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Comparaison du film « Calle Mayor » de Juan Antonio Bardem avec « Les Vitelloni » de Federico Fellini

Introduction :
Le néoréalisme est un mouvement littéraire et cinématographique apparut en Italie dans les années 1940 et 1950. Ce mouvement s'inscrit dans une période historique très importante pour l'Italie. En effet c'est durant la période fasciste avec à la tête du pays Mussolini. A ce moment là beaucoup de films subissent la censure fasciste. De plus le régime voit en le cinéma une réelle entreprise de propagande et donc décide d'utiliser cet outils à des fins propagandiste. Le néoréalisme quant à lui utilise le cinéma pour au contraire montrer la réalité italienne longtemps cachée par la propagande fasciste. Pour cela les cinéastes de ce mouvement utilisent de nouveaux procédés. Il s'agit de filmer la réalité de la vie quotidienne des italiens avec leurs dialectes propres, des paysages authentiques mais surtout la réalité sociale en mettant au premier plan la classe ouvrière et paysannes. (De même la mise en abîme de l'individu au sein d'un collectif). Le néoréalisme veut donc montrer l'homme dans son milieu propre et non pas dans une réalité embellie par les cinéastes. Il est donc question de montrer le vrai du faux. Existe-il un néoréalisme espagnol? Nous répondrons à cette problématique avec la comparaison de deux films « Les Vitelloni » de Fellini et « Calle mayor » de Bardem. Dans un premier temps nous présenterons les deux réalisateurs avec les deux films, puis nous comparerons les œuvres afin de voir les points communs et les points de divergences.

Présentation des deux films:

A/ Les « Vitelloni » de Fellini a) Federico Fellini
Federico Fellini est un réalisateur né en 1920 dans la petite bourgeoisie italienne. Il débute sa vie active comme journaliste. Puis de fil en aiguille il change de carrière pour le monde du cinéma comme script et assistant-scénariste de Roberto Rossellini pour le film « Rome, ville ouverte ». Par la suite il réalisera sa première véritable mise en scène au côté de Alberto Lattuada en 1951 avec les « Les feux du music-hall » une œuvre déjà inspirée par le

néoréalisme mais également très personnelle. Puis pour sa première réalisation il choisira le registre de la comédie avec « Cheik blanc » en 1952. Mais il deviendra véritablement célèbre en 1954 avec son film « La Strada » qui lui appartient au néoréalisme. Avec le néoréalisme, Fellini met en avant dans ses films des personnages usés par la vie à la recherche d'amour et de reconnaissance.

b) Les « Vitelloni »
« Les Vitelloni » est un film sortit en 1952 réalisé par Fellini. Il est réalisé en noir et blanc et sera commercialisé en France sous le nom de « Les inutiles ». En 1953 il reçoit le lion d'argent au Festival de Venise. Il s'agit du troisième film réalisé par Fellini, il s'inscrit parfaitement dans le mouvement néoréalisme de l'époque. Pour commencer il est important de s'interroger sur le titre du film. Dans l'Italie de l'après-guerre le terme « Vitelloni » est utilisé pour désigner de jeunes oisifs, sans métiers et sans projets pour l'avenir et de grands adolescents qui vivent aux crochets de leurs parents. Le titre du film annonce déjà l'enjeu du film. En effet, il s'agit de cinq hommes âgés entre 25 et 30 ans issus de la moyenne bourgeoise qui passent leurs journées à ne rien faire et à avoir des discutions sans importances voire creuses. Il y a Fausto, le chef de du clan, Alberto le comique de la bande, Riccardo de suiveur apathique, Leopoldo l'intellectuel pitoyable ainsi que Moraldo qui est le seul à vouloir véritablement changer de vie. Fausto, le leader séduit la sœur de Moraldo et la met enceinte. Après cela il est dans l'obligation de se marier avec elle est de travailler pour survenir aux besoins de sa future famille. De ce fait il se fait embaucher dans un magasin d'où il se fera par la suite renvoyer à cause de ses relations conflictuelle avec la femme du patron. Les autres se rient de lui et ne sont pas décidés à changer de vie. Cependant Moraldo le plus jeune lui à l'air prêt à tout quitter. En effet il a l'air persuadé de vouloir échapper à ce monde dérisoire et ennuyeux et il décide de prendre sa vie en main. De ce fait il décide de prendre le train sans prévenir pour partir ailleurs. On peut voir en ce film une certaine connotation autobiographique puisque lorsqu'on connaît la vie du réalisateur on sait qu'il à vécu dans ce même environnement, d'ailleurs il s'apparenterait à Moraldo dans le film puisque lui aussi décida de prendre sa vie en main à l'âge de 19 ans lorsqu'il partit à Rome.

