduit Lantara;elle était fraicheet gaie, deux trésors pour les femmes. Elle cliantait du matin au soir; sa voix perçante monfruitière.
la

tait
la

jusqu'à

la

cliambre du peintre

;

les soirs

de

la belle

saison

il

ouvrait

fenêtre; son
il

àme

qui voyageait au loin, revenait aux chansons de Jac-

<|ueline;

fi'rmait les

yeux

et croyait

entendre chanter daus les champs,

tant la voix avait de fraîcheur agreste. Jacqueline, de son côté, était sensible

aux

oeillades de Lanlara.
:

Quand
il

elle le voyait ivre, elle

Ic^

plaignait

du fond du cceur

jdus d'une fois

arrivait

que

le

peintre ne pouvail

^'\\X>v

^j^^mLj
Mioiilfr, s arrêlail

au rc/.-dc-chaussee. grâce

a

la

cbarile plus ou

moins
la

ortbodoxi! de

1,1

rruilii-rc.

Lanlara n'ayant plus de famille, avait trouvé
;

une so!ur en uu-uw temps qu'une maîtresse

il

lui a

dû souvent de ne

SAIÎNT-DENIS.
|ias iiuiurir

15
il

de faim, ahandomié sur son grabat. Ouand
trouvait mille raisons aimables
il

n'avait pas df

(|uoi dîner, elle

pour

le

décider à dîner

avec elle; d'ailleurs

ne se

faisait

pas prier longtemps. Dans ses jours
à l'heure

de misère,

il

descendait chez Jacqueline

du repas;

à sa seule
il

façon d'entrer, elle voyait bien qu'il
pirait en se tournant vers l'àtre.
s'il

fallait

mettre son couvert, car

sou-

En
bon

toute chose elle était sa providence:

était

un peu malade,
et
la

elle voulait veiller; l'hiver elle partageait
le

son

peu de bois,
la

Lantara avait
la

lot; le

meilleur frnitde sa boutique,
la

pèche

plus rose et

plus veloutée, la grapp(;

plus dorée du plus;

beau raisin
Levasseur
;

était toujours |)our lui.
elle était plus (pie

Jacqueline valait mieux (pio Thérèse

franche et plus naïve; on ne doit pas s'étonner
elle.

de l'amour

Lantara eut pour

Peut-être serait-elle parvenue dans

sa sollicitude à lui fermer à jamais la porte

trop tôt pour accomplir cette
|»ar cette
il

du cabaret, mais elle mourut bonne œuvre. Lantara fut frappé au cœur
il

mort presque soudaine;
il

se retrouvait seul et déjà vieillissant;

perdit courage,

retourna au cabaret avec plus d'abandon que jamais;

il

ne se consola qu'à grand peine; six mois après ce malheur, quand on
de Jacqueline,
il

lui parlait

soupirait et pleurait encore, ivre ou non.
joli

11

ne voulut jamais vendre un reux oùJacqueline chantait.
lui

paysage

qu'il avait peint

au temps heu-

Un jour que

sa voisine,

une danseuse oubliée,
il

demandaitpourquoi

il

tenait tant à ce paysage,

lui

répondit: «Vous
»

n'entendez donc pas chanter Jacqueline dans ce paysage.

Depuis Louis-le-Jeune jusqu'à Louis XIV
trois haltes; elle n'était

la

porte Saint-Denis a

fait

qu'une limite, grâce au passage du Rhin

et à

Blondel, elle est devenue un
la

monument. Sous Louis-le-Jeune,

elle était à

hauteur de

la

rue de

la

Ferrctnnerie, sous IMiilippe-Aiiguste eu face du

cul-de-sac desl'eintres, sous Charles

V

à la rue des Deux-l*ortes.
il

Guyon-Ie-Doux
daigne pas
ciples.

était

un des plus anciens peintres français;

ouvrit un

atelier rue Saint-Denis; de là, le cul-de-sac des Peintres.

L'histoire ne

consacrer une seule page à Guyon-le-Donx et à ses dis-

Seulement, Froissard parle de leurs peintures
il

communes

:

«

A
la

l'entrée d'Isabeau de Bavière,

y avait à la porte aux Peintres (ainsi
ciel

porte illustrait ses peintres), un

nué

et étoile Ires-richemeii», et
le Fils et le

Dieu
là.

par figure séant en sa majesté,

le

Père,

Saint-Esprit; et

dedans
foriîies

le ciel,

petits enfants de clneur chantaient nnuilt
la

doucement, en
découverle.

d'anges; et ainsi ([ne

royne passa, dans sa

litière

sous
leurs
le

la

porte de paradis; d'en haut, deux anges descendirent. t(Miant en
et l'assirent
:

mains une Irès-riche (•ouronn(\
la

moult doucement sur

chief de

royne en chantant

tels

vers

i>ainr ciulo.sc oiilre flems-dc-Ivs.

rioyno

("'les

vous do t'aïadis?

A l'enlree de Louis

M

la fêle fut

des plus solennelles.

Il

y eut

par

loul(>

16
l.'i

UUK ET
niti

I

AUHOCIK; SAIiNT-DEMS.
lait et

(losfontainos de

viii,

de

d'hypocras, et au-dessus do ces fon-

taines,

les jtins l)elles lilles

de Paris, déguisées en syrènes, c'est-à-dire

tontes nues, rappelant bien ces vers

du poète:

L'embaras de paraître mie
Fait l'attrait de
la nudil^-.

l/iiistnrien

ne daigne pas dire

si le (U'cjuisement fut

du goût de ce bon
la ville

Louis XI. Aujourd'liui, grâce au gouvernement représentatif,
Paris ne se met plus en
si

de de

belle

liumeur pour fêter son

roi.

Au

lieu

ces fontaines de vin, de lait et d'hypocras, surmontées du syrènes vi-

vantes dressant leur sein nu et secouant leurs cheveux flottants, nous

avons une haie de gardes nationaux! Ce fut d'une fenêtre ouverte audessus de espagnole
la
:

porte de Charles V,
«

que Henri IV

vit défiler la

garnison

Mes baise-mains, à votre maître, leur cria-t-il; allez-vousen, à la bonne heure, mais n'y revenez plus. » Que dirai-je de la porte de Louis XIV? elle est trop visible pour en parler. C'est un arc-de-triomphe qui rappelle bien le passage du Hliin on
;

ne peut passer dessous sans se mouiller les pieds.
L'histoire de
la

rue Saint-Denis n'apprend plus rien de bien curieux.
la

En montant dans
C'était d'abord

rue du Faubourg-Saint-Denis, on
!

lit

encore une belle
peuple.
le

page d'histoire: Saint-Lazarre

Saint-Ladre,
là,

comme

disait le

une léproserie:
des ordres de

les rois
là,

de France rece\aient
étaient déposées à
la

ser-

ment de
lanl
à

fidélité

la ville;

garde
al-

des lépreux, les dépouilles mortelles de nos rois et reines de France,

Saint-Denis pour recevoir lablution des prêtres du royaume, re-

j)resentés par l'archevêque de Paris. Cette halte à Saint-Lazarre, était

un

curieux speclacle, louchant symbole de l'égalité chrétienne, dit un historien, (^ette égalité chrétienne n'est-elle pas

une

raillerie? Égalité chrés'est

tienne,

— après
le

la

mort!

— c'est toujours
on
lit

ainsi

que cela

entendu

à la

cour. Saint-Vincent de Paille fut abbé de Saint-Lazarre et y mourut.

Sous
de
la

régime de

la

terreur,

de Saint-Lazarre une prison au

nom
pai-

liberté,

con)me partout

ailleurs.

Le peintre Uobcrty
lilles

fut

sauvé

uneerreurdenom, mais AndréChénieriU lloucher
vie.

y écrivirent leurs der-

niers vers. Saint-Lazarre estdevenu un refuge pour les

de mauvaise

Le |)auvre saint n"a jamais assisté qu'aux misères et aux douleurs
(^>

de riiumanité.
la

n'étaitdonc jjoint assez d'avoir vécu avec les miettes de
il

table; après sa mort,
filles. d(!

est le patron des lépreux, des rois trépassés
et

et des

joie;

mais lioucher

Chénier ont

scmll'ert

près de

lui.

Me
tailler

voilà à

peu près au bout de

mon

voyage, je reviens sain et sauf

ma
>

[tlinne

pour écrire sur mes (h'convertes. Une femme d'espiil
<<

disait,
\ille
la

après avoir vu Lyon:
Pdui" moi,
je
-

Les maisons m'ont empêchée de voir
:

la

puis dire

"

Les passiinls m'(»nl empêche de voir
.\itsi:Mo

rue Saint-Denis.

IbussAVr;.

.

RUE

DE

LA

VICTOIRE.
cette
la le

A (llianssce-d'Antin,
(ille
j"^

superbe

de Louis

XV

et

de

muuicipa4 d«'cem-

lite

parisieuue, naquit
17'2().

l>re

Dan^

les

premières années
entre

du

\Mii' su'cle, rinimense terrain eonipi'is aiijourd'liui

la

rue du faul'Ai'-

hourjî
(.ule,

Montmartre
entre
les
était

et la

rue de

h.irru'ies,
(le
(

boulevards et les couvert de marais,

jaidins, de petites
(pii

maisons

df>

ampaj,Mie

dépt^ndaientduvillaire
.

des Porclieronset de Clicln

Le grand nombre de
la \ille
d(^

valets, de

Msiteurs, de courtisans, attirés dans
Paris par
la

royauté mi-

neure de Louis XV, valut aux niaj,Mstrals

municipaux
le

rauliu'isatioii

d aupuM'ir

vaste

dont je parle, pour y
\('au (piartier
:

cmplaccmcnl élever un n^ule {

les

lettres-palenlcs

du

Kti fuient

signées

décembre
et
la

17-20

La galanterie,
edilu es
(I

la

noblesse

rmaiice, construisirent les premiers
^i

du
:

(piartier de la (lliansséeles

\nlin

poules maisons s'éle-

^ verent
pour
inis,
iîPil!

comme

par encbantement

les

menus-plaisirs des grands
des

seigneurs, des libertins, des parve-

des .tinanciers

et

jolies
jef.i

l'einmes

un peu publitpies; Ton

18
siii-

HUE
les

im;
«le

I.A

VICTOI KIv
lH'au(un|) daificiil
;

marais Iteaucoui»

vice cl

<•

Clail

iiiic

corniplioii nouvelle.
Il y avail, tout près des Porclieroiis, un ruellelle, un clieniiu Ixmeux. nu véritable égoûtqui devait jouer un beau rôle dans l'histoire de Paris, dans riiisloire de la France la rucUdleau Marais des Porclterons se nom:

mait, en 1754,
(|uartier

la

Ruelle des Postes; mais bientôt, en voyant s'élever
la

le

magnitique de
le

Chaussée-d'Autin,

la

ruelle des l'ostes voulut
(|ui

être

une rue:

souvenir des grenouilles, qui avaient chanté,
la

avaient

coassé dans les marais du voisinage, servit à baptiser

riieChantereine.
filles

La rue Chantereine

et la rue
la

du Hocher sont
leurs

les

deux
;

aînées, les

deux

tilles

jumelles de
le
:

Chaussée-Gaillon ou d'Antin

elles vinrent

au

monde sur
assez tristes

plan de Paris, en 1755;
elles

premières années furent

ne commencèrent véritablement à vivre qu'en 1740.

Cette belle et bienjieureuse Chaussée-Gaillon

ressemble

à

riiéroïne

d'une histoire romanesque
le

:

elle fut

protégée par un
;

prince, beau

comme

jour, et qui était le roi de France

elle fut

heureuse, riche, brillante,
:

et

pour comble de bonheur,
la

elle

eut beaucoup d'enfanis
;

la

rue Chante-

reine et la rue

du Rocher, en 1735
la

la

rue de Provence, qui naquit
la

en 1776 sur un égoût;
.loubert en
et bien

rue Neuve-des-Mathurins en 1778;
;

rue de
178().

1780

;

rue Saint-Nicolas en 1784
(|ui

la

rue Caumartin en
la

d'autres rues
le

ouvrirent leurs fenêtres à

lumière avant,

pendant ou après
J'ai

règne de Louis XVI.
la

hâte de pénétrer avec vous dans
les

rue de

la

Victoire; mais vraisi

ment!
et
si

rues qui environnent

la

rue Chantereine sont
si

nombreuses
curieuse
l'école

galantes, elles
(pie je

me semblent
le

riches en souvenirs

dune

histoire,

vous demande

la

permission de faire un
la

peu

buissonniére, à travers

quartier de
livre,

Chaussée-d'Antin.
célèbre mademoiselle

[/on

a déjà parle, les

dans ce

de
(jui

la

Guimard

:

mais, par

baladines sans esprit

sautent sur les théâtres daujour-

d'hui, on ne saurait trop parler

un théâtre d'autrefois
(pli

:

dune spirituelle danseuse (|iii dansait sui' mademoiselle Guimard, cette charmante Danaïde
le

versait à pleines
le
lit

mains, dans des gouffres insatiables, dans
le plaisir,

luxe,

(bus
bise,
li('>tel

caprice, dans

les Ilots d'or et
la

d'argent de
(]haussée
-

iM.

de Sou-

conslruirc en I77'2, dans

rue de

la

d'Antin, un
le

et

un théâtre dont
païen

les

ornements étaient adorables;
Kragouard
a ('vo(pi('r,
cl les

[leintre

Kra^onard avail passe par
decdrateiM
palette, les
(pii

là, et

était

un artiste délicieux, un
la

excellait

sur

compie marine de
se

sa

AuKturs mal appris

Venus mal
a la
le

habillées.
a

Le prince de Soubisc
Irinjilrilf
>itii
'•Il

s(Uig('a

tout

naturellement

rapprocher du
;

'l'criisiiliiiic,
il.

ipi'il
(le

avait

donne
cl

sultane-lavoritc

il

installa

li.iiciii

MIS

l;i

MIC

r.\i(ii(lc,

marcclial

-

sultan

y

mourut

I7S7.

lUli:

DK LA
t'l;iil

\

ICTOIHK.
(•luuiiiaiili'

10
(1;iiis(MIsc
ii

Mad('iiu»is('llc (idiiiuiid, (jui

11110

1(>| >erii.

avait assez d'esprit
salle

pour être une
'rerpsiclinre
,

iliainiaiile

comédienne chez

elle
la

:

la

du Temple de

ton le [tleine des arisloci'alies de

cour

rx^x^^i^Mi^T?

et de

la ville,

applaudissait Iden des lois au talent d'une nouvelle Sylvia
:

(pii disait, à

propos des petits cliers-d'ieuvre de Marivaux
!

('esl le co^ui

ih'voilc par res[)rit

— Quel jtdi
siècle.

m(»l p«iui'

uwc danseuse!
céda plus lard au l»an(pMei
lianes
:

A

latin du

xviii'

l'Iinlel

de inadcmoiselle Ciuiniaid lui mis en
(pii U)

loterie, et

gagné par nm- grande dame
hagalelle de cin(|
vingt livres à
la

I*eri-egaux, [xuir la

cents mille

le

hillel

de

loterie avait coulé cent

madanu;

la

comlesse iMilaul made
,

moiselle l*errégaux épousa, dans
le

maison de mademoiselle (inimard
conimenca nue loillanle

gt'm'ral

MarmonI,
lortune.
le

el

.M.,lac(pies Lallilti; y
liilur

cl

Inmmalde
politique,
187)0.

(lertes! le

maréchal, dm- de Haguse. n'avait
\aincre en

pas devine (hins

((immi>, dans l'associe de son heau-pere. un humnu'
(pii

un depiile, un ministre du peM|de,
a la

devail

le

une (Iharle

main.
(pii

Le magniti(pu'

In')!)-!

ptuMe aujoind'hui

le

n

7.

dans

la

rue de

la

(vhaussee-dWnlin,
jolies

a ele

hahile, a des eptMjnes liien ditVerenles. |iar deux
a la nntde
:

l'emmes,
la

|iar

iUnw l'emmes
;

IMadanu' Hecanner et ma-

dame

comtesse Lehou

l'une, qui est déjà vieille, se souvient et se con-

tiO

KLJE
iliiiis

l>i:

LA

\

ICI 01 IMv
;

soie,

sa Tlu'l»aid«'
Im'IIc,

niulaiu'

de rAl»l»ayt'-aii-Hois

l'aiitit',

(|iii

csl

eiR'oii.' jt'iiiie cl

ne se considéra jamais, [tane

(lu'clle se

souviendra

liMijonrs.

La

cité

d'Antin a elé bàtic sur les ruines de
:

l'iiôlel

i\v

madame

de

Montesson
daij,nia

madame

de .Montesson avait beaucoup

d'esjjril,

Iteaucoup de
(|in'

talent et lieaucou|) delionte; à ces causes, elle méritait riionneur
lui faire

Louis

XM,

en

lui

peiniettant d'épouser un princ<;

({ni

n'était rien

moins

(ju'un

duc dOrleans.
en 1810,
ave«'

Dans

les

premières amu'es de l'empire, l'hôtel Montesson appartenait
;

an célèbre lournissenr Ouvrard
d'Aulriclie; le maria;,fe de

il

était

occupé par l'ambassade
à l'aiii-

Napoléon

Marie-Louise coûta cher

bassadeur autricbien
rem[>ereur

:

au milieu de
il

la l'été

splendide qu'il avait offerte à

et à l'impératrice,
(|ui

vitpérirla princesse de Scliwartzemberg.
la salle

dans
ijui a
la

les

llammes

incendièrent

du bal; un jeune bistorien,
l'aire

plus d'ai'gent que de raison, s'est efforce de
cette pauvre princesse,

expier à rem|)ire

mort de
L'illustre

par

la

débâcle de Waterloo! Jac(|ues-

du moins de l'esprit. Lamoignon-Malesberbes a vécu dans la rue des Martyrs la tragédienne Dumesnil demeurait dans la rue Blanche; les frères Rnggiéri
le-Fataliste avait
;

rd)ri(iuaient leurs pièces d'artifices

dans

la

rue Saint-Lazare; un évèque

de l'ancien régime, M. de Talleyrand, se maria en 1797, dans un petit
hôtel de
Iloracc'
la

rue Tailbout; enlin, dans

le

monde

d'aujourd'hui,

Talma

et

Veruet, mademoiselle

Mars

et

mademoiselle
la jolie

Duchesnois ont
la

laissé (le glorieux souvenirs

de leur passage à

rue de

Tonr-des-

Dames.
(lest
la

galanterie qui a
la

pendu

la

première crémaillère
:

,

dans prescpie
(jui

toutes les rues de

Chaussee-d'Anlin

après
le

la

Guimard,

ruina

le

prince de Soubise, voici laDuthé qui ruina
vieux
les
cpii

comte d'Artois,
les

voici la

Der-

avait juré de ne ruiner persoime, en se promettant de recevoir

aumônes amoureuses de
de
la

tout le

monde. En 1770,

deux plus beaux
jolies
les

Inilels

rue Chaiitereine api)artenaient à ces deux

femnies,

de galante mémoire; sans doute, elles voulurent purifier

fonds secrets

de leur opulence e(|uivo(|ue, en contribuant à
ipiartier, d'uni; m>uvelle ville.

la

décoration d'un nouveau

La rue (Ibanteicine débuta d'une façon admirable, dans ses relations
publiipies avec
le

grand nu)mle parisien

:

elle obtint,

du hasard, sous

le

règne
a

d(;

Louis XVI, l'insigne et amusante faveur d'olfrir nu pied-à-terre
à

deux célèbres personnages,
la

deux voyageurs étrangers,
du mépris
se

ipiil serait in-

pisie de lleiiir de

luèun; peine, c'est-à-dire
:
1

ipu' l'on doit

au
;

meusonge

et

au cbarlalauisme

un de ces

hommes

nommait Mesmer
la

l'autre avait
I

nom

Lagliosiro.

II

.imieii a\(i(al an parleiiieiit del'aris.

un ancien minislre de

Iles-

wiiiù
kiiinilioli,

[)i:

LA vurroiuK

21
île

un
le

(»l>st'iv;ilciir(le

licmcoiip d'cspiil. un liishwicn nMU|)li
iilalau (lai^liostro

lincssc,

M.

coiule Heuyuol,
cli

sexpriuie en ces tenues, dans ses Mé:

moires inédits, au sujet du
«

.'

•'

»
->

la conu-die medioere, assez gros, avait le teint olive. le cou fort eourt, le visaj^c nuid, orné de deux gros yeux à fleur de tète, et d'un nez ouvert et relroiissé. il portait une eulotte rouge, Té-

Il

semblait moulé pour
il

le n'.le

du

si(j)ior

Tidipuno, dans

italienne;

était d'une taille

pée engagée dans les has(|ues de l'habit, et un ebapeau bordé, avce une

»

plume
»

blanelie.

Uu

»
'<

événement

des prestiges de Cagliostro était de faire connaître à l*aris un (pii venait de se passer à l'instant même à Vieniu', a l'ekin
;

ou à Londres
consistait en

»

mais il avait besoin pour cela d'un appareil cet appareil un gbdie de verre, rempli d'eau claritiée et pose sur une
;

» «
-

table. Cette table était rouverte

couleur rouge

les signes cabalisti([ues
il

Cet appareil prépare,

(ui étaient brodés en des rose-croix dw degré suprême. fallait placer à genoux, devant le globe de verre,

d'un tapis fond noir

»

une voyante, c'est-à-dire une jeune personne qui aperçût

les

scènes

^-f^^KÀ^}^-

» » «

dont

le

globe

allait

olbir

le

tableau,

el

(pii

en

lit

b>

récit;

mais \\w

voyante
lion
:

étail difticile a

trouver, parce

^\u"\\

y

fallail
(jni

plus d'une coudi-

la

jeum' personne devait être d'xww pureté

neùl d'égale

ipie

.

^21
(les ani;rs,

Itn:
("'lit'

1>K

LA

VICTOlUlv
1rs ii('ii>

>.

(•('Ile

iice SDiis uiie ((Hisk'lliiliim (loiiiicc, axoii

>

délicats,
.'

un

^iiiiid (oiid

de

seiisil)ililé...., cl les yeiiv

Meus.
y(Mix lixcs
siii' le

\/,i

iciiiie iiiii(tccnl(!,

on

la

voyante ayenouillc(! cl
:

li*s

'>

j^lolie

rcni|di d'eau

,

révocation c.oinmeiicail
d<'

rcvocalcnr appelli;

les

"

génies, par nii concours d'einhlènies el
soiiinie d'eiilrer

[)aroies cal)alisli(|ues, et les
les

»

dans

le.

plohe el d'y re|tresenler
venir

événenienls passés
il

.

(|u'on

ignore, on ceux

à

donlon vent avoir connaissance;
les

parait

'

(|ne ce jen n'aninse

|)iis

dn tout
leni'

génies; (jne^pierois l'évocatenr sue

» "
"

sangelean pour vaincre
si,

résistance et n'eu vient pasàs(ui lioinuMir;
ils

au contraire,

les

génies cèdent, alors

entrr'ul |»èle-uiéle

dans

le

globe de verre: l'eau s'agite et se trouble;

la

vctyante éprouve des con-

>'

vnlsions; elle

s'écri<' (pi'elle voit, (|u'elle va voir, et

d(Mnand(!

à

grands on
la la

"

cris (pion la secoure; elle

tombe

el roule |)ar terre; (Ui la relevé,
;

'

soutient en

l'ace

du

gb»l>e, treuiblante et eclievelee

l'évocatenr ne

"
" "

tient pas (piilteà si

bon niarcbe:
(pie
l'cui

il

laut (|u'elle reccuinaisse les person(|u"ils

nages de

la

scène

veut voir, ([u"(dle accuse les babits

p(MMeut, les gestes

(|u"ils

l'ont,

et répète enlin les par(des cpi'ils pn»à travers d(;s
si

"

n(MU-ent

;

on obtient tout c<da avec beauctuip de patience,
séance,
porte

>'

conliusions, des grincements de dents, des convulsi(Mis
la lin

Tories (ju'a
lit. >

"

de

la

(Ui

la

voyante à demi-uu»rte dans un

Om'bpu'S-unesdes
se passèrent dans

^vi-ucsprestii/iciiscs,
la

dont parle M.
à

le

C(uule IJeugnot,

riu'

(Ibanlereine,

peu près
uuuide

à

une

e|»o(pMi

ou
en

madame dn
trois classes

DelVaud
:

disait à si's

amis

:

.Noire

pcMit se diviser

les trcuupeuis, les

triunpès et les tr(uu|)etles.
ba((uet magueli(pie de

n y a cpu^ la

Du globe de verre de (lagliostro au main du niagn<'tisenr.

Mesmer,

il

Onebpu's mois avant son apparititui Iriompbale

a Paris,

Mesn)er

n'était

(pinn simple étiuliant de Vienne, un disciple assidu de Swieleii, un jeune
liomnu' tout plein d'uiu' exagération spirituelle, qui
tation, ius(pi'a
la

allait

ius(|u"à l'exal-

violence; c'était, c(uunn;

l'iuil

dit

ensuite ses amis, un

pauvre malade
cbeC de

(pii avait la lièvre t(uile l'iwiuée.

Le nu'decin de Vieniu'
le

n'était ni

nu

siu'cier, ni

un

l'on, ni

un misérable

:

la l'auM'iise soci<'té

de Vllannoiiie était un docteur savant, un

lliéorici«;n

audacieux;

iMesnu'i- viudiil decou\rir, à

Iml ou

à raison,
(|u
il

dans

uiM- secrète iullneni-e,
le iiKif/itrlisiin; itiiinidl

un lluide c(immun, un agent uni\ersel

appela

La première jeu ru'sse de Mesmer ne
a celle

ma ne pu-

ni

de cliaruu',
et

ni d inleiel

;

ejMMpM'

,

il

s'occupait deja

de n(»uibreux Iraxaux

de tentatives

scienlili(pM>s.

eu s'appuyani des experieiu'cs de l'aslronoine Maximilien
le

Sicile
qu'il

;

il

obtint

degré

(\u

do(

l(n'al,

el

ce

l'ut

dans sa

llu-se

inaugurale

essa\a d'admettre, pour
I

la

incmiere
et

l'ois,

IliNpolbèse d Un lluide
l(>

ipn lut d'abord p(un' lui

ilerincilc.

plus lard

lluide magueti(|ne

f
r.i

K

i»K

LA

\

h; roi i;k

-i.-

Kii)MMi(lc'

l(!liii)s,

le iiouvciui

(loclcur

(loviiit
:

un nicdcciii on
lui

iiis|(ii('

,

un

s;i-

vant

illiiniinc,

un magnétiseur inlaligaMc
et les

allriiina

des

cmcs

merveilleuses,

médecins, ses conlVeres,

l'alijJiin's

d'entendie vanter
le

ses recettes infaillibles, en guise de panacées, lecomlialtirenlet

l'epons-

sèrent

comme un

im])()steur,

en l'accusant de déshonorer

la

médecine,
lU'

peut-être parce
à

(pi'il

guérissait ses malades. Bientôt,

Mesmer

lut plus

Vienne un docteur universitaire, mais un empirique ou un insensé, un fou ou un> cliailatan.

La persécution ne
le

lit

qu'auguienter encore les croyances,
petite scène de

et si je

puis

dire, rillumination

du jeune rêveur; une
la

magnétisme,
lui
|>,ir

en présence de toute

populatimi viennoise, jouée de bonne
doinia

Mesmer, ou

j)réparée par lui bien à l'avance,
l'éclat

toul-à-cou|i a

st»n

nom

équivoque d'une singulière auréole. Mesmer se promenait un soir sous les magnirnpu's ombrages du l'riitcr, ouhlianl
et à

son crédit

pour

(pu.'l(|ues

heures
:

les hallucinations
il

de ses longues veilles

;

son im;

patience était visible
tait

soudain

;

il

du pied avec une sorte de colère interrogeait de l'd'il des groupes de promeneurs,
frappait
là,

il

s'arrê-

et

conti-

nuait à marcher cà et
ainsi
l'afl'ût

dans

uiu' agitation

bien appai'enle;

il

ressemblait
l'attente, a

à

un amant

(jui

soutire

dans l'horrible purgatoire de

d'une belle maîtresse, et regrettant, avec l'heure du rendez-vous

(pii

s'envole, du

temps

et

des plaisirs [lerdns.

Eh bien! Mesmer dame jamais il ne
:

était
lui

précisément amoureux, amoureux d une grande
;

avait parle
il

mais

il

la

voyait de loin cba(|U(' jour,
v\

et

en ce

moment

encore,

la

cherchait dans les allées du l'ralcr

sur

les

bords du Danube.
ta

Mesuier s'en rcîtournait déjà du côté de

ville,

bien chagrin, bien

malheureux.
jeune
tille

lois(pril

aperçut, au

<létour d'un

massif de verdure, une
il

assez jolie, mais pauvre, faible, cJM'tive, malade;
et
la

la

i-egarda

lixemeni,

jeniie

tille,

inunobile
l'esprit

aussitôt,

baissa

les

yeux. Une

pensée subite, bizarre, illumina
occulte venaitde
lui

An docteur
jeune

:1e dieu de la science
!..

parler, et .Mesmer s'elanca sur le trépied de l'oracle
il

en d'autres termes,
la

s'approcha de

la

tille

et lui prit

doiu-enuMit

main

:

— Vous pouvez,
suis riche, par
faites ce

lui dit-il,

me
;

rendre un grand service,

(pii

ne coûtera
<'t

rien à votre délicatesse, à votre honneur.

Vous me semblez pauvre.

je
:

comparaison
et je

que je désire,
talent...

me semblez malade, et vous aiderai de ma fortune,
vous
le

je suis nie«lecin

de mes conseils,

de

mon

— Que dois-je faire — Asseyez-vous
La jeune
devant
lille,

'^

reitomlit

jeune

lille,

en tremblant.
!

là,

sur ce banc de pierre, et regardez-moi bien

s'étant assise, se mit à

contempler Mesmer

ipii,

debout

elle, absoi'bait

chacun de ses regards dans une pensée toujours

•il

fSLiK

ni-:

LA MCToiiii:.
(rniie
vol(»iil('

lomhio, toujours
ll('xil)le,

la inriiie, nii

profil

(»l>slin('r,

U'iiaoc,

iii-

inpxoniMe;

jniis,

il

promena

ses doux mains, à distance, sur le

Iront, le visage, la poitrine et les bras de la i)atiente, tantôt

vement calme,

ondoyant

abrupte, interrompu et
se rouvrirent bien des

par un mouharmonieux, tantôt par un mouvemeni saccadé. Les yeux de la jeune fille se fermèrent et
et

fois,

en lutte contre

la

fascination qui les domi-

nait; au bout de quelques minutes, la figure de cette pauvre enfant se

troubla d'une façon étrange: elle souffrait sans doule, car elle soupira à

plusieurs reprises,

et

bien

profondément;

elle

versa des larmes qui

allèrent se perdre dans les joies naïves d'un sourire, et enfin, rejetant
toiit-à-coup sa tête en arrière, elle dormit!
Elle venait d'entrer dans le

sommeil magnétique, dans

le

somnambn

lisme.

Ce n'est pas tout pour Mesmer, le somnambulisme n'était encore un phénomène précieux, (ju'à la condition de surexciter et de produire dans le sujet somnambule d'autres phénomènes et d'autres prodiges la
: :

clairvoyance,

la

vision, l'extase.
à la
fille

— A quoi pensez-vous? demanda Mesmer jeune endormie. — Je pense, répondit-elle en hésitant, à votre inquiétude de ce soir. — Vous savez donc cherché (|uelque chose, dans Prater'' — Je sais que vous avez cherché quelqu'un... — l*ouvez-vous me dire où en ce moment'!' — Je vous dirai où — Eh bien! où est- elle? — Attendez,... Non! non... je ne peux pas... n'v vois pas... — Allons! regardez encore, prés de loin de vous, partout
<|ue j'ai
y
le
//

est,

elle est...

je

vcuis,

;

j'ai

besoin de savoir où est celte dame.

Ah!

s'écria

la

somnambule,

je

l'ai

vue!

elle est

au théâtre im-

périal...

Un long niurnmre de

surprise, d'incrédulité ou d'admiration, s'éleva
(|ui

dans un cercle immense de promeneurs
de celle expérience magicjue,
\(»ir

se

pressaient au spectacle
[loinl

el

(pw Mesmer n'avait

daigné aperce-

jus(pu's-là.

Le magnétiseur

réveilla la

jeune

fiUe, lui glissa

dans

la

main (pu'bpu's
il

pièces d'argent, et s'en alla bien vile au tliéâlre impérial, où tenipler lout à sou aise la belle dame de ses pensées.

put con-

l'eu de temps après cette scène de magnétisme, (pie le hasard avait rendue publi(pie,.Mesmer res(dul de voyageren France, (ui rien ne réussit autant que le succès.
il

y eut.

dans reiigoueuient inspire
i\u

pai- le
|;i

magiielisnie au grand
i„;,oi,..
:

monde

parisien, du fantasli(pie,

\erlige el de

Mesmer
iu\enla

((unpril ad-

K'irablemenl

F'aris, .pii était

toute

la

France

il

des frivcdites

lUK
a la riiriositc,

m-:

LA

vicroiiib:.

25
la lorrciir,

iHiraciiK'iiscs. »mi sailrossant

tour-a-tour an (Icsœuvrement, a
et à la

aux préjugés

mode;

il

imagina

les farandoles aii-

lour

(lu l)a(|uel
]<ai'

magnétique, en songeant
fondée sur

à l'avenir

d'une science nouvelle,

etayée

les principes et

la |iliilosopliie.

Les dernières paroles de Mesmer ne ressemblent point au langage

suprême d'un charlatan; en 1815, près d(! mourir dans le canton de Torgau, les il voulut recommander une fois encore a ses disciples, à ses clieuls, destinées futures du mesmérisme «Amis, s'écria-t-il d'une voix inspirée, les amours créentaprès Dieu sans d(ninerl<' mystère de la vie Il faulcroire au magnétisme sans avoir su ra|)pi'olondir, comme l'on croit à la création et a la mort sans avoir su les expli(iuer !» En 179G, la rue Clianlereine eut l(i talent de s'attirer les bonnes grâces
:
!

de

la

révolution française

;

le

Directoire se laissa prendre à
:

la corpietterie
la bont<'

de son langage, de sa parure et de ses belles manières
de faire
jolie salle

Barras eut
il

(pieUpu^

chose pour

ses

menus-i»laisirs;

lui

donna une
le

de spectacle, dessinée par
le

Damème,

et

(|ui prit

nom

de

Tliéàlre-Olympiquc;
sites,
les

nouveau théâtre valut

à la rue

Chautereine

les vi-

petits

cadeaux d'amitié,

les rires et les

applaudissements de

l(Mis les

Incroyables, de toutes les Merveilleuses de cette époque galaute

qiu' l'on a

surnommée
Tallien,
(pii

la

régeiu-e de la révolution.
la

Madame

demeurait dans

rue Cérntti, assistait a
;

la })lu-

part des représentations du Théàtre-01ympi(|ne

un

soir, elle

daigna se

moîiirer dans sa loge, sous
le

le

costume un peu négligé de
fût possible, le

l'illustre Asjiasie:

lendeuïain,

madame
;

étala, le plus
la

légèrement
les
il

célèbre Ldïs

à la mode, costume déshabille de spectateurs applaudissaient eu même temps Lais el

ilécamier, qui était aussi une
qu'il lui

femme

.\spasie,

comme

convenait à de s|)irituels Athéniens de Paris.
la

Au beau temps des triomphes de

campagne
à

d'Italie,

Joséphine se
répule

hasardait aux spectacles du Théâtre-Olympique;
blicains du partei're se levaient en criant
:

son

as|»ect, les
!

Vive liiuiaparte
la

Et tout

monde dans

la

salle oubliait le s|»ectacle

de

soirée,

pour se souvenir
li(''roï(|ues.

AcMoiilcnottc, (\eMillesim(),^]^'Crc'mo^ll' et de Mundov'i,

drames

pièces merveilleuses, dont

h; mai'i

de Joséphine était

à la fois le jirincipal

auteur et

le

principal personnage.
était

Madame Joséphine Bonaparte
les plus spirituelles, les pins

uiumIcs hôtesses les plus aimables,
la

distinguées de

rue (Ihantereine; elle

\

occupait un charmant hôtel,
niit^re

(pii

avait aii|)artenu à Julie Carreau, la pre:

feunue du tragédien Talnia

Talma

et

.\ap(deon,
(pii

le

grand

artiste

qui devait régner
le

au théâtre

et

le

grand capitaine
jolie petite

devait gouverner
.

monde,

s'étaient ,uiari<'s

dans celte

maison

l'un en IT'.M.

l'autre

en ITOd.
17'.)".

Le 5 décembre'

.Napoleiui |{ona|»arle arriva d.ins son héitej de

la

^ii;

WVK
r.liJinlciMMiio
oiiltliii
:

\)K

I.

A

VICTOÏKK
l;i

nif

ce

joiir-l.i, jf riniiij^iiic poiii- sdii lioiiiiciir,
lialiitiiels,

riit' (llijiii-

Icrciiie

ses plaisirs

ses Cclcs

<;.ilaiil('s,

ses

l»aii(|iii('rs,

SCS niervciJU'iises, son théâtre et ses iiicroyahlcs,
«pie (le la gloire

pour ne

s'éiioij<ueillir

du rouquérant de
dans
la

l'Italie.

l>ès ee nioiueilt, les dépiitations et les célébrités d(^ loiiles les sortes se

pressèrent en

l'onle

rue (lliantereine
la

:

un matin,
splendidt^
jinci/icdli'ur
la

le

IMrcctoiic,

futoiire <i"un InillanI ((ulege, vint IVapper à

niodesie |»orle du gênerai
(|ne
la l'épu:

nonaparle, jiour
ldi(|ue allait ollrir

le

prier d'assister à une
l'ilalic,

l'été

an Ubéralfur de
le

au

du nmlincnt

cctfo fête patriofi(|ue eut, lieu
jtalais

10 decenihn!, dans

grande cour du
soleinielle,

du Lnxcndiourg; Na|)(dé«Mi essuya, dans celte journée
et les coniplinients

les

enibrassements de Kai'ras

de M. de Talleyrand.
le

Les ministres,
diploniali(pie,

les présidents

des deux conseils législatifs,
et

corps

les autorités civiles
,

militaires

delilérent

t(UU"-à-lour

dans

la

rue Chantereine
officielles,

pour déposer aux pieds de Bonaparte des
la

adresses

des éloges, des vers et de
le

prose, des invitations à
vit

dîner, à souper et à daus«;r;

2S déceml>re,la rue (Miantereim^
(|ui

passer

un cortège
Devant un
v(uilul

d«!

savants illustres

allaient

annoncer au général Biuiase pi(pia

parte sa nomination de
itareil

membre
la

derinslitnt.en reni[dacementde (larnol.

spectacle,

l'ue (lliantereine

d'honneur

;

elle
(pii

l'aine

(pudcpu' chose |)our un
:

héros, |)our un

grand

homme

devait

la

rendre innnortelle

Klh' reclama

puldi(piement de rantorité
et la

niunici|iale la grâce d'un luuiveau
i

haptéuie.

rue ('hantereine

olilinl

insigne laveur de p(»rler
.Ius(prau

le n(Mii

glorieux de rue de ht VirUihc.

jour de son départ pour l'EgyiJte, Napcdeon demeura, on

plutôt

se cacha,

modestement dans son

petit hédel

:

c'était,
il
:

pour

le

jeune géiM'ral, une retraite calme, tranquille,
vait

studieuse, où
ap|ielait ses

ne rece-

d'ordinaire (pu' des visiteurs d'elih',

(pi'il

amis

Monge,
B(uir-

l'ertlndel,

Laplace,
d«;

l>agrange,

Berthier,

Lefehvre,

(lal'arelly,

rienne.
et

Bernardin
;

Saint-Pierre,

(llu-nier,

Daunon, Arnault, Taliua
jjonvait deviser à
la

David

avec un pareil

entourage,

Napoléon

s(Ui

ais(!,

hien loin du monde, les pieds sur les chenets,

léle

doucement

appuyée sur l'épaule de Joséphine, de science, de

gniM're,

d'adminislra-

linn. de polilifpic, de lieaux-aris, de lillc-ralure, de Iheàlre et de pttesie.

Le genei-al Bonaparte, meud»re de l'hislilut, recul
nieur de vingt ans,
de
(

la

visite d'ini ingé-

ipii v(Miail

lui
le

sounieitre un ineiiKiirc sur les nn>vens
lit

onslniire des voûtes sous
;

des llenves

:

ce jeune

Inumne

se

Hdunnait Brnnel

il

dc\ail

réaliser,

(piaranle ans plus tard,
le l'anu'ux

les uu'r-

veilleiises théories

de

s(ui nn-nioire,

dans

Tinnii'l i\r la

Tamise.

Le

4

mai

I7ÎIS, la

sccou.le
qiiilla

fois

Bai-is

une Le gcueral en chef de l'expedilion d"Kg\|Mr pour se rendre a Tonhm, (ui l'aliendaieul lrenle-si\ nulle
(ui la

rue tlhanlereine

rue de

la

Victoire perdit

Bonaparli'.

ui
lioiiiiiics (le li(iu[M's

!•:

m;

i.v

vicioiui:.
iii.iriiis,
(|ii;iti('

27
cciils liàliiiiciils «le
-iimir;!!,

i<';4l<'('s.

dix mille

(r;ms|»(>rl cl

soixîiiilc-dmiz»!

I)àliin('iils

do «guerre. Le vaissciui

VOrient,

iiutiilf pjir

Hnicys

cl Ijonapartc
la

mil

à la voile

le

l'.l

mai. elles

prouesses
d(!

raliiilciiscs tics

soldais de

rcinihlique allaient rceommciiecr

plus

liclle.

Le 10 juin, Napoléon s'avise de prendre Malle en passant,

cl

pour se

iaii'e la

main

;

le

1"^

juillet,

il

del)ai(iue sur les côtes dKiivptc,
;

s'empare d'Alexandrie
d<'s
'25

el

marclie sur

le (^airi;

le "11,

il

^;aj,'nc la

bataille
;

Pyramides, en présence de (piaranle siècles (pii juin 17î>*.), il écrase les ennemis dans la plaine
il

le

contempleut
d'Alioukii',
la

le
le

cl

U) oclohre,
toire,
<m"i
il

est

de retour

à Paris,

dans

sa

maison de

rue de

la

\ ic-

\a préparer le scénario p(dili(pu!

du IS luiimaire.
et

Lematin
prendre
|)arte.

du PJ hrumaire. K<iuché, Sieyes, Tallcyraml
se

M(U-ean viurcnl

les derniers ordi'cs. les dernières instructions

du j^cnéral HonaSelia^sliani.
la

A

dix licnrcs, {U's cavaliers arnu's
llertiiier,

(pii

nommaient

Launes,

Mural

et

Lelelnre se i)romeuaieut dans
:

rue de

la
»

Vicloire, eu répétant à liante voix

« Il

faut jeter les avocats à la rivière!

IJienlôl une porte cocherc s'ouvrit avec violence; Napoléon, revêtu de son costume de général et moulé sur un magnilique cheval aralie, salua de la main les promeneurs, les cavaliers qui étaient ses amis et ses complaça bravenu'ul à leur tète; il rei^arda tour-à-l(uir deux plices il se
;

pistolets qu'il |)ortail à sa ceinture, et lui sahre turc cpiil avait
a sa taille pai- n\\ [letil

suspendu
le

cordon de soie rou^e; euliu, Hcmaparte donna

signal du départ,

el

celte [tetite

armée d'amliitieux

se mit eu

marche
le

pour

aller

l'aire la dil'ticile
la

campa«;ne de Saint-llloud.

La rue de

Vicloire perdit

pour toujours, au IS hriimaiic,
le

^rand

homme
saliuis
lU'

(pii

lavait ancdilie

par

souv(!uir <>lorieux de

ses premiers
les

tri(unphcs.

Lu
pas
la

le

\oyant s'installer, avec sa nouvelle |iuissance, dans
et

du Luxemhourj;,
à j^arder

plus tard dans

le

château des Tuileiies,
(|ui

(die
la

s(Hiiiea

raiHiine au s(ddal amhitieux

venait de

(|uilter
la

sans
la

prcNcnii'.

A chaipu"

halaille

du consulat

cl

de l'emiiire,

rue de

Vicloircï

s'empressa d'ouNrir toutes ses

l'enèti-es.

pour mieux

entendre
de
Ib

la

voix

(\vr^

crienrs publics qui aune uuaient les pr(»dijies h croupies

ma parte et de
ISIT», la
,

Na|»(deoii. .Mieux (|ue cela,
la

vraiment
j;biire

!..

un

joiii'

du mois
et

de juin

rue de

Victoire, lidéle à
l,i

la

de rem|»erenr

de

rem[)ire

essaya de s'embuiuir avant
la

nuit,

alin de

pouvoir douter

encm'c, juscpi'au lendemain, de

delaite suprènu' de Waterloo.
la

En

ISIO.

la

riu'

du Mont-lUanc,
jiré,

rue (lernlti el

la

vuv de

la

Vicloire
(dles se

reprirent, bon

i^ré, nuil

leurs anciens
:

muns de baptême:
iiie
el

laissèrent appcder de nouveau

rue de

la

(^haussee-d'Anliu,

d'Artois,

rue Lhanlcreine

;

des etraiii^iMs, des cosaqiu-s, des traitres

une

IJes-

lauralion venaient de passer par la!
.\pres la

uuul du maréchal Ney.

la

lamille de

l

illustre et

malheureux

iS
soldat
elle
(le
l('iiij)ii'('

UUE
se retira

l)K

I.A

\

ICTdllU-:.
d(;

dans une maison

la

iiie

Cliantereine, on

wrul

en pleiii'ant une éclatante inCorlnne et en es[»éi'ant des temps
:

nnnlleurs. La famille du niareclial était pauvre
reine vil passer avec bien
d(> la

En

1H20,
la

la

rue (llianle-

joie le

jenne priiu'e de

Moskowa, bras
riche bampiiei-

dessus, bras dessons avec un boniu'le
de Paris, avec un citoyen populaire
('[Kniserune
Si'rvait
i;loire.
fille
:

homme, avec un
le

prince de

la

Moskowa

allait

de M. Jac(pn's Lalïitto; cette fois,

du moins, l'argent

à (pielqne

chose

d(.'

noble

:

la

linance venait au secours de la

Ce mariage
la l'iK^

fit

graïul bruit à
et

la

e,(Mii('t à la ville

Le peuple joua, dans
libiirale,
fille (|ui
:

Chantereine

dans

la

rue d'Artois,

h; rôle

de l'opposition

en chantant l'éloge d'un jeum- honnue et d'une jeune
liaient;

se uia-

un pareil éloge
ci

était

bien simple et bien naturel
cpii

le

peuple s'in-

téresse

tout ce qui est jeune, à tout ce
illusti-e

est beau, à tout ce qui est
le

honnête, à tout ce qui est
fils

Oui, mais ce jeune bouunc était
la

d'un maréchal de l'empire, tué par

Restauration; cette jeune

fille

était l'héritière, l'enfant

d'un noble parvenu, d'un ami de IMauuel, de Cad'un des acteurs les
(|ui

simir Périer, du gém'ral Foy,
cette

])his

applandis de

fameuse comédie des (piinze ans
:

|»romettait
la

un dénouement
la fille

révolutionnaire

le

mariage du

jtrince

de

Moskowa avec

de

M. Jacques
tocratiques
J'ai

Laffitte, devait efi'rayer les

maîtres couronnés et les hùtes aris-

du pavillon Marsan.
tout à l'heure le général

nommé

Foy

;

sa vie et sa

mort ne sont pas
:

tout-à-fail étrangères à l'histoire de la rue Chantereine

le

célèbre ora-

teur demeurait dans
iiôtel
(jui

la

rue de
la

la

Chaussée-d'Antin
la

,

au u° 02, dans un

fait l'angle

de

rue de
le

Victoire.
IH'iô.

Le général Foy mourut
journal qui portait
disait en
la
le

28 novembre
le
il

— Le

lendemain, un

drapeau

plus éclatant de l'ojjposition libérale
:

peu de mots,

comme

convenait à une douleur sincère

«

Que

France se couvre de deuil;

elle a

perdu un grand citoyen

:

le

général

Foy est nu)rt! » Le ménu! jour, um;
blier la

fenilb; i)ubli(pu', i)lns royaliste;
:

que

h' roi,

osa pu-

phrase suivante
»

«

Le général Foy est mort; M. Henjamin

Constant se meurt.

Les funérailles du célèbre députe eurent
enfants, se pressaient

lieu

le TA)

novembre
la

:

plus

de cent mille personnes, des étudiants, des femmes, des vieillards, des

dans

les

riuîs

Chantereine et de

Chaussée-

d'Antin, pour saluer l'ombre d'un (Mtoycn i»atriote.

Dès

le

matin de cette grande

et triste

journée, toutes les bouti(pn's
(pii

furent fermées, dans lecpiatrième arrondisseuM'ul,

avait eu l'iummuir
:

de nonimcr
I

le

gênerai Foy nuMubi'e de

la

Chambre des dépntés

les

mar-

II,

unis de

l'ai is,

en iS'iV en I77'(,en I7ir>,ne sClaienI pas avises de

lUiE
l'Ciuli'e

HE LA VICTOIIU:.
;i

1'.)

un

itar<'il
l't)!!

li(iiiim;it;t'

(riiiii^iislcs

(icriiiits,

;'i

des

iiiiijt'stcs

de

l;i

veille, (|iic

appelait Louis XVllI, Louis
)nil

XV
;

et

Louis \IV.
coins du poeket (lasiuiir
le

Le couvoi se
IN-rier.

eu uuirelie à une

lieur(>

les (|uatre

elaieut teuus i)arie général MioUis, le due de Clioiseul, >léeliin

Au nombre
;

des riches voitures

(|ui

snivaieni onicielleuM'Ut

cor-

billard, iigurail
était all'reux
il

un carrosse de

Lonis-l'bili[»[ie,

duc d'Orléans. Le
;

teni|)s

pleuvait, à ne pas jeter
(pii

nu

traître à la jMute

une pauvre
|)ril

leninie du peuple,
à dire

priait sur le seuil de la

maison mortuaire, se
:

avec une

inuig(; (pii était

de circmislauce

Il

plnil

/(

clKiiKlcsIaiiiu's!
la [tel
i

A

l'issue de la cérenuiuie t'unebre, (|ui eut

lien

dans

le

église

Saint-Jean, au laubourg Montmartre, des étudiants, de vieux soUlats, des
notables, des ouvriers, se dispnlerent
1

honneur de

portei'
11

jusqu'au IN'ic
unit;
le

Lachaise les dépouilles mortelles dn gênerai Foy.
cortège immense,
(jui

était déjà

représentait
le

la

patrie aux l'nm'railles d'un grand
(|u'à
la

homme, ne peindra dans

cinuMiere

Ineui' des torches;
la

des

clartés douteuses donnaient quehpie chose de mystérieux à

dernière

scène de cette imposante solennité patrioticpu'.

Méchin, Teriianx
chantes pai'oles sur

et (lasimir l'eiier tirent
la

entendrt; de indiles et tou:

tomite.

du général Foy
encore
a la

l

ne pierre tuuuilaire leur
[)alrie et

servit de tribune, [)our parler

France de

de liberté

1

Benjamin Constant,
n'eut pas
la

([ni

avait prépare l'oraison lunebre de sou ami,

force de lui adresser
le Ixu'd

trouva mal, sur

de

la l'osse, et

un dernier adieu; M. Uoyer-Collard se M. Viennet prononça un discours
les

eu vers, interrompu bien souvent par
Je ne veux ni
m,'

soupirs et les larmes du

poète;.

dois ojiblier, à [iropos des funérailles du général Foy,

l'inspiration }»oéti(pu' d'une jeune femun', de
(pii est

mademoiselle Delphine Gay,
le

aujourd'hui

madame Emile
:

de (liiardin. \o'ni

chant funéraire

de

lu Mtisc

de la jialric

l'icurcz. Français, pleurez; la patrie osl

ou deuil
;

.'

IMcurcz
lit

le

défenseur que

la

inorl vous enlève

vous, nobles guerriers, sur un inuel cercueil.
1

Disputez-vous l'iionneur de déposer son glaive

Nous ne l'cnlcndrez

})lus.

i'oraleur retloiilé,

Dont

l'injure

jamais ne souilla l'éloquence.

Celui qui, de nos rois respectant la ptiissance.

En
Le

fidèle sujet parla
Ciel, lui

de liberté
la

:

décernant

sainte récompense,
.'

A commencé
Son bras Son front pur
^e sent
Hier,

trop lot son immortalité

libérateur dans la
s'est

tombe
le

est esclave

;

glacé sous

laurier vaiiuiiu-in-

;

Et ce signe sacré, cette étoile du brave,
plus palpiter son creur!
ses jours la

quand de

source tul tarie

r.d

IILIK
La
l'iaiicc.

DK LA VH;
la

I

ni

lil.

en

le

voyaiil siir

couche

('•Iciulii.

liii|)lorail

un accent de

celle voix chérie...

llélas

!

an

cri |)laintir jeté
l'ois (|u'il

par

la

pairie.
I

C'est la

première

n'a pas ré|)()ndii

A|)n''s ;ivnir iileurc

nu

i;i'iiii(l

ciloveii.

In

Fr;nicc

liliéi'iilc

H'oiiMi;! p.is

s;i

jeune famille

;

la

France de eette
:

('ixxine lui lienreiise

dans

la disli ilniiion

de ses bienlaisanles largesses
reux de Salins,
général Koy,
(|ni

elle

adoptait en

même lemps
libres, et
les

les

malheu-

les

(ifecs (|ui voulaient èlre

enlanls du

étaient panvi'es.
la

Le (juarlier de
railh's

LIianssi-e-d'Aiilin se ghniiie d'avoir assisté aux lum':

s(dennelles de deux grands tribuns po|)ulaires

Mirabeau

r.l

le

général Foy.

— Le premier mourut sous
d'nm' monarcbie;
la le

le

règne de Louis \VI, en emle

[lorlant le deuil

second expira sons
général

règne de

Lliarles X, en ]iredisaiit

cbutc d'une royauté.

OiH'bpu's nntis a|tres
retour
à l'aris,
:

la

mort de .\ap(deon.

le

Herlrand

,

de

vint babiler raneien hôtel de

Talma, de

l>ona|iarte et de
le

.lose[)liin(;

la

rue Chantereine,
l'Italie,

(|ui le

se rappelait em:ore avec, orgueil

jeune coïKjuérant de
l'ami lidéle
([ni

salua
le

imble pr(»scrit,
{\[i

le

compagnon dévom-,
!

avail l'ecu

dernier son[>ir

gi'and em|)erenr

en

revenant en Fi'ance, avec l'admirable lestament de .Napoléon, legem;ral
lîertrami aurait cru rêver tout éveille,
dil,
« »
"

si

une voix

proi»lieti(pH'

lui avait

an

mmi

de

la

France

:

Le

7 juillet 1810, tu nuuileras
la

sur un(i

(régate

Iraucaise, avec

un

prince, avec un IJcmrixm de

bianche cadette, pimr

aller cherciiei" les

restes mortels de t(m em|)erenr.
»

Lel) octobre, tu reverras
et

l'ile

de Sainte-lleléne, et tu montreras
le

à tes

»

(-(unpagmms de voyage
(le
»

d'Inmnenr

chemin

(pii

c(M)duit au

tombeau

»

JNap(deon, an sépulcre de ce nonvean demi-dieu! 15 ocl(»br(^ tu smileveras
,

L(!

d Une

main li'emblante,
l'aveui'

le

lincenil de
s'il

'>

satin (|ui envelop|)e le c<n'ps de ton ancien maitr(^ et ((unine
sait au ciel
(jui

[dai-

» »

de
l'ait

i'ain*

nu dernier miracle, en
la

d'un grand litunnutapparaiira
tout

a

tant

de prodiges sur
,

terre,
|tar le

>ia|»oléon

»
»

entier,

recimnaissable
le

respecte

temps

(pii

n'aura point ose

sans doiile
»

réduire en poussière.
tu

Le 15 décembre,

rentreras dans
la

Paris a\('c

U)\\

empereur;
di;

le

"
"

soleil d'-Viisterlil/, illinnim-ia

dernière marche triompiiale
le

.Na!..

poleon

;

le

peuple criera sur ton passage: Vive

gem'ral Bertrand

»

pour

le

iiMuercier d'a\<iir ser\i, d a\oir aiun-, d'avoir a(bné ton maître
;

»

jus(|irà s(m <lernier jour

et

alors senlenu'ut, tu |)ourras nnuirir!

»

L'hédel du général Meiirand est occupe aujourd'hui par M. .lac(pn's(',osle;
les jardins

de celte residemc bisloriipn- appartieum-nt
les

à

l'établissement
le [tins

des .Neolbcrme>;

riches m.dades,

(pii

^c l.iissenl \i\re

agréable-

HIK DE
iruMit
(|ii'il

l,A

VICTOllU:
rastiiciisf
ni;iis(tii

ôl

leur est

|>ossil>l('

(l.iiis

(('Itc

de saule, s"alialiitalioii voi-

iniis(Mit

à

loii^ncr Ions les matins,

snr

la tcrrass*'

(lime

sine,

nn
M.

vieillard,

nn poète, un aeadéniieieii,
un'il se plait à relire

(|ni fenillette

chaque jour,
:

an milieu des
c'est
d(^

lletirs, les
le livre

(l'uvres spiiilnelles de sa jenni^sse

ce poète,

Jony;

en souriant, en se souve-

nant, eu regreltani peut-être, c'est nn v(diinie de /7w-/»/^w/e /a Cliaussopd' An tin.
Il

n'a fallu rien
le

moins que

la

révolution de ISr»0, jtonr rendre à
la

la riu>
ipii

(Ihantereine
était sa

nom

glorieux de rue de la Victoire;

rue d'Artois,
le

sœur
Laffitte.

|»ar alliance, a

reçu des trois journées
la ru(>

nom

populaire

de rue
de
la

La jusiice du peuple a permis à
la
:

Lallilte et à la ruv

Victoire de se donner

main, connue

il

sied à
lois,

deux bonnes papeut-être, l'argent

rentes, à deux lionnes amies
et

pour

la

première

l'honneur ont trouve
L'hahitaut
le

le

moyen de
le [ilus

vivre en famille.
lidêle
,

plus ancien,
est

peut-être
(huit la
la

le

|dus heureux de

la

rue de

la

Victoire,

nu pauvre savetier

miserahie echopiie
rue de
et la

sei't

d'antithèse à nn hôtel magnili(|ue, tout près de
;

Cdianssee(\cs fois,

d'Antin

il

travaille
,

eu chantant

,

il

chaule tout

le

jour,

hien

sans (huile

il

rap|)elle, à (piehpie
:

riche voisin celte j(die fahle (pie nous

((Uiiiaissous tous

Le Savetier
le

et le

Financier.
la

Depuis longtemps,
la

théâtre ()lympi(pie de
haiiis;
la

rue (Ihaillereine

a

(ole

place

à

une mais(Ui de
à

l'ntvideiice préside à toiiles lescoiii-

lunaisons,
la

toutes les melamorplioses de ce

monde

:

l'eau tiède a lave

salle

de speclacle du Directoire.
de tapage iioctuiiie,
la

(Ihassèe du Ihêàtre ()lyinpi(|ue, p(»ur cause
t;alaulerie a pris sa helle i(d»e et

son c(Uirage

a (\en\

mains

:

elle a

tra-

versé

le

ruisseau de

la

rue de

la

Victoire; elle s'est rehigiee dans une
siinioiiiinee le théâtre Chaiitereine.
la

vilaine petite
salle

maison
était

(pie

Ton

a

La

(Mympi(pie

wwo Merveilleuse;
jouer

salle

Lhantereine

est

une

Lorette. Les actrices de ce thêàlre ne sont d'ordinaire (pie de gentilles
et folles

conitMliennes,

(pii s(»iigeiit

à

la

comédie heancoiip plus
dans rinterêl de
les
la

a la

ville (pie

sur

la

scène; elles s'avisent de

]ilacer,

coillu-

(pietterie eldela c(mvoitise,le piédestal

d'une femme sur
à

planches

minées d'un spectacle
ler,

;

il

|dait à leur

jeunesse et

leur heantè de spécu:

en riant, snr
r(')les

les illusions

du monde draiuati(pie

à leurs
iioiir

yeux,

les

plus beaux

ne sont (pie des occasions charmantes
des prétextes admirables pour étaler nue

montrer
nou-

iiiiejolii^ ligure,

loiletle

velle,

(huit

la

foriiie

emporte
a
la

le

lond. Les grandes actrices du théâtre
la grisette,
(Uit
et

Lhantereiiie tiennent

fois

de

|)ar

leui-

éducation, de

la

comédienne, par

la

variété des lôles (prelles
:

joués, de

IMamm Lescaut.
bohémiennes,

par rabondance de leurs caiiriccs
(pii

ardentes

infatigables

laissent l(miber à cliaipie pas une agrafe de leurs robes, dans les

r,'2

UUK DE LA VICTOIUE.
iiito iiiiiiiito

hrimssiiillos dos cliomiiis do travorso, sans avoir sciiloineiif la pudoiir do

pordro

pour

roixtiior loiir cointiire!

I>a 1110

do

la

Vicloiro sorail toiit-à-l'ail lioiirouse, n'otaiont do corlains
(|iii

bruits anli-niolodioiix jour, ot
(|ui

la

rovoillonl le
le

iiiatiii, (|ui
:

la

fatiguent dans

le

ronipôcliont de dormir

suir

elle se repent,
la

mais trop

lard,

d'avoir fi'ûc un do sos plus hoaux liôlols à

fal)ri(jue

ûq pianos et de

pianistes de Messieurs llortz

;

ces deux l'alnMcanls-professeurs ont établi

dans

la

rue de

la

Victoire une maison nieuld(''0, à l'usage des concertants
do,

de Ions les pays et
nnisi(|iie

toutes les écoles
à

:

on

j)eul dire (pi'ils
:

logent

la

au jour
les

et à la nuit,

pied et à cheval
le

cotte petite industrie

leur a

donné
de

moyens ûr courir
elle est

cachet, on voitui'o.
à sentir,

l^a ru(^

la Victoii'c
;

commoiu'o

avec

le

])oids

de ràg(%

le

besoin du repos
et <lcs
le

cahno, Iranipiillo, (h'gontoe dos plaisirs bruyants
liolas
!

grandeurs eclalanles de ce monde; parfois,

ooninio je vous

disais lout-à-rheuro, elh; est troublée;,

dans sa

lutble (|uiotude,

par

le

rolentissenu'nl é(piivo(|ue dos clavecins de Messieurs Hertz; mais,
pareil cas,
cllo
l'oi'mo

en

bien vite sos doubles vtdots; elle
Victoire se repose sur sos lauriois.
i'ii

se

bouclio les

(MM'illes, et la l'uo

de

la

La riM'de

la

Victoire no croit pas

hi

nunl do Napcdeoii.
Loi
is

Lrni.M'..

tS^

FsT pendant le calme des nuits, au tauefour désert des grandes cités,
([uej aimerais à voirie pliilc^sophc
et
1

historien venir évo(|uer les sou-

\eniri5

des temps passés et étudier

a\eclec(Pur, autant(|n'aver l'espril.
les \eiités

de l'histoire.
est

Duiant ces heures où tout

ombie
'

et

silence,

l'imagination,

dégagée des distractions des sens
et
s

aidant seulement de

la

mé-

^)

mone, peut reconstruire,
chantement,
ont
(jiii

iiaren-

]y] j

^i

les

g^i^= du temps
[

et la

choses que la main main des hommes

fait

disparaître.

A

ces

édilices

^ous environnent, l'obscurité semble donner la noire empreinle
des ans, et trompé par cette vague

appaience, vous vous prenez natulellement à peupler ces demeures
a^ec les idées, les habitudes et surtout les passions des. hommes
jadis, ont passé par là.
(jui,

Certes,
Ihe.itie

il

n'est pas au nutudc un

plus favorable

pour rereactivement
le

AOii

de semblables impressions que
si

te vieux sol parisien,

lemue
lia\ail

dejuiis

des siècles par

incessant de toutes les pas-

sions humaines.

Que de crimes que
!

(le^eltus!

(pie

de

tristes

et

mer-

.Vi

HUE SAINT-ANDRÉ -DES-AKTS.
souvenir est enloui dans cette poussière

veilleuses histoires, dont le
(ju'ont

accumulée tant de ruines! Bien souvent, il m'était arrivé de parcourir avec indinércnce une de ces rues parisiennes qui par leur aspect banal, semblent tout d'abord n'avoir rien à dire à la pensée, ni même
,

devoir arrêter

la

curiosité des yeux. Telle
:

me

parut longtemps

la

rue

Saint-André- des -Arts

rue modeste, honnête et sans physionomie qni,

se ralliant par sa double extrémité
la

aux quartiers de

la

vieille

cité et

de

nouvelle

ville

,

ne réfléchit ni l'originalité pittoresque du faubourg
riche et aristocratique coquetterie du faubourg Saint-

Saint-Jacques, ni

la

Germain.

Une

fois, le

hasard voulut que je traversasse ce lieu vers une heure

avancée de

la nuit, et,

chose étrange! je ne sais quelle nouvelle vie anima

tout-à-coup les objets autour de moi.

Des souvenirs se réveillèrent
d'un charme inexprimable.

en

mon

esprit, pleins d'un intérêt puissant,

Qu'il a fallu

peu de chose pour créer ce rêve de
le

mon

imagination

!

d'abord, c'est

pas cadencé et sonore d'une patrouille qui passe lenc'est

tement au carrefour voisin;
au loin dans
bords de
la

quelque soudaine clameur qui retentit
latin; ce sont encore, vers les

les

profondeurs du quartier

Seine, de confuses rumeurs, qui ressemblent aux derniers
fête.

murmures d'une

Ces soldats que j'entends, ne sont-ce pas les archers
les a

du guet? Ces clameurs lointaines, qui
écolier de Montaigu ou de Tregnier,

poussées? quelque turbulent

éveillant de ses cris les pacifiques

échos de
droite,

la

rue Saint-Jacques. Enfin, ces rumeurs qui m'arrivent à
Y Hôtel de Nesles,ie crois les reconnaître.

ma
!

du côté de

Mais silence
et

respectons les orgies de

mesdames Margnerite, Blanche
roi

Jeanne de
plai-

Bourgogne,
sirs

belles-filles

du

de France

:

il

ne faut pas se mêler des

des grands; imitons

la

prudence des bonsbourgeois, endormis dans
couvre-feu a sonné à l'église paroissiale
les jour-

leurs discrètes et silencieuses demeures.

En

effet,

depuis longtemps

le

de Saint-André. Dormez en paix, bourgeois, pauvres gens, car

nées sont rudes et fatigantes par le
le

temps qui court. Voilà que, depuis
de Saintla

matin jus(pi'au coucher du
a

soleil, votre haut-justicier, l'abbé

Germain, vous
roi.
lel

tenu

la

hallebarde au poing, hoi's
le

poterne des murs du

Les étudiants sont descendus vers
voler
et

Pré-anx-Clercs; surcot, manils

déguenillés, blasphème en Itouche, rapière en main,
larrons,
le

vienneni,

les

poisson de l'abbaye, au canal de la Petite-Seine.
les privilèges

Bourgeois
l'Eglise

manants, défendez

de notre sainte mère
des archers de
l'or-

Allons,

vous avez été braves,

comme

donnance royale: vous avez dignement versé votre sang; l'Université a battu en retraite! Dieu et monseigneur l'abbé de Saint-Germain vous benissenl,
le

poisson est sauvé

i'\

mainlenant, dorniez en paix jusqu'à
;

demain, bourgeois de Saiul-Andre

la

poterne de Saint-Germain esl fer-

RUE SAIÎNT-ANDRE-DES-ARTS.
mée,
les

35
tilles folles

chaînes sont tendues aux carrefours, ribautls et
:

ont

retrasné la cour des Miracles

Dormez en paix sous

la

sauve-garde de

votre très-redouté et puissant

monarque, Philippe-le-Bel, de son ministre
de messire Etienne Barbette, prévôt de
la

Enguerrand de Marigny

et

bonne

ville

de Paris.

L'origine de la rue Saint-André-des-Arts, en entendant par

un

lieu

habité, remonte aux temps les plus reculés de la monarchie. Felibien et
Jaillot veulent qu'elle ait été

percée sous

la

troisième race, sur

le ter-

Luas ou Lias. Elle aurait même, dans le principe, porté ce nom. qui ne serait qu'une altération des mots Li arx, le palais ou la tiladelle, dont on a fait plus tard, en revenant à la véritable étymologie, ars, arcs, et qu'on écrit maintenant arts, par une très-fansse application. Le voisinage du palais des Thermes, dont les jardins et dépendances
rain dit de
:

s'étendaient sur le terrain qu'occupe aujourd'hui cette rue, nous fait adopter celte opinion de préférence à celle de Saint-Foix, qui attribue l'origine de ce surnom aux boutiques d'armes de guerre et surtout d'arcs,
établies en ces lieux.

Quoi

qu'il

en

soit, l'existence

proprement
à l'époque

dite de la rue Saint-André-

des-Arts,

comme

partie inhérente de Paris, ne date véritablement que

du régne de Philippe-Auguste,
le

où ce prince
en
les

fit

entreprendre

mur

d'enceinte, sur

la

rive droite de la Seine. Jusque-là, ce qu'on apêtre,
elYet,

pelait rue de Lias

ou Laas, ne devait

qu'une réunion de
Saintet

quelques pauvres maisons habitées

par

serfs de l'abbaye

(lermain-des-Prés, abandonnées à l'approche des bandes normandes, maintes fois saccagées ou brûlées par ces féroces aventuriers.

Comme
de
la

nous venons de

le dire, la

rue Saint-André-des-Arts prit enfin

physionomie

et de l'importance

en se réunissant

à la capitale,

par

l'ordonnance royale de 1190.

Un peu

plus tard, cette valeur s'augmentait

encore parla création de
les

l'église paroissiale

de Saint-André-des-Arts, dont
il

constructions furent commencées en l'ilO, et dont on voyait,
les ruines à l'endroitoù s'étend la place

y a

quelques années,

du

même nom.

Depuis
église.

le

xvr

A
la

cette

siècle, il ne restait guère que la nef de la primitive époque on en avait reconstruit les autres parties, et

même
église,

façade principale n'avait été achevée qu'au xvir siècle. Cette
fut

supprimée en 1790,
Raison
et

un des théâtres où se célébrèrent les

folles

fêtes de la

de

la

Liberté. Elle a été démolie ensuite dans

un

intérêt de salubrité

pour

les quartiers avoisinants.

Dulaure, dans son Histoirede Paris, ditqu'elle renfermaitles tombeaux

de quelques
familles de

hommes
et
la

illustres, entre autres les sépultures

des célèbres

Thou

de Conti. Plusieurs de ces personnages durent sans

doute habiter
ce

rue qui nous occupe.

Nous n'avons pu nous assurer
Coitier,

si

de

nombre

serait le

fameux Jacques

médecin de Louis

XL

doiil

50
les

HUE SAliM-ANDKE-DES-AHTS.
cendres reposaient dans une des cliapelles qui
sa vie.
lui

avaient api)artenu

durant

Une autre chapelle

était

ornée d'un ex-volo, placé par Arson origine, joua

mand Arouet,

frère de Voltaire. Cette église, depuis

toujours un assez grand rôle dans ces luttes de juridiction ecclésiastique dont se préoccupaient
si

vivement nos pères,

et

dont

le récit a si

peu de charmes pour nous

:

l'on doit

naturellement supposer que
,

la

rue

Sainl-A)idrê-(les-Arts, rue essentiellement paroissiale
ricale,
prit

hourgeoise et clé-

une part
daigne

active à toutes ces petites querelles de sacristie
à

dont

l'histoire

peine nous parler. Nous eussions hien vite re-

noncé

à notre projet d'appeler
s'il

un véritable

intérêt sur la rue Saint- André-

des-Arls,

nous eût

fallu fouiller

dans de semblables ténèbres pour

en extraire seulement, à force de recherches et
d'aussi pâles souvenirs (|ue les querelles

môme

de suppositions,

d'amour-propre des abbés de

Saint-Germain, de Sainte-Geneviève
duire tout au plus
la

et

de Saint-Séverin, et pour repro-

monotone
l'objet

et insignihante

physionomie de quelques
le

moines, clercs ou bourgeois, animés par de petites passions et par de
petits intérêts

dont

nous échappe. Mais voici venir
:

sombre
il

règne de l'infortuné Charles VI
l'aris,
qu'il n'y a

tant de calamités s'accumulent sur

pas dans cette ville un seul pouce de terrain où

ne

soit rencontré place

pour un malheur. C'est

la

rue Saiiit-André-dos-Arts
la

qui verixi jouer

le

premier acte du drame sanglantqui mettra
et

couronne
,

de France aux mains de l'étranger,
va s'attacher

désormais, au

nom

de cette rue

un grand

et éternel souvenir. roi

L'état de

démence du
lin.

Charles VI a livré
:

la

F'rance à toutes les dé-

vorantes ambitions des grands du royaume

de ces ambitions naissent

des crimes sans
fortune de
la

Deux
:

factions surtout se lèvent

menaçantes

jiour la

France

ce sont les factions de Bourgogne et d'Armagnac;

elles déchirent le ])euple

en s'entre-déchirant elles-mêmes. Ce n'est pas
la

assez pour
sein

la

haute noblesse de promener

dépradation et
les

la

mort au

du pays, de multiplier de toutes parts
rétrograder
la civilisation
;

désordres, de faire en

<iuel(|ue sorte

il

faut

que ces indignes Franintervenir l'étrangei'

çais poussent l'oubli de tout devoir jusqu'à

faire

dans leurs misérables querelles. Ainsi,

les

premiers feudataires du
à la bataille

royaume abandonnèrent sans honte
d'Azincourt, et les princes du sang

la

bannière de France,

eux-mêmes entrèrent en négociation
la

avec

le roi

d'Angleterre.

Déjà l'on avait vu l'exécrable ambition des grands, pendant
de
sailli

minorité

Uouis, s'appuyer sur l'Anglais pour attacpu'r ce jeune roi, et sous

Jean-le-IJon s'unir encore à l'Angleterre, pour soulever Paris contre
le

dauphin

:

maintenant

ils

font

si

bien, (pie l'infortuné Charles VI
et

va

déclarer

s(»n lils

indigne du Irône,

(pi'un

iiifàme traité,
l

le

traité de
et

Troycs, va consiurcr cette spoliation, en instituant

étranger régent

HUE SAliM-ANDUE-DES-AUTS.
lierilier

57

de

la

couronne de France. Le triomphe du

parti

bourguignon

d'Armagnac amena définitivement ce triste résultat. Que tout l'odieux en retombe donc à jamais sur la mémoire du duc de Bourgogne et de sa com\)\ice haheau de Bavière ! Malgré les crimes du connétable
sur
les

Bernard d'Armagnac,

l'histoire

aura encore (jucbpie chose à

lui la

par-

donner
Ce

:

il

rachela du moins les fautes de sa vie, en mourant de
la

main

de ceux qui eurent
fut

honte de vendre et de livrer

le

royaum(\
la

dans

la

nuit

du

'28

au 29 mai 1418 que s'acconïplil

victoire

des Bourguignons, prélude de l'invasion anglaise. Le seigiu'ur d(! l'IsleAdam, comptant sur l'appui de la populace, et surtout des compagnies de bouchers et d'écorcheurs assassins, aux gages du duc de Bourgogne, se

présente avec huit cents honnnes sous les murs de Paris. L'entrée de
porte de Bnci est livrée par Perrinet-Leclerc
,

la

qui en a dérobé les clefs
la ville.

sous

le

chevet de son père, un des quarteniers de
faveur de l'obscurité de
le

A

la

la nuit, la

troupe de l'Isle-Adam s'écoule
le

silencieusement

long de

la

rue Saint- André-des-Arls, gagne

pont,

el

arrive jusqu'à la place
tieux.

du Châtelet, où l'attendent déjà douze cents
se portent

sédi-

Tous

réunis,

ils

tumultueusement vers

Vliôtel

Saint-Paul,
à

parlent au roi, et décident l'insensé à
tête.

montera cheval

et à se
le

mettre

leur

Pendant plusieursjours,
l'i

la

désolation, la terreur,

carnage, régnè:

rent dans Paris. Le

juin, les fureurs n'étaient pas éteintes

les prisons

furent forcées; les plus notables bourgeois, deux archevêques, six évéques,
plusieurs présidents, conseillers et maîtres des requêtes, furent
et précipités

assommés

du haut des tours de la Conciergerie et du grand Châtelet. Des écrivains ont prétendu que la bourgeoisie parisienne, irritée des excès commis par les troupes du connétable d'Armagnac, dans la ville et
dans ses environs,
le pire,

et

ne sachant plus de deux
les

maux

quel était en réalité

se jeta

unanimement dans
la

bras du duc de Bourgogne. Nous ne

pouvons croire que
bourreau de
plus probable
parti contraire.

saine partie de la population ait

pu pactiser avec ce
;

la patrie,
(juc;

non plus qu'avec
sympathies de
tout, ce parti

les

misérables à ses ordres

il

est

les

la

bourgeoisie étaient acquises au
le

Après

comptait dans ses rangs
les

dauphin
les plus

de France, l'ennemi né de l'usurpation étrangère,
chevaliers qui, comme
la

membres

respectables du clergé et du parlement, enfin, tous ces braves et loyaux

Tanneguy Duchàlel,
el jetèrent si
la

suivirent avec tant de constance
la

bannière de Charles Vil,

hardiment leur épée dans
Si,

ba-

lance où se pesaient les destinées de
laure, d'après

France.

comme

le

prétend Dule

un

soi-disant témoin oculaire,
estais,

on eût trouvé dans Paris,

50 mai 1418, gens do tous
enfants, portant
le

au nombre de deux cent
la

mille, sans les

pour signe de ralliement
il

croix de Saint-André, qui était

blason du duc de Bourgogne,

faut unicpiement attribuer cette
la ville

démon-

stration à la terreur

répandue sur

entière.

38

RUE SAl^T-ANDKE-DES-AllTS.
Une
fête

nalionale, à laquelle présida véritablement

un unanime enle

thousiasme, fut celle qui se célébra dix-huit ans plus tard,

12 novembre
:

1459; ce jour-là, après avoir enduré tous
la

les

maux

possibles

la

guerre,

famine

et la peste, Paris ouvrait ses portes à
lui la paix, l'ordre et

son

roi légitime,

rame-

nant avec

l'abondance.
la

A
sous

cette
la

heureuse époque, nous voyons reparaître sur
.

scène des événe-

ments
la

nie Saint- Ajidré-des- Arts Tremblante et condamnée au silence
fer

main de

de

la

tyrannie étrangère, elle va enfin solennellemenl
l'a

protester de son horreur pour la trahison dont le contact
statue élevée parles

souillée.

La

bouchers à Perrinet-Lederc, sur

la
:

place Saintle

Michel, est renversée de sa base et honteusement mutilée
pité

tronc déca-

en

est irainé \y\squ à la

rue Samt-André-des- Arts, et par dérision, on

en

fait une borne, à quelques j)as de l'endroit où s'accomplit la trahison. Dans ses Essais historiipuis, Saint-Foix dit avoir vu cette borne adossée

à la

maison qui

fait le

coin de la rue Saint-André-des-Arts et de la rue de
sera devenue
écrite

la Vieille-Bouclerie. Qiu;

pierre? Personne sans doute ne

lésait, et cep(!ndant on doit regretter sa disparition.
histori(pie de cette

Quoique
il

l'origine

borne

soit loin d'être authenticpu',

suffisait, ce

nous

semltle, (pie les préjugés
(pi'cMi

du peuple fussent arrêtes

à cet

égard, pour

n'spcclàl ce curieux

monunuMil

:

il

y a

une aussi grande leçon dans

UUE SAINT-AiNUUE-DES-AUTS.
les

.'9

souvenirs duiincs au crime, (|uo dans ceux accordés
il

à la vcriu.

Seu-

lement,

eût fallu inscrire sur
les

la

pierre

infamante, au-dessus du
:

nom
est

obscur de Perrinet,
et

noms de

ses illustres complices

le

duc de
crime,

Bourgogne

Isabeaude Bavière. Celui qui, par calcul, commande

le

plus coupable que celui qui l'exécute par aveuglement. Cette rudelecon,

«lonnée un siècle et demi plus tard à la dangereuse ambilion des grands,
aurait pu, à elle seule,
si

Dieu n'y avait pourvu

dune
la

autre manière,

em-

pêcher bien des crimes de plus, durant
lémy.

la fatale nuit

de

la

Saint-Barthé-

On

sait
le

que par un hasard providentiel,

derdounée au chef des

massacreurs,

duc de Guise, pour ouvrir

la

poite de Biici, nappartenail

pas à cette porte. Ainsi fvu'ent sauvés les malheureux protestants restés

dans

le

faubourg Saint-tiermain

et à qui ce retard

donna

la la

facilité

de

s'enfuir.

Tandis

qu'il traversait avec sa
le

troupe d'assassins

rue Sainll'Es-

André-des-Arts, peut-être

duc de Guise,
fùt-il

traître à son roi,

ami de
le

pagne
voué

et

ennemi de
et

la

France, se

tout-à-coup arrêté devant
fut, lui aussi, traître à

nom,
roi.

à la

honte, de ce duc de Bourgogne qui

son

ami de l'étranger
Vers
la fin

ennemi de sa patrie du xviiT siècle, un certain
de
la

!....

soir de l'année 1784,

ici

même,

à l'extrémité vait la vieille

rue Saiiil-Aiidré-des-Aris, dans ce carrefour où s'éle-

poterne de Buci, six cents voitures richement armoriées aux

blasons des premières familles du royaume, se pressaient

bruyamment;

de tous

les

points de

la ville,

la

cour
la

et la

noblesse

de France allaient

soutenir de leurs applaudissements

première représentation du célèbre
:

Mariage de Figaro! Eh!

mon

Dieu, oui

tous ces grands seigneurs vont
,

voir traîner sur les planches
le

('.'un

théâtre, la morale, la religion

les lois,
si

gouvernement, tout ce qui

fait

enfin la force des états

Oh!

dans

ce

moment,
«

à quelques pas

du théâtre, sur la statue renversée de Perrinet.
il

se fût assis
fût écrié:

un

homme

inspiré de Dieu, et que d'une voix tonnante,
la

se

Graiuls de la terre!
et

corruption de vos

mœurs engenil

drera

le

mépris des devoirs

des croyances; du vice au crime

n'y a

qu'un pas. Prince de Conti, dont j'aperçois passer l'orgueilleuse
qui vous êtes
fait
le

livrée, et

triste

héros de ce jour, votre blason sera ignomiviolés,
et

nieusement brisé;

les

tombeaux de vos pères seront
et

leurs

cendres jetées au vent;
(jui

vous, ministres, seigneurs, abbés, magistrats,
le

passez,

le

sourire sur les lèvres, la gaîté et l'insouciance dans
le

cœur,

vous tomberez en coupes réglées sous
Si

fer

du bourreau
France,

!

quelques-uns échappent à

la

mort,

ils

n'auront plus, fatale destinée!
la
»

d'autre ressource que de s'exiler bien loin de

et

d'aller

mendier
neuf ans

contre leur patrie les vengeances de l'étranger.

L homme

qui eût parlé ainsi, on l'eut traité de fou, eu 17Si

:

plus tard, on aurait reconnu que c'était

Comme

nous l'avons

dit

un sage. en commençant, cha(|ue

partie

i\\\

s(tl

parisien

40

HUE

S

A I N ï - A N D n É-

DES

-

A

II

TS.

est une mine inépuisable en souvenirs el en traditions. Il nous eût lallu un volume entier, pour donner un développement complet an travail que

nous venons d'entreprendre sur
n'est pas sans regret

la

seule rue Saint- André-dcs- Arts;
laissé,

ce

que nous avons

dans l'ombre,

les figures

intéressantes
les

du respectable Claude Léger
la

et

deux célèbres curés de
de
lettres,

paroisse Saint-André.
traits,
la

du fanatique ligueur Aubri, Nous eussions voulu
pliysionomie de plusieurs
habitèrent
la

également esquisser,

en quelques

hommes
récit,

habitués du café Procope, el qui

rue

Saint-André-des-Arts.

Nous eussions
les

volontiers
à

donné

place, dans notre

aux aifreuses inondations de 1495;

l'histoire

du fameux cluh
;

apoUonien, où figurèrent
à celle

noms de

Rozier, de Fontanes et de Cailhava
fut
si

de

la

maison de jeu qui, dans ces derniers temps,

fatale

aux

jeunes gens de nos écoles; enfin, en fouillant

les

mystères des

vieilles
eût-il

maisons groupées auprès
nous e\issions

d(^

la

rue f.'it-le-Cœur, peut-être nous

été facile de retrouver qucbpies pierres oubliées par le tem|is, et avec lesi|iicll('s

recctnsiruil,
foiil ciilirre.

par

la

pensée,

la

physionoiuie archi-

Icchiralr de ikiIic rue

Mais dans un sujet sérieux, placé entre des souvenirs
(|ua
la

(pii

ne parlent

curiosité et des souvenirs qui renfermeni de graves instructions,

nous
ainsi
,

av(»iis

cru devoir exclusivement achtpler ces derniers.
lui

Eu

agissani
la

nous pensons avoir appelé

^n'aud

(>l

vérilable intèi'èt sur
l)i-

rue

Sainl-.\iidré-des-.\rls.

Cassk.

lue

des

Arcii

Kiie

PldncliB

Uài\

u

nord de

r,Miti((ii('

(itc it.niMciiiic
|,i

l'ilOii
y

loin (les niiiis de

Mctiopnic
passe
le

%'«t aussitôt apreb
"'

a\oii

pont ^'otle-J)am(^

l'on cntic d.ins
1

une rue d une longue eleudiie.

1

M
'Ij

qui, assez étroite d'aboi d, \a

fim-

jours

en

s'élargissant

à

mesure
la ville.

qu'elle s'éloigne

Cette rue,

(Hii

du centre de change cpiatre

lois

de

noni,niais dont les deux |)lns grandes
parties portent celui de Saiiil-Mar//'//,

doit evideininenl son (uigine au
a ete

culte dont ce grainl martyre
r<d>jet,

de toute ancienneté, j)armi

nous. Des levT' siècle, inn- chapelle dédiée à Saint-Martin s'élevait sur
le terrain (jui est conqn-is de m>s jours entre l'église Saint-Merry et
la

Seine, et le

laulMung on

elle se

trouvait. Taisait

depuis longtemps

partie de

la ville,

quand

les

:\or-

niamls
a la tin

le

détruisirent entièrement
ix*

du

siècle.
x'
,

mières années du
es ruines

Dans les prequand toutes
Paris

que

les

invasions des Noraut(Uir de

mands causèrent
l'urenl relevés, le

lauhonrgdu nord.

42

KUE ET KaUHOUIK;
se rétablit l'un des premiers.
fnt habité

placé sous rinvocatiuii de Saint-Martin,
Il

par tous ceux qui se livraient aune iiulustrie dont l'exercice
la ville

au milieu de

aurait été préjudiciable à
à

la

santé publique. Cette

poj)uiation, déjà

nombreuse

cette

époque
Grève

,

occupait l'espace compris

entre

la rivière et les

premières maisons de
entre
la

la

rue Saint-Martin;
et la

elle s'é-

tendait le long de la rivière,

rue Saint-Denis. Les
le

deux rues Planclie-Mibrai/
centre.

et des Arcis

en traversaient à peu près
la

Sur

le

bord de l'eau l'on trouvait

grande

jtldcc

au Veau,
;

et la

Tuerie; un peu plus haut à gauche

la Triperie, la Graiiile-Bunclierie

elles

étaient derrière le Chàtelet. l*uis à droite, en se dirigeant vers la Grève,
r«ui rencontrait les

tanneurs,

les

pelletiers, les couteliers et tous les
la

états qui se

rattachaient au

commerce de
:

boucherie. Deux églises
la

s'élevaient au

milieu de ce faubourg

à
tlt

gauche au bout de

rue des

Arcis,
et à

Saint-Jac(jues,

(jue sa situation
la
le

surnommer de

la

Boucherie,

droite au

ciuumencemeut de

i-ue

Saint-Martin, Saiiit-Méderir,
;

qui fut désigné généralement sous

n(un de Saiul-Merry

la

rue de
,

la

/^/rc//cm/;/er/« qui est aujourd'hui la rue

des lîlancs-!\lanteaux

n'était

pas loin

:

les

conoyeurs

«levaient

tout

naturellement donner

la

main

aux bouchers.
Cette

population qui,
la

antérieurement à l'invasion normamie. avait

trouvé place dans
l'île,

première enceinte de Paris formée en dehors do
lit

fut

comprise, mais avec une plus grande étendue, dans celle que
le roi IMiilippe-Augiiste. Ainsi,
la

au commencement du xin' siècle,

tamlis
la

que

la

porte de cette première enceinte était située à
la

hauteur de

rue N'euve-Saint-Merry,
trouvait devant la rue

porte de l'iMiceinte dite de Philippe-Auguste se
elle s'appelait Porte-Saiiilet

aux Ours ou aux Dues;
était

Marliu, et

le

mènu' nom

donné en I^ôi

en

l'2'(7

à

la

rue

«pii

conduisait de cette porte à l'église de Saint-Merry. Cet espace doit
être considéré

donc
regm*

comme

la

plus ancienne partie de

la

rue dont j'essaie de
le

retracer l'histoire; c'est

pounpuu sur
la

le

vieux plan, gravé sous

François 1",

elle est

appelée

(iraud'-Uue-Sainl-Martin.
relevée innné-

i/anli(pn' chapelle dédi(M' à saint Martin ne s'était pas

diatemeut,
<lc la

mais en
(|ui

IIHitI,

le

roi

Henri 1" fonda un
la ville,

jirieuré
et (|ui

au milieu
fut célèbre

(am|)ague,
le

suivait ce (piartier de

s(Mis
attira

nom

de Stiiut-Marliu-des-(-liaiuiis. La richesse de ce prieuré
une;
la

autour de ses murs
(h^

piqiulatron ncnubreuse

(pii établit

sa de-

meure des deux côtés
monastère
l'2'20
l'i
;i

grande voie c(Uiduisant vers

le

nord au

«h-

Saiiit-Laui'ent. C'est ainsi que,
se

dans
la

l'intervalle des

années

ir»(>r>,,

forma

la

seccuide partie de

grande rue Saiul-Mariin,

(\\\v
l.i

le iirieiire et

toutes ses dépendances

s«î

trouvèrent tellement joints

a

\ille,

«|u'on s'empressa

de de

les

y

faire entrer.
et
la

En

17)5(1, les

suites

mall:eui-('iises

de

la

lialaille

l'oiliers,

[)résen<'e

des ennenns

sAi.\T-.M
jiii

AU

ri.\.
la

ir»

cculrc

(lu

royaniuu, aviint

lail

ciaiiidir ptiiir

simcIc

'I(;

la

(

ajùlalc,
;

l'on conniieiira au midi ciMiinic au niu'd à eu claif^ir rcncciiitc

di*

ce

dernier
liout

càt(!

l'on

creusa des fosses,

Ion dressa une

niurailh;
,

tout au

des

déperulances de l'aldiaye

Saint-Marliii-des-Clianips
el llui;it('s

qui se

trouva ainsi cnelose dans Paris. (Iharles V
la ville,

Auliriot, prevùt de

achevèrent, quel(|nes anni'cs plus lard, ces lorlilitalions fait's

à la hâte.

Sur

le

terrain occu|»e aujourd'hui jiar
la

le

lioulevarl

et les pre-

mières maisons de
carré avec des

rue Saiul-Marlin

,

l'on

voyait en

lôSâ un édiOcc

murs d'une
face

<>rainle t'paisseur,

surnnuitè d'une plale-lornic
et

crénelée. Cet édifice était tlanqué à la face extérieure de (piatre ttmrs

de deux
|)ont

à

la

intérieure.

On

y arrivait

du coté de
et

la

ville

[uw un

en

maçonnerie, divisé en
la

trois arclies,

par un ponl-levis du
cette
pcuti;,
à

côté de

campagne. Des remparts élevés })rotégeaient
delà Portc-Saiut-Murtin
encore en
était

droite et à gauche; et le terrain enc(U'e très en pente aujourd'hui, où est
situé \e théâtre
,

occup*' par (piatre ukmi-

lins à vent, qui existaient

Ui'iO, ainsi (pu.' l'indiipie

un

jilan

de

Paris gravé à cette époqniî.

Les envahissements successifs de
[)nes de

la

grande

cajjitale

ne devaient pas

s'arrêterlà. Déjà sur ce plan de Ki^O, l'on voit

deux rangées non interromou tard

maisons qui vont

d(î la

Porte-Saint-Martin jus((u'an monastère de
ti'it

Saint-Laurent.

On

devine (pu' ce m»uvean fauhoui'g fera partie

de

la ville;

c'est ce (pii arriva des

années

1(57(1 à

1(»75.

Les anciennes
disparui'cnt
la

hu'titications

de Charles V, aliandonn(''es depuis
!(>

la

Ligne,
autorisa

peu

à

peu; un arrêt du c(mseil, du
et en

mars

1(571,

continua-

tion des boulevarts depuis la Porte-Saint- Antoine juscpi'à celle de Saint-

Honoré,

1G74

la vieille

Portc-Sa'nil-Mnrtiii fut renversée.

Connue
le

à

cette épo(jue Louis

XIV

venait de remporter des victoires dans
linlet,

nord de
j)as

l'Europe, on éleva, d'aînés les dessins de Pierre

cpu'hpies

au-dessus du terrain occupé par cette porte, l'arc-de-triomphe
trouve aujourd'hui. Depuis cette épo(pie,
d(''jà

(pii s'y

le

fanhonrg

(pii suivait,

connu

bien avant

le

xvr

siècle,

sous

le

nom

de faubour;/ Sdiiil-Laurviil,

échangea ce

nom

contre celui de Saint-Martin, et se joignit de plus en

plus, à ce quartier de la ville. Les constructions s'y nniltiplièrent, et à la
tin

du xviir

siècle,

il

était presqu'anssi

peuplé

qiu'

de nos jours.

(jnant aux denx petites rues

de Pldnrlic-Mihrni et desylrc/s, elles

paraissent avoir toujours existé. AntérieureuuMit à lid^, épo(pH* où fut
construit
le

pont >iotre-Dann\ quand on voulait se rendre de
il

la

Cité au

nord de

la ville,

fallait

traverser

la

Seine sur nu petit
le

p(Mil

de hois dont
de
fort

l'origine précise n'est pas bien

connue; on
le petit

nonnnait
la
la

les Plunrlies
l'a

Mibrai, parce qu'il passait sur

hras de

Seine, ainsi (pu*

hiemVii Baoul de Preslcs, i\nns
la (in

i>;\

traduclitui de

Cité de Dieu,(pii date de
clironitjne'i!' (dlici(d

du xiV

siècle.

René Mare, moine de Veinhune.

,

A\
tic l"i;iii((»is

lUIK
I",
('\|ili(|iit'

ET lAlHOIlUi
de ce
iKtiii.

.iiilicmciil ItMit^iiU'

Voici les xcrs (|m'

r<iii

liHiivc à

et' siijcl (liiiis

son

|iociii('
lu

iii.imisciil iiililiilc le lion l'rincc:

h'cnipcroiir \\ul ])ar

CoiilcIU'ric
la

Jusqu'au carfour noiiinié

Vannerie.


Tel

fut jadis la

Plancln- de

Mibmy.
inav
(f'itnqe^ boitf)

nom
le

porloil

pour

la \;i^ne el le

(lellé

de Sevne en une creuse tranche,

Kntre

ponl que

l'on passoit à

planche;

Et on

l'ôloît

pour

eslre en seureté.

Le nom de

la ])etite

rue dos

Arrh
^/c

est loin

de s'expliquer nnssi aisé(|ue

ment que

celui de la Plaiiche-Mihvay.

Sauvai nous dit bien
il

dés

l'an-

née IIÔO, cette rue s'appelait
toutes étroites qu'elles nous

Arsioiiibns, m;ùi^

ne donne aucune
furent cependant
(j(U'

raison de celte d<'sijinalion. Les den\ rues Phnirhc-Mihvaij et des Arris,
paraisseift aujourd'liiii
,

élargies en 1675. Avant cette époipie, elles ne forniaieul

deux petites
l'on

voies qui r«uiduisaient à

la

grande rue Saint-VLirtin.
le

A

gaurlie dans

la

rue des .l/v/.v,en venant par

pont JNotre-Danie,

trouve un terrain assez vaste rempli par des constructions modernes, qui
s(Mit pres(pM' toutes

occupées par des revendeuses de linges on de vieux
est terminé par

UH'uMes.Ce terrain
à

une

petite ])lace, sur laquelle s'élève

main gauche

uiu' tour trés-liaute et

d'une architecture semi-gothique
siècle.

