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Bulletin

d’information
Les éditions des
JOURNAUX OFFICIELS
Di ffusi on de j uri sprudence, doctri ne et communi cati ons
N° 782
Publication
bimensuelle
15 mai
2013
Consultez
sur
www.courdecassati on.fr
le site de la Cour de cassation
i nternet
En refondant son portail, la Cour de cassation a souhaité :
º se do¦e. d.. s¦e d,.··µ.e. '. oe.·e¦¦·.¦ .o¦···e.¦ de |·vo.se. '· .e·o.¦ee
en page d’accueil d’informations de premier plan ;
º réorganiser les contenus, accessibles par un nombre limité de rubriques et
améliorer l’ergonomie du site pour favoriser l’accès à la jurisprudence et aux
colloques organisés par la Cour ;
º |·'¦e. '· .·vg·¦o. s.. 'e s¦e o·. '· ·se e. o'·e d.. ·o¦e.. de .e'e.'e ;
º apporter des informations nouvelles : données statistiques, liens vers les sites
de cours suprêmes de l’Union européenne et du reste du monde, en plus des
contenus presque tous repris de l’ancien site.
Co mmuni c at i o ns
Jur i s pr ude nc e
Do c t r i ne
Bulletin
d’information
2

Bulletin d’information
En quelques mots…

15 mai 2013
En quelques mots…
Communications Jurisprudence
Par arrêt du 22 janvier dernier,
la chambre commerciale a
cassé (infra, n
o
 765), au visa du
règlement (CE) n
o
 1346/2000
du 29 mai 2000, l’arrêt qui
« qui, pour déclarer recevable
la demande du procureur de
la République et prononcer à
l’encontre d’un dirigeant de
société une interdiction de gérer,
retient que dès lors qu’une
procédure de liquidation judiciaire,
même secondaire, est ouverte à
l’égard d’une société située sur
le territoire national, le ministère
public est recevable à exercer à
l’encontre de son dirigeant les
poursuites fondées sur les articles
L. 653-1 à L. 653-11 du code de
commerce, dans leur rédaction
issue de la loi du 26 juillet 2005 de
sauvegarde des entreprises […]
alors que […] l’action tendant au
prononcé d’une interdiction de
gérer à l’encontre du dirigeant de
la personne morale faisant l’objet
d’une procédure d’insolvabilité
appartient à la catégorie des
actions qui dérivent directement
de la procédure initiale et qui s’y
insèrent étroitement, et que […]
les effets d’une procédure
secondaire d’insolvabilité sont
limités aux biens du débiteur se
trouvant sur ce dernier territoire ».
Dans sa « chronique de droit
des entreprises en difficulté »,
Laurence Caroline Henry (Revue
des sociétés, mars 2013,
p. 183-184) expose, d’une part,
que « la question de l’application
des sanctions professionnelles
dans le cadre du règlement ([CE]
n
o
 1346/2000 du 29 mai 2000)
est nouvelle » et que la solution
adoptée à l’occasion de ce
pourvoi s’inscrit dans la continuité
« du critère posé par la Cour de
justice dans l’affaire Gourdain
(CJCE, 22 février 1979, affaire
n
o
 133/78) et reprise par le
considérant 6 du règlement
“insolvabilité” et par de nombreux
arrêts de la Cour », tout en
rappelant, d’autre part et « à juste
titre, que la procédure secondaire
ouverte en France est par essence
territoriale ». Cette territorialité,
qui « caractérise » l’ouverture
d’une procédure secondaire,
« s’impose quoi qu’il en soit » et,
ajoute Laurence Caroline Henry,
« ce sont les règles organisant
l’articulation des procédures
principale et secondaire
qui s’appliquent alors ».
3

15 mai 2013
En quelques mots…

Bulletin d’information
Doctrine
Par ailleurs, le 5 avril dernier,
l’assemblée plénière a jugé
que « les articles L. 512-2 et
D. 512-2 du code de la sécurité
sociale [...] ne portent pas une
atteinte disproportionnée au
droit à la vie familiale garanti
par les articles 8 et 14 de la
Convention de sauvegarde
des droits de l’homme et des
libertés fondamentales, ni ne
méconnaissent les dispositions
de la Convention internationale
des droits de l’enfant » et qu’« il
résulte de la jurisprudence de
la Cour de justice de l’Union
européenne qu’en application
de l’article 3, § 1, de la
décision n
o
 3/80 du conseil
d’association CEE-Turquie du
19 septembre 1980 relative
à l’application des régimes
de sécurité sociale des États
membres des Communautés
européennes aux travailleurs
turcs et aux membres de leur
famille […] l’absence de toute
discrimination fondée sur la
nationalité dans le domaine
d’application de cette décision
implique qu’un ressortissant
turc visé par cette dernière
soit traité de la même manière
que les nationaux de l’État
membre d’accueil ».
En conséquence, selon
l’assemblée plénière, « […] la
législation de cet État membre
ne saurait soumettre l’octroi d’un
droit à un tel ressortissant turc à
des conditions supplémentaires
ou plus rigoureuses par rapport à
celles applicables à ses propres
ressortissants » et, « dès lors, une
cour d’appel en a déduit à bon
droit que l’application des articles
L. 512-2, D. 512-1 et D. 512-2
du code de la sécurité sociale,
qui, en ce qu’ils soumettent
le bénéfice des allocations
familiales à la production d’un
document attestant d’une entrée
régulière des enfants étrangers
en France et, en particulier
pour les enfants entrés au titre
du regroupement familial, du
certificat médical délivré par
l’Office français de l’intégration
et de l’immigration, instituent
une discrimination directement
fondée sur la nationalité, devait
être écartée en l’espèce ».
4

Bulletin d’information
Table des matières

15 mai 2013
Table des matières
*
Les titres et sommaires des arrêts publiés dans le présent numéro paraissent, avec le texte de l’arrêt, dans leur rédaction définitive, au Bulletin des arrêts de la
Cour de cassation du mois correspondant à la date du prononcé des décisions.
Jurisprudence
Cour de cassati on (*)
I. - ARRÊTS PUBLIÉS INTÉGRALEMENT
Arrêts du 5 avril 2013 rendus
par l’assemblée plénière Pages
Convention européenne
des droits de l’homme 6
Sécurité sociale, prestations familiales 6 et 61
II. - ARRÊTS DES CHAMBRES STATUANT
EN MATIÈRE DE QUESTION PRIORITAIRE
DE CONSTITUTIONNALITÉ Numéros
Question prioritaire de constitutionnalité 709 à 711
III. - TITRES ET SOMMAIRES D’ARRÊTS -
ARRÊTS DES CHAMBRES Numéros
Actions possessoires 712
Appel civil 713
Architecte 714
Assurance (règles générales) 715-716
Bail commercial 717
Blanchiment 747
Bourse 718
Cassation 719-720
Chambre de l’instruction 721 à 723-741
Circulation routière 724
Compétence 725
Conflit collectif du travail 726
Conflit de juridictions 727-728
Contrat de travail, exécution 729
Contrat de travail, formation 730
Contrat de travail, rupture 731 à 733
Convention européenne
des droits de l’homme 734
Conventions internationales 764
Copropriété 735 à 738
Cour d’assises 739
Criminalité organisée 741
Droits de la défense 740
Enquête préliminaire 741
Entreprise en difficulté
(loi du 26 juillet 2005) 742-743
Instruction 741-744
Juge de l’exécution 745
Juridictions correctionnelles 746-747
Mandat d’arrêt européen 748
Procédure civile 749
Représentation des salariés 750
Responsabilité délictuelle
ou quasi délictuelle 751
Responsabilité pénale 752
Saisie immobilière 753
Sécurité sociale 754-755
Sécurité sociale, accident du travail 756 à 758
Sécurité sociale, assurances sociales 759
5

15 mai 2013
Table des matières
• Bulletin d’information
Travail réglementation, rémunération 763
Tribunal de commerce 764
Union européenne 765
Vente 766
Sécurité sociale, contentieux 760
Société (règles générales) 761
Statut collectif du travail 762
Statuts professionnels particuliers 764
6

Bulletin d’information
Arrêt publié intégralement

15 mai 2013
Jurisprudence
1
o
Convention européenne des droits de l’homme
Article 8. - Respect de la vie familiale. - Compatibilité. - Code de la sécurité sociale. - Article L. 512-2. -
Portée.
2
o
Sécurité sociale, prestations familiales
Prestations. - Bénéficiaires. - Enfant mineur étranger résidant en France. - Conditions. - Production du
certificat médical délivré par l’Office français de l’immigration et de l’intégration. - Exception. - Cas. -
Application de l’Accord euro-méditerranéen du 22 avril 2002 (CEE-Algérie).
1
o
Les articles L. 512-2 et D. 512-2 du code de la sécurité sociale, dans leur rédaction issue respectivement de
la loi n
o
 2005-1579 du 19 décembre 2005 et du décret n
o
 2006-234 du 27 février 2006, qui revêtent un caractère
objectif justifié par la nécessité dans un État démocratique d’exercer un contrôle des conditions d’accueil des
enfants, ne portent pas une atteinte disproportionnée au droit à la vie familiale garanti par les articles 8 et 14
de la Convention de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales, ni ne méconnaissent les
dispositions de la Convention internationale des droits de l’enfant.
2
o
Il se déduit de la jurisprudence de la Cour de justice de l’Union européenne qu’en application de l’article  68
de l’Accord euro-méditerranéen du 22 avril 2002 établissant une association entre la Communauté européenne
et ses États membres, d’une part, et la République algérienne démocratique et populaire, d’autre part, d’effet
direct, applicable aux prestations familiales en vertu des paragraphes 1 et 3, l’absence de toute discrimination
fondée sur la nationalité dans le domaine d’application de l’Accord implique qu’un ressortissant algérien résidant
légalement dans un État membre soit traité de la même manière que les nationaux de l’État membre d’accueil,
de sorte que la législation de cet État membre ne saurait soumettre l’octroi d’une prestation sociale à un tel
ressortissant algérien à des conditions supplémentaires ou plus rigoureuses par rapport à celles applicables à
ses propres ressortissants.
Cour de cassation
I - ARRÊT PUBLIÉ INTÉGRALEMENT
ARRÊT DU 5 AVRIL 2013 RENDU PAR L’ASSEMBLÉE PLÉNIÈRE
Titre et sommaire Pages 6 et 61
Communiqué Pages 7 et 61
Arrêt Pages 7 et 61
Rapport Pages 9 et 63
Avis Pages 37 et 80
7

15 mai 2013
Arrêt publié intégralement

Bulletin d’information
Dans ce cas, l’application des articles L. 512-2, D. 512-1 et D. 512-2 du code de la sécurité sociale, qui, en ce
qu’ils soumettent le bénéfice des allocations familiales à la production du certificat médical délivré par l’Office
français de l’intégration et de l’immigration à l’issue de la procédure de regroupement familial, instituent une
discrimination directement fondée sur la nationalité, doit être écartée.
COMMUNIQUÉ
Par deux arrêts rendus le 5  avril  2013, l’assemblée plénière de la Cour de cassation a déclaré incompatibles
avec les accords d’association signés entre l’Union européenne et la Turquie, d’une part, entre l’Union
européenne et l’Algérie, d’autre part, trois articles du code de la sécurité sociale, issus de la loi n
o
 2005-1579 du
19 décembre 2005, relatifs au versement des allocations familiales pour les travailleurs migrants turcs et algériens
titulaires d’un titre de séjour régulier, en ce qu’ils soumettent le bénéfice des allocations familiales, pour leurs
enfants nés à l’étranger, à la production d’un document attestant d’une entrée régulière des enfants en France
et, en particulier pour les enfants entrés au titre du regroupement familial, du certificat médical délivré par l’Office
français de l’intégration et de l’immigration.
De telles dispositions instituent en effet une discrimination directement fondée sur la nationalité, laquelle est
interdite en matière de sécurité sociale par les accords d’association signés entre l’Union européenne et les États
méditerranéens.
En revanche, l’assemblée plénière a réitéré sa jurisprudence issue des arrêts du 3 juin 2011 (assemblée plénière,
pourvoi n
o
  09-69.052, Bull.  2011, Ass. plén., n
o
  6  ; pourvoi n
o
  09-71.352, Bull.  2011, Ass. plén., n
o
  5), selon
laquelle ces mêmes articles du code de la sécurité sociale ne méconnaissent pas la Convention de sauvegarde
des droits de l’homme et des libertés fondamentales, ni la Convention internationale des droits de l’enfant.
Les deux arrêts ont été rendus sur les conclusions contraires du premier avocat général. Le Défenseur des droits
avait présenté des observations concluant toutefois en faveur de la solution retenue par la Cour de cassation.
ARRÊT
La Cour de cassation, siégeant en assemblée plénière, a rendu l’arrêt suivant :
Statuant sur le pourvoi formé par :
M. Rachid X..., domicilié (...), 75017 Paris (aide juridictionnelle totale, admission du 16 avril 2011),
contre l’arrêt rendu le 28 octobre 2010 par la cour d’appel de Paris (pôle 6, chambre 12), dans le litige l’opposant :
1
o
/ à la caisse d’allocations familiales (CAF) de Paris, dont le siège est 50, rue du Docteur-Finlay, 75750 Paris
Cedex 15,
2
o
/ au ministre chargé des affaires de la sécurité sociale, domicilié 14, avenue Duquesne, 75350 Paris 07 SP,
défendeurs à la cassation ;
Le demandeur invoque, devant l’assemblée plénière, le moyen de cassation annexé au présent arrêt ;
Ce moyen unique a été formulé dans un mémoire déposé au greffe de la Cour de cassation par la SCP Waquet,
Farge et Hazan, avocat de M. X… ;
Un mémoire en défense a été déposé au greffe de la Cour de cassation par la SCP Gatineau et Fattaccini, avocat
de la caisse d’allocations familiales de Paris ;
Des observations ont été déposées au greffe de la Cour de cassation par M
e
 Spinosi au nom du Défenseur des
droits ;
Le  rapport écrit de M.  Huglo, conseiller, et l’avis écrit de M.  Azibert, premier avocat général, ont été mis à la
disposition des parties ;
(…)
Sur le rapport de M. Huglo, conseiller, assisté de MM. Cardini et Burgaud, auditeurs au service de documentation,
des études et du rapport, les observations de la SCP  Waquet, Farge et Hazan, de la SCP  Gatineau et
Fattaccini et de M
e
  Spinosi, l’avis de M.  Azibert, premier avocat général, auquel, parmi les parties invitées à le
faire, la SCP  Waquet, Farge et Hazan et la SCP  Gatineau et Fattaccini ont répliqué, et après en avoir délibéré
conformément à la loi ;
Attendu, selon l’arrêt attaqué, que M.  X… a sollicité, auprès de la caisse d’allocations familiales de Paris (la
caisse), le bénéfice de prestations familiales pour son enfant Nour, née en Algérie ; que, à la suite du refus qui lui
été opposé par la caisse et du rejet le 19 juin 2007 de sa réclamation devant la commission de recours amiable,
M. X… a saisi, le 7 août 2007, le tribunal des affaires de sécurité sociale de Paris afin de se voir reconnaître le
droit à percevoir les prestations familiales pour l’enfant Nour ;
Sur le moyen unique, pris en ses trois premières branches :
Attendu que M.  X… fait grief à l’arrêt de rejeter sa demande d’allocations familiales à compter de l’entrée en
vigueur de la loi n
o
 2005-1579 du 19 décembre 2005, alors, selon le moyen :
«  1
o
/ qu’en statuant ainsi, l’arrêt attaqué a violé les articles 8 et 14 de la Convention de sauvegarde des droits
de l’homme et des libertés fondamentales et 3.1, 26 et 27 de la Convention internationale des droits de l’enfant ;
2
o
/ que le principe de l’interdiction de toute discrimination à raison de la nationalité postule que des prestations
familiales ne sauraient être refusées au bénéfice d’enfants étrangers séjournant régulièrement sur le territoire
8

Bulletin d’information
Arrêt publié intégralement

15 mai 2013
français, à raison d’une exigence n’existant pas pour les enfants français ; que la cour d’appel a violé les articles
14 de la Convention de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales et premier du premier
Protocole additionnel à cette convention ;
3
o
/ que constitue une discrimination prohibée au regard des mêmes textes, des principes généraux de la sécurité
sociale et du principe d’égalité devant la loi, qui ont ainsi été violés, la circonstance que le droit à percevoir des
prestations familiales dépend, pour chaque enfant d’une même famille, des conditions de son entrée en France,
ou du lieu de sa naissance ; que la cour d’appel a violé les textes et principes susvisés » ;
Mais attendu que les articles L.  512-2 et D.  512-2 du code de la sécurité sociale, dans leur rédaction issue
respectivement de la loi n
o
  2005-1579 du 19  décembre  2005 et du décret n
o
  2006-234 du 27  février  2006,
subordonnent le versement des prestations familiales à la production d’un document attestant d’une entrée
régulière des enfants étrangers en France et, en particulier pour les enfants entrés au titre du regroupement
familial, du certificat médical délivré par l’Office français de l’intégration et de l’immigration ; que ces dispositions,
qui revêtent un caractère objectif justifié par la nécessité dans un État démocratique d’exercer un contrôle des
conditions d’accueil des enfants, ne portent pas une atteinte disproportionnée au droit à la vie familiale garanti
par les articles 8 et 14 de la Convention de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales, ni
ne méconnaissent les dispositions de la Convention internationale des droits de l’enfant ;
D’où il suit que le moyen n’est pas fondé ;
Mais sur le moyen unique du pourvoi, pris en sa quatrième branche :
Vu les articles 68 et 69 de l’Accord euro-méditerranéen établissant une association entre la Communauté
européenne et ses États membres, d’une part, et la République algérienne démocratique et populaire, d’autre
part, signé le 22 avril 2002, et la décision 2005/690/CE du Conseil du 18 juillet 2005, concernant la conclusion
de cet Accord euro-méditerranéen ;
Attendu que, pour rejeter la demande d’allocations familiales pour la période postérieure à l’entrée en vigueur de
la loi du 19 décembre 2005, l’arrêt retient, par motifs adoptés, que c’est par une exacte application de la loi que
la caisse a opposé un refus d’attribution des prestations sollicitées au titre de l’enfant Nour Tassadit ;
Attendu, cependant, qu’il se déduit de la jurisprudence de la Cour de justice de l’Union européenne (CJCE,
5 avril 1995, Krid, aff. C-103/94 ; CJCE, 15 janvier 1998, Babahenini, aff. C-113/97 ; CJCE [Ord.], 13 juin 2006,
Echouikh, aff. C-336/05 ; CJCE [Ord.], 17 avril 2007, El Youssfi, aff. C-276/06) qu’en application de l’article 68
de l’Accord euro-méditerranéen susvisé, d’effet direct, applicable aux prestations familiales en vertu des
paragraphes 1 et 3, l’absence de toute discrimination fondée sur la nationalité dans le domaine d’application de
l’Accord implique qu’un ressortissant algérien résidant légalement dans un État membre soit traité de la même
manière que les nationaux de l’État membre d’accueil, de sorte que la législation de cet État membre ne saurait
soumettre l’octroi d’une prestation sociale à un tel ressortissant algérien à des conditions supplémentaires ou plus
rigoureuses par rapport à celles applicables à ses propres ressortissants  ; qu’il en résulte que l’application des
articles L. 512-2, D. 512-1 et D. 512-2 du code de la sécurité sociale, qui, en ce qu’ils soumettent le bénéfice
des allocations familiales à la production du certificat médical délivré par l’Office français de l’intégration et de
l’immigration à l’issue de la procédure de regroupement familial, instituent une discrimination directement fondée
sur la nationalité, devait être écartée en l’espèce ;
D’où il suit qu’en statuant comme elle l’a fait, la cour d’appel a violé les textes susvisés ;
PAR CES MOTIFS :
CASSE ET ANNULE, mais seulement en ce qu’il a rejeté la demande d’allocations familiales pour la période
postérieure à l’entrée en vigueur de la loi du 19  décembre  2005, l’arrêt rendu le 28  octobre  2010 par la cour
d’appel de Paris ; remet, en conséquence, sur ce point, la cause et les parties dans l’état où elles se trouvaient
avant ledit arrêt et, pour être fait droit, les renvoie devant la cour d’appel de Paris, autrement composée.
Ass. plén. - 5 avril 2013.
CASSATION PARTIELLE
N° 11-17.520. - CA Paris, 28 octobre 2010.
M. Lamanda, P. Pt. - M. Huglo, Rap., assisté de MM. Cardini et Burgaud, auditeurs au service de documentation,
des études et du rapport. - M. Azibert, P. Av. Gén. - SCP Waquet, Farge et Hazan, SCP Gatineau et Fattaccini,
M
e
 Spinosi, Av.
9

15 mai 2013
Arrêt publié intégralement

Bulletin d’information
1. - Rappel des faits et de la procédure
M.  X…, résident algérien, a sollicité à trois reprises, en 2003, 2005 et 2006, l’attribution des prestations
familiales en faveur de son enfant mineure Nour, née en Algérie, ses deux autres enfants étant nés en France.
Le bénéfice de ces prestations a, le 29 mars 2006, été refusé par la caisse d’allocations familiales de Paris (la
caisse) pour l’enfant Nour, en raison de ce que cette dernière ne pouvait justifier de la remise d’un certificat
médical de l’OMI, faute d’être rentrée en France selon la procédure de regroupement familial.
La commission de recours amiable de la caisse d’allocations familiales ayant, le 19 juin 2007, confirmé cette
position, M. X… a, par lettre du 7 août 2007, saisi le tribunal des affaires de sécurité sociale de Paris.
Par jugement du 24 février 2006, le tribunal a :
- dit le recours partiellement fondé ;
- dit que le droit aux prestations familiales en faveur de l’enfant Nour X… est ouvert à effet de mars 2004 et
jusqu’à l’entrée en vigueur de la loi du 19 décembre 2005 ;
- ordonné l’exécution provisoire ;
- rejeté toutes autres demandes.
Par lettre recommandée avec accusé de réception en date du 18  juin  2009, M.  X… a interjeté appel de
cette décision en faisant valoir notamment que la loi du 19 décembre 2005 était incompatible avec l’article 8
de la Convention de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales, avec l’article  3 de
la Convention internationale des droits de l’enfant, l’article  68 de l’Accord euro-méditerranéen signé entre
l’Union européenne et l’Algérie, la directive n
o
  2003/109/CE du Conseil du 25  novembre  2003 relative au
statut des ressortissants des pays tiers résidents de longue durée.
Par arrêt du 28 octobre 2010, la cour d’appel de Paris a confirmé le jugement en toutes ses dispositions.
Un pourvoi a été formé à l’encontre de cet arrêt par M.  X… le 6  mai  2011 (décision d’admission à l’aide
juridictionnelle le 6 avril 2011, accusé de réception du 16 avril 2011).
Un mémoire ampliatif a été déposé le 6 septembre 2011, qui sollicite, outre qu’une question préjudicielle soit
posée à la Cour de justice de l’Union européenne, la cassation de l’arrêt attaqué ainsi qu’une somme au titre
de l’article 700 du code de procédure civile d’un montant de 3 000 euros.
Un mémoire en défense a été déposé le 7  novembre  2011 par la caisse d’allocations familiales de Paris,
qui demande le rejet du pourvoi et la condamnation du demandeur au pourvoi à lui verser la somme de
2 000 euros au titre de l’article 700 du code de procédure civile.
2. - Analyse succincte des moyens
Un moyen unique en cinq branches est présenté :
« 1
o
ALORS QU’en statuant ainsi, l’arrêt attaqué a violé les articles 8 et 14 de la Convention européenne des
droits de l’homme et 3.1, 26 et 27 de la Convention internationale des droits de l’enfant ;
2
o
ALORS QUE le principe de l’interdiction de toute discrimination à raison de la nationalité postule que des
prestations familiales ne sauraient être refusées au bénéfice d’enfants étrangers séjournant régulièrement sur
le territoire français, à raison d’une exigence n’existant pas pour les enfants français  ; que la cour d’appel
a violé les articles 14 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés
fondamentales et premier du premier Protocole additionnel à cette Convention ;
3
o
ALORS ENCORE QUE constitue une discrimination prohibée au regard des mêmes textes, des principes
généraux de la sécurité sociale et du principe d’égalité devant la loi, qui ont ainsi été violés, la circonstance
que le droit à percevoir des prestations familiales dépend, pour chaque enfant d’une même famille, des
conditions de son entrée en France, ou du lieu de sa naissance  ; que la cour d’appel a violé les textes et
principes susvisés ;
4
o
ALORS QUE les travailleurs de nationalité algérienne et les membres de leur famille résidant avec
eux bénéficient, dans le domaine de la sécurité sociale, d’un régime caractérisé par l’absence de toute
discrimination fondée sur la nationalité par rapport aux propres ressortissants des États membres de l’Union
européenne dans lesquels ils sont occupés  ; que ce principe de non-discrimination interdit d’imposer aux
personnes entrant dans le champ d’application de cette disposition des conditions supplémentaires ou plus
rigoureuses par rapport à celles applicables aux nationaux de cet État ; que M. X…, employé en vertu d’un
contrat de travail à durée indéterminée, est titulaire d’un certificat de résidence algérien valable dix ans ; que
sa fille mineure, Nour Tassadit, titulaire d’un document de circulation, réside légalement en France avec lui ;
qu’ainsi, le droit aux prestations familiales ne peut être refusé au motif que l’enfant ne produit pas le certificat
de contrôle médical délivré dans le cadre du regroupement familial justifiant de la régularité de l’entrée sur
le territoire français sans violer les articles 68 et 69 de l’Accord d’association entre l’UE et l’Algérie signé le
22 avril 2002, ensemble l’article 11 de la directive 2003/109/CE du 25 novembre 2003 relative au statut des
ressortissants des pays tiers de longue durée ;
Rapport de M. Huglo
Conseiller rapporteur
10

Bulletin d’information
Arrêt publié intégralement

15 mai 2013
5
o
ALORS QU’en ne répondant pas au chef péremptoire des écritures de M.  X…, qui se prévalait des
dispositions précitées et invitait, en cas de doute, la cour d’appel à saisir la Cour de justice de l’Union
européenne à titre préjudiciel, l’arrêt attaqué a violé l’article 455 du code de procédure civile ».
3. - Identification du ou des points de droit faisant difficulté à juger
Droit aux prestations familiales - Travailleurs algériens résidant légalement en France - Accord d’association
euro-méditerranéen Union européenne-Algérie - Principe de non-discrimination - Convention internationale
des droits de l’enfant - Convention de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales -
Enfants nés à l’étranger et entrés en France sans que soit respectée la procédure de regroupement familial.
4. - Discussion citant les références de jurisprudence et de doctrine
Les dispositions en cause de droit interne sont les suivantes :
- article L. 512-2 du code de la sécurité sociale, tel que modifié par la loi n
o
 2005-1579 du 19 décembre 2005
(déclarée conforme à la Constitution par la décision n
o
  2005-528 DC du 15  décembre  2005 du Conseil
constitutionnel) :
«  Bénéficient de plein droit des prestations familiales dans les conditions fixées par le présent livre les
étrangers titulaires d’un titre exigé d’eux en vertu soit de dispositions législatives ou réglementaires, soit de
traités ou accords internationaux pour résider régulièrement en France.
Ces étrangers bénéficient des prestations familiales sous réserve qu’il soit justifié, pour les enfants qui sont à
leur charge et au titre desquels les prestations familiales sont demandées, de l’une des situations suivantes :
- leur naissance en France ;
- leur entrée régulière dans le cadre de la procédure de regroupement familial visée au livre IV du code
de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- leur qualité de membre de famille de réfugié ;
- leur qualité d’enfant d’étranger titulaire de la carte de séjour mentionnée au 10° de l’article  L.  313-11 du
code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- leur qualité d’enfant d’étranger titulaire de la carte de séjour mentionnée à l’article L. 313-13 du même code ;
- leur qualité d’enfant d’étranger titulaire de la carte de séjour mentionnée à l’article  L.  313-8 ou au 5° de
l’article L. 313-11 du même code ;
- leur qualité d’enfant d’étranger titulaire de la carte de séjour mentionnée au 7° de l’article L. 313-11
du même code, à la condition que le ou les enfants en cause soient entrés en France au plus tard en
même temps que l’un de leurs parents titulaires de la carte susmentionnée.
Un décret fixe la liste des titres et justifications attestant de la régularité de l’entrée et du séjour des
bénéficiaires étrangers. Il détermine également la nature des documents exigés pour justifier que les enfants
que ces étrangers ont à charge et au titre desquels des prestations familiales sont demandées remplissent
les conditions prévues aux alinéas précédents » ;
- article  D.  512-1 du code de la sécurité sociale, créé par le décret n
o
  2006-234 du 27  février  2006  (la
demande d’allocations familiales vise les prestations dues à compter de  février  2006, cf.  la page 2 du
jugement du tribunal des affaires de sécurité sociale) :
«  L’étranger qui demande à bénéficier de prestations familiales justifie la régularité de son séjour par la
production d’un des titres de séjour ou documents suivants en cours de validité :
1
o
carte de résident ;
2
o
carte de séjour temporaire ;
3
o
certificat de résidence de ressortissant algérien ;
4
o
récépissé de demande de renouvellement de l’un des titres ci-dessus ;
5° récépissé de demande de titre de séjour valant autorisation de séjour d’une durée de trois mois
renouvelable portant la mention « reconnu réfugié » ;
6° récépissé de demande de titre de séjour d’une durée de six mois renouvelable portant la mention « étranger
admis au séjour au titre de l’asile » ;
7° autorisation provisoire de séjour d’une validité supérieure à trois mois ;
8° passeport monégasque revêtu d’une mention du consul général de France à Monaco valant autorisation
de séjour ;
9° livret spécial, livret ou carnet de circulation ;
10° récépissé de demande de titre de séjour valant autorisation de séjour d’une durée de validité de trois
mois renouvelable délivré dans le cadre de l’octroi de la protection subsidiaire, accompagné de la décision
de l’Office français de protection des réfugiés et apatrides ou de la Commission des recours des réfugiés
accordant cette protection ».
11

15 mai 2013
Arrêt publié intégralement

Bulletin d’information
- article D. 512-2, créé par le décret n
o
 2006-234 du 27 février 2006 - article premier (JORF 28 février 2006),
dans sa rédaction applicable du 28  février  2006 au 28  mars  2009 (la modification ne porte que sur la
dénomination de l’instance compétente pour la délivrance du certificat médical en matière de regroupement
familial) :
« La régularité de l’entrée et du séjour des enfants étrangers que le bénéficiaire a à charge et au titre desquels
il demande des prestations familiales est justifiée par la production de l’un des documents suivants :
1
o
extrait d’acte de naissance en France ;
2
o
certificat de contrôle médical de l’enfant, délivré par l’Agence nationale de l’accueil des étrangers et des
migrations à l’issue de la procédure d’introduction ou d’admission au séjour au titre du regroupement familial ;
3
o
livret de famille délivré par l’Office français de protection des réfugiés et apatrides ou, à défaut, un acte
de naissance établi, le cas échéant, par cet office, lorsque l’enfant est membre de famille d’un réfugié, d’un
apatride ou d’un bénéficiaire de la protection subsidiaire. Lorsque l’enfant n’est pas l’enfant du réfugié,
de l’apatride ou du bénéficiaire de la protection subsidiaire, cet acte de naissance est accompagné d’un
jugement confiant la tutelle de cet enfant à l’étranger qui demande à bénéficier des prestations familiales ;
4
o
visa délivré par l’autorité consulaire et comportant le nom de l’enfant d’un étranger titulaire de la carte de
séjour mentionnée à l’article  L.  313-8 ou au 5° de l’article  L.  313-11 du code de l’entrée et du séjour des
étrangers et du droit d’asile ;
5° attestation délivrée par l’autorité préfectorale, précisant que l’enfant est entré en France au plus tard en
même temps que l’un de ses parents admis au séjour sur le fondement du 7° de l’article L. 313-11 du code
de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ou du 5° de l’article 6 de l’Accord franco-algérien du
27 décembre 1968 modifié ;
6° titre de séjour délivré à l’étranger âgé de seize à dix-huit ans dans les conditions fixées par l’article L. 311-3
du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.
Elle est également justifiée, pour les enfants majeurs ouvrant droit aux prestations familiales, par l’un des titres
mentionnés à l’article D. 512-1 ».
Il est renvoyé au rapport de Mme  Monéger établi pour les deux arrêts de l’assemblée plénière du
3  juin  2011 (pourvois n
o
  09-69.052, Bull.  2011, Ass. plén., n
o
  6, et 09-71.352, Bull.  2011, Ass. plén., n
o
  5)
en ce qui concerne la législation antérieure à la loi du 19  décembre  2005 et la jurisprudence de notre
Cour, notamment  : assemblée plénière, 16  avril  2004, pourvoi n
o
  02-30.157, Bull.  2004, Ass. plén., n
o
  8  ;
2
e
 Civ., 14 septembre 2006, pourvoi n
o
 04-30.837, Bull. 2006, II, n
o
 238 ; 2
e
 Civ., 6 décembre 2006, pourvoi
n
o
 05-12.666, Bull. 2006, II, n
o
 342.
Sur les trois premières branches du moyen ;
Celles-ci contestent la compatibilité du code de la sécurité sociale au regard des articles 8 et 14 de la
Convention de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales et des articles 3, §  1, 26
et 27 de la Convention internationale des droits de l’enfant, ainsi que de l’article premier du premier Protocole
additionnel à la Convention de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales, combiné
avec son article 14.
L’assemblée plénière pourrait, le cas échéant, estimer que la question est dans une certaine mesure déjà
tranchée par les deux arrêts rendus par elle le 3 juin 2011 (ci-après).
Cour de cassation - Assemblée plénière - Publication : publié [ECLI:FR:CCASS:2011:PL.00599]
SÉCURITÉ SOCIALE, PRESTATIONS FAMILIALES  - Prestations  - Bénéficiaires  - Enfant mineur étranger
résidant en France - Régularité du séjour en France - Appréciation - Modalités - Détermination.
Les articles L. 512-2 et D.  512-2 du code de la sécurité sociale, dans leur rédaction issue respectivement
de la loi n
o
  2005-1579 du 19  décembre  2005 et du décret n
o
  2006-234 du 27  février  2006, subordonnent
le versement des prestations familiales à la production d’un document attestant d’une entrée régulière des
enfants étrangers en France et, en particulier pour les enfants entrés au titre du regroupement familial, du
certificat médical délivré par l’Office français de l’immigration et de l’intégration (OFII).
CONVENTION EUROPÉENNE DES DROITS DE L’HOMME  - Article  8  - Respect de la vie familiale  -
Compatibilité - Code de la sécurité sociale - Article L. 512-2 - Portée.
Les dispositions des articles L. 512-2 et D. 512-2 du code de la sécurité sociale, dans leur rédaction issue
respectivement de la loi n
o
 2005-1579 du 19 décembre 2005 et du décret n
o
 2006-234 du 27 février 2006,
qui revêtent un caractère objectif justifié par la nécessité dans un État démocratique d’exercer un contrôle des
conditions d’accueil des enfants, ne portent pas une atteinte disproportionnée au droit à la vie familiale garanti
par les articles 8 et 14 de la Convention de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales,
ni ne méconnaissent les dispositions de l’article 3-1 de la Convention internationale des droits de l’enfant.
CONVENTION EUROPÉENNE DES DROITS DE L’HOMME  - Article  14  - Interdiction de discrimination  -
Compatibilité - Code de la sécurité sociale - Article L. 512-2 - Portée.
SÉCURITÉ SOCIALE, PRESTATIONS FAMILIALES  - Prestations  - Bénéficiaires  - Enfant mineur étranger
résidant en France - Conditions - Production du certificat médical délivré par l’Office français de l’immigration
et de l’intégration - Portée.
La cour d’appel, qui constate que les demandeurs aux prestations justifient qu’ils résident légalement sur le
territoire national français depuis le mois d’octobre 2000, en a exactement déduit que, jusqu’à l’entrée en
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15 mai 2013
vigueur de la loi du 19  décembre  2005 qui a modifié les conditions d’attribution des prestations familiales,
le bénéfice de celles-ci ne pouvait être subordonné à la production d’un certificat de l’Office français de
l’immigration et de l’intégration (OFII).
Textes appliqués : N1 > articles L. 512-2 et D. 512-2 du code de la sécurité sociale, dans leur rédaction issue
respectivement de la loi n
o
  2005-1579 du 19  décembre  2005 et du décret n
o
  2006-234 du 27  février  2006
N2 > articles L. 512-2 et D. 512-2 du code de la sécurité sociale, dans leur rédaction issue respectivement de
la loi n
o
 2005-1579 du 19 décembre 2005 et du décret n
o
 2006-234 du 27 février 2006 ; articles 8 et 14 de la
Convention de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ; article 3-1 de la Convention
internationale des droits de l’enfant N3 > articles L. 512-2 et D. 512-2 du code de la sécurité sociale, dans
leur rédaction alors applicable.
3 juin 2011 - Rejet
Décision attaquée : cour d’appel de Rennes, 28 janvier 2009
Texte de la décision
Attendu, selon l’arrêt attaqué (Rennes, 28  janvier  2009), que M.  et Mme  X…, de nationalité congolaise,
qui résident en France de façon régulière depuis le 9  octobre  2000, ont sollicité de la caisse d’allocations
familiales d’Ille-et-Vilaine (la caisse) le bénéfice des prestations familiales au titre de leurs deux enfants,
Cynthia et Jonathan, nés à Kinshasa respectivement le 4  juin  1994 et le 20  mai  1997, entrés en France
en mai 2002, en dehors de la procédure de regroupement familial ; que la caisse ayant rejeté leur demande au
motif qu’ils ne produisaient pas le certificat médical de l’Office des migrations internationales, devenu l’Office
français de l’immigration et de l’intégration (OFII), ils ont saisi une juridiction de sécurité sociale d’un recours ;
Sur le pourvoi principal des époux X… :
Attendu que M.  et Mme  X… font grief à l’arrêt de les débouter de leurs demandes en versement des
prestations familiales en faveur de Jonathan et Cynthia pour la période postérieure à l’entrée en vigueur de la
loi du 19 décembre 2005, alors, selon le moyen :
1°/ que la circonstance que la législation française n’a pas été censurée par la Cour européenne des droits
de l’homme ne retire pas au juge son pouvoir d’examen de la conventionnalité de la loi française ; qu’en s’y
refusant, la cour d’appel a violé les articles 12 du code de procédure civile et 55 de la Constitution ;
2°/ qu’en donnant effet à la loi nouvelle en estimant que le législateur avait restreint les conditions d’attribution
des prestations familiales pour les enfants étrangers résidant en France et juger que les époux X… n’avaient
droit aux prestations familiales que jusqu’à la date du 19  décembre  2005 pour leurs enfants entrés sur
le territoire national français illégalement, la cour d’appel a violé les articles 8 et 14 de la Convention de
sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales, ensemble les articles 3, 24-1 et 26 de la
Convention internationale des droits de l’enfant ;
Mais attendu que les articles L. 512-2 et D. 512-2 du code de la sécurité sociale, dans leur rédaction
issue respectivement de la loi n
o
  2005-1579 du 19  décembre  2005 et du décret n
o
  2006-234 du
27 février 2006, subordonnent le versement des prestations familiales à la production d’un document
attestant d’une entrée régulière des enfants étrangers en France et, en particulier pour les enfants
entrés au titre du regroupement familial, du certificat médical délivré par l’OFII ; que ces dispositions,
qui revêtent un caractère objectif justifié par la nécessité dans un État démocratique d’exercer un
contrôle des conditions d’accueil des enfants, ne portent pas une atteinte disproportionnée au droit à
la vie familiale garanti par les articles 8 et 14 de la Convention de sauvegarde des droits de l’homme
et des libertés fondamentales, ni ne méconnaissent les dispositions de l’article 3-1 de la Convention
internationale des droits de l’enfant ;
D’où il suit que le moyen n’est pas fondé ;
Et sur le pourvoi incident de la caisse :
Attendu que la caisse fait grief à l’arrêt de la condamner à verser aux époux X… les prestations dues au titre
des enfants Cynthia et Jonathan du mois de  juin  2002 au 19  décembre  2005 avec intérêts au taux légal à
compter du 19 avril 2006, alors, selon le moyen :
1°/ que la CAF d’Ille-et-Vilaine soutenait que, pour la période antérieure au 19  décembre  2005, le code de
la sécurité sociale imposait déjà la production du certificat de contrôle médical délivré par l’Office national
de l’immigration, attestant de l’entrée régulière sur le territoire des mineurs pour lesquels les allocations
familiales étaient sollicitées rétroactivement  ; qu’en effet, l’article  D.  511-2 du code de la sécurité sociale,
dans sa rédaction antérieure, disposait que « la régularité de l’entrée et du séjour des enfants étrangers que le
bénéficiaire a à charge et au titre desquels il demande des prestations familiales est justifiée par la production
d’un des titres de séjour ou documents prévus à l’article  D.  511-1, à défaut, par la production d’un des
documents suivants : extrait d’acte de naissance en France ; certificat de contrôle médical, délivré par l’Office
national d’immigration à l’issue de la procédure de regroupement familial et comportant le nom de l’enfant » ;
qu’en affirmant néanmoins que, pour la période antérieure à la loi de finances du 19  décembre  2005, les
allocations familiales étaient dues de plein droit à raison de la seule régularité du séjour des parents, sans
rechercher - ainsi qu’elle y était pourtant invitée - si l’article D. 511-2 du code de la sécurité sociale, dans sa
rédaction alors applicable, n’imposait pas la preuve de l’entrée régulière des enfants sur le territoire, la cour
d’appel a privé sa décision de base légale au regard des articles L. 512-1, L. 512-2 et D. 511-2 du code de
la sécurité sociale, dans leur rédaction alors applicable ;
2°/ qu’est conforme aux exigences posées par la Convention européenne le fait d’imposer aux étrangers
résidant régulièrement en France et souhaitant y faire venir leurs enfants mineurs de respecter la procédure
13

