Jean Perrot Youssef Madjidzadeh

L'iconographie des vases et objets en chlorite de Jiroft (Iran)
In: Paléorient. 2005, Vol. 31 N°2. pp. 123-152.

Résumé Résumé : L 'ornementation des vases et objets en chlorite récemment découverts en Iran dans la région de Jiroft permet de dégager un répertoire iconographique apparemment cohérent. En même temps qu 'elle apporte une réponse à la question débattue de la provenance des vases en chlorite trouvés sur nombre de sites archéologiques entre l 'Euphrate et l 'Indus dans le courant du IIP millénaire av. J.-C, la découverte de Jiroft rend caduque l 'appellation de « style interculturel » commodément utilisée jusqu 'ici pour désigner des objets dont il était difficile de reconnaître l'origine à travers la production de centres secondaires sous influence mésopotamienne comme celui de Tarut dans le golfe Persique sur la rive orientale de la péninsule arabique. La distribution des vases en chlorite, notamment celle des petits vases cylindriques et des hauts vases tronconiques à bord évasé pourrait être liée à l 'exportation, vers les régions basses du Moyen Orient, de substances aromatiques, médicinales, aphrodisiaques ou hallucinogènes, extraites d'une plante commune sur le plateau indo-iranien1. Abstract Abstract : The ornementation on chlorite vases and objects recently discovered in the Jiroft area of Iran presents us with an apparently coherent iconographie repertoire. The discovery of Jiroft provides an answer to the much-debated question of the provenance of chlorite vases found in a number of archaeological sites between the Euphrates and the Indus during the 3rd millennium ВС. At the same time, it renders obsolete the term "Intercultural Style, " until now conveniently used to designate objects whose origin is difficult to recognize through secondary production centers under Mesopotamian influence, such as Tarut in the Persian Gulf off the east coast of the Arabian Peninsula. The distribution of chlorite vases, especially of small cylindrical vases and tall conical vases with flared rim, might be tied to the export to the Middle Eastern lowlands of aromatic, medicinal, aphrodisiac or hallucinogenic substances extracted from a plant common on the Indo-Iranian plateau.

Citer ce document / Cite this document : Perrot Jean, Madjidzadeh Youssef. L'iconographie des vases et objets en chlorite de Jiroft (Iran) . In: Paléorient. 2005, Vol. 31 N°2. pp. 123-152. doi : 10.3406/paleo.2005.5129 http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/paleo_0153-9345_2005_num_31_2_5129

L'ICONOGRAPHIE DES VASES ET OBJETS EN CHLORITE DE JlROFT (IRAN)

J. PERROT et Y. MADJIDZADEH

Résumé : L 'ornementation des vases et objets en chlorite récemment découverts en Iran dans la région de Jiroft permet de dégager un répertoire iconographique apparemment cohérent. En même temps qu 'elle apporte une réponse à la question débattue de la provenance des vases en chlorite trouvés sur nombre de sites archéologiques entre l 'Euphrate et l 'Indus dans le courant du IIP millénaire av. J.-C, la découverte de Jiroft rend caduque l 'appellation de « style interculturel » commodément utiliséejusqu 'ici pour désigner des objets dont il était difficile de reconnaître l'origine à travers la production de centres secondaires sous influence mésopotamienne comme celui de Tarut dans le golfe Persique sur la rive orientale de la péninsule arabique. La distribution des vases en chlorite, notamment celle des petits vases cylindriques et des hauts vases tronconiques à bord évasé pourrait être liée à l 'exportation, vers les régions basses du Moyen Orient, de substances aromatiques, médicinales, aphrodisiaques ou halluci nogènes, extraites d'une plante commune sur le plateau indo-iranien1. Abstract : The ornementation on chlorite vases and objects recently discovered in the Jiroft area of Iran presents us with an apparently coherent iconographie repertoire. The discovery ofJiroft provides an answer to the much-debated question ofthe provenance ofchlorite vases found in a number of archaeological sites between the Euphrates and the Indus during the 3rd millennium ВС. At the same time, it renders obsolete the term "Intercultural Style, " until now conveniently used to designate objects whose origin is difficult to recognize through secondary production centers under Mesopotamian influence, such as Tarut in the Persian Gulf off the east coast ofthe Arabian Peninsula. The distribution of chlorite vases, especially of small cylindrical vases and tall conical vases with flared rim, might be tied to the export to the Middle Eastern lowlands ofaromatic, medicinal, aphrodisiac or hallucinogenic substances extracted from a plant common on the Indo-Iranian plateau. Mots Clefs : Jiroft, Elam, Tarut, Tepe Yahya, iconographie, thématique, « style interculturel », « style transélamite », combats d'ani maux, « maître des animaux », zébu, guépard, lapis lazuli, chlorite, personnages hybrides. Key-Words : Jiroft, Elam, Tarut, Tepe Yahya, iconography, themes, "Intercultural Style, " "Transélamite Style, " Animal fights, "Master of the Animals, " Zebu, Cheetah, Lapis lazuli, Chlorite, Hybrid figures.

LA « COLLECTION DE JIROFT » Au cours de l'hiver 2001-2002, les débordements de la rivière Halil qui draine la partie septentrionale de la dépres-

sion du Jazmourian, dans le sud du plateau iranien (fig. 1) exposèrent des tombes anciennes dont le mobilier comprenait notamment des objets et des vases en chlorite ornés de figures humaines et animales, rehaussées d'incrustations de pierres semi-précieuses : turquoise, calcédoine, lapis-lazuli, etc.

1. Pour des raisons techniques, l'étude iconologique qui constitue la seconde partie de cet article paraîtra dans une prochaine livraison. Paléorient, vol. 31/2, p. 123-152 © CNRS ÉDITIONS 2005 Manuscrit reçu le 30 juin 2005, accepté le 15 décembre 2005

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Fig. 1 : Jiroft et les principaux sites du IIIe millénaire ayant livré des vases ornés en chlorite.

Cette découverte déclencha dans la région de Jiroft le pillage de plusieurs vastes cimetières avant que les autorités iraniennes ne parviennent à contrôler la situation ; quelques centaines d'objets furent alors repris aux clandestins ou confisqués à des intermédiaires. Dès 2002, des prospections furent entreprises et un programme de recherche établi par le Centre de recherche archéologique de l'Office national du patrimoine culturel de l'Iran2. Sous la direction de Youssef Madjidzadeh trois campagnes de fouilles furent conduites de 2002 à 2005 sur le site de Konar Sandal, à 28 km au sud de 2. La découverte de l'hiver 2001-2002 n'a fait qu'aggraver, hors de toute mesure, une situation endémique. Quelques objets provenant de la région de Jiroft avaient déjà fait leur apparition, au cours des années précédentes, sur les marchés internationaux.

Jiroft (fig. 2), tandis que le matériel rassemblé par les auto rités faisait l'objet d'un catalogue3. Le catalogue de la Collection de Jiroft compte plusieurs centaines de pièces : une centaine d'objets en chlorite : vases et plaques découpées et ajourées ; des vases en marbre rose veiné, divers récipients en cuivre, des figurines humaines et animales en pierre et en métal, des cachets en lapis lazuli ou en cuivre ainsi qu'une vingtaine de poteries de couleur rouge, beige ou grise à décor peint de couleur noire (triangles 3. MADJIDZADEH, 2003a. Avec Sedijeh Piran pour les dessins et Ali Bani Asadi pour les photographies. La numérotation des pages de cette publication (dite ici « le Catalogue ») est reprise dans Les Dossiers d'Archéologie 287 (2003) et dans cet article pour désigner les pièces. Lorsque plusieurs pages du Catalogue sont consacrées à des photographies du même objet, seul le numéro de la première page est retenu. Paléonent, vol. 31/2, p. 123-152 © CNRS ÉDITIONS 2005

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125 mètres. L'indication est loin d'être négligeable lorsqu'il est question des objets en chlorite.

VASESET OBJETS EN CHLORITE LA MATIÈRE ET LES FORMES La chlorite mise en œuvre à Jiroft est d'un gris brun foncé à reflets verdâtres. Elle est comparable à celle des fragments mis au jour à Tépé Yahya, à 75 km de Jiroft4 ; elle peut provenir d'un gisement repéré à une trentaine de kilomètres plus au nord. Les gisements de chlorite constituent des format ionspeu étendues, mais répandues au Moyen Orient dans les montagnes du Zagros, du Makran et de la bordure orientale de la péninsule arabique. Il existe de nombreuses variétés de chlorite, terme générique employé ici par commodité, sous lequel on range steatite et serpentine ainsi que des roches de moindre dureté jusqu'au talc chloriteux ; ces variétés peuvent se trouver dans le même filon. Comme l'avait déjà noté H. David5, les chlorites sont des roches trop complexes et variables pour qu'une composition donnée soit caractéristique d'une position géographique ; leur composition physico chimique rend toute comparaison pétrographique difficile ; a Elevation point a Village —— Road -ww*«. Mountain -^— River ($ Archaeological site Fig. 2 : Konar Sandal Nord et Sud (105-106) à 28 km au sud de des échantillons prélevés sur un même objet peuvent révéler des compositions différentes : il est donc difficile d'émettre Jiroft. Prospections 2002. autre chose concernant leur provenance que des présompt ions. recherche des éléments en trace6 a permis cependant La de déterminer des catégories et de suggérer des routes pour la hachurés, etc.)- L'ensemble est réputé provenir des cimetières distribution des vases en chlorite. Les chlorites sont des de Mahtoutabad, Nazmabad, Riganbar, etc. (fig. 2) qui parais roches susceptibles de polissage lorsqu'elles sont à grain fin, sentavoir été occupés pendant la plus grande partie du ce qui est le cas à Jiroft (121, 122). Ce matériau n'en a pas IIIe millénaire ; à Riganbar plusieurs niveaux d'inhumation moins un aspect sévère et l'on comprend que l'on ait cherché ont été distingués dans un rapide sondage en 2002 par a en rehausser la présentation par polissage ou par une orne mentation en relief enrichie elle-même par l'insertion H. Choubak. d'éléments colorés (nacre, calcaire blanc ou rougeâtre, calcé Il est clair dans ces conditions que la présente série d'objets en chlorite a un caractère aléatoire ; elle est hors str doine, turquoise, lapis lazuli, etc.). La forme est conditionnée, en partie du moins, par la atigraphie et a subi des filtrages ; il ne saurait être question d'en dégager la fréquence d'un type ou d'un groupe d'objets ; son nature du matériau ; celui-ci influence la technique et même contexte archéologique ne pourra être précisé que lorsqu'il la représentation mentale que l'artisan peut se faire de l'objet sera possible d'étendre la fouille aux cimetières d'où elle et de son ornementation. En raison de leur poids, les vases en provient ; opération impossible jusqu'ici vis-à-vis de la popul chlorite sont généralement de petites dimensions ; plusieurs ation locale pour d'évidentes raisons psychologiques. Ce qui, toutefois, ne saurait être mis en doute, c'est la provenance 4. KOHL, 2001 : 209 sq. géographique de ce matériel : les environs de la ville actuelle 5. DAVID, 1990 ; Amiet, 1986 : 138 ; FOUACHE etal, ce volume. 6. KOHL étal, 1979 ; KOHL, 2001 : 219-220. de Jiroft dans un rayon de moins d'une cinquantaine de Paléorient, vol. 3 1/2, p. 123-152 © CNRS ÉDITIONS 2005