(|ui

date des premières aimées du

xvi*"

Cette t(Mir est la seule
et qui,

partie restée debout d'une église

longtemps célèbre

sous

le

nom

de

Sdiiil-Jiinjiii's-hi-lhnirlicric

,

servit

de pai'oisse à tout ce (putrtier de
la

la ville. L'(ui

ignore

la

date précise à hupuMIe remonte
:

première fondepuis long-

da li(m de cette église

il

est à croire (pi'elle existait déjà
elle
(>st

temps vers l'année 1110, épo(pie où
(In

désignée dans une bulle

pape

C-alixIe

H. Cette

église, construit(^ à diverses reprises de])uis le

milieu du

x\r siècle jus(praux |)remières années du xV, était surtout
la

remaripi.dile par

posili(m (pTelle oc(ii|iail au milieu de ce (piarlier

p(»-

pnlenx, liabilé par des artisans de buite nature. I.liisloire en est

inti-

meuuTit

liée à celle

de l'ancienne bourgeoisie parisiemu», dont
le

elle fait

coimaitre et les usages et
o|>posé à
la ru(^ la

luxe.

I>e

portail élail situe à l'orient an côte
s'élevait

des

ylrc/.v.

Un cbicher
la

au septentrion,

à

peu près

en face de
eliiieul

tour

(pii

existe eiu'ore.

Le

clui'ur de l'église et

son chevet

plus rapiiroclies de

rue des Arris, dans bupu-lle aboutissait une
la

petite ruelle (|ui coiuliiisaila
lée la porte de
la

porte occidenlale de Sa i iit-,1 (trrjiirs i^^u^-

Virrrr-im-LdU.

Au

septentrion, et donnant sur

la

rue des

Écrivains, une aiilre petite porle a\ail clé remplacée par un
Niriilns l'himcl avait
l'ail

pculail (pu*

bàlir eu

1.7.)',!.

(.)n

sait (pu' cet habile artisan

occupa longtemps
ictpierir par

\\\w petite ecliop|)e
el

dans

la

rue des Ecrivains:

((u'il

sut

>on lra\ail

l'Iiabilele

de sa conduite une fortune considé-

Rue Saint-Martin.

Tour Saint-Jacques-la-Boucliei

ie.

SA
raldc, ce qui lui «jmse
(|iu'

i,\

r-.MAirn.N.
au
lunnltrt'

\r^

les alcIiiiuislL's le ((miiilciciil

des
l'or.

Souffleurs , a^svi.hcy\Vi'u\ poiii- avoir découvert le grand aride Taire de

Flamel, devenu riche, <-onlriliua de ses deniers à l'éreclion de plusieurs UKUiuments de piété. Son église paroissiale lU' pouvait être; oubliée outre
:

le

portail dont je viens

<le |>arler, il

londa une chapelle dans l'intérieur,
lisait
«

à laquelle

d'abondantes aumônes étaient attachées, (rest ce qu'on
le pilier

dans l'inscription gravée sur
>'

au-dessus de son lonibeau
par son lestaïueiil
(ju'il a

:

Feu
de

Nicolas Flannd, jadis escrivain,
cette église, certainc^s rentes et

a laissé

à l'ienvre

» » » »

maisons

ac((iieslees et achetées

de son vivant pour

l'aire

service divin et distrihiiliniis d argent, <liacnn
les
»

an, par aumôru'

,

loiichanl

(Juinze-Viiigts, llùld-Dicti,

el

autres

églises et hôpitaux de Paris.

.Vu petit p(utail,conslruil par Flanu'l, l'on voyait la statue de cet écri-

vain;

il

était

représenté

à g(;noux,

avec une rob»; longue,

la

tète

nue,

ayant

à

son côté uneécritoire, attribut de son nuHier.L'on
la

y voyait encore
:

une image de
(lit

Vierge avec celte inscription d'un côté
:

Arc Maria
Il

soil

à icnlréc, et de l'antre

La

Vii'rtjr

Marie

soil ri saluer.

y avait aussi

au

même

portail

un

|)etit

ange

sculi)te, (|ui, à l'époque
:

l'église a été dé-

truite, tenait
»

dans ses mains un cercle de pierie
d'or

«

Flamel, ditriiistorien

A(\

Sainl-.larijues-la-liourheric, y avait lait enclaver
lilet

un

rtnid de

marbre

» » » » » »

noir avec un

lin

en l'orme de croix, (jne

les

personnes pieuses

baisaient en entrant dans l'église. La cupidité moins vive ou plus re-

tenue autrefois, avait respecté ce
siècle et demi,
le
le

]>etit

morceau

d'or,

pendant pins d'un
ne put y tenir, et

mais au milieu du dernier

siècle, elle

ciseau dont les mar(pn's subsistent encore, lui employé pour enlever

marbre

et la croix, ipii n'ont point repaïu.
a

»

Nicolas Flamel, en fondant une chapelle

sa

par(»isse, et
fait

en reconsuivre

struisant à grands frais une des |>orles d'entrée, n'avait

(pn;

un exemple

fort

en usage

à l'cpociiie

il

vivait.

Ainsi l'église de Saint-

J arques étaitcntonree d'un grand nondu'e de chapelles,(pii. presi pie toutes,
avaient pour fondateurs un riche bourgeois des environs. La position de
cette paroisse, au milieu d'un des (piartiers les plus

ccunnuTcanls

{\\\

vieux

Paris, fut cause (pi'elle a été

1(>

siège de plusieurs cmifrèries, auxipndles
vit

appartenaient diiïerents cor|)s de métiers; on

tour

à

tour dans cette

église, la Confrérie de la yativilé Nolre-Seii/ueur,

|i(un' les

maîtres bouet

chers, celle

de Saiiit-Jeaii rKraïKjélisle, pcuir

les peintres

selliers,

celle de Sàinl-Mirliel \w\\v les chapeliers, celle de Saint-deorfjes, \h)\w les

armuriers, celle de Saiiil-Fiarre \wuv les bomu'tiers, enlin,
de Sainte-Aune, Saint-, Jarfjues
voulaients'y
affilier.

les confréries

el

Saint-Léonard,

poni"

tous ceux qui

I>ans

la

seconde moitié du xvm'
il

siècle, plusieurs

de

ces confréries étaient détruites, mais

en existait trois aiitres sons

l'in-

vocation de Saint-Nicolas, du Saint-Sarremenl et de Sainl-Cliarles. Lu

i(i

liUE

ET FAUIU)UUG

confrérie de Saiiil-Mcolas était priucipaleineiiL consacrée aux clercs, atta-

chés

comme

aides ou serviteurs aux curés ou autres prêtres titrés. Cette

confrérie, établie en 149"2, était norissantc en

1496
la

;

car, cette année-là les

membres représentèrent dans
tère

lun^
le

maison de

rue des Arcis, un mysra[)-

ou jeu de Saint-Nicolas

:

fond du sujet était connue nous
:

|)rennent les comptes de la conlVérie

un changeur qui
et le

s'en allanl en

voyage, bailla son argent à garder à Sainl-Nicolas,
retour.

retrouva à son

Le culte divin,

tel (pi'on le prati(inait

an moyen-âge, était merveilleula

sement approprié
lionnnes laborieux

à

l'esprit simple,

à

foi

sincère mais crédule des

(jni fré([nentaieiit l'église

de Saint-Jac(|ues-de-la-I]ou-

clierie. Ainsi, le jour de Pentecôte, au moment où l'on chantait l'hymne du Veni-Créalor, une blainluî colombe descendait de la voûte en souvenir du Saint-Esprit; d'autres ois(;aux s'échappaient aussi d(!s arceaux,

gothiifues
cpii

du choeur

et voltigeaient

au milieu des étoupes entlannuées
la tète

figuraient ces langues de feu ({ue l'on vit briller sur
ils

des apôtres

(juand

reçurent de Dieu leur mission.
et des

Des feuillages verts, des
l'église à tousles

branches d'arbres
jours de fête de
<|ui
la

couronnes de tleurs décoraient

belle saison, et mêlaient leurs

parfums naturels

à

ceux

brûlaient dans les cassolettes dorées et les encensoirs d'argeut. Des

tapisseries d'un lin tissu et d'un admirable travail, retraçant dillérentes

scènes de l'Ancien et du Nouveau Testament, couvraient les murailles.

La nuit du jour de Noël, Von voyait dans Saint-Jacques-la-Bouclierie un
spectacle singulier
((ui

mérite d'être signalée

:

Dans une crèche de

toile

\ermeille surmontée d'un dais en toile azuré, était assise une belle jeune
fille,

vêtue d'une rolic de velours rouge toute garnie d'hermine elle repré;

sentait
r(d>e

la

vierge Marie; sur ses
noir,

genoux reposait un enfant couvert dune

de

damas
(hî

brochée d'or et parsemée de petites fleurs blanches

et

rouges;
iU',

ses épaules limdtait

un manteau de
et noir

soie blanche, brodée

d'or et

soie, avec des dessins d'oiseaux et d'autres ligures, (^'t enfant
tète

avait sui' sa

un bonnet de velours vert

broché d'or, terminé

par une grosse perbî, et represent;iil
Il

le petit

Jésus.

y a

dans toutes ces

j»rati(pies religieuses,
il

une grande naïveté,

(jui

fait

s(Mnire aujoind'hui, mais
laduiiratioM.

y a aussi

une

foi

bien sincère, qui com-

mande

La l(tMi(lcSaint-.ïac(|iu's-la-Hoin'berie,
l'glisc, lie ifiiKiutc ([u'aux |)r(!inières

(pii rest(?

seubr de celte ancienne

années du

xvi'

sièch^

En

1510, elle

n'existait eiKMUc (pie jusipi'au
liault, tailleur
i'escali(u',

premier étage;

elle lut achevet*

en

15r>'2.
(b;

d'images,

lit

le

Saiut-.lac(pnîs (pii était sur la

calotte

avec les animaux aux trois angles, représentant les svmboles
(^ett»;

des Evangflistes.
la

tour
la

a

de hauteur deimis

le

rez-de-chaussee de

riH",

jusipi'au haut de

ligure Saint-.)ac(pies, trente loisi's,

on cent

s Al
f|uatro-vinj;l

NT -M A UT IN.
un autre angle
et nii

47
liors

pieds; elle a de largeur (luii aiiglo à

d'œuvre,
Jacques

cin(| luises

ou trente

j)ieds

neuf pouces. L'église Saint-

a été

démolie en 1791.

A

quel(inc pas do l'emplacenuMit occupé naguéres par Saint-Jacques-

de-la-Boudierie, mais du côté opposé, Ion trouve l'église de Saint-Merrv.
Je ne décrirai pas celte église,
aller voir. Je nu' contenterai
(jui est

encore deliout,
le

et que,
(|ui

chacun peut
au-delà dn

d'ohserverqne

bâtiment

existe aujour-

d'hui,
xYi*^

liieii (pi'il

soit

dans

le,

genre gothique, ne remonte

i)as

siècle, et

même

les travaux

commencés

vers 1550, ne lurent

com-

plètement achevés que dans l'année 1612.
L'église, qui fut détrnite à cetteépoqne, était déjà la seconde élevée sur
«;e

terrain.

En
il

ell'et

dés le vir siècle, une
l'an 700,

i)eti te

chapelle du

titre

deSaint-

Pierre y existait.
y

Un peu après,
inhumé dans

Saint-Méderic étantvenn à Paris,

mourut;

fut

cette chapelle, qui obtint bientôt le titre
le

et l'importance

d'une paroisse, prit

nom

de Sainl-Méderic ou Sainlchapelle et ses dépendances

Merrij.

Au commencement du

xi" siècle, cette

s'élant trouvées trop étroites,
l'église

furent entièrement reconstruites.

Dans
les

qui existe aujiun'd'hui,dansle portail principalement, l'on retrouve
il

quelques détails de cette seconde reconstruction;
architectes du

est probable

que

xV

siècle conservèrent certaines parties

du

vieil

édilice.

Sept chanoines, primitivement choisis parmi ceux de Notre-Dame, administraient cette église;
prit le titre
le

gouvernement

fut ensuite remis à l'nn d'eux
cpii

(|iii

de chanoine-curé. Aussi un cloitre
la

n'existe plus aujour;

d'hui était annexe à
y
la

seconde église, à

la

partie ncu'd de son chevet
le

on

entrait par la rue Saint-Marlin et par

une porte située sur

terrain de

rue du Chnlrc-Sdiiil-Men'i/.
(lelte porti' était

ntunnu'c

la

liane Saiiil-Mcrri/,- à\cause de
c<î

la

juridic-

tion temporelle <|re les

chanoines exerçaient dans

(juartier;
la

ils

avaient
(|ui

un auditoire

et

uu'muc des prisons.
le

Independaunuent de

rue

eu

porte aujourd'hui

nom,

c(!

cloitre conipreuail eiic(ue les nu's TaiUc-Vunt
il

et Brise-Miche. Jns(ju"à

nos jours,

n'a ete célèbre (|ue parsonautiquile,

mais dans
poraine

les troubles

civiles, (|ui suivirent la

révolution de ISÔO, ce
l'histoire

cloître devint le theàlre
ait

du plus sanglant épisode dont
souvenir.

contemde

conserve

le

Dans um'
i^harles IX

inaisiui (|ui

dépendait de ce cloître,
le

fut établi

parmi

édit

du

nuiis

de novembre 1500,
le

tribunal des juges-consuls.

rem[tlacé aujourd'hui par

commerce. L'on raconte ainsi l'origine de cet établissement Charles IX assistant Un jour dans un lieu caché aux audiences de la grand'chambre du Parlement, fut lénmin du renvoi hors de cause d'un procès entre deux marchands qui durait depuis dix ans, fa\ile de la part des conseillers d'en pouvoir comprendre les
tribunal de
:

incidents.

Le

roi, frappé de la

nécessite de confier ces sortes d'alVair«>s a

4S
(l»'^:

lUIE ET
lioinmes du métici', institua ce

FAI) H OU lu;
Irilniiial,
(|iii lut.

('(impose d'un jug(% et

(le

(|ualie eonsuls elioisis [larnii les plus notables

conimercants.

l/eglise de Saint-Merry a servi de s(^pulture à plusieui"s
(|ual)les;

hommes

remarII;

parmi eux

je citerai

Jean Fenicl premier uK^decin de Henri
poète Chapelain. Avant

Sinu»n Marion, avocat-g(^n(^ral UKut en MHI5; Arnaud, marquis de

Poml'un

ponne, mort ministre d'état en
ne
J'ùt

IG9Î); le

(ju'elle

reconstruite, on y voyait aussi le

tombeau de Raoul de Presles,
de ceux
(|ui

des plus savants
tribué' à la

hommes du wx"

siècle, l'un

ont

le

plus conla (^ité

formation de notre prose française. Sa traduction de

de

Dieu et les commentaires qui l'accompagnent, sont un
rissable et des plus curieux à consulter. Charles

monument impé-

V

favorisa les travaux

de Uaoul de Presles,
à sa

et,

grâce à sa magniticence, cet écrivain put établir
qu'il occupait

convenance,
le

la

maison

dans

la

rue neuve Saint-Merry.
fut olîert

Sous
de

m("'me roi (Charles V,

un spectacle singulier

aux

fidèles

dans l'intérieur de Saint-Merry: une certaine Guillemette, surnomnu^e
la

Uochelle, parce qu'elle y avait demeuré, ayant été reconnue pour

sainte, fut établie par Gilles Mallet, valet de
roi,

chambre, bibliothécaire du
des jours

dans un bel oratoire de bois
qu'on
[Hist.

à Saint- MeiTy; elle y restait

entiers en contemplation, à ce point, dit Christines de Pisan, qui raconte
le fait,
jt'u'ds.

l'a

aucunes

foiz veue soulevée de terre en l'air plus de

deuaxt

de Charles \,cli. 25.)

On

voyait encore aux jours de grandes
la

fêtes

dans

l'église

Saint-Merry, de belles tapisseries représentant

vie

de .\olre-Seigneur, d'après les dessins d'unn(unme Henri Lerembert; ces
tapisseries existent encore.
Il

n'en est pas de

même du

tableau suivant,

ainsi décrit i»ar (iermain Brice
"

en 17'i5

:

Dans une chapelle

à droite,
à

en entrant, assez proche de
:

la porte,

on

«

trouve une chose uni(pu'
tableau
(pii

Paris

c'est

un moi'ceau de mosaïque en
cause de sa rareté,
:

«
«

représente

la saint(;

Vierge et l'enfant Jésus, accompagnez
à

de (|uel(pies anges sur un fond dOr, ce UKirccau
mériteroit d'être consci've avec plus de soin.
Davidis florenUni, Ainu) mcc(^clxxxxvi
;

« « «

On

lit

au bas

Ojtns mayistri

((eiivrede nuiitre David de Flo-

renée, l'an

I 4Î)(>.

Mais hàt(uis-nous de franchir
(if

l'esiiacc (piiséjiare l'église

de Saint-Merry
Conservatoir»^

l'aiiciennt;

Abbaye Saint-Martin, devenue
Avant d'ariiver
à

auj(»ur(rhni

le

(les

Arts

«^t

Métiei's.

cet établissement, uni(|uedans son
(pii,

fleure, l'on

nMicontre l'église de Saint-i\ic(das-des-Cliam|»s,

de simple

chapelle à l'usage des vassaux et serviteurs de l'Abbaye, s'est élevée peu
a

peu au rang des |)aroisses de
ch;

la capitale,

l'ne bulle
\a'

du pape

(]alixte II,

datée

l'an IIP.) la

désigne }»armi ces dernières.
à

bâtiment (pu' nous
ancienne,
la

voyfms aujourd'hui, est loin de remonter
vieille église fut

une
I

ép(t(pie aussi

eiitierenumt détruite vers
(pii

i'iO, el

en WHi), l'on travailplusieuis ((Uistriu-

laitencoreà celle

existe. I^e

ir»').");!

ITiT."».

on

y lit

s A
lions consistant

I

\

T

- .M

A UT

I

.\

M
des
particuliers.

on diverses diapelles

fondées par

Saint-lNicolas a servi de lieu de sépulture à (pielques

hommes remar-

quables, parmi lesquels je citerai GuUlauma Buâé, savant du xvr siècle,
Pierre Gassendi, mort en 1655, les deux frères de Valois, savants dans nos
antiquités nationales, morts le premier
(

Henri

)

en

1676;

le

second
en-

(Adrien) en 1692, et enfin

la

fameuse Madeleine de Seudery

ipii y fut

terrée en 1701. C'est àSaint-îNicolas-des-Clianips (pie les enfants de cho'ur

de Paris,
sion.

le

jour de
le

la fête

patronale de ce nom, se rendaient en processe livraient à des représentations sinpilières.

Pendant
«

chemin,

ils

déiiitaieut des faciities et des satyres qui furent cause de lahidition de

cet usage
«

:

enfants de

En 1525, dit Sauvai, les chapelains, les chantres chœur de Notre-Dame, déguisés, allèrent partout

et les

Paris.

menant une femme
et tonte

a cheval, liiee

par des yens
liahits

faits

commedesdiahles,

environnée d'hommes en

de do( tcurs, avec des écriteaux

devant

et

derrière où étaient écrits LH/Ac/vc/r François I" s'en étant

-

50
" « «

WVK ET
plaint, lo

FAIJB0LI{(.

doyen
le

et

(pichincs clianoines, par son ordre, lurent an parle-

ment,

et

président Gaillard

commanda
dcVaris,

de snj)primer ces sortes de
t.

mascarades. {Antiquilés de

la ville

2, p. O^ô.)
à Saint-Martin,

Jai remarqué en commençant, qu'une chapelle dédiée
et

dont l'origine remontait au
;

xV

siècle avait été cause

du noin donné

à

cette partie de la ville
(pii fut

c'est, dit-on,

sur l'emplacement de cette chapelle,
le roi
;

détruite par les

Normands, que
et leur

Henri I" fonda l'an lOGO,

le

monastère de Saint-Martin-des-Champs
le

il

gouvernement d'un prieur,
le

lit

y plaça treize chanoines sous de grandes libéralités encore

augmentées par
portes de

roi Philippe I",

son
le

fils.

Ces libéralités consistaient
la situation

principalement en terres environnant
la ville

monastère, dont
valeur.

aux

augmentait encore

la

Quelques années après

avoir été fondé, c'est-à-dire vers 1079, Saint-Martin passa des mains des

chanoines séculiers, entre celles des moines de Cluuy, qui s'y établirent conformément aux volontés du roi Philippe I"; l'Abbaye Saint-Martin devint donc un simple prieuré sans voir pour cela diminuer son iujportance et ses richesses. C'est ainsi que dans la première moitié du
cle,
xi' siè-

quand on commença
fut

à construire les
,

nnirset les tourelles dontSaint-

Martin

longtemps environné

les

bâtiments et les dépendances immé-

diates, c'est-à-dire les jardins, les granges, les moulins, le four et tout ce
(|ui était

communauté, ne comprenaient pas murs de l'Abbaye commençaient immédiatement après l'église Saint- Nicolas des-Champs, et se prolongeaient jusqu'à la maison (pii ])orte auvourd'hui h' numéro 254, ainsi qn'iuic des tours encore debout l'indique suflisamment. C'est au gouvernement de Hugues I", de llôO à 1142, que le nénécessaire aux besoins de
(juatorze arpents.
la

moins de

Du

côté de la rue Saint-Martin, les

crologe de l'Abbaye

fait

remonter

la

construction des murs.

Ils étaient

hnt élevés et d'une grande
distances, et avançaient en
(i

(''|)aisseur,

garni de tourelles de distances en
le

carré long sur

terrain qui forme anjourla

hni

la

rue Saint-Martin. La situation de ce monastère au milieu de
les fortilications ipii le
il

campagne, rendait nécessaires
rables.

mettaient

à

l'abri

d'une sur|irise. Deri'ière ces murailles

y avait

des bâtiments considé-

Dés

le

xr

pèlerins allant à

on y voyait un hôpital pour les pauvres et les Saint-Martin-de-Tours. L'église, qui existe encore ausiècle,

jourd'hui, avait son poitail tournéà l'occident, faisant face à la rue Saint-

Martin, au fond de

ccitte coui"

l'on voit la

mairie du sixième arrondissele

ment. Le sanctuaire,

le

fond de l'édifice,

clocher et

le

grand portail
est de
la

remcmtent, suivant l'abbé Lebeuf, au xT siècle: «Pour ce
"

(|ui

nef

et

(\\i

cho'ur, ajoute
:

le

même

écrivain,

ils

sont d'une structui'c bien pos-

«
"

térieur<'

c'est nu grand vaisseau fort larg<>, sans piliers et sans ailes, mais aussi sans voûte ri simplement lambrissé. » Il jiaraît avoir été

bâti vers le

règne de Pbilippe-lc-jlcl. Le clocher

et

le

grand p(utail

pri-

SALM-MAIMI.N
milils oui
(lel)oiit,

51

de

dcUuils, nuiis

le

saiicliuiiic
à

,

le l'oml

de ICdilice, eiiwrc

a|)|)artieiiiieiit

sans aucun doiile

répoiiue reculée (juo l'abbé

Lebeul' leur assigne. (Tesl une soile de galerie cii'culain,', n'gnant (b-rliere le clneur,

[lartagée au milieu |)ar

un niud-|K»int (ju'occupail jadis
irré-

un

autel.

Les voûtes sont en ogives presque plein cintre et de forme

guliére. Elles sont soutenues par des piliers

composés

d»;

faisceaux de
le

colonnes, avec chapiteaux à

tailloii's

carrés, de bauleur dilférenle, dont

dessin est toujours varié.

En
(pii

sortant de cette église à gauche, on entrait dans un cloître d'une
le style;

grande étendue, formé par quatre galeries dans
d'ordre dorique; tenant au cloître et dans
l'église,

golhicpie

,

mais
de

ont été remplacées en 1702 par d'autres galeries et des colonnes
la

nn-me direction que

celle

on trouve un magnifuiue reléctoin; dans un état parfait de ccm-

servation et qui mérite à tous égards une attention particulière. Ce bâti-

ment, d'une grande hauteur, forme un parallébtgrammc d'environ (|uarantecinq mètres de longueur sur dix de Iai'geur,(pie soutienneni extérieunîinent

douze contre-forts.

Il

est éclairé par huit fenêtres ipii existaient autrefois

des deux grands côtés, mais aujourd'hui celles de droites ont été fermées.

Ces fenêtres se composent de deux baies ogivales accouplées, surmontées
d'inie rosace,
[tetit

côté.

A l'intérieur,
la

deux fenêtres au couchant éclairaient aussi ce réfectoire du il est divisé en deux parties au moyen de sept co(pii

bunu'ttes aussi b'gèresque hardies,

reçoivent les retombées des voûtes
e}^lér

eu ogive. Dans

dernière travét; à gauche, est placée une tribune
ipii

rieure destinée aux lectures
à ce;tte tribune i)ar

avaient lieu [)endanl les repas. L'on arriv«'

un escalier

(pu'es <lans l'inlérienr

à jour, composé de douze marches [uatidu mur. Kien n'est comparable à l'eflet produit |>ar

cet ensemble, dont toutes les parties sont complètes: c'est l'architecture

gothique dans sa grandeur et sa pureté. Hâtons-nous d'ajouter
réfectoire est l'onivre d'un
(pii vivait

(pie ce

grand maître français, de Piern; de Moiitcreau,
(pii

sous

le

règne de Saint-Louis et

construisit

la

Sainle-Cba-

pelle

du

|)alais, le réfectoire

longtemps célèbre, mais actuellement détruit,

de Saiut-Cermain-des-i*n''s et d'autres
élégance; et leur solidité.

monuments remarquables par leur

H

y avait

tinés à l'exercice

encore dans l'enclos de ce prieure d'anli-es bâtiments desdu droit de justice haute et basse, que possédaient les
de leur juridiction. C'est ainsi (|u'on
le

moines sur

les terres

y voyait

un

auditoire et une prison, qui se trouvaient sur
d'hui parla petite rue Aumiiirc; elle
l'ut

terrain

occupé aujourl'cdlicier

ainsi

nommée, de
(tù

charge

de rendre

la

justice par

la

couJuiiniaulè. La poite principale du nioiiasl'on voil aclnelle-

lere était située autrefois

danscellc nie, à rcndiMtil

menl

la

porte latérale de l'église Saiiil-.\i((das-de,s-C|i;im[>s.

Un procès

qui s'éleva entre les marguillers de celte parctisseel les moines de Saint-

7rl

UUE ET
la

IAUBOI'IK;.
la

Martin, obligea ces derniers de transporter

geôle, l'auditoire et

la

grande porte du prieuré sur
lieu (ju'en

rue Saint-Martin. Ce changement n'eut
il

1575. Derrière les bâtiments et les jardins du nu)nastèr(;,

exista,

jusqu'au

xV

siècle,

un

terrain assez vaste, en forme de carré long
:

et

fermé par des barrières en bois les duels judiciaires fort en usage,
siècles.

c'était

un champ
on

clos

où avaient

lieu

comme
le
d(!

le sait,

pendant plusieurs

L'un des plus célèbres dont

champ

clos de Saint-Martin ait

été le théâtre, se passa en 1586. Jean

et Jacques Legris, gentilshommes normands, après de longues plaidoiries au parledeux ment qui n'eurent aucun résultat, descendirent dans l'arène pour une

Carouges

cause bien légitime du reste. Jacques Legris

était

accusé d'avoir protité
à

de l'absence de Jean de Carouges pour s'être porté
la

un

attentat envers

femme de

ce dernier.

Il

niait le crime, et Charles VI,

voyant
la

l'inuti-

lité

des plaidoiries des avocats, crut pouvoir comiaître
à l'antique

vérité en se
fut

rapportant

jugement de Dieu. Jacques Legris

vaincu et

foulé à terre par son rival;

il

ridiisa

«l'avouer

\o «'rinu^

bien qne

1«!

sei-

gneur de Carouges

lui mît rc|)ee sur la gorge. Suivant les

règlesduducl

judiciaire, Jacipies Legris fut peiulu; son innocence ne tarda pas à être

reconnue, dit-on, et

la

dame de

(^arouges fut obligée d'aller finir ses

jours dans un couvent.

La comnninaul»' de Saiut-Marlin, rnncliic

pai'

les

dons considérables

SAI.NT-MAUTl
(jiK' lui liieiit

N.
pailiculitMs, clail
la

i>''

1rs r(»is(lc Fi'aiicc
sièili;

onde simples

(••iiiplc»'

à la lin

du

xviii'

au

iKunlu'i;

des grands hénélici's de

(a|)ilale.
la

A un revenu de
dans
la

(|uaranle-(in(| mille livres, le tilulairt' joij^iiail
la

colla-

tion de vingt-nenl' prieures,

nomination

à

deux

vicairt:ries [)er[>eluelles

cathédrale

d(^ l*aris, à uni'
:

autre dans celle d'Etanipes, et à cin(|

cures delà capitale, savoir
ilc's-Cliaiiips,
Il

Saint-Jarijnes-dc-la-lUiuchcrie, Saint-^iculus

Sainl-Laurcnt, Nolrc-Dame-de-Bonne-Nouvelle et Suiitt-Josf<e.
les

nommait encore
l'aris, et

cures devingt-cimi églises situées dans
c'était

le

diocèse

de

trenir'

dans diverses parties du ntyaume;
d(!

donc

mm

position trés-reeliereliee (pie celh; de prieur
elle

Saint-Nicolas, aussi fut1-es

souvent

occii|)<'e [tai-

des personnages renianpiables.

[dusconnus

sont:

l'ierre

Asseliu

de

Montaigne, cardinal
dit-iui,

de Laon, ministre de

(Charles

M, mort

empoisoinie,
evè(pi('

enl.j88; (jnillaïune d Esloute\ille,
;

successivement
de Houen

d'Angers, de lieziers

de Teroiiene, arclievé(pie
le

et cardinal

legatdu Saint-Siège, morten l'i85, enlin,
(pii,

l'ameux

cardinal-ministre, duc de Uiciielieii,

ayant[)ris })Ossessi(m du piieure

de Saint-Martin

le

7

novembre 1G53,
et

le

conserva toute sa

vie.

Au moment où
avaient
lait

la r(''volution

de 1789 éclata, les moines de Saint-Victor

dans l'intérieur

même

à l'extérieur

du prieure des

clianet

gcMuents considérables. Onire
(pii
l'ut

le cloître

dont

j'ai

parle

précédemment

rebâti en
(pii

1702, quelques années plus tard les anciennes
;

l'ortili-

cations

enviromiaient l'abbaye lurent deuudies
la

à la et

place (pi'idles

occupaient, on continua

grande rue Saint-Martin,

dans une partie
i,

des murscpi'ils élevèrent, les religieux lirent construire, de 1712 à 171
[)lusieurs belles
<qio(pie, ils

maisons,

ipii

existent encore aujourd'hui.
la

A

la

nn-me

olVrirent à l'administration nuinicipale

concession néces-

saire
Uois.

pour (dablir une fontaine que l'on voit au coin de la rue du ] ertLa |)rison et l'auditoire furent également reconstruits. Aux portes
un marche
(pii

de l'abbaye se tenait depuis longtemps

embarrassait

singulièrement

la

voie publicpu", les ridigieiix Iraiispiu'terent ce

marche

derrière leur jardin sui- l'emplacement où avaii'ut lieu autrefois les dncds
judiciaires; une biuicherie et

un corps-de-garde pour le guet de Paris y marché fut ouvert en 17G5. Des dortoirs et autres appartements claustrales avaient été bâtis sur les jardins du nm« Cette maison a été tinie en nastére, à gauche de l'église et du cloître
hirent également établis. Ce
:

»
» »

1739, dit

le

géographe
a

[tarisien; c'est

une des plus grandes

et des

i)lus s})acieuses; elle

soixante-deux toises de longueur sur dix de

largeur, et <piaraute-cin(( pieds

de hautein-. Le rez-dechaussée est

»
»

distribué

en péristyles voûtés pour conduire à l'un des jdus beaux

escaliers hors-d'ieuvre; les

marches de

la

premién; rampe ont juscpi'â

•>

onze pieds de longueur. Cette maison
architecte.
"

est

du dessin de M.

tle

Latour,

»

54

HUE ET EAU 150 une.
Depuis 1701, cpoquc où
les coinimiiiaiilés religieuses l'urenl supjui-

inées, jusqu'en 1794, les bâtiments de l'ancien prieuré de Saiut-Marliu

restèrent sans destination; c'était déjà Itcanconp

cpi'ils

ne lussent pas

renversés.
la

A
fut
la

cette épo(pie, le comité d'instruction puidicpie

proposa
et

à

Convention nationale de créer un Conservatoire des
accueillie
,

Arb

Métiers.

(]etle idée

et la

commission temporaire des l>eaux-arls
l'ut

chargée de

mettre à exécution. Grégoire, ancien évéciue de Blois,

l'un de ceux qui contribuèrent le plus à cet établissement.

Le représen-

tant Alquier lit au conseil des Cin(|-cents un rajiport curieux, qui désarma l'opposition qu'avait d'abord rencontré ce projet, et le G niai 1708 (ou 17 tloréal an vi), le conseil décréta que les bâtiments de l'ancien

prieuré supprimé de Saint-Martin, seraient destinés au Conservatoire des

Arts
les

et

Métiers.

Trois

dépôts de machines industrielh^'s conqjosérent
:

éléments de ce musée d'un genre tout nouveau

les

machines

cpie

M. Pajot d'Onzenbray avait données à l'Académie des Sciences

et celles

qui appartenaient à celte compagnie; les machines léguées en 1782 au

gouvernement par Vaucanson ments aratoires en nsag(; chez
[uojtos de

;

et

un antre dépôt composé des instru11

les dilîérents peuples.
la

serait hors de

donner

ici,

même

en abrégé,

description des objets curieux

de toute nature reulermés dans cette vaste collection, je de
l'aire

me

contenterai

(piebpuis reniarrpics. (lontié aux soins minutieux et habiles d'un
ilistingui',

savant

M.

l'ouilUît,
et

membre de l'Académie

des Sciences,

le

Consenuitoire des Arts

Métiers prend clia([ne jour une plus grande im-

portaiMc. Déjà M. Pouilleta introduit une améliorati(»n sensible, en divi-

sant les objets dont ce

musée

se c(Mn[)ose, en

deux classes bien distinctes,
mis en

cesl-à-dire une classe pour toutes les machines, instruments, outils et
<d»j<'ts

n<'cessaires aux dilTervnts métiers, qui ont été
(ililile est

prali(pK' et

d(»nl

1

reconnue, une autre classe pmir tous

les obj<'ts (pii

ne

sont phis dusag<'ou qui ne sont (pic des essais aux(|uels a mancpie
plic.ilion. (Icllc

l'ap-

organisation inteliigeiile est aujourd'hui en
h'

|ileiin'

voie

d'exécution. Ainsi les grandes galeries l'ormees <lans

dortoir neul' des
l'on

moines, au
ce

pi'enii<-i-,

et la galerie

du rex-de-chaussée,

(|iie

prépare eu
la se-

moment, conliendronl
l<»us les

b's (dtjels

de première catégorie; ceux de

c<»nde s(Uit places dans l'ancienue églisi; de l'abbaye.

Dans

ce vaste as-

semblage de
des

UKtyeus de buce et d'appui cpu' l'industrie humaine

sut appelei' à son aide, sont réunis
litres bien dill'ereiils;

des objets Ions

l'oit

curieux, mais à

par exem|)le, on trouve
(|iie

mm

loin d'un joli im»-

dele du premier rheiiiiii de ter
v.iiil

l'Angleterre ait exécuté', l'aïqiareil sa-

el iug(''iiieii\

(pii

servait au roi Eouis
el

XVI

à loiiinei'. Mais, |»oiir(pie

le

(Juiservaloiredes Arts
il

.Métiers

s(»it toul-à-l'ail

digne d'une admirasi

lion sans reserve,
•le
II

esl

iie(

essaire d'acliever l'ienvre

bien c(mimencee.

ai piis

mission pour doiinei

mon

avis sous h' raïqxiii scieiililiqiie et

SAI.NT-MAKTIN
iiitliistricl, iiijiis

.-.5

sons

le

rapport de

l'art et

dr rinlcifl

ijiii

s'altaclic

aux
de

aiili(pies Itàtiiiicnts

est rciifcrnic cv iiuisce, je dirai (pi'il est l('n)|)s
<'ntr('|)risc

continuer

la

rcstanration

avec tant de sncees par M.
laisse pins rien à

l'onillel.
si

Le réfectoire de Pierre de Moiitereau ne
jamais
la

désirer;

pensée concne par M. l'onillet, d'étaldir dans ce réfectoire
il

la

bibliothcqne, pent être exécutée,

aura garanti de toute alleinle l'un des
besoin

chefs-d'œuvre de

la vieille

architecture française; mais un «nivrage aussi
a

curieux et d'une anli(piité beaucoup plus liante,
tion complète, innuinentc;, car
je
il

dune
1

répara-

menace ruine dans

|»liisieiirs

endroits,

veux parler du sanctuaire de
j'écris ces lignes,
il

l'édifice, <|ni est

encore

inliM

au

moment
de

on

mais qui, dans peu de jours peut-être, n'existera plus.
i-ecncillir et
la

Sans doute,
trer

est

beau de classer des machines, de
les

mon-

aux ouvriers
il

instruments que
il

les travaux

de

scuMice leur pré-

parent, mais

est

beau aussi,

est

du devoir de
d'art
lui

tout

gouvernement bien

établi de ne pas laisser périr les

œuvres

que nous ont lègue nos
le

aïeux. M. Pouillet

l'a

bien compris, grâces

en soient rendues!
point de <piiller les

La mairie du sixième arrondissement

est

sur

bàlimentsde l'ancienne abbaye Saint-Martin
il

([u'elle a occu|»e l(uiglemj)s.

serait

bon de

pi-oliter

de cette occasion pour détruire
{\\\

les

masures qui
rendic
à la

obstruent l'entrée de l'église,
rue Saint-Martin
le

cloître et
elle

du

r<'fectoire, et
le

monastère dont
ligm»

porte

uoïu, et

(pi'oii piun'rail

croire aujourd'hui

complètement renversé.
la

Avant de traverser

formée par

les houlevarts

,

qu'il nn^ soi!

permis de revenir sur mes pas pour signaler une petite
détruite,

église, aujourd'hui
la

mais qui

exista

pendant deux siècles
et

et

demi envinui. dans
bon coMir
.le

rue Saint-Martin, entre les numéros 96

08:

elle

dut son existence à
et

deuxménestriers

(|ui,

sans autres ressources

(|ue leur

un peu

«l'argent, entreprirent

de fonder un hospice dans cet endroit,
:

laisse ici
le

parler l'un des vieux hislcu-iens de Paris
»

«

En
il

l'an

de grâce lô'iS,
la

mardi devant

la

Saincte-Croix.en septembre,
,

yavoit en

rue Saiiul-

>'

Martin-des-Champs

deux compagnons ménestriers,
et estoient

lesipiels

senlre-

»

aimoyent parfaictement

tousjonrs ensemble. Si estoit de

»

Lombardie

et avoit

nom

.lac(pu^s (irare

de Pistoye autrement
Iluet le (luette,

dict

Lappe:

»
»

l'autre estoit de Lorraine et avoit

nom

du palais du rov.

Or, advint (pie

le joui- susdit,
la

après diner, ces deux compai.;nons estant
et

» »
"

assis sur le siège de

maison dudit Lappe,
la V(»ye

parlant de leur besogne,

virent de l'autre part de

um^ pauvre femme appelée Fleurie de
petite charette et n'en bongeoit jour et

Chartres, bupielle estoit en
nuit,

mw

»

» »

connue entreprise d'une partie de ses membies; et làvivoient des aumosnes des bonnes gens. Os deux, esmeus de pilie s'cMupu'rrent à
qui appartenoif
la

place, désirants l'acbepter,
avoii'

et y

basiir (pu'bpie petit

>'

hospital.Et après

entendu (pw

c'estoit à l'abesse

de Montmartre.

.-)(',

I5UK
Iroiivor; of

KT

K.\ 11150

(lu;

»

ils ralliM'ciit

pour

le faiic coiiit, elle Inii' (|nilla le lieu a \\vv-

» »

pétniti*, à la cliargo

de payer par chacun an cent solz de renie,
>i

et liuicl

d'amendements dedans six ans seulement. {Ditlirruil, Anlitjvités de Pa7Ûs, p. 900.) Devenus possesseurs de celle maison, les deux ménestriers firent faire des chambres et des Ixnirs à lils, au premier (les(pn'Is
livre? fut

couchée

la

bonne femme paralytique, qui n'en

sortit qu'après sa

mort.
à

L'hôpital prit le
la

nom

de Saint-Julien, et

les

deux fondateurs placèrent
les

porte d'entrée

une hoîte pour recevoir

aumônes de ceux
et

qui veils

naient à passer. La fondation des deux jongleurs réussit,

en lool,

réunirent les autres ménestriers de Paris, et formèrent une confrérie qui
travailla à la

propagation de cet hospice, li'année suivante, l'ahhesse de
le

Monlmailre concéda entièrement
soixante livres une fois payées.

terrain aux
les

confrères, moyennant

En 13o4,

méuestrieis purent n-unir
(n'i

assez d'argent pour construire une petite chapelle

ils

obtinrent, non
ils

sans (juehpu' peine,

il

est vrai, d'établir

un

prèti'e

desservant au(|uel

s'engagèrent par sernuMit prêté sur l'Evangile, de coustitiu'r dans (pu)tre

ans une rente de
(|ue la

seiz<' livres,

dette petite église n'avait
elle

(h;

remarcpiable
trois
:

fondali(Ui charitable à bupielle
(jui

appartenait.

Luiu' des

ligures

en decoraiiMit

le portail,
(pii

méritait ce|)endant (inebiue attentiiui

elle rcpresenlail
la

nn jongleur

tenait
il

de

la

main gauche un

vi(d(Hi et

de

dr<»ite

nn archel très-long dont
a

se servait

pour jouer de sou instruil7//.s7'<,

ment. Ou
de
la

preleinln (pu- c'était
siècle, ipii

la

ligure de Colin

i(mgleur-|»oet('

lin

du xiir

nous

a laissé

plusieurs cliaus(Uis pleines de

grâce et d'esprit. Devenu vieux et riche. Colin Mnsel aurait légué une

somme considérable à
seul

Ihospicefonde par

sa conl'rerie,el

quand ilmoiuMit,

image aurait

elc placée à l'endroit on l'iunncltail (udinairenuMit celle
t(»us les
le

des principaux bienfaiteurs de

monuments

ridigieux.
le

Mais bàl(uis-nous de traverser
C(iiiucins,w(\i\\t' aujourd'hui

bonlevart et de nuinter

faubourg

Saint-Martin. Adroib',ie nu' conlenterai de signalei" rancien couvent des

par

la

garde municipale,

et

un peu

|»lns

haut

«lans

le

faubourg, celui des

iicco//e/.s',

transformé depuis IS(l'2,eu hos])ice
gauche, se tr(uive
l'église

\u)\\y les

iHunnu's incurables.

En

face, et sur la

et le
Il

marché Saint-Laurent dans
ne
faut

lescpu'lsji! m'arrètcM'ai

quebpu's instants.
ait été

pas croire

(pu'. l'églistî

Saint-Laurent d'aujourd'hui

bâtie

iuMuediatcment sur

b^ leri'ain

de celle qui existait an
était
la

vi' siècle.

Cette
la

ancienne église, deiruite par
p<ule Saint-Martin, et située à

b's
la

.Normands,

plus rapprochée de

hauteur de

rue (irenier Saint-Lazare.
(pi'elle

Kecoustruile

à

la

lin

du

\\\'

siècle environ, sur l'emplaceuu'ut
(b^

occupe aujourd'hui,

l'église

Saint-Laurent

lut à cette

épcxpu' éiigee

eu paroisse etsoumise

à l'administralicm

du

pri<'ur(! d(^

Saiul-Martin-des-

(^liamps. Elle fut aussi c(unplèt(Mnent reconstruilean counneu( enu'ut du

xV

siècle, et dédiée le Itljuiu

\\''1\).

VÀ\v fui

augmentée en ir»W

et

refaite

SAINT- M A UT IN
en partie ou
ir)î>5.

57
la

Le

portail (pii existe uiaiiiteiiaiil et
IG'iti.

cliaiielle

de

la

Vierge, datent de l'année

A

côté de cette église se trouve

un

vaste

marché qui porte
fMiilippe-Auguste,

le

nom

de Foire Saint-Laurent. Elle fut concédée aux

lépreux de Saint-Lazare par Louis-le-(iros en ll'id.et rachetée en 1181 par
ipii la

transporta aux halles de Paris. Ce roi laissa aux
le

religieux de Saint-Lazare,

droit de tenir

la foire

un seul jour de

l'an-

née.

Peu

deux, et

peu ce seul jour s'étendit jusqu'à une semaine, puis jus(|u'à au mois d'octoI)n! HiOl, les prêtres de la Mission, héritiers des
à

religieux de Saint-Lazaie, ohlinrent
cette foire à trois mois.
1)(;

un privilège qui portait
elle fut assez suivie
:

la

diu'ée de
y voyait
iȉtis-

lOGG à 1775,

on

principalement des marchaiuls de joujoux, des limonadiers, des
siers, des cahareliers,
liloux.

un théâtre de marionnettes,
années de
suite,
la

et

hon nomhr(; de
fut

Suspendue

trois

Foire Saint-Laurent

i-ouverte le

17 août 1778. Le terrain sur lequel elle était étahlie, avait
:

reçu des dispositions nouvelles

il

était divisé

en rues hien alignées,

plantées d'arbres, garnies de boutiques de toute espèce et d'établisse-

ments consacrés au
autres
:

})laisir,

comme

restaurants, cafés, spectacles

el

y donna des représentations suivies el des prodiges de toute nature s'y montraient chaque année par exemple, en 1745, l'on écrivait « Mais tout ce que Paris a vu faire cette année à

une troupe de comédiens

:

:

'

la foire

Saint-Laurent par ce singe admirable
encore
jjIus

(|ue l'on appelle le diver-

» '

tissant, est

surprenant, [»uisqu'il faisait vingt (choses suret

prenantes avec autant d'adresse
rait

de jugement qu'une personne l'au-

'

pu

faire

:

entre autres

,

étant velu en

femme,

il

dansait avec son

>'

maître un menuet en cadence. Enfin, l'on peut dire qu'il représentait

»

une comédie avec un chien
alors à jouer
la foire

(pii était sellé,
Il

bridé et instruit à

le

seconder

»

pour l'exécution de ses exercices.

jouait

du

bilboiinet et apprenait

»

du violon.

»

(Spectacles de la foire, p. xlv.)

La prospérité

de

Saint-Laurent ne fut pas de longue durée: soit à cause de son éloignement du centre de la ville, soit jiar un autre motif, elle était déjà

fermée depuis quelques temps en
Colletet a

1781).

compose un
la foire

petit

poème burlesque sur
(y///

la

foire

Saint:

(iermain, et sur

Saint-Laurent

ne valait pas la première

C.cWvci pourlaiit a sa grâce
Elle est

dans une belle place

;

VA seshàtinieiils hien rangés

Sont également partagés. Le temps qui nous l'a destinée
Est le plus

beau tcnqjs de l'année

La

foire se tenait

au nn)is d'août.
le

Les marionnettes de Saint-Laurent ont donné
représentation au
benéiice des malheureux;

premier exemple d'une
en Erance,

les tiiéàtres,

58
n'ont pas onhlic
ti(|ue...
di;

HUE ET EAUHOUIU;
suivre l'impulsion de cet exampU' de
cliariti;

drama-

N'est-ce pas étrange de voiries religieux de Saint-Germain et les
la

prêtres de

mission

ipii le

installent,

an milieu de

la ville,
la

des établisse-

ments pour anniser
décence publique?

peuple, parfois au dépens de

morale, delà
connaître,

A

côté des

monuments
la

divers (|ue j'ai essayés de

l'aire

il

existait

encore dans

rue Saint-Martin

des maisons particulières qui

ont joui d'une certaine célébrité. L'espace
de notre vie privée, et je ne puis citer
ici

me manque pour
du

ce chapitre

que des noms. On remarquait

non
par
la

loin de la rue
la

Aux Ours
,

l'hôtel de Vie, situé
;

même

côté et célèbre
d(!

richesse des ameublements

celui

du financier Jabach, au coin
,

rue "^cuyo-Saint-Merry et qui, dans un almanach pour l'année 1691 est

indiqué
et la

comme

la

première maison de banque |)our
la

la

Hongrie,

la

Turquie
Galère,

Pologne. Parmi les restaurants fameux à
la

même

époque, je trouve
la

encore celui de

Croix-Blanche, dans

la

rue aux Ours, celui de

derrière Saint-Jacques-la-Boucherie, celui du cloître Saint-Merry, tenu par

Robert.

En

face l'hospice Saint-Julien,
la

après avoir été

il y avait un hôtel qui, disait-on, demeure de Gabrielle d'Estrées, devint une maison

consacrée à

la

plus abominable débauche;
d'hôtel à la

la vérité est,

qu'en 1691 cette

maison servait
vait les

Compagnie des

Inilcs orientales, ^A

qu'on y rece-

engagements de tous ceux qui voulaient s'embaniuer.
et d'autres petites voies

Des rues, des passages

de communication
,

donnent accès aux deux côtés des rues IHanche-M'ibray des Arvis
à

et

Saint-Martin. Ainsi, l'on en compte trente-neuf à droite et trente-cin(|

gauche.

En
;

partant du pont Notre-Dame, à droite, l'on trouve les
la
;

rues de: 1° la Tannerie; 2"

Vannerie;

5° la

Coutellerie;
;

Jean-

Lanterne 6" de la Verrerie 7" du Cloître- SaintMerry; 8° Neuve-Saint-Merry; 9° Maubuée; 10° de la Corroyerie; 11° des Vieilles-Etuves; 12° Rambuteau, autrefois des Ménétriers;
Pain-Mollet
5° la

15" Crenier15° des Petits-Champs; 14" du More ou SAiNT-Julien Saint-Lazare; 16° de Montmorency; 17° du Cimetière-Saint-Nicolas
;
;

18° Jean-Roiîert, autrefois des Cravilliers

;

19" Aumaire;

20° Royale;

21" Vert-Rois; 22° Neuve-Saint-Martin;

'ïù"

Meslay; Vi" Boulevarl-Sainl;

Martin; 25° de Bondy; 26" Neuve-Saint-Nicolas
Vinaif/riers;

27° des Marais; 28° des
;

29° des
;

Uérollets;

50"

du rirand-Sainl-Michel
;

51°

des

Ecluses-Saint-Martin

52° du (>anal-Saint-Martin

55 des Ruttcs-Chau1° le

mont; 54" du Chemin-de-Pantin.

On

trouve encore du

même

côté les im]>asses suivantes
le

:

Pas Saint-

Pierre; 2° le Pas de l'hôtel Jabach; 5"

Pas de

la

IJéunion; 4° l'Impasse

Clairvcaux;

5'-

V Impasse de la Planchette.
les

A gauche, en
:

partant du pont

Notre-Dame, viennent aboutir
2" Vieillk-Place-au-Veai'; 5"

rues suivantes

1"

Vieille-Lanterne;
;

Saint-Jacques-la-Roicukrie

4° des Écrj-

,

SAINT- MA KT IN.
VAiiNs; 5" (les l.oMiiAiiits
".)";iii\
;

50
;

d" U(;>.\iiT

;

7"

AunKY-LE-HoLCiiER; 8" de Ve.mse
1

0(ns; Kl" .\eiivc-Bonrj;-rAI)lH';
1."»"

1"

du (ir..VM)-niJRLEUU
18"

;

l'2"

GrÉ;

.m<:tat;
l(î"

riiii:Ki?<-Bt>issEAi

;

H" dd

Poiirctnt;

15" Nciive-Saiiil-Donis

Sainte- ApuUine;

17"

Buulevaii-Sdiiil-Doiis;
;

Nt'uvc-SîUDt-Jean;
;

19" de la Fidélilr;

t>0"

Sdint-Laiircid

'11'
])iiis,

Neuve-de-Chabrol
il

22" du
:

Châlcan-Laiidon

;

25" du Chaudron.

De

existe de ce côté

1" la

cour

Saiiit-Jac(jii('s-d('-la-l}oiiclierie; 'l'Y impasse
le

Saint-Fiacre; 5"

le

pas-

sage Molière; A"
()"

passage de l'Ancre;

5" le

passage du Clieval-Uougc;
le

V Impasse do riù/onf; 7" le jjassage
le

de l'Industrie; 8"

passage Brady;

î("

passage du

Désii-; 10" la
el

Ces rues nombreuses

Cour du Commerce. ces passages ne remontent

i)as

tous à

la

même
:

époque;

l'on

pourra juger du degré d'ancienneté des uns et des autres,
la

en jetant les yeux sur
le

nomenclature qui précède

et qui est ainsi classée xvi* siècle

iu)m des rues qui sont antérieures au

commencement du

est imprinu'
la

en petites capitales,
,

le

nom
,

de celles qui existaient avant
plus saillant

révoluliou

en italique, et les plus récentes en caractère ordinaire.

Toutes ces rues ont leur histoire
vent été
la

dont

le

fait le

a

soure-

cause du
l'origine

nom

qu'elles portent.

Quelques-uns de ces noms

du vieux Paris, plusieurs autres ont été changés ou singulièrement détigurés par exemple la rue de Venise, nommée dans
; :

montent à
titres

des

de loOO à 1515, Uendchourg-hi-Traffelière, et dans un autre

de 1588, Bertaut-qiii-Dorl, fut désignée au
jourd'hui, à cause d'une enseigne de

xv siècle, comme

elle l'est au-

YEcn de

Venise, (pie l'on y trouvait.

Quant aux altérations résultant d'une prononciation vicieuse si naturelle parmi le peuple, les plus étranges sont celles de la vieille rue aux Oues
en rue aux Ours, et de
ces deux rues les
la

rue Darnetal en rue Grenelai. L'ancienneté de
à notre attention
le
:

recommande

la

rue Grenelai, a}q)elée
(pii l'habitait,

en 1250 de la Trinité, portait en 1262
Pierre Darnetal.
Ca'

nom d'un
d^'

bourgeois

uo\n corrompu en celui
la

Guernetal, Garnetal, a enlin

produit Grenelai. Celte rue fut

première voie de ctuiuuuuication ouverte

entre la grande rue Saint-Denis et l'abbaye Saint-Martin-des-Champs;
elle

est indiquée avec la position oblique (ju'elle conserve aujourd'hui
l'an 1070.
le

dans un diplôme de

La nH>

rti/x

Ourse&t aussi mentionnée sur

même
la

diplôme. Quant au

nom

(pi'elle a

toujours porté, c'est celui de
Oies, à

rue aux Oues, aux Ouès,
y étaient établis. Aussi
la

c'est-à-dire

aux

cause des rôtisseurs

(pii

est-elle désignée

dans

(iuel(|ues vieux

docmuents,

rue où l'on cuit lesoës.
la

Jusqu'en 1745, on lisait sur un tableau tixé au
coin de celte rue et de celle
(|ui

mur

de

maison qui

fait le

est appelée Sale-au-Comle, l'inscription
la translation

suivante
»

:

«

L'an 1418,

le

5 juillet, veille de

de Saint-Mar-

tin,

un

soldat, sortant d'une taverne qui était eu la rue aux Ours, déet

»

sespére d'avoir perdu tout sou argent

ses habits au jeu, jurant et

0(J

HUE ET EAliBOUHG
nom
do Dieu, frappa rurieiisemenl d'im couteau

"

l)las|)liéinant le saint

•'

rima<(e de la sainte Vierçe;

Dieu peiiuit

(jn'il

en sortit dn sang en

y'iwiîji

"

ahondance. Ce niallieurcux
en ce
lieu, et là, étant lié à

fut pris et

mené devant messirc Henri de
il

»
»

Marie, chancelier de France, et par arrêt du Parlement

fut condnil
il

un poteau devant du corps. On
(pi'il

ladite image,

fut irappé

» » » » » » »

(Vcscorgées (verges), depuis six heures

du matin jus(iu'au
lui

soir,

en sorte

que
fer

les entrailles lui sortaient
il

perça

la

langue d'un

chaud, et

fut jette

au feu, ainsi

est rapporté par Corozet,
le

chapitre xx des Anti(jui(és de Paris, et cmilirnn^ par

révérend père

Jacques Duhreuil, religieux de Saint-Germain-des-Prés, au troisième
livre

des Antiquités do Paris, page 79i. Tons

les

ans,

à pareil jour,

en ce
scr

même lieu

,

Messieurs

les

hourgeois de

la

rue aux Ours, font dres-

» »

un

feu d'artilice, ce (]ui n'a pas discontinué depuis plus de trois cents
la

ans, pour conserver

mémoire du miracle que Dieu
la

a

voulu opérer.

»

On

croyait que cette image avait été lrans|)ortée dans

l'églisiî

du

prieni'e

de Saint-Martin, sur une petite chapelle voûtée, dont

place est encore

SAINT-MAUTIN
nuirquee
a

Cl
et

^aiiclic

du

maîtrc-aiilL'l

de celle église,
il

(juCUe

y

l'aisail

cluKiue jour de nouveaux miracles; mais
existait avant
larité
le

est certain «|ne celle ciiapelle

sacrilège coniniis dans la rue a>ix Ours. Par une singiil'iiabil

que

l'on

comprendra aisément,

dont

était revêtu le

mannedelà rue
lieu-

(|uin

brûlé chaque année, ayant quelque ressemblance avec celui des
le

gardes-suisses, l'on désigna cemanne(|uin sous

nonidu

.S///.s'.sy'

aux Ours,

et ilfut ap|)el(\ ainsi jus(|n'en 17iô, époijue

où un arrèl du

tenant de police supprima ce spectacle, qui pouvait causer les plus graves
accidents. Sur
la fin

de l'année

ITtOl'»,

une maison de
(|ui

la

rue aux Ours
lut
le

(la

troisième à droile, en s(»rlant de

la

rue lîourg-rAbbeK
en

lln-âlre
a

d'une singulière anecdote, dont lîassompierre,
servé le souvenii'.

est le
la

Immos,

con-

En revenant de Fontainebleau, on
fort belle

((uir se tenait
(|u'il faisait

alors, Bassompieri'e traversait h'PcHt-Pont, et cba(|ne fois

le

même

trajet,

une jeune lingère,

femme, dont

la

boutique avait
et lui faisait

p(mr enseigne l'image de deux Auges, se mettait sur sa poite
de grandes salutations. Lin jour qu'il passa plus près de

la bouti(pn', cette
:

jeune femme
«

lui

fit

sa révérence

accoutumée, en ajoutant ces mots
lui

Monsieur, je suis votre servante; je
sompierre,
vait
et un;

remlis son salut, ajoute Bas([u'elle

>'

retournant de tem[)s en temps, je vis
»

me

sui-

'-

de

la

veue aussi longtemps qu'elle pouvait.

(le

dernier envoya

l'un de ses gens au[)rès de celf(! séduisante bourgeoise, en lui oflVanl de
la

veoir jiartout où elle le voudrait. La iingere accepta, et je renvoie aux mémoires du maréchal; ceux de nos lecteurs qui seront curieux de connaître les détails du rendez-vous galant (|u'il venait d'obtenir. Hassompierre, charmé de la grâce et de la beauté de cette jeune fennne, obtint
d'elle la

promesse d'une autre journée tout entière qui devait se passer
la

chez une tante de
cette
»

lingère

;

voici

comment lui-même
voir

raconte

la fin

de

aventure: «Si vous voulez

me

une autre

fois,

me

dit-elle,

ce sera chez une de

mes

tantes qui se tient en la rue Bourg-l'Abbé,

»
»

j)roche des halles, auprès de la rue aux Ours, à la troisiesme porte

du

côté de la rue Saint-Martin
<iu'à

:

je

vous y attendrai depuis dix heures jusla

»
«

minuit, et plus tard encore, et laisserai
il

porte ouverte; à l'encar la porte de
la

trée,

y a

une

petite allée

que vous passerez
et

vite,

»
»

chambre de ma tante y répond, mènera à ce second estage.
»

vous trouverez un degrés qui vous
train, ajoute le maréchal, j'attendis
;

Ayant

fait partir le reste

de

mon

>•

le

dimanche pour voir

cette

jeune femme

je

vins à dix heures et

>'

» »
»

lumière bien grande non seulement au second estage, mais au troisiesme et au premier encore, mais la porte estoit fermée je frapay i)our advertir de ma venue,
et de la
:

trouvai la porte qu'elle m'avoit

marquée,

mais j'ouys une voix d'homme qui
retournai à
la

me demanda

qui j'estois. Je m'en
la

»

rue aux Ours, et estant retourné pour

deuxième

fois,

(;^2

luiK
la

i-yr

FAiJiuniHi;
nu s'ccond cstapo ""
(pie
.1''

.)

nvnnt Ironvc

porte» oiivorlc. j'entrai jiisqiies
la

»

lionvay que cesto ImniciT- cstoit

paille

du

lit

l'on v lirnloil.

et

mior


sur
table de

>

deux eorps
retirai Itieii

iiiids

<'sleiidus

la

la

clianilire.

Alors,

jo.

I

cstonué, et eu sortant je rencontrai des corbeaux qui
(pie je

me me

'

d(;mandèrent ce
l'espée à la

cherchais, et nioy, pour les faire écarter, mis

'

main

et passai outre,
»

esnieu de ce spectacle inopine.
trois (tu

m'en revenant à mon logis un peu Bassompierre ajoute (pi'après avoir
(\\\\

Ml

((uatre verres de
,

vin

(ce

est

un

nMTU-Mle

d'Allemagne,

(Uilre la
pi'il

peste

il

s'empressa de se mettre au
soit

lit.

Qiu'hpu; recherche
à l'enla

ait

pu

faire,
ilcii.r

dans

la

iiie
il

aux Ours, soit au l'elil-Pont, pu savoir ce
iin

seigne des

Anf/cs,
il

jamais

n'a

(|u'etail

devenue

oune feuune dont
xturrail

i^arda

longicmps
(pii

tendre
la

el

Irisie souvenir.

(lliacuuc des petiles voies

alioulissent à
liisl(»ire

grande rue Sainl-Martiu
cl

devenir

le

sujet d'une

particulière,

toutes ces his-

oires

nous révéleraient des
mais je suis oldige
dont
d(!

faits elranincs et

curieux, inconnus jusqu'à

•(•jour,

terminer hrns(piemeul celle [tromeuade, eu
ele la
y avait

signalant la rue de

Montmorency comme ayant
l'ai

demeure de
l'ait

ce fa-

meux
eu

iSiiiihis l'idiiirl,
il

parle plus haul.
a

Il

hàtir

une vaste

maison dout
elail
i(U'l

l(»uail

plusieurs parlies

dilleicnles personnes. l>'api»areuc(>

siuiple, aulanl (pi'on peut en juger par le dessin (piien r(>sle.

,

sA
Seulement, au-dessfis
di; la

I

M

-

MAu

r

i

N
avail lait s(ul[)lei'

o:.

puilc (rentrer

il

diverses
(Iroix

llyures; la Science entre autres, et au milieu, le

Sauveur avec une

devant

lui.

Les alchimistes n'ont pas man(|ué de prendre toutes ces iigures
rêverie.
la

pour des signes ayant rapport à leur

A toutes

les épo(jnes

de sa longue existence,
et

rue Sdinl-Mdrtin a

joui d'une grande

renommée,

s'est distinguée

des autres par une

physionomie toute particulière. IMacée dès

l'origine

au centre du comprivilège
,

merce de

la

capitale, elle a toujours conservé ce
,

même

et

dans

un almanach des adresses de Paris
les pelletiers et les

l'on fait
ipie se

encore observer que c'est
tiennent les corroyeurs
c'est

autour de Saint-Jacques-la-Boucherie
fourreurs.

Du

xiiT au xvir siècle,

principa-

lemiMit dans

cette

rue que se portaient tous ces vendeurs ambulants
((ue l'on trouve

des marchandises les plus diverses
d'hui dans les l)0uti<jues
autrefois dans les

en abondance aujoiu"-

nombreuses de notre capitale, et (pie l'on criai! par exemple, nu baigneur vous engageait à rues
:

entrer aux éluvcs.

«

Les bains sont chauds,

disait-il, c'est

sans mentir;

»

[uiisTon criait
et Éfjlises

la

marée qui
imprimé

était si alunidante, dit
à la lin

un

petit livre

des Rues

do Paris,

du xV

siècle, qu'on s'assei/ait dessus,
la

car

c'est

un inonde que Paris.

On

y criait des oies, des iiigeons, de

chair

salée et fraiche,

des herbes de toutes
la farine,

sortes,

des fromages de (Cham-

pagne

et

de Brie, de
,

des poires, des pèches et des ponnnes, des
la galette,

cerises, de l'huile

du vinaigre, des pâtés, de
la

des

oublis

,

du

vin à trente-deux sous, à seize, à douze, à dix, à huit, et tant d'autres
(d)jets

nécessaires à

vie.

Ces cris se mêlaient

à

ceux des frères
la

({uê-

teurs des différents ordres mendiants, ou se taisaient devant

voix du

hérault d'armes qni proclamait
les bruits confus,

le

ban du

roi; à

tous ces cris se mêlaient
les
la

insaisissables

([ui

régnent dans

grandes

p(»|Mila-

tions.

Comme

aujourd'hui c'était

principalement à

naissance du jour

que ce commerce forain avait temps du dîner,

lieu. Il durait

jusqu'à onze heures ou midi,

même

encore au

xviii' siècle.
il

Alors celte grande rue

devenait déserte et silencieuse, car
tité

ne faut pas oublier que cette (pian-

toujours croissante de voitures qui ébranlent incessamment les mai-

sons de notre capitale et causent tant de bruit, ne date que des premières

années de notre siècle;

il

faut se

rappeler que les maisons, quoi((ue
serrées

réunies les unes aux autres, n'étaient pas
aujourd'hui, et qu'elles n'avaient pas
la

comme

elles le sont

même

hauteur; des jardins, des

enclos fermés par de grands murs, les séparaient. Ce n'est que peu à
peu, à partir du

xvnr

siècle environ,
la

que ces jardins, ces enclos, se sont
[)lusieurs boutiques

couverts de hautes maisons, ([ue

population counuerçante de Paris s'est

empressée d'occuper; au bas de cha(pie maison,
jour pénètre difilcilement, et
le soleil

ou

des magasins ont été ouverts, et dans ces lieux obscurs, étroits, où
le

jamais, sont nées, ont vécu

et

64
i»as6c

RUE ET FAUBOUUG-SALNT-MAKTIN.
plusieurs géuéralions

d'une haute intelligence, qui composent
est résulté, la rue Saint-Martin est

d'hommes industrieux, et parfois dours le commerce de notre capitale.
le

Malgré l'immense accroissement de Paris et

déplacement

cpii

en

encore l'une des plus marchandes

de

la

ville.
(|ui

Dès

le

point du jour, cette rue est sillonnée par de grosses

voitures

viennent y déposer des denrées de toute espèce; des ouvriers, des commis, se rendant à leur ouvrage, la parcourent en tous
sens. Bientôt s'y montrent,

comme dans
à

les siècles antérieurs, ces petits

marchands avec leur
a

cri particulier,

incompréhensihle pour celui qui n'en
peine étouffés par
le

pas l'habitude. Ces cris sont

tapage assour-

dissant des voitures de toute espèce qui s'augmentent sans cesse, et

jusqu'au milieu du jour interceptent entièrement
à l'étranger

la circulation.

Malheur

que

le

hasard ou ses affaires

conduisent au milieu de cette

rue. Poussé, heurté dans tous les coins, c'est à grand peine qu'il parvient
à

s'échapper et à sortir sain et

saut'

de cette cohue qui

demande pour

s'y

coiuluire,

ou beaucoup de sang-froid, ou cette grande habitude innée
la ville.

chez les enfants de

Vers

le

milieu du jour,

la

rue Saint-Martin

commence

à

devenir un peu moins lu'uyaute. Ces cris sauvages des marles grosses voilures à

chands ambulants cessent;

débarrassées de leurs
le

farla

deaux s'éloignent;
cabriolet

l'on

commence

pouvoir marcher sur

milieu de
le

(haussée, (|ue de nombreuses voitures sillonnent encore. Ainsi

rapide

du

courtier

du commerce doit être

évité

soigneusement par quiomnibus,
les citannilti|»liées aujour-

conciue sait marcher dans Paris;

puis viennent les
si

dines, les diligences et autres voitures publi(|ues

d'hui dans Paris.

Une population

variée,

nombreuse, ne cesse pas non

plus de circuler dans cette rue. L'on ne s'y
et très-vite. C'est

promène pas

:

l'on y

marche,

en regardant tous ces individus courir, pressés qu'ils
(pi'ils

sont d'arriver au but

se proposent, (pi'on se souvient de ce passage
:

des Lettres Persanes de Montesquieu
»
» »

«

Depuis un mois que
il

je suis ici, je

n'y ai encore vu
(pii

marcher piirsonne
partie de leur
le

;

n'y a point de gens au
(pu; les

monde

tirent

mieux
»

machine

Français

:

ils

courent,

ils

volent.

Vers
il

soir,

Saint Martin

;

est causé par l'ouverture des théâtres

un bruit nouveau de voilure ébranle la rue du boulevart auxou

(pnds

s(!

font conduire; les habitants des faubourgs Saint-Germain

Saint-Jac(pu;s, et des (piaitiersSaiut-llonoré ou du Louvre. Mais ce bruit

momentané
lan<' d(!

cesse

vite,

et

de sept heures ù onze heures,
la

la

rue Saint-

Martin semble se reposer des agitations de

journée.

Un

bruit

nmnienla

voitures s'y l'ailencoreiMitendre, un peu avant minuit, à

sortie

des s|)ectacles; mais bientôt ce bruit s'éloigne, et pendant (|uel(puïs

heures un silence iuaccoutuuu' règne dans

la

gramle voie

solitain;.

Liî

Houx m;

Liiscy.

RUE BE

L

ANCIENNE-COMEDIE.

A rue de rAiicienne-Comcdie est en

même temps
la \ieille

la

rue des Fosses-

Sain t-Germain-des-Prés.

Lorsque
était ren-

Lutéce de César
île, et

fermée dans son
seau dormait
ponts,
la

que son

vais-

à l'abri

de ses deux

rue dont nous allons nous
à l'état a

occuper existait peut-être
f^^'^^j^
^

de bois sacré, et l'imagination
d'y

^"îïïl droit

amours de Pollion inconnu, avec une quelque Norma, membre du sénat de femmes
placer
les

(boisios qui réglaient les
(

affaires

niles et politiques de la
,

Gaule.

Plus tard

quand un
lit

Cbildebert

quelconque
a la prière

bâtir prés de Paris,

de l'évéque Saint-Gerl'église

main, l'abbaye de

de Sainte-

Croix et de Saint-Vincent, depuis l'abBayc de Saint-Germain, en consulération d'un
Croix,

de

l'étole

morceau de la vraie ou de la tunique
,

de

saint Vincent
(ju'il

et

de (|uelques

autres dons
l'evèfjue

avait obtenus de

de Sarragosse, pour avoir

levé le siège

4e

cette

ville

,

il

est

probable que notre rue existait à l'état (b' pré, comme les prés voisins
IN

^ ^^JT£l"l

connus sous

le

nom du grand

et

du

CG

HLE DE L'ANCIENNE -COMEDIE.
que traversait un canal qui descendait de
l'aldtaye

petit Pré-aux-Clercs,

à la rivière. L'imagination

peut encore s'exercer dans ce champ sans

limites; ce ne serait pas faire

un grand

tort

aux moines de l'abbaye de

Saint-Germain-des-Prés

,

que de prêter

l'un d'eux

un rendez-vous avec

quelque

jolie fille

de Paris.

Après l'enceinte de Philippe-Auguste, qui étendit la ville, la rue dont nous parlons commence à se dessiner, et on la trouve mentionnée dans l'histoire de Paris, sous le nom de rue des Fossés-Saint-Germain. Il ne
faut pas croire
et

que

les

rues fussent alors ce qu'elles sont aujourd'hui,
:

qu'on y connût l'agrément du trottoir le bitume était loin d'être inventé; si bien que Philippe-Auguste, poursuivi par les mauvaises exhalaisons des sentiers boueux qui formaient tonte
prit le pavage des
la

voie parisienne, entreville

deux principales rues de sa bonne
et là

de Paris

;

mais

les autres, et surtout celles des

faubourgs, restèrent longtemps

comme

de grandes routes, bordées çà

de chaumières et de maisons, avec de Bussy

des jardins et des vignes dans leur dépendance. La rue des Fossés-Saint-

Germain, commençant an coin des rues Saint-André-des-Arts
pas figuré, que nous sachions
devait refléter l'éclat

et

et finissantau coin des rues des Boucheries et de l'Ecole-de-Médecine.n'a
,

dans

l'histoire,

jusqu'au

moment où
a pris le

elle

de

la

comédie française, dont

elle

nom

glorieux. C'est de cette époque qu'elle date véritablement.

Molière étant mort, sa troupe, chassée du Palais-Royal par Lully, qui
avait

obtenu

le

privilège de cette salle

pour l'Opéra, acheta du marquis
la

de Sourdeac un théâtre construit dans

rue Mazarine, en face de

la

rue

Guénégaud, au Jeu de paume de

la

Bouteille; ce fut alors que le roi dé:

cida qu'il n'y aurait plus que deux troupes de comédiens français à Paris
l'une à l'hôtel de Bourgogne, et l'autre au théâtre de
la

rue Mazarine;
la

Colbert incorpora dans cette troupe

les

débris

comiques de

com-

pagnie du Marais.
celle de l'hôtel de
la

En

1G80, jugeant qu'une seule troupe serait suffisante,

Bourgogne fut encore réunie à celle de la rue Mazarine: le 25 août de la même année. Mais ils ne devaient pas jouir d'une longue tranquillité le directeur des écoles du collège de Maréunion s'opéra
:

zarin ne tarda
résultaient
*]u

|)as à faire

des représentations sur les inconvénients qui
et des carrosses
à

concours des écoliers

que

le

collège et la
faire orj)olice,

comédie occasionnaient. Sa Majesté ordonna

M. de Louvois de

donner aux comédiens, par M. de

la

Ueynie, lieutenant-général de

de chercher un autre emplaceuuMit pour leur spectacle; la troupe du roi n'ayant (pie six mois pour tidiiver (('(pii lui convenait, il fut arrêté dans
un<!

assemblée qu'elle
la

tint, le

20 juin

1(»S7, (pi'elle achèterait l'hôtel

de

Sourdis; mais
tel

vente manqua. La comédie tourna ses désirs vers l'hôiSV/(.s\

de Nemours, puis vers l'hôtel de
;

])uis

vers l'hôtel de

Lussan,

puis vers l'hôtel de Davrli

t'ui'w],

après toutes ces vicissitudes,

elle se fixa

KUE DE L ANCIENNE -COMÉDIE.
au jeu de

67

paume de

l'Étoile, sis

dans

la

rue neuve Saint-Germain-des-

Prés. Le sieur d'Oibay, architecte célèbre, fut chargé de la construction

de ce nouveau théâtre, dont

le roi avait

agréé

le plan.

Racine

a

raconté dans nne

lettre à Boileau, avec

beaucoup de grâce

et

d'esprit, les pérégrinations

des comédiens français repoussés sur tous les

points
» » » » »

:

«

Ils

ont déjà marchandé des places dans cinci ou six endroits,
ils

dit-il,

mais partout où

vont, c'est merveille d'entendre conniie les

curés crient :1e curé de Saint-Germain-l'Auxerrois a déjà obtenu qu'ils

ne seraient point
rait

à l'hôtel

de Sourdis, parce que de leur théâtre on aude l'église on aurait parfaitela

enlendu tout

à plein les orgues, et

ment entendu

les violons. Enfin, ils
:

eu sont à
le

rue de Savoie, dans

la

paroisse de Saiut-André-des-x\rts
» »

curé a été tout aussitôt an

roi

représenter qu'il n'y a tantôt plus dans sa paroisse (pie des auberges et
des coquetiers
;

si les

comédiens y viennent, que son église sera déserte.

»
» »
»

Les Grands-Augustins ont été aussi au roi, et le père Binbrochons, provincial, a porté la parole; mais on prétend que les comédiens ont
dit à

Sa Majesté, que

les

mêmes
la

Auguslins, qui ne veulent point

les

avoir pour voisins, sont fort assidus spectateurs de la comédie, et qu'ils

'

ont même voulu vendre à

troupe des maisons qui leur appartiennent
,

»

dans

» > » »

rue d'Anjou pour y bâtir un théâtre et que le marché serait déjà conclu si le lieu eût été plus commode. M. de Louvois a ordonné
la
,

à

M. de Lachapelle de
la

lui

envoyer

le

plan du lieu où

ils

veulent

lȉtir

dans

rue de Savoie. Ainsi on attend ce que M. de Louvois décidera.
est

Cependant l'alarme

grande dans

le quartier;

tous les bourgeois, qui

» »
>>

sont gens de palais, trouvent fort étrange qu'on vienne leur embarrasser leurs rues, M. Billard surtout, qui se trouvera vis-à-vis de la porte

du parterre,

crie fort haut, et

quand on

lui a

voulu dire
il

(ju'il

en aurait
fort

»

plus de commodité pour s'aller divertir quelquefois,

a

répondu

»

tragiquement
Voilà

:

Je ne veux point

me
le

divertir.

»

un

trait tout-à-fait

dans

goût de Molière

!

Il i)aralt

que ce bon
le

M.

Billard, qui
la

ne voulait pas se divertir, l'emporta, puiscjue

jeu de

paume de

rue des Fossés-Saint-Germain-des-Prés servit de refuge aux
faire

comédiens. Qu'on nous permette de

en passant une réflexion à

propos des jeux de paume.
grés des lumières, de
la

Ils

ont singulièrement contribué aux prosi

philosophie et des libertés. Leurs salles,

long-

temps consacrées

à des

amusements gymnastiques,
la

virent les jeux

rem-

placés par les exercices de

pensée. Les premiers théâtres s'y établirent,

et l'on se souvient (|ue la balle

de

la révolution, si

nous pouvons nous
de

exprimer

ainsi, est partie
il

de
si

la

main de Mirabeau, du jeu
le

paume de
la tra-

Versailles, et

l'a

lancée

haut, qu'elle n'est pas encore retombée.

L'ouverture du Théâtre-Fraucais eut lieu
gédie de Phèdre, et

18 avril IG81), par
lui. (juelh^

la conu'die du Médecin muUjré

magnifujuc

08

HUE DE LANClErsr^E-COMEDIE.
dans
la

asseinlilée se pressa ce jour-là

rue des Fossés-Sainl-Geriiiaiii

!

comme
triple

ses honnêtes habitants durent se placer aux fenêtres

pour voir

[)asser les carrosses.

On admira beaucoup
les

cette belle salle, entourée d'un

rang de loges richement étolfées,

unes ouvertes,

les autres gril-

lées de barreaux; ce

grand vaisseau boisé

et doré, éclairé

par une

bril-

lante roue de chandelles, qui pendait

du milieu du plafond, peint par
:

Boullogne

;

la recette fut

de 1,889 livres

c'était

énorme pour
et

le

temps.

Quel est ce marquis, vrai marquis de Molière
Village, de

de Regnard, qui, sor-

tant d'un long repas, entre à la Comédie-Française

pour voir l'Opéra de

Dancourt, et s'établir sur les bampiettes placées aux deux

côtés de la scène, selon son droit de marquis? Ses jambes sont avinées,
et
il

va commettre quelque impertinence à coup sûr.
le

Ne reconnaissez-vous
il

pas

marquis de Sablé?

il

pénétre enfin sur
l'on

le

théâtre,

ari'ive

vers

la

douzième scène, au moment où
seront sablés.
iSrt^/t%

chante dans un couplet que
il

les prés
il

se dit-il,
il

on m'insulte:
lui

cherche Dancourt,

le

rencontre dans

les coulisses,
le

donne un
;

soufflet.

Dancourt

tire l'épée,

mais on entraîne
Saint-Germain.
Voici bien

marquis de Sablé

on

le

porte plus (pie jamais dans

son carrosse, au milieu des brocards des bourgeois delà rue des Fossés-

une autre

foule

:

nous sommes au 16 décembre 1716. La
le

Comédie-Française donne un bal, privilège auquel
])éra l'obligea

directeur de

l'O!

de renoncer bientôt; quelle réunion
la

!

la fleur

de

la

Régence
!

les

gentilshommes de
les

chambre
!...

et les belles

comédiennes

la nais-

sance et

grâces!

la

fortune et l'esprit! tout cela descend de compa-

gnie des plus brillants équipages

Nous sommes
et

fiers

de celte fête pour

notre rue, beaucoup plus que de

la

représentation A'Iphùjéuie, annoncée

comme une
voir
:

chose qu'on n'avait jamais vue
Poisson,
le

qu'on ne devait jamais
entendait de

re-

c'était

Crispin, qui s'avisait de jouer le rôle d'Aga-

memnon. Poisson
Cordeliers.

s'attira tant

de huées, qu'on

les

la

rue des

Vous voulez savoir pounpioi ces se|)t messieurs sortent en grande tenue du théâtre? Ce sont des comédiens, parmi lesipiels vous devez remarquer, à sa désinvolture affectée de grand seigneur, ce fameux Quinaull-Dufresne, que Destouches a pris pour modèle dans son Glorieux.

Ne venez-vous pas de
wm;>oc//cs.''

l'entendre dire à ses gens

:

A-t-on mis de

l'or

dans

vont-ils ainsi? Ne voyez-vous pas qu'ils se dirigent du côté
:

de l'Académie-Française
r<!çoiv(;nt, olVrir

ils

vont, et c'est

un honneur
l'illustre
la

qu'ils doinienl et

leurs entrées aux

membres de
[xule de

assembb'e!

Le

'26 avril

1751, j'aperçois, à
le

la

ConuMiie, les gardes-fran-

çaises qui relèvent
Irancpnllilé

guet. Je suis sûr désormais du
le
:

bon ordre

et

de

la

du specta<le, troublé souvent par

parterre aussi bien <\\w
le seul

par les seigneurs; mais les bals reconnnencenl

Grandval a oh-

RUE DE L'ANCIENNE -COMÉDIE.
tenu
la

Oî)

permission d'en donner huit. La Comédie a droit aussi de donner

des ballets; regardez plutôt les demoiselles Bonjoni aiAiKjusle, ces fringantes personnes qui saluent, en passant, les gardes-françaises comnu!

de

vieilles

connaissances

;

elles

viennent danser

av(!c le fou

Cosimo et
la

le

sieur Rivière, dans la Fêle du ViltcKje.

Que

Jios haltilants

de

rue des

Fossés-Saint-Germain sont heureux

!

Quel silence dans
là; le théâtre est

la

rue,
:

le

IG janvier 1757! Des groupes errent çà et

fermé

le roi a été
le

frappé par

le

couteau deDamiens.

Quel bruit, au contraire,
maladie, a reparu dans

IG octobre 1758! Qui donc porte-t-on en

triomphe?... C'est l'excellent comédien
le

Armand,
les

qui, après

une longue

rôle de Dave de l'Andrienne.

Emeute de

marquis

le

23 mai 1759; on a retranché
:

banquettes où s'asseyaient

ces messieurs

la

scène est délivrée de leurs personnes. L'ombre de
se disputer avec les assistants

Ninus ne sera plus forcée de

pour

faire

son apparition; l'illusion théâtrale y gagnera quelque chose; Clairon et Le Kain ont déjà porté une heureuse réforme dans le costume! Laissons

donc
s'est

crier messieurs les marcjuis.

Souhaitez- vous là-dessus

l'opinion de Sainte-Foix? écoutez-le;
:

il

ne

jamais mieux exprimé

«

Tout Paris,

dit-il, a

vu avec

la

plus grande
]>ar excel-

satisfaction,

en 1750,

le

premier de nos théâtres, noire théâtre

lence,

tel

qu'on

le désirait

depuis longtemps, c'est-à-dire délivré de cette

portion brillante et légère du public, qui en faisait l'ornement et l'em-

barras; de ces gens du bon ton, de ces jeunes ofticiers, de ces magistrats
oisifs,

de ces petits-maîtres charmants, qui savent tout sans avoir rien

appris, qui regardent tout sans rien voir, et qui jugent de tout sans rien

écouter; de ces appréciateurs du niérite qu'ils méprisent, de ces protecteurs des talents qui leur
rent.
vité

manquent, de ces amateurs de

l'art qu'ils
la
il

igno-

La

frivolité française

ne contrastera plus ridiculement avec
sera placé dans l'éloigiuMuent où
»

gra-

romaine. Ce marquis de

con-

vient qu'il soit d'Achille, de Nérestan, et de Châtillon.

Au feu! au feu ! au feu! Que
un
le

signifient ces cris? quels flots de spectateurs

s'élancent, traversent la rue, et sans s'armer d'aucun courage, cherchent
asile

dans

le

temple voisin, c'est-à-dire dans

le

café Procope, dont

il

sera question tout à l'heure!.. Heureusement, c'est une terreur panique;
feu est vite éteint, le spectacle peut continuer. Mademoiselh' Dunies-

nil,

quoiqu'elle se soit trouvée mal, n'en jouera pas moins Sémiramis.
laissée sur

Une bougie allumée,
émoi.

une chaise par une

actrice, a causé cet

Quelle affluence aujourd'hui, 15 février 17G5!
n'entrera pas à
la

Une

partie

du public
!

Comédie!

comme
le

les portes

en sont gardées avec soin

Voici des plaisants qui escaladent

balcon avec des cordes, en dépit des

gardes-françaises, et qui entrent sans payer. Quel chef-d'œuvre va-t-on

,

70
jouer? C'est
le

HUE DE L'ANCIENNE -COMEDIE.
Siège de Calais, qui attire tout ce

monde

:

cette pièce plus

française de

cœur que de

style.

Le croiriez-vous? l'enthousiasme
le

était tel,

qu'un jour

les

comédiens (jui jouaient

Siéye n'étant pas arrivés, afin de ne

pas figurer à côté du comédien Dubois, compromis par un procès scandaleux, le semainier proposa le Cul à la place de cette pièce on hua le Ciil. Le public redemanda son argent, comme si on avait voulu le voler. Le lendemain, les bons habitants de notre rue virent la Comédie en deuil partir pour le For-l'Ëvêque on sait que ce iïit la cause de la retraite de
: ;

madcmois(dle Clairon.
L'année 1770
esl ialale à la

rue de l'Aucienne-Gomédie; elle voit lér-

mer son

tliéâlre,

dont
ne

la

troupe passa aux Tuileries, en attendant qu'une

nouv(!llc salb;, celle (pi'on a depuis appelée

Odéon,

lût bâtie

au faubourg
l*rocope

Saint-Cermain.

Il

lui resta

de cous(dation (|ue dans

le café

qui a vécu de sa vieilb;
l'rocope avait ouvcu't à

gloire? jus(|u'à
la foiri;

nos jours. Le Sicilien François

Saiiit-Ccrnuiin

un établissement nîcom-

mandable par
France.
Il

la

bonne

<jualité

du

cabî,

nouvellement introduit en

vint se fixer ensuite, en 1089, dans la rue des Fossés-Saintet
il

Cermain, en face du théàtn!,
diauiali(pi(!s, de;
(î'(!sl

se vit étcîrncllement rempli d'auteurs

gens

di;

bsltres

<'t

de gros du nuuuie'.

au café IMociqic

(|ue se

moutaicut

les cabales,
les

(|ue

se

fabri-

quaient

les cpigrauiuH's, (|ue se

formulaieni

jiigemonls sur les pièces.

.^f; j'/>NWi'.

Hue

(ft

rAncienne-Comédie.

RUE
Le
café

\)E

^ANCIENNE- COMÉDIE.
<lo

71

Procopc

était

un vérilablo journal

Paris, journal

du matin,

journal du soir, toujours spirituel, littéraire et charmant. Au café Procope Jean-Baptiste Rousseau fredonnait ces couplets qui
furent
si

lui

Lamothe renouvelait la cpierellc des Modernes et des Anciens; il disait Je mettrai votre Œdipe eu prose, à Voltaire, qui lui répondait Je mettrai votre Inès envers; Rousseau le philosophe, reconfunestes;
:
:

que ses pièces ne seraient pas son plus beau titre de gloire; Piron récitait à voix basse des vers (jui ont déshonoré sa mémoire; le brillant chevalier de Saint - Georges donnait des leçons d'esnaissait avec naïveté

crime aux gens de lettres, excepté à Sainte-Foix, qui n'aimait ni les leçons, c'est du café Procope que Dorât adressait des messages ni les bavaroises
;

amoureux

à

mademoiselle Saunier;

c'est

encore

que Marmontel

faisait

l'éloge de mademoiselle Clairon; là que le marquis de Biévre essayait ses

calembours, tandis que Duclos

et

Mercier écrivaient des scènes de
était entre au café Procope demanda, suivant son habitude, à
et

mœurs sérieuses et Un jour Voltaire,

passablement satiriques.
sortant de
la

Comédie,
il

dans une grande agitation d'esprit;

M. Procope, une tasse de chocolat mélangé de café, puis de l'encre
;

du papier; on s'empressa de lui servir tout ce qu'il désirait il se mit à écrire une lettre qui absorbait son attention, au point que M. Palissot,
essayant de l'intéresser d'avance à
parvenir à se faire comprendre de
«

la

comédie ûcs Philosophes

,

ne put

lui...

Vous avez

fait

une comédie, M. Palissot?

— Oui,

M. de Voltaire:

les

Philosophes.—

y en

suis

bien aise...; contre ce misérable Fréron,

écrits.

mais je respecte votre personne et vos ne respecte rien; vous atta(pn*z aussi ce Mais non, j'attaqiu' vilain Piron, qui m'en veut, je ne sais pourquoi? d'Alemberl, Rousseau, Diderot, Helvétius!— Mes amis, d'honnêtes gens;
n'est-ce pas?

— Au

contraire;

— Ah!

oui, cet

homme

oui,

il

faut les défendre

:

il

n'y a que des polissons qui leur jettent
c'est le

la

pierre, entendez-vous,

M. Palissot; des polissons,
de
la

mot.

»

Palissot,

peu

satisfait

tournure que

la

conversation avait prise, sans prendre

mit son chapeau et s'en

alla.

Voltaire continua d'écrire,

garde à sa sortie, et sans remarquer un
l'observait avec attention.

homme

qui, retiré

dans un coin,
qu'il

Piron entra dans cet instant,
venait d'achever, sur

et

Piron fredonnait ces couplets,

un

air de l'opéra de

Pyramc

et

Thishé

:

Quon'a-t'on pas mis

Hans Srmiramis;

Que dites-vous, amis De ce beau salmis?

.

Blasplièmcs nouveaux

.

Vioux dirions drvots.

, ,

,

,

,

,,

7-2

UllE

DE L'ANCIENNE -COMÉDIE
à veaux Mauvais rêve
!

llapelourdcs, pavois

Et brides

;

Sacré glaive

Billet, cassette et

bandeau.

Vieux oracle.

Faux miracle.
Prêtres et bedeau
(Chapelle et
,

tombeau

!

Que

n'n-t'o7i

pas

mis....

Voltaire bondit au icfraiii, qu'il n'avait pas bien entendu

d'abord, et

s'élançant vers Piron,
«

il

lui dit

avec un accent tragique
un....

:

Monsieur Piron, vous êtes
partit ensuite,

vous avez

fait les

Fils ingrats!

»

Il

ne croyant pas pouvoir adresser une plus grosse injure
parlé, l'observateur, s'était vivement ap-

à

son ennemi.

L'homme dont nous avons
proché de
,

main sur le brouillon de lettre laissé par Voltaire et lut ce qui était écrit avec une satisfaction diabolique. « Monsieur Piron, dit-il, voilà une lettre bien capable de vous venger.
la table;
il

mit

la

— Eh
Écoutez

!

monsieur Fréron, répondit

le

poète, je

me vengerai bien tout seul.

mon

second complet:
Tous
les

diables en

l'air

Une

nuit, un éclair,
festin

Le fantôme du

de IMerre,

Cris sous terre

Grand tonnerre,
l'oudrcs et carreaux,
l^tats

généraux.

Que

n'a-l'on

pas

mis...
littéraire

— C'est bien, dit Fréron,
épistolaire à la postérité!

mais l'Année

cn\evra ce chef-d'œuvre

— El

mon
:

troisième couplet, s'écria l'auteur de la Métromanic ; vous
r>econnaissance au bout

allez voir

Amphigouris partout.
Inceste, mort-aux-rats,

homicide,

Parricide

Matricide

Beaux imbroglios
Cliarmanis quiproquos.

Que

n'a-t'o)i

pas

mis...

Que

pensey.-vous de (ont cela?

Ma

loi, dit

Fréron impatienté, vous
fait

allez

me

forcer, à

mon

l(Mir,

de

vous rappeler (pie vous avez

Gustave.

— (Ml!

(di

!

dit

Piron, (picl serpent vous a morilu?

lUK DE

I.

A.NClKNNK-CO.MKIHi:.
If

7"
c'est par

— Que
(|ui l'cra

peuveiil vos

vjuulevilles

reprit le

critique;
perileiit.

leurs

propies petitesses que les grands lioninies se
plus de tort

Voici une leltie

au caractère de

V(dlaire.

(juc

tout ce

que nous
la

avons, vous chanté, moi écrit; et illutalMron cette epilre adressée à
reine
:

«

Mada.mk,
jette

"

Je

me

aux pieds de Votre Majesté

:

vous n'assistez aux spec-

»

tacies

que par condescendance
que votre vertu
fait

[)our votre auguste rang, et c'est
iiKtiidc
;

un

» »
»

sacrifice

aux bienséances du
avec
la

j'implore

cette vertu

même,
faire

et je la conjure,

plus vive douleur, de ne pas
satire odieuse
trala

souffrir (pie les spectacles soient

déshonorés par une

» »

(pi'on veut

contre moi, à Fontainehleau, sous vos yeux. La
la

gédie de Sémirinnis est fondée, d'un bout à l'autre, sur
plus pure, et par
là,

morale

»
"

du moins,

elle

peut s'attendre à votre protection.
domestique du
roi, et

Daignez considérer. Madame,
si'ijueut le vôtre. »

ipie je nuis

par cou-

»


"

Ceci est has, dit Piron,

(|ui

avait le

sentiment

d(;

la

dignité des

lettres.

— Continuons, reprit Fréroii, avec un
les

scnirire sardoni((iie.
<lont |)lusieurs

Mes camarades,

genlilshoinmes ordinaires du roi,

»
» »

sont employés dans les cours étrangères, et d'autres dans des places
Irés-honorables, m'obligeront à

me

délaire de

ma

charge,

si

j'essuie,

devant eux et devant toute

la

famille royale, un avilissement aussi cruel.
la

»
"

Je c(mjure Votre Majesté, par

Ixuite et par la

grandeur de son âme.
et

de ne pas

me

livrer ainsi à

mes ennemis ouverts

caches, qui, après

» » »

m'avoir poursuivi par les cabunnies les plus atroces, veulent

me perdre par une flétrissure j»uhli(pie. Daignez envisager, .Madame, que les pa:

rodies satirifjues ont ele défendues à Paris pendant plusieurs années
l'aul-il

<>

qu'on
"if

les

renouvelle pour moi seul

,

sous les yeux de Votre

"

Majesté

Elle ne soiilfre pas la médisance dans son cabinet; l'aiiloritoute
la

»
»

sera-t-elle devant

coiir'f

Non, Madame, xotre c(eur

est Iroj)

juste,

pour ne pas
pour
faire

se laisser toucher par

mes

services

et
le

par

ma

doii-

»

leur, et
(pii

mourir de honte un

(iiicieii

serviteur,

premier sur
a

"

sont tombées vos boutes.
le

Ln

nujt de
,

votre l)ouche, .Madame,
suffira

»

M.

duc de Fleury
sera touchée,
»

et à

M. de Maurepas

pour empêcher un
votre
ji'

» » »

scandale dont les suites
qu'elle
et

me

perdraient. J'espère de
la

humanité

qu'après avoir peint

vertu,

serai protégé

par

elle.

— Eh bien

!

dit Ereroii, a

votre tour, que dites-vous de

t(uit

cela

'

— Je

veux être de moitié dans la]»arodie.
Voltaire rentra en ce

Il

est

incmMigible, répli(|ua Kicroii.
il

moment
ipii

a\ec Palissol;
lettre,
il

courut

à la

table: ne

letnmvanl plus son brouillon de
r(m
;

se retourna et reconnut Freécrit;

il

devina

la

main

s'était

emparée de son

mais
!0

allèc-

II

7i
faut

laiE

1)1-:

LA.NCIIvN.M:- COMEDIE.

Palissot:

un souverain mépris pour son détracteur, il se contenta de dire à AU !... vous mettez en scène les philosophes, M. Palissot?j'y

mettrai

un jour

les gazetiers

;

la

scène se passera dans un cale!

