LE SACRIFICE DES DIEUX

Christophe MICHAUD

LE SACRIFICE DES DIEUX
RÉCIT ILLUSTRÉ

Lutter contre le piratage des oeuvres numériques est, selon moi, un effort inutile. Chacun est responsable de ses actes en son âme et conscience. Si d’aventure vous aviez obtenu cet ouvrage de manière illégale, vous pouvez toujours régulariser votre situation dès maintenant. Le tarif de ce livre numérique a été étudié pour permettre à tous de pouvoir l’acquérir. J’ai fait un effort, à vous de faire le vôtre ;-) L’auteur

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Photos sous licence Creative Commons :

Cimetière des Fontanelles issue de Wikimedia Long curly brunette with highlights de colourauthority.com

Photos sans restrictions connues d’utilisation :
Jiddu Krishnamurti - United States Library of Congress’s

Collection de l’auteur :
Carte postale Chiesa et Campanile del Carmine

ISBN : 978-2-9542973-0-9
© Christophe Michaud - Tous droits réservés - Reproduction interdite v. 1.0

REMERCIEMENTS L’élaboration de ce récit illustré n’aurait pas pu voir le jour sans le soutien inconditionnel de Delphine J. qui m’a toujours poussé et encouragé à aller au bout de mes idées. Matthias L. a également été indispensable pour ses remarques et les ajustements graphiques, de même que Carole, son épouse, qui aime les virgules, pour son aide précieuse à la correction. Jean-Baptiste F. pour avoir “essuyé les plâtres” et m’avoir accompagné de ses lectures avisées tout au long de mon écriture et les différentes versions. Une pensée amicale envers Sébastien B. et Arnaud Ch. pour leur bienveillance. De même pour l’aide précieuse d’Yves D. et Maud P. pour les petits correctifs web. Pour terminer, je remercie Joseph Béhé pour les merveilleux moments passés à l’atelierbd.com à ses débuts et qui m’ont permis d’acquérir les bases de la narration que j’espère avoir utilisées de manière adequat.

A ma mère et à mon père

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Préface
Quand j’étais un petit garçon, j’adorais m’amuser avec une machine à écrire que mon père possédait. C’était une machine à écrire avec un capot muni d’une poignée qui permettait de la transporter n’importe où assez facilement. Elle possédait même une réserve où se trouvaient feuilles blanches et carbones. Je mettais une feuille sur le rouleau et je frappais n’importe quoi. Parfois, je le faisais juste pour le plaisir d’entendre le son des petits marteaux qui imprimaient les lettres. J’avais hâte d’arriver en bout de ligne pour entendre le “ding” de la petite clochette. Puis, au fur et à mesure, j’ai appris la dactylographie. Je trouvais curieux que mon père possède une telle machine. Il n’était pas littéraire et je ne l’ai jamais vraiment vu s’en servir. Pourtant, je ne me souciais pas d’en connaître la raison. Pour moi, c’était un jouet merveilleux et cela me suffisait amplement. En grandissant, j’ai oublié cette petite machine à écrire en me tournant davantage vers les ordinateurs. Un jour sans qu’on sache pourquoi ou comment, mon père a disparu sans laisser d’adresse. Du jour au lendemain, sans aucun mot, sans prévenir, il était parti. Il a tout laissé. Des recherches ont été menées sans succès. Qu’est-il devenu ? Je ne sais pas, on ne l’a jamais retrouvé. C’est seulement dix ans après sa disparition, quand mon père a été déclaré officiellement mort, que j’ai retrouvé cette petite machine à écrire dans ses affaires. Les souvenirs me sont revenus. Naturellement, j’ai ouvert le capot pour la regarder. Une liasse de documents s’est échappée comme s’ils étouffaient et cherchaient de l’air. Je suis resté perplexe. Ils provenaient de la réserve de feuilles désormais vide. Il y avait une quantité de notes dactylographiées assez importantes ainsi qu’une très vieille pochette en cuir qui contenait un carnet ancien rempli d’annotations manuscrites et quelques documents d’époque. J’ai essayé de déchiffrer ce carnet... mais sans succès. L’écriture était pourtant lisible, quoique, mais les mots n’étaient
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qu’une suite de lettres sans queue ni tête. Certaines pages du carnet avaient été déchirées rendant sa compréhension encore plus compliquée. J’ai rapidement compris qu’il était codé. Que mon père ait possédé de telles archives a toujours été pour moi une curiosité. Percer le code lui a pris des années. De ce que j’en ai compris, il a fini dans les années quatre-vingt-dix. Je ne saurai dire quand précisément. Les efforts qu’il a fourni sont assez importants car il a eu affaire avec un double cryptage. Cela doit être assez rageant de percer un code pour en découvrir un autre. C’est assez troublant de savoir qu’il a caché ce travail de fourmi pendant toutes ces années. Je comprends mieux certaines choses, comme ces soi-disant insomnies ou ses lectures de textes bibliques. J’ai passé des semaines à tout remettre en ordre avant de comprendre de quoi il retournait. J’ai lu l’ensemble des pages dactylographiées agrémentées de crayonnés, probablement issus des pages déchirées du carnet. J’ai mis du temps à comprendre que mon père avait entrepris de décoder le carnet, sans jamais évoquer comment il avait obtenu ces documents. Je comprenais mieux pourquoi il avait une machine à écrire. Je suppose qu’il a trouvé ce carnet dans les années soixante. Peut-être l’avait-il obtenu auprès d’un bouquiniste car je sais qu’il aimait flâner le long des quais de la Seine. Dans mon enfance, on restait des heures à regarder tous ces vieux livres, ces vieilles affiches qui donnaient un côté pittoresque à ce secteur touristique de la capitale. Ce ne sont que des suppositions, évidemment. J’ai demandé dans son entourage mais personne n’a pu me répondre. L’ensemble de ces documents représente une somme d’au moins trente à quarante ans de travail. La lecture de ces notes m’a interpellé. Le contenu est assez explicite et remet en cause les croyances établies. Je pense que c’est pour cette raison qu’il a voulu garder tout cela secret.