15 mai 2013
Arrêt publié intégralement

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de regroupement familial pour pouvoir bénéficier des prestations familiales et de les refuser à ceux qui ont
contourné le dispositif légal lorsque ce dernier trouvait à s’appliquer  ; qu’en l’espèce, il est constant que
M. X…, entré sur le territoire en 1999, a fait irrégulièrement entrer sur le territoire français ses deux enfants
mineurs en 2002, en méconnaissance de la procédure de regroupement familial  ; qu’ainsi, en soumettant
le bénéfice des prestations familiales à la production par les époux X… des certificats de contrôle médical,
délivrés par l’Office national d’immigration à l’issue de la procédure de regroupement familial et comportant
le nom des enfants, imposés par l’article  D.  512-1 du code de la sécurité sociale dans sa rédaction alors
applicable, la CAF d’Ille-et-Vilaine n’a commis aucune discrimination ni violation de l’article 8 de la Convention
européenne des droits de l’homme ; qu’en affirmant le contraire, la cour d’appel a violé ensemble les articles
D.  512-1 du code de la sécurité sociale et les articles 8 et 14 de la Convention européenne des droits de
l’homme ;
Mais attendu que l’arrêt constate que les époux X… justifient qu’ils résident légalement sur le territoire national
français depuis le mois d’octobre 2000 ; que la cour d’appel en a exactement déduit que, jusqu’à l’entrée en
vigueur de la loi du 19 décembre 2005 qui a modifié les conditions d’attribution des prestations familiales, le
bénéfice de celles-ci ne pouvait être subordonné à la production d’un certificat de l’OFII ;
D’où il suit que le moyen n’est pas fondé ;
PAR CES MOTIFS :
REJETTE les pourvois
N° 09-69.052 - M.  X… Okonda Osungu, Mme  X… Okonda Osungu contre caisse d’allocations familiales
(CAF) d’Ille-et-Vilaine, direction régionale des affaires sanitaires et sociales (DRASS) de Bretagne
M.  Lamanda, P.  Pt.  - Mme  Monéger, Rap., assistée de Mme  Bernard, greffière en chef.  - M.  Azibert,
P. Av. Gén. - SCP Defrenois et Levis, SCP Gatineau et Fattaccini, SCP Masse-Dessen et Thouvenin, Av.
Publication : Bull. 2011, Ass. plén., n
o
 6
Rapprochements : N1 > À rapprocher : assemblée plénière, 16 avril 2004, pourvoi n
o
 02-30.157, Bull. 2004,
Ass. plén, n
o
 8 (rejet) N2 > À rapprocher : assemblée plénière, 16 avril 2004, pourvoi n
o
 02-30.157, Bull. 2004,
Ass. plén, n
o
 8 (rejet).
Dans le même sens que : assemblée plénière, 3 juin 2011, pourvoi n
o
 09-71.352, Bull. 2011, Ass. plén, n
o
 5
(cassation partielle) N3 > À rapprocher : assemblée plénière, 16 avril 2004, pourvoi n
o
 02-30.157, Bull. 2004,
Ass. plén, n
o
 8 (rejet) ; 2
e
 Civ., 15 avril 2010, pourvoi n
o
 09-12.911, Bull. 2010, II, n
o
 85 (cassation).
Dans le même sens que : assemblée plénière, 3 juin 2011, pourvoi n
o
 09-71.352, Bull. 2011, Ass. plén, n
o
 5
(cassation partielle)
Référence(s) antérieure(s) :
1. Assemblée plénière, 16 avril 2004
2. Chambre civile 2, 15 avril 2010
Référence(s) postérieure(s) :
1. Chambre civile 2, 11 octobre 2012
Cour de cassation - Assemblée plénière - Publication : publié [ECLI:FR:CCASS:2011:PL.00600]
SÉCURITÉ SOCIALE, PRESTATIONS FAMILIALES  - Prestations  - Bénéficiaires  - Enfant mineur étranger
résidant en France - Conditions - Production du certificat médical délivré par l’Office français de l’immigration
et de l’intégration - Portée.
La cour d’appel, qui constate que le demandeur aux prestations assume la charge effective et permanente
de ses deux enfants et justifie être titulaire d’une carte de résident valable de  juin  2001 à  juin  2011, en a
exactement déduit que jusqu’à l’entrée en vigueur de la loi du 19 décembre 2005 qui a modifié les conditions
d’attribution des prestations familiales le bénéfice de celles-ci ne pouvait être subordonné à la production d’un
certificat de l’Office français de l’immigration et de l’intégration (OFII).
CONVENTION EUROPÉENNE DES DROITS DE L’HOMME  - Article  8  - Respect de la vie familiale  -
Compatibilité - Code de la sécurité sociale - Article L. 512-2 - Portée.
Les dispositions des articles L. 512-2 et D. 512-2 du code de la sécurité sociale, dans leur rédaction issue
respectivement de la loi n
o
 2005-1579 du 19 décembre 2005 et du décret n
o
 2006-234 du 27 février 2006,
qui revêtent un caractère objectif justifié par la nécessité dans un État démocratique d’exercer un contrôle des
conditions d’accueil des enfants, ne portent pas une atteinte disproportionnée au droit à la vie familiale garanti
par les articles 8 et 14 de la Convention de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales,
ni ne méconnaissent les dispositions de l’article 3-1 de la Convention internationale des droits de l’enfant .
CONVENTION EUROPÉENNE DES DROITS DE L’HOMME  - Article  14  - Interdiction de discrimination  -
Compatibilité - Code de la sécurité sociale - Article L. 512-2 - Portée.
Textes appliqués  : N1  > articles L. 512-2 et D. 512-2 du code de la sécurité sociale dans leur rédaction
alors applicable N2 > articles L. 512-2 et D. 512-2 du code de la sécurité sociale, dans leur rédaction issue
respectivement de la loi n
o
 2005-1579 du 19 décembre 2005 et du décret n
o
 2006-234 du 27 février 2006 ;
articles 8 et 14 de la Convention de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales  ;
article 3-1 de la Convention internationale des droits de l’enfant.
3 juin 2011 - Cassation partielle
Décision attaquée : cour d’appel de Paris, 24 septembre 2009
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15 mai 2013
Texte de la décision
Donne acte à la CAF de Paris de son désistement à l’égard de la DRASSIF ;
Attendu, selon l’arrêt attaqué, que M.  X…, de nationalité marocaine, qui justifie d’une carte de résident
valable jusqu’en  juin  2011, a sollicité, en  septembre  2005, de la caisse d’allocations familiales de Paris (la
caisse) le bénéfice des prestations familiales au titre de ses deux filles, Nassiba et Alaf, nées respectivement
les 23 mai 1986 et 17 juin 1989 au Maroc et arrivées en France le 15 août 2003 en dehors de la procédure
de regroupement familial ; que la caisse ayant rejeté sa demande au motif qu’il ne produisait pas le certificat
médical de l’Office des migrations internationales, devenu l’Office français de l’immigration et de l’intégration
(OFII), il a saisi une juridiction de sécurité sociale d’un recours ;
Sur le moyen unique, pris en sa première branche :
Attendu que la caisse fait grief à l’arrêt de dire que les prestations familiales étaient dues à M.  X... du chef
de ses deux enfants à compter du mois de  septembre  2003, alors, selon le moyen, que, pour la période
antérieure au 19 décembre 2005, le code de la sécurité sociale imposait déjà la production du certificat de
contrôle médical délivré par l’Office national de l’immigration, attestant de l’entrée régulière sur le territoire des
mineurs pour lesquels les allocations familiales étaient sollicitées rétroactivement ; qu’en effet, l’article D. 511-2
du code de la sécurité sociale, dans sa rédaction antérieure, disposait que «  la régularité de l’entrée et du
séjour des enfants étrangers que le bénéficiaire a à charge et au titre desquels il demande des prestations
familiales est justifiée par la production d’un des titres de séjour ou documents prévus à l’article  D.  511-1,
à défaut par la production d’un des documents suivants  :  extrait d’acte de naissance en France  ;  certificat
de contrôle médical, délivré par l’Office national d’immigration à l’issue de la procédure de regroupement
familial et comportant le nom de l’enfant » ; qu’en affirmant néanmoins que, pour la période antérieure à la loi
du 19 décembre 2005, les allocations familiales étaient dues de plein droit à raison de la seule régularité du
séjour des parents, sans qu’ils n’aient à produire le certificat de contrôle médical délivré par l’Office national
de l’immigration attestant de l’entrée régulière en France de leurs enfants, la cour d’appel a violé les articles
L. 512-1, L. 512-2 et D. 511-2 du code de la sécurité sociale dans leur rédaction alors applicable ;
Mais attendu que l’arrêt constate que M. X…, dont il n’est pas contesté qu’il assume la charge effective et
permanente de ses deux enfants, justifie être titulaire d’une carte de résident valable de juin 2001 à juin 2011 ;
que la cour d’appel en a exactement déduit que, jusqu’à l’entrée en vigueur de la loi du 19 décembre 2005
qui a modifié les conditions d’attribution des prestations familiales, le bénéfice de celles-ci ne pouvait être
subordonné à la production d’un certificat de l’OFII ;
D’où il suit que le moyen n’est pas fondé ;
Mais sur le moyen unique, pris en sa deuxième branche :
Vu les articles L.  512-1, L.  512-2 et D.  512-2 du code de la sécurité sociale, dans leur rédaction issue
respectivement de la loi n
o
 2005-1579 du 19 décembre 2005 et du décret n
o
 2006-234 du 27 février 2006,
ensemble les articles 8 et 14 de la Convention de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés
fondamentales ;
Attendu que, pour accueillir la demande de M. X… tendant à obtenir les prestations familiales pour la période
postérieure à l’entrée en vigueur de la loi du 19 décembre 2005, l’arrêt retient que la nouvelle réglementation
qui subordonne le bénéfice des prestations familiales à la justification de la régularité du séjour des enfants
porte une atteinte disproportionnée au principe de non-discrimination en raison de l’origine nationale et au
droit à la protection de la vie familiale garantis par les articles 8 et 14 de la Convention de sauvegarde des
droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
Qu’en statuant ainsi, alors que les nouvelles dispositions législatives et réglementaires, qui revêtent
un caractère objectif justifié par la nécessité dans un État démocratique d’exercer un contrôle des
conditions d’accueil des enfants, ne portent pas une atteinte disproportionnée au droit à la vie
familiale garanti par les articles 8 et 14 de la Convention de sauvegarde des droits de l’homme et des
libertés fondamentales, la cour d’appel a violé les textes susvisés ;
PAR CES MOTIFS, et sans qu’il y ait lieu de statuer sur la troisième branche :
CASSE ET ANNULE, mais seulement en ce qu’il a admis la demande de M. X… relativement au versement
des prestations familiales, postérieurement à l’entrée en vigueur de la loi du 19 décembre 2005, l’arrêt rendu
le 24 septembre 2009, entre les parties, par la cour d’appel de Paris ; remet, en conséquence, sur ce point,
la cause et les parties dans l’état où elles se trouvaient avant ledit arrêt et, pour être fait droit, les renvoie
devant la cour d’appel de Versailles ».
N° 09-71.352 - Caisse d’allocations familiales (CAF) de Paris contre direction des affaires sanitaires et sociales
(DRASSIF) d’Ile-de-France, M. X…
M.  Lamanda, P.  Pt.  - Mme  Monéger, Rap., assistée de Mme  Bernard, greffière en chef.  - M.  Azibert,
P. Av. Gén. - SCP Gadiou et Chevallier, SCP Gatineau et Fattaccini, Av.
Publication : Bull. 2011, Ass. plén., n
o
 5.
Rapprochements : N1 > À rapprocher : assemblée plénière, 16 avril 2004, pourvoi n
o
 02-30.157, Bull. 2004,
Ass. plén, n
o
 8 (rejet) ; 2
e
 Civ., 15 avril 2010, pourvoi n
o
 09-12.911, Bull. 2010, II, n
o
 85 (cassation).
Dans le même sens que : assemblée plénière, 3 juin 2011, pourvoi n
o
 09-69.052, Bull. 2011, Ass. plén, n
o
 6
(rejet).
15

15 mai 2013
Arrêt publié intégralement

Bulletin d’information
N2  > À rapprocher  : assemblée plénière, 16  avril  2004, pourvoi n
o
  02-30.157, Bull.  2004, Ass. plén, n
o
  8
(rejet). Dans le même sens que : 2
e
 Civ., 15 avril 2010, pourvoi n
o
 09-12.911, Bull. 2010, II, n
o
 85 (cassation) ;
assemblée plénière, 3 juin 2011, pourvoi n
o
 09-69.052, Bull. 2011, Ass. plén, n
o
 6 (rejet).
Référence(s) antérieure(s) :
1. Assemblée plénière, 16 avril 2004
2. Chambre civile 2, 15 avril 2010
Cette jurisprudence de l’assemblée plénière (voir, quant aux commentaires de la doctrine, I. Sayn,
« Prestations familiales, conditions de régularité de l’entrée et du séjour en France appliquées aux enfants »,
Actualité juridique Famille 2011, p.  375  ; F. Tercero et V. Vandelle, Droit ouvrier,  novembre  2011, n
o
  760,
p. 746 ; A. Gouttenoire, Actualité juridique Famille 2012, p. 183 ; C. Willmann, Lexbase Hebdo édition sociale,
n
o
  444, du 16  juin  2011  ; A. Devers, La Semaine juridique, édition sociale, n
o
  31, 2  août  2011, p.  1380, le
même article  étant également publié dans la revue Droit de la famille, n
o
  9, septembre  2011, commentaire
140  ; T. Tauran, Revue de droit sanitaire et social 2011, p.  738) est appliquée fidèlement par la deuxième
chambre civile (2
e
 Civ., 20 janvier 2012, pourvoi n
o
 10-27.871 ; 2
e
 Civ. , 15 mars 2012, pourvois n
o
 10-28.856,
n
o
  10-28.857, n
o
  11-12.210  ; 2
e
  Civ., 31  mai  2012, pourvoi n
o
  11-18.391  ; 2
e
  Civ., 29  novembre  2012,
pourvoi n
o
 11-26.281 ; et sur le seul terrain de l’article 3, § 1, de la Convention internationale des droits de
l’enfant : 2
e
 Civ., 15 mars 2012, pourvoi n
o
 10-27.496, n
o
 11-14.437), laquelle juge par ailleurs que le certificat
de contrôle médical délivré par l’Office français d’immigration et d’intégration revêt un caractère recognitif,
de sorte que le droit à prestations était ouvert à la date d’effet de la décision d’admission par mesure de
régularisation au bénéfice du regroupement familial (2
e
 Civ., 11 octobre 2012, n
o
 11-26.526).
Cour de cassation - Chambre civile 2 - Publication : publié [ECLI:FR:CCASS:2012:C201603 ]
SÉCURITÉ SOCIALE, PRESTATIONS FAMILIALES  - Prestations  - Bénéficiaires  - Enfant mineur étranger
résidant en France - Régularité du séjour en France - Appréciation - Modalités - Détermination.
Selon l’article  L. 512-2 du code de la sécurité sociale, dans sa rédaction issue de la loi n
o
  2005-1579
du 19  décembre  2005, les étrangers non ressortissants d’un État membre de l’Union européenne, d’un
État partie à l’Accord sur l’Espace économique européen ou de la Confédération helvétique et séjournant
régulièrement en France bénéficient des prestations familiales sous réserve qu’il soit justifié, pour les enfants
qui sont à leur charge et au titre desquels les prestations familiales sont demandées, de la régularité de leur
séjour  ; selon l’article  D.  512-2 2
o
du code de la sécurité sociale, la régularité de l’entrée et du séjour des
enfants étrangers que le bénéficiaire a à sa charge est justifiée notamment par la production du certificat de
contrôle médical de l’enfant délivré par l’Office français d’immigration et d’intégration à l’issue de la procédure
d’introduction ou d’admission au séjour au titre du regroupement familial.
Viole ces textes la cour d’appel qui déboute un allocataire de sa demande d’attribution des prestations pour
la période antérieure à la production du certificat au motif qu’au jour de la demande il ne disposait pas de ce
dernier, alors que le certificat de contrôle médical délivré par l’Office français d’immigration et d’intégration
revêt un caractère recognitif, de sorte que le droit à prestations était ouvert à la date d’effet de la décision
d’admission par mesure de régularisation au bénéfice du regroupement familial.
SÉCURITÉ SOCIALE, PRESTATIONS FAMILIALES  - Prestations  - Bénéficiaires  - Enfant mineur étranger
résidant en France - Conditions - Production du certificat médical délivré par l’Agence nationale de l’accueil
des étrangers et des migrations.
SÉCURITÉ SOCIALE, PRESTATIONS FAMILIALES  - Prestations  - Ouverture du droit  - Date  - Fixation  -
Certificat de contrôle médical délivré par l’Office national d’immigration - Portée.
Textes appliqués : articles L. 512-2 et D. 512-2 2
o
du code de la sécurité sociale, dans leur rédaction issue
respectivement de la loi n
o
 2005-1579 du 19 décembre 2005 et du décret n
o
 2006-234 du 27 février 2006
11 octobre 2012 Cassation
Décision attaquée : cour d’appel de Paris, 18 novembre 2010
Texte de la décision
« Sur le moyen unique :
Vu les articles L. 512-2 et D. 512-2, 2°, du code de la sécurité sociale, dans leur rédaction issue respectivement
de la loi n
o
 2005-1579 du 19 décembre 2005 et du décret n
o
 2006-234 du 27 février 2006 ;
Attendu, selon le premier de ces textes, que bénéficient des prestations familiales les étrangers non
ressortissants d’un État membre de l’Union européenne, d’un État partie à l’Accord sur l’Espace économique
européen ou de la Confédération helvétique et séjournant régulièrement en France, sous réserve qu’il soit
justifié, pour les enfants qui sont à leur charge et au titre desquels les prestations familiales sont demandées,
de la régularité de leur séjour ; que, selon le second, la régularité de l’entrée et du séjour des enfants étrangers
que le bénéficiaire a à sa charge est justifiée notamment par la production du certificat de contrôle médical
de l’enfant délivré par l’Office français d’immigration et d’intégration à l’issue de la procédure d’introduction
ou d’admission au séjour au titre du regroupement familial ;
Attendu, selon l’arrêt attaqué, qu’étant allé chercher directement ses enfants en Côte d’Ivoire en août 2007,
M. X… a sollicité et obtenu, en mai 2010, leur admission au séjour au bénéfice du regroupement familial par
mesure de régularisation ; qu’il a demandé par ailleurs, dès le 1
er
 septembre 2007, l’attribution de prestations
familiales à la caisse d’allocations familiales de Paris  ; que, celle-ci n’ayant fait droit à sa demande qu’à
compter de la production, en juin 2010, du certificat médical délivré par l’Office français de l’immigration et
de l’intégration, M. X… a saisi d’un recours une juridiction de sécurité sociale ;
16

Bulletin d’information
Arrêt publié intégralement

15 mai 2013
Attendu que, pour débouter M.  X… de sa demande, l’arrêt, après avoir rappelé les textes susvisés, retient
qu’en l’espèce, les deux enfants au titre desquels les prestations familiales sont demandées ne sont entrés
en France qu’après l’admission au séjour de leur père, et ce, en dehors de la procédure de regroupement
familial, et qu’au jour du dépôt de la demande en paiement des prestations, ils ne disposaient donc pas du
certificat de contrôle médical ;
Qu’en statuant ainsi, alors que le certificat de contrôle médical délivré par l’Office français
d’immigration et d’intégration revêt un caractère recognitif, de sorte que le droit à prestations était
ouvert à la date d’effet de la décision d’admission par mesure de régularisation au bénéfice du
regroupement familial, la cour d’appel a violé les textes susvisés ;
PAR CES MOTIFS :
CASSE ET ANNULE, en toutes ses dispositions, l’arrêt rendu le 18 novembre 2010, entre les parties, par la
cour d’appel de Paris ; remet, en conséquence, la cause et les parties dans l’état où elles se trouvaient avant
ledit arrêt et, pour être fait droit, les renvoie devant la cour d’appel de Versailles ».
N° 11-26.526 - M.  X… contre caisse d’allocations familiales (CAF) de Paris, ministre chargé de la sécurité
sociale
M. Loriferne, Pt. - M. Prétot, Rap. - Mme de Beaupuis, Av. Gén. - SCP Delvolvé, Av.
Rapprochements  : sur les modalités d’appréciation de la régularité du séjour en France d’un enfant mineur
étranger, conditionnant le bénéfice des prestations familiales, à rapprocher : assemblée plénière, 3 juin 2011,
pourvoi n
o
 09-69.052, Bull. 2011, Ass. plén., n
o
 6 (rejet), et les arrêts cités. Sur la prise en compte du certificat
médical délivré par l’Office national de l’immigration et l’intégration pour fixer la date d’ouverture du droit
aux prestations familiales, à rapprocher, sous l’empire de la loi n
o
  86-1307 du 29  décembre  1986  : Soc.,
4 avril 1996, pourvoi n
o
 94-16.086, Bull. 1996, V, n
o
 142 (cassation).
Référence(s) antérieure(s) :
1. Assemblée plénière, 3 juin 2011
2. Assemblée plénière, 20 mai 2011
3. Chambre sociale, 4 avril 1996
Cette jurisprudence sur la régularisation, qui, sur le terrain de la loi du 19 décembre 2005, reprend la solution
applicable sur le fondement des textes antérieurs (voir Soc., 4 avril 1996, pourvoi n
o
 94-16.086, Bull. 1996, V,
n
o
 142 ; X. Prétot, « Attribution des prestations familiales aux étrangers non ressortissants de l’UE, de l’EEE ou
de la Suisse », La Semaine juridique, édition sociale, n
o
 47, 20 novembre 2012, p. 1503) est intéressante dans
la mesure où la jurisprudence du Conseil d’État reconnaît que la circonstance qu’un ressortissant étranger
n’ait présenté une demande de regroupement familial que de nombreuses années après son entrée en France
ne figure pas parmi les motifs de refus des demandes de regroupement familial (Conseil d’État, 25 juillet 2008,
X…, n
o
 308922, ci-après) :
CONSEIL D’ÉTAT
statuant
au contentieux
N° 308922
__________
M. X…
__________
M. Yves Doutriaux
Rapporteur
__________
M. Frédéric Lenica
Commissaire du gouvernement
__________
Séance du 11 juillet 2008
Lecture du 25 juillet 2008
__________
RÉPUBLIQUE FRANÇAISE
AU NOM DU PEUPLE FRANÇAIS
Le Conseil d’État statuant au contentieux
(Section du contentieux, 2
e
 et 7
e
 sous-sections réunies)
Sur le rapport de la 2
e
 sous-section
de la section du contentieux
Vu le pourvoi sommaire et le mémoire complémentaire, enregistrés les 28  août et 29  novembre  2007 au
secrétariat du contentieux du Conseil d’État, présentés pour M.  Mohamed X…, demeurant […] à Gray
(70100) ; M. X… demande au Conseil d’État :
17

15 mai 2013
Arrêt publié intégralement

Bulletin d’information
1°) d’annuler l’arrêt en date du 16  octobre  2006 par lequel la cour administrative d’appel de Nancy, d’une
part, a annulé le jugement du 4 août 2005 par lequel le tribunal administratif de Besançon a annulé la décision
du préfet de la Haute-Saône en date du 27  septembre  2004 rejetant la demande de regroupement familial
formée par M. X… au bénéfice de son épouse et l’admission exceptionnelle au séjour de sa fille, d’autre part,
a rejeté la demande présentée par ce dernier devant le tribunal administratif ;
2°) réglant l’affaire au fond, d’annuler la décision du préfet de la Haute-Saône en date du 27 septembre 2004
et d’enjoindre à l’État de faire droit à sa demande de regroupement familial en tant qu’elle concerne son
épouse ;
3°) de mettre à la charge de l’État le versement de la somme de 3 500 euros en application des dispositions
de l’article L. 761-1 du code de justice administrative ;
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu la Convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
Vu la Convention relative aux droits de l’enfant signée à New York le 26 janvier 1990 ;
Vu le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
Vu l’ordonnance n
o
 45-2658 du 2 novembre 1945 ;
Vu le code de justice administrative ;
Après avoir entendu en séance publique :
- le rapport de M. Yves Doutriaux, conseiller d’État ;
- les observations de la SCP Lyon-Caen, Fabiani, Thiriez, avocat de M. X… ;
- les conclusions de M. Frédéric Lenica, commissaire du gouvernement ;
Considérant qu’aux termes de l’article 29 de l’ordonnance du 2 novembre 1945, alors applicable, désormais
codifié à l’article L. 411-5 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « I. Le ressortissant
étranger qui séjourne régulièrement en France depuis au moins un an, sous couvert d’un des titres d’une
durée de validité d’au moins un an prévus par la présente ordonnance ou par des conventions internationales,
peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint, au titre du regroupement familial, par son conjoint et les
enfants du couple mineurs de dix-huit ans [...] Le regroupement ne peut être refusé que pour l’un des motifs
suivants : 1
o
Le demandeur ne justifie pas de ressources stables et suffisantes pour subvenir aux besoins de
sa famille. Sont prises en compte toutes les ressources du demandeur et de son conjoint indépendamment
des prestations familiales. Les ressources doivent atteindre un montant au moins égal au salaire minimum de
croissance mensuel ; 2
o
Le demandeur ne dispose ou ne disposera pas à la date d’arrivée de sa famille en
France d’un logement considéré comme normal pour une famille comparable vivant en France […] » ;
Considérant qu’il résulte de ces dispositions que la circonstance qu’un ressortissant étranger n’ait
présenté une demande de regroupement familial que de nombreuses années après son entrée en
France ne figure pas parmi les motifs de refus des demandes de regroupement familial ;
Considérant que, pour annuler le jugement du tribunal administratif de Besançon qui avait annulé la décision
du préfet de la Haute-Saône en date du 27  septembre  2004 rejetant la demande de regroupement familial
présentée par M. X…, la cour administrative d’appel de Nancy s’est bornée à relever que l’épouse de M. X…
vivait toujours au Maroc, où elle avait élevé leur fille avant son entrée irrégulière en France en 2001, et que
M.  X… n’avait jamais présenté, avant la demande formée le 3  juillet  2003, de demande de regroupement
familial les concernant  ; qu’en ne recherchant pas si M.  X…, qui est entré en France en 1974, remplissait
les conditions légales du regroupement familial et si la décision attaquée ne portait pas atteinte, à la date à
laquelle elle a été prise, à son droit au respect de sa vie privée et familiale, la cour administrative d’appel a
commis une erreur de droit ; que, par suite, et sans qu’il soit besoin d’examiner les autres moyens du pourvoi,
son arrêt doit être annulé ;
Considérant qu’il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, de régler l’affaire au fond en application des
dispositions de l’article L. 821-2 du code de justice administrative ;
Considérant que, pour annuler la décision du préfet du 27  septembre  2004, le tribunal administratif de
Besançon s’est fondé exclusivement sur l’atteinte portée à la vie privée et familiale de M. X…, nonobstant la
faiblesse de ses ressources ;
Considérant, d’une part, qu’il ressort des pièces du dossier que M.  X… disposait, à la date de la décision
attaquée, d’une allocation d’invalidité et d’une allocation complémentaire pour un montant total de
771,83  euros  ; que ses ressources étaient inférieures au salaire minimum interprofessionnel de croissance,
dont le montant net fixé pour la même période s’établissait à 859,29 euros ; que le préfet, qui ne s’est pas
estimé lié par ce seul motif des ressources et a procédé à un examen de l’ensemble des circonstances de
l’espèce, a pu légalement retenir l’insuffisance des ressources de M. X… pour refuser, sur le fondement de
l’article 29 de l’ordonnance du 2 novembre 1945 alors applicable, le regroupement familial sollicité en faveur
de sa fille et de son épouse ;
Considérant, d’autre part, qu’il ressort des pièces du dossier que l’épouse de M. X… vit toujours au Maroc,
et que sa fille y a vécu jusqu’à l’âge de 13 ans ; que la circonstance que celle-ci se soit bien intégrée et ne
puisse, compte tenu de la formation professionnelle qu’elle suit, assurer une présence auprès de son père ne
saurait être de nature à établir la nécessité de la venue en France de son épouse, dès lors que l’état de santé
de M. X… ne nécessite pas une assistance permanente ; que M. X… ne soutient pas être dans l’impossibilité
d’opérer la réunion de sa famille dans son pays d’origine ;
18

Bulletin d’information
Arrêt publié intégralement

15 mai 2013
Considérant qu’ainsi la décision attaquée n’a pas porté au droit de l’intéressé au respect de sa vie privée
et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise et n’a pas méconnu les
stipulations de l’article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés
fondamentales  ; que c’est à tort que le tribunal administratif de Besançon s’est fondé sur celles-ci pour
annuler la décision du préfet de la Haute-Saône ;
Considérant, toutefois, qu’il appartient au Conseil d’État, saisi de l’ensemble du litige par l’effet dévolutif
de l’appel, d’examiner l’autre moyen soulevé par M.  X… devant le tribunal administratif de Besançon, tiré
de la méconnaissance de l’article 10 de la Convention de New York du 26 janvier 1990, qui garantit le droit
des enfants et de leurs parents de quitter tout pays, et de revenir dans leur pays d’origine ; que la décision
attaquée ne portant nulle atteinte à ce droit, M.  X… ne saurait utilement se prévaloir de la violation de ces
stipulations ;
Considérant qu’il résulte de ce qui précède que le préfet de la Haute-Saône est fondé à soutenir que c’est
à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Besançon a annulé sa décision en date du
27  septembre  2004  ; que les conclusions de M.  X… aux fins d’injonction ne peuvent, par suite, qu’être
rejetées ; que les dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que
soit mis à la charge de l’État, qui n’est pas, dans la présente instance, la partie perdante, le versement à
M. X… de la somme que celui-ci demande au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens ;
DÉCIDE :
Article premier : l’arrêt de la cour administrative d’appel de Nancy du 16 octobre 2006 est annulé.
Article 2 : le jugement du tribunal administratif de Besançon du 4 août 2005 est annulé.
Article 3 : la demande présentée par M. X… devant le tribunal administratif de Besançon et ses conclusions
aux fins d’injonction et d’application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative présentées devant
le Conseil d’État sont rejetées.
Article 4 : la présente décision sera notifiée à M. Mohamed X… et au ministre de l’immigration, de l’intégration,
de l’identité nationale et du développement solidaire.
N° 308922
Le  Conseil d’État applique d’ailleurs sur ce point l’article  3, §  1, de la Convention internationale des droits
de l’enfant, y compris lorsque la demande de regroupement familial est faite après que l’enfant soit entré
irrégulièrement en France, le droit au regroupement familial ne pouvant être refusé sur ce seul motif (Conseil
d’État, 22 septembre 1997, Mlle X…, n
o
 161364) :
2 / 6 SSR
1997-09-22
161364
A
Mlle X…
M. Labetoulle, pdt.
M. Bordry, rapp.
M. Abraham, c. du g.
Le Conseil d’État statuant au contentieux
(Section du contentieux, 2
e
 et 6
e
 sous-sections réunies)
Sur le rapport de la 2
e
 sous-section de la section du contentieux
Vu l’ordonnance en date du 30  août  1994, enregistrée au secrétariat du contentieux du Conseil d’État le
5 septembre 1994, par laquelle le président de la cour administrative d’appel de Nancy a transmis au Conseil
d’État, en application de l’article  R.  81 du code des tribunaux administratifs et des cours administratives
d’appel, la requête présentée pour Mlle X… ;
Vu la requête, enregistrée à la cour administrative d’appel de Nancy, présentée pour Mlle Yeter X…, demeurant
[…] à Metz (57050) ; Mlle X... demande à la cour administrative d’appel :
1°) d’annuler le jugement du 19  juillet  1994 par lequel le tribunal administratif de Strasbourg a rejeté sa
demande dirigée contre la décision en date du 25 novembre 1993 par laquelle le préfet de la Moselle a refusé
d’autoriser le séjour en France de son fils ;
2°) d’annuler cette décision pour excès de pouvoir ;
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu la Convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
Vu la Convention internationale relative aux droits de l’enfant du 26 janvier 1990 ;
Vu l’ordonnance n
o
 45-2658 du 2 novembre 1945 modifiée ;
Vu le code des tribunaux administratifs et des cours administratives d’appel ;
Vu l’ordonnance n
o
 45-1708 du 31 juillet 1945, le décret n
o
 53-934 du 30 septembre 1953 et la loi n
o
 87-1127
du 31 décembre 1987 ;
Après avoir entendu en audience publique :
- le rapport de M. Bordry, conseiller d’État,
- les observations de M
e
 Blondel, avocat de Mme Yeter X…,
19

15 mai 2013
Arrêt publié intégralement

Bulletin d’information
- les conclusions de M. Abraham, commissaire du gouvernement ;
Sans qu’il soit besoin d’examiner les autres moyens de la requête :
Considérant qu’aux termes de l’article  3-1 de la Convention internationale des droits de l’enfant du
26 janvier 1990, publiée par décret du 8 octobre 1990 : « Dans toutes les décisions qui concernent les
enfants, qu’elles soient le fait d’institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux,
des autorités administratives ou des organes législatifs, l’intérêt supérieur de l’enfant doit être une
considération primordiale  »  ; qu’il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées
à l’appui d’un recours pour excès de pouvoir, que, dans l’exercice de son pouvoir d’appréciation,
l’autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l’intérêt supérieur des enfants dans
toutes les décisions les concernant ;
Considérant qu’il ressort des pièces du dossier que Mlle Yeter X…, célibataire de nationalité turque,
titulaire d’une carte de résident de dix ans qui lui avait été délivrée le 12  juin  1992 dans le cadre
d’une procédure de regroupement familial avec ses parents, a irrégulièrement ramené de Turquie
en France, le 13  janvier  1993, son fils Tolga, alors âgé de 4 ans, puis a demandé au préfet de la
Moselle l’admission au séjour de cet enfant, dans le cadre du regroupement familial  ; que le préfet,
par décision du 25  novembre  1993, a, d’une part, rejeté sa demande en se fondant sur le caractère
irrégulier de l’entrée en France de l’enfant et, d’autre part, enjoint à Mlle  X… de prendre toutes
dispositions nécessaires pour faire quitter la France au jeune Tolga dans le délai d’un mois ;
Considérant qu’il ressort des pièces du dossier que ni le père de l’enfant, qu’il ne connaissait pas, et qui
n’avait jamais fourni aucune aide pour son éducation, ni aucune autre personne proche de la famille, ne
pouvait recevoir l’enfant en Turquie ; que, dans ces conditions, la décision du préfet de renvoyer le jeune Tolga
en Turquie et de le séparer, même provisoirement, de sa mère porte atteinte à l’intérêt supérieur de l’enfant
et doit être regardée comme contraire à l’article 3-1 de la Convention internationale des droits de l’enfant ;
Considérant qu’il résulte de ce qui précède que Mlle  X… est fondée à soutenir que c’est à tort que, par le
jugement attaqué, le tribunal administratif de Strasbourg a rejeté sa demande tendant à l’annulation de la
décision du 25 novembre 1993 du préfet de la Moselle ;
DÉCIDE :
Article premier : le jugement en date du 19 juillet 1994 du tribunal administratif de Strasbourg et la décision
du 25 novembre 1993 du préfet de la Moselle sont annulés.
Article 2 : la présente décision sera notifiée à Mlle Yeter X… et au ministre de l’intérieur.
L’on relèvera la situation particulière des ressortissants algériens, qui, en vertu de l’Accord franco-algérien,
bénéficient des prestations familiales si leur enfant est entré sur le territoire national en même temps qu’un
des parents, ce qui n’est pas le cas semble-t-il en l’espèce (cf. 2
e
 Civ., 10 mai 2012, pourvoi n
o
 10-19.319,
dont l’attendu de principe est le suivant : « Vu les articles L. 512-1, L. 512-2 et D. 512-2, 5°, du code de la
sécurité sociale ;
Attendu, selon ces textes, que toute personne française ou étrangère résidant en France, ayant à sa charge
un ou plusieurs enfants résidant en France, bénéficie, pour ces enfants, des prestations familiales  ; que les
étrangers non ressortissants d’un État membre de l’Union européenne, d’un autre État partie à l’Accord sur
l’Espace économique européen ou de la Confédération suisse bénéficient des prestations familiales sous
réserve qu’il soit justifié, pour les enfants, de l’une des situations énumérées au deuxième de ces textes ; que
le troisième texte prévoit que la régularité de l’entrée et du séjour des enfants étrangers que le bénéficiaire
a à charge et au titre desquels il demande des prestations familiales est justifiée par la production d’une
attestation délivrée par l’autorité préfectorale, précisant que l’enfant est entré en France au plus tard en
même temps que l’un de ses parents admis au séjour sur le fondement du 7° de l’article L. 313-11 du code
de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ou du 5° de l’article 6 de l’Accord franco-algérien du
27 décembre 1968 modifié »).
En ce qui concerne l’article  8 de la Convention de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés
fondamentales, il résulte de la jurisprudence de la Cour de Strasbourg que, même si la Convention ne garantit
pas comme un droit fondamental celui, pour un étranger, d’entrer ou de résider sur le territoire d’un pays
déterminé, exclure une personne d’un pays où vivent ses parents proches peut constituer une ingérence
dans le droit au respect de la vie familiale tel que protégé par l’article 8, paragraphe 1, de cette Convention.
Ainsi que la Cour européenne des droits de l’homme l’a jugé dans son arrêt Sen c/  Pays-Bas du
21 décembre 2001, § 31, « l’article 8 peut engendrer des obligations positives inhérentes à un respect effectif
de la vie familiale. Les principes applicables à pareilles obligations sont comparables à ceux qui gouvernent
les obligations négatives. Dans les deux cas, il faut tenir compte du juste équilibre à ménager entre les
intérêts concurrents de l’individu et de la société dans son ensemble ; de même, dans les deux hypothèses,
l’État jouit d’une certaine marge d’appréciation (arrêt Gül c/ Suisse du 19 février 1996, Recueil des arrêts et
décisions 1996-I, p. 174, § 38, et Ahmut c/ Pays-Bas du 28 novembre 1996, Recueil des arrêts et décisions,
1996-VI, p. 2030, § 63) ».
Au paragraphe 36 de l’arrêt Sen c/ Pays-Bas, précité, la Cour européenne des droits de l’homme a rappelé
comme suit les principes applicables en matière de regroupement familial, tels qu’énoncés dans ses arrêts
précités Gül c/ Suisse, § 38, et Ahmut c/ Pays-Bas, § 67 :
« a) L’étendue de l’obligation pour un État d’admettre sur son territoire des parents d’immigrés dépend de la
situation des intéressés et de l’intérêt général.
20

Bulletin d’information
Arrêt publié intégralement

15 mai 2013
b) D’après un principe de droit international bien établi, les États ont le droit, sans préjudice des engagements
découlant pour eux de traités, de contrôler l’entrée des non-nationaux sur leur sol.
c) En matière d’immigration, l’article  8 ne saurait s’interpréter comme comportant pour un État l’obligation
générale de respecter le choix, par des couples mariés, de leur résidence commune et de permettre le
regroupement familial sur son territoire ».
La Cour européenne des droits de l’homme a précisé que, dans son analyse, elle prend en considération
l’âge des enfants concernés, leur situation dans leur pays d’origine et leur degré de dépendance par rapport
à des parents (arrêt Sen c/ Pays-Bas, précité, § 37 ; voir également arrêt Rodrigues da Silva c/ Pays-Bas du
31 janvier 2006, n
o
 50435/99, Rec. 2006-I, § 39).
D’autres décisions de la Cour européenne des droits de l’homme sont pertinentes en la matière (CEDH,
Gayguzuz c/ Autriche, 16  septembre  1996, n
o
  17371/90, Rec. 1996-IV). Le  requérant est un ressortissant
turc résidant en Autriche, où il a travaillé avant de devenir chômeur de longue durée. Passé un certain délai,
il perdit ses droits à une allocation de chômage. Les autorités autrichiennes lui refusèrent une avance sur
pension sous forme «  d’allocation d’urgence  », du fait qu’il n’avait pas la nationalité autrichienne. La Cour
a noté que le droit à l’attribution de l’allocation d’urgence était lié au paiement de contributions à la caisse
d’assurance chômage, condition remplie par M. Gaygusuz. Le refus qui lui a été opposé reposait uniquement
sur sa nationalité. La Cour a jugé que cette différence de traitement entre Autrichiens et étrangers n’avait
pas de «  justification objective et raisonnable  » (violation de l’article  14 de la Convention, combiné avec
l’article premier du Protocole n
o
 1).
De même, l’arrêt Koua Poirrez contre France du 30  septembre  2003 (CEDH, n
o
  40892/98, Rec. 2003-X)
paraît intéressant. Le  requérant est un ressortissant ivoirien résidant en France. Les autorités françaises lui
avaient refusé, en raison de sa nationalité, une allocation d’adulte handicapé, en dépit du fait qu’il s’était vu
attribuer en France une carte d’adulte handicapé et qu’il avait été adopté par un ressortissant français à l’âge
de 21 ans. La Cour a dit qu’une prestation sociale non contributive, telle que l’allocation d’adulte handicapé,
pouvait fonder un droit patrimonial au sens de la Convention. La différence de traitement, concernant le
bénéfice des prestations sociales, entre les ressortissants français (ou de pays ayant signé une convention
de réciprocité, ce qui n’était pas le cas de la Côte d’Ivoire) et les autres étrangers ne reposait sur aucune
justification objective et raisonnable (violation de l’article 14, combiné avec l’article premier du Protocole n
o
 1).
L’on relèvera également deux arrêts condamnant l’Allemagne pour son refus d’octroyer des allocations
familiales à un travailleur migrant, motif pris de ce qu’il n’était pas titulaire d’un certain type de titre de
séjour, sur le fondement des articles 8 et 14 de la Convention (CEDH, 25 octobre 2005, Niedzwiecki contre
Allemagne, n
o
 58453/00 ; CEDH, 25 octobre 2005, Okpisz contre Allemagne, n
o
 59140/00, rédigé dans les
mêmes termes). Les deux arrêts ne sont malheureusement publiés qu’en anglais :
« 31. By granting child benefits, States are able to demonstrate their respect for family life within the meaning
of Article  8 of the Convention  ; the benefits therefore come within the scope of that provision (see, mutatis
mutandis, Petrovic, cited above, § 30). It follows that Article 14 – taken together with Article 8 – is applicable.
32. According to the Court’s case-law, a difference of treatment is discriminatory for the purposes of Article 14
of the Convention if it “has no objective and reasonable justification”, that is if it does not pursue a “legitimate
aim” or if there is not a “reasonable relationship of proportionality between the means employed and the aim
sought to be realised”. The Contracting States enjoy a certain margin of appreciation in assessing whether
and to what extent differences in otherwise similar situations justify a different treatment (see, among other
authorities, Willis, cited above, § 39).
33. The Court is not called upon to decide generally to what extent it is justified to make distinctions, in the field
of social benefits, between holders of different categories of residence permits. Rather it has to limit itself to
the question whether the German law on child benefits as applied in the present case violated the applicant’s
rights under the Convention. In this respect, the Court notes the decision of the Federal Constitutional Court
concerning the same issue which was given after the proceedings which form the subject matter of the
present application had been terminated (see paragraph 24 above). Like the Federal Constitutional Court,
the Court does not discern sufficient reasons justifying the different treatment with regard to child benefits
of aliens who were in possession of a stable residence permit on one hand and those who were not, on the
other. It follows that there has been a violation of Article 14 in conjunction with Article 8 of the Convention ».
L’assemblée plénière devra examiner l’influence de ces décisions sur la présente affaire.
La Convention internationale des droits de l’enfant.
La Convention relative aux droits de l’enfant (voir la loi n
o
 90-548 du 2 juillet 1990 autorisant la ratification de la
Convention relative aux droits de l’enfant, et le décret n
o
 90-917 du 8 octobre 1990 qui en porte publication)
reconnaît également le principe du respect de la vie familiale. Elle est fondée sur la reconnaissance,
exprimée à son sixième considérant, que l’enfant, pour l’épanouissement harmonieux de sa personnalité,
doit grandir dans le milieu familial. L’article 9, paragraphe premier, de cette Convention prévoit ainsi que les
États parties veillent à ce que l’enfant ne soit pas séparé de ses parents contre leur gré et, selon l’article 10,
paragraphe  premier, il résulte de cette obligation que toute demande faite par un enfant ou ses parents en
vue d’entrer dans un État partie ou de le quitter aux fins de réunification familiale est considérée par les États
parties dans un esprit positif, avec humanité et diligence.
21

15 mai 2013
Arrêt publié intégralement

Bulletin d’information
Les dispositions pertinentes de la Convention internationale des droits de l’enfant sont les suivantes :
« Article 3
1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu’elles soient le fait des institutions publiques ou
privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l’intérêt
supérieur de l’enfant doit être une considération primordiale.
2. Les États parties s’engagent à assurer à l’enfant la protection et les soins nécessaires à son bien-être,
compte tenu des droits et des devoirs de ses parents, de ses tuteurs ou des autres personnes légalement
responsables de lui, et ils prennent à cette fin toutes les mesures législatives et administratives appropriées.
Article 9
1. Les États parties veillent à ce que l’enfant ne soit pas séparé de ses parents contre leur gré, à moins que les
autorités compétentes ne décident, sous réserve de révision judiciaire et conformément aux lois et procédures
applicables, que cette séparation est nécessaire dans l’intérêt supérieur de l’enfant. Une décision en ce sens peut
être nécessaire dans certains cas particuliers, par exemple lorsque les parents maltraitent ou négligent l’enfant, ou
lorsqu’ils vivent séparément et qu’une décision doit être prise au sujet du lieu de résidence de l’enfant.
Article 10
1. Conformément à l’obligation incombant aux États parties en vertu du paragraphe premier de l’article  9,
toute demande faite par un enfant ou ses parents en vue d’entrer dans un État partie ou de le quitter aux
fins de réunification familiale est considérée par les États parties dans un esprit positif, avec humanité et
diligence. Les États parties veillent en outre à ce que la présentation d’une telle demande n’entraîne pas de
conséquences fâcheuses pour les auteurs de la demande et les membres de leur famille.
Article 18
1. Les États parties s’emploient de leur mieux à assurer la reconnaissance du principe selon lequel les deux
parents ont une responsabilité commune pour ce qui est d’élever l’enfant et d’assurer son développement. La
responsabilité d’élever l’enfant et d’assurer son développement incombe au premier chef aux parents ou, le cas
échéant, à ses représentants légaux. Ceux-ci doivent être guidés avant tout par l’intérêt supérieur de l’enfant.
2. Pour garantir et promouvoir les droits énoncés dans la présente Convention, les États parties accordent
l’aide appropriée aux parents et aux représentants légaux de l’enfant dans l’exercice de la responsabilité qui
leur incombe d’élever l’enfant et assurent la mise en place d’institutions, d’établissements et de services
chargés de veiller au bien-être des enfants.
Article 24
1. Les États parties reconnaissent le droit de l’enfant de jouir du meilleur état de santé possible et de
bénéficier de services médicaux et de rééducation. Ils s’efforcent de garantir qu’aucun enfant ne soit privé du
droit d’avoir accès à ces services.
Article 26
1. Les États parties reconnaissent à tout enfant le droit de bénéficier de la sécurité sociale, y compris les
assurances sociales, et prennent les mesures nécessaires pour assurer la pleine réalisation de ce droit en
conformité avec leur législation nationale.
2. Les prestations doivent, lorsqu’il y a lieu, être accordées compte tenu des ressources et de la situation de
l’enfant et des personnes responsables de son entretien, ainsi que de toute autre considération applicable à
la demande de prestation faite par l’enfant ou en son nom.
Article 27
1. Les États parties reconnaissent le droit de tout enfant à un niveau de vie suffisant pour permettre son
développement physique, mental, spirituel, moral et social.
2. C’est aux parents ou autres personnes ayant la charge de l’enfant qu’incombe au premier chef la
responsabilité d’assurer, dans les limites de leurs possibilités et de leurs moyens financiers, les conditions de
vie nécessaires au développement de l’enfant.
3. Les États parties adoptent les mesures appropriées, compte tenu des conditions nationales et dans la
mesure de leurs moyens, pour aider les parents et autres personnes ayant la charge de l’enfant à mettre en
œuvre ce droit et offrent, en cas de besoin, une assistance matérielle et des programmes d’appui, notamment
en ce qui concerne l’alimentation, le vêtement et le logement ».
L’assemblée plénière devra s’interroger sur l’effet direct de ces dispositions. Selon une jurisprudence
établie de la première chambre civile depuis le revirement de 2005, l’article  3, §  1, de la Convention
internationale des droits de l’enfant est d’effet direct (1
re
 Civ., 18 mai 2005, pourvoi n
o
 02-20.613, Bull. 2005,
I, n
o
 212 ; 1
re
 Civ., 18 mai 2005, pourvoi n
o
 02-16.336, Bull. 2005, I, n
o
 211 ; 1
re
 Civ., 14 juin 2005, pourvoi
n
o
  04-16.942, Bull.  2005, I, n
o
  245  ; 1
re
  Civ., 13  juillet  2005, pourvoi n
o
  05-10.519, Bull.  2005, I, n
o
  334  ;
1
re
  Civ., 22  novembre  2005, pourvoi n
o
  03-17.912, Bull.  2005, I, n
o
  434  ; Revue trimestrielle de droit civil,
janvier-mars  2006, n
o
  1, p.  101-104, note J. Hauser  ; Droit de la famille, février  2006, n
o
  6, p.  22-24, note
A. Gouttenoire ; 1
re
 Civ., 17 mars 2010, pourvoi n
o
 08-14.619, Bull. 2010, I, n
o
 64 ; voir aussi A. Gouttenoire,
Les Petites Affiches, 9  mars  2012, n
o
  50, p.  17, sur l’effet direct de la Convention internationale des droits
de l’enfant).
22