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J. PERROT et Y. MADJIDZADEH d'entre eux n'ont que quelques centimètres de haut. Quant aux objets découpés dans des plaques de chlorite et que nous préférons appeler « sacs à main » et « tables de jeu », ils peuvent atteindre une quarantaine de centimètres (fîg. 3). Les vases ornés peuvent être rangés selon leur forme en trois types principaux. On distinguera : - des coupes profondes (fig. 3e et PI. I a-e), au calice en tulipe : la lèvre est légèrement éversée (11, 18, 21, 24, 27, 30, 32). Elles mesurent de 12 à 22 cm de haut et de 9 à 15 cm de diamètre. Le pied s'écrase sur une large base plate circulaire. Deux petites coupes (49 et 105), hautes respectivement de 7,5 et de 8 cm, ont un diamètre de 7,5 et 9 cm ; leur calice est plus ouvert. - des vases tronconiques (fig. 3d et PI. II a-e), à col évasé et lèvre éversée arrondie ou plate, se rangent aisément selon leur taille en trois groupes d'égale importance : • de 21 à 27 cm de haut (44, 75, 92, 99, 1 10, 1 14d, 1 19) ; (PL II c, d). • de 12 à 18 cm de haut (13, 39, 40, 60, 76, 86, 87, 89) ; (PL II a, b, d, e). • de 5,7 à 9,7 cm (36, 37, 65, 1 18a, 1 18b, 120a) ; (PL IV a-c). Ce dernier groupe entre dans la catégorie des « vases miniatures » qui rassemble aussi de petits pots de forme plus trapue (114c, 116a, b, c) (PL IV d, e) à ornementation géométrique ; quelques petites jarres globulaires à haut col et lèvre éversée, ornées le plus souvent de boucles, de serpents ou de rosettes (106, 107, 115, 117a) (PL IV g, j) ; quelques petites jarres globulaires à col bas (1 15a) (PL IV h, k). - des vases cylindriques à fond plat (fig. 3b ; PL I f-h et PL IV 1-n) (les parois peuvent être légèrement concaves). Ces récipients, plus larges que haut, se classent en deux groupes : l'un de diamètre inférieur à 10 cm pour une hauteur inférieure à 7 cm (16, 42, 47, 51, 53, 58, 69, 71, 72, 78, 82, 95, 1 1 1 a, cd, 115c); l'autre d'un diamètre de 15 à 20 cm pour une hauteur supérieure à 10 cm7 (39, 54, 57, 67, 70, 80, 84, 1 1 1 b, 112). Deux exemplaires (73 b-c), hauts de 3 cm pour un diamètre de 4 et 4,5 cm, entrent dans la catégorie des vases « miniatures ». Des plaques de chlorite de 2 à 4 cm d'épaisseur ont été utilisées pour la confection de deux catégories d'objets ; d'une part des « pierres ansées » que nous appelons « sacs à main » (74, 123 à 129) (fig. 3c et PL II f-k) ; d'autre part les

80 54 111 112 39 84 57 67 70 [ 16 42 47 51 53 58 69 71 72 78 82 111a,c,d 115c 73b,c I

44 75 92 99 110 H14d 119 13 39 40 60/ 76 86 87 89/ 36 37 65 118a,b 120

I

20 cm Fig. 3 : Échelle relative des principaux types de vases et objets ; a et f: tables de jeu ; b : petits vases cylindriques ; с : « sacs à main » ; d : hauts vases tronconiques à col évasé ; e : coupes.

7. Le meilleur exemple de ce type, hors d'Iran, est celui dit de Khafadjeh. Voir note 35. Paléorient, vol. 31/2, p. 123-152 © CNRS ÉDITIONS 2005

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Planche I : Coupes : a-b (11) [ht 14,5 cm ; diam. 11,5 cm] ; с (30) [ht 17,5 cm ; diam. 12,2 cm] ; d (21) [ht 14,7 ; diam 10,7cm] ; e (18) [ht 16 cm ; diam. 12,3 cm). Vases cylindriques :f (ne figure pas au Catalogue) [ht 6,5 cm] ; g (80) [ht 10,5 cm ; diam 16,5 cm] ; h (82) [ht 7,4 cm ; diam 11 cm].

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Planche II : Hauts vases tronconiques : a (36a) [ht 14,6 cm] ; b (60) [ht 16 cm] ; с (U4d) [ht 27,8 cm] ; d (13b) [ht 17,5 cm] ; e (89c) [ht 19, 7 cm]. « Sacs à main » :f-g (126) [larg. 24 cm ; épaisseur 4,8 cm] ; h (n 129) [larg. 19,5 cm ; ht 19,4 cm ; ép. 4 cm] ;j (n 123) [larg. 28 cm ; ht 25 cm ; ép. 3 cm] ; к (n 127) [larg. 18,5 cm ; ht 18,3 cm ; ép. 3,2 cm].

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L'iconographie des vases et objets en chlorite de Jiroft (Iran) « tables de jeu » (108, 120d, 130 à 135, 136) (fîg. 3a, f et PI. IV a-e). L'appellation « sac à main » (handbag) (fig. 3c) est certes fantaisiste mais préférable à celle de « poids anse » que l'on a donnée parfois à cette catégorie d'objets qui ne saurait relever d'un système pondéral, surtout si on propose de l'étendre à l'ensemble du Moyen-Orient. Les dimensions de ces objets varient en largeur de 12,9 à 28 cm (20,8 en moyenne) pour une hauteur moyenne de 19,5 cm. La grande anse annulaire surélevée qui les caractérise est de section ronde. Les « tables de jeu » (game boards) (fig. За, f ; fig. 12d ; PI. Ill) se rattachent à l'ensemble par le matériau, la tech nique, le style et la thématique de leur ornementation. Le dispositif du jeu dit « des 20 cases » sur lesquelles se dépla centdes pions8 consiste en une rangée de 12 cases flanquées de part et d'autre, à une extrémité, de deux rangées de 4 cases. Les tables peuvent être de forme différente qu'il s'agisse des pieds ou du tablier. La forme du tablier la mieux adaptée au dispositif du jeu est celle d'un carré (avec trois rangées de 4 cases) prolongé sur un côté par une bande médiane portant 8 cases (120d). Le diamètre de celles-ci (entre 12 et 20 mm) est fonction de la longueur totale de la table (de 25,5 à 41 cm). Les cases sont délimitées par les entrelacs de serpents dont l'usage tend à s'effacer et à passer au guillochis (108, 120d). Les supports de la table consistent en deux plaquettes de même largeur que le tablier ; elles sont fixées au moyen de mortaises de section ronde ou carrée. Le tablier peut prendre une forme animalière ; celle de l'aigle (130, 133) et du scor pion (136), la rangée principale des cases est alors dans l'axe du corps de l'animal ; et aussi la forme de l'homme-scorpion (135) (PI. III e). Le nombre des cases de l'avenue centrale peut se trouver réduit de 12 à 8 lorsque la table est de petites dimensions (132, 135). Un cas exceptionnel (108) est celui d'une grande table rectangulaire sur quatre pieds réservés dans la masse ; le tablier porte 36 cases par groupes de 6 cases formées par les entrelacs de 4 serpents dont la tête se détache, vue par-dessus, aux quatre angles de la table (PI. III d). Dans la mesure où la forme des vases suggère leur fonction, on notera que les « grandes coupes » (18 à 32) (fig. 3e) ne sont probablement pas des coupes à boire ordinaires (122 a, b) ; leur 8. A.E. Dunn-Venturi a été la première à attirer l'attention sur ces objets comme tables de jeu. DUNN-VENTURI, 2004. La table 120d (fig. 3 f) porte, à l'extrémité de la rangée principale, une treizième case, plus petite que les autres. Un exemplaire (inédit), conservé avec les tablettes supportant le tablier, a 12 cases (fig. 12 d). De petites pièces de chlorite sont présentées à Tépé Yahya comme pouvant être des pions. Lamberg-KARLOVSKY, 2001 : Appendix. Paléorient, vol. 31/2, p. 123-152 © CNRS ÉDITIONS 2005

129 usage est sans doute cérémoniel. Les grands vases tronconiques (fig. 3d) ont pu contenir des liquides, des huiles, leur lèvre moulurée se prête à l'adaptation d'un couvercle ; les petits vases cylindriques (fig. 3b) des matières granuleuses ou pâteuses : résines, gommes, etc. Les vases cylindriques de plus fort diamètre ont probablement une fonction particulière à en juger par le caractère souvent mythologique de leur ornementat ion.vases miniatures, modèles de poteries de grandes Les dimensions, se rencontrent fréquemment en Orient dans le mobilier funéraire d'accompagnement ; ils ont pu contenir des substances aromatiques. La grande anse annulaire des « sacs à main » suggère fortement qu'ils étaient destinés à être déplacés, sans doute dans un cadre cérémoniel. Quant aux « tables de jeu » le caractère aléatoire de cette activité fait qu'elles n'ont rien d'insolite dans un contexte funéraire. TECHNIQUE, DESSIN Le processus de fabrication des vases passe par un dégros sissage du bloc de chlorite, opération attestée à Tepe Yahya IVB par la présence de déchets de taille9 ; elle est suivie par un façonnage au tour ; des traces d'un mouvement rotatif sont visi bles à l'intérieur des vases ; le tournage favorise le tracé de rainures ou la mise en relief de bandeaux ou de filets à la base ou sous le bord des vases. Toutes les figures se détachent en léger relief sur un fond plat. Cette technique très ancienne - elle a été pratiquée en Europe dès le Paléolithique supérieur - a pu être ravivée en Orient par l'usage du cylindre sceau qui, déroulé sur l'argile, y laisse en léger relief l'image de ses motifs gravés en creux. L'usage du cylindre-sceau s'est généralisé vers la fin du IVe millénaire ; c'est aussi le moment où, dans la sculpture mésopotamienne et égyptienne, apparaissent les figures en léger relief; d'abord dessinées, puis détourées et modelées, le fond étant creusé et aplani. A Jiroft, les parties en relief peuvent être retravaillées, parfois par petites entailles triangulaires (123, 124) (PI. II j) ou évidées pour l'insertion de pierres de couleur dans des alvéoles circulaires, allongées, ou de forme irrégul ière, creusées au foret ou à la gouge ; des ateliers insèrent des plaquettes de nacre ou de pierre blanche dans des évidements appropriés (36b, 40, 97) ; ces plaquettes peuvent être retou chées à leur tour, dans le cas notamment du traitement des yeux dont la pupille, dans le blanc de l'iris, s'allume d'une pointe de lapis. Le travail est de qualité inégale ; il permet de distinguer des ateliers, voire la main d'un artisan. 9. KOHL,2001 : 208-228.

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Planche III : « Tables de jeux » : a (131), aigle [long. 41 cm] ; b (130), aigle [long. 35 cm] ; с (136), scorpion [long. 28 cm] ; d (108), table sur pieds [long. 35 cm] ; e (135), homme-scorpion [long. 27 cm].

Paléonent, vol. 31/2, p. 123-152 © CNRS ÉDITIONS 2005

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Planche IV : Formes diverses. Vases miniatures : a-b (36 a-b), vase tronconique, zébu unicorne [ht 8,2 cm] ; с (118), vase tronconique, décor en boucles [ht 9,3 cm] ; d (114c), pot tronconique, scorpions [ht 7 cm] ; e (116c), pot tronconique, briques et chevrons [ht 5,7 cm] ;f (51), vase cylindrique, zébus [ht 5,2 cm] ; g (117), petite jarre globulaire, boucles [ht 9,4 cm] ; h (ne figure pas au Catalogue), boucles [ht 9,4 cm] ; j (107), petite jarre globulaire, serpents [ht 6,9 cm] ; к (115a), petite jarre globulaire, rosettes [ht 7,5 cm] ; l (ne figure pas au Catalogue), boucles [6 cm] ; m (ne figure pas au Catalogue), natte [ht 8 cm] ; n (114b), petit vase cylindrique, scorpions [ht 7,5 cm].