— An

café Procope, peut-être...
taire,

— Au cale Procope...
à P'réron.

de Londres, repiit Vol-

en jetant un regard significatif

Et Voltaire écrivit,

un peu plus
:

tard, le vilain rôle do Frrld»,

dans une

comédie-satire intitulée

l'Ecossaise.

En 1782,
seigneurs de

la

rue de
vit

l'

Ancienne-Comédie, qui avait depuis longtemps
lesheaux-esprits de
salles

perdu son théâtre,
la

passer, d'un œil curieux et jaloux, tous les beaux
la ville,

cour

et tous

(piise dirigeaient

vers une nouvelle salle de spectac^le, la
a
la

de l'Odéon, pour y assister,
et

première représentation d'une singulière pièce, impaliemnKMit
le

ardenniient attendue par tout

monde,

et qui n'était rien
le

moins qu'une

c(»médie intitulée :1e Maruuje

do Fifjaro;

Mariage de Figaro devait
hypercritiques du

tomber ceni

fois
là,

do suite.
les

Ce soir

habitués, les hôtes spirituels,

les

café Procope, se levèrent en

masse,

pour

aller

ergoter ou se réjouir,

aux nouveaux ébats, aux nouveaux jeux d'esprit de l'audacieux IJarbier
de Séville
(le

(pii

s'avisait de

prendi'e

Suzanne pour

lui

seul, à

la

barbe

son

maitrr,

nionseignoiir Aimaviva;

toutes les

charmantes gran-

doiM's

dn

ri'vne de Marie-Antoinette passeront a

pied, en chaise ou en

HIK
carrosse,
à
(laiis la rii(!

IH«:

I/A.NCIEN.NK-COMKIMK
pour
a|»i>laii(lir,

75
on
riaiil.

<!<'

rAiicicniie-Conieilie,

celte préface en aclion

du

livre

révolutionnaire, ou

le

peuple devait
les

écrire plus tard, avec

du

saii^, les péripéties

d'une terrible histoire;
les

amis

les

plus dévoués,

les

deienseurs
la

les
et

[dus courageux,

courti-

sans les plus sincères de

monardiie

de

la

noblesse, avaient hâte

d'assister au spectacle d'une vengeance

littéraire (pii hafouait,

en

(luhlic.

l'esprit nionarclii(iue et l'esprit aristocrali(|ue.

Oui, les grands seigneurs de Louis

XVI

avaient

la

houle de vouloir rire
(|n'(Ui les

avec

le

seigneur

Alinaviva; les
de...

juges voulaientahs(dinneiit
de...

jouât,

sous

les api)arences

de...
à

Hridoison

;

les

mddes daines de

Versailles tenaient

beaucoup

recevoir une dernien; lecitn de galanterie,

dans le boudoir delà comtesse llosine; les maîtres consentaient a se faire bâtonner par un sémillant valet de comédie, (pii avait besoin de
prendre plus d'une revanche;
le la

cour toute entière sentait généralement
les marotniicrs, et

besoin d'aller se

morfondre sous

de se

faire

duper

par ce coquin de Figaro.

A
dans

l'issue

de cet étrange spectacle,
le

la

rue de l'Ancienne-Comédie

vit

défiler,

au grand galop,

convoi de l'aristocratie, qui venait d'expin^r
les

la salle

de l'Odéon, sous

brocards d'un honnne du peuple,

iI'um

homme
Ce

de lettres, d'un

homme

de rien, qui se nommait Caron de Beau-

marchais.
fui, je le crois
,

à cette

baptiser de leurs

noms quelques
la

époque que des poètes eurent l'honnenr de nouvelles rues de Paris on vit un beau
:

matin, autour de
Voltaire,
la

place du
la

nouveau théâtre,
et

la

rue Conioille,

la

rue

rue Racine,

rue Molière,

sans doute, une semblable
et

innovation scandalisâtes quarleniers, les dizeuiers
IHÔlel-de-Ville.

autres officiers de

Pendant
velles

la

révolution de

'.).",

la

rue de rAncienne-domedie

l'ut

tra\ei-

sée bien des fois par des passants qui n'étaient rien moins que les nou-

puissances du jour

:

ce n'étaient plus les beaux-esprits, les esprits
et
les petites
il

forts, les génies

railleurs, les petits mar(|uis
les

manpiises

du

xv!!!' siècle

monarchique; non,

passants dont

s'agit étaient des

illustrations révolutionnaires, qui s'en allaient visiter

un horrible tribun,
'

dans une rue voisine;
tendit de loin,
la

et bien souvent, la

rue de l'Ancienne-Comédie en-

voix formidable de

Danton qui appelait son ami Marat
vit

Un
fille,

matin,

la

rue de l'Ancienne-Comédie
(jui
il

passer une jeune

et belle

une provinciale

arrivait de son village, et qui se

noimnait Marie
la

ou Charlotte,
détour de

comme
île

vous plaira

:

Charlotte marchait dans
elle

foule,
,

sans trembler mais non pas
la

sans rougir;

disparut scunlaiu
le

au

rue

l'Ecole-de-Médeeine; elle chercha des yeux

nunu'ro
la

d'une vilaine maison habitée par un impitoyable personnage de
die contemporaiiu'
;

tragé-

ellel'rappn tout

doiu'ementà

la

porte de cette maison.

7(;

l![

K

l)K

I.ANCIIvN.NK-Cd.MKhlK
sons son
maiilcl»'!,
(|iu'l((U(.'

i'W iiyjiiil l)i('iis()iii (le ciiclici',

io\;ui oii(jik'I(|ii('

poignard;

elle

entra dans cetle niystériense
;

et sond)re

demeure;

elle

pénétra dans une petite el)and)re...

elle se

pencha sur une baignoire où
la fièvre,

un

homme

se débattait contre la rage, contre

contre

la

gale;

et Charlotte
.[e

Corday frappa le cœur, je me trompe, frappa le corps deMarat! soupçonne bien des inci'oyables mal habillés, et bien des nn-rveil-

leuses à peu ])rès nues
lard,

du Directoire

d'avoii" passe, «luelques

années plus

dans

la

rue de rAiicienne-Comedie. p(»nr aller prendre leur part de

pouvoir, d'inflnence, de plaisiref de scandale <lans les salons é(piivo(]nes

du Luxembourg.
Aujourd'hui,
la

rue de l'Ancienne- <;(tmédi(;
(pii

est

une des rues
à

les plus

vivantes du faubourg Saint-(iermain
il

counnence décidément

mourir:

y

passe beaucoup d'étudiants, beaucoup(legrisettes(piire|)réseutent plu-

sieurs thèses,

beaucoup demend)res de
(pii

l'Institut et
aiii'ité

beaucoup

(["(unnibus.

L'ancien théâtre,

a

bmgtemps

la

glorieuse vieillesse du

peintre (iérard, a[i|)artient, ce
aurait dit Boileau, à

me

send»le, à

un restaurateur, ou, cmnme

un empoisonneni"
la

(|ne l'on appelle

Dagnaux

;

un peu

|dus loin, un second enipoisonneur,

nommé

Pinson, se glorifie d'avoir

nourri bien des avenirs littéraires

:

carte de l'inson a bien mérité des
le dire, les

estomacs

les ])lus célèbres,

et

il

faut

plus

ingrats de

noire

maigre

littérature.
(jue la
lui

L'on croirait

rue de

l'

Ancienne-Comédie

a

voulu conserver cpudla salle

que chose qui
spectacle du

rappelât les apparences et les illusions de
siècle
:

de

xv!!!*"

on

voit encore, fout prés de la façade

du vieux
et

théâtre transformé en habitation particulière, un arlecjuin,

un pierrot

une colomhine qui servent d'enseigne

à la

boutique d'un costumier.
,

Quant au café Proco]»e, ce
cine:
le café

n'est plus anjoind'hui (piun simple café

à

l'usage des poètes de l'iîcole de Droit et des crifi(pies de l'Ecole-de-Méde-

Procope est un souvenir, une ruine, une page presque
:

efï'a-

cée de l'histoire liltéraire d'autrefois

les étudiants sont

très fiers «l'y

jouer au domino,

sui' la table

de Voltaire!

Hiim'olvtk Licas.

Vdici

(le f;raii(ls
:

noms et

de

gnmds

souvenirs
rois,

Saint-Cerniain-l'Auxerroyale;
le

paroisse

Louvre,

royale demeure. IMaces et rues ont aussi leur aristocratie: il ne s'ai;it,

après

tout,

(|ue

de

prrter aux

choses une âme,
sentiment,

une
et

pensée, un

pour leur trouver
orj^iieil

immense
tristesses.

un d'immenses

Les monuments œuvres de riiomme, ruines de sa grandeur,
,

ariirmalion de ses vanités, se lient
si intimement à tout un passé humain, qu'ils prennent, pour ainsi dire, une part d'action, de passion,

dévie, entin,
tant
-^de

dans

le

drame

écla-

de l'histoire. Paris est plein ces espaces de (|uel(pu's pieds

carrés, où les

hommes

et les évéà

nements
cdilices

se sont

coudoyés
avoir

tant
(\o<.

de reprises, (pu' chaipu' pierre
devrait

une
la

date,

chaque pavé un nom.
La consécration de
vertu,
le

stigmate du crime se révèlent aux yeux de l'espril, jtartout où se sont succède de longues générations!

78

IM.ACK
au

DU LOLIVIJK.
les

pas un débris qui n'ait été lavé de larmes saintes ou souillé de taches

de sang. Et quelle

ville

monde dont

annales soient remplies
génie et
la
la

comme

celles de cette

capitale babylonienne, où le

gloire

ont posé tant de fois leurs pieds divins dans les fanges de

terre!

Qu'importe cependant tout cela? Excepté quelques rêveurs sans rime,
(piebpies artistes sans raison, poètes dont les

poèmes ne

s'écrivent pas,
le

pauvres diables qui,
la

à l'heure
à la

où d'autres font leur œuvre,

pinceau,
niai-

plume ou

le

compas

main, s'en viennent mélancoliquement ou

sement,

comme on

voudra, s'asseoir, sans pinceau, plumes ou compas,
ciel et l'esprit

sous un porche désert, avec les yeux au

on ne

sait

;

ex-

cepté ces braves gens qui ne comptent guère, et pourquoi compteraientils?;! (pii cela
fait-il

quelque chose que

la

vieille église et le palais,

bientôt vieux, se regardent éternellement dans un silencieux tète-à-tète?

Ou'importent ces deux
suzerainetés du passé
I)ar
;

rtiuets

témoins, représentants solennels des deux
foi,

l'antique

l'antique royauté!

si

nous avions,
les

à-propos, ((uelque charmante historiette, quelque jolie médisance à
à
la

conter,

bonne heure!

cela ferait passer

encore par-dessus

détails de la

mise en scène que nous risquerions sans trop d'appréle

hension
droit de

;

mais décrire ce qui est tout simplement pour se donner
dire ce
(pii

fut;

peindre une place triste et trop souvent fanla

geuse, après avoir

remué

poudre séculaire des manuscrits

et fait

eternuer l'ennui sur des pages qui n'auraient
érudition bien sérieuse, à cpioi bon
I>a
?

même

pas

le

mérite d'une

place Saint-Germain-l'Auxerrois et

la

place du Louvre, qui se con-

fondent dans une intimité touchante et fraternelle, et semblent l'Alphée
et

l'Aréthuse des places, n'ont d'abord formé qu'un pré assez marécageux

qui n'eut de longtem|)S point l'hoiiiieur d'être circonscrite dans l'enceinte

du vieux Paris. Quel
Chilpéric?
à
la lin

fut le fondateur siècle
Il

de l'église? fut-ce Childebert ou
c'est ce

du vr

ou au commencement du vir?

(piil est diflicile d'établir.

parait cependant probable que l'édifice fut

élevé par (Chilpéric en l'honneur d'un saint

Germain cpudconque,
«le

saint

Germain de

Paris, plutôt que tout autre. L'église s'appela d'abord Saint-

Gcrniain-le-Koiul. Malgré l'admiration tout-à-fait relative
(•lir<Mii(pieurs
(b'

certains

pour d'autres constructions contem[)oraines,
la

(ion 1er

de

majesté et de

la

permis grandeur des oeuvres de ce temps, et
il

est

l'on

peut croire ([ue toutes les églises léédiliees dans
<le

la

troisième race,

s'élevèrent en géiUM'al sur l'emplaceuM'Ut
la

modestes chapelles. Dans

période du vir au xT siècle, Paris s'agrandit lentenuMit eu plusieurs
et

sens,

«picbpies habitations aveiitnienses se rapprochèrent des terrains
le

dont nous parlons. Ge fut alors «pie
Gap«'f,
lit

«levôt llobert II,

(ils

de llugiu's

ri'conslruir*' la basili<ju«' «pii prit le
«le

nom

«le

Saint-tiermain-

lAuxerrois;

grandes

prérf»^ativ«'s

ecclésiasti«pies lui fnri'nl a«'c«)i-

Place Saint-Germam-rAuxerrois.

IM.ACK SAI.M-dEUM.U.N-l/ALJXLUItUlS
»lées, et le clia|)itre s'enrichit

79

de nombreuses redevances. Aussi voyons-

nous qu'au commencement du xv* siècle, pendant la domination des Anglais dans Paris, réglise subit une nouvelle transformation, et elle y subvint par ses propres ressources. Quoi ([u'aient pu prétendre (luebiues
écrivains qui croient voir dans
le

réédilication laite par Uobeit II,
qu'il ne faut y

monument qui reste des nous sommes dis[>oscs
(jue

traces de la
à

admettre
\i\' cA

chercher aujourd'hui

l'u'uvre

du

\iii',

du

du

XV' siècle. Cette dernière date apparaît d'une
le

manieic iucdiiteslable dans
est a croire qu'à

porche

et le vestibule

du

p(U'tail, ipii

présentent Ions les caractères du
Il

golhi(iue Henri encore pur, ou gothique rayonnant.

dater de cette époque les moditications à

la

partie extérieure de l'edilice

furent peu importantes. Sous François I", un peu plus d'un siècle après,

on se borna, selon toute apparence, à des réparations intérieures. Pierre Lescot, l'illustre architecte du Louvre, sous Henri II, et l'immortel Jean r.oujou
le
,

élevèrent

le

jubé,

ipii fut

détruit en 17ii, lors(pie
à celui

chapitre deSaint-Germain-l'Auxerroisfut réuni

de xNolre-Danie;

l'église cessa alors d'être collégiale; mais riche des dons des rois, elle

ne perdit rien de sa splendeur. Malherbe,
terrés.

On

y

admira longtemps des
le

[)ages des

maitres illustres et plusieurs tombeaux dans

goût de

la
,

renaissance.
y

madame

Dacier, Caylus,

le

célèbre anliciuaire

lurent en-

Sans pouvoir être rangée au nombre des grandes créaticms de l'ère gothique, l'église Saint-Germain-l'Auxerrois est un beau monument.

Avec (|uebpies-uns des caractères des églises de transition, lesquels
s'ex[)liquent en raison de ses transformations successives, clic a, a
1

in-

térieur surtout, de
voit,

la

beauté dans sa simi)licité. La dis|»osition qu'on y.

d'une haute nefaccompagnée de quatre collatéraux aux voûtes assez

basses, rappelle les

monuments romano-byzantinsdessièclesantérieiirs
montants

;

mais

la

nef du milieu est hardiment voûtée; les piliers sont élancés, les
très-sveltes.

fenêtres, d(»nt l'ogive surbaissée s'a|)puie sur des

sont hautes et lumineuses, et l'on reconnaît à ces indications les dates
plus récentes.

Apres

tout, ce qui c'est

nous paraît
le

le

plus imposant devant cette
la

OMivre

du passé,
sur

encore

souvenir;

générosité fastueuse du roi pour

l'orgueilleuse soumission du prêtre, s'est écrite en durables caractères
la

face des
la

monuments;

et la pierre des

sanctuaires glacés s'est

usée sous
le

palais

!

sandale des reines. Quel dialogue séculaire entre l'église et (piel long échange de puissance sur les choses, et de domina-

tion sur les

hommes

!

Enlin,
:

il

est

un

fait à

méditer, parce
la

(pii

se retrouve
;

dans toutes

les histoires

la

croyance est
la

mère des
:

civilisali(ms
la

les

sociétés s'organisent d'abord sous

loi
la

religieuse

tour des

rois

cherche, pour s'élever,

le

voisinage de

maison de Dieu.

80

IM-ACE
reste,
cl
(le

nu

i.oLivin:.
pour
le

Du
inode
siège

lEylise ne fut pas

loiijoiirs

palais

une uUiee eouii\u

docile.
la

Empruntant une importance
le

toute locale au voisinage

royauté, plus que tout autre

chapitre de Saint-Germain-

l'Auxerrois eut occasion de s'insinuer aux choses politicpies. Lorsipu;

Catherine de Médicis, rêvant déjà peut-être

la

nuit sanglaute de

la

Saintet

Barthélémy, parut cependant se rapjjroclior un instant des huguenots,
voulait

ménager dans des conférences quehiues chances d'accommodele

ment, l'église qui, à son ordre, devait sonner plus tard
se prononça
nier,
si

tocsin

fatal

violemment contre
le

elle,

lu moine

sédilieux,

nommé Four

dont

les

prédications attiraient une afthience énorme, poussa méuuî

loinlahanliesse,(iue

parlement dut intervenirpar

arrêt. Puis, (piand

vinrent les massacres, les attaques véhémentes se changèrent en ardents
pam!'gyri(pies et en exhortations efl'rénées à hien terminer l'œuvre d'ex-

termination.
(^uehpu's années après, aux premières fureurs de
religieuse formula de
la ligue, la
la

chaire

nouveau une menace permanente contre
à la

royauté.

Henri

III,

ouvertement désigné

haine des ligueurs, voit cha(iueiour

son autorité méprisée. Ce prince, failde et i>usillanime, hésite devant
l'orage, et

donne

à ses

ennemis

la joie

du spectacle de son inq)uissance.
(ju'il fallait à

L'égarement du peuple
tisme
toujours en croissant

était tel alors

dans Paris,
:

son fana-

les plus hnrlesipu's manifestations
:

l'ardeur des processions allait
et tilles, nus,

hounnes, femmes, garçons
par jour;

mais nus
enfin

de

la

plus complète nudité, s'y pressaient en foule, (.es étranges céréfois
le

monies se renouvelaient plusieurs
grand goût
à
la

jn'uple

])rit

si

chose,

(pu:

les i)iètres ligueurs (pii l'avaient

d'ahord

excité, durent plus d'une fois tr(Miver sou zèle exagéré.

Le cure deSaint|)lus

(îermain-l'Auxerrois, .lac(pies Cueilly, l'un des séditieux les
était ciKupu' nuit reveillé
sioniicr. S'il faut

ardents,
à jn-oces-

par ses paroissiens, qui demandaient

eu croire l'Estoile, les sexes différents, confondus pêleet léger (pu'

mêle, dans

le

costume (pielque peu primitif
les

nous avons
:

dit,

marchaient par
revenues dans
les

Icnehres où tout était caverne prcnanl
(y/('r;»

c'est assez

dire, ajoute le chi'ouii|ueur,
l'église, a|)res

en

lùt

bien les

fruil.s

:

les [U'ocessions

nue pnuneiuuh^ deuu'surement longue dans
se livraient sur des ligures de cire re-

rues de Paris, les prédications recouunencaieut de plus helle, et
(h;

des prêtres, indignes

ce

nom,

la magie: ils enfonçaient au couir de limage royale des e[»ingles (pii devaient, à l'aide (h; s(M"tiIéges, poignarder en realite le Ij/raii. Le roi eiiliin jour une velléité de fermeté sou-

présentant

le roi,

aux prati(pies de

vei'aine

:

le

2 septemlire 1587, ordre

fut

donne au prevôl
,

liapiii d'aller

arrêter en chaire les prédicateurs de

plusieurs paroisses

etenire autres

uu moine qui

faisait retentir les

voûtes deSaint-Cermaiu-IAuxerrois des
,

plus atroces provcMatiotis nu régicide. IJussi- Leclerc

uu des

ciiefs

de

l,i

PLACE SAINT -(ii!:nMAi?s-i;AUXEnnois
ligue, (jni, de
in;iîti(!

SI

d'arincs, dcviiil

gouverneur de

la liaslilie,

accouiul

avec ses iioninuîs d'armes pour s'opposer a i'exeeuliou des ordres duroi.

Cependant Henri IH
et

lil

demander j)ardevant
el

lui les

docleurs en Ihcidogie
à

messieurs de

la

Sorltoune,

leur

til

un discours
roi

peu près eloipienl
Irais d'élole

pour leur
<|uence,

i'ei»ro(lierees mélails.

Le jtauvrc
la

eu

fut

pour ses

el

on continua d'aiguiser sur
la

pierre profanée des autels
111,
le

poignard de .lactpu's Clément. A|)rés
sanglantes, où

mort de Henri

l{(!arnais
(^es

ne pouvait pas espérer (pu- tant de fureur s'apaiserail
folies

à

son nom.

honteuses,
<\u(r

la

religion n'avait vrainu^nt (pie faire.

ne firent

s'accroître,

même

après son abjuration.

On saitdans

(pnilles

dégradations tomba
et (juand le
le

l'esin-it [)ulilic

pendant

les

hurieurs du siège de Paris,

calme apparent se

rétablit, Uavaillac
la

ramassait dans l'ombre

fer régicide

de Jacijues (Ménient. Sous
il

baclie de Uicbelieu, tout se

tut; la chaire revint, bien lentement,
(pii

est vrai, aux

enseignements sacres
les destinées

devaient inspirer un jour

la [jarole

des Massillon et des Bossuet.
de
la

Telles furent,
vieille basilique

en résumé, jusqu'à notre épo(|ue,
des rois francs.
s'abriter,

Nous

allons ébaucher aussi l'histoire

du palais qui vint
Quoi qu'en
tait
ilise

pour ainsi dire de son ombre.
la

Duboulay, lequel prétend que

tour du Louvre exis-

déjà sous ce bon roi Hagobert, qui a su se faire une durable renomla

mée sans
tion ne

demander
à

à la gloire,

il

paraît certain (pie

la

première fonda-

une époque de beaucoup antérieure an régne de Philippe-Auguste. Ce prince y lit construire un mur d'enceinte (jui devait

remonte pas

relier plusieurs bâtiments dillérents:

une

vieille charte atteste,

au dire

de Sauvai, (pie

les terrains (jui a[q)artenaient
la

alors à l'ablté de Saint-

Denis-de-la-Chartre furent payés
et

somme

de 30 sous. La tour, agrandie

entourée de nouvelles ('onstruclions. devint l'habitation des rois; on

y établit aussi

une

i)rison

pour

les (-aptifs illustres et le

dépôt du

trés(U'

public. Cette tour était la suzeraine des grands vassaux, le siège féodal

de

la

royauté;

t.(Mites

les

dèpen(lan( es de

la

couronne relevaient delà
:

tour du Louvre. Aussi chacpu' règne y laissa-t-il quelque trace
y
fit

(^liarles

V

surtout de nombreuses réparations;

il

y

reçut pompeusement, an

dire de (Christine de Pisan, l'empereur Charles IV.

pins grand

Mais une réception éclatante encore devait y saluer un jour, sous un nom, la majesté impériale.
la captivité
le roi

Après

deFraïu'ois I"

à

Madrid, après l'entrevue d'Aigues-

Mortes, où

de France et l'empereur Charles-Quint mirent courtoi-

sement leur

gloire face à face, le savait

monarque espagnol, apprenant
France ou sur

la

révolte

deCand, ne
vaient
le

comment

arriver dansles Flandres: les tempêtes poucelles d'Angleterre,

jeter sur les c(\tes de
il

deux
pro-

pays ennemis;

préféra s'en rapporter à
il

la gènérosil('' el à la

droitmc
les

du roi-chevalier

:

lit

donc demaudei"

a

traverser

la

France;
il

L

S-i

PLACE
lui (•ontaicnt

ni;

I.OllVUK.

messes

peu

;

il

s'en inoiitia piddigiic. Kiiiiicois I", dans sa

loyauté, crut indigne de lui d'exigerdeseiiyageuieutsécrils.Cliarles-Ouint
<d)tint toutes les

sûretés possibles; et dans une circonstance
fier à
il

oii

il

savait

hien cependant qu'il n'eût pas fallu se

sa parole, se fiant à celle

d'un rival

([u'il

avait

indignement

traité,

entra en Fiance, suivi seule-

ment des gens de
Loches,
s'il
lit

sa maison.
(|ue

Le I"janvier 1540, renii)ereur,
son entrée dans
le

François

l'''

avait été attendre à
et

Louvre; entrée splendide

magniluiue,

en

fût.

de fêtes,

voyage de Cliarles-Ouint, longue .-érie avait duré près d'un mois. François 1" venait de consacrer ce
à Paris, le
le

De Bayonne

temps

à

des embellissements continuels:

palais de

la

vieille

monai'-

cbie française n'avait jamais étalé tant de

pompes;
d'or
cpii

tout rappelait les
si

profusions luxueuses de ce fameux
toire.

camp du drap

vanté dans

l'his-

Nous ne décrirons pas

le

merveilleux cortège

venait de traverser

Paris: lelouvreestnolre seul domaine, line fête digne delà

courdeFran;

çois 1*\ la cour la plus brillanledcrEurope, atteudaitCliarles-Quint
les

tous

grands dignitaires de
et les

l'Etat, toute cette

héroïque génération de Marile

gnan,

femmes

les plus

séduisantes du régne

plus chevaleresque

et le plus

galant de notre histoire, étaient présents dans tout l'éclat de leur

rang, de leur gloire ou de leur beauté; six cardinaux français, deux cardi-

naux romains envoyés par lejjape
François I"
[»uis

comme témoins
A une

de cette pacifique ren-

contre, ent(mraient les monarques.
fit

table garnie d'un seul côte,

asseoir son hôte; lui-même s'assit après l'empereur,
le

ses deux
et

fils,

légat du pape, le roi de Navarre, les cardinaux de

Hourbon
avait de

de Lorraine, les ducs de Lorraine et de
la

Vendosme

prirent

place; ce que
[iliis

France avait de pins

illustre

après ce (pie l'Europe

grand.
lit

(lliailes-Quintresla six jours a l'aris; François F' lui
les

ciuii'toisement

honneurs de

sa

capitale. Les deux [irinces n'avaient-ils
(pi'il

aucun soule traité

venir du passé':* (Ibarles-Quint oid)liail-il
.Madrid:" Frain-ois l" ne s(uigeait-il pas
rival était à la

avait

estorqué

de

([iielipu'fois cpu'

l'empereur son
ces idées ne
avait dit à
la

merci de

sa

loyauté'

il

est

impossible

(pie
(pii

vinssent pas à tous deux.

On

sait le prcqtos
:

de Trii)oulet,
!

nouvelle

t\i\

voyage
a

di'

(Ibarles-Ouiiil

"

.\h

par Iteizebuthl je vais céder
la

ma marolle
j(>

rempereiir.

Fi

si

rempereiir traverse
.\l(»rs.

France

comme
(|ue

ses étals' reprit François !"•

Sire, c'esl au roi de

France

céderai

mon

iMUiiiet.

><

Le prisonnier de Madrid ne
si(m a

jnil

cependanl se défendre de

faire alliila

ces souvenirs devant (]harles-nninl lui-même. Monliant
d'F.lainpes, sou conseiller iiilime cl iiocliiriie
liôle,
si
j(;
:

belle
dit-il

dame
a

«

M(m

fiei'c,

son

croyais loul ce (pic
la. je lie \otis

me

dil

la

bombe

adorée de cette

il,iMici|iii'

\oiis

vove/

iai>serais pniirlant point parlir, devant

\n.\Œ
est bon,
il

SAIN'I
;i

-(iKHMAiN-

I

Al de

XKUIUMS.
.Mailiid.

87)

que vous n'eussiez consenti
il

rKni|)i-e le traite

— Si
»

le

conseil

faut le suivre, répartit froidement l"enii>ereur.

saisit bientôt

une occasion de radoucir
les

les ri},fueurs

Néanmoins, de la belle dame.

Un jour
page,
il

qu'il se lavait

laissa

mains dans un plat d'orque lui tenait u\\ adroitement tomber aux pieds de la dame d'Etampes un
pri\

diamant magnifi(|ue, d'un

véritablement impérial,

et

comme
•''',

elle

^ïï|*^pS^

s'empressait de
il;
il

le lui

rendre

:

»

Gardez-le pour

le

souvenir de moi,
et

dil-

parait bien (juil veut
»

cbanger de maître,
dévoués.

n'aurait su

mieux
de
la

clioisir.

La belle se

tint poui' battue, et (Ibarles-Qiiiut eut le droit

compter parmi ses amis
illustre

lis jjIus

François !" resta ferme en sa loyauté; noble exemple que son bote ne devait point imiter.
il

Cliarles-Quint partit,
la

renia ses [iromesses;
l'oi

il

est bien probable (pie

droiture gem-reuse du

de France laissait dans sa pensée un (oui

antre sentiment ([ue celui de l'admiration.

Plus tard François I"
déjà faits dans
le

lu'

se contenta pas des
:

cbangements

(pi'il

avait

palais

du Louvre

il

abattit l'edilice presque entier,
l'iireiil

pour

le

reconstruire. Des artistes italiens
et
:

ajjpeles à pieseuter de

nouveaux
tpii

plus \asles projets,

(le fut

cependant celui d'un Français
cbar^e de leveculiou de sou

prévalut

Pierre Lescot, abbc de

r,liri;uv,

S'»

PLACE

1)1]

LOUVRE,
(iii'oii a|t|><'lle aiijniii'd'liiii If

|)r()pro

plan, jeta les l'oiulemcnts de ee

Virii.f

Louvre.

Sons Henri
régnlaiisa
:

II

,

ces travaux fnrent aclivenienlcontinnes.
y laissa l'enipreinle

l/édilice se

Jean Goujon
le

de sou yénie. C'est à l'cruvre
d(;

même

que

Phidias français devait liientôl tomber, victime
la

<|uelque

liasse et

envieuse inimitié, sous

halle

d'un assassin

de

la

Saiul,

Barthélemy. Quoi(iue dès-lors
modifiées, surtout du côté de
jus(|u'au l>ord de l'eau.

le l.ouvi'e

l'oiniàt

un ensenihle complet

plusieurs parties des constructions de Pieri'c Lescot lui-même ont etc
la Seiiu',

on nn corps-de-logis Taisait

saillie

Quand Charles IX monta sur
(|ue
le

le

trône, les j^rands travaux étaient presà

achevés; mais on travaillait encore
,

des décorations de détail. Sous
illus-

règne de ce prince
dont
le

le

Louvre reçut de nouveau un de ces hôtes
la

tres,

passage laisse trace partout dans
à

mémoire des hommes.
noble
li-

Le cardinal d'Esté vint
avait

Paris: parmi les gentilshommes de sa suite, on
à l'o'il lier, à sa
l'ait

remarqué tout d'ahord un jeune seigneur

gure; nn de ces
et qui, à défaut

hommes dont
de couronne,
y

\o

Tronl

semble

pour une couronne,
le

portent dignement un rayon divin:

génie.
(Charles IX, au milieu de sa cour

assemblée
il

,

et

comptant autour de
ses amis,
fit

lui

tons les poètes

delà Pléiade, dont

avait

fait

un accueil

brillantau cardinal-prince. Lorsque ce dernier,
les

(pii

présentaittour-à-tonr
le

personnes de sa suite, prononça, avec un soniire d'orgueil,
le roi

nom
Ron-

de Torquato Tasso,

de France se leva et salua
la

le

premier.

Le Tasse trouva dans toute
sard
,

cour

les

sympathies

les plus vives.

(|ue

le roi

s'honorait d'appeler sou maitre en
le jxM'te italien; et

poésie

,

se lia de la

plus vive alTection avec

pendant

les (piatorze

mois de

séjour (|ue ce derniei"

lit

en Fi'ance,
lui.

les

jdns nobles et les pins illustres
cardinal d'Esté ne sut cepenl'in-

amitiés s'empressèrent autour de

— Le

dant pas

résistc^r à

de petih's jalousies d'amonr-propre; in(piiet de
accordait au génie,
il

llnenciMpiele
à i\\\o

nn lui-même
le
il

en vint vis-à-vis du Tasse

froideur (huit
al'lligé
;

poète, dojié d'une sensibilité exaltée, fut profondé-

nu'ut

y eut

même un

inonuMitoù

la

pénnri(î

du Tasse en vint

à

ce |)oiut,

(pi'il l'ut

réduit à (Muprunter nn écu. C'est dcuic avec de l'amer-

tume dans l'âme
si le

qu'il repartit

pour

l'Italie,

en janvier IST-i. Toutefois
le

il

garda des boutes de Cliarles IX un durable souvenir. Heureux
laurier

poète,

du génie
(pi'il

l'eût

préserve de

la

foudre! HtMireux

le roi, si les

no-

bles instincts
lui

puisa (pudipu-s hiis dans l'amour éclairé des lettres,

eussent donné

le

courage de

l'ésistei"

aux sinistres suggestions, aux
!

épouvantables excîuiples dont
de Médicis, dont
le

s(»u

inex|iérien('e fut entourée

Catherine
sui' les
l'o'ii-

souvenir se dresse

comme

un spectre

fatal

banteiirs de l'Iiisloire, Calbeiiue n'avait (pie trop bien réussi dans

Place

(lu

Louvre.

-

Église Saint-Germaui-rAuxerrois.

V\AŒ
vrc de dcpraviilioii
f;ints.

SAI,\T-(;KI5MAlN-i;.\llXKinU)IS
imccocc
([u'cllc ciiln'inil ;ui cd'iir nuMiic
:

sr,

de ses

cii-

l/hciirc sinislrc de

la Saiiit-liarllicicniy avait soiiiu'

le

tocsin de

Sainl-r.crniaiii-rAnxcnois
à
('nti'('|)r<'inii-('

('veilla le locsiii

du

l-oiivrc. .\oiis

n'avons pas
;

le rccil

de ce

di-anic, doni (tn cdiMiait
a

hnilc l'cpoiivanlc

niais

deux on

trois
les
à

épisodes sont trop inhérents
la

notre sujet

pour que

nous |)nissions
<|ne

passer scnis silenee;ce sera
lappcder,
à

dernière pa^c liisloricpn'

nous aiinnis
sur

|n-opos

Au Louvre, ins(pran jour où linla

siirreelion victorieuse de juillet, vengea contie
o^M)ri;és, et
la vieille le

royauté, les lin<;uenols

même

emplacement,

lit

pa\er aux (lapets de Hourlxtn,
le

dette des Capels de Valois. Des

premier

sij^nal (pu'

Catherine

avait arraché à son (ils, tous
p(Mlail

deux

et

nu)nsieur, frère du roi, étaient au

du Louvre, joiiinant le.leude l'anme.

Un coup
à sa

de pistolet pari

;

le et

roi,(pii avait lullc

hmiitemps avant de céder

mère, hésite encore
ses soldats
et

s'émeut;

il

envoie dire au duc de

(iiiise d'ari-èter

de ne rien

entre[)r(Mnlre. (luise

circonstance

:

// est

repoml par ce nn)t devenu célèbre dans une autre Iroji tard. Alors le massacre commence; la cour du
:

Louvre

fut

un

lac

de sang
le

les olliciers

du

roi

de Navarre et du prince
sursaut, furent
ég()rj,;és

de Condé

(pii

hahilaient
les

palais, réveillés en
la

sans défense, sous

yeux de

reine-mére; l'un d'eux, Leyrand.
sur
le lit

échappa aux |)remiers coups,
reine de Navarre
:

et se précipita tout san<ilant

de

la

dans sa terreur, ill'embrassa étroitement; on n'osa

pas l'achever. Comhien d'autres furent moins heur(!ux!
(|nes

An bout de
les

(\no\-

heures trois cents cadavres étaient étendus devant
,

ptu'tes

du

Louvre. Les plus illustres victimes y étaient traînées mortes ou moulantes, et les dames de la cour allaient les reconnaître, en faisant les plus
exécrables elles
])lus impudiques plaisanteries; presque tons étaient dames cherchèrent lon«.;temps sur un cadavre les causes ou les
l'oii-

nus

:

ces

signes d'impuissance d'un jeune genlilbonnne, Charles (inillevé de
tivy,

contre qui Catherine de Soubise, sa femme, demandait

le

divorce.

Kufin, Charles IX,
lité

comme
s'était

s'il

eût voulu

d'un crime qu'il

longtemps refusé

assumer tonte la responsabià autoriser, monta lui-même

à

du Louvre qui faisait saillie juscpi'à la Seine, et se malheureux (jui se sauvaient à la nage. On sait le reste. Henri IV racontait depuis avec terreur, que pendant plus d(> huit jours,
une fenêtre de
à tirer
l'aile

mit

sur

les

des bandes innombrables
toits

d(î

corbeaux ne cessèrent de s'abattre sur

les

du Louvre,

et qu'il entendit

longtemps,

d'intervalles à autres, re-

tentir à

son oreille d'elîroyables bruits sans causes.
s'elface, le
lit

Mais tout
Lcniis XIII

sang

comme autre

chose, sur les dalles des palais.
c'est
,

reprendre (piel(|ues travaux;
fut élevé le pavillon

an comnu'iu'emenide

son règne

((ne

du milieu

couvert d'un

dôme
,

carre.

La façade du côté de Saint-Cei'main-rAnxerniis n'avait pas ete modiliee
sous Henri
11
;

elle

était

toujours défendue

pai'

des fossés

cpTon

t'iau-

Sf»

IM.ACE
au
iiuiycii

1)1

IJM VUE,
assis

«•hissait

d nii

poiil-lcvis

sur

des

piliers
:

de

iiiciic

Louis XIV voulut acliever l'œuvre de ses prédik'-esseurs

il

iirovocjua.

comme
tectes.
lier

avait fait Fi-ançois I",

le

concours d'uu grand nombre d'archi:

Aucun
le

projet ne parut satisfaisant
la

on

lit

venir de

Kome

le

cava-

Bernin dont

renommée

était

iunnens(>.
îles

Pendant ce temps,
à
(|ui

(llaiide

Perrault,

naïf auteur des Contes
:

Firs

.

Buileau doiniait cet

aigre conseil

SoMV.

|)hilôt

niacon,

si

c'osl

volic

lalciil.

présenta aussi son plan, sans

(]n'il

fut

repcndani architecte. >lais

le

Hcr-

nin arriva; et quoicjne ses projets parussent complètement au-dessous

de sa

r«''putation

,

Louis XIV qui

l'avait fait l'ecevoir

avec des honneurs

princiers, hésita à manifester son désappointement: Colhert était devenu

ministre;

il

seprit d'enthousiasme pour l'idée de Claude Perrault;
il

il

osa

plus (pie Louis XIV:

m' dissimula pas son o[)inion. I5ernin tranchait
il

du Michel-Ange: peintre, sculpteur, architecte,
génie acceptes; son orgueil se révolta des
craignait pas de lui
partit
vait
:

avait sa gloire et son

(|u'il

put sonjiçonnei- (pi'ou ne
il

comparer (pielqu'un. Sous un prétexte de santé,
il fit

(Claude Perrault se mit à l'oMivre;

exécuter ces dessins
le

(pi'a-

admires Lolhert;

c'est la splendide façade

C()loiinii(U'i\u\A)mvc. Elle se

connue sous compose d'un souhassement à
j»artie

nom

de

la

surfac<' unie,

percée de viugl-trois ouvertures; cette
triste et,

de

l'editice est

d'un aspect

pour ainsi

dire, sacrifié,

mais au-dessuson ne peut ipiadmirer
cou|>lees, avec des pilastres

un grand
de ménu'
;

<M'dre de coloinies corinthiennes
le

tout du plus majestueux

ell'et.

dette façade,
,

hmgue de

cent
et

soixante-seize nu'tres, se p;irtage en trois avant-c(U'ps

un au milieu

deux aux extrémités. Lavant-corps du milieu s'mdonne de huit coloinies
couplées et porte
pierres
il

ini

grand fronton dont
seize mètres et

la

cimaise est de de\ix seules
les poser,

«pii (Uit

chacune

demi de longueur. P(mr
s'est

fallut

inventer une machine; l'honneui' en a|>|iartient à un simple ouLlicpiin
;

vrier

nomme

lune de ces [ùerres
le

fendue sous l'impi-ession

des froids. Maigre ces grands travaux, des parties
surtout
i\\\

Louvre^ était loin d'être termine;

|»eu

eu harmonie avec l'imsemhle l'cstaient encore dehout.
la

côte de

Seine.

La decoi'alion intérieure n'était pas
la

mm
du
(îu

plus complète. Napoléon voulut nu'ltre

dernière main à l'onivre; on
(pii

connnenca pard<-molir plusieuis hàtiments
quai;
le sol fui

ohstruaient

le

|)as^age
;

exhausse

,

et

on laissa l'espace pour une large rue
de redilice;on

même

lcm[)s

«m achevait

les distrihutions gtîuerales

lui

donnait des |)tnMes, des halustrades, des escaliers, desplafonds, et toutes
sortes de sculptures dignes de sa grandeur; on
lit

aussi (pn^hpu's change\a'.

uH'nts a

la

façade

(pii
la

regarde Saint-Germain-l'Auxerrois.
porte d'entrée

grand arc

cintre qui dcuuinail

fui deirnil. et l'on etahlil

une

<'oni-

l'LAci:
imiiiitatidii entre les

sai.\t-«;ki;mai.n-i;ai\ki{I5()Is
deux
|t;ulies
ilii

st
liiis-ielieT

pei'islyle.

A un iunive;m

représentant un (juadrij^e

île la victoii'c;,

on adjoignit

comme

pendentifs

«leux antres bas-reliefs, (pii,

dans

la

première ordonnance, existaient anx
le

cintres de l'attiqne. Au-dessus, dans
(•(uc

vide du fronton, on en établit enet

un nouveau représentant Minerve
de Napoléon,
lors,
(pii,

des Muses, et au centre,

la ii-

;;ure

en 1815, fut l'emplacée par celle de Louis \1V.

Depuis

on

a réalisé

complètement
le

le

venu exprimé dans l'encyclo-

pédie du xviir siècle, pour que
collections d'art.

Louvre

fut

consacré

à

foutes les grandes

Najudéon

avait transporté ailleurs le siège des

anciennes

académies
y

(pii y

tenaient leurs séances. Successivement })lnsieurs .Musées

ont été établis. Les premiers artistes contemporains ont orné toutes
de plafonds et de peintni'es: de nond)reuses galeries d'une
ri-

les salles

chesse remanjuable sont décorées d'objets de curiosité d'un grand prix.

énumérer les diverses collections (|ui sont nm* Le Musi'c des Talilraiix proprement dit, contient les immoi'tels cliefs-d'œnvre des Ecoles, lUiUenne Flamande et Française; le Musée Espaç/nol, est un important noyau du an régne actuel le Musée Grec et Egypllen, situé dans des salles magnitiques; le Musée des Anliijues, le Musée Aiujlals on Musée Staudish comprenant une galerie et une bibliothèque léguée an roi Lonis-lMiilippe [)ar un Anglais, M. Staudish; le Musée de la Marine; la salle des Statues ; le Musée de la Sculpture fran-Nous nous bornerons à
la

des gloires de

France.

,

;

,

çaise,
a

occupent également plusieurs locaux merveilleusemenl appropries
11

leur destination.

faut

remarquer aussi
,

les salles IIistori(jues

,

consei-

vees avec leur amenl)lenieut
rois (jui ont habité le

telles

qu'elles étaient sous [»lnsienrs des

Louvre.

On

y voit

avec intérêt,

la

chambr<'

à

cou-

cher

(Ml

mourut Henri

IV. Ces différents établissements, dont

chacun conau monde.
tour de
le

tient d'inestimables mei'veilles,
(|ue

forment un ensemble de
et <pii

trésiu's arlistiipies

l'Europe nous envie

à

bon droit,

n'a pas d'égal

Telles sont les Iransformations successives (pi'a subies

la vieille

IMiilippe-AngusIe
(|nel(pie

,

désignée par les anciens chroin(|uenrs sous

ntun

peu barbare de Lupara, parce

(jne, disent les C(nnn)entateurs,

ses alentours furent longtemps parcourus par des bandes de loups. Grâce

au travail intelligent des siècles,
spleinlide palais, et Paris a

la

sombre
b's

forteresse est

devenue un
île

pu s'enorgueillir de compter un de plus
IMiilippe-

(es grands

monuments dont slKuiorent

grandes natitms. Le Louvie.

ou

l'a

vu, a de glorieux [)arrains;

Auguste

,

François

l"

,

Louis XIV, Napoléon:

— c'est l'aristocratie de
fait [Kuir le passé":*

la

royauté.

N'avons-nous pas assez

après avoir évoqué les dor-

meurs de la mort, nous avons vu trop de souvenirs s'éveiller sous m)s [)as. Nous pouvons d(uu; (piitter l'église des premiers rois Francs, la demenie
de IMiilippe- Auguste, et redescendre sur
la

place du Louvre, sur

la plac«î

de SHinl-Cermain-rAiixerrois. puisfpi'ou ne peut pas les séparer, puis-

8S
qu'elles ont (oui en

PLACE DU LOUVHE,
commun:
leur anti(jne orgueil

comme

leur

moderne

délaissement.
gistrer
ici
;

Il

nous reste maintenant deux épisodes de
vraiment
l)ien

l'histoire à enre-

et c'est

de l'histoire, toute contem[)oi'aine, toute
le

palpitante encore. Après les fastes des rois, les fastes du peuph;,

nom

de

la

révolution a

dii

s'inscrire sur les

œuvres

d(! la

monarchie. Malheules idées (pie la

reusement p(»ur
en
de
il

l'art,

l'idée revolulionnain^
le

remue plus

matière; elle édilie dans
fait

monde

moi'al avant tout; et jusqu'à présent,

doute;
périté

monuments, elle a [dus détruit ([ue fondé. Son tour viendra sans ne faut pas demander au.x jours du comhat l'orgueilleuse prosvictoires.

du lendemain des
le

A

la

révolution de juillet 1850, les deux
:

places furent

théâtre de scènes sanglantes
la

le

peuple avait

commencé

depuis longtemps ratta(|ue de
Suisse,
le
(\\\i

colonnade défendue par un halaillon

soutint avec vigueur un feu meurtrier. Après de longs efforts,
:

peuple s'empara du Ixinvre

Voici

comment l'événement

s'accomplit;

le

maréchal ducde llaguse avaitenvoyé des Tuileries un halaillon nouveau,
[tour

remplacer celui
(pii

(|ui

avait supjtorté

une fusillade de plusieurs heures.
arrivé au Louvre, Ht des-

L"aide-de-camii

diiigeail ce

mouvement,
le

ceiidie les (i'ou|)es (pii comhatlaient,

avant de faire monter celles qu'il

amenai!.
l'aient

\a'

peuple voyant cesser

feu des soldats, crut qu'ils désespéla

de leur posilion et (piils altandonnaieiit
à

place.

Quehpies j<nines
au péristyle
,

gens, (piel(|ues enfanls, montèrent

l'assaut, et jtarvinrent
les suivirent, et l'on les
la

de

la

colonade. IMusienrs assaillants
i\\\

commença des

fenêtres

Louvre,

à tirer

dans

la

cour sur
morts.
la

Suisses; ceux-ci in(piiets
partie jierdue et se retirè-

et surpris

de cette nouvelle atta(pu', crurent
les

rent.

Le lendemain on ramassa
la

Lu

prêtre de Saint-tîermain-

l'Auxerrois hénit devant
(pu'Ui's et
l'ain,

cidonnade,

sépulture

commune ou

vainter-

vaincus fuient couchés ensenihle. Une croix s'éleva sur ce
,

clos d'une ignohie halustrade de hois
les

et ce cimetière inqjrovise
la

garda

victimes juscpi'à
<le

la ti'anslation

de leurs cercueils sous
le

co-

lonne lunéraire

la

Hastille.

Saint-dermain-l'Auxerrois et

Louvre,

cicatrices où les halles avaient gravé le souvenir

connue deux ténuuns du courage de tous, gardèrent au front de larges du comhat.
Lnlin, en IS."!
,

à l'oci

asiou d'un service funehre céléhré en
la

mémoire
sacrilèges
i)lu-

de

la

mort du duc de

llerry,

fouh; se rua au preshytère et puis à l'é,

glise

même

de Saint-Ciermain-rAiixerrois
,

elle y

cmnmit de

dévastations; les statues de Lhili)éric
sieurs autres statues
les
(pii

de sa fennne Ulthrogothe,

ornaic^nt h^ portail, les scul[)tures intérieures et
,

londieaux furent alfreusemeiit mutiles. Le lendemain
jiiisle

l'église était

fermée; un
ei
la

en plâtre de Louis-IMiilippe

l'ut

place dans nue niche,

riolilc liasiliqiic

cul l'Iionneiir d'être m<'tamor|ihosee en maii'ie sur-

numéraire du
\i\\

(|nalricnii-

arrondissement.
de reparer
^edili(•(^

IH.~X, (Ml a entrepris

Cette restani'atiou ne peut

PLACE SALM- GERMAIN -L'AUXKUUOIS.

80

encore èlre appréciée enliércnicnt; toutefois, avoir les peintures, les sculptures et les décorations de toute sorte auxquelles on travaille avec activité on peut croire que l'église n'aura rien à regretter de son an,

cienne s[»lendeur.

Malgré quelques améliorations,
toujours peu décente
;

la

place Saint-Germain-l'Auxerrois est

la

place du Louvre n'est pas plus convenable. Toutes

deux, entre deux grands édilices, font peine à voir et n'ont point de prestige ce n'est plus la physionomie pittoresque du vieux Paris c'est moins
:

;

encore

le

luxe de la ville moderne.

Que de gens passent par

là,

en ousécu-

bliant qu'ils ont devant les yeux les
laire!

A

vrai dire, la foule n'est

œuvres magnili(jues de pas nombreuse; qu'a-telle
flot
la

l'art

à faire ici?
le

Notre place n'aboutit nulle part. Le

populaire roule sur
rue des Prêtres et
le

Pont;

Neuf, mais
il

n'afflue point à

gauche vers

Louvre

s'en va par la droite i-etrouver les quartiers où l'ouvrier travaille;
la

il

s'achemine vers

ligne des boulevarls; mais à gauche, mais par la place
venir":'

du Louvre, qui diable peut
de province!

quelques étudiants qni du quartier

Latin vont au Palais-Royal, lecigare et
si elles

someni pr oh piulor! pauvres mères
pipe culottée entre les dents; les

voyaient cela!

la

%
apprentis jurisconsultes en casquette,
futurs, légèrement
les

J^'->^Ccnn(if/^

-^

Rroussais et les Dupuytren

émus par quehjues

libations préalables, viennent de

\1

1)0

PLACE DU LOUVllE,
pour compléter leur gaîté, cliez la mère Moreaux, place de la reuomniée du Chinois do Marseille et de la Prune à l'eaule

s'airèlei',

l'École, à

de-vie; d'autres poursuivent depuis

Ponl-Neui', d'une allure assez

irrégulière, la svelte grisette, qui s'en va trottant menu.

Ne jugeons pas du passé par
les

le

présent

:

la foule

aima jadis ces lieux

délaissés aujourd'hui. Sans rappeler encore les grands jours du Louvre,

grands jours de Saint-Germain-l'Auxerrois, ni revenir aux souvenirs de la religion et de la royauté, nous dirons (pie le peuple trouva

longtemps sur ces places ses plaisirs ordinaires des farceurs, des saltimbanques, voire des comédiens et toutes stu'tes de charlatans, marchands d'onguents, de poudres et diseurs de bonne aventure; pour ne
:

parler que de ce qui reste en nuMUoire aux contemporains, écoliers ou

flâneurs sous l'empire, qu'est devenu ce hou tem|)s où pas mal de ba-

dauds affamés des bourdes d'un
d'avance et lrès-i)aliemmeiil,

bel esprit de carrefour, attendaient
,

ma

foi

le

cours scientifique et gratuit du

un bel et bon cours, moins rétribué (pie ceux de messieurs de laSorl)onne, mais le fameux VEsen revanche beaucoup plus régulier et plus amusant
plus populaire des professeurs?

Lu

cours, direz-vous! Oui,

:

prit,

«

iils
il

de l'Esprit son père, engendré par l'opération de l'Esprit,

»

comme

le disait

lui-même,

travaillait
le

chaque jour de
la

la

semaine, mais
Saint-Germain-

bien [dus particulièrement

dimanche, sur

j)lace

l'Auxerrois

;

ses démonstrations de physique assaisonnées de

bon mots
la

hardis, de joyeux cpiolibets, d'apostrophes gaillardes et entremêlées de

tours de gobelet, attiraient un [)erpétuel concours. Aujourd'hui
geoisie va eu fiacre, le peuple va en
il

bour-

omnibus; tout

le

inonde est pressé:
(pii

n'y a plus rien à faire
la
si

sincèrement à
rait i)as

pour ces estimables biUxxjuels, bonne grosse gaîté de leur entourage,
bien sûr que

s'associaient

et

dont on n'au-

su dire

leur public s'amusait d'eux plus qu'ils ne s'amusaient
est-il
le

de leur public; du reste,

succès de ce spectacle, où
les sulfrages s'ex-

clnupie lazzi recevait tout de suite sa rétribution, où

primaient sans claque

jtar

de bruyants éclats,
'^

n'eût pas

comme un
se

antre sa gramh^ vanité, son orgueil et ses joies
et des rivaux, des fanati(pies et des

11

y avaitdes admirateurs

envieux

:

de

(juoi

donc autre chose

compose

la gloire?

Je voudrais bien ne pas commettre d'injustice, et faire à chacun sa part

de souvenir
nice, au

:

(ni

ce nièm(i temps où régnait l'Esprit, une autre renoiiiégale, rivalisait avec la sienne

moins

dans l'estime populaire.
à

L'haltib- pralicicn (pii s'olfrait à

grand orchci^tre

soulager toutes les
se

màclKurcs de

l'assistance, sur la place Saint-Cierniain-rAnxerrois,
si

vanta chaque jour, pendant longues années, d'avoir
tirpé des millions de dénis
(jiie

dextrement exfoule n'es! pas

persoiint' n'en gardait contre lui.

Le

t('m\)s

marcha toujours,

et

comme

l'ingralitude de

la

PLACK SAINT- GERMAIN -L'AIJXEHHOIS.
seulement un privilège à l'usage des hommes, on
ingrat envers ces lieux jadis aimés;
fut

91

de plus en plus
dil,

nous lavons
:

de nouveaux

ponts s'établirent et créèrent de nouveaux passages

le

pont des Saints-

Pères conduisit aux guichets du Carrousel,
directement dans
la

le

pont des Arts amena
genre,
lui
il
,

cour du Louvre;

il

y a peu d'années cepeiulaut,

un exécutant d'une grande hahileté dans son
talent d'attirer

eut encore le
la

un cercle nomlireux autour de
de Saint-Germain-l'Auxerrois
le hàtoiniiste
,

sur

place

du

Louvre on
sans doute

celle
(pii

est

peu de llâneurs

n'aient r('uiar(pu\ aux lieux que

nous disons, tout
(pii faisait

comme
par son

aux Champs-Elysées,
de vue en

de première force,

jeu merveilleux l'admiration de tous les connaisseurs, et jetait à perte
l'air

des sous

(pi'il

recevait dans leur chute au hout de son

bâton, qu'il reconduisait ensuite du bout de son bâton dans sa poche;
cet artiste

en plein vent rançonnait très-agréablement

les curieux,

et les

exigences croissaient en raison de l'aftluence du public; nous crovons
qu'il a

maintenant disparu delà scène improvisée, où son talent

s'était

acquis une

renommée sans

rivale;

il

ne serait pas impossible que ce
bâton, eût
fait

garçon-là, vu son aptitude aux tours

de.

un assez beau chele soir,

min dans

les

hautes régions de ce bas monde.
là,

A de

longs intervalles, on rencontre aussi par
l'art vulgaire,

sur

quelquesciii({

uns de ces bohémiens de

qui donnent au public pour

centimes de mélodie chantée, avec l'accompagnement d'une harpe effarée,
d'une guitare agacée ou d'un violon rageur au luxe de
la
:

quatre chandelles suffisent
sollicite piteuse-

mise en scène; une soucoupe égiunilée
la

ment

la

générosité populaire; croyez bien (|ue

recette n'ira i)as à la

le gosier du cbanteiu" s'en va par le bon train! Le marchand de vin, ou pour parler le pittoresque langage du peuple, le marchand de vounolathm n'est pas loin

caisse d'épargne, ce qui vient par

même
il

chemin,

et

;

est partout, le coin de la rue lui appartient de droit;

il

est place
être.

du

Louvre, place Saint-Germain-l'Auxerrois aussi; et cela doit
il

A

Paris

n'y aura,
il

si

l'on veut

dans une rue,

ni urètre, ni

médecin, ni avocat, ni
;

notaire,

n'y aura pas

même
il

de boulanger quelquefois

mais

le pclil

bleu

doit couler quelque part;

doit se détailler dans (pu^hpie angle efironté,

sur un comptoir d'étain.

Et maintenant qu'on nous permette quel((ues lignes de topographie

pour former comme

le

cadre matériel des tableaux (pie nous venons d'éest pressée

baucher. L'église Saint-Germain-l'Auxerrois
droite et à gauche par les rues de
l'

derrière,

à

Arbre-Sec, de Chilpéric et des Prêtres

ou des Preslres,

comme

il

est encore écrit sur

un angle

;

c'est

dans cette

dernière rue humble, et pour ainsi dire honteuse, (pian milieu de

mo-

destes boutiques, tout près d'un café à bière, siège, dans sa puissance et

dans sa majesté, l'aristocrate de

la

presse,

le

Journal des Débats. Devant

92
réolise est
(lit,

PLACE DU LOUVIIE,
la

etc.
(lui,

place Saint-Gcrmain-rAiixerrois

comme nous

l'avons

se confond avec la place

du Louvre.

longueur de

La place du Louvre forme un grand parallélogramme dans toute la la façade de l'cdifice; elle s'étend depuis le quai du Louvre
l'Oratoire, et de ce côté
elle

juscju'à la place de

commiinirpie avec

la

rue Saint-IIonoré par les rues d'Angivillicrs et des Poulies; à peu près en face de l'entrée de la cour du Louvre s'offre la façade de l'église; un

peu

à

gauche,

et fuyant

en diagonale vers
;

la

rue de l'Arbre-Sec est
la

la

rue

des Fossés-Saint-Germain-l'Auxerrois

une grande partie de

place est

occupée par deux terrains rectangulaires qui s'avancentde chaque côté de la façade. Ces terrains, désignés autrefois sous le nom de Jardin del'infatite,
devaient être entourés d'une grille dont une partie a
côté de la place de l'Oratoire; en attendant,

même

été i)osée

du

misérablement

la grille projetée; la

une balustrade de bois supplée partie du côté du quai est exhaussée
et ce

d'un à deux métrés au-dessus du pavé,

terrassement est soutenu
fait

par un mur indignement dégradé. Nous avons c'est dans cet emplacement que furent ensevelis
juillet

remarquer déjà que
morts du combat de

les

à s'occuperle plus

1850; on ne saurait trop stimuler l'administration pour l'engager promptement possible des travaux peu considérables

mais urgents qu'exige létat actuel de cette partie extérieure du Louvre. La longue lilc dcmaisons qui regarde la colonnade, ne présente aucune
construction qui mérite d'être signalée.
tère bien particulier,

— Une grande maison sans carac(pie les autres, eut ce:

mais un peu plus blanche

pendant longtemps
était celle

le

privilège d'attirer un public d'élite
;

cette

maison

de Dupuytren

l'illustre

chirurgien y est mort.
la

Un

notaire,

un

avoué, deux médecins habitent sur

place,

quehpies boutiques de
:

deuxième ou troisième ordre n'attirent pas grand nombre de chalands un libraire, des marchands de vin, un on deux petits traiteurs, de petits marchands d'habits ou de friperie, tels sont les voisins du Louvre. Au

numéro

\\ se trouve la

maison de secours du bureau de bienfaisance du

quatrième arrondissement.
Tel est
|)assé!
le

présent; nous avons en

commençant essayé

l'esquisse

du

La mémoire des honnues en conservera de jour en jour moins de
:

souvenirs

les

événements vont
le

si vile (pi'ils

s'entassent pour ainsi dire
(|u(;

coikIk! par couche sur
rouleiil

mèuH!
a(»rès

sid.

Mais tandis
la

les

générations

(lansun océan de ténèbres sous
laissent du
:

main de

la

mort, les créations

de

l'art

moins

Ihomme une

impérissable idée de son
l'oubli,

existence

les

monuments

restent au seuil

mènu! de

comme

le

lènolaphe de

la

grandeur humaine.
Cu. tlAI.KMAUn DE ]j\\'\\lV\TE.

l

ET

FAneOURG DO TEMPLE.
milieu du
la xi' siècle

Vers

le

,

des

qui axaient contribué à la délivrance des
lieux saints, fondèrent càJérusalem,
et tout prés

Français,

plupart soldats,

du Sépulcre, un hôpital

recevaient les pèlerins et soignaient les malades. Le goût des
ils

ou

Aoyages d'outïe-mer était alors dégénéré en fureur; les hauts barons,
les

seigneurs suzerains, les simples

chevaliers, vendaient leurs biens et

couraient en Palestine se faire absoudre des violences féodales et des

crimes dont
rope.

ils

avaient rempli l'Eu-

L'hôpital du

Saint-Sépulcre

devint bientôt

nombreux et riche des
toute
la

aumônes de
dit

chrétienté

:

alors ces garçons de salle,

comme
Tem-

un

historien,

se

firent cheva-

liers.

Telle fut l'origine des
qui bientôt

pliers,

fondèrent par-

tout des établissements et semèrent
leurs

commanderies en France, en MIomagne, en Angleterre, en Italie
dans
la Sicile,

et

presqu'aussi riche

alors quelle

Tétait

du temps des
en France, où
1

U(uuains.

On

ignore l'époque pré-

cise de leur arrivée
ils

ap|»araissent seulement en

1'28,

(0111 ine

propriétaires du vaste ter-

.

94

RUE ET FAUBOUUG

la rue ot le quartier du Temple. Ils firent un château flanqué de tours, entouré de cours spacieuses et de jardins superbes une muraille crénelée en défendait les a])proches, ei

rain qu'occupent aujourd'hui

bâtir

;

un

fossé profond régnait encore autour de la muraille, abordable seules ponts-levis étaient baissés.

lement quand

Ce fut

que ces

fiers reli-

gieux, qui ne prétendaient relever que deleur grand-maître, régnèrent en

souverains pendant plus de cent ans, opposant aux rois de France une
juridiction dont ceux-ci étaient obligés de respecter les prérogatives etles

abus. Le

Temple

était

une forteresse

si

sûre, que Louis IX, avant de partir

J\l\

fie

L

Jt iitcuw'iinl

pour

la

croisade, y
et,

lit

transporter son trésor; Philippe-le-IIardi en usa de

même,

chose singulière, l*hilippe-le-Bel imita ces exemples et logea
à cet

même
tard,
(hi
il

dans l'enceinte du Temple, se confiantainsi

ordre dont, plus
le

devait fain; brûler vifsl(!s |U"emiersdiguilaires et

grand-maître,

comprend

(|ue les Templiei's, tiersde l'hospitalité qu'ils

accordaient
le

aux

rois, s'occupaieul
ils

peu d'héberger

les

pauvres voyageurs. Sous

nom

decouimauderies,

|)ossédai(ïn tics plus belles terres de

France; ces terres

étaient uiieux cultivées (pu; les

richesses,

et favm-isés d'ailleurs

domaines du roi. l*our augmenter leurs par leur comnninauté d'intérêts avec
ils

leui's frères

de Sicile et d'Italie,
(»u ils

faisaient

le

comuHMXi; des blés,
ils

(!t il

y eut

un uuuuiMil

en eurent presipu-

le

moiioi)ole:

se livrèrent

Hue

cl fiuiboiiiti (lu Tciriplt'

J

DU TEMPLE.
eux
les

1)5

alors à loulc l'insulciice cl à loiis les vices (|ue doiinenl les richesses; a

meilleurs vins, lesuiefsles plus ex<iuis, les plus beaux chevaux, les

meilleures armes, les meubles elles vêlenumls les [)luss()mplueu\, elaussi
les [)lus i)elles

femmes;
dt;

le proverbes huirc coiiiiiic

iiii

Teiiijilicr,

dcviul pD-

jjulaire et l'est encore;; enlin, cimuuk!

le saciilei^c

se

mêle volontiers aux
l'anii-

(léréglenn'Uls

moines dissolus, on

les

accusa de ma^ie, <rime

lier aux esprits supérieurs de ces tenips diynorance; on dit (pi'ils tai-

saient

un amalgame monstrueux des superstitions
ils

les

plus révoltantes
ils

avec les mystères sacrés;

avaient, assurait-(ui, des rites secrets;

faisaient des sacrifices im|)ies.

teurs, et à leur tète

il

faut

De graves historiens, d'erinlits compilaplacer feu Uaynouard, auteur de la tragédiedes
deces accusations lesTemplicrs étaient riches,
;

Templiers, ont nié

la

vérité

puissants, et leur conduite turbulente mettait souvent en (|uestion l'autorité royale; ces
(pii

crimes-là sont avérés. Philippe-le-Bel
il

lit

saisir tous
il

ceux

se trouvaient en France;
les juridictions royale

s'empara de leurs biens;

les

fit

juger

par

et ecclésiasti((ue.

Les Templiers furent conJacfpu'sde M<day

damnés sans

(|ue la

torture pût leur arracher un aveu. IMiilippe-le-lJel
17}\^2,

supprima cetordre

|)uissant en

et

deux ans

ajires,

et Gui, frère de Robert,

dauphin d'Auvergne,
vifs

les

deux premiers persondu Pont-Neuf,
à

nages de l'ordre, furent brûlés
l'endroit

sur
la

le terre-plein

même
reste

s'i'déve

aujourd'hui

statue d'Henri IV. Les biens
les frais

des chevaliers furent a[)pli(pies en partie à i>ayer

du procès; on
et riiahiterent

donna

le

aux frères de l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem, nommés

plus lard chevaliers de Malte, qui héritèrent du

Temple

depuis celle époque.

Cependant

les

possessions des Templiers n'étaient pas tombées dans

des mains nouvelles sans s'amoindrir. Lesi)eres de Nazareth bâtirent une
chapelle sur ce terrain, et plus tard, François l' et sa sœur, Marguerite

de Valois, y fondèrent un hôpital pour les enfants abandonnés; on
pela rhc)pital des Enfanls-Dieu
;

l'ap-

mais

vêtus de rouge,

le

peuple s'habitua à

comme ses petits habitants étaient les nommer les Enfanls-Roityes. La
Malgré ces
em|)i<'le,

chapelle des pères de Nazareth n'existe plus, l'hôpital a disparu, une rue

seulement a retenu
ments, l'enclos
venait de bâtir

le

nom

doinié par le peuple.

du Temple avait encore
la

vingt-cin(( arpents. Henri I\

(|ui

IMace-Uoyale, eut l'idée d'acheter aux nu>ines Hospi-

taliers leur propriété, d'ahaltre le

Temple

et

de

le

remplacer

])ar

une

place demi-circulaire, surlaquelle devaient s'ouvrir huit ruesmagniti(|ues.

Le plan en

fut dressé

sous
le

les

yeux du

roi, et

Sully devait être charge; de
lit

son exécution, lorsque

poignard de Havaillac

évanouir ce projet. Les

Hospitaliers ayant ainsi échappé au danger d'être dépossédés, se hâtèrent

de bâtir pour légitimer leur gage. En

1()(>7,

le

grand-prieiu" Jacepies de
la

Souvré

lit

élever

un prieuré, dont

la

façade donnait sur

rue appelée

%
celui de rue

UUt:

ET FAUBOURG
la Clievalerie, el(|iii pril alors

d'abord vicus MiiUiœ Templi, ensuito rue do

du

Tem[)lt;, <|u'elle a toujours gardé depuis.

Tout ce

quartiei*

se peupla, et partout seyroupèreut des rues nouvelles, (pu) les l)esoiiis ou

lagrénieut lirent élever; les rues du Four-du-Teniple, du Mouliu-du-

Temple, où
nieiit bâtie

les

Hospitaliers faisaient
:

moudre

leurs

blés et fabri(pier

leur pain, et mille autres

une rue obscure

et tortueuse, presqu'entiére-

eu

bois se

distinguait parmi

ces constructions récentes:
b;

«fêlait la

rue Vieille-du-Temple, dans laquelle en 1407,
assassiner
le

duc de Bour;

gogne

lit

duc d'Orléans, frère uni(pic de Cbarles Yl
qui, à la tête

ce fut

un gentilbomme normand, nonnné d'Ocquetonville,
huit sicaires,
veille le lit

de dix-

commit

ce crime. Le
le

malheureux prince
il

avait partagé la

de celui qui

faisait assassiner, et

s'acheuiinait peut-être

vers l'oreiller de son bourreau!

Non
lui

loin de là est la rue de /a Perle;

vous

croyez peut-être

que

ce

nom

vient

de quelque jeune bacbelette,

miracle de sagesse et de vertu,

piîrle

de beauté qui aurait légué son

souvenir à celte rue? Détrompez-vous; nos ancêtres avaient rarement
d'aussi gracieuses inspirations
Tliorifinij
;
:

le

preuiier

nom

de celte rue était

on y établit un tripot, le plus achalandé des trii>ots duxv'' siècle, celui où on jouait le plus gros jeu, où on buvait le meilleur vin, où les
dés étaient
le

mieux pipés
là qu'ils

;

la

perle des tripots; de

son nom. Plus

loin est la rue de Y Echelle, qui rappelle les fourches patibulaires

desHos-

[ùlaliers;

c'est

exécutaient les malheureux tombés sous leur

juridiction.

Déjà les boulevarls étaient ])lanlés d'arbres et

le le

faubourg se bâtissait

:

encore (piebjues années et l'anntur des plaisirs,

luxe des petites mai-

sons, allaient donner à ce quartier l'importance dont avait joui aupara-

vant

la

IMace-Uoyale. Dans les dernières années du régne de Louis XIV,

IMiilippe de

Vendôme, ipii s'était distingué au siège de Camlie, à la prise dans le Piémont contre les impériaux, fut, en sa qualité de prince du sang et de chevalier de Malte, nonnné grand-prieur du Tenq)le.
de

Namur

et

Philippe, (jm)ique renqdi de valeur, tint une conduite assez équivocpie à
la

bataille de Cassano, et maltraité

par Louis XIV,

il

ne

sollicita le retour

des faveurs royales (jue pour se retirer dans son prieuré et s'y livrer à
ses goûts épicuriens. C'était
la

régence alors, et
la

le

graml-prieur de Venil

dôme

voulut surpasser dans son prieuré

licence de l'époque;
ils

y par-

vint; les soupers

du Temple devinrent fameux;
d(!s.

surpassèrent ceux du
di;

l'alais-Uoyal, jiar le choix et res[uit

convives; la Fare y brillait
(pii

tout

rédat

d«!

sa gaîtè; Cliaulieu

,

riche prébendier et
à lui, était
il

habitait dans

l'enceinte

du Temple une maison

le

convive habituel du
le la

prieur, et (pMM(pu! |)res(pu) octogénaire,

y

chantait l'anuiur et
d(!

vin;

mademoiselle de Uaiiuay,
chesse du Maine,
y
\t'iiait

celle spiiiluelle femuu;

chambre de

du-

apporter ses reparties piquantes, et ce coMir

im
oryiicillt'iix,
(|iii

T KM

pli:.
injjirat,

«17

(lovait s'attendrir

pour un
lut

sous

les vcitoiis
la

de

la

lîastille. J('aii-Ba|)liste

Housscau
(111

admis

à

ers sou|»('rs,(i

niauicic

dont

il

(Ml

parle,

(ail

croire,

(pToii

Lie le

jii^ca pas dii;ne d inie iuilialion

couiplelc, ou bieu (puî l'ironie seule lui a dicte ce j)assagc de son epitrc
à (llianlieu
:

Par

tes vertus,
j'ai

par ton exoinplo.
verlii fut trî's l)icn ciinootr.
la |>inol('',
'l'('iii[»l('.

Ce que

de

Clior abbi''.

dans

Des imiocenls sotipeis du
I>a

pnrele des soupers du yrand [)rieur

el

de (liianlien

est

uur liynre
vers

de

rliétori(|U(>,

dont M. de Vend(jme
à

a

dû beaucoup
le

rire, s'il a lu les

du poète. Tonjoui's
l'enceinte

table on an

lit,

voluptueux

pelil-(ils

d'Henri IV

s'obérait sans cesse, et ipu)i(pu' les bnissiers ne pc'netrasseut pas

dans

du Temple,
voir

il

fallait iieaiinioiiis

pour ne

])as

s'(''teiinlre

payer ses dettes, ne fusse que son crédit. M. le j^rand-jirienr vendit à la
la

ville le terrain

sur le(pn'l est bâti

rue de Yendiuiu',

(|ui

porte

le

nom

du vendeur. A Pbilippe de Vendôme succéda le prince de (lonti, (pii, en 1770, ouvrit la porte du Temple à Jean-Jac((ues Housseau; le pliilosopbe
de Genève, pauvre, poursuivi par des ennemis
suivait raulcur d'Emile
r('els, et

obsède par

les

l'ant(jmes (pic créait son imagination, vint abriter sous des
la

murs féodaux
gloire de pro-

célébrité

(pii

:

le |)riiice

eut

la

téger l'écrivain.

L'endos du Temple, dont
les dignitaires

la

popiilati(m s'idevait à ((iialre mille
:

âmes

environ, était alors babilé par trois sortes de personnes

le

grand-[irieur,

de l'ordre, et (piebpies grands seigneurs,
la

(jni y
ils

avaient des

hôtels; des ouvriers attirés par

franchise d'un lieu où
ipii

exeiTaient

leurs industries sans maîtrise et enlin des débiteurs

y trouvaient

un

refuge contre leurs créanciers. Les titres de ce dernier droit n'ont, dit-on,

jamais existé:

c'était

un

reste des

coutumes du moyen-âge,

(pie le gouverfut

nement
|iar bail

toléra jnsipie en 1779, épofjue

où l'enclos tout entier

vendu

emphytéotifjue et livré aux entreprises particulières. La forte-

resse proprement dite, fut alors en partie démolie; c'était

une tour carrée

de cent cinquante pieds de haiitenr, flanquée de quatre tours rondes et

accompagnées du côté du nord de deux tourelles beaucoui) plus basses.
dont l'épaisseur n'était
(|u'elles le seraient

La tour avait quatre étages, des galeries circulaires, et derrière ses murs, jias moindre de neuf pieds, les Temjiliers deà l'abri

vaient être parfaitement

d'attaques bien moins redoutables abus

aujourd'hui. C'est au deuxième étage de cette tour
fut

carrée ipie Louis

XVI

renfermé après

la

journée du 10 août; sa famille

occupa l'étage supérieur. Nous ne nous appesantirons pas sur cette
épixpie sanglante
;

nous dirons seulement que Louis XVI ne
et (pie, si

sortit

du

Temple

(pie

pour marrlier au supplice,

pendant

dix-biiit

ans de

t>8

HLIK
,

ET

l'A

un 011
la

lu;
il

règnf co

roi avait

montré
il

le

courage et

résolution dont
(|ue

(il

preuve en
la

face de l'échafaud,
la

serait,

sans doute mort ailleurs

sur

place de

Révolution.

La tour du Temple

a été

démolie en 1811

:

ainsi disparurent

dans cet

enclos célèbre les derniers vestiges de

la féodalité.
(|ui

En
core
:

1781, on bâtit sur cet emplacement une rotonde,
c'est

subsiste en-

un bâtiment

isolé

de forme circulaire, des arcades soutenues
et d(> lair à

par des colonnes toscanes donnent ûu jour
verte bordée de boutiques. Là
vit

une galerie coude
à

une populution

à part qui troque, vend,
la ville et

revend, et dans les mains de laquelle passent les défroques de
la
la

Cour. Dans de vieux babuts sont ensevelis des liabits qui ont brillé

cour de Louis XV, des robes de brocard qui ont vu

la

régence

:

à côté

de

carmagnole républicaine, on trouve
le

la

robe rouge du magistrat par-

lementaire, et

costume de
le

la vieille

garde y mêle son odeur de poudre
le

à l'ambre éventée

de l'babit du petit-maître. C'est an Temple que
type perdu d'une

comédien court chercher
il

mode du

xviir siècle, et
c'est

en est sorti plus d'une

fois

emportant des défro([ues royales;
dans

au

Temple que
Paris:
ils

se rendent à onze heures tons les

marchands d'habits de
la

arrivent chargés des achats qu'ils ont

fait

niatiiuH% et ces

dépouilles sont immédiatement estimées et revendues aux marchands
stationnaires(iui en parent leurs bouti(]ues.

On

raconte (picdurant les
la

|)re-

mières années de l'empire,

le

brave général Dorseinie, dont

tenue élé-

gante et sévère avait plus d'une fois attiré les éloges de reni|iereur, qui
disait volontiers
:

— Voyez Dorsennc un jour de
Le général Dorseinn; allant

bataille, c'est le vrai
à

type du général

français, tandis (jue

Murât ressend)le
partir

Franconi.
la

pour

campagne de Prusse,

avait en
le

réserve un habit magnifique, et jaloux de montrer aux ennemis

beau

Dorsenne dans tout son

éclat guerrier,

il fit

end)aller le brillant uniforme,
feu

destiné, suivant lui, à recevoir son

baptême de

dans

la

plaine d'iéna.
le

Dorsenne devait quitter Paris
la

le

lendemain de très-bonne heure;

soir

fantaisie lui vint d'aller à la Gaîté voir l'acteur Taulain et
i\o

un nu'lopremier

dranu! de M. Cuilbert
acte
s(;

Pixerécourt,

ipii

attirait la l'oule.

L<>

passa bien, à

la lin

du second

acii;,

l'acteur Taulain parut revêtu
tressaille

d'un superbe habit de général.

Dorsenne
il

dans sa loge,
:

il

bratpu; sa lorgnette sur racteui',et

recminail son habit

— Faites
le

arrêter ce coquin,

dil-il à

son aide-de-camp, en désignant
;

l'acteur; ipTon h; conduis(!

au poste voisin

j'y arriverai aussiiê»! (|ne vous.

Tautain, escorle de
général
:

(piali'e

soldats, se présente (ont IreuiblanI devani

— Où — Je

as-lu pris cet babil, malheureux'!'
l'ai

demanda Dorsenne.

acheh' au Temple, repondil Taulain.

Dlj

TK.MI'LE.
xoiilnl l)ini
((iii

•»'.)

Le

liiil

('l;iil

vi;ii,

le ln'iui

Dnrsc

m-

|t;is

icitrciidrc son
lit

liabil;
(le

il

clmssa son valet de cliaiuhre

lavait vole, et

la

cainpagne
se

l'nissc a\ec

un
en

vieil

unirornic

Le

'reni|(lf,

ellet, est le lien oii les liions voiil loul nalnirllf'nicnl

(lei'airetle
v

leur [u'oie; mais
el

comme

ee n'est pins

un

lien privilégié,

la pctliee

pénètre sans cesse,
(le la

souvent, avant l'aurore,

elle niella

vols
ciiKi

nuit. C'est le marclie le
les

plus matinahle Paris

:1e

main sur les dimanche avant

heures du matin Ions

magasins sont ouverts el rem i)lis de chalands:
(h;

l'ouvrier (pii a nM-n sa semaine, la grisettc qui veut hriller an hal
leville, y
(pii

IM-

viennent acheter

la

redingote hasardée et

le

châle un peu passé

doit les i)arer.

En avant
et

de

la

Rotonde, du
:

C(jté d(! la rue,

sont de
la

vastes hangards eu bois et
et

divisés en magasins

là,

vous avez sous

main

vous [louvez choisir

acheter, en moins d'un (piart d'heure, tout ce

(pii

est nécessaire p(»ur nn-nhler

une maison de

la

ustensiles, tapis, matelas, couvertures, tout est prêt;

caveau grenier: linge, (Ui vous donne du

vieux ou du neuf à votre gré
il

;

ce (pi'on vous olîre surtout, c'est

du linge;
les lits
;

y a des

chemises pour toute une armée, des draps pour tous
apprécié d'un boiit de
:

de Paris, des nappes, des serviettes pour des tables de mille couverts
le

linge

du Temple est connu

et

la ville

à l'autre,

Temple
ment.
linge

une habitude singulière eu lavinise l'écoulement cpie sont reçus les enfants nonveanx-nés
!

c'est

dans

le

linge du
a

c'est
leiu'

dans ces langes

demi usés

(pie la

plupart des Parisiens ont poussé

premier vagisse-

On

croit avec raison, sans doute, (juc la rudesse et ras[)érité
les

du

neuf blesseraient

membres
llelas

délicats d'un enfant, et on court au

Temple se munir d'im tissu ment tapisser nu berceau,

ipii, ass(uiidi
!

par nu long usage, doit molle-

on ne songe pas aux transpirations
(lui

contagieuses, aux plaies vénéneuses

ont déposé sur ce linge leurs
le

principes mortels el leurs sanies, et tandis cpie

petit oiseau repose

dans son nid odorant, tandis
petits

(|ue la

louve et l'hyéue i)répar(!Ut à leurs

un

lit
!

de fougère,

le lils

de l'honmie dort enveloppé d'émanations
courir au

délétères

En voyant déjeunes mères
i)as (\ue la

Temple acheter des

hail-

lons im|)nrs, ne dirait-on

féodalité vaincue se venge encore

sur les lieux
le

mêmes où
elh;

elle a

régné, et (|ue, ne pouvant pins opprimer
le

peuple par l'épée,
et

cherche du moins à

décimer par
élèv(!

la

maladie?
la

Une chapelle

un couvent portent encore
public; dans
le

le

nom
de

de Temple;

chafilles

pelle est ouverte au

couvent on

des jeunes

riches, et nobles

quand

faire se peut, car le prix

la

pension est élevé.

La rue entière est peuplée de souvenirs religieux et d'appellations qui
se rattachent à des ordres monasticpuîs
;

c'est

d'abord Sainte-Elisabeth,

jadis couvent, dont

l'église seule

subsiste encore; la rue Neuve-Saintla

Eaurent, annexe dn prieuré Saint-Martin;

rue des Vieilles-llaudriettes,

ou un sieur llandry

avait

fondé un hospice de religieuses, dans le(juel

cLiit'iit licbciiic-i les

voyageurs, [xniiMi loiitclnis

(jii'ils

vimiIiissciiI
la

hicti

(lire

sur

le seuil

l'oi'aison à

monsieur

saiut Julien.

Dans
la

nu'Sainle-

Croix-tle-la-15i-eloiHierie étaient des

chanoines; dans

rue Sainte-Avoye

(qui n'est auli'e (|ue la rue

du Temple^, de pieuses

filles,
la

dont

la

dévotion

avait recueilli

dans

d(;

saintes légendes le

nom
le
:

de

saxonne Tledwige,
fuit,
il

dont nous avons
courant
la

fait

Sainte-Avoye....; mais
et celle

temps

change en
cloître,

face du

monde

des rues

ô profanation!

Sur l'emplail

cement
avait,

même

du couvent,

et entre les (|uatre murailles

du

y

sous l'empire, une synagogue! Quehpu^s pas plus loin était alors
de midi à (piatre heures on
(Ui

aussi l'administration des droits-réunis, lieu sacré, Parnasse, sanctuaire
(Ui

plutôt asile des jeunes

mnses de 1805

;

là,

l'redoimait le

couplet, on faisait des i»lans de tragédie,
il

élaborait le
ali-

dithyi'amhe impérial;

suffisait d'avoir fait

une romance ou d'avoir

gné vingt lignes de prose, pour être admis dans ce gymnase
c'était le

littéraire;

chemin de l'Académie,

et i)arnii les (juarante

immortels, on en

compte encore cpichpies-uns (|ui y ont fait leurs [»remières armes. Aujourd'hui, le connuerce a tout envahi, couvent, hospices, synagogue, droitsréunis,
et

radniinistration des contributions indirectes est la plus pro-

saïque des administrations. Cette partie du quartier que nous décrivons,

renferme peut-être
de leur fortiine de

les habitants les plus laborieux et les plus
l'aris
:

soigneux
la

l'épicerie, bï

commerce du demi-gros,

dro-

guerie, y ont établi leurs magasins. Le i)ére travaille, use sa vie à assortir
les

gommes du
le
tils,

Sénégal, les canelles odorantes de Ceylan, et dans dix
la

ans,

notaire ou agent de change, transportera ses pénates à
et dissipera
le

Chaussée-d'Anlin
Si
et

en folies ruineuses l'héritage paternel.
la joie,

vous voulez retrouver

spectacle du plaisir et de
le

un

air

pur

un panoi'ama animé, remontez sur
(|ni b'

bonlevart;

il

fut

commencé par
du crime;
(ju'au délà

Charles IX, de sanglante nu'nuure, mais c'est par antiphrase et par allusion aux théâtres
bctrdent, qu'on l'appelle le bonlevart

sur ces théâtres,

la

vertu,

longuement persécutée, ne reçoit
mérite;
ils

nouement
d'un coup.

la

récompense

(pi'elle

n'eu sont pas venus
la

tout

En

1769, Audinot, acteur congédié de
iiiuî

troupe des Italiens,

Ht bâtir sur ce bonlevart

salle

il

montrait une troupe modèle, des

jeunes premiers sans fatuité, des amoureuses sans intrigue, des valets
sans prétention; c'étaient des comédiens
(b;

bois

:

tout Paris y courut.

11

renferma alors dans leurs étuis ses marionnettes

et produisit sur la

scène

une troupe d'enfants
enfants coinnu'

:

Sicut infantes Audhios, disait l'affiche, et le
le

même

jeu de mots était écrit en lettres d'or sur
il

rideau;

le

public traita les

avait traité les maricmnettes, et Delille vtuilut bien les
:

bonorei" d'un de ses vers
<.lic/,

Aiidiiiot (dil-ii)

ronfance

allirc la vieillesse.

Dans ce

l(

inps-là,

la vioilless»'

de Louis

XV

(miI

un point de icsseni-

l)i:

TK.MI'IJ-:.

1(11

l)lance avec celle

de son aïeul

L(»iiis

\1V; le^raiid mi,
:

qiielciiies

années

avant sa mort, était devenu inaninsahle
devint également.

l'amant de

madame du

IJaiiv le

Madame
(;omme

de
il

Mainteiion
faut
([iw.

distrayait

Louis XIV avec
<,'^ardée,

Ksllier et Alhalic. Or,

loule |)ro[)(U'lion soit

comme le remède doit être appliqué suivant la constitution du malade, madame du Barry fit jouer devant Louis XV les enfants d'Audinol; sa
majesté fut très-salisl'aite; elle assura Audiuot de sa protection, et aux
enfants succédèrent bientôt des

hommes

sur

la

scène de l'Ambi^u-

(^omique.

(^.e

théâtre a brûlé deux fois; des maisons particulières rem-

placent maintenant rem|)lacement (piil occupait, et on a rebâti une salle
nouvelle, où les successeurs d'Audinot exploitent
le privilégie

obtenu pour
rival

des enfants. A l'époque

même

dont nous jjarlons, Audiuot avait un

dangereux:

c'était Nicolet; l'un avait

obtenu
lui

la

vogue par des marion-

nettes, l'autre, quelques

années plus tard,

enleva ses spectateurs au

moyen d'un moment sur
les

singe

;

singe savant dont Paris ratfola et qui l'emporta un

l'acteur Mole, alors les délices de la capitale. L'acteur chéri
c'est de

tomba malade,

Mole que nous parlons,
comédien;
la

et la

cour fut en émoi;
la

duchesses, les marquises, tout ce qui avait tabouret à
fit

cour ou y
batailli'

était présenté, se

écrire chez le

la

perte

d'une

n'aurait pas inspiré plus d'alarmes, on eût été
l'orage eût détruit les

beaucoup moins
fait

effecté si

moissons de
de

Beauce ou

couler les vins du

Bordelais,

le

tendre intérêt des femmes se manifesta de mille manières:

elles exigèrent

que

les bulletins

la

santé de l'acteur fussent lus tous

les soirs an théâtre entre les deux pièces, et l'hygiène

du malade ayant

exigé l'usage du vin de Bordeaux, Mole reçut deux mille bouteilles dans l'espace de quelques heures. Le chevalier de Boufflers se moqua le pre-

mier, dans quebpies vers spirituels, de l'indécence de cet engouement;
le

singé de Nicolet

fit le

reste. Ilj'eprésenta Mole,
le

en pantoufles, en robe

de chambre, en bonnet de nuit;

singe toussait, crachait, était capri-

cieux et faisait l'enfant gâté, absolument
rit, et la

comme

le

comédien
la

:

le

public

leçon profita. Nicolet a fondé

le

théâtre de

Gaîté,
Tl

(|ui

depuis

a

vu des entreprises rivales l'entourer sans

lui nuire.

ne serait pas

juste de passer sous silence deux

hommes

singuliers qui, des deux extré-

mités sociales où

le

hasard

les avait placés,

contribuèrent l'un et l'autre

au succès de ce théâtre naissant. L'abbé de Latteignant, chanoine de

Reims

(à tout seigneur tout hoinieur),
le

et l'acteur

Taconnet. L'abbé
(pie

enrichissait

répertoire

de petites pièces égrillardes
fait

n'eût

pas

désavoué Collé, dont M. de Voisenon se serait

honneur. Taconnet,
ont

acteur original, buveur intré[>ide, est l'auteur de parodies pleines d'esprit,

de petites comédies d'une gaîté populaire et naïve qui
le

lui

fait

donner
varts.

surnom, trop louangeur sans doute, de Molière des boulelui,
les

Deux pièces de

Aveux

indiscrets et le Baiser (louve et rendu.

102
jiisliliciil,

HUE
ccpciidjnil jusiinii
Je
le

I-:T

KA LIIJOLIIU;
poiiil, riitiiiiKiiir ([ii'oii lui a lail.

un

(('iliiiii

nirprisc

coinmo de Wwa.
s(»it

\(iilà la

pins grande injure qui

jamais sortie de

la

hcuiclu; de

Ta-

connet.Il

mourut

à quarante-cimi ans, viclime de son
la gaît»' et

mépris pour
i]u

l'eau
«jui

Taconnet
est la

excellait à rendre
(jue le dit

surtout l'ivresse
il

peuple,

bonne, ainsi

Figaro;

jouait surtout les savetiers avec

un talent supéi'ieur,
sou
vin
rival.

et r*réville, cet

émule de Garrick, la regardé comme
i)lus l'eau (jue le
il

Latteignant n'aimait pas
n'était pas frelaté;

comédien, mais

le

du chanoine

venait des clés les plus célèbres de
(pii

France, et de ces deux
vécut
le

hommes

ce fut celui

buvait

le in(ùlleur vin (|ui

plus longteni])s.
et celle

La scène de l'Andjigu

de

la ("laîle

furent longtemps al)an(lonle

uées à des auteurs sans talents, manouvriers inhabiles, dont tout
mérite consistait à reproduire sans nuance
Victor Ducange,
et et

sans art un

fait

dramatique

le premier, doinia au mélodrame une valeur littéraire émut les spectateurs avec des ojivrages (jue le lion goût ne réprouvait pas. De nos jours, des auteurs recommandables travailloit, comme on dit, pour la Gaîté ainsi que pour l'Ambigu, et un académicien n'a pas craint d'avouer une chute sur le petit théâtre Saint- Antoine. Le mélodrame elle

vaudeville ne sont pas seuls cultivés dans

le

quartier du Temple,

la litt('-

rature équestre y a aussi son théâtre.

A

l'endroit

même

où sont aujour-

d'hui bâties les premières maisons du faubourg s'élevait autrefois

un
ils

cinjue établi par Astley

;

Astley crut devoir quitter Paris pour Londres,
et les frères

il

a fait

une grande fortune,

Franconi

lui

succédèrent;
ils

établirent d'abord leur hypixxlrome rue du Mont-ïabor, puis

bâtirent

un théâtre au commencement du faubourg;
llammes,
et
il

l'édifice

devint

la

proie des

fut rebâti sur le boulevirt

même. Aux manœuvres des

écuyers, aux exercices de voltige, les frères Franconi ajoutèrent bientôt

des drames, dans lesquels les chevaux jouaient toujours un rôle. Les
chevaliers, les Arabes, la grande armée, ont passé tour à tour sur cette

scèm», qui a ainsi repi'oduit les tournois du moyeu-âge, les victoires et
les défaites

de l'empire.

A

partir de 1830, Napoléon, Murât, Kléber,

Eugène, ont été mille
puis
h',

fois offerts à l'avide curiosité

du public

;

mais de-

siug(>de .Nicolel, les hèles savantes ou
les

non

l'ont toujours

emporte

au boulevai't du Teuqjle sur

bipèdes. Les frères Franconi en liientsou-

vent riuMireusc expérience, sans parler du Régent, de X Aérienne, ni du

Cheval

tittslnnioinc, tout le

monde
la

s(î

souvient du cerf Coro, de l'éléphant

DjecI; et

du

|>etit tigre (pie

(b'couliture de

M.

de;

Montbel, ministre de

Charles X, amena dans l'arèm^ du Cirque-Olympique.

Ceux
de
la

(pie le spectacîle n'attire pas, j(uiisseut
la

sur

le

Ixuilevart

du

'r(!Uiple

pr(MUciiad('

plus aérée de l'aris

el

de farces jouées eu plein vent

\)\'

ti:mi»m:.
;

k»les li<iuies
fî«''antes,
si

Bobéclie y avait jadis ses tréteaux

on y trouve encore

de des

Curtius, des pliénoniènes vivants, des escamoteurs, des
lions,

des danseurs de corde et
et

le

Canieux paillasse Déhui'eau,

aimé de
le

M. Charles Nodier,
biographe;
le

dont M. Jules Janin n'a pas dedaiyné d'être
le tran<[uille et frais

jardin Turc est enfui

oasis où

le

prola

meneur

fatigué peut reposer son admii-ation et se rappeler en liuvant

bière de mars, les lazzis
teur. Ilélas
!

du

paillasse et les tours d'adresse de l'escamo-

ce jardin, lieu chéri des rentiers du Marais et des danseuses
a, lui

de

la

rue Boucherat,

aussi, son jour de

funèbre mémoire, jour
le

fatal,
le

dont

le

souvenir est toujours récent dans

quartier, (l'est devaiil

unir d'enceinte du jardin Turc, en face de ses lanternes chinoises, (pie

Fiescbi avait placé ses régicides et meurtrières batteries. Le soleil dr
juillet éclairait h's boulevarts;
la

garde nationale

et la ligne

formaient

une double haie; toute
filles,

la

population inondait les contre-allées; des jeunes

des jeunes mères, des vieillards, debout sur les bancs du jardin,
le

attendaient

cortège royal... Le roi s'avance, précédé, suivi, entour»'.
c'était

de ses
le

fils,

de ses maréchaux, de ses ministres, de son état-major;
qu'attendait l'assassin
et

moment

Tout-à-coup
;

l'éclair et le bruit

d'une décharge se font voir

entendre

un maréchal

(pi'avaient

épargne

cent combats, tond)e mort; des
le

femmes des enfants, gisent sans vie, et joyeux anniversaire devient un jour de deuil et de larmes. Un hasard
le roi.

heuVeux préserva

Tout passe, cependant,

et le gai boulevart

du Temple, sans oublier

le

désastre, ne put pas conserver longtemps une physionomie attristée; le

jardin reprit ses concerts, et

la

dernière scène de l'attentat de Fiescbi

eut lieu au Luxembourg.

du faubourg du Temple, que travers»! le canal le moins long de l*aris tandis que les faubourgs Saint-Martin, Saint-Denis, Saint-Antoine, du Houle, olfrent
Il

nous reste
:

à parler

Saint-Martin

c'est le

faubourg

:

d'interminables avenues, en trois pas on a franchi
et

le

fauboui'g du

Temple

on se trouve au

village de Belleville; ce n'en était |)as

moins autrefois
:

un
les

lieu de plaisir, grâce à

deux établissements fameux
le

la

Courtille et

Marronniers. Sous

la

régence,

peuple

allait à la Courtille

oublier les

édits

boursaux de Philippe

et les rigueurs administratives
toits d'ardoise

de Dubois. De

grands arbres ombrageaient les

des cabarets, et sous leurs

réduits mystérieux les groupes s'égaraient et devisaient d'amour.
l'abus des plaisirs avaient

Comnw
seiet

amené

la

lassitude et

le

dégoût,

les

grands

gneurs quittaient volontiers Saint-Cloud, et

les nuits

d'Asnieres

du

Luxembourg, pour les
veauté;

plaisirs de la Courtille, pi([uants surtout par leur noui*rie y faisaient

madame

de Parabere, nuulame de

des conquêtes

dont

elles avaient soin

de ne parler ni au l*alais-Hoyal,
se sait, el (pioi(pie le r<'gent
lut

ni à Versailles;
le

cependant

comme

t(»ut

moins jalons

lO'i

KUK KT
lioiiinics, ol

KAUHOlilU.
|)lii!S

<I<'S

M.

le

duc

l'iiinaiit le

aveuyle

«le

ce leinps-hi, des

agents adroits et sûrs reçurent l'ordre de se glisser à
server exactement ce qui s'y passait
faire,
la
Il
:

la Courtille et d'ob-

il

y avait

etDuliois se réjouissait à

la

seule idée déjouer

un rapport scandalenx un mauvais tour
ipii

à

à

maîtresse favorite, et de détruire ainsi une influence
payait, dit-on, fort cher

l'oflusquait.

madame

de Parabère, pour

(pie,

dans

l'inti-

mité dont

elle jouissait, elle
il

ne contrariât pas ses desseins, mais malgré
chose avait bien
le

ses largesses,
à

n'était

jamais sûr de cctappui fragile et changeant. Quant
la

madame

de Prie, son étoile pointait à peine, et

moins d'importance, puisqu'elle ne regardait, en elfet, ipie M. Les agents obéissent avec empresseuuMit; ils se glissent sous
brages de
la

duc.

les

om-

Courtille
le

;

ils

ne laissent pas passer une

femme sans

la re-

garder sous
bourgeois
leurs
ils

nez

;

ils

cherchent cachées sous quehpu'S déguisements
qu'on leur a désigné, et que
là, le

les ligures aristocratiques

d'ail-

connaissent bien;

madame

de Parabère était loin de

cabaret

de

la Courtille n'avait

pas l'honneur d'héberger l'ambitieuse
s'arrête devant

madame

de

Prie. Tout-à-coup,

un de ces obsru'vateurs

lilhomme, d'une

taille

elégaule et bien prise, l'épée

un jeune genau côté, le chapeau

a

plumes sur

rdreille, la petite
rei,'.ii-de,

mousiacho

frisant sur la lèvre su|»érieure,

Tidiscrvaleur

hésite, ce n'elail pas

nuulame

l'aiabere.

c élail

bien mieux.

nu TEMi'u:

Kir.