Les personnages :
- Franco Fabrizi, joue le rôle de Fausto, le chef de clan - Leonora Ruffu, joue le rôle de Sandra, la sœur d'un des « Vitelloni »

- Alberto Sordi, joue le rôle d'Alberto, le comique du clan des cinq - Franco Interlenghi, joue le rôle de Moraldo, personnage en retrait et frère de Sandra - Leopoldo Trieste, joue le rôle de Leopoldo, l'intellectuel (comparé aux quatre autres) - Riccardo Fellini (frère de Federico Fellini), joue le rôle de Riccardo, le suiveur

B/ « Calle Mayor » de Bardem a) Juan Antonio Bardem
Juan Antonio Bardem est un réalisateur espagnol, né en 1922 à Madrid. Après des études d'ingénieur agronome, il obtient le diplôme de l'Institut des investigations et expériences cinématographiques de Madrid et fait ses débuts dans ce monde en réalisant un court métrage, avec Luis García Berlanga, « Paseo sobre une guerra antigua » en 1948 . En 1953 sort son tout premier film personnel « Cómicos », un film qui décrit la réalité du monde théâtral, un univers qui lui tient à cœur, car lui même étant fils de comédien. Enfin, Juan Antonio Bardem sera considéré par la critique internationale comme un réalisateur très politisés grâce à sa critique très explicite de la bourgeoisie espagnole sous le régime franquiste. Son appartenance au parti communiste d'Espagne (mouvement anti-franquiste) se ressentira surtout dans son film « Calle mayor » et lui vaudra une arrestation arbitraire par l'armée franquiste en 1956, l’empêchant ainsi de terminer son film. De plus, nombres de ses films et sa revue cinématographique seront censuré par l'armée administrative du Caudillo.

b) « Calle Mayor »
« Calle mayor » est un film espagnol, sortit en 1956 et censuré suite à l'arrestation arbitraire de son réalisateur par l'armée franquiste. C'est le second film de Bardem qui sera considéré comme néoréaliste. En effet, « La Grand Rue » nous raconte l'histoire de señoritos s'ennuyant dans leur petite ville provinciale et dont la seule occupation est de se moquer d'une vieille fille de trente cinq ans lors de leurs promenades sur la grand-rue. Plus tard, le jeune homme sensé se jouer de la pauvre trentenaire tombera réellement amoureux. Dans cette œuvre cinématographique, Bardem montre au grand jour l'ennui des

villes espagnoles sous le régime franquiste, les seuls divertissements des garçons de bonnes familles ainsi que l’acharnement de ces derniers de se jouer des gens grâce à de ridicules préjugés.

Les personnages :
- Betsy Blair, joue le rôle d'Isabel, la trentenaire dont les « señoritos » vont se moquer - José Suárez, joue le rôle de Juan, l'arroseur arrosé - Yves Massard, joue le rôle de Luis, l'ami de Juan

Comparaison des deux films :
A/ Analyse du film « Les Vitelloni »
Les « Vitelloni » montre que le néoréalisme est un phénomène pluriel, multiforme, dans lequel les recherches esthétiques ne sont pas exclues. En 1952, le cinéma italien relève encore de ce grand mouvement qu'est le néoréalisme, et le film « Les Vitelloni » n'y a pas échappé. Certes ce dernier n’appartient pas pleinement à la modernité (il faudra attendre « La Dolce Vita »), mais il en constitue le prélude. Il est bien sûr question de quitter la petite ville balnéaire, hypothétique et non identifiée d’une province profonde. En ce sens, on peut les voir comme les témoins du reflet d’une société qui résiste à une transformation pourtant inévitable. Il en résulte un récit qui en 1952, a contribué à préparer non seulement le regard du spectateur mais aussi celui de la critique à la mutation du cinéma italien. Moraldo est le seul membre du groupe qui, finalement, réalise le rêve de s'échapper de cette ville. Bien que son film s’inspire de souvenirs de sa jeunesse à Rimini, Fellini ne souhaite pas tourner dans les lieux d’origine. Par manque de fonds il n'a pas pu créer une Rimini de toutes pièces en studio, il décide donc d’inventer une ville en collectant des images de différents lieux en Italie. La ville des « Vitelloni » est caractérisée par des lieux typiques et une époque particulière. Cette une petite ville en bord de mer,Tout comme Rimini, elle ressemble à une station balnéaire comme Rimini. On y retrouve une rue principale, commerçante, mais aussi de nombreuses ruelles et de petites places, une petite gare, de nombreux bars, un cinéma, un théâtre. Les intérieurs des maisons révèlent des niveaux de vie plus ou moins élevés. Chez le père de Fausto, le mobilier est très rudimentaire, au contraire, chez ses beaux-parents et ses employeurs le décor ne laisse aucun doute sur le mode de vie aisé qu'ils possèdent.