Paléorient, vol. 31/2, p. 123-152 © CNRS ÉDITIONS 2005

132 Le dessin est caractérisé par un effort de stylisation qui prend appui sur une observation attentive de la réalité, de l'environnement, de la vie, du comportement des animaux ; en témoignent ces images de bouquetins humant des fleurs (21 à 34) (fig. 5) ; du guépard reniflant un serpent (84) avant d'engager un combat riche en péripéties (fig. 8), d'un zébu tentant d'encorner un lion superbement indifférent (58) (fig. 7f). Particulièrement réussie est la stylisation du palmierdattier, d'une surprenante modernité, alliant l'élégance natu relle de cet arbre à une interprétation de son mode de reproduct ion souterrain (127, 128) (fig. 4 et PI. II k). A côté du palmier, un arbuste (36), divers feuillus (40), un conifère (?) (34) (fîg. 5d) sont stylisés eux aussi mais d'une manière qui en appelle davantage à l'imagination et au goût de l'ornement ; il devient difficile d'identifier l'espèce (voir p. 135). Pour ce qui est du monde animal, une attention particulière est portée au dessin de chaque partie du corps. La représentation des animaux n'échappe pas toutefois aux conventions de l'époque. Ils sont représentés de profil, debout ou couchés, pattes repliées sous le corps pour les ruminants, antérieures avancées pour le lion. La tête se retourne parfois vers l'arrière (21, 27). Les cornes des zébus sont vues de face ; celles des bouquetins de face ou de profil (18). Lorsque l'animal se déplace, les deux pattes du même côté s'avancent en même temps (alors que seuls l'éléphant et la girafe ont cette démarche naturellement). Autres libertés, le serpent a des oreilles ; la queue des félins se relève en panache sur leur échine dans un mouvement que dicte davantage un souci de remplissage du champ que l'observation de la réalité ; les circonvolutions du corps des serpents vont jusqu'à se confondre avec le motif de la tresse ou du guillochis. L'homme est schématisé, tête de profil, torse de face, les pectoraux soulignés ; les bras sont écartés, les avant-bras levés, la main ouverte ou fermée avec un long pouce éversé. On notera le soin généralement apporté au dessin de la main ; ouverte, les doigts sont allongés, indiqués par trois traits dans l'ovale de la main ; fermée, les doigts sont repliés sur la paume. Exceptionnellement (11) deux doigts seulement sont indiqués (le dessin des mains peut constituer un critère d'ident ification des ateliers). Les personnages sont représentés debout ou assis sur les talons ; lorsqu'ils se déplacent la direc tionde la marche est indiquée par la position des pieds qui sont tournés, comme la tête, dans un sens ou dans l'autre10 ; 10. Cette remarque n'est pas superfétatoire. Il n'est pas rare d'observer sur des pièces de technique, style et thématique dégradés, des personnages dont la tête est tournée dans un sens et les pieds dans l'autre. Ce qui indique pour le moins une perte de contact avec le thème initial ; ou peut mettre en doute l'authenticité de la pièce.

J. PERROT et Y. MADJIDZADEH lorsqu'ils sont immobiles, les pieds sont écartés et tournés dans l'une et l'autre direction. L'artisan ne s'écarte de ces schémas que dans la scène 65 où un homme est représenté tombant d'un arbre la tête la première ; son compagnon baisse le bras gauche. LA COMPOSITION ET SES REGLES L'ornementation des vases montre une tendance à la surcharge avec introduction d'éléments dont la fonction est de remplir les vides de la composition. Le champ peut être ouvert ; plus souvent il est limité, en haut et en bas, par une rainure, un filet, voire une bande plus ou moins large, remplie elle-même par un motif croisillonné. La subdivision du champ en registres et en métopes est exceptionnelle dans la présente collection (70, 73, 75). L'étagement des motifs peut être vu comme indiquant un sens de la profondeur (11, 67, 68) (fig. 10) montré encore par le fait qu'un élément parfois en cache partiellement un autre (62, 65) (fîg. Ile). On notera en 65 l'enchaînement des plans (branche, jambe, corne) Les motifs d'inspiration architecturale sont réservés aux parois verticales. Chaque motif, qu'il soit simple ou formé de plusieurs éléments, peut se présenter isolé ; plus souvent il est répété, monté en série, dans le but de créer un effet de nombre ou, par le rythme de la répétition, un effet décoratif. Un élément peut à lui seul envahir le champ ; c'est le cas général des motifs géométriques ou d'inspiration architecturale ; c'est aussi le cas du scorpion sur un vase cylindrique (112) ; un hommescorpion apparaît sur deux files de sens inversé. De la répéti tion cadencée, en file, d'un même motif animalier on passe, comme par effet miroir, à une disposition antithétique, l'animal étant couché ou debout, immobile ou passant, face à face ou dos à dos ; l'affrontement peut aller jusqu'au combat ; ainsi les lionnes dressées du n° 60 (fîg. 7) ; à plus forte raison lorsqu'il s'agit d'espèces différentes (guépard contre serpent (fig. 8) ; les circonvolutions du serpent permettent alors un rééquilibrage du motif). L'introduction dans un groupe anti thétique d'un élément intermédiaire contribue à stabiliser le groupe ou, au contraire, à le dynamiser en renversant le sens de l'action mais dans le cadre d'une construction pyramidale. À côté de ces motifs contenus, souvent figés, se déroulent quelques scènes de caractère narratif (fig. 11). Les thèmes concernant notamment le lion, le bouquetin, le guépard et le serpent, témoignent souvent d'un sens aigu de la vie, d'une observation attentive du comportement des animaux. Paléorient, vol. 31/2, p. 123-152 © CNRS ÉDITIONS 2005

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Fig. 4 : a et b : paysage typique des environs de Jiroft, palmiers et nappe d 'eau ; photographie et ornementation du vase n°l 10 ; с : arbuste en candélabre (42) ; d : arbuste (40) ; e : « buissons fleuris » (coupe 24) ;f: arbustes et bouquetins (coupe 18).

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Fig. 5 : Bouquetins et « buissons fleuris » sur grandes coupes : a (30) ; b (21) ; с (27) ; d (34).

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L'iconographie des vases et objets en chlorite de Jiroft (Iran) Les motifs de Г ornementation des vases se retrouvent sur les « sacs à main » confirmant ainsi le lien entre les deux caté gories d'objets. Les « sacs à main » montrent une prédilect ion, semble-t-il, pour certains motifs comme le palmier dattier, la porte, les guillochis ; le motif du bouquetin n'appar aît Il est exceptionnel que le même motif se retrouve sur pas. l'une et l'autre face (129) (PI. II h) ; on ne note pas de relation particulière entre les motifs de l'une et de l'autre. LE STYLE Le style se définit en art comme « une manière particulière de traiter la matière et les formes et comme la réunion de cara ctères permettant de classer une œuvre dans un ensemble cons tituant, avec d'autres, un type esthétique » (Le Robert). Les manières de faire des artisans de Jiroft, leurs techniques, les règles qu'ils observent dans le dessin et la composition per mettent, avec le choix des sujets et des thèmes, de reconnaître un style qui leur est propre. Il est clair que les objets de chlor itequi entrent dans ce que nous appelons « la collection de Jiroft » ne sortent pas tous des mêmes mains ni du même atelier ; ils proviennent de cimetières utilisés pendant plus ieurs siècles. Des techniques diverses ont été mises en œuvre notamment pour l'insertion des pierres de couleur ; le relief des figures est plus ou moins subtil, le dessin plus ou moins ferme, la composition plus ou moins maîtrisée : mais les thèmes sont les mêmes. Il y a unité de la pensée symbolique et c'est à bon droit que l'on peut parler d'un « style de Jiroft ». Dans ses meilleurs exemples, la production de Jiroft, par ses modes de composition, son souci de l'équilibre et de l'harmon ie, facture, ses lignes et ses courbes tracées d'un geste sa aisé, ses surfaces lisses ou délicatement modelées, est suscept ible créer une émotion esthétique, un sentiment de plaisir de et peut-être de beauté.

135 vase 110 (palmiers au bord d'une onde) pourrait être la traduction moderne d'un paysage actuel (fîg. 4b). La repré sentation du monde végétal est dominée par l'image du palmier dattier portant fruits (39, 111, 127, 128); il se présente souvent sous la forme de trois arbres reliés par leurs racines (le palmier se reproduit par rhizomes) (PI. II k). Martine Rossignol-Strick considère comme des rejets de palmiers les jaillissements végétaux sans tronc central qui ornent les grandes coupes, tout en remarquant que les « fleurs » qui terminent ces palmes ne sont pas celles du palmier ; ce sont de grandes rosettes formées de 3, 4 ou 5 lobes pointus autour d'un petit cercle ; un grand cercle en enferme 6 petits11 (34) (fig. 5d). On trouve aussi dans le répertoire de Jiroft un arbuste branchu à petites feuilles sagittées régulièrement espacées (36 a, b) (PI. IV a-b) ; et encore un feuillu à tronc lisse, sans racines en bouquet à la base, dont les ramifications opposées élèvent « en candélabre » leur pointe au niveau de la terminaison axiale (fig. 4 c-d) ; ailleurs les rameaux, alternes ou opposés, diminuent de longueur de la base au sommet du tronc. A l'évidence, des libertés sont prises avec les modèles que peut offrir une végétation de steppe arborée qui comprend probablement pistachiers et amandiers et, à l'échelon montagnard, des genévriers ; et peut-être un résineux (34) (fig. 5d). La faune est représentée principalement par le zébu, le bouquetin, le lion, le guépard, l'aigle, le scorpion et le serpent. La présence d'autres espèces est exceptionnelle. Le zébu (fig. 6) est montré de profil, debout (13-45) ou couché sur ses pattes repliées sous lui (51, 53) ; ce qui frappe dans la silhouette de l'animal c'est l'importance caricaturale de la bosse qu'il porte au-dessus du garrot. Le dessin de la tête témoigne d'une grande attention ; sous les hautes cornes en croissants de lune opposés, l'ovale de l'oeil, incrusté, est renforcé par le contour de l'arcade sourcilière. Les naseaux, la bouche, les longues oreilles sont indiquées. La toison, plus fournie sur les fanons, le garrot et la bosse, est traduite par des rangées d'incisions en lunules ou triangulaires (13, 53, 58, 65). La queue qui descend jusqu'au sol se termine par une touffe de poils ; d'autres touffes de poils tortillonent à hauteur des jarrets. Le dessin des pattes fait l'objet d'un soin particul ier, contour en crosse de l'épaule jusqu'au pied, sabot et du ergot sont détachés. En plusieurs cas (13, 45, 53, 125), un flot de lignes parallèles s'échappe du front de l'animal entre les cornes, ondule au dessus de son échine et s'enroule au dessus 1 1 . Pour Martine Rossignol-Strick ce dernier dessin pourrait représenter un régime de dattes ; ROSSIGNOL-STRICK, 2003.

LE RÉPERTOIRE GRAPHIQUE MOTIFS TIRÉS DU MILIEU NATUREL Des empilements de cônes (13) évoquent l'horizon monta gneux de la vallée du Halil Roud. Des lignes ondulées s'achevant en tourbillons (45, 53, 125), des lignes brisées verticales, en zig zag (70-73) peuvent être interprétées comme représent ant eaux courantes, des cascades. L'ornementation du des Paléorient, vol. 31/2, p. 123-152 © CNRS ÉDITIONS 2005

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Fig. 6 : Zébus, a : détail de l'ornementation du haut vase tronconique n°13 ; b : file de zébus conduits par un homme ; « terrine » à parois concaves n °45 ; с : zébus (?) couchés (vase cylindrique 53) ; d : zébu (?) couché (vase cylindrique 51).