Bulletin d’information
Arrêt publié intégralement

15 mai 2013
L’on relèvera ainsi deux arrêts récents de la première chambre civile du 28  mars  2012 (1
re
  Civ., pourvois
n
o
 10-26.141 et 10-26.142) qui, en matière de rétention administrative, prononcent une cassation au visa de
l’article 3 de la Convention internationale des droits de l’enfant, ce dont il résulte nécessairement que cette
disposition est d’effet direct.
En revanche, l’assemblée plénière devra s’interroger sur l’effet direct des articles 26, § 2, et 27, § 3, textes
invoqués par le moyen, compte tenu des termes employés (« ainsi que de toute autre considération applicable
à la demande de prestation faite par l’enfant ou en son nom  », «  les mesures appropriées, compte tenu
des conditions nationales et dans la mesure de leurs moyens  »), qui pourraient être interprétés comme
n’établissant pas en la matière une obligation claire, précise et inconditionnelle. L’on relève ainsi l’existence
d’un arrêt ancien de la chambre sociale ayant refusé de reconnaître l’effet direct de l’article 26, mais au motif
général de l’absence d’effet direct de la Convention de New York dans son ensemble (Soc., 13 juillet 1994,
pourvoi n
o
  93-10.891, Bull.  1994, V, n
o
  236), ce qui, à l’époque, était conforme à la jurisprudence de la
première chambre civile avant le revirement de 2005 (cf.  1
re
  Civ., 15  juillet  1993, pourvois n
o
  92-05.105 et
91-18.105, Bull.  1993, I, n
o
  259). En ce qui concerne l’article  27 de cette même convention, le seul arrêt
rendu, semble-t-il, par les chambres de la Cour ne se prononce pas sur la question (1
re
 Civ., 3 octobre 2000,
pourvoi n
o
 98-22.784, Bull. 2000, I, n
o
 229).
Le Rapport annuel de notre Cour pour 2009 comporte, dans la partie relative aux personnes vulnérables dans
la jurisprudence de la Cour de cassation, une étude de Mme Vassallo sur l’application directe de la Convention
de New York relative aux droits de l’enfant, à la suite des arrêts de principe précités de la première chambre
civile de 2005. La dernière partie de cette étude montre qu’outre l’article 3, § 1, fréquemment invoqué par les
moyens de cassation, sont parfois invoqués l’article  12 sur l’audition de l’enfant, l’article  7-1 sur le droit de
l’enfant de connaître ses parents et, enfin, l’article 9 sur le droit de l’enfant de maintenir des relations avec ses
deux parents ; en tout cas, il n’est pas fait mention des articles 26 et 27 de cette Convention.
Il résulte de la jurisprudence du Conseil d’État que, si celui-ci reconnaît l’effet direct des articles 3, § 1, et 37
de la Convention internationale des droits de l’enfant (Conseil d’État, 31  octobre  2008, Section française
de l’Observatoire international des prisons, n
o
  293785  ; voir aussi sur l’effet direct du seul article  3, §  1  :
Conseil d’État, 6  novembre  2000, GISTI, n
o
  204784  ; Conseil d’État, 28  décembre  2001, X…, n
o
  221760  ;
Conseil d’État, 26  octobre  2005, X…, n
o
  265199  ; Conseil d’État, 24  mars  2006, X…, n
o
  274838  ; Conseil
d’État, 3  décembre  2008, Ahmed X…, n
o
  308293), en revanche, la Haute juridiction administrative refuse
de reconnaître l’effet direct des articles 2, §  1, et 2, §  2 (Conseil d’État, 30  juin  1999, X..., n
o
  191232  ; et
sur le seul article  2, §  1  : Conseil d’État, 6  novembre  2000, GISTI, n
o
  2047843), de l’article  3, §  2 (Conseil
d’État, 27  juin  2008, X…, n
o
  291561  ; Conseil d’État, 6  octobre  2000, Assoc. Promouvoir, n
o
  216901), de
l’article 5 (Conseil d’État, 6 octobre 2000, Assoc. Promouvoir, n
o
 216901), de l’article 8, § 1 (Conseil d’État,
25  février  2011, X… et Y..., n
o
  334220), de l’article  9 (Conseil d’État, 26  octobre  2005, X…, n
o
  265199  ;
Conseil d’État, 24 mars 2006, X…, n
o
 274838 ; Conseil d’État, 3 décembre 2008, Ahmed X…, n
o
 308293 ;
Conseil d’État, 4  septembre  2009, X…, n
o
  311166  ; Conseil d’État, 19  mai  2010, CIMADE, n
o
  323758), de
l’article  18 (Conseil d’État, 28  décembre  2001, X…, n
o
  221760), des articles 24, §  1, 26, §  1, et 27, §  1,
(Conseil d’État, 23 avril 1997, GISTI, n
o
 1630043 ; Conseil d’État, 14 janvier 1998, GISTI, n
o
 174219 ; Conseil
d’État, 6 novembre 2000, GISTI, n
o
 204784), de l’article 29, § 1 (Conseil d’État, 25 février 2011, X… et Y...,
n
o
 334220).
Toutefois, la question de l’effet direct des articles 26 et 27 de la Convention internationale des droits de
l’enfant est sans doute renouvelée depuis l’évolution du Conseil d’État quant à sa jurisprudence en matière
d’effet direct des conventions internationales depuis l’arrêt de principe Gisti-FAPIL du 11 avril 2012 (ci-après,
voir notamment J.-F. Akandji-Kombé, « De l’invocabilité des sources européennes et internationales du droit
social devant le juge interne », Droit social, n
o
 11-12, novembre-décembre 2012, Études, p. 1014) :
CONSEIL D’ÉTAT
statuant
au contentieux
N° 322326
__________
GROUPE D’INFORMATION ET DE SOUTIEN DES IMMIGRÉS
FÉDÉRATION DES ASSOCIATIONS POUR LA PROMOTION ET L’INSERTION PAR LE LOGEMENT
__________
Mme Bethânia Gaschet
Rapporteur
__________
Mme Gaëlle Dumortier
Rapporteur public
__________
Séance du 23 mars 2012
Lecture du 11 avril 2012
__________
23

15 mai 2013
Arrêt publié intégralement

Bulletin d’information
RÉPUBLIQUE FRANÇAISE
AU NOM DU PEUPLE FRANÇAIS
Le Conseil d’État statuant au contentieux
Sur le rapport de la 4
e
 sous-section
de la section du contentieux
Vu la requête, enregistrée le 10 novembre 2008 au secrétariat du contentieux du Conseil d’État, présentée par
le Groupe d’information et de soutien des immigrés (GISTI), dont le siège est 3, villa Marcès, à Paris (75011),
désigné mandataire unique, et représenté par son président en exercice, et la Fédération des associations
pour la promotion et l’insertion par le logement (FAPIL), dont le siège est 221, boulevard Davout, à Paris
(75020), représentée par son président en exercice ; le Groupe d’information et de soutien des immigrés et
la Fédération des associations pour la promotion et l’insertion par le logement demandent au Conseil d’État :
1°) d’annuler pour excès de pouvoir le décret n
o
  2008-908 du 8  septembre  2008 relatif aux conditions de
permanence de la résidence des bénéficiaires du droit à un logement décent et indépendant et modifiant le
code de la construction et de l’habitation (partie réglementaire) en tant que l’article R. 300-2 qu’il insère dans
le code de la construction et de l’habitation fixe les conditions de la permanence de résidence mentionnées
à l’article L. 300-1 du même code exigées des personnes de nationalité étrangère autres que les détentrices
d’une carte de résident ou d’un titre conférant des droits équivalents et autres que les personnes relevant de
l’article R. 300-1 du même code pour se voir ouvrir un droit au logement opposable ;
2°) de mettre à la charge de l’État la somme de 3 000 euros à verser à chacune des associations requérantes
au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative ;
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu la Constitution ;
Vu le Traité sur l’Union européenne et le Traité sur le fonctionnement de l’Union européenne ;
Vu la Convention internationale du travail n
o
 97 concernant les travailleurs migrants ;
Vu le code de la construction et de l’habitation ;
Vu le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
Vu la loi organique n
o
 2011-333 du 29 mars 2011 ;
Vu le décret n
o
  54-794 du 4  août  1954 portant publication de la Convention internationale du travail n
o
  97
concernant les travailleurs migrants ;
Vu le code de justice administrative ;
Après avoir entendu en séance publique :
- le rapport de Mme Bethânia Gaschet, maître des requêtes ;
- les observations de la SCP Blanc, Rousseau, avocat du Défenseur des droits ;
- les conclusions de Mme Gaëlle Dumortier, rapporteur public ;
La parole ayant été à nouveau donnée à la SCP Blanc, Rousseau, avocat du Défenseur des droits ;
Sur les interventions de l’association la Cimade, de l’Association des familles victimes de saturnisme et de
l’association Fédération droit au logement :
Considérant que l’association la Cimade, l’Association des familles victimes de saturnisme et l’association
Fédération droit au logement ont intérêt à l’annulation du décret attaqué ; que, par suite, leurs interventions
doivent être admises ;
Sur la légalité du décret attaqué :
Considérant qu’aux termes de l’article  L.  300-1 du code de la construction et de l’habitation  : «  Le  droit à
un logement décent et indépendant [...] est garanti par l’État à toute personne qui, résidant sur le territoire
français de façon régulière et dans des conditions de permanence définies par décret en Conseil d’État,
n’est pas en mesure d’y accéder par ses propres moyens ou de s’y maintenir. Ce droit s’exerce par un
recours amiable puis, le cas échéant, par un recours contentieux dans les conditions et selon les modalités
fixées par le présent article et les articles L. 441-2-3 et L. 441-2-3-1 » ; que le décret attaqué n
o
 2008-908
du 8  septembre  2008 relatif aux conditions de permanence de la résidence des bénéficiaires du droit à un
logement décent et indépendant détermine, par l’article  R.  300-2 ajouté au code de la construction et de
l’habitation, pour les personnes qui ne sont ni de nationalité française ni ressortissantes d’un État membre de
l’Union européenne et de l’Espace économique européen ou de la Confédération suisse, les conditions de
permanence du séjour en France qui leur ouvrent un droit au logement opposable ; qu’en particulier il établit,
pour les personnes autres que celles détenant une carte de résident ou un titre de séjour prévu par les traités
ou accords internationaux et conférant des droits équivalents à ceux de la carte de résident, une liste de cinq
catégories de titres de séjour permettant à leurs détenteurs de demander le bénéfice du droit au logement
opposable, sous la double condition d’une durée de résidence préalable de deux ans sur le territoire national
et d’au moins deux renouvellements du titre de séjour détenu ; que cette liste ne comprend pas la carte de
séjour temporaire portant la mention « étudiant » ou « salarié en mission », ni la carte de séjour « compétences
et talents » ;
En ce qui concerne le moyen tiré de la méconnaissance du 1 de l’article 6 de la Convention internationale du
travail n
o
 97 du 1
er
 juillet 1949 concernant les travailleurs migrants :
24

Bulletin d’information
Arrêt publié intégralement

15 mai 2013
Considérant que les stipulations d’un traité ou d’un accord régulièrement introduit dans l’ordre
juridique interne conformément à l’article  55 de la Constitution peuvent utilement être invoquées à
l’appui d’une demande tendant à ce que soit annulé un acte administratif ou écartée l’application
d’une loi ou d’un acte administratif incompatibles avec la norme juridique qu’elles contiennent, dès
lors qu’elles créent des droits dont les particuliers peuvent directement se prévaloir ; que, sous réserve
des cas où est en cause un traité pour lequel la Cour de justice de l’Union européenne dispose d’une
compétence exclusive pour déterminer s’il est d’effet direct, une stipulation doit être reconnue d’effet
direct par le juge administratif lorsque, eu égard à l’intention exprimée des parties et à l’économie
générale du traité invoqué, ainsi qu’à son contenu et à ses termes, elle n’a pas pour objet exclusif de
régir les relations entre États et ne requiert l’intervention d’aucun acte complémentaire pour produire
des effets à l’égard des particuliers ; que l’absence de tels effets ne saurait être déduite de la seule
circonstance que la stipulation désigne les États parties comme sujets de l’obligation qu’elle définit ;
Considérant que l’article 6, § 1, de la Convention internationale du travail n
o
 97 du 1
er
 juillet 1949 concernant
les travailleurs migrants, régulièrement ratifiée, et publiée par le décret du 4  août  1954, publié au Journal
officiel de la République française du 7  août  1954, stipule que  : «  Tout membre pour lequel la présente
convention est en vigueur s’engage à appliquer, sans discrimination de nationalité, de race, de religion ni de
sexe, aux immigrants qui se trouvent légalement dans les limites de son territoire, un traitement qui ne soit
pas moins favorable que celui qu’il applique à ses propres ressortissants en ce qui concerne les matières
suivantes : a) dans la mesure où ces questions sont réglementées par la législation ou dépendent des autorités
administratives : [...] iii) le logement [...] d) les actions en justice concernant les questions mentionnées dans
la Convention  »  ; que l’article  11 de la convention définit le travailleur migrant comme la personne qui
émigre d’un pays vers un autre en vue d’occuper un emploi autrement que pour son propre compte  ; que
l’engagement d’appliquer aux travailleurs migrants un traitement qui ne soit pas moins favorable que
celui appliqué aux ressortissants nationaux en matière de droit au logement et d’accès aux procédures
juridictionnelles permettant de faire valoir ce droit ne saurait être interprété comme se bornant à régir
les relations entre États et, ne requérant l’intervention d’aucun acte complémentaire pour produire des
effets, se suffit à lui-même ; que, par suite, les stipulations précitées peuvent utilement être invoquées
à l’encontre du décret attaqué ; que celui-ci n’est pas compatible avec ces stipulations en tant, d’une
part, qu’il subordonne le droit au logement opposable de certains travailleurs migrants au sens de
cette Convention à une condition de résidence préalable de deux ans sur le territoire national qui ne
s’applique pas aux ressortissants nationaux, d’autre part, qu’il exclut de son champ d’application des
titres de séjour susceptibles d’être attribués à des personnes pouvant avoir la qualité de travailleur
migrant au sens de cette Convention, tels que les travailleurs temporaires ou les salariés en mission ;
En ce qui concerne le moyen tiré de la méconnaissance du principe d’égalité :
Considérant que le principe d’égalité ne s’oppose pas à ce que l’autorité investie du pouvoir réglementaire
règle de façon différente des situations différentes ni à ce qu’elle déroge à l’égalité pour des raisons d’intérêt
général pourvu que, dans l’un comme l’autre cas, la différence de traitement qui en résulte soit en rapport
direct avec l’objet de la norme qui l’établit et ne soit pas manifestement disproportionnée au regard des motifs
susceptibles de la justifier ;
Considérant que si le pouvoir réglementaire pouvait, dans les limites de l’habilitation donnée par le législateur
et sous réserve du respect des principes à valeur constitutionnelle ainsi que des engagements internationaux
de la France, fixer, s’agissant des ressortissants étrangers, des conditions leur ouvrant un droit au logement
opposable distinctes selon les titres de séjour détenus par eux, il ne pouvait légalement le faire que pour autant
que les personnes résidant en France sous couvert de ces titres se trouvent dans une situation différente
au regard de la condition de permanence du séjour sur le territoire national posée par l’article  L.  300-1 du
code de la construction et de l’habitation précité ou pour des motifs d’intérêt général en rapport avec cette
même condition ; que la différence de traitement qui résulte du décret attaqué ne se justifie ni par un motif
d’intérêt général ni par une différence de situation au regard de la condition de permanence du séjour entre
les personnes détentrices d’une carte de séjour temporaire portant la mention «  étudiant  » ou «  salarié en
mission  », ou d’une carte de séjour «  compétences et talents  », d’une part, et les personnes détentrices
d’autres titres de séjour temporaires inclus dans le champ du décret attaqué, d’autre part ; qu’il suit de là que
le décret attaqué a méconnu le principe d’égalité en excluant du bénéfice du droit au logement opposable les
détenteurs de ces trois catégories de titres de séjour ;
Considérant que les dispositions ainsi entachées d’illégalité sont indivisibles de l’ensemble des autres
dispositions attaquées  ; que, dès lors, le Groupe d’information et de soutien des immigrés et autres sont
fondés à demander l’annulation de ces dispositions ;
Sur les conséquences de l’illégalité du décret attaqué :
Considérant que l’annulation d’un acte administratif implique en principe que cet acte est réputé n’être jamais
intervenu  ; que, toutefois, s’il apparaît que cet effet rétroactif de l’annulation est de nature à emporter des
conséquences manifestement excessives en raison tant des effets que cet acte a produits et des situations
qui ont pu se constituer lorsqu’il était en vigueur que de l’intérêt général pouvant s’attacher à un maintien
temporaire de ses effets, il appartient au juge administratif - après avoir recueilli sur ce point les observations
des parties et examiné l’ensemble des moyens, d’ordre public ou invoqués devant lui, pouvant affecter la
légalité de l’acte en cause  - de prendre en considération, d’une part, les conséquences de la rétroactivité
de l’annulation pour les divers intérêts publics ou privés en présence, d’autre part, les inconvénients que
présenterait, au regard du principe de légalité et du droit des justiciables à un recours effectif, une limitation
dans le temps des effets de l’annulation  ; qu’il lui revient d’apprécier, en rapprochant ces éléments,
s’ils peuvent justifier qu’il soit dérogé à titre exceptionnel au principe de l’effet rétroactif des annulations
contentieuses et, dans l’affirmative, de prévoir dans sa décision d’annulation que, sous réserve des actions
25

15 mai 2013
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Bulletin d’information
contentieuses engagées à la date de celle-ci contre les actes pris sur le fondement de l’acte en cause, tout
ou partie des effets de cet acte antérieurs à son annulation devront être regardés comme définitifs ou même,
le cas échéant, que l’annulation ne prendra effet qu’à une date ultérieure qu’il détermine ;
Considérant qu’au regard, d’une part, des conséquences de la rétroactivité de l’annulation du décret attaqué,
qui produirait des effets manifestement excessifs tenant au vide juridique ainsi créé, d’autre part, de la
nécessité de permettre au gouvernement de prendre les dispositions assurant la continuité de la procédure
du droit au logement opposable, et compte tenu tant de la nature des moyens d’annulation retenus que de
celle des autres moyens soulevés par les associations requérantes et susceptibles d’affecter la légalité des
dispositions attaquées, il y a lieu de prévoir que l’annulation prononcée par la présente décision ne prendra
effet qu’à compter du 1
er
 octobre 2012 et que, sous réserve des actions contentieuses engagées à la date
de la présente décision contre les actes pris sur son fondement, les effets produits par les dispositions du
décret attaqué antérieurement à son annulation seront regardés comme définitifs ;
Sur les conclusions présentées au titre des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative :
Considérant qu’il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge de l’État la somme de
1 500 euros à verser respectivement au Groupe d’information et de soutien des immigrés et à la Fédération
des associations pour la promotion et l’insertion par le logement au titre des dispositions de l’article L. 761-1
du code de justice administrative  ; que ces dispositions font en revanche obstacle à ce que soit mise à la
charge de l’État la somme que demande au même titre l’association la Cimade, qui n’est pas partie dans la
présente instance ;
DÉCIDE :
Article premier  : les interventions de l’association la Cimade, de l’Association des familles victimes de
saturnisme et de l’association Fédération droit au logement sont admises.
Article  2  : l’article  premier du décret du 8  septembre  2008 est annulé à compter du  1
er
  octobre  2012 en
tant que l’article  R.  300-2 qu’il insère dans le code de la construction et de l’habitation fixe les conditions
de la permanence de résidence mentionnées à l’article  L.  300-1 du même code exigées des personnes
de nationalité étrangère autres que celles détenant une carte de résident ou un titre conférant des droits
équivalents et autres que les personnes relevant de l’article R. 300-1 du même code, pour se voir ouvrir un
droit au logement opposable.
Article 3 : sous réserve des actions contentieuses engagées à la date de la présente décision contre les actes
pris sur le fondement du décret du 8 septembre 2008, les effets produits par ce dernier antérieurement à son
annulation sont regardés comme définitifs.
Article  4  : l’État versera la somme de 1  500 euros respectivement au Groupe d’information et de soutien
des immigrés et à la Fédération des associations pour la promotion et l’insertion par le logement au titre des
dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 5 : les conclusions présentées par la Cimade au titre des dispositions de l’article L. 761-1 du code de
justice administrative sont rejetées.
Article  6  : la présente décision sera notifiée au Groupe d’information et de soutien des immigrés, à la
Fédération des associations pour la promotion et l’insertion par le logement, à l’association la Cimade, à
l’association des Familles victimes de saturnisme et à l’association Fédération droit au logement, au Premier
ministre, ministre de l’écologie, du développement durable, des transports et du logement, et au ministre de
l’intérieur, de l’outre-mer, des collectivité territoriales et de l’immigration.
Copie en sera adressée pour information au ministre d’État, ministre des affaires étrangères et européennes,
et au Défenseur des droits.
N° 322326
Il n’est pas sans intérêt de remarquer que ce même article 6, § 1, de la Convention n
o
 97 de l’Organisation
internationale du travail du 1
er
  juillet  1949 institue lui aussi l’égalité de traitement en ce qui concerne les
prestations familiales :
« Article 6, § 1
Tout membre pour lequel la présente Convention est en vigueur s’engage à appliquer, sans discrimination de
nationalité, de race, de religion ni de sexe, aux immigrants qui se trouvent légalement dans les limites de son
territoire, un traitement qui ne soit pas moins favorable que celui qu’il applique à ses propres ressortissants
en ce qui concerne les matières suivantes :
(a) dans la mesure où ces questions sont réglementées par la législation ou dépendent des autorités
administratives :
(i) la rémunération, y compris les allocations familiales lorsque ces allocations font partie de la
rémunération, la durée du travail, les heures supplémentaires, les congés payés, les restrictions au travail à
domicile, l’âge d’admission à l’emploi, l’apprentissage et la formation professionnelle, le travail des femmes
et des adolescents ;
(ii) l’affiliation aux organisations syndicales et la jouissance des avantages offerts par les conventions
collectives ;
(iii) le logement ;
26

Bulletin d’information
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15 mai 2013
(b) la sécurité sociale (à savoir les dispositions légales relatives aux accidents du travail, aux maladies
professionnelles, à la maternité, à la maladie, à la vieillesse et au décès, au chômage et aux charges de
famille, ainsi qu’à tout autre risque qui, conformément à la législation nationale, est couvert par un système
de sécurité sociale), sous réserve :
(i) des arrangements appropriés visant le maintien des droits acquis et des droits en cours d’acquisition ;
(ii) des dispositions particulières prescrites par la législation nationale du pays d’immigration et visant les
prestations ou fractions de prestations payables exclusivement sur les fonds publics, ainsi que les allocations
versées aux personnes qui ne réunissent pas les conditions de cotisation exigées pour l’attribution d’une
pension normale ;
(c) les impôts, taxes et contributions afférents au travail, perçus au titre du travailleur ;
(d) les actions en justice concernant les questions mentionnées dans la présente convention ».
Il ne fait donc guère de doute que le Conseil d’État, s’il en était saisi, déclarerait ce même article 6, § 1, d’effet
direct en ce qu’il institue un principe d’égalité de traitement au profit des travailleurs migrants en matière de
sécurité sociale par application du raisonnement tenu dans l’arrêt du 11 avril 2012. La doctrine invite d’ailleurs
la Cour de cassation à suivre cette évolution en se référant notamment à la jurisprudence de la Cour de
justice de l’Union européenne en ce qui concerne l’effet direct des dispositions instaurant le même principe
d’égalité de traitement en matière de sécurité sociale dans les accords de coopération ou d’association
(J.-F. Akandji-Kombé, « De l’invocabilité des sources européennes et internationales du droit social devant le
juge interne », Droit social, n
o
 11-12, novembre-décembre 2012, Études, p. 1014, spéc. p. 1022). Néanmoins,
cette Convention n
o
  97 de l’Organisation internationale du travail n’est pas invoquée par le moyen  ; elle ne
l’était pas de toute façon devant les premiers juges, à la différence du droit de l’Union européenne.
L’on relèvera en revanche que la jurisprudence du Conseil d’État, en ce qui concerne l’interprétation qu’elle
retient de l’article 3, § 1, de la Convention internationale des droits de l’enfant et de l’article 8 de la Convention
européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales, paraît être tout à fait en
harmonie avec les deux arrêts de l’assemblée plénière du 3 juin 2011 :
CONSEIL D’ÉTAT
statuant
au contentieux
N° 252106
__________
PRÉFET DE SAVOIE
c/Mme X…
__________
Mme von Cœster
Rapporteur
__________
Mme de Silva
Commissaire du gouvernement
__________
Séance du 6 novembre 2003
Lecture du 28 novembre 2003
__________
RÉPUBLIQUE FRANÇAISE
AU NOM DU PEUPLE FRANÇAIS
Le Conseil d’État statuant au contentieux
(Section du contentieux, 2
e
 sous-section)
Vu la requête, enregistrée le 28  novembre  2002 au secrétariat du contentieux du Conseil d’État, présentée
par le préfet de la Savoie ; le préfet de la Savoie demande au Conseil d’État :
1°) d’annuler le jugement du 28  octobre  2002 par lequel le magistrat délégué par le président du tribunal
administratif de Grenoble a annulé son arrêté du 7  octobre  2002 décidant la reconduite à la frontière de
Mme Yamina X… ainsi que sa décision du même jour fixant l’Algérie comme pays de renvoi ;
2°) de rejeter la demande présentée par Mme X… devant le tribunal administratif de Grenoble ;
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu la Convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales, signée le
4 novembre 1950 ;
Vu l’Accord franco-algérien du 27  septembre  1968 modifié relatif à la circulation, à l’emploi et au séjour en
France des ressortissants algériens et de leurs familles ;
Vu la Convention internationale relative aux droits de l’enfant du 26 janvier 1990 ;
Vu l’ordonnance n
o
 45-2658 du 2 novembre 1945 modifiée relative aux conditions d’entrée et de séjour des
étrangers en France ;
Vu le code de justice administrative ;
27

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Arrêt publié intégralement

Bulletin d’information
Après avoir entendu en séance publique :
- le rapport de Mme von Cœster, auditeur,
- les conclusions de Mme de Silva, commissaire du gouvernement ;
Considérant qu’aux termes du I de l’article 22 de l’ordonnance du 2 novembre 1945 modifiée : « Le représentant
de l’État dans le département et, à Paris, le préfet de police, peuvent, par arrêté motivé, décider qu’un
étranger sera reconduit à la frontière dans les cas suivants  : […] 3
o
Si l’étranger auquel la délivrance ou le
renouvellement d’un titre de séjour a été refusé ou dont le titre de séjour a été retiré, s’est maintenu sur le
territoire au-delà du délai d’un mois à compter de la date de notification du refus ou du retrait […] » ;
Considérant qu’il ressort des pièces du dossier que Mme X…, de nationalité algérienne, s’est maintenue sur
le territoire français plus d’un mois après la notification, le 13 août 2002, de la décision du préfet de la Savoie
du même jour lui refusant la délivrance d’un titre de séjour et l’invitant à quitter le territoire  ; que Mme  X…
était ainsi dans le cas visé au 3
o
du I de l’article 22 de l’ordonnance du 2 novembre 1945 où le préfet peut
décider la reconduite d’un étranger à la frontière ;
Considérant qu’aux termes de l’article  3, §  1, de la Convention internationale des droits de l’enfant du
26 janvier 1990 : « Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu’elles soient le fait des institutions
publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes
législatifs, l’intérêt supérieur de l’enfant doit être une considération primordiale » ; qu’aux termes de l’article 9
de la même Convention : « 1. Les États parties veillent à ce que l’enfant ne soit pas séparé de ses parents
contre leur gré, à moins que les autorités compétentes ne décident, sous réserve de révision judiciaire et
conformément aux lois et procédures applicables, que cette séparation est nécessaire dans l’intérêt supérieur
de l’enfant... 2. Les États parties respectent le droit de l’enfant séparé de ses deux parents ou de l’un d’eux
d’entretenir régulièrement des relations personnelles et des contacts directs avec ses deux parents, sauf
si cela est contraire à l’intérêt supérieur de l’enfant  »  ; qu’aux termes de l’article  10-1  : «  Conformément à
l’obligation incombant aux États parties en vertu du paragraphe premier de l’article 9, toute demande faite par
un enfant ou ses parents en vue d’entrer dans un État partie ou de le quitter aux fins de réunification familiale
est considérée par les États parties dans un esprit positif avec humanité et diligence » ; qu’enfin aux termes de
l’article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales :
« 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, […] 2. Il ne peut y avoir ingérence d’une
autorité publique dans l’exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu’elle
constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la santé
publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l’ordre et à la prévention des infractions pénales,
à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d’autrui » ;
Considérant, d’une part, que les stipulations de l’article 9 de la Convention internationale des droits de l’enfant
créent seulement des obligations entre États sans ouvrir de droits aux intéressés et que celles de l’article 10
de la même Convention ne sauraient être utilement invoquées à l’encontre d’un arrêté de reconduite à la
frontière ; que Mme X… ne peut donc utilement se prévaloir de ces stipulations pour demander l’annulation
de l’arrêté décidant sa reconduite à la frontière ;
Considérant, d’autre part, que si Mme X… fait valoir que son ancien mari, qui bénéficie d’un droit de
visite à l’égard de ses enfants et s’occupe régulièrement de ces derniers, vit en France, que son père vit
en France, et que l’arrêté attaqué aurait pour effet de laisser ses enfants isolés en France, il ne ressort
pas des pièces du dossier que M. Y..., père des deux enfants de Mme X…, ait maintenu des contacts
réguliers avec ces derniers après le divorce du couple en avril 1999 ; qu’en outre, l’intéressé, qui s’est
remarié, n’était pas titulaire d’un titre de séjour à la date de l’arrêté attaqué ; que, par suite, dans les
circonstances de l’espèce, et alors que Mme  X…, qui a de la famille en Algérie, ne justifie pas être
dans l’impossibilité d’emmener ses enfants avec elle, l’arrêté attaqué n’a méconnu ni les stipulations
de l’article  3, §  1, de la Convention internationale des droits de l’enfant, ni celles de l’article  8 de la
Convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ; que, dès
lors, c’est à tort que, pour annuler les décisions du préfet de la Savoie, le magistrat délégué par le président
du tribunal administratif de Grenoble s’est fondé sur les stipulations précitées de la Convention internationale
relative aux droits de l’enfant et de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des
libertés fondamentales ;
Considérant toutefois qu’il appartient au Conseil d’État, saisi de l’ensemble du litige par l’effet dévolutif de
l’appel, d’examiner les autres moyens soulevés par Mme X… devant le tribunal administratif de Grenoble ;
Sur l’exception d’illégalité dirigée contre le refus d’asile territorial :
Considérant que la décision du 14 juin 2002 du ministre de l’intérieur, de la sécurité intérieure et des libertés
locales, refusant à Mme X… l’asile territorial, n’avait pas à être motivée ; qu’il ressort des pièces du dossier
qu’elle a été prise à l’issue d’une procédure régulière ;
Considérant que si Mme  X… fait valoir qu’elle était personnellement menacée en Algérie à la suite de
l’assassinat de son frère en 1995 par un groupe terroriste dans la région de Rélizane, où elle résidait, elle
n’apporte pas les éléments de nature à établir la réalité des risques personnels allégués  ; qu’elle n’est, par
suite, pas fondée à soutenir que le ministre de l’intérieur, de la sécurité intérieure et des libertés locales
aurait, en lui refusant l’asile territorial, commis une erreur manifeste d’appréciation et violé les stipulations de
l’article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
28

Bulletin d’information
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15 mai 2013
Sur l’exception d’illégalité dirigée contre le refus du préfet de la Savoie de lui accorder un titre de séjour :
Considérant qu’il ne ressort pas des pièces du dossier que la décision du 13 août 2002 du préfet de la Savoie
refusant à Mme X… un titre de séjour et l’invitant à quitter le territoire français, qui est suffisamment motivée,
aurait été prise sans examen particulier de la situation de l’intéressée ;
Considérant que, pour les raisons déjà exposées ci-dessus, le préfet de la Savoie n’a pas entaché sa
décision d’une erreur manifeste d’appréciation ni méconnu les stipulations de l’article 3, §1, de la Convention
internationale des droits de l’enfant ou celles de l’article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des
droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
Sur la décision fixant le pays de destination :
Considérant que, pour les raisons précédemment exposées, Mme  X… n’est pas fondée à soutenir que la
décision fixant l’Algérie comme pays de renvoi méconnaîtrait les dispositions de l’article 27 bis, dernier alinéa,
de l’ordonnance du 2 novembre 1945 modifiée relative aux conditions d’entrée et de séjour des étrangers en
France ou les stipulations de l’article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme
et des libertés fondamentales ;
Considérant qu’il résulte de ce qui précède que le préfet de la Savoie est fondé à soutenir que c’est à tort que,
par le jugement attaqué, le magistrat délégué par le président du tribunal administratif de Grenoble a annulé
son arrêté du 7 octobre 2002 ordonnant la reconduite à la frontière de Mme X… et la décision du même jour
fixant l’Algérie comme pays de renvoi ;
Sur l’application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative :
Considérant que ces dispositions font obstacle à ce que l’État, qui n’est pas dans la présente instance la
partie perdante, soit condamné à verser la somme que Mme X… demande pour les frais qu’elle a exposés et
qui ne sont pas compris dans les dépens ;
DÉCIDE :
Article premier : le jugement du 28 octobre 2002 du magistrat délégué par le président du tribunal administratif
de Grenoble est annulé.
Article  2  : la demande présentée par Mme  X… devant le tribunal administratif de Grenoble ainsi que les
conclusions qu’elle a présentées devant le Conseil d’État sont rejetées.
Article  3  : la présente décision sera notifiée au préfet de la Savoie, à Mme  Yamina X… et au ministre de
l’intérieur, de la sécurité intérieure et des libertés locales.
N° 252106
Par ailleurs, la Cour de justice de l’Union européenne, dans son arrêt relatif au recours en annulation du
Parlement européen formé à l’encontre des articles 4, § 1, dernier alinéa, 6 et 8 de la directive 2003/86/CE du
Conseil du 22 septembre 2003 relative au droit au regroupement familial (JOCE, n
o
 L. 251, p. 12), recours qui
était fondé sur la violation supposée par ces dispositions de certains droits fondamentaux issus notamment
de la Convention de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales et de la Convention
internationale des droits de l’enfant (CJCE, 27 juin 2006, Parlement européen contre Conseil, aff. C-540/03,
Rec., I, p. 5769), a interprété ainsi qu’il suit les exigences de la Convention internationale des droits de l’enfant
et de l’article 8 de la Convention de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales :
« 59. Ces différents textes soulignent l’importance, pour l’enfant, de la vie familiale et recommandent aux États
de prendre en considération l’intérêt de celui-ci mais ne créent pas de droit subjectif pour les membres d’une
famille à être admis sur le territoire d’un État et ne sauraient être interprétés en ce sens qu’ils priveraient
les États d’une certaine marge d’appréciation lorsqu’ils examinent des demandes de regroupement
familial.
60. Allant au-delà de ces dispositions, l’article  4, §  1, de la directive impose aux États membres des
obligations positives précises, auxquelles correspondent des droits subjectifs clairement définis, puisqu’il leur
impose, dans les hypothèses déterminées par la directive, d’autoriser le regroupement familial de certains
membres de la famille du regroupant sans pouvoir exercer leur marge d’appréciation.
61. S’agissant de l’article  4, §  1, dernier alinéa, de la directive, il a pour effet, dans des circonstances
strictement définies, à savoir lorsqu’un enfant de plus de douze ans arrive indépendamment du reste
de la famille, de maintenir partiellement la marge d’appréciation des États membres en leur permettant,
avant d’autoriser l’entrée et le séjour de l’enfant au titre de la directive, d’examiner s’il satisfait à un critère
d’intégration prévu par la loi nationale en vigueur à la date de la mise en œuvre de la directive.
62. Ce faisant, l’article  4, §  1, dernier alinéa, de la directive ne saurait être considéré comme allant à
l’encontre du droit au respect de la vie familiale. En effet, dans le contexte d’une directive imposant aux
États membres des obligations positives précises, il maintient dans le chef de ces États une marge
d’appréciation limitée qui n’est pas différente de celle qui leur est reconnue par la Cour européenne
des droits de l’homme dans sa jurisprudence relative à ce droit pour, dans chaque circonstance de
fait, mettre en balance les intérêts en présence.
63. Par ailleurs, ainsi que l’impose l’article  5, § 5, de la directive, les États membres doivent, lors de cette
mise en balance des intérêts, veiller à prendre dûment en considération l’intérêt supérieur de l’enfant mineur.
64. Il convient en outre de tenir compte de l’article 17 de la directive, qui impose aux États membres de
prendre dûment en considération la nature et la solidité des liens familiaux de la personne et sa durée
de résidence dans l’État membre ainsi que l’existence d’attaches familiales, culturelles ou sociales
avec son pays d’origine. Ainsi qu’il ressort du point 56 du présent arrêt, de tels critères correspondent
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15 mai 2013
Arrêt publié intégralement