— Je vous
l'épaule

arrèlc,

mou

^eiUillioimiie, dil-il ni uiclliiiil

\,\

iiiiiiii

sur

du

cavalier.

Celui-ci, saus s'étouuer,

douue uu coup de poiu^ daus

l'estouiac de

sou autagouisle
cours,
les
le

et le

renvoie» à dix pas; l'a-^M'iilde [xilice appelle

au se-

jeuue geuUlliouinie veut s'élancer hors du jardin, on accourt,
ils

honiuies de police paraissent sortir de terre;

entourent celui qui
ils

a

battu leur camarade, et après bien des coups donnes et rendus,

s'(!n

emparent.... C'était Cartouche!

Cartouche

a été arrêté

faubourg du
(h;

Tem|»le au cabaret de

la

Courtille, en 17"ii.... Cartouche, lelVroi

l'aris, le chel' d'unti l)ande

les elîorts

de

la police, et

nombreuse, qui, depuis dix ans, déjouait tons dont le nom populaire est devenu yénériqiu).
il

L'adroit voleur ne désespéra, ni de lui, ni de sa l'orlune;

avait tant

d'amis, de complices, de compères, qu'il se croyait sûr d'échapper,

comme

cela lui était déjà
il

si

souvent arrivé;

il

y parvint par

un

effort
soi-

désespéré, mais

fut repris (pielques pas plus loin et

ou l'enlérma

gneusement dans une des prisons les plus sûres de Paris. Son arrestalation lit événement; elle devint la nouvelle du jour le théâtre s'en em;

para, et tandis qu'on instruisait
sujet d'une comédie et

le

procès du voleur célèbre,
l/auteur de
la
la

il

était le
le

dnn poème,

comédie i)ousse

scrnpuledramatiipie jusqu'à i)reiulre
sur les détails de par tout nier chain
cela.
;

peine d'aller consulterCa.rtouche

la

mise en scène de son ouvrage. Cartouche
il

commença
pour

:

à l'entemlre

n'avait jamais dérobé
il

un

fétu à son pro-

lui voler! lui
lui

assassiner!
(pieslion,
il

avait les sentiments triq) élevés

On

donna

la

la

supporta sans changer de langage;
à

à la tin, pourtant,

(Cartouche consentit

parler

:

il

passa une nuit ton!

entière à
était

nomim'r ses amis, ses complices
trois jolies

et ses maîtresses;

Cartouche
il

adoré de

femmes! (^ondammi

à être rom|)nvif,

marcha

bravenuînt au supplice; son œil interrogeait
les

la

foule et cherchait parmi
il

spectateurs des visag<'s amis, des bras dévoues,
laite
;

attendait l'exécution
et

d'une [)romesse solennellement
se trouva en face

personne ne bougea,
(pi'il

(Cartouche

du bmirrean; alors, voyant
ni

ne

fallait
,

pins com|)ter
il

sur sa delivi'ance,
faire

sur des secours

ipii

ne venaient pas
la

demanda

à

de nouvelles révélations, sans pour cela éviter

mort cruelle

(|ni

l'attendait.

tale peiulant

Le procès de Cartouche et sou exécution occultèrent la capitrois mois et tirent jouir d'une vogue nouvelle le cabaret
il

de

la

Courtille on

avait été arrêté.

En

face
(pii

mênif de ce cabaret,
paiiit à

était

un emplacement [danté de marronniers,
lieu
|tr(»pre

un spéculateur un
;

à

rétablissement d'um* entreprise rivale
à la forêt,

c'était,

en depil

du proverbe, porter du bois
fois torl.el ici

mais

les |)ioverbes

ont cpu-biiie-

révenemeni

le

prouva. Les marronniers prospérèrent; des
ci

p'ux de bagues, des escarpolettes
la

suitonl une devineresse, d(muèreul
a

vogue au cabaret des Mai'ronniers sans nuire
II

son voisin

La Conrli

100
tille

\W\i
servit d'asile

ET

FAUliOl'lU;
à tous

DU TEMPLE.
ceux qui luyaieut
le

aux buveurs,
le
le lieu

suu[)ei'
:

de
les

famille,

pour s'asseoir sous
le plaisir

touueau avec de bons compagnons

Marronniers furent

du rendez-vous des amants; une phrase conqu'on trouverait à s'y rencontrer
les i;rauds iMarronuiers.
,

venue indiquait

:

Il

fera

beau ce soir sous

Le spirituel Beaumarchais

toujours habile à s'emparer du dicton
la

populaire qui frappent vivement

multitude, n'a pas
:

manqué de
elle
le

rej)ro-

duire cette phrase dans les Folies Journées

c'est

par

que Suzanne
milieu du

indique au comte Almaviva,

le

rendez-vous du soir. Vers
la

règne de Louis XV, l'Etat acheta

Courtille; on y a bâti une caserne

qui existe encore. L'existence des Marronniers s'est prolongée plus long-

temps

:

ce refuge des
les

amoureux du quartier

les a abrité
la

jusqu'à l'époque

du consulat;

Marronniers tombèrent alors sous
:

hache, et l'amour

s'envola pour aller s'abattre ailleurs
bois, et le seul lieu

c'est aujourd'hui

un chantier de
les

du faubourg où

l'on fête

encore Connnon, et Bacchus

est le restaurant des Vendanges de Bourgogne, tandis

que

amants ne

quittent

|)as le

boulevart et vont cacher leur bonheur dans les cabinets

particuliers

du Cadran- Bleu.

On
le

trouve au faubourg du Temple

une
la

rue qui porte un

nom

célèbre;

nom

d'un

homme,

qui, enlevé trop vite
la vie et

à la science, n'en a

pas moins surpris

les secrets

de

ceux de

mort
tons;

;

la

rue Bichat.
a été

Le quartier du Temple
il

chanté dans tous les tempset sur tous les
:

a épuisé la verve des chansonniers

La seule pronienado qui La seule où je
in'auiu.se,

a

du

pi:ix,
ris,

où je

C'esl le boulevaii

du Temple
et

à l'aris.

a dit le
la

joyeux Désaugiers,
ils

en

elfet,

les théâtres,

l'Iiiver,

y attirent

foule; l'été,

sont

le

rendez-vous des buveurs de Belleville, des nui(pii

liers
(h'
ils

du Marais, des promeneurs
tout temps le

ont passé leur journée dans

le

bois
et

Vincennes, dans les guinguettes
ollreut
([iw
<'U

«lu

Saiut-Mande, de Saint-Maur,
plus gai,
le |)lus vivaiil, le

panorama

le

[»lus

anime

puissent présenter

la capitale.

Mauik

AvCAItl).

RUE

VIVIEÎINE.

;i\ail
(le
'S

uno

fois

iiiio

fiiniillo

du
«le

Vivien,

(|iii

iiosséd.iit

terrains

sur l'emplaeenient

s'étend anjoin'd'hui la rue dont
s

allons essayer d'écrire
apliie. Si

la

mo-

l'adage,
les

qui prétend

les

peuples

plus fortunés

ceux dont
ut croire «]ue

l'iiistoire

ne parle

l)eul s'appli(|uer
la

aux familles,

lamilh; Vivien a
elle

d'un bonheur iuallérahle;
aissé

aucune trace dans les hiophies; nous ne savons ni ce
elle faisait, ni
s

d'où elle venait;

ignorons de

même

ce qu'elle
lui

devenue;
er!

que l'ouMi

soit

rencontre des
euaicnt les

seigneurs

(|ui

noms de
a pris le

leurs terres.

ne Vivienne
très;

nom

de ses
fémi-

seulement
il

elle s'est

T,

comme

convenait à une rue

ndaine. dépendant, au jour de sa
ssance, alors (pTclle
n'était pas

me
!

(Mic<u('

fut

une rue au berceau, liaplisce au masculin mais,
;

es destins sout cliangeants, pouri

l«î

sexe des rues ne serait-il pas

alde'^.,

Motre

liéroiuc;
la

a

donc

su un
"en
I

e

muet

à

(picuc de son

ifin

N.tNUUH

108

WVE VIVIENNK
<{
(!<'

nom,
\'A]

rue Vivien qu'elle était autrefois, elle s'est faite rue Vivienne.

inciiaiit

une

si

grave résolution,

cette

aimable rue
la ville
(u"i

faisait

preuve

desprit;

elle avait

bien vite deviné que, dans
la

Dieu

l'avait fail

naître, c'était

du côté de
il

robe que se trouvait

la

toute-puissance.

Maintenant
est bien

faut se soumettre à tous les caprices de cette rue, qui

de

lui faire

une rue des plus coquettes qui soient au monde. Entreprendre cbanger de goût, ce serait tenter l'impossible on réussirait
;

plutôt à persuadera une jolie veuve d'entrer en religion. La rue Vivienne
s'est créé

un royaume où
se puisse

elle

régne
:

et

gouverne de

la

plus despoticpie
aérien
lit

façon

(ju'il

imaginer

ce

royaume
et sa

est l'empire

des
l'ro-

modes;

elle

ne souffre point de rivale,

cbanssée est un

de

custe où toutes les créations du goût viennent se plier au bon plaisir de
sa fantaisie.

La rue Vivienne
impérissable,
si

était prédestinée

à

cette

royauté qu'elle rendrait

quelque chose pouvait ne jamais périr; au temps de son
premiers rudiments d'une rue,
déjà un

enfance, quand ses maisons, mal alignées et médiocrement belles, n'offraient encore

que

les

elle avait

goûttrèsvif pour les chiffons et les rubans,

comme

ces petites

filles

qu'on

voit jouer avec des bouts de dentelles dérobées

aux corbeilles de leurs
la tète; elle

grands-mamans;
que
la

les colifichets lui faisaient

tourner

ne rêvait

toilettes, et fort
et le

peu soucieuse de querelles politiques, tandis que
le

cour

parlement,
et

prince de Condé et M. de Turenne,
la

la

gi'ande

Mademoiselle

Louis XIV, guerroyaient au temps de

Fronde, notre
guerre

rue ne s'informait que des modes nouvelles et n'avait d'oreilles que pour
les récils

de belles fêtes. La ville pouvait se battre tout
il

le

jour,

si la

l'amusait,
])as

suffisait à la

rue de se divertir un peu

le soir. Elle

ne savait

toujours qui l'emportait enfin,

du

spirituel

coadjuteur ou du rusé

cardinal, mais elle savait, à coup sûr, où se donnait le plus joli bal delà
nuit prochaine, et
la

brillante coquette

ne songeait plus

qu'.à tailler

son

déguisement pour danser une sarabande.

Nous n'oserions prendre sur nous de
mauvaise
l'utile.

dire qu'elle avait choisi
:

la ])lus

jiart

dans

les affairesde ce

monde
la

l'agréable et quebpu^fois

F)éjà,

bien avant
Inî

la

fastueuse régence,
airs

rue Vivienne avait une galante
;

réputation que

valaient ses

de petite maîtresse
;

elle était

en

(piebpu! sorte; la

femme-de-chambre du l*alais-Hoyal
(pie

mais une de ces
et

lénimes-de-chambre
délicate
et

Marivaux savait

si

bien esquisser avec sa plume
alertes

parfumée; délicieuses soubrettes,
la

mignonnes,

|iromptcs à

réplique, lestes en alTaires d'amour, et
les plusdifliciles à

comprenantà demi-

mol

les

choses

('omprendre, de ces Margols à minois
en dessine (piebpiefois.

cliidonné

comme Tony-Johannot
(pi'iin

Aussitôt

magiisin, jiardon, je veux dire une bouti(|ue; en ce leinps

lii

il

n'y avait pas oncorc

de magasins, mais

(mi

revanclie

il

y avait

beaucoup d'cchopes; anssilôl, dis-jo. qu'iino boiiliquo était à louer dans lame Vivienne, nue gentille mercière venait y planter son aiguille comme un drapeau la mercière d'alors s'est transformée depuis en marchande
;

de modes. Messieurs
les

les
la

cadets de familles, les roués de ItEil-de-Hœuf,

gentilshommes de

chambre du
le

roi, ces

mousquetaires

et ses ol'dles

ciers ne prenaient pas garde à la condition des

femmes pour

adorer

:

en matière de galanterie
la

meilleur blason est un pdi visage. Or,

comme
lilles,

rue Vivienne n'admettait sur ses domaines (jue de jeunes et belles

je

vous laisse

à penseï" si
(pii

elles étaient courtisées, à

la
la

grande colère
cour. Mais
les
s'il

des belles dames
faut en croire
nies, les belles
les

avaient écussons et tabourets à

médisances du temps, nous ne disons pas
se vengeaient
le

calom
plus tôt
et le

dames
;

un

\)cn plus loin,

un

[teu

ou un peu plus tard

temps ne

fait

pas grand'chose a ralVaiic,

sentiment n'y perdait rien.

Et guis ces bonticpies
ries,

étroites, obscures, voilées (rét(dTes et de brodele

etdontunelampe

indiscrète ne dissipait jamais

demi-jour, étaient
cpii

fort

propices aux rencontres imprévues, à ces merveilleux hasards

forcent les gens à se trouver ensemble en l'absence des jaloux et des

fâ-

cheux

,

absolument

comme

s'ils

se cherchaient; grâce à la cofjuetterie,
si

peut-être calculée, du clair obscur,
la

quelipu^ mari venait à passer dans

rue,

il

se gardait bien de reconnaître sa
la

femme dans

celle (jui

mar-

chandait des guipures au comptoir de

mercière, en compagnie d'un

gentilhomme enrubanné.
C'étaient

un peu

là,

du

reste, les

mœurs,
(pi'il

la

tournure, les petits avanpetits

tages de toutes les rues voisines
imitaient

du Palais-Royal. Les
le

hobereaux
;

un

givind prince

dans tout ce

osait entrepnMidre

les

rues

contrefaisaient aussi le palais de monseigneur
l'air débraillé, si fort à la

régent, et se doniiai(Mit

mode, pendant
(pu' ses

la

durée de sou gouvernement
le joli

amoureux. Mais plus adindte
galanterie,
la

so'urs dans

métier de

la

rue Vivienne savait tirer des bénéfices de ses plaisirs,
filles

et

(piand elle mariait ses

avec des procureurs au Châtelet, elle estid'oi-,

mait, en comptant leurs dots en beaux louis

(jue la fin devait être

l'excuse des moyens.

Plus tard, seule entre toutes ses compagi>es,

elle

garda

les

coutumes
le

évaporées

cpii

allaient

si

bien aux ca})rices de son caractère. Lors(pie
si

quartier du Palais- Royal se prononça

vivement,

à la suite

des(ui maître,

en faveur de
l,a

la

démocratie naissante,

elle
la

conserva une froide neutralité.
révolution
la fuite

rue Vivienne ne pouvaitpardounerà

des plaisirs;

volontiers elle aurait
satin, et
l'clabli

donné tous

les Droits

de l'homme pour une robe de

immolé

la

liberté sur l'orcliestre d

un

bal, ou,

mieux encore, sur

d'un atelier de couture.

110
Si son opposition au
elle

UUK VlVlK.NMv
régime nouveau ne
les limites
fut

pas plus énergi(|ue
la

;

si

ne dépassa jamais

prudentes de
le

biuiderie,

il

laiit

en
:

accuser son caractère, qui n'est pas

moins du monde belliqueux

Cédant arma togœl Les armes de
soie, de cacbemire ou de
satin.
à

la

rue Vivienne, c'étaient des robes de

Rien dillérente des rues du quartier
la

Saint-Martin, qui tressaillent

l'odeur de
a

poudre

et se

soulèvent au

bruitde
bat,

la fusillade, la

rue Vivienne
et

borreur des

batailles.

Quand on

se

on ne danse plus,

quand on ne danse
reprocber trop

pas, on ne s'babille guère.

Mais on aurait tort de
sied aux jeunes
([uel(|ue
filles,

lui

liant sa faiblesse.

La timidité
fille

et la rue
il

Vivienne n'est, après tout, (pi'une

peu émancipée,

est vrai,

mais qui

a

néanmoins tous

les ins-

tincts tendres et compatissants de

son sexe. Que voudriez-vons

((u'elle fit

dans un combat avec sa population eflaroucbée de demoiselles? et voyez donc la plaisante figure qu'elle montrerait derrière une barricade, avec sa
petite garnison de modistes

gourmandes, amoureuses

et coquettes

!

LU IxMM

[(Mir,

cependant,

la

nie Vivienne se réveilla

en sursaut an

lu
hriiil

i:

vime.n.nl:.
ne i('sscnd)lait j^imtc an\ anliadcs

ni
(|n'clle
la

d'un grand limnillc

(|iii

aimait tant. Des canons,

la

guculo hcanlc, jiassaicnt en rhranlani

cliaussée; de nienaçanles lilcs de grenadiers, de hussards, «l'arlilleurs,
se rangeaient le long des maisons; des officiers d'ordonnance s'élançaient

au galop, et l'on entendait dans les rues adjacentes les voix conlïises,
les

nuinnures elles

cris

de

la l'oule.

A chaque

inslani, celle nier vivante,
tlot jus(|ue

inquiète et tourmentée, poussait

le

peuple

comme un

dans
à

la

rue Vivienne, et les masses silencieuses des soldats avaient peine
server leurs rangs sous
la

con-

pression toujours croissante des l'arisiens.
à confesser
(ju'elle
^[\\^-

La

vérité historique

nous ohlige

la

rue Vi\ienne n'était
le faire croii'e.

point aussi étrangère à ce

mouvement

aurait voulu
|)art,

Elle y était fort intéressée; elle y prenait

même

en sa manière, en

se nu'ttant à

la

fenêtre. Ce jour-là elle n'ouvrit pas ses l)OUti(pies; elle
:

se contenta d'ouvrir ses croisées

curieuse avant tmit, elle vmilait voir

passer les événements

et les

hommes.
([ue le lî2

Ce jour-là

n'était rien

moins

vendémiaire

(4
la

octobre 1795).

La veille d'une sanglante journée où les destinées de

France républi-

caine se jouèrent à coups de boulets dans les rues de Paris.

La rue Vivienne
plus avancée dans

faisait })arlie
le

de

la

section Lepelletier, qui s'était le
(jui

mouvement

royaliste et

siégeait au couvent des

Filles-Saint-Thomas, remjtlacè

jilus tard

j)ar le palais

de

la

Bourse. La

section, présidée par M. Delalot, parlementait avec le général

Menou.

On ne

parlait déjà (|ue de conipiérir la ville de Paris, et la rue Vivienne

se voyait

menacée d'un avenir de

batailles qui ne souriait point à sa gasi

lante indolence. Mais

comme

il

n'y a rien de

terrible

(junn

jjoltron,

(piand par hasard

il

s'avise de jouer le rôle d'un brave, la rue Vivienne,
criait

entraînée par

h; mouvement, monde, au risque de gâter sa

plus haut et plus fort que tout

le

petite voix

douce etflûtée,

la

et

proposait

gaillardement de marcher contre

les Tuileries,

Convention répondait

par des décrets aux menaces des sections réactionnaires.

On ne

se

battit point

dans

la

j(uirnée

du 12 vendémiaire; tout

se

passa en conversations;

le

général Menou, qui n'aimait pas à se trouver
fit

mêlé aux agitations jjopulaires,
deneltes, après avoir

prudemment rebrousser chemin

à

ses troupes, fort étonnées de se retirer devant des petits-maîtres en cafait

reculer les grenadiers autrichiens. La rue
le

Vivienne,

trés-enrouée d'avoir beaucoup crié depuis
le

matin, jiérora
,

encore un peu dans

couvent des Filles-Saint-Thomas
S(î

présenta les

motions

les plus haidies, et, vers le soir, alla

coucher,

le

chapeau sur
elle

l'oreille et le

poing sur
si

la

hanche, avec des airs de matamore;

ne

s'était

jamais crue

^aillante.

remplaça

Le lendemain, c'est-à-diie le I." \endeniiaire, le biuit de la bisillade le bruit des pandes mais, pendant la nuit, bien des événements
;

112
s'étaient accomplis.
«général

uub:

viviErsrsE

Le comniaiulementderarmée venait trêlre enlevé au
au reiirésentant Barras, qui avait sous ses orlîonaiiarte.

Mcnou

et contié

dres un

jeune ollicier

nommé
la

L'insurrection avait recruté

vino^t-sept mille

fenseurs

;

Convention ne comptait que huit mille démais parmi ceux-là se trouvait l'honniie qui devait être un jour

hommes;

Napoléon.

On
caine.

sait

comment

les

insurgés lurent halayés par

la mitraille

repuhli-

La rue Vivienne rentra chez

elle, fort affligée

de s'être jetée en étourdie

dans nue émeute où il n'y avait eu ([ue des halles à gagner. Le lendemain, elle n'eut garde de sortir, (piand elle entendit les derniers cou|)s
de
fusil qui
;

chassaient du l*alais-Uoyal les sectionnaires les plus récal-

citrants
rière

elle

regarda courir les fuyards, tres-prudemment cachée der-

ses

volets, et se luita,
houti([ues.
lui avait

quand

tout danger fut passé,

de rouvrir

courageusement ses
elle s'en

Le 15 vendémiaire

coûte «piehpu's incroyables en collet vert

:

consola en confectionnant des hahits à collet noir.

temps où

La rue Vivienne n'a pas toujours été ce (|u"elle est aujourd'hui: au les gentilshommes qui tourldllounaient autour du régent les philosophes (jui se (luerellaieiit sur les pauqjhlels du jour, les ha,

vards politifiucs

(|ui

i)éroraient sur les ex[)e(licnts linanciers de
fait

M. de

Calouuc ou

(le iM. \

de Necker, avaient

du l'alais-lloyal leur (piarliercentre du nuMide; l'on
{\{'\\\

géu<'ral, la rue

ivienue s'estimait hirt malheureuse de ne [xuivoirentrer
\\\\\

d'end)lée diins ce jardin,

était alors
lui

le

ni;

saurait croire tous les chagrins que
(|ui

causaieul

vilaines
il

maisons
lui

harraieut

le

chemin

et l'ohligeaient à se

détourner, (juand

predi-

nait fantaisie d'aller respirer le frais sons les

marronniers. De grands

plomates ont intrigué avec moins
verser de [Miissants états, (|ue
la

d'hahileté et de persévérance i»our ren-

rue Vivienne pour démolir deux pauvres
(^t

maisons;

eidin, elle triom|)ha de ses eniuMuies de pierre,
la

on

la vit

un

jour franchir lestement

rue .Neuve-des-Petits-dliamps pour descendre
le

dans ce hienheureux jardin par
la

passage du l'erion
rue Keydean s(uis

:

ce fut en ISOt'Mpie

rue Vivieinu' acconqdit cette glorieuse; con([uète.
Jadis elle s'étendait jusipi'à
la

le

nom
(pii

de rue Saintfaire

.lerônn;;

mais

cette [U'olongation disparut

un

heau matin, pcuir

place aux jardins du couvent des Killes-Saint-'l homas,

sarriuidissait

pieusement aux de|»ens de ses voisins. Ouaud
sale, la riu' Vi\ ieune comijrit

elle se vit [irivce

de sa vasla

que de longtenq)s

elle

ne pcuirrait avoir

prelculi(Hi d'ariiver juscpi'aux hoiilcvarts, (pi'elle s'était crue sui'le point
d'allciiulic;

mais

elle avait

de rexpericuce

et sa\ail

ipie

dans
;

les

alfaires

de <e monde, on n'a pas de meilleur .nixiliairc que laNcuii
(pioi elle allendil.

cCsl ponr-

La Bourse.

lu
Une
(jui lui

i:

viviivn.m:.
:

iir»

rc'n'oliilion ciiiporta le cchiv*!!!!

la

nie Vivi(!iine aiu'cpla

le

socoiiis
petit

venait

du

capiicc; des évéïieiiieiils et se

remit à suivre son

projet; le jardin

du l'alais-Royal
vie,
à
si

et les Ixtulevarts étaient ses

deux rêves,
à

lescolouues d'ilercule de sou audiilion. (Connue M. de Talleyrand, qui

aucune

('|)0(pie

de sa

étrauj^ement agitée, ue
la

s'était pressé, et (pii
le

était toujours arrivé

|)ropos,

rue Vivienne laissa (aire

temps

et

atteignit s(Ui luit.

Ces! aujourd'hui

le lien

lasIiioMahle
le

(pii

relie, l'un à l'autre, les

deux

centres de l'activité parisienne;

tourbillon des aiVaires et des [daisirs
et UKuirir les
la

passe sur sa chaussée; elle voit naître

spéculations
la

(pii

em-

pruntent sa commodité pour auucuucr
1«;

hausse ou

baisse dans l'aiis;
se croit en

coupé de M. deRolhschilil
(pi'il

el'neure le

commis-voyageur, qui

hcuine foitiine, parce

va (h'ner cliez Cdiaïupeau, avec
le

une tigurante du

théâtre des Variétés; plus loin,

cabiiolet de l'agent de change heinle
les

une

citadine,
la

cpii

trotte

sournoisement,

stores baissés, portant une
Mlle

Hélène de
cent qui
lord
;

rue de l'rovence à (pielque Paris du (piarlier Latin.
le

a vu passer l'asphalte,
file

bitume,

le

lér galvanisé; voici le trois
(pii

pour

en tilbury et les métalliipies autrichiens
ce sont les cortés
(pii

roulent en my-

là-bas,

ne valent pas grand'cliose et qui

cependant marchent en calèche; ce landau estun emprunt; cette chaise
de poste est une banqueroute: laissez ))asser
ruine qui s'en va
:

la

buluiie
!

(|ui

vient et

li

ne

l'aut-il

pas ipie

t(uit le uu)nde vive

C'est par le travers de la ru<' Vivienne, })res(pu! eu face

du théâtre du

Vaudeville, (pie s'élève

le
:

palais de la Bourse, ce temple grec consacre
vient,

au commerce français
Bien plus
(jue la

toute richesse eu

toute misère en sort.
;

chambre des Députés, la Bourse règne et gouverne c'est aux mouvements du crédit, ce thermomètre de l'opinion, que se mesurent les entreprises de la politique, humble esclave aujourd'hui de l'argent. Sans cesse, de tiiidi à six heures, une foule iuipiiéte va et vient autourdu palais et s'agite dans son enceinte boiirdounanle; les puissants
de
la

terre

,

ceux-là
les

(jui

ne comptent

(pie i)ar millions et

dont

la

signa-

ture

remue
la

ban(|ues du

monde

entier, y viennent décider de la hausse
cette

ou de

baisse.
a

Chaque coup de piston de

machine, d'invention
écho jus(juesdaiis

moderne qui
le

nom

l'agiotage, ébranle le pays et a son

conseil des rois.

Dansuue
ne
(>'est

épo(juc où

le V(!au

dOrest

le

deinier dieu

(pii

subsiste debout,

fallait-il jtas lui

hâtir

un temple.
(pu' s'élève le palais

au milieu d'une large place plantée d'arbres

de

la

Bourse, avec son

peinm ambilieux

et
le

sa

haute c(dounade corin-

thienne. La première pierre en lut [xtsée

24nuirs 1808, commencée
forme d'un paralterminé sous
la

d'a|>res les plans de Brouguiart, l'edilice, (piialfecte la

lélogramuu' de 'iLi pieds de long sur

hJC»

de large,

fui

Il

I.-,

15

1

K

VIVIIvNM-:
nclicva rd-iivic de l'empile,
cl

tlirocliùii «le

M.

L:ilt;irn'.

I.ii

llcst.uii'.ilioii
lil

rinangiiralion

<lc la

salle se

le

i

iiovcnibn' 18'iO.

Le tribunal
uionnuKMit,

ot la

cliambrc de commcrco sont réunis dans l'cncoinlç du
supérieur. (^()ml)ien déjà
le

à l'étage
el

palais n'a-l-il pas vu

die

grandeurs

de décadence!

A combien

de l'orlunes u"a-t-il pas servi de

piédestal ou de tombeau':' Aujourd'bui (pu- tout vient de l'argent et (pie tout V retourne, la Bourse n'est-elle pas
capitale,

couime nue

capitale,

dans

la

un centre étrange et mystérieux
la ville et le

|>ar (pii lout s'abaisse e( s'élève'^

Jadis,

jieuple, le riebe et !e pauvre, le
la

monde

tout entier,

les forts el
(pii

les opprimés tournaient autour de
la

<atbedrale, no'ud divin
la

reliait

terre au ciel, l'espérance a
et le

la

douleur; aujourd'bui

ca-

lliédrale est
la

abandonnée,
passez dans

seul temple

(pii

compte des

iideles, c'est

Bourse.

Vous
est

((ui

la

rue Vivienne, salne/.-d(un'

:

la

reine du

nmnde

devant vous!
lancent dans Paris par
aller a lenis
la

Si tontes les s|iéculalions se
la

rue Vivienne.

rue Vivienne ne

se

laisse pas
<|ui

sedudi<His; elle se melie

des morceaux de papier
est de

i'e|M('sentent des millions; sa

grande
(pii

allaii'c

vendre

dt^s

cacbemires, du satin, du velours, tout ce
(^t

est ricbe,

somptueux, élégant; des cbai)eanx
|(arures, des |)lnmes et des llenrs
;

des ecbarpes, des éventails et des
rue Vivienne est nue

la

marcbande de

modes mariée à nu bijoutier.
Mais ne vous
y

trompez pas

:

la

rue Vivieum? est

la

pourvoyeuse du
grâce du
coilTe

monde;

si elle

n'avait (jue la France ou l'Europe nu'ine pour clientes, elle
l'aire

ne saurait que

la

moitié du temj)s; or une reine par
la

la

basard peut-elle un instant se reposer? Tandis que
les quatre-vingt-six

rue Vivienne
lui

dé|)artemeuts,
le

la

Bussie

et le

Portugal

demandent
n'aient péla

ses rubans; ses bonnets font

tour du nn»nde; ses cbapeaux naviguent

au-delà du cap llorn;

il

n'y a t>as de latitudes où ses

nmdes

nétré. Les robes des lionnes de

Lima,

les

spencers des naturelles de

mer du Sud,
ne peut
aller,

les

canezous des petites maîtresses de Java sont nés rue
;

Vivienne. Elle conquiert l'univers à con|)s de ciseaux

l'aile

de l'oiseau

la

vapeur s'arrête, où

le
:

wagon
l'habit

recule, la rue Vivienne

arrive, à cbeval sur

une grande nuxb;
d<;

du

roi Jotélé, le souve-

rain des îles Mar(piises, était

sa façon.

Elle précède

la

civilisation. Si les

Anglais entrtmt dans Pékin,

ils

y

trouveront

la

rue Vivienne.
la

Aussitôt (pu;

province débanpie

à

Paris, elle court se faire habiller
(b;

rue Vivienne; c'est l'éditeur responsable
nuitiéri;

toutes les extravagances en

de costumes. Les originaux de tous

les
\

uu'iidiens sont ses sujets:
ivieune.

le lailleiH"

du général Blîicher denuMuait rue

Apres l'invasion,
les ofliciers

elle

avait,

en viugt-qnalre heures, travesti eu niirlilbus

de

lUlK
la coaliliou
;

VIVIKNM'.
AiiL;l;iis et

HT)
les Uiisscs
i»li

paiini les IMiissiciis.lr^.

ne

Ii<iu\ail

plus que des Français.

L'empereur Alexandre
il

liii-ninne <'lait Irilmlairc;

delà rue

^

ivienne

:

y faisait des einpl(;llt!s à linleiilion de niadanu; de Krùdiier.
C'est

un proMènie insoluble que de
(aiil

sav(»ir

la

rue Viviennc iron\c
et

assez d'iunires poni' ral)ri(|ner

de ndx's. de cliapeanx

de pantalons.
pas. Plus

I.aplacc Ini-inènu', celle e(|nalion laite
.ictive (pie

homme, uc
mais ne se

le r«'S(»ndrait

Dieu,

elle lia vaille six jours,

rep(»se pas le sepli(Mne.
l'a c,lierch<' et

Ouant au

cliillVe
il

de ses produits, M. Charles Dupin m;
l'a

tmil

naturellement

pas trouvé.

le

La rue Viviennc picsenle un ehlouissani sp(Hlacle, un soird'ete, (piaiid soleil empour|)re rhoriz(ni; c'est, du Palais-Royal aux honlevarts, une

[(rocession de dcsieuvres qui collent leurs visages aux devantures des
i^asius. Les reniim's.

ma-

connue d'imprudentes alouettes, vieumuit sei^iouper
manchettes, s'enroulent
les mille

ant(uir de ces transparentes [trisonsoù s'élèvent des pyramidt.'s de liclius.
s'étalent des guirlandes de
les dentelles
,

et h;

se

suspendent en girandoles

riens charmants qu'enlante

ca-

price, ce veau d'or des i'aiisieunes.

Une des plus gi-andes
le

illustrations contemporaines, un
à

honnuédonl
le

nom vcdedeLislxmne

Moscou,

le ^a|)ol(''on

de

la

contredanse,

mes-

sie

dn galop, Mnsard, après avoir trouvé sou Hethléem dans
la

la iwc. Saiiit-

llomiré, est allé se pc^rdie dans

rue Vivienue. C'est

là ipu'

ce chet,

nous diiions volontiers ce capitaine d'orchestre,

a vu pâlir cette
(jn'i!

renomsa

mée

(|iii

a déjà

fait tant
la

de hruit, s'éteindre cette gloire

avait couet

«piisc

l'archet à

main, uutnrir ce

nom

(jui

a eu sa

grandeur
il

décadence
qu'une

comme un

empire. De ses concerts retentissants,
a pris la place, et

ne reste
passé au

salle

où nu antre

cependantrEurope

a

travers de cette salle,

(pii a

vu toutes

les

grandes célébrités, depuis

Dom

Pedro jusqu'à Paganini, depuis (Miodrnc-Duclos jusqu'à Hussein-Dey, depuis
le

général Allard jusipi'à

madame
et

Lalfarg«î

!

Elle a tout vu, des pa-

chas et des boyards, des mandarins
l'archet de

des sagamores, des cheicks et des
salle (|ue

margraves, des bayadères et des grands ducs. C'est dans cette

Musard

a galvanisé le bal
la

masqué

;

c'est

dans cette

salle

que

ce galop terrible, foudroyant,
ait
la

seule chose originale que le xix' siècle

Inventée; ce galop dont toutes les jaudjes contempcnaiues garderont

mémoire,

a,

pour

la

première

fois,

emporté

la

foule dans sou tour-

billon.

Quaiul sonnait minuit

a

l'horloge

du carnaval,

cette luuloge

il

est

toujours l'heure des extravagances, la rue Viviennc s'em|)lissait de bruit,
d'agilaticm, de tumulte
:

les

gardes uuinicipaux essayaient de conle

server l'apparence de l'cndiedaus

désordre
\

;

les tiacres paressiMix arri-

vaient conduits par des |iostillons, de

rais poslillmis

aimés de llambeaux;

ik;
iiiR'

l\[\:

VIVlK.NMv
vètiis

cohue de femmes

et

d'Iiommes, pèlc-mèle,

de costumes
la

laii-

tiis(i(|iies,

descciul;iiitde voitiireou in.iicliaiit à pied, envahissaient
chi liai.

rue

etliattaieutavec impatience h's jjorles

Quand les

portes s'ouvraient

M

h\s^)\jy

eiilin,

la

loule.

comme un

(oii'enl,

se

précipitait,

dans

ht

salle; elle
11

contenait mille ]iersoinies, dix mille danseuis v Ixuulissaienf.

y a

des

circonstances
c(»mnn;
l'aise
d(!

pendant
ouate
;

lescpielles
le

le

corps

humain

est

compi-essihle
à

la

dui'ant

carnaval vin^l personnes tiendraient,

dans

1(!S

lieux où tlcux
:

individus ne pénéireraieni pas au saint

tem|)s du

carême

la

chair est dn caonicliom'.
a

Mais riiomme dont l'archet
délir»;

introduit

la lièvre

dans

la

contr<'danse,
l'a
:

le

dans

le j^alop,

Musard,

a

déserté

la salle ((ni si

s(»uvenl
est

vu porter
la

en triomphe. Ses concerts se sont elcinls, son hal
vienni! ne

mort

rue Vi-

danse plus.
t'aiil-il

Maintenant
teriain

v(»ns dire
la

sur

cpu'l

cmplaceuH-nl liinehre, sur
si

((U(d
,

lu^idire es! hàlic

rue Vivirniic,

rullc.

si

insouciante

si

IW K
(•o(|iic'll(!Ï

VIVIK.NM:.
la

117
gaite,

celte rue

(|irii;il)ileii(

jeunesse,

la

l'aïuour' Sur un

cimetière.

Le Iiasanl adonné des tonil)eaux pour foudenuMils
pleines de frivoles splendeurs. La salle
et (pi'on
(|ni

a ses

maisons

toul<'s

ne vienne pas noiis dire

i[\u',

Mnsard repose sur un lumulns; nous raillons: c'est l'archéologie
pour rien
invenicir.
(pii

parle, et la pauvre savante n'a pointasse/ d'espril
fait

Klle a

des fouilles, et sur les flancs d'une voie romaine,

jadis

IVancliissait les

marais voisins de

la

Seine,

elle a trouvé

des urnes, des des

tombeaux, des sépulcres, des vases cinéraires, des
nos pores, et

has-i'eliefs et

fiagments de marbre avec des inscriptions de deuil. Les vieux (lanlois,
les

Romains, leurs maîtres, se
le

faisaient ensevelir aux lieux

où maintenant s'élèvent

palais de la Bourse et le tlu'àlre national du
si

Vaudeville. Quel chapitre de philosoiihie nous ferions là-dessus
était notre

Voun^
du

nom

!

Mais parmi ces découvertes,
lantasti<pi(;; l'archéologie a
fait

il

en est um;
fois

(jui

lient au (bunaine

une

par hasard lé'cole buiss(»nniere
le

dans
sous

le

royaume des

fées

:

un ouvrier qui déracinait un arbre dans
Bourse deParis, entendits(mner
le

jardin dépeiulantde l'ain^ienne
les

bronze

coups de sa pioche
il

;

il

redouble, et soudain,

comme

le

laboureur

de Virgile,

arrache à

la terre

des arnu's rouillées et bosselées: c'élaienl

neuf cuirasses de fenniies.

A

quel peuple d'amazoiU's ont appartenu ces cuirasses':' qinlles guei-

riércs ont
n'a jamais

combattu jadis sur

les rives

de

la

Seine

?

c'est ce (|ue la science

pu déterminer. Ces neuf cuirasses sontdes énigmes de bronze.

Quelle destim''c que celle qui donne des Bradamantes pour aïeules aux
nu)distes de la rue Vivienne
Si la rue
!

Vivienne est cociuette

et fort

évaporée, en revanche elle es!
la

inlininu'ut

gourmande;

c'est la capitale

du chocolat, de
lui asile

praline et du

[letit giîteau.

Marquis, Félix, Bonnet olfrent
si

aux jolies femmes,
ce triumvirat

lasses de voir et de se faire voir;

ses chefs-d'œuvre de l'aiguille etdu cila

seau arrivent aux Antipodes, disons que de
la

renommée de
pour

gourmandise française

est

parvenue jusqu'aux pôles.
le

Peu de rues peuvent
les

rivaliser avec la rue Vivienne
le

nombre des
la

passages; sur ses trottoirs s'ouvrent

passage des Panoramas, où tous passage (Fulbert,
brillant,

départements de France fument
Vivienne
et le

et flânent; le
le

ga-

l(;rie

passage du Perron,

moins

mais

le

plus

utile.

Ainsi qu'une jolie femme, la rue Vivienne se permet tous les ca:

prices

n'est-elle pas certaine d'être toujours obéie

'!

S'il lui i)renail

fanà

taisie d'avoir

des

ta|)is,

elle les aurait denuiin.
lui

Le pavage en bois est

peine essayé, que déjà on

en a donné quelques mètres; ne
"^

lui faut-il

pas les prinu'urs de toutes les découvertes

Le

nom

de

la

(^haussée-d'Antiu

fait tressaillir

toutes les jolies

femmes

18
(le

lUiE
e(

VIVÎENM'.
l>;ds el

Berlin

de Vieillie

(|iii

rêvent de

de

t'èles s(»ln|^lllell^ts

;

liins-

tocratie, (|ui se baiyne a T(eplitz, sourit (|uand

on parle du

Faultoiirj^-

Sainl-Gerniain

;

mais tons

les eoMirs

féminins,

(|u'ils
la

soient du nord on

du midi, |)alpileiit an
rue est
palais de la

nom

de

la

nie Vivieniie,

plus cosmopidile des
;

rues de Paris, parce (pie ce
le

nom

est

synonyme de

toilette

parce (pie cette

mode

el (pie la

mode

est la seule reine (pie les

invasions ne détrônent pas. Les cosa(pies passent, mais les chapeaux
restent et les bonnets triom|)hent des hanmiiettes.
Si

jamais

la

destinée d'IIerculamim allli^cait
le

la vilh;

de

l'aris, la

rue
el

Vivienne,

comme

phénix anliipie, renaîtrait
les ruines
la

liient(">t

de ses cendres,

elle taillerait
lia

gaîment une robe sur

de

la cité.

rue Vivienne aura l'immortalité de

co(pictterie.

Ami:i)i:e

Aciiauh.

^()^ls
!)

la

chcrclKM-icz vaiiioiiioiil
si

sur vofro plan de Pai-js;
\^^^

vous

la

iiomniicz de ce
Icnr de

nom

devant un fac-

(les

la poste, il lèverait an ciel yeux étonnes, passeraitsa main snr son front soucieux, et vous di-

rait:

— Non, nous n'avons
,

|)as cette

rue dans Paris.
Elle existe

cependant
bordée
leurs

;

elh' est

grande,

aérée,

dliôtels

splendides qui. presque tous,
leur histoire
et

ont

écussons;

dans ses vastes cours sont logés des clu'vaux de prix, sont remisées des voitui'es armoriées; de beaux jardins permettent à ses lieureux
titants
lia-

de |)romener leurs
et

loisirs

^luis d'antres arlires

que ceux des

Tuileries,

d'enlérmer sons des

prisons de verre des trésors aussi

odorants
IMantes.

que ceux dn Jardin des Vous avez parcouru cette
:

rue cent fois; cliercbez bien

elle

commence
(le

rue

<lu

IJac,

non
(jue

loin

ce ruisseau

fangeux

ma-

dame de
(pi'aux

Slaël préférait

aux om-

brages de Coppet,
Invalides.

et s'étend jns-

Sons l'empire,
à

\otre oncle l'abbé y allait toutes les

•semaines faire sa coui'

son excel-

rid
leiice le iniiiistre

HLIE
des
ciilles

DES l'OIiTUAlTS.
:

on

y

donnait des cvêchcs; voire consin
si,

le

capitaine y conrait aussi,
s'était

le

matin, pour s'assurer
:

parliasard,

il

ne

pas réveillé

commandant

le

ministère de

la

guerre y avaitplante
le
la

son

pi(|uet.

Etes-vous assez heureux pour avoir été autrefois

comrépntou-

mensal d'un
hli(pie,

homme

hahile et surtout sitirituel,

(jui,

ministre de

ami des consuls, sénateur de l'empireet pair de France,
précédé de
l'aigle

a

jours voulu servir son pays, que le pouvoir fut ahrité sous les faisceaux

consulaires,

ou du

co(]

gaulois,
(pi'il

coilVé

du honnet
la

de

la lilierlé

ou omhragé par
la

les lys,

estimant

faut èlre utile à
?s'il

France, (pu41e (|ue soit

couleur du drapeau national

en est ainsi,
lielle

vous avez souvent dîné dans cette rue, chez M. de Semonvilh;. La

duchesse de Montehello
empires

('lait

alors sa voisine, et à quelques pas plus loin,
((ui

logeait rAsmod(''e de notre temps, celui
et (l(>s

prédisait

si

juste

la

chute des
tète

rois,
le la

(pi'il

semlilait n'avoir (pi'à délaisser
lui

une

coua été

ronnée pour que
si

pouvoir

échappât

aussitôt.

M. de Talleyrand

heureux dans

rue dont je parh^
s'il

qu'il l'a quittée

quand

la vieillesse

est

venue, ciunnie

n'avait pas voulu soulfrir et s'éteindre la où s(mi âge
!

mûr avait

trouvé hien des plaisirs etdes succès. Ihdas

pourquoi cette rue
|)as

na-t-ellr^ pas

su conserve)' tous ses hôtes? l'ounjuoi n'a-t-elle
et

su

retenir l'amhassadeur de Russie, (jui s'y i)laisait tant,

(pu' la l'atale

guerre de ISI'i renvoya dans ses steppes glacées.
Je vous ai dit (|ue toutes les gloires, toutes les distinctions s'étaient

donné reudez-vtuis dans cette rue, et q\w tous les hôtels y avaient leurs écussons percée en eUetdans l'enfance de Louis \1V, elle a 4^té liàtie
:

par

les

courtisans de ce prince, et rapi»elle autant les hatits

faits

elles

galanteries du grand siècle, que les triomphes du règne de Napoléon :là,

sont l'hôtel Uolian, l'hôtel d'Orsay et l'antiipu' dcnu'ure de cette

madame
fa-

de Monaco, sujet de

la rivalité

de Louis

et

du hardi Lauzun. Un des

voris de Phili[)pe d'Orléans,

Hiron l'épocpie de Louis
sur nos promenades,
la

Castries, ministre de Louis
lait

XV XVL
;

un de Broglie y a rei)résenté la régence, un on y trouve aussi l'hôtel de M. le duc de
petit vieillard à la ligure lleurie, qui éta-

il

y a

peu d'années encore, sa perruque poudrée
le collet

dont

(|ueuc était toujours engagée dans
faire

de l'hahit. Enhii,

pour mieux
(pii

coimaître cette rue, je vous signalerai une demeurer
célehre dans nos fastes littéraires et qui n'est pas
:

porte un
à

nom

étranger

notre histoire nationale

le

nom

de Larochefoucauld

!

l'au-

teur dv^Muxiincs, fut
la

un des héros de
le voii',

cette; [)laisanterie
il

armée qui

s'ai)pelle

Fronde

;

Madame de Lafayctte, dont
de joui's sans

fut l'ami,

madame

de Sévigné qui

passait

peu

nous ont
dernière

laissé de lui des protraits

ressenihl.inis
lettres,
a
!<

jusepiau scrupule;
vie inlinie

la

nous
(|ui

a initié,

dans ses
à la

la

de cet lionnne vertueux, doul
les tiers el

necroxail pas

\ertu

;

cardinal de

Ile!/,,

intrépides regards ont, sui-

KUK DES POUTUAITS
vaut l'expression de Bossiiet, suivi Mazarin jusqu'au
l)eaucou[t de Larochefoucauld, dans ses
l'insinuation, la facilité de ses ma-urs;
il

121
t(tml)ea(i, parle

Mémoires:

il

loue

la

douceur,

ajoute que M. de Laroelielouil

cauld n'a jamais été bon

homme

de parti, quoique toute sa vie
fût

ait été

engagé dans

les partis

;

qu'il n'a

jamais été guerrier, quoitpi'il

trés-bon

soldat; que son ambition a toujours été de sortir des alTaires, avec autant

d'impatience qu'il en avait mis

ix

y entrer, et
à

que

si,

par l'irrésolution de
il

son caractère,

il

était
le

peu propre

entrer dans un parti,
le

n'en était pas
cpii

moins

le

courtisan
siècle.

plus poli et

plus honnête hcunnie.

eût

paru

dans son

x-yai<-y-%

Ces louanges ne sont pas petites, surtout
tieux de Retz a longtemps regardé M.

si

l'on considère

que

le Fac-

de Larochefoucauld

comme

son

ennemi; mais
qui,

la

colère du cardinal a très peu touche l'auteur des
a

Maximes
:

aimé de madame de Longueville,
il

audacieusement déclaré que

pour plaire à deux beaux yeux,

a fait la guerre

aux

rois, et l'aurait faite
a

aux dieux. C'est
dire
cpi'il

un aïeul

illustre, et

dont

le

descendant

raison de

aime autant avoir de ce sang dans
:

les veines cpu;
littéraire,

de celui

d'Henri IV lui-même
l'orgueil (|ue

nous comprenons cet orgueil
probité des ancêtres.

mêlé

à

donne

la

iC)

122

IIUK

DES IMUnilAlTS.

(le la

Vous savez maintonanide quelle nie je veux parler; je vous dois compte fantaisie qui me fait lui donner le nom de Rue des Portraits. Un homme de cœur et d'esprit, dont nous respectons les convictions politiques, sans les partager, habite cette rue. Retiré du monde dans
il

lequel

a brillé

sous un autre roi que

le roi actuel,

entouré d'amitiés

aussi distinguées que celles qui eutouraientrillnstre auteur des Maximes,
et

possédant d'ailleurs
il

l'esprit

d'observation
lui

héréditaire

dans sa

fa-

mille,

regarde passer ceux qui
la

succèdent dans l'arène
:

politi(pie,

ceux qui l'entourent dans
thiques avec ses croyances
a tracé le portrait
nir.

société

son crayon ingénieux, habile

et

charmant reproduit des traits souvent aimés, quelquefois peu sympa:

alors

il

se souvient
et
il

que l'auteur des Maximes
à

du cardinal de Retz,
ont déjà

nous oblige

nous en souvela

— Ces portraits, dont
a

la finesse, la fantaisie, la
<

profondeur ou
le

grâce,
:

seront facilement senties

fait

du bruit dans
et
il

monde

leur

auteur en

lu

quelques-uns à sa société intime,

n'en fallait pas

davantage pour qu'on en parlât beaucoup; n'est-'il pas vrai que, dans la description des rues de Paris, dans le récit des faits passés, le lecteur
sera heureux de rencontrer ces physionomies nouvelles,

ces analyses
la

ingénieuses et vivantes du cœur humain, qui nous viennent de
tous les siècles, tous les passants illustres de
Voici donc quelques passants de
la

rue des

Portraits? Le livre des Rues de Paris a promis d'embrasser tous les âges,
la

grande

ville.

rue des Portraits, des personnages
ont inspiré
le

remarquables, à des
rituel et

titres différents, et qui

crayon du spi-

noble observateur dont je parle.
L. L.

En
Paris,

ccMiant aujourd'hui
(|ui a

eu

la

bonté de

aux vives instances du directeur des Rues de me demander un article pour un beau livre,
et

pourquoi parlerai-je précisément des maisons, des pavés
de
taille

des pierres

de

la

rue de Varenne?

Je

me
et

suis avisé, dans
la

mon
!

petit

observatoire, dans

mon modeste

atelier de peintre à

plume, de crayonner, de prés ou de loin, mes
il

amis

mes ennemis. Eh bien
ne
ville.

m'a semblé que
au

le

spectacle de cer-

tains passants illustres

gât(;rait rien

tableau

pittoresque de

la

grande

Le cadre d'un

pan^il livre peut servir, selon moi, à renfer-

mer des
des

croquis, des portraits, des silhouettes qui rappellent des noms,

faits,

des caractères de l'histoire parisienne.
d(! jolis

D'ordinaire, on achète une collection

i)orlraits

pour en

faire

une galerie:

je n'ai rien acheté; j'ai dessiné

moi-même
toiis

les ligures ([uejc^

vous moutn;: mes portraits ont cela de
sentent des personnels d'élile (pie
salons ou dans
les

i)i(piant, peut-être, (pi'ils

repré-

nous avons

rencontrées dans les

rues de Paiis.

Kue

(les

Portraits.

M.

lic

Laniarliiif

Il

LIE

DES iM)RTllAlTS.
la

123
rue de Varennc,

En. ce niomeul encore, je m'inia^ine voir dans
sous
les fenêtres

de

mon

hôtel, à pied ou en voiture, des passants <|ui ont
le

joué, ou qui jouent un j^rand rôle dans

monde
il

parisien. Je vois d'abord
,

un poète;
va faire de

il

vient peut-être de l'Abbaye-aux-Bois

et sans

doute

il

s'en

la

poésie à ladliamhre des députés

;

se

nomme de Lamartine:
h;

à tout enchanteur, tout

honneur!
taille

C'est

un

homme

d'une

élégante et élevée, dont

ri'gardest

lier,

parfois ironique, et qui, se confiant dans ses propres forces, ayant

une

haute

et juste oi)inion

de;

lui-même, regarde en
rêve,

[)itié

ses semblables.
(pie

C'est

un homme
la

(jui

penseur mélancolique plutôt
face

grand

penseur, poète sublime
se donner

(|ui jette à la
(jui,

du public des poésies, sans
le travail, voit

peine de les relire, et

dédaignant

écliouer

parfois sa supériorité contre

une

facilité

dangereuse.
la

Premier poète de l'époque, M. de Lamartine délaisse
politi(pie, et ses

poésie pour
(pii

la

discours sont empreints d'une éloquence

transporte

ceu.v qui l'écoutent, sans les entraîner toujours à la suite de l'orateur.

Poète malgré

lui,

poète [)ardessns tout, M. de Lamartine
;

a

(b;

beaux

élans et de nobles [tensées

mais

il

ne

sait

pas s'établir sur un terrain

solide et praticable; s'avancaiit, avec
les

une noble énergie, sans avoir prévu
il

conséquences de ses démarches,

s'arrête

tout- à -coup,

étonné

d'avoir

marché; ceux

({ui

se sentaient disposés à le suivre, s'arrêtent à

leur tour, parce qu'ils n'ont i)lus personne qui les précède et qui les dirige.

Rien n'est fixe dans cette imagination poétique passionné sans passions,
:

orgueilleux sans ostentation, ambitieux sans égoïsme,
gloire, et
il

il

lui faut

de

la
il

veut à tout prix occuper

le

monde

de sa personne; souvent

se perd au milieu de l'improvisation vaniteuse d'un noble cunir.

Cet esprit supérieur erre dans l'espace, bercé par les vents, mais
s'appuie réellement sur rien
Il
:

il

ne

il

ne pense pas,

il

rêve.
il

veut plaire, séduire, entraîner, convaincre, mais

ne

sait

point perrien

sévérer.
n'(ist

La persévérance

doit avoir

un but; chez M. de Lamartine,
tout exceptionnel,
il

décidé, rien n'est arrêté.

Homme

ne veut ap-

partenir à personne, et n'appartient réellement à aucun système; ses

croyances et ses sentiments n'ont rien de positif; mais

les élans

de son

esprit sont toujours empreints d'un sentiment généreux et élevé.

Marqui

chant sans but,

il

avance sans résultats; ce n'est point un
:

soleil

éclaire et qui féconde à la fois

un météore qui brille et (pii i)asse. Si vous allez chez lui, vous serez étonné du bon arrangement de ses propriétés et de l'ordre qui règne dans sa maison mais si vous lui parlez
c'est
;

desa fortune, qui est considérable,
faisance,
il

il

sourira peut-être; prodigue de bien-

sera forcé

devons avouer ses embarras.
les

M. de Lamartine aime
sans niconnaissauce,

succès, sans les poursuivre

;

les adulations,

et les

adorations, sans y répondre.

r24

UUK DES l'OllTUAlTS.
lui offiv,

Tout ce qu'on
Bon,
nières,
11
il

facile à vivre,

il l'accoplecouinie une dette (|u'on lui i);iie. bon enfant même, simple et digue dans ses ma-

vous révolte par son orgueil

et

vous charme

pai' sa

bonliomie.
à

s'écoute en discutant, sans tenir compte de vos réponses, (piil a

peine

entendues.
S'il

ne vous a pas convaincu,

il

rit à

vos dépens,
à entraîiUM',

et
il

passe a autre

chose par nue transaction subite. Facile
possible à convaincre.
traite, Paris, la
Il

est

presque imla re-

aime

les

chevaux,

les chiens, le
la

monde,

campagne,

la ville, les plaisirs,

tribune.

Sa conversation esteujouée, légère, profonde, pleine de charme.
de mieux que ce

Armé

de mille contrastes, M. de Lamartine vous ])laîtetvous étonne sans cesse.
l^e visant à rien
et
(ju'il
il

est,

il

croit toucher au pinacle;

malgré ses

(pialités

éminentes,

laisse

souvent de profonds regrets,

en rencontrant aussi bien des mécomptes.
l'oèle sublime,

que de lacunes dans ses poésies, d'irrégularités, de

distractions, d'incomplet, de

médiocre même!

à son éloquence un but; homme polimarche sans idées; homme d'intérieur, il donne trop au monde; hdunue du monde, il le nn'prise tnqîpour le comprendre et encore moins pdur le ménager; espiit superficiel, il se perd en vaines théories, sans étudier assez les choses et les hommes.

Ecrivain distingué,
il

il

manque

ti(jue,

On
reste

l'aime,

malgré

soi et pres(pie
Il

malgré
il

lui, et

en l'admirant,
,

il

vons

une pensée pénihl(\
le travail la

vons charme,

vous étonn(^

et

on

le plaint.

Ses cheveux rares et grisonnants, un teint pâle et des
attestent assez
,

traits altérés,

l'inquiétude et l'ambition
la

;

mais l'élégance

de sa tournure,
l'éclat

noblesse de ses manières,

recherche de sa mise,

de ses dents, qu'il montre avec coquetterie, prouvent que M. de
à

Lamartine n'a renoncé

aucune espèce de prétentions.
ne connaît bien
il

M. de Lamartine,

enfin,

ni

lui ni

ses semblables;

entraîné par son imagination,
(pi'à

obéit encore plus à des impressions

des principes; et tandis que chaque parti aspire à l'honneur de sa
active, sa prétention à lui est de n'appartenir à

(•(»o|)ération
d(!

aucun,

cl

rester

complètement indépendant.

Tel M. de Lamartine m'est apparu dans un
son insu je
l'ai fait

moment

de rêverie, et à
à

[)oser

devant moi, afin de pouvoir l'observer tout

mon
M.

aise.
triste
<'t

Saluons une
«le

dangereuse célébrité dans celui de
au

<piia U(Mn M. de Talleyrand.

Talbiyrand,
iiitV'rêt,

<'n

entrant au niiuistère,
la

c(Muuiit

une grande faute
il

dans son

et surtout

France:

voulut, sans

la

consulter,

lui

imposer

un«^ (lliarte

nom

de Louis
la

W

III,

comun;

si

une

nation pouvaitetdevaitêti'o comptée; ptnn rieu dans

balance des pouvoirs.

Jouissant de

l'auloi-ilé

(>t

disposant de

la

Nolmile de son maître, ayant

Kuc

lies

Poilraits.

M.

dt;

Talleyiaiid.

nUE DKS l'OllTUAlTS.
(liins les

\'i:>

cahiiR'ls do rEiiropc celle infliioiice
l'iiili'igiie,

(|iie (Idiiiie

iidc iiriinde luilti-

liide

des alîaires el de

un

^^'iire

d'esprit qui

promet pins

(piil

ne

lienl,

un j^rand

air de supériorité (jni en lait arcroire et qni en

impose,

un grand aride dissimuler, un sang
et parler le

froid qui

1(!

laissera toujours écouter

dernier, beaucoup de finesse, autant de mépris jjour les

hommes que
le

d'insouciance pour leurs jugements, connaissant surtout

i>ouvoir

de cette

ressource séductrice qui applanit

les dinirulles,

triomphe trop souvent des sentiments, des intérêts que
fendre, de l'honneur qu'on méconnaît et de la fidélité

l'on devrait dé-

qu'on outrage,

M. de Talleyrand })ouvait rendre de grands services
vait

à la

France

;

il

|)0u-

rendre indulgents sur

le

passé des

hommes

qui aimaient à croire au

repentir, mais qui voulaient la religion, le roi et la légitimité.

M. de Talleyrand avait traversé
gens de tous
les partis;

la

révolution

,

lié

intimement

av<'c les
il

entouré d'intrigants qni avaient sa confiance,

n'eut ni la volonté, ni le courage de

gens

fidèles el

dévoués
était
le

:

ce fut là
il

rompre avec eux pour s'entourer de son premier tort.
les

Le pouvoir
le

son but, et

ne calcula jamais que
le

moyens de

h;

prendre, ou de

recouvrer, lorsqu'il
((ui

perdait. M.

«le

Talleyrand restera

chef de cette école dangereuse

croit tout justifier par la nécessite

ou bien parles résultats qu'elle obtient.

Jamais
le

homme

ne sut mieux profiter des circonstances pour se donner

mérite des événements.

Après avoir servi en apparence,
il

et surtout,

enchaîné

la

restauration,
le

l'abandonna, lorsqu'il

la vit

décidée à secouer son joug; et

trône de

juillet lui a eu,

en

réalité,

des obligations bien plus positives «pie celui
à bupielle, suivant
utile

de

la

branche aînée des Bourbons,
il

moi

et

par haine

surtout de Napoléon,

fut

réellement plus

en 1815 qu'en 1814.
et spirituels
lui

M. de Talleyrand improvisa souvent de ces mots heureux
(piun silence habituel
naient
le

et

une grande noncbalance de paroles

«bui-

temps de préparer. Saluons aussi, le plus gracieusement
la

(piil

nous sera possible, ma-

dame

duchesse de Dino,

la

nièce de M. de Talleyrand.

(j'est

un

homme

vraiment capable que celte femme, aussi remanpiable

par son caractère que par ses connaissances.

Son

esprit est à la [xu'tée des conceptions les plus hautes el ûc^ penil

sées les plus profondes,
n'est pas plus étranger à
a

sait tout

entendre, tout comprendre,
«pi'aux sciences.
:

et

il

la polili(jue

Madame

de Dino
cinii

iminensiMiienl

In

,

el

elle

a

ionl retenu

elb'

parle «pialre ou

langues.

Sans

aiu'iMK^ prélenlion, sa conversation est facile el pleine dinh-rèi

;

elle écril aussi

hien
fut

(ju

Clle [larle. Bras droit d'un vieillard pour le(|uel

son devouenieiil

ahs«du, elle a su egaleiiient

dissimuler sa propre

126
importance
et

RUE DES POUTUAITS.
son ambition personnelle
d'un autre.
; :

sa vie s'est pour ainsi dire fon-

due dans
le

celle

Elle parle avec grâce, et sait se taire à propos

elle est

bien avec tout
;

monde, parce

qu'elle

ne veut être mal avec personne
est

ceux qui

la

blâment se sentent désarmés par sa présence. son caractère C'est du reste un type de distinction
:

grand

et gé-

néreux. J'ignore

si

son indulgence pour

les autres est plus ou moins cal-

culée, mais jamais on n'a cité d'elle un

mot malicieux,

et l'on n'a

pas

plus d'obligeance.

Madame
Sa
taille

de Dino aurait de

la

peine à dissimuler

la vivacité

de ses im-

pressions, sans l'incroyable empire qu'elle exerce sur elle-même.
e.-;l

élégante, et sa tournure pleine de grâce; ses dents sont
<ist

éblouissantes de blanclieur; sa pbysionomie
l'expression des
et la passion.

expnîssive; son (cint a
la

femmes du Midi;

ses traits

annoncent

force

d'âme

Jamais des yeux plus grands

et plus expressifs

ne parèrent ligure de

femme

;

ils

ont quelque cliose de caressant, et une expression magnétique
trouvée dans des positions

qui vous domine.

Madame
ciles,

de Dino s'est [ilusieurs
elle a

fois

diffi-

dont

su toujours se tirer avec esprit.

Vivant dans l'intimité d'un des
épociue, elle a profité avec esprit

Ceux qui ont approché de
plus de chaleur; je ne suis
tracer
la

hommes les plus spirituels de son dune école (jui n'était pas sans danger. madame de Dino, en parleront peut-être avec
ici

qu'un assez mauvais peintre;

j'ai

voulu

simple esquisse d'une des femmes

les plus distinguées

que

je

connaisse.

Ce passant tout petit, mince, assez laid, marqué de la petite vérole, mais d'une physionomie singulièrement expressive, c'est M. de Villèle. Vous pénétrant jusqu'au fond de votre âme ses petits yeux percanls
,

et pleins
Il

de feu vous témoignent autant de méfiance que de curiosité.

n'a

lors(pril

aucune habitude du monde; il est s(! tait, on l'examine malgré soi,
la

même un
et
il

peu gauche

,

mais
il

vous subjugue (piand

parle.

Habitant des bords de
gine.

Garonne!
il

,

on
de

lui a
la

souvent reproché son oride
la

Sa raison est supérieure;

a

finesse,

mesure

,

une

grande sagesse, une
réelle;

patience inaltérable,
l(;s

une persévérance invincible,
idées
(jui ipii

avec une ap[»arence de mobilité dans

est plus fictive
fait

(jui;

un

((tup-d'o'il

pour

les

alfaires,

les lui

a[iercevoir

à

linstaiil suiis

leur véritable jour, les traitant toutes avec, une égale pros|M»iilauéité

fondeur,

el

une

de vues

ipiil i(»nserv(;

au milieu du

li-avail le

plus fatigant.

Sa logique est serrée,

et

il

va droit au but sans se perdi-e

dans

les détails.

KIJE
Il

DES POUIUAITS.
un ascendant dont on subit
touche personnellcnieni
le jon<(,

127

prond dans

le

tète à tête

mal-

gré soi.

Sentant vivement ce qui
muler.

le

,

il

sait le dissi-

Visant à

la

bonliomie, et prétendant jouer cartes sur table, on se de:

mande en le quittant où est la du[)e. Ne prenant aucun soin pour conserver ses amis, il fait peu hommes, et leur accorde généralement peu de coutiance.
11

«le

cas des

néglige d'abattre ses ennemis

,

sans chercher à h^s gagner. Occupé

de

l'alTaire
,

du moment,
il

il

parait ne pas penser toujours assez au len-

demain
«

et

néglige les détails, croyant souvent éviter une dillicnlle eu
la solution.

en remettant

Tout vient

à point à qui sait attendre
la

»

11

cite

sans cesse cette devise
fait tout.
il

qui en effet est

sienne.

En
.

affaires

cependant, l'opportunité
l'y

Hardi, presque téméraire

lorsque les circonstances

obligent,

est

parfois incertain, attendant l'événement

pour en

profiler,

sans êlre assez
le parti qu'il

occupé de

le

prévenir; mais

il

en

tire ensuite,

avec habileté,

croit le plus favorable.

M. de Villèle

a

de grandes qualités
il

et

de légers défauts.
il

rien [)onr y [jarvcnir; et lorsqu'il y est, ne s'occupe peut-être pas assez de le fonder sur des bases solides.
le

Aimant

pouvoir,

ne

fait

.

i'28
Il

lUlE
compte trop sur son

DES

l'OimiAITS.
lui-même, en néj^liyeanl de
veut faire.
sa volonté
v;iin( ic

étoile et sur

les obstacles

qui s'ojjposent au

1m<'u (ju'il
il

Désirant être maître absolu,

nimprime pas toujours
(|ui lui

aux

autres, et ne confie à personne sa pensée intime.

Méfiant,

il

peut

même

soupçonner ceux

sont

le

plus dévoués.

On ne
tites
11

le

persuade pas facilement, mais on
avouer
les

[)eut l'enlraîncr

sur de pe-

choses.

n'aime pas

à

qu'il s'est

trompé, mais
lui

il

ne conserve pas longla

temps de rancune;

hommes
,

ne
il

senddenl pas en valoir
et

peine.
a

Inépuisable en ressources

ne désespère jamais,
il

s'il

semble

abandonner ses projets ou ses
forme.

idées,

y revient bientôt siuis

une autre

Homme

tiès-difficile à connaître et (pi'on a peut-être trop vanté sans

l'apprécier assez.

IMein de finesse dans l'esprit, et profitant souvent des conseils sans
l'avouer.

Sensible à

la criti([ue,

il

veut paraître impassible, plus disposé à écou-

ler ses inférieurs

que ses éganx.
t'ait

Ayant, sous plus d'un rapport,

lui-même sa propre e(]ucatu)n;

cal(pi'il

culant, réfléchissant beaucoup, et profitant toujours de r<'\|»erieuce

acquiert; s'occupaut peu d'un passé qu'il ignore; songeant au présent,

en nu'ditant sur l'avenir.

Etonné parfois du
(|ui

rôle

(|u'il

joue, les
fins.

hommes

sont pour

lui

des nu)yens

fendent plus ou moins à ses
l'autorité
,

Complaisant avec

il

ne sait pas
à

lui résister

en face, et prend

(piehpiefois des détours

pour arriver

son hut.

contre ceux

Ombrageux par caractère, il est susceptible de |)rév('nlions, méuu' (|ui lui ont donné des maniues du })lus inébranlable déviuu'croit p(Hi à la franchise.

ment.
Il

Montrant paifois

p<uu' les choses inip(M-

tantes

une prévoyance qui étonne,

et négligeant mille détails

non moins
dans

essentiels.

Pensant avec habileté, sans apporter assez de

i'<''S(dnti(Mi

ses [tensées.
.le

crois l'avoir jugé, avec la plus

gramie

iuq)arlialite.
el |)lus

Jamais ministre ne montra un désintéressement plus no! de

grand

Nous venons de
n'est pas loin
(*).

voir M.deVillèle: son ancien collègue,

M. dcidorbiére.

M. de Corbière est
et

a

peu près de

la

taille

de M. de

Nillele, plus

fort

moins nerveux
yeux
Nous
au

;

il

a

un grand

front chauve, inie |)elite
pliysi(Miouii(\

mine chafouim',

(les

spii'iluels,

beauciuip

{\c

(*)

n'aviiiis p.is hcsoiii

de faire olisrrvcr de
la

la

ilalc inolialilc

de rcs deux

|iorlriiil>

(|m appai

tieiinciil

laiilcau iiiinistciicl

Ue.slauraliou.

HUE DES IMdlTUAlTS.
lion lioiiiuie au foiul,
il

129

est bourru, sans égards, sans [»roc(Mlt's, mais

capable (raU'ecUoii et uième de sensibilité.

Connaissant peu on jiointh's usages du monde,
arrêter i)ar aucune
original.

il

en

rit et

ne se laisse
instruit,

consiib'ralion

:

lin,

susceptible, méfiant,

Ayant tout renlèlement d'un
[lent-ètre sans motils,

IJreion, n "aimant pas la Cbarte, noiF pas
l'ait

mais ayant

par son incoiisé(pi(!nce, connue par

sa nonchalance,

un

tort réel à la
(pii le

chose publi(pie.

Détestant les clianibres
el

gênent

et cpii le fatiguent; faisant peu,
;

ne voulant pas

((ue les antres fassent à sa place

ayant actjuis d'abord

assez de puissance sur l'esprit du roi, par son instruction,
le

comme

par

ton plaisant avec lequel
(pii

il

raconle.

H

avait

une manière toute nouvelle

d'enleudre Homère,

intéressait Louis XVIII.

311M.de Villele et Corbière, mécontents l'un de l'autre et se boudant

par suite
ils

comme

des amants, n'étaient jamais [dus heureux {[ne (piami

se retrouvaient, et le ilanger

commun
fait
il

les ralliait aussitôt.
a pcntel'enilb' (|Uf

Jamais honnne ne
inconlestal)le

fut

moins

pour être ministre
avait au

M. de Corbière; mais en revanche
:

c<mseil

une supériorité
en laissant de

son cou[>-d'o_Ml

était
il

toujours aussi prom[»t (pu^ juste.
jjcn la supeiiorite,
ipi'il

Sensible aux compliments,
l'inlluence à ceux de

aime

ses subalternes

croit dévoues, sans toujours

s'occuper de les juger.

M. de Corbière est un parfait honnête hoinnu'
service et capable de dévouement.
11 a

,

reconnaissant d'un

porté dans les affaires de l'Etat nue économie buiable, (piand elle

est mesurée,

mais qui, par son exagération, eût convenu
la

j)lulôt à

son

ménage qu'à
mais
(jui,
il

France.
la lril)nne,
il

Indolent pour monter à
n'a [)as soutenu

y paile avec es|nit et avec talent
c(!tle si

;

comme

ministre

supériorité incontestable

dans l'opposition,
piisition

lui avait acipiis

une

juste

renommée.
et

Trouvant sa
duite
la [tins

connnode,
il

il

la ([uitla
la la

sans regrets,

par lac(Ui-

honorable,

a

grandi dans
(jui

retraite.

Aînés

les

deux ministres

ont servi
(pii

Uestauration, voici deux mila

nistres d'hier on d'aujourd'hui,

servent

Uevolutimi de Juillet.
;

L'un, M. Tliiers, a beauconi» de physiononue
reille;

une mobilité sans pala forliim',
(pi'il

enfant gâté,

(pii

court après

le

pouvoir et

en jouant

avec l'un

comme

avec l'autre; facile sur les moyens

emploie, sans

méchanceté, mais cai>able de tout braver pour arriver

à si's lins.
il

Ne sachant pas

bien ce

(pi'il

veut,

il

ignore ce qu
et

doit; ne croyant

jnan(pn'r a rien, parce cpiil ue croit

a rien,

ne rellechissant quapiés

avoir agi; acteur toujours en scène,

lragi<pie

on comi(pn', sui\anl

la

circonstance.

150

KUE DES FOUTRAIT S.
la

Pas plus de véritable élévation dans
la

pensée que dans

la

parole ou dans avec une

tournure; se disant

fils

de

la

Révolution, et affectant de

l'être,

tendance marquée vers

le

despotisme; brave, impétueux, orgueilleux,

téméraire, inconséquent, présomptueux, étourdi, l'autarou, ne doutant

de rien, peu occupé du jour, et nullement du lendemain

;

allant à la mi-

nute, suivant son impression, et capable du bien
(pi'on puisse lui savoirgré de l'un, ni

comme du

mal, sans

précisément

lui

en vouloir de l'autre.

Aimant

la

fortune pour jouer avec elle; impossible à intimider, mais
(pii boitait

toujours incertain; élève boiteux de M. de Talleyrand,

de

toutes les manières; jouant avec tout et se jouant de tout; n'apparte-

nant véritablement
(pielqu'un.

à

personne,

à

moins que

le

soleil levant

ne soit

L'esprit
\\[io,

domine

cliez

M. Tbiers toutes

les autres facultés.
(!t il

Vrai tribun,

assend)lée délibérante n'a rien qui

l'effraie,

a le talent les

de parler
il

loiigtemjis

pour ne rien dire; babile
(pii

à

exprimer tous

sentiments,

enlace

si

bien ceux

l'écouteut,

(pi'il finit

tcmjours parles entraîner
fort,
si,
si,

a sa suite.

Sa

facilité est reuiarqual)le;
la Iribuiie,

mais on l'embarrasserait
(|M'il

avant de
lors(pi'il

montera

en desceiul, on

lui

demandait ce demandait ce cpi'il a
lui

ou

va dire, ou

dit.
;

M. Tbiers n'a aucune des couditiniis de l'iiomine d'Klal

il

est plus
la

beureux
fortuiM%

(pu)
à

vraimenl babile; c'est un tribun, je
il

le

répète, eulle par

bupu'lle
la

se livre sans réserve.

Ambitieux,

retraite n'a rien qui le

decimragc;

les

reprocbes

lui

sont

HUE DES PORTHAITS.
aussi indifTérenls que les revers, et lorscjuc son étoile semble pâlir,

loi
il

se

console par l'idée du retour.

Ayant toutes

les prétentions, et

il

en

jiistitie

quelques-unes;
il

il

se croit

aussi facilement

un Napoléon qu'un Sully, confiance un plan de campagne et un coup
Si

et

dresse avec

la

même
pense

d'état.

on

lui

prouve

qu'il dit le contraire de ce qn'il pense,
dit,
il

ou

(pi'il

l'opposé de ce qu'il
n'est fixe

vous déjoue par nu somire dédaigneux. Rien

dans celte tête qui improvise tout. Sans connaissances profondes, admirablement superficiel, il laisse toujours courir au hasard sa langue comme sa plume. Aussi orgueilleux dans
les

succès que dans les revers,

il

ploie

s'il

succombe, se croyant
il

toujours certain de se relever; M. Thiers se baisse, mais
abattu.

n'est jamais

L'autre, M. Guizot, est
esprit et d'un talent peu

un

homme

d'une immense instruction, d'un

communs.
fixe

Homme

sans aucune conviction, mais

dans son ambition, une
sait

seule pensée

domine tous
sait attendre,

les

sentiments de cet esprit qui

prendre

tous les masques et employer tous les

moyens pour
:

arriver à ses fins.

M. Guizot
d'Etat.
le

il

sait

remettre

véritable talent de

l'homme

On

n'a pas plus de séduction dans le langage, ni plus de force dans

raisonnement.

Grand
se

travailleur,

il

est tout entier à la passion qui le
c'est

domine,

et

s'il

montre parfois sensible,
et

encore parce
il

qu'il le croit utile à

son

ambition. Petit, pâle et maigre,

mande
S'il

a une sorte de distinction qui comune bonhomie qui vous séduit en vous trompant. était né méchant, il se fût rendu redoutable; car rien ne peut l'ar-

rêter dans sa

marche; mais

il

calcule trop bien pour renoncer à la sé-

duction de son langage et de ses manières.

On

n'a

pas plus d'esprit;

aussi

est-il difficile

de ne pas l'écouter,
paroles;

de ne pas se sentir un

moment

entraîné par ses

mais

si

vous pensez bien à cet
et tout

homme

qui a tout cru et tout nié, tout soutenu

combattu, vous douterez bientôt de celui qui vous avait un moa en lui, tient

ment
lui

entraîné.

La confiance que M. Guizot

presque de

la folie,

tout en

donnant une grande force; jamais il ne doute de lui-même, bien que semblant toujours ajouter foi aux paroles des autres.
M. Guizot est parvenu
à

imposer à ceux qui l'approchent, en se
n'a

faisant

pardonner une légèreté peu en harmonie avec son caractère; mais com-

ment estimer réellement l'homme qui
La tendance de son
et à l'absolu, qui est

aucune conviction
il

réelle!

esprit le porte vers le despotisme, et

se sert avec

habileté des images de liberté |)0ur arriver au pouvoir, qui est son idole,

son rêve.

Il

ne tient qu'aux idées qui sont utiles

à

152

HUE DES IM)UTHA1TS.
il

son ambition. Faible ou dcspolc,

lransi<i;e

avec

le iioiivoir,

ou ICrrasc

sous

le

poids de l'autorité qu'il a su conquérir;

ayant l'adresse de se

conserver toujours
nécessité.

comme une
et

ressource ou de s'imposer

comme une
ni inquiet

M. Guizot, arrogant
ni incertain;
il

présomptueux, ne

se

montre jamais

peut, jusqu'à

un

certain degré, réussir, prandir de son

vivani
tristes

;

mais après
souvenirs
il

sa im)rt, la postérité se

montrera sévère,

et

de Ions ces

ne restera qu'un tombeau.

lUiE
fMiis

m<:s

i>(nrriî7MTs.
moins sonpic,
loiilos les
il

ir;;^

prudent

(jiie

M.

Tlii<'rs, in.iis
|>rcii(lic

snit jinrlois
cl

Ironvcr
p;nl<M

une cloqncnco puissaiilc,
tontes les langnes.

pliysioïKiniics

Pins réfléchi qno M. Tliicrs et non moins danjrfrenx.

il

a

bien plus

ilc

persévérance dans ses projets,

et

non moins de témérité dans laclion.
;

M. Tliiers

se

donne souf; conditions
la

M.

(inizot s'impose.
le

Vn

autre ministre do

Révohitirm de Juillet. M.

comte Mole, vient

de passer sons

mes

fenêtres- c'est un

homme

d'un esprit remaicpiahle.

dissimulant sous un extérieur Iroid beaucoup d'ambition et un cirand

amour du

pouvoir.

1Ô4

RUE DES l'OUTUAlTS.
el

Audacieux
(érêt

imlépendaul par caractère,

il

inéuage

1

autorité

pour
l'in-

favoriser sa passion dominante, et reste tldèle à ce qu'il croit, dans

d'une ambition

(pi'il

colore à ses yeux du

dévouement

qu'il porte à

son pays.
Élevé
à l'école

de l'arbitraire,
et

il il

vise au pouvoir absolu.

Homme

du

monde, agréable
lui
Il

séduisant,

n'est pas insensible

aux succès que

valent ses manières aussi gracieuses que distinguées.
suit silencieusement ses idées,

mais avec une grande persévérance.
la

S'il parle, c'est

avec goût et talent, soit à

tribune

,

soit

dans un salon.
l'intimité.

Absorbé par

les affaires,

on n'est pas plus aimable dans

Son âme

est accessible à

un sentiment généreux,
lui

et capable des plus

nobles actions.

Une imagination ardente

fournit toujours de nouveaux calculs;

homme
que
il

de tête, capable de trouver des ressources où un autre ne verrait
certitude du danger, et ayant en lui

la

une confiance que souvent

justifie,

mais qui

,

parfois aussi
il

,

l'abandonne au

moment

de l'action. sou-

Décidé par caractère,
vent
le l)ut qu'il

sait sacrifier sa volonté, et calcule plus

veut atteindre que les
les

moyens

d'y parvenir.
il

Ne voyant pas toujours
assez dans leur ensemble.

choses d'assez haut,

ne les prend pas

Orateur
être

et

homme
d'État,
il

d'esi)rit,

M. Mole ne borne pas ses prétentions

à

homme

veut être

homme du monde,

et

il

y réussit

au gré

de ses désirs.
Celui qui siégeait au Conseil-d'Étal des cent-jours
;

celui

que

l'on ac-

cuse à tort ou à raison d'avoir participé à l'acte qui proscrivait Louis XVIII
et sa famille, siège aujourd'hui

nu banc des ministres.

un grand bien, ce peut être un grand mal. La journée est bonne pour l'observateur et pour le peintre encore un excellent modèle .-j'aperçois M. Dupin aîné. M. Duj)in n'a pas un mauvais co'ur, tant s'en faut; mais rien n'est fixe
Si ce n'est pas
;

dans

sa tête, et

il

règne

la

même
il

mobilité dans ses opinions que dans ses

sentiments.
Irascible au dernier degré,

vous tourne
la

le

dos,

si

vousavez

le

malheur
la li-

de

le

blesser, el
il

il

vous revient avec ne

même

facilité.

Partisan de

berté,

est courtisan avant tout; et la puissance exerce
il

sur

lui

une
(pi'à

influence absolue;

sait

pas plus résister à un mot obligeant

une poignée de main.
N<î lui

en veuillez pas de ce qu'il est:
il

il

n'y a chez lui ni projet ni voqu'il a été
il

lonté, et souvent
Vif,
l'ait

ne

sait j)as

lui-même ce

ou ce

qu'il sera.
il

emporté, hupiin, susceiilible, violent,

s'apaise facilement;

le

mal

et le bien S(»us l'impression de l'heure et
lui plaîl.

du momeiil.

Le pouvoir

RUE DES PORTRAITS.
M. Dupin est capable de courage
quelconque
et d'énergie, surtout si
lui a lait perdre son sang-froid. 11 a eu
la

155

un évéueuieiil

de beaux moments,

de l'élocpience et du caractère, au barreau et à
sition

tribune; dans une pos'il

donnée,

il

est capable de se dévouer

pour rendre un service;

a de la

mémoire pour

certaines clioses,

il

en mancpie altsolumeni pour

d'autres.

Il

Le passé ne l'embarrasse jamais, et l'avenir l'occupe peu. y a dans son âme une grande indiirérencepour mille clioses delà

vie.

11 a

beaucoup d'ambition, en négligeant souvent de servir

cette

ambi-

tion
11

même.
oublie facilement ses amis, et cependant ces derniers sont sûrs de

le

retrouver au besoin.

M. Dupin est orgueilleux,

il

aime

le faste et

l'ostenlatioii.

11

vous écoute rarement, et

le

meilleur raisonnement du

monde

aura

moins d'empire sur son esprit (junn caprice ou une distraction.
M. Du[tin
a des accès de gaité

dont

il

ne se rend pas toujours compte;

babituellement son caractère est sombre.
11

peut vous faire du mal par boutade ou par vicdence, mais

il

est in-

capable de se venger, et parfois un
Il

moment d'épancbement

lui est

doux.
la

a de la bonté, de la suflisance, de l'abandon, de l'orgueil, de

va-

nité,
Il

de
a

la

présomption, beaucoup d'originalilé.
et

nuMne une sorte de bonliomie,

peut dcvcuir bon enfant, bus-

qu'aucune de ses passions n'est mise on jeu.

15G

HUE DES POUTUAITS.
ne se ressemble pas moins, au moral et au })hysi(|ue, que ces deux

On

frères que l'on aj)pelle Dupiii aîné et Charles

Du pin.
fait

Renianjuablement

instruit,

homme

moral, religieux, profond, sen-

sible, délicat à l'excès,

ami dévoué, époux tendre, M. Charles Dupin

oublier ce que l'on pourraitappeler sa laideur, par nue physioiuMuie spirituelle, fine, distingnéeet pleine de

charme, bien cpi'un peu dédaigneuse.
ses sentiments,
il

Fixe dans ses idées

comme dans

est aussi difficile
gai, sérieux,

de

le faire
le

renoncer aux unes qu'aux autres. Aimable,
plus grave avec de l'enjouement, léger

du

caractère
la

même

au besoin dans
S'il est

conversation, on n'est pas plus profond sur tous les points.
([ue

moins éloquent

son frère

à la la

tribune,

il

l'est lieaucouj)
la

plus en écri-

vant, et porte dans votre

àme

conviction qui est dans
ni

sienne.

On

n'a pas

une

plus belle

âme

un plus noble caractère. Sa parole
,

est sacrée, sa loyauté imperturbable

sa délicatesse digne de sei'vir de

leçon et de modèle.

Ami dévoué,
un ami, en
cilement
il

rien n'atténuerait son énergie,

si

vous blessiez devant
il

lui

le

méconnaissant. Bon, sincère,

tidèle,

se

pardoime

diffi-

la

peine qu'il a pu causer dans un

moment d'emportement,
à

et

est

prompt à la réparer. Son gein-e d'esprit le porterait
le relient.

à la critique et

l'epigramme

;

mais

son ca'ur

M. Dupin

a bien

quelques systèmes, nuiis
la

la

justesse de son esprit es!
la

toujours inséparable de
Il

ccniscience

la

[dus pure et

mieux

éclairée.

y a

autant de profondeur dans sa pensée que d'élévation dans son

caractère.

H

ne calcule point ses actions, mais beaucoup ses
ne se
livi'c,

})aroles, a
le le

moins

([uil

ce

(pii

lui arrive parfois,
la

avec l'abandon
le

|)lus

aimable.

11 a,

sans pédanterie,

science du savant

plus erudit.,.
!

bien

qu'il fait...

chacun

l'igmtre, et à peine si
(jui

lui-même

se le rappelle

Aime, apprécié, estimé par tout ce

l'ai)proche,

M. Du[)in est un de

ces honunes qu'on ne connaît i)as assez et qu'on ne pourrait tr(tp connaître.
i.a

plus sévère impartialité seule
trop, je

a coruluit
si j'ai

ma plume,
rendu

et

sûr de n'a-

\oir rien dit de

me demande
mérite!

à cet lionnne

hono-

rable toute

la justice! (|u'il
i)a.^

Ne sortez
qui porte
l'oiir
le

de
;

la

rue de Vanuines, sans preiulre garde

à celte

maison

n

'

51

c'est l'hôtel

logc!

M.

le

manpiis de Dreux-lJrézé.
politi(pie,

èti'c

nu [M'ofond penseur, un profond
il

un véritable

homnu; d
un
tact
,

Etat,

ne

sullit

pas d'avoir un noble co'ur, un esprit élevé,

e\(piis,

lieaiicoiq»

de linesse, de souplesse et pres(jue de co(pietet

h'iic
ri

bc;iu((iii|>

de rcllexiou
il

d'adresse, de rener^^ie dans l'occasion
i)ien

toujours du

tilleul,
je

faut

encore

compreiulre sa

positi(Ui,

(;n

sa-

l'Iianl

eu liiertoiit

parti |)ossible;ne [loint JH-siler, ne janutis revenir

MUE
sur ce qu'on
lail, •!

1H:s

1»()IITI{
le liesniii

AITS.
de menacer
I«miI
!<>

ir.7
nioiiile.

sans éprouver

maiTlicr dniil vers un bul, avec una

iiiviucilile

persévérance, cliuisir ses

amis
cl

et se rire de ses ennemis; il l'ant savoir proliler des circonslances, des fautes de ses adversaires, i)raver au besoin l'opinion, en seiïorla

canl de

diriger, et

compter sur sa conscience, bien pins
parfaite,

(pie

sur

la

justice des liommes.
11

Tant enfin avoir

une santé

un corps robuste, une v(donté
ne
l'eloiine,

de
ni

fer,

un caractère assez

fort |)our (pie rien

ne

le

(luiniMe.

ne l'ébranlé dans sa marcbe.
C'est ce fout complet
(|ui

est rare; aussi, le véritable
(ju'il

bomnie

d'elal se
la

comprend-il [dus facilement
lieuK^ mejveille

ne se renconire

:

c'est pres(pie

bni-

du monde

(ju'on es! encore» à clierclier.

Cbacun aime

el

apprécie M.

le

mar(|uis de lîrézé, en rendant

justice'

a ses sentiments,

à ses y)ensées géiu''rales, à son honorable caiacleic,
et

comme

au charme répandu dans sa personne
le

dans son
ils

lanjiai^e;

mais

ses adversaires poliliipies ne

crai<inenl pas assez, et
la

comptent trop
l'orces.

sur des hésitations

(|ui

lienncnl surtout à
il

défiance de ses propres
il

Homme

du momie,
il

vous captive dans l'intimité;
a la tribune.
la

vous sidiju-ue
françaises

dans un salon;
Lors(|u'il V

vous entraine

monte, on ciainl

puissance de ses [uiroles

si

.1

18

I.-K

M

LE DES IM)UTI{AITS.

et si

nobles; sa IVaiichise et son éloqnence qn'il puise surtout dans son

cœur; son imperturbable loyauté, un désintéressement si peu commun, son énergie même; mais on ne lui répond jamais qu'à demi, en laissant
au lendemain
le

soin dattenuer

l'eflet

de

la veille.
le
;

Un

front élevé, des cheveux rares sur

Iront,

un coup-d'œil
et

vif et

pénétrant, qui vous regarde toujours en face

de

la

grâce dans toutes ses

manières, une profonde conviction, des gestes simples

animés, une

manière de dire simple
meilleurs orateurs de
et qu'il
la

et persuasive, font

du marquis de Brézé un des
terrain qu'il a
si

chambre des Pairs,

bien étudié
la

connaît

si

parfaitement, que toujours on l'écoute avec

plus

sérieuse attention, dans

un profond

silence.
le

Le marquis de Brézé commande

respect, et ceux qui blâment ses

opinions, i)arlent souvent de l'estime que leur inspire son noble caractère.

Le mar(iuis de Brézé n'est pas sans ambition, mais c'est surtout l'ambition

et

du bien qui le domine. Avec toute l'apparence de l'abandon, il se livre rarement sans réserve, on le devine plus encore qu'on ne le connaît. Avec beaucoup d(^ franchise apparente, il se fie â sa tinessc pour vous
la

dissimuler sa pensée

plus intime

;

mais malgré

lui,
si,

sa

physionomie

est un miroir pour qui l'étudié avec attention; et

contre sa volonté,

vous l'avez
Trahir
la

deviiu',

il

vous sourit avec grâce.
:

vérité lui serait impossible

il

peut se taire, mais jamais sa

bouche ne prononcerait un mensonge. Une disposition fébrile, beaucoup d'âme
assez
difficile

et

d'imagination

lui

rendent

de conserver un sang froid qu'il voudrait toujours garder.
qu'il il compte sur les hommes ménage trop pour ce (pi'ils valent.

Triste et plutôt mélancolique,

croit

connaître

;

mais parfois
il

il

les

Simple,
contredire.
11 a
il

a l'opinion

de ce qu'il vaut, et personne n'est tenté de

le

beaucoup dâ-propos, dans

la

conversation

comme

â la tribune,

inq)rovise toujours avec grâce.
le

Dans sa jeuiuîssi; on donné nu noble démenti
teur vraiment national.

croyait léger; mais sa carrière politicpu; a

à ses

premières années

:

M. de Brézé

est l'ora-

Passants,
lro|t

le

SV/rrt'-fJ/Purestdansla

ruedeVarenne

:

on ne saurait avoir

de respect pour celte mais(m du Bcm Dieu, ni faire trop son éloge.
liAiio('.UKi''orc.,viii,i»,

(duc de Ditudcauville.

I.a

rue de Vaugirard,
désignée sous
le

aiieiennc'e Clie-

niciit

nitm

niii-de-Vauiiirard,
lies

commence aux

des

Francs-Bonrgeois-Saintbarrière; elle a|)partient

Micliel et de Monsieur-le-IMinre, et
(init à

la

aux dixième et douzième arrondissements, et aux trois quartiers de
l'École

de Médecine,

<lu

Luxemt'ilc

bourg

et

deSainl-Tliomas-d'A(inin.

Située au nord-ouest de l'aris.
est limitée |)ar la rue
l'onl->"('uf et
les

Daupbinr,

le

boiilevarls

cWc-

rieurs.
(]e

n'est (|u'au
à

xvi' siècle (|u'on

a

commencé

bâiirdans celle rue,
et |io|)ii-

aujourd'hui gramie, active
leuse,
lui

comme
le

un

vrai lauhonrg.

On
et

donnait

nom

de Vaugirard

quebiuelois du Luxembmirg, dite de

Vaugirard,

(ju'elle lirait

sans doute
conduit,
(le

du village au(|uel
village,

elle

nommé
changea

Valboilon
le

ou Vauxiii'

boition jusque vers
siècle,

milieu du

sa

dénomination

quand Girard, abbé de Saint-Ger-

.S-v^^i

main -des- Près, l'eut fait reconstruire. Presque à son entrée se trou-

140
vait situé,
<'elui
il

laiE
y a

DE VAUCIUAKI),
(|iii

quelques années encore, un cimetière
il

lut léiini a

(lu

Mont-Parnasse:

n'avait ni l'étendue des

champs de repos

acles

tuels,

ni le luxe et les fastueux

mausolées du l'ére-Lachaise; mais

gens qu'on y enterrait, pour y prendre moins de place, n'en étaient pas pour cela moins nombreux, et entre autres monuments lii|)auvres

nébres dignes d'une citation, on renianiuait

les

tombeaux de La Harpe,

du docteur Leroy, de mademoiselle Clairon
Le
boul('\ art extérieur, qui

et

du général Mounier.

sépare

le village

de Vaugirard de Paris, fut

établi par suite des constructions
l'intérêt

du mur d'enceinte, ordonnées dans
13 janvier 1785. Les lermiers-généla

du

lise

par Louis

XVL

le

raux, sous prétexte d'arrêter les progrès de

('ontrebande, mais
cbilîre de

l)ieii

pour assujettir aux droits d'entrée un plus grand
teurs, obtinrent

du ministre Galonné l'exécution de ces
la

consommaimmenses tralit

vaux, malgré les réclamations et

résistance des habitants de Paris, lésés

dans leurs propriétés. C'est
circula aussitôt de

à cette

occasion qu'un plaisant
:

ce vers qui

bouche en bou( be
murant
Piiiis,

l.e niiir

rend Paris
elevet,'

niiirimiraiil.