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L'iconographie des vases et objets en chlorite de Jiroft (Iran) de la croupe. Ce « flot » se prolonge parfois en boucle sous le menton (45) ou descend jusqu'à terre (125). Le « bouquetin » (fig. 4-5) occupe une place de choix dans l'ornementation des coupes (18 à 32). L'animal est montré aux divers âges de la vie, mâle ou femelle, passant ou broutant ; jeunes et vieux sont souvent représentés couchés (18, 24, 49) ; les grandes cornes annelées des plus âgés sont alors représentées de face sur une tête de profil (18, 49) ; leur courbe est rythmée par de petits traits transversaux, droits ou en chevrons (PI. I c, d, e). Des variantes dans le dessin des cornes suggèrent des espèces différentes (comme le mouflon aux cornes enroulées de part et d'autre de la tête (figurine 134) et l'oryx, aux larges cornes droites et pointues (21) (fig. 5b)) ; cette attribution toutefois n'est pas retenue par Pierre Ducos. Le bouquetin apparaît souvent dressé sur ses pattes de derrière, humant une fleur ou cherchant à atteindre les feuilles les plus tendres d'un arbrisseau. Une patte antérieure est levée, droite ou repliée (27-34) (fig. 5 c-d). L'image du lion est plus floue (fig. 7) ; le traitement des pattes et des griffes est souvent sommaire. Le mâle porte une épaisse crinière qui s'étend sur le poitrail et le ventre ; la queue de l'animal se termine chez l'adulte par une touffe de poils ; les organes génitaux extra abdominaux sont repré sentés. Chez la lionne et les lionceaux l'indication du pelage se limite à une sorte de collerette, traduite par l'insertion de pierres de couleur (57) et par le dessin de chevrons emboîtés ou de carrés croisillonés (62) (fig. 7 с, е). L'autre félin représenté, souvent qualifié de panthère, est plus vraisemblablement un guépard12 (11, 15 et 76 à 91) (fig. 8 et PI. I a, b, f, h), ce que suggèrent sa silhouette, sa petite tête ronde, son pelage ocellé et, surtout, son comporte ment, avec soin, notamment lorsqu'il combat le serpent. noté Dans ses rapports avec l'homme, l'attitude de l'animal est de subordination ; il se soumet, gueule fermée et parfois tête détournée, à la commande de son dompteur qui, sans le toucher, le fait se dresser sur ses antérieurs (fig. llf et 12j). Le serpent (fig. 8, 9 et PI. I f, n) est sans doute l'animal le plus souvent représenté à Jiroft, où plusieurs espèces paraissent avoir servi de modèles. D'une part un long serpent dont les circonvolutions fournissent d'innombrables variations décoratives ; d'autre part, ce qui pourrait être un crotale ou « serpent à sonnette » dont la pièce 109, en ronde bosse, donne 12. On évitera en tout cas l'appellation de « léopard » qui désigne la pan thère d'Afrique (P. panthera), comme celle de «jaguar» (P. oncà) désigne celle d'Amérique. Le guépard n'appartient pas au genre Panthera (qui est aussi celui du lion {P. led), mais au genre Acinonyx (A.jubatus) qui se distingue par une remarquable adaptation à la course et par quatre griffes non rétractiles. Paléorient, vol. 31/2, p. 123-152 © CNRS ÉDITIONS 2005

137 une image réaliste : tête lourde, mufle large, cou épais sur un corps ramassé et queue à cornets. La tête a été stylisée vue par dessus (108)13 mais elle est plus souvent montrée de profil, gueule ouverte et menaçante. On notera l'absence de crochets buccaux14 Les « oreilles » sont indiquées par deux virgules inversées. Le mouchetage de la peau est rendu par des incrusta tions forme ovale ; elles peuvent être séparées par une ligne de médiane sur toute la longueur du corps (105). La tête du reptile 109 porte une incrustation en forme de triangles opposés par la pointe. Dans le cas des « sacs à main », où des serpents enlacés sont traités en ronde bosse (123, 124), les écailles de la peau sont représentées par de petites entailles triangulaires (PI. II j). Pour l'image du scorpion (fig. 11 f ; PI. III с et IV n), les artisans de Jiroft n'avaient sans doute pas à chercher très loin un modèle. Ils l'ont observé avec soin. Au naturel la tête du scorpion se confond avec le thorax d'où sortent en avant deux appendices terminés par des pinces ; l'abdomen comprend sept anneaux et la queue six articles dont le dernier porte un aiguillon acéré et venimeux. L'animal possède quatre fines pattes de chaque côté du corps ; les contraintes du matériau ont conduit l'artisan à regrouper ces pattes en une sorte « d'aileron » mais on ne saurait parler de « scorpion ailé » (trois pattes seulement sont individualisées sur la pièce 36b où le motif, incisé, a été rempli d'une pâte de couleur). L'aspect du corps chitineux de l'animal a été rendu par des lignes inci sées soulignant les formes du corps et, pour le post-abdomen, par des lignes en chevrons ou hachures contrariées, selon une manière particulière à Jiroft. Lorsque la figure du scorpion est associée à celle de l'homme, ou lorsqu'elle devient « table de jeu », les articles de la queue sont traités différemment, par éléments circulaires distincts (126, 135, 136). Un aigle de grande taille et un petit rapace (fig. 9 a et pi. III a, b) sont représentés parfois ensemble sur le même support ; ainsi sur le « sac à main » 126 (PI. II f). Le grand aigle (92, 95, 97, 126) est de face, ailes éployées, queue en éventail ; la tête est de profil, l'œil rond, incrusté ; une barbi chette souligne un bec crochu. Les différents aspects du plumage sont rendus par des incrustations de formes diverses ; en amande ou géométriques pour la collerette, allongées pour les plumes des ailes et de la queue, losangées ou par petites entailles pour le reste du corps. Les serres sont refermées sur le corps des serpents. Le grand aigle donne aussi sa forme à des « tables de jeu » (PI. III) ; l'oiseau est 13. Ce qui est également le cas sur une jarre du Musée du Louvre pour des serpents entrelacés formant motif intermédiaire. 14. Chez certaines espèces les crochets sont rétractiles.

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Fig. 7 : Lions, a : lion rugissant protégeant sa proie (37) ; b : lions au repos sous palmiers (39) ; с : lionceau et scorpion (57) ; d : lionnes (?) combattant (60) et petit rapace piquant vers leur proie ; e : lion morigénant ses lionceaux (62) ;f: zébus tentant d'encorner des lions ; renards et petits rapaces dans le champ (58).

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Fig. 8 : Guépards et serpents combattant. 1) Sur petits vases cylindriques (a, b, c) ; a et b : l'approche (82 et 84) ; с : contact (78) ; 2) Sur hauts vases tronconiques (d-j) ; d : deux guépards contre un long serpent (87) ; e-f: serpent enveloppant un guépard (86, 80) ; g : guépards contre serpents entrelacés (89) ; h : guépard, serpent et cadavre d'un petit bovidé (91) ;j : guépard contre serpent (76).

Fig. 9 : Aigles et serpents, a : sur haut vase tronconique (92) deux aigles aux prises avec deux serpents ; b : serpents entrelacés (99) ; с : sur petite jarre globulaire (98) ; d : serpents entrelacés tête-bêche et affrontés de part et d'autre d'un bucrâne (101) ; e: serpents entrelacés tête bêche (104).

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Fig. 10 : Motifs d'inspiration architecturale. Sur vases cylindriques, a et b : mur d'enceinte percé déportes et grandes habitations avec portes etfenêtres (67 et 68) ; с : «plateforme à degré » surmontée d'une corne (70) ; d : le motif de la porte (72a). alors au repos, ailes et queue repliées (130, 133). Le petit rapace, de forme ramassée, est représenté le plus souvent en vol (37, 60) ou piquant vers le sol (34, 58) (fig. 5d) vers le cadavre de quelque bête à cornes (60) qui est la proie du lion ; sur le vase 62, il est posé, ailes repliées, sur le dos d'un lion («g. 7e). Sur le vase 58 apparaît, en remplissage, un petit quadru pède longue queue touffue et aux oreilles pointues, proba à blement un renard (fig. 7f). Le fond d'un plat circulaire15 est orné de 11 poissons représentés par des incrustations de nacre ; quatre serpents, dont les corps s'entrelacent sur la paroi extérieure, posent leur tête à plat sur le rebord. n° 20). Hors « collection » mais provenant de Jiroft (Drouot, 19 oct. 2003, 15. Parmi les figurines animales en chlorite ou en marbre rose que compte la « collection de Jiroft » on peut reconnaître, outre les espèces que l'on vient de décrire, une tortue (149 b, c) et peut-être un singe (147). L'HOMME L'homme (fig. 11) est figuré de la même manière schémat ique debout, immobile ou passant (13), soit assis sur les soit talons (13, 15). La tête, de profil, présente un front bombé, un œil ovale, incrusté, iris pointé ; le nez est proéminent, la bouche charnue, le menton rond, imberbe. La chevelure, abondante, retombe en arrière jusqu'aux reins ; elle est indiquée soit par des lignes ondulées (13) (fig. lia) soit traitée

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Fig. 1 1 : Hommes, a : sur haut vase tronconique (13) dans un paysage de montagnes et d 'eaux tourbillonnantes, deux hommes ; l 'un assis sur les talons, retient par leurfanon deux grands zébus ; en arrière plan un homme debout, flanqué de motifs astraux, lève les bras vers une arche ; b : un homme portant parure étrangle deux longs serpents (d 'après catalogue Drouot, février 2003) ; с : sur un petit vase cylindrique (4 7) deux hommes assis face à faceflanqués de deux zébus, se tiennent par une main et de l 'autre élèvent un gobelet ; d : sur un vase piriforme à col évasé (54) la tête d'une femme (si l'on en juge par sa coiffure en chignon) émerge d'une grande jarre qui est flanquée de serpents entrelacés ; e : sur un petit vase tronconique (65) un homme regarde son compagnon chuter d 'un arbre au pied duquel est attaché un zébu mécontent ;f: « homme aux pieds griffus » et « homme-taureau » chacun domptant deux guépards ; au centre un scorpion.