Bulletin d’information
à ceux pris en considération par la Cour européenne des droits de l’homme lorsqu’elle vérifie si un
État, qui a refusé une demande de regroupement familial, a correctement mis en balance les intérêts
en présence.
65. Enfin, l’âge d’un enfant et le fait que celui-ci arrive indépendamment de sa famille sont également
des éléments pris en considération par la Cour européenne des droits de l’homme, celle-ci tenant
compte des liens qu’un enfant a avec des membres de sa famille dans son pays d’origine, mais
également des liens qu’il a avec l’environnement culturel et linguistique de ce pays (voir, notamment,
arrêts précités Ahmut c/ Pays-Bas, § 69, et Gül c/ Suisse, § 42).
66. S’agissant du critère d’intégration, il n’apparaît pas qu’il soit, en tant que tel, contraire au droit au respect
de la vie familiale exprimé à l’article 8 de la CEDH. Ainsi qu’il a été rappelé, ce droit ne doit pas être interprété
comme comportant nécessairement l’obligation, pour un État membre, de permettre le regroupement familial
sur son territoire et l’article 4, § 1, dernier alinéa, de la directive ne fait que maintenir la marge d’appréciation
de l’État membre en la limitant à l’examen d’un critère défini par la législation nationale, à exercer par celui-ci
dans le respect, notamment, des principes exprimés aux articles 5, § 5, et 17 de la directive. En tout état de
cause, la nécessité de l’intégration peut relever de plusieurs des buts légitimes visés à l’article 8, § 2, de la
CEDH.
67. Contrairement à ce que soutient le Parlement, le législateur communautaire n’a pas confondu le critère
d’intégration visé à l’article 4, § 1, dernier alinéa, de la directive et l’objectif d’intégration des mineurs, lequel
pourrait, selon le Parlement, être atteint par des moyens tels que des mesures facilitant leur intégration après
leur admission. Il s’agit en effet de deux éléments différents. Ainsi qu’il résulte du douzième considérant de la
directive, la possibilité de limiter le droit de regroupement familial pour les enfants de plus de douze ans dont
la résidence initiale n’est pas chez le regroupant vise à tenir compte de la faculté d’intégration des enfants
dès le plus jeune âge et garantit qu’ils acquièrent l’éducation et les connaissances linguistiques nécessaires
à l’école.
68. Ainsi, le législateur communautaire a estimé que, au-delà de l’âge de douze ans, l’objectif d’intégration
peut ne pas être atteint aussi aisément et a, en conséquence, prévu que l’État membre a la faculté de prendre
en compte un niveau minimal de capacité d’intégration lorsqu’il prend la décision d’autoriser l’entrée et le
séjour au titre de la directive.
69. Le  critère d’intégration au sens de l’article  4, §  1, dernier alinéa, de la directive peut donc être pris
en considération dans le cadre de l’examen d’une demande de regroupement familial et le législateur
communautaire ne s’est pas contredit en autorisant les États membres, dans les circonstances particulières
prévues par cette disposition, à examiner une demande au regard de ce critère dans le contexte d’une
directive qui, ainsi qu’il ressort de son quatrième considérant, a pour objectif général de faciliter l’intégration
des ressortissants de pays tiers dans les États membres en permettant une vie de famille grâce au
regroupement familial.
70. L’absence de définition de la notion d’intégration ne saurait être interprétée comme une autorisation
conférée aux États membres d’utiliser cette notion d’une manière contraire aux principes généraux du droit
communautaire et, plus particulièrement, aux droits fondamentaux. En effet, les États membres qui souhaitent
faire usage de la dérogation ne peuvent utiliser une notion indéterminée d’intégration, mais doivent appliquer
le critère d’intégration prévu par leur législation existant à la date de la mise en œuvre de la directive pour
examiner la situation particulière d’un enfant de plus de douze ans arrivant indépendamment du reste de sa
famille.
71. Par conséquent, l’article 4, § 1, dernier alinéa, de la directive ne saurait être interprété comme autorisant
les États membres, explicitement ou implicitement, à adopter des dispositions de mise en œuvre qui seraient
contraires au droit au respect de la vie familiale.
[…]
97. De la même manière que les autres dispositions attaquées dans le cadre du présent recours, l’article 8
de la directive autorise les États membres à déroger aux règles du regroupement familial prévues par cette
directive. Le  premier alinéa dudit article  8 autorise les États membres à exiger un séjour légal de deux ans
au plus avant que le regroupant puisse être rejoint par sa famille. Le second alinéa de cet article permet aux
États membres dont la législation tient compte de leur capacité d’accueil à prévoir une période d’attente de
trois ans au maximum entre la demande de regroupement et la délivrance d’un titre de séjour aux membres
de la famille.
98. Cette disposition n’a donc pas pour effet d’empêcher tout regroupement familial, mais maintient
au profit des États membres une marge d’appréciation limitée en leur permettant de s’assurer que le
regroupement familial aura lieu dans de bonnes conditions, après que le regroupant a séjourné dans
l’État d’accueil pendant une période suffisamment longue pour présumer une installation stable et
un certain niveau d’intégration. Dès lors, le fait, pour un État membre, de prendre ces éléments en
considération et la faculté de différer le regroupement familial de deux ans ou, selon le cas, de trois
ans ne vont pas à l’encontre du droit au respect de la vie familiale exprimé notamment à l’article 8 de
la CEDH tel qu’interprété par la Cour européenne des droits de l’homme.
99. Il convient cependant de rappeler que, ainsi qu’il résulte de l’article  17 de la directive, la durée de
résidence dans l’État membre n’est que l’un des éléments qui doivent être pris en compte par ce dernier lors
de l’examen d’une demande et qu’un délai d’attente ne peut être imposé sans prendre en considération, dans
des cas spécifiques, l’ensemble des éléments pertinents.
100. Il en est de même du critère de la capacité d’accueil de l’État membre, qui peut être l’un des éléments
pris en considération lors de l’examen d’une demande, mais ne saurait être interprété comme autorisant
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un quelconque système de quotas ou un délai d’attente de trois ans imposé sans égard aux circonstances
particulières des cas spécifiques. En effet, l’analyse de l’ensemble des éléments telle que prévue à l’article 17
de la directive ne permet pas de ne prendre que ce seul élément en considération et impose de procéder à
un examen réel de la capacité d’accueil au moment de la demande.
101. Lors de cette analyse, les États membres doivent en outre, ainsi qu’il est rappelé au point 63 du présent
arrêt, veiller à prendre dûment en considération l’intérêt supérieur de l’enfant mineur ».
L’assemblée plénière devra examiner l’influence de ces décisions sur la présente affaire.
Sur les quatrième et cinquième branches du moyen : celles-ci visent le droit de l’Union européenne, à savoir
les articles 68 et 69 de l’Accord d’association entre l’Union européenne et l’Algérie signé le 22 avril 2002, et
l’article 11 de la directive 2003/109/CE du 25 novembre 2003 relative au statut des ressortissants des pays
tiers de longue durée. Si ni le jugement ni l’arrêt de la cour d’appel ne contiennent de motifs à cet égard,
il résulte des conclusions de M.  X… devant la cour d’appel que ces textes de l’Union européenne étaient
clairement invoqués (cf. page 16 des conclusions).
L’Accord euro-méditerranéen établissant une association entre la Communauté européenne et ses
États membres, d’une part, et la République algérienne démocratique et populaire, d’autre part  : cet
Accord d’association, signé le 22  avril  2002 (voir la décision 2005/690/CE du Conseil du 18  juillet  2005
concernant la conclusion de l’Accord euro-méditerranéen Union européenne-Algérie, JOCE, n
o
  L.  265 du
10  novembre  2005, p.  1), remplace, aux termes de son article  110, §  2, l’Accord de coopération entre la
Communauté économique européenne et la République algérienne démocratique et populaire (approuvé par
le règlement CEE n
o
  2210/78 du Conseil du 26  septembre  1978, JOCE, n
o
  L.  263 du 27  septembre  1978,
p. 1), ainsi que l’Accord entre les États membres de la Communauté européenne du charbon et de l’acier et
la République algérienne démocratique et populaire, signés à Alger le 26 avril 1976.
Les dispositions pertinentes de cet Accord d’association sont les suivantes :
« Article 68
1. Sous réserve des dispositions des paragraphes suivants, les travailleurs de nationalité algérienne
et les membres de leur famille résidant avec eux bénéficient, dans le domaine de la sécurité sociale,
d’un régime caractérisé par l’absence de toute discrimination fondée sur la nationalité par rapport aux
propres ressortissants des États membres dans lesquels ils sont occupés.
La notion de sécurité sociale couvre les branches de sécurité sociale qui concernent les prestations de
maladie et de maternité, les prestations d’invalidité, de vieillesse, de survivants, les prestations d’accident de
travail et de maladie professionnelle, les allocations de décès, les prestations de chômage et les prestations
familiales.
Toutefois, cette disposition ne peut avoir pour effet de rendre applicables les autres règles de coordination
prévues par la réglementation communautaire basée sur l’article  42 du Traité CE, autrement que dans les
conditions fixées par l’article 70 du présent Accord.
2. Ces travailleurs bénéficient de la totalisation des périodes d’assurance, d’emploi ou de résidence
accomplies dans les différents États membres, pour ce qui concerne les pensions et rentes de vieillesse,
d’invalidité et de survie, les prestations familiales, les prestations de maladie et de maternité ainsi que les soins
de santé pour eux-mêmes et leur famille résidant à l’intérieur de la Communauté.
3. Ces travailleurs bénéficient des prestations familiales pour les membres de leur famille résidant à
l’intérieur de la Communauté.
[…]
Article 69
Les dispositions du présent chapitre sont applicables aux ressortissants de l’une des parties qui
résident ou travaillent légalement sur le territoire du pays d’accueil.
Article 70
1. Avant la fin de la première année après l’entrée en vigueur du présent Accord, le Conseil d’association
arrête les dispositions permettant d’assurer l’application des principes énoncés à l’article 68.
2. Le  Conseil d’association arrête les modalités d’une coopération administrative assurant les garanties de
gestion et de contrôle nécessaires pour l’application des dispositions visées au paragraphe premier ».
Il est constant qu’aucune décision du Conseil d’association Union européenne-Algérie n’est encore intervenue
en ce qui concerne l’article  68 de l’Accord d’association sur le fondement de l’article  70, c’est-à-dire en
matière de coordination des régimes de sécurité sociale. Il existe toutefois un projet de décision du Conseil
d’association Union européenne-Algérie concernant les dispositions de coordination des systèmes de
sécurité sociale énoncées dans l’Accord euro-méditerranéen (JOUE, n
o
 L. 306 du 23 novembre 2010, p. 15).
Ce projet de décision se borne à rappeler les dispositions de l’article 68, § 1, de l’Accord d’association mais il
renvoie par ailleurs au règlement (CE) n
o
 883/2004 du Parlement européen et du Conseil du 29 avril 2004 sur
la coordination des systèmes de sécurité sociale (JOCE n
o
 L. 166 du 30 avril 2004, p. 1), notamment quant
aux prestations concernées (Article 3 j, visant les prestations familiales) et quant à la définition des membres
de la famille par référence à l’article premier i du règlement n
o
 883/2004 :
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« Article premier
Les termes « membre de la famille » désignent :
1) i) toute personne définie ou admise comme membre de la famille ou désignée comme membre du ménage
par la législation au titre de laquelle les prestations sont servies ;
ii) pour ce qui est des prestations en nature selon le titre III, chapitre premier, sur la maladie, la maternité et
les prestations de paternité assimilées, toute personne définie ou admise comme membre de la famille ou
désignée comme membre du ménage par la législation de l’État membre dans lequel réside l’intéressé ;
2) si la législation d’un État membre qui est applicable en vertu du point 1 ne permet pas de distinguer les
membres de la famille des autres personnes auxquelles ladite législation est applicable, le conjoint, les enfants
mineurs et les enfants majeurs à charge sont considérés comme membres de la famille ».
Néanmoins, la disposition de l’article 70, § 1, et l’absence pour le moment de décision sur ce point du Conseil
d’association Union européenne-Algérie ne semblent pas constituer un obstacle à ce que l’effet direct soit
reconnu au principe d’égalité de traitement institué par l’article 68 de l’Accord d’association.
En effet, la Cour de justice avait reconnu l’effet direct de l’article 39, § 1, de l’Accord de coopération entre la
Communauté économique européenne et la République algérienne démocratique et populaire, qui instaurait
déjà la même règle d’égalité de traitement en matière de sécurité sociale, alors même que l’article  40 de
cet Accord de coopération prévoyait également l’intervention de décisions du Conseil d’association qui ne
sont jamais intervenues (CJCE, arrêts du 5 avril 1995, Krid, C-103/94, Rec., p. I-719, points 21 à 24, et du
15 janvier 1998, Babahenini, C-113/97, Rec. p. I-183, points 17 et 18).
Cette jurisprudence a été appliquée fidèlement par la chambre sociale de notre Cour (Soc., 20  mai  1999,
pourvoi n
o
  97-16.691, Bull.  1999, V, n
o
  230, ci-après  ; et auparavant  : Soc., 17  octobre  1996, pourvoi
n
o
 95-10.956, Bull. 1996, V, n
o
 330, RJS, décembre 1997, n
o
 1327 ; Soc., 7 mai 1991, pourvoi n
o
 88-15.407,
Bull. 1991, V, n
o
 231, Dalloz 1991, somm. p. 349, obs. X. Prétot, RJS, juin 1991, n
o
 754 ; tous les arrêts cités
concernent l’Accord de coopération CE-Algérie) :
Cour de cassation - Chambre sociale - Publication : publié [ECLI:FR:CCASS:1999:SO02476 ]
SÉCURITÉ SOCIALE, ALLOCATIONS DIVERSES  - Allocation aux personnes âgées  - Allocation
supplémentaire du Fonds national de solidarité  - Bénéficiaires  - Algérien  - Algérien résidant en France  -
Condition.
En vertu de l’article 39 de l’Accord de coopération entre la Communauté économique européenne et l’Algérie
approuvé par le règlement n
o
  2210-78 du Conseil des Communautés en date du 26  septembre  1978,
directement applicable dans tous les États membres, les travailleurs de nationalité algérienne, ainsi que les
membres de leur famille qui résident avec eux, bénéficient, dans le domaine de la sécurité sociale, d’un
régime caractérisé par l’absence de toute discrimination fondée sur la nationalité par rapport aux propres
ressortissants des États membres.
Et, selon le règlement n
o
  1408-71 du Conseil, modifié par le règlement n
o
  1247-92, l’allocation spéciale
vieillesse et l’allocation du Fonds national de solidarité entrent dans le champ d’application matériel de ce
texte.
Il s’ensuit qu’un ressortissant algérien, résidant en France chez sa fille travailleur salarié, peut, dès lors qu’il
remplit par ailleurs les conditions requises par l’article  L.  814-1 du code de la sécurité sociale pour obtenir
l’allocation spéciale vieillesse, prétendre au bénéfice de cette allocation et, par voie de conséquence, à celui
de l’allocation supplémentaire du Fonds national de solidarité.
COMMUNAUTÉ EUROPÉENNE  - Accords de coopération avec d’autres États  - Algérie  - Accord du
26 avril 1976 - Sécurité sociale - Principe de l’égalité de traitement.
SÉCURITÉ SOCIALE, ALLOCATIONS DIVERSES  - Allocations aux personnes âgées  - Allocation
supplémentaire du Fonds national de solidarité - Conditions - Résidence en France - Règlement n
o
 1408-71
du Conseil des communautés européennes - Modification par le règlement n
o
 1247-92 - Conséquence.
COMMUNAUTÉ EUROPÉENNE  - Sécurité sociale  - Règlement n
o
  1408-71  - Champ  d’application  -
Allocation supplémentaire du Fonds national de solidarité - Bénéficiaire - Algérien.
Textes appliqués : code de la sécurité sociale, article L. 814-1 ; Accord de coopération entre la Communauté
économique européenne et l’Algérie, article  39  ; Règlement n
o
  2210-78 du Conseil des communautés  ;
Règlement n
o
 1408-71 du Conseil des communautés, modifié par le règlement n
o
 1247-92.
20 mai 1999. Rejet.
Décision attaquée : cour d’appel de Metz, 1
er
 avril 1997.
Texte de la décision
Sur le moyen unique :
Attendu que Mme X…, de nationalité algérienne, a demandé le bénéfice de l’allocation spéciale vieillesse et
de l’allocation supplémentaire du Fonds national de solidarité  ; que la cour d’appel (Metz, 1
er
  avril  1997) a
accueilli son recours contre la décision de la Caisse des dépôts et consignation (CDC) qui a rejeté la demande
concernant la première de ces prestations en raison de sa nationalité étrangère et de l’absence de convention
de réciprocité entre la France et l’Algérie et celle concernant la seconde, faute de prestation principale à
laquelle l’allocation supplémentaire pourrait être rattachée ;
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Attendu que la CDC fait grief à l’arrêt d’avoir statué ainsi, alors, selon le moyen, que l’allocation spéciale
et l’allocation supplémentaire de vieillesse prévues par les articles L. 814-1 et L. 815-2 du code de la
sécurité sociale sont exclues du champ d’application matériel du règlement n
o
 1408-71 du Conseil, modifié
par les règlements n
o
  1247-92 et 1249-92, lorsque le ressortissant algérien ne relève pas d’un régime de
sécurité sociale de droit propre ou de droit dérivé et que les allocations susvisées relèvent exclusivement
de l’assistance sociale et ne constituent ni le supplément, complément ou accessoire d’une prestation de
sécurité sociale  ; que Mme  X…, de nationalité algérienne, ne bénéficiait d’aucune prestation de sécurité
sociale et sollicitait le bénéfice de l’allocation spéciale et de l’allocation supplémentaire au seul titre de
l’assistance au sens du droit communautaire  ; qu’en estimant, dès lors, qu’un membre de la famille d’un
travailleur algérien résidant en France (Mme  X…) pouvait bénéficier de l’allocation spéciale et de l’allocation
supplémentaire, au seul titre de l’assistance sociale, au regard de l’article premier, 3 b du règlement du Conseil
n
o
 1249-92 et de l’article 10 bis du règlement n
o
 1247-92, modifiant le règlement n
o
 1408-71 en son annexe
II bis, la cour d’appel a violé ces dispositions par fausse interprétation, ensemble l’article 39 de l’Accord de
coopération entre la Communauté européenne et l’Algérie, approuvé par le règlement n
o
 2210-78 du Conseil
des Communautés en date du 26 septembre 1978 ;
Mais attendu qu’en vertu de l’article  39 de l’Accord de coopération précité, directement applicable
dans tous les États membres, les travailleurs de nationalité algérienne ainsi que les membres de
leur famille qui résident avec eux bénéficient, dans le domaine de la sécurité sociale, d’un régime
caractérisé par l’absence de toute discrimination fondée sur la nationalité par rapport aux propres
ressortissants des États membres ; que, selon le règlement n
o
 1408-71 du Conseil des Communautés,
modifié par le règlement n
o
  1247-92 du Conseil des Communautés, l’allocation spéciale vieillesse et
l’allocation du Fonds national de solidarité entrent dans le champ d’application matériel de ce texte ;
Et attendu que n’étant pas contesté que Mme  X…, Algérienne, résidant en France chez sa fille travailleur
salarié, remplissait les conditions requises par l’article  L. 814-1 du code de la sécurité sociale pour obtenir
l’allocation spéciale vieillesse, la cour d’appel en a exactement déduit qu’elle pouvait prétendre au bénéfice
de cette allocation et, par voie de conséquence, à celui de l’allocation supplémentaire du Fonds national de
solidarité dans les conditions prévues par l’article R. 815-3 du même code ;
PAR CES MOTIFS :
REJETTE le pourvoi ;
N° 97-16.691 - Caisse des dépôts et consignations contre Mme X…
Président, M.  Gélineau-Larrivet.  - Rapporteur, M.  Gougé.  - Avocat général, M.  Martin.  - Avocat(s), la
SCP Célice, Blancpain et Soltner, la SCP Jean-Pierre Ghestin.
Publication : Bull. 1999, V, n
o
 230.
Rapprochements  : Soc., 17  octobre  1996, Bull.  1996, V, n
o
  330, p.  233 (rejet), et les arrêts cités  ; Soc.,
14 mai 1998, Bull. 1998, V, n
o
 260, p. 197 (rejet).
Référence(s) antérieure(s) :
1. Chambre sociale, 17 octobre 1996.
2. Chambre sociale, 14 mai 1998.
3. Chambre sociale, 14 mai 1998.
Par ailleurs, la Cour de justice a reconnu l’effet direct des dispositions similaires de l’article 65, § 1, de l’Accord
euro-méditerranéen d’association signé entre l’Union européenne et le Royaume du Maroc (CJCE [Ord.],
13 juin 2006, El Youssfi, aff. C-336/05, Rec., I, p. 5223; CJCE [Ord.], 17 avril 2007, El Youssfi, aff. C-276/06).
Il convient de remarquer que les ordonnances Echouikh et El Youssfi de la Cour de justice ont été adoptées
selon la procédure prévue à l’article 104, § 3, du règlement de procédure de la Cour de justice, c’est-à-dire
lorsque la réponse à la question préjudicielle « peut être clairement déduite de la jurisprudence ».
Ci-joint les extraits pertinents de l’ordonnance du 13 juin 2006, Echouikh, aff. C-336/05, Rec., I, p. 5223 :
« Sur l’effet direct de l’article 65, paragraphe premier, premier alinéa, de l’Accord d’association
39. À cet égard, il importe de rappeler qu’il résulte d’une jurisprudence constante que l’article 41, paragraphe
premier, de l’Accord de coopération a un effet direct, de sorte que les justiciables auxquels il s’applique ont
le droit de s’en prévaloir devant les juridictions nationales (voir arrêts du 31  janvier  1991, Kziber, C-18/90,
Rec., p.  I-199, points 15 à 23  ; du 20  avril  1994, Yousfi, C-58/93, Rec., p.  I-1353, points 16 à 19, et du
3 octobre 1996, Hallouzi-Choho, C-126/95, Rec., p. I-4807, points 19 et 20 ; ordonnances du 12 février 2003,
Alami, C-23/02, Rec., p.  I-1399, point 22, et du 27  avril  2004, Haddad, C-358/02, non publiée au Recueil,
point 26  ; voir également, par analogie, arrêts du 5  avril  1995, Krid, C-103/94, Rec., p.  I-719, points
21 à 24, et du 15 janvier 1998, Babahenini, C-113/97, Rec. p. I-183, points 17 et 18, rendus à propos
de l’article  39, paragraphe premier, de l’Accord de coopération entre la Communauté économique
européenne et la République algérienne démocratique et populaire, signé à Alger le 26  avril  1976 et
approuvé au nom de la Communauté par le règlement (CEE) n
o
 2210/78 du Conseil du 26 septembre 1978
(JO, L.263, p.  1, ci-après l’«  Accord CEE-Algérie  »), disposition rédigée dans les mêmes termes que ledit
article 41, paragraphe 1).
40. Or, ainsi que la Commission des Communautés européennes l’a relevé à bon droit, cette
jurisprudence est pleinement transposable à l’article  65, paragraphe premier, premier alinéa, de
33

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l’Accord d’association, rédigé dans des termes identiques à ceux de l’article 41, paragraphe premier,
de l’Accord de coopération, l’Accord d’association poursuivant, par ailleurs, des objectifs qui se
situent dans le prolongement direct de ceux sur lesquels est fondé l’Accord de coopération.
41. Il y a lieu d’ajouter que, conformément à la jurisprudence rappelée au point 39 de la présente
ordonnance, les articles 41, paragraphe premier, de l’Accord de coopération et 39, paragraphe
premier, de l’Accord CEE-Algérie, qui prévoient l’interdiction de toute discrimination fondée sur
la nationalité dans le domaine de la sécurité sociale des ressortissants marocains et algériens
par rapport aux ressortissants de l’État membre d’accueil, sont d’effet direct en dépit du fait que
le Conseil de coopération prévu par ces accords n’a pas adopté de mesures en application des
articles 42, paragraphe premier, de l’Accord de coopération et 40, paragraphe premier, de l’Accord
CEE-Algérie relatifs à la mise en œuvre des principes énoncés respectivement aux articles 41 et 39
desdits Accords (arrêt du 4 mai 1999, Sürül, n
o
 C-262/96, Rec., p. I-2685, point 66).
42. Par identité de motifs, les mêmes considérations doivent valoir pour l’article 65, paragraphe premier,
premier alinéa, de l’Accord d’association, de sorte que l’absence de décision prise par le Conseil
d’association institué par cet Accord au titre de l’article  67, paragraphe premier, de celui-ci est
dépourvue de pertinence. »
La même jurisprudence a été adoptée pour les dispositions similaires instaurant l’égalité de traitement en
matière de sécurité sociale de l’article  64, §  1, de l’Accord euro-méditerranéen d’association entre l’Union
européenne et la Tunisie (CJCE, 14 déc. 2006, Gatoussi, aff. n
o
 C-97/05).
Il semble dès lors que, même si la Cour de justice ne l’a pas jusqu’ici dit expressément, les dispositions de
l’article  68, §  1, de l’Accord euro-méditerranéen d’association entre l’Union européenne et l’Algérie sont
d’effet direct.
Sur le fond, la jurisprudence de la Cour de justice est également d’une grande constance, ainsi que
l’ordonnance précitée Echouikh le rappelle :
«  55. Enfin, il est également de jurisprudence constante que le principe, inscrit à l’article  41, paragraphe
premier, de l’Accord de coopération, de l’absence de toute discrimination fondée sur la nationalité dans le
domaine de la sécurité sociale des travailleurs migrants marocains et des membres de leur famille résidant
avec eux par rapport aux propres ressortissants des États membres dans lesquels ils sont ou ont été
occupés signifie que les personnes visées par cette disposition doivent être traitées comme si elles étaient
des ressortissants des États membres concernés (voir, notamment, arrêt Hallouzi-Choho, précité, point 35,
et ordonnance Alami, précitée, point 30).
56. Ce principe implique donc que les personnes relevant du champ d’application de ladite disposition de
l’Accord de coopération peuvent prétendre aux prestations de sécurité sociale dans les mêmes conditions
que les ressortissants de l’État membre d’accueil, sans que la législation de ce dernier puisse leur
imposer des conditions supplémentaires ou plus rigoureuses par rapport à celles applicables aux
ressortissants de cet État (voir, notamment, arrêt Hallouzi-Choho, précité, point 36, et ordonnance Alami,
précitée, point 31, ainsi que, par analogie, arrêts précités Babahenini, point 29, et Sürül, point 97).
57. Doit ainsi être considérée comme incompatible avec ledit principe de non-discrimination l’application aux
personnes visées à l’article 41, paragraphe premier, de l’Accord de coopération non seulement de l’exigence
de la nationalité de l’État membre concerné, mais également de toute autre condition qui n’est pas
requise pour les nationaux (voir arrêt Hallouzi-Choho, précité, point 37, et ordonnance Alami, précitée,
point 32, ainsi que, par analogie, arrêt Babahenini, précité, point 30).
58. Pour les motifs énoncés aux points 40, 45 et 51 de la présente ordonnance, ces mêmes considérations
sont transposables, par analogie, à l’article  65, paragraphe premier, premier alinéa, de l’Accord
d’association ».
Antérieurement à ces décisions rendues par simple ordonnance (voir auparavant CJCE (Ord.), 12 février 2003,
Alami, aff. n
o
 C-23/02, Rec., I, p. 1399, jugeant incompatible avec l’article 41, § 1, de l’Accord de coopération
CEE-Maroc le refus d’accorder à un travailleur de nationalité marocaine résidant sur son territoire le bénéfice
d’un complément d’ancienneté majorant le montant de base de l’allocation de chômage au seul motif
qu’aucune convention internationale ne prévoit la prise en considération des périodes de travail effectuées
par l’intéressé dans un autre État membre, alors qu’une telle condition n’est pas imposée aux travailleurs
ressortissants de l’État membre d’accueil), la Cour de justice avait répondu à plusieurs questions préjudicielles
émanant notamment des juridictions françaises par arrêt : ainsi, CJCE, 31 janvier 1991, Kziber, aff. n
o
 C-18/90,
Rec. CJCE, I, p.  199, déclarant incompatible avec l’article  41, §  1, de l’Accord de coopération CEE-Maroc
la législation belge subordonnant à une condition de nationalité l’octroi d’une allocation d’attente en faveur
des jeunes demandeurs d’emploi ; de même, CJCE, 20 avril 1994, Yousfi, aff. n
o
 C-58/93, Rec., I, p. 1353,
jugeant incompatible avec ce même article 41, § 1, la législation belge refusant d’accorder une allocation pour
handicapés au motif que le travailleur est de nationalité marocaine ; CJCE, 5 avril 1995, Krid, aff. n
o
 C-103/94,
Rec., I, p. 719, déclarant la législation française refusant d’accorder une allocation supplémentaire du Fonds
national de solidarité à la veuve d’un travailleur algérien au motif de sa nationalité algérienne incompatible
avec l’article  39, §  1, de l’Accord de coopération CEE-Algérie  ; CJCE, 3  octobre  1996, Hallouhi-Choho,
aff. n
o
 C-126/95, Rec., I, p. 4807, jugeant incompatible la législation néerlandaise instituant une condition de
nationalité pour bénéficier d’avantages transitoires en matière de pension de vieillesse ; CJCE, 15 janvier 1998,
Babahenini, aff. n
o
 C-113/97, Rec., I, p. 183, concernant l’incompatibilité de la législation française refusant
l’octroi d’une allocation pour handicapés à l’épouse handicapée d’un travailleur algérien, motif pris de sa
nationalité, avec ce même article 39, § 1, de l’Accord de coopération CEE-Algérie.
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Bulletin d’information
Arrêt publié intégralement

15 mai 2013
L’assemblée plénière devra donc déterminer si ces dispositions instituent une discrimination directement
fondée sur la nationalité, étant rappelé que les textes précités du code de la sécurité sociale visent eux-mêmes
uniquement certains étrangers et ne peuvent être considérés comme étant indistinctement applicables au sens
de la jurisprudence de la Cour de justice de l’Union européenne. C’est par l’intermédiaire de la production
exigée du certificat de contrôle médical remis par l’administration française à l’issue de la procédure de
regroupement familial que l’octroi des allocations familiales demandées par un ressortissant étranger en
situation régulière est subordonné à l’entrée régulière des enfants mineurs nés à l’étranger, c’est-à-dire au
respect de la procédure de regroupement familial. L’on relèvera sur ce point que les ressortissants français,
dont certains enfants seraient nés à l’étranger, ne sont pas tenus, pour percevoir les allocations familiales
dans le cas du retour de ces enfants sur le territoire national, au respect de la procédure de regroupement
familial, qui n’est évidemment applicable qu’aux étrangers ressortissants d’un État non membre de l’Union
européenne.
Comme l’avait souligné Mme Monéger, rapporteur des arrêts d’assemblée plénière du 3 juin 2011 (pourvois
n
o
 09-69.052, Bull. 2011, Ass. plén., n
o
 6, et 09-71.352, Bull. 2011, Ass. plén., n
o
 5), « c’est toute l’ambiguïté
du système français. Les enfants étrangers ont le droit de rester sur le territoire, ils n’ont pas à solliciter un
titre de séjour qui ne leur sera réclamé qu’à leur majorité ou dans certaines circonstances à seize ans. Ils
ne peuvent pas être expulsés. Comme l’écrit ainsi M. Klötgen dans son commentaire de l’arrêt d’assemblée
plénière de 2004 (Revue critique de droit international privé, 2005, p. 53-54), « les enfants mineurs de parents
en situation régulière ne sont jamais eux-mêmes en situation irrégulière puisqu’ils ne peuvent être obligés de
quitter le territoire et par conséquent doivent disposer de plein droit de prestations sociales ».
L’influence des droits de séjour
En ce qui concerne l’influence que les droits de séjour peuvent exercer en l’espèce, il convient de rappeler que
l’article 69 de l’Accord d’association dispose que « les dispositions du présent chapitre sont applicables aux
ressortissants de l’une des parties qui résident ou travaillent légalement sur le territoire du pays d’accueil ».
L’exigence d’un séjour régulier est donc circonscrite à la situation du travailleur migrant lui-même, sans
considération de la situation des enfants au titre desquels il peut revendiquer le droit aux prestations familiales,
la seule condition exigée par l’article  68, §  3, étant que les enfants du travailleurs migrant résident dans un
État membre de l’Union européenne, ce que la Cour de justice a d’ailleurs rappelé (CJCE, 20  mars  2001,
Fahmi, aff. n
o
 C-33/99, Rec., I, p. 2415) en jugeant que le travailleur migrant marocain ne pouvait se prévaloir
du principe de l’égalité de traitement prévu à l’Accord de coopération lorsque ses enfants ne résident pas
dans un État membre.
Il résulte par ailleurs de cet article 68, § 3, de l’Accord d’association que le titulaire du droit aux prestations
familiales est le travailleur migrant lui-même, et non les enfants au titre desquels il est en droit de percevoir
les prestations familiales.
L’on relèvera en revanche que, comme la Cour de justice l’a rappelé (CJCE, 2  mars  1999, El-Yassini, aff.
n
o
 C-416/96, Rec., I, p. 1209, att. 62 et s. ci-après), il existe en matière de droits de séjour des différences
substantielles entre les règles relatives à l’association CEE-Turquie et celles relatives à l’Accord CEE-Maroc :
« 62. Dans ces conditions, il y a lieu de conclure que, en l’état actuel du droit communautaire, il n’est pas,
en principe, interdit à un État membre de refuser la prorogation du titre de séjour d’un ressortissant marocain
qu’il avait autorisé à entrer sur son territoire et à y exercer une activité professionnelle, dès lors que le motif
initial de l’octroi du droit de séjour n’existe plus au moment de l’expiration de la durée de validité du permis
de séjour accordé à la personne concernée.
63. La circonstance que cette mesure des autorités nationales compétentes oblige l’intéressé à mettre fin,
avant le terme convenu dans le contrat conclu avec son employeur, à sa relation de travail dans l’État membre
d’accueil n’est pas, en règle générale, de nature à affecter cette interprétation.
64. Toutefois, il en irait différemment si la juridiction de renvoi devait constater que l’État membre d’accueil
avait accordé au travailleur migrant marocain des droits précis sur le plan de l’exercice d’un emploi qui étaient
plus étendus que ceux qui lui avaient été conférés par ce même État sur le plan du séjour ».
Dès lors, à la différence des travailleurs migrants turcs, auxquels la jurisprudence de la Cour de justice
reconnaît un droit de séjour sur le fondement de la décision n° 1/80 du Conseil d’association, qui concerne
l’accès aux emplois dans l’Union (voir le rapport dans le dossier n
o
  11-18.947), les travailleurs migrants
algériens ne bénéficient pas en principe d’un droit de séjour sur le fondement en tout cas de l’Accord
d’association. Mais il n’empêche qu’en ce qui concerne le présent pourvoi, il n’est pas contesté que M. X…
est en situation régulière et bénéficie même d’un titre de résident de longue durée.
La directive sur le regroupement familial
Quant à l’influence que pourrait exercer sur le présent pourvoi, en ce qui concerne la quatrième branche du
moyen, la directive précitée de l’Union européenne sur le regroupement familial et le rejet par la Cour de justice
du recours en annulation du Parlement européen (CJCE, 27  juin  2006, Parlement européen contre Conseil,
aff. n
o
 C-540/03, Rec., I, p. 5769), il convient de relever qu’aux termes de l’article 3, § 4, de ladite directive :
« La présente directive ne porte pas atteinte aux dispositions plus favorables :
a) des accords bilatéraux et multilatéraux entre la Communauté ou la Communauté et ses États membres,
d’une part, et des pays tiers, d’autre part ».
Or les accords d’association sont des accords multilatéraux signés entre la Communauté et ses États
membres, compte tenu des compétences parfois partagées entre l’Union et les États membres, et un État tiers.
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15 mai 2013
Arrêt publié intégralement

Bulletin d’information
L’influence de la Convention internationale des droits de l’enfant
Si l’assemblée plénière devait, ce qu’elle n’a pas fait jusqu’ici, retenir une interprétation de l’article 3, § 1, de
la Convention internationale des droits de l’enfant identique à celle retenue par la deuxième chambre civile
dans son arrêt du 15 avril 2010 (pourvoi n
o
 09-12.911, Bull. 2010, II, n
o
 85) en ce sens que, « répondant à
l’intérêt de la santé publique et à l’intérêt de la santé de l’enfant, la production du certificat médical exigée
à l’appui de la demande de prestations familiales du chef d’un enfant étranger ne porte pas une atteinte
disproportionnée au droit à la vie familiale », c’est-à-dire une interprétation selon laquelle l’article 3, § 1, de la
Convention internationale des droits de l’enfant justifie la législation française, il sera rappelé que la question
de l’éventuelle contrariété entre une convention internationale signée par un État membre avec des États tiers
et des normes de l’Union européenne est réglée par l’article 351 du Traité sur le fonctionnement de l’Union
européenne, qui dispose ainsi :
Article 351 TFUE (ex-article 307 et auparavant 234 du Traité CE) :
«  Les droits et obligations résultant de conventions conclues antérieurement au  1
er
  janvier  1958 (date de
l’entrée en vigueur du Traité de Rome) ou, pour les États adhérents, antérieurement à la date de leur adhésion,
entre un ou plusieurs États membres, d’une part, et un ou plusieurs États tiers, d’autre part, ne sont pas
affectés par les dispositions des traités.
Dans la mesure où ces conventions ne sont pas compatibles avec les traités, le ou les États membres en
cause recourent à tous les moyens appropriés pour éliminer les incompatibilités constatées. En cas de besoin,
les États membres se prêtent une assistance mutuelle en vue d’arriver à cette fin et adoptent le cas échéant
une attitude commune ».
Il résulte de ces dispositions que la Convention internationale des droits de l’enfant de 1989, si tant est que
l’on puisse l’interpréter non pas seulement comme justifiant une législation telle que la législation française
présentement contestée mais comme rendant obligatoirement nécessaire l’adoption d’une telle législation,
n’est pas de nature à permettre à un État membre de ne pas respecter ses obligations communautaires
résultant d’un accord d’association antérieur à la Convention internationale des droits de l’enfant. La difficulté
en l’espèce est que l’Accord euro-méditerranéen établissant une association entre l’Union européenne et
l’Algérie est du 22  avril  2002, soit postérieur à la Convention internationale des droits de l’enfant, mais son
article 110, § 2, dispose que : « dès son entrée en vigueur, le présent Accord remplace l’Accord de coopération
entre la Communauté économique européenne et la République algérienne démocratique et populaire […]
signé à Alger le 26  avril  1976  ». Or, ainsi qu’il a été dit, l’article  39, §  1, de l’Accord de coopération entre
la Communauté économique européenne et la République algérienne démocratique et populaire instaurait
déjà la même règle d’égalité de traitement en matière de sécurité sociale, disposition déclarée d’effet direct
par la Cour de justice (CJCE, arrêts du 5  avril  1995, Krid, C-103/94, Rec., p.  I-719, points 21 à 24, et du
15 janvier 1998, Babahenini, C-113/97, Rec., p. I-183, points 17 et 18). En conséquence, au moment de la
ratification par la France de la Convention internationale des droits de l’enfant, celle-ci était déjà tenue, en
vertu de l’Accord de coopération CEE-Algérie, de respecter le principe d’égalité de traitement en matière de
sécurité sociale. Dès lors, l’État membre ne pouvait, par la ratification d’une convention internationale signée
avec des États tiers, se dispenser de respecter ses obligations communautaires.
La Cour de justice a en effet jugé, depuis l’arrêt Demirel (CJCE, 30  septembre  1987, aff. n
o
  12/86,
Rec., p.  3719  ; voir aussi CJCE, 14  novembre  1989, Grèce contre Commission, aff. 30/88  ; CJCE,
20  septembre  1990, Sevince, aff. n
o
  C-192/89, Rec., I, p.  3461), que «  les dispositions d’un accord
d’association conclu par le Conseil forment partie intégrante, à partir de l’entrée en vigueur de cet accord,
de l’ordre juridique communautaire », que, « du fait de leur rattachement direct à l’accord qu’elles mettent en
œuvre, les décisions du Conseil d’association font, au même titre que l’accord lui-même, partie intégrante,
à partir de leur entrée en vigueur, de l’ordre juridique communautaire » et que la Cour de justice est dès lors
«  compétente pour statuer à titre préjudiciel sur l’accord en tant qu’acte pris par une des institutions de la
Communauté » (CJCE, 20 septembre 1990, Sevince, précité, attendus 8 à 10). Il semble dès lors que la Cour
de justice considère les accords d’association comme étant du droit communautaire dérivé, c’est-à-dire
comme des normes faisant partie du corpus juridique produit par les institutions de l’Union (la possibilité de
signer des accords d’association est prévue par les articles 217 et suivants du Traité sur le fonctionnement de
l’Union européenne) et que, par voie de conséquence, ce n’est pas la date de l’entrée en vigueur de l’Accord
d’association lui-même qui doit être considérée, mais la date de l’entrée en vigueur du Traité de Rome, sur
le fondement duquel les accords d’association sont conclus, soit le1
er
 janvier 1958, pour examiner si le doit
communautaire est susceptible de ne pas affecter les dispositions d’une convention signée antérieurement
au Traité de Rome par un ou plusieurs États membres avec des États tiers.
En tout état de cause, si l’on devait identifier une incompatibilité entre le droit de l’Union européenne et la
Convention internationale des droits de l’enfant, l’article  351, §  2, TFUE précité imposerait à la France de
dénoncer la Convention internationale des droits de l’enfant, ce que la France a dû faire en ce qui concerne la
Convention de l’Organisation internationale du travail interdisant le travail de nuit des femmes (voir le rapport
dans le dossier n
o
 11-18.947).
La directive relative aux ressortissants des pays tiers résidents de longue durée
Le  moyen, en ses quatrième et cinquième branches, invoque également l’article  11 de la directive
2003/109/CE du 25 novembre 2003 relative au statut des ressortissants des pays tiers résidents de longue
durée (JOCE, n
o
 L.16, du 23 janvier 2004, p. 44).
Ces dispositions sont les suivantes :
« Article 11
Égalité de traitement
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Bulletin d’information
Arrêt publié intégralement

15 mai 2013
1. Le résident de longue durée bénéficie de l’égalité de traitement avec les nationaux en ce qui concerne :
a) les conditions d’accès à un emploi salarié et à une activité non salariée, à condition que ces activités ne
soient pas liées, même à titre occasionnel, à l’exercice de l’autorité publique, ainsi que les conditions d’emploi
et de travail, y compris les conditions de licenciement et de rémunération ;
b) l’éducation et la formation professionnelle, y compris les allocations et bourses d’études conformément à
la législation nationale ;
c) la reconnaissance des diplômes, certificats et autres titres professionnels, conformément aux procédures
nationales pertinentes ;
d) la sécurité sociale, l’aide sociale et la protection sociale telles qu’elles sont définies par la législation
nationale […] ».
Toutefois, il n’est pas certain que la solution du présent pourvoi soit commandée par ce texte, même s’il n’est
pas contesté que M. X… est titulaire d’un titre de résident de longue durée, dans la mesure où l’article 2 de la
directive donne une définition des membres de la famille d’un travailleur migrant par référence aux personnes
entrées sur le territoire de l’État membre par la procédure du regroupement familial :
« Article 2
Définitions
Aux fins de la présente directive, on entend par :
a) «  ressortissant d’un pays tiers  », toute personne qui n’est pas citoyen de l’Union au sens de l’article  17,
paragraphe 1, du Traité ;
b) «  résident de longue durée  », tout ressortissant d’un pays tiers qui est titulaire du statut de résident de
longue durée prévu aux articles 4 à 7 ;
c) « premier État membre », l’État membre qui a accordé pour la première fois le statut de résident de longue
durée à un ressortissant d’un pays tiers ;
d) « deuxième État membre », tout État membre autre que celui qui a accordé pour la première fois le statut
de résident de longue durée à un ressortissant d’un pays tiers et dans lequel ce résident de longue durée
exerce son droit de séjour ;
e) «  membre de la famille  », le ressortissant d’un pays tiers qui réside dans l’État membre concerné
conformément à la directive 2003/86/CE du Conseil du 22 septembre 2003 relative au droit au regroupement
familial ».
Par ailleurs, l’article  11, §  4, dispose ainsi  : «  En matière d’aide sociale et de protection sociale, les États
membres peuvent limiter l’égalité de traitement aux prestations essentielles ».
L’assemblée plénière de la Cour devra apprécier l’influence de cette directive sur le présent pourvoi.
5 - Orientation proposée : assemblée plénière, audience du 22 mars 2013
Nombre de projet(s) préparé(s) : 2
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15 mai 2013
Arrêt publié intégralement

Bulletin d’information
M.  X…, ressortissant algérien, est entré sur le territoire français le 17  septembre  1992. Il est titulaire d’un
certificat de résidence d’algérien, valable jusqu’au 12 octobre 2017.
Trois enfants sont nés de son union, en Algérie, avec Mme  Y…  : Nour Tassadit X…, née le 7  mars  2000 à
Hammamet (Algérie), Zakaria X…, né le 29  octobre  2003 à Clichy (Hauts-de-Seine) et Abd-Elghafour Naïm
X…, né le 6 février 2007 à Clichy (Hauts-de-Seine).
Mme  X… est entrée en France le 5  août  2003, hors procédure de regroupement familial, accompagnée
de sa fille, Nour Tassadit. Après son arrivée en France, elle a bénéficié d’un certificat de résidence pour
Algérien, valable du 29 juin 2005 au 28 juin 2015, délivré par la préfecture de police. Nour Tassadit est, quant
à elle, titulaire d’un document de circulation pour étranger mineur, délivré le 3  juin  2010 et valable jusqu’au
2 juin 2015. Elle est scolarisée depuis son arrivée en France. Ses frères cadets, tous deux nés sur le territoire
français, y résident avec leur sœur aînée et leurs parents.
M. X… a sollicité de la caisse d’allocations familiales (CAF) de Paris l’attribution de prestations familiales en
faveur de sa fille mineure, Nour Tassadit. Le bénéfice de ces prestations lui a été refusé pour Nour Tassadit le
29 mars 2006, au motif que cette dernière ne pouvait justifier de la remise d’un certificat médical de l’Office
des migrations internationales (remplacé par l’Agence nationale de l’accueil des étrangers et des migrations
[ANAEM], devenue Office français de l’immigration et de l’intégration), faute d’être rentrée en France selon la
procédure de regroupement familial.
Par décision du 19 juin 2007, la commission de recours amiable de la CAF de Paris a confirmé le rejet de la
requête présentée par M. X…
Ce dernier a, par lettre en date du 7 août 2007, saisi le tribunal des affaires de sécurité sociale (TASS) de Paris.
Par jugement du 24  février  2006, le tribunal a dit le recours partiellement fondé, le droit aux prestations
familiales en faveur de l’enfant Nour X… étant ouvert à compter de mars 2004 jusqu’à l’entrée en vigueur de
la loi du 19 décembre 2005, et a rejeté toutes autres demandes.
Par arrêt du 28 octobre 2010, la cour d’appel de Paris a confirmé le jugement entrepris en toutes ses dispositions.
C’est l’arrêt attaqué.
M.  X…, demandeur au pourvoi, a, par l’intermédiaire d’un avocat à la Cour de cassation, déposé, le
6  septembre  2011, un mémoire ampliatif concluant à la saisie de la Cour de justice de l’Union européenne
(CJUE) d’une question préjudicielle et contenant un moyen unique de cassation, faisant grief à l’arrêt attaqué
d’avoir jugé que le droit aux prestations familiales en faveur de l’enfant mineure Nour Tassadit « a été perdu
par l’effet de la loi du 19 décembre 2005 ».
Ce moyen est composé de cinq branches, ainsi rédigées :
« 1
o
ALORS QU’en statuant ainsi, l’arrêt attaqué a violé les articles 8 et 14 de la Convention européenne des
droits de l’homme et 3.1, 26 et 27 de la Convention internationale des droits de l’enfant ;
2
o
ALORS QUE le principe de l’interdiction de toute discrimination à raison de la nationalité postule que des
prestations familiales ne sauraient être refusées au bénéfice d’enfants étrangers séjournant régulièrement sur
le territoire français, à raison d’une exigence n’existant pas pour les enfants français  ; que la cour d’appel
a violé les articles 14 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés
fondamentales, et premier du premier Protocole additionnel à cette convention ;
3
o
ALORS ENCORE QUE constitue une discrimination prohibée au regard des mêmes textes, des principes
généraux de la sécurité sociale et du principe d’égalité devant la loi, qui ont ainsi été violés, la circonstance
que le droit à percevoir des prestations familiales dépend, pour chaque enfant d’une même famille, des
conditions de son entrée en France ou du lieu de sa naissance  ; que la cour d’appel a violé les textes et
principes susvisés ;
4
o
ALORS QUE les travailleurs de nationalité algérienne et les membres de leur famille résidant avec
eux bénéficient, dans le domaine de la sécurité sociale, d’un régime caractérisé par l’absence de toute
discrimination fondée sur la nationalité par rapport aux propres ressortissants des États membres de l’Union
européenne dans lesquels ils sont occupés  ; que ce principe de non-discrimination interdit d’imposer aux
personnes entrant dans le champ d’application de cette disposition des conditions supplémentaires ou
plus rigoureuses par rapport à celles applicables aux nationaux de cet État ; que M. X…, employé en vertu
d’un contrat de travail à durée indéterminé, est titulaire d’un certificat de résidence pour Algérien valable dix
ans ; que sa fille mineure, Nour Tassadit, titulaire d’un document de circulation, réside légalement en France
avec lui ; qu’ainsi, le droit aux prestations familiales ne peut être refusé au motif que l’enfant ne produit pas
le certificat de contrôle médical délivré dans le cadre du regroupement familial justifiant de la régularité de
l’entrée sur le territoire français sans violer les articles 68 et 69 de l’Accord d’association entre l’UE et l’Algérie
signé le 22  avril  2002, ensemble l’article  11 de la directive 2003/109/CE du 25  novembre  2003 relative au
statut des ressortissants des pays tiers de longue durée ;
5
o
ALORS QU’en ne répondant pas au chef péremptoire des écritures de M.  X…, qui se prévalait des
dispositions précitées et invitait, en cas de doute, la cour d’appel à saisir la Cour de justice de l’Union
européenne à titre préjudiciel, l’arrêt attaqué a violé l’article 455 du code de procédure civile ».
Avis de M. Azibert
Premier avocat général
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Arrêt publié intégralement