L'époque, quant à elle, elle est précise l'histoire dans le film dure un an. D'un été à l'autre. Une longue année d'ennui, animée par le dîner d’élection des miss et par la fête du carnaval. Le reste du temps, les « vitelloni » tentent tant bien que mal de s'occuper en vagabondant dans les rues sombres et désertes de leur petite ville, et en se moquant des pauvres gens ayant le malheur de les croiser. Plusieurs fois, les personnages sont décrits et détaillés par la voix-off un à un par image. Il sont en quelque sorte caricaturés, l'intellectuel et ses lunettes, le comique et son foulard... Enfin, nous remarquons une redondance au niveau des événements. En effet, les fêtes, les parties de billard mais aussi les promenades près de la place, les arrivées près de la gare ou encore les discutions dans les bars sont des scènes que nous retrouvons très régulièrement. Les personnages peuvent être répartis en deux groupes : d'un côté, les parents, les employeurs ou figurants et Sandra, et de l'autre, les « Vitelloni ». Leur seul point commun est que les personnes de ces deux groupes possèdent les mêmes valeurs morales :le travail, la famille et l'Église. Nous les remarquons lors du mariage de Fausto et Sandra, lorsque Fausto se fait embaucher et aussi lors des repas faits en famille. Comme dans de nombreux films de Fellini, ses personnages, que ce soit masculin ou féminin, possèdent des caractéristiques très précises, ils sont comme caricaturés, Parmi les femmes, on distingue la mère de Sandra, sèche, dure, « la máma italienne » en quelque sorte. Mais on a aussi son opposée, la sœur d'Alberto, Olga, la bourgeoise tombé amoureuse et qui quitte le domicile familial contre la volonté de son frère. Et puis, il y a Sandra : à la fois femme et enfant, mère et épouse, sans être amante, éternelle victime innocente, courageuse. Elle ne travaille pas, mais son rôle social est fixé : c'est l'épouse, la mère idéale. Parmi les hommes, le personnage du père de Fausto est très important. Il représente le père fouettard, la morale : petit mais très fier, pauvre mais très digne ; il est bon père, bon citoyen, bon catholique, veuf inconsolable. Il corrige son fils, et chaque fois réussit, provisoirement, à le replacer dans le droit chemin. Ses armes sont l'insulte et les coups. Malgré son attachement à une morale conventionnelle et à un ordre qui engendrent des « Vitelloni », il demeure sympathique et n'est pas ridicule, car il semble croire en ce qu'il dit. Il a la foi des pauvres gens: il aime son fils, sa fille, Sandra et le bébé. Il est le contraire même des « Vitelloni ». Il incarne la loi ancestrale.

B/ Analyse du film « Calle Mayor »
La première chose que nous devons relever est l'époque pendant laquelle le film est tourné. Le film est tourné en plein franquisme où la censure est présente. Dans ce film, la médiocrité de vivre dans une ville de province est le thème principal.