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142 en masse par hachures contrariées (47) ; les deux procédés peuvent être combinés (15) (fig. 12 e, f, j) (chez la femme, les cheveux sont ramassés en une sorte de chignon attaché der rière la tête (54)). Le torse est montré de face, pectoraux soulignés. Les bras sont écartés, avant-bras levés (13, 45). Les mains, ouvertes ou fermées, sont traitées avec un soin particulier : pouce en dehors, éversé (15, 126), doigts allongés ou repliés sur la paume. Les pieds sont légèrement arqués, la pointe relevée « à la poulaine ». L'homme de Jiroft n'est jamais nu ; il porte une jupette (11, 13, 45, 47, 60) serrée à la taille par une ceinture faite du même matériau que la jupe et portant comme elle de petites entailles triangulaires (13, 45) (fig. 6 a, b) ou des incrustations circulaires (47) (fig. 11 с) ; (il pourrait s'agir alors d'une peau de guépard). La jupe peut aussi être à plis avec une ceinture à baguettes verticales (11, 15)(fig.llfetl2j). L'homme se trouve habituellement en compagnie de zébus (figs 6 et 11). Sur le haut vase tronconique n° 13, il est assis sur les talons tenant par les fanons deux grands zébus ; dans le même cadre, en relation (?) avec cette scène, un autre homme se tient debout, flanqué de motifs astraux, les bras levés vers une arche. Ailleurs un homme paraît guider un troupeau de zébus (fig. 6b). Sur un petit vase cylindrique (47), deux hommes assis face à face entre deux zébus dont le sexe n'est pas indiqué se tiennent par une main et, de l'autre, élèvent un gobelet (fig. Ile) ; sur le petit vase tronconique 65, dans une scène d'exécution maladroite, un homme debout regarde son compagnon chuter d'un arbre au pied duquel est attaché un zébu mécontent (fig. lie). Lorsqu'il approche d'animaux potentiellement dangereux, comme le guépard ou le serpent, l'homme porte une parure dont on peut supposer qu'elle a une vertu prophylactique ; cette parure se compose de bracelets, en nombre divers, d'un collier à médaillon (incrusté d'une pierre semi-précieuse qui peut avoir ellemême un pouvoir particulier) et d'un bandeau frontal chargé de pierreries, comme on peut le voir dans le cas de l'hommescorpion (135) (pi. Ille). Le plus souvent, par manque de place, la représentation de ces divers éléments se réduit à l'incrustation d'une seule pierre. L'homme ainsi paré dompte des guépards qui paraissent de bonne composition ; ou bien il cherche à étrangler des serpents menaçants. La même parure est portée aussi par des personnages hybrides (15) (fig. 12 e-f). La partie inférieure du corps est celle d'un animal. On trouve ainsi un homme aux pieds grif fus (11, 15), un homme-taureau (11), un homme-lion (15), un homme-guépard (15) et un homme-scorpion (15, 112, 135). Le personnage aux pieds griffus sous une jupe à plis

J. PERROT et Y. MADHDZADEH (15) (fig. 12 e), est debout, immobile, pieds et bras écartés, tête tournée vers la droite de l'observateur ; il étrangle deux serpents qui détournent leur tête de la sienne. Sur la coupe 1 1 (PI. I a) le même personnage, dans la même attitude, paraît jouer avec deux guépards bonnasses, gueule fermée. Sur la même coupe (PI. I b), un homme-taureau, passant vers sa gauche, fait se dresser de même deux guépards. La partie inférieure du corps du personnage, au dessous d'une large ceinture à baguettes verticales, est celle d'un animal, proba blement d'un zébu ; le dessin des pieds toutefois, avec anneaux et brides décoratives, ne correspond pas à celui du pied des zébus des autres vases. L'homme-lion, en revanche, avec sa longue queue à touffe de poils et ses pieds griffus (15) (fig. 12f) est aisément identifiable ; on le distingue de Г homme-guépard dont la queue est lisse et dont la partie inférieure du corps porte des incrustations circulaires (fig. 12g). L'homme-guépard étrangle de longs serpents ; l'homme-lion renverse deux hommes-scorpion qu'il tient fe rmement à la naissance de la queue (15) (fig. 12f). Les pattes de ces hommes-scorpion sont masquées par leur chevelure. Leur queue est traitée par segments circulaires, en nombre variable, de 3 à 6 (15, 1 12, 126, 135). Sur le « sac à mains » 126 (PI. II g), deux hommes-scorpion face à face portent deux hautes cornes en croissants opposés au lieu du bandeau frontal : leur chevelure se confond avec des lignes ondulées qui enveloppent les corps et s'achèvent en rouleaux, créant l'impression que les deux personnages « nagent » à contrecourant. Les mains, grandes ouvertes, pouce éversé et doigts allongés, sont d'un dessin soigné. L'homme-scorpion donne encore sa forme à une « table de jeu » à 16 cases (135), 8 au lieu de 12 dans l'axe du corps et de la queue et 4 cases dans chacun des bras et pectoraux (PI. III e). MOTIFS INSPIRÉS PAR L'ARCHITECTURE Le répertoire iconographique de Jiroft est marqué aussi par la présence d'éléments tirés de l'image de grandes cons tructions ou inspirés par leurs matériaux (fig. 10). L'ornement ation de quelques vases cylindriques d'importante dimension (67, 68) est suggestive de paysages urbains avec habitations à étage en arrière d'un grand mur d'enceinte à niches à redans surmontées d'une structure de décharge triangulaire ; ce mur est percé de portes monumentales à linteau incurvé. Ces portes qui, isolées, ont souvent été décrites comme étant des huttes, sont associées aussi à des motifs à degrés, surmontés d'un trait vertical. Nombre de motifs géométriques mis en Paléonent, vol. 31/2, p. 123-152 © CNRS ÉDITIONS 2005

L'iconographie des vases et objets en chlorite de Jiroft (Iran)

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Fig. 12 : a .-fragment de la figure centrale d'un « sac à main » (Tépé Yahya IVB) comparable à (b) provenant peut-être de Bactriane (Drouot, 2003) ; с : « hache » ornée sur chaque face d'un aigle aux ailes déployées (Tépé Yahya IVB) ; d : « table de jeu ». Inédit (Centre de recherche archéologique de Téhéran) ; e : personnage « aux pieds griffus » étranglant deux serpents (sur petit vase cylindrique n °15) ; sur le même support (j) homme portant parure, assis sur les talons, maîtrisant deux guépards et (f) homme-lion terrassant deux hommes-scorpion ; g : sur un «sac à main » un homme guépard étrangle deux serpents (Drouot, le 26 juin 2003, n°II3) ; h : sur vase cylindrique (112) deux files d'hommes-scorpion en sens inversé.

Paléorient, vol. 31/2, p. 123-152 © CNRS ÉDITIONS 2005

144 œuvre à Jiroft (brique, claustra, croisillons, chevrons, etc. et surtout le motif de la « porte à linteau incurvé ») sont d'inspi rationarchitecturale. LES THEMES PRINCIPAUX Hors les motifs géométriques ou ceux tirés de l'architec ture monde végétal, les thèmes font largement appel au et du monde animal : files de zébus, de lions ou de scorpions, chaque animal associé à un élément tiré de son milieu biolo gique pour remplir les vides de la composition ; affrontements de félins ; combats d'animaux d'espèces différentes (guépard et aigle contre serpents). Le thème du petit rapace piquant vers une charogne est régulièrement associé à la représentation du lion et de sa proie ; le même tableau accueille aussi le palmier. L'homme apparaît dans de petites scènes narratives où il est en compagnie de zébus. Lorsqu'il approche guépards et serpents, il évoque le vieux thème dit « du maître des animaux », connu de la glyptique susienne depuis la fin du Ve millénaire. Dans cette posture médiane, qui est aussi celle de l'aigle enserrant les serpents, l'homme est « héroïsé » par l'appropriation d'éléments empruntés au monde animal ; ces éléments n'affectent que la partie inférieure de son corps ; aucun de ces personnages n'a tête animale ; la nature humaine prédomine. Sans entrer ici dans une étude comparative de la thémat iqueavec celle des régions voisines, on peut déjà dire de l'inventaire des thèmes de Jiroft qu'il est relativement bref. À la différence de ce que l'on observe dans l'iconographie de la glyptique mésopotamienne et susienne au tournant du IVe au IIIe millénaire on ne trouve à Jiroft aucune référence directe aux divers aspects de la vie quotidienne ; ni à la chasse, ni à la guerre, ni à aucune manifestation cultuelle ou religieuse. L'homme y est rare en dehors du thème dit du « maître des animaux ». Tout au plus pourrait-on estimer que quelques scènes narratives lèvent un coin du voile sur les activités journalières : les thèmes architecturaux évoquent l'habitat, la défense, une organisation administrative et politique ; de par leur fonction probable, les « sacs à main » témoignent d'une activité cérémonielle ; le caractère divinatoire des jeux de parcours en milieu funéraire incite à une réflexion. Dans leur ensemble les thèmes sont simples et limpides ; à l'exception peut-être de celui de l'homme-lion renversant les hommesscorpion ; et aussi du spectacle de cet homme debout dans un décor de montagnes et d'eaux courantes levant les bras vers une arche. COMMENTAIRES

J. PERROT et Y. MADJIDZADEH

Une première analyse de l'ensemble des éléments figurés permet d'ordonner un classement selon les emprunts faits d'une part au monde extérieur, aux paysages, au monde animal, à l'homme ; d'autre part au monde intérieur, à l'imagination ; encore qu'il soit difficile de distinguer dans notre perception de la « réalité » ce qui relève du sensible ou de l'imaginaire. LES PAYSAGES Les hautes montagnes qui bordent, au nord, la dépression du Djazmourian sont évoquées par des empilements de cônes (13) (fig. lia) ; les eaux courantes et les cascades de la haute vallée du Halil Roud peuvent être à l'origine des flots de lignes ondulées ou tourbillonnantes16. Le paysage actuel de la plaine alluviale avec ses flaques d'eau et ses palmeraies est traduit fidèlement (1 12) (fig. 4 a, b). Les motifs d'inspiration architecturale reflètent sans doute une tradition régionale ancienne. Le motif ornemental à degrés surmonté d'une « corne » évoque la silhouette des hautes terrasses que semblent avoir connu de bonne heure le plateau iranien et ses marges orientales17. La Susiane elle-même en avait fourni le prototype à Suse au début du IVe millénaire ; la fouille de Konar Sandal en apporte un nouvel exemple18. Le triangle au haut des niches qui rythment les hauts murs pourrait être l'interprétation d'un arc de décharge. La brique crue est le matériau principal avec le bois de palmier qui sert à l'encadre ment portes et des fenêtres. Dans le motif de la porte à des linteau incurvé le bois plie sous la charge qui le surmonte. 16. FOUACHE, 2004. « Dans le bassin de Jiroft l'eau ne s'écoule à la surface de manière pérenne que dans quelques chenaux de l'Halil Roud, et ce régulièr ementhiver. L'eau est pourtant présente en grande quantité, mais elle s'écoule en dans la nappe alluviale à proximité de la surface, localement à moins de 2 mètres, tant la recharge des nappes est assurée en abondance par les apports venus des versants amonts, notamment sous la forme d'eau de fonte des neiges hivernales. La nappe alluviale, mise naturellement sous pression, jusqu'à 8 bars, engendre des puits artésiens, qui jaillissaient naturellement dans la plaine à mi-distance entre Jiroft et Konar Sandal ». {Rapport d'une mission géomorphologique à Jiroft en janvier-février 2004) et FOU ACHE et al., ce volume. 17. Pour ce qui est des hautes terrasses voir HUOT, 2004 : 203 et VALLAT, 2003 92-95. 18. Nous avons été tenté d'abord de rapprocher les motifs de Jiroft évo quant des constructions monumentales des vastes édifices de brique crue mis au jour à Konar Sandal depuis 2002. Il apparaît cependant que la première pro duction des vases en chlorite pourrait être plus ancienne, en relation avec les tépés sur lesquels ont été élevés la « citadelle » et la « plate forme » à degré de Konar Sandal. : Paléorient, vol. 31/2, p. 123-152 © CNRS ÉDITIONS 2005