15 mai 2013
Le 7 novembre 2011, la CAF de Paris a fait déposer un mémoire en défense concluant au rejet du pourvoi et
à une condamnation au titre de l’article 700 du code de procédure civile.
Par décision du 11  octobre  2012, la deuxième chambre civile de la cour a ordonné le renvoi du pourvoi en
assemblée plénière.
Le pourvoi soumis à l’examen de l’assemblée plénière de la Cour de cassation pose la question du contrôle
de conventionnalité des dispositions des articles L. 512-1 et L. 512-2 du code de la sécurité sociale, dans la
rédaction issue de la loi n
o
 2005-1579 du 19 décembre 2005, au regard des dispositions des articles 8 et 14
de la Convention européenne des droits de l’homme et des libertés fondamentales ; des articles 3, 24-1, 26
et 27 de la Convention des Nations unies du 20 novembre 1989, signée par la France le 26 janvier 1990, sur
les droits de l’enfant ; 86 du règlement (CEE) n
o
 574/72 du Conseil du 21 mars 1972 ; 68 et 69 de l’Accord
euro-méditerranéen établissant une association entre la Communauté européenne et ses États membres,
d’une part, et la République algérienne démocratique et populaire, d’autre part, signé le 22  avril  2002 à
Valence  ; les articles 1, 4-1, 5 et 6 de la directive 2003/86 du Conseil du 22  septembre  2003 relative au
regroupement familial  ; l’article  11 de la directive 2003/109 du 25  novembre  2003 relative au statut des
ressortissants des pays tiers résidents de longues durée
1
.
La question est donc posée pour les enfants dont les parents de nationalité algérienne résident en France
régulièrement et qui les rejoignent postérieurement sans qu’ait été respectée la procédure de regroupement
familial, sans qu’ils aient obtenu le certificat médical prévu par l’article  D. 512-2, 2
o
, du code de sécurité
sociale.
L’enfant Nour Tassadit est entré irrégulièrement en France en 2003  ; pour autant, aucun problème n’existe
pour la période antérieure à l’entrée en vigueur de la loi du 19 décembre 2005 ; en effet, jusqu’à cette date,
le bénéfice des prestations familiales ne pouvait être subordonné à la production d’un certificat de l’Office
français de l’immigration et de l’intégration (OFII) (assemblée plénière du 3  juin  2011, pourvoi n
o
  09-71.352,
Bull. 2011, Ass. plén., n
o
 5, Juris-Data n
o
 2011-010960 ; voir arrêt, rapport et avis).
C’est en ce sens qu’a prononcé l’arrêt attaqué, et cette partie du dispositif n’est nullement remise en question.
Votre contrôle va donc s’exercer sur les dispositions du dernier alinéa de l’article  L.  512-2 du code de la
sécurité sociale, dans sa rédaction issue de la loi du 19  décembre  2005, et, par voie de conséquence, sur
l’obligation imposée par le 2
o
de l’article D. 512-2 dudit code
2
.
La loi a renvoyé au domaine réglementaire le soin de déterminer «  la nature des documents exigés pour
justifier que les enfants que ces étrangers ont à charge et au titre desquels les prestations familiales sont
demandées remplissent les conditions » prévues par la loi.
Le  décret du 27  février  2006 (article  D.  512-2) a précisé les pièces et documents exigés, et plus
particulièrement dans son 2
o
  : «  Certificat de contrôle médical de l’enfant, délivré par l’Agence nationale de
l’accueil des étrangers et des migrations à l’issue de la procédure d’introduction ou d’admission au séjour au
titre du regroupement familial ».
Le texte de la loi du 19 décembre 2005 a été soumis au Conseil constitutionnel, motifs pris de l’atteinte au
droit de chacun à mener une vie familiale normale, de la violation du principe d’égalité et de l’erreur manifeste
d’appréciation.
En constatant le respect du principe d’égalité et du droit de mener une vie familiale normale, le Conseil
constitutionnel, dans sa décision n
o
  2005-528 DC du 15  décembre  2005, a jugé que le nouveau dispositif
était conforme à la Constitution en précisant notamment :
«  14. Considérant, toutefois, qu’aucun principe non plus qu’aucune règle de valeur constitutionnelle ne
confère aux étrangers des droits de caractère général et absolu d’accès et de séjour sur le territoire national ;
qu’il appartient au législateur d’assurer la conciliation entre la sauvegarde de l’ordre public, qui est un objectif
de valeur constitutionnelle, et le droit de mener une vie normale ;
16. Considérant, en deuxième lieu, qu’en adoptant la disposition contestée, le législateur a entendu éviter
que l’attribution de prestations familiales au titre des enfants entrés en France en méconnaissance des règles
du regroupement familial ne prive celles-ci d’effectivité et n’incite un ressortissant étranger à faire venir ses
enfants sans que soit vérifiée sa capacité à leur offrir des conditions de vie et de logement décents, qui sont
celles qui prévalent en France, pays d’accueil  ; qu’en portant une telle appréciation, le législateur n’a pas
opéré, entre les exigences constitutionnelles en cause, une conciliation manifestement déséquilibrée ;
17. Considérant, en troisième lieu, que la différence établie par le législateur entre les enfants entrés en France
dans le cadre de la procédure de regroupement familial et ceux qui y sont entrés en méconnaissance de
cette procédure est en rapport avec l’objectif qu’il s’est fixé ; que doit être dès lors rejeté le moyen tiré d’une
rupture d’égalité ».
Enfin, dans une tribune publiée dans un quotidien, le président de l’Assemblée nationale alors en exercice,
M.  Bernard Accoyer, s’interrogeant sur les prérogatives de la Cour européenne des droits de l’homme et
sur les conséquences de ses décisions sur la législation nationale, dans le débat sur la primauté du contrôle
constitutionnel ou du contrôle de conventionnalité, a pris position pour une décision finale par le Parlement.
La deuxième chambre de la Cour de cassation, par arrêt du 15  avril  2010 (2
e
Civ., 15  avril  2010, pourvoi
n
o
 09-12.911, Bull. 2010, II, n
o
 85), a fait application des articles L. 512-2 et D. 512-2 du code de la sécurité
sociale, tels qu’issus de la loi du 19 décembre 2005, et a cassé un arrêt de la cour d’appel de Riom, en date
1
Les textes ci-dessus mentionnés sont reproduits en annexe.
2
Voir annexe 1.
39

15 mai 2013
Arrêt publié intégralement

Bulletin d’information
du 27 janvier 2009, qui avait accordé le bénéfice des allocations familiales au demandeur qui, séjournant en
France sous le couvert d’une carte de séjour, avait fait venir son fils mineur hors procédure de regroupement
familial, au motif « … qu’il résulte des articles 8 et 14 de la Convention de sauvegarde des droits de l’homme
et des libertés fondamentales ainsi que de l’article 3 de la Convention internationale sur les droits de l’enfant
que la jouissance des droits aux prestations sociales doit être assurée sans distinction fondée sur l’origine
nationale, retient que le fait de subordonner à la production d’un justificatif de la régularité du séjour des
enfants mineurs le bénéfice des prestations familiales constitue une exigence contraire aux stipulations
précitées… » (le justificatif en cause étant le certificat médical prévu par l’article D. 512-2, 2
o
du code de la
sécurité sociale).
Le motif de l’arrêt de cassation était ainsi rédigé :
« Qu’en statuant ainsi, alors que, répondant à l’intérêt de la santé publique et à l’intérêt de la santé de l’enfant,
la production du certificat médical exigée à l’appui de la demande de prestations familiales du chef d’un
enfant étranger ne porte pas une atteinte disproportionnée au droit à la vie familiale, la cour d’appel a violé
les textes susvisés… »
Dès lors, le problème était posé  : les dispositions de l’article  L.  512-2 du code de la sécurité sociale
étaient-elles ou non conformes aux dispositions, d’une part, des articles 8 et 14 de la Convention européenne
de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales
3
et, d’autre part, à celles de l’article 3 de
la Convention internationale des droits de l’enfant ?
En l’état de cette décision et malgré une doctrine dans l’ensemble critique de cette solution, la Cour, en
assemblée plénière, a, par arrêt en date du 3 juin 2011 (pourvoi n
o
 09-71.352, Bull. 2011, Ass. plén., n
o
 5),
jugé que les dispositions de droit interne (articles  L.  521-1, L.  521-2 et D.  521-2 du code de la sécurité
sociale) concernant la procédure de regroupement familial pour des mineurs étrangers (hors CE, CEE, CH)
entrés irrégulièrement en France n’étaient point en contravention avec les dispositions conventionnelles des
articles 8 et 14 de la Convention européenne des droits de l’homme et des libertés fondamentales.
L’arrêt de cassation est ainsi motivé :
«  Qu’en statuant ainsi, alors que les nouvelles dispositions législatives et réglementaires, qui revêtent un
caractère objectif justifié par la nécessité dans un État démocratique d’exercer un contrôle des conditions
d’accueil des enfants, ne portent pas une atteinte disproportionnée au droit à la vie familiale garanti par les
articles 8 et 14 de la Convention de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales, la cour
d’appel a violé les texte susvisés ».
Il ne paraît dès lors pas utile d’examiner plus avant cet aspect de la question.
En revanche, qu’en est-il au regard de la Convention internationale des droits de l’enfant, des règlements
communautaires et de l’Accord liant la Communauté européenne et la République algérienne démocratique
et populaire
4
 ?
Avant d’examiner la conventionnalité de nos dispositions internes, il paraît nécessaire de décrire ce qu’est
la procédure de regroupement familial, et, plus particulièrement, de déterminer ce que recouvre le certificat
médical prévu par l’article D. 512-2 du code de la sécurité sociale.
La procédure de regroupement familial est prévue par les articles L. 411-1 et suivant du code d’entrée et du
séjour des étrangers et du droit d’asile.
Ce regroupement ne peut être refusé que pour l’un des motifs suivants (article L. 411-5) :
«  1) le demandeur ne justifie pas de ressources stables et suffisantes pour subvenir aux besoins de sa
famille. Sont prises en compte toutes les ressources du demandeur et de son conjoint indépendamment
des prestations familiales et des allocations prévues à l’article  L.  262-1 du code de l’action sociale et des
familles, à l’article L. 815-1 du code de la sécurité sociale et aux articles L. 351-9, L. 351-10 et L. 351-10-1
du code du travail. Les ressources doivent atteindre un montant qui tient compte de la taille de la famille
du demandeur. Le décret en Conseil d’État prévu à l’article L. 441-1 fixe ce montant qui doit être au moins
égal au salaire minimum de croissance mensuel et au plus égal à ce salaire majoré d’un cinquième. Ces
dispositions ne sont pas applicables lorsque la personne qui demande le regroupement familial est titulaire
de l’allocation aux adultes handicapés mentionnée à l’article  L.  821-1 du code de la sécurité sociale ou de
l’allocation supplémentaire mentionnée à l’article L. 815-24 du même code ;
2) Le  demandeur ne dispose pas ou ne disposera pas, à la date d’arrivée de sa famille d’un logement
considéré normal pour une famille comparable vivant dans la même région géographique ;
3) Le demandeur ne se conforme pas aux principes essentiels qui, conformément aux lois de la République,
régissent la vie familiale en France, pays d’accueil ».
Trois conditions essentielles sont exigées pour le regroupement familial :
- la régularité du séjour en France du demandeur (durée de séjour de dix-huit mois au moins. En fait, les
demandes de regroupement familial se font bien au-delà des dix-huit mois) : article L. 411-1 du code d’entrée
et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- les conditions d’accueil de la famille (grandeur du logement, état de salubrité) : article R. 411-5 du même
code ;
- les conditions de ressources : article R. 411-4 du même code.
3
Annexe 2.
4
Annexes 3 et 4.
40

Bulletin d’information
Arrêt publié intégralement

15 mai 2013
S’y ajoutent l’établissement des liens de filiation - et c’est là que se situent les vraies difficultés, le niveau
d’exigence pour les autres critères étant très bas (article L. 411-2 du même code).
Sur la procédure à suivre :
Le demandeur doit remplir un imprimé en France, pour sa famille qui se trouve à l’étranger. Les documents
d’état civil sont contrôlés par les consulats français à l’étranger (nombreux faux). Les maires (ou, en cas de
non-exécution, l’OFII, qui dispose d’enquêteurs) vérifient les questions de logement, le dossier est ensuite
transmis, avec l’avis du maire, au préfet, qui prend la décision.
Une visite médicale a lieu dans le pays d’origine s’il existe localement une représentation locale de l’OFII, et,
à défaut, la procédure d’intégration et la visite médicale ont lieu à l’arrivée en France.
Si la famille se trouve déjà en France, la procédure, qui se déroule intégralement en France, est identique, sauf
en ce qui concerne les actes d’état civil, les consulats à l’étranger étant les mieux qualifiés pour apprécier
l’authenticité des documents, mais y compris la visite médicale  ; l’OFII dispose d’une trentaine d’antennes
comprenant des médecins salariés et passe des conventions avec des centres de santé.
Il convient d’observer que le certificat médical prévu par l’article D. 512-2, 2
o
, du code de la sécurité sociale
n’est que le dernier acte intervenant dans la procédure de regroupement familial.
En Allemagne, si les allocations familiales (Bundeskindergeldgesetz) sont, dans le cadre d’un regroupement
familial, attribuées sur la base d’un formulaire sur la situation de la famille et sur des précisions sur de
précédentes demandes d’allocations, elles sont, contrairement à la France, forfaitaires et ne dépendent pas
du revenu familial.
En revanche, pour obtenir l’allocation d’éducation, est exigé un certificat d’examen médical et de vaccinations
obligatoires.
En Italie, pour attester du lien de parenté, un examen ADN est possible.
À notre connaissance, aucune juridiction n’a en l’état relevé, en ce qui concerne ces législations, l’existence
d’une quelconque discrimination  ; mais cela n’est certes pas suffisant pour affirmer que notre propre
législation est conforme aux exigences conventionnelles.
Le certificat dont s’agit est-il à l’origine d’une discrimination ? Est-il contraire aux dispositions conventionnelles ?
Ou ne s’agit-il que d’une mesure dans l’intérêt de l’enfant et de la protection de la santé publique permettant
de réserver le versement des allocations familiales jusqu’à sa délivrance ?
Il y a lieu de préciser, en premier lieu, que, pendant la procédure de regroupement familial, y compris, comme
en l’espèce, alors que les enfants mineurs sont entrés en France irrégulièrement, ces derniers bénéficient
d’un titre de circulation, ce qui est le cas de l’enfant Nour Tassadit, dans l’attente de la délivrance du certificat
médical ; en second lieu, le respect de la procédure de regroupement familial garantit à l’enfant, à sa majorité,
l’obtention d’un titre de séjour.
La visite médicale est, ce qui est normal, couverte par le secret médical et il n’existe pas de certificat
d’inaptitude.
Deux hypothèses se présentent à l’issue de l’examen médical  ; soit le mineur n’est porteur d’aucune
pathologie, ce qui est le cas le plus fréquent, la procédure touche dès lors à son terme et les allocations
familiales sont versées  ; soit le mineur est porteur d’une pathologie  ; pour autant, le certificat ne comporte
aucune mention d’ordre médical, mais la personne est alors prise en charge par le milieu médical et la
délivrance du certificat est provisoirement en attente.
En tout état de cause, un titre de circulation est délivré au mineur, il s’agit donc de s’assurer de sa santé et,
si besoin est, de lui prodiguer les soins nécessaires avant que ne soient versées les allocations familiales.
Tous les mineurs dans la même situation sont soumis à cette procédure.
Y a-t-il dès lors discrimination ou atteinte disproportionnée au droit à la vie familiale ?
Il paraît difficile de parvenir à une telle conclusion alors même que ces mesures sont prises dans l’intérêt
général (protection de la santé publique) et dans l’intérêt de l’enfant.
S’agissant des mineurs étrangers, entrés irrégulièrement en France pour y rejoindre leurs parents, lesquels
séjournent régulièrement sur le territoire national, conditionner le  versement des allocations familiales (qui
ne sont pas des droits patrimoniaux) à l’examen médical litigieux n’est ni une discrimination ni une atteinte
disproportionnée au droit à la vie familiale, mais une « pression » sur les parents pour s’assurer de la santé
de leurs enfants, et une obligation pour l’État, en application des dispositions conventionnelles, d’une part,
de s’assurer de leur santé et de leur prodiguer des soins, d’autre part, une mesure de santé publique pour
éviter tout risque de contagion éventuelle.
Dans la procédure dont votre assemblée est saisie, l’enfant mineur Nour Tassadit est entré irrégulièrement
sur le territoire national et aurait ainsi pu échapper, s’il avait été mis en place, aux dispositions du contrôle
sanitaire prévu par l’article  R.  3115-1 du code de la santé publique en application des dispositions des
articles L.  3115-1, L.  3116-3 et L.  3116-6 du même code et à la mise en œuvre du règlement sanitaire
international de l’Organisation mondiale de la santé (voir supra, p. 17, article 4 de l’Accord franco-algérien du
27 décembre 1968, et annexe 13).
Y a-t-il une justification objective et raisonnable à imposer le contrôle médical aux mineurs entrés
irrégulièrement sur le territoire et à lier ce contrôle au versement des allocations familiales ?
41

15 mai 2013
Arrêt publié intégralement

Bulletin d’information
L’objet de la loi nous paraît être, dans le cadre du regroupement familial, la protection de la santé publique et
celle de la santé des enfants, puisque, faut-il encore le rappeler, en aucun cas les enfants ne sont refoulés,
quand bien même, comme en l’espèce, l’enfant est entré illégalement sur le territoire national.
La préservation de la santé publique et l’obligation de soins à apporter aux enfants, au regard d’un examen
médical obligatoire, nous paraît être d’utilité publique.
Dès lors, la procédure de regroupement familial ne paraît nullement contraire aux dispositions liant la CEE et
l’Algérie et serait opposable au demandeur au pourvoi.
La directive du 22  septembre  2003 relative au regroupement familial
5
, en harmonie avec les dispositions
de l’article 8 de la Convention européenne, tel que cela a été jugé par la CJCE, le 27 juin 2006 (C-540.03),
reconnaît une large marge de manœuvre aux États au regard du respect de la vie familiale.
La Convention des droits de l’enfant, quant à elle, pose, dans son article  3-1, le principe selon lequel
« l’intérêt de l’enfant doit être une considération primordiale » ; dans le 3-2, ladite Convention prévoit que les
États parties s’engagent notamment à assurer à l’enfant «  les soins nécessaires à son bien-être  » et qu’ils
doivent à cette fin, au regard des droits et devoirs des responsables desdits enfants, prendre toutes mesures
« législatives et administratives appropriées ».
L’article  24,1 et 2, b, mérite également un examen, car il dispose que les États, d’une part, reconnaissent
le droit à l’enfant de jouir du meilleur état de santé possible, de bénéficier des services médicaux et, d’autre
part, qu’ils s’efforcent notamment d’assurer à tous les enfants l’assistance médicale et les soins de santé
nécessaires.
Enfin, l’article 26-1 paraît également d’une grande importance, puisqu’il invite les États à reconnaître à tout
enfant le bénéfice de la sécurité sociale, y compris les assurances sociales, et à prendre toutes les mesures
nécessaires pour la réalisation de ce droit « en conformité avec leur législation nationale » ; quant à l’article 27,
il met en exergue la responsabilité de l’État.
La santé des enfants, nationaux ou étrangers, sur le territoire national est donc primordiale, et les États parties
à la Convention, dont la France, s’engagent à la préserver et à prodiguer aux enfants, ou à leur faire prodiguer,
les soins nécessaires.
Il résulte des dispositions des articles 3 et 24 de la Convention sur les droits des enfants que l’intérêt supérieur
de l’enfant doit être une considération primordiale et, en cela, les États s’engagent sous leur responsabilité à
leur assurer les soins nécessaires et à prendre toutes les mesures législatives et administratives appropriées,
afin que l’enfant puisse bénéficier de soins médicaux.
Ne sommes-nous pas dans cette hypothèse ?
Encore faut-il accepter de distinguer les conditions imposées à l’entrée contrôlée sur le territoire national et le
séjour sur ledit territoire de mineurs entrés irrégulièrement.
Si, pour s’assurer qu’un enfant n’est pas malade et, à défaut, lui prodiguer les soins, gratuits, nécessaires,
ou pour éviter une contagion, il paraît utile, pour obliger les parents à faire examiner l’enfant, de suspendre,
le versement des allocations familiales, alors que tous les enfants dans la même situation (c’est-à-dire entrés
illégalement en France pour rejoindre leurs parents) sont soumis à la même obligation, nous sommes bien
dans un contexte de protection de la santé imposant une mesure restrictive temporaire, et non dans le cadre
d’une mesure discriminatoire portant notamment atteinte au droit à la vie familiale (les enfants bénéficiant
en tout état de cause d’un titre de circulation) ; d’autant plus que l’article 26 de la Convention sur les droits
de l’enfant oblige les États à reconnaître à tout enfant le droit de bénéficier de la sécurité sociale et des
assurances sociales, et ce, en conformité avec leur législation nationale.
Dès lors, il n’apparaît pas que notre législation soit, à l’examen de ce pourvoi, contraire aux dispositions de
la Convention internationale des droits de l’enfant, tant en termes de discrimination qu’en termes d’atteinte
disproportionnée à la vie familiale.
Les textes susmentionnés sont clairs ; ils distinguent, pour les mineurs étrangers (hors CE, CEE et CH), les
conditions d’entrée sur le territoire et celles du séjour.
Qu’en est-il des mineurs de nationalité algérienne entrés irrégulièrement en France pour rejoindre leurs parents
qui, eux, sont en situation régulière  ? C’est à la lumière de l’Accord franco-algérien du 27  décembre  1968
modifié par décret du 20  décembre  2002, des règlements CEE et de l’Accord euro-méditerranéen entre la
Communauté européenne et l’Algérie que doit être examiné le problème de conventionnalité de nos textes
de droit interne.
Auparavant, ne peut-on se poser la question d’une hiérarchie des normes entre la Convention internationale
des droits de l’enfant et l’Accord euro-méditerranéen ci-dessus mentionné ?
6
La Convention internationale relative aux droits de l’enfant émane de l’Assemblée générale des Nations
unies, elle est opposable à la communauté
7
internationale et doit donc être appliquée notamment par la
Communauté européenne et par les pays la composant. Il faut observer qu’à ce jour, aucun autre traité
international relatif aux droits de l’homme n’a suscité un tel consensus de la part des États.
Enfin, elle consacre les droits de l’enfant et engage la responsabilité des États quant au respect de ses
dispositions.
5
Annexe 6.
6
Annexe 4.
7
Actuellement, seuls trois pays (États-Unis, Somalie et Soudan du Sud) n’ont pas signé cette Convention.
42

Bulletin d’information
Arrêt publié intégralement

15 mai 2013
En termes de hiérarchie des normes, la Cour de justice s’est prononcée dans l’hypothèse d’une contradiction
de dispositions entre les engagements internationaux conclus par l’Union européenne et ceux signés
postérieurement par un État membre avec un État tiers.
Une décision et un avis paraissent intéressants sur ce point :
Dans l’arrêt du 31  mars  1971 commission des Communautés européennes c/ Conseil des Communautés
européennes (affaire n
o
  22/70, dite «  AETR  »), la Cour a jugé que «  […] chaque fois que, pour la mise en
œuvre d’une politique commune prévue par le Traité, la Communauté a pris des dispositions instaurant, sous
quelque forme que ce soit, des règles communes, les États membres ne sont plus en droit, qu’ils agissent
individuellement ou même collectivement, de contracter avec les États tiers des obligations affectant ces
règles ».
Dans le même arrêt, la Cour a précisé «  qu’il résulte du rapprochement de ces dispositions que, dans la
mesure où des règles communautaires sont arrêtées pour réaliser les buts du Traité, les États membres ne
peuvent, hors du cadre des institutions communes, prendre des engagements susceptibles d’affecter lesdites
règles ou d’en altérer la portée ».
Dans l’avis n
o
 2/91 du 19 mars 1991, la Cour a précisé la portée de cette jurisprudence en ces termes :
« Contrairement à ce que soutiennent les gouvernements allemand, espagnol et irlandais, cette jurisprudence
[Commission des communautés européenne c/ Conseil des communautés européennes du 31  mars  1971
(affaire n
o
 22/70)] ne saurait être limitée au cas où la Communauté a arrêté des règles communautaires dans
le cadre d’une politique commune. En effet, dans tous les domaines qui correspondent aux objectifs du Traité,
son article 5 impose aux états membres de faciliter à la communauté l’accomplissement de sa mission et de
s’abstenir de toutes mesures susceptibles de mettre en péril la réalisation des buts du Traité ».
La Cour de justice fait donc prévaloir les dispositions communautaires sur les conventions avec les États tiers.
La Convention internationale relative aux droits de l’enfant émane non d’un État tiers, mais de l’Assemblée
générale des Nations unies ; dès lors, la jurisprudence de la Cour de justice ne nous paraît pas être applicable.
En effet, les États et la CEE sont transcendés par l’ONU et, sauf à poser une question préjudicielle, il paraît
difficile, d’autorité, de réduire l’ONU à un État tiers et de soumettre l’application des conventions des Nations
unies à des règles communautaires en l’absence de réserve de la France.
Dès lors, il paraît cohérent de considérer qu’en terme de hiérarchie des normes, la Convention internationale
des droits de l’enfant a une valeur supérieure aux différents textes liant la CEE et l’Algérie.
Les dispositions de droit interne concernant les conditions du regroupement familial, et notamment
l’obligation du certificat médical, dans le seul intérêt de la santé de l’enfant et de la santé publique (cf. supra),
nous paraissent conformes aux exigences de la Convention internationale des droits de l’enfant, d’une valeur
normative supérieure aux textes liant la CEE et l’Algérie, et ne nous paraissent donc nullement discriminatoires
ni contraires aux dispositions des textes reproduits en annexe au présent avis.
Dans l’hypothèse où la Cour, dans sa formation la plus solennelle, ne déclarerait pas d’application directe
les dispositions de la Convention internationale des droits de l’enfant, et à défaut de poser une question
préjudicielle, la question resterait posée de la compatibilité des dispositions du droit interne et des dispositions
résultant de l’Accord liant la CEE et l’Algérie.
Les principes posés par l’Accord entre la CEE et l’Algérie qui intéressent au premier chef la présente
procédure sont :
- l’interdiction de toute discrimination en raison de la nationalité par rapport aux ressortissants des États
membres
8
 ;
- le droit aux prestations familiales
9
 ;
Le règlement (CEE) n
o
 1408/71 du Conseil de l’Union européenne du 14 juin 1971 relatif à l’application des
régimes de sécurité sociale aux travailleurs salariés, aux travailleurs non salariés et aux membres de leur
famille qui se déplacent à l’intérieur de la Communauté, applicable à tous les ressortissants de la CEE, pose
notamment les principes suivants :
«  …considérant que, en raison des importantes différences existant entre les législations nationales quant
à leur champ d’application personnel, il est préférable de poser le principe suivant lequel le règlement est
applicable à toutes les personnes assurées dans le cadre des régimes de sécurité sociale organisés au
bénéfice des travailleurs salariés et non salariés ou en raison de l’exercice d’une activité salariée ou non
salariée ;
considérant qu’il convient de respecter les caractéristiques propres aux législations nationales de sécurité
sociale et d’élaborer uniquement un système de coordination ;
considérant qu’il convient, dans le cadre de cette coordination, de garantir à l’intérieur de la Communauté
aux travailleurs ressortissants des États membres ainsi qu’à leurs ayants droit et leurs survivants, l’égalité de
traitement au regard des différentes législations nationales […]
considérant qu’il est nécessaire de prévoir des dispositions particulières qui répondent aux caractéristiques
propres des législations nationales pour faciliter l’application des règles de coordination ».
Le principe de l’égalité de traitement au regard de la législation nationale est posé.
8
Annexes 4 et 7.
9
Annexes 4 et 7.
43

15 mai 2013
Arrêt publié intégralement

Bulletin d’information
Notre législation est conforme aux dispositions de la CEDH et à celles de la Convention internationale
des droits de l’enfant  ; l’est-elle aux dispositions de l’Accord euro-méditerranéen et des autres textes
conventionnels qui en sont issus ?
En droit interne, en application des dispositions des articles L.  2132-1 et suivants du code de la santé
publique
10
, jusqu’à l’âge de six ans, les enfants bénéficient d’examens médicaux obligatoires ; le premier de
ces examens est effectué dans les huit jours qui suivent la naissance.
Le  manquement à ces obligations peut se traduire, notamment, par la saisine d’un juge des enfants  ; ce
magistrat peut placer l’enfant et les allocations sont alors versées, sauf décision motivée de ce magistrat, au
conseil général.
Peut-on soutenir que l’enfant étranger entrant en France irrégulièrement n’a pas à être soumis à un examen
médical et que le fait de suspendre le versement des allocations familiales serait discriminatoire ?
Lesdites allocations étant versées rétroactivement dès après l’examen médical.
Outre l’article  68 de l’Accord euro-méditerranéen, qui énonce le principe de non-discrimination, reprenant
les dispositions des articles 38 et 39 de l’Accord de coopération entre la CEE et l’Algérie, fait à Alger le
26 avril 1976
11
, quels accords bilatéraux ou textes européens précisent, déclinent ou définissent les modalités
d’application dudit principe ?
En premier lieu, l’article 4 de l’Accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié (décret n
o
 2002-1500 du
20 décembre 2002, article premier) prévoit une autorisation de regroupement familial par l’autorité française
12
 ;
concernant cet Accord, la direction générale de l’OFII, dans son courrier en date du 23  janvier  2013 en
réponse à nos interrogations, expose :
«  … les ressortissants algériens et turcs restent soumis à la procédure de regroupement familial. Cette
dernière est définie à l’article  4 de l’Accord franco-algérien du 27  décembre  1968, en ce qui concerne les
ressortissants algériens, et au livre 4 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, en ce
qui concerne les ressortissants turcs.
Ces accords bilatéraux régissent ce volet du droit de ces étrangers de vivre en France, les accords
d’associations susvisés n’ayant pas, à ce niveau, vocation à régir le droit des personnes.
Ainsi, conformément à l’article L. 512 2 du code la sécurité sociale, les ressortissants algériens et turcs restent
soumis à la justification d’une entrée régulière dans le cadre du regroupement familial, du (ou des) enfants(s)
pour lequel (ou lesquels) les prestations familiales sont demandées… »
13
Au surplus, il est stipulé, dans cet article  4 modifié de l’Accord franco-algérien, que peut être exclu
du regroupement familial un membre de la famille atteint d’une maladie, inscrite au règlement sanitaire
international ! Cela ne conforte-t-il pas l’obligation d’un examen médical ? (voir infra, p. 11).
Ensuite, la décision n
o
 3/2007 du 29 novembre 2007 du Conseil d’association UE-Algérie portant création de
sous-comités du comité d’association et d’un groupe de travail sur les affaires sociales
14
ne comporte aucun
sous-comité concernant les affaires sociales  ; en revanche, est créé dans ce texte un groupe de travail qui
a notamment pour objet d’examiner la mise en œuvre des dispositions de l’Accord d’association (point 3, b)
dans le domaine de la sécurité sociale visées aux article 68 et 71 de l’Accord.
Ce groupe de travail n’a cependant aucun pouvoir de décision et ne peut que soumettre ses propositions au
comité d’association.
Nous n’avons en l’état nullement connaissance d’une quelconque proposition.
En second lieu, la décision du 21 octobre 2010 du Conseil
15
expose que la position de l’UE au sein du conseil
d’association, concernant la mise en œuvre de l’article 70 de l’Accord (cf. annexe 5), se fonde sur « le projet
de décision dudit conseil joint à la présente décision ».
En l’état de ces textes peu explicites, le projet de décision susvisé paraît plus intéressant
16
  ; en effet,
pour la perception des allocations familiales au titre des membres de la famille des travailleurs algériens,
l’Accord de 1976 (annexe 9) faisait état des «  membres de leur famille résidant avec eux  » (article  39)  ;
l’Accord euro-méditerranéen (annexe 5) dispose notamment dans son article 68 que les travailleurs algériens
bénéficient des prestations familiales pour les membres de leur famille résidant à l’intérieur de la Communauté.
Aujourd’hui, aux termes de la décision du 21  octobre  2010 (annexe 11), la position de l’UE (et donc de la
France) est de renvoyer au projet de décision (annexe 12) pour l’application des dispositions de l’article 70 de
l’Accord euro-méditerranéen, lequel dispose en son 1 : « avant la fin de la première année après l’entrée en
vigueur du présent Accord, le conseil d’association arrête les dispositions permettant d’assurer l’application
des principes énoncés à l’article 68 ».
Le  point 4 du préambule du projet paraît clair et précise que, pour l’application de la décision, le droit aux
prestations familiales des travailleurs algériens « devrait être subordonné à la condition que les membres de
la famille résident légalement avec eux dans l’état membre dans lequel ils sont salariés… »
10
Annexe 5.
11
Annexe 9.
12
Voir annexe 13 A-B.
13
Voir annexe 14.
14
Annexe 10.
15
Annexe 11.
16
Annexe 12.
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Arrêt publié intégralement

15 mai 2013
L’article 3 du projet de décision est ainsi rédigé :
Article 3 :
«  1. Les travailleurs ressortissants algériens qui exercent légalement une activité salariée dans un État
membre, ainsi que tout membre de leur famille qui réside légalement avec eux, bénéficient, en matière de
prestations au sens de l’article premier, paragraphe premier, point h, d’un régime caractérisé par l’absence de
toute discrimination fondée sur la nationalité par rapport aux ressortissants des États membres dans lesquels
ils sont employés.
2. Les travailleurs ressortissants d’un État membre qui exercent légalement une activité salariée en Algérie,
ainsi que tout membre de leur famille qui réside légalement avec eux, bénéficient, en matière de prestations
au sens de l’article  premier, paragraphe  premier, point  h, d’un régime caractérisé par l’absence de toute
discrimination fondée sur la nationalité par rapport aux ressortissants algériens ».
Les membres de la famille doivent dès lors résider légalement sur le territoire d’un État membre ou en Algérie.
Cela implique qu’il est nécessaire de distinguer l’entrée (régulière) et le séjour.
En droit français (cf. supra) le séjour du mineur, même entré irrégulièrement, est protégé jusqu’à sa majorité ;
pour autant, l’entrée ne doit-elle pas être régulière et donc être soumise aux dispositions législatives
critiquées ?
Aucun des arrêts de la Cour de justice cités dans le rapport de M. le conseiller ou dans le mémoire ampliatif
ne concerne le regroupement familial, et l’on ne peut raisonner que par comparaison avec des décisions
touchant au domaine de la sécurité sociale.
La Cour de justice n’a rendu aucune décision concernant l’Algérie sur le problème soumis à votre assemblée.
En revanche, cinq décisions mettant en cause la Turquie peuvent être retenues pour établir que nos
dispositions de droit interne sont conformes aux exigences conventionnelles.
En premier lieu, il convient d’observer que la CJUE, par arrêt du 8  décembre  2011 [Nural c/Land Baden-
Württemberg (C-371/08)], a distingué le régime de protection contre l’éloignement dont bénéficient les
citoyens de l’Union et les citoyens turcs, et prononce ainsi que suit :
« L’article 14, paragraphe premier, de la décision n
o
 1/80, du 19 septembre 1980, relative au développement
de l’association, adoptée par le conseil d’association institué par l’Accord créant une association entre la
Communauté économique européenne et la Turquie, qui a été signé, le 12 septembre 1963, à Ankara par la
République de Turquie, d’une part, ainsi que par les États membres de la CEE et la Communauté, d’autre part,
et qui a été conclu, approuvé et confirmé au nom de cette dernière par la décision 64/732/CEE du Conseil,
du 23 décembre 1963, doit être interprété en ce sens que :
la protection contre l’éloignement accordée par cette disposition aux ressortissants turcs ne revêt pas
la même portée que celle conférée aux citoyens de l’Union par l’article  28, paragraphe  3, sous a, de la
directive 2004/38/CE du Parlement européen et du Conseil, du 29 avril 2004, relative au droit des citoyens
de l’Union et des membres, modifiant le règlement (CEE) n
o
 1612/68 et abrogeant les directives 64/221/CEE,
68/360/CEE, 72/194/CEE, 73/148/CEE, 75/34/CEE, 75/35/CEE, 90/364/CEE, 90/365/CEE et 93/96/CEE, de
sorte que le régime de protection contre l’éloignement dont bénéficient ces citoyens ne peut être appliqué
mutatis mutandis auxdits ressortissants turcs pour les besoins de la détermination du sens et de la portée de
cet article 14, paragraphe premier… »
Dans ce domaine donc, une première différence de traitement est reconnue par la CJUE entre les citoyens
de l’Union et les ressortissants turcs, bénéficiaires, comme les algériens, d’un accord particulier avec l’UE.
Par arrêt du 16  juin  2011 [Fatma Pkelivan c/ Staatssecretaris van Justitie (C-484/07)], la CJUE a jugé que
les dispositions de l’article  7, premier alinéa, de la décision 1/80 du 19  septembre  1980 s’opposent «  à
une réglementation d’un État membre selon laquelle le membre de la famille dûment autorisé à rejoindre un
travailleur migrant turc appartenant déjà au marché régulier de l’emploi de cet État perd le bénéfice des droits
fondés sur le regroupement familial au titre de ladite disposition du seul fait que, devenu majeur, il contracte
mariage, alors même qu’il continue d’habiter avec ce travailleur durant les trois premières années de son
séjour dans l’État membre d’accueil… »
Cependant, la Cour précise que le représentant membre de la famille a été « dûment autorisé à rejoindre » le
travailleur migrant.
Dans une décision du 16 mars 2000 (C-329/97), statuant en application de l’article 177 du Traité CE (devenu
article 234 CE) sur une question préjudicielle de l’Allemagne, la juridiction européenne a énoncé :
  »Un ressortissant turc, qui a été autorisé à entrer dans un État membre au titre du regroupement familial
avec un travailleur turc appartenant au marché régulier de l’emploi de cet État, y a résidé légalement pendant
plus de cinq années et y a exercé, avec certaines interruptions, différents emplois réguliers, ne perd pas
le bénéfice des droits que lui confère l’article  7, premier alinéa, second tiret, de la décision n
o
  1/80, du
19 septembre 1980, relative au développement de l’association, adoptée par le Conseil d’association institué
par l’Accord d’association entre la Communauté économique européenne et la Turquie, et, en particulier, le
droit à la prorogation de son permis de séjour dans l’État membre d’accueil, alors même que son titre de
séjour était périmé à la date à laquelle il a présenté une demande en vue de la prorogation de celui-ci, qui a
été refusée par les autorités nationales compétentes ».
La Cour relève que l’État membre avait autorisé le ressortissant turc à entrer sur son territoire au «  titre du
regroupement familial ».
Plus intéressantes encore paraissent être les deux dernières de ces cinq décisions.
45

15 mai 2013
Arrêt publié intégralement

Bulletin d’information
Par arrêt du 4 octobre 2007 [Murat-Polat c/ Stadt Rüsselsheim (C-349/06)], la Cour, prononçant sur la perte
du droit de séjour d’un ressortissant turc dans un État membre, a énoncé, dans la première partie de son
dispositif :
«  Un ressortissant turc, autorisé à entrer lorsqu’il était enfant sur le territoire d’un État membre dans le
cadre du regroupement familial et qui a acquis le droit de libre accès à toute activité salariée de son choix
au titre de l’article  7, premier alinéa, second tiret, de la décision n
o
  1/80, du 19  septembre  1980, relative
au développement de l’association, adoptée par le Conseil d’association institué par l’Accord d’association
entre la Communauté économique européenne et la Turquie, ne perd le droit de séjour dans l’État membre
d’accueil, qui est le corollaire dudit droit de libre accès, que dans deux hypothèses, à savoir : […] »
Là encore, la Cour constate que le ressortissant turc a été autorisé à entrer lorsqu’il était enfant, dans le cadre
du regroupement familial.
La Cour ne condamne nullement cette autorisation dans le cadre du regroupement familial, elle la constate.
Notre législation interne se situe, quant aux conditions du regroupement familial, en deçà, n’exigeant qu’un
certificat médical et, à défaut, suspend le versement des allocations familiales, lesquelles seront versées
rétroactivement dès après la réalisation de cet examen.
Enfin, et avec le même constat, si ce n’est la même condition, par arrêt du 25  novembre  2008 [Hakan Er
c/ Wetteraukreis (C-453/07)], la Cour a jugé qu’un « ressortissant turc autorisé à entrer lorsqu’il était enfant sur
le territoire d’un État membre dans le cadre du regroupement familial et qui a acquis le droit de libre accès à
toute activité salariée de son choix au titre de l’article 7, premier alinéa, second tiret, de la décision n
o
 1/80, du
19 septembre 1980, relative au développement de l’Association, adoptée par le Conseil d’association institué
par l’Accord d’association entre la Communauté économique européenne et la Turquie, ne perd pas le droit
de séjour dans cet État, qui est le corollaire de ce droit de libre accès, alors même que, âgé de 23 ans, il n’a
pas exercé d’activités salariées depuis la fin de sa scolarité à l’âge de 16 ans et a participé à des programmes
étatiques d’aides à l’emploi sans toutefois aller jusqu’à leur terme ».
De cette jurisprudence résulte que la CJUE admet un traitement non identique entre les ressortissants d’un
État membre de l’Union européenne et les ressortissants turcs et ne condamne nullement l’autorisation
donnée par un État membre à un ressortissant turc, fût-il un enfant, à pénétrer sur son territoire, dans le cadre
d’une procédure de regroupement familial.
Ces dispositions sont transposables aux ressortissants algériens, lesquels bénéficient, comme les
ressortissants turcs, d’accords particuliers avec l’UE dans le cadre des allocations familiales.
Il n’est pas douteux que si une telle autorisation était apparue à la Cour en contravention des textes liant
l’Union européenne à la Turquie, cette dernière l’aurait sanctionnée.
Enfin, un dernier argument de texte tiré de la directive 2003/86 CE du Conseil du 22 septembre 2003 relative
au regroupement familial permet de conclure à la conventionnalité de nos dispositions législatives
17
.
L’article  premier de la directive dispose  : «  le but de la présente directive est de fixer les conditions dans
lesquelles est exercé le droit au regroupement familial dont disposent les ressortissants de pays tiers résidant
légalement sur le territoire des États membres ».
Il résulte de la combinaison des articles 4-1, 5 et 6 que la demande de regroupement familial peut être
refusée ; que le rejet peut être fondé sur des raisons d’ordre public, de sécurité publique ou de santé publique.
Il n’est pas envisageable que des ressortissants d’un État non-membre de la CEE ne puissent être soumis
à ces obligations au regard des critères d’ordre public, de sécurité publique. Cette directive s’inscrit dans le
droit fil de la Convention internationale des droits de l’enfant et de notre législation, notamment en matière
de protection de sécurité.
En cet état, nos dispositions législatives de droit français soumises à votre examen ne paraissent nullement
en contravention avec les dispositions conventionnelles ci-dessus analysées.
J’ai donc l’honneur d’émettre un avis de rejet du pourvoi soumis à votre censure, précisant que l’arrêt
attaqué ayant prononcé au fond a, implicitement, mais nécessairement, répondu par un refus à la demande
de question préjudicielle.
Si votre assemblée avait un doute, notamment au regard de la jurisprudence de la CJUE, laquelle admet
l’autorisation préalable d’introduction sur le territoire d’un État membre dans le cadre de la procédure de
regroupement familial, ou sur la portée des dispositions de la Convention des droits de l’enfant, il conviendrait
alors qu’elle pose une question préjudicielle, compte tenu de l’exigence du certificat médical prévu par nos
textes en vue des objectifs recherchés (protection de la santé des mineurs et de la santé publique, contrôle
des entrées sur le territoire).
Avis : rejet ou question préjudicielle
17
Voir annexe 7.
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15 mai 2013
ANNEXES
1. - Code de la sécurité sociale
2. - Code de la santé publique
3. - Convention de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés
fondamentales
4. - Convention internationale des droits de l’enfant
5. - Accord euro-méditerranéen établissant une association entre la
Communauté européenne et ses États membres, d’une part, et la République
algérienne démocratique et populaire, d’autre part, signé le 22 avril 2002
à Valence
6. - Règlement CEE n
o
 574/72 du Conseil du 21 mars 1972
7. - Directive 2003/86/CE du Conseil 22 septembre 2003 relative au droit
au regroupement familial
8. - Directive 2003/109 CE du Conseil du 25 novembre 2003 relative au statut
des ressortissants de pays tiers résidants de longue durée
9. - Accord de coopération entre la CEE et la République algérienne
démocratique et populaire
10. - Décision n
o
 3/2007 du Conseil d’association
11. - Décision du Conseil du 21 octobre 2010
12. - Projet de décision
13. A. - Accord franco-algérien du 27 décembre 1968
B. - Modification de l’article 4 de l’Accord
14. - Courrier du directeur général de l’OFII
47

15 mai 2013
Arrêt publié intégralement

Bulletin d’information
1. - Code de la sécurité sociale
Article L. 512-2 (modifié par la loi n
o
 2007-1786 du 19 décembre 2007)
«  Bénéficient de plein droit des prestations familiales dans les conditions fixées par le présent livre les
ressortissants des États membres de la Communauté européenne, des autres États parties à l’Accord sur
l’Espace économique européen et de la Confédération suisse qui remplissent les conditions exigées pour
résider régulièrement en France, la résidence étant appréciée dans les conditions fixées pour l’application de
l’article L. 512-1.
Bénéficient également de plein droit des prestations familiales dans les conditions fixées par le présent livre
les étrangers non ressortissants d’un État membre de la Communauté européenne, d’un autre État partie à
l’Accord sur l’Espace économique européen ou de la Confédération suisse, titulaires d’un titre exigé d’eux en
vertu soit de dispositions législatives ou réglementaires, soit de traités ou accords internationaux pour résider
régulièrement en France.
Ces étrangers bénéficient des prestations familiales sous réserve qu’il soit justifié, pour les enfants qui sont à
leur charge et au titre desquels les prestations familiales sont demandées, de l’une des situations suivantes :
- leur naissance en France ;
- leur entrée régulière dans le cadre de la procédure de regroupement familial visée au livre IV du code de
l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- leur qualité de membre de famille de réfugié ;
- leur qualité d’enfant d’étranger titulaire de la carte de séjour mentionnée au 10° de l’article  L.  313-11 du
code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- leur qualité d’enfant d’étranger titulaire de la carte de séjour mentionnée à l’article L. 313-13 du même code ;
- leur qualité d’enfant d’étranger titulaire de la carte de séjour mentionnée à l’article  L.  313-8 ou au 5
o
de
l’article L. 313-11 du même code ;
- leur qualité d’enfant d’étranger titulaire de la carte de séjour mentionnée au 7° de l’article  L.  313-11 du
même code à la condition que le ou les enfants en cause soient entrés en France au plus tard en même temps
que l’un de leurs parents titulaires de la carte susmentionnée.
Un décret fixe la liste des titres et justifications attestant de la régularité de l’entrée et du séjour des
bénéficiaires étrangers. Il détermine également la nature des documents exigés pour justifier que les enfants
que ces étrangers ont à charge et au titre desquels des prestations familiales sont demandées remplissent
les conditions prévues aux alinéas précédents ».
Article D. 512-2 (modifié par le décret n
o
 2006-234 du 27 février 2006).
« La régularité de l’entrée et du séjour des enfants étrangers que le bénéficiaire a à charge et au titre desquels
il demande des prestations familiales est justifiée par la production de l’un des documents suivants :
1
o
extrait d’acte de naissance en France ;
2
o
certificat de contrôle médical de l’enfant, délivré par l’Agence nationale de l’accueil des étrangers et des
migrations à l’issue de la procédure d’introduction ou d’admission au séjour au titre du regroupement familial ;
3
o
livret de famille délivré par l’Office français de protection des réfugiés et apatrides ou, à défaut, un acte
de naissance établi, le cas échéant, par cet office, lorsque l’enfant est membre de famille d’un réfugié, d’un
apatride ou d’un bénéficiaire de la protection subsidiaire. Lorsque l’enfant n’est pas l’enfant du réfugié,
de l’apatride ou du bénéficiaire de la protection subsidiaire, cet acte de naissance est accompagné d’un
jugement confiant la tutelle de cet enfant à l’étranger qui demande à bénéficier des prestations familiales ;
4
o
visa délivré par l’autorité consulaire et comportant le nom de l’enfant d’un étranger titulaire de la carte de
séjour mentionnée à l’article  L.  313-8 ou au 5
o
de l’article  L.  313-11 du code de l’entrée et du séjour des
étrangers et du droit d’asile ;
5
o
attestation délivrée par l’autorité préfectorale, précisant que l’enfant est entré en France au plus tard en
même temps que l’un de ses parents admis au séjour sur le fondement du 7° de l’article L. 313-11 du code
de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ou du 5
o
de l’article 6 de l’Accord franco-algérien du
27 décembre 1968 modifié ;
6
o
titre de séjour délivré à l’étranger âgé de seize à dix-huit ans dans les conditions fixées par l’article L. 311-3
du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.
Elle est également justifiée, pour les enfants majeurs ouvrant droit aux prestations familiales, par l’un des titres
mentionnés à l’article D. 512-1 ».
2. - Code de la santé publique
Article L. 2132-1
« Lors de la déclaration de naissance, il est délivré gratuitement pour tout enfant un carnet de santé. Ce carnet
est remis par l’officier d’état civil  ; à défaut, il peut être demandé au service départemental de protection
maternelle et infantile.
48