La porte

(»u

barrière d'entrée,
edilice,

sur

les

dessins de

l'arciiitec le

Ledoux, est un lourd

d'une magniticence d'autant plus déplacé*;,
la

qu'à cette époque les linances de l'Etat se trouvaient dans
plorable des situations.

plus dé-

Le calme
i!an(|uillilé

et l'aspect

demi-champêtre des avenues environnantes,

la

des rues,

la

nature bourgeoise et laborieuse de ses habitants,
;

i'éloignement de tout Tracas, de toute agitation, de toute cohue
Il

nulle riva-

connnerciale, nulle industrie bruyante quchpies hôtels à peine habités,
;

(h)nt les

panaches d'arbres verts ombragentles sourcilleuses murailles, tout
faire

(oucourt à

de

la

rue de Vaugirard
le

l'asile le

plus retiré,

la

solitude

la

plus paisible et l'ermitage
et

plus propice aux amis du silence, du travail

de

la lu'iére.
(|ui,

Aussi servit-elle dabri constant aux innombrables ordres
à diflerentes

leligieux
l'aris,

époques, vinrent chercher en France
les fl(''aux

et à

un refuge assuré contre
(h; la

de

la

guerre, de

la ])este,

de

la

lamine et

persécution. iNous avons pu compter jusipià vingt-trois

citunnuuautés, monastères ou succursales qui s'y sont établis et multipliés,
(ît

(jue

1790, ce terrible niveleur,
il

à pres(|ue

tous anéantis.

De ces

maisons ndigieiises
tion à

en esta [teine

trois (pii

n'ont pas changé d'habita-

l'heure qu'il est.

Telles sont les Filles du Saint-Sacrement, au
Charité, prés la rue du Regard; les Car(!t

coin du boulevart; les

Sœurs de

mélites, entre les riu;s Cass(;tte

d'Assas, qui

se;

partagent

les

grands

enclos de l'ancien ch(!min du
jésuites; une école de frères de

Val-Cirard avec plusieurs maisons de
la

Doctrine-(^hrétienm'
n"a pu

et

(pu'bpies suc-

cursales ndigieuses, <lont

le

nom

nous être

<l(uuu'.

IM.ACK SAINT-SlM'Hii:.
Le couvent des (larmelites
cliausiiés
véiV;
,

14!

iipparleiuiit |)riiiiiliveineiil

aux Cdniirs déeussent persé-

ainsi
la

nommés,

[)arce (ju'ils étaienl les seuls cpii

dans

règle de lenr rérormalrice Thérèse d'Aliuma, et (piils mar-

cliaient pieds-nus.
VA'ic; ils
(pii

Les Carmiîs se donnaient |)our fondateur

le

piopliele

eurent

à

ce sujet une longue guerre;» soutenir contre les jésuites,

leur contestaient cette origine.
lit

En Kill, Nicolas

Vivien, maitre des

comptes, leur
l'église et les
ils

don du vaste emplacement occupé de nos puirs par
Malgré
les richesses (|u'ils

cloilres actuels.

amassèrent,
faisait
ils

ne discontinuaient pas de mendier. Leur a|)othicairerie

un
pos-

l^raml

commerce d'une eau
le

de Mélisst; (\on{

ils

étaient inventeurs;

sédaient aussi
nait

secret d'une composition dite blanc des Carmrs,
le

(pii

don(il

aux surfaces des murs
s'y rendit

hrillant d'un

marhre

poli.

Eu

171H, on

de leur couvent une maison d'arrêt destinée aux prêtres insermenlés.

dont une partie

volontairement, pour être déportée conformé-

ment aux

lois.

Le 7 septembre de l'année suivante, cent soixante-douze

prêtres et quel(|ues personnages de

marque

y furent

égorgés
et

:

les osse-

ments de l'archevêque d'Arles, des évêques de Heauvais
du ministre Montmorin
et

de Saintes,
<le

de son frère, d'Ahancourt, de ilulhieres,
la

Ilohan-Chabot, de lîeding, de Maussabré et de

princesse

d(î

Lamballe,

qui périrent dans cette fatale journée, ont été déposés aux (Catacombes.

Joseph Duplain, administrateur de
sur une fenêtre,
se mêlant à

la

caisse d'escompte, échap|»a

au

massacre en s'emparaut des pistolets <|u'un des égorgeui's avait dépose
[)uis,
la

fouie et vocilérant av<'c elle,

il

gagne
du

les portes et s évade.

En 1808 madame SoïecourI
monastère
<|u'elle rendit

se l'ciidil
les

piopiictaire des teriains

cl

au culte en

couccdaul aux

(Carnielilcs.
lîiclie-

A (|uelque

ilistauce se dressait

un magnilitpu' bùlel.où ieduc de
;

lieu conduisit

un soir mademoiselle Maupin
(i(;

il

lui

remit une lioursc de
la

trois mille louis,

la

vaisselb' plate,

un écriu

(!<•

[lienes de

plus belle

eau, du linge, des meubles, des étolVes, et

tiuil

même

par v ajnulcr sa

pla(iue de l'iu-dn' du Saint-Esprit, toute ((uncite de

diamauls: sur ipuu

on

lit

le

couplet suivant

:

Judas vendit

.lésus-Clirist.

VA s'en pciulil ôo rage.
Iliclielieii.

plus

liii (|ii('

lui.

A'a mis
i'Ai

que

le SaiiU-l'lspiil

eaiiC

Au
bon

coin de

la

rue du Kegard est un fontaine conslruite par Iballe en
|)ar l'acpu'duc

1800, et alimentée
style, est

d'Arcueil; son bas-relief, d'ini assez
(ioiijon
:

une imitaticm du genre de

il

représente Léda assise

M"!

lUE DE VAIGIKAIU),

aux bords de l'Eurotas, prés de Jupiter métamorphosé en cygne. Tout a côté existe une fal»ri(ine de poterie, sur les anciennes dépendances de
l'hôtel

de Lavai, appartenant

à hi
la

veuve Santerre:

c'était autreiois

une

pelUe maison, où les seigneurs de

Hégence, amis du maître, donnaient

leurs soirées galantes et leurs fastueuses orgies; c'est à présent

un des
re-

magasins du service militaire de l'habillement
et
la

et

du campement. On

connaît encore aux peintures plus que éroti(|ues prodignées aux panneaux

aux plafonds des cabinets, aux portes secrètes, aux escaliers dérobés,
destination passée de ce séjour, dont
la

clironi(ine,

malheureusement
fut,

perdue, doit avoir été riche en tendres mystères et en piipiantes intrigues

d'amour. Plus

loin,

au n° 100, est un autre hôtel qui
il

en 1810,

le

siège de la légation américaine:

avait appartenu autrefois au fermier-

général Bouret, qui vécut toujours misérable, chesses;
il

même
il

au sein de ses
livres

ri-

n'avait plus à sa

mort que dix-huit cent

de l'cutes et

devait plus de cinq millions.

Au fond du

jardin

s'était fait construire

une bergerie où
150 livres
vivait

il

nourrissait une vache avec des petits

pois

verts à

le litron, afin
lait.

d'en régaler dans la primeur une

femme

qui ne

que de

Si

de pareilles folies ne nous étaient attestées par

l'histoire,
foi.

nul de nos jours,
lui

même

les

plus fous, n'y voudrait ajouter

Sa femme

représentant sans cesse l'énormitè de ses dépenses,

alla

jusqu'à accuser son intendant d'infidélité.
«


ils

Madame,

lui

répondit Bouret, qui était honnête
les
»

homme,

quoi(|iii'

financier,

— j'examine minutieusement
rues d'Assas, Cassette, de

comptes; mais, par nuUheni-,

sont toujours de pins en plus justes.

Après
la

les

Madame
la

et

du l*ot-de-Fer, souvic Des
la

rue F^érou, qui

commence rue
l'angle

Palatine

et place Saint-Sulpice.

deux maisons qui font
porte de
la

dans

rue de Vaugirard, en face
la

caserne du Luxembourg, occupée avant 1830 par

gen-

darmerie d'élite, l'une est l'ancien hôtel de La Trénu)uille,
est

l'aulre

une maison d'éducation dirigée par M. de Keuss. Cette rue doit procureur au parlement, propriétaire de son nom à Etienne Férou
,

|)lusieurs

maisons dans

le

clos Sainl-Sul|)ice. Elle était autrefois par/''e/'ou

tagée par

un

cul- de -sac dit

de

la

rue principale ou des Prêtres,

étant particulièrement habitée par les cleics attachés à Saint-Snli)ice.

Sauvai assure (|u'on

la

désignait anssi sous

le

mun

de Saint- Pierre.

menacé par la colère dn Iribunal révolutionnaire, se cacha dans une petite maison de la rue Férou; reil y fut accueilli par une excellente (!t courageuse femme, dont nous
Pendant
la

terreur, le célèbre Lavoisier,

grettons vivement d'avoir onblié

le

nom

:

elle

négligea

le

soin de sa

propre sûreté, pour veiller sur son
d(!\aiil

liôle,

dont

elle croyait avoir à

répondre

Dieu

;

clic

l'cmiMisoMna,

[xuii"

ainsi dire,

dans

la

chambi'c, dans

la r»'lraiU' la

plus mystérieuse

«h-

sa

demeure,

jtonr le iM'olé|rer c<mtre sa

PLACi:
IVayeiir

SAi.NT-SlIJ'lCi;

14."

on sdm iinpiiKlcnce.

l^avoisicr craignait à cliaqiie iiislanl de cnniet

promeltre sa nouvelle amie,

plus (ruiie lois

il

avait parlé de s'enfuir,
la

au risque d'allerportersa
de
la

tète

sur un écliafaud

:

dame de Bon-Secours
em-

rue Férou employa plus de peine, plus de ruse, plus d'imagination
(|ue bien d'autres n'en auraient

pour empêcher Lavoisier de sortir,
ployé pour l'empêcher d'entrer.

Un
il

jour,

un

triste jour! Lavoisier profita
il

de l'ahsence de son hùlesse.

de sou généreux geôlier,

Irauchil

le seuil
il

de sa |iris(m hospitalière:
le

se mit à courir dans la rue
il

Ferou

;

traversa

Luxembourg;

il

(piilla

l*aris;

arriva an Bourg-la-lleiue, elle lendemain c'en était
était fait

fait

d'un

savant illustre, mieux (pu; cela, c'en

d'un innocent.... Oh! que
la

de regrets

et

que de larmes dans

la petite

maison de

rue Férou!...

Le petit séminaire de Saint-Sulpice
occupaient
la

majeure partie
le

communauté dite desRoberliiis, de sou étendue. En face, l'hôtel (Iharost
et la

s'appuyait contre

couvent des Filles du SaiiU-Sacve)iieul, établi

par

lettres-patentes de 1654. C'est dans leur chapelle, dont elle s'était dé-

clarée fondatrice, qu'Anne d'Autriche,

un cierge

à la

main, vint expier
la

solennellement

les

outrages

faits
Il

au saint Sacrement pendant

guerre
reli-

civile qu'elle avait soulevée.

était

d'usage dans ce couvent qu'une
fît

gieuse répétât chaque jour cette cérémonie et
milieu du chœur, moitié nue,
la

amende honorable au
la

corde au cou et une torche à

main.

La rue Férou touchait presque
Ollier, curé

à l'étroite place Saint-Sulpice, encore

plus rétrécie par les bâtiments du grand séminaire, fonch' par Jac(|ues

de Pebrac, lesquels empiétaient considérablement sur

le ter-

rain affecté à l'église. Malgré toutes les recherches qu'on a faites, on n'a

jamais découvert

la tiate

exacte de la première construction de Saint-

Sulpice. L'abbé Lebœuf, dans son histoire de Paris, pense (jue ce temple
servait de baplistaire

au bourg de l'Abbaye,

comme

dans

les siècles re-

culés,

Notre-Dame

à la Cité.

La

partie de Saint-Sulpice qui fut abattue en

IT'io, était

çois L"; l'évêque

un nouvel accroissement qu'on lui avait donné sous FranMégare en bénit la chapelle de V Immaculée conception,
les (piatre

avec

la

permission de l'évêque de Paris. Le 10 février 1G46, sur
soir, la reine

heures du

Aime d'Autriche, mère de Louis \1V,
la

alors ré-

gente du royaume, assistée de
d'Esguillon, de
la

princesse de Condé, de
et

la

duchesse

comtesse de Brienne où
le

des ducs d'Uzès et de Guise,
,

vint à l'ancienne église,

elle fut

reçue par Alin
elle fut

évê(|ue de

Cahors

et

M. Olier, curé, avec tout dans
le

clergé

;

processionnellement conduite
le

cimetière, à l'endroit où devait être
la

maitre-autel de

la

nouvelle

paroisse et où elle descendit poser

première pierre dans
les

les fondations.
et se

Les travaux commencèrent alors sur

dessins de Louis Leveau
.

continuèrent

s(uis la direction

de Cittard
et

puis

d'()p[)enord et enlin de
porliipn-

Servandoni

.

ins(pren

IT'j."».

Sa façade

son

magnitiipie

ne

1

44

15

LU-:

1)K

VAlJGlUAUh,
et aiixdt'nuirclies prossaiiles

piirenlrtrctorniiiK's
(lu

(|ii('yi";'ico

aux intrigues

connu pour aimer beaucoup l'argent; il ne cessait lie harceler ses paroissiens pour qu'ils contriliuassent par leurs générosités au prompt achèvement de sou église, et abusait de ce prétexte
curé Linguel;
il

était

en leur enlevant par-ci par-là quelque pièce d'argenterie, des bijiuileries

ou de
naire,

la vaisselle, qu'ils

n'osaient plus lui réclamer.

Un

financier million-

nommé Samuel

Bernard, constamment en butte

à ses

importunités
il

s'était juré

de demeurer coustannnent sourd à ses prières;

toml>e

ma-

lade et agonise; Linguet d'accourir et de le

menacer de tous

les supplices
;

de l'enfer,

s'il

ne lègue point une partie de ses richesses au chapitre
reste insensible:
,

mais

le tiiunicier

— Cachez vos cartes
vois tout voli'e jeu.

M.

le

curé

,

lui

dit-il

avec un dernier sourire, je

lj|il!!l*:„

,ii,u,r!il!l,;',

,

,ri|i 'i:!':''':i:!!liK^^

El

il

nuMirt en juif avai'e
était
(ils

,

sans rien doimerau chrétien cupide.

Ce

ciii'é

du pmrnaliste Linguet de Gergy,qui passa vingt-deux

années de sa

vie à la IJasIille,
(pi'il

pour avoir maltraité, dans un
le

article

au

sujet d'une danseuse
al(u-s

avait outragée,

maréchal dnc de Duras,
lui

charge de
le tiH-rail a

la

surxeillaucc des Ihcàlres. Ce dernier
liàlon
:

a\anl

lait

dire

qui!

coups de

n.ACK

SAI.NT-SlILPICi:.
il

14:,

— Ail!
«le

ah! s'ccria

Lin.i,Miot,

n'a

donc pas oublie

(juil était inaréclial

P'raiice?

L'intérieur de Saint-Sulpice est Irès-heau; l'ensemhle de son architecture est d'un grand et noble effet
:

la

chapelle de

la

Vierge, reinar(juable

la statue et des groupes qui l'accompagnent, par son magnifique dôme et la manière ingénieuse dont elle est éclairée. La républicpuî de Venise lit i)resent à

entre toutes les autres, est précieuse par l'exécution de

François

1%

qui les donna à cette église, dés deux énormes coquilles
et leur

si

remarquables par leur pureté
tiers
veille

forme

,

attachés en guise de béni-

aux pilastres des deux entrées principales. La chaire est une merde hardiesse et d'élégance; l'orgue, construit par Cli(juot
le
,

est

un

des meilleurs de Parisi Sous

Directoire exécutif, les theophilantropes

tinrent leurs séances à Saint-Sulpice, sous la présidence de La Uéveillère-

Lépaux, leur grand pontife. Napoléon,
dit

lors de son
i

avènement, leur défenil

de se réunir dans les lieux publics
il

mais

se

garda bien de

les

molester autrement, car

de cette religion naissante,
ses sectateurs.

manqué qu'une persécution à la gloire pour accroître le nombre et l'enthousiasme de
n'eût

Le mépris

froid avec lequel

on

les traita, les anéantit tout

d'un coup.

Le séminaire de Saint-Sulpice, dont
ministre de l'intérieur posait
élevé
la la

les

bâtiments contrariaient

la

prinle

cipale façade de l'église, fut démoli en

1802. Dix-huit ans plus tard,

première pierre du nouveau séminaire,
place et qui contribuera beaucoup à sa

aujourd'hui au sud de
la

décoration, dés que

fontaine

qu'on y construit en ce moment, sera

terminée.

Sous

cette vaste plaine

Sulpice, les rues de Vaugirard

du faubourg Saint-Germain que couvrent SaintSaint-Jac(|ucs et la Harpe, l'Odéon, le
,

Panthéon,

le

Val-de-Gràce, l'Observatoire et bien avant jusqu'à Montville,

Kouge, sont d'immenses carrières composant Une nouvelle
rues souterraines et

dont

les

même

les

numéros de maisons correspondent aux
(l'est à

rues et aux maisons supérieures de Paris. Les débris de 80,IHM),000 d'individus sont enfouis dans cette immenses né'cnqjole.
lieutenant-général de police, (\u\n\ attribue
la

M. Lenoir,

première idée de déposer
son arrêt du

dans ces carrières,
dans
1)

les

ossements accunnilés depuis un temps immémorial
le

le

cimetière des Innocents, dont
la

Gonseil-d'État,

j)ar

novembre I7S5, prononça

supprcssicui.

Un an

après, l'ingénieur

Guillaumot

commema

les
les

travaux des cryptes parisiennes.

L'usage d'inhumer

morts

fut

connnuu

à tous

les peu|)les;

il

s'est

religieusement trausmisde siècles eu siècles juscpies aux nôtres,
l'origine de
Il

et c'est à

cette

coutume

(pie

remonte l'établissement des Catacombes.
les carrières des

est impossible de ]iréciser à quelle èpocpu^
(l'est

environs

de Lutéce furent mises en exploitation,
M

par tranchées ouvertes dans
19

|/i(;

lîl
(le

K

\)K

VAl(illlAlU>,
dû être opérée.

!'

flanc

ses colliiios,

(|U('

rexlractioii des pierres aura

On en

retrouverait encore (|nelqiios traces au bas de la
lit

montagne Sainte-

Geneviève, sur les rives de l'ancien

de

la

Biévre, dajis reinplacenienl

de l'altbaye Saint-Victor
Marcel.

,

du Jaidin des

l'iantes et

du faubourg Saint-

Les carrières de ce dernier faubourg ont cvclusivement fourni, jus(|u'au
xiT' siècle
,

les

pierres de construction des
fois

temples et des palais de

la

ville.

Ces carrières une

épuisées

,

on en ouvrit de nouvelles au sud

dos remparts, vers les places Saint-Micbel, de l'Odèon, du Pantbéon, des
(^liartreux et des barrières d'Enfer et^Saint-Jacques. Trois escaliers

com-

mnniquent aux Catacombes
lon occidental de
la

:

le

premier est situé dans
la

la

cour du pavilIssoire on
sui-

barrière d'Enfer; le second à

tombe

Isoard, maison dépendant de Saint-Jean de Latran, et ainsi

nommée,
le

vant
les

la tradition
le

du fameux brigand Isoard, qui exerçait ses rapines dans
troisième dans
la

environs;

plaine de Montsouris sur

bord de

la

Voie Creuse,

— ancienne route d'Orléans, — et à peu de distance de l'aque:

duc souterrain d'Arcueil

c'est par ce dernier

que

l'on

descend

le

plus

généralement dans ces retraites sépulcrales.

On

raconte qu'à l'approcbe des alliés,

le

bruit s'étant

répandu que
le

tous les souterrains de Paris étaient remplis de poudre et (pie les piliers

des Catacombes avaient été minés pour s'abîmer an premier signal

,

général Sacken s'enquit auprès des autorités municipales de ce fait, tellement accrédité, qu'il était venu à la connaissance de la plupart des généraux étrangers bien avant la journée du 50 mars. M. Héricartde Tbury,
alors ingénieur en cbef au corps royal des mines, interrogé par le soup-

çonneux feld-marécbal,

lui

proposa de descendre lui-même aux Cataconvenables pour

combes
calme

et d'y faire telles penpiisilions qu'il jugerait

arriver à la découverte de cette prétendue
et la

mine; mais, rassuré parle
à

noble francbise de M. de Tbury, Sacken se refusa

une

in-

vestigation de ce genre, et dès-lors, ne s'occupa plus des inquiétudes
(ju'on lui manifestait de toutes parts à ce sujet.

L'aspect de ces vastes

soutc-rrains, bcu'dcs de

croix, d'épitapbes
le

,

de
sila

tombes

et

de pyramides, dossements bizarreuiont ornées;
,

profond
et là

lence qui y règne
lu(MU'

leurs ténèbres, à peine
le

interrompues çà

par

rougeâtre des torcbes ou

cordon des lampes allumées sous

les

voûtes; ces gardiens, ces ouvriers, marcbant et travaillant dans ce séjour
(le la

mort, se croisani en sens div(Ms et disparaissant dans les plis mys-

térieux du terrain, pour re|)araître aussit('tt au

sommet de

((uebpie galeri(»

aérienne, (pi'on croirait éditiée
plnt('(t (pie

[tar les
,

puissantes incantations d'une fée

par
,

la

inia;.;iiialions

enieiil

main des bomnies tout cela trouble les j)lus fortes l(!s c(eurs les moins susceptibles (!t ramène irrésisl'île

liblenient les souvenirs vers ces antres teiiebrcMix de

de Crète, tant

PLACE SAINTde
lois décriU'

SI LlMCi:.

147

par nos

aii(i<Mis

poêles latins et où Virgilius

Maro

avait

placé

le goiilTre initial

de

la

sond)re juridiction de Minos.
la

En continuant
devant
les (jnatre

notre excnrsion dans

rue de Vanj^irard, nous passons
:

entrées dn jardin dn Lnxenihonry
(pui

c'était,

dans son

origine,

une maison environnée de jardins

Itobertde Ilarlay de Sancy

avait fait bâtir en 15i0.

A

sa

mort,

elle

édint à sa veuve, Jac(jueline de
cet hôtel,

Marinvilliers,(jui la vendit au
a

duc de Pinci-Lnxemhonrg, doni

depuis, conservé

vint à

nom. Marie de Médicis, veuve de Henri IV, en deson tour propriétaire pour la somme de 000 livres. Elle accpiil
le
'.)(),

environ

vin<j;t-cin(i

arpents de terres continues, et
le

lit

construire

le

palais

actuel tout entier, eu moins de six ans, sur

uu)dele du palais Pitti, des
le

ducs Toscans,

à

Florence et sous

la

direction de Jean des Brosses,
le

plus

fameux architecte du temps. Cette princesse
frère

légua à Gaston de France,
le

unique de Louis XllI

,

cpii

lui

donna mounnitanément

nom

de

Palais d'Orléans.

La duchesse de Berry,
les plaisirs
«

tille

du Uégent,

y

mourut
bonne

à

làge de vingt-

(|uatre ans. Lorscpi'on lui représentait (pu- la

chair, les veillées et
elle

immodérés pouvaient abréger son existence,
la

répondait

:

Eh

bien! (ju'elle soit courte, mais je

veux bonne!

»

Le père Proust

et le père d'Orléans s'y rencontraient
à tirer

souvent

à la

pro-

menade et s'amusaient

grammes

satiriques; c'était
le

mutuellement de leurs noms des anaalors la grande mode. Le père Proust trouva
de son confrère, et
le délia

un jour asne d'or dans
change, vu
la

nom

de

lui

rendre

le

brièveté de son

nom. En

sorlani dn palais, un des gardes

s'étant retourné en les voyant passer, et deniaiiilanl assez haut à un de

ses

camarades

cpii

étaient ces deux

religieux

:

«(j'est, lui dit le

père

d'Orléans, mi pur sot qui

ramèm^ Vasiie d'or au râtelier. » L'abbé Pi'ousl convint (pu; l'anagramme de son adversaire était aussi juste que le sien. Le Luxembmirg l'ut siiccessivemenl [jossédé, en lOT'i, par mademoiselle

de Montpensier

el la

duchesse de Cuise,
il

(pii b^

vendit à Louis XIV.

La première

fois qu'il s'y rendit,

avait pin à verse toute la matinée.

Un

officier

aux gardes, angbunane

<l(''cide, gal(q)ail à
il

l'une des porlieres
la

de sou carrosse, donl
étant baissée.
crotte//!'
«

à tout nionienl

eclalMUissail l'inleiieur,

glace

Nédoncbelles,

lui cria

enliu

le roi
cpii,
»

impatieulé, vous

me
nie-

— Oui,

sire, ré[)ond le

genlilhonime
à

un peu sourd, avait
la

entendu vous
prise, releva

Iroltez';'

Oui, sire,

langhiise.

Le nd saisissant
d'anglomanie.
(pii

la i^lace

en riant beannuip de ce
|»uis

Irait

Mademois(dle de llrnnswick,

mademoiselle d'Orléans,

devint
à

reine d'Espagne, riiabitereul a leur tour. Louis
frère.

\\T

l'avanl

donné
il

son

Monsieur, comte de Provence, depuis Louis XVlli,
17î)l
,

y fixa sa
l'ait

résidence jus(pi'en
struire

é|)0(pu'

de son émigration
anglai»*

:

il

y avait
le

con-

une

jolie

maison avec un jardin

donnant sur

Luxeni-

148

RUE DE VAUGIRARI),
;

bourg du cûlé de la fontaiue, pour sa maîtresse, la comtesse de Ralhi, dont le mari était gouverneur du palais. En 95, il fut converti en prison

on y avait renferme près de 5,000 individus de tout sexe, de tout rang et de tous les partis, à l'exception de celui (pii avait triomphé c'était ce
:

que

les

vrais

patriotes appelaient le réservoir de la

(/nillotiiie.

L'ex-

ministre des finances, deClaviére, y fut transféré avant d'être conduit à
l'Abbaye, où
il

se détermina à se plonger trois
à la

coups de couteau dans

le

cœur pour échapper
Le Directoir

honte de l'échafaud.

exécutif, puis le Sénat-conservateur, s'y établirent jusqu'à

leur suppression. Barras
la

demeura dix-huit mois dans
fois à la

la petite

maison de

comtesse de Balbi, où Ton but plus d'une

santé de cette bonne
les saints étant alors
la

lié/niblique. C'est lui qui,

passant un jour rue Honoré,

supprimés, cassa par mégarde un carreau de bouticpie de
trente sols
;

valeur de
petit

le

marchand n'ayant pas
le

à lui

rendre

la

monnaie du
la

écu que
«

lui

présentait

directeur, voulut sortir pour aller en chercher.

Oh

!

c'est inutile, lui dit

Barras; nous allons compléter

somme...»

et

il

cassa un second carreau.

Le palais du Luxembourg devint Palais des Pairs à la Restauration, et demeura consacré jusqu'à ce jour aux travaux législatifs de cette cour
suprême.

Le Petit-Luxembourg, qui
Pas(piier, est
fut bâti,
la

est la résidence

du grand-chancelier, baron
et contigu

également situé rue de Vaugirard
le

au palais.

Il

en 1029, par

cardinal de Richelieu, qui en gratifia
le

sa nièce,
11

dnchesse d'Aiguillon, lorsqu'il vint habiter

Palais-Boyal.
à la

passa,

a titre d'hérédité, à

Henri de Bourbon-Coudé, puis
fit

princesse Anne,

palatine de Bavière, qui y
écnries,

exécuter pour ses officiers, ses cuisines et
situé

un passage souterrain communiquant dans un vaste hôtel
la rue, et

de l'autre côté de

où se trouvent établis

les ateliers

de l'impri-

merie Béthuue et Pion. Les membres du Directoire, à l'exception de
Barras, l'ont habité pendant cincj ans. Le consul Bonaparte^ y |)assa six uu)is avant de se rendre aux Tuileries il servit aussi de palais à Joseph
;

Bonaparte, grand électeur et roi de Naph^s.
(y est-là

que

h;

maréchal Ney

fut

condanmé

à nutrt; c'est là qu'en

1850

les ministres
(pie les

de Charles

X

furent écroués pendant leur [uocés; c'est

accusés d'avril et les régicides Fieschi. Pé|)in, Morey, Alibaud,
et

Meunier
beaux

Qucuisset furent renfermés après

leui's attentats.

Le jardin du Luxembourg
et des

a été dessiné par Leuùlre;
:

cCst un des plus
|tar

mieux entretenus de Paris
ornées
d(;

on

y arriver

neuf entiées

principales,

grilles

en

fer.

A
elle

l'extrémité orientale de l'allée

contigue
sages et
église

à la
(les

façade du palais, est une fontaine remarquable par ses bos-

congélations mulli|)liées
d(;

;

s'adosse au inui' de l'ancienne

du séminaire

Saint-Louis, du

c('>lé

de

la iiu^

d'Enfer

;

on

la re-

l»LA(:i<:

SA1.\T-Sl L[»1CE.
.1.

149
:

garde

à jiist»; titri'

coininc im clier-d'œiivrc de

Desbrosses

(die a été

restaurée par

Clioli;iiii. IMtislias s'alliniyc, eiilic

deux pelitcs
la

allées, l'une

servant de pépinière, l'autre de jardin botanique,
l'Observatoire.

grande avenue de

En

faee

du

palais, sur la terrasse duipiel les

connaisseurs de

la sta-

tuaire antique venaientadniirer autrefois les statues colossales i\vA'Aclivilc
et de la GuerrCr

deux des nombreux cbefs-d'œuvre de Cartelier, s'étendent
à

de vastes parterres qui font une inagnifupie bordure

un bassin octoiioue
Des terrasses
allées

dont deux cygnes éclatants se partagent

le

liquide empire.

s'élevant en ampbitbéàfre tout autour, conduisent à de

sombres

symétri(pies coupées de distance en distance par un rosarium, où les sens

de l'odorat et de

la

vue se réci'éent sans cesse dans de nouvelles délices.
b'

Lespoétesviennentrêver làdans

silence et le recueillement, les [)rèires

\

Ml

y prient,

les
à

bommes

d'Etat y méditent;

la

vieillesse

et

reiilanre s'y

benrteut

cbacpie pas. l'une dans ses souvenii's
y a C(dlige

et l'autre

dans ses jeux.

Cbàteaubriant

ses pages d'onlie-tombe, Lauienais y rorg<'ait
[khii'

ses l'ulminanles ajjostropbes, de Baraute s'y inspiiail

ses (euvres

dont notre postérité
Ici

la

jdns lointaine sera juge.
liabiliie

notre [ludeur bésite à vous ra(ipe!er un autre

de ces niys-

150

HUE DE VAUGIHAUD,
le
;

ETC.

térieuses oasis, dont

nom, ou plutôt le surnoni, est iutimeuienl attache à l'histoire du Luxenihourg c'était uu vieux chevalier de Saiut-Louis, la terreiu- des dauies, fameux par le sobriquet un peu cru de chevalier TapcCul, sous lequel il était universellement connu dans certaines promenades
publiques de Paris. Ce sobriquet terrible vous révèle tout sou crime; du plus loin qu'elles apercevaieutsa tête rouge et poudrée, sa gibbosité, son
œil flamboyant, et sa croix de Saint-Louis se dessinant sur un vieux

carrickgris toutcrasseux, toutes les

femmes se rangeaient

et s'éloignaient

avec

effroi

de ce vieillard, dont

la

manie ne trouvait jamais d'obstacle,

même

dans la présence d'un cavalier. 11 lui arriva souvent de recevoir, en récompenses de ses indiscrétions, certaines volées d'un bois vert fort connu de feu Figaro, mais les épaules amaigries du bonhomme y semil

blaient accoutumées;
le

se résignait en brave; puis sa correction reçue,

chevalier Tape-Cul, impassible, reprenait le cours de ses indécentes

explorations.

Du

côté des prisons sont établies les jardins potagers et fruitiers;

la

vacherie de M. Decazes, son parterre et l'Orangerie, nouvellement construite, qui sert

de musée lors des expositions annuelles des produits de

notre horticulture.

En 1782

fut construite
la

la

Comédie Française, aujourd'hui l'Odéon,
la

qui s'élève eu face de

dernière grille du Luxembourg, du côté de

rue

Vaugirard. Peyre et de Vailly en ont exécuté les plans sur l'ancien hôtel de Coudé. Il fut deux fois détruit par des incendies en 1799 et en 1818.

L'Opéra Italien, après l'incendie de
jusqu'à ce qu'il eut obtenu

la

Salle Favart en 1858, s'y réfugia

le privilège

de

la salle

Ventadour. L'Odéon,
rue deVaugi-

depuis délaissé, rouvrit ses portes au public l'an passé, sous la direction

de M. d'Epagny.
lard, est
11

A quelques

vingt pas de

là,

au n" 11 de

la

mort

le célèbre Lekain, le 8 février 1778.

s'était traîné

une dernière

fois

au théâtre, douze jours avant d'ex-

pirer. Placé à l'orchestre à côté d'un vieux chevalier des ordres

du

roi,

il

se plaignit
la

d(î

n'avoir

amassé que

treize mille livres de rentes en

jouant

comédie.

—Eh

quoi! s'écria

le

gentilhomme courrcnuié, vous,

petit cabotin,

vous

avez une fortune, lorsque moi, vieux soldat, criblé de blessures etchevalier de Saint-Louis, je n'ai obtenu qu'avec peine huit cents livres de pension
!

.Monsieur, lui dit

amerenuMit

le

malade, comptez-vous pour rien
la stuh;'!'

le

(lidit (pic

vous avez de

me

parler de

FllAiNZ

l»l':

LlL.MlAr.T.

hi

BIdnck.


Rue

Roe Moncey.
Saint-

Rue

Boursaiilt

Rue Neave-

,

Roedela

Tontes

les

noblesses ne comptent

ipas quarante quarliers,et
ter
;* il

pour monla gloire

dans

les carrosses

de

n'est point indispensable qu'nne
fasse

rue
S(|ii|

dresser son
.

arbre

gé-

néalogique par Cliérin

on

(jue sa

*^crêationse perde dans les ténèbres

//des âges

:

nos anciens carrefours,
de Pliilippe-Augnsle et

O

les ruelles

\de François l" déchoient pour la v|\v\^<^ plupart à moitié chemin des dynash
"

^

m. ^ties

;

leur splendeur s'éteint à

me-

AU'i*

T-(^ suie
(les
^f|
-'

que

les

mœurs

changent, (|ue

besoins nouveaux surgissent,
la

\

(pu>
(h

population augmente

et se

[dace. Ainsi le lustre des vieilles

"familles se ternit au contact des gé-

ncialions,

il

y a

dans

les archives

h(iaUli(iues plus d'un blason barré
pai
la

roture; maiscjuand les

émaux

de l'écu sont de fraîche date, (juand
la

couronne de comte

a été ciselée

la veille,
^

écu et couronne étincé-

L^
^l\îtii;î!.>.u\

lent sur les jjaneaux de la calèche;
''•

valletaille

s'arme de pied en cap

,

152
lies

HUE
coulours du maître,

I:T

QUAUTlEll
pour
le

et tant pis alors

vilain

,

(pie les

roues
;

éclaboussent. Les quartiers neufs ressemblent aux aristocraties d'hier

que leur importent

les aïeux, à

l'exemple du maréchal Lefèbvrc.

ils

sont

eux-mêmes des
le

ancêtres. Hégions heureuses et fortunées entre toutes,

passé pour elles est un vain mot; elles ignorent ce que dure un siècle,

et déjà

pourtant elles comptent plus de souvenirs que d'années.

Louis XIV et

Madame de Maintenon

avaient disparu du premier trône

du monde:

le

crépuscule de ce grand régne éblouissait encore l'Europe,

et Paris, vanté

comme

étant la ville par excellence^ s'arrêtait à la ligne
le

desboulevarts; au-delà, depuis

faubourg Montmartre jusqu'à
et fanges,
à

la

place

Beauvau
relles,

,

ce n'était que marais

sentiers étroits et passe-

où l'on se hasardait en tremblant

travers de sinistres cabanes,

qui étaient à la fois des vide-bouteilles et des coupe-gorges. Survint la

régence, à qui l'on reproche d'avoir tout corrompu, et qui
purifier ce pays
:

commença par
s'y étrangla

les

cabarets succédèrent aux bouges, on

encore mais plus poliment,
témoins, loin de
aiïaires
la

comme

jadis au l'ré-aux-Clercs, entre
le

deux

surveillance de M.

lieutenant de police pour des

peut-être plantèrent çà et là quelques arbres, et Louis

d'honneur ou d'alcove; puis des horticulteurs, des philantropes XV, lors de son
le

avènement, put entendre
propos des comédiennes
trois

bruit argentin des coups mêlés aux

doux

et

aux baisers des danseuses
la

,

dans deux ou

hôtels qui
et les

peuplaient les abords de
firent le reste
,

Chaussée-d'Antin. Les

amours

gentilshommes

et

peu de temps après, cette
les

voie ouverte, ou tout au

moins inaugurée par

joyeux compagnons de
la

Philippe d'Orléans, fuyait large et déjà célèbre vers
et

rue Saint- Lazare,

ne s'arrêtait qu'à une limite digne

d'elle,

sous les feuillages des

Porcherons.

Tout passe, mais
et

la

tradition survit,
,

On

se souvient de

Ramponneau
fois

de son enseigne. Vadé, Piron
à cette

Collé, Désaugiers. et jusqu'au vieux

Panard, se sont inspirés
a letenti

source féconde; maintes
:

son éloge

aux voûtes sonores du caveau
Vive
C'est
le \in

de Ramponiioaii

du nectar en perce.

Les couplets vl
de tontes

l'air

sont devenus populaires,
a oublié,

el

si

Héranger,

le

chantre
cette

les gloires nalionales,

je

ne

sais pour(|Uoi,

taverne aux gais loisirs, des

grandes dames

l'ont

connu, des grandes
le

(lames l'ont aimé; teur
(jui

il

y a cincj

ou

six

ans on voyait encore chez
les trois

trai-

fait

face à la

Chaussée-d'Antin,
abritèrent
la

acacias blancs
notre; roi
d(^
,

et

ros(!s (pii plus

d'une

fois

gouvernante de

lors-

qu'il plaisait à

Madame

de (lenlis, airubb'e des cornettes

sa servante.

SAliM -LAZAKE.
de laquais.

153

de vider des brocs de sacré chien en compagnie de gardes françaises el

^'}k\mm^*iB^\\i

'^'

Le cabaret de Hamponneau, aujourd'bui transformé en guinguette où
vont danser tous les dimancbes les cochers et les
était l'extrême frontière

femmes de chambre,
et

de ce royaume de joies, qui s'étendait à droite et

à

gauche sur

les versants

poudreux des BatignoUes
:

de Montmartre.

Paris ne s'aventurait point encore par là
la

ce ne fut que longtemps après

révolution, que la barrière de Clichy, d'abord située au bas de la rue

de ce nom, fut transportée à l'autre bout. Le quartier Saint-Lazare ne va
loin que Louis XV, à l'état de campagne; comme ville, soumis au régime de l'arrondissement et de la mairie, il est notre contemporain son origine ses développements ses transformations suc-

donc pas plus

;

,

,

cessives embrassent à peine l'existence d'un

homme,
le

et c(q)eiidant

,

dans

ce laps

si

court, mais

si

bien rempli, on retrouve pèle-mèlo les rémi-

niscences princières de

madame
lieu

de Pompadour,

drame de

95, la Con-

vention, l'Empire, eu fin les premières années et les derniers gentilsliommcs

de

la Uestauratiou.

Au

des rues qui se percent de toutes parts, mul-

tipliant les issues d'un point à l'autre,

au

lieu des

hautes maisons qui

dressent leur façade au soleil et proclament aux (piatrc points cardinaux
le

règne de l'industrie, on ne voyait jadis en ce coin parfumé de
II.

l'aris,

en

2(1

15i
cet espace

HUE ET QUAiniEi;
aime des pères nobles de
la

finance et des

tilles

de

I

(peia,

(|ne
la

jardins sans bornes, balustres à jonr, cbarniants et discrets rédnits à

porte desqnels l'amonr drapé dans son
venait frapper dès que
le

manteau couleur de muraille
le dos.
!

guet avait tourné
les

Les a-t-on assez maltraités
des vampires d'argent,

défunts fermiers-généraux

On en
la

a fait

comme si les traitants d'autrefois
hommes
Ils

avaient

moindre

ressemblance avec
laissé après eux,

les

banquiers d'aujourdbui. Au demeurant,

(pi'ont-ils

ces
,

qui dépensaient leur or plus royalement

que

le

monarque

qui

prêtaient aux

grands seigneurs et donnaient
alentours, et que

au peuple sans compter?
génie de

ont laissé des propriétés magnifiques, des
et rafraîchissaient les
le

parcs ombreux qui animaient
la

spéculation contemporaine, bourreau de toutes les choses
fi-

pittoresques, a mis bas pour y construire des boutiques. Plusieurs

nanciers, trop

à

l'étroit

dans
la

la ville,

avaient peu à peu traversé

la

Chaussée-d'Antin, franchi

barrière, et étaient venus s'établir par ci
suffi

par là, sur ces pentes sablonneuses que huit jours leur avaient

pour transformer en paradis
tout

tcri'estre.

La rue de Clichy

et la rue Blanclie,
,

La Rochefoucauld Pigale, récemment la rue Neuve-Clichy, la rue Moncey, la rue Boursault, se sont frayé un passage à travers les pivoines et les lauriers-roses. Hélas!
ensuite les rues de La-Tour-des-Dames, de
ces pauvres fleurs, sorties de la poussière,
sière
;

sont retournées à
anglais;
le

la

pous-

le

carrefour a

usurpé

la

place du jardin

trottoir a

écrasé sous son asphalte brutal l'allée inélancoli(pie où l'éperon du

mous-

quetaire aimait à s'égarer avec

le

soulier

mignon de

la

comédienne.
,

Une
ils

fois installés

dans leurs

palais,

ces

mêmes

fermiers-généraux


la

étaient douze, ni plus ni moins,

([ui

avaient le droit de se passer

toutes sortes de caprices, voulant allier les

charmes de
l'octroi

la cité

aux délices
ayant été
révolution

de

la

villégiature,

offrirent

au roi d'enceindre Paris de murailles, à

((indiliou tpi'ils obliemlraient la
acce|)lée,
ils

ferme de

;

cette offre
la

jetèrent les fondements du

mur d'enceinte que

vint interrompre.

Les perturbations (pn en résultènMit sont encore in-

calculables. Les traitants émigrés, poursuivis

connue tant d'autres,
sans avoir eu
le

altan-

donnanl derrière eux leur o'uvre
de nu'llre ordre
à

à

moitié

faite,

temps

leurs affaires, de régulariseï' leurs achats

ou leurs

ventes, des étendues consid(''rables de terrains acquis par eux furent,

au bout d'un certain temps, occupées par
valant titicanx yeux
d(^

le i>remi(n'

venu. La possession

cessinguliers maîtres, iisrevendirent leurs biens

sans garantie, et

il

m- serait pas impossible (pi'un (b'ponilleuMMit sérieux

des arcbives de ITIôlel-de-Ville amenai, un jour ou l'autre, des restitutions (pii nu'tironi au désespoir les delenleurs actuels.

Au

résuuu', ces rues, dont l'Iiisloire est enciu'e à écrire, veuves de
et

mo-

numents, abondent en souvenirs

en

noms

illustres, et, leurs

annales se

SAINT

-

LAZAlUv
il

155
leur

conipusaiil, a viai diic, de inille pelilcsavoiilures,
être lidèleiiienl racoiilécs, l'enlraiii
(!< 'rallciiiaiil

manque

ici,

pour

des Iléau.v et l'esprit du

duc de Saint-Simon.
I..a

rue Blanche est une l'undalion impériale de

même

que

le

Conseil

d'Etal, la Légion d'IIonnein- et tant d'autres choses glorieuses (jue les

révolutions et leschangements de règne ont laissés dehout.
(jui

Un archéologue
la

florissaitvers cette époque,

M. de La Tyna, suppose que
la

rue Blanche

dut son

nom

à

une méchante auberge qui avoisinait
lournumlée

barrière, et où

l'on donnait à boire. Dulaure, plus consciencieux, n'en dit pas

un mot;
s'est

mais

il

est aisé de voira la ligne

et indécise de celte ru(.s (pii
(lu'elh;

hésite plusieurs fois avant d'atteindre le

chemin de romie,

formée, tant bien

(pie

mal, en dehors du contrôle de

l'édilite

parisienne,

avant (ju'on eût songé aux prescriptions systématiques de l'alignement,

en un mot, au hasard de
s'y ruint;rent,

la

fortune des propriétaires riverains. Plusieurs

et

dans ce nombre, un fournisseur des armées,

nommé
la

Joubert. Le métier était bon,

même
à

sous

le Directoire, et
la

Jouberl en

étant censé fournir des souliers aux enfants de

P'rance qui, sous

conduite de leur général, volaient

la

con(pn"'te

d'une paire de sabots,
l'aulre,

donnant

ainsi

très-peu d'une main et recevant beaucoup de

quitta bientôt

un ap])artemenl devenu trop
des demoiselles
la

étroit
à

pour sa

spleiideui' et
la

acheta riiabitation Saint-Lazare et de

Pigale,
il lit

l'angle

droit de

rue

rue Blanche. Là,

construire un hôtel étrange,

qui témoignait des goûts bâtards de l'époque, cl dont on rencontre en-

core des vestiges, rue de

la

Pépinière, devant les hôtels de

la

famille de

Ségur, famille de généraux et de diplomates, d'historiens et de poètes,
qui ont pulilié leurs vers sous des pseudonymes couronnés, tantôt
la

grande (Catherine

et lantôt la reine Ilorlense.

L'hôtel Joubert se déroulait donc en manière de décors d'Opéra derrière

un lourd manteau

d'arlecpiin.

Imaginez un

mur énorme formé

de quartiers déroche et couronné

dun

fronton triangulaire; percez ce

mur

d'un rond gigantes(jue de cinquante pieds environ qui, dans sa

partie supérieure, atteignait les premières corniches de rental)lenient,
et vers le bas, reposait sur le

soubassement

à

hauteur d'appui, accorremplies par des pots

dant tout juste l'espace nécessaire au passage de deux voilures. Les
tranches de granit, çà et
là entrebâillées, étaient

de fleurs, et en certains endroits, par des arbres

(jui

mèlaienl leur végé-

tation et leurs éclatantes couleurs aux teintes grisâtres de la pierre.
suite de ce trophée druidique, qui s'élevait là sans savoir pourtpioi,
la

A

la

comme

porte Saint-Denis entre

la

rue et

le

faubourg, apparaissait l'hôtel du

fournisseur avec sa colonnade superposée, ses consoles et ses emblèmes.

Mais quand
])lulôt

il

fut question de j)endre la crémaillère
leni|)le

dans ce
les

palais,

ou

dans ce

païen, Jouberl,

ipii avait

mené

choses en gen-

156

HUE ET QUAUÏIEU
et n'avait pas

tilhomme
Force

compté avec ses
la

fantaisies, trouva sa caisse vide.

lui fut

de vendre son bien à

princesse de Vaudemont, qui, sans

miséricorde pour ce luxe de méchant goût, sans pitié pour cette gloire
toute neuve, jeta bas l'hôtel et le rond triomphal qu'elle remplaça par

une moins ambitieuse demeure.
Cette princesse de

Vaudemont aimait
les races et

les chiens,
la

beaucoup moins ce-

pendant qu'une de ses voisines, madame
en nourrissait de toutes

duchesse de Choiseul, qui

de toutes les couleurs, après leur

avoir donné des titres empruntés au grand armoriai de France
le

:

il

y avait

maréchal
le

,

le

chambellan, l'écuyer-cavalcadour, monsieur

le

duc,

monsieur
était

comla,

madame

la

duchesse, monsieur
les

le

vidame. La broche
disla

mise pour ces messieurs tous

vendredis
le

;

eux seuls étaient

pensés des rigueurs du jeûne; mais lorsque M.
baronne, ou M.
le

vicomte ou
ils

madame

duc

et pair, s'étaient

mal conduits,
et

étaient sévè-

rement admonestés par leur maîtresse,
en exil dans son châleau de Suresne.

en cas de récidive, envoyés

Au coude
barrière,

([uv dessiniî la

rue Hlaïuhe avaul de se résigner à joindre
porlaiit le
<'U

la

une voie nouvelle,

nom

de rue Moncey, et communi-

(|uant à la rue de Clichy, se perce

ce luomeul, el l'on vient d'abattre
à

une

grill*', (pii

jadis livra passade

a

plus d'une anutnicuse chaise,

plus

I.

n

1

1

m
''

!i('

iiM%%

Oiiarlii'i

Saiiil-l.azarL'.

SALNT-LAZAIiE.
d'un somptueux carrosse; car elle s'ouvrait sur
appelé pavillon de Fronsac.
les

157
l'allée discrète et

om-

breuse qui, de détours en détours, conduisait au pavillon Richelieu,

qu'on

a aussi

C'était là

que

vainqueur de Malion

remplissait des plus jolies
tecte
à

ne

s'était
la

pas livré à

s'était choisi une retraite, qu'il femmes et des tleurs les plus odorantes. L'archiune grande dépense de style n'étaient le balustre
;

jour qui

couronne

et sa

configuration pentagonale,

la petite

maison
;

du galant maréchal ne
mais
le

se distinguerait

guère d'une maison

commune

duc ne voulait pas autre chose qu'un
ville,

lieu de rendez-vous assez

éloigné de la

pour

([ue les citadins n'entendissent

pas

le

tumulte de

ses orgies. Plus élégant et relevé de

symholes

allégori((ues, le pavillon

que

Richelieu avait

fait

construire au coin de la rue d'Hanovre, avec les taxes

imposées aux Hanovriens vaincus, avait acquis une célébrité gênante pour ses plaisirs; quand le duc soupait, des valets veillaient aux portes, afin

que nul ne vînt troubler le désordre. Et qui donc, en effet, eût été assez mal appris pour interrompre les amours bruyantes de M. le prince de Conti, de M. le comte de Maillebois et du héros de Fontenoy, le fameux

maréchal de Saxe, s'ébattant sur des genoux féminins avec leur ami,

M. de Richelieu

?

Richelieu mort, son des madrigaux dans

ombre

erra plaintive autour du pavillon, soupirant

le feuillage

des ormes, jusqu'à l'heure où

le

pied

furtif d'une Égérie foula les gazons désolés de sa pelouse.

Le Directoire

florissait avec ses gilets insensés et ses bottes à revers,

La Tallion, secouant
Faisait de ses pieds

sa tunique.
les

nus craquer

anneaux

d'or.

lorsque tout d'un coup, au milieu

de ces fêtes échevelées, parut une

femme.
L'afdentsoleildu tropique avait bruni son teint; sa
bien prise; sous un double arc d'ébène
taille était petite,

mais

l'éclat jaillissait

de son regard, et

l'amour ruisselait de ses lèvres. C'était à qui admirerait, à qui vanterait la belle créole; en son honneur, deux jeunes membres du Directoire décrétèrent
la le

Martinique

fille

aînée de la France, et bientôt on ne parla
les carrosses prifut assiégé,

plus dans rent
le

monde que de madame Hamelin. Tous
;

chemin de la rue Blanche le pavillon de Richelieu nuit et jour les amours y firent sentinelle.

Madame

Ilamelin s'envola au Raincy.
les merveilles
il

Qui racontera
royal possesseur;
tenait

de ce lieu eiu-banté? Ouvrard en
ipii

était le
le

l'avait

acheté au marquis de Livry,
le

lui-même

du duc d'Orléans. Mais
Louis-Philippe
est

domaine du père devait

tôt

ou tard revenir

au

fils.

fut roi, les fêtes (|u'il

donna

aujourd'hui propriétaire du Raincy. Onvrard y i'a|)|H'lêrenl en bean(on|) de circcuislances celles

158
de Louis XIV,
règne

UUE ET QUAUTIER
ot le rayouneineiil

de

madame

Hameliii dans ees salons

lee-

riques, sous ces
était liui.

ombrages

séculaires, dut avertir
le

— En

effet,

Consulat

madame Tallien (jue sou adoucissait les mœurs et restaucouronne du chasséelle

rait la contredanse.

Madame Hamelin
le

ceignit la

croisé

:

déesse de

la valse,

Trénice fut son chevalier d'honneur, et
quadrille de la reiiic Hortense et de
la

eut

la gloire

de figurer dans

ma-

demoiselle Elisa Lescot. L'Empire

trouva dans tout l'épanouissement

de

la

jeunesse;

il

y eut alors deux cours à Paris, l'une aux Tuileries,
;

l'autre

au pavillon de Richelieu

des fournisseurs et des généraux, Ou-

vrard, Perrégaux, Montholon, Moreau, mirent leur

cœur

et leur

fortune

aux pieds de l'enchanteresse.

11

faut croire qu'elle fut cru(dle, car
:

aux

madrigaux

se

mêlèrent

les

épigramuu's

les

uns accusèrent

la belle

dam-

née de répandre sur son passage des miasmes de négresse; d'autres prétendirent qu'elle ressemblait à Rustan,
l'oreille
le

mamelouck. Napoléon, fermant
dans
de
la

aux méchants

bruits, entoura de ses l)onnes grâces la créole
à être le centre

le salon, et

ne tarda point

de toutes

les illustrations

politique et des armes, ce qui

donna matière

à de nouvelles médisances.
les secrets

On annonça que madame
connue
de
lits

Ilameliii était

dans

de Napoléon,

le

comte Demidolf dans ceux de l'empereur de Russie; on parla
la

à

double fond, d'alcôve sonore;

conspiration de Mallet et les

fables qu'elle entraîna à sa suite parurent

un instant conlirmer ces conIlamelin avait accepté
castel
la

jectures, et puis on ne s'en occupa plus.
l'hospitalité

Madame

du duc de Choiseul dans un gentil dont madanui de Curmieu devait être plus tard
années après,
songea
qu'il
les

de Romainville,

châtelaine. Quelques

grâces s'étant envolées à tire-d'ailes,

madame

Ilamelin

était

temps de

faire

retraite, et,

sans trop répandre de

larmes, elle dit adieu au pavillon qui avait abrité sa jeunesse.

Le

caliinet particulier

du vainqueur de Mahon échut alors

à des

bour-

geois, qui se le transmirent de

main en main sans
au concierge;
le

lui faire

de mal;

— je
de
est

soupçonne pourtant
en style gothicpu'

l'un des derniers acquéreurs d'avoir" ajouté l'auvent
sert de loge
si

cpii

— et voici que

le sort

ce pavillon, qui ne serait rien

duc de Richelieu n'y avait soupe,

assuré désormais;

madame

la

duchesse deVicence, qui en estdevejiue pro(|u"il fit

priétaire, le conserve, l'embclliia [leut-être, et elle a voulu

face au

vaste hôtel (huit on jette les fondements à l'heure présente et

(pii

end)ras-

sera pi'csipic

t(uit

un des côtés de

la
loi

rue Moncey.

Les contrastes sont rét<'rnelh^
lazzino, qui s'élève

de ce nn)nde; non loiu de cette pala

comme
de

par enchantement sous
(pii fut

baguette de

madame
spectacle

de Caulaincourt, un autre domaine,
culali(ui. Les jardins

célèbre, a été rasé par la spéle

l»(tuisaiill ollreut

aujourd'hui

triste

des niiues de l'almyre;

les |>lales-baudes (Uit
le

disparu sous
(les

les (aill(»ux; la

maisuu

a

été l'asée

;

â

peiue reli(Mi\e-l-(iu

joug

uiurs des vestiges de

SAi .m-i..\zai;e.
«es espaliers dont serre
la

15;»

renommée

était eiirojieeiiiie et la eiiai|teiite «le cette
«le

fleurissaient

une mnltiUule
côté
«le

plantes exotiques qui étaient

l'oigueil (lu maître.

Du

la

rue Labruyère, un chalet est encore
rien, hélas! au
la

«lehout, parce qu'il sert de

magasin aux maçons, mais

milieu de ces mutilations et de ces décombres ne rappellerait

mémoire
sois,
»

du

un vaste écriteau ne disait aux passants désaHivré«jui te promène dans Sparte, c'est ici «pie sera
«léi'unt, si

:

«

Qui que tu

la

rue Hoursault.

On peut dire que Boursault fut avec Ouvrard le dernier des grands seigneurs. A la vérité la source de cet opulent patrimoine n'était pas trèspure, lîoursault mena une des existences les plus aventureuses du siècle: d'ahord comédien, puis membre de l'Assemblée législative, et après le t) thermidor membre de la Convention, l'entreprise de la poudrette et des
boues de Paris jeta des monceaux d'or dans ses coffres, ce qui
sujet

inépuisable de plaisanteries pour

Rougemont

et

était un M. llomieu. La

la création de de l'ancien Opéra-Comique, place Ventadour. Boursault n'en conserva pas moins jusqu'à la «lernière heure une charmante aménité de cala salle

ferme de jeux augmenta sa fortune qu'ébrècha au déclin

ractère; à quatr«vvingts ans, la jeunesse de son

cœur

durait encore, et sa

femme, qui partageait
dans
le

ses goûts, figurait avec

une prestesse sans seconde
de ses

quadrille de ses petits enfants.

— Deux ou trois ans avant sa mori,
muse en
ses heures
et ainsi
la vieillesse

Boursault, qui n'était pas

homme

à se contenter de la réputation

serres et de son cabinet de tableaux, et qui cultivait la

de

loisir,

fit

jouer une tragédie au Théâtre Fran«;ais,
les

de l'ancien fermier des jeux renouvela
taire.

miracles de

la vieillesse

de Vol-

Le poète horticulteur
croire qu'il
était le

se montrait fort chatouilleux sur le chapitre
le

de

la littérature, et à

ceux qui

lui

demandaient
de Boursault

il

laissait assez

volon-

tiers

petit-lils

,

auteur du

Mercure

Galant et (VEsope à la Cour, contemporain de La Fontaine et de l'abbé

de Pure, quoiqu'il n'en fût rien.

Un peu plus

haut, à gauche, une grille entrouverte permet de pénétrer
taille.
le

dans un chantier de pierres de
Tivoli, galant rendez-vous,

Là fut Tivoli. commis et la grande dame
tiers-état allaient

se

trompè-

rent plus d'une

fois,

les

amours du

chaque dimanche
la clientelle «l'un

s'égarer dans le parc, dormir sur les gazons verts ou danser aux branles

équivoques d'un orchestre aviné. Ce Tivoli avait repris
autre endroit du

même nom,

situé au l>as de la nie

d«^

Clicliy,

dans

le

quartier nouveau bâti par

la

compagnie
la

3Iignoii cl

llinguermann, sur

l'emplacement qu'occupe aujourd'hui
la
il

dénomination de jardin Boutain,
avait été la résidence.

«'ii

rue «le Londres, et connu sous mémoire du fermier-général dont
jardin Boutain était
le

Pendant

le Directoire, le

lieu de

réunion des Clicbiens. qui furent en grande partie déportés
été dupes, au

à la

Guyane, après avoir

15 vendémiaire, de

la

conspiration

160

UUE ET OUAUTIEU
de Pichegru. Plus tard, Napoléon
oil'iit

royaliste de Barbé-Marbois et

sous ces majestueux ombrages un banquet à sa lldèle garde impériale.
soi-disant russes, où on était libre de se

Le second Tivoli possédait, comme Beaujon et le Delta, ses montagnes rompre le cou à raison de ciriet

quante centimes par personne
l'oiseau bleu, les Hercules

par course
et

;

il

eut ensuite les escamoteurs,
et les

du Midi

du Nord
;

danseurs de corde;

puis les tournois et
vit briller les

époques on y chandelles romaines et les flammes de Bengale, rapides
le billard

des dames

mais

à toutes les

symboles des passions qui se rencontraient
en un soir.

pour s'allumer

et s'éteindre

Durant sa longue existence de
rétes
le
:

plaisirs, Tivoli
la

ne compte guère que deux

celle qui fut oiïerte à
il

madame

duchesse de Berry, en 1829, et

bal de la liste civile,
:

y a trois ans.
la

dire

le soleil

ne voulut pas sourire à
les pupitres
si

De la dernière, il n'y a rien à bonne action des royalistes la
; ;

nuit venue, la lune s'enveloppa de longs voiles funèbres
la

la

pluie battait

mesure sur

;

le

vent et l'orage s'engouffraient dans les
s'en retournèrent à leurs
la

contrebasses;

bien que les

dames patronesses
et

hôtels mécontentes,

morfondues

sans avoir accordé

moindre contre-

danse. La fête de

la

duchesse de Berry, au contraire, fut favorisée par un
les allées

temps magnifique;
le

de Tivoli étincelaient de verres de couleur;

ce n'était partout que bouquets de feu et transparents, où resplendissait

doux nom de Cakoliae. La duchesse, appuyée sur

le

bras de son féal

écuyer, M. de Ménars, avait peine à traverser la foule aristocratique qui
se pressait sur ses pas. Robertson s'élança en ballon avec
la

une Esmeralda

;

maudite nacelle

faillit

deux ou

trois

fois

chavirer en s'accrochant

aux branches, après quoi Bobertson
sais où.

et

sa

compagne intrépide vo-

lèrent librement dans les plaines éthérées pour aller débarquer je ne

Le duchesse de Berry, lasse à
était

la fin

de tant de tumulte et désile feu

reuse de retourner au pavillon de Flore, donna l'ordre de tirer
d'artifice;
il

neuf heures

à peine et le

dénouement n'était promis que
soleils,

l)our dix, de telle sorte (pie les invités éparpillés çà et là étaient partout

hormis au bon endroit. Les fusées partirent, bientôt suivies des
facettes eiillammées.

des pyramides, des bombes, des artichauts et des temples au mille

Le monde

alors se prit à courir; les plus pressés
le

arrivèrent assez à temps pour contempler

bouquet;

le

surplus dut se

contenter d'une description du feu d'arlifice.

L'heure de lliistoire a sonné [tour Tivoli; ses vieux arbres tombent un
à un, et le pavillon élevé

sur un tertre dans une

si

élégante architecture

de trumeau, est lui-même détruit de fond en comble. Le fermier-général,

La Bouxière, qui en

avait été l'édilicatiMir, y avait consacré, sans s'en

apercevoir, des sonmies énormes. Les jardins allaient rejoindre ceux du
pavillon de Bicholicii, et on a construit
la

prison pour deltes siirun terrain

SAINT -LAZARE
qui en
;i

lOI

rie (Ictaclnv M. de

La Bouxièiv

.

ipii

ne

cniiijjlail

pas avec ses

écus, avait fait ('ouvrir de |)('iiilures ot d'or les |tarois iiilciicurcs

de son

temple; on admira une allégorie liiiemeiit reproduite sur
salon principal jus(|u'au

le
la

plalond du
niutihM'enl
forle

moment où

la liaclie

des pom|)iers
(•<>

dans un incendie. La prodigalité inlarissalde de
mait chaque nuit de nouveaux rêves: après
besoin d'avoir des statues, et
vox
el
fit <le

grand seigneur
il

les lahleaux,

éprouva

nomltreuses ((luiniandes aux (loyse-

son attente

aux Cousioii de son epocpie. L'ieuvre ne répondait pas toujours a (juinqjorle! il [)ayait et faisait enfouir le niarhrc dans son
:

jardin. Les

habitants du (piartier, instruits de

e<'s

inliinnali(Mis artis-

ou s'introduisirent en maraude dans le parc, elles statues, exhumées au furet à mesure de leur enterrement, s'en furcntorner des habitations moins difficiles que celles du richevoisin.
tiques, gagnéi'enl le fossoyeur

La mort surprit M. de La Bouxière au milieu de ses largesses,
linceul,

et les
le

dépouilles mortelles du fermier-général étaient à peine cousues dans

lorsque deux

processions, l'une débouchant des Batignolles.
à la fois

l'autre

accourant de iMontmartre, se présentèrent

par devant

et

par derrière, rue deClichy et rue Blanche, pour décerner au trépasse les honneurs de la sépulture. Le pavillon La Bouxière, situe hors Paris,
occupait un terrain mixte, moitié relevant de
moitié de
la

la

conuTiune de Clichy,
le

paroisse de Montmartre, et

la

querelle s'engagea sur

cer-

cueil du mort. Les

deux vicaires

firent

réciproquement valoir leurs droits,
le el

«xcipérent de leur préséance; les marguilliers, cherchant à apaiser conflit, l embrouillèrent; les diacres en vinrent aux coups de poings
d'encensoirs, tandis que les enfants de

chœur jouaient
la cave.

à colin-maillard

dans

le

jardin et

que les chantres s'enivraient à
si

On ne

sait

com-

ment l'alTaire vait donné à ces bonnes gens d'église l'idée d'appli((uer à la conjoncture le procédé du jeu de boule, de mesurer géométricpuMnent la distance qui séparait la bière en litige de l'une et de l'autre commune, el de donner les
avantages du De piofundis à celle qui en serait
acceptèrent l'arbitrage, et
la

se serait terminée

un mous(|uetaire passant

jiar là n'a-

la

plus proche. Les cures

paroisse de Montnuirtre resta maîtresse du

champ

de bataille;

la tète

de La Bouxière étant tournée de son côté.
le

Plus d'une

fois les

princes avaient honoré de leur visite
le

pavillon du

fermier-général. Le prince de Coiulé et
saient souvent, à moitié
là,

comte d'Artois

s'y rafraîchis-

l'un et l'autre en

chemin de leurs chasses des Ternes; ils arrivaient costume de chasse avec leurs pi(|ueurs el leurs
la

chiens, el devisaient des choses les plus folles, à cheval sur

table

même

où leur déjeuner

était servi.
fut

Le domaine de M. La IJouxiêre
fulhe, créé

acheté

à ses héritiers

par M. Gret

comte

i)ar

Louis

XVUl

en réconqiense des services qu'il avait
royale.

rendu, pendant l'émigration,

à la famille

Le ((unte de Greffulhe
21

M

(loiiiKiil

III)

i;i;iii(l

b;il le IT)

lévrier IS'20, le soir iiièine dr
si

i';iss;issiii;it

du
en
le

duc de Bcrry

;

cette nouvelle laflligea, dit-on,
joint à

pnd'ondémeiil

([iiil

mourut de chagrin,
s'étalilir,

un

asllinie

([iii

depuis plusieurs années

tourmentait. La ])ropriété de Tividi, sur la((uelle un nouveau ipiartierva

appartient encore

à la l'amille

de

(irelViillie.

Au hou temps de M. La
étaient vraiment

lîouxière, les
l'Ji

hauteurs

d<i

la

vnc,

de

(llicln

un

Ldtui.

face des taillis

du ferniier-yéuéral

crois-

saient les tilleuls de mademoiselle (A)upé, une des plus séduisantes dan-

seuses de rO[)éra,

(jui

eut

la

gloire de ruiner
le

une multitude de
le

traitants,

de généraux et de ducs et pairs;

plus célèhre fut

duc de (irammont.
Ciuimard,
était

Mais

à (|uoi

hon raconter

les

aventures galantes de mademoiselle Coupé?
pas
le

Le roman de ses amours
aihu'ahle
les
fille

n'est-il

nn''me ([ne celui de
à

la

de Sophie Arnôuld? La Coupé, cela

sul'lit

sa

mémoire,

une

qui, avant toute chose éprise
(|ue

du

tlK'âtre,

ne dépcuiillait

grands seigneurs

pour jeter aux

artistes, ses frères, leurs oripeaux
les

pailletés. L'or

dont on pavait son houdoir ne disparaissait pas dans

mains crochues des marchandes de modes et des juifs; madenn)iselle Coupé aimait et encourageait les heaux arts; elle avait surtout un faihle pour la
sculpture, et ornait ses charmilles, aujourd'hui traversées par
la

rue

Neuve-Clichy, de Dianes chasseresses,

d'II(''lȎs,

de Flores, de Pomones.

de Cilyccres et de Cynthies qui, sous des attributs divers, reproduisaient fidèlement sa ravissante figure. Sihien que dans les derniers jours de sa
vie,

après avoir donné asileàVergniaud, àDoyer-Fonfrède,àl{oger-Ducos

et autres girondins,

ahandonner
la

les

modes chères

mademoiselle Coupé, qui n'avait pu se résoudre à son hel âge, la poudre, les mouches

à et

fontange, appuyée sur sa haute canne h

pomme
lui

d'ivoire, et suivant

d'un pas allourdi les allées de son jardin, rencontrait tantôt une Muse,
tantôt

une Naïade,
le

frais

souvenir de jeunesse,

souriant de hien loin

dans

passé.
1\L

Un
<}aise,

architecte de talent,
(|ue l'avenir
fait

Fédix Pigeory, a conçu
réalisera.

une idée

très franle

peut-ètn^
la

Dans

le

but d'immortaliser
la

grand

(l'armes de

garde nationale en LS14, sous
l'ait

conduite du
a

maréchal Moncey, ce

même

qu'un tableau d'Horace Vernet
([ui

rendu

populaire, M. Pigeory propose de démolir tout ce

existe à la barrière

de Clichy, et d'y substituer une vaste place octogone

comme
la

la

place

Vendôme,
tcrsbcMirg.

vers laquelle rayonnerait du côté ûo
d(ï

la

banlieue

grande rue

des HalignoUes, du côté

Paris, les rues de Clichy, de Tivoli, de Pé-

La statue
d(( la

e(|uestr(!

de Moncey s'eleveraitsuriin triple piédestal,
(mi

au milieu

place, coupée
si la

deux

[)ar

une

grilh; conceiilii(|iie à
la

sou

axe. Plus tard,
la

réunion
la

diîs

Patiguolles à

capitah; avait lieu, par
cl

simple su|»pression de
l'aiis.

t^rille,

on aurait un

monument

nnc place

de plus dans

SAL\T-LAZAi;i>:.
En
l(î

IGÔ

(li'S(('ii(l;iiit
(l(!s

l.i

iik;

de

(llicliy,

(tu

est siirptis (lésajiroalilcmciit par
la

specla(;!»!

inasiiros (pii toucliciil. à

caserne.

— INmnpioi,
:

à la

sortie de la Chaiissée-d'Aiitiii, (luarlier de hoiUieiir et «raisaiice, la dé-

solation de ces murs, ces clieminées qni tombent, ces toits disloqués
({ue le vent et l'orage aj.;itenl
Il

avec un

nmrmure funèbre? Ecoutez
l'amille.

y a quelque cin(|uante ans,

un jeune avocat, M. U
prenant en
(piitt(!r

recberclia
n'allè-

en légitime

nœud une

demoiselle de bonne
et, dés-l(U"s,

Les clioses
luu'i'eur le

rent pas an gré de ses désirs,

genre

humain,
dans
la
il

il

résolut de s'isoler du nmnd(! sans
l<;

Paris, et de vivre

la

solitude et

deuil au milieu
à

fortune de M. R... s'élève

— plus d'un million en terrains seulement; —
même
de ses riches domaines;
laissa
s'étioler et

(hmna congé aux nne

locataires,
vieille

mourir

les

lleurs, el

s'installa avec

servante dans une de ses maisons dont les
si

étages s'éfondrent les uns sur les autres faute de réparations,

bien

que d'une heure
pour que
ou l'autre
les

a l'autre

il

y sera englouti.
il

M.
soir,

H....

passe toutes ses

journées au Palais-de-Justice;

revient

le

dîne dans un pupitre
si

importuns ne voient pas ce

qu'il

mange,

d'aventure l'un

lui reiul visite; et

dernièrement, ayant besoin de siège dans sa

Ihébaïde,

il

a scié a

deuv pieds de terre

les

plus beaiix oimes de snu

IG't
j;ii'(liii.

HUE ET OLJAUÏIEU

l,:i

fidclitr (le

Pénélope esf-elle

coiiipMi'oliIe ;iiix

itides

expiii-

tions

(le

ce

celilKil':'

Le

vnisiiinge de la rue de la Victoire et de la |)etite niais(»ii
fit

du

|)reinier

consul

d'ahord de
la

la

rue Sainl-Lazare un vrai (|uarlier de cour. Là

demeuraient
en Egypte,

duchesse de Haguse, tandis <|ueM. de Marniontguerroyait

le

comte Démidoll", cliamliellan du
s'enrichit dans

czar, qui alla ensuite se

loger rue de laChaussée-d'Antinet rue Taiteboutoù
Ilinguerlot
rjui

mourut

sa

femme,
la

l'administration des hiens de
le

reine

llortense près de Saint-Denis,

général Ornano, cousin de lNapolé(ui,

commandant la
de>iisas,
(Ml

division de réserve de la garde impériale en 1815;

— Carion

niemhredu trihunat;
si

puisdes femmes céléhres parleur heauté

leurs intrigues,

mademoiselle Julie Candeille delà Comédie Fransingulièrement à Bruxelles;

çaise,

qui se maria
(pii

mademoiselle de
,

Quincy,

paitagea au Uaincy les succès de
(|ui fui

madame Hamelin
la

— enfin
conà

madame

de Visconti,

l'Egérie

du maréchal Berthier,
jus(iu'en 1815, car
l'ile

et (|ui

serva l'amitié du prince de

Wagrani

première

Paris, elle eut connaissance du départ de
Il

il'Elhe.

estd'ailleiirs fnciled'indiipier la situation de ((uelqiu'S-uns des hôtels
;

d'alors

pres(pi'à l'angle de la rue de la Victoire et de la Chaussée-d'Anlin

était l'entrée princi[)ale

du grand hôtel des La Ferté-F'resnel, contempo-

rains de Turenne, qu'il ne faut pas confondre avec les La Ferté-Papillon,
famille de linancc, qui date de Louis

XV. Ensuite venait

le petit

hôtel

La Ferlé; puis, en tournant de la Chaussé(!-d"Autin dans la rue SainlLazare, l'hôtel du cardinal Fesch, (jue suivaient les hôtels du maréchal
Ney, de Séhastiani, de Kerkado, de Chauvelin, de Montgeron. Le marquis de Chauvelin eut pour successeur
taire
le

comte de Ratteponl, propriéle

de filatures immenses en Normandie,
la

même

qui, sous la Besla

tauration, joua toute sa fortune à
lui

duchesse de Berry, qui

gagna

et la
la

rendit. L'hôtel de Montgeron servit aussi de résidence à

madame

princesse de Beaufremont qui, en 1811, eut l'honneur d'être
|)ar

remanpiée
re-

M.

le

prince Charles-Maurice de Talleyrand. Ney avait acheté son
la

hôtel à

M. de Beaumé, ancien président de
la

cour de Douai;

il

le

vendit à son ami Caulaincourt, et
core.

famille de Viceuce doit l'hahiter en-

Le général Séhastiani
la

avait loué le sien à Salicetti, successivement

conventionnel, représentant du peuple,
ministre de

membre
à ce

des Cinq-Cents, puis
il

police des rois de Naples Joseph Bonaparte et Murât;
ville,

mourut en 1809, dans cette
fut

empoisonné,

que

l'on pense, car ce

de

la

même mort
il

cpie le général
la

Vers une des (>xlrémités de
vicomte d'Aure,
Coq, lequel château

rue Saint-Lazare, à côté du

Dumas, père du célèbre écrivain. manège du

y avait jadis
a

disparu c(Mume tant d'autres
(jui
l'ail

une église qu'a remplacée le château du en face se dresse
:

j'innuense caravansérail du chemin de fer

plus que jamais res

SAI^T-LAZAHE.
sentir
hi

!()5 la

besoin d'une place en cet endroit Tort rétréci de
la
la

rue Saint-

Lazare, tandis qu'à l'autre bout, près de
s'étale

rue Neuve-Saint-dcorges,
place d'Orléans,
(jui lut le

dans sa lourde conslruclion anglaise
avec
la

mauvais rêve d'un aicbitecte.
Cet
arcliitect(; était,
le

vieux CbàteauiuMif

,

un des commensaux
persuada
,

le

plus (idèles du foyer de
leure
les
foi

Comédie-Française.
à

11

de

la

meil-

du monde sans doute,

messieurs

les

comédiens

et à

mesdames

comédiennes ordinaires du
et à lui.

roi, qu'il avait

dans son carton sa fortune
l'édification de la place

à

eux tous

Des actions furent émises piuir
elle fut victime

d'Orléans; mademoiselle Mars en prit plus que ses camarades, et plus
(pic ses

camarades

de cette entreprise. Par bonbeur,

l'il-

lustre actrice avait assez d'esprit

pour

se consoler de ce icvers, et assez

de talent, grâce à Dieu, pour

le

réparer.

Quelques années s'étant écoulées, mademoiselle Mars acbeta au niarécbal Gouvion Saint-Cyr l'bôtel devenu célèbre par
lants, etqu'babite aujourd'bui la douairière
le

vol de ses bril-

de

Wagram.

L'entrée, située

dans

la rue La-Tour-des-Dames, est contigue à une |)orte basse et à une maison de médiocre apparence, où Talma a rendu le dernier soupir.

C'est de la rue

La-Tour-des-Dames
le

({ue se dirigea,

en

1828,

vers

le

cimetière du Père-Lacliaise,

deuil du tragédien immortel,

mené par
à

toutes les illustrations de l'époipie. L'atelier d'Horace Vernet loucbe
la

maison de ïalma;
la

à

deux pas de

là,

Paul Delaroche

a établi le sien,

et le

panorama de ces demeures
Poste-aux-Cbevaux,

artisticpies est
ijui

pavillon de

sert de

maison de

dominé par l'immense ville et de cam-

pagne au directeur actuel, M. Dailly, plus renommé comme agriculteur que comme sportman. Ainsi, la rue La-Tour-des-Dames compte prescpie
autant de célébrités que de numéros;
et,

quant à son nom,

il

provient

d'un domaine qui embrassait jadis

toul<' la

superlicie comprise entre la

rue Larocbefoucauld et la rue IMgale, et au milieu ducpuil s'élevait une
tour a[)pelée
la

'l'our-des-Dames;

il

en reste une

à |)eu

près pareilb; au

centre du nouveau (puirtier Deaujon.

En
la

face de cet enclos galant, se développait avec

un luxe

de;

petit [irincc

résidence du duc de Valentinois, colonel
fait

du Uoyal-Cravate. Un
gramb;
ville
le

labyrinthe,

dans

le

jardin au

moyen de

terres rapportées, pernu'ttait
la
:

aux regards d'embrasser tout l'ensemble de

10 août

on

était là

aux |)reniières loges pour voir brûler
à rincendi<'

les Tuileries, et

sous

l'Empire,,

on y assista sans danger
la

de l'bôtel Scbwartzeniil

berg, rue de

Chaussée-d'Antin

,

ce soir de funèbre souvenance où

plût à l'ambassadeur d'Autriche de fêter le mariage de INapoléon et de

Marie-Louise, et où des malfaiteurs prolilèrent de
se glisfi(!rdans le bal, mettre
î'aveur
le

la

circonstance pour

feu

aux diaperiesel

faire

main basse,

à la
jrir-

de

l'eflroi

général, sur les brillants desu(ddes danseuses. Les

,

11)6

HUE ET QLIAUTIEU

S A

1 >i

T-L AZ A UE.
la

(lins

du prince de Valentinois descendaient jusqu'à que
|)ar le

rue Saiiif-Lazaïc

et n'étaient séparés de la Folie-Jonheit

caharet du Saliol d'or,

placé

ex[)rés [»uur leur rappeler à l'un et à l'autre le néant des choses

humaines.
j^a

rue Pigale,

(pii

lornie l'anj^le aigu avec
(;l

la
si

rue La-Tonr-des-Darnes,
plus tard ce

s'appelait avant la révolution rue Uoyale,

nom chaneût

gea,

il

faut l'attrihuer à la présence dans le (piartier des demoiselles
11

Pigale.

im

serait

pas

impossible (jne

la

rue Larocliefoucauld

été baptisée par le marcpiis de Fortia
a

d'Urban, poète oclogénaire, qui,
la

l'exemple de La Fontaine, console et occupe sa vieillesse par

tra-

duction des psaumes de David et des

hymnes de

Santeuil.

Le manpiis

de Fortia,

membre

de l'institut et d'une foule de sociétés savantes, est
vu les rues se percer autour de lui; lui seul est
le

assurément plus vieux (jnaucnne des maisons qui l'entourent; toutes
il

les a

vues bâtir;

il

a

resté immobile,

connue

juste d'Horace, dans ses plates-bandes in-

cultes. Plus d'une fois, durant l'été de ISi'i, j'ai

pu suivre des fenêtres
la

d'un appartement voisin

le vieillard

de haute stature, se promenant à

même

heure

et toujours

au

même

endroit, appuyé sur l'épaule d'un do-

mestique dans une allée

stérile

de son potager; son torse amaigri errait
et sa tète était

dans une ample redingote brune,
lottée d'un

doublement emmaille

bonnet de soie noire
le

et

d'un feutre gras. Tel est pourtant

père, et en (juchpie sorte

fondateur, du (piartier. Son patrimoine s'est
la

accru par
triplé

la

vente de terrains considérables dont

valeur a plus que
richesses

en vingt ans. Malgré cet énorme accroissement de

M.

marquis de Fortia d'Urban n'a rien voulu changer à son costume nia ses immeul»les, et si son jardin est productif, ce ne peut être qu'en
le

racines grec(iues.
li'(''po(pie

(ontcMqKM-aine

r(;vit

donc tout entière dans ces rues alignées

de
la

la veille.

A parLirdu règne de Louis XV jusipTau jour où nous sommes,
l'iiistorien

chaîne non interrompue des événements se déroule aux yeux éblouis

du philosophe ou du rêveur, de

ou du poète. La

politicpie, la

lilteralure, les grâces, peuplent de souvenirs ces jardins et ces murailles.

Fermiers généraux, fournisseurs, danseuses
pcinlriis,

et

comédiennes, écrivains,
et d'aujour-

maréchaux d'empin;, gentilsbonnues d'autrefois
t;t

d'hui,

tous ont laissé çà

là des traces inell'açables de leur passage,

aristocratie de traditions

(|ui

en vaut bien une autre;; et

si

c(!

(juarlier

béni, plein de prospérités, d'air et de parfiuus, conscn've les ap[)arences

de

la

jeunesse, c'est qu'au milieu des lévolutions et des fêtes, dans les

petits soujjcrs

comnu! dans
il

les giu'rres civiles,

gardant t(Uijours son inet

souciance aimabb;,

n'a januiis

songé au leiulemain,
de;

(|u'ainsi (tccu|)é

sans l'elàche, depuis un demi-siècle d'amours,
il

linances ou de gloire,

n'a pas eu le

temps de

vieillir.

(1.

(liiii.X(»T-Lr,(;oii\Ti;.

En remontant
Antoine,

le faiiliourfï

Saini-

si voii.s ai"riv<'z

an jticniier
la

marronnier
barrière

dn

rond-point de
a

du Trône, vous avez
la
,

voire
l)n-

yanclie

maison dn doclenr
foyer de la

hnisson

conspiralion

organisée en 1<SI2 par les IMiiladelplies contre Talisoliitisme impeiial.

Lesconjurés ne ponvaieiit oublier
([uel

enjeu

ils

ris(piaient

;

eai-

de

la

l'cnètre
le

de l'ajjpartement habile

|)ai'

principal chef, le regard plongeait,
le

sur

chanii) de

mort où
la

tant
viiii^l

de

tètes sanglantes avaient,

ans

auparavant, manpié
Cet
laissé

parlie soi-

ré(hi(juier révolutionnaire.

épisode

de l'Empire
souveuir,
(pie (pu'bpu's

n'a

dans

le

connue
(

jalon historique,

;;-

lembours populaires
dant ce
fui

(*), el

cepenan(bi-

un

c<)U|)

de

niaiii

(^11

l.c p^iu'inl
;'i

Uiilliii.

(•(iiniiiaiiil:iiit

ilc

Paris,

hlcssc
liallc.

ri'^lat-.M;!.!»!-,
(lil

lui

suiiioniiiit'

flmi/fi-la

On

(|uc Napolùdii

nvail

l'ailli

rire vu;

coup (k' .S'iM//f(', cl les Tiiilciii's roiiallusion aux noms ijniscs (l'un coup de lUiitnii (Icdcux (lcsc(inii)liccs. Le duc de Rovif,'() (,Savary\
lime
(11111
,

minlslre de

la |)ollce

,

mis à
la

la relraile
:

,

vil

^a

disgrâce ridiculisée par
1)1071
II

caricature

(,'<i

raiif,

lin.

108

lUlK
rrvolto savante
,

PIC Plis.
nnnncnl

cicn^.nnc

liardio, olyin])i(Miii('; Titan fnt an

ircldnflci' flans

son airo

l'aigle

ùc Jnitilcr.

De lautie côté (In fanbonrg Sainl-Anluine ol à la nirnie lianlenr cpie maison Dubuisson, commence la rue Picpus, iiielle solitaire, dont, l(>s soixante maisons encadrées de mnrs se [irélassent, sur nne courbe de
la

deux kilomètres.
C'est del Sol à Madrid; et cependant
satisfeiail l'orgueil Si
le

une thébaïde, à toute benre silencieuse, comme à midi population dont il y a là nue
d'un cbef-lien de sous-pi'<'rectnre.

la

Plaz/a

le cbill're

roulement des équipages ne Irouhle pas incessamnienl
si

le

caJUK'

de ce (juarlier;
vivent pas de

cette artère qui aboutit au
d(^

grand faulumrg ne
la

fait

pas

retluer vers lui ses Ilots
la

colons, c'est (pu- les liôlcs de
;

nu- Picpus ne

vie

du nnjude

c'est qu'ils ont

une e.vislencc spéciale, excep-

tionnelle, (pii se salisCaii àelle-un''nn'daus l'enceintcsdu logis; c est ((u'ils

sont divises eu graiules l'amilles pacitiqnes, en tribus sédentaires dontcba-

cune obéit aune
est

règle, à

nne babitudeon
cloître.

à

un pensionnat, im

asile de cbarité,

un saint

nne discipline; cba(piemais(ui collège, nne maison de

santé,

nu hospice ou un

Les chroniiiues du moyen-âge ne révèlent pas
Picpus;
nous.
il

le

nom du

village de

faut cbercber son origine dans des temps plus ra|)procbés de
le

Quand IMiilippe-Auguste agrandit

manoir royal de Vincennes,
la lisière

et qu'il peupla les bois de bêles l'auves exportées d'Angleterre, cpielques

bardis l)raconniers bâtirent sans doute de pauvres cabanes sur

de

laforèt,au ris(pn' devoir les cbènes se transformer pour eux en bart et les

ormes en gihet; (|uand Louis L\
Vinceniu's,
bôtelleries
il

tint ses réfères

sous les ombrages de

dut s'établir, à proximité du lieu des séances, quelques
les plaideurs attendirent, la

coupe en main,
le

les

jours

et

lieures de la royale audience; à l'époque

Béarnais gagna Paris par
lui

une messe,
village,
il

il

y avait assez de buttes

en ce lieu pour
lui

mériter
et voici
la

le titre

de

ne s'agissait plus que de
tiers

donner un nom,

comment

un moine du
devint

ordre de Saint-François, nu frère de

Pénitence, en

le pari'ain.

Vers l'année IGOl, nu mal epideniicpie assez singulier se manifesta

campagnes des environs de Paris de petites tumeurs blancbes mains <les femmes, et présentèrent le caractèn; d'um; morsure faite i)ar un insecte venimeux. Le mal n'épardans
les
:

se déclarèrent sur les bras et les

gnait pas plus

b;

nobbî (pus

le

vilain;

il

frappait avec la

même

cruauté

les

membres babitués au travail des cbamps et les blanches mains que les hautes dames cherchaient vainement;') préserver de la souffrance et de
la

dilbuniitr.
Cm.' abl)ess(! dcClielles avait éle alt(!inte de ce

mal d'aventure. On

ra|>ar

conte qu'un jeinie

Ircr.'

du couvent de Kranconville-sous-Iîois, envoyé

uni-:
SCS
sii|n'rieiirs

l'ici'is.
lien
|)io|)n' a ctahlir

ici»

[xmr

clKM'clicr

un

un

(.loilif

près

Paris, se iJicscnla chez l'aljlicsse, s'agcnonilla dcvanl
i'{

t'Ilc,

Itaisa la

|ilai»',

la

ynciisnn
cria

lui

inslanlancc.
:

On
lui

an miracle

(|n('l([iu;s

jeunes n(»nnes

«lu uièiu(!

convenl. ayani

ressenti le

même

mal,

le

IVanciscain opéra delà

même

nianieie, (îllacnie

obleune.
et
et

Le secret transpira bieutùt et passa les murs iln chn'lie; les lemines lilles (les manants voulurent aussi avoir part an\ soins du IVanciscain,
elles

demandèrent

([uil
et

voulut bien s'a^cnouillei' devant (dies
calb-nses; mais, soil (pic
cloitr(!
le l'rere

<•!

baiser

leurs

mains brunes

delà pénitence
soit (pi'il
il

tnuivàt la làclu^
suftire à la

m<»ins douce ([uan

de

(llielles,

ne put

besoj^iu' et (piil désirât

la

partager avec ses frères,

avoua

liumblcment ipiil n'y avait rien de surluimaiudans sa uu'lbode curative;

que ce
rison,

n'était |)oint par la ticiinllexioii et le baiser (|u"il obtenait la giiè-

mais bien par une
il

pi(p"ire |)rati(|uèe

sur

la

plaie

dont

il

as[»irait
:

le.

venin;

appela un detacbement de moines de FraïU'onville

ces frères

contiiuièrent l'œuvre du jeune franciscain, et bientôt l'epidèrnie disparut.

Comme
d(^

le

signe iullaunnatoire du mal ressemltlait à
le

la

duite par l'insecte dont

mnn

est

si

populaire,

le

i)eu[de appela les

lumeur promoines

Franconville frères Picpie-l'usses.

Le couvent,

(|ui fut le

seconddu
il

tiers-ordre de Saint-François, ne tarda

|)as à s'élever, et

bientôt

devint

le clief

de l'institution

;

plus tard, cpuind
le

les

ferniiers-gèmM-anx donnèrent à Paris sa ceinture de murailles,

cloître et {(Mites les

maisons

(pii
la

l'avoisinaient furent réunis à

la vilb;: ils
l'ail

lormèreiit l'enclos, [mis eiilin

rue I*i(pie-Pusses, dont on

a

depuis

Pi(|ue-I*uce, puis enliii Picpns.
(^ette rue, isolée à

repo(pie où

la

grande parallèle du faubourg

Saiiil-

Antoiiie était à

|)eiiie à iiuntie

garnie de maisoiis,eul cependant ses j(uirs

de foule et de

fête.

Lu jour

le

peuple se rua avec curiosité de
des armes,
la

c(;

côte;

le

pialVementdes cbevaux,
bla le

le cli(pietis

voix des clainms trou-

calme

liabitiud; des cavalcades d'élégants
et à

gentilsIuMumes apiiarlc-

naiit à la

cour

l'armée, des detacbements d'arcbers, de lans(pieiiets.
cl

de liallebardiers, de pi(piiers

de gardes françaises aux nniroiuies
cej(uir-la les
le

vari('s

donnèrent au faubourg une animation inaccoutumée; de la rue IMcpus (;xer(;aient pour la première IVùs
par Louis XIll à leur ordre, privilège
(lui

moines

privilège

concédé
de-

leur (buinail
la

droit exclusif de
il

recevoir les ambassadeurs étrangers envoyés a
vait y avoir gala ollért

cour de France;

dans

le

monastère par

les ofticiers

du

roi.

L'aml

bassadeur aiupiel ce jour-la les frères de Saint- François olfraieut bosrambassadenr envoyé par rFspagnea[U'cs [titalitè était, ([ue nous croyons
,

le

traite

de nueras(pie. Au-devant

de l'ambassade sont venus, suivant
le

l'usage, les liants ofliciers du roi. l>aiss(Uis

diploniale

cl

les scigiieni>

J70
à lal)lc, les

lUlK
gardes dans
la

ncIHIS.
cloilic, lo

cour du

peuple daus
(jui

la l'ue, et,

pour
la

suivre l'ordre des laits, rraiicliissons la dislance

se|>ar(;

Paris de

province de Franriie-domté, où des con(|uètes plus

la pr(»|)aj;ande

nK)nasti(|ne méditait alors
ai

l'aciles <|ue celles

teiUées en vain par les

uu-es

du

roi

Louis XI 11.

Un
près

soir, trois nioiin^s,

venus

isol<'inent, tirent

en

mémo

temps une

hait:'

la

ville de Salins, à une hôtellerie voisine d'un monastère dont l'ah-

hesse était
et

madame

de Kecy

,

célèbre
fille

i)ar

son esprit de sévère pénitente

par

la

proTonde piété de sa

Odille.

Un de

ces moines portait uiu'

robe de drap blanc, serrée par une ceinture de cuir de

même

couleur; sa
et

cucuUe

et

son capuce blancs étaient recouverts d'une chape
c'était

d'un ca-

puce noirs;

un disciple de Saint-Bruno dans

le

costume du voyage.
;

Le second moine était velu d'une robe grise mélangée de blanc au grand chapeau uoir qui recouvrait sa tète, on reconnaissait un récollet. A son vêtement brun à son capuce rond isolé de la robe à la corde
,

,

noire qui serrait fortement ses reins et à ses sandales de bois très-élevées,

on

i)ouvait dire

:

le

troisième voyageur est

un
;

l'rère

Picpus.
avait mis-

Les

trois

moines venaient dans un
eux une
lutte

même
;

but

chacun d'eux
convenu

sion d'attirer à sou ordre l'abbesse de Salins; les voyageurs renoncèrent
à établir entre

de prédication

il

fut

([ue trois
le

jours

se passeraient en prières, que toute communication avec
serait interdite et (pu-, le ((uatrième jour, les

monastère

trois dé'putés se présente-

raient à

la

comnuinauté
et le

et adresseraient

en

même

temps leur requête

à

l'abbesse.

Le itecoUet
obtenir

Chartreux
le

tirent

a|>pel à l'intervention

divine pour

la victoire;

mais

Picpus crut devoir mettre en praticpie cette
lit

sentence dont
ciel t'aidera.

i)lus tard

on

un aphorisme révolutionnaire: Aide-loi,

le

C'est peut-être au chdlre de

la

rue lMc|)Us (pi'apiiartient l'invention du
la

prospectus, à d('faut de
le

la

presse, dont

jiuissance se résumait alors dans

Meiciire,(\y\\ comptait

à

peine (pichiues années d'existence. J^es frères
loisirs à transcrire
ils

du tiers-ordre de Saiul-Krancois occin)aient leurs
naient ces copies de dessins à

de
or-

nombreux exemplaires de l'histoire apologéti(|ue de leur ordre;
la

plume etde délicieuses
(h;

initiales d'azm'
et
à

ichaussees d'or

;

um^ han(h; nmnbi'euse

jeunes coljjorteiws, élevés
et à

liuines au cloitre, se répandaient en
\il

France

letrangeret vendaient

prix ou donnaient ces petits livres, dans les chàlcllenies, leslxuirgs ou

les uioiiaslêres.

Un de ces adroits commis-voyageurs avait précède de
de l'icpus
cette
;

((uel-

(jucs jours à Saliiis le missi(Hinaire

un iMcidcnt

«pie le

umine

put croire providentiel
tu'dre

servit en

circonstance les intérêts de son

:une blanclu^ palondie, venant du cohnidiier de l'abbesse de Salins,

s'abattit

un matin sur

la

lêuêhc de riintellene

;

le

moine ne

laissa pas

lui;
piirlir
1(!

l'ICPLiS.
il

171

inossaycr sniis iililiscrsoii vdl;
lainici',
et

rcMila
vil

un de
de

si's |K'lils livres, le

lixa

avec un ruban au cou du

il

l'oiseau se dirii^cr vers
la

un

clocheton qui servait de cellule

a

une jeune

tille

couiiniinante.

Au quatrième
tère,
«

jour, (juand les trois moines se j)résentèrenl an
dit
:

monas-

madame

de Hecy
je

Mes pères,
le cloître

me donne

an tiers-ordre de Sainl-Krancois.

»

Le Uecolen liaveila

k't et le

Chartreux s'inclinèrent

et pailireiil, et ils purent voir

sant

comment

les frères

de Saint-François praticpiaient
la

pro-

pagande, car cinujue nonne, jusipi'à
histoire de Picpus.

sœur

touriere, avait en

main une
elle

L'abhesse se proposa de faiic nu pèlerinage au cher-lieu de Tendre

;

emmena
volé la

sa

fille

Odille et Blanche de Mezeray,
il

la

novice veis la(|uelle avait
tille s'etail

colombe;

y avait

peu de nu)is que cette jeune

rel'u-

giée au cloître.
«

Venez,

mon

enfant, lui dit

madame
au

de Hecy;

ma

presc'uce dctuble

v(»s

forces; depuis

que Dieu vous

a inspiré le

pieux mensonge qui vcnis
le

a fait

morte

à la vie

comme

vous

l'êtes
et

monde,

jeune comte de Hochecraindre ses recherches

chouartn'estplus en France,
ni
a

nous n'avons pas

à

son désespoir. Dieu vous enverra l'oubli,

ma

tille,

comnu' déjà

il

vous

donné

la

résignation.