L'iconographie des vases et objets en chlorite de Jiroft (Iran) Les espèces végétales qui apparaissent ici sont d'autant plus intéressantes à signaler que les plantes au début du IIIe millénaire ne tiennent pas une place importante dans l'orne mentation. Leur stylisation ne permet guère de les identifier mais on notera qu'elles sont assez nombreuses et variées. Parmi elles les « buissons fleuris » qui paraissent attirer l'attention des bouquetins. Ces buissons ont un particulier intérêt en ce sens qu'ils apportent peut-être une réponse à une question concernant les produits ayant pu faire l'objet d'une exportation de Jiroft, dans le cadre des échanges interrégionaux. L'image composite qui nous est proposée de cette plante, combinée à l'attirance qu'elle paraît exercer sur les bouquetins, évoque une situation souvent commentée dans l'antiquité à propos du silphiwn19, plante aromatique que l'on disputait aux moutons pour sa résine ou son huile aux vertus médicinales ou autres. Une ombellifère comparable (Ferula foetida) est encore recherchée aujourd'hui en Inde pour ses vertus culinaires et aphrodisiaques ; cette plante, qui demande un terrain sec, est bien connue sur le plateau irano-afghan20. On pourrait donc envisager la production dans la région de Jiroft de résines, gommes ou huiles aromatiques, ou peut-être même d'hallucinogènes, susceptibles d'une exporta tion régulière vers les régions basses du golfe Persique et de la Mésopotamie qui ignorent ces plantes. LE MONDE ANIMAL II est représenté par le zébu, par le bouquetin (peut-être aussi par le mouflon (134)), par le lion et le guépard, par l'aigle et par un petit rapace, par le scorpion et le serpent et, de manière tout à fait occasionnelle par d'autres espèces dont le renard, le singe (147), la tortue et des poissons. Le zébu est réputé originaire de l'Inde (B. indiens) ; sur les murs de Persépolis, il est apporté en tribut par la délégation du Gandhara (NO de l'Inde, Pakistan, Afghanistan) ; il tient une place importante dans l'iconographie harappéenne, notamment dans le domaine de la glyptique21. Le zébu a pour biotope les 19. AMIGUES, 2004. 20. ROSSIGNOL-STRICK, comm. pers. 21. Il n'est pas domestiqué à Konar Sandal où l'on ne connaît parmi le bétail qu'un bœuf descendant de l'auroch (B. primigenius). Je remercie Marjan Mashkour d'avoir appelé notre attention sur ce point et sur l'article d'Olivier Casabonne, « Bufles et zébus au Proche-Orient ancien ». La présence du zébu à Jiroft sur le plateau iranien au IIIe millénaire n'implique pas nécessairement des contacts avec la vallée de l'Indus. La distribution de l'animal en Asie du sud-ouest semble très ancienne. Une figurine en terre crue durcie représentant clairement un bœuf à bosse a été trouvée dans la haute vallée du Jourdain, dans des couches du VIIIe millénaire (Jean Perrot, Fouille de Munhata). En Egypte, le zébu n'apparaît pas avant la XVIIIe dynastie. Paléorient, vol. 31/2, p. 123-152 © CNRS EDITIONS 2005

145 pays chauds et secs ; il peut résister longtemps à la privation d'eau ; son fanon sous la gorge et ses longues oreilles lui assu rent une plus forte déperdition thermique. La masse muscul aire graisseuse qu'il porte au dessus du garrot devient molle et flasque à la fin de la saison sèche ; elle peut prendre de grandes proportions à la fin de la saison humide. Cette bosse n'est pas spécifique au zébu ; elle n'est pas davantage un résultat de la domestication. Ce qui intrigue à Jiroft c'est que l'animal y est associé à la présence de l'eau (si tant est que le « flot » qui paraît sortir de son front représente bien de l'eau). Le zébu est le seul animal du répertoire que l'on trouve en compagnie de l'homme (fîg. 6 et 12) ; il est alors tenu en mains (13), gardé (45), voire attaché (65), toutes situations qui pourraient être interprétées comme relevant d'une tentative de domestication. Libre, l'animal n'hésite pas à encorner un lion ! (58). Le bœuf à bosse est représenté par ailleurs à Jiroft (51) porteur d'une corne unique, puissante, qui s'élève droite sur son front, barrée de stries profondes (PI. IV a, b). Il ne s'agit pas d'une gaucherie de l'artisan : le motif est répété ; l'espace resté libre au flanc du vase est rempli par un arbuste branchu et feuillu. Un bovidé unicorne est connu dans la glyp tique harappéenne, mais il s'agit du bœuf commun et non d'un zébu22. Le « bouquetin »23 (fîg. 5) n'est pas l'ancêtre de la chèvre domestique ni le mouflon celui du bélier. Les caprins et ovins représentés à Jiroft sont des animaux sauvages. L'image du bouquetin aux longues cornes recourbées en arrière est ancienne en Iran ; elle tient une place importante à Suse dans le décor de la poterie peinte de la fin du Ve et du début du IVe millénaire ; l'intérêt porté à cet animal montagnard, bien connu pour son agilité, pourrait être lié à quelque réminis cence totémique. Sa présence exclusive dans l'ornementation des grandes coupes, à probable usage cérémoniel funéraire, offre un spectacle d'ordre et de paix propre à apaiser les angoisses du passage vers le monde des ancêtres. Le lion (fîg. 7) est représenté dans son cadre naturel, soit couché à l'ombre d'un palmier, soit debout, souverain (37), morigénant sa progéniture (62) ou défendant l'approche de sa proie (un jeune animal renversé sur le dos, ovin ou bovin, à en juger par la disposition des cornes) vers laquelle pique un petit rapace ; commensal habituel du lion cet oiseau pousse 22. On connaît aussi dans la vallée de l'Indus, à Chanhudaro, des figu rines d'un bovin en terre cuite porteur d'une corne unique ; mais on notera que les jambes de l'animal - un bœuf commun - sont soudées et qu'il pourrait en être de même des cornes. 23. Pour conserver un nom vernaculaire en usage dans l'histoire de l'art oriental.

146 même la familiarité jusqu'à se poser sur la croupe du fauve (62) (fig. 7e). À la différence du lion dont il se distingue par le pelage et surtout par le comportement, le guépard (fig. 8) a toujours joui dans l'antiquité d'une grande admiration pour sa grâce et surtout pour sa vitesse légendaire. Il est capable d'atteindre voire de dépasser les 100 km à l'heure (l'animal vit encore en liberté en Iran dans la réserve naturelle du Dare Anjir). Il est potentiellement dangereux et l'homme ne s'en approche que sous la protection d'une parure magique. La relation toutefois paraît ici positive ; l'animal se range au côté de l'homme dans sa lutte contre le serpent. Autre allié de l'homme contre le reptile, le grand aigle (fig. 9a) qui, du haut du ciel voit tout et tombe sur sa proie comme l'éclair ; ses serres puissantes se referment sur le corps des serpents dans un combat dont l'issue ne paraît pas douteuse. La forme de l'aigle au repos, ailes repliées, répond aussi à la structure du « jeu des vingt cases » ; 12 cases axiales flanquées de 4 cases dans chacune des ailes (130, 131). L'image du serpent (fig. 8 et 9) n'est menaçante que lorsque la tête est représentée de profil, gueule ouverte ; cette gueule est parfois peinte en rouge ; la langue est souvent indi quée mais non les crochets. Le serpent menace mais ne mord pas. La recherche d'un effet décoratif est évidente dans les entrelacs et circonvolutions des corps, le motif évoluant vers le guillochis ; l'image du reptile tend à s'effacer dans la dél imitation des cases des « tables de jeu ». Le scorpion n'est jamais menaçant. Il est seul (1 1), ou en file simple (114), ou en files superposées de sens inversé (114) ; il grouille parfois en masse confuse à la surface d'un vase (114) (PI. IV n) ; sa forme s'accommode de celle du dispositif des tables de jeu (PI. III)24. Toutes les espèces répertoriées vivaient sans doute alors dans la région de Jiroft (elles pourraient encore y vivre aujourd'hui, les conditions climatiques générales demeurant proches de ce qu'elles étaient au Moyen-Orient depuis le début du IVe millénaire). Cependant toutes les espèces vivantes n'ont pas été représentées ; à commencer par les espèces domestiques comme le mouton, la chèvre et le bœuf dont la présence est bien attestée dans le matériel osseux mis au jour à Konar Sandal25 ; le bétail devait tenir une place importante dans l'économie. La sélection a donc porté sur les 24. Ce qui n'est pas le cas du zébu, du bouquetin, du lion ou du guépard. 25. Communication personnelle de Marjan Mashkour en charge de l'étude du matériel osseux de Konar Sandal.

J. PERROT et Y. MADHDZADEH seules espèces sauvages ; et seules ont été retenues celles qui disposent de moyens naturels de défense ou d'attaque ; tels que cornes, becs, griffes, serres ou crochets. Le comportement de ces animaux a lui aussi été pris en compte. L'homme a été sensible à des comportements, à des traits de caractère. Il a été frappé par la majesté du lion, la rapidité du guépard, la puis sance du zébu, l'agilité du bouquetin, l'acuité visuelle de l'aigle ; pour ce qui est du scorpion il a pu reconnaître comme vertu son extrême sobriété. L'IMAGINAIRE L'homme a toujours cherché à s'approprier de manière symbolique des traits qu'il considérait positifs tant pour sa défense et sa sécurité que pour satisfaire ce désir très humain de donner à son existence une dimension héroïque, transcen dante. forces négatives, celles qui s'opposent à son Les pouvoir, sont ici symbolisées par le seul serpent contre lequel il lutte avec pour alliés, parmi les animaux, l'aigle et le guépard. Lui-même approche l'adversaire sous la protection d'une parure magique (parure qui protège aussi le personnage hybride muni des griffes du lion ou du guépard). Une relation plus étroite de l'homme avec l'aigle ne semble pas encore envisagée ; l'image d'un personnage ailé n'apparaîtra dans la région (Tepe Yahya IVB) que dans le dernier tiers du IIIe millénaire. Autres emprunts à l'imaginaire : le zébu unicorne (36) qui indique une possible connivence entre le monde de Jiroft et celui de la vallée de Г Indus ; l'aigle à deux têtes (133) selon une formule répondant peut-être à un souci d'équilibre avant d'être la manifestation d'un symbolisme dont on connaît la fortune à venir. Deux images par ailleurs nous interpellent ; celle de l 'homme-lion terrassant deux hommes-scorpion (15) et celle de cet homme seul (13) en simple appareil, bras levés supportant une « arche » dont le possible symbolisme pourrait résumer le sens profond de l'iconographie de Jiroft : la recherche d'un ordre de l'homme sur celui des choses26. Dans son ensemble, le répertoire iconographique de Jiroft révèle objectivement une idéologie d'affrontement et de domination. Les images sont tirées du monde extérieur et principalement du monde animal ; elles ont été filtrées par la sensibilité et l'imaginaire collectif: leur signification profonde, leur symbolisme, reste à découvrir. 26. PERROT, « À travers l'iconographie des vases et objets en chlorite de Jiroft (Iran) », en prép. Paléonent, vol. 31/2, p. 123-152 © CNRS ÉDITIONS 2005