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Maintenant je me pose encore plus de questions sur sa disparition. Est-il parti de lui-même sur les traces de ce carnet ou a-t-il posé trop de questions et l’a-t-on fait taire ? J’imagine que la lecture de ce carnet a perturbé mon père. En tout cas, moi, il m’a ébranlé. Je pense qu’on ne peut pas sortir indemne d’une telle lecture. Inévitablement on se pose des questions où le rationalisme s’oppose à la croyance. Au final on est seul juge de ce que l’on doit croire. Les documents que je vous livre ici ne sont pas innocents. Ils ont déjà fait couler du sang et j’espère que ni le vôtre ni le mien ne viendront s’y mêler. Les seuls changements que j’ai apportés sont une reformulation de certaines phrases pas toujours compréhensibles. Les éléments graphiques ont été scannés pour permettre leur publication dans de bonnes conditions. Les articles de journaux ont été traduits afin de simplifier la lecture. Les parties illisibles seront indiquées de la manière suivante : [...].

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===== TRANSCRIPTION DEFINITIVE DU CARNET =====

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J’ai décidé de tenir un journal des événements à venir pour ne pas reproduire l’erreur commise lors de l’affaire de la Société Théosophique. Celle-ci a failli me coûter la vie et tout le savoir que j’ai accumulé au cours de mon enquête aurait été perdu avec moi. Je ne sais pas si j’aurai la rigueur pour écrire chaque jour mais je ferai au mieux. Je suis un enquêteur privé et j’interviens dans des affaires très délicates pour le compte de mon employeur principal, la Congrégation pour la doctrine de la foi ou le Saint-Office, mieux connue sous le terme d’Inquisition. Je me suis souvent interrogé sur leur choix de faire appel à une personne extérieure. Ils payent bien alors pourquoi m’embarrasser de ces questions épineuses ? Eglise ou pas, Dix commandements ou pas, je suppose qu’ils ont besoin de gens pour faire le sale boulot. Cela leur permet de garder les mains propres, comme lors de mon enquête sur la Société Théosophique.

Le Saint-Office surveillait les membres de ce mouvement depuis sa création. Quelques illuminés se sont montés la tête et la Congrégation m’a envoyé remettre de l’ordre. Il fallait empêcher l’émergence d’une faction dure du mouvement qui se livrait à des actes de sorcellerie allant jusqu’au sacrifice humain pour, soi-disant, mieux comprendre les pouvoirs psychiques et spirituels de l’Homme. Je dois avouer que Nytia Krishnamurti est une victime de ces hérétiques qui l’ont assassiné en le sacrifiant aux démons. Ils étaient persuadés que la spiritualité qui imprégnait son frère était également enfouie en lui. Cette force spirituelle une fois libérée de son corps devait permettre d’invoquer un démon des enfers. La récompense de leurs efforts a été l’incendie que j’ai déclenché après les avoir enfermés dans la cave où ils officiaient. D’une certaine manière, ils sont arrivés à leur fin. Je suis sûr qu’ils ont fini en Enfer, à brûler pour l’éternité sous le regard d’un serviteur de Satan. Le feu s’est propagé plus vite que je n’aurais cru dans cette vieille demeure en bois. Je me suis retrouvé pris au piège. J’ai dû sauter par la fenêtre du premier étage avec mes vêtements en flammes. Je me suis méchamment foulé la cheville en arrivant au sol et sévèrement entaillé le ventre en passant à travers la vitre. J’ai, malgré tout, eu le réflexe de me rouler par terre. Les brûlures sont restées superficielles. Il m’a quand même fallu plusieurs mois pour me remettre de ma blessure au ventre. Le plus dur a été de rejoindre ma voiture avant que le voisinage ne s’aperçoive du brasier. - 9 -