»

Blanche de Mezeray
avait sacrifié son

était d'nin' noble

mais })anvre souche,
d(> la

et

elle

amour aux
la

intérêts de fortune

lamille de Hoche-

chouart, qui avait refusé d'unir les deux amants.

«

Oui,

ma

mère,

résignalicui
à

m Cst venue, et
iniit

mènu' dans nu's rêves
uu''me
,

Dieu semble m'enseigner
inquiet interrogeait
voix tremblante

me

vaincre: cette
ils'est

il

ma

semble

encore voir Charles deBochechouart;

approche de

ni(»i.

sonregai'd

mes

traits, (pu; je
si

rendais volontairement inunobiles; sa

me demandait
,

j'avais

encore

la vie

J'ai

eu

la
!

force

de rester pour

lui uuu^tte

glacée, morte

Oh!

ipie j'ai souffert

— Si

le péril

eût été réel,

ma
»

tille.

Dieu aidant, vous auriez eu

le

même
le

(«uirage, dit

madame

de Becy.

L'abhesse et ses deux compagnes arrivèrent au couvent de IMcpus
jour où les moines recevaient
,

c(unme

je

l'ai

dit,

l'ambassadeur d'Es-

pagne.

\\

y avait là grand

Odille et Blanche, se tinrent à l'écart dans une jiartie isolée du
tère.
la

nombre de gens de cour. Madame de Becy, monasBlanche vint s'agenouiller
la

La chapelle

était voisine;

à

un aulel de
passer un

Vierge séparée par une grille de

nef principale

;

elle

priait avec re-

cueillement

Du
fait

côté opposé
«pii

une porte s'ouvrit
aperçoit une jeuiu'

et laissa

jeune gentilhomme,

sans doute s'était égaré dans les longs corridors
et
fille

du

cloître;

il

(pu'lques [»as

agenouillée; un
il

voile rejeté en arrière, lui

permet d'apercevoir ses

traits,
fait

s'approche...

Ce jeune honniie,

c'est le

comte de Bochechouarl qui

partie de l'am-

172
h.issade
(rKspiij^iic.
.

l!l

K

rici'is.
lîhiiiclic,
l;i

..

;

il

;i

r(H(»iiiiii

jciinc

lillc

iiiissi

ii

ic-

comui
le

le

(umLc,

et elle a (Icniaiidc à

Dieu

la

Ibrce

<lé suiitt'iiir

rcptciivc

icMioiiveléo (lu rêve

Elle garde l'immohilité d'une
fois le
(|ni

marbre. A trois

jeune
l'ont

homme
l'endn
;

a jeté

en vain

madone lailleedans le nom de nianclie

aux voùles sonores.
titude.

et

Hlanclie est restée dans s(»n al-

MadauH' de Hecy
(le

<'t

Odiile siirviennewl
(piil

:

elles
<'st

comprennent

la

pensée

Hlanelie

et

persuadent au comte

le

jouet d'une vision.

De

IU)checli(tnart a lui de l'église

pour

écliai)per à ce rêve
tille

L'ahbesse ap-

pelle Blanclu! a voix basse, la jeune

])rolonge son silence; elle est

nnu'tte à
(le

la

douce voix de l'abbesse,
tort (pu* b;

co'ur plus
lui s'est

songe,

la

réalité,

comme à l'appel strident du comte, comme la foudre, l'a brisé, et
l'àme de niancbe sur
la

avec

rompu

le

lien (pii ret(>nait

terre;

l'angf; était
\j'

remonté

aux cieux.
la

même

jmir, deux cortèges partaient à

même

beure du cloître de

IMcpiis.

Une nombreuse
le

suite de courtisans entourait l'ambassadeur deset

cendant vers
series.

buivre au son des fanfares

au milieu des joyeuses cau-

l/aulre escorte composée de

(piatrt^

religieux p(nlant dans

un suaire
il

MU corps inanimé, s'avança en psalmodiant lentement

le Misercri':

lu K
i^iijiiia,
il

nciM
,

S.
intih-

17:.

liiivcrs le

!i(»is

de
|)(mi

\

incriim's

la

de

lal)ltay(>

de

(llicllt's,
tille.

il

alla dciiiaïKlci'
r('f;nes
la

un

«le

Icrrc saiiiU' jniiir

nue sainte

jcnix'

Les
loire

de i^ouis XIV

et

de Lonis

XV marquèrent peu dans
la

Ihis-

de

rue IMcpns. Les rayons du soleil de Versailles ne reflétèrent
préserva de
la

pas juscpie sur celle solitude, et son éloit;iMMnent
lure (les petites maisons de
la

souili\\\

régence, dont les hôtes se souciaient peu

mystère.

A

la

révolution de 89,
n'enleiidit
à
la

la
le

scène

fut

trop voisine de
la

la

rue Picpus pour

(|u"elle

pas

cau(Ui de

IJasIille; le

hrnit

de

la

hache

ronclionnanl

barrière du

Trône ébranla
n'avait accepté

ses cloîtres et mit en fuite
la

ses relii;ienx, car

aucun d^ n\
[irotil

|)rinu'

demandée par
(pii le

le

ciloyen Mailhe au
leur apostasie; ce
raliser les

des nu)ines et des religieuses
alors, en style parlementaire,
les

marieraient

(jui était

moyen <lemo-

masses

et

de perfectionner

nupurs.

La rne
lisses

Pic[)us, par sa position topographicpu', fut alors
le

du grand théâtre révolutioiuiaire,
la

ime des coufaubourg Saint-Antoine. Le
solitaires cpii

sang, l'incendie et
Iroublèi'ent le

destruction atteignirent ses paisibles denuuires et

calme de ses ruelles ombragées, sentiers
la

conduisaient par

traverse au bois de Vincennes et que Jean-Jacques

Uousseau aimait

à suivre,
,

cpiand

il

allait faire visite à

Diderot

captif.

A

cette

époque

Rousseau

n'allait prescjue

jamais

visiter

son ami mallittéraire

heureux que bras dessus, bras dessous, avec un compagnon
qui se

nommait Grimm;

ce fut de

Grimmet de Diderotque
:

Jean-Jac(|ues

reçut, à Vincennes, le conseil d'écrire

un Mémoire sur une question de
le

morale proposée par l'académie de Dijon

discours du philosophe

gagna

le pri.x

académique, Quelle causerie

spirituelle, savante, délicieuse

ce devait

être que l'échange des idées et des sentiments de
:

ces trois

liomnu's

Diderot,
la

Grimm

et Jean-Jacqiu's!

L'un,

([ui

avait toujours à
le

son service

verve, la hardiesse de l'auteur de Jaajues
l'autre qui laissait

FalaUsle

et

du Neveu de Rameau;
sophie;
ses

tomber

les

flots

de son élola

tpieuce et de son génie sur les paradoxes les plus hasardés de
le

philo-

troisième enlin
les

,

qui mêlait aux graves et ardentes paroles de
<lu

deux amis,

finesses de l'observation, les délicatesses

goùl,

toutes les charmantes bonnes ibrtunes du babillage et de l'espril.

Puisqu'il s'agit de Griuuu, n'oublions pas
à

la

petite

comédie

qu'il joua
:

propos d'une comédienne
s'avisa de vouloir

,

et qui a été ainsi racontée par

Rousseau
;

«Grimm
» »
•>

mourir pour mademoiselle Kel

il

fut

en

proie à la plus étrange maladie dont jamais pent-ètreon ait ouï parler;
il

passait les jours et les nuits dans une continuelle léthargie, les yeux
le

bien ouverts,

ponls bien battant, mais sans parler, sans manger,
(|uel(|uefois

'sans bouger, paraissant
»

enlendie,

mais m; repondant
s'il

jamais, pas

même

par

sii^iu's. et

reslani

connue

eût été mort.

»

174
|{('V(^nons
a

nuE Picpus.
notre sujet
:

.lean-.l;u(Hi<'s

avait
(pii

[tiis

en allcclion une

petite

ferme placée sur
il

la lisière

de

la

ruelle

lait l'aniile

de

la

barrière
l'erniier.

Picpus; souvent

y venait prendre du lailaye, et

la fainille

du

dont un des enfants habitait encore

il

va qnel(|ues années
les
je

la

rue de Cliatasse de

ronne

,

avait conservé
J'ai
la

un vase en
sant(;

faïence qu'on appelait la

M. Rousseau.
fondateur de

vu cette tasse entre

mains de M.

lUcliebraque.

maison de

dont
(pii

parlerai.

C(>tte tasse était sil-

lonnée de longues arêtes en mastic
Voici ce qui était arrivé
:

attestaient

une fracture réparée.

tisme religieux

livi-a
si

quelcpies années a])resla révolution, le fanaune guerre acharnée aux écrits philosophiques et

aux monuments,

petits qu'ils fussent, qui jiouvaient
xviii'' siècle.
il

perpétuer

le

sou-

venir des œuvres du

Un des

lils

du fermier dont nous avons
d'un vicaire de sa paroisse,
(|u'il

parlé voulut se marier, mais
(pii

rec-ut la visite

refusa de l'admettre a

la

confession avant
la

eût brisé la lasse de

.h'an-Jacqms. Le prétendu obéit, et

tasse vola en éclals;

mais

les frag-

ments
xix%

fui-ent

conservés et réunis

,

cl la lasse

de Jean-Jacques ressuscita.

Pendant
la

les

dernières années du xvni'^ siècle et aux premiers jours du
|»oè(('s,(pii

rue Pic|)us eut ses

vinrent rêver sous
(|ni

les

charmilles de

ses jardins.

Des noms déjà

illustres, et

devaient grandir encore,

attachèrent

un souvenir. Une maison de umdesic apparc^nce, élevée de
(|ui

deux étages,

porte aujonrd'lini

le w"

r»(),

fut habité

par

la

((untesse

-r^-i

^

ï

^/î,

Ruu Picpus.

lUE
d'Esparda, Kiigénie do
la

PIC PU S.

175

Hoiichardic, que l'amour et les vers de Marie-

Joseph Cliénier ont rendue eélcbre.
Cliénier eut

un

rival

:

Eugénie de

la

Bouchardie,

(pii

avjiil

peut-être
:

révélation des secrets
irez trop loin

du destin,

avait

répondu

à sa déclaration

Vous

pour moi qui aime à rester où je me trouve. Celui à qui cette parole s'adressait dans la petite maison de la rue Picpus était depuis peu général, et se nonnnait Bonaparte. C'était après Toulon et avant la campagne
d'Italie.
di;

Eugénie
de sa

la

Hmichardie aimait

à

raconter qu'un jour
lui avail [)rouiis,
;

le

général,
le

(|n"elle api)elait
tète,

amicalement son marlt/r,
à

pour

jour

un

ijou(|uet d'un
la

genre nouveau

mais

il

avait

demande

la la-

veur de
venue,

le
le

présenter

nuit close et aux bougies éteintes.

A

l'époque
cré-

général, qui dînait ce jour-là chez Eugénie, s'absenta au

du soir, et trois heures s'ecouléreut pendant les([uelles il lit une promenade dans le bois de Vincennes (|uand il revint, et qu'au signal convenu on eut fait com})lète obscurité, il présente un buisson ardent ou
l)uscule
;

plutôt une

tige

d'escarboutles éblouissantes; c'était un énorme bou-

quet de petites mauves dont cluupu^ calice contenait un de ces insectes

nommés
la forêt.

vers-luisauls

et

dont

la

phosphorescence

j<'tte

un

si vif

éclat.

Bonaparte

les avail recueillis

un

à

un dans

les fourres et les

herbages de

Chénier s'alarma des assiduités du général,
tristesse, et

il

en conçut

même

de

la

Bonaparte

dit

uu jour en souriant
titre

à la

comtesse, je crois que
le

(ùhénier vent usurper

mon

de martyr. Peu à peu
était
la

général cessa

ses visites.

Dans

la

suite, tpiand
tit

une pétition

contresignée Eugénie

de

la Boucliardi(!,

.\apoleon

toujours droit à

demainle.
l'avait

Talleyrand, de retour d'exil, se rap[)ela un
servi de tout son crédit.

nmment (pu-Cbenier
j'étais
la

Je ne pouvais vous oublier,
pai'ler

lui dit

Chénier; quand

de vous, Eugénie se nn^tlait au clavecin et chantait
et,

uu jour sans romauce du
c'était là

Proscrit,

connue

si elle

eût eu besoin de rendre l'émoticm plus profonde,

elle disait les vers

d'Audic qu'elle avait tous mis en musique;

notre Angélus du soir.

Et rex-évéqu(; d'Autuu se plaçait à
poète,
la
il

(/é;ua;

yenoux iWvani

la

maîtresse du

baisait sa blanche
le

main avec transport,

et peut-être

madame

de

Bouchardie eut-elle

rare privilège de voir une larme

diî

diplomate

reconnaissant.

Et quand des aniu'es eurent passé sur
été

tout cela, ipiand
la

Chénier eut
l'in-

rejoindre son

l'rere et lui
([ui

porter ré|iîlre sur

cabunnie, (putnd

souciance de l'avtmir,

est

comuuiue

a

l'amante du poète connue au

poète, eût anuMié des jours de privât iou et de jeûne

pour

la

comtesse

d'Esparda,

elle tendit

vainement au diplomate sa blanche main amaigrie;

176
l'obole ne toinl>a

lUlE
pas des
<loij;ls

IMCI'IS
du
millioiiiiairc
;

il

ne

ci'aiiinail

pas de

donner, mais
Il

il

craignait de se souvenir.

y a (jueUiues

années encore, Eugénie de

la

l'oiicliaidie

vivail

des

secours qu'elle obtenait des écrivains et des artistes. aux((uels elle montrait avec orgueil des lettres intimes de Marie-.lose|)li <;iienier. et un

volumineux d'autographes recueillis [larelleau temps de sa prospérité. Un soir ipie le Troid ou la faim l'aïu'ont torlnréc; au-delà des forces humaines, elle aura donné tout cela poui- le gile d'uiu' nuit.
recueil assez

Enhn un
i\n

hospice

lui a

ouvert ses poi'tes

,

l'admission

a ele

accordée
l'ainn'e
la

d'urgence, pour cause

d'indiécillité.

i/angede levèque d'Aulun,
la

général Bonaparte, l'idole de Chenier,

belle

comlesse de
;

rue

Picpus, tout cela n'est plus rien, pas

même

une individualile

c Cst

une

chose

dans

sous un numéro d'ordre nonnue Dépôt de memlicite. Il reste encore des ruines de l'ancien couvent de Pic]Mis un joli pavillon construit en rocailles, qui a pour ornements des i)ortrails de moines
(|ui

n'a plus de non» et

ipii

se <lésigne

l'inventaire de cet ossuaire vivant (|u'on

en pierre sculptée, placés dans des niches en coquillages. iWl ermitage,
qui est aujourd'hui au milieu des cultures maraicheres, limile de
rière Saint-Mandé,
a
la

bar-

été habite

qnehpie temps par Millevoye
la

,

un des

hôtes assidus de

la

petite

maison d'Eugénie de

Bouchardie. De nos
eût cru que

jours, un des locatain^s de

l'oasis l'ut le si)irituel et

recoud'IMieaulon, qui
la

eùtété

le

premier auteur dramatique de notre siècle
travail.

l'ut

s'il

gloire
a à

valût la

peine qu'on se rendît esclave du

L'ermitage de Picpus

été le berceau
t|ui

un

petit Chapevnii romu'

;

baptisée liose d'tinwnr,

Boïeldieu vint apprendre, sous les berceaux de panqu'e et de vigne
(|ui

vierge, les chants gracieux

oui ete

si

longteuq)s populaires.

Le propriétaire de l'ernulage
|)ossédait
la tasse

était alors

M. Bicbebraqiie.
la

le

même

(pii

de Jcan-Jacqncs et dirigeait

maison de saule

a

laquelle

madame

Uichebracpie-Beboul, sa

belle-lille, a

conservé sa bonne

et anciernie

renommée.
,

Dans

cet etablissenuMil

un service spécial avait ete organise pour

le

traitement des aliénés. Parmi les malades, (piebpies-uns Jouissaient de longs intervalles
d(;

raison, et on cherchait à ((nnbatlre pour eux

le

mal

par

la

disiraclion et les oc(npati(ms manuelles. l!n joui' 'riicaiilon avail
a

douneun manusciit
|)ressé

copier à un des pensionnaires de M.

Ilicli('l)ra(pie

;

par

le

temps, l'auleur emporta au comile son manuscrit,
de collati(mner...
Il

(pi'il

n'eut pas

le loisir

couMuence
il

et

lit

les
sui"

deux premiers
les

actes sans em:oinbre; arrive

au ti'oisiéme,

trouve
;

pages

les

mots

les

pbis bizarres

(!t

les

plus inc(dierenls
la

et (pnds

|»ersonnages
le

a-t-on subslitiu' aux

si(ms":'
ipii

c'esl

vierge .Marie,

saint .losepli,

l'ère

Eternel,

et l(»us

ceux

sortent du cerveau trouble du C(q)iste. Le langage
l'ait

liurlesipie

du dialogm- aurait

croire (pie

le

[taradis était

aux petites

KlJt
iii;iis(»iis.

l'ICl'US
la

177

An

IroisiciiH'

acte de

pièce, l'éclair de raison

du panvi'e

écrivain s'elail éleinl.

La partie delà maison de sanle
vint à

(|iii

n'elail

pas réservée aux aliénés deet d'Iioninu's
la

une autre

e[)(Kpie,

une réunion dartish'sen Ions {genres
le
<'t

de lettres convalescents, que

hasard avait amenés. (Certain jour de
le vast(! salini

semaine,
vités,

il

y avait réce|)tion,

recevait de

noudncnx
il

in-

parmi

Ies(|nels se trouvait
la

souvent

le s|)irituel docteui- Alil»ert.

Un

soir

que l'auteur de

IMiysiologie des Passions était présent,
(|ui

passa par

la tète

d'nn des habitués,

depuis, devint

le

mari d'une canlaliice cé-

lèbre, d'égayer la soirée par

une scène impi'ovisée de sa composition,
il

dcmt

il

se

lit

l'aitenr, et pcuir hupielle
dit
la

choisit
était

un compère.
arrivé
:

Le coin|iéie un aliène dont
dit-il

an d(»cleur Alihert qu'il

dans

la

matinet,

double manie

était singniieri*

«

Il

se ci'oit Iheieie

avec un sang-froid doctoral.
re|)rit le

— Théière,
uniment
gard
fixe
le
,

docteur, ne

paraissant

|)as

comprendre';'»

A

ce

jeune (lasimir s'avance gravement au milieu du salon,
le

le re-

sourire sur les lèvres
il

;

son bras gauche est ari'ondi et
la

re-

pose sur sa hanche,

tient le bras droit horizontal jnsipi'à

saignée,

l'avant-bras se redresse perpendiculaii'e juscprau poignet, qui se recourbe

en col de cygne on de

tlK'ièie.

«Qui veut
et,
(

me

faire

l'honneur de prendre une tasse de
,

t

lie'» dit

Casimir;
à

sans attendre

la l'éponse

il

s'avance vers
si
>

le

docteur, imprime
il

son en

orps un mouvement penché comme,
:

le

thé eut été versé;
r<'petela scène

ajiuite

faisantun sourire niais
tout
le

«

Sucrez-vous'

et

en |)ai'courant

cercle

,

puis

il

va s'asseoir à l'écart dans inie attitude melancose levé

licpie.

Le docteur Alibert
le

pour

aller

au malade

,

(lasimir
:

l'ait

un
la

nH)uvement bruscjne,
çon est de se croire
son compère,
il

compère
(|ui

retient le

médecin

el lui dit

«

Voici

seconde phase du mal

se déclare; laiitre

manie de ce pauvre gar-

rrn'rhi'ro.» (lasimir ai'|)eule le salon et s'adressani a

lui dit

d'une voix sévère

:

«

Laites-unu lamitie d'avertir
s(»irs

monsieur
et
il

le préfet
:

de police qu'on (Md)lie tous les
le
si

de m'alliuner...»
la

ajoute

«

Je suis

réverbère

le |)lus

connu de Paris, au coin de
j<'

rue Saint-Honoré; mais

ou un; laisse sans huile,
a

ne reponds
le

|tlus

de^

événements....; c'est bien assez d'avoiilejeum:*

Inller ('outre
et
iniil)I

veut...

"

Et voila
la

honune

(pii

balance son corps

oscillation de

lan-

terne agitée.

Le docteur Alibert
de de
la la

allait

parler et peut-être compromettre les théories

science,

quand un

éclat de rire,(|uein' pu! retenir nu des

conUdents

scène, mit

tin à cette

plaisanterie.
s'appritlepctnls.

« Avonez, docteur, ipie vous m'avez cru fou, » dit (lasimir en chantde M. Alibert le docteur pi'il la main de l'artiste, lui t(»ucha
;

passa légèreuM'ut

les d(»igts

sur sa tète pour avoir (piebpie indication plnc-

»

178
iiologique, et
le

HUE IMCPUS.
l'aitislt' aviiiit

répété en souriant
:

:

"Vous

in'a\<-/

cru Wtu'!

docteur répliqua gravement
»

«

Je suis loin d'être revenu de erlle opi-

nion.

Les

rieui's alors

changèrent de camp.
faite

La rue Picpns
à

a

son cimeHère privilégié, concession
cet astre des

sous l'Empire
les Noailles
;

plusieurs nobles familles. Là dorment les

Montmorency,
scn'a

repose Lafayette

,

deux hémisphères dont

l'éclat a été si

vif et

dont

la

nuirche sans régie appréciable est et

longtemps encore

inexpliquée. Dans ce

champ de mort, dont

l'étendue est de quelques

mètres, tout est solennel et sévère; pas de mausolées, pas de longues épi-

taphes, pas de fleurs: en se fanant elles symbolisent l'oubli, et toujours
elles se fanent faute

de larmes pour les raviver; une table de marbre on
dit le

une simple pierre
a dit

nom
t\\U'

de celui qui n'est plus

el

la

date où

il

adieu

à

son blason.
plus érndit

Un concierge
blics,

bien des inspecteurs de

monuments punombre
vieux ci,

meilleur bibliophile que bien des archivistes littéraires, vit depuis

dix-neuf ans parmi ces tombes illustres, qui sont aujonrd'hui au

de qnarante

,

comme

les fauteuils
la

académiques. Questionnez

le

cérone sur

les

annales de

rue Picpns, sur ses vieilles chroniques
,

sur

ses établissements
article

modernes

il

vous dira tout ce que

les

bornes de cet

ne

me

pernu'tli'ut pas d'écrire.

Un de nos

collaborateurs dit qu'il croit a

la

prédestination

île

certaines

localités, et qu'il y a telle place publique, tel carrefour (]ui, par

une force
la

mystérieuse et providenli(dle, semblent éternellement voués à
spécialité.

même

Les annales de

la

rue l'icpus argumentent en faveur de cette croyance.
sert de tracé à cette rue, le premier

Dans la chaîne d(>s temps (|ui fut un monastère hosi)ice.

anneau

Cette chaîne s'est brisée sous

le

choc des révolutions, puis

elle s'est

renouée, et son extrémité est venue se sceller de nouveau, par attraction,

aux murs dn
nats, trois

cloître et de l'asile hospitalier.
la

Aujoui'd'hui

rue Picpus compte deux hospices, plusieurs pensionet le

maisons de santé, un séminaire

couvent

la

Perpétuelle

Adoration. L'éducatiim y prépare l'avenir à l'enfance; le cloître accueille les croyances que le moiule n'a pas tiédies; le pauvre trouve un lit,
(pi'une famille iirincièrc a pré[)aré pour lui. Espéi'ance, foi et charité, la

rue l'icpus

résinue

el

met en aciion

ces trois vertus chrétiennes

,

qui

doublent de lorce par leur union,

Maiiuck .\luov

H 'LIE AU BLÉ.

POINTE SAINT-EBJ

i:

tcnips

l'sl

un

i^rarid ni.iilrc. dil

l,i

sagesse dos iialions; ajoiihuis (lup
c'est

aussi et j)ar dessus tout

un

impitoyable railleur, un
insolent
,

ricaneur

qui

se

sert

des travers

dune époque pour
cules d'une autre
sent
la
,

l'ouailierles ridi-

qui

i'ail

du pré-

satire

du passé,

et

de demain

un epij;rannne

ccuitre aujourdlnii.

Jamais Figaro dans sa jeuuess(> n'eut
plus de verve moqueuse, |)Ius d'ironie sanglante

que n'en

a nn)nlré

ci-

grand

vieillard

mythologiipu' arme

d'une faux et d'un sablier, emblènn^s |)arlants cpii,
]iiHores(pie

dans

la

langue
fait

de
le

latelier,

l'ont

surimnnner

Grand
donc,
oti

Fussoyinir.
si

Lu
une

ellel, cpii

ce n'est lui.

creuse

la

tombe

vont s'ensevelir,

à une, toutes

nos illusions

les

plus chères, rêves d'amants et rêves

de poètes? qui donc ensevelit
gloires

les

du passé sous

les

cendres du
des vieilles des

présent, exhausse
cités, renverse

le sol

les cba[)iteanx
la

(•(donuades et
[lierre

semé sur
et et

croûte de

des cités nouvelles ces

mo-

nuuMMits unit'(M'mes
uoùl,

froids, sans

sans cduleur

sans slvie,

IX(»
soiil coiiiinc la

IIALLK Al
mortes. VA

15

LK.
sur
les (l'iivres

(|iii

pierre liiimilaire seellee
si
vx'

des

j^ciiera-

lioiis

comme

nélail point assez du temps, n\ i^rand
(pie cliacmt (pu-

destnicteur de
a[)porle son
jette

villes, ce yraiid faiiclieiii' d'hommes, il l'aiit coup de marteau au monument qui s'eci'oule,

chacun

en passant sa pierre an

ijénie <]ui

s'en va.

Tant
<•,.

il

est vrai (pu3,

cIh'z

Innnme ou palais, chel'-d'œuvre ou nous mourir tran(pii]Ie.
l'onr cetl<' lois,

oénj,.^

tout

(pn meurt ne peut

on

le voit,

ce n'est pas l'histoire d'une rne (pu' nous

allons
il

l'aire,

mais

l'histoire

d'nn monnnu'ut (pie nous allons raconter;
est plus (pTune rue, c'est

est vrai (pie ce

moniimenl
Paris,
la

un

(piarlier (oui

(riitier.

Au centre de
i\[{

non

loin

du carreau des

halles, à ei^ale distance
la

l.(Hivi(.'.

et

di'

vur Saint-Denis, du l'alais-|{oyal et de

Seine,

|»er(lu

dans un

iiiexlricahle r(^seau

de rues lorlueiises et hriiyantes, se
(pu' l'on

ca( lie

nue inimeiise rotonde de pierres
ne
i"a|)|)elait

prendrait tout d'ahord pour
l'idée

un

cii(pie, si elle

heaucoii[t

mieux encore

peu

|>oeli(pie,

mais pailailement

ex.icle,

d'un numstrueux gàleaii de Savoie,

(le

glorieux

edilice, précieux échantillon

de

l'art

architectural au xviir siècle, s'ap-

pelle

/(/

Ihillr

im

I)I(K
la

Loin de muis
aussi

pensée de
(pie
l'esl

l'idiculiser

un (Mal)lissemeut d'une

ulilile
ville

inc(mlesl-ihle
l'aris. (ui
la

celui

dont nous pai'Ions. Dans une
s'c'dève, |)oiir la

comme

consdunnalioii (piolidienne

farine

seiilemeni,

à (piiiize

cents sacs envii'on, i'ormaiil un poids lolal de deux

cent trente-huit mille cinq cents kilogrammes ou six centsoixanle-dix-sepl
mille livres,
la Ihill)'
:

au Blé ou

ol

à la farine est certainement (piehpie chose
cl
(Ui

de tort res|)eclahh^
(piaiid
à

w

plaisante pas avec h^ pain de chacpie jour,

on s(»uge
l'en,

(pie si la
l'aris

Halle au Ble venait tout-à-conp à s'écrouler
el

prendre

en serait réduit demain à dincr sans pain,

dans

(piehpies jours, peul-(''lre, à
rav(uie, d'une

ne pas diner du tout; on se sent pris, je

admiration piNtlonde pour ce philantropi(pie etaldisseadmiration
(pie la ILtlIt'

ment. (Test
la

à cette légitime

aa Blé doit sans doute

helle irpiitalion

(huit elle jouit

comme

(Ciivre d'art.

Le culte depuis
jusqu'au cimtc-

hmgtcmps

v(nie au conleiiu s'est inseiisihieuieni ('tendu
la

uant. La louange a passe de
tfîctes (pii ravai(!nt el(!V(;

i'ariiie a

l'editice,

de
(pii

l'edilice

aux
le

arclii|)rojet,

de ceux-ci au magistrat
lit

en conçut

d(;c(dui-là au

roi

(pii

en

jeter les rondements,

elde ce

(hirnier à t(Mis

les autres de la nn^Mue ramille, cjusilcDi fariiKc; (pi'on

nous pard(nine ce
a

mot,

il

ne sort pas de

notr(! sujet.
c'est

Mais avant tout, procédons par ordre:

surtout
et

l'égard des

mo-

numents
\e

(pie

nous croyons

à

la

métempsycose,

hourgeoises. sa tournure hmide, sa

malgré ses allures mine enlarinee, l'odeur de négoce el
il

parrum de

i^ros s(uis (pi

ClIe exhale,

nous semhie

recoiiuaili(> a Ira-

IMM.N

ri:

SAINTl;i

Kl

STAC m:.

i«i

vers les iniiriiillcsniiissivcs de

lliillc

;iii

lUc (|iicl(iiicsliTi(rs mal clViicffs

iWuir

|»liis lidlilc

origine.
iiiarcluuids
»•(

En

dé|)il

du prevùl des
le

de iiiessiciirs les eclievins de

la

lionne ville de Paris,

bout d'une

oreille aristocratique a fini
a si

par percer
la

au bord de ce dùnie gigantescpu'. dont ou
Halle au Ble
tait
;

liourgeoisemeni coiffe
l'Iiôtfd

le

squelette de celui

(jui fut

autrefois

Soissinis

uret

pas

si

profondément, enseveli dans sou double linceul de farine

d'oubli, qu'on ne pût voir poindre à la surface de ledilice U(tuveau ([uel(|ue

vigoureux rejelou du

jtalais

Médicis.

S'il

en est des palais

comme

des familles

,

si

leur noblesse s'accroît en
la

raison de leur ancienneté, rem|)lacement où s'élève aujourd'bui
(lole

cou-

de

la

rue de Viarnu^s a droilplus que toute autre à nos lespectueuses

investigations.

Vingt maîtres différents, tous de famille royale, ont possédé ce sol
ingrat, (jui ne garde pas

même

leur souvenir: buit têtes couronnées ont

reposé derrière ces murs que tant de majesté n'ont pu défendre. Cinq rois de France: Louis IX, Pbilippe de Valois, Cbarles V, Cbarles VI Louis XII
;

et
el

deux reines

:

Blancbe de

Castille,

mère

de saint Louis,
:

Catherine de Médicis, mère de trois rois, qui fut trois fois régente

voilà

sur quelle souche glorieuse

la

prévôté de Paris est venue greffer ce rala

meau plébéien
subit-il plus

qui se

nomme

Halle au Blé. Jamais plus noble blason

sanglant outrage?
xiii" siècle,

Des

le

commencement du
el qui

Jean

II,

seigneur de Nesie
il

<'l

châtelain de Bruges, possédait en cet endroit un hôtel auquel

donna

son nom,

ne se composait, à cette époque, que de deux maisons
Il

réunies par une grange.

y avait loin

de

au fastueux palais qui, deux

siècles plus tard, devait sortir de cet

humble berceau.
;

Jean

II

ne pouvait prévoir

la

colossale fortune de sa modeste deuu'uie

aussi, en vrai prodigue
la

(pi'il était, (mi fit-il

présent au roi Louis IX,

(pii,

même

anné<', la céda à la reiiu' sa

mère. Dés lors commença, pour
(pii le

l'hôtel
(ôt

de Nesle, une série de transformaticms
;

rendirent bi(;n-

méconnaissable

dés lors ses vieilles murailles, entourées de prés
à la

et de vignes,

marchèrent rapidement
leine
le

conquête des terrains envinmson séjour. Thibaud, (tuule de
le

nants.

Tout d'abord Champagne ce
,

la

Blanche

y

fit

prince

plus vaillant des capitaines et
lais

plus gentil

des troubadours, soupira des
oratoire. C'était, à
la

vérité,

amoureux aux échos plaintifs de sdii nu amour insensé, un véritable amtuir de
;

poète; car

si la

reine elait belle, elle était plus vertueuse encore

les

clunisons du roi de

^avdrrv en sont
l'alcstiMi'

la

preuve. Ouoi de plus galant
le |ioele

el

de

plus chevaleres(pu' que ces vers dans lesipu-ls
i|u

guerrier déclare

en i»artanl pour

l.i

il

cède bien pluhil

a

ICxces de rammir

182
(lu;!

HALLE AU ULE.
rciilntîiicnicnt

de

la

foi;

l'éloiulard des croisades convril
saiiclilîer les

de son

voile ees |)laloiii(|iies

amours,

comme pour

voùles de lliùlel

de Nesle

:

Amer le veult et ma dame m'en prie. Que je m'en part, et moult je l'en merci Quand par le gn', ma dame m'en chasii.
Meillor reseon ne voi à

;

ma

partie.

I^'liistoire

deriiôtel de Neslen'oflVe rien do bien intéressant dans celle

première phase de son existence. Son inconstance patronimiqne mérite
senle d'èlre mentionnée.

En

1527,

il

s'appela hôtel de Bahaignc on Bohômo, de Jean de

LuxemXII.

bourg, roi de Bohème, qui y demeurait.

En 1588,ila|)parlenaitàLouis, dncd'Orléans,qni futdepuis Louis
Il

ju'it

alors le

nom

de son nouveau propriétaire; mais en
il

même

temps
vasie

qu'il s'était débaptisé,

s'était aussi

considérablement agrandi,
Vue

et Vlinlol

d'Orléans, avec ses jardins immenses, ses longues galeries et son

préau, occupait tout l'emplacement compris entre

la

Co(|uillèi-e. la

rue d'Orléans et celle des l)eu\-Ecus. (tétait beaucoup, ce n'était point
assez.

En

I40Î), le

couvent des Eilles-l*enilenles possédait latotalilede

Vliolcl
i-e-

d'Orléans, en pailie

donne par

le roi

Louis XII à cette connuonaule

ligieuse, eu |)artie aciiele pai' elle à llobert de Framezelles,

chambellan

du

1^0 i.

Voilà d(Uic riiôlel dev(Mni ronvcnl.

Aux
les

refrains bacluipu^s des joyeux

compagnons du duc vont succéder
(|ui

pieux cantiques des saintes femmes; les voûtes sonores,
la veille

retentis(\uv

saient
h'

sous

le

pas éperonné des chevaliers
la

,

ne rediront plus

doux murmure des orcmus. Le séjour de

reine Blanche ne jjouvail

louiber en de nmilleures mains, espérons que les vertueuses traditions de
la

mère de

saint Louis s'y conserveront intactes et pures

!

Mais, hélas! les moHirs du temps ne sont pas, à beaucoup piès, aussi
«'difiantes (jue

m)us l'aviims rêve,

et s'il faut

en croire

les

naïfs chroni-

(jueurs de répo(|ue, les jolies pénitentes du couvent ne tardenîut pas
à se consoler entre elles des rigueurs d'une réclusion forcée
le ci<'l
:

il

est

avec
ciel

des acconnnodements

,

etle cloître n'est (pu-

le

trait-d'uiiion

du

et d(! la teri-e.

En
l'ois

1571, l'holel de Nesh» avait
il

(h'jà

changé
si

Irctis fois

de

nom

et

quinze

de maître;

ne pouvait s'arrêter en

beau chemin. Sou huuu'ur
(pii l'habilaii^ul
|)(MIi

inconstante s'arrangeait mal du huig sej(uir des nonnes
ilrpiii>

près d

iiu

(Icmi-siecle.

Il

ne

l'allaii

iju

Une

occasiiui l'a\nral)le

.

u1

.\

TK SA

i .\

r- L u S r

Ac

II

K
:

I

sr»

l'allVaiifliii' (le
r,alli('iiii('
i]v.

leur lulelle. Celte occasion se préseiila

elle se

iinuiiiiait
la

Médicis, reine

et

réj-cnle de Fiiuicc:

on ne ponvail

dé-

sirer meilleure.
« »
»

Catherine,

dit Varillas,

avait

la taille

aiimirable;

la

majesté de smi

visage n'en diminuait pas la douceur; elle surpassait les autres

dames

de son siècle par
le

la

vivacité de ses

yeux

et la

Idanclieur de son teint;
])laisii'

•>

beau lourde ses jambes

lui faisait

preiulre

à j)ortei"

des bas
la

"
»

de soie bien tirés, et ce fut pour de monter mi-jambe sur
le

les

montrer
de

(pi'elle

inventa

mode
les lia-

pommeau

la selle,

en allant sur

»

quenées, au
tait

liini

daller, coninn; on disait, à

la

planchette.

Elle invenet

»
"

de temps en temps des modes

également galantes

superbes.

Elle était avare et prodigne,
tout elle

magnifupie mais non généreuse.

Avant

«

aimoit

la

puissance, et pour régner elle ne nu'tlait aucune

>'

»

» »

moyens légitimes et ceux qui sont défendus. Malheur aux princes, aux courtisans, aux ministres qu'elle appelait mon ami! c'était dans sa bouche l'expression de la haine et de la vengeance.
différence entre les

Madame,

lui dit

un jour Hois-Fevrier,

qu'elle venait d'appeler
»

»

obligez-moi de m'appeler plutôt votre ennemi.

mon ami, En un mol, Catherine

était

une véritable Italienne, ardente

juscpj'à l'impétuosité, dévote jus-

<|u'au fanatisme;

ses moindres désirs étaient des passions. Dès t|u'elle
le

eut jeté les yeux sur
elle rêvait déjà les

couvent des Filles-Pénitentes, elle y porta

la

main;

splendeurs impossibles que n'avaient réalisées qu'à
tout pour se livrer à sa nouvelle fantaisie;

demi son
elle

palais des Tuileries et son hôtel de Saint-Maur-des-Fosses.

Bientôt elle abandonne

possédait depuis longtemps l'hôtel d'Albret, six maisons et deux
;

jardins situés dans la rue du Four

le

couvent

lui

convenait, elle l'acheta.

Une armée de maçons, de
siers,

tailleurs de pierre, de sculpteurs, de

menui<!

de charpentiers et de tapissiers, envahit les désertes cellules, se

répandit dans les plus secrètes galeries, bouleversa les jardins,

mit
|»lus

en fuite ce gracieux essaim de nonnes éplorées, qui. ramassant au
vite

guimpes

et chapelets,

émigra tout doucettement, sans scandale

et

sans bruit vers l'abbaye de Saint-Magloire.
Alors s'éleva véritablement, ctunnie par miracle, ce splendiib' palais
(pii
fit

l'admiration des contemi»oraius, et dont

il

ne icsle debout auet

jourd'hui que l'élégante tour construite par lUillan, rare
bris de cette royale merveille.

précieux dé-

Comme

tous les esprits impérieux, Cathe:

rine mit à poursuivre son projet

une ardeur incroyable
elle la

rien ne larrèla

:

une rue venait entraver ses plans,
lui

coupait
la

pai' le

milieu,

et

passait
(|ui

outre. Ainsi fit-elle de la rue d'Orléans et de

rue des Deux-Ecus,

barraient

le

passage. Elle obtint des bulles du Saint-Pere [tour ratiet

fier le

déplacement des Filles-Pénitentes,

des actes du parlement pour
a

lei^aliser ses u.siirpalious

de terrains; elle appela

jirauds

IVai.s

des ou-

I,Si
vi'iers

H AL m: au
de
l(»iil('s

15

le.
iinivcr a ses lins,
la
cllt' eiii-

les
la

|);ii'li('s

du

nioiulc.
la

l'oiii'

ploya tonr-à-l(»ur
Bref, en

violence et

persuasion,

menace

et la

prière.

moins de deux années,

Vliôtel

de la Ueiiie sorlit radieux de ses

limbes, et Calheiini; vint l'habiter.

Anjourd'lini on connaît

le

véritable motil" de cette inipatienc^e
(|ui lui
fil

mal
l'or,

contenue, de cet empressement extrême
les

tout prodiguer

,

laveurs, les grâces et jusqu'à ses plus

doux sourires, pour
:

bàtei' la-

clièveinent de son nouveau palais. Ce motif, le voici

Catherine était dévote et superstitieuse; certain soir
les astres

(pi'elle consultai!

dans son observatoire des Tuileries, assisté de Côme Rnggieri,
(jui elle

astrologue florentin, en

avait

la

plus entière confiance, elle désira

savoir quel serait le lieu de sa mort. L'astrologue, a|)rés avoir interrogé
les étoiles et

tracé plusieurs cercles magi(|ues

du bout de
»

sa baguette di-

vinatoire, lui répondit ce seul

mot:

«

Suint-Germain.

Catherine,
(|u'à
(les

frap[)('e

de

la

prédiction, ne songea plus dès cet instant

déjouer l'influence des astres. Elle abandonna sur-bvchample palais

Tuileries, qui se trouvait dans la paroisse de Saint-GeiMuain-rAuxer-

rois; elle laissa inachevé

son palais de l'abbaye de Saint-Maur-des-Fossés,

situé près de Saint-Germain-des-Prés, et ne remit plus les pieds au châ-

teau de Saint-Germain-en Laye. Mais

comme

il

lui fallait

nonobstant une
la jiaroisse

royale demeure, elle ht construire Vliôlel de la Reine, sur

Saint-Eustache; puis tranquillisée par ces prudentes mesures,

elle oublia

dans

les

bras du cardinal de Loriaine

la

funeste prédiclion de l'astro-

logue.
<]e fut

au milieu des bals, des
esi)éce

fêtes,

des carrousels et des divertissel'hôtel

nnmls de toute

que se ht l'inauguration de
la joie

de

la

Keine.

Catherine avait soif de plaisirs;

deltordait de son

cœur;

elle était

belle, elle était puissante, elle pouvait à
l'I

bon droit se croire immortelle,
(piclle reine,

de plus elle était veuve. Quelle femme,
ixMilieur'!'

eut à

la fois

plus

(le

Lhôlel de

la

Heine

était Ierend(!Z-vous
la

de tontce

(pi'ily avait

déjeune,
el

de noble et de beau à

cour de France. A
la

la faveui'

du masque
les

du

travestissement, les chefs de

Ligue

y

(^ondoyaient

mignons de

Henri

111; et qui

sait':'

ce fut peut-être durant l'une de ces fêtes queSainl-

Mégrin puisa dans
(iuise,

les

beaux yeux

d<!

(Catherine de Clêves, duchesse de
la

cet

amour

(pii

devait causer sa mort; ce fut peut-être aussi à
portiêi'(;s

faveur d'une des lourdes

de brocard

(jui

fermaient l'oratoire

de

la

reine-mèi'e, (pu;

le

Halafre surprit
'.)

W

secret des deux amants.

Mais noussonnnes au
el

mai
;

ir»SS; la foule
i\\n-

encombre lesriws,

les places

tous les abordsihîl'hôtel

c'est (|ue le

de Guise vientde renlicrdans
111, el (|u'il est

l'aris,

malgré

les (u-dres

reit(''r<'s

de Henri

descendu hml

d'abord

à l'hôtel

de

la

reine-nn-re. Voyez, les portes s'ouvrent, Calheiine

KT l'OlNTK SALM-EIJSTACIIK.
lie

185
la

Médicis est dans sa cliaisc
:

;

le

duc de Guise,

a

pied, se lient a
la

pui-

liére

ils

vont ainsi tous deux, aux acchnnalions de

lonle, liraver le roi

dans son Louvre.

— EDOLi'PDMAY.'S^^^
Ce jour
fut leur

dernier jour d'orgueil et de puissance

à

tous deux.

Un

an plus lard, Ie5 janvier 1589, Catherine meurtenapprcnantrassassinat <le ce forcené ligueur; une fièvre violente la saisit, un prêtre est appelé,
et après

une longue

et

pénible confession, Catherine de Medicis expire
roi, (jui se

dans

les

bras de cet ecdésiaslicpie. C'était un prédicateur du
:

nommait Saint-Germain
chargée de dettes, et

la

prédiction de Huggieri s'accomplissait.
aii.^
;

Catherine avait habité son hôtel pendant quatorze
les créanciers

elle y

mourut

d'une des plus grandes, sinon des plus vertueuses reines de France, vendirent ce magnifique palais à Charles de Bourbon, comte de Soissons, fils du prince de Coudé, pour la somme de trente mille et cent écus.
a conservé jusqu'en 1763.
Il
Il

reçut alors

le

nom

d'bôtid Soissons, qu'il

n'était pas
la vie

an bout de ses vicissitudes; du xvr au

xviii'

siècle,

il

mena
ner,

élégante et dissipée d'un grand seigneur en train de se rui-

la trop célèbre comtesse de Soissons y donna des fêtes splendides, qui se terminèrent bruscpuMuent par l'intervention du lieutenant criminel et de la chand»re aidenle. Un sinistre rellet <lu bûcher de la

24

180

HALLE AU BLE

somplncux édifice. Vous empoisonnements de cette épo(|ne; tout le monde mourait empoisonné, parce ([ne; tout le monde croyait à un poison
Voisin l'f^pandit ses teintes rougeàtrcs sur le

savez l'histoire terrible des

invisible qui se glissait

dans

les familles,

chez

le

pauvre

et

chez

le riche,

dans

la

maison du bourgeois, dans du monarque.
Paris,

dans

le palais

du grand seigneur et jusque qui était tonte la France, était dans
riiôlcl
la

l'épouvante, et l'on
J'ai

ne parlait que des mystères de
Voisin
:

chambre ardente.
propos de

vous

nommé l'empoisonneuse la nommer la Brinvilliers; celle-là

il

n'est pas hors de

était
le

gante, spirituelle, qui passait son

temps

une grande dame, riche, éléplus doux à empoisonner les
et puis les

gens qu'elle aimait par une préf«>rence bien naturelle,

gens

qu'elle n'aimait pas, ce qui était encore plus naturel et plus simple.

Ma-

dame de

Brinvilliers

inventa

la

poudre de succession; nous

lui

devons

aussi une des lettres les plus charmantes, les plus cruelles, les plus im-

pitoyablement jolies de

madame deSévigné;

il

faut voir de quelle façon

l'adorable marquise nous parle de ces petites pincées de cendres.,., qui

ont été une

femme

!

Bientôt enfin, devenu succursale de l'hôtel de Nevers,
l'agiot

il

préluda par

des billets de
fait

la

banque de Law

à l'agiotage plus

immoral encore

qui s'y

aujourd'hui sur les farines.

Ce

fut le prince

de Carignan qui

offrit
le

au chancelier, dont l'hôtel était

situé sur la place

Vendôme

et

que

bruit des agioteurs

incommodait
conclure

sans doute, de transférer l'agiot à l'hôtel de Soissons.

Une ordonnance

défendit, sous prétexte de police, aux porteurs de billets de
ailleurs
l'hôtel

aucun marché. Le prince

fit

alors construire dans les jardins de

500

livres

quelques centaines de petites baraques qui, louées à raison de chacune, lui firent un agréable revenu de 500,000 livres par

an. Rien n'était plus curieux que l'aspect du jardin et de ses baraques à

certaines heures de

la

journée

:

il

y avait foule

;

les carrosses

des grands

seigneurs encombraient toutes les avenucis de l'hôtel; les dames y allaient

en chaises, et tandis que les maris jouaient à
toute nouvelle, mais cpie l'on regardait déjà
la

la

hausse,

les

femmes

s'a-

baissaient parfois jusqu'à sourire à ces petits agents de change de création

comme

les

dispensateurs de

fortune.

Le 4
ébranlé.
vable.

avril

1741,

la

mort
était

vint imu; fois encore

frapper aux portes de
le vieil

l'hôtel, et cette

fois elle frapjia si
il

rudement que
air lui ce

édifice

en fut

On

le sait,

du bel

temps-là de mourir insol-

A

peine Victor-Amédée de Savoie, prince de Carignan, dernier
le

propriétaire de l'hôtel Soissons, reposait-il dans

caveau de sa famille,

que ses créanciers s'abattirent sur cette belh; et riche proie; mais, oh! honte, l'hôtel Soissons, mis en vente, ne trouva pas d'actiuércur, et les
créanciers, impatients de
la

curée, mirent la

main

à leur

œuvre de dé-

ET POINTE SAINT-EUSTACHE.
niolition.

187
la

Faute d'acquéreiiis
la

ils aiiraiciit scié,

les

Vandales,

Vénus de

Médicis ou

Madeleine

«le

Canova, pour en
!

faire

des tablettes de che-

minée

et

des socles de pendules

Les magistrats, qui avaient

laissé

démolir l'hôtel Soissons, achetèrent

son emplacement pour y élever la Halle au Blé; puis, fiers sans doute de tant de générosité, ils voulurent éterniser le souvenir de leur magnificence. La postérité apprendra donc, grâce à eux
,

que MM. de Viarmes,
ont voulu se faire un

de Sartines, Oblin, de Varennes, Babille, de Vannes et Mercier, sont seuls

coupables de

la

destruction de l'hôtel Soissons;

ils

piédestal de ses ruines; l'art indigné le change en pilori.

Pourtant
c'est

si

quehpie chose peut pallier cet acte de vandalisme sauvage,
l'idée qui a présidé à la

assurément

construction de

la

Halle au

Blé.
L'initiative

du projet appartient à M. de Viarmes, alors prévôt des

marchands,

et à

MM.

les

échevins que nous venons

de nommer. M. de
agréer au

Sartines, lieutenant-général de police, que ses fonctions mettaient plus

souvent en rapport avec
et

le

maître, eut

le

mérite de
le

le faire

roi,

M. Le Camus de Méziéres, qui en avait dressé

plan, fut appelé à en

diriger l'exécution.

A

tout prendre,

l'hôtel

Soissons une

fois détruit,

ce qui restait de

mieux
dans

à faire c'était d'en utiliser l'emplacement.
il

Déjà depuis longtemps en France
les idées et
les palais

se faisait

une grande révolution

dans

les

mœurs;

les

préjugés s'en allaient insensible-

ment;

ne pouvaient rester debout longtemps encore. Déjà l'on

commençait à faire la cour au peuple; bon peuple, (juc l'on flatte en lui donnant du i)aiu En ITT'i l'inauguration de la Halle au Blé fut donc, en quelque sorte, un mouvement politique c'était, sous une autre forme, h) reconnaissance tacite des droits du tiers-état. Sous ce })oint de vue, la Halle au Blé et les rues qui l'environnent ne sont pas entièrement dépourvues d'intérêt. D'ailleurs, parmi ces rues plé!

:

béiennes, issues d'aristocratiques décombres,

il

en est une qui mérite

une mention particulière.

On comprend que nous
En

voulons parler de celle

(jui s'est

placée sous

le

patronage de M. de Sartines.
sa qualité de lieutenant-général de jjolice, Antoine
était certes à cette
le roi

Gualbert de Sartines

de tout Paris, sans excepter

Raymond Jean époque l'hoinme le plus inihient lui-même. C'est qu'il réalisait merveille

leusement bien France

la fable

tout, est partout.
et

— qui sait tout, qui voit tout, entend — C'était, en un mot, l'homme mieux renseigné de
du
solitaire,

de Navarre, et

A M.
(pialors

de Sartines a
le

ami précieux, dangereux ennemi. commencé seulement la police en France. Justel,

comme

système se

riMluisail à

{\i'\\\

choses;

les

lettres de

cachet

cl

188
le

hallp: au blé
les

gueule miil;

unes étaient pour

l'utile, l'autre

pour l'agréable. Les
;

lettres

de cacliet servaient à mettre

les
a

fâcheux

à la Bastille

le

guet serfolie

vait à se faire rosser.
xviii^ siècle.

Bosser

le

guet

longtemps

été la

suprême
la

du

M. de Sartines inventa

les fonds secrets à

une époque où

pudeur pu-

blique n'était cependant rien moins que farouche. Jugez alors et de la

source et de l'emploi de pareils fonds. Chaque maison de jeu, chaque lieu de débauche, payait à
la ville

une redevance qui servait
la

à solder la police.

L'impôt du vice perçu par l'infamie,

source était digne de l'emploi!

Qui

fit

mettre à l'index
,

le

Contrat Social et les Lettres de la Montaigne?

M. de Sartines

ce

même

M. de Sartines qui, étant ministre de la marine,
faire

ne trouva rien de mieux à

pour

la

guerre de l'indépendance qu'un
:

surcroît de dépense de douze millions, qui lui valut l'épigramme suivante
J'ai

balaye Paris avec un soin exlrème,

Et, voulant sur la
J'ai
\

endu
l'on

si

clier

mor balayer les mes balais

Anglais,

Que

m'a balayé moi-mônie.

Un homme

aussi répandu et surtout aussi populaire que l'était M. de

Sartines devait nécessairement donner son

nom à une rue créée et mise au monde par sa toute-puissance. Mais n'est-ce pas une chose digne de
remarque,
(pie la

rue

la [)lus

mal famée

et la

plus immorale de ce quar-

tier fut, vers la fin

tines avait

rue à laquelle M. de Sardonné son nom pour lui servir d'égide. La débauche devint l'hôte privilégié de la rue de Sartines chaque maison logeait au moins, à chacun de ses étages, l'un des sept péchés
siècle, cette
:

du xviW

même

capitaux. Jour et nuit l'orgie chantait par ses fenêtres ouvertes, laissant
flotter ses

rideaux au dehors,

comme un
,

ivrogne débraillé laisse flotter

son jabot taché de

vin. Bientôt la

contagion gagna de proche en proche.
,

Autour des rues de Sartines de Viarmes de Yarennes, Oblin et Mercier, vint se grouper une po|)ulntion hideuse, que la misère conduisait au vice et le vice au crime. Toule la corruption de bas-étage, la jjrostitutiou <|ui a froid et (pii a faim, s'inféoda à ce quartier,
la

dont

le

centre est

Halle au lUé, et

(pii

eut sainte Af/nès pour patronne. Cela a existé, cela

existe encore, cela existera

longtemps ainsi
farine.
la

,

comme
i>our

si

Dieu voulait, afin

d'éclairer ces ténèbres, que la pudeiu'
vînt ex|)irer sur des

vendue

un morceau de pain

monceaux de
xiii'

.\ous venons de
rail

au

nommer commencement du

sainte Agnès;

vierge [)udi(pu^ (pn^ l'on ado-

siècle avait sans doute prévu les débor-

deiT^pnts futurs de ce (piarti(M\ puisipi'elle

ne

lit

que poser

à

peine

le

bout
|)ar

de ses pieds de n)arbre sur l'aulel (ju'ou

lui avait élevé.

Scandalisée
souf^

avance de tous

les damiiiiblcs nnM'ails (pii devaient

s'accomplir

ses

ET
yeux,

OINTE SAINT-EUSTACIIE.
céda
la
«le

189

elle iléployii ses ailes el
le

place, en 12'25, h un sainl

moins
el «pie

scrupuleux, canonisé sous
tellement prol)lémali«|ue «jue

nom
il

saint Eustaclie

,

sainl «l'origine

la

légende reste mutitle à son égar«l,

certain curé de la paroisse dont

est le patron disait en parlant

dun

savant docteur, grantl dénicheur de réputations usurpées et de canonicats

douteux
lui ôte

:

«Lorsi{ue j'aper(;ois M. de

Launoy
»

(c'était le

nom du

savant), je

mon chapeau
qu'il

hien has et lui tire de grandes révérences, afin qu'il

laisse tranquille le saint de

ma
il

paroisse.

Quoi
étroit et

en soit de l'orthodoxie du hienheurenx saint Eustache, touexistait prés des Halles
la

jours est-il que, dés 1254,

dans

le

carrefour
la

dangereux, formé par

rue du Jour,

la

rue Montmartre et

rue

des Pronvaires, une église paroissiale, précédemment consacrée à sainte

Agnès
l'ois

et bâtie sur
le culte

l'emplacement d'un ancien temple de (lyhèle. Cette
chrétien s'élevait sur les ruines du paganisme.
la

encore

De temps immémorial,

paroisse Saint-Eustache fut un centre d'op-

position, où toutes les dissidences religieuses, toutes les
laires, toutes les querelles politiques

rumeurs popu-

eurent de l'écho.
le

D'abord ce furent d'interminables différends entre

curé de cette pail

roisse et le doyen de Saint-Germain l'Auxerrois, dont

n'était

en quel-

que sorte que
le

le

fermier.

La plupart des curés de Paris exploitaient ainsi

paradis et l'enfer au profit des grands seigneurs ecclésiastiques. Mais

en dépit de ce vieux proverlie, qui préfend qu'// faut être foupour vire euré
de Saint-Eustache
,

nous aimons

à croire

que

la

vigne du Seigneur était
si le

déjà d'un entretien facile et d'un excellent rapport, car
graissait à vue
d'«i'il,

maître en-

en retour l'esclave ne maigrissait pas.
les bénéfices

Tandis que
la

les

deux compétiteurs se disputaient ainsi
de
la

de

messe,

les produits
la

confession
lits

,

les
,

dragées du baptême et les
survint un troisième larron

aubaines de

bénédiction des

nuptiaux

qui les mit promptement d'accord.

Un moine de l'ordre de Citeaux, grand pâle, décharné, visage livide, accompagné d'une barbe inculte, d'où sortait une v«)ix grave et retentissante, venait «l'arriver à Paris, traînant à sa suite une horde de bandits
,

fanatisés

composée de près de cent mille hommes,

et «(u'on a[)pelait les

Pastoureaux. Cet imposteur effronté se nommait Jacob
le
:

il

se disait renv«)yé de Dieu,
la

précepteur des anges
il

et

le

cousin de

la

Vierge Marie à

mode de
«le

Bretagne;

était

venu sur terre prêcher une sainte croisade composée
lavait

bergers, de cultivateurs et de gens du peuple, el ne marchait «pi'entonré

de cette multitude sauvage
C'était à

«pii

surnommé
«pie «c
si

le

maître

«h* IIongri«'.

coup sur un maîtie fripon

moine Jacob, mais
pour
le lien «le

la l«'r«l'a-

reur

«pi'il

inspirait, lui et sa
II

bande, était

giandr ([u'on n'osa pas

bord

riM(pii('t«'r

choisit l'église Sum'-Kuslaclir

ses pré-

190
tlications,

HALLE AU HLE
eu chassa
les

prêtres, en

lit

assassiner (juelques-uns sur les
si

marches mêmes de
que
les

l'autel, et inspira

aux Parisiens une

grande terreur
s'at-

maîtres de l'Université se barricadèrent dans leurs collèges,

lendant de jour en jour à quelque effroyable massacre; par bonheur, ce

débordement de barbares n'eut pas d'antres
et les

suites;

un beau matin Jacob
les

Pastoureaux s'en allèrent
,

comme
,

ils

étaient venus, emportant seu,

lement par distraction

sans doute

les vases sacrés

ornements du

culte et tout ce qu'ils trouvèrent de précieux à Saint-Eustache.

A

vrai dire, la perte

ne

fut

pas bien grande, car l'église était pauvre et

modeste. Ce fut seulement en 1552 que Jean de La Barre, prévôt et lieutenant du gouvernement de Paris, posa
actuelle; plus d'un siècle
la

première pierre de

l'église

s'écoula

avant qu'elle fût achevée: c'est

ce qui explique l'originalité de sa construction. L'aspect général de cette

œuvre

est sévère et imposant,

malgré l'opposition des deux genres d'ar-

chitecture sarrasine et greciiuc qui s'y trouvent réunis. Cette église appartient par son style au genre dit gothique fleuri, et mérite d'être clas-

sée parmi
l'intèriei^r

les

plus curieux

monuments de
la

la

transition; mais

c'est

surtout qu'il convient d'admirer;

voûte, dont l'élévation est

prodigieuse, est soutenue par des faisceaux de colonnettes qui montent

avec une merveilleuse hardiesse; on dirait des fusées de granit, s'élan-

çant du sol jusqu'au cintre, où elles éclatent en culs-de-lampes délica-

tement sculptées, en fleurons
l'on

et

en gracieux pendentifs. Mais ce que

admire plus encore, ce que Ion admirera toujours

comme un

véri-

table chef-d'œuvre, c'est le petit portail de la rue des Prouvaires, auquel
il

ne

manque qu'un peu

plus d'air et de jour pour disputer la palme aux

plus riches sculptures de ce temps-là.

Sous ce portail festonné
vre
thérien; ce seul

comme une

dentelle, périt assassiné

un pau-

écolier (ju'une vieille dévote fanatique traita publi(iuement de lu-

mot

fut

son arrêt de mort, et ce mol
le

était

une calomnie.
Saint-Barlhé-

Les prédicateurs préparaient ainsi

drame sanglant de
:

la

lemy;
pas
le

il

ne pouvait en être autrement

Catherine de Médicis n'était-elle

premier marguilli(!r de

la j)aroisse
:

Saint-Eustache

!

L'Eglise se souvient de loin
frérie; (h;

Saint-Eustache n'a pas oublié que
les

la

cons'est

Saint-André, instituée par
ses luifs

agents du duc

(h;

Bourgogne,

élancé

(h;

se rappelle la

pour v(»l(!r au niassacre de la faction d'Armagnac; elle dateduOjuinl ils, où cha(|ue confrère, la tète couronnée de
une; fête, prêta

ros(;s,connnepour

sermcntd(! ndélité au duc de Bourgogne.

C'était en eiVet le riant jtrologue d'une fête sanglante (pii

jouis aj)rès, et dans kupuîHe
le

chancelier de Marie et

se; donna trois comte d'Armagnac, connétable de France, révê(|U(! de Coutances furent im|)itoyableinent

le

massacrés. Cuidés par maîti'e Ca|»p<'luche, bourreau de

i'aiis et

favori

du

(lue, les

uicinhicrs

|M-u('lrcrciit

dans

les

prisons, incendiêrcnl celles

ET l'OI.NTE-SAI.\T-i:USTACHE.
qu'ils

191
,

ne piiront forcer,

et, liiaiil tout

ce

(|ii"ils

rciicoiilniiciil

niirctil vé-

ritablement Paris à feu et à sang. Us préludaient ainsi
distance, aux massacres de se[)lemlu'e
;

a (pialre siècles el

de

lldurgnignnns

Septembriseurs
les actes

étaient dignes de leurs chefs: Cap})eluche était frère de Marat.

Nous n'en

finirions pas

si

nous voulions évoquer tous
le

de

fé-

rocité dont le parvis de l'église Saint-Eusiaclie fut le théâtre.
toire des vieilles églises

Dans
la

l'his-

de Paris,

sang vous mouille parfois

cheville;

à

Saint-Eustachc

il

y en a jusqu'au genou.
à dire est

Par bonheur, ce qui nous reste
lugubre;
le

d'un genre beaucou}) moins

burlesque se trouve souvent
la

à côté

de Ihorrible.

Les confrères de

Passion

,

ces joyeux paroissiens du curé de Saintla

Eustachc, vinrent égayer parfois

sombre monotonie de ces sanglantes
dans son
(piar-

chroni(pies:lc bruit des grelots succède aux sons plaintifs du tocsin.

Depuis que
lier,

les confrères de la Passion s'étaient installes

d'abord à l'hôtel de Flandres, rue Coquillière, ensuite à l'hôtel de
intel-

Bourgogne, rue Mauconseil, jamais curé ne vécut en plus mauvaise
ligence avec ses ouailles que

René Benoît, curé de Saint-Eustache, avec
et continuel

ces comédiens.
C'était entre
ries fort

eux un touchant

échange de

petites la(piine-

peu

édifiantes.

En

ce temps-là, les théâtres
le

n'étaient pas précisément ce qu'ils sont

aujourd'hui,

public ne venait pas
(ju'il

toujours prendre son liilletàla

porte, par lexcellenle raison

n'y avait pas de billets.
il

Que

faisait le

théâtre alors? Personnifié dans son directeur,

mettait sur ses épaules

un tambour retentissant,

s'en allait chercher son public au jjiemier carel

refour venu, et l'alléchait à grand renfort de in-omesses pom[)euses

de

roulements décaisse qui manquaient rarement leur

effet.

La pointe Sainl-

Eustache
tel

était l'endroit

adopté de pr(''ference par

les
et

couK'diens delhômainlefois les bons

de Bourgogne pour leurs perio(li(pu's appels,

bourgeois de Paris, se rendant aux (dlices du dimanche, interrompirent,

sous
aller

le

porche

même

de l'église, leur
les

signe;

de croix connnence piuir

entendre de plus prés

facétieuses

annonces de Jean Serre ou
le

de Jean du Pontalais. Ce Jean du Ponlalais devint
l'hôtel de

principal acleui- de

Bourgogne;

il

était à la fois auteur, acteur, souflbMir,

machi-

niste et aboyeur de son théâtre, et l'héritier direct de Pierre Gringoire,

autre célébrité du théâtre des Enfants sans souci.

Un

jour, Pontalais vint battre la caisse jusque sous la gargouille de
le

Saint-EusIaclK-;
éleva la voix
;

curé,

bruyamment interrompu au milieu de son prône,
fort.

Pontalais battit plus

Impatienté,
:

le

curé descend de sa
a fait si hardi

chaire en grande hâte et va droit à Pontalais

«

Qui vous
»

de

jouer du tambourin peiulaut que je prêche,
déconcerter,
lui

lui dit-il':'

Pontalais, sans se

répond

:

..

Oui vous

a

l'ail

si

hardi de prêcher tandis (pie

ID'i

II

AI.

LE

Ali

HLÈ
le liiinlM»iir,
la

je Uinibouriiie

':'

»

l.c

curé rurieux crève

Poiilaljiis

exiispere
,

court a|)rès

lui et

soulevant de ses deux mains

caisse edoudree

il

eu

-lai

''»

coille le

pauvre curé,

(jui

reparait dans ce grotesque é(piipagc aux yeux

ébahis de ses paroissiens.
Pontalais se retira triomphant, mais peu de temps après René Benoît
tut bien

venge; défense
d(>

l'ut

faite

aux conu'diens de

l'hôtel

de Bourgogne

d'ouvrir les portes

leur théâtre avant (|ne les vêpres fussent achevées.
(pii

Ainsi se termina ce dilVerend,

ne prouve rien, du reste, contre les
k'i.il

goûts artistiipies et littéraiies du curé de Saint-Euslache. Loin de
y a

peu d'églises aussi riches eu monuments funèbres
lillcraiics, s'il est

et surtout

en mo-

numents
en
\

ture, le ]»oete l)el-esi)rit
l('»r)0,

permis de parler ainsi des tombeaux de Voimort eu l(»i8, du grammairien Vaugelas, mort du poète Benserade, du ministre Colbert, d'Antoine Furetière
lille

de l'Académie française, de Marie de (lournay,

adoptive de Michel
das Essais, rassem-

Montaigne,

à hupu-lbs luuis dev(Uis l'admirable

livre

blés et i)ubliés par elle.

Là encore

fut «'ulerré thevert,

pour lequel d'Atransci'ire
ici

lembert composa une é))itaphe très-remar(|uable, modèle de simplicité et
d'élo(pu'nc(î
«
,

(|ue

nous ne pouvons résister au désir
,

d(;

:

(ligit

Fraïu'ois (Ihevert

commandeur, yrand'croix de

l'cudic de

m

ET l'IMM'E SALNT-EUSTACIIE.
» »

11»'.

Sainl-Loiiis, clievallicM" de l'Aigle blanc de

Pologne

,

«gouverneur de
roi.
il

(li-

vetet de Charleniont,
»

li(

iitenan(-<;éneral des

armées du
malgré

Sans aïeux, sans fortune, sans

api)ui, orphelin dès l'enlance,
;

entra

»

au service dès l'âge de onze ans
mérite, et chaque grade fut
le

il

s'éleva

l'envie, à force
le

de

»
»

prix d'une action d'éclat;
,

seul titre de
à l'exemple

maréchal de France
de ceux qui
» Il

a

manqué non pas
le

à sa gloire,

mais

»

le

prendront pour modèle.

était

à

Verdun sur Meuse,
»

2 février 1G99;

il

mourut

à Paris,

»

le

2i janvier 17G9.
et

11

est impossible de dire plus de choses en

moins
la

de mots

en meilleurs termes.
les

Maintenant que nous avons exploré
Halle au Blé et
qui
la

deux pôles de notre sujet,
la

pointe

Saint-Eustache, gravissons
la

spirale de pierre

monte au sommet de
le

colonne de Médicis,
le

jetons un rapide coup-d'œil sur

quartier

(pii

et de ce point culminant nous environne.

Derrière

cercle ((ue

nous avons tracé,

à l'extrémité de la rue Oblin.

commence
jour.

la

rue du Jour, où Charles VI
il

lit

construire une maison,

des

écuries et un jeu de ])aume, et dont

fil

[)eudaut (pielque temps son sé-

De là lui Eustache est
roi

est
la

venu

le

nom

(ju'elle

porte; de l'autre côté de Sainf<le

rue des Prouvaires; les prêtres

Saint-Eustache

(|ui

l'habitaient au xiir' siècle lui ont

de P(utugal, étant venu à

donné leur nom. En 1470, Alphonse V. Paris, Louis XI le logea dans la rue des
Laurent llerbelot.
la

Prouvaires, chez un épicier

nommé

Ici c'est la
la

rue des
la

Deux Ecus,

là c'est la
(|ui

rue du Four; partout c'est

honte,

misère et

prostitution,

se cachent
la

aux angles de Saint-Eustache,
:

comme dans
,

les carrefours

de

Halle au HIé
llalh;

c'est

par

là (|ue

nous terminerons.

Comme «euvre d'art, la nulle; comme monument
placée.

au Die est plus

(pie

médiocre

elle est

d'utilité publi{|ue, elle
[)as les

Nous ne répéterons
à la

ne })ouvaitétre plus mal éloges exagérés qui ont été décernés

au choix des pierres et
struction.

qualité des briques employées dans sa consa coui)ole, les (jues-

Nous nous garderons bien de parler de
et

tions de diamètre et de circonréreuc(^ ne sont pas de noti'e ressort; (pu;

M. Le (]amus de Mezières
bies géomètres
(bile

MM.

Craïul et Molinos soient de remanpia-

et des

architectes de talent, ncuis

sommes
la

bien

loin
;

trouver mauvais, atteudu(|ue cela nous est parfaitement indilfercut
(|ue

mais ce
soit

nous nions

d(;

toutes nos forces, c'est (pie

Halle au Die

une (Puvre

d'art, et ces messi(Mirs

des artistes.
le

Nous doimcrioiis
(U
si

toutes b^s |)ierres, toutes les briipies, tout

cuivre

tout

le

zinc, et tous les vitraux par dessus le
à la

marche,

(pii

doiiueiit

une

grande importance

Halle au Blé, [tour celle elegaiile colouiic de
loiil-à-l'heiire
;

Medicis dont nous parlions
La demolilioii de
l'iiôlel

et à ce sujet,

un dernier mol.
le

Soissoiis allait être achevée, déjà
liullaii,

marie,
Ai'>

s'abattait sur la frêle aiguille de

loistpruii amaleiir éclaire

llli

HALLE AU BLÉ,
imliyiii!'

etc.
l'achetei'. (a'11(! co-

arts,

d'un pareil sacrilège, se présenta pour

lonne

lui fut
a

adjugée pour
le

la

somme

de (|uinze cents
(jni

livres.

On

immortalisé

nom
,

des magistrats

sont restés s|)ectat('nrs
l'ouldi le

muets de

cette profanation
:

on n"a rien

l'ait

pour sauver de
dû.

de ce protecteur des arts

c'était
ici

M.

l'(;tit

de Bachaumont; nous
lui est

nom sommes

henren.x de pouvoir lui rendre

riionm-ur qui
gloire.

Voilà donc ce que c'est que

la

On aura vu
la

se succéder vingt
la

générations de rois; on aura servi de séjour à

reine Blanche,

dame

au doulx
jolies

rcijard, abrité la
xv"^

pécheresses du

démence de Charles VI et le repentir des plus siècle; on aura fait de la nécromancie avec la
d(î la

reine Catherine, de la chimie avec la comtesse de Soissons et

linance

avec

le

prince de Carignan

:

et

de tout cela

il

ne restera rien, rien qu'un

(piartier fangeux, bruyant,

mal

aéré, des rues sombres, encoml)rées d'im-

mondices,
après tout,

et wnc, halle
le

où s'accomplit chaque jour, sur une denrée de
;

nécessité première,
il

plus scandaleux agiotage

car

la

Halle au Blé n'est,
les

faut bien le dire,

que

la

bourse des farines. Tous

abus

de

la

coulisse se sont glissés dans son sein, les ravages de la tin de mois

s'y font sentir, la

domicile. Rien n'y
ni les plus

vente à prime et la vente à livier y ont fait élection de manque, en un mot, ni les plus scandaleuses fortunes,
si

épouvantables désastres. Encore

c'était tout;

qu'importe,

en

eflèt,

quelques méchants millions plus ou moins gagnés, plus ou moins
le

perdus, plus ou moins volés!
(pii

mal

n'est pas là

assurément; mais ce

est important, ce qui est

immoral, bien plus, ce qui est im})olitique,

c'est
la

que

le

prix

du pain augmente ou diminue en raison delà hausse ou de
eux; mais que
le

baisse imprimée aux farines. Queles spéculateurs se ruinent du jour au
libre à

lemlemain,

pain, la seule nourriture

du pauvre,
(pie l'on
il

devienne un objet de luxe, voilà ce que l'on devrait prévenir, ce
devrait empêcher. Le penjjle a un appétit robuste
gerait des bastilles: donnez-lui
:

(pumd

il

a làim,

man-

donc du pain!

Cb. Rouget.

NVf.LlDES.

nois

noms

glorieux de notre liistoire

nationale devraient être gravés en
lettres d'or

snr

la

porte d'entrée de
:

l'Hôtel

des Invalides

Henri IV.
la

pour avoir en, le premier,
d'ouvrir

pensé(!

un noble refuge aux défenseurs du pays; Louis XIV, pour en avoir fait un des plus majestueux monuments de son royaume Napo;

pour s'en être préoccupé vie. et pour l'avoir, après toute sa
léon, enfin,

sa

mort,

comme

sanctifié

par sa

dépouille.

Celui qui criait aux siens pendant
les
vile

rudes combats de la guerre ciSauvez les Français, et main:
'<

basse sur l'étranger;

»

celui-là de-

vait concevoir la sainte
Irir

pensée

d'ol-

un

asile

aux militaires

rpie l'âge

ou

les blessures

condamnaient au

repos. Mais le Béarnais trouva les coffres de l'Etat épuisés aussi pla;

ca-t-il

dans une modeste demeure
rue de l'Oursine les soldats

de
^^^^^

la

mutilés par Mayenne ou par rt:s|)aiïuol. Louis Xlll, son fils, les trans-

't^

au cliâleau de Bicetre, et Louis XlVji'ta, en U>71, les fondements de cet liôtel, qui n'a pas
[lorta

son pareil en Europe.

i<)(i

ESPJ.A^AhK
(les

im:s

invalides.
a

Lo sort

défenseurs du
fixé.

pays conuri(;nça alors seulement

èlic

lionorahlenient

Avant, ce jour, les abbayes, les prieurés contribuaient à nourrir, à entretenir, à loger, les vieux soldats.

Tout uionaslère en

recevait

un certain

nombre; mais un devoir ridicule ou humiliant leur était imposé en retour;
ces
ils

étaient obligés de sonner les clocbes pour éveiller les moines;

clairon et du tambour,

avaient été réveillés si longtemps au sou du moins considérés que les sacristains, moins estimés que les suisses de paroisse, dans leurs mains le balai remplaçait le fusil qu'ils avaient noblement porté. Honneur au petit-tîls de Henri IV pour

hommes

d'épée

,

(lui

avoir relevé le vieux soldat de ces humiliantes nécessités!
L'édit de fondation de

l'Hôtel des Invalides parut en 1674;

il

mérite

qu'on en

cite

des extraits. La France était toute saignante encore de

glorieuses blessures, et elle allait s'engager de nouveau dans une guerre

formidable. Louis XIV, dira-t-on peut-être

,

avait intérêt à se

montrer

généreux envers
reconnaissance

les soldats vieux

ou mutilés, puisqu'il en appelait de
si

plus jeunes à de nouvelles chances. Qu'importe
il

dans ce grand acte de
rois ne font pas tou-

entrait

un peu d'égoïsme! Les

jours de grandes choses, alors

même

que leur intérêt particulier
qu'il n'était pas
la

marche

d'accord avec l'équité.
«
a

Nous avons estimé,

dit le

monarque,

moins digne
la

de notre pitié que de notre justice, de tirer hors de
mendicité les pauvres officiers et soldats
vieilli

misère et de

))

de nos troupes qui, ayant

»

dans

le

service,

ou qui, dans

les

guerres passées, ayant été
cpi'il

»
»
»

estropiés,

étaient hors d'état de pouvoir vivre et subsister; et

était bien raisonnable (|ue

ceux qui ont exposé librement leur vie
défense et
à
le

et

prodigué leur sang pour
jouissent du repos
({u'ils

la

soutien de cette monarchie...
et

» » » » »

ont assuré

nos autres sujets,

passent

le

reste de leurs lours en tranquillité

A

l'efl'et

de quoi, et pour suivre

un

si

pieux et
si

si

louable dessein
si

et,

mettre

la

dernière main à un ou-

vrage

utile et

important, nous avons donné nos ordres pour faire

bâtir et édifier

ledit hôtel royal,
ville

au bout du faubourg Saint-Germain

»

de notre bonne

de Paris.

»

On

fit

trois classes d'officiers et soldats,

pouvant être reçus.

La première classe comprenait ceux qui avaient servi vingt ans. La deuxième classe, ceux ([ui, après avoir rempli deux engagements de six ans, se trouvaient par leur âg(^ ou leur mauvaise santé hors d'état
de contiinuîr
le

service.

La troisième enfin, ceux (pii étaient estropiés ou grièvement blessés, sans avoir égard au temps pendant lequel ils avaient servi.
Il

est inutile d'entrer

(pli,

de|)uis ccîtie épo(|ue, a été

dans de plus longs détails sur inie organisation considérablement modifiée. Dans le prin-

KSPLA.NADI':

HF.S

INVALIDES.
liien loji''^:

107
il

n\)0, le cuire des invalides rrsi(}<>uts

s'élevait a (jiialre (»n cin<| mille;

y a place aiijoiinrimi

pour sept mille pensionnaires,
fr.

'"•'"

nonrris, bien cliauiïés, entretenus avec soin et recevant

les olliciers,

10

fr.

par mois, et les soldais
plus Souvent

l

pour leurs

mciiits

hcsoins.

i;ilôtel des Invalides seml)leèlrer<'lal)lisscment national

que Louis XIV

allectionnait
l'y

le

il

s'y

rendait incognito

;

(picl(|iierois sa c(tur

suivait en grande

pompe.
:

Son dernier
..

témoigne encore de cette prédilection « Outre les de notre différents établissements que nous avons laits dans le cours
son])ir

.)

règne
l'Ktal

(dit-il

dans son testament),

il

n'y en a point

(|ui

soit plus utile a

..

»

que celui de l'IIÔtelroyal des Invalides... Toutes sortes de motifs soutenir doivent engager le dauphin et tons les rois nos successeurs à le
accorder une protection particulière. Nous
est en notre pouvoir.
(pii a
»

..

et à lui

les

y

cxliorlons

«

autant

(pi'il

Coustou

le

jeune,

tiérement cami)é Louis

XlVa

cheval, au-dessus

piédestal, de la porte d'entrée, a donc eu raison d'asseoir aux angles du plus statues colossales de Mars et de Minerve, les ligures et dominant les

modestes de

la Justice et de la Prudence. milieu de Situé à l'extrémité du faubourg Saint- Germain, prescin'au centre de l'ancienne place de Grenelle, non loin du llenve qui baigne le

Taris, sur

rilôtel

un peu élevé et dans une magnilique |)osition, des Invalides occupe une surface de 5 hectares, itiO ares. un
terrain
les dessins

de Libéral Bruant, s'élevaient ces fortes mula guerre. railles, les jeunes et les vieux soldats ne craignaient plus tant récompense les braves: blessés, le « Morts, disaient-ils. Dieu là-haut

Lorsque, sur

roi à Paris

nous

bâtit

un

palais.

En avant donc,

et vive la France!...
ils

»

Le

clergé et les moines en furent seuls marris;
et leurs balayeurs d'église....
....

perdaient leurs

sonneurs de cloches

Jadis,
,

pour soutenir

.ses

jours

.

Dans un pays
I^e

ingrat

sauvé par son courage.
,

guerrier n'avait pas, au déclin de son âge
asile

Un

pour

vivre,

un lombeau pour mourir
le

:

l^'l'.tat

qu'il a

vengé daigne enfin

nourrir

!

La façade de l'Hôtel des Invalides a 108 mètres de long, dune extrémité à l'antre de ses pavillons; au centre, est la porte surmontée d'une forme cintrée où l'on voyait un bas-relief représentant Louis XIV, entouré

comme

le soleil

des douze signes du zodiaque;

en avant est

uni-

place en demi-lune entourée de fossés, revêtus en maçonnerie justpi'à hauteur d'appui. Là comme pour annoncer les hôtes du lieu, seize pièces
,

de canon présentent leur bouche tamponnée aux promeneurs iuolVensifs. Un beau page, tantôt borgne, tantôt manchot, tantôt jambe-de-bois.

198
nionle
la

ESPLANADE DES INVALIDES.
garde
à la grille d'entrée.

Derrière

lui

s'allongent
la

d(^

galanls

parterres symétriquement dessinés; et snr les côtés de

place, rpiel-

qnes invalides ratissent, bêchent, cultivent enfin des jardinets particu-

'«'^NTEUL

liers,
d(!s

on

la

rose fleurit pour
la

le

corset de leur belle; où grimpent aussi à
le volubilis tricolore.

berceaux treillages

gracieuse clématite et

Souviens-toi qu'Apollon a bâti des murailles,

El ne l'élonne pas que "Mars

soit jardinier.

Quittons cette place extérieure
luons
la

,

passons sous
;

la

grande porte,
la

et sa-

statue équestre
d(!

du royal fondateur

entrons dans

cour Napo-

léon, suivons

r(jul,(laus cette cour, lesglori(Mix débris de nos
le

armées

immortelles; voyons-les se glisser, vieux ou aveugles,
([uatre corps

long de ces

de bâtiments;
ils

écoutons
ils

retentir bnirs béquilles sur les

daibîs des

arcades;

montent,

descendent,

ils

vont et viennent

comme
((uatre

les

habitants d'une fourmilliére. Attention!

le

tambour bat;

les

réfectoires sont ouverts.

Là, au milieu

d(!

peintures à fresque,
tables rondes de

i-eprésentant d<;s victoires

du règne de Louis XIV, des
cnri(Mix,

huit couverts sont dressées, et cbaipuî soldat y vient prendre sa place

accoutumée. Alors commenciî un
l'aveugle arrive,

un intéressant spectacle
(pii lui

:

appuyé sur ré|)aule du manchot

sert

de guide, et

Ksplatuiilf!

il(;.s

Invalides.

ESPLANADE DES INVALIDES
le

199
(|ui lui

maiicliol trouve à sou tour

uu soldai

à lu

jambe de bois

coupe

les

morceaux Dans la bibliotluniue, au ceulre de '25,000 volumes, riche présent de l'empereur Napoléon, un cercle d'aveugles est formé, et un camarade leur fait la lecture. Toutes les fois qu'il arrive à la fin de la deuxième i)aii('.
et lui doiiue la becifuée.
«

tournez

», dit le

lecteur qui a laissé

ses deux bras

à

NVaj;rain

ou

à

Moscow; et un aveugle des Pyramides au commandement. Partout l'Hôtel des
la fable

est là, dont le doigt exercé obéit

Invalides oflVe

la

réalisatiiui

de

de V Aveugle

et le

Paralyti<iue

:

Je marcherai pour vous, vous y verrez pour moi.

Le secours mutuel

y est organisé; disons

mieux:

y est inspiié par

la

fraternité militaire plus

que par l'infortune et la nécessité. Ne sortons pas encore; jetons un coup-d'œil dans les vastes cuisines, où le feu pétille sous les marmites gigantesques, dont la crédulité procependant décuplé
les

vinciale a

dimensions.

Au

fait,

on peut croire
à merveille,

aux marmites de vingt mètres de circonférence, fonctionnant
(piand on croit à la tête de bois de l'invalide bon vivant.

Visitons encore, et avec un tout autre intérêt, les infirmei'ies où les

sœurs de
aux

la

charité ne cessent de prodiguer

le

dévouement aux malades,
;

vieillards,

aux plus infirmes des pensionnaires
desplans en

montons jus(iu'aux
France,
la

combles de

l'édifice, à la salle

relief des places fortes de

l'on ne pénétre qu'avec

une permission du ministre de
(pii

guerre; pas-

sons enfin à l'église... Mais non;
nera plus tard
;

le récit d'illustres funérailles

nous

y

ramè-

retourrions sur nos pas, à l'Esplanade

nous réclame.

On

est redevable de l'Esplanade des Invalides au
la

comte d'Argeuson,

ministre de

guerre sous Louis XV. C'est à l'ombre de ces quinconces de verdure, que les vieux soldats promènent leur rêverie
et

épais, c'est sous ces belles allées d'ormes, et de tilleuls servant de cadre à

de

frais tapis

:

comme aux
tranquille

héros d'Homère

de Virgile,

il

fallait

bien leur créer un
fait

Elysée. Cette esplanade silencieuse, où l'oiseau chante et

son nid,

comme

au fond d'un bois écarté,

le

peuple l'envahît plus

d'une
Paris,

fois, et

y laissa l'empreinte de ses pieds de géant. Est-il une rue de

un de

ses carrefours,

rieuse et sa date immortelle":'

une de ses promenades, qui n'ait sa page Une fois c'était le 14 juillet 1789
:

glo-

Trente-cinq mille hommes campaient sur
suisses occupaient
le

la

route deVersailles;

les

gardes
était

même

l'entrée de la place Louis
la

XV. Le prétexte
la

rétablissement de l'ordre public; l'objet réel,

dissolution des états-

généraux. Mirabeau, depuis quatre jours, avait rédigé
qui

fameuse adresse
des Suisses
;

demandait l'éloignement des troupes
proujeueurs dans
le

et

le

renvoi
le

Louis XVI avait refuse. La veille du grand jour,
avait sabré des

prince de Landiesc
et,

jardin

des Tuileries,

une heure

200

ESPLANADE DES INVALIDES.
ti'aiisrui'nié

plus lard, (lamille Desmouliiis avait
pirations depuis longtemps en présence

en cocardes aux cou-

leurs de l'espérance les lenilles des arbres du Palais-Uoyal.
,

Deux consdu

celle de l'aristocratie et celle

peuple, allaient se heurter enfin.

Le
levé,

soleil

(pii

devait éclairer la chute de
à

la Bastille

n'était pas

encore

mais déjà pointait

l'horizon de l'aris laurore de la liberté.
la

Deux

hommes

franchirent alors

grille

de l'Hôtel et gagnèrent, en conti-

L'un d'eux

nuant leur conversation commencée, les premiers arbres de rEs[)lanade. était M. de Sombreuil, gouverneur des Invalides; l'autre, un
le

courtisan dont
«

nom

est resté inconnu.

Dites au roi que je ferai

mon
la

devoir,

Monsieur; mais,

je

vous

le

répète, en Voulant faire naître

peur, on peut enfanter l'enthousiasme.

Le peuple
sité le lui

se forge des armes comme par enchantement quand la nécescommande, Annoncez à Versailles, Monsieur, que cent cincpunite

mille pi(pies ont été fabriquées en une nuit.

Des

pi(|ues, répondit l'inconnu,

en souriant avec mépris,

((ue
?

pour-

ront les picpies contre les canons et les fusils de M. de Besenval

— Mais
tricts

le

peuple sait où des canons dorment sur leurs atîùts;
fusils se trouvent

il

sait

où des milliers de

en dépôt. Deux députations de disrefusé de les donner aux députés

vinrent hier déjà réclamer les 52,000 armes à feu <pie renferles
si le

ment
mais
tent

souterrains de l'Hôtel;

j'ai

,

peuple vient
les

les

prendre

— \ous
ma

défendrez, M. de Sombreuil...

— Uni,

si

mesinvalides écouHier, après

voix...

Mais, portez mes craintes
j'ai

à Versailles...

avoir éconduit les deux députations,
les fusils les

imaginé de
parfait,

faire retirer

de tous

chiens et les baguettes.

— (^est

M.

le

gouverneur...
.

Voilà une ruse de comédie... qui rendra toute tragédie impossible.
récit en égaiera
rire. J'ai
la

Le
à

Cour.

— Patience,

Monsieur

;

ne vous hâtez pas de

donc

fait

descendre vingt invalides pour mettre

mon moyen

exécution.

H

n'en fallait pas davantage pour rendre dans une nuit

toutes ces armes inolfensives.

— Eh bien!

Monsieur, dans l'espace de

six

heures, vingt invalides de choix n'avaient désarmé ipu' vingt fusils
fusil j)ar six

— Un

heures

(!t

par individu! d'honneur, c'estpar trop invalide...
de Sombreuil
a

— Monsieur,
(|ue
je;

r('|)on(lit >l.

l'inconnu

cpii

de sa mauvais(! [daisanti^rie, libre à vous vous
ait fait,

(h;

réjouir la

riait aux éclats Cour avec le récit

et surtout avec h; j(!U

de mots

cpi'il

vient de vous
(pi'uii

inspirer... Ce|)(!ndant, n'oubliez pas (h; dire à
|>eut iiaitr(!,et (pie j'attends

Sa Majesté

diinger

des ordres.
les

»

Là-dessus

h;

gouverneur tourna

lalons au courtisan,

(pii

nuuila à

cheval et se dirigea Au vùlv de Versailles. D(!ux heures a|)iés cet enlrelien,
iiellc,

des rassenddenienis nondtreuv deboucbaieiil par
(le

les

rues de G n-

Narennes, de

l'ilniversile, cl envabissaienl

TEsplanade.

ESPLANADE DES INVALIDES.
11

201

dans celle expédition. Le procureur de la ville l'allronla courageusement, à la tête de quelques conipagnies de gardes françaises, rangées déjà sous la bannière des autorités révolutionnaires. Dans d'autres groupes moins pacifiques on distinguait les Iiahits
y avait

un danger

réel

rouges des clercs de

la

Basoche; mais
le

tueux

était celui

que conduisait

le rassemblement le plus tumulcuré de Saiul-Elieniic-du-Mont, ani-

mant du geste et de la voix ses fidèles paroissicms. M.deSombreuil répondit, comme la veille, au magistrat
taire des fusils,
il

ne pourrait
il

les livrer

<\i]ç déposisans l'autorisation du ministre
:

de

la

guerre, auquel
la

s'élailadressé; et

il

ajouta,

pour gagner du temps

sans doute, que

réponse arriverait dans une heure.
le

Hélait imprudent pour

peuple de se contenter de ce faiix-ruvani, en

face des préparatifs hostiles

Cette réflexion

une

fois

du maréchal deBroglieet de M. de IJesenval. exprimée à haute voix par un simple ouvrier, la
tendent
les

foule se précipite, franchit les fossés de l'hôtel, avec d'autant plus de
facilité

que

les invalides assiégés

mains

et les bé(|uilles

aux

assiégeants; on désarme les sentinelles, qui se laissent faire. Pour traîner
vingt pièces de canon dont on s'empare, on emprunte à M. de Somhreuil,

qui les livre sans se faire prier, les chevaux de sa voiture; enfin on descend dans les souterrains, au-dessous du dôme; on y trouve les fusils,

on

les

emporte au nombre de prés de 50,000,
la veille

y

compris

les vingt qui

avaient été désorganisés
térans patriotes.

par
le

Une

fois

armé,

paresseux des vingt vépeuple traverse l'Esplanade et se réles doigts

pand dans Paris; un grand nombre de vieux soldats

se mêlent à la foule,

l'instruisent en marchant, la dirigentmilitairement; et tout ce peuple va,
le

même jour,
le

faire contre les

murs de

la Bastille le

premier essai de ses

forces invincibles. C'est

mença
tilés,

donc sur l'Esplanade des Invalides que comgrand comliat du despotisme et de la liberté. Ces soldats mule

leurs canons, leurs fusils, figurèrent souvent à titres d'acteurs et

d'accessoires dans

magnifique drame de

la

révolution. Quant à lEsplale

nade,

elle fut

envahie, occupée, parcourue toutes les fois (pie
la

peuple de

Paris se rendit au Champ-de-lMarset à

plaine de Grenelle, où sedérou-

lérent(pielques-uns des plus pathétiqueslablcauxde cette sublime période.

Bonaparte rappela dans
rouchés;
et si,

le

feuillage de ce

quinconce

les

oiseaux

efla-

souvent alors, on les

vit s'envoler à tire-d'ailes,

c'est

que

les

canons des Invalides, replacés sur leurs
le

aflùts, avaient

pour mis-

sion d'annoncer à la France les victoires de ses enfants.

En
lieu

1804,
la

conquérant de

l'Italie

plaça le lion de Saint-Marc au nji!

de
le

grande allée de l'Esplanade. Hélas

il

resta seize ans à peine

sur

piédestal de Trepsat; mais Venise ne revit son palladium que

brisé en éclats, et c'est par

morceaux rajustés (pi'il est remonté sur sa haute colonne. La veille du jour où rAiitrichien devait nous l'enlever,
n-

26

m-1

ESPLANADE DES INVALIDES.
Un
connnc gardien;
et le

grues el cabestans avaient été dressés autonr du snperhe trophée.
invalide, selon l'nsage, fut placé là toute la nnit,

jour venu, quand
sous
l'eiTort

les poulies

tournèrent, quand les cordages se tendirent
soulevé un instant, tomba et se fra-

des ouvriers,

le lion,

cassa sur

le sol

de l'Esplanade. Le gardien de nuit n'aurait-il pas dévod'Italie

tement coupé avec son briquet

quelques brins du chanvre, qui
Restauration,

sembla se rompre sous

le

poids du bronze colossal?
la
le

Une gerbe de lys en plomb doré remplaça, sous
léger
filet

lion

absent; et du centre de chacune de ces tleurs coulait quehpiefois
d'eau, qui allait humecter
la
le

un

fond d'une grande vasque circulaire.
le

Après

révolution de juillet, un buste de Lafayette détrôna

bou-

quet de fleurs royales; et maintenant, buste et fontaine ont disparu.

Rien n'arrête plus

l'œil

sur

la

longue ligne qui va se ])rolongeant entre
la grille

des tapis de verdure et de belles allées, depuis
«pi'au ])arapet qui

de l'hôtel jus-

borde

la

Seine.

Nous n'en avons pas

fini

encore avec l'époque impériale; notre chro-

ni(|ue y doit puiser d'autres souvenirs....

Un

jour, les canonniers invaet

lides étaient à leurs pièces, écouvillon

en main

mèche allumée. Paris

attendait tout en émoi.

On

disait (pie le
la

docteur Dubois venait d'être ap-

pelé aux Tuileries; et aussitôt

foule d'accourir par toutes les avenues

sur

le

terre-plain des Invalides, entre les fossés et l'Esplanade.
!

l*lace

place au page de l'Empereur qui apporte
la

la

grande nouvelle
l'hôtel.

!

Et

le

page entra au galop de son cheval dans

cour de

Quel-

ques minutes après, une mèche allumée traça un demi-cercle
d'un
alfùt, et

à la droite

donna un baiser de
aussitôt

feu à la lumière d'un canon.

Le premier

(pii jacassait comme une un de ces silences imposants, solennels, qui s'échappent des foules immenses. Seulement, à chaque détonation, il bruissait un léger murmure, écho du bronze qui avait commencé à

coup

retentit; et sur cette multitude qui parlait,

femme bavarde, plana

parler.

On comptait

à voix basse

:

un... deux... trois... quatre... jusqu'à
le

vingt, limite fatale, car à ce
vait pas cessé.
tier nu*d(!,

nombre,

doute sur
et

le

sexe de l'enfant n'aavait

Encore une gargousse brûlée,
devait

Napoléon

un hériavait été

un successeur direct au trône impérial.
(pii

L'invalide

enllammer

la la

vingt-unième amorce

jadis le loustic du régiment. Voyant
qui brûlait dans sa main,
la
il

foule

suspendue au bout de corde
sur
la i)ièce,

l'abattit à faux
il

puis,

comme

si

mèche eût

été ])res(pH' éteinte,

l'approcha de ses lèvres pour
l'intervalle

la ra-

nimer en
reille

soufllant.