L'iconographie des vases et objets en chlorite de Jiroft (Iran) EVOLUTION ET DIFFUSION Depuis la découverte des vases et objets en chlorite de la région de Jiroft, en 2001, d'autres pièces ornées ont fait leur apparition en Iran et sur le marché international des antiquités. La provenance de ces pièces n'est pas plus précise que celle des objets catalogués par Y. Madjidzadeh ; l'authenticité de certaines, de pauvre qualité technique et stylistique, a même pu paraître contestable27. L'élargissement de notre document ationcependant pour effet de montrer que le « catalogue a Madjidzadeh » comprend nombre de pièces pouvant passer comme correspondant à l'épanouissement du style de Jiroft, à une phase « classique » de son développement avant d'entrer dans une phase de déclin, d'ordre technique, stylistique et thématique, au fur et à mesure que dans l'espace et dans le temps on s'éloigne du foyer principal - la région de Jiroft. La validité d'un classement chronologique sur des bases stylist iques va certes pas sans réserves en l'absence d'indications ne stratigraphiques et de tout contexte archéologique. Les données en Iran demeurent très insuffisantes. Elles ne le sont guère moins, à vrai dire, en Mésopotamie, où les fouilles sont anciennes et où les divisions chronologiques du IIIe millénaire pré-sargonique sont d'ordre conventionnel (Prédynastique, Early Dynastie, Protodynastique, Dynasties archaïques... cette fausse richesse de la nomenclature et ses subdivisions disent assez notre incertitude)28. Les plus anciens vases en chlorite du style dit « interculturel » sont signalés en Mésopotamie sur l'horizon du Protodynastique II, aux alentours du XXVIIe siècle avant J.-C. C'est sur cet horizon que pourrait se situer la phase « classique » du déve loppement du style de Jiroft. Quant à sa phase formative, dont pour l'instant nous ne savons rien de précis, elle pourrait se situer dans le premier tiers du IIIe millénaire en considération du caractère archaïque de la thématique. Une influence venue des régions orientales irait grandissant tout au long de la seconde moitié du IIIe millénaire. Dans les trois derniers siècles, les contacts paraissent s'intensifier entre le sudiranien et le Turkménistan, la Bactriane, la Margiane, le Balouchistan et la vallée de l'Indus. Sur l'horizon des niveaux

147 IVB de Tepe Yahya le style de Jiroft est dans sa phase termi nale. Le petit tépé Yahya, occupé dès le Ve millénaire, a connu au début du IIIe millénaire (phase IVC) une installation carac térisée par la présence de tablettes proto-élamites. Après une période d'abandon, il a été réoccupé dans le dernier tiers du IIIe millénaire (phase IVB). Les niveaux IVB ont gardé les traces d'un atelier de taille de la chlorite (un gisement de cette roche a été trouvé à une vingtaine de km du site) ; ils ont livré de nombreux fragments de vases, certains ornés de représent ations figurées en relief comparables à celles de Jiroft et aussi quelques pièces complètes à décor incisé qui pourraient plus précisément témoigner sur cet horizon des capacités de production très réduites de l'atelier mentionné plus haut. Il s'agit notamment d'un objet en forme de hache (fîg. 12c) orné sur ses deux faces d'un aigle aux ailes déployées ; on retrouve le même motif incisé sur le couvercle d'une boite carrée ; les côtés de ce couvercle portent une enfilade de triangles hachurés piqués les uns dans les autres, motif fréquent dans le décor peint de la poterie. Les mêmes niveaux IVB de Tepe Yahya ont livré, parmi des fragments de vases et d'objets en chlorite paraissant appartenir à la période précédente, un fra gment de « table de jeu » en forme de scorpion à rapprocher de la pièce 136 de Jiroft (PI. III c) ; et aussi des fragments de « sac à main » dont un morceau du torse d'un personnage (fig. 12a) traité en ronde bosse ; le motif peut être reconstitué à partir d'objets du même type provenant probablement de Bactriane (fig. 12b). Il s'agit d'un homme assis sur les talons, bras écartés, tendus vers des serpents et les attaches de l'anse ; la tête est ronde, le visage imberbe, les yeux incrustés ; la chevelure est soigneusement nattée ; de lourdes tresses tombent dans le dos ; deux autres encadrent le visage et retombent sur la poitrine. Ce type de « sac à main » n'a pas été rencontré à Jiroft bien que l'influence des marges orientales du plateau y soient déjà sensibles ; ainsi, les « sacs à main » nos 123-124, formés de serpents enlacés traités en ronde bosse ; leur corps est couvert de petites entailles triangulaires, (PI. II j) ; de même l'ornementation géométrique paraît montrer une tendance à préférer des motifs cruciformes ou croisillonés (119) évoquant l'Asie centrale (proviennent aussi de l'est des vases en marbre rose ou en albâtre dont le centre de production se situerait dans la région de Shar-i Sokhte et des cachets compartimentés en cuivre). Alors que les contacts entre la région de Jiroft et l'est (de l'Asie centrale à l'Indus) paraissent se renforcer dans le second tiers du IIIe millénaire, on ne trouve à l'inverse que peu d'objets représentatifs du style de Jiroft sur les sites du plateau sud-iranien (Shahdad,

27. MUSCARELLA, 2005. 28. On trouvera un bon exposé d'ensemble sur l'Iran au IIIe millénaire dans HUOT, 2004 : 94-98 ; 132-133, 190 sq. Le premier tiers du IIIe millénaire est habituellement qualifié Proto-élamite sur la base des données de Malyan, Tépé Yahya (IVC) ; suit un Paléo-élamite ancien qui aurait vu la montée en puissance des dynastes d'Awan (2 600-2 400). Paléorient, vol. 31/2, p. 123-152 © CNRS ÉDITIONS 2005

148 Bampur, Shar-i Sokhte)29 ; et leur style porte la marque du déclin. Il n'est pas dans notre propos de revenir ici sur une docu mentation, abondante certes, mais fragile, fragmentaire et souvent, de ce fait, peu compréhensible ; elle a fait l'objet de nombreuses études mais demande aujourd'hui un complet réexamen en référence à Jiroft et aux cultures du sud de l'Iran et de ses marges orientales. Dans l'état actuel des recherches et tant que nous ne pourrons pas mieux intégrer le matériel en chlorite de Jiroft dans la culture qui Га produit nous nous bornerons à un scénario quant aux modalités de sa distribu tion30. La diffusion des vases en chlorite semble s'être faite par voie terrestre et maritime, la seconde ayant été, semble-t-il, la voie privilégiée. Rappelons que Jiroft est à 1 000 km de la basse Mésopotamie et à un millier de kilomètres de la vallée de l'Indus à travers de hautes montagnes. Entre le Jazmourian et la mer d'Oman, la vallée du Soghun constitue la voie natur elle par laquelle Jiroft accède aisément à la mer d'Oman, comme l'atteste la présence de poissons et de coquillages marins à Konar Sandal31. Cette route semble avoir été la prin cipale par laquelle a pu se faire, dans le cadre d'un réseau d'échanges, la diffusion des vases en chlorite vers la basse Mésopotamie avec de possibles relais dans le golfe Persique comme celui de Tarut32. Les vases de chlorite ornés ont été interprétés comme objets de prestige, recherchés par les élites mésopotamiennes ; ils ont été retrouvés dans des tombes et dans des « temples » (mais le plus souvent hors stratigraphie ; ou dans les bouti ques des marchands d'antiquité). Leur ornementation, souvent jugée « étrange » ou « exotique » en Mésopotamie, est caractérisée à Tarut, d'une part par des motifs « iraniens », tels que la porte à linteau incurvé, le guépard et le serpent combattant, la tête de femme émergeant d'une grande jarre, l'homme assis sur les talons entre des serpents33 ; d'autre part, par des motifs typiquement mésopotamiens : comme l'aigle à tête de lion, l'épi de « blé », les rameaux... D'autres motifs, de facture mécanique (le plus caractéristique étant le « cercle 29. Ph. Kohi l'a déjà fait remarquer ; KOHL, 2001 209-230. 30. PERROT, « À travers l'iconographie des vases et objets en chlorite de Jiroft (Iran) », en prép. 31. DESSE-BERSET N. et DESSE J., à paraître. 32. ZARINS, 1978 ; ARUZ et al, 2003. La roche mise en œuvre à Tarut diffère de celle de Jiroft. Elle est de grain moins fin et paraît se prêter moins bien au polissage. 33. On notera que le personnage assis sur les talons entre deux serpents a les mains ouvertes et ne touche pas les reptiles qui d'ailleurs ne le menace pas. Le thème semble avoir perdu sa signification originelle :

J. PERROT et Y. MADJIDZADEH pointé »), sont probablement d'origine locale : ce qu'il est convenu d'appeler la « série récente ». Ce qui frappe c'est que l'on ne trouve guère trace hors d'Iran (et même à Suse), de ces belles pièces qui auraient dû être les premières à retenir l'attention des élites mésopotamiennes ; on n'y trouve ni les coupes ornées de bouquetins, ni les « sacs à main »34, ni les « tables de jeu »35. Les formes dominantes de la « série ancienne » y sont les petits godets cylindriques et les hauts vases tronconiques avec leur sempiternel motif du fauve combattant un serpent. Ces remarques conduisent l'un de nous (J.P.) à proposer que le contenu de ces vases présentait peut-être plus d'intérêt que leur forme ou leur ornementation. Nous avons signalé (p. 145) la possible extraction de résines et d'huiles de plantes aromatiques aux vertus médicinales, aphrodisiaques ou hallucinogènes ; ces plantes que l'on trouve sur le plateau iranien sont inconnues dans les basses terres du Moyen-Orient. On pourrait donc envisager un réseau d'échanges de ces produits à partir de la région de Jiroft vers la mer d'Oman et l'entrée du golfe Persique par la route natu relle déjà mentionnée, puis par la voie maritime vers la basse Mésopotamie. On a décrit comme comptoirs les îles de Tarut et de Falaiqa. Ces lieux auraient pu accueillir des artisans iraniens ; ceux-ci toutefois n'auraient pas tardé à perdre le sens initial des thèmes et à subir de plus en plus fortement l'influence mésopotamienne dominante dans la région (aigle à tête de lion, rameaux dans le champ, etc.). En revanche, leur présence et leur activité auraient pu susciter une production locale de vases en chlorite à des fins et sous des formes diverses en réponse aux besoins locaux (Les vases en pierre sont préférables à la poterie pour la conservation des matières organiques et même pour celle de l'eau). Cette production locale (série récente), qui fait une large place à une ornement ation caractère géométrique, se serait développée dans la de seconde moitié du IIIe millénaire ; elle a pu faire aussi l'objet d'une distribution indépendante, centrée sur Tarut ou d'autres points du golfe Persique ou des côtes omanaises, rayonnant par la voie maritime jusqu'à la basse Mésopotamie et aux rivages du Makran. Dans le même temps la production de Jiroft se poursuivait sous sa forme évoluée, ses produits gagnant les régions voisines par la voie maritime ou par la voie terrestre ; notamment par la vallée de la Diyala comme pourrait en témoigner le « vase de Khafadjeh » bon exemple 34. Sur plus d'une vingtaine de pièces aujourd'hui connues, aucune ne peut être sérieusement considérée comme provenant de Mésopotamie ou d'ail leurs hors d'Iran. 35. Celle d'Ur est d'un tout autre type. Paléorient, vol. 31/2, p. 123-152 © CNRS ÉDITIONS 2005