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Je regrette que ce pauvre Nytia ait payé de sa vie les délires de quelques illuminés. Je n’ai rien pu faire pour lui. Je suppose que la Société a pu faire évacuer le corps pour qu’il ne soit pas identifié parmi les victimes et ainsi éviter d’entacher les actions de son frère aîné et sa réputation.

-- JOUR 1 -Je viens de recevoir un télégramme du Saint-Office. Je ne sais pas à quoi m’attendre. Je ne connais pas trop Naples. Quoi qu’il en soit, je ressens une certaine excitation. Je suis passé à la banque pour retirer des liquidités et m’assurer que je pourrais disposer d’assez de ressources pour mon voyage en Italie. Je suis allé voir Bebert pour me procurer une arme de poing. Je n’aime pas voyager sans un bon calibre. Il m’a proposé un Lüger mais je n’aime pas cette arme qui a tendance à trop s’enrayer. Je laisse ça aux petits caïds de quartier qui friment avec. Je lui ai préféré le Browning de calibre 7,65. Petit, il se dissimule facilement et la puissance de feu est suffisante pour ce que j’ai à en faire.
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Ensuite, je suis allé voir l’Artiste pour me procurer de faux papiers d’identité. Je n’aime pas voyager en mon nom propre. Je préfère les identités d’emprunts. Je me sens un peu comme un acteur sous le coup d’une improvisation. Je vais voyager sous le patronyme de Jean Dalson. Il faudra que je lui invente un passé. Comme d’habitude, je ne m’encombre pas d’affaires. J’achète ce dont j’ai besoin sur place. Je n’ai pas envie de me trimballer un sac ou une valise. Ça me permet de me déplacer plus vite. Je ferme mon appartement et file à la gare. La récupération de mon billet a été rapide. Je vais voyager dans un train de nuit. Je prends le temps d’un café non loin de la Gare de Lyon en attendant mon train. J’en profite pour écrire dans ce journal et dessiner