Pemlant ces évolutions calculées,
si

voulu
l'o-

entre deux détonations s'était écoulé et au-delà;

bien que Paris,

au guet, était consterné,
:

(^es

mots circulaient déjà sous

les ipiin-

conces

«

Vingt!

Rien

cpu' vingt!

(resl fini

,

c'est

une

fille!

Le buistir coupa court aux comineMtaii'es. Le vingt-unième coup de

f:Sl»LAiNAI)E
caiiuu cclaia;
les airs

DES IN VALIDES.
tic

20J

elduu bout

à l'aulre

l'Esplanade «m

cri s'claiiça

dans

:\ive l'Empereur! —Vive l'Empereur! répondirent de l'autre côté

des fossés les mutilés de l'Empire, Vive l'Empereur! dirent aussi les
blessés de Sambre-et-Meuse
;

et

de vieux soldats de Konteuoi poussèrent

aussi ce

cri

qui signifiait: Vive la France, glorieuse et respectée!...

Alors riiôtel en hébergeait encore plus d'un de ces braves militaires,
qui eurent l'honneur de servir sous Maurice de Saxe ou lUchelien. C'était plaisir

de les voir marcher fraternellement, appuyés sur un camarade
coulaient aux nouveaux venus l*ort-Mabon et LaufeU;
ils

de Hoche, ou sur un grognard d'Oudinot. Assis sur un banc de pierre

de l'Esplanade,
puis,

ils

quand

les

jeunes parlaient, quand
et les

disaient les envahissements

du torrent républicain
phrase banale

élans rapides de l'aigle inii)érial, les vieux

soldats de l'antiijue monarchie trahissaient leur admiration par cette
:

«

J'aurais voulu être là

!

»

Et

comme

le

brave Grillon,

ils

se seraient jjcndus

de regret de ne s'être pas trouvés à de pareilles

fêtes.

Ah!
<piaiul

le

poète avait surpris, sans doute;,
dire par

un de ces
:

naïfs entretiens

il fit

un soldat de l'ancien régime

Vieux compagnons, des hc^Tos d'un autre âge

Comme
De

]\cstor je

tous les jours

no vous parle pas; où brilla mon courage.

J'achèterais

un jour de vos combats.

Mais bientôt,

à ces

époques de joie universelle succédèrent des temps

^^^"^
de deuil. Un uialin, Paris au

^^^^^_

r.

'^"^--^^

desespoir viut sectuu'r

la

i:rille

des luva-

204
lides:
«

ESPLANADE DES INVALIDES.
Aux armes,
»

crie-t-on

!

Aux armes, vieux
au son de
la

soldats....

L'élrauger

est à la barrière.

Soudain,

comme

trompette du dernier

jugement, ces

nol)lcs débris

de nos légions secouent leur poussière, se

redressent, se cberclient, se combinent, et par tronçons réunis reconstituent des soldats complets, forment des pelotons, se groupent en batteries, qui

s'arment, marchent, manœuvrent, s'attèlent aux canons, les

traînent jusqu'à la route de Vincennes, jusqu'aux buttes Saint-Chau-

mont, jusqu'cà
des Invalides

la

barrière de Clichy; et là, de béquille ferme,
le

ils

défen-

dent Paris, sous

commandement de celui qui sera plus tard gouverneur
et

Dernier
le

sublime
!

ftiit

d'armes qu'ont popularisé

la

plume,

le

pinceau et
la

burin

Mais voici

grande journée de l'Esplanade des Invalides.
est en

Dès l'aube, tout un peuple
sont remuées;
vieilles
la

mouvement, toutes

les

imaginations
les

France entière est représentée dans sa capitale;

générations pleurent, les jeunes admirent. La nationalité fran-

çaise se réveille et se rattache à une grande

ombre qui
le
si

s'avance. Bonapetit caporal,
le

parte,

le

premier consul. Napoléon, l'empereur,

proscrit de Sainte-Hélène, tous ces grands

hommes

populaires revien-

même cercueil, après vingt-cinq ans d'exil! Les abords de l'Esplanade, l'Esplanade elle-même, dans la partie qui n'est pas interdite, tout est envahi avant le jour par des hommes, des
nentdans un femmes, des enfants qui affrontent une température de
Bientôt
le

glace.
;

dôme doré

des Invalides reflète des rayons éclatants

c'est

le soleil d'Austerlitz qui se lève! tout le

monde

l'a

reconnu

et salué.

Lui

aussi vient revoir son héros...

(Jliatiiii disait

:

quel beau tenq)»
le

1

Le

ciel,

toujours

protège'

A

dix heures,

s'ébranle.
jesté,
(pi'il

un coup de canon tiré de Neuilly annonce que le cortège Pendant qu'il s'avance dans tout son éclat, dans toute sa mapendant que Napoléon s'arrête sous cet arc-de-triomphe de l'Étoile
res|)lendissanle d'armes, d'uniformes et d'étendards,
;

fonda de sa main puissant»;; pendant que sur une longue ligne,
il

loul(!

passe sa

dernière levue

pendant que l'armée frémit
poids de
foule, jelons

et pleure,

que

les

gardes na-

tionales pri'sentent les arnu's, (pie les dra|)eaux s'agitent, (|ue les ponts

gémissent sous
planade, dans

le

la

la

cour intérieure de
pen(''li(''.

l'hôtel et

un coup-d'œil rapide sur l'Esdans l'église, où nous n'ale

vons pas encore

TriMile-sepl staliu's gigantesques sont alignées

long des quinconces.

Entre ces slalues

faites à la taille

des héros dont elles sont l'image, des
trépieds dorés. Derrière cette double

flammes funèbres

brillent

dans

<les

ESPLANADE DES INVALIDES.
rangée de
rois,

205

de généraux, deux estrades sont bâties où Irenle-six mille personnes, debout, écliolonnées, resteront là, en plein air, en plein vent, en plein froid, heureuses, dans leur souffrance, de leuri»la(C privilégiée;
et derrière ces estrades,

citoyens se rappelant combien la France fut grande alors que

une foule compacte, plus de deux cent mille l'homme
cour intérieure, où

géant combattait pour

elle.
la

L'entrée de Ihôtcl est imposante de draperies;
six mille places

avec

la

ont été marquées, oflVe une décoration bien harmoniée circonstance des tentures noires, brodées d'argent, des grisailles,
;

des trophées, des boucliers, des chiffres de Napoléon; tout cela éveille des idées de gloire, tout cela se marie par ses couleurs sombres à la couleur grise du

monument.
deux parties,
la

L'église, divisée en
le

première, que l'on doit à Bruant

jeune, n'offre plus au regard ses deux ordres de colonnes ioniques et composites l'un sur l'autre placés. Les belles ligures de Van-Clève et de

Coustou

masquées aussi; l'autel lui-même, ses six colonnes torses, dorées, garnies d'épis, de pampre, de feuillage, portant faisceaux de palmes qui, en se réunissant soutiennent le baUbupiin, cet autel a disparu pour la cérémonie. Complètement transformée, cette partie de l'église resplendit d'or et d'argent sur un fond violet et noir les travées latérales sont disposées en tribunes inférieures et supérieures; à chaque
l'ainé sont
;

pilastre s'élève

un faisceau de drapeaux

tricolores; et les

noms

des plus
et

illustres généraux et des plus glorieuses victoires du consulat

de

l'empire étoilentles deux côtés de

la nef.

dôme, ce chef-d'œuvre d'architecture élevé par Jufes Ilardouin Mansard, a changé totalement aussi de caractère. Là sont réunies les notabilités les plus éminentes du pays, autour du cata-

La

partie appelée le

falque, dont

la

partie inférieure attend le cercueil

du héros. Aux angles

de ce

monument

s'éléventquatre ligures de victoires, dominées par l'aigle

impérial aux ailes déployées.

sont les peintures de Lafosse? La gloire
ï

du paradis,

la fêlicilédes

bienheureux

qui les cherche de

l'u'il? (pii

s'en

informe? Voyez, voyez ces velours, cet or, ces lauriers se jouant sur une draperie parsemée d'abeilles... Regardez, avant tout, ces drapeaux de
vingt nations, que nos soldats enlevèrent à l'ennemi, et qu'on avait voulu

leur reprendre avec

le

lion

ces trophées sont descendus naguère au fond des souterrains;

de Saint-Marc! Les sublimes receleurs de ils ont
ils les

déroulé ces glorieux lambeaux tachés de leur sang peut-être;

ont

suspendus de nouveau
cliner devant la grande

à la voûte

du temple, où on
s'avance.

croit les voir s'in-

ombre qui

Vingt-un coups de canon

annoncent son arrivée sur l'Esplanade.

Quel moment solennel
généraux, morts

!

comme

lui,

Napoléon mort, ddilant devant l'image de ses pour aller, à (|uel(|uespas de là, se coucher

20G
dans
la

ESPLANADE DES INVALIDES.
tombe qui
lui est

préparée, et que garderont les débris mutilés
!

de ses glorieuses phalanges

Le mausolée porté sur quatre roues étincelantes d'or, traîné par seize chevaux richement caparaçonnés, traverse l'Esplanade. Là, comme sur toute la route parcourue, tous les fronts se découvrent, et une voix énergique, la grande voix du peuple, fait entendre ce cri de vive l'Empereur
!

autour de ses restes inanimés

!

Le char funèbre
six sous-officiers

s'est arrêté à la grille

de

l'hôtel.

Trente-six matelots
;

s'emparent du cercueil
de
la

et le portent jusqu'à la

cour intérieure

là,

trente-

garde nationale
et les

et

de l'armée, les remplacent jusl'église
si

que sous

le

dôme

cérémonies de

commencent.

Ainsi, sur l'Esplanade des Invalides, déjà

riche en souvenirs, s'est

accompli ce dernier vœu de Napoléon
«

:

Je désire ([ue

mes cendres reposent sur

les

bords de

la

Seine.

»

Etienne Arago.

^

ous tiomeiczla ruedont je voux
parler entre le faubourg Saintet
le

^()lls

Mai tiii
elle

faubourg du Temple;

poilele

nom

de rue des Marais.

Si

vous

me demandez
cette
la

pourquoi
bien

je

déba|)lise

rue,

plus,

pounpioi je
de

prive de toute espère
le fit

nom, comme on
l'égard

eu 179o
ville

de

la

seconde

du

oyaume, je vous répondrai eu vous engageant à lire ce chapitre. Le faubourg du Temple et le faubourg Saint-Martin ayant été déjà
décrits dans
ce livre
,

il

ne m'ap-

partient pas de revenir sur ce travail.

Ne vous attendez donc pas
ici le

à

trouver

résultat de recherches

historiques

sur

la

vieille

rue des

Marais Saint-Martin. Je veux tout

simplement
cette rue,

me
le

placer au centre de
la

et pénétrer dans

maien

son qui porte

n" 51 bis, en vous
:

engageant
sorte que

à

m'y suivre

je ferai

ni

vous ni moi n'ayons

à regretter cette visite domiciliaire.

Là habite un
famille,

homme

dont

la vie

est étrange; qui, à l'exception de sa

de ses

serviteurs

et

de

quehpies rares amis, n'a de com-

208

HUE SANS NOM.

merce qu'avec des malheureux, qui n'en ont plus avec la société, du sein de laquelle ils vont disparaître tout-à-l'heure; un homme dont l'aspect,
dont
le

nom même,

fige le
:

sang dans
«

les artères, et

dont
!

la
»

seule présence

dit à celui qu'il

approche

Tu

n'es plus de ce

monde

C'est l'exécuteur des

trant chez cet

jugements criminels!.... Inclinons-nous en enhomme... qui a le dernier mot de hion des destinées!
.

.

Le prince de
ciel

l'Kglise et l'exécuteur des hautes-œuvres;
la terre

l'homme du
avec sa mis-

avec sa parole tout évangélique, et l'homme de
;

sion toute de douleur et de sang

Celui qui prie pour l'âme, celui qui détruit le corps;

L'un portant ses regards vers ce
de
les

qu'il y a
;

de plus haut, l'autre forcé

tourner vers ce qu'il y a de plus bas

Tous deux, par un étrange abus de mots, par un renversement de
idée, de toute logi(iue, tous

toute

deux appelés

du même nom

:

BossL'ET, monsieur de Meaiix!

San SON, monsieur de Paris!

Son nom
raître
la la

seul inspire de l'horreur, et cela s'explique
il

:

il

rappelle
il

une

mission de mort;

évoque dans l'àme d'aiïreux souvenirs;

fait

appa-

aux yeux une fantasmagorie sanglante....! Vous voyez l'échafaud, planche d'un rouge noir dont une nouvelle couche de sang va raviver couleur; vous voyez le coffre de plomb où vient se précipiter une tête

fortement lancée loin du tronc!
der à une vie pleine de jours!
Il

Vous voyez un néant anticipé succé-

est bien difficile de prendre de cet
;

homme une

idée juste et rai-

sonnable

ses fonctions s'adressent trop à ce sentiment intime qui vient
la

de l'âme, pour cpie

raison préside au jugement que l'on en porte.

On
s'il

n'est pas toujours le maître de se faire

une opinion entre

celle

de

l'illustre

auteur des Soirées de Saint-Pétersbourg et celles du chantre de Julie:

ne faut pas,
une femelle

comme M.
et des petits,
;

de Maistre, voir dans
il

la

famille de l'exécuteur

faut aussi se défier de la sophistique philoso-

phie de Jean-Jacques
autre épouse que

et,

même

sans être roi, rêver pour sou

fils

une

la fille

du bourreau.
la

La charge d'exécuteur des hautes-œuvres n'a pas toujours été soumise
à l'état

d'abaissement où nous
les Israélites, les

voyons aujourd'hui.
le

Chez
micide,

sentences de mort étaient exécutées par tout

peuple, ou par les accusateurs du condamné, ou par les parents de l'hosi

la

condauHiation était pour meurtre, ou par d'autres perétaient auprès de lui
et surtout

sonnes, selon les circonstances.

Le prince donnait souvent à ceux
aux jeunes gens,
la

tpii

,

commission

d'aller mettre quelqu'un à mort.
et loin (pi'il y eût

On eu

trouve beaucoup d'exemples dans l'Ecriture;

inlamie

RUE SANS NOM.
attachée à ces exécutions,

209

chacun

se faisait gloire d'y prendre part.

Chez

les

Grecs

,

l'office

de bourreau n'était point méprisé. Aristote,
Il

dans ses Politiques, met l'exécuteur au nombre des magistrats.

dit

même

que, par rapport à sa nécessité, on doit mettre cette charge au
offices.

rang des principaux

A Rome, outre
la ville

les licteurs,

on se

servait quelquefois

du ministère des

soldats pour l'exécution des criminels, non-seulement à l'armée, mais à

même, sans que
les

cela les déshonorât en
la

aucune manière.
était

Chez
et des

anciens Germains,

charge d'exécuteur
le

exercée par les

prêtres, par la raison que ces peuples regardaient

sang des coupables

ennemis comme l'oflrande la plus agréable aux dieux de leur pays. Anciennement les juges exécutaient souvent eux-mêmes les condam:

nés

l'histoire

sacrée et l'histoire

profane en fournissent

plusieurs

exemples.

En Allemagne,
le

avant que cette fonction eût été érigée en
la

titre d'office,

plus jeune de

communauté ou du corps de
le

ville

en

était

chargé. En

Franconie,

c'était

nouveau marié;
était le plus

à

Uentlingue,

ville
,

impériale de

Souabe,

c'était le

dernier conseiller reçu, et à Stadien

petite ville de
la ville.

Thuringe, l'habitant qui

nouvellement établi dans
les

En
fiées

Russie,

la

charge d'exécuteur n'existe pas;

exécutions sont conlui

chaque

fois à

un prisonnier. Cette mission d'un instant
la
,

vaut

grâce pleine

et entière.

En France, Texécuteur de

haute justice avait autrefois droit de prise,
c'est-à-dire

comme

le

roi et les

seigneurs

de prendre chez

les

uns

et

chez les autres, dans

les lieux

il

se trouvait, les provisions qui lui
le

étaient nécessaires, en payant
avait lieu

néanmoins dans

temps du crédit qui
les habitants

pour

les

emprunts

forcés.

Les

lettres

de Charles VI, du 5 mars 1598, qui exemptent
,

de Chailly et de Lay, près Paris, du droit de prise

défendent à tous les

maîtres de l'hôtel du roi, à tous les fourriers, chevaucheurs (éouyers^!,
à l'exécuteur de la haute justice
la

et

à tous nos autres

officiers

,

et à

ceux de

reine, aux princes

du sang

et autres, qui avaient

accoutumé d'user de

prise, d'en faire

aucune sur
là,

lesdits habitants.

L'exécuteur se trouve
Plus tard,
le

comme on

le voit,

en assez bonne compagnie.
le

métier de bourreau tomba dans

plus complet avilisse-

ment.
sur
la

11

ne fut un peu relevé qu'en 1790, époque où l'Assemblée nationale,

proposition de Maton de la Varenne, appuyée par Mirabeau, décréta

qu'elle avait

entendu comprendre les exécuteurs dans

le

nombre des

ci-

toyens.

Prévoyait-on déjà ([ue
ouvrière de
la

,

deux années plus tard,
le

il

dût être

la cheville

révolution, et voulait-on

récompensera l'avance du

ter-

rible service

que

l'on devait exiger de lui?

Il

-27

'210

RUE SANS NOM.
hicii loin

Mais nous voilà

de

la petite

maison de

la

rne des Marais du
la

Temple. Cependant, avant d'y revenir,
vous conduire non loin de
là,

je vous

demande

permission de

dans

le

même

faubourg, et dans une petite

rue encore plus étroite, encore plus malpropre, et que l'on
S(ii)il-IMcol((s.

nomme

la

rue

C'est là
il

que demeurait
lit

le

grand-père de l'exécuteur actuel; celui qui,

y a cinquante ans,

tomlier tant de tètes illustres et courageuses.
là (juehjues instants,

Nous nous arrêterons
noire et enfiunée
table
,

en face d'une petite maison
la

qui serait à peine digne de servir d'écurie à
petit-fils

confor-

demeure du

de celui qui
:

l'a

bien longtemps baliitée. Je ne
lors de

vous parlerai pas de celui-là
terrible règne;
fils,

je n'étais

beureusement pas né

son

mais

je

vous raconterai une anecdote que je tiens de son
ipii

mort

il

y a tiois ans, et

se rattaclie à

un des épisodes

hislori(jues

les plus célèbres

du

xviir" siècle.
la nuit, trois

Vers l'année 1750, au milieu de
à cette liante

jeunes gens appartenant
vitres cassées, des pas-

noblesse qui avait
;

le

monopole des

sants insultés, du guet battu
vivre, après

trois

jeunes gens, de ceux qui faisaient re-

un long

intervalle, les

mœurs

si

gaies,

si

en deliors

,

si

inso-

lemment

aristocrati(|ues de la régence; trois jeunes gens descendaient le

faubourg Saint-Martin, après un délicieux souper dans une petite maison,
car on soupait alors
truit ce
:

une

civilisation

rétroactive n'avait pas encore déle

joyeux usage du vieux temps, où l'on mettait

couvert à l'beure

l'on se concile aujiuirdbui,

pour ne

l'ôter qu'à l'beure

l'on se lève.

Après souper donc, entre deux
descendaient
le

et trois

beures de

la nuit,

ces messieurs

faubourg Saint-Martin, riant, délirant,
si

et

surtout cau-

sant de cette causerie
dire
clicz
(!t

amusante (piand on ne
plus ce qu'on a
dit.

sait

pas ce que l'on va

quand on ne
le

sait
,

Ils

voulaient ne pas rentrer

eux avant

jour
la

et

aucun cabaret

n'était ouvert.

Arrivés devant

rue Saint-Nicolas,

ils

entendent un bruit d'instru-

ments, une musique joyeuse, spéciale,
folle, instinctive,

(pii dit (pie l'on

danse d'une danse

aflreuscment bourgeoise.
ils

Quelle trouvaille!

vont pouvoir

finir la nuit.

L'un d'eux fra}q)e; un lionime vient ouvrir, poli, simjile, bien vêtu.
Celui
cette
(pii

avait frappé
:

s'empresse d'expli(|uer

le

motif d'une
;

visite a

beure indue

«

Nous sommes montés
folle;

à la joie, dit-il

la

nuit a com-

mencé pour nous délicieuse et quand le bruit de votre joyeuse
serons bien venus
à
])arl(>ut

nous cbeininions sans savoir où,
a

fête

nous

brus(picmeut arrêtés. Nous

où l'on rira;

soufi'rez

que nous nous joignions

vos convives.

"

Ce que vous demandez

est impossible, répinid avec
fête

une froide po-

litesse le

maître du lieu; ceci est une

de famille; aucun étranger n'y

peut être admis.

HUE SANS NOM.

t>ll

— ..Vous
honneur

avez

lorl;

jamais pciil-iUre

ineilleiire

société iTaiiia

lail

à voire salon.

— — — —

»

Je vous répète, Messieurs, t|ne je ne puis vous l'eeevoir.

»
..

Bah! vraiment
C'est bien à

!....

vous ne savez pas <pu vous refuse/, l'ami.
je

re«j!ret,

vous

le jure.

..

Faites attention,
à

venons de souper
nous vous faisons

bon homme!.... nous sommes <le la cour, uiuis notre petite maison, et c'est un <>ran(l hoinieur (|iir
vouloir Itien achever
la

île

nuit chez vous.

Messieurs, je suis force de vous ictuser, et si vous d'emin-essaviez qui je suis, bien loin de me prier, vous mettriez autant sement à vous éloigner ([ue vous mettez dinsislance a vous Taire adnu'llre.
»

Encore une

lois.

Charmant, d'honneur! dit le plus tenace, le plus l'on. Vous pensez donc (ju'il soit si facile de nous intimider? \ous ne mot de plus, de grâce » Messieurs, nîessieurs, pas un
..

savez pas à
»

(pii

vous avez

affaire.

— Et qui êtes-vous donc, bon Dieu"' — Je suis bourreau de Paris!.... — ..Délicieux! ah! ah! ah ('ommeul
»

le

!

.

c'est

vous

(|ui

coupez

si

dextrement

les tètes "^pii ecartele/ si

habilemeul

di's iiiemlires'.' (pii faites

21^2
si

RUE SANS NOM.
si

bien craquer des os entre deux chevalets? qui torturez

agréablement

de pauvres diables? qui

»

Là,

là,

Monsieur,

tels

sont bien en

effet les

devoirs de

ma

charge;

mais je laisse tous

les détails à

mes
je

valets....;

seulement lorsqu'un
le

homme

de qualité, un seigneur
rir les

comme
,

vous. Messieurs, a en

malheur d'encoule

riguenrs de la justice
fais

ne laisse pas à d'autres

soin de punir,

et je

me

un honneur de
le

l'exécuter de
le

ma

main.

»

L'interlocuteur du bourreau était M.

marquis de Lally.
la

Vingt ans après, M.

marquis de Lally mourait de
lui

main de

ce

même homme,

dontles fonctions

inspiraient alorsde

si

folles railleries.

Retournons maintenant
Depuis longtemps
qui est
j'étais

à la petite

maison de
la

la

rue des Marais.

curieux de connaître cette puissance occulte
chaîne sociale; je voulais voir
le

comme

le

premier anneau de

dans son intérieur, entouré de sa famille, celui dont
si

monde

se fait

une

prodigieuse idée; je voulais l'entendre parler de ses terribles fonctions,

recueillir de sa

bouche des paroles humaines.
le n°

Arrivé devant

51 ^/s, j'aperçus une petite maison protégée par
les interstices

une

grille

de

fer,

dont

en bois ne permettent pas

à l'œil

de
le

pénétrer dans l'intérieur. Cette

grille

ne s'ouvrait pas; on entrait dans

sanctuaire par une petite porte qui s'y trouvait attenante, et à droite de
laquelle était

une sonnette. Au milieu de
à

cette porte était
lettres; c'est là

une bouche de fer
que
l'on déposait
le

entièrement semblable
les ijîissions

une poste aux

que

le

procureur-général envoie à l'exécuteur pour

pré-

venir que l'on va recourir à l'appui de son bras.

Aujourd'hui cet extérieur est entièrement changé
plus tard,

,

comme
il

je le dirai

quand

je parlerai

de l'exécuteur actuel.
je
l'ai

Il

n'est ici question
y a trois

que

de

son père, mort,

comme
le

dit plus

haut,

ans à

peu près.
Je pressai doucement

bouton de

la

sonnette

;

la

porte s'ouvrit, et

un

homme

d'une trentaine d'années, grand et vigoureux,
«

me demanda

fort

poliment ce que je désirais.

M. Henri Sanson,
«

»

répondis-je d'une voix
guide.

mal assurée.
C'était

«

Entrez, Monsieur,

nu; dit

mon

un des aides de l'exécuteur.

Je pus, dès ce

moment même, me convaincre combien
qu'il

le

monde

a

souvent une fausse idée de ce
proverbes populaires sont

ne connaît pas
:

,

et

combien certains
moutardier du

jx-u

fondés

je

ne sais

si le

pape

est fier,

mais je puis

i'c|»(»ndre (jin; les valets

du bourreau ne sont
les devoirs
:

pas insolenls.

Parmi
cuteur,

les

croyances superstilieuses
(|ui

(|ui

régnent sur

de l'exé-

il

en est une

est

généralement accréditée
à

je parhî de l'oblila

gation où serait

le lils

de succéder

son père,de-4a perpétuité de

charge dans

l;i

famille.

RUE SANS NOMC'est

215
la

une grande erreur

:

il

faut chercher autre pari

cause de

l'ac-

ceptation que fait toujours

le fils

de l'exécuteur du sanglant héritage de

son père.
L'exécuteur
vit

en dehors du monde; sa seule société, après sa famille,

il va les chercher parmi des bourreaux. Lui donneriez-vous votre fille? rechercheriez-vous la main de son fils? le recevriez-vous dans votre salon? Cependant c'est

ce ne sont guère que des bourreaux; ses alliances,

et

un homme comme vous; comme vous il a besoin d'amitié, d'expansion il ne peut demander tout cela qu'à des âmes faites comme la sienne
c'est

,

;

une famille de chandalas au milieu d'une caste de bramines.
y a quelque vingt ans,

Et puis, que l'on ne croie pas (juela charge d'exécuteur puisse jamais
venir à faiblir.
à
II

quand monsieur de
pour
la

Versailles vint

mourir sans

laisser d'héritier naturel, cent quatre-vingt-sept pétitions

demandèrent

la place.

Les postulants étaient

,

plupart

,

d'anciens

militaires et surtout des bouchers.

Je reviens à

ma

visite.
vis,

On

m'introduisit dans une petite salle basse, où je

occupé

à tirer

d'un piano des sons qui n'étaient pas sans mélodie, un

homme

parais-

sant avoir à peine soixante ans, bien qu'il en eût soixante-dix, d'une
figure pleine de franchise, de

douceur

et

de calme

;

sa taille
lui

élevée

,

sa

belle tète chauve et les traits réguliers de

son visage

donnaient

l'ap-

parence d'un patriarche.
C'était lui
!

Dans
de
la

la

même

charge,

pièce son — celui qui est aujourd'hui titulaire timide et doux. — un homme d'environ trente-huit ans,
était
fils,

l'air

Près de

lui se tenait
la

une jeune

fille

de quinze

à seize

ans, de

la

physiono-

mie

la

plus vive et

plus distinguée.

C'était la sienne.

Ce tableau de famille
fait est

me

frappa

:

M. Sanson parut s'en apercevoir. Le
la

que

,

sans partager l'opinion irréfléchie de

multitude, je m'é-

tais fait

une tout antre idée du spectacle qui frappait mes yeux.
fille

Cette jeune
rais

surtout!.... elle bouleversait toutes
si

mes

idées. Je n'au:

pas voulu que quelque chose de

frais se rencontrât là

c'était

comme un

rayon de

soleil traversant

un orage, une rose élevant

sa tige

entre les pierres d'un tombeau.

M. Sanson me reçut en homme qui sait son moiid»^, sans embarras comme sans aflV'ctation, et s'informa du motif de ma visite. Ma fable était faite je lui dis que moccupant d'un ouvrage sur les
:

,

supplices aux différentes

époques de notre législation

,

j'avais assez

compté sur
ments.

sa

complaisance pour venir lui demanderquelques renseigne-

Le ton avec lequel

il

me

répondit qu'il clail tout à

ma

dispositiou

me

214
mit bientôt
à
le

HUE SANS
mon
aise; je ne

îVOiVI.

m'en
je

lins

pas aux questions que devaient
visite,
la et,

comporter

motif que j'avais donné à

ma

dans une conversala

tion de près de

deux heures

,

pus remarquer

justesse d'esprit et

pureté de vues de Monsieur de Paris.

M. Sanson ne
le

se dissimulait pas l'iioi-renr de la position
il

dans

laquelltî

sort l'avait placé:

la

supportait non pas en

homme

qui en eût

mécom-

prisé les conséquences, mais en sage qui sentait ce qu'il valait, qui

prenait (jue nous pouvons toujours avec une volonté nous élever au-

dessus de

l'état (|ue la

naissance nous a

lait,

et (jue
le

les

sentiments du
dépit de

cœur,
la

les conseils

de

la

raison nous classent dans

monde en
ne

direction imprimée

à

nos mouvements.
le

Cette conscience, qui

relevait à ses propres yeux,
la

lui faisait ja-

mais oublier
avait

la

distance ([ue
la

société a mise entre elb; et lui. Si l'on

pu un instant
la

perdre de vue, M. Sanson eût pris soin lui-même de
avait souvent ouvert sa tabatière devant

vous

rappeler.
:

J'en eus bientôt une preuve

il

moi sans me

la

présenter. Cette dérogation aux usages reçus parmi les

priseurs, à cette politesse qui n'en est plus une depuis qu'elle est devenue

une habitude, m'avait surpris sans qu(\je pusse me l'expliquer. Tout-àcoup, sans but aucun, machinalement, au milieu d'une conversation qui ôtait l'âme a mes pensées, je lui oflre du tabac. 11 élève sa main en signe
de refus, avec une expression de physionomie qu'il est impossible de rendre et
(|ui

me

Ht froid. Le malheureux!...
!

un souvenir
(pi'il

d'hier venait

de

lui

mettre du sang aux doigts

M. Sanson aimait
avec
(|ui

à causer, peut-être

parce

fruit.

H
lui

possédait, en effet, une bibliothè(|ue
n'était pas
leiii'

avait lu beaucoup et nombreuse et choisie,

chez

une
il

affaire

de luxe. Ses livres étaient toute sa
la

société; par

secmirs

pouvait, échappant à
(pii la

gêne

et à l'humilia-

tion, s'entretenir avec les

hommes

composaient, leur demanderdes

distractions à ses

horribles devoirs, des consolaticms contre les mépris
(pi'il

du monde,

d(>s

arguments pour ceux

aimait
la

,

du repos

[xiur ses
il

jours, du sommeil pour ses nuits

Exclu de
moi'te de
:

société des vivants,
,

en trouvait une dans
ceux-là,
il

la

<

ompagnie

nos gi-ands lunumes

et

pouvait, les regarder sans frémir

ils

ne sont pas nn)rts de sa

main!...

Parmi
Maistre

b;s

ouvrages
qu(; je

tpii

composaienl

la

bibliothèque de l'exécuteur,

:

il

en est deux

ne serais pas venu chercher jour d'un Coudunnie.
(h;

les

œuvres de M. de

et le lh'r)iier

E'exanicM des livres

M. Sanson

me

l'o\irnitun sujet de causerit; ipie

je fus bien aise d'avoir ti"ouve.

Des

qiH' je l'eus
:

mis sur

le

chapitre de
s'était

la

littérature,

il

s'abaiidonna

(utiereiHeul

la

contrainte

([u'il

imposi'c jiis(pie-la disparut (ont-

KUE SANS NOM
à-coup
;

215

il

émil des principes, discuta mes opinions, etàli'aversquelcjues

hérésies qui tenaient au

manque
honneur

d'instruction primitive,
>in

il

avança des

jugements dont se
Il

ferait

memhi-e de l'Académie des inscriples

tions et helles-lettres.

senihlerait

que

la

nature de ses ionctions,

gens avec lesquels
lui

elles le mettaient

incessamment en rapport, eussent dû détruire chez
là,
ils

tout sentiment d'humanité. Bien loin de

avaient dévelo[»pé dans

son

âme une sensibilité ex((uise. Ce même homme, qui allait froidement
monter pièce
à pièce l'affreuse

surveiller tous les apprêts d'un

machine de destruction, graisser les cordes, consulter du doigt le tranchant du couteau, faire partir d'une main assurée la détente qui allait rendre à la terre l'ouvrage du ciel; ce même homme ne pouvait retenir ses larmes quand vous lui rapsupplice,
peliez le souvenir de quelque exécution; vous l'auriez

entendu s'élever

avec une ferme énergie contre
les

la

peine de mort, développer avec vivacité
le

moyens qui pouvaient

la

remplacer

plus efficacement; vous l'auriez

vu un jour de Grève pâle et défait, refusant toute nouniture, mort

comme s'il avait changé de rôle, comme si Vautre Il me rapporta une foule de particularités sur
quelques condamnés célèbres
;

eût été le bourreau.
les divers

moments de
Parmi des
d'un

je

ne

les rapporterai

pas

ici.

détails quelquefois touchants, quelquefois burlesques, toutes ces histoires

offrent quelque chose de pénible et de forcé

:

c'est

comme

le rire

pendu.
Je ne dirai qu'un

mot pour rassurer des consciences timorées
(jue Castaing,
il

:

beau-

coup de personnes croient encore aujourd'hui
médecin-empoisonneur,
était

ce célèbre

innocent; eh bien!
!

a

fait,

au pied de

l'échafaud, l'aveu complet de son crime

Je citerai encore, de cette conversation,
est

la

circonstance à laquelle
et

il

dû que maintenant l'échafaud

soit

démonté
il

remis en place tout

de suite après l'exécution, tandis qu'autrefois

restait là

pendant plula tra-

sieurs heures. C'était une attention délicate pour les assistants:

gédie est courte,

il

fallait laisser la foule

jouir du spectacle des décors.

Seulement un cadenas comprimait la détente qui laisse glisser l'instrument oblique. En 1797, après une exécution, le bourreau et ses aides s'étaient retires
au premier étage du cabaret, situé à l'angle de
Pelletier.
Ils

la

place de Grève et du quai

causaient,

ils

buvaient,

ils

riaient, peut-être

!

On

frappe à

la

porte du cabinet. C'estun

homme, une espèce

d'ouvrier,
le

qui vient prier M. Sanson de lui confier

la clé

du cadenas qui retient

couperet de l'échafaud.

Un garçon

perru(piier venait d'être arrêté au
la

mo-

ment où

il

volait

une montre au milieu de

foule qui s'écoulait après

216
l'exécution.

RUE SANS
Le peuple, dans
couché sur
la la

i\OM.

sa justice expéditive, avait saisi le coupable,

l'avait hissé sur l'échafaud, et c'en était fait

bascule, roulé sous

le

couteau,

du malheureux sans

précaution que l'on prenait tourpii était

jours, sans doute par instinct. L'exécuteur,

venu ouvrir

lui-

même, répondit
était sorti,

à cette

demande atrocement

singulière que M.

Sanson
le

que

lui seul avait la clé, et qu'il
11

ne reviendrait pas avant deux

ou

trois heures.

fallut se résigner: la foule s'écoula

peu à peu, mais
l'on veut se

patient promis à la

mort

était

toujours dans son affreuse position. Enfin,
la

après un temps dont on ne peut calculer
à la place

longueur

si

mettre

du pauvre diable, on vint le délivrer. Rien ne peut redire son état et ce qu'il avait dû souffrir dans cette lente agonie. Moins par curiosité que pour rappeler à M. Sanson le but de ma visite,
de

je le priai

me

faire voir la

chambre où

il

tient

renfermés

les instru-

ments destinés aux
par ce qu'il

différents genres de supplice usités autrefois.

La vue de ce musée

me

glaça d'horreur, moins par ce que j'y vis, que

me

rappela.

Une

seule chose, dans ce sanglant conservatoire, mérite qu'on en
le

parle; c'est le sabre avec lequel M.
le fit faire

marquis de Lally

fut décapité.

On

exprès, et

il

en fut fondu trois avant qu'on en pût trouver un

convenable.

A

cette

époque, lorsqu'une exécution reniar(|nable avait

lieu, les

jeunes

UUE SANS NOM.
st'iyiieuis avaiciil le |)rivilcii('

217

de uioiilrr sur

la

[(lalcrniiiic

de

l'ccliaraïKl,

comme
(jiii

d'aller le soir, à la Coincdic-Fraiicaisc, s'clalcrsiir les ItaïKiticUes

frariiissaiciil la scciic.

Le jour où M. de
(|U('

l.ally siihil

son

juj^^cineiil, la
(^uipr('ss<''s a

l'oule était

plus cousidcrahlc
t'ète

de ((MiIuiuc

lu

des plus

l'horrible

Froissa le bras de l'cxccutrui' au uionicul
la lèlc
la

l'ariiu! Iiouiilit

cide se balaurail au-dessus de
l'arme, qui, au lieu de IVappei'
s'arrêter sur la

du palicul

;

la

secousse
le

dévier

uucjuc, icucMUiIra

cervelet et viut
lèlc

mâchoire de

la victiuie

saus Iraucher euliercMueut sa

La lauu' du sabre fut ébrèchée
elle l'rappa, el
lelas,
.l'ai

]»ar le

coulacl d'uue deul coulre la(pu'lle
a

uu des aides de
le sacrilice
!

l'exf'cuteur lui olili^c,

l'aide

d'uu

mu-

d'achever

teuu dans uu's mains l'arme fatale
([ui

:

inie

deni s'adaplait exaclenieul

au vide laisse par léclal

en

a jailli

Une dernière observation (pu achèvera de peindre cet homme. Quand je le (juitlai, a|tres une longue visite cpii avait l'ait disparaitreà mes yeux celui chez le(juel je nie Ircuivais, et|>ousse par cet clan naturel
et irréfléchi (pii
la

mnis p(ule an-devant de toutes
et

les inlortunes, je

tendis

main, lliecnla d'un pas,

me

regarda d'un air étonné et

|)res(pu'

ronl'ns.

La tabati(;re nui revint a Tespril, et je compris toute sa pensée la main qui subit cha(jue jour le contact du crime n'osait i)as pi'esser celle
:

d'im homu'te

homme.
la

Depuis
oxvdé,

la

mort de >L Sanson,
et

petile

maison de

la

rue des Marais
Ter noir

a

perdu son aspect étrange
a
l'ait

prescpie lugubre. La grille de

et

place à une de ces portes élégantes ccnnme <m eu voit aux
la

petits hôtels des quartiers neufs; la petite porte a disparu, et

bouche

de fer n'existe plus. Dans
sorte de

la

cour,

(pii

est assez vaste,
l'cuine

on a consiruil une
vestibule.
.V

tambour

vitre,

dont l'intérieur
la

un élégant

gauche, sons ce vestibuh', se trouvent
vice; à droite', la salle à
reçoit ses visiteurs
;

cuisine, l'oftice et tout le ser-

manger

et

un

petit salon

où Monsieur de Paris où l'on m- pénétre
je n'ai

au premier, sont

les ap[tartemenls,

pas, et où se

tient

renfermée

madame Sanson, que
fils,

jamais pu
(le

apercevoir dans nu's dill'érenles visites soit an
j'ai

soit

au père,

que

vu de riiabitation de M. Sanson est nu'ublé avec celte simplicité sé-

vère qui convient à un pareil lieu.

Connaissant

très-

peu

le fils «le

M. Sanson,

(pie je n'avais
i)ere, je
il

vu (piune ou

deux

lois

en passant, lorsipie

j'étais allé

chez s«m

ne croyais pas

me retrouver jamais avec
reanx de rédaction de
voir
la

lui, lorsqu'il y a

quelques mois

vint dans les buà aller

Gazette des TrihiDiaux,

pour nous engager

une

guillotimî ipu' M. le ministre delà guerre lui avait
et qui allait partir
là, el je

commandée
INI.

pour Alger,
.le

sous qnehpies jours pour sa destination,
l'invitatioii

me

trouvais

me promisd(> me lendreà

de

Sanson:
-28

II.

•218
;iccoini);)gni!

RUE SANS NOM.
d'un de mes amis,
la
j'allai
le

prendre

elicz

lui,

et

il

n(ins

conduisit dans

rue des Vinaigriers, où est situé son atelier. M. Sanson
fort habile, et c'est sous sa direction
11

est charpentier

que cet échafaud

avait été construit.
Frottée
et

se trouvait dressé dans la cour; sa couleur garance.

cirée,

reluisait

au

soleil;

le

sang d'aucun
:

homme

n'avait

encore terni ses jumelles ni
brillant,
31.

tiltré

dans ses jointures
,

c'était

un échalaud
de
la

coquet, que l'on pouvait regarder
lieu

que

l'on pouvait toucher.

Sanson, au

de perdre du temps à nous

faire la description
:

machine,

v(julut la faire fonctionner

devant nous
la

un

botillon de paille,

fortement serré à son extrémité et de
le

grosseur voulue, fut roulé sous

couteau,

la

détente fut lâchée et

la paille

coupée avec une affreuse préM. Sanson m'engagea
tel

cision.

partir

Un second moi-même la

essai eut lieu, etcette fois

à faire

détente: je n'osai

pas refuser; mais
la

est l'empire

de l'imagination que, (juand je posai
bras s'engourdit

main sur
au

la tringbï

de

fer,

nxtn

comme

s'il

avait été touché par une

torpille.

L'un des aides de l'exécuteur
«

me

dit

moment où nous
»

partions

:

Si

vous voulez revenir demain,

à (Uize

heures, ce sera bien nùeux cpiau-

jourd'hui; nous aurons une répétition (jénérale.

Ce mot

me

glaça

:

au

théâtre une répétition générale a lieu avec tous les accessoires, souvent

même

avec les costumes: l'accessoire obligé d'une guillotine, c'est un
,

guillotiné

et

je

me demandais

si

l'iui

n'avait pas
les

en réserve quelque
prémices. Toujours

condamné
est-il

à sursis

dont on voulut nous donner
â l'invitalion.

que

je

manquai
lui

Quebiues jours après,
célèbre
(|ui,

je retournai rue des Vinaigriers avec
était

un avocat
passe

aussi,

curieux de voir en détail un échafaud.
atelier
qu'il

M. Sanson

s'y trouvait

encore, car c'est dans son
(pii

presque tout son temps; l'aide

m'avait invité à
dit
:

la
!

répétition générale
n'êtes pas

nem'eutpas plustôt aperçu
l'autre jour...
;

qu'il

me

«

Eh bien vous

venu

vous avez en tort, cela

a
le

été à merveille...

Nous avons

exécuté un mouton

En roulant dans
tête

panier, sa tête a fait trois ou
»

quatre sauts, absolument comme une

de chrétien.

Combien
nérale de
la

je

me

félicitai

alors de n'avoii' pas assisté à
!

la

répétition gé-

guillotine d'Alger

Le surlendemain r<'(hafand
(lire

|)ai"iait

pinir rAfricpie.

Ou'on vienne nous
:

maiiilenaiit (pie

la

civilisation
!

n"a

pas pénéire en Algérie

on y a

introduit une guilloline
l'eiidanl (pie l'avocal

(pie j'a('('(ini|iagnais (examinait

la

machine, moi

j'étais resté à caiiseï' ave(; .M.

Sanson, sur

le seuil

de son atelier.
:

L'exécuteur actuel dilfere beaucoup de son père
de sa probîssion et des de la ils
ce malaise (pie
1

il

n'a pas, en pariant

(|

ni s'y

lattachenl, cet embarras, celte gêne,

On

reiuar(piail
el

chez son prédécesseur. Hieu c(Uivaincii
(pi'il

de

l'utilile

de sa charge

des s(!rvi(es

rend

à

la

société,

il

ne se

lUE SANS NOM.
coiisidci'c

il!»

pas aiilicmciil (|u'im

linissici'

(|iii

cvcciilc

une

sciilciico, et

il

parle de ses
était

fondions
la

avec,

une aisance
du

reniai(|ual»le.
il

Autant son père
diffé-

ennemi de

pein(> de nioil, aniani
et
(ils

en est partisan, dette
je

rence entre l'opinion du père
inent.

peul,

crois, s"e\pli(|uer lacile-

Bien jeime encore, à cet âge où les inipicssions Corles s'enracinent
si

profondément dans

le ciiMir, le

premi(>r avait assisté son père dans les
il

sanglantes saturnales de
tètes;
il

la

révolution;

avail vu
la

lomher
la

les |»lus noliles
la

avait vu disparaître sous sa main

gloire,

fiulune,
(ui

gran-

deur, la vertu, la heaiilé, toutes
s'incliner.
les
1)(»

choses devant les(ph'lles
si l'on

eiuilinue de

ce fi'ottenu'nl d'inie mimile,
il

peul ainsi dire, a toutes

grandes infortunes,
il

avait

amasse de douloureux souvenirs, presijue
pauvre

des remords, et

s'élait dit, le

homme,

(|ue

mieux vaul renoncer

aux services
sous
le

(|ue la peine

de nntri peut )"endre, cpn'de voir ainsi tomber, sur
la

fer légal, tout ce (ju'il y a
a

terie de res|)eclal)le et de sacié.

Quand on
dans
mort.
11

eu

le

malheur

d'être choisi
il

la

)»ersoniie de son chef,

est hien

pour décapiter une monarchie permis de deleslrr la peine de

n'en est pas ainsi de l'exécuteur actu(4: Jamais on iw

lui a jele (|ne

des criminels obscurs, r(d)ul de l'humanité, et pour les(jnels les coMirs

sont fermés

à

toute pitié; et puis

il

a

vu tous ces misérables, domptes
à s'y

seulement par une grande coiulanniation de mort, chercher
traire,

sous-

même

au prix des galères per[)étuelles, et supporter alors leur

destinée avec insouciance, souvent avec gaîtè, dans l'espoir incessant

d'une prochaiiu' évasion; et
était

il

s'est dit
les

que

la
(|ui

mort de

pareils

hommes

un

bienfait, et cpiil n'y a

que

morts

ne reviennent pas.

J'avais souvent lu
faibli

dans

les

journaux
était

((uc tel

en présence de l'échafaud et
(pi'il

et tel condamné avait moit lâchement. J'ai su, de la
:

bouche de M. Sansim,
vingt-cinq ans
(pi'il

n'en est point ainsi

il

m'a

dit

{pi(\

dej)nis

assistait
(jui

aux exécutions,

il

ne pouvait

[)as citer

l'exem-

ple de trois su])pliciés

fussent morts sans courage. D'après

lui, c'est,

chez

la

plus grande

jjartie

de ces malheureux, une résignation inspirée

par
leur

les

paroles du prêtre; chez d'autres, c'est
force factice bien suftisante
,

un moment de

lièvre, <pii

donne une
ils

pour IçMtnps du

sacrifice;

cbez d'autres enlin

c'est la
la

vanité

(pii

n'abandonne jamais certains
et,

hommes:

savent que
ils

Huile a les yeux sur eux,

comme

reni|)e-

renr Vespasien,

veulent lumnir debout.

Sanson ce «pi'etait devenue sa lille, cette charmante personne donlj'ai parle au comnKMicenuMit de ce diapitre jeune Elle est mariée, me dit-il; elle a épouse un médecin de; Paris.
Je denuuidai à M.
:
<<
>

Je ue sais
se hâta

si

ma

ligure
»

exprima

(pn,'l(|ue

etonnenn'ut
(lou( les

:

mais M. Sanson
choses d'un peu

d'ajmiler:

Kh! mon Dieu, \oyons

^2-20

HUE SANS NOM.
Pour sauver un corps humain, un chirurgien csl souvent ol)Mgé do un membre malsain Uirsque le corps social a un de ses mem;

haut.

sacrifier

bres gangrenés, ne convient-il pas aussi d'en faire

le sacrifice...

— Per!M(tn-

mettez-moi, Inidis-je avec quehjue hesitalicui, de vousfaire observer qu'il
y a entre les deux sacritices
sieur,

une bien grande différence.
»

— Oui,

dans

la

dimension du couteau.

Et,

me

saluant avec une politesse grave. M. Sanson rentra dans son

atelier.

Tâchez de passer mainlenanl. sans éprouver une secrète
émotion, dans
la

et terrible

rue Saus Noiii

'

James
lirdiiclciif

Housskal',

de lu CiizolU' des Tribunaux.

^^TT^'Z^ ^.3tiW^^^-

^i^'iliiil'H'

.f

:>>y 1

'

'

"^"^^ÏÏjih
5in.A

^

RTIER

CE

L.^

MÛHNME
ili;i-

En
jiitre,
(liiiis

l'oiimiciuMiil

;i

ccriic (c

Imch
le

iiicitiiiplct

sans dmilc.

livre

des

litics ilc l'iiiis, je

liai [las été séduite

parla pliNsiono-

niie

moderne de
la

cette

grande im-,

qni tonche par ses denx bouts an

Punt-Nenfetà
tache.

pointe Saint-I>usl;i

En

l'2i~K
la

nie de
Cerf:

la

Mon\i\' lui
(\v.\

naie était
^\

rue

du

le

siècle la baptisa de

nouveau, eu
Moinudi's.

donnant nn Holel
lut
.le

iIcs

démoli en 1778.
n'ai

pas été séduile davanlai;<'
la

|iar le
Ijll

voisinage de

Halle; je ne
ni

nie suis laissé prendre

aux souaux cererue

venirs de
i^f
.'

la

Fronde,

ni

nionies de
lois,

Saint-Cierinain lAnxer-

ni

anx

continues de

la

Saint-Ilonoré, ni aux magniliceiices

du Louvre
trouvé

:

j'ai

cherche

et

j'ai

tout autre chose dans les
la

environs de

rue de

la

Monnaie.

Les historiens n'ont pas besoin d'être des rois pour exécuter des
lonilles aussi riches, aussi variées.
> .iiissi

prodigieuses (|ue celles d'IIerel

(ulanuui

de Pompéïa
les

;

ils

marcl

o

ilieul
I

sur

ruines, les yeux

espril

fixés

sur

le

livre

de

l'his-

Il-l
toire, et soiuliiiii,

UUE ET
en
laisiint
la

(j II

A UT Eli
I

voler autour d'eux,

avec

la

harlte de

leur

plume,
ils

poussici'e qui cache les liomnies et les choses

du temps passé,
se remettent à

ressuscitent des royaumes,

des

villes,

des palais,

(jui

s'agiter et à vivre, par la grâce de l'imaginaliou et de la science.

Les pavés,

la terre,

l'hcrhe et

la

hoiu^ (jue
les

nous foulons chacjne jour,
morts, ne couvrent-ils pas

avec toute l'indifférence des vivants pour

des sociétés tout entières, des civilisations hrillantes, des

mœnrs

ouhliées

ou inconnues, des événements
Les princes
et les

et

des pers(Hines qui ont joué un graiid

rôle sur le théâtre de l'humanili-'''

savants, qui s'ingénient au pied du Vésuve, ne trou-

vent au fond de leurs fouilles réelles que des matériaux de marlire, de
pierre et de hriipie, des ustensiles, des métaux, et de petits tas de poussière qui
elle

ont été des

hommes;

l'histoire
elle

est plus

heureuse

:

(|u;ui(l

fouille

dans

la

lave des siècles,

trouve des morts qui lessus, ,

citeut à

sa voix,

comme

coutumes,
et le

les i>laisirs, les

avec les passions les par enchantement amours et les vices, en un mot, avec l'esprit

cœur de

leur première vie d'autrefois.

Regardons ensemble ce coin de terre qui se cache dans la ville de Paris, entre la rue de la Monnaie, la rue Etienne, la rue Boucher, la
rue des Poulies,
la

rue de

la

Bibliothèque,

la

rue d'Angivilliers, et bien
la

d'autres rues noires, maussades, boueuses ou déshonorées:
la

grandeur,
la

noblesse,

la

galanterie élégante, l'amour chevaleresque, la gloire et

;

royauté ont passé par

tâchons de

les

admirer encore, en

les réveillant!

Tristes ou modestes,

comme

des coquettes détrônées, les rues dont je
leurs hôtels, les plus heaux

parle n'ont plus rien de leur ancien éclat;

lleurons de leurs couronnes, sont tombés

un

à

un sous

le

marteau des

dcnudissenrs,
pierre

si

bien,

ou plutôt
les

si

mal,

(lu'il

n'en reste pas
l'artiste

même une
l'histo-

pour provo({uer

souvenirs du poète, de

ou de

rien. Hélas! elles eurent des jours de gloire; les caprices de la

mode

semblaient devoir leur rester fidèles

à

jamais

;

elles étaient belles, riches,
(pii

parées, splendides, lieres de leurs nobles maisons,

étalaient orgueil-

leusement des jardins tout remplis de femmes
Louvre,
rues du quartier de

et de lleurs, des terrasses

somptueuses, des portes blasonnécs. Lorsque nos
le

rois vinrent habilei'

les

la

Monnaie serpentaient au milieu de
la

vieilles

constructions qui appartenaient au clergé de
et

paroisse voisine;

sombres
la

malsaines, elles ne durent leur prospérité qu'au voisinage de
le

royale demeure, dont elles étaient

chemin. La imblesse, conniu' une

plante avide de soleil, y jeta des racines prcd'oinles; les constructions se miiltiplierenl, et bientôt ces vieilles maisons, a l'aspect misérable, cédèrent
la

place aux hôtels d'Austeriche, d'Alencon, de Louis d'Evreux. de La

Bo(
vail

li(>-(iu\oii.

taudis (|u'un peu plus loin l'bôlel du Pelit-H(Uii'bon s'eleet

snrdaiilrt's masures

sur d'autres ruines.

ni:
Je vdiis
nioi
(le
;ii

LA MO.N.NAIK.
roii<iiii<,'

^!:>-)

dit ni coiiritiit

de

la rii(:

de

la

.Mdiiiiair
la

;

|>('riii('l.l('z-

me

débarrasseï' bien vile de l'étymologie

de.

nie des Poulies,

dont

la

place a joué un grand rôle dans l'hisloire de ce (|uartier. D'après

Félibien, son

nom

viendrait

d'Edmond

l'oulie,

(|ui

vendit vers

l'i.")!)

a

Alphonse de France, comte de Poitiers, frère de saint Louis, sa maison,
située rue d'Austericbe; selon d'autres historiens, ce

nom

serait

venu

<le

Ihôtel d'Alençon, dont les jardins étaient garnis de poulies; ces poulies,

raconte Sauvai, servaient à jouer un certain jeu, inconnu de nos jours.

Ce jeu, dont

il

est question

dans quelques vieux
:

livres, était
il

une sm-te de
une rala

gymnastique
pidité
«Mitrci

à laquelle s'exerçaient les pages

consistait à se hisser à

une Irés-grande hauteur, pour
que
ses
le

se laisser ensuite descendre avec

jouteur pouvait modérer à son gré, en retenant
gantelets.

corde;

mains garnies de

Quoi
fait

qu'il

en

soit, l'hôtel

d'Auste(h; la

riche,

qu'Alphonse de France avait
et

bâtir sur l'emplacement

maison d'Edmond Poulie,
nant au
clia[)itre

auquel

il

avait réuni dix

maisons appartesi

de Saint-Germain, prit un développement

considérable
la

<ju'Archamband, comte de Périgord, en étant devenu possesseur après

nmrt d'Alphonse de France, en vendit
comte d'Alençon, cinquième
comtesse de Blois, pour
C'est
la le
fils

la

moitié

à

Philippe de France,

de saint Louis, et à Jeanne deChastilhui, de sept cent cincjuante livres tournois.
la

somme

du séjour

([u'y

fit

prince que l'hôtel porta dans

suite le iu)m

d '/(()/('/ d'Alençon.

Enguerrand de Marigny, qui possédait déjà aux environs du Louvre plusieurs maisons et jardins, devintencore possesseur d'une partie de l'hôtel

d'Alençon par

la

grâce de

la

munificence royale;
:

mais
,

les

rois

se

succèdent

et

ne se ressemblent pas

l^miis-le-IIutin

cédant aux

insi-

nuations de Charles de Valois, fra{)pa d'un coup terrilde l'ancien sur-

intendant de son père. Engiu-rrand de JMarigny, chez qui tous les con-

temporains s'accordent
talents, fut

à

reconnaître de gi"andes qualités et de graiuls
qu'il avait
l'ail

pendu an gibet de Moutfaucon
bonté de s'en dessaisir
à

construire lui-

même;
qui eut

ses biens furent pris et confisqués an profil de Philippe de Valois,
la

l'intention de son frère Charles, le

jour de son avènement au trône de France.
Puis(pie nous

sommes sur
la
!

les terres

d'Enguerrand de >hirigny, arrê:

tons-nous devant
lédiction royale
lée

maison Saint-(iermaiu
s'élevait

elle

p(Ute

le

sceau de
cpii s'est

la

ma-


la

une noble

et riche
les

demeure

écroujustice

au souffle de

haine;

il

semble que

exécuteurs de

la

princiere aient en à cceur d'accomplir les paroles terribles ipie Dieu

adressaitàune
tiges

ville

maudite
»

:

«

Je chercherai avec soin tes moindres vesà

pour

les effacer.

Mais cet horrible empressement

détruire tout

ce

(|ui

pouvait rappeler une illustre victime ne réussit pas aux boui'reaux:
à l'Iieure
i\\\

longtemps,

couvre-feu, les imaginations supeislitieuses cru-

•J2i
reiil voir |);iraili<.',
lMiili|i|»('-le-l{cl.
l'aililcs,
;iii

KUE
(Ai»

i:t

oiiAiniKr.
niiiics, l'cdnhrc

iiiilicii dits

de

1

iiiicicii iiiiiiisUf

de

IVayciiis,

ces rêveries, ees iiréjdgés
(|ui

dm

(esprits

(loiinèrenl de la
:

mémoire au peuple
comédie

avait estimé Engucrrauil

de Marigny

il

se souviut des vengeances royales.
et récharaïul, la
et
li!

Après
si

le

drame
,

bal

;

nous allons danser,

c'est possible

sur

le

gibet de Montlancon. Voulez-vous assister aux

rètes brillantes «(ui turent

données dans

les jardins

d'Alencon? que votre

fantaisie soit laite

:

voilà des écuyers, des pages (pii portent des bassins

en or, en argent ou en vermeil; voilà de bien ricbes étoiles qui flotteut

aux brandies des arbres, ou qui servent de
vent (pie Von
a

ta[»is

aux boudoirs en plein
plaît-il <le

imaginés sur
à

les terrasses;

vous

boire et de

vous enivrer, an besoin,
vei're

une cou[)e encbaulée? allons, tendez votre
;

de cristal

à

la

main cbarmante d'Ilébc
à

moi,

je

vais

deman-

der

lin

pende nectar
et!

Ganynunle.

— Le

nectar

s'a[q>(,'lait

liypocras ou

eivoisie.

Cet lioinme,

geiililliomme
,

(|ui

prend une

si

bonne part de tous
c'est
il

les

jeux, de tous les i>laisirs

de tous les excès de

la lete,

Jean

II

,

duc

d'Alencon,

lils

de Jean

l'

% tué à

la bataille le

d'Azincourt;
(jiiand

est riclie, fass'agit

tueux, magnifique; nul ne saurait

surpasser

il

de luxe,
c«î

de prodigalilé,
|»rince,

de foiie; mais, pour Dieu! n'allez pas voir, dans
(jiii

un gentilbomme
Certes,
la
il

n'aime

(jiie

le faste,
il

la

paresse et

le plai-

sir!..
la

adore

les

femmes,

et

les

trompe toujours; mais
et

patrie,

France
il

a été sa
l'a

première maîlresse,

vraiment,
la

la

main

sur son

co'iir,

ne

jamais trahie, l'risonnier à

bataille de Verle

iieiiil, il a refus('

de redevenir libre pour m; point avoir

déshonneur
moi,

de remercier des Anglais! Vous n'êtes peut-être pas de nnui avis
je v(Mis

assure

([lie

les princes
vite,

ont quebpiefois

i\n

b(m.
;

Trente ans s'êconleiit
vous retrouvez
à l'Iuîtel

an milieu des
le

létcs et des ])laisirs

en 1457, ne

d'Alencon
la

même

bruit, la
est

même
ne
lui

richesse, les
il

mêmes
de
tid|)

excès

;

seulement,
obéir
a

ligure

du maître

un peu

triste;

s'a-

muse plus

(pi'à

un voui de sa
le

coiiscieiice, (pii

permet pas

s'ennuyer; aussi bien, voici
prév('>t

commeiicement de
le

sa lin.
le

Assiste du
(h;

de

]*aris et
1

d'une troupe de hallebardiei!?,
arrêter au ikuu du roi
((Uidiiit à

comte

Dunois

vint

un jour, en

ITtH,

duc d'Alencon,

(|iii,

après avoir rendu sou

cpe(!, fut
11 a la

Vembum,'.

Un

arrêt de

la

cour des pairs condamna Jean
trahison.

peine capitale pour crime de haute

Kassiinîz-vons
l'illustre

:

l'arrêt

ne fut

j)as

exécuté; Charles Vil laissa
la

la

vie à

condamne, en commuant
((Uidnit au (^bateau
.\l.

peine en une prison perpétuelle.
il

Le

(\\\r

fut

de Loche, d'où
et
:

ne sortit
II

(|irà l'avénedi;

iiieiii

de Louis
[loiir

Esprit in(|uiet

turbulent, Jean

c(ms|>ira

nou-

veau

(^harles-le-Téméraire

nouvel airêl de mort; nouvelle grâce

I)K
(l'(!n

LA

MON.NAIi:.
|icim'.

'tl^
fui iisscz aclntit poiii'
:

haut; lunivcllc coimmilalioii df

Louis XI

i'int

clément; jugez de sa
la

cleiin'iice (tu
;

de son adresse

le roi

de Liaiice
,

rendit

vie à ini vieillard

mais en accomplissant eel acte «énérenx
le (ils,

il

se réserva le droit de punir

qu'il haïssait, des l'antes du père qu'il

ne craignait plus; par son ordre, on sui)priina les pensions du niallienrenx René d'Alençon, qui, privé de ses biens, effraye par des avis pertides, se réfugia

en Bretagne, où

il

fut arrêté et

conduit prisonnier
fer; enlin,

a Clii-

non, pour y
le

vivre, tout simplement, dans une cage de

juge par

parlement et déclaré coupable de simple désobéissance, il recouvra la liberté, mais ses biens et ses titres ne lui furentreiulus (pie s(Misle règne
de Charles VIII.

— Louis XI
le

a élé

notre premier roi diplon)ale.

L'histoire de rb(jtel d"Alen(:on est nue sorte d'appendice à ce livre de pierre que Ton nomme le Louvre; la maison reçoit toujours le contre-

coup du palais

:

chàtean du

roi

a

toujours une tuile que

le

vent

fait

tomber

sur h; logis

du seigneur.
d'Alençon se reposa un instant, dans les premières respectons, s'il vous plaît, ce calme, ce silence qui
à sa vie

Dieu merci,

l'Imtel

anm>es du xvr

siècle

;

ne sont pas habituels
lustre voisin, l'imtel

orageuse, et frappons

à la

porte de son

il-

du Petit-Bourbon.
visite histori(pu'
:

Nous jouons de bonheur, dans notre
est, riKÎtel

à l'heure (pi'il

bruit et
h('»le; le

du Petit-Bourbon se trouve tout rempli de mouvenuMit, de de colère: le peuple vient d'envahir les appartements de noire peuple crie, le peuple menace, le peuple voue à l'exécration

éternelle

un

traître (|ui a trahi

son

roi et sa patrie,

un

traître qui n'est

fameux connétable de Bourbon! Et an même instant, (|uel curieux spectacle! un bourreau, le bourreau de Paris exécute sel dans les cours de il semé du un arrêt qui dégrade le coupable oh infamie! dans la mairh(>tel; il marche librement, solennellement,
rien

moins

(|ne le

:

S(ui

du

traître, et sa

main qui déshonore
le

vient de toucher le blason d'une
est sorti,

noble famille.— Mainlenant ([ue

bourreau

vous pouvez regar-

der aux armes du connétable
Justice est faite!.... Je

:

me

assurément vous y verrez uiu' tache. trompe car voilà M. le duc Charles de
:

Bourbon qui continue à trahir la France, tandis que Charles IV, duc d'Alençon expie, par s(ui désespoir et par sa mort, la houle d'avoir sonné
la retraite à la balaille la

de Pavie; vous
1".

le

savez: cette reiraite funeste, c'est

caplivité de François

Par un contraste bizarre, chaque nouvel avéïuMnent s'annonce sous etincelaules; la joie est les auspices les plus magnifnpu's les fêles sont
:

semble délier lavenir; el lout-à-cou|., les bals et les jeux si branche d'Alenliuisscnt par une péri|>étie qui est une calaslrophe. La çon venail de s'éteindre; nuiis les apparences Irisles el désolées de
folle (|nClle

rin'del

des anciens ducs de ce

nom

se cachèrent bien vite sous de bril-

2U

22(;

nVK ET QUAiniEll
laissjiieiit

lantes ;triiiuiries qui
(le

voir ces

mois

j^ravcs

en lettres d'or

:

Hôtel

Villemy.
Singulier caprice,
cl
(|iii

est

l)i('ii

un caprice royal
Cette

!

en 1549, Henri

11

veut habiter cet
et les petits,
la

liôtel

,

autour
la

(ln(|uel

«gravitent pèle nièle les

grands

noblesse et
la

roture.

dépntation

(|ui

s'avance

lentement, an détour de
faire la

rue Saint-IIonoré,

c'est la ville qui vient

révérence au

roi, lui

soumettre humblement l'élection de Marcel

à la dignité

de prévôt des niarchaiuls, et s'entretenir avec Sa Majesté du viennent eu grande cérémonie
fille

projet des fortifications de Paris.

Eu
et

cet endroit, les cours souveraines

en grand deuil honorer
le

les funérailles d'niu^

de France

:

il

me

semble entendre

bruit des plaintes et des sanglots; les sujets et
;

le roi

pleurent sur un cercueil

les portes, voilées

d'un drap mortuaire, ne s'ou-

vriront plus, sous ce régne;, ([ue pour laisser passer les nobles Vénitiens

ou

les

derniers envoyés de rEspagiu% en 1559.
le

Cette ambassade eut pour objet

mariage de Philippe
le

II et

d'Elisabeth

de France,

fille

de Henri II; les ambassadeurs étaient
,

prince d'Orange,

un des premiers capitaines de son temps Alvarez de Tolède, duc d'Albe, dont la cruauté politique a llétri la mémoire, et par un rapprochementétrange,
le

comte d'Egmont, ce héros qui devait (pu'lques années
,

plus tard porter sa tête sur un ecbafaud

dressé par
le

le

représentant
et le

impitoyable de Philippe

II.

Oui, en 1559,

comte d'Egmont

duc

d'Albe parurent officiellement dans ce (juartier de Paris; ils entrèrent, bras dessus bras dessous, dans cet hôtel, pour y négocier le mariage de
leur souverain maître!

Ee jour de leur arrivée

à

Paris,

(piel

bruit,

quelle cohue, quelles rumeurs, aux portes de l'hôtel de Villeroy, que l'on
avait préparé avec

une magnificence royale, pour
a toujours
:

y recevoir les

ambas-

sadeurs de Philippe! La foule, qui
voulait tout voir et loul entendre

des yeux et des oreilles,
je

il

fallut
le

ne

sais

combien de

soldats

et

de gournuides pour empêcher
le seuil

peuple de regarder et

d'écouter de trop près, sur

de l'hôtel de Villeroy. Enfin les pauvres

gens,

(jui
:

comptaient sur un
la ville

spcîctacle gratis, se retirèrent
le

bon

gre,

malgré

complinuMita les and)assad(MU's, et

cortège

officiel

comuuuiça

à défilei'

dans

l'ordi'e

suivant: de
leiiis

Les ai'chers,

les arcpiebusiers et les arbal(!stri(!rs à pied, vêtus

lio(|uelons de livrée.

Dix sergents de

la

ville, a

pied

cl

vêhis de leurs rcdx's

à la

uefdargenl

sur l'épaule.

Ee prévôt des marchands
Ces greffiers vêtus de
mulets.

et les echevius.

leurs

lolies

de

livrée

et

moules sur leurs

Le procureur

dti roi el

la

ville.

I)K

LA MO.NiNAlK
de seize.
Eiiliii

227
les

Les

(iiiart(MH(n's,

;iii

iioinlirc

l)Oiiryeois,

vêtus de

leurs plus

beaux habits.
a celle jtlace
el

Oui, oui, tout cela
de
la

mèun; ([u'occupenl

aiijourd'luii la rue

Monnaie,

la

rue des Poulies
!

d'aulres vilaines pelilesrues, sombres,

tristes et

boueuses

L'exactitude a toujours été

la

politesse des rois; ce u'elaitpas
(lui

pré-

cisément
royauté
:

la
il

politesse

du duc d'Albe,

représentait pourtant une
et ses

fit

attendre les complimenteurs officiels
il

propres col-

lègues jusqu'à six heures du soir;
terre,

s'en était allé, en mettant pied a
le roi et la reine, faire l'éloge

au débotté, voir

le

Louvre, visiter

de

son maître, en saluant la des deux monarques et des deux pays n'avait pas une minute à perdre, en
laveur des bourgeois delà ville.— 11 faut être juste envers la bourgeoisie:
elle

royale fiancée de Philippe IL

Le courtisan

ne reviut

|)as

deux

fois à la

charge;

elle

rengaina ses compliments
contenta de les olVrirà
prés<'iits

etses cadeaux de circonstance,

ou plutôt
(|ui

elle se

ceux de messieurs
ville

les

ambassadeurs
la

jugeaient que les

de

la

de Paris valaient an moins
le

peine de les prendre.
roi

Quebpu's jours après,
la

duc d'Albe épousa, au nom du don Carlos,
et voilà la fin

sou maître,

princesse promise

à

l'infortuné

d'une véritable
cl

trag<'die.

Les

fêtes

continuèrent dans Paris, avec tons les eshalcmcnls

j)l(tysirs (|ue

l'on

put imaginer, jus(|u'au 28 juin 1559, jour néfaste, où
nn»rt,

Henri
fois

11

fut si

malheureusement frappé de
la

en joùlant une dernière

en riionnenr de

reine, au tournois de la rue Saint-Antoine.

Kn 1508, Henri
cpi'il

III, alors iluc

d'Anjou, vint habiter l'hôtel de Villeroy,
lorscpi'il fut ap]>elé

<lonna ensuite à sa

femme,
(|ui

an trône de Pologue.
(lostellani, scui

Jaloux de reconnaître

les services (jue lui avait

rendus

médecin,

homme

dévoué
fit

se mêlait

un peu d'astrologie judiciaire,
;

celte princesse lui

(bni

de l'hôtel et de ses dép(Midances
et

il

paraît, par

un

titre

daté de 1578, (pi'Albert de fioudi, duc

paii-

de Hetz, en acheta

une

partie, deshéritiersde(;ostellani,

pour

la

soiinne de deux mille trois

cents écns <ror.

Depuis
l'hôtel
suit

la

trahison du connétable, une volonté mystéiieuse pesé sur
:

du Petit-Bourbon
les

c'est la

vengeance de François I" qui
,

le

pour-

sans doute;
à

murailles ont lieau eu être s(dides

elles

touibermil
la

une

une;

et

pour commencer
se glisse

l'o-uvre de démolition falulc. voici

rue

des Poulies

(jui

comme un

serpent, au milieu de cette deuicure

maudite

et (|ui

cherche

à rejoindie la

Seine
la

à travers lliôlel

de Villeroy.
:

Plus tard, on ne ménagera pas
s'écroulera, par respect pour

même

chapelle de cette habitation

elle

la

colonnade du Louvre.
,

Lue
celle
relinl

partie des débris de l'hôtel de Villeroy servit
(pii

en 1588,

a

élever

nu'morable barricade

causa tant de deplaisu" au

roi, et

qui

le

prisonnier dans son château du Louvre.

-nn
S'il

lUlK
V(»ns pliiisnil

KT OLlAUTIEll
soj»!
liciics,

de prciulrc des hollcs de

vous jxnin'irz
«issisler à celle
|)er-

fnj;inil)or aiijoiird'liiii los cvciicincnls et k'S siècles,

pour

sanglante tragi-comédie

(|iii

a

nom
et

la

Ligue, et dont les principaux

sonnages s'appellent de tinise

de Valois.
les

— Vous

avez été bien bon de

me
(pii

suivre, et je liens à vous

l'aire

honneurs de ce nouveau spectacle,
la

représente des barricades, échelonnées dans
la

rue de

la

Monnaie,

dans

rue des Poulies, tout
est entre

i)rés

de

la

chapelle du Petit-Bourbon.
le

Le duc de Guise

dans Paris; on enlend déjà
(pii

signal de

la

révolte, et le pauvre Henri lli,

ne manque pourtant ni de vaillance ni
la

de volonté, encourage lui-même
blesse, à force de lâcheté;

sédition

populaire, à force de
cette occasion,

fai-

comprenez-vous
ait laissé à
le

fpi'en

en un
et

pareil jour,

un

roi

de France

un

rebelle assez de

temps
la

assez de force pour soulever

peuple? La royauté se réveille à

fin;

mais dans

l'histoire politique, aussi bien (|ue
lit,

dans

le

plus petit

monde,

comme

on fait son

on se couche
le

:

Henri

III a

permis au duc de Guise
de France se réveille

de lancer des i)aves dans
sur des barri< ades
'

jardin royal, et

le roi

'^^'

/C

*

fi

'

.l'apiM'çois à
a
la

merveille, et vous apercevez aussi, le maréchal de Ihron

lète
\c

<les

gardes suisses et des gardes françaises, M. Daiiinont

(pii

jiarde

ponl Notre-Danic avec, une double baie d'ar(|uebusiers,

('Jiilloii

1)K
(|lii

l,A
ri

MO.NNAIK
Lcj^asl
(|lii

^229

(Icfciid le

ponl Sainl-Miclicl,
;

viciil tic
cclii
':'

poslcr
fnirc

s;»
«'I

(«inip.i-

onio sur

le Potil-IN»iil
iiuil

in;iis.

;i

quoi

l)oii tout,

(|ii<'

(|m' rc-

soudrc, coiilio un

à

peu

i)ros

sans rcmédi!?
extraordinaires,
(|ni,

Le
ne
le

p(Mi|>l(' s'in(|iii('lc

deccs

[)n''[)aratirs

sehn» moi,

sont pas assez; les

chel's

de
,

la

on

iKii'le

d'un pillage général
:

et

Ligne ont répandu de eertains hruils: les marcliands ne plaisantent jamais
bruil (b's arquebuses el des
la ville? et le

en scmblahle matière
Holà! entendez-vous

ils

oui la faiblesse de ne vouloir pas être pillés.

le rlitpielis

des épées,

le

pertuisanes? et

le

tocsin qui fait trembler toute

reteulisse-

ment des ebaînes que l'on vient de tendre dans les rues? et les cris de ces ouvriers de l'insurrection ([ui forment, avec des plancbes, des tonneaux
et des pierres
,

les

citadelles de la Ligue
les ])ortes

,

des barricades qui ont

du Louvre, en guise de béliers? Eh l'air de vouloir frapper sur votre petite promenade historique dans le quarbien! ètes-vous fâché de tier de la Monnaie? (piant à moi, je ne suis pas fatiguée le moins du
mond<', et je continue,
:

si

vous voulez bien

me

le

permettre....

;

mais

il

est

manquent de chefs, (»nl trop tard par les Ligueurs, et comme ils faisaient mine de vouloir mouété charges rir pour leur maître on les a tués presque sous les yeux du roi!— La
la bataille est Unie; les Suisses,
(pii
,

toile

tombe sur ce tableau,

et la

couronne royale aussi.
en ce

Et la reine-mère et le roi, cpie font-ils
lisses

moment dans
lin à

les

cou-

du théâtre des barricades? La reine-mère monte en tremblant dans
ce tumulte révole

son coche, et s'en va prier M. de Guise de mettre
lutionnaire; M.

duc

lui rei)ond
il

qu'il

ne peut guère retenir de véritaproteste de son dt'vouemcnt,

bles taureaux échappés;
point au milieu de
si sei>

déclare ne pas être disposé à se jeter en pouril

ennemis; d'ailleurs

bien

(|n'il

s'avance tout seul jusque sur

la

barricade du l'etit-Hourboii,
:

et la

reine-mère entemi crier trop distinclenu'nt

Vive Guise! vive notre

sauveur!
Henri
111

entendit aussi les cris des Ligueurs,
il

et

il

s'efl'raya
,

|»(uir sa

personne royale;
(pie

aiïecta
;

une contenance assez cahne
de reprimer
le
le

en voyant bien
n'avait

tout

<'tait
il

perdu

il

]»arla

désordi'e

i|u'il

pas

su prévenir;

proposa d'assembler
peur! Smis

conseil et de
la

faire

justice aux

grands

et

aux petits; comédie ([ne tout cela, et
de
fit

pire des

comédies po-

liti(|ues...., celle

la

le

prétexte d'une

promenade aux Tui-

leries, le roi se
ville,

bien résolu à se

accompagner de MIM. de Montjjensier et de Longuepromener jus(|ue dans la ville de Chartres.
et

Près de
s'arrêta

<[uitter Paris, |tres(pie seul,
à Cihaillot
;

déjà sans couronne, Henri III

un instant
il

il

voulut jeter un dernier regard sur sa ca-

pitale inlidele, et
»
»

s'écria

,

les

yeux mouillés de larmes

:

«

Ville ingrate

et (léloytde! ville (pte j'ai loujoiirs

honorée d'une eontinuelle demeurntue,

nue j'ai plus enrichie qu'aurun de mes prétléeesseurs, je ne rentrerai ja-

•2".0

lUJK
(Imis Ion

ET
par

(jU AUTII<:i5
une.

»
»

mais

cnrcinlc que

hrèriic
lu
il

mvmoruhle
on

!

Maudits soyez
«

aussi, eous tous,

pour

lest/uels j'ai

encouru
,

haine de tant de peuples!
plcMirail
il

Le
il

roi maiulissail In ville

de

I*;iris

mais
la
,

la

maudissant;

l'appelait ingrate et déloyale,

mais

il

regardait,

l'admirait de loin,

avec nne colère toute pleine de regrets

avec une haine toute remplie

d'amour!
Paris fut inexorable
:

je

n'ose rien dire, rien vous rappeler, à propos

de ces processions, de ces réjouissances extravagantes qui accueillirent
la

nouvelle de l'assassinat de Henri

III.

— Une maîtresse

infidèle a bien

le

droitde tuercelui qui l'aime encore; mais chanter, danseret s'ébattre
fi

sur sa tombe...

donc!

Je l'avais prédit, ce

me semble
les

:

1

hôtel du Pelit-Hourbon s'en va déjà,
rien ne

pierre à pierre, fleuron à fleuron; et pour (pie

manque

à

son
cou-

malheur etàsa honte,

arbres de ses jardins,

(pii

ombrageaient

la

ronne d'un duc-connétable, ombragent aujourd'hui
linancier italien, d'un Zamet!

le coflVe-fort

d'un

L'amour ne veut pas encore abandonner
Heiu'i III s'est

l'hôtel

du Petit-Bourbon
à voix

:

hasardé bien souvent dans

la

galante

demeure de Zamet;
basse,

Henri IV
afin

s'y

hasardera plus souvent encore, en chantant
(pic
!

de n'être entendu

d'une seule personne

:

Charmante Gabrielle Ce diable de Zamet avait commencé par
amassa, je ne sais comment, ou plutôt,

être cordonnier à Liic(pies;

il

je le sais trop bien,

une lortuue
fille:

immense,
noblesse,

et

il

osa s'intituler, dans

le

contrat de mariage de sa

Seij/neiir suzerain de dix-sept eent mille écus d'or.
si

— Ou'il

aurait eu de

on

lui

en avait donné pour son argent!

d'être l'ami de Henri IV et le triste avantage de devenir son

Zamet eut l'honneur compagnon

de débauche;
qiie

le roi

galant confiait au linancier italien l'histoire é(piivoil

de ses passions amoureuses, et

lui

emprunlait beaucoup d'argent
jeu des

par-(l(!ssus le

marché

:

Henri IV perdait au

sommes énormes
il

,

et
le

Zamet

])ayait volontiers les dettes

du joueur couronné; en pareil cas,
le

préteur se personnifiait avec orgueil dans
sait parfois

royal emprunteur, et
la

di-

en souriant
!

:

J'ai

beaucoup perdu
le

niiil

deiniére!

(Ihose étrange
a

Henri IV,

seul roi dont le peuple ait (jardé la mémoire,
(!st

surtout aimé

iiiu!

femme

(pii

aussi
le

la seiih^

maitrc^sse à demi-cou-

ronnée dont
pi"omeiié(^

le peii|)le ait

c(»nserve

charmant

s(Mivenir. Ciabrielle s'est

dans ce

vilain (piartiei', (pii était magnili(pie aulrefois; elle a

s(»upin'
l'hôtel

dans des

IxM'ceaiix
;

de

(

liariuille (pii elaienl les boudctirs d'éle

de

du

Petit-|{(MirlM»n
el cpii elaif

elle a glisse

sur cette terre

(pie ikmis

louhuis

aujourd'hui
et

couverte, je limagine, d'un beau tapis de ga/on
elle a

de fleurs;

elle a

marche,

Cdurn,

elle a
(pii

v(t'm',

connue un
les

bel oiseau

anioiM'eux, dans ces vilaines pi'titcs rues

cachent

plus belles mai-

Rue

et (luartior

de

la IMoniiiile.

!m:

la mo.n.naie.
Un
recneil (riinccdotcs,
,

251

sons

liisloii(|iu's (le
loul-à-t':iil

l;i

<;iaii<l(' ville.
,

un

livic [>ir

cienx el
gèreté

ignore

(juc je nu,' plais à relire
elli; st^

nous

|iarle

de

la lé-

(le

Gahrielle. (juaiul

taisait [xmi'snivre
li;

par Henri IV dans

les jardins

de lliùtel du i'etit-Bonrlton;
sur
les jietils sauts,

vieux conteur s'extasie sur les

petits pas,

sur
,

\eîi

petits

bonds de cette nouvelle Galale

lliée, et l'on
(le

est tenté de dire

en

la

voyant courir, ce que

poêle a dit

l'oiseau

:

Va m(?me
Brant(.Miie

quand
!

il

marche, on sent
qu'il y a loin

qu'il a dos ailes.

!

Hrant(")me

de

mon

recueil d'anecdotes à

votre livre des
lioniR'tet(^ et

Femmes Galaulesl Quoi! vous perdez
iecu(.'illii'
Il

votre temps, votre

votre esprit à

des contes horribles sur ina pauvre
faire le triste (?cho

et adorable Gabrielle!

vous sied de vous
foi,

d'une cour

jalouse et dissolue

!

Ajoutez donc

misérable Brantôme, aux accusa-

lions de Sully, qui haïssait Galirielle; allez, allez toujours, écoutez

aux

portes de nos ennemis intimes; ramassez les balayures des appartements

du

palais, et dites aussi

que nous avons empoisonné d'Alibour,

le

méde-

cin du roi!

Répondez-moi, Brant»)me:si vous reparaissiez dans ce monde, pour
inventer de nouvelles galanteries,
rieux, d'entendre
l'associer
la le

y

comme vous

seriez étonné, fâché, fule

nom

de Gabrielle chanté par
la gloire

peuple, qui daigne

au

nom

et

presqu'à

de Henri IV! Vous reviendriez à
il

charge, n'est-ce pas? vous répéteriez vos contes d'autrefois, et

vous

souvieiulrait encore
(le

du médecin empoisonné par Gabrielle!
parce qu'on n"a pas réussi

monsieur

Brant(mic! vous avez donc été bien malheureux avec les femmes?
les haïr toutes
q\u',

On

ne se décide à

à

se faire

aimer d'une

d'elles.

En

1591), Gabrielle
:

demeurait dans
sa tante,

l'imtel

du

Petit

Bourbon

;

elle s'y

trouvait à merveille

madame

de Sourdis, et Henri IV, son

amant, étaient ses plus proches voisins. Le 8 mai, dans l'aprés-midi, Gabrielle descendit

dans

les jardins

de Zamct. pour y rêver tout éveillée, en

retrouvant à cha(ine pas des souvenirs dans des feuilles mortes, des espé-

rances dans des (leurs qui ne devaient s'épanouir que

le

lendemain.

Vous savez
orange,
et

la

lin

de cette histoire
la

:

Gabrielle voulut goûter à une

soudain

pauvre
et

reine sans couronne se laissa tomber
les

en criant, en sanglottani,
Gabrielle était morle!

dans des convulsions h(MTibles;
la

méde-

cins ne se tirent pas attendre, mais

médecine

ii

avail plus rien à faire:

BranttJme, voila un poison bien plus réel que celui
cin d'Alibour!

(pii a

lue

le

médepas

Entre nous, Henri IV avait
de
nuMiutire;
il

ini

grand delaul

:

s(ui c(eiir
il

n avait
I(hiI

pleura sans

doute Gabrielle.

mais

l'cniblia

de

25-2

II

LIE

ET

uLiAirni:i;
iiii.x

suite

;

chez

lui,

rnmotif

surviviiil

amours

;

il

ci|)|ili(|u:iil

à

la

^alaii-

Iciit' le

principe de l'heiedité royale:

Ma mie

est moile...., vive
le

ma mie!

Henriette de Balzac d'Entraigues monta sur
Irees; et
si

trône deGalirielU' d'EsHenriette; avait
la

j'en crois les

réussi à se faire

méchantes langues de l'histoire, couronner secrètement, sans attendre
tard, à (juelques pas de
le

succession

amoureuse de

Gabrielle.
la

Douze ans plus

rue de

la

Moiniaie, tout piés

delhôtel du IN'tit-Bourhon,
des soldats avaient arrête
sin de Henri IV.
:

peuple voulait massacrer un iujmme que

c'était

François Uavaillac,

le

fanatique assas-

Bavaillac

l'ut

conduit à l'hôtel de

lletz.

Le souvenir de

ci.'tte

hislori(pie va
(jui

me

fournir une anecdote qui est un contraste avec
la

le

demeure drame

précède; voici

comédie:

elle fut

jouée sous

le

règne de Marie; de

Médicis.

L'on s'entretenait
i>LM.

à la

cour d'une intrigue dont

les

héros étaieni

de Montmorency et de Hetz, tous les deux
la tète,

fort épris,

amoureux
à

à

en i>erdre
Malherbe,
sie et

d'une jeune et très-jolie femme. Nos deux poursuivants

d'amour avaient déjà demande hou nombre de sonnets galants
le

M. de

poète

le

plus complaisant dans ces sortes d'affaires de poé-

de cœur. M. de Malherbe se mita rimer les plus douces choses du
c<uitier

monde, sans
lèunue:
il

aux nobles seigneurs
le

qu'ils raffolaient de la

même

pour

le

compte de M. de Uetz, et (!!orisandre compte de M. de Moutnu)rency de pareils noms d'emprunt ser;

chanta Thémire \h)uv

vaient, à cette époque, à déguiser le scandale de certaines mésalliances.

Les deux rivaux, qui ne savaient |)ourlant rien de leur
vereiit

rivalité, trmi-

charmant de

se faire de unituelles coulidences, et la
d<!

comédie de
grande joie

Tliémire et Corisandre s'embrouilla

mieux en mieux,

à la

de Malherbe.
(Jue

vous dirai-je?
!

il

s'agissait d'une

femme adorée en deux
:

per(l'es!

sonnes; eh bien
bien simj)le
:

la

belle

Ht

un miracle

elle

aima deux

fois,

Thémire ne

fut pas

insensible à l'esijritde M. de Uetz, et

Corisdiulre n'eut pas la force de résist(;r aux grâces de M. de

Montmoun

lency
(îe

;

quel triomphe pour M. de Malherbe
il

!

n'est pas tout:

fallait

un dénouement

à l'intrigue, et ce fut

valet (jui

dénoua
il

la

pièce.

Ce maladroit eut l'adresse de (hniuer
vite le dire à

h; nu>l

de l'cuigme;

courut bien

son maître,

et voilà

la

giu'rre
[tas

allumée! M. de Uetz était furieux, et M. de Montmorency ne letait

umius;
sairc;

l'un
ils

voulait châti(!r son
ils

rival, et l'autre voulait liu'r

son advcM"à

s'expli(juèreul, et

iiuircul
y

par ne rien coiupicudrc

ccl

imbroglio amoureux; M. de Moulmorcui

s'imagina

(pie

M. de

llelz avail

perdu
I^a

la lêlc,

iriiic s'en

mêla

;

la ((iiir Iniil

ciilieir voiihil s'en

mêler

;

ou persuada

DE LA MONNAIE.

233

sans peine à M. de Retz qu'il était offensé; on accusa son ami, son rival,
qui avait l'audace de rire d'une pareille aventure; bref, on alla se battre,

avec deux tenants

:

quatre genlilsbommes se mirent à ferrailler,... sans
la

pouvoir ou sans vouloir se faire
ils

moindre égratignure mieux
;

((ue cela

:

se laissèrent

tomber par
ils

terre, tous quatre à la fois; ils se regardèrent

alors, et

apparemment

se trouvèrent si ridicules, qu'ils se relevèrent

en riant pour s'embrasser.

Le
delà

soir,

grand souper, grande

fête à l'hôtel

de Retz; Malherbe était

partie, et

même

on

l'avait

chargé d'adresser une invitation en vers
paraît dans la salle; elle

à Corlsandre et à Thémire.

Au

milieu du festin, une
:

femme

met bas son

masque de velours

elle est

charmante.

— C'est Thémire s'écria M. de Retz. — C'est Corisandre! s'écria M. de Montmorency. — Je ne suis que Thémire, répond belle dame;
!

la

vous ne reverrez

jamais Corisandre:

elle a

rompu pour toujours avec M. de Montmorency.
quelques hôtes illustres de
la

Sautez donc, M. de Retz!
J'ai oublié

de vous

nommer
:

rue ou du

quartier de la Monnaie

les

Longueville, les Créqui et les Conti demeu-

raient dans la petite rue des Poulies. Robert Bayeul, clerc des comptes,
a

donné son nom

à

une rue du voisinage

;

Philippe Tyson a légué à

la

rue Bayeul une tourelle fort élégante, qui sert aujourd'hui de magasin

à

un commissionnaire de roulage.
50

234

HUE Eï QUARTIER
siècle,
les

Nous arrivons au grand
nous forcer de
Louis XIII;
roi
la

au règne de Louis XIV,

et Molière va
:

visiter

encore

ruines de l'hôtel du Petit-Bourbon

ces ruines sont à

demi cachées par un théâtre, depuis le mariage de royauté s'est beaucoup divertie sur cette scène; le grand
il

a

daigné lui-même s'y montrer en personne;
le ballet
:

a figuré,

il

a

dansé
de

publiquement dans
réelle,

de

la

Nuit et dans les Noces de
roi qui

Tliétis et

Pelée; singulier spectacle

un grand

se dépouille de sa

majesté

pour s'affubler d'une couronne radiale... en carton doré! Après avoir excité l'enthousiasme du Languedoc, Molière et sa troupe avaient enrayé à Rouen leur chariot dramatique, qui valait un peu mieux
que celui qui roule dans
louse de la
ville le
:

de lîouen

roman de Scarron la cour de Paris fut jaMolière, mandé au Louvre, protégé par un
;

grand seigneur, présenté au
avec sa troupe, dans
le la salle

roi et à la reine-mère,

ne tarda pas à jouer,

des Gardes, en présence de leurs majestés,

chef-d'œuvre de Nicomède.

A

la fin

de cette pièce, qui fut approuvée par
il

le roi, 3Iolière
il

s'avança

jusqu'aux bords du théâtre;

s'inclina

respectueusement;

remercia

Louis XIV, en appelant son indulgence sur de pauvres comédiens qu'avait
troublés l'aspect d'une assemblée auguste; sa majesté daigna lui sourire,
et Molière,

encouragé par tant de bonté, continua son
l'envie qu'ils avaient de divertir le plus
fait

petit discours,

en

disant:
» « »

«

que

grand roi de

l'uni-

vers leur avait

oublier que sa majesté avait à son service d'excelils

lents originaux dont

n'étaient que les copies, mais que puisqu'elle
ils la

avaitbien voulu souffrirleurs manières de campagne,

suppliaient

>'

très-humblement de vouloir bien permettre qu'on
petits divertissements qui leur avaient acquis

lui

donnât un de ces

>>

quelque réputation et

>>

dont

ils

régalaient

la

province.

»

Le

roi fut si satisfait
lui

du compliment de Molière,
le

et surtout

du

divertis-

sement, qu'il

accorda
la

théâtre du Petit-Bourbon pour y jouer alter-

nativement avec

troupe italienne.
salle le

Les comédiens de Molière débutèrent dans cette
1G58, par V Etourdi et
construction de
la

5 novembre

le

Dépit- Amoureux

:

leur réussite fut complète. La

la

colonnade du Louvre ayant été décidée, on détruisit
la

galerie qui servait de salle à

nouvelle troupe; en lOGl, les coméle

diens de Molière se réfugièrent au Palais-Royal, et prirent

litre

de

Comédiens de Monsieur.

La noblesse continue
dans ses environs.

à vivre et à briller

dans

la

rue de la Monnaie ou
le

Louis-Marie Daumont, marcjuis de Vielleguier,

même

qui se

fit

appeler duc de Mazarin avec l'aide du

nom

de sa femme,
il

avait acheté de
truire l'hôtel
le

M. de Guise

la

moitié de l'hôtel de Conti, où

fit

cons-

Daumont;

c'est à ce

même

duc de Mazarin, qui
le |)lus

était bien

pers<nina<ie le plus débraillé et l'arislacfpie

pointilleux de son

DE LA MONNAIE.
siècle,

235
si

que

le

duc de Richelieu adressa
:

cette apostrophe,

spirituelle-

ment railleuse « Duc d'Aumont, Dieu t'a fait hon genlilhoinme et le roi t'a fait duc et » pair; M. le duc de Bourhon t'a fait et c'est madame la duchesse " d'Orléans qui t'a fait cordon bleu; c'est moi qui t'ai fait et reçu che;

»
>'

valier, à telle
fais

enseigne que

je t'ai

embrassé ce jour-là; mon bon ami,
ta

donc, à ton tour, quelque chose pour
»

personne

:

fais-toi la

»

barbe.

Les hôtels historiques du quartier de
de
IdL

la

Monnaie, de

la

rue des Poulies,

rue Etienne, delà rue Boucher, ont subi bien d'autres changements,

bien d'autres transformations, des vicissitudes dont l'histoire serait trop

longue pour

le

lecteur et pour moi; je

demande seulement
les

la

permission

de vous adresser encore quelques mots sur

maisons

illustres

que

nous avons
Après
la

visitées

ensemble.
la galerie

destruction de
inférieurs

et

de

la chapelle,

démolies en 16G2,

du Petit-Bourbon furent conservés..., mais pour servir de garde-meubles, de magasins et peut-être même d'écuries.
les étages

L'hôtel de Longueville, élevé sur les ruines de l'hôtel de Retz, fut vendu
à Louis

XIV, lorsque ce prince voulut faire construire
il

la

place du Louvre.
il

L'hôtel de Longueville joua de bonheur:

fut réparé;
il

reçut un

maître honorable, M. d'Antin, directeur des bâtiments;

fui baptisé

du

nom

(Vhôlelde la Surintendance, et consacré à la fois au service des bâtiet des postes.
le

ments

Vous

voyez

:

bien des illustrations ont passé tour-à-tour dans
le

le

quartier de la Monnaie, sous

giron du Louvre qui les abritait de sa

couronne royale

;

bien des personnages, grands, nobles, orgueilleux, ont
la

gravé les armes de leurs blasons sur

façade de ces vieux hôtels qui

recevaient des princes, des rois et des reines; mais, au milieu de toutes
les célébrités

dont je parle,

il

en est une que je préfère
sa vertu
:

à toutes les autres,

moins pour sa grandeur que pour
d'une princesse ottomane qui avait
l'admiration de son siècle.

il

s'agit,

qui

le

croirait?
fîiit

nom
(jui

Marie-Cécile, et qu\ avait

La

fille

d'Achmet

III,

de ce héros

accorda une hospitalité géné-

reuse à Charles XII vaincu, fut enlevée du sérail à l'âge de six mois, et

conduite à Gênes, où

elle fut

solennellement baptisée devant

le

sénat.

Dix ans plus tard,

elle

arrivait à

Rome, pour
le

y être présentée au pape

Clément XI
abattre.