L'iconographie des vases et objets en chlorite de Jiroft (Iran) d'une production qui tend à s'alourdir et à confondre les thèmes36. Ainsi s'expliquerait mieux cette situation complexe à laquelle fait référence l'appellation de « style interculturel », dénomination commode lorsqu'elle fut proposée mais dont l'inventeur, Philippe Kohi, reconnaissait lui-même l'ambiguïté ; cette appellation ne s'impose plus aujourd'hui ; et pas davantage, mais pour d'autres raisons, celle de « transélamite » avancée par Pierre Amiet37 faisant preuve d'une intuition que partageait Edith Porada38 (sur l'horizon proto-élamite, la notion d'Elam englobe aujourd'hui la quasitotalité du plateau iranien). On peut conserver en revanche la distinction proposée par Pierre de Miroschedji39 reconnais sant une « série ancienne » (correspondant essentiell à Suse ement objets ornés de représentations figurées) et une aux « série récente » pour le matériel décoré notamment de motifs géométriques évolués (dont le « cercle pointé ») et qui pourr aitêtre originaire de Tarut et sa région. Le scénario ici esquissé s'appuie sur les données dont nous disposons actuellement ; données qui demeurent faibles et lacunaires, même après trois saisons de fouilles à Konar Sandal où le résultat le plus clair, d'ordre stratigraphique et chronologique, est de montrer que les gigantesques construc tions briques crues qui ont attiré l'attention sur ce site (la en plateforme à degré de Konar Sandal Nord et la « citadelle » de Konar Sandal Sud) reposent l'une et l'autre sur d'imposants tépés dont les couches supérieures paraissent appartenir, selon les premières indications fournies par le 14C, au premier tiers 36. De provenance incertaine ce vase - dont on trouvera une représenta tionHUOT, 2004 : 133 (il mesure 17,8 cm de diamètre) - entrerait à Jiroft dans dans la catégorie des grands vases cylindriques à ornementation de caractère mythologique. Il est l'œuvre d'un artisan iranien mais approche déjà la phase de déclin du style de Jiroft. Son exécution est de médiocre qualité, la composit ion surchargée, la thématique au bord de la confusion. On retrouve ici est regroupés tous les thèmes animaliers de Jiroft à l'exception des bouquetins et des personnages hybrides ; mais avec en outre deux oursons debout de chaque côté d'un palmier, se léchant une patte. Avec aussi, dans le champ, des palmes ou des épis, éléments que l'on rencontre plutôt en Mésopotamie. Le person nage sur les talons tient (comme il aurait tenu des serpents) les « flots » assis qui s'échappent du front de deux zébus dos à dos ; peut-être le fruit d'une dérive graphique ; on notera que deux nattes de sa chevelure tombent en avant sur la poitrine (cf. Tepe Yahya IVB et la figure de Bactriane, fig. 12b). Le per sonnage debout maîtrisant deux serpents ne porte pas de parure protectrice. Le lion renverse un bovin de grande taille, victime vers laquelle, comme à Jiroft, pique un petit rapace ; mais à Jiroft la proie est menue et nous y voyons un zébu encorner un lion. Dans l'ensemble on pourrait considérer le vase de Khafadjeh comme caractéristique de la phase d'expansion de la production de Jiroft vers le milieu du IIIe millénaire. 37. AMIET, 1986. 38. PORADA, 1971. 39. Miroschedji, 1973. Paléorient, vol. 31/2, p. 123-152 © CNRS ÉDITIONS 2005

149 du IIIe millénaire. Ces couches ont déjà livré des objets en chlorite de qualité.

L'ICONOGRAPHIE DE JIROFT Quelle que soit l'exacte position du « style de Jiroft » dans sa phase florissante, l'iconographie permet déjà d'anticiper l'originalité de la culture qui l'a produit par rapport aux autres cultures du plateau iranien et de ses marges orientales ; plus encore par rapport à celle de la Susiane qui reste imprégnée de l'influence mésopotamienne. Il est encore tôt pour mesurer le jeu des interactions entre la « culture de Jiroft » et les autres cultures iraniennes ; et plus encore entre celles-ci et celles des régions voisines de l'Iran ; il serait prématuré de chercher dès à présent à définir l'importance de l'impact qu'ont pu avoir le style et la culture de Jiroft, à travers les contacts et échanges longue distance, sur les rives du golfe Persique et sur la Mésopotamie ; une mesure de leur influence demande en préliminaire une réanalyse, à la lumière de l'iconographie de Jiroft, du matériel en chlorite connu hors de l'Iran ; et non vice versa, ce matériel ne pouvant constituer une référence pour définir le style de Jiroft et encore moins pour décider de son authenticité40. La bonne lisibilité des images de Jiroft offre une opportun ité réviser les interprétations courantes des représenta de tions figurées appartenant ou attribuées au millénaire qui précède le temps de Sargon d'Agadé ; cette période, mal connue dans l'ensemble du Moyen-Orient, n'en a pas moins été cruciale pour le développement des idées, des croyances et, d'une manière générale, de la spiritualité et de la pensée humaine. Elle a été marquée par l'invention et la mise en place solidaire des systèmes (écriture, loi, religion, poli tique. . .) dont le concours a conduit à la formation de l'État et au début de l'Histoire. Alors que l'iconographie de cette période à travers la statuaire et la glyptique susienne et méso potamienne apparaît dans nos livres chargée de divinités et de scènes cultuelles, nous avons la surprise à Jiroft de constater la complète absence de toute référence à un concept clair du divin. Il faut attendre le derniers tiers du IIIe millénaire et les niveaux IVB de Tépé Yahya pour voir apparaître sur quelques cylindres des figures de personnages susceptibles de recevoir 40. MUSCARELLA, 2005. Les doutes émis par O.W. Muscarella concern antpièces conservées dans des musées se trouvent renforcés par l'iconog des raphie Jiroft. Exemple : le vase du musée de Tokyo (SS1498) cf. ARUZ J. de and WALLERFEDS (eds), 2003 : 338, n° 235.

150 une interprétation « religieuse »41 ; encore ne s'agit-il pas de l'image conventionnelle de la divinité sous la tiare à cornes, celle-ci n'apparaissant au Moyen Orient qu'à l'extrême fin du IIIe millénaire42. Une triple question se trouve ainsi posée et qui porte, au-delà de la sémantique, sur l'intégrité -peutêtre - de la documentation actuelle concernant le répertoire iconographique de Jiroft ; sur un retard éventuel du dévelop pement culturel du plateau iranien - peu probable en considé ration globale du contexte archéologique ; sur un 41. PITTMAN, 2001 : 231-243, figs 10, 48 et 49. 42. HUOT, 2004 : 193. A propos de la statue de Narundi de Suse.

J. PERROT et Y. MADJIDZADEH débordement de notre discours trop plein de nos préconcept ions nous abordons le lointain passé43. dès que Jean PERROT 27 rue du Cherche-Midi 75006 Paris Tel /fax 01 45 48 26 41 YoussefMADJIDZADEH Iranian Cultural Heritage and Tourism Organization Halil Roud Archaeological Project (HRAP) ymadjidzadeh@yahoo. com 43. PERROT, « À travers l'iconographie des vases et objets en chlorite de Jiroft (Iran) », en prép.

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L'iconographie de Jiroft. Dossiers d'Archéologie « Jiroft » 287:96-113.

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J. PERROT et Y. MADJIDZADEH

№ catal. 11 13 15 18 21 24 27 30 32 34 36 a 36 b 37 39 40 42 44 a 44c 44 d 45 47 49 51 53 54 57 58 60 62 65 67 68 69 70 71 72 a 73 abc 74 75 76 78 80 82 84 86 87 89 92 95 97 98 99

Type Coupe Ht. v. tr. V. cylindr. Coupe Coupe Coupe Coupe Coupe Coupe V. cylindr. Ht. v. tr. Ht. v. tr. Ht. v. tr. Ht. v. tr. Ht. v. tr. Ht. v. tr. V. cylindr. Ht. v. tr. Jarre globulaire Coupe évasée V. cylindr. Coupe évasée V. cylindr. V. cylindr. V. cylindr. V. cylindr. V. cylindr. Ht. v. tr. V. cylindr. Ht. v. tr. V. cylindr. V. cylindr. V. cylindr. V. cylindr. V. cylindr. V. cylindr. V. cylindr. Sac à main Ht. v. tr. Ht. v. tr. V. cylindr. V. cylindr. V. cylindr. V. cylindr. Ht. v. tr. Ht. v. tr. Ht. v. tr. Ht. v. tr. V. cylindr. Ht. v. tr. Petite jarre Ht. v. tr.

Ht

0

14,5 11,5 17,5 7,5 8,7 12,2 16 12,3 10,7 14,7 18,8 15 22 14 17,5 12,4 13,2 10,3 9 14 8,2 5,2 13,8 9,7 8,6 4 3;7a 14,6 6,6 3;7b 16,5 3;4d 9,5 8 14,5 3;4c 6,7 5,3 22,5 10 3d 8,4 6,8 9 19 6b 5,3 9,5 3; 10 c 7,5 7,5 5,2 10 3;6d 6,4 9 3;6c 10,2 20,4 3; 10 d 12 14,3 3;7c 8 14,5 3;7f 16 3;7d 6,4 10 7e 9,7 5,3 11 e 10,5 15 3; 10a 11,5 20,6 10b 5,5 8,1 3 12,4 8,8 3; lOd 6,2 9 3; 10-4 6,2 6,8 3; 10c 5,4 ; 3 ; 3 6,5 ; 4,5 ; 4 3 16,5 9,4 11,4 21,8 11,4 3d 12,7 8,2 3;8j 8 11,5 3;8c 10 16,5 3;8-4 7,4 11 3 ; 8 a, b 10,5 11,9 3 ; 8 a, b 16,2 6,9 3;8e 17 5,5 8d 14,7 7,4 3:8g 26,2 12,1 3d;9a 8,9 16 3 20,8 11,5 9c 24,4 12,4 3;9b

PL Зе Ia,b 3;6a; 11 а II d 12 e, f, g 4f le 5b la 4;3 3;5c 5a le 3 3;5d 3 IVa-b

Fig.

IV f

lib II

I Ig Ih

Ile II

№ catal. Type Ht 0 Fig. PL 101 V. cylindr. 7,6 9,5 9d 103 Petite jarre glob. 6 4,5 104 V. semi-cire. 3,4 11,5 9e Petite jarre glob. 9 6,5 106 6,1 107 Petite jarre glob. 6,9 IVj 108 Table de jeu 35 III d 109 Serpent 5,4 5,4 110 Ht. v. tr. 23,5 12,3 3;4b 111a V. cylindr. 5,8 5,9 111b V. cylindr. 11,1 17 3 111c V. cylindr. 5,8 8,5 1 11 d V. globulaire 5,2 8,5 112 V. cylindr. 10,7 13,8 3; 12 h 114b V. cylindr. 7,5 IV n 114 c Pot tronc. 7 114d Ht. v. tr. 27,8 4,7 3 Ile 115a V. globulaire 7,5 7,7 IV к 115b Petite jarre glob. 8,5 5,9 116a Pot tronc. 9,3 11,3 116b Pot tronc. 116c Pot tronc. 5,7 IVe 117a V. globulaire 9,4 5,7 IV g 118a Ht. v. tr. 9,3 IVe 118b Vase tr. 6,9 119b Petite jarre glob. 14,5 6,7 119c Ht. v. tr. 20,3 7,3 120 a Vase tr. 8,8 4,5 120 d Table de jeu 37,4 3 5 120 e Petite jarre glob. 8 122 a Coupe 9 7,2 122 b Coupe 10,5 7,8 123 Sac à main 15 22 3 II j 124 Sac à main 22 15 Sac à main 25 23,8 125 126 Sac à main 20,3 24 II f 127 Sac à main 18,3 18,5 II к 129 Sac à main 19,4 19,5 3 II h Table de jeu 35 3 III b 130 131 Table de jeu 41 Ilia 132 Table de jeu 38 17,7 133 Table de jeu 25,5 13 134 Fig. animale 13 Table de jeu 27 14 135 Ille 136 Table de jeu 28 III с 147 b Figurine 5,6 149 b Figurine 0,8 Ces numéros sont ceux des pages du « Catalogue Madjidzadeh ». Lorsque plu sieurs pages ont été consacrées au même objet, seul le numéro de la première page a été retenu. Cette numérotation est aussi celle des « Dossiers d'Archéologie », n°287, 2003.

Paléonent, vol. 31/2, p. 123-152 © CNRS ÉDITIONS 2005

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