Il n'y a pas d'intérêt pour le savoir en dehors leur vie professionnelle. L'unique activité du groupe est de « traîner » et de faire des blagues à leurs voisins. Cette situation est dû à une société médiocre, éteinte qui n'a aucun intérêt en dehors de leur vie quotidienne. Le rôle de la femme dans ce film est aussi très important. Elles sont traitées à un niveau inférieur à cause du machisme. Les hommes n'accordent aucun intérêt aux sentiments des femmes, ni à leurs opinions. La femme est soumise, résignée et dominée par les hommes. On peut ajouter que vivre dans une société religieuse nuit aux femmes, d'ailleurs, il est clair que l'histoire d'Isabel a pour fonction de révéler les effets de la société sur la psychologie d'un seul individu. Un élément essentiel rattache « Calle Mayor » au mélodrame hollywoodien qui est le choix de l'actrice principale. En effet, pour interpréter le rôle d'Isabel, Juan Antonio Bardem ne s'est pas mis en danger car il a choisi Betsy Blair, une actrice hollywoodienne connue grâce au mélodrame américain Marty (1955) ou elle joue un rôle assez similaire à celui d'Isabel. Ainsi, malgré le réalisme qui prédomine l’ensemble du film, nous voyons la présence du cinéma hollywoodien à travers le portrait d’Isabel et par dessus tout, grâce à l'excellent jeu de Betsy Blair, une très bonne actrice capable de faire passer les émotions les plus difficiles avec un simple regard. Par exemple, dans la scène de la procession où Juan demande à Isabel de sortir avec lui, nous n’entendons pas ce qu’il lui dit sauf son dernier mot: « et je t’aime!», le reste du discours étant camouflé par les trompettes et laissé à l’imagination du spectateur. Par contre, pour sa scène finale, Bardem ne laisse aucun moyen au spectateur d'imaginer une fin différente de celle qu'il a choisi pour Isabel. En effet, à la fin du film, nous voyons Isabel, cette « vieille fille trentenaire » qui regarde par la fenêtre cette rue, cette « Calle Mayor » où elle devait rencontrer l'homme avec qui elle se marierait. Mais à ce moment là, Bardem nous la montre comme désespérée et blasée, prisonnière de sa solitude. Enfin, il faut préciser que durant tout son film, Bardem a pour but de dénoncer la société franquiste comme le montre parfaitement la scène de la procession, une procession dictée et réglée par cette société comme les aiguilles d'une horloge. Bardem distingue le « néoréalisme italien » et « le réalisme espagnol » qu'il prétend faire. Il répond à la propagande de Franco qu'il considère comme « politiquement inefficace, socialement fausse et esthétiquement nulle. »

C/ Comparaison des deux films
« Calle Mayor » est une copie du film « Les Vitelloni » et d’autres films italiens de la

tradition néoréaliste. Bardem donne au film une leçon ouvertement morale et didactique à la différence du film de Fellini, qui touche les problèmes sociaux et moraux sans une volonté précise de jugement. Les deux villes sont imaginées. Dans « Les Vitelloni », des images de différentes villes sont mises bout à bout pour créer une ville. Dans « Calle Mayor », Bardem fait un mélange de Cuenca, Palencia y Logroño pour créer une ville. Ensuite, les décors sont similaires. On retrouve le billard, les bars, les rues désertes et sombres … et le même style de personnage plongé dans un univers bourgeois avec une morale religieuse. De plus, on retrouve deux personnages qui fuient la ville, Moraldo dans « Les Vitelloni » et Féderico dans « Calle Mayor ». Moraldo est le seul membre qui finalement réalise le rêve de quitter le groupe et s'échappe de la ville.

Comparaison d'une scène de chaque film :

Nous avons choisi les scènes du train pour chaque film : Dans « Calle Mayor », on retrouve Federico et Isabel. La scène est faite de coupes franches qui montre, tout d'abord le portrait des deux personnages, l'un anxieux, l'autre pressé puis le train qui démarre. Federico dit à Isabel « Tu ne veux pas t'échapper » et « Tu peux vivre ». Il veut fuir le franquisme avec Isabel. Au moment où Federico s'en va à reculons pour aller prendre son train, on voit qu'il recule au même rythme que le train, comme si ce dernier l'emportait dans son sillage. Enfin, un plan fondu nous fait passer de la scène de la gare, à celle où l'on voit marcher Isabel dans la rue. Dans « Les Vitteloni », on remarque un recadrage pour suivre l'enfant, un portrait de l'homme et de l'enfant puis un portrait des trois personnages pour montrer que Moraldo monte dans le train. On remarque également des travellings arrières pour nous montrer qu'il s'éloigne de ses amis sans les oublier. On peut penser que la caméra est attachée au train puisqu'elle suit le départ du train.

Conclusion :
Ces deux films ont deux buts différents. Fellini veut juste montrer ce qui se passe en Italie tandis que Bardem juge et critique la société et la morale sous le fascisme. De plus, Bardem a essayé de créer un néoréalisme espagnol dans le but de dénoncer le franquisme mais la critique n'a vu qu'une copie du néoréalisme italien. On constate que Fellini et Bardem ne voient pas les choses de la même façon grâce à deux citations : « Je n’aime pas être contraint par la nécessité de raconter une histoire à travers ses développements successifs. Je ne veux pas raconter, je veux montrer » FEDERICO FELLINI « Mon but était de montrer l'authentique réalité de notre monde, vie quotidienne, 'ici et maintenant', dans le lieu où nous vivons aujourd'hui. C'est un témoignage d'un moment humain dans un instant donné et un espace déterminé.» JUAN ANTONIO BARDEM