Bulletin d’information
Arrêt publié intégralement

15 mai 2013
Un arrêté ministériel détermine le modèle et le mode d’utilisation de ce carnet où sont mentionnés
obligatoirement les résultats des examens médicaux prévus (L.  2001-1246 du 21  décembre  2001,
article 34-II) “aux articles L. 2132-2 et L. 2132-2-1” et où doivent être notées, au fur et à mesure, toutes les
constatations importantes concernant la santé de l’enfant.
Le carnet est établi au nom de l’enfant. Il est remis aux parents ou aux personnes titulaires de l’exercice de
l’autorité parentale ou aux personnes ou aux services à qui l’enfant a été confié. Ils doivent être informés
que nul ne peut en exiger la communication et que toute personne appelée, de par sa fonction, à prendre
connaissance des renseignements qui y sont inscrits est soumise au secret professionnel ».
Article L. 2132-2
« Tous les enfants de moins de six ans bénéficient de mesures de prévention sanitaire et sociale qui
comportent notamment des examens obligatoires. Le  nombre et le contenu de ces examens, l’âge auquel
ils doivent intervenir et la détermination de ceux qui donnent lieu à l’établissement d’un certificat de santé
sont fixés par voie réglementaire. Le contenu des certificats de santé, et notamment la liste des maladies ou
déficiences qui doivent y être mentionnées, est établi par arrêté interministériel ».
Article L. 2132-2-1 (créé par la loi n
o
 2001-1246 du 21 décembre 2001, article 34)
« Dans l’année qui suit leur sixième et leur douzième anniversaire, les enfants sont obligatoirement soumis à un
examen bucco-dentaire de prévention, réalisé par un chirurgien-dentiste ou un médecin qualifié en stomatologie
(abrogé par loi n
o
 2005-1579 du 19 décembre 2005, article 38-I) “La nature et les modalités de cet examen sont
définies par arrêté interministériel”. Cet examen ne donne pas lieu à contribution financière de la part des familles.
Cette obligation est réputée remplie lorsque le chirurgien-dentiste ou un médecin qualifié en stomatologie atteste
sur le carnet de santé mentionné à l’article L. 2132-1 de la réalisation des examens dispensés ».
3. - Convention de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales
Article 8
« 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance.
2. Il ne peut y avoir ingérence d’une autorité publique dans l’exercice de ce droit que pour autant que cette
ingérence est prévue par la loi et qu’elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est
nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de
l’ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection
des droits et libertés d’autrui ».
Article 14
« La jouissance des droits et libertés dans la présente Convention doit être assurée sans distinction aucune,
fondée notamment sur le sexe, la race, la couleur, la langue, la religion, les opinions politiques ou toutes autres
opinions, l’origine nationale ou sociale, l’appartenance à une minorité nationale, la fortune, la naissance ou
toute autre situation ».
4. - Convention internationale des droits de l’enfant
Convention des Nations unies du 20 novembre 1989
Article 3
« 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu’elles soient le fait des institutions publiques ou
privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l’intérêt
supérieur de l’enfant doit être une considération primordiale.
2. Les États parties s’engagent à assurer à l’enfant la protection et les soins  nécessaires à son bien-être,
compte tenu des droits et des devoirs de ses parents, de ses tuteurs ou des autres personnes légalement
responsables de lui, et ils prennent à cette fin toutes les mesures législatives et administratives appropriées.
3. Les États parties veillent à ce que le fonctionnement des institutions, services et établissements qui
ont la charge des enfants et assurent leur protection soit conforme aux normes fixées par les autorités
compétentes, particulièrement dans le domaine de la sécurité et de la santé et en ce qui concerne le nombre
et la compétence de leur personnel ainsi que l’existence d’un contrôle approprié ».
Article 24
«  1. Les États parties reconnaissent le droit de l’enfant de jouir du meilleur état de santé possible et de
bénéficier de services médicaux et de rééducation. Ils s’efforcent de garantir qu’aucun enfant ne soit privé du
droit d’avoir accès à ces services.
2. Les États parties s’efforcent d’assurer la réalisation intégrale du droit susmentionné et, en particulier,
prennent les mesures appropriées pour :
a) réduire la mortalité parmi les nourrissons et les enfants ;
b) assurer à tous les enfants l’assistance médicale et les soins de santé nécessaires, l’accent étant mis sur le
développement des soins de santé primaires ;
c) lutter contre la maladie et la malnutrition, y compris dans le cadre de soins de santé primaires, grâce
notamment à l’utilisation de techniques aisément disponibles et à la fourniture d’aliments nutritifs et d’eau
potable, compte tenu des dangers et des risques de pollution du milieu naturel ;
d) assurer aux mères des soins prénatals et postnatals appropriés ;
49

15 mai 2013
Arrêt publié intégralement

Bulletin d’information
e) faire en sorte que tous les groupes de la société, en particulier les  parents et les enfants, reçoivent une
information sur la santé et la nutrition de l’enfant, les avantages de l’allaitement au sein, l’hygiène et la salubrité
de l’environnement et la prévention des accidents, et bénéficient d’une aide leur permettant de mettre à profit
cette information ».
Article 26
«  1. Les États parties reconnaissent à tout enfant le droit de bénéficier de la sécurité sociale, y compris les
assurances sociales, et prennent les mesures nécessaires pour assurer la pleine réalisation de ce droit en
conformité avec leur législation nationale.
2. Les prestations doivent, lorsqu’il y a lieu, être accordées compte tenu des ressources et de la situation de
l’enfant et des personnes responsables de son entretien, ainsi que de toute autre considération applicable à
la demande de prestation faite par l’enfant ou en son nom ».
Article 27
«  1. Les États parties reconnaissent le droit de tout enfant à un niveau de vie suffisant pour permettre son
développement physique, mental, spirituel, moral et social.
2. C’est aux parents ou autres personnes ayant la charge de l’enfant qu’incombe au premier chef la
responsabilité d’assurer, dans les limites de leurs possibilités et de leurs moyens financiers, les conditions de
vie nécessaires au développement de l’enfant.
3. Les États parties adoptent les mesures appropriées, compte tenu des conditions nationales et dans la
mesure de leurs moyens, pour aider les parents et autres personnes ayant la charge de l’enfant à mettre en
œuvre ce droit et offrent, en cas de besoin, une assistance matérielle et des programmes d’appui, notamment
en ce qui concerne l’alimentation, le vêtement et le logement.
4. Les États parties prennent toutes les mesures appropriées en vue d’assurer le recouvrement de la pension
alimentaire de l’enfant auprès de ses parents ou des autres personnes ayant une responsabilité financière
à son égard, que ce soit sur leur territoire ou à l’étranger. En particulier, pour tenir compte des cas où la
personne qui a une responsabilité financière à l’égard de l’enfant vit dans un État autre que celui de l’enfant,
les États parties favorisent l’adhésion à des accords internationaux ou la conclusion de tels accords ainsi que
l’adoption de tous autres arrangements appropriés ».
5. - Accord euro-méditerranéen établissant une association entre la Communauté
européenne et ses États membres, d’une part, et la République algérienne
démocratique et populaire, d’autre part
Article 68
«  1. Sous réserve des dispositions des paragraphes suivants, les travailleurs de nationalité algérienne et
les membres de leur famille résidant avec eux bénéficient, dans le domaine de la sécurité sociale, d’un
régime caractérisé par l’absence de toute discrimination fondée sur la nationalité par rapport aux propres
ressortissants des États membres dans lesquels ils sont occupés.
La notion de sécurité sociale couvre les branches de sécurité sociale qui concernent les prestations de
maladie et de maternité, les prestations d’invalidité, de vieillesse, de survivants, les prestations d’accident de
travail et de maladie professionnelle, les allocations de décès, les prestations de chômage et les prestations
familiales.
Toutefois, cette disposition ne peut avoir pour effet de rendre applicable les autres règles de coordination
prévues par la réglementation communautaire basée sur l’article 42 du Traité du CE autrement que dans les
conditions fixées par l’article 70 du présent Accord.
2. Ces travailleurs bénéficient de la totalisation des périodes d’assurance, d’emploi ou de résidence
accomplies dans les différents États membres, pour ce qui concerne les pensions et rentes de vieillesse,
d’invalidité et de survie, les prestations familiales, les prestations de maladie et de maternité ainsi que les soins
de santé pour eux-mêmes et leur famille résidant à l’intérieur de la Communauté.
3. Ces travailleurs bénéficient des prestations familiales pour les membres de leur famille résidant à l’intérieur
de la Communauté.
4. Ces travailleurs bénéficient du libre transfert vers l’Algérie, aux taux appliqués en vertu de la législation de
l’État membre ou des États membres débiteurs, des pensions et rentes de vieillesse, de survie d’accident
de travail ou de maladie professionnelle, ainsi que d’invalidité, en cas d’accident de travail ou de maladie
professionnelle, à l’exception des prestations spéciales à caractère non contributif.
5. L’Algérie accorde aux travailleurs ressortissants des États membres occupés sur son territoire, ainsi qu’aux
membres de leur famille, un régime analogue à celui prévu au paragraphes 1, 3 et 4 ».
Article 69
« Les dispositions du présent chapitre sont applicables aux ressortissants de l’une des parties qui résident ou
travaillent légalement sur le territoire du pays d’accueil.
Article 70
1. Avant la fin de la première année après l’entrée en vigueur du présent Accord, le Conseil d’association
arrête les dispositions permettant d’assurer l’application des principes énoncés à l’article 68.
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2. Le  Conseil d’association arrête les modalités d’une coopération administrative assurant les garanties de
gestion et de contrôle nécessaires pour l’application des dispositions visées au paragraphe premier ».
Article 73
« Le dialogue dans le domaine social prend place au niveaux et selon les modalités identiques à ceux prévus
au titre I du présent Accord qui peut également lui servir de cadre ».
6. - Règlement (CEE) n
o
 574/72 du Conseil du 21 mars 1972 fixant les modalités
d’application du règlement (CEE) n
o
  1408/71 relatif à l’application des régimes
de sécurité sociale aux travailleurs salariés, aux travailleurs non salariés et
aux membres de leur famille qui se déplacent à l’intérieur de la Communauté
Article 86
« 1. Pour bénéficier des prestations familiales, conformément à l’article 73 du règlement, le travailleur salarié
est tenu d’adresser une demande à l’institution compétente, le cas échéant par l’intermédiaire de son
employeur.
2. Le  travailleur salarié est tenu de produire, à l’appui de sa demande, un certificat relatif aux membres de
sa famille ayant leur résidence sur le territoire d’un État membre autre que celui où se trouve l’institution
compétente. Ce certificat est délivré soit par les autorités compétentes en matière d’état civil du pays de
résidence de ces membres de la famille, soit par l’institution du lieu de résidence ces membres de la famille,
compétente en matière d’assurance maladie, soit par une autre institution désignée par l’autorité compétente
de l’État membre sur le territoire duquel ces membres de la famille résident. Ce certificat doit être renouvelé
tous les ans.
3. À l’appui de sa demande, le travailleur salarié est également tenu de fournir des renseignements permettant
d’individualiser la personne entre les mains de laquelle les prestations familiales sont à payer dans le pays de
résidence (nom, prénom, adresse complète), si la législation de l’État compétent prévoit que les prestations
familiales peuvent ou doivent être payées à une autre personne que le travailleur salarié.
4. Les autorités de deux ou plusieurs États peuvent convenir de modalités particulières d’application pour le
paiement des prestations familiales, notamment en vue de faciliter l’application de l’article 75 paragraphes 1
et 2 du règlement. Ces accords sont communiqués à la commission administrative.
5. Le  travailleur salarié est tenu d’informer, le cas échéant par l’intermédiaire de son employeur, l’institution
compétente :
- de tout changement dans la situation des membres de sa famille susceptible de modifier le droit aux
prestations familiales ;
- de toute modification du nombre des membres de sa famille pour lesquels les prestations familiales sont
dues ;
- de tout transfert de résidence ou de séjour de ces membres de la famille ;
- de tout exercice d’une activité professionnelle au titre de laquelle des prestations familiales sont également
dues en vertu de la législation de l’État membre sur le territoire duquel les membres de la famille ont leur
résidence ».
7. - Directive 2003/86/CE du Conseil du 22  septembre  2003 relative au droit
au regroupement familial
Article 4
1. Les États membres autorisent l’entrée et le séjour, conformément à la présente directive et sous réserve
du respect des conditions visées au chapitre IV, ainsi qu’à l’article 16, des membres de la famille suivants :
a) le conjoint du regroupant ;
b) les enfants mineurs du regroupant et de son conjoint, y compris les enfants adoptés conformément à une
décision prise par l’autorité compétente de l’État membre concerné ou à une décision exécutoire de plein
droit en vertu d’obligations internationales dudit État membre ou qui doit être reconnue conformément à des
obligations internationales ;
c) les enfants mineurs, y compris les enfants adoptés, du regroupant, lorsque celui-ci a le droit de garde et en
a la charge. Les États membres peuvent autoriser le regroupement des enfants dont la garde est partagée, à
condition que l’autre titulaire du droit de garde ait donné son accord ;
d) les enfants mineurs, y compris les enfants adoptés, du conjoint, lorsque celui-ci a le droit de garde et en
a la charge. Les États membres peuvent autoriser le regroupement des enfants dont la garde est partagée, à
condition que l’autre titulaire du droit de garde ait donné son accord.
Les enfants mineurs visés au présent article  doivent être d’un âge inférieur à la majorité légale de l’État
membre concerné et ne pas être mariés.
Par dérogation, lorsqu’un enfant a plus de douze ans et arrive indépendamment du reste de sa famille, l’État
membre peut, avant d’autoriser son entrée et son séjour au titre de la présente directive, examiner s’il satisfait
à un critère d’intégration prévu par sa législation existante à la date de la mise en œuvre de la présente
directive.
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Article 5
« 1. Les États membres déterminent si, aux fins de l’exercice du droit au regroupement familial, une demande
d’entrée et de séjour doit être introduite auprès des autorités compétentes de l’État membre concerné soit
par le regroupant, soit par les membres de la famille.
2. La demande est accompagnée de pièces justificatives prouvant les liens familiaux et le respect des
conditions prévues aux articles 4 et 6 et, le cas échéant, aux articles 7 et 8, ainsi que de copies certifiées
conformes des documents de voyage des membres de la famille.
Le cas échéant, pour obtenir la preuve de l’existence de liens familiaux, les États membres peuvent procéder
à des entretiens avec le regroupant et les membres de sa famille et à toute enquête jugée nécessaire.
Lors de l’examen d’une demande concernant le partenaire non marié du regroupant, les États membres
tiennent compte, afin d’établir l’existence de liens familiaux, d’éléments tels qu’un enfant commun, une
cohabitation préalable, l’enregistrement du partenariat ou tout autre moyen de preuve fiable.
3. La demande est introduite et examinée alors que les membres de la famille résident à l’extérieur du territoire
de l’État membre dans lequel le regroupant réside.
Par dérogation, un État membre peut accepter, dans des cas appropriés, qu’une demande soit introduite
alors que les membres de la famille se trouvent déjà sur son territoire.
4. Dès que possible, et en tout état de cause au plus tard neuf mois après la date du dépôt de la demande,
les autorités compétentes de l’État membre notifient par écrit à la personne qui a déposé la demande la
décision la concernant.
Dans des cas exceptionnels liés à la complexité de l’examen de la demande, le délai visé au premier alinéa
peut être prorogé.
La décision de rejet de la demande est dûment motivée. Toute conséquence de l’absence de décision
à l’expiration du délai visé au premier alinéa doit être réglée par la législation nationale de l’État membre
concerné.
5. Au cours de l’examen de la demande, les États membres veillent à prendre dûment en considération
l’intérêt supérieur de l’enfant mineur ».
Article 6
« 1. Les États membres peuvent rejeter une demande d’entrée et de séjour d’un des membres de la famille
pour des raisons d’ordre public, de sécurité publique ou de santé publique.
2. Les États membres peuvent retirer le titre de séjour d’un membre de la famille ou refuser de le renouveler
pour des raisons d’ordre public, de sécurité publique ou de santé publique.
Lorsqu’ils prennent une telle décision, les États membres tiennent compte, outre de l’article 17, de la gravité
ou de la nature de l’infraction à l’ordre public ou à la sécurité publique commise par le membre de la famille,
ou des dangers que cette personne est susceptible de causer.
3. La seule survenance de maladies ou d’infirmités après la délivrance du titre de séjour ne peut justifier le
refus de renouvellement du titre de séjour ou l’éloignement du territoire par l’autorité compétente de l’État
membre concerné ».
8. - Directive 2003/109/CE du Conseil du 25 novembre 2003 relative au statut des
ressortissants de pays tiers résidents de longue durée
Article 11
Égalité de traitement
« 1. Le résident de longue durée bénéficie de l’égalité de traitement avec les nationaux en ce qui concerne :
a) les conditions d’accès à un emploi salarié et à une activité non salariée, à condition que ces activités ne
soient pas liées, même à titre occasionnel, à l’exercice de l’autorité publique, ainsi que les conditions d’emploi
et de travail, y compris les conditions de licenciement et de rémunération ;
b) l’éducation et la formation professionnelle, y compris les allocations et bourses d’études conformément à
la législation nationale ;
c) la reconnaissance des diplômes, certificats et autres titres professionnels, conformément aux procédures
nationales pertinentes ;
d) la sécurité sociale, l’aide sociale et la protection sociale telles qu’elles sont définies par la législation
nationale ;
e) les avantages fiscaux ;
f) l’accès aux biens et aux services et la fourniture de biens et de services à la disposition du public, ainsi que
l’accès aux procédures d’attribution d’un logement ;
g) la liberté d’association, d’affiliation et d’engagement dans une organisation de travailleurs ou d’employeurs
ou toute organisation professionnelle, y compris les avantages qui peuvent en résulter, sans préjudice des
dispositions nationales en matière d’ordre public et de sécurité publique ;
h) le libre accès à l’ensemble du territoire de l’État membre concerné, dans les limites prévues par la législation
nationale pour des raisons de sécurité.
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2. En ce qui concerne le paragraphe premier, points b, d, e, f et g, l’État membre concerné peut limiter l’égalité
de traitement aux cas où le lieu de résidence enregistré ou habituel du résident de longue durée, ou celui de
membres de sa famille pour lesquels il demande des prestations, se trouve sur son territoire.
3. Un État membre peut restreindre l’égalité du traitement par rapport à ses ressortissants dans les cas suivants :
a) l’État membre peut maintenir des restrictions à l’accès à l’emploi ou à des activités non salariées lorsque,
conformément à sa législation nationale ou au droit communautaire en vigueur, ces activités sont réservées
à ses ressortissants nationaux, aux citoyens de l’Union européenne ou de l’Espace économique européen ;
b) les État membres peuvent exiger la preuve d’une connaissance appropriée de la langue pour accéder
à l’éducation ou à la formation. L’accès aux études universitaires peut être subordonné à des conditions
particulières préalables en matière d’études.
4. En matière d’aide sociale et de protection sociale, les États membres peuvent limiter l’égalité de traitement
aux prestations essentielles.
5. Les États membres peuvent décider d’accorder l’accès à des prestations supplémentaires dans les
domaines visés au paragraphe premier.
Les États membres peuvent également décider d’accorder l’égalité de traitement dans des domaines non
couverts par le paragraphe premier ».
9. - Accord de coopération entre la CEE et la République algérienne démocratique
et populaire (fait à Alger le 26 avril 1976)
Article 38
«  Chaque État membre accorde aux travailleurs de nationalité algérienne occupés sur son territoire un
régime caractérisé par l’absence de toute discrimination fondée sur la nationalité par rapport à ses propres
ressortissants, en ce qui concerne les conditions de travail et de rémunération.
L’Algérie accorde le même régime aux travailleurs ressortissants des États membres occupés sur son territoire ».
Article 39
« 1. Sous réserve des dispositions des paragraphes suivants, les travailleurs de nationalité algérienne et
les membres de leur famille résidant avec eux bénéficient, dans le domaine de la sécurité sociale, d’un
régime caractérisé par l’absence de toute discrimination fondée sur la nationalité par rapport aux propres
ressortissants des états membres dans lesquels ils sont occupés.
2. Ces travailleurs bénéficient de la totalisation des périodes d’assurance, d’emploi ou de résidence
accomplies dans les différents États membres, pour ce qui concerne les pensions et rentes de vieillesse, de
décès et d’invalidité, ainsi que les soins de santé pour eux-même et leur famille résidant à l’intérieur de la
Communauté.
3. Ces travailleurs bénéficient des prestations familiales pour les membres de leur famille résidant à l’intérieur
de la Communauté ».
10. - Décision n
o
 3/2007 du Conseil d’association UE-Algérie du 29 novembre 2007
portant création de sous-comités d’association et d’un groupe de travail sur les
affaires sociales (Journal officiel de l’Union européenne du 15 décembre 2007)
« LE CONSEIL D’ASSOCIATION UE-ALGÉRIE,
Vu l’Accord euro-méditerranéen établissant une association entre la Communauté européenne et ses États
membres, d’une part, et la République algérienne démocratique et populaire, d’autre part,
Considérant ce qui suit :
(1) L’établissement d’une zone de libre-échange entre l’Union européenne et la République algérienne
démocratique et populaire est prévu au plus tard le 31 août 2017.
(2) Les relations de l’Union européenne avec les pays de la Méditerranée du sud deviennent de plus en plus
complexes du fait de la mise en œuvre des accords euro-méditerranéens et de la poursuite du partenariat
euro-méditerranéen.
(3) Des sous-comités ont été institués auprès des comités d’association des autres pays associés, en vue de
suivre la mise en œuvre des priorités du partenariat et le rapprochement des législations.
(4) Il y a lieu d’intégrer l’environnement dans les politiques sectorielles, l’objectif étant le développement
durable.
(5) L’article 98 de l’Accord prévoit la constitution des groupes de travail ou des organes nécessaires à la mise
en œuvre de l’Accord, et son article 76 la création d’un groupe de travail chargé d’évaluer la mise en œuvre
des dispositions relatives aux affaires sociales,
DÉCIDE :
Article unique
Sont institués auprès du comité d’association UE-Algérie le groupe de travail et les sous-comités énumérés
à l’annexe I et sont adoptés leurs règlements intérieurs respectifs figurant à l’annexe II.
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Ils travaillent sous l’autorité du comité d’association, auquel ils doivent faire rapport après chacune de leurs
réunions. Le  groupe de travail chargé des affaires sociales et les sous-comités n’ont pas de pouvoir de
décision.
Le comité d’association prend toute autre mesure nécessaire pour assurer leur bon fonctionnement et il en
informe le Conseil d’association.
Le  Conseil d’association peut décider de créer d’autres sous-comités ou groupes, ou supprimer des
sous-comités ou groupes existants.
La présente décision entre en vigueur le jour de son adoption. »
RÈGLEMENT INTÉRIEUR
Groupe de travail UE-Algérie sur les affaires sociales
« 1. Composition et présidence
Le groupe de travail est composé de représentants de la Communauté européenne et de ses États membres
et de représentants du gouvernement de la République algérienne démocratique et populaire. Il est présidé
à tour de rôle par les deux parties.
2. Rôle
Le  groupe de travail travaille sous l’autorité du comité d’association, auquel il fait rapport après chaque
réunion. Le  groupe de travail n’a aucun pouvoir de décision, mais il peut soumettre des propositions au
comité d’association.
3. Objet
Le  groupe de travail examine la mise en œuvre de l’Accord d’association dans les domaines énumérés
ci-dessous. En particulier, il évalue les progrès accomplis en matière de rapprochement, de mise en œuvre
et de respect de la législation. Le  cas échéant, il traite de la coopération dans le domaine de la fonction
publique. Il examine tout problème qui peut surgir dans les secteurs suivants et suggère les mesures à
adopter éventuellement :
a) respect du principe d’absence de discrimination fondée sur la nationalité entre travailleurs de nationalité
algérienne et travailleurs ressortissants de chaque État membre en ce qui concerne les conditions de travail,
de rémunération et de licenciement ;
b) application des dispositions dans le domaine de la sécurité sociale visées aux articles 68 à 71 de l’Accord ;
c) dialogue dans le domaine social conformément à l’article  72 de l’Accord, y compris les conditions
d’intégration de la communauté nationale installée légalement sur le territoire de l’Union européenne et sa
protection contre les actes de discrimination et d’islamophobie ;
d) actions de coopération en matière sociale visées à l’article 74 de l’Accord, notamment l’amélioration des
conditions de vie, du système de protection sociale et du secteur de la santé, la création d’emplois et la
promotion du rôle de la femme dans le processus de développement économique et social.
Cette liste n’est pas exhaustive et d’autres questions, y compris de nature horizontale, telles que les
statistiques, pourront être ajoutées par le comité d’association.
Le  groupe de travail peut examiner des questions qui portent sur un ou plusieurs, voire sur l’ensemble des
domaines précités.
4. Secrétariat
Un fonctionnaire de la Commission des Communautés européennes et un fonctionnaire du gouvernement
de la République algérienne démocratique et populaire exercent conjointement les fonctions de secrétaires
permanents du groupe de travail.
Toutes les communications concernant le groupe de travail sont transmises aux secrétaires du groupe de
travail.
5. Réunions
Le groupe de travail se réunit chaque fois que les circonstances l’exigent. Une réunion peut être convoquée
sur la base d’une demande formulée par une des parties et transmise au secrétaire compétent qui la fait suivre
à l’autre partie. Dès réception d’une demande de réunion du groupe de travail, le secrétaire de l’autre partie
répond dans un délai de quinze jours ouvrables.
En cas d’urgence particulière, le groupe de travail peut être convoqué dans un délai plus rapproché soumis à
l’Accord des deux parties. Toute demande de convocation d’une réunion doit être formulée par écrit.
Chaque réunion du groupe de travail se tient à la date et au lieu convenus par les deux parties.
Les réunions sont convoquées par le secrétaire compétent, en accord avec le président. Avant chaque
réunion, le président est informé de la composition prévue de la délégation de chaque partie.
Sous réserve de l’accord des deux parties, le groupe de travail peut inviter des experts à ses réunions pour
lui fournir les informations spécifiques demandées.
Un représentant du ministère des affaires étrangères de la République algérienne démocratique et populaire
participera à chaque réunion, afin d’assurer une liaison et une coordination adéquates avec les projets actuels
et futurs ainsi qu’avec les programmes financés par l’Union européenne, et de veiller également à ce que les
priorités définies au cours de la réunion bénéficient du soutien nécessaire.
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6. Ordre du jour des réunions
Toutes les demandes d’inscription de points à l’ordre du jour des réunions du groupe de travail doivent être
transmises aux secrétaires du groupe de travail.
Un ordre du jour provisoire est élaboré par le président pour chaque réunion. Le  secrétaire compétent le
transmet à son homologue au plus tard dix jours avant le début de la réunion.
L’ordre du jour provisoire comporte les points dont l’inscription à l’ordre du jour a été demandée aux
secrétaires au plus tard quinze jours avant le début de la réunion. Les pièces justificatives doivent être reçues
par les deux parties au moins sept jours avant la réunion. Pour tenir compte des cas particuliers et/ou urgents,
ces délais peuvent être raccourcis en accord avec les deux parties.
Le groupe de travail adopte l’ordre du jour au début de chaque réunion.
7. Compte rendu
Le compte rendu est rédigé et approuvé par les deux secrétaires après chaque réunion. Les secrétaires du
groupe de travail adressent aux secrétaires et au président du comité d’association un exemplaire du compte
rendu, qui comprend les propositions présentées par le groupe de travail.
8. Publicité
Sauf décision contraire, les réunions du groupe de travail ne sont pas publiques ».
11. - Décision du Conseil du 21  octobre  2010 relative à la position à adopter
par l’Union européenne au sein du Conseil d’association institué par l’Accord
euro-méditerranéen établissant une association entre la Communauté européenne
et ses États membres, d’une part, et la République algérienne démocratique et
populaire, d’autre part, concernant l’adoption de dispositions sur la coordination
des systèmes de sécurité sociale (fait à Luxembourg le 21 octobre 2010)
LE CONSEIL DE L’UNION EUROPÉENNE,
Vu le Traité sur le fonctionnement de l’Union européenne, et notamment son article 79, paragraphe 2, point
b, en liaison avec l’article 218, paragraphe 9,
Vu la proposition de la Commission européenne,
Considérant ce qui suit :
(1) En son article  70, l’Accord euro-méditerranéen établissant une association entre la Communauté
européenne et ses États membres, d’une part, et la République algérienne démocratique et populaire, d’autre
part (ci-après dénommé « Accord »), établit que le conseil d’association adopte des dispositions permettant
d’appliquer les principes relatifs à la coordination des systèmes de sécurité sociale énoncés à l’article 68 de
l’Accord avant la fin de la première année suivant son entrée en vigueur.
(2) Conformément aux articles 1 et 2 du Protocole (n
o
22) sur la position du Danemark annexé au Traité sur
l’Union européenne et au Traité sur le fonctionnement de l’Union européenne, le Danemark ne participe pas à
l’adoption de la présente décision et n’est pas lié par celle-ci ni soumis à son application.
(3) Conformément aux articles 1 et 2 du Protocole (n
o
21) sur la position du Royaume-Uni et de l’Irlande à
l’égard de l’espace de liberté, de sécurité et de justice, annexé au traité sur l’Union européenne et au Traité
sur le fonctionnement de l’Union européenne et sans préjudice de l’article  4 dudit Protocole, ces États
membres ne participent pas à l’adoption de la présente décision et ne sont pas liés par celle-ci ni soumis à
son application.
A ADOPTÉ LA PRÉSENTE DÉCISION :
Article premier
La position à adopter par l’Union européenne au sein du conseil d’association institué par l’Accord
euro-méditerranéen établissant une association entre la Communauté européenne et ses États membres,
d’une part, et la République algérienne démocratique et populaire, d’autre part, concernant la mise en œuvre
de l’article 70 de l’Accord se fonde sur le projet de décision dudit Conseil joint à la présente décision.
Article 2
La présente décision entre en vigueur le jour de son adoption ».
12. - Projet de décision
Projet
DÉCISION n
o
 …/… DU CONSEIL D’ASSOCIATION
institué par l’Accord euro-méditerranéen établissant une association entre la  Communauté européenne et
ses États membres, d’une part, et la République algérienne démocratique et populaire, d’autre part, du…
concernant les dispositions de coordination des systèmes de sécurité sociale énoncées dans l’Accord
euro-méditerranéen
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LE CONSEIL D’ASSOCIATION,
Vu l’Accord euro-méditerranéen établissant une association entre la Communauté européenne et ses États
membres, d’une part, et la République algérienne démocratique et populaire, d’autre part, et notamment son
article 70,
Considérant ce qui suit :
(1) Les articles 68 à 71 de l’Accord euro-méditerranéen établissant une association entre la Communauté
européenne et ses États membres, d’une part, et la République algérienne démocratique et populaire, d’autre
part (ci-après dénommé « Accord ») prévoient la coordination des systèmes de sécurité sociale de l’Algérie et
des États membres. L’article 68 pose les principes d’une telle coordination.
(2) L’article 70 de l’Accord prévoit que le conseil d’association adopte une décision aux fins de l’application
des principes énoncés à l’article 68 avant la fin de la première année suivant l’entrée en vigueur de l’Accord.
(3) En ce qui concerne l’application du principe de non-discrimination, la présente décision ne devrait conférer
aucun droit supplémentaire pour certains faits ou événements survenant sur le territoire de l’autre partie
contractante lorsque ces faits ou événements ne sont pas pris en compte par la législation de la première
partie contractante concernée, hormis le droit à l’exportation de certaines prestations.
(4) Pour l’application de la présente décision, le droit aux prestations familiales des travailleurs algériens devrait
être subordonné à la condition que les membres de leur famille résident légalement avec eux dans l’État
membre dans lequel ils sont salariés. La présente décision ne devrait conférer aucun droit à des prestations
familiales pour des membres de la famille résidant dans un autre État, par exemple en Algérie.
(5) Le règlement (CE) n
o
 859/2003 du Conseil étend déjà les dispositions du règlement (CEE) n
o
 1408/71 et du
règlement (CEE) n
o
 574/72 aux ressortissants de pays tiers qui ne sont pas déjà couverts par ces dispositions
uniquement en raison de leur nationalité. Le règlement (CE) n
o
 859/2003 couvre déjà le principe de totalisation
des périodes d’assurance accomplies par les travailleurs algériens dans les différents États membres pour le
droit à certaines prestations, comme l’établit l’article 68, paragraphe 2, de l’Accord.
(6) Il pourrait être nécessaire, pour faciliter l’application des règles de coordination, de prévoir des dispositions
particulières qui répondent aux caractéristiques propres de la législation algérienne.
(7) Afin de garantir le bon fonctionnement de la coordination des systèmes de sécurité sociale des États
membres et de l’Algérie, il est nécessaire de prévoir des dispositions spécifiques concernant la coopération
entre les États membres et l’Algérie, ainsi qu’entre la personne intéressée et l’institution de l’État compétent.
(8) Il convient d’adopter des dispositions transitoires destinées à protéger les personnes relevant du champ
d’application de la présente décision et à éviter qu’elles ne perdent des droits du fait de son entrée en
vigueur.
A ADOPTÉ LA PRÉSENTE DÉCISION :
PARTIE I
DISPOSITIONS GÉNÉRALES
Article premier
Définitions
1. Aux fins de la présente décision, on entend par :
a) « Accord » : l’Accord euro-méditerranéen établissant une association entre la Communauté européenne et
ses États membres, d’une part,
b) «  règlement  »  : le règlement (CE) n
o
  883/2004 du Parlement et du Conseil du 29  avril  2004 portant sur
la coordination des systèmes de sécurité sociale, tel qu’il s’applique dans les États membres de l’Union
européenne ;
c) « règlement d’application » : le règlement (CE) n
o
 987/2009 du Parlement européen et du Conseil fixant les
modalités d’application du règlement (CE) n
o
 883/2004 portant sur la coordination des systèmes de sécurité
sociale ;
d) « État membre » : un État membre de l’Union européenne ;
e) « travailleur » :
i) aux fins de la législation d’un État membre, une personne exerçant une activité salariée au sens de
l’article premier, point a, du règlement ;
ii) aux fins de la législation algérienne, une personne exerçant une activité salariée au sens de cette législation ;
f) « membre de la famille » :
i) aux fins de la législation d’un État membre, un membre de la famille au sens de l’article premier, point i, du
règlement ;
ii) aux fins de la législation algérienne, un membre de la famille au sens de cette législation ;
g) « législation » :
i) en ce qui concerne les États membres, la législation au sens de l’article premier, point l, du règlement ;
ii) en ce qui concerne l’Algérie, la législation correspondante applicable dans ce pays ;
h) « prestations » :
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i) en ce qui concerne les États membres, les prestations au sens de l’article 3 du règlement ;
ii) en ce qui concerne l’Algérie, les prestations correspondantes applicables dans ce pays ;
i) « prestations exportables » :
i) en ce qui concerne les États membres :
- les pensions de vieillesse ;
- les pensions du survivant ;
- les pensions pour accident du travail et maladie professionnelle ;
- les pensions d’invalidité liées à un accident du travail ou une maladie professionnelle,
au sens du règlement, à l’exception des prestations spéciales en espèces à caractère non contributif définies
à l’annexe X de celui-ci ;
ii) en ce qui concerne l’Algérie, les prestations correspondantes prévues par sa législation, à l’exception des
prestations spéciales en espèces à caractère non contributif définies à l’annexe I de la présente décision.
2. Tout autre terme utilisé dans la présente décision a le sens qui lui est attribué par :
a) le règlement et le règlement d’application, en ce qui concerne les États membres ;
b) la législation applicable en la matière en Algérie, en ce qui concerne ce pays.
Article 2
Champ d’application personnel
La présente décision s’applique :
a) aux travailleurs ressortissants algériens qui exercent ou ont exercé légalement une activité salariée sur le
territoire d’un État membre et sont ou ont été soumis à la législation d’un ou de plusieurs États membres,
ainsi qu’à leurs survivants ;
b) aux membres de la famille des travailleurs visés au point a, pour autant que ces membres de famille résident
ou aient résidé légalement avec le travailleur concerné pendant son activité salariée dans l’État membre ;
c) aux travailleurs ressortissants d’un État membre qui exercent ou ont exercé légalement une activité salariée
sur le territoire algérien et sont ou ont été soumis à la législation algérienne, ainsi qu’à leurs survivants ; et
d) aux membres de la famille des travailleurs visés au point c, pour autant que ces membres de famille résident
ou aient résidé légalement avec le travailleur concerné pendant son activité salariée en Algérie.
Article 3
Égalité de traitement
1. Les travailleurs ressortissants algériens qui exercent légalement une activité salariée dans un État membre,
ainsi que tout membre de leur famille qui réside légalement avec eux, bénéficient, en matière de prestations
au sens de l’article  premier, paragraphe  premier, point h, d’un régime caractérisé par l’absence de toute
discrimination fondée sur la nationalité par rapport aux ressortissants des États membres dans lesquels ils
sont employés.
2. Les travailleurs ressortissants d’un État membre qui exercent légalement une activité salariée en Algérie,
ainsi que tout membre de leur famille qui réside légalement avec eux, bénéficient, en matière de prestations
au sens de l’article  premier, paragraphe  premier, point h, d’un régime caractérisé par l’absence de toute
discrimination fondée sur la nationalité par rapport aux ressortissants algériens.
PARTIE II
RELATIONS ENTRE LES ÉTATS MEMBRES ET L’ALGÉRIE
Article 4
Levée des clauses de résidence
1. Les prestations exportables au sens de l’article  premier, paragraphe  premier, point i, auxquelles peuvent
prétendre les personnes visées à l’article  2, points a et c, ne font l’objet d’aucune réduction, modification,
suspension, suppression ou confiscation du fait que le bénéficiaire réside :
a) aux fins de la perception d’une prestation en vertu de la législation d’un État membre, sur le territoire
algérien ; ou
b) aux fins de la perception d’une prestation en vertu de la législation algérienne, sur le territoire d’un État
membre.
2. Les membres de la famille d’un travailleur visés à l’article  2, point b, peuvent prétendre aux prestations
exportables au sens de l’article  premier, paragraphe  premier, point i, au même titre que les membres de la
famille d’un travailleur ressortissant de l’État membre concerné lorsque ces membres de famille résident sur
le territoire algérien.
3. Les membres de la famille d’un travailleur visés à l’article  2, point d, peuvent prétendre aux prestations
exportables au sens de l’article  premier, paragraphe  premier, point i, au même titre que les membres de la
famille d’un travailleur ressortissant de l’Algérie lorsque ces membres de famille résident sur le territoire d’un
État membre.
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PARTIE III
DISPOSITIONS DIVERSES
Article 5
Coopération
1. Les États membres et l’Algérie se communiquent toute information concernant les modifications de leur
législation susceptibles d’avoir une incidence sur l’application de la présente décision.
2. Aux fins de la présente décision, les autorités et les institutions des États membres et de l’Algérie se prêtent
leurs bons offices et se comportent comme s’il s’agissait de l’application de leur propre législation. L’entraide
administrative desdites autorités et institutions est en principe gratuite. Toutefois, les autorités compétentes
des États membres et de l’Algérie peuvent convenir du remboursement de certains frais.
3. Aux fins de la présente décision, les autorités et les institutions des États membres et de l’Algérie peuvent
communiquer directement entre elles ainsi qu’avec les personnes intéressées ou leurs mandataires.
4. Les institutions et les personnes relevant du champ d’application de la présente décision sont tenues à une
obligation d’information mutuelle et de coopération pour en assurer la bonne application.
5. Les intéressés sont tenus d’informer dans les meilleurs délais les institutions de l’État membre compétent,
ou les institutions algériennes si l’Algérie est l’État compétent, et celles de l’État membre de résidence, ou
de l’Algérie si celle-ci est l’État de résidence, de tout changement dans leur situation personnelle ou familiale
ayant une incidence sur leur droit aux prestations prévues par la présente décision.
6. Le non-respect de l’obligation d’information prévue au paragraphe 5 peut entraîner l’application de mesures
proportionnées conformément au droit national. Toutefois, ces mesures sont équivalentes à celles applicables
à des situations similaires relevant de l’ordre juridique interne et ne rendent pas, dans la pratique, impossible
ou excessivement difficile l’exercice des droits conférés aux intéressés par la présente décision.
7. Les États membres et l’Algérie peuvent prévoir des dispositions nationales qui établissent les conditions
dans lesquelles s’effectue la vérification du droit aux prestations afin de tenir compte du fait que les
bénéficiaires séjournent ou résident en dehors du territoire de l’État où se trouve l’institution débitrice. Ces
dispositions sont proportionnées, exemptes de toute discrimination fondée sur la nationalité et conformes aux
principes de la présente décision. Ces dispositions sont notifiées au Conseil d’association.
Article 6
Contrôle administratif et médical
1. Le présent article s’applique aux personnes visées à l’article 2 et bénéficiaires des prestations exportables
visées à l’article premier, paragraphe premier, point i, ainsi qu’aux institutions chargées de la mise en œuvre
de la présente décision.
2. Lorsqu’un bénéficiaire ou un demandeur de prestations, ou un membre de sa famille, séjourne ou réside
sur le territoire d’un État membre et que l’institution débitrice se trouve en Algérie, ou lorsqu’un bénéficiaire ou
un demandeur de prestations, ou un membre de sa famille, séjourne ou réside en Algérie et que l’institution
débitrice se trouve dans un État membre, le contrôle médical est effectué, à la demande de cette institution,
par l’institution du lieu de séjour ou de résidence du bénéficiaire, conformément aux procédures prévues par
la législation appliquée par cette institution.
L’institution débitrice communique à l’institution du lieu de séjour ou de résidence toute exigence particulière
à respecter, au besoin, ainsi que les points sur lesquels doit porter le contrôle médical.
L’institution du lieu de séjour ou de résidence transmet un rapport à l’institution débitrice qui a demandé le
contrôle médical.
L’institution débitrice conserve la faculté de faire examiner le bénéficiaire par un médecin de son choix, soit
sur le territoire de séjour ou de résidence du bénéficiaire ou du demandeur de prestations, soit dans le pays
où se trouve l’installation débitrice. Toutefois, le bénéficiaire ne peut être invité à se rendre dans l’État de
l’institution débitrice que s’il est apte à effectuer le déplacement sans que cela nuise à sa santé et si les frais
de déplacement et de séjour sont pris en charge par l’institution débitrice.
3. Lorsqu’un bénéficiaire ou un demandeur de prestations, ou un membre de sa famille, séjourne ou réside sur
le territoire d’un État membre alors que l’institution débitrice se trouve en Algérie, ou lorsqu’un bénéficiaire ou
un demandeur de prestations, ou un membre de sa famille, séjourne ou réside en Algérie alors que l’institution
débitrice se situe dans un État membre, le contrôle administratif est effectué, à la demande de cette institution,
par l’institution du lieu de séjour ou de résidence du bénéficiaire.
L’institution du lieu de séjour ou de résidence transmet un rapport à l’institution débitrice qui a demandé le
contrôle administratif.
L’institution débitrice conserve la faculté de faire examiner la situation du bénéficiaire par un professionnel de
son choix. Toutefois, le bénéficiaire ne peut être invité à se rendre dans l’État de l’institution débitrice que s’il
est apte à effectuer le déplacement sans que cela nuise à sa santé et si les frais de déplacement et de séjour
sont pris en charge par l’institution débitrice.
4. Un ou plusieurs États membres et l’Algérie peuvent convenir d’autres dispositions administratives, à
condition d’en informer le Conseil d’association.
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5. À titre d’exception au principe de la gratuité de l’entraide administrative prévu à l’article 5, paragraphe 2,
de la présente décision, l’institution débitrice rembourse le coût réel des contrôles visés aux paragraphes 2
et 3 à l’institution à laquelle elle a demandé de procéder à ces contrôles.
Article 7
Application de l’article 104 de l’Accord
L’article 104 de l’Accord s’applique lorsqu’une des parties considère que l’autre partie ne s’est pas conformée
aux obligations visées aux articles 5 et 6.
Article 8
Modalités particulières d’application de la législation algérienne
Des modalités particulières d’application de la législation algérienne peuvent, si nécessaire, être établies à
l’annexe II par le conseil d’association.
Article 9
Modalités administratives découlant d’accords bilatéraux existants
Les modalités administratives prévues par les accords bilatéraux existants entre un État membre et l’Algérie
peuvent continuer à s’appliquer, pour autant que ces modalités ne portent pas atteinte aux droits ou
obligations des personnes concernées visés dans la présente décision.
Article 10
Accords complétant les modalités d’application de la présente décision
Un ou plusieurs États membres et l’Algérie peuvent conclure des accords tendant à compléter les modalités
d’application administratives de la présente décision, notamment en vue de prévenir toute fraude ou erreur et
de lutter contre ces phénomènes.
PARTIE IV
DISPOSITIONS TRANSITOIRES ET FINALES
Article 11
Dispositions transitoires
1. La présente décision n’ouvre aucun droit pour la période antérieure à la date de son entrée en vigueur.
2. Sous réserve du paragraphe  premier, un droit est ouvert en vertu de la présente décision, même s’il se
rapporte à des circonstances antérieures à la date de son entrée en vigueur.
3. Toute prestation qui n’a pas été liquidée ou qui a été suspendue en raison de la nationalité ou du lieu de
résidence de l’intéressé est, à sa demande, liquidée ou rétablie à partir de la date d’entrée en vigueur de
la présente décision, sous réserve que les droits au titre desquels des prestations étaient antérieurement
fournies n’aient pas donné lieu à un règlement en capital.
4. Si la demande visée au paragraphe 3 est présentée dans un délai de deux ans à partir de la date d’entrée
en vigueur de la présente décision, les droits ouverts en vertu de cette dernière sont acquis à partir de la date
d’entrée en vigueur de la présente décision, sans que les dispositions de la législation de tout État membre
ou de l’Algérie relatives à la déchéance ou la prescription des droits puissent être opposables aux intéressés.
5. Si la demande visée au paragraphe 3 est présentée après l’expiration du délai de deux ans suivant la date
d’entrée en vigueur de la présente décision, les droits qui ne sont pas frappés de déchéance ou qui ne sont
pas prescrits sont acquis à partir de la date de la demande, sous réserve de dispositions plus favorables
prévues par la législation de tout État membre ou de l’Algérie.
Article 12
Annexes à la présente décision
1. Les annexes à la présente décision font partie intégrante de celle-ci.
2. À la demande de l’Algérie, les annexes peuvent être modifiées par une décision du Conseil d’association.
Article 13
Entrée en vigueur
La présente décision entre en vigueur le premier jour du mois suivant celui de sa publication au Journal officiel
de l’Union européenne.
13. A. - Accord franco-algérien du 27 décembre 1968
B. - Modification de l’article 4 de l’Accord
A. - Accord franco-algérien du 27 décembre 1968
Entre le gouvernement de la République française et le gouvernement de la République algérienne
démocratique et populaire relatif à la circulation, à l’emploi et au séjour des ressortissants algériens
et de leurs familles.
Dans le cadre de la déclaration de principe des Accords d’Évian relative à la coopération économique et
financière,
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le gouvernement de la République française et le gouvernement de la République algérienne démocratique
et populaire,
soucieux d’apporter une solution globale et durable aux problèmes relatifs à la circulation, à l’emploi et au
séjour des ressortissants algériens sur le territoire français ;
conscients de la nécessité de maintenir un courant régulier de travailleurs, qui tienne compte du volume de
l’immigration traditionnelle algérienne en France ;
animés du désir :
- de faciliter la promotion professionnelle et sociale des travailleurs algériens ;
- d’améliorer leurs conditions de vie et de travail ;
- de favoriser le plein emploi de ces travailleurs qui résident déjà en France ou qui s’y rendent par le canal
de l’Office national de la main-d’œuvre, dans le cadre d’un contingent pluriannuel déterminé d’un commun
accord ;
convaincus de l’intérêt de garantir et d’assurer la libre circulation des ressortissants algériens se rendant en
France sans intention d’y exercer une activité professionnelle salariée ;
sont convenus de ce qui suit :
Article 4
Les membres de la famille qui s’établissent en France sont mis en possession d’un certificat de résidence de
même durée de validité que celui de la personne qu’ils rejoignent.
Sans préjudice des dispositions de l’article  9, l’admission sur le territoire français en vue
de  l’établissement des membres de famille d’un ressortissant algérien titulaire d’un certificat  de
résidence d’une durée de validité d’au moins un an, présent en France depuis au moins  un an sauf
cas de force majeure, et l’octroi du certificat de résidence sont subordonnés à la  délivrance de
l’autorisation de regroupement familial par l’autorité française compétente.
Le regroupement familial ne peut être refusé que pour l’un des motifs suivants :
1 - le demandeur ne justifie pas de ressources stables et suffisantes pour subvenir aux besoins de sa famille.
Sont pris en compte toutes les ressources du demandeur et de son conjoint indépendamment des prestations
familiales. L’insuffisance des ressources ne peut motiver un refus si celles-ci sont égales ou supérieures au
salaire minimum interprofessionnelle de croissance ;
2 - le demandeur ne dispose ou ne disposera pas à la date d’arrivée de sa famille en France d’un logement
considéré comme normal pour une famille comparable vivant en France.
Peut être exclu de regroupement familial :
1 - un membre de la famille atteint d’une maladie inscrite au règlement sanitaire international ;
2 - un membre de la famille séjournant à un autre titre ou irrégulièrement sur le territoire français.
Le regroupement familial est sollicité pour l’ensemble des personnes désignées au titre II du protocole annexé
au présent Accord. Un regroupement familial partiel peut être autorisé pour des motifs tenant à l’intérêt des
enfants.
Lorsqu’un ressortissant algérien dont la situation matrimoniale n’est pas conforme à la législation française
réside sur le territoire français avec un premier conjoint, le bénéfice du regroupement familial ne peut être
accordé, par les autorités française, à un autre conjoint.
Les enfants de cet autre conjoint peuvent bénéficier du regroupement familial si celui-ci est décédé ou déchu
de ses droits parentaux en vertu d’une décision d’une juridiction algérienne.
B. - Modification de l’article 4
Décret n
o
  2002-1500 du 20  décembre  2002 portant publication du troisième avenant à l’Accord du
27 décembre 1968 entre le gouvernement de la République française et le gouvernement de la République
algérienne démocratique et populaire relatif à la circulation, à l’emploi et au séjour en France des ressortissants
algériens et de leurs familles et à son protocole annexe (ensemble un échange de lettres), signé à Paris le
11 juillet 2001.
TROISIÈME AVENANT
Article premier
Les dispositions de l’article 4 de l’Accord sont remplacées par les dispositions suivantes :
« Les membres de famille qui s’établissent en France sont mis en possession d’un certificat de résidence de
même durée de validité que celui de la personne qu’ils rejoignent.
Sans préjudice des dispositions de l’article  9, l’admission sur le territoire français en vue de l’établissement
des membres de famille d’un ressortissant algérien titulaire d’un certificat de résidence d’une durée de
validité d’au moins un an, présent en France depuis au moins un an sauf cas de force majeure, et l’octroi
du certificat de résidence sont subordonnés à la délivrance de l’autorisation de regroupement familial par
l’autorité française compétente.
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Le regroupement familial ne peut être refusé que pour l’un des motifs suivants :
1. Le  demandeur ne justifie pas de ressources stables et suffisantes pour subvenir aux besoins de sa
famille. Sont prises en compte toutes les ressources du demandeur et de son conjoint, indépendamment
des prestations familiales. L’insuffisance des ressources ne peut motiver un refus si celles-ci sont égales ou
supérieures au salaire minimum interprofessionnel de croissance ;
2. le demandeur ne dispose ou ne disposera pas à la date d’arrivée de sa famille en France d’un logement
considéré comme normal pour une famille comparable vivant en France.
Peut être exclu de regroupement familial :
1. Un membre de la famille atteint d’une maladie inscrite au règlement sanitaire international ;
2. un membre de la famille séjournant à un autre titre ou irrégulièrement sur le territoire français.
Le regroupement familial est sollicité pour l’ensemble des personnes désignées au titre II du protocole annexé
au présent Accord. Un regroupement familial partiel peut être autorisé pour des motifs tenant à l’intérêt des
enfants.
Lorsqu’un ressortissant algérien dont la situation matrimoniale n’est pas conforme à la législation française
réside sur le territoire français avec un premier conjoint, le bénéfice du regroupement familial ne peut être
accordé, par les autorités françaises, à un autre conjoint.
Les enfants de cet autre conjoint peuvent bénéficier du regroupement familial si celui-ci est décédé ou déchu
de ses droits parentaux en vertu d’une décision d’une juridiction algérienne ».
14. - Courrier du directeur général de l’OFII
(voir pièce jointe « intitulé annexe 14 »)
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15 mai 2013
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Sécurité sociale, prestations familiales
Prestations. - Bénéficiaires. - Enfant mineur étranger résidant en France. - Conditions. - Production
du certificat médical délivré par l’Office français de l’immigration et de l’intégration.  - Exception.  -
Cas. - Application de la décision 3/80 du conseil d’association CEE-Turquie du 19 septembre 1980.
Il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l’Union européenne qu’en application de l’article 3, § 1, de
la décision 3/80 du conseil d’association CEE-Turquie du 19 septembre 1980 relative à l’application des régimes
de sécurité sociale des États membres des Communautés européennes aux travailleurs turcs et aux membres de
leur famille, applicable aux prestations familiales aux termes de son article  4, l’absence de toute discrimination
fondée sur la nationalité dans le domaine d’application de cette décision implique qu’un ressortissant turc visé
par cette dernière soit traité de la même manière que les nationaux de l’État membre d’accueil, de sorte que la
législation de cet État membre ne saurait soumettre l’octroi d’un droit à un tel ressortissant turc à des conditions
supplémentaires ou plus rigoureuses par rapport à celles applicables à ses propres ressortissants.
Dès lors, une cour d’appel en a déduit à bon droit que l’application des articles L. 512-2, D. 512-1 et D. 512-2
du code de la sécurité sociale, qui, en ce qu’ils soumettent le bénéfice des allocations familiales à la production
d’un document attestant d’une entrée régulière des enfants étrangers en France et, en particulier pour les enfants
entrés au titre du regroupement familial, du certificat médical délivré par l’Office français de l’intégration et de
l’immigration, instituent une discrimination directement fondée sur la nationalité, devait être écartée en l’espèce.
COMMUNIQUÉ
Par deux arrêts rendus le 5  avril  2013, l’assemblée plénière de la Cour de cassation a déclaré incompatibles
avec les accords d’association signés entre l’Union européenne et la Turquie, d’une part, entre l’Union
européenne et l’Algérie, d’autre part, trois articles du code de la sécurité sociale, issus de la loi n
o
 2005-1579 du
19 décembre 2005, relatifs au versement des allocations familiales pour les travailleurs migrants turcs et algériens
titulaires d’un titre de séjour régulier, en ce qu’ils soumettent le bénéfice des allocations familiales, pour leurs
enfants nés à l’étranger, à la production d’un document attestant d’une entrée régulière des enfants en France
et, en particulier pour les enfants entrés au titre du regroupement familial, du certificat médical délivré par l’Office
français de l’intégration et de l’immigration.
De telles dispositions instituent en effet une discrimination directement fondée sur la nationalité, laquelle est
interdite en matière de sécurité sociale par les accords d’association signés entre l’Union européenne et les États
méditerranéens.
En revanche, l’assemblée plénière a réitéré sa jurisprudence issue des arrêts du 3 juin 2011 (assemblée plénière,
pourvoi n
o
  09-69.052, Bull.  2011, Ass. plén., n
o
  6  ; pourvoi n
o
  09-71.352, Bull.  2011, Ass. plén., n
o
  5), selon
laquelle ces mêmes articles du code de la sécurité sociale ne méconnaissent pas la Convention de sauvegarde
des droits de l’homme et des libertés fondamentales, ni la Convention internationale des droits de l’enfant.
Les deux arrêts ont été rendus sur les conclusions contraires du premier avocat général. Le Défenseur des droits
avait présenté des observations concluant toutefois en faveur de la solution retenue par la Cour de cassation.
ARRÊT
La cour de cassation, siégeant en assemblée plénière, a rendu l’arrêt suivant :
Statuant sur le pourvoi formé par la caisse d’allocations familiales (CAF) du Gard, dont le siège est 321,  rue
Maurice-Schumann, 30922 Nîmes cedex 09,
contre les arrêts rendus les 9 novembre 2010 et 29 mars 2011 par la cour d’appel de Nîmes (chambre sociale),
dans le litige l’opposant à M. Tékin X…, domicilié […], 30100 Alès,
défendeur à la cassation ;
La deuxième chambre civile a, par arrêt du 11  octobre  2012, décidé le renvoi de l’affaire devant l’assemblée
plénière.
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15 mai 2013
La demanderesse invoque, devant l’assemblée plénière, le moyen de cassation annexé au présent arrêt ;
Ce moyen unique a été formulé dans un mémoire déposé au greffe de la Cour de cassation par la SCP Gatineau
et Fattaccini, avocat de la caisse d’allocations familiales du Gard ;
Un mémoire en défense et des observations complémentaires ont été déposés au greffe de la Cour de cassation
par la SCP Waquet, Farge et Hazan ;
Le  rapport écrit de M.  Huglo, conseiller, et l’avis écrit de M.  Azibert, premier avocat général, ont été mis à la
disposition des parties ;
(…)
Sur le rapport de M. Huglo, conseiller, assisté de MM. Cardini et Burgaud, auditeurs au service de documentation,
des études et du rapport, les observations de la SCP Gatineau et Fattaccini, de la SCP Waquet, Farge et Hazan,
l’avis de M. Azibert, premier avocat général, auquel les parties, invitées à le faire, ont répliqué, et après en avoir
délibéré conformément à la loi ;
Sur le pourvoi, en ce qu’il est dirigé contre l’arrêt du 9 novembre 2010 :
Attendu que la caisse d’allocations familiales du Gard (la caisse) s’est pourvue en cassation contre l’arrêt avant
dire droit du 9 novembre 2010, en même temps qu’elle s’est pourvue contre l’arrêt du 29 mars 2011 ;
Mais attendu qu’aucun moyen contenu dans le mémoire n’étant dirigé contre l’arrêt du 9 novembre 2010, il y a
lieu de constater la déchéance du pourvoi en ce qu’il est dirigé contre cette décision ;
Sur le pourvoi, en ce qu’il est dirigé contre l’arrêt du 29 mars 2011 :
Sur le moyen unique :
Attendu, selon l’arrêt attaqué (Nîmes, 29 mars 2011), que, le 10 août 2007, M. X… a sollicité, auprès de la caisse,
le bénéfice de prestations familiales pour ses trois enfants nés en Turquie, Sedef, né le 4 juin 1991, Ceyda, née
le 10 juillet 1996, et Oktay, né le 16 octobre 1999 ;
Qu’à la suite du refus qui lui a été opposé par la caisse et du rejet de sa réclamation devant la commission de
recours amiable, M. X… a saisi le tribunal des affaires de sécurité sociale du Gard afin de se voir reconnaître le
droit à percevoir les prestations familiales pour les trois enfants ;
Attendu que la caisse fait grief à l’arrêt d’annuler la décision de la commission de recours amiable et de renvoyer
M. X… devant elle pour la liquidation de ses droits, alors, selon le moyen, que, répondant à l’intérêt de la santé
publique et à l’intérêt de la santé de l’enfant, la production du certificat médical exigée à l’appui de la demande
de prestations familiales du chef d’un enfant étranger ne porte pas une atteinte disproportionnée au droit à la
vie familiale et n’est pas davantage contraire au principe de non-discrimination à raison de la nationalité  ; que
l’exigence d’un certificat médical, non imposé aux nationaux, est justifiée par une circonstance objective exclusive
de toute discrimination et tenant à la nécessité de ne pas permettre l’entrée sur le territoire de l’Union d’enfants
qui ne pourraient pas bénéficier d’un accueil sanitaire et social suffisant  ; qu’en jugeant le contraire, la cour
d’appel a violé les articles L. 512-1, L. 512-2 et D. 511-1 du code de la sécurité sociale, ensemble les articles 8
et 14 de la Convention de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales et l’article  3 de la
Convention internationale des droits de l’enfant, et l’article 3, § 1, de la décision 3/80 du Conseil d’association du
19 septembre 1980 relative à l’application des régimes de sécurité sociale des États membres des Communautés
européennes aux travailleurs turcs et aux membres de leur famille ;
Mais attendu que la cour d’appel a jugé exactement qu’il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice
de l’Union européenne (arrêt du 4  mai  1999, Sürül, aff. C-262/96) qu’en application de l’article  3, § 1, de la
décision  3/80 du Conseil d’association CEE-Turquie du 19  septembre  1980 relative à l’application des régimes
de sécurité sociale des États membres des Communautés européennes aux travailleurs turcs et aux membres de
leur famille, applicable aux prestations familiales aux termes de son article  4, l’absence de toute discrimination
fondée sur la nationalité dans le domaine d’application de cette décision implique qu’un ressortissant turc visé
par cette dernière soit traité de la même manière que les nationaux de l’État membre d’accueil, de sorte que la
législation de cet État membre ne saurait soumettre l’octroi d’un droit à un tel ressortissant turc à des conditions
supplémentaires ou plus rigoureuses par rapport à celles applicables à ses propres ressortissants ; qu’elle en a
déduit à bon droit que l’application des articles L.  512-2, D.  512-1 et D.  512-2 du code de la sécurité sociale,
qui, en ce qu’ils soumettent le bénéfice des allocations familiales à la production d’un document attestant d’une
entrée régulière des enfants étrangers en France et, en particulier pour les enfants entrés au titre du regroupement
familial, du certificat médical délivré par l’Office français de l’intégration et de l’immigration, instituent une
discrimination directement fondée sur la nationalité, devait être écartée en l’espèce ; qu’elle a ainsi, par ces seuls
motifs, légalement justifié sa décision ;
PAR CES MOTIFS :
Constate la déchéance du pourvoi en ce qu’il est dirigé contre l’arrêt du 9 novembre 2010 ;
REJETTE le pourvoi en ce qu’il est dirigé contre l’arrêt du 29 mars 2011.
Ass. plén. - 5 avril 2013.
DÉCHÉANCE ET REJET
N° 11-18.947. - CA Nîmes, 29 mars 2011.
M. Lamanda, P. Pt. - M. Huglo, Rap., assisté de MM. Cardini et Burgaud, auditeurs au service de documentation,
des études et du rapport. - M. Azibert, P. Av. Gén. - SCP Gatineau et Fattaccini, SCP Waquet, Farge et Hazan, Av.
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15 mai 2013
Arrêt publié intégralement