un peu. Ca me rappelle mes jeunes années à l’école Boulle. Ça me fait une drôle d’impression. Je n’ai pas l’habitude de faire ça. Ce n’est pas désagréable. C’est juste un peu long car je dois utiliser une double grille de substitution pour coder mon journal. Je ne voudrais pas qu’il puisse être lu par n’importe qui. De cette manière, je suis tranquille en cas de perte. Je pense que d’ici quelques jours je la connaîtrai par coeur et je pourrai m’en passer très facilement. -- JOUR 2 -Le voyage en train a été long et pénible. J’ai eu du mal à me reposer et j’ai failli rater ma correspondance à Rome. Heureusement, le voyage jusqu’à Naples a été plus calme. Enfin, calme est un mot relatif car les italiens parlent forts. Il m’a été difficile de dormir mais j’ai pu profiter de leur générosité en dégustant quelques produits locaux absolument délicieux. A mon arrivée, le temps était maussade. Je suis vite allé me loger dans le quartier historique. J’ai choisi un petit hôtel tranquille. La chambre est modeste. Il y a juste un lit et un bureau. Les commodités sont sur le palier. Je suis crevé. Je vais dormir un peu.
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Je me suis réveillé un peu tard, l’aprèsmidi est déjà bien entamée. Il faut que je trouve Dimotrocolio. Comme tous mes contacts, c’est un homme d’église. Il va falloir que j’aille à la pêche aux informations. C’est un peu quitte ou double car ça dépend par où je commence. Je vais au plus facile. J’ai acheté un plan de la ville pour me repérer plus facilement. Santa Chiara est à deux pas d’ici. Mon italien n’est pas trop rouillé et j’ai pu soutenir aisément une discussion avec le prêtre. Il ne connaît pas Dimotrocolio. Il vient d’arriver. C’est bien ma chance. Ça commence plutôt mal. Il m’a invité à me rendre au Duomo San Gennaro. Il m’a fallu un peu de temps pour me rappeler que c’est l’autre nom de la cathédrale Notre-Dame de l’Assomption. Elle n’est qu’à quelques pas de Santa Chiara. J’ai mis un peu de temps à trouver quelqu’un capable de me répondre. Le père Dimotrocolio se trouverait à la basilique Santa Maria del Carmine. C’est un peu loin pour y aller ce soir. Je vais aller manger des pâtes dans un petit ristorante que j’ai repéré et au lit. -- JOUR 3 -Je me suis levé de bonne heure pour me rendre à la basilique. Je me suis assis à la terrasse d’un bistro pour observer les allées et venues sur la place en
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dégustant un expresso. Après deux heures de surveillance, j’ai décidé de rejoindre l’office qui se préparait. Je me suis mêlé aux fidèles avec discrétion. J’ai assisté à la messe. Le père qui célèbre est un dominicain. J’ai de bonnes raisons de penser que c’est mon contact. Une fois l’office achevé, je me suis naturellement rendu vers la sacristie. J’ai attendu que les enfants de choeur et le sacristain quittent la pièce. Le père Dimotrocolio, qui a passé quelques minutes à discuter avec ses ouailles sur le pas de la porte de la basilique, est revenu enlever sa chasuble. Il m’a tourné le dos. Je me suis assuré qu’il était seul d’un rapide coup d’oeil et j’ai refermé la porte derrière moi. Il a été surpris de ma présence. Aussitôt, je me suis confondu en excuses et j’en ai profité pour placer une petite phrase de reconnaissance “contemplata aliis tradere” (annoncer ce que nous avons contemplé). Il a pincé les lèvres et m’a fait signe de le suivre, sans un mot. Il m’a conduit dans un petit bureau. Il a pris soin de fermer la porte et les fenêtres. Il m’a fait signe de m’asseoir. Il a parlé à mi-voix et j’ai dû tendre l’oreille pour l’écouter. En substance, il a entendu parler à plusieurs reprises d’un groupe d’individus qui s’adonnerait à la sorcellerie. Jusque là rien de très original. Ce qui l’est
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plus, pour une fois, c’est que ce n’est pas le diable qui est l’objet de leur attention mais d’antiques dieux païens. Ce phénomène est assez rare. Ce qui inquiète mon contact, c’est que les personnes concernées semblent appartenir à la pègre locale : la camorra. Je croyais pourtant que ces mafiosi avaient disparu avec l’arrivée de Mussolini au pouvoir. Pour Dimotrocolio, il s’agit d’un cas isolé, une famille, peut-être deux, trois au maximum. Il a peu d’informations mais elles reviennent régulièrement à ses oreilles. Je peux comprendre que le Saint-Office veuille en savoir plus. Il n’a pas voulu me communiquer de noms pour sa sécurité. J’ai essayé d’insister sans résultat. Tout ce que je suis arrivé à apprendre concerne les épouses de ces hommes qui viennent à la messe ici même. J’en ai déduit qu’elles soulagent leur conscience auprès de Dimotrocolio. Il m’a également appris que le signe de reconnaissance de ces hérétiques serait une pieuvre tatouée sur l’avant-bras. Je ne suis étonné qu’à moitié. Les hommes de ce genre de confrérie aiment à marquer sur eux le signe de leur appartenance. La pieuvre n’en est pas moins l’emblème de la mafia. Il ne va pas être simple d’identifier les bons tatouages. Dimotrocolio ne sait pas vraiment à quoi ressemble le dessin, si ce n’est qu’on y

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voit les huit tentacules de l’animal. C’est tout ce que j’ai réussi à tirer du prêtre. Ça ne commence pas très bien. Je sens que je vais perdre du temps à trouver ces truands. -- JOUR 4 -Hier après-midi j’ai essayé de réfléchir à la meilleure manière de procéder pour obtenir des informations. Poser des questions dans le quartier me coûterait la vie à coup sûr. Il ne me reste que deux choix possibles : trouver une des femmes de ces gars et la faire parler par tous les moyens à ma disposition ou faire en sorte de m’infiltrer dans ce milieu et remonter la filière. La première solution est certainement la plus rapide mais la plus délicate. Trouver la bonne épouse risque d’être difficile. Dimotrocolio ne se compromettra pas dans cet exercice. M’infiltrer sera plus long et je devrai faire mes preuves. C’est ennuyeux. J’ai beau tourner le problème dans tous les sens, ça risque d’être un peu compliqué et je ne vois pas de solution efficace. Je vais prendre encore un jour ou deux pour réfléchir à tout ça. Je vais éviter de sortir de ma chambre pour ne pas me faire repérer par les guetteurs. Les nouvelles têtes sont vite identifiées et cela pourrait me desservir.

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