:

dans cette entrevue avec

Saint-Père, Marie-Cécile laissa

percer un peu de celte

fierté (jue l'excès

Comme

on l'engageait

à baiser la lui

elle refusa

de se soumettre à ce qui

du malheur ne devait point main du souverain pontife, semblait une faiblesse; elle disait
rang assez haut pour ne

qu'elle était d'assez
faire sa

bonne naissance
;

et d'un

cour

à

personne

il

fallut

bien des prières et bien des ruses pour

2oG
la

RUE ET QUARTIER DE LA MONNAIE.
un tableau de
la

Ibrcer d'accepter

Vierge, enrichi de diamants et de

perles.

A

Paris, où le Régent l'avait appelée, je ne devine pas trop dans quel

but, Marie-Cécile fut reçue

deux

fois

par ce prince; plus tard,
et

elle

eut

l'honneur de s'entretenir avec Louis

XV

Louis

XVL
du Régent pour Marieprince osa lui parler de

Ce que

l'on a raconté de la violente passion

Cécile est-il bien vrai^

On

raconte qu'un jour,

le

son amour;

elle

en

fut, dit-on, si effrayée, qu'elle s'enfuit

en pleurant,

en se désolant
sérail

comme une

folle; c'est

bien

la

peine d'être née dans un
l'on inspire!

pour avoir peur d'une belle passion que

Comme

elle sortait
lui

du Palais-Royal,
la

les

yeux mouillés de larmes, un gentilhomme

recommanda, de

part du prince, de bien prendre garde à sa che-

velure, qui était longue, épaisse, soyeuse, magnifique; elle se retourna

fièrement, elle prit des ciseaux, elle coupa ses beaux cheveux, elle les

cacha dans son mouchoir,

et répondit

au gentilhomme

:

— Allez dire

à celui qui
!

vous envoie, que désormais

ma

chevelure

sera bien gardée

Marie-Cécile avait trouvé dans

la

égards et les secours d'une protection bienveillante;
noble protecteur,
elle

maison du prince de Condé les à la mort de son

n'eut plus aucune ressource pour vivre
si

comme
Trop
elle

il

convenait à une personne qui venait de

loin et de
elle

si

haut.

tière

pour

aller tendre la
lui
fit

main

à ses

amis d'autrefois,

vécut d'une petite
;

pension que

obtenir M. de Calonne, contrôleur général

sup-

porta les rudes épreuves de la mauvaise fortune, avec une résignation
toute chrétienne; souvent elle disait, avec une sorte de sentiment

du

fa-

talisme oriental

:

— Chaque

fois

que

l'on frappe à

ma

porte, je m'imagine que c'est la

mort qui m'appelle,

et je

me

hâte d'aller ouvrir. Je ne m'inquiète guère
la fièvre

de quelle maladie je mourrai; sera-ce de
m'importe.... l'une ou l'autre sera
vite
la

ou de

la

faim? Peu

bienvenue, pourvu qu'elle vienne
rue des Poulies,

me

chercher, de

la

part de l'Éternel.
la

Marie-Cécile mourut de douleur et de misère, dans

au fond d'un galetas, tout prés de

l'hôtel d'Antin.
la

Encore un mot:
(pii

l'hôtel de

Rambouillet, situé autrefois dans

rue

Saijit-Tliomas-du-Louvrc, ne
brillaient
il

me semble
il

pas bien loin des beaux hôtels
la

y a

longtemps,

y a des siècles, dans les environs de
la

nu! delà Mo)maie; salut à

madame

Marquise de Rambouillet!
la

Avouez
d'hisloire,

(pu;
il

pour un bas-bleu
est impossihle de
(b;

cpii a

prétention d'écrire un chapitre
sa [hû\U' bi'sogue litté-

mieux terminer

raire, (pi'en parlant

l'hôtel

de liambouillet, de prétentieuse mémoire.

Madame

I*]i,isa

Latouh

i>k

VVAP,n^:^s.

I

Dcdciiis la Cilc^

de Paris

»
1

Y

a des rues trente-six,

El, au quartier de

Hulepoix,

(*)

En y
«

a quatre-vingt et trois;

Et, au quartier de Saint-Denis,

»
«

Trois cents,

il

n'en faut que six
'i

-,

Contez-les bien, tout

votre aise.

>i

Quatre cents y a

et treize. »

^j

dit nu rimeur du temps de Henri IV dans bon poème des cris et des rues

de Pans.

En revanche,
n'existait encore

à cette

époque,
la
:

il

dans

capitale
le

qu une seule promenade
aux-Clercs.

Pré-

On allait donc au comme, depuis, on
Sain t-Gervais.

Pré-aux-Clercs,
a été

aux Prés-

Mais messieurs
quels

les écoliers, aux-

un règlement de 1215

avait

adjuge cette localité, se considéaient bien et

duement comme

seuls

l)iopiietaires de l'endroit,

en dépit
et

des levendicalions de labbé

des

moines du bourg de Saint-Germain,
et devenaient souvent des trouble-

S"^

l'êtes
I

pour les paisibles bourgeois de
(pii

giand'ville,

se permettaient

(^ Ounitier de

l'Utiii-ersité.

238

PROMENADES DE

1»AUIS.

de flâner sur leurs terres. Peu de jours se passaient sans amener une rixe sanglante, ou l'incendie d'une ou deux maisons un duel, un sergent
;

mis en pièces, n'étaient que jeux d'enfants. Le parlement avait beau se déclarer en permanence et mander le recteur, ils n'en pouvaient mais; les troupes que l'on envoyait étaient accueillis par une grêle de pierres,
et ce n'était

guère qu'à

la

faveur de

la

nuit que

le

lieutenant civil et

ses archers

parvenaient quelquefois à pénétrer dans l'intérieur des

collèges et à y faire quelques prisonniers.

En 1557, pour
le

ajouter aux

agréments de

la

promenade,

les

réformés avaient choisi

Pré-aux-Clercs

comme
français cert
la

lieu de
:

prêche et pour

y

chanter les psaumes de David en vers

la foule les

entourait et reprenait les refrains en chœur; ce con-

ambulant devenait à la mode et se renouvelait chaque jour, quand armée s'en mêla, au nom de Henri II. Or, ceux des citadins qui ne se souciaient pas de tirer le bâton ou la
force

rapière, de recevoir des horions, de chanter des psaumes, ou

même

de

rencontrer leur ménagère en galante partie dans quelque cabaret du lieu,
s'abstenaient

prudemment

d'aller

prendre

le

frais

au Pré-aux-Clercs.
long du chemin,

Auquel

cas, ils avaient la faculté de vaguer dans leurs noirs carrefours,
et tortueuses,

dans leurs rues fangeuses

en s'amusant,

le

à compter les croix, potences, échelles et piloris destinés aux contreve-

nants, sans autre figure de procès. Ils avaient également le droit de faire

de l'exercice devant leur porte, de prendre

l'air à

leur croisée et de se

promener dans leur chambre, en long ou en

large, à leur choix.

En

l'année 1G16, Marie de Médicis, qui cherchait tous les

moyens de

se distraire de son veuvage, et qui se plaisait à mettre à sec les caisses

d'épargnes de Henri IV, ht tracer et planter, pour

elle et ses courtisans,

dans l'espace compris maintenant entre
Veuves,
le

la

place Louis

XV

et l'allée des
le

long du

(piai

de Billy, une promenade à laquelle on donna

nom

de Cours-la-Reine.

C'est là que les

dEpernon,
la

les

Concini, les ducs de Guise et de Nevers,

venaient étaler autour de
çaient
le

régente les costumes brillants qui remplaet la sévérité

vêtement noir, dont l'économie de Sully
la

des

mœurs

des calvinistes avaient amené
(jue

mode sous

le

régne précédent; c'est

venaient ca^valcader les jusiau-corps de satin, les haut-de-chausses

écarlates, ouverts à la ceinture, les petits

manteaux de velours,
cirées, les

les

longs

cheveux en boucles,
bragés de plumes de

les

moustaches bien
,

amples feutres omri-

co(|

les fraises

tuyautées dites à confusion, les
duc;!, les

ches aiguillettes,
et les longs
(•((Utrenu'ut
la

les

grandes épées de
d'(u"

larges bott(!S découpées,
tel était

éperons

résonnant aux talons; car

alors l'ac-

d'un g(!utilhomnu', d'un ral'liné,d'un beau dangereux. C'est
(!t

que passaient

repassaient, à pied ou en litières, les robes de soie
les larges colierelles

brochées d'or etd'arg(;nl,

empesées,

les roses

de ru-

Les Promenades de Paris.

PROMENADES DE
bans appelées assassines,
voilés d'un
les belles

l'AUlS.
et les jolis

239
minois

épaules découvertes

masque

noir; c'est là qu'au milieu de sa cour, Marie de

Méle

dicis apparaissait, traînée

dans un coche
rouler
le

à

forme ronde;

c'est là

que

comte de Bassompierre
glaces,

fit

premier carrosse fermé avec des

que

l'on eût

vu

à

Paris jusqu'alors.

L'entrée du Cours-la-Ueiiie était interdite aux habits de tiretaine,

aux bas de laine noire
dire à quelqu'un
:

et

aux chaperons de drap. Or, en ce temps-là,
n'eût pas été logique;
il

Allez vous promener,

vous
ainsi

aurait répondu

:

voulez-vous que

j'aille?

Le pauvre populaire,
le

que

la

bourgeoisie, en étaient donc réduits à considérer
crorpiants

Pont-Neuf

comme une promenade. Les

et les cocpiardeaux,
soleil

badauds
devant
les

de l'époque, venaient, faute d'ombre, s'ébahir en plein marionnettes qui exploitaient
les

charlatans, les empiriques, les baïupiistes, les joueurs de gobelets et les
les

environs du terre-plein;

ils

écoutaient

marchands de chansons accompagnés par le carillon de la Samaritaine, et allaient se gaudir sur la place Dauphine aux farces de Tabarin. Pendant que je suis sur le Pont-Neuf, où je ne fais que passer, je ne puis résister au désir de citer une courte anecdote, qui peint mieux peutêtre
«

que tout Péréfixe

la

popularité du Béarnais.
le

Un pauvre

poursuivait un passant,

long du parapet

:

— \\\ nom de

»

saint Pierre, disait-il...—

Au nom de

saint

Joseph,— de

la

Vierge Ma-

240
»
»

PKOMENADES DE

TAUIS.
allait
la le

rie,


«

(le

son divin

Dieu!

— rien
il

encore.

» »

Henri IV,
d'or.

dit le

— et passant — Arrivés devant i)auvre... — Tiens, répond
fils !..

le

toujours
statue
:

— Au nom de — Au nom de

passant, voilà un louis

Mais

ne

s'agit

pas de conter des histoires;

il

s'agit

de se promener,

(juelque temps qu'il fasse.

Entrons dans

le

jardin des Tuileries, c'est-à-dire, contentons-nous

d'abord de tourner autour.

Vers 1566, l'enceinte de Paris fut étendue à l'ouest,
d'enceinte se

et cette partie

nomma
même

boulevartdes Tuileries. L'extrémité occidentale fut
la

fermée par un large bastion dont Charles IX posa
6 juillet de
blit,

première pierre,

le

la

année. C'est entre ce bastion et

la

Seine que l'on étale disais,

parla suite, une porte appelée de la Conférence, ainsi que je

avec desfossés et des bastions; avecdes sentinelles telles queCharlesTX et
Catherine de Médicis,
il

n'était

pas donné à tout
la vaste volière
,

le

monde de pénétrer
ménagerie,

dans l'enceinte pour contempler
chiens et

l'étang, la

l'orangerie et la garenne contenus dans l'enclos royal. La consigne devait
être
:

les

le
le

peuple n'entrent pas.
jardin des Tuileries était encore séparé du palais
le

Sous Louis Xlli,

par une rue qui portait

nom

de ce jardin, ce qui inspira, au

commen:

cement du règne suivant,
«
»
»

les vers

que

voici à l'auteur de Paris Ridicule

Qu'il est beau! qu'il est bien

muré

!

(*)

Mais d'où vient

qu'il est séparé,

Par tant de pas du domicile?
Est-ce la

))

mode, dans
maison

ces jours,

» f)'avoir la
»

à la ville
les

Et

le

jardin dans
la

faubourgs

? »

Quelque temps après

révolution de 1850, nous avons eu aussi

les

[)laisanteries de circonstance sur les fossés des Tuileries.

Laissons de côté, jusqu'à nouvel ordre, ce jardin

si

bien muré,

si

bien

embastionné

;

et,

en attendant qu'on

s'y

promène, allons

visiter le jardin

des Plantes, où nous serons peut-être plus heureux.

Naturellement
lieu la fondation

c'est à

un médecin que nous devons
et

le

jardin des Plantes;

mais Gui Lahrosse, en obtenant de Louis XIII

du cardinal de Richeà l'imitation
(pii

du jardin royal des plantes médicinales,

des jardins botani(|iies de Padoue, de Florence et de Pise,

avaient

donné l'exemple depuis un siècle, Gui Lahrosse, dis-je, ne songeait nullement à nous ménager un but de promenade. Quoi (pi'il en soit, sans le savoir, il nous a ordonné l'tixercice (pii vaut à lui seul tout l'attirail d'une pharmacie
(')

Le Jardin

(les

Tuileries

PROMENADES
On
n'avait

DE PAHIS.
(|iic

241

connu

a l'aris

,

ius(|U('s-là,

le

jardin luitaniiiup fondo

par Nicolas Houel,

et

dovcnn depuis jardin des
et

apotiiicaires,
la

dans

la

mai-

son desEnfants-Houges
avoir acquis, au
el,

ensuite à
roi,

riiù|»ital

de

rue de l'Oursine. Apres

nom du

en IGôô, une voierie appelée des Copeaux,
le

quehpies années après, des terrains voisins,
tit

tout réuni formant en-

viron quatorze arpents, (ini Laluosse

construire des bâtiments pour

des cours de botanique, de chimie et d'histoire naturelle. Les premières
allées

du jardin des Plantes n'ont dû

être foulées, dans le principe,

que

|)ar les

confrères en chirurgie, les graves docteurs et les élèves de

la l'aculte.

A dater du règne de Louis XVI, le jardin Ini-nuMue fut considérablement agrandi; et maintenant sa superficie totale a cinq fois plus d'étendue qu'elle n'eu
et son

avait à son origine.

Avant 1782,

il

ne s'ét<'ndait

\)ns

au-

delà de cent soixante toises, eu partant du

Muséum

d'histoire nalnicllr.

extrémité orientale était hornee par nu vieux

mur

an bas diupicl

coulaient les eaux du canal de Bièvre,l(»rs(pH' ce canal tiaversait l'abbave

de Saint-Victor
Louis

et

une partie de Paris.

XV

avait

nommé
tit

BuH'on

à la

surintendance du jardin du roi;
socle de

Louis XVI, en 1780,
laquelle on

placer solennellement, à l'entrée du cahinet d'his-

toire naturelle, la statue
lit

en marbre du eelebi-e naturaliste, sur
:

le

celte inscription

Majestcili mitiirœ

pdf

iiifii'iilinii.

La belle serre prés
La révoluti(ui,
«les
(pii

la

ménageiie

est

de

l<i

même

époque.
le

laboura tant de jardins de luxe, respecta

jardin

Plantes et concourut à son embellissement.

En 1790, un nu)niiment
le

fut

érigéàLinnée,
les talus

à

mi-côte du labyrinthe, et l'on creusa
et

giand bassin

dont

sont environnés d'arbustes
la

de plantes aquatiques.

En

1792, quand on supprima

ménagerie de Versailles, une foule d'aniet

maux

rares ou féroces

(jui

se trouvaient sans feu ni lieu, reçurent l'hos-

pitalité

dans ce paradis terrestre des hyènes
a

des fleurs. Aujourd'hui,

chaque espèce du genre animal
repas bien réglées, malgré
la

son domicile bien clos, ses heures de
la

réduction proposée naguère à

Chambre
Toute

des députés sur
la

la table et le

logement des lions

et des tigres.

genté volatille, y compris les oiseaux de proie, perche ou vole à son gré derrière d'élégants treillis qui n'ont d'autre défaut jiour elle (jue
celui d'être

une cage; mais qui

n'a pas sa cage, ici-bas"?..

Les aipuitiques

aux délices du bain dans une onde transparente; toute bête ruminante a pour elle et sa famille une cabane, au milieu d'un parc... j'alse livrent
lais

presque dire un château; enfin,

les
le

singes ont un palais, un

|)alais

de

cristal,
es! leur

une maison de verre,
dernière dc'nuMire;

comme

sage de l'anticpiité.

l.'n

muséum
le

ils

ont aussi leurs cataciunbes dans

cabinet

M.

31

'M"!

l'UOMENADKS
de toutes

l>E

l'AlUS
n.iiitaii.

d'anatoniie comparée, où sont ranges, comiue des staliiodes de
les squelettes
les l'aces d'aiiinianx eoniins.

De

pareils hôtes ne pouvaient

nianijiier

dauiener des pionieneurs,
la girall'e, <»u jette

et

(piehpieiois, en venant visiter lélépliaiil

ou

un

coujila

d'œil sur les nouvelles serres chaudes, dont les vitraux rivalisent avec

denu'ure féerique des Jokos, et l'on entre un instant, dans
lhe(pu; et
les plus

la

Bihlio-

dans

les vastes galeries

on sont rassenildées

les

productions

rares des trois régnes, venues de toutes les parties du

monde,

h^ntin, voici

une promenade digne de ce nom
mais
fois

et ouverte à tous les rangs,
le

a tous les âges;

c'est

une promenade excentrique;
à

véritahie Pa-

risien y va

une

en sa vie,

moins qu'un tendre rendez-vous ne
,

l'appelle scuis ces discrets

ombrages
a

dans ce nouveau momie situé aux
d'une Ariane. Les habitués du

contins de
lieu

l'aris.

Le labyrinthe

vu

])lus

sont les étrangers, les militaires et
les singes; les

les

bomies
les

d'<'nfants.

Les enfants

regardent

bonnes regardent

militaires; les étrangers

seuls regardent tout.
(Jnittons donc cet univers en abrégé, et traversons ra|iidement le Luxembourg, où Etienne Arago a passé avant moi, en allant à IDbservatoire.

Ueveiions vers

le

centre; mais, tout en avançant, reportons-nous en

arriére de deux siècles à

peu prés. En quelle année sommes nous?.. 1G70.

En

l'espace de cent ans, nous avons eu hien du
le

changement aux Tuileries
i)lan, et

;

Lenôtre a dessiné tout

jardin sur un nouveau

puis on y entre

maintenant; Louis
nous, ]>emlantque

XIV
:

est à Versailles.

Promenons-nous, promenons-

le roi n'y est

pas.

Oui, tout est changé d'arhres
rel(UM',
(jui

voici

maintenant deux belles terrasses jdantées
ini

encadrent

le

parc des deux côtés et s'inclinent, après
côté'

en se raii|)r(»chant du

oppose au

palais. Voici

un beau

|)ar-

terre orné d'ifs et de buis en dessins

contournés; un boscpiet,

trois bas-

sins

et la belle allée

des orangers semée
!

dnn

vert gazon

;

et

voyez que de

statues dans

le parteri'e

Enée, après

le

sac de Troi(-, enlevant s(tn père .\scagne (de Lepautre)
;

Auchise,
niDi't

(pii tient |)ar la

main son

p(;tit-lils

la

de Lucrèce, gron|)e

commencé

à

Home
la

par Theodon

et

terminé a
,

Paris |»ar Lepautre; au-delà du bos(|uet,

Vestale de Legros

et

au

bas des rampes des d(!ux terrasses, (piaire grou|)es
lleu\es
:

re[trésentaut

des

d'un côte,
la

h;

Nil et
la

le

Tibre, sculptés à

Home

d'après l'antique;

de l'antre,
ret

Seine et

.Marne

pai' (^ousIiMi l'aîné, et la Loire et le Loi-

par Vau-(]leve. Mais, assez de statues; nous n'avons [lasici
lixret d'exhibition.

à

composer
|)ar-

un

Laissons donc
laules
le
|)<>lil
:

les statues

de marbre p(uir les statues vivantes et

Voici (picbpu's ccliantillons des
niaiitcaii

modes de repo(|ue
niauclies
t\\\('

:

(Ui

a (piitle

poui'

prendre

l'hahit

a

l'on

niunme sur-

IMiOMlvNAIïES
tout.
liCS iii;ij4islr;ils el les
j;('iis

\)K

PAUIS
dans des mais
la

iiinaii-

de nilx;

s'eiiv(;lo|>iM'iil
;

leaiix très-larços.

On

voit ((u»'l(|iu's

habits de velours

idiiparl

sonteii draps de couleur, bordés de galous d'or.

Le cbapf'au

est toujours
ipii

rond

et

surchar<ix*

d'un

nombre

infini

de plumes dautruelie,

«ml

succédé aux plumes de

ro([, et

là-dessous d'énormes [)erru(pies.

1*(mi

de

changement dans
et

la toilette; tles

dann^s: les étolVes de soie brochée soni
iail les rolxis à

encore bien portées; seulement on
jupes
fort

corsage avec manches
(>

longues, sans tournures.

Sans Icuirnures!

siècle

de

l>ouis
«
»

XIV! Voltain; a eu bi(Mi raison de t'admirer. Dans ce lien si agréable, dit un c(Uitenii)orain, on
d'afl'aires et

raille,

on badine,

on parle d'amour, de nouvelles,
critique, on dis[)ute, on se
le

de guerre; ou décide, on avec cela, Innl

» »

trompe

les

uns

les autres, et

momie

se divertit.

»

C'était

un salon eu plein

air.
:

Aujourd'hui c'est un cabinet de lecture
l'on s'observe

on

y lit les

jouinaux, un bien
les
à la

en silence; on s'assied, ou s'encaisse

comme

orangers,
corde,
et

et l'on appelle cela se

promener. Les enfants

(jui

sautent

les vieillards (pii se chanlleiit à la petite

Provence, ont

l'air d'être les

seuls

à

comprendre

qu'ils sont

dans un jardin.
la

Les Tuileries peuvent élre rangées au nombre des victimes de
volution. Envahies par
le

réfule

[»euple

aux

"iU

juin et 10 août O'i, elles

rent souvent arrosées de sang et sablées de poudre à canon, lenioin

siège que la Convention eut à soutenir au 13 vendémiaire. Marat, cou-

ronné de tleurs

et porté

en triom[)he

le 'i\ avril ITî).!, y

causa bien aussi
la

quelque dommage, et les jardiniers durent avoir de

besogne,

le

lendemain de

la fête

de l'Ètre-Suprème. Du moins,

les

dégradations de
et

ce genre avaient-elles encDre (|uelque chose de noble, de grand,

ne

peuvent se comparer
la

à l'alfronl (pie reçut le jardin des Tuileri(;s les Ibîurs,
les

pendant

disette:

on arracha

gazons, et

a

leur place on cultiva

des
tier,

pommes
Sablons
reste,
le

de terre; oui, les |)omuu^s de terre, inrcnlécs par Parmeniusuftisanle pour ce genre d'iKulirullure.
:

suivant l'heureuse expression d'un orateur de l'aidxHirg. La [daine
était deveinie
il

•les

Du

faut rendre justice à la nnolutiou
((u'elle avait

elle fut la

première

a

réparer

dégât

causé: de nond)ieux embellissenienls Inrenl
des anciens et contiinu's ensuite par

commencés en
le

l'an v |)ar le conseil
et

premier consul

l'euipereur. Des statues, tirées des [larcs de Sceaux.

de Marly, vinrent se joindre à celles dont nous avons parlé. La terrasse
des Feuillants était bordée par un vieux

mur

(pii

cherchait onvaiu

à

masquer

sa vétusté par

une

chainiille

:

celle clôture délabrée fut
le
Ion;.;

rem<Ie
la

placée sous

l'empire par

la grille (pii

règne uiaiiitenani

rue de Rivoli.
Mais, en attendant tout cela, en attendant les
l'éies

du Direclonc, du

244
consulat
el

PROMENADES UE
de rcinpirc; en
alteiulaiit, les

PAIUS.
|)lein

concerts en

vent du pa-

villon de l'Horloge, les illuminations de tous les règnes, de tous les partis,

de toutes les couleurs; en attendant que les dames portent
tricolore à leur bonnet, et

la

cocarde

que

l'on

danse

la

Carmagnole sur

la terrasse

du château, où, vingt ans plus

tard,

on doit danser en rond, au retour
terrasse

de Louis XVIII; en attendant que Napoléon fasse construire un petit
souterrain conduisant du palais à
la

du bord de

l'eau,

pour mé-

nager à Marie-Louise une promenade isolée, pendant sa grossesse, sortons du jardin des Tuileries, par
le

Pont-Tournant de 1717, mécanisme
la

imaginé par un frère Augustin, Nicolas-Bourgeois, pour laisser
le

nuil

fossé à découvert, et dirigeons-nous vers les

Champs-Elysées.
:

Une
le

seule observation avant d'aller plus loin
le

il

est à

remarquer que
les

plus beau jardin public d'Athènes,

Céramique, s'appelait aussi

Tuileries, parce qu'il avait également été planté sur un endroit on l'on
faisait
il

de

la tuile (xspxyo^, tuile

;

xspafUMi, tuileries.)

Pardon de

l'érudition

;

ne faut pas m'en vouloir; c'est Saint-Foix

([ni dit

cela, et mainte-

nant, allons.

Car

il

faut continuel"

mon chemin,

aller toujours, sans savoir si j'ar-

riverai juscjn'au bout. Je suis le juif-errant des

promenades, l'Ahasvérus

des jardins publics, et ce n'est (ju'en l'an de grâce 1843 qu'il

me

sera

permis de

me

reposer.

Oh!

alors je dépenserai de grand

cœur mes cinq
s'appelleront

s(ds avec les receveuses de chaises des Tuileries
Italiens; car, en ce temps-là, je

ou du boulevart des

vous

le dis,

ces

dames ne

plus loueuses de chaises, mais bien receveuses de chaises.

Pour

le

quart-d'heure,

il

s'agit d'arpenter les

Champs-Elysées, plantés

eu 1G7() par ce

même
la

Louis XIV et dessinés par ce

même

Lenôtre;

les

<>hamps-Elysées,
(pii

vraie

promenade du Parisien; ce cours du peuple,
à côté

est

venu se placer

du (^ours-la-Heine; ce rendez-vous du
la

riche et du pauvre, du noble et de l'artisan, de

grisette et de

la

grande

dame, avec

la

seule différence que les uns

marchent en voiture

et

que

les

autres se promènent à pied; les Cdiamps-Elysées, témoins de toutes nos
fêtes populaires,

il

a

poussé autant de mâts de Cocagne dans
;

les

carrés que d'arbres dans les quinconces

il

s'est

allumé plus de lam-

pions

(pi'il

n'y a d'étoiles au ciel; où

il

a jailli

plus de vin dans les dis-

tributions ollicielles de comestibles

(pi'il

ne coulera d'eau des fontaines

dorées qui les arrosent aujourd'hui;
avenue, ce hanu^an, ce bazar,
leur pareil sur
la

les

Champs-Elysées, ce parc,
le

cette

(|ui,

ainsi (puî

Palais-Hoyal, n'ont pas

surface du globe civilise, et que les Anglais nous ont

envié et nous envici-ont ioujnuis, en depitde Saiut-James-Parc, de HydeParc, de Hegent-Parc et de tous leurs autres parcs! Là, point diMlùtures, point de fossés, de bastions: une seule grille,
celle de
la

barrière; une seule poiie, l'Arc-de-TriompIie.

lia,

point de

iM{OMKNAl)KS
en arrière; on joue aux
({uilles,

1>E

1»AIUS

245

gène, point d'étiquette; on circule librement, à droite, à gauche, en avant,

on joue

à la

pannie; on tourne au jeu de
l'ait

bagues, on s'élance dans
forces,

les balançoires,

on se
Aiiriol,

[leser,

on essaie ses
devant

on s'exerce au

tir,

on entre chez

ou

l'on s'arrête

polichinelle; au-dessus de<iuinze ans, on va danser ou voir danser au bal

Mabille; au-dessous de sept ans, on se promeiuî en voiture à quatre

chèvres:
cafés,

la

foule se presse

dans

les restaurants,
;

s'attable

devant

les

auxquels on a élevé des temples

des
rit,

Ilots

de bierre, des

ilôts

d'harmonie!... enfin, on va, on vient, on
s'arrête,

on cause, on regarde, on

on se repose... excepté moi.
la

Mais, là-bas, dans
ces cavalcades... c'est

grande avenue, ces

trois tiles de voitures et toutes
!...(;our(»ns!

Longcbamp.Longcliamp, sous Louis XV
beau jour!
le

justement

c'est vendredi, le

et

il

l'ait

beau

!

Oui, voilà bien
les

les carrosses

de

la

cour sur

haut du pavé,

et,

sur les l)as-côtés,

carrosses de remise et les tiacies, qui s'en mêlent aussi depuis 1050.

Que de broderies! que
chapeaux à
cellent de
trois

d'or et d'argent! que de paillettes!
!

Oh!

les jolis
<les

bonnets, les jolies dentelles, avec des coques de rubans
!

Tiens, voici

cornes Quelle est donc cette voiture, dont
les

les roiu's étin-

métaux précieux?

chevaux sont ferrés d'argent

et

ornés de

marcassites... sans doute quebiue princesse du sang"?

Non,

c' 'st

l'équipage

d'une Lorette de l'époque. Bon temps pour
éclipser sa rivale,
la

les

Lurettes! Elle a voulu

femme honnête,
pierreries,

la

femme

légitime, qui est tout bon-

nement couverte de
Cela est

comme on

disait alors.

Et

(juels paniers,

grand Dieu! Quatre pieds de circonférence! (Mesure de l'ancien régime.)
cela porte

un composé de cerceaux de haleine et même un autre nom que la pudeur
défendent de prononcer.

se

nomme un

houjfant

;

et la

civilité puérile et

honnête

me

On

a repris les
:

draps de Silésie,

les

camelots, les velours ciselés. C'est juste

nous sommes au printemps.

Demain, samedi, on va quitter
malines
fasse
;

le

point d'Angleterre et reprendre les

ensuite, viendront les taffetas, et d'ici à l'hiver prochain, qu'il
froid,

chaud ou

nous ne verrons plus
!

ni satins, ni draps, ni
l'air

manle

chons, ni ratines. Oh! oh
pas: c'est un prince de

deux cavaliers qui ont

de se disputer
la

la

maison d'Artois
c'est la

et

un prince de

maison

d'Orléans! Que de monde, (pielle confusion!
quelle poussière!...
les fleurs
!

et,

bien qu'on ait arrosé,

Non,

poudre. Quels doux parfums exhalent

Non,

c'est la
la

pommade.
Longcliamp;
je

Ma

foi,

suivons

foule; je veux aller à

veux

aller à

Ténèbres, tout
société,
(pie les

comme un

autre. J'entrerai dans l'église avec la

bonne

pour entendre

les leçons

chantées par les jeunes recluses.
les

On

dit

demoiselles Lemaurc et Fel surpassent

premières chanteuses

de l'Opéra: on dit
la

même

(|ue

M. l'archevêque

ninsi(|ue, sous prétexte ipu; les soMirs

a bien envie de supprimer mineures ont oublie depuis long-

^2iC)

IMIOMENAIJES
doivent
la

l)\i

PAKIS.

leni|)S (iircUcs

pieuse foiidalidii de leur coniiiuiiKuile à Isaliello
;

de France, sœur de saint Louis
ont des
(|uitté

qu'elles ne font plus de miracles
;

;

qu'elles

mœurs

et

une discipline beaucoup moins austères
la

qu'elles ont

l'uniforme de
;

maison, pour i)rendre des

liahifs

mondains

et

porter des bijoux
et

qu'elles reçoivent des visites au parloir, en plein jour...,

même, ne

va-t-on pas jusqu'à faire des

commentaires sur leurs

petites

fenêtres, (pii

semblent avoir été construites tout exprés pour favoriser des
;

et cela parce que le bon saint Vincent-de-Paule a temps quelques réflexions h ce sujet dans une lettre cpi'il écrivait au cardinal Mazarin parce que jadis une religieuse, à l'àme un [)eu trop tendre, sortit du couvent avec les bonneurs de la guerre, grâce

escalades nocturnes
fait

dans

le

;

au roi vert-galant,

et

devint abbesse de Saint-Louis-de-Vernon, ce qui,
d(!s

siippose-t-on encore, a dû exciter l'amlution

autres
la

;

mais

les

cbanfs

auront beau cesser, Loncbanq) sera t(uijours à
ensuite vendre l'abbaye, abattre les cellules;
toujours
là,

mode. On aura beau

le

bois de Boulogne sera

et l'on

continuera d'y venir, sinon en pèlerinage, du moins
les fournisseurs, les incroyables, les

en jiromenade. Les parvenus,

mer-

veilleuses, les babils carrés, les
les

costumes grecs,

les titus, les caracalla,

cadenettes, les carmagnoles et enfin les fracs, les bottes, les dessous
i)ied, les

de

paletot et les twen, remplaceront tous ce
pailleté de la

monde

frisé,

pom-

made, parfumé,

régence et de Louis XV.
trouve tout porté dans ce bois de Bou-

A commencer
logne,
(pli

par moi, je

me

est bien réellement

une promenade de Paris, quoique exlràles fortitications, et à travers les

muros,
allées

ou plutôt, suprà-muros, depuis
duquel je voulais
faire

ma

dernière excursion. Ce bois, de quatre

kilomètres en longueur, sur deux de large, est désigné, dans

une orprocurer

donnance de 1577, sous
(pii

le

nom

de bois de Bouverai. Le village voisin,
lini

lui-nuMue s'appelait anciennement Boulogne, a

par

lui

son nouvel extrait de baptême.

En revenant de Longchamp, dont
mier objet qui

il

ne reste

i)lus

que

la

plaine, lei)re-

me

frappe est

la

Folie-Sainte-James.

Un

seul rocber du
la

parc coûta quinze cent mille francs au trésorier général de
({ui,

marine,
([ui

sous Louis XVI, se

lit

construire cette fabuleuse babitatiou, ce
le

lui

valut de la part du roi
la

sobriquet de Ibonime au Bocber. Aj)res

avoir scandalisé la ville et

cour parson luxe de LucuUus, Sainte-James
faillite
;

Unit par

faire,
le

en 87, une légère

de vingt-ciiu| millions (^buitde

moins que
(pie
(pi'il

prince de Oiiéméiu'e)
et

il

fut

mis

à la Bastille, et

n'en sortit
dit
fui

pour mourir d'indigence
faut aciieter les

de cbagrin.

Un

dicton bourgeois

f(di(;s d((s antrcîs.

Le fournisseur llainguerlot
le

en

elfet

plus adroit et plus beureux(pi(;
se
niiuei',

premier pro|»riétaire

:

il

ti(tuva

moyen, sans
licnlc mille

de doinier de
la

à la

Kolie-Sainte-James des fêtes de

livres ciiafpie cl

revendre ensuite à un frère de Bona-

IMIOMENADES

[)E

PAIUS

m
Folie-Sainte-James

parle. Apres avoir élc siiccessivemenL habitée par madame la duchesse d'Abrantèset M. Tliiers, et s'être vu convertir l'an dernier en une maison de santé à l'usage des malades comme il faut, sous le patronage ch' ma-

dame Récamier
est

et de nu)nsieur

de Chateaubriand,
cpii l'a

la

devenue

la

propriété de M. Bénazet,

louée à lord Cowley,

am-

bassadeur d'Angleterre. Cette ravissante

villa s'est

entourée successiveparrain eulume
itoui-(pu»i

ment d'élégantes maisons de campagne
ont
fini

et de chalets fasbionables, (pii
le

par constituer un nouveau village avec lequel
la

du bois ne peut plus soutenir
le

comparaison,

et

je

ne vois pas
le

bois de Boulogne ne s'a[)pellerait pas un de cesjours

bois Saintc-.lames.

Pendant que nous
voir Espartero,
ipii

y

sommes,

si

nous allions
le

à

Madrid, non pas pour
la

n'y est plus,

mais pour contempler

place où lut

le

château bâti en 1.V29 par Fraïuois I", sur
celui

modèle

et

en ménmire de
la bataille

il

avait été trois ans prisonnier en

Espagne, après

de
;

Pavie. Singulier souvenir

que ce

roi chevalier a

voulu se doniu'r
:

il

aura pu inscrire sur
n

les vitraux

de son nouveau manoir

(ilolre varie
toi

«

VA bien

qui

s'y fie. »

Charles IX

et

L(uiis

Xlll vinrent souvent à leur tour au château de
a fait

Madrid que, de nos jours, louis XVIII
tait-il le

démolir

:1e roi exilé

redou(pie je

souvenir d'un

roi captif?

c'est ce

que j'ignore; tout ce

sais, c'est

que

l'emplacement de cette royale villégiature est

occupé mainla

tenant par des œufs frais et des beeftecks.

A

pro[)o.s

de restaurants,

cour de Cassation
en supprimant

a

dû porter un coup
duels.
Il

terrible à ceux

du bois de Boulogne,

les

est avéré

qu'on plume beaucoup moins de

canards à

la

porte Maillot.
les

A

défaut de parties d'honneur, on s'en relire

comme on
On

peut sur

cabinets particuliers.
la |)orte

loue des chevaux à
!

Maillot et

même
un

des ânes

;

des ânes au
et

bois de Boulogne

(Tes! bien la |)eine d'avoir
«lépôl des haras.
la

jokeis-clni)

à

(piel-

ques pas delà, un
qui conduit à

IleiireuseuMMit

ces nindrslcs

monll;ir-

tures suivent hnniblenient
la

contre-allee, res[)ece de chenini de riuide
le

porte de Madrid, laissant
el

pave du

roi, la

roule d

menonville, aux pur-sang, aux HrisUa

anvgenllenian riders; i|uanl
a la

,ni\

philosophes

el

aux amoureux,
i\v>

ils

vont rêver
il

mare

d'.Viiteiiil.

Au nombre
joiM'
il

habitues du
(pii a

l)ois,

faut citer notre gracieux (din|mlui

sileur Auber, celui
fait sa

su résumer en
à

seul Grélry et Hossini

:

c

lia(pM'

promenade

cheval el travaille

cinnme dans son cabinel.
(pu'

C'est peul-èire aux

allées

du bois de Boulogne

nous devcuis
el

les
la

plus heureuses ins|»iralions du
Part du Diable.
H

Domino

.Noir,

de

I

.\mbassadrice

de

Le

lalrnt iiionlc en

i;r()(ipt'

cl |i;al()p|H'

a\cc

lui.

<>

•248

l'UOMENADES DE PAIUS.
trotlaiit,

En

de

mon

côt»', in<» voici à
si

Ragatelie.

Ce

joli

cliâieaii

en mi-

niature qui est venu se poser
celui de

légèrement en

177".),

sur les ruines de

que

le

terre,

mademoiselle de Charolois, celte merveille à mettre sous verre, comte d'Artois ou la baguette d'une fée a fait sortir de dessous en huit jours et en huit nuits, pour ménager une surprise à Marie

Antoinette, ce petit Trianon, où les enfants du duc de Berry ont essayé

leurs premiers pas, a été

flétri
»

teau de

«

Maison

à

vendre.

Mais

pendant quelque temps par l'ignoble écrii ,800,000 fr. l'ont adjugé à la marquise
et hiver.

de Hertford, mère de lord Seymour, qui l'habite été

Le contrat

de vente renferme, dit-on, une clause singulière, d'après laquelle l'acquiau cas où le duc de Bordeaux reviendrait en sition serait annulée
,

France.
telle

Il

est

heureux qu'après avoir échappé
devenue
la

à la

bande noire

,

Baga-

ne

soit pas

la

maison de plaisance d'un épicier
Il

retiré ou

d'un gentilhomme de

bourse.

en aura été quitte jtonr quebjues fêtes

champêtres pendant
Marbeuf.

la

révolution,

comme

l'Klysée-Bourbon et

le

jardin

l/liygiène est venue se réfugier sous les

ombrages du bois de Boulogne.
occupe
à la

Parmi
belle

les

maisons de saule

(pii

l'environnent, on remarque l'établisse,

ment orthopédique du docteur Duval
vaux ministériels
de
et parlementaires.

(jui

porte Maillot

la

maison où Casimir-Périer venait chaque jour

se délasser de ses tra-

L'orthopédie a pareillement élu domicile au rhâteau de
la

la

Muette ou

Meute
la

(pii,

depuis Charles IX,
les premier<'s

avait servi

de rendez -vous de
le

cliasse. Bebâti

dans

années du régne de Louis XV,
la

châré-

teau de

Muette

vit

mouiir en 1710

ducbesse de Berry,

fille

du

gent, à la suite de ses petits soupers

du Luxeuibourget de ses

fêtes

d'Adam.

Ce
(le

fut à la

Muette qu'eut

Pilastre

du
:

d

Arlandes

lieu le 21 novembre 17851a seconde expérience accompagné dans son voyage aérien par le mar(|uis nous attendons la suite, caries chemins de fer commencent

liozier,

à être

bien usés, bien terre-à-lerre.

(]'est

aussi (|u'Audinot, expulsé de la salle de l'Ambigu, obtint
el

la

permission d'élablir en 85 ses petits comédiens du bois
de Boulogne, avec droit el privilège d'exploiter
die française et de rt)pera-(;oniique.

non de bois
de
la

le ré[)erloire

Comé-

Ce souvenir de théâtre
(pii

un; sert

(b^

transition pour arriver au Bauelagh,

justement est

tout |»res.(^uverlquelipies

années avant

la

révolution.

le

Banelagh est plus connu connue salle de bal (|ue ((Hurne salle de spectacle; cependant il s'y donue (le temps a autre, pendant l'biver, des
représeutalioiis d'amaleui's
(pii

font pâlir

la riu'

(^lianlereiue
la

;

de [dus,

il

est desservi l'été, jiar l'aduiinistraticni des théâtres de

banlieue.

Les folles

et
la

insoucianb^s parisiennes

(pii,

cluupu' jeudi el chaque di-

manche de

belle saison, viennent exéculei' là les dillereules lij^ures

PROMENADES DE

PARIS.
la

2iî)

franco-andalouses, ne se doutent pas qu'elles doivent

conservation du

Ranelagh au directeur de l'établissement. En 1814,
par son sang-froid
et sa

il

sut, à lui tout seul,

présence d'esprit,
le

le

défendre contre une armée

de Cosaques, campée dans

bois de Roulogne, où elle a laissé des traces

de dévastation à peine elTacées aujourd'liui. Ces enfants du Nord, dont
l'intention était

évidemment de
déjtà

se cbaulfer avec l'édifice
à faire

,

plancbc par

planche, avaient

commencé

irruption

dans

le

magasin de

décors du théâtre, et s'apprêtaient à faire bouillir leur marmite avec

des coulisses et une

toile

de fond représentant des arbres.

P£GfiRO se

— Comment!
d'indignation,

leur dit

le

brave directeur, avec autant de justesse que

comment! vous avez

un bois sous
fut sauvé.

la

main

et

vous voulez

brûler

ma

foret?..

— A ces

paroles fermes et inattendues, la forêt tomba
le

des mains des Cosaques et

Ranelagh

Toute plaisanterie
la

à part, si

chaque Français d'alors en avait
et sauve.

fait

autant,

France serait demeurée saine

Je n'ai rien à vous dire des promeneurs qui choisissent les coins mystérieux

du parc royal de Roulogne, pour venir se pendre ou se brûler la ce serait assombrir la fin de notre promenade. Je retrouve bien, en passant devant Beau-Séjour, tout un volume de souvenirs mais il ne
cervelle
; ;

m'est accordé qu'une feuille d'impression

:

d'ailleurs,

il

est difficile d'in.à

téresser les autres avec des souvenirs intimes.

Un

adieu

notre bon

52

250

PROMENADES DE
grimpons dans
la

PARIS.
un
la

Brazier, que je crois entendre encore fredonnant
verte pelouse, et puis

gai refrain sur celte
!

voiture de Passy

J'aurai laissé sur

ma

gauche, en l'cvenant par

rue de Rivoli, feu
si

le

jardin des Capucines, dont on a parlé, et les boulevarts
parlera.

vivants dont on

Une

autre plume que la mienne est chargée de retracer cette

énorme
passera.

voie où tout Paris a passé, où tout Paris passe, où tout Paris

Ouf! je suis au Palais-Royal, devant

le café

de Foy

;

je m'assieds, je

m'endors,
le

comme
:

a

pu

le faire

tout lecteur qui vient de

me

lire, et voici

rêve que je fais

Un

vitrage

couvre toute

la

immense, soutenu par des milliers de colonnettes de fer, surface du jardin, à partir de la hauteur du balcon qui
douce haleine du printemps. Notez qu'on
la rue, dix

régne tout autour, et des calorifères souterrains répandent dans les
allées et sous les galeries la
est à la tin de

décembre; dans

degrés de froid

;

dans

le

jardin,

vingt degrés de chaleur.
les

La Seine
il

est prise depuis

deux jours;

ici,

voyez

poissons rouges! là-haut,

neige; en bas, les arbres sont toujours
fleur, les citronniers les

verts, toutes les fleurs sont

en

ont des citrons, les
entrée, des

orangers ont des oranges; on

achète sur pied.

A chaque
le

portes à deux battants, avec des bourrelets.
l'on
la

Au

perron, un vestiaire, où

dépose en arrivant

les pelisses et les

manteaux;

pantalon blanc

et

robe de barrége sont de rigueur. Les locataires du Palais-Royal n'ont
il

plus besoin de faire du feu;
fenêtre; et voilà que

leur suffit, pour se chauffer, d'ouvrir

la

nous sommes en janvier,
étouffe;
si

et l'ingénieur Chevalier
il

descend toujours.
l'air

Ici, l'on

cela continue,

faudra donner de

au jardin....
l'été

Et là-dessus, je m'éveille en grelottant; par
d'un jardin d'hiver se
fait

qui court, le besoin

généralement

sentir.

Pourquoi ne nous donnedoit-on

rions-nous pas cette petite douceur, à l'instar de Saint-Pétersbourg?

— Cela coûterait trop cher. — Pas tant que les fortifications. Ne
pas, dans cent ans, parqueter et frotter les boulevarts? Eh!

mon

Dieu,

nous verrons tout cela. Tivoli

,

Reaujon

,

Frascati

,

ne sont plus. Nous
Si les

n'avons plus de jardins d'été; ayons au moins un jardin d'hiver. marchands du Palais-Royal entendaient un peu leurs intérêts, ils
tiseraient, à l'instant,

se cole

pour

faire les

fonds de

mon

idée; ce serait

seul

moyen décent de rendre
tout son éclat;
à l'état de Place-Royale. Si

du globe toute sa vogue et autrement, dans un temps donné, le Palais-Royal passera
à ce point central
jdiis dire

mon

rêve se réalise, la chanson n'osera
«
«

:

La phis belle promenade
Est de Paris à Saint-Cloiid.
»
«

Frédkric de Courcy.»

IJ^LM^lîll^^^
.lARTlER
BE
LA

SORBOHNE

L y a (les

noms

qui sont doués,
foi
,

comme

cei tames

mules de

la

dé-

monologie antique
pouvoir d'ouvrir

du mystérieux

les

tombeaux, d'éet

voquer
tuer,

les

ombres

de reconsti-

pierre à pierre et
les

bomme

à

bomme,

sociétés et les
la

monu-

ments couchés dans
des siècles.

poussière

Ces noms sontautant de légendes
^ijj}jt
'^^

;

résument de

la

manière

la

plus

\_^ l)iltoresque, la plus énergique, les

mœurs, les opinions, les événements du passé; ils se sont pour
ainsi dire identifiés avec les
et les

bommes
ils

cboses qu'ils

rappellent;
et

sont devenus

bommes
à

cboses

eux-mêmes.
Pour nous borner
ne
suffit-il
(le la

un exemple,
le

pas de prononcer
éveillés par

nom
sou-

Sorbonne pour

(pie mille

venirs,

comme

un

api)el

magique, surgissent aussitôt dans notre esprit bruyants, tumultueux,
pleins d'animation
et

de

vie;

pour

que nous voyions se presser, se
bcurteren foule sous nos yeux, ces
représentants d'un autre âge, cette

W- population innombrable de

clercs.

252
de bacheliers,
(le

RUE ET

QUAKTIEH

docteurs, de casuistes, pédants de toute espèce, de

tout âge, de toute nation,
et fourrée

cohue bariolée de mille couleurs, débraillée
,

d'hermine, grave et tapageuse, tachée d'encre et de vin
et, la

avide

de science,

leçon

finie,
?

se ruant au

cabaret pêle-mêle avec les
les cris

truands

et les filles
la

de joie

N'entendez-vous pas

de l'école, les

disputes sur

logique et les catégories d'Aristote, les anathêmes lancés
la bulle

contre les

appelants de

Unigeuitus, les censures prononcées
?

contre les Lettres Provinciales et Bélisaire

N'assistez-vous pas à l'exet cela naturelle-

humation complète d'une époque passée sans retour,
ment, sans
le

etfort,

presque malgré vous? Vous
fait?

est-il possible

de séparer

mot de

la

chose, l'idée du

catif

Tant que vous verrez gravé à l'angle d'une rue un nom aussi signifique celui de la Sorbonne, ne craignez pas de voir périr le souvenir des événements qui se rattachent à ce nom. En vain les habitudes, les

mœurs,

les industries
la

modernes, tenteront

l'invasion de cette rue; en
la

vain vous

sillonnerez d'omnibus, vous la criblerez de cafés, vous

constellerez de becs de gaz, vous ne parviendrez jamais à lui ôter son ca-

ractère originel, car
est le bouclier

le

nom
nom

quelle porte est sa sauve-garde, car
,

le

passé

du présent. Oui
le

jusqu'à ce (|ue vous ayez remplacé son

nom
de
la

historique par

banal de quelque préfet ou de quelque agent

grande

voirie, la rue de la

Sorbonne restera ce

qu'elle a été, le quar-

tier-général, le saint des saints des écoles.

Celte rue, qui

commence
de

à celle
la

desMathurins,en face de

l'hôtel

Cluny,
de

et qui aboutit à la place
la

Sorbonne, n'a d'autre histoire que
empire
il

celle

Sorbonne elle-même;
le

et la

Sorbonne étant, comme nous l'avons
cpii

dit, le

noyau,

canir, la capitale d'un

avait ses

mœurs,

ses lois, sa

milice, ses tribunaux particuliers,

suit
le

que cet empire entier est notre
droit incontestable de l'explorer

domaine

légitime, et que

nous avons
la

Sorbonne sera donc l'observatoire d'où notre œil rayonnera surles régions environnantes, d'où nous recueillerons tous les faits du même ordre qui doivent entrer dans la composition
de notre tableau. Notre cadre embrassera tout l'espace compris entre la rue
des Mathurins,
Il

dans toute son étendue. La rue de

la

rue de

la

Harpe,

la

rue des Grésetla rue Saint-Jacques.

n'est pas nécessaire d'avoir creusé et étudié à fond l'histoire
la

du

vieux Pans, pour savoir que

plupart des collèges

,

écoles et asiles de

l'ancienne Univ(a'sitè étaient renfermés dans cet étroit espace. Beaucoup

de ces

monuments ont disparu, mais

il

en reste encore assez pour donoriginale.

nera l'ensemble du quartier um; physionomie singulièrement
Ces maisons hautes, étroites, pignonnées, trouées
d(!

petites

fenêtres,

qui se heurtent, se coudoient et grimpent les unes sur les autres, sans
ordre, sans symétrie, sont les collèges de Seez, de Narbonne, de Bayeux,

de .luslicc. Quel est cet hôtel garni

((iii

empiète audacieusement sur

la

DE LA SORBONNE.
voie publique pour

253
et

mieux

faire

admirer ses persiennes feuille-morte
le

.on fringant badigeon jaune? C'est

collège deDainville, fonde avec les

de la ville de Uouen. >oyezdeniers prélevés sur les balles et marcbes

''"WlMffl«\\W'i»«»"'

qu'arrose en VOUS celle fenêtre toute couverte de liserons et de capucines que fut précipité, sur le pavé, le corps riant une jolie grisette? C'est de là

sanglant de Pierre Hamus.

Regardez cette maison noire rucbe
paisses

et crevassée qui

bourdonne comme une

et d'éd'abeilles et d'où s'écliappentpar inslants de folles clameurs Cliolets colonnes de fumée de tabac: c'est le gotbique collège des

durant, qu'il où Buridan, sauvé des eaux comme Moïse, soutint, un jour pas une pierre, pas est licite de tuer une reine de France. Vous le voyez, de une ruine de ce vieux quartier (jui ne soit une reli(iue précieuse
l'Université de Paris, la
fille

aînée des rois de France.
la

rue des Matburins les Pères restes de deux monuments étrangers à l'Université, le couvent des de ces de la Merci et l'abbaye de Cluny nous commencerons par l'Iiistoire
Je

me trompe

pourtant, on voit eucore dans

;

254

nUE ET QUAllTIEU
la

deux maisons pour que rien ne vienne plus nous distraire de
capitale de notre sujet.

partie

COUVENT DES PERES DE LA MERCI.

A

quelques lieues de

la ville

de Digne, en Provence, s'élève une mon-

tagne percée de quelques grottes naturelles, où, à une époque bien éloi-

gnée de nous, de pieux solitaires venaient chercher un refuge contre
bruit et les distractions du

le

monde. Par une

belle et

chaude soirée d'été
fraîchement re-

de l'année

U96, un

vénérable habitant de cette obscure Thébaide était
la terre

agenouillé au milieu d'un petit bois de mélèzes;

genoux du vieillard, une croix de bois grossièrement façonnée, et plus encore une bêche jetée non loin de là sur le gazon, indiquaient qu'une scène douloureuse venait de s'accomplir, et que la voix humaine qui se mêlait aux vagues murmures du désert était

muée

et

ramassée en

tertre sous les

en

même temps une

prière et

un
lui

adieu. Lorsque le solitaire se releva,
,

il

aperçut à quelques pas devant

debout
le

et

appuyé sur un long bourdon
in-

de pèlerin un étranger qui semblait
térêt.

contempler avec un religieux

L'étranger rompit

le

premier

le silence.

— Mon

frère, dit-il, vous venez de remplir avec courage

un cruel de?

voir; à en juger par les larmes qui coulent de vos yeux, celui qui dort

maintenant dans cette tombe

était

un ami cher

à votre

cœur

— Vous dites vrai, mon frère, répondit
la terre la

le solitaire; je le

viens de confier à

dépouille moi'tcUe de

l'homme que j'ai
le

plus aimé. Le premier

de nous deux, Fiacre, a obtenu

pardon de ses fautes.
émotion
,

— Mon
même
raît

frère, reprit le pèlerin avec

pardonnez

à la curiosité

d'un étranger, mais
pas inconnu.

je crois avoir déjà entendu votre voix; maintenant

que je vous examine avec plus d'attention, votre visage ne
le

me
,

pa-

— Devant Dieu je me nomme
il

père Félix, répondit

le solitaire

mais

y a vingt ans, les

hommes me nommaient Hugues
ètes-vous réellement

de Valois.

— Quoi! s'écria
de Raoul
le

le pèlerin,

Vaillant et d'Aliénor de
et

France

,

comte de Valois

Hugues deValois,lelîls Champagne, le petit-hls d'Hugues de de Vermandois le noble rejeton du roi
,

Henri V^ du nom?

Il

fut

un temps, répondit

le solitaire

avec un sourire mélancolique,

où ma vanité s'enivrait du bruit de ces

titres;

mais voyez ces sandales
frère, de l'impi-ession

décorée

et cette

robe de bure, et jugez,

mon

peuvent produire sur

mon

coMir loutes ces

pompes de
le

l'orgueil

que humain.
amis

Mais vous,

(|uel

motif vous a engagé à [tn^ndre

bâton de pèlerin et
?

avons éloigner pour loïiglemps

peiit-èlnî de votre familh!, de vos
l'étrangiM"; je suis

.le

n'ai

ni {"amille

ni

amis, repondit

un pauvre

solitaire

connue vous;

depLiis de longues

années

je vivais aussi priant

DE LA SORBONNE.
Dieu

255

el travaillant de mes mains dans un désert traversé par la rivière de Marne; mais des gens de guerre se sont emparés de mon ermitage, et comme j'avais entendu parler de celte sainte montagne je me suis décidé
,

à venir y

chercher l'onhli du monde

Jean de
dois

la

Mathe; ce
vous,

nom
la

n'est

du cœur. Je me nomme pas aussi éclatant que le vôtre, mais je
et la paix
,

moins attendre de

miséricorde de Dieu

puisque je ne puis
la terre.
:

lui

offrir,

comme

le sacrifice

des honneurs et des hiens de
lui

Le père Félix

réfléchit
la

un moment, puis
lui
dit-il,

prenant

la

main

— Frère
lait

Jean de

Mathe,

puisque Dieu vous
le

a inspiré la
(pi'il

pensée de venir habiter cette montagne dans
à lui le

même

temps

raj)pe-

compagnon de ma

solitude,

il

est juste

de croire

qu'il

vous

a

choisi

pour remplacer l'ami
s'était

(jue j'ai

perdu. Je ne puis vous

ofl'rir

que

ma

pauvreté, mais nous prierons, nous travaillerons ensemble.

Une heure ne
la

pas écoulée depuis cette rencontre, que Jean de

Mathe

était installé

dans

la grotte

du père Félix;

les
la

deux

solitaires
et

avaient les
ils

mêmes

goûts, la

même

simplicité de cœur,
si la

même piété,

auraient passé toute leur vie dans cette retraite
fait

volonté de Dieu,

manifestée par des miracles, ne les en eût

sortir.

Un

jour, Félix et
la

Jean de

la

Mathe venaient de

faire leur })rière

accoutumée sur

tond)e

de saint Fiacre, lorsqu'ils aperçurent, arrêté à quelques pas devant eux,

un cerf blanc dont

le

front était surmonté d'une croix moitié bleue

el

256

RUE ET QUARTIER
,

moitié couleur de pourpre. Les deux anachorètes

saisis

de frayeur, se

signèrent en se serrant instinctivement l'un contre l'autre.

Au bout de
temps

quelques instants
à autre, et alors
il

le

cerf s'éloigna lentement en se retournant de

fixait

sur les deux vieillards des regards d'une douceur

il baissait doucement la tête comme pour mieux leur remarquer l'emblème mystérieux qu'il portait. Lorsque cette vision eut complètementdisparu, Félix saisit la main de Jean de la Mathe, et d'une voix tremblante d'émotion

inexprimable, et
faire

:

— Mon
pli

frère, lui dit-il, si

Dieu vous a accordé
le

le

don d'expliquer

les

prodiges, faites-moi connaître

sens de celui-ci, car

mon cœur est remla

de surprise et de crainte.

— Je suis encore plus troublé que vous, répondit Jean de
ce n'est pas la première fois que ce miracle se manifeste à

Mathe, car

jour que je dis

ma

première messe
était vêtu

,

pendant l'élévation

mes yeux. Le de l'hostie un
,

ange m'apparut;
brillait

il

d'une tunique blanche, et sur sa poitrine

une croix semblable

à celle

que nous venons de voir sur
à sa

la tête

de

ce cerf; à sa droite était

un esclave maure,
:

gauche un esclave chrétien.
à sa

Or, voici ce qui arriva

lange

fit

passer

le

maure

gauche

et le

chréet tout

tien à sa droite; lout-à-coup les fers des

deux esclaves se brisèrent

disparut.
n'ai

Longtemps je cherchai la signification de ce prodige, mais pu la trouver. Le père Félix se recueillit un moment
:

je

— Frère Jean
nous
le révéler.

,

dit-il

ensuite, Dieu vous destine et veut m'associera

l'accomplissement d'un glorieux dessein, cela n'est pas douteux. Mais ce
dessein, quel est-il?je ne connais qu'un

homme

au

monde

qui puisse

Partons demain pour Uouje, et nous raconterons à notre
les merveilles
la

saint père le

Pape

dont nous avons été témoins.
et Félix

Le lendemain, Jean de
;

Mathe

de Valois se mirent en che-

min un mois après, ils arrivèrent à Rome. Le pape Innocent III accueillit avec distinction
après les avoir entendus en audience publique,
bilé
il

les

deux

solitaires, et,

ordonna un grand juappeler les pères

pour

sujjplier l'Esprit saint de l'éclairer de sa sagesse divine. Quelle

ques jours après cette solennité,

souverain pontife

fit

Jean

et Félix, et leur parla ainsi

en présence de tous les dignitaires de

l'Eglise.
« «

Dieu,

Au nom de la très-sainte Trinité, voici ce ({ue j'ai à vous dire mes fils, a daigné exaucer nos prières et m'expliquer le sens
:

des

miracles que vous avez vus. Frères Jean et Félix, vous avez été choisis

pour fonder un ordre ndigieux, dont

la

mission sera de solliciter par
souvenir du prodige

toute la terre la charité des fidèles, afin de payer aux idolâtres' la rançon

des pauvres esclaves chrétiens. l*our perpétuer
par
lefjucl

le

s'est déclarée la volonté

de Dieu, vous vous vêtirez de blanc

DE
(ît

I.A

SOUliO.NNE.
;

'iô?

vous porterez sur
les

la

poitrine une croix mi-partie rouge el bleue
la

vous

vous nommerez

Frères de

ilédemption des Captifs; allez on paix,
à

mes

HIs, et

Dieu nous pardonne

tons nos péchés
la

!

»

Telle fut l'origine de l'ordre des Frères de

Rédcniplion ou

(le

la

Merci. Jean de

la

Matlie et Félix de Valois ayant (piillc
le

Uomc, vinrent
la

a
;

Cerfroid en Brie et y fondèrent
«jnelque

premier

monastère de leur ordre

temps après
cette

ils

obtinrent, par lettres-patentes,

propriété de
s'y étale

l'aumônerie de Saint-Benoît, située rue des Thermes, et vinrent
blir.

Dans

anmônerie

était

une

petite chapelle

où reposait
la

corps
des

de saint Mathurin. Le

nom du

saint devint bientôt celui de

ru»; et

religieux qui rhabitaient.

Les philosophes du siècle dernier ont eloquemment
tion des ordres monastiques, et
tion qui tend à isoler les
ils

atta(|ue

l'institu-

oui sagement
est

fait,

car toute institu:

hommes,

un abus

et

un principe de ruine
(pii

mais,

s'il

eût été possible d'établir des distincti(Uis entre les

commu-

nautés de toute espèce, de toute règle, de toute couleur,
alors sur
le sol

pullulaient

de

la

France, assurément

les frères

de

la

Merci méritaient

d'être exceptés

<le la

proscriplittn générale. rV'était-ce pas en eflel

un

tou-

chant spectacle que de voir ces pauvres frères s'en allant prêchant

|)ar le

et sollicitant, au nom de,Jésus le divin Rédempteur, l'aumône de humbles ou puissants, pauvres ou riches, non pour acheter le champ du voisin, ou pour dorer la chapelle du couvent, comme les autres ordres mendiants, mais pour rendre un époux et un père à la famille du soldat, du matelot pris sur les galères du roi par les corsaires barbaPuis, quand la récolte avait été abondante, ipiand le tribut resques!

monde
tous,

levé par la charité sur la pitié de tous les peuples chrétiens avait atleiiil
le chiffre exigé,
le

départ du navire

que d'acclamations, que de vœux ardents devaient saluer (pii allait porter aux malheureux i-nchaînés sur une

terre inhospitalière l'espoir de la patrie et toutes les joies de la liberté.

foule de leurs bagnes infects
à

Les voyez-vous ces pavivres esclaves de Tunis et de Tanger s'élancer en à la vue du vaisseau rédempteur, tomber

geimux sur le rivage,

et,

sans pouvoir itrononcerune parole, arroser de
la

leurs larmes les pieds des saints missionnaires qui, réalisant

vision

de Jean de

la

Mathe, touchent leurs fers

et les font

tomber!

Et cependant ces religieux qui opéraient tant de merveilles étaient les
plus simples et les plus modestes des
ni par les brillants

hommes.

Ils

ne se recommandaient
l'éclat

dehors du clergé séculier au moycu-àge, ni par

de réloqueuc(.', ni
ignorants pour
la

même
plupart,

par
ils

la

supériorité de l'instruction; pauvres et

n'avaient pour combattre l'indiUérence, ou
ils

même

l'avarice des

heureux dont
foi

venaient solliciter

la

compassion,

d'autres armes (|u'une

ardente et un dinouement infatigable. Leur
el
ils

humilité

même

était

passée en proverbe,

avaient reçu

un de ces
r>r>

II.

surnoms

signiticalils

(|iii

ont

|jn'S(|iie

l;i

v;il<'iir

d

imc
<|iie

(Ictinilioii. (loiniiic

ces religieux eiitrepienaieiit de longs voyages, el

leurs torces ne re-

pondaient pas toujours

à

leur zèle,
il

le

pape leur avait permis de se servir

d'ânes pour montures; d'où
rité

arriva i|ue le peuple, chez qui la familiale

n'exclut pas toujours l'admiration et
les frères

respect, les appelait

commu-

nément
cité, et

se

aux ânes. Ils se gloritiaient eux-mêmes de leur simplifaisaient honneur des travaux hîs plus serviles, comme le

prouve cette épita])he curieuse d'un de res lions pères,
Duportail.

nomme

Mathurin

Cv

gist le lôal Mulliiiiiii
l)oii

Sans repvouclu'
<}iii
l'.l

scivileiit
et

céans garda pain

vin

lui des portes gouvenioiir.

I^aniiier

ou

liolle

par lionneiii
;

Au uiardu'

Nolenlicrs |)orlail

J'iès vigilant el

bon sonneur
lui soil.

Dieu pardon à l'ami

On
il

lisait

encore dans léglise des Mathnrins nue autre epitaphe, dont
et

nous aui(uis hientôt occasion de parler; église
ne reste

tomheanx ont disparu;
les

du couvent des frères de

la

Merci

(|ue

de|K'ndances.

(pii

sont aujourd'hui des propriétés particulières.
UÔTEI. CI^CNY.

En
dans

sortant du ((Uivent des Mathnrins, nous «Mitrons ninnediatemeut
l'hôtel

(Muny.
sauvages mutilations du
la

Précieuse relique du passé, échappée aux

vandalisme

moderm\
c<'

l'hôtel

de Cluuy est situé en face de

rue de

la

Sorbonne
tillon

et adossé

aux Thermes, qui déi)endaient du

]»alais

de rem|)e-

reur Julien;

ftir-simile

du

style

du moyen-âge, ce merveilleux échan-

de

l'art

au

xV

siècle, s'est

conservé jns((u'à nos joui's aussi intact

que

s'il

sortait d'un

musée.
lui seul trois

Cet éditice résume en
la

âges de l'architecture

;

romain par
l'arl

base, élevé et décoré en partie par les dernières inspirations de
il

gothique,

a été

terminé sous

la

gracieuse influence du style de

la

re-

naissance. L'édifice tout entier repose sur des

fondements pétris de ce
lui aussi, à juste titre,

ciment qui
l'ambitieux

a

survécu au peuple-roi et a conquis,

surnom

d'éternel

,

masse

agatifiée

de six ou huit mètres
taillés

d'épaisseur, qui rappelle les

monuments égyptiens

d'un seul bloc

dans

immenses caii'ières de la chaîne lyl)i(|ue. C'est sur ce rocher, image du stoïcisme anticpu; personnifié dans l'empereur Julien, son hnidateur, que le moine, l'artiste, h; poète catholique a brodé et découpé les
les

capricieuses fantaisies, les inspirations célestes de

la

pensée,

fière d'avoir

DE
entin Irovive son

I.A
le

SOlUiO.N.NE.
mis
a ccIU'

'iôîl

symhole;

ciiiaclcie des

époque

se troii\e

lieureusemeiit fornnile parcelle expression de
lant d'une vieille basilique
<lil'ticile
:

madame

de Staël, en paril

c'est, dit-elle, la prière tixée; reries
a la l'ois

sérail
la

d'accuser d'une manière
à

plus exacte
le

et pl\is

poétique
le

tendance des liomnu's d'alors
[tronouce avant de chanter
leurs cienrs vers Dieu
la

traduire

suvsuin corda cpie

prêtre

préface, pour engager les fidèles a élever

Le voisinage du collège de
David, dèterniiim

(lluny, sitiu; sur la place de

la

Sorlionne, en

face de la rue (loupe-dueule, et dont l'église a
;iu

longtemps servi d'atelier
à

jteintre

les

abhès de Cluny

choisir

remplacement
la

du palais des Thermes pour

y lixer leur
:

résidence, (^est de cette église

pillorescjue (jue (icrmain Drice a écrit

«

A main

droite;

de

place de

la

Surhonne

est

la

chapelle du c(dlcgc de Cluny, qui procure quelque sorte
soit gothi(pie,

de décoration, quoi(|u'ellc

en disposant

les

yeux

à

remar-

cpier la diirérence grossière et rustique de hàtir des siècles
la

passés d'avec

manière coirecte

et étudiée

de ces derniers temps.

»

l/hùtel Cluny, dans le(|uel ce

même Germain
à

Brice ne trouvait rien
à

de remarquable (jue sa solidité, a servi tour-à-lour de résidence
princes, à des ministres

des

du saint-siège,

des comédiens, à des

reli-

gieuses;
fut

la

section de Marat y tint ses séances en 93.
;

Son dernier hôte
et infati-

M. Dusommerard
y a

depuis dix ans cet antiquaire intelligent
les objets d'art t|u'il a
et

gable

accumulé tous

pu recueillir. Le gtmverobtenus du

nement, jaloux de conserver
l'acquisition,

de compléter ce musée, vient d'en faire

moyennant 500

et

quelques mille francs qu'il
y

a

votedes deux chambres. Loi'S(pu' nous nous
qui ne

sommes
ni pair

présentés, lenfrec

en était fermée à tout ce qui n'était ni député

de France. .Nous,

nous n'avons qu'à grand renfort de salutations obtenu d'une dame vêtue de noir, et qu'à tout hasard nous
pas
électeur,

sommes

même

avons jugée être

la

veuve du [iropriélaire,
cpii

la

i»ermission de visiter l'hôtol
a seivi

en compagnie du valet de chambre,
par
les soins et les

nous

de cicérone.

Il

est

im[)ossible, avec les idées étroites qu'on se forme d'une collection créée

deniers d'un simple particulier, d'inuiginer les

ri-

chesses du musée Dusommerard. Meuldes, bronzes, marbres, armes,
bijoux, étofles,
faïences, tout
le

tableaux,

manuscrits, vitraux,
est

porcelaines,

émaux,
nous

moyen-àge
:

pèle mêle, en dépit de l'cu-dre qu'on a
dite de François 1",
et

voulu

y

introduire

ainsi,

dans une chambre

avons remar(|ué
<|u'il

à côté

de l'épée du vaincpieur de Marignan
la

des e|»erons

porîait a la bataille de l*avie, les quenouilles de

reine Blanche et

ses fuseaux.

Une de ces quenouilles surtout
;

est sculptée avec

une

déli-

catesse ex(piise

ce n'est qu'à l'aide de
le

la

loupe qu'on peut en admirer
les

tous les détails;
Dalilah,
le

clou de

.laêl,

la

cruche de Bebecca,

ciseaux de

sabre de Judith,

et

d'autres signes encore v sont ingénieuse-

•i(i(i

niE ET
«-t

oiiAirriEij

luenl repiucliiils

comixtsciil nue csiiccc de tiopliei* en riioiinciir des

Juives illustres.

Conime nous,
cher sur
sur
le

lectrice,

vous n'auriez

\n\

résister an désir de vous penles

le

miroir de Marie de Médicis, et

si

groupes d'amour sculptés
la

cadre

dor vous eussent
(pii

inspiré
le

quelque pensée profane,

Vierge et les saints,

tournent

dos

a

ces petits (lupidons, vous au-

raient rappelée hien vite à des idées plus sévères.

Nous recommandons aux

disciples de IMiilidor l'échiquier

du

roi saint

Louis, dont les cases et les pièces sont en cristal de roche et montées en

argent doré. La bordure d'encadrement

est

creuse et renferme de

])etites

tigurines en bois sculpté représentant des tournois; sous le parquetage

sont des fleurs en argent découpées et dorées;

le

dessons et

le

pourtour

extérieur sont couverts d'appliques en argent repoussé. Cet échiquier,

précieux à cause de sa date etde son bel état de conservation, doit être un

ouvrage allemand du xv*

siècle.

Il

est décrit

dans l'inventaire des diamants
Vieux Lamon-

delà couronne, imprimé en 1791, par ordre de l'Assemblée constituante,
et
il

est

mentionné

comme

ayant été donné au roi par

le

tugne. Les commissaires sans-culotte chargés de procéder à l'inventaire

auront cru, dans leur ignorance, devoir sacrifier
la

la

particule du Vieux de
si intelli-

Montagne aux principes
Ce jeu
a été

d'egaiifé

(l(»nt ils

étaient les apôtres

gents.

apporte aux Tuileries sous

la

Keslaiiration
à

;

une de ses

pièces fut égarée, et alors Louis

XMII
le

en

fit

don

son valet de chambre,

M. lebarondeVille-d'Avray, qui

vendit 1,200

francsàM.Dusommerard.

Dans

la salle

,t

manger, sur de magnifiques buffets on dressoirs richebelles faïences de

ment sculptés, on admire de
en

Handre

et d'Italie, et

de

magnifiques plats ronds représentant des sujets mythologiques ou peuplés
relief d'écrevisses, d(^ co(|nillages,

de poissons et d'herbes marines. de Bernard de Palizzi
la
,

Ces poteries sont tmit simi»lement
artiste
([u'au

ce grand

dont

le

génie persévérant lutta contre

matière rebelle, jusil

jour où, jiour faire sa dernière ex|)érience,

fut réduit à chauffer
l'Iie-

son four des débris de son mobilier. Cela ne vous rappelle-t-il pas
roï(jiie

action

de Guillanme-le-Bâtard,
à

brûlant sa
:

flotte

sur

les côtes

d'Angleterre et criant

ses

compagnons

«

>i'ous

vaincrons on nous

mourrons

ici.

»

Au

milieu des lutrins, des mitres, des crosses, des châsses, des cha-

subles, des coffres, des stalles, d((s chappiers, des prie-dieu, objets tirés

en glande partie des villes relevant de l'ancien duché de Bretagne, nous

avons remanpié une cordelière d'Anne,
cesse avait institué pour les

fille

<\{\

dernier duc. Cette prin-

dames de

sa cour, en l'honneur, dit-on, des

cordes

(h; la Passion et du <(>rdou de saint François d'Assise, |)atron du duc son perc, Ididrc de la Cordelière, (pi'on n'oblcnail (pi à des condi-

in:
lidiisd»' vortii li«'s-(liriicil('s
a ci'l iiisiyiie la
il

I.A

SOinîO.WK.
;i

'201

icniplir,

hi

cour
de

siiiloiil.

Mt'zciai

a(ct>ril(!

vertu (relcimlic

Irs jUinuiics

riiitjtareli'Aui;

cordon,

(pic

nos

rciiimc's poilciil auiouidliiii

encore au
si,

llieàti'c cl à

la ville,

néleinl

plus lien.
((uiinic

Nous nen

linirioiis

pas

au ris(pie d'ennuyer nos lecteurs,
les richesses

un catalogue, nous entreprenions de diMrire toutes
cette pri;cieuse collection.

(pie ((uitienl

Du

reste.

llnUel Cluny va de-

venir un

d'art (juc nous-nn^'iiie

musée public, et chacun pourra inventorier à son aise les objets nous n'avons vus (primparlailement, talonn(^s que
|>ar

nous étions
liancc

notn; cicérone et par

la

niailrcsse du

loj.;is,

dont

la

dé-

un

|»cii

itnilalcinent expriinee aurait pu

nous lornialiser.

S0HI50>NK.

Ce

C(dl('';e lut l'onde

vers l'an l'iôO, par Uobert de Sorbonnc, chapelain

du

roi saint Louis, originaire

nom, suivant
(les

l'usage

blissement de trois

d'un village du Kethelois, dont il prit le du temps. Saint Louis de son ciité agrandit cet étamaisons situées rue Coupe-Gueule, et donna à chacun

écoliers qui l'habitaient

un ou deux sous par semaine pour

les aider

à vivre.

Cependant
le

les

bâtinumts menat-aient ruine depuis longtemps,

lorsque

cardinal de Hichelicu résolut de les reconstruire sur un plan

plus vaste et plus magnilique. Le nouveau collège fut

commencé

le

4 juin
le car-

1629, en présence de l'archevêque de Rouen,

et

le

15 mai 1055

dinal posa lui-même la première pierre de l'église, qui fut construite sur
les

dessins de Jac(|ues Lemercier, un des plus habiles architectes de
le

l'époque. C'est dans cette église qu'on voit
chelieii,

tombeau du cardinal de
à
la

Ki-

exécuté
(jue
le

i)ar le

fameux sculpteur Cirardon. C'est
le

vue de ce
fait

tombeau
décapiter

mademoiselle de Thou, dont
frère, dit.

cardinal-ministre avait
les paroles

en parodiant avec amertume,
la

dont

Marthe salua Jésus après

mort de Lazare
«

:

Domine,
là,

si,

fuisses hic, (rater

meus non
devant
la

esset

mortuus.

A

soixante ans de
s'écriait:

le

czar Pierre, à genoux
!

le

même
mes

tombeau,
états

grand
toi à

homme
le

je t'aurais

donné

moitié de

pour ap[irendre de

gouverner

l'autre...»

La maison de Sorboiine, qui devint par
pour servir d'hospice
à

la suite

siège de la faculté

de théologie, n'était dans l'origine qu'un collège fondé
de pauvres écoliers
(|iii

comme

les autres

suivaient les

bnons des

écoles publiques de l'Université.

Une opinion
de
il

assez accréditée de nos jours

lait

iKuincur

a

Charlemagne
faire

la

fondation de l'Université de Paris. C'est une erreur: (Charlemagne,

est vrai, s'cfloiTa

pendant toute

la

durée de son glorieux règne de
;

lleurir

dans ses Etats

les sciences et les lettres

il

couvrit de sa protection

éclairée les écoles naissantes d'Aix-la-Chapelle, de Tours, de Chàlons;

mais

il

n'y avait pas alors
ipii

professeurs

viurcnl y enseigner furent

une seub; école publiipie à Paris. Les premiers i\o\\\ moines de Sainf-Ccrmaiii

202

II

LIE

Kï OU Ain EH
1

d'Auxerre, iiomniés liemi et Hucbald de Saiiit-Aiiumd, qui oiivriicni, en
l'année 908, près d'nn siècle après la
dialecti<|ue cl de théologie; ces

mort de Cliarlemngn(>, un cours de

deux maîtres ayant réuni autour d'eux un

certain nombre de disciples, d'autres professeurs vinrent se fixera l*aris et y obtinrent un succès immense. Les noms de Guillaume de Eham-

peaux, d'Abailard, de Robert de Melun, de Joscelin, de Pierre Londtard,
devinrent européens,
ville

et la gloire

de ces savants maîtres attira dans

la

une

telle al'fluence

d'étudiants de toutes les nations, que leur nombi(>.

au dire des chroniqueurs, dépassait quelquefois celui des habitants, el qu'ils étaient obligés de bivoua(|uer dans la campagne, faute de maisons

pour se loger. Les maîtres eux-mêmes faisaient souvent leurs leçons en plein air. Abailard, qui était toujours suivi de trois ou quatre mille disciples, établissait son

de

camp, comme il le disait lui-même, sur le sommet montagne Sainte-Geneviève ou au milieu du l*ré-aux-Clercs. C'est à cette époque que Jean Scot introduisit et vulgarisa en France la
la

[thilosophie d'Aristote. I/enthousiasme qui s'empara des écoles à la lec-

ture des écrits
fut

du philosophe grec

tenait de la frénésie et
;

du

délire

;

ce

comme une seconde

révélation

on ne jurait

(pie

par Aristote

:

Le

inaitret'a dit, voilà quel était le dernier

argument, Viillima

ralio des cou-

Iroversistes.

Les opinions du maître,
bizarres, étaient considérées
à ce sujet

même les [)lus erronnées, même comme autant d'articles de foi. On
à l'aide

les

plus

ra[)porte
signili-

qu'un moine qui cherchait,
:

de son lexique,

la

cationde ce passage

b voû» hstiv «uAo,;

(l'âme estimmatérielle),ayanttrouve
(|uinze

(|ue ùuXbi signifiait flûte,

composa dans un exercice académique
sifflet.

arguments, tout au moins, pour prouver que l'âme est un
ne fut pas
fut

Et ce

une mode d'un jour
que

:

huit siècles durant,

le livre

d'Aristote

regardé
;

comme
sait

l'arche sainte à laquelle on ne pouvait toucher sans
le

sacrilège

on

savant et malheureux
«

Hamus

fut assassiné

pour
par-

avoir soutenu publiquement
fausseté et chimère;
»

que tout ce qu Aristote a enseigné n'est que
c'est

mais ce qui passe toute croyance,

que

le

lement de Paris,
requête de

le

parlement de Louis \IV, dans

le siècle

de Pascal, de
à la

Corneille, de Molière, s'assembla
la

un jour, toutes chambres réunies,

Sorbonne,

et

condamna au bannissement
la jjeine

trois chimistes

nonmuis Hitaut, de
rait à l'avenir

(Slaves et Villon, ((ni avaient

soutenu des thèses contie

Aristote, et prononça

gravement
|)lus

de mort contre quiconque ose-

attaquer les doctrines du {)hilosophe grec.

Ce

qu'il y avait

de

singulier dans cet engouement, c'est (|ue les
le

plus fougueux chaini)ions d'Aristot*! ne

comprenaient pas,
il

et

(pi'on

l'admirait généralenumt sur parole: on avait,

est vrai,

adopté sa mé-

Ihode deraisoniunnent [jarciMUi'elle se prête mervcilleusementà l'analyse,
et que.

comuie mi arscn;d neutic,

elle peut lournir

des armes aux com-

DE LA SOHIJON.Mv
baltaiils (le ions les |)artis
;

ifi."

mais au

l'ond rien

iw ressemblait inoins aux

spécnlalions élevées de
ticiens
les

la pliiloso|»liie

anlifiue (jue les disputes des dialec-

du moyen-âge

;

rien de puéril, dextravaganl, de bizarre,

comme
nu ou un

thèses (ju'on soutenait dans les écoles. Pour ne citer (|u'un exemple,

on examinait conscifMuieusemeiU,
lialtille

sans

rire, si Jcsus-Clirist

est

dans leucbaristie.

(^Iia(|ue

ar<;ument alliruiatir
niu' fève, et

était in^le pai'
la

pois chiclie, clnupu'

argument négatif par
le

((ucslicui

était

résolue

pai-

oui on par non, selon ipic

nombi'e des pois reinport.iit sur

celui des fèves, et reciproipu^ment.

L'abus de rargunienlalion scolasti(|ue, joint
discussion, n'était

à

la futilité

des objets en

pas

le

seul vice qui se reniarfpiàl alors
:

dans

l'ensei-

gnement comme dans le principe on n'exigeait des maîtres aucninpreuve, aucune garantie de capacité; de ce (pn^ le premier venu pouvait, si
bon
lui

semblait, ouvrir une école,

il

arriva (pi'une foule de jiretendus sails

vants se mirent à enseigner des matières dont

ne possédaient pas

les

premières notions,

et cpie la

plupart des classes devinrent autant de tours
«les

de Babel, où maîtres et disciples parlaient, péroraient, disputaient

journées entières sans s'écouter et sans se comprendre.
tir la

On

iinit

par sen-

nécessité d'imprimer une direction uniforme aux études et de cen-

traliser

l'enseignement; vers
et

le

milieu du

xiii* siècle, les

maîtres se réus'il

nirent

décidèrent

c|u'à l'avenir,

nul ne pourrait professer
et,

n'était

pourvu des diplômes de bachelier, del icencié, de docteur;
voir exercer sur les écoliers

pour

p(»n-

un contrôle plus
la

actif,

on

les divisa

en quatre

nations sous les dénominations de F'rance, d'Angleterre, de
et

Normandie

de Picardie; c'est alors que, pour

première

fois, la
le

réunion de toutes

les

branches d'études ou facultés fut désignée sous

nom

d'Universilc

Mais l'Université, en s'organisant hiérarchiquement, voulut aussi se constituer

comme

corporation

civile,

et elle obtint
la

du pouvoir royal des
procurer une inprivilèges, les
et

franchises particulières, qui devaient par
fluence redoutable à
clercs
la

suite lui

couronne elle-même; entre autres
afl'ranchis

ou étudiants étaient
ils

de

la

juridiction ordinaire,
le

en

toute circonstance

devaient être jugés d'après
ils

droit

canon

jiar le

tribunal ecclésiastique du lieu où

faisaient leurs études.

On comprend de

quelle puissance était armée, dans une ville du uïoyenlois et

âge à peu près dépourvue de
lation de cent mille jeunes

de règlements de police, une popu-

mêmes

occupations, les

gens ne formant qu'un seul corps, ayant les mêmes goûts, les menues babitiules, in(!e[)en,

dants par caractère et par position
toute autorité et naturellement
feu,

ardents

,

passionnes

,

impatienls de
avaitiil

ennemis des bourgeois qui
la

bon

bon

lit,

bonne

table,

bon pourpoint de surcot de laine, taudis (pieux,
plupart aux deux sous
ru<'s.
|)ar

les clercs, les lettrés,

léduils pour

semaine

du

roi saint Louis, s'en allaient

inendiauls par les

en compagnie des

^iC.'i

KlJt:
,

ET OIJAUTIEII
l)iiv;iieiit

tViiiics-milous
le

(les

cagoiis el des hulièrnes,

du

vin

IVel.'ilé

(inand

tavernier taisait crédit et se chauffaient en hiver
C'était,

quand

hiisait le soleil.

en vérité, une singulière institution que l'Université de Paris

au moyen-âge! n'est-il pas bizarre de voir ce vaste corps d'où sortirent
tant de personnages

leurs vertus, leur piété, ce corps qui

plus capables

,

à

recommandables tout ensemble par leur savoir, donna à la France ses ministres les l'Eglise ses prélats les ])lus illustres composé d'une
,

cohue inouïe de joyeux pauvres diables sans chausses
le

le

plus souvent

el

ventre creux, mais portant fièrement

la

dague malgré

les

ordonnances,

bons compagnons, mais toujours prèls
les propriétés

a (h'gaiiier,

disputant à l'école sur

hygiéniques du vin de Hrie, mais en revanche ei'gotant au
il

cabaret sur les catégories d'Aristote. Quant au reste,
parler; les

n'en faut point

fredaines des étudiants de nos jours, les abominations du
la

Prado

et

de

Grande (Ihaumiére, ne sont

(pi'un pâle reflet des bruyantes

orgies du Pré-aux-(>lercs, orgies de tontes les heures, orgies de jour et

de nuit, accessibles seulement aux

initiés,

aux clercs,

et

où n'aurait ose
mysté-

se risquer ipiiconciue n'eût pu se faire reconnaître par quelque

rieux shibolelh.

Qu'on s'étonne

à présent que, lorscpie les écoles venaient à vaquer,

lorscpie la rue de la Ilaipe et la rue Saint-Jacques,

comme

d"iné|>uisables

v(»niiloirt's

,

jelaienl

l()ul-a-coM|)

sur les

(|iiais

des

uiiees

(rccdjjei's

DE LA

SUIlHOiNNIi.
,

-

265

affamés, armés jusqu'aux «lents et «léso'uvrés, qui pis est les bourgeois rentrassent chez eux et rerniassenl leurs houlicpics coinuic dans une

calamité puhiiciue; et ce n'était pas

un événement ran;

:

toutes les fois

qu'un clerc se passait la fantaisie de rosser un sergent du Chàtelet et que celui-ci avait l'audace de rendre, d'après la jurisprudence du lalion, horion pour horion, œil pour
(eil,

dent |)our dent, l'écidier.qui connaissait

ses classiques et qui savait quelle émotion |)opulaire avait excitée ce dé-

biteur romain étalant les plaies de son dos au milieu du
tait à
la

Forum,

se met-

parcourir les écoles depuis

la

rue du Fouarre juscpi'au

sommet de

montagne Sainte-Geneviève,
le cri

faisant

montre de

sa souquenille délabrée,

de guerre et recrutant en moins d'une heure une armée de dix mille hommes. Malheur alors aux archers (pii se trouvaient sur le passage de l'émeute; en un clin d'oMl, si nombreux, si braves qu'ils

poussant

fussent,
le

ils

étaient entourés, (Unnontés, foulés aux pieds et jetés à la rivière,
la

tout pour

plus grande gloire de

l'

Université et d'Aristote. Ces excès

chaque jour, en plein soleil, au co^ur de Paris; et si par hasard il se trouvait un prévôt moins patient (pie ses devanciers, qui fit conduire aut^liàtelet quelques-uns des perturbateurs, oh alors ce netait plus une émeute, mais une insurrection générale une guerre sainte, avec
se renouvelaient
!

,

son manifeste, son drapeau et ses chefs; l'Université tout entière, clercs
et docteurs, disciples et maîtres, s'ébranlait

comme un
le

seul

homme;

les

cours étaient suspendus, les écoles fermées, et
pectable escorte, allait
«|uatre heures
» » »

recteur, suivi d'une ressi

humblement

signifier

au roi que,

dans
«

les vingt-

on ne

faisait

pas droit à ses justes griefs,

la fille

aînée

du trône, persécutée dans son honneur, abandonnerait Paris, cette ville d'iniquité, et s'en irait comme une brebis errante chercher ailleurs un
asile.
»

Le
rait

roi.cjui savait «pie sa fille aînée, toute brebis «lu'elle était,
le

ne se

fe-

pas faute d'exciter des troubles dans tout
le

royaume, s'empressait

toujours de désavouer son prévôt, et
«l'avoir trop

courageux magistrat, coupable
confiscation de ses biens.
:

bien

fait

son devoir, était condamné d'ordinaire à l'amende
la

honorable, au bannissement perpétuel et à

De

pareils faits

demandent

à être

appuyés par des preuves nous choirègne de Charles IV;

sirons un excm[)le entre mille.
C'était

au mois d'octobre de l'année 1407, sous
rues

le

dans

la salle

basse et enfumée d'une taverne qui s'ouvrait à l'angle for«les
«les
«le

mée parla rencontre
réunie une
l'usage
|)ots

Mathurins
clercs et
«le

et

de

la

Sorbonne,

était

foule

inaccoutumée

bacheliers; mais, contre
les

du

lieu, le silence le ])lus

profond régnait dans l'assemblée;
l«^s

de vin etdecervoise restai«'nt remplis sur

tal)les,et les écoliers

se regardaient avec impiiétmle
«lire et «|ue

comme

si

tous avai«'nt «pielque chose a

personne n'osât «-ommencer.
ÔZl

II.

266

RUE
à

\<:T

niJAUTIEi;
obscur de
!

Toiit-à-c(Mipiiiie voixéclataïUe s'ecrliidii coin le plus

la salle.

Los et honneur
Châlelet et
la

l'Université!
!

Mort au

sire de

Tignouville

à sac le

prévôté

Ces quelques paroles produisirent dans
tion électrique.

la

taverne
s'éleva

l'effet

d'une

commola salle.

Une sourde

et vaste
le

rumeur

dans l'assemblée, et

un grondement lugubre courut
Alors on
taille et
vit

long des voûtes surbaissées de

un personnage de haute d'une carrure puissante. Une moustache fièrement retroussée
s'élancer au milieu des tables
le

ajoutait encore à la sévérité de son visage, et sa longue rapière, dont le

baudrier se croisait sur son pourpoint de camelot noir avec

cordon

plus pacifique d'un encrier de corne, dénotait suffisamment un étudiant

armé en guerre.
«

Par

la

mort-dieu!
notre

s'écria-t-il, (jue signifie cetair abattu, ces visages

consternés? Est-ce que les Bourguignons sont entrés dans Paris? Est-ce

que

le roi

si're

est

mort? Non pas, que
griffes

je sache.

De quoi

s'agit-il

donc? d'arracher deux écoliers aux
faut-il faire
?

du prévôt? Et pour cela que
?

rosser quelques archers et renverser quelques potences
fois

Est-ce

la

première

que nous rappelons au
?

sire de Tignouville le
:

respect qu'il doit à nos privilèges

Que ceux

qui ont peur se retirent

quant

à

moi, je déclare que,

si

dix d'entre vous veulent

me

suivre, je

me

charge d'aller chercher nos camarades jusqu'à Montfaucon, et de vous
les

ramener en triomphe.
Eustache Beautreillis,
dit

— Ignorez-vous,
du prévôt
six
le roi a

une voix, qu'à

la

requête
;

mandé

des troupes de toutes les villes des environs
la

Philippe Bruant, que voici, a vu entrer ce matin par

porte Saint-Honoré
a

compagnies d'arbalétriers venant de Chartres, etSenlis nous
si

envoyé

toute la cavalerie du comte de Brissac.

— Eh bien
treillis,

!

la victoire est

plus disputée, s'écria Eustache Beaulaisser
(jue,

est-ce

une raison pour
nous,
et cela

pendre

comme

des truands deux

écoliers

comme

parce
le

sentant leur bourse et leur ventre

à sec, ils ont

emprunté dans

bois de Vincennes quelques misérables

écus

à

un riche bourgeois du faubourg Saint-Antoine?
la


à

Non, non, s'écrièrent quel(|ues voix dans
le

salle; à bas le [)revôt,

bas

Chàtelet

!

— Oui, à
clercs, et

bas

le

Chàtelet! reprit Eustache Beautreillis; nous

sommes

devons être jugés en cour d'Eglise. La condamnation de Bour-

geois et de Diimoussel est une insulte à l'Université; aux armes, donc,

camarades!

— Oui, oui, aux armes! s'écria-t-on de toutes parts. — Un nuunent, dit Eustache jieantrcillis, écoutez-moi,
lors(|ue v<His entiMMiicz Duniunssel (^rier
jellerez sur les gardes!
:

camarades;

«

A nous,

clergie!» vous vous

Malhcnr

a (pii

fera (piarlier!

IH:

LA

S(H;!5(>.\.M':.

'2(i7


midi,

L'cxcciilidii a

lit'ii

a

une

lirtirc,

sCcria
:

IMiili|i|»(' IJniaiil.

— Et

il

csl
à

rcpoiidil

Eustaclic l'canliciUis
!

nous iiavons pas de hMiips

perdre. (Camarades, à MontraiiccHi


de
la

A Moiitrancoii, s'ecriereiil huis
taverne.
»

les «écoliers

en se precijiitaul hors

Chemin
de clercs

l'aisanl, eelielrou)»'
cpii, à la

indiciplinéc se grossit

dune armée
l'ouïe

entière

nouvelle du soulèvement, sortaient en

des col-

lèges innomhi'ahles des quartiers Saint-Henoîl et Sain t-André-des- Arts.

Tontelois ce ne

fut

pas sans peine (pie
le

les écoliers

pnrcnt pénétrer jnsla |)rév()té,

([nau

lien

du snp|dice. Dès

matin

les

archers de

les ser-

gents du Chàtelet et les troupes royales s'étaient emparés de tontes les
issues, et plus d'un horion fut

donné

et reçu avant

que

les soldats, refoulés
le gihet, se lus-

de toutes parts vers l'éminence sur laquelle se dressait
sent décidés
à

ahandonner leur position

et à se replier

en cordon serré

autour des fourches patihulaires.
A|)rès ce premier succès,

un houria foi'midahle s'élança
il

(\\\

milieu des

assaillants; mais, cette démonstration acc(Mn|)lie,

s'étahlit partout
:

un

silence de
dait.

mort mille

fois plus

nuMiacMul (pu'

le

tunuillc

l'cuM'ute atten-

Tout-à-coup un son lugnhre
et

vihi-a

dans
:

les airs;

des tintements sourds
des agonisants

numotoncs

se succédaient

leulcim'Ul
;

c'était le glas

qui annonçait l'heure du sn|>plic('
et

un inum-nse frisson
la fois
la

[)arc()urnt la foule,

toutes les mains se déi'idx'rcnt à
la

sous

les

capes

et

les

man-

teaux pour serrer

garde d'une cpee m\

poi^U'C d'un

loui'd maillet

de

fer.

Bientôt un nnirnnire mêlé de cris se

lit

cnlcndredu côté du lanhourg
et

Saint-Martin, et un appareil lormidalde de cavalerie

darhalctriers détpii

houcha sur
calmant
les

le

plateau de Montfaucon. Eustaclie Beautreillis,
les

n'avait
et

pas cessé de parcourir
la

groupes en excitant

le

courage des uns

en

fougue des autres, s'élança sur une

|)ierre et lixa

ardiMument

yeux sur une charrette entourée d'un triple rang de soldais. Tout-àil

coup
«

pâlit.
s'écria-l-il. tout est
la

Malédiction!
les

perdu!

»

Tous

regards suivirent

direction des siens:

Dumonssel
\'a\

et

Bour-

geois étaient hàillonnés. <