Bulletin d’information
1. - Rappel des faits et de la procédure
Le  10  août  2007, M.  X… a sollicité, auprès de la caisse d’allocations familiales du Gard, le bénéfice de
prestations familiales pour ses trois enfants nés en Turquie  : Sedef, né le 4  juin  1991, Ceyda, née le
10 juillet 1996, et Oktay, né le 16 octobre 1999.
À la suite du refus qui lui été opposé par la caisse et du rejet de sa réclamation devant la commission de
recours amiable, M. X… a saisi le tribunal des affaires de sécurité sociale du Gard afin de se voir reconnaître
le droit à percevoir les prestations familiales pour les trois enfants.
Le  tribunal des affaires de sécurité sociale a, par jugement du 29  septembre  2009, débouté M.  X… de sa
demande.
Sur appel de ce dernier, la cour d’appel de Nîmes a, par arrêt du 9 novembre 2010, ordonné la réouverture
des débats, invitant les parties à s’expliquer sur la possible application en la cause de la jurisprudence de la
Cour de justice de l’Union européenne tirée de l’arrêt Sürül (aff. C-262-96) du 4 mai 1999.
Par arrêt du 29 mars 2011, la cour d’appel de Nîmes a annulé la décision de la caisse en ce qu’elle a refusé
le bénéfice des prestations familiales à M. X… pour les trois enfants, Sedef, Ceyda et Oktay.
Par déclaration du 3 juin 2011, la caisse a formé un pourvoi contre cette décision.
Le  mémoire ampliatif a été déposé le 3  octobre  2011. La caisse d’allocations familiales du Gard sollicite la
cassation de l’arrêt attaqué ainsi qu’une somme de 2 500 euros au titre de l’article 700 du code de procédure
civile.
M.  X… a déposé un mémoire en défense le 14  décembre  2011, puis un mémoire complémentaire le
6  février  2012 et un second mémoire complémentaire le 30  août  2012. Il sollicite le rejet du pourvoi ainsi
qu’une somme de 3 000 euros au titre de l’article 700 du code de procédure civile.
2. - Analyse succincte des moyens
Dans son mémoire ampliatif, la caisse développe un moyen unique en une branche, faisant grief à l’arrêt
d’annuler sa décision et de renvoyer M. X… devant elle pour la liquidation de ses droits alors que, répondant
à l’intérêt de la santé publique et à l’intérêt de la santé de l’enfant, la production du certificat médical exigée
à l’appui de la demande de prestations familiales du chef d’un enfant étranger ne porte pas une atteinte
disproportionnée au droit à la vie familiale et n’est pas davantage contraire au principe de non-discrimination
à raison de la nationalité ; que l’exigence d’un certificat médical non imposé aux nationaux est justifiée par une
circonstance objective exclusive de toute discrimination et tenant à la nécessité de ne pas permettre l’entrée
sur le territoire de l’Union d’enfants qui ne pourraient pas bénéficier d’un accueil sanitaire et social suffisant ;
qu’en jugeant le contraire, la cour d’appel a violé les articles L. 512-1, L. 512-2 et D.  511-1 du code de la
sécurité sociale, ensemble les articles 8 et 14 de la Convention de sauvegarde des droits de l’homme et des
libertés fondamentales et l’article  3 de la Convention internationale des droits de l’enfant, et l’article  3, §  1,
de la décision n
o
 3/80 du Conseil d’association du 19 septembre 1980 relative à l’application des régimes de
sécurité sociale des États membres des Communautés européennes aux travailleurs turcs et aux membres
de leur famille.
Avant d’émettre une critique au fond, le mémoire en défense soulève l’irrecevabilité du pourvoi en raison du
fait que la caisse s’en est remis à justice après l’arrêt avant dire droit par lequel la cour d’appel a ordonné la
réouverture des débats.
3. - Identification du ou des points de droit faisant difficulté à juger
Droit aux prestations familiales - travailleurs turcs résidant légalement en France - Accord d’association
CEE-Turquie et décision n
o
  3/80 du Conseil d’association - principe de non-discrimination - Convention
internationale des droits de l’enfant - enfants nés à l’étranger et entrés en France sans que soit respectée la
procédure de regroupement familial.
4. - Discussion citant les références de jurisprudence et de doctrine
Sur la recevabilité du pourvoi :
il résulte de l’arrêt attaqué (dernière phrase, page 3) que la caisse d’allocations familiales du Gard s’en
est rapportée à la sagesse de la juridiction. Selon la jurisprudence tant de la deuxième chambre civile
(2
e
 Civ., 3 mai 2001, pourvoi n
o
 98-23.347, Bull. 2001, II, n
o
 84, ci-après) que de la première chambre civile
(1
re
  Civ., 25  janvier  2005, pourvoi n
o
  02-10.305) et de la chambre sociale (Soc., 25  octobre  2007, pourvoi
n
o
  06-42.661, Bull.  2007, V, n
o
  176, ci-après), si une partie qui s’en rapporte à justice sur le mérite d’une
prétention conserve néanmoins un intérêt à former un recours à l’encontre de la décision rendue, pour autant,
elle n’est pas recevable à invoquer devant la Cour de cassation un moyen critiquant un chef de la décision
ayant donné lieu au rapport à justice.
Rapport de M. Huglo
Conseiller rapporteur
64

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Arrêt publié intégralement

15 mai 2013
Cour de cassation - Chambre civile 2 - Publication : publié [ECLI:FR:CCASS:2001:C200859]
CASSATION. - Intérêt. - Demandeur s’en étant rapporté à justice.
Une partie qui s’en rapporte à justice sur le mérite d’une prétention conserve néanmoins un intérêt à former
un recours à l’encontre de la décision rendue. Pour autant, elle n’est pas recevable à invoquer devant la Cour
de cassation un moyen critiquant un chef de la décision ayant donné lieu au rapport à justice.
JUGEMENTS ET ARRÊTS. - Conclusions. - Rapport à justice. - Portée.
CASSATION. - Pourvoi. - Recevabilité. - Demandeur s’en étant rapporté à justice.
3 mai 2001. Rejet.
Décision attaquée : cour d’appel de Versailles, 16 octobre 1998.
Texte de la décision
« Attendu, selon l’arrêt attaqué (Versailles, 16 octobre 1998) que la créance de la société SDRM à l’encontre
de M.  X…, qui s’était porté caution des engagements souscrits par une autre société, a été fixée à une
certaine somme ; que, sur requête de la société créancière, la cour d’appel a rectifié sa précédente décision
en précisant que la créance était fixée à titre hypothécaire ;
Sur la recevabilité du pourvoi contestée par la défense :
Attendu que la partie qui s’en rapporte sur le mérite d’une requête conserve néanmoins intérêt à former un
recours à l’encontre de la décision rendue ; que le pourvoi des époux X… et de M. Y… est donc recevable ;
Sur le moyen unique de cassation :
Attendu que les époux X… et le mandataire liquidateur de M.  X… font grief à l’arrêt d’avoir statué comme
il l’a fait, alors, selon le moyen, que si les erreurs ou omissions matérielles affectant une décision de justice
peuvent être réparées par la juridiction qui a rendu celle-ci, les droits et obligations reconnus aux parties par
la décision en cause ne peuvent être modifiés ; qu’en décidant de rectifier l’arrêt rendu le 27 février 1998 afin
d’y ajouter que la créance, reconnue par cet arrêt, de la SDRN envers M. X... serait fixée à titre hypothécaire,
la cour d’appel, qui a modifié les droits des parties, a violé l’article 462 du nouveau code de procédure civile ;
Mais attendu que les époux X… et M.  Y…, qui s’en étaient rapportés à justice, ne sont pas recevables à
présenter ce moyen devant la Cour de cassation ;
PAR CES MOTIFS :
REJETTE le pourvoi. »
N° 98-23.347 - Mme Z..., M. X..., contre Mme A..., Mme B..., M. C..., M. D..., Société SDR Normandie.
Président, M. Buffet (président). - Rapporteur, Mme Bezombes. - Avocat général, M. Kessous. - Avocat(s), la
SCP Delaporte et Briard, la SCP Lyon-Caen, Fabiani et Thiriez, M. Choucroy.
Publication : Bull. 2001, II, n
o
 84.
Référence(s) postérieure(s) :
1. Chambre sociale, 25 octobre 2007.
Cour de cassation. - Chambre sociale. - Publication : publié [ECLI:FR:CCASS:2007:SO02233].
CASSATION. - Moyen. - Irrecevabilité. - Cas. - Moyen contestant une décision rendue par une cour d’appel
sur un chef de demande ayant donné lieu à rapport à justice.
Le  salarié qui s’est rapporté à justice sur l’un de ses chefs de demande devant la cour d’appel n’est pas
recevable à présenter devant la Cour de cassation un moyen contestant la décision rendue sur ce point.
PRUD’HOMMES. - Cassation. - Moyen. - Irrecevabilité. - Cas.
JUGEMENTS ET ARRÊTS. - Conclusions. - Rapport à justice. - Portée.
25 octobre 2007. Rejet.
Décision attaquée : cour d’appel de Riom, 15 novembre 2005.
Texte de la décision
« Sur le moyen unique :
Sur la recevabilité du moyen, relevée d’office après avis donné aux parties :
Attendu que, statuant sur renvoi après cassation, la cour d’appel de Riom a constaté que M. X..., employé
de la société Main sécurité énergie, ne maintenait pas sa demande au titre d’une prime de treizième mois, a
déclaré irrecevable sa demande relative au paiement d’une indemnité de préavis, en application du principe
de l’unicité de l’instance, et l’a débouté du surplus de ses prétentions ;
Attendu que, par un moyen tiré de la violation des articles 633 et 638 du nouveau code de procédure civile
et R. 516-2 du code du travail, M. X… fait grief à l’arrêt attaqué (Riom, 15 novembre 2005) d’avoir déclaré
irrecevable sa demande relative à une indemnité de préavis ;
Mais attendu qu’il résulte des énonciations de l’arrêt que le salarié s’en était rapporté à justice sur la
recevabilité de ce chef de demande  ; qu’il n’est donc pas recevable à présenter ce moyen devant la Cour
de cassation ;
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15 mai 2013
Arrêt publié intégralement

Bulletin d’information
PAR CES MOTIFS :
REJETTE le pourvoi ».
N° 06-42.661 M. X… contre la société Main sécurité énergie.
Président, M. Chauviré (conseiller le plus ancien faisant fonction de président). - Rapporteur, Mme Divialle. -
Avocat général, M. Casorla. - Avocat(s), SCP Choucroy, Gadiou et Chevallier, SCP Vincent et Ohl.
Publication : Bull. 2007, V, n
o
 176.
Rapprochements : dans le même sens que 2
e
 Civ., 3 mai 2001, Bull. 2001, II, n
o
 84, p. 57 (rejet).
Référence(s) antérieure(s) :
1. Chambre civile 2, 3 mai 2001.
Certes, le moyen fondé sur l’incompatibilité de la loi avec des normes de rang supérieur, telles que la
Convention de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ou les normes de l’Union
européenne, est de pur droit. Néanmoins, cette jurisprudence sur le rapport à justice paraît être inspirée par
la jurisprudence traditionnelle de la Cour de cassation selon laquelle est irrecevable un moyen contraire à la
position prise devant les juges du fond, illustration dans le domaine particulier de la technique de cassation
d’un principe de droit international dit de «  l’estoppel  ». L’irrecevabilité du moyen selon la jurisprudence
précitée semble viser les chefs de demande sur lesquels la partie s’en est rapportée devant les juges du fond,
quel que soit par ailleurs le caractère de pur droit ou non du moyen soulevé. Ceci est mis en lumière par l’arrêt
de la première chambre civile du 25 janvier 2005 (pourvoi n
o
 02-10.305, ci-après) :
Cour de cassation. - Chambre civile 1. - Publication : diffusé [ECLI:FR:CCASS:2005:C100152].
25 janvier 2005. Cassation partielle.
Décision attaquée : cour d’appel de Bordeaux, 7 novembre 2001.
Texte de la décision
«  Attendu que Gabriel X… est décédé le 19  février  1992, en laissant, pour lui succéder, son épouse,
Mme  Juliette Y..., à laquelle il avait fait donation de l’usufruit de l’universalité de ses biens et leurs deux
enfants, Mme  Josette Z… et M.  Jean-Max X…  ; qu’il a institué ce dernier légataire de la quotité disponible
et lui a consenti, par acte du 10  novembre  1982, un bail emphytéotique portant sur un terrain comprenant
le site préhistorique de La Roque Saint-Christophe ; que Mme Z… a assigné sa mère et son frère, ainsi que
la société La Roque Saint-Christophe par lui créée, afin d’entendre ordonner les opérations de compte,
liquidation et partage de la succession ; que, par un premier arrêt, la cour d’appel a définitivement jugé que
le bail emphytéotique conclu au bénéfice de M. Jean-Max X… lui conférait un avantage indirect rapportable
à la succession, a commis expert afin de déterminer la valeur patrimoniale de cet avantage, a précisé que les
fruits et revenus de l’exploitation du site préhistorique depuis l’ouverture de la succession jusqu’au partage
devaient être rapportés à la succession et a invité les parties à s’expliquer sur le sort des revenus tirés de ce
bail antérieurs à la date d’ouverture de la succession ;
Sur le deuxième moyen, tel qu’énoncé au mémoire en demande et reproduit en annexe :
Attendu que Mme Z… fait grief à l’arrêt attaqué d’avoir jugé irrecevable, comme se heurtant à la chose jugée,
sa demande tendant à voir juger que la clientèle attachée au fonds du site de La Roque Saint-Christophe
dépend de l’indivision successorale, celle-ci n’ayant pu être transférée à son frère par le bail emphytéotique,
lequel ne pouvait porter que sur des droits réels immobiliers, au motif que par un précédent arrêt du
9 juillet 1996, pour partie avant dire droit, aurait été définitivement rejetée la notion d’exploitation d’un fonds
de commerce ;
Mais attendu que, par son précédent arrêt, la cour d’appel a jugé que M.  Jean-Max X… était «  tenu de
rapporter à la succession de Gabriel X… l’entière valeur du droit d’exploitation et de jouissance par lui
exercé sur le site de La Roque Saint-Christophe en vertu du bail emphytéotique  »  ; que la cour d’appel,
qui s’est bornée à éclairer, par ses motifs, sans pour autant conférer à ceux-ci l’autorité de la chose jugée,
a caractérisé l’avantage indirect consenti par le défunt à son fils par le biais de ce bail emphytéotique en
retenant l’importance des revenus qu’il tirait de son exploitation par rapport à la modique redevance à sa
charge ; qu’en ayant ainsi statué, par des dispositions devenues définitives, la cour d’appel a exclu la notion
de fonds de commerce ; qu’ainsi, le moyen tiré de l’absence d’autorité de chose jugée n’est pas fondé ;
Sur le troisième moyen, tel qu’énoncé au mémoire en demande et reproduit en annexe :
Attendu que Mme  Z… fait grief à l’arrêt attaqué de ne pas avoir retenu comme donation indirecte, ouvrant
droit à rapport, les revenus tirés par son frère, M.  Jean-Max X..., de l’exploitation du site de La Roche
Saint-Christophe entre la date de prise d’effet du bail emphytéotique, et celle du décès de leur père ;
Attendu qu’après avoir retenu que M. Jean-Max X… était tenu de rapporter la valeur du droit de jouissance
et d’exploitation du site préhistorique, la cour d’appel, qui a procédé à la recherche prétendument omise, a
souverainement estimé, s’agissant des fruits perçus de 1983 à 1992, que les termes du bail ne permettaient
pas de retenir l’existence d’une intention libérale de la part de Gabriel X…  ; que le moyen ne peut être
accueilli ;
Sur le quatrième moyen, tel qu’énoncé au mémoire en demande et reproduit en annexe :
Attendu que Mme  Z… fait grief à l’arrêt attaqué d’avoir fixé à une certaine somme, suivant sa valeur
au 1
er
 janvier 1996, soit à une date bien antérieure à celle du partage à intervenir, celle du droit de jouissance
et d’exploitation du site de La Roche Saint-Christophe consenti par leur père à M. Jean-Max Z… ;
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15 mai 2013
Mais attendu que, dans ses conclusions d’appel, Mme  Z… s’en rapportait à la sagesse de la cour
quant au montant de la valeur de ce droit, dont M. Jean-Max X… devait le rapport, tout en précisant
qu’il ne saurait être inférieur au montant retenu par l’arrêt ; que, dès lors, Mme Z… n’est pas recevable
à présenter un moyen contraire à ses propres écritures ;
Mais sur le premier moyen :
Vu l’article 564 du nouveau code de procédure civile ;
Attendu que les parties peuvent soumettre à la cour d’appel de nouvelles prétentions pour faire écarter
les prétentions adverses  ; qu’en matière de partage, les parties sont respectivement demanderesses et
défenderesses quant à l’établissement de l’actif et du passif, de telle sorte que toute demande doit être
considérée comme une défense à la prétention adverse ;
Attendu que, pour déclarer irrecevable les demandes en cause d’appel de Mme Z… tendant, d’une part, à la
caducité du legs consenti par Gabriel X… à son fils, M. Jean-Max X..., d’autre part, à se voir reconnaître, sur
le fondement de l’enrichissement sans cause, une créance à l’encontre de la succession pour l’indemnisation
d’une perte de droits à la retraite, l’arrêt énonce qu’il s’agit de demandes nouvelles formulées pour la première
fois en cause d’appel ; qu’en statuant ainsi, la cour d’appel a violé le texte susvisé ;
PAR CES MOTIFS :
CASSE ET ANNULE, mais seulement en ce qu’il a jugé irrecevables les demandes en caducité de legs et en
reconnaissance d’une créance pour perte de droits à la retraite que lui présentait Mme  Z..., l’arrêt rendu le
7 novembre 2001, entre les parties, par la cour d’appel de Bordeaux ; remet, en conséquence, quant à ce,
la cause et les parties dans l’état où elles se trouvaient avant ledit arrêt et, pour être fait droit, les renvoie
devant la cour d’appel d’Agen ».
N° 02-10.305 Mme X… contre Mme Y..., M. X..., SA La Roque Saint Christophe
Président, M. Renard-Payen (conseiller doyen, faisant fonctions de président). - Rapporteur, M. Tay. - Avocat
général, M.  Sainte-Rose. - Avocat(s), la SCP  Lyon-Caen, Fabiani et Thiriez, la SCP  Thomas-Raquin et
Benabent.
L’assemblée plénière devra apprécier la recevabilité du moyen à cet égard.
Sur le fond
Le moyen unique vise à la fois une violation de la Convention de sauvegarde des droits de l’homme et des
libertés fondamentales en ses articles 8 et 14, de l’article  3 de la Convention internationale des droits de
l’enfant et une violation, outre les textes de droit interne du code de la sécurité sociale, de l’article 3, § 1, de
la décision n
o
  3/80 du Conseil d’association du 19  septembre  1980 relative à l’application des régimes de
sécurité sociale des États membres des Communautés européennes aux travailleurs turcs et aux membres
de leur famille. Dans la mesure où l’analyse de l’arrêt de la cour d’appel montre que celle-ci, pour écarter
l’application des textes du code de la sécurité sociale (les articles L. 512-2, D.  512-1 et D.  512-2, même
si l’arrêt ne les mentionne pas précisément), s’est fondée uniquement sur les dispositions de la décision
n
o
 3/80 du Conseil d’association telles qu’interprétées par la Cour de justice de l’Union européenne, le moyen
n’apparaît pas pertinent en ce qu’il vise des normes de droit supérieur que la cour d’appel n’a pas évoquées
et qui ne sont pas le fondement de sa décision. Une étude sera néanmoins consacrée in fine à l’influence
sur la solution du présent pourvoi de la Convention internationale des droits de l’enfant, compte tenu de
l’interprétation qui pourrait être retenue de cette Convention. Il est acquis en revanche que ce n’est pas sur
cette Convention ni sur la Convention de sauvegarde des droits de l’homme que la cour d’appel s’est fondée
pour écarter l’application des textes du code de la sécurité sociale.
L’Accord d’association CEE-Turquie
Conformément à son article  2, paragraphe premier, l’Accord créant une association entre la CEE et la
Turquie, signé à Ankara le 12  septembre  1963 et approuvé par une décision n
o
  64/732/CEE du Conseil du
23 décembre 1963 (JOCE, 29 décembre 1964, p. 3685), a pour objet de promouvoir le renforcement continu
et équilibré des relations commerciales et économiques entre les parties contractantes, y compris dans le
domaine de la main-d’œuvre, par la réalisation graduelle de la libre circulation des travailleurs (article  12 de
l’Accord d’association) ainsi que par l’élimination des restrictions à la liberté d’établissement (article 13 dudit
Accord) et à la libre prestation des services (article 14 du même Accord), en vue d’améliorer le niveau de vie du
peuple turc et de faciliter ultérieurement l’adhésion de la République de Turquie à la Communauté (quatrième
considérant du préambule et article 28 de cet Accord).
À cet effet, l’Accord d’association comporte une phase préparatoire, permettant à la République de Turquie
de renforcer son économie avec l’aide de la Communauté (article 3 de cet Accord), une phase transitoire, au
cours de laquelle sont assurés la mise en place progressive d’une union douanière et le rapprochement des
politiques économiques (article 4 dudit Accord), et une phase définitive, qui est fondée sur l’union douanière
et implique le renforcement de la coordination des politiques économiques des parties contractantes (article 5
du même Accord).
L’article 6 de l’Accord d’association est libellé comme suit :
« Pour assurer l’application et le développement progressif du régime d’association, les parties contractantes
se réunissent au sein d’un conseil d’association qui agit dans les limites des attributions qui lui sont conférées
par l’Accord ».
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Aux termes de l’article 8 de l’Accord d’association, inséré dans le titre II de celui-ci, intitulé « Mise en œuvre
de la phase transitoire » :
« Pour la réalisation des objectifs énoncés à l’article 4, le Conseil d’association fixe, avant le début de la phase
transitoire, et selon la procédure prévue à l’article premier du protocole provisoire, les conditions, modalités
et rythmes de mise en œuvre des dispositions propres aux domaines visés par le [Traité CE] qui devront
être pris en considération, notamment ceux visés au présent titre, ainsi que toute clause de sauvegarde qui
s’avérerait utile ».
L’article 9 de l’Accord d’association, inséré dans le même titre II de ce dernier, est libellé comme suit :
«  Les parties contractantes reconnaissent que dans le domaine d’application de l’Accord, et sans
préjudice des dispositions particulières qui pourraient être établies en application de l’article 8, toute
discrimination exercée en raison de la nationalité est interdite en conformité du principe énoncé dans
l’article [12 CE] ».
L’article  12 de l’Accord d’association, qui figure également sous le titre II de celui-ci, chapitre 3, intitulé  :
« Autres dispositions de caractère économique », prévoit :
«  Les parties contractantes conviennent de s’inspirer des articles [39 CE], [40 CE] et [41 CE] pour réaliser
graduellement la libre circulation des travailleurs entre elles ».
Aux termes de l’article 22, paragraphe premier, de l’Accord d’association :
« Pour la réalisation des objets fixés par l’Accord [d’association] et dans les cas prévus par celui-ci, le Conseil
d’association dispose d’un pouvoir de décision. Chacune des deux parties est tenue de prendre les mesures
que comporte l’exécution des décisions prises [...] ».
Le protocole additionnel
Le protocole additionnel, qui, conformément à son article 62, fait partie intégrante de l’Accord d’association,
arrête, aux termes de son article  premier, les conditions, modalités et rythmes de réalisation de la phase
transitoire visée à l’article 4 dudit Accord. Il comporte un titre II, intitulé : « Circulation des personnes et des
services », dont le chapitre I vise « les travailleurs ».
L’article  36 du protocole additionnel, qui fait partie dudit chapitre premier, prévoit que la libre circulation
des travailleurs entre les États membres de la Communauté et la Turquie sera réalisée graduellement,
conformément aux principes énoncés à l’article 12 de l’Accord d’association, entre la fin de la douzième et
de la vingt-deuxième année après l’entrée en vigueur de celui-ci, et que le Conseil d’association décidera des
modalités nécessaires à cet effet.
L’article 39 du protocole additionnel est libellé comme suit :
«  1. Avant la fin de la première année après l’entrée en vigueur du présent protocole, le Conseil
d’association arrête des dispositions en matière de sécurité sociale en faveur des travailleurs de
nationalité turque qui se déplacent à l’intérieur de la Communauté et de leur famille résidant à
l’intérieur de la Communauté.
2. Ces dispositions devront permettre aux travailleurs de nationalité turque, selon des modalités à fixer, la
totalisation des périodes d’assurance ou d’emploi accomplies dans les différents États membres pour ce
qui concerne les pensions et rentes de vieillesse, de décès et d’invalidité, ainsi que les soins de santé du
travailleur et de sa famille résidant à l’intérieur de la Communauté. Ces dispositions ne pourront pas établir une
obligation pour les États membres de la Communauté de prendre en considération les périodes accomplies
en Turquie.
3. Les dispositions visées ci-dessus doivent permettre d’assurer le paiement des allocations familiales
lorsque la famille du travailleur réside à l’intérieur de la Communauté.
4. Les pensions et rentes de vieillesse, de décès et d’invalidité, acquises en vertu des dispositions prises en
application du paragraphe 2, devront pouvoir être exportées vers la Turquie.
5. Les dispositions visées au présent article  ne portent pas atteinte aux droits et obligations découlant des
accords bilatéraux existant entre la Turquie et les États membres de la Communauté, dans la mesure où
ceux-ci prévoient, en faveur des ressortissants turcs, un régime plus favorable ».
L’article 59 du protocole additionnel dispose :
«  Dans les domaines couverts par le présent protocole, la Turquie ne peut bénéficier d’un traitement plus
favorable que celui que les États membres s’accordent entre eux en vertu du [Traité CE] ».
La décision n
o
 3/80 du Conseil d’association
La décision n
o
  3/80 du Conseil d’association du 19  septembre  1980 relative à l’application des régimes de
sécurité sociale des États membres des Communautés européennes aux travailleurs turcs et aux membres
de leur famille (JOCE, n
o
  C110/60 du 25  avril  1983), qui a été adoptée par le Conseil d’association sur le
fondement de l’article 39 du protocole additionnel, vise à coordonner les régimes de sécurité sociale des États
membres en vue de faire bénéficier les travailleurs turcs occupés ou ayant été occupés dans l’un ou plusieurs
des États membres de la Communauté, ainsi que les membres de la famille de ces travailleurs et leurs
survivants, de prestations dans les branches traditionnelles de la sécurité sociale. À cet effet, les dispositions
de cette décision sont reprises, pour l’essentiel, de certaines dispositions du règlement (CEE) n
o
 1408/71 du
Conseil du 14 juin 1971 relatif à l’application des régimes de sécurité sociale aux travailleurs salariés et à leur
famille qui se déplacent à l’intérieur de la Communauté (JO, L. 149, p. 2).
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Bulletin d’information
Arrêt publié intégralement

15 mai 2013
Aux termes de l’article 2 de la décision n
o
 3/80, intitulé « Champ d’application personnel » :
« La présente décision s’applique :
- aux travailleurs qui sont ou ont été soumis à la législation de l’un ou de plusieurs des États membres et qui
sont des ressortissants de la Turquie ;
- aux membres de la famille de ces travailleurs, qui résident sur le territoire de l’un des États membres,
- aux survivants de ces travailleurs ».
L’article 3, paragraphe premier, de la décision n
o
 3/80, intitulé : « Égalité de traitement » et qui reprend le libellé
de l’article 3, paragraphe premier, du règlement n
o
 1408/71, dispose :
« Les personnes qui résident sur le territoire de l’un des États membres et auxquelles les dispositions
de la présente décision sont applicables sont soumises aux obligations et sont admises au bénéfice de
la législation de tout État membre dans les mêmes conditions que les ressortissants de celui-ci sous
réserve des dispositions particulières de la présente décision ».
L’article 4 de la décision n
o
 3/80, intitulé « Champ d’application matériel », prévoit à ses paragraphes 1 et 2 :
«  1. La présente décision s’applique à toutes les législations relatives aux branches de sécurité sociale qui
concernent :
a) les prestations de maladie et de maternité ;
b) les prestations d’invalidité, y compris celles qui sont destinées à maintenir ou à améliorer la capacité de
gain ;
c) les prestations de vieillesse ;
d) les prestations de survivants ;
e) les prestations d’accident du travail et de maladie professionnelle ;
f) les allocations de décès ;
g) les prestations de chômage ;
h) les prestations familiales.
2. La présente décision s’applique aux régimes de sécurité sociale généraux et spéciaux, contributifs et non
contributifs […] ».
L’article  6 de la décision n
o
  3/80, intitulé : «  Levée des clauses de résidence […]  » et qui correspond à
l’article 10 du règlement n
o
 1408/71, énonce ce qui suit à son paragraphe premier, premier alinéa :
«  À moins que la présente décision n’en dispose autrement, les prestations en espèces d’invalidité, de
vieillesse ou des survivants ainsi que les rentes d’accidents du travail et de maladies professionnelles,
acquises au titre de la législation d’un ou de plusieurs États membres ne peuvent subir aucune réduction, ni
modification, ni suspension, ni suppression, ni confiscation du fait que le bénéficiaire réside en Turquie ou sur
le territoire d’un État membre autre que celui où se trouve l’institution débitrice ».
Le titre III de la décision n
o
 3/80, intitulé : « Dispositions particulières aux différentes catégories de prestations »,
comprend des dispositions de coordination, inspirées du règlement n
o
  1408/71, relatives notamment aux
prestations d’invalidité, de vieillesse et de décès (pensions).
Aux termes de l’article 32 de la décision n
o
 3/80 :
«  La Turquie et la Communauté prennent, chacune en ce qui la concerne, les mesures que comporte
l’exécution des dispositions de la présente décision ».
L’effet direct de la décision n
o
 3/80 du conseil d’association
Selon la jurisprudence constante de la Cour de justice de l’Union européenne, une disposition d’un accord
conclu par la Communauté avec des pays tiers doit être considérée comme étant d’application directe
lorsque, eu égard à ses termes ainsi qu’à l’objet et à la nature de l’accord, elle comporte une obligation
claire et précise qui n’est subordonnée, dans son exécution ou dans ses effets, à l’intervention d’aucun acte
ultérieur (voir, notamment, CJCE, arrêts du 30  septembre  1987, Demirel, 12/86, Rec., p.  3719, point 14  ;
31 janvier 1991, Kziber, C-18/90, Rec., p. I-199, point 15, et 16 juin 1998, Racke, C-162/96, Rec., p. I-3655,
point 31).
Dans l’arrêt du 20 septembre 1990, Sevince (C-192/89, Rec., p. I-3461, points 14 et 15, concl. M. Darmon),
la Cour a précisé que les mêmes conditions s’appliquent lorsqu’il s’agit de déterminer si les dispositions d’une
décision du Conseil d’association CEE-Turquie peuvent avoir un effet direct.
Dans son arrêt Sürül du 4  mai  1999, la Cour de justice a reconnu clairement l’effet direct de l’article  3,
paragraphe premier, de la décision n
o
 3/80. Ses principaux attendus sont les suivants :
«  62. À cet égard, il y a lieu de constater que cette disposition consacre, dans des termes clairs, précis et
inconditionnels, l’interdiction de discriminer, en raison de leur nationalité, les personnes qui résident sur le
territoire de l’un des États membres et auxquelles les dispositions de la décision n
o
 3/80 sont applicables.
63. Ainsi que l’a à juste titre souligné la Commission, cette règle d’égalité de traitement prescrit une obligation
de résultat précise et est, par essence, susceptible d’être invoquée par un justiciable devant une juridiction
nationale pour lui demander d’écarter les dispositions discriminatoires d’une réglementation d’un État
69

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membre qui soumet l’octroi d’un droit à une condition qui n’est pas imposée aux ressortissants
nationaux, sans que l’adoption de mesures d’application complémentaires soit requise à cet effet (voir
points 56 et 58 du présent arrêt).
64. Cette constatation est corroborée par la circonstance que l’article 3, paragraphe premier, de la décision
n
o
  3/80 ne constitue que la mise en œuvre et la concrétisation, dans le domaine particulier de la sécurité
sociale, du principe général de non-discrimination en raison de la nationalité, inscrit à l’article 9 de l’Accord,
qui opère un renvoi à l’article  7 du Traité CEE, devenu l’article  6 du Traité CE (devenu, après modification,
article 12 CE).
65. Cette interprétation est d’ailleurs confirmée par la jurisprudence constante de la Cour (voir arrêt
Kziber, précité, points 15 à 23, confirmé par arrêts du 20 avril 1994, Yousfi, C-58/93, Rec., p. I-1353,
points 16 à 19  ; du 5  avril  1995, Krid, C-103/94, Rec., p.  I-719, points 21 à 24  ; du 3  octobre  1996,
Hallouzi-Choho, C-126/95, Rec., p. I-4807, points 19 et 20, et du 15 janvier 1998, Babahenini, C-113/97,
Rec., p.  I-183, points 17 et 18) relative au principe d’égalité de traitement inscrit à l’article  39,
paragraphe premier, de l’Accord de coopération entre la Communauté économique européenne et la
République algérienne démocratique et populaire, signé à Alger le 26 avril 1976 et approuvé au nom
de la Communauté par le règlement (CEE) n
o
 2210/78 du Conseil du 26 septembre 1978 (JO, L. 263,
p.  1), ainsi qu’à l’article  41, paragraphe premier, de l’Accord de coopération entre la Communauté
économique européenne et le royaume du Maroc, signé à Rabat le 27 avril 1976 et approuvé au nom
de la Communauté par le règlement (CEE) n
o
 2211/78 du Conseil du 26 septembre 1978 (JO, L. 264,
p. 1).
66. En effet, conformément à cette jurisprudence, ces dispositions, qui prévoient l’interdiction de
toute discrimination fondée sur la nationalité dans le domaine de la sécurité sociale des ressortissants
algériens et marocains par rapport aux ressortissants de l’État membre d’accueil, sont d’effet direct en
dépit du fait que le conseil de coopération n’a pas adopté de mesures en application des articles 40,
paragraphe premier, de l’Accord CEE-Algérie et 42, paragraphe premier, de l’Accord CEE-Maroc
relatifs à la mise en œuvre des principes énoncés respectivement à l’article 39 et à l’article 41.
67. L’interprétation qui précède n’est pas mise en cause par le fait que l’article 3, paragraphe premier, de la
décision n
o
  3/80 précise que l’interdiction de discrimination en raison de la nationalité qu’il énonce déploie
ses effets « sous réserve des dispositions particulières de la présente décision ».
68. À cet égard, il suffit de relever que, s’agissant des allocations familiales en cause au principal, la
décision n
o
 3/80 ne prévoit aucune dérogation ou restriction au principe d’égalité de traitement énoncé
à son article  3, paragraphe premier. Compte tenu du caractère fondamental de ce principe, l’existence
de ladite réserve, qui a été textuellement reprise de l’article 3, paragraphe premier, du règlement n
o
 1408/71
et qui figure d’ailleurs également à l’article  9 de l’Accord ainsi qu’à l’article  6 du Traité CE, n’est pas, en
elle-même, de nature à affecter l’applicabilité directe que comporte la disposition à laquelle elle permet de
déroger (voir, en ce sens, arrêt Sevince, précité, point 25) en enlevant à la règle du traitement national son
caractère inconditionnel.
69. La constatation que le principe de non-discrimination inscrit à l’article  3, paragraphe premier, de la
décision n
o
  3/80 est susceptible de régir directement la situation des particuliers n’est, par ailleurs, pas
contredite par l’examen de l’objet et de la nature de l’accord auquel cette disposition se rattache.
70. L’Accord a, en effet, pour objet d’instituer une association destinée à promouvoir le développement des
relations commerciales et économiques entre les parties contractantes, y compris dans le domaine de la
main-d’œuvre par la réalisation graduelle de la libre circulation des travailleurs, en vue d’améliorer le niveau
de vie du peuple turc et de faciliter ultérieurement l’adhésion de la République de Turquie à la Communauté
(voir quatrième considérant de l’Accord).
71. Le  protocole, qui, conformément à son article  62, fait partie intégrante de l’accord, prévoit, en son
article  36, les délais de la réalisation graduelle de cette libre circulation des travailleurs et dispose, en son
article  39, que le Conseil d’association arrête des dispositions en matière de sécurité sociale en faveur des
travailleurs de nationalité turque qui se déplacent à l’intérieur de la Communauté ainsi que de leur famille
résidant dans les États membres. C’est sur ce fondement que le Conseil d’association a adopté la décision
n
o
 3/80 qui a pour objectif de garantir le versement de prestations de sécurité sociale aux migrants turcs dans
la Communauté.
72. En outre, la circonstance que l’Accord vise essentiellement à favoriser le développement économique de
la Turquie et comporte dès lors un déséquilibre dans les obligations assumées par la Communauté vis-à-vis
du pays tiers concerné n’est pas de nature à empêcher la reconnaissance par la Communauté de l’effet direct
de certaines de ses dispositions (voir, par analogie, arrêts du 5 février 1976, Bresciani, 87/75, Rec., p. 129,
point 23  ; Kziber, précité, point 21, et du 12  décembre  1995, Chiquita Italia, C-469/93, Rec., p.  I-4533,
point 34).
73. Enfin, ainsi qu’il découle des points 55, 56 et 58 du présent arrêt, l’application dans une affaire
telle que celle au principal de la règle de l’assimilation aux nationaux de l’État membre d’accueil des
personnes relevant du champ d’application de la décision n
o
  3/80 et résidant dans cet État membre
par l’interdiction de toute discrimination fondée sur la nationalité des intéressés et résultant de la
réglementation de l’État membre concerné, qui figure à l’article  3, paragraphe premier, de ladite
décision, n’est pas conditionnée par les autres dispositions de cette dernière.
74. Il résulte des considérations qui précèdent que l’article  3, paragraphe premier, de la décision n
o
  3/80
établit, dans le domaine d’application de celle-ci, un principe précis et inconditionnel suffisamment
70

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opérationnel pour être appliqué par un juge national et, dès lors, susceptible de régir la situation juridique des
particuliers. L’effet direct qu’il convient donc de reconnaître à cette disposition implique que les justiciables
auxquels elle s’applique ont le droit de s’en prévaloir devant les juridictions des États membres ».
Ainsi que cela résulte des points 65 et 66 de cet arrêt, l’effet direct des dispositions instituant le principe de
non-discrimination en matière de sécurité sociale dans les accords d’association signés par l’Union avec
certains États tiers est reconnu de manière générale (voir le rapport dans le dossier connexe n
o
 11-17.520).
Les exigences du principe d’égalité de traitement résultant de la décision n
o
 3/80
Sur le fond, dans ce même arrêt Sürül, qui concernait aussi, à l’instar du présent pourvoi, les allocations
familiales, la Cour de justice a jugé ainsi :
«  97. À cet égard, il importe de souligner d’abord que le principe, inscrit à l’article  3, paragraphe
premier, de la décision n
o
 3/80, de l’absence de toute discrimination fondée sur la nationalité dans le
domaine d’application de cette décision implique qu’un ressortissant turc visé par cette dernière soit
traité de la même manière que les nationaux de l’État membre d’accueil, de sorte que la législation de
cet État membre ne saurait soumettre l’octroi d’un droit à un tel ressortissant turc à des conditions
supplémentaires ou plus rigoureuses par rapport à celles applicables à ses propres ressortissants
(voir, par analogie, arrêt du 2  février  1989, Cowan, 186/87, Rec., p.  195, point 10, et arrêts précités
Kziber, point 28, et Hallouzi-Choho, points 35 et 36).
98. Il en résulte qu’un ressortissant turc, qui a été autorisé à entrer sur le territoire d’un État membre au titre du
regroupement familial avec un travailleur migrant turc et qui y réside légalement avec ce dernier, doit pouvoir
obtenir dans l’État d’accueil le bénéfice d’une prestation de sécurité sociale prévue par la réglementation de
cet État dans les mêmes conditions que les nationaux de l’État membre concerné.
99. Il y a lieu de relever ensuite que, en vertu d’une législation telle que le BKGG, peut prétendre aux
allocations familiales toute personne qui a son domicile ou son lieu de résidence habituelle sur le territoire
couvert par ladite législation dès lors que ses enfants à charge ont leur domicile ou leur résidence habituelle
sur le même territoire.
100. Cependant, depuis le 1
er
 janvier 1994, le BKGG dispose que les ressortissants étrangers résidant
en Allemagne, qui ne peuvent pas être assimilés aux Allemands, n’ont droit aux allocations familiales
que s’ils sont titulaires d’un certain type de titre de séjour.
101. Ainsi, une ressortissante turque telle que la demanderesse au principal, qui a été autorisée à
résider sur le territoire de l’État membre d’accueil, y réside effectivement avec son enfant et remplit
donc toutes les conditions que la réglementation pertinente impose aux ressortissants nationaux, se
voit refuser le bénéfice des allocations familiales pour son enfant du seul fait qu’elle ne satisfait pas à
la condition relative à la possession d’une autorisation de séjour ou d’un permis de séjour.
102. Or, n’étant pas susceptible d’être opposée à un ressortissant de l’État membre concerné, même
dans l’hypothèse où il n’y séjournerait que temporairement, cette condition ne vise, par nature, que
les étrangers et son application aboutit, dès lors, à une inégalité de traitement exercée en raison de
la nationalité.
103. Dans ces conditions, il y a lieu de considérer que le fait, pour un État membre, d’exiger d’un ressortissant
turc qui relève du champ d’application de la décision n
o
 3/80 qu’il possède un certain type de titre de séjour
pour bénéficier d’une prestation telle que l’allocation en cause au principal, alors qu’aucun document de
cette nature n’est demandé aux ressortissants dudit État, constitue une discrimination au sens de l’article 3,
paragraphe premier, de ladite décision.
104. Dans la mesure où aucun argument de nature à justifier objectivement cette différence de traitement
n’a été invoqué devant la Cour, une telle discrimination est incompatible avec cette disposition de la décision
n
o
 3/80.
105. Au vu de l’ensemble des considérations qui précèdent, il y a lieu de répondre aux questions posées que
l’article  3, paragraphe premier, de la décision n
o
  3/80 doit être interprété en ce sens qu’il interdit à un État
membre d’exiger d’un ressortissant turc qui relève du champ d’application de cette décision et qu’il a autorisé
à résider sur son territoire, mais qui n’est titulaire dans cet État membre d’accueil que d’une autorisation
provisoire de séjour, délivrée dans un but déterminé et pour une durée limitée, qu’il possède une autorisation
de séjour ou un permis de séjour pour bénéficier d’allocations familiales pour son enfant qui habite avec lui
dans ledit État membre, alors que les ressortissants de ce dernier sont à cet effet uniquement tenus d’y avoir
leur résidence ».
Il résulte ainsi clairement de la jurisprudence de la Cour de justice que le principe, inscrit à l’article  3,
paragraphe premier, de la décision n
o
  3/80, de l’absence de toute discrimination fondée sur la nationalité
dans le domaine d’application de cette décision implique qu’un ressortissant turc visé par cette dernière soit
traité de la même manière que les nationaux de l’État membre d’accueil, de sorte que la législation de cet État
membre ne saurait soumettre l’octroi d’un droit à un tel ressortissant turc à des conditions supplémentaires
ou plus rigoureuses par rapport à celles applicables à ses propres ressortissants. L’assemblée plénière devra
déterminer si la règle énoncée à l‘arrêt Sürül et qui a conduit à l’incompatibilité de la norme interne exigeant
du travailleur migrant turc lui-même d’être titulaire d’un certain type de titre de séjour n’est pas applicable a
fortiori à la législation française exigeant que les enfants du travailleur migrant turc, même s’ils sont désormais
en situation de séjour régulier, soient entrés sur le territoire national par la procédure du regroupement familial.
71

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Certes, le point 104 de l’arrêt Sürül comporte un motif ambigu qui est, semble-t-il, l’écho des conclusions
de l’avocat général M. La Pergola : « Dans la mesure où aucun argument de nature à justifier objectivement
cette différence de traitement n’a été invoqué devant la Cour, une telle discrimination est incompatible avec
cette disposition de la décision n
o
 3/80 ».
Il convient de relever toutefois que cette réserve ne figure pas dans le dispositif de l’arrêt (le « dit pour droit »)
et qu’elle n’a pas été utilisée dans les arrêts de la Cour de justice rendus en ce qui concerne le même
principe d’égalité de traitement en matière de sécurité sociale institué par les accords de coopération entre
la Communauté et le Maroc ou l’Algérie (ainsi, CJCE, 31  janvier  1991, Kziber, aff.  C-18/90, Rec., CJCE, I,
p.  199, déclarant incompatible avec l’article  41, § 1, de l’Accord de coopération CEE-Maroc la législation
belge subordonnant à une condition de nationalité l’octroi d’une allocation d’attente en faveur des jeunes
demandeurs d’emploi  ; de même, CJCE, 20  avril  1994, Yousfi, aff.  C-58/93, Rec., I, p.  1353, jugeant
incompatible avec ce même article  41, § 1, la législation belge refusant d’accorder une allocation pour
handicapés au motif que le travailleur est de nationalité marocaine ; CJCE, 5 avril 1995, Krid, aff. C-103/94,
Rec., I, p. 719, déclarant la législation française refusant d’accorder une allocation supplémentaire du Fonds
national de solidarité à la veuve d’un travailleur algérien au motif de sa nationalité algérienne incompatible
avec l’article  39, § 1, de l’Accord de coopération CEE-Algérie  ; CJCE, 15  janvier  1998, Babahenini,
aff.  C-113/97, Rec., I, p.  183, concernant l’incompatibilité de la législation française refusant l’octroi d’une
allocation pour handicapés à l’épouse handicapée d’un travailleur algérien, motif pris de sa nationalité, avec
ce même article  39, § 1, de l’Accord de coopération CEE-Algérie). Dans toutes ces décisions, la Cour
de justice, après avoir identifié une discrimination directement fondée sur la nationalité, déclare la
législation de l’État membre incompatible avec les accords d’association ou de coopération, sans
examiner l’existence d’éléments objectifs qui pourraient justifier cette discrimination (voir également la
jurisprudence citée dans le rapport pour le dossier connexe n
o
 11-17.520).
De manière plus fondamentale, il convient de rappeler le système jurisprudentiel que la Cour de justice
applique tant en matière de liberté de circulation, comme en l’espèce, qu’en matière d’égalité de traitement.
Les discriminations directes, et notamment les discriminations directement fondées sur la nationalité, ne
peuvent être justifiées que par des dispositions expresses du Traité, telles que par exemple, en matière de libre
circulation des marchandises, l’article 36 du Traité sur le fonctionnement de l’Union européenne, en matière de
libre prestation des services et de liberté d’établissement, les articles 51 et 52 du Traité sur le fonctionnement
de l’Union européenne, en matière de libre circulation des travailleurs, l’article  45, §  3, de ce même Traité.
En revanche, les discriminations indirectes peuvent être légitimées par des justifications dont la terminologie
diffère suivant les domaines  : «  raisons impérieuses d’intérêt général  » en matière de libre circulation des
personnes, « exigences impératives » en matière de libre circulation des marchandises, « éléments objectifs
étrangers à toute discrimination » en matière d’égalité de traitement. La Cour de justice l’a rappelé dans des
arrêts nécessairement anciens, dans la mesure où la diffusion du droit de l’Union conduit à rendre rares des
discriminations directement fondées sur la nationalité (ainsi, CJCE, 16  décembre  1992, Commission contre
Belgique, aff. C-211/91, Rec., I, p. 6757, att. 10 et 11 : « les justifications avancées par le gouvernement belge
ne relèvent d’aucune des exceptions à la libre prestation des services admises par l’article 56, à savoir l’ordre
public, la sécurité publique et la santé publique. Or, ainsi qu’il résulte de la jurisprudence constante de la Cour
(Voir notamment arrêt du 25  juillet  1991, Gouda, point 11, C-288/89, Rec., I-4007), seules ces exceptions
peuvent être invoquées utilement pour justifier des réglementations nationales qui ne sont pas indistinctement
applicables...  »  ; voir également CJCE, 26  avril  1988, Bond van Adverteerders, aff.  352/85, Rec., p.  2085,
att. 32 à 34 ; CJCE, 25 juillet 1991, Commission contre Pays-Bas, aff. C-353/89, Rec., I, p. 4069, att. 15 ;
CJCE, 4 mai 1993, Federacion de distribuidores cinematograficos, aff. C-17/92, Rec., I, p. 2239, att. 16).
Cette jurisprudence a été appliquée par la Cour de justice en ce qui concerne l’article 3, § 1, de la décision
n
o
  3/80 du Conseil d’association. Ainsi, dans l’arrêt Öztürk (CJCE, 28  avril  2004, aff.  C-373/02, Rec., I,
p.  3605), elle a examiné au regard de la prohibition des discriminations indirectes la législation autrichienne
qui subordonnait l’octroi d’une pension de vieillesse anticipée à l’obligation d’avoir perçu en Autriche, durant
les quinze mois précédant la date de référence, des allocations de chômage. Dans la mesure où une telle
législation s’applique indépendamment de la nationalité des travailleurs concernés, elle a conclu néanmoins
à l’existence d’une discrimination indirecte et a examiné l’existence d’un objectif légitime de politique
sociale, dont elle a rejeté d’ailleurs la pertinence. De même, dans son arrêt Kocak et Örs, relatif également
à l’article 3, § 1, de la décision n
o
 3/80 (CJCE, 14 mars 2000, aff. C-102/98 et C-211/98, Rec., I, p. 1287),
elle a jugé ainsi : «  Une réglementation telle que celle en cause au principal ne comportant dès lors pas de
différence de traitement susceptible de constituer une discrimination indirecte en raison de la nationalité, il
n’y a plus lieu d’examiner si elle est justifiée par des considérations objectives et si elle est proportionnée
aux objectifs légitimement poursuivis par le droit national (voir, à cet égard, les arrêts du 15  janvier  1998,
Schöning-Kougebetopoulou, C-15/96, Rec., p.  I-47, point 21, et du 7  mai  1998, Clean Car Autoservice,
C-350/96, Rec., p. I-2521, points 30 et 31) » (point 52).
L’on relèvera par ailleurs que la décision n
o
 3/80 du Conseil d’association, à la différence de la décision
n
o
 1/80 relative à l’accès à l’emploi des travailleurs migrants turcs et des membres de leur famille, ne
comporte pas de disposition similaire à celle de l’article  14 de la décision n
o
  1/80, qui dispose que
« les dispositions de la présente section sont appliquées sous réserve des limitations justifiées par des
raisons d’ordre public, de sécurité et de santé publiques ».
Il conviendra dès lors pour l’assemblée plénière de déterminer si les articles en cause du code de la sécurité
sociale instituent une discrimination directement fondée sur la nationalité ou, au contraire, une discrimination
indirecte qui serait, le cas échéant, susceptible d’être justifiée par des éléments objectifs tenant par exemple
à la protection de la santé de l’enfant, éléments sur lesquels se fonde le mémoire ampliatif, qui reprend
essentiellement sur ce point les conclusions de M.  le premier avocat général dans les deux pourvois ayant
donné lieu aux arrêt de l’assemblée plénière du 3 juin 2011.
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À cet égard, les dispositions en cause de droit interne sont les suivantes :
article L. 512-2 du code de la sécurité sociale, tel que modifié par la loi n
o
 2005-1579 du 19 décembre 2005
(déclarée conforme à la Constitution par la décision n
o
  2005-528 DC du 15  décembre  2005 du Conseil
constitutionnel) :
«  Bénéficient de plein droit des prestations familiales dans les conditions fixées par le présent livre les
étrangers titulaires d’un titre exigé d’eux en vertu soit de dispositions législatives ou réglementaires, soit de
traités ou accords internationaux pour résider régulièrement en France.
Ces étrangers bénéficient des prestations familiales sous réserve qu’il soit justifié, pour les enfants
qui sont à leur charge et au titre desquels les prestations familiales sont demandées, de l’une des
situations suivantes :
- leur naissance en France ;
- leur entrée régulière dans le cadre de la procédure de regroupement familial visée au livre IV du code
de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- leur qualité de membre de famille de réfugié ;
- leur qualité d’enfant d’étranger titulaire de la carte de séjour mentionnée au 10° de l’article  L.  313-11 du
code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- leur qualité d’enfant d’étranger titulaire de la carte de séjour mentionnée à l’article L. 313-13 du même code ;
- leur qualité d’enfant d’étranger titulaire de la carte de séjour mentionnée à l’article  L.  313-8 ou au 5° de
l’article L. 313-11 du même code ;
- leur qualité d’enfant d’étranger titulaire de la carte de séjour mentionnée au 7° de l’article  L.  313-11 du
même code à la condition que le ou les enfants en cause soient entrés en France au plus tard en même temps
que l’un de leurs parents titulaires de la carte susmentionnée.
Un décret fixe la liste des titres et justifications attestant de la régularité de l’entrée et du séjour des
bénéficiaires étrangers. Il détermine également la nature des documents exigés pour justifier que les enfants
que ces étrangers ont à charge et au titre desquels des prestations familiales sont demandées remplissent
les conditions prévues aux alinéas précédents ».
Article D. 512-1 du code de la sécurité sociale, créé par le décret n
o
 2006-234 du 27 février 2006 (la demande
d’allocations familiales est en l’espèce du 10 août 2007, reçue le 14 août 2007 par la caisse) :
«  L’étranger qui demande à bénéficier de prestations familiales justifie la régularité de son séjour par la
production d’un des titres de séjour ou documents suivants en cours de validité :
1° Carte de résident ;
2° Carte de séjour temporaire ;
3° Certificat de résidence de ressortissant algérien ;
4° Récépissé de demande de renouvellement de l’un des titres ci-dessus ;
5° Récépissé de demande de titre de séjour valant autorisation de séjour d’une durée de trois mois
renouvelable portant la mention « reconnu réfugié » ;
6° Récépissé de demande de titre de séjour d’une durée de six mois renouvelable portant la mention
« étranger admis au séjour au titre de l’asile » ;
7° Autorisation provisoire de séjour d’une validité supérieure à trois mois ;
8° Passeport monégasque revêtu d’une mention du consul général de France à Monaco valant autorisation
de séjour ;
9° Livret spécial, livret ou carnet de circulation ;
10° Récépissé de demande de titre de séjour valant autorisation de séjour d’une durée de validité de trois
mois renouvelable délivré dans le cadre de l’octroi de la protection subsidiaire, accompagné de la décision
de l’Office français de protection des réfugiés et apatrides ou de la Commission des recours des réfugiés
accordant cette protection ».
Article D. 512-2, créé par le décret n
o
 2006-234 du 27 février 2006, article premier (JORF, 28 février 2006),
dans sa rédaction applicable du 28  février  2006 au 28  mars  2009 (la modification ne porte que sur la
dénomination de l’instance compétente pour la délivrance du certificat médical en matière de regroupement
familial) :
« La régularité de l’entrée et du séjour des enfants étrangers que le bénéficiaire a à charge et au titre desquels
il demande des prestations familiales est justifiée par la production de l’un des documents suivants :
1° Extrait d’acte de naissance en France ;
2° Certificat de contrôle médical de l’enfant, délivré par l’Agence nationale de l’accueil des étrangers
et des migrations à l’issue de la procédure d’introduction ou d’admission au séjour au titre du
regroupement familial ;
3° Livret de famille délivré par l’Office français de protection des réfugiés et apatrides ou, à défaut, un acte
de naissance établi, le cas échéant, par cet office, lorsque l’enfant est membre de famille d’un réfugié, d’un
apatride ou d’un bénéficiaire de la protection subsidiaire. Lorsque l’enfant n’est pas l’enfant du réfugié,
de l’apatride ou du bénéficiaire de la protection subsidiaire, cet acte de naissance est accompagné d’un
jugement confiant la tutelle de cet enfant à l’étranger qui demande à bénéficier des prestations familiales ;
73

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4° Visa délivré par l’autorité consulaire et comportant le nom de l’enfant d’un étranger titulaire de la carte de
séjour mentionnée à l’article  L.  313-8 ou au 5° de l’article  L.  313-11 du code de l’entrée et du séjour des
étrangers et du droit d’asile ;
5° Attestation délivrée par l’autorité préfectorale, précisant que l’enfant est entré en France au plus tard en
même temps que l’un de ses parents admis au séjour sur le fondement du 7° de l’article L. 313-11 du code
de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ou du 5° de l’article 6 de l’Accord franco-algérien du
27 décembre 1968 modifié ;
6° Titre de séjour délivré à l’étranger âgé de seize à dix-huit ans dans les conditions fixées par l’article L. 311-3
du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.
Elle est également justifiée, pour les enfants majeurs ouvrant droit aux prestations familiales, par l’un des titres
mentionnés à l’article D. 512-1 ».
Il est renvoyé au rapport de Mme Monéger établi pour les deux arrêts de l’assemblée plénière du 3 juin 2011
(pourvois n
o
  09-69.052 et 09-71.352, Bull.  2011, Ass. plén., n
o
  5 et n
o
  6) en ce qui concerne la législation
antérieure à la loi du 19 décembre 2005 et la jurisprudence de notre Cour, notamment : assemblée plénière,
16  avril  2004, pourvoi n
o
  02-30.157, Bull.  2004, Ass. plén., n
o
  8  ; 2
e
  Civ., 14  septembre  2006, pourvoi
n
o
 04-30.837, Bull. 2006, II, n
o
 238 ; 2
e
 Civ., 6 décembre 2006, pourvoi n
o
 05-12.666, Bull. 2006, II, n
o
 342.
L’assemblée plénière devra donc déterminer si ces dispositions instituent une discrimination directement
fondée sur la nationalité. C’est par l’intermédiaire de la production exigée du certificat de contrôle médical
remis par l’administration française à l’issue de la procédure de regroupement familial que l’octroi des
allocations familiales demandées par un ressortissant étranger en situation régulière est subordonné à l’entrée
régulière des enfants mineurs nés à l’étranger, c’est-à-dire au respect de la procédure de regroupement
familial. L’on relèvera sur ce point que les ressortissants français, dont certains enfants seraient nés à
l’étranger, ne sont pas tenus, pour percevoir les allocations familiales dans le cas du retour de ces enfants sur
le territoire national, au respect de la procédure de regroupement familial, qui n’est évidemment applicable
qu’aux étrangers ressortissants d’un État non membre de l’Union européenne.
Comme l’avait souligné Mme Monéger, rapporteur des arrêts d’assemblée plénière du 3 juin 2011 (assemblée
plénière, pourvois n
o
  09-69.052 et 09-71.352), «  c’est toute l’ambiguïté du système français. Les enfants
étrangers ont le droit de rester sur le territoire, ils n’ont pas à solliciter un titre de séjour qui ne leur sera
réclamé qu’à leur majorité ou, dans certaines circonstances, à seize ans. Ils ne peuvent pas être expulsés ».
Comme l’écrit ainsi M. Klötgen dans son commentaire de l’arrêt d’assemblée plénière de 2004 (Revue critique
de droit international privé, 2005, p.53-54), «  les enfants mineurs de parents en situation régulière ne sont
jamais eux-mêmes en situation irrégulière puisqu’ils ne peuvent être obligés de quitter le territoire et par
conséquent doivent disposer de plein droit de prestations sociales ».
Il convient dès lors d’examiner l’influence des droits de séjour sur la solution à apporter au présent pourvoi.
L’influence des droits de séjour
Il est remarquable qu’aucune décision du Conseil d’association CEE-Turquie ne consacre expressément un
droit de séjour, la décision n
o
  1/80 du Conseil d’association étant relative à l’accès au marché de l’emploi
d’un État membre pour le travailleur migrant turc, tandis que la décision n
o
  3/80, on l’a dit, considère le
domaine de la sécurité sociale. Toutefois, dès l’arrêt Sevince (CJCE, 20  septembre  1990, aff.  C-192/89,
Rec., I, p. 3461), la Cour de justice devait juger que s’il « convient de constater d’abord que les dispositions
précitées (l’article 6 de la décision n
o
 1/80 voir ci-après) se bornent à régler la situation du travailleur turc sur
le plan de l’emploi, sans se référer à sa situation au regard du droit de séjour, il n’en reste pas moins que ces
deux aspects de la situation personnelle du travailleur turc sont intimement liés et qu’en reconnaissant à ce
travailleur, après une certaine période d’emploi régulier dans l’État membre, l’accès à toute activité salariée
de son choix, les dispositions en cause impliquent nécessairement, sous peine de priver de tout effet le droit
qu’elles reconnaissent au travailleur turc, l’existence, du moins à ce moment, d’un droit de séjour dans le chef
de l’intéressé » (attendus 28 et 29).
Aux termes de l’article 6, paragraphe premier, de la décision n
o
 1/80 :
«  Sous réserve des dispositions de l’article  7 relatif au libre accès à l’emploi des membres de sa famille, le
travailleur turc, appartenant au marché régulier de l’emploi d’un État membre :
- a droit, dans cet État membre, après un an d’emploi régulier, au renouvellement de son permis de travail
auprès du même employeur, s’il dispose d’un emploi ;
- a le droit, dans cet État membre, après trois ans d’emploi régulier et sous réserve de la priorité à accorder
aux travailleurs des États membres de la Communauté, de répondre dans la même profession auprès d’un
employeur de son choix à une autre offre, faite à des conditions normales, enregistrée auprès des services
de l’emploi de cet État membre ;
- bénéficie, dans cet État membre, après quatre ans d’emploi régulier, du libre accès à toute activité salariée
de son choix ».
L’article 7 de la décision n
o
 1/80 dispose :
« Les membres de la famille d’un travailleur turc appartenant au marché régulier de l’emploi d’un État membre,
qui ont été autorisés à le rejoindre :
- ont le droit de répondre - sous réserve de la priorité à accorder aux travailleurs des États membres de la
Communauté - à toute offre d’emploi lorsqu’ils y résident régulièrement depuis trois ans au moins ;
- y bénéficient du libre accès à toute activité salariée de leur choix lorsqu’ils y résident régulièrement depuis
cinq ans au moins.
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Bulletin d’information
Arrêt publié intégralement

15 mai 2013
Les enfants des travailleurs turcs ayant accompli une formation professionnelle dans le pays d’accueil
pourront, indépendamment de leur durée de résidence dans cet État membre, à condition qu’un des
parents ait légalement exercé un emploi dans l’État membre intéressé depuis trois ans au moins,
répondre dans ledit État membre à toute offre d’emploi ».
L’article 13 institue par ailleurs une clause dite de « standstill » :
«  Les États membres de la Communauté et la Turquie ne peuvent introduire de nouvelles restrictions
concernant les conditions d’accès à l’emploi des travailleurs et des membres de leur famille qui se trouvent
sur leur territoire respectif en situation régulière en ce qui concerne le séjour et l’emploi  » (voir par exemple
CJUE, 9 décembre 2010, Toprak et Oguz, aff. C-300/09 et C-301/09).
L’article 14 de la même décision est libellé comme suit :
«  1. Les dispositions de la présente section sont appliquées sous réserve des limitations justifiées par des
raisons d’ordre public, de sécurité et de santé publiques.
2. Elles ne portent pas atteinte aux droits et obligations découlant des législations nationales ou des accords
bilatéraux existant entre la Turquie et les États membres de la Communauté, dans la mesure où ils prévoient,
en faveur de leurs ressortissants, un régime plus favorable ».
Selon la jurisprudence de la Cour de justice, l’article 7, premier alinéa, de la décision n
o
 1/80 a un effet direct,
de sorte que les ressortissants turcs auxquels cette disposition s’applique ont le droit de s’en prévaloir
directement devant les juridictions des États membres pour faire écarter l’application des règles de droit
interne qui lui sont contraires (voir en ce sens, notamment, CJCE, arrêts du 17 avril 1997, Kadiman, C-351/95,
Rec., p. I-2133, point 28, et du 22 décembre 2010, Bozkurt, C-303/08, point 31).
Ainsi qu’il ressort du libellé même dudit article  7, premier alinéa, l’acquisition des droits prévus à cette
disposition est subordonnée à deux conditions cumulatives préalables, à savoir, d’une part, le fait que la
personne concernée doit être membre de la famille d’un travailleur turc appartenant déjà au marché régulier
de l’emploi de l’État membre d’accueil et, d’autre part, qu’elle ait été autorisée par les instances compétentes
de cet État à y rejoindre ledit travailleur (voir arrêt Bozkurt, précité, point 26).
Dès lors que lesdites conditions préalables sont remplies, il reste à vérifier, aux fins de l’application de
l’article 7, premier alinéa, de la décision n
o
 1/80, si le ressortissant turc concerné réside régulièrement depuis
une certaine durée sur le territoire de l’État membre d’accueil (voir, notamment, arrêt du 7  juillet  2005,
Aydinli, C-373/03, Rec., p.  I-6181, point 29). Les périodes de résidence telles qu’énoncées aux deux tirets
de l’article 7, premier alinéa, de la même décision requièrent, sous peine d’être privées de tout effet utile, la
reconnaissance, aux membres de la famille d’un travailleur turc autorisés à le rejoindre dans l’État membre
d’accueil, d’un droit corrélatif de séjour pendant ces périodes (voir arrêts précités Kadiman, point 29, ainsi
que Bozkurt, points 31 et 36). En effet, le refus d’un tel droit viderait de sa substance l’autorisation conférée
par l’État membre concerné à un membre de la famille d’un travailleur migrant turc de rejoindre ce dernier
et constituerait la négation même de la faculté ainsi ouverte à l’intéressé de résider sur le territoire de l’État
membre d’accueil.
En conséquence, un membre de la famille d’un travailleur turc qui satisfait aux deux conditions préalables
précitées et qui réside régulièrement depuis plus de trois années sur le territoire de l’État membre d’accueil
est nécessairement titulaire dans ledit État d’un droit de séjour directement fondé sur cette disposition.
Pour ce qui est plus spécifiquement du critère de la résidence régulière avant l’expiration de la période initiale
de trois années, énoncé à l’article  7, premier alinéa, premier tiret, de la décision n
o
  1/80, il résulte d’une
jurisprudence constante de la Cour que les termes utilisés par les différentes dispositions de la décision
n
o
 1/80 sont des notions du droit de l’Union qui doivent faire l’objet d’une interprétation uniforme au niveau
de l’Union européenne, en tenant compte de l’esprit et de la finalité des dispositions en cause ainsi que
du contexte dans lequel celles-ci s’insèrent, aux fins d’en assurer l’application homogène dans les États
membres (voir, notamment, arrêts du 30  septembre  1997, Ertanir, C-98/96, Rec., p.  I-5179, point 59, ainsi
que du 30 septembre 2004, Ayaz, C-275/02, Rec., p. I-8765, points 39 et 40).
Selon la jurisprudence de la Cour de justice, conformément à l’objectif général poursuivi par ladite décision,
consistant à améliorer dans le domaine social le régime dont bénéficient les travailleurs turcs et les membres
de leur famille en vue de réaliser progressivement la libre circulation (voir, notamment, arrêt du 16 mars 2000,
Ergat, C-329/97, Rec., p.  I-1487, point 43), le système mis en place plus particulièrement par l’article  7,
premier alinéa, de la même décision entend créer des conditions favorables au regroupement familial dans
l’État membre d’accueil. Dans un premier temps, c’est-à-dire avant l’expiration de la période initiale de trois
années prévue au premier tiret de ladite disposition, celle-ci vise à favoriser l’emploi et le séjour dans l’État
membre d’accueil du travailleur migrant turc déjà régulièrement présent sur le territoire de cet État par la
présence, auprès de ce travailleur, des membres de sa famille. Par la suite, le second tiret de cette même
disposition consolide la position des membres de la famille du travailleur migrant turc par la possibilité qui leur
est accordée d’accéder eux-mêmes au marché du travail de cet État membre, aux fins de s’y constituer une
situation autonome par rapport à celle de ce travailleur et de renforcer ainsi l’insertion durable de la famille
dans l’État membre d’accueil (voir arrêt Bozkurt, précité, points 33 et 34).
La Cour en a inféré que le membre de la famille est, en principe et sauf motifs légitimes, tenu de résider
effectivement avec le travailleur migrant tant qu’il n’est pas lui-même titulaire du droit d’accéder au marché du
travail, soit avant l’expiration de la période de trois années telle que prévue à l’article 7, premier alinéa, premier
tiret, de la décision n
o
 1/80 (voir arrêt Bozkurt, précité, point 35). Ainsi que la Cour l’a relevé aux points 42 et
44 de l’arrêt Kadiman (CJCE, 17 avril 1997, Kadiman, aff. C-351/95, Rec., p. I-2133), il n’en irait différemment
que dans l’hypothèse où des circonstances objectives justifieraient que le membre de la famille concerné ne
vive pas, dans l’État membre d’accueil, sous le même toit que le travailleur migrant turc.
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15 mai 2013
Arrêt publié intégralement

Bulletin d’information
La Cour de justice a précisé dans ce contexte que, eu égard tant à la finalité essentielle de l’article 7, premier
alinéa, de la décision n
o
 1/80 qu’à l’esprit de cette disposition, le regroupement familial, qui a justifié l’entrée
du membre de la famille sur le territoire de l’État membre d’accueil, doit se manifester concrètement par la
présence continue dudit membre auprès du travailleur, cette présence se matérialisant par la cohabitation des
intéressés, jusqu’à ce que le membre de la famille dispose, après trois années, de la faculté de mener une
existence indépendante de celle de son parent qui lui a permis d’intégrer l’État membre d’accueil (voir arrêt
Ergat, précité, point 36).
Aussi la Cour a-t-elle interprété l’article 7, premier alinéa, premier tiret, de la décision n
o
 1/80 en ce sens que
cette disposition n’empêche pas l’État membre d’accueil de soumettre le droit de séjour du membre de la
famille durant les trois premières années à des conditions de nature à garantir que la présence dudit membre
sur son territoire soit conforme à l’esprit et à la finalité de cet article 7, premier alinéa (arrêt Kadiman, précité,
point 33).
À cet égard, il ressort clairement de la jurisprudence de la Cour que la première admission dans un État
membre d’un membre de la famille d’un travailleur turc appartenant déjà au marché régulier de l’emploi de
cet État relève en principe du droit national dudit État, cette compétence se manifestant par l’autorisation
accordée à l’intéressé, par les instances nationales compétentes, de rejoindre ce travailleur (voir arrêt Ayaz,
précité, points 34 et 35). Toutefois, ce droit pour les États membres d’accorder ou non le regroupement
familial n’est pas sans limites, dès lors qu’il doit s’exercer selon la jurisprudence plus récente de
la Cour de justice, de façon conforme aux droits fondamentaux tels qu’ils résultent notamment de
l’article  8 de la Convention de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales
(CJCE, 18 juillet 2007, Derin, aff. C-325/05, point 64). Par ailleurs, la Cour de justice a jugé incompatible
avec l’article 7 de la décision n
o
 1/80 une législation nationale subordonnant le droit au regroupement familial
pour les membres de la famille d’un travailleur migrant turc à la condition de posséder la nationalité turque,
en estimant que cette législation constitue une atteinte à l’objectif de cet article 7 de la décision n
o
 1/80 de
favoriser le regroupement familial (CJUE, 19 juillet 2012, Dülger, aff. C-451/11).
En revanche, une fois révolue la période initiale de trois années telle que prévue à l’article 7, premier alinéa,
premier tiret, de la décision n
o
  1/80, l’État membre n’est plus en droit d’assortir de quelque condition que
ce soit le séjour sur son territoire d’un membre de la famille d’un travailleur turc (voir arrêts Ergat, précité,
point 38, et du 11 novembre 2004, Cetinkaya, C-467/02, Rec., p. I-10895, point 30).
En revanche, cet État membre n’est pas autorisé à prévoir à cet égard une réglementation d’une nature
différente de celle résultant de la décision n
o
  1/80 ou imposant d’autres conditions que celles prévues par
celle-ci. En effet, en vertu d’une jurisprudence constante de la Cour, il résulte tant de la primauté du droit de
l’Union que de l’effet direct d’une disposition telle que l’article  7, premier alinéa, de la décision n
o
  1/80 que
les États membres ne sauraient modifier unilatéralement la portée du système d’intégration progressive des
ressortissants turcs dans l’État membre d’accueil, et ils ne disposent plus, partant, de la faculté d’adopter
des mesures de nature à entraver le statut juridique expressément reconnu par le droit de l’association
CEE-Turquie à de tels ressortissants (voir, en ce sens, arrêts du 22 juin 2000, Eyüp, C-65/98, Rec., p. I-4747,
points 40 et 41  ; du 19  novembre  2002, Kurz, C-188/00, Rec., p.  I-10691, points 66 à 68, ainsi que du
4 février 2010, Genc, C-14/09, points 36 à 38).
Il n’empêche qu’à tout le moins en ce qui concerne l’article  7, premier alinéa, de la décision n
o
  1/80,
l’on pourrait considérer que les membres de la famille d’un travailleur migrant turc qui sont entrés sur le
territoire d’un État membre sans respecter la procédure du regroupement familial n’ont pas été «  autorisés
à le rejoindre  » et ne peuvent dès lors être considérés comme des membres de la famille d’un travailleur
migrant au sens de cette disposition (par une interprétation a contrario du «  dit pour droit  » de l’arrêt Ayaz
du 30  septembre  2004 (aff.  C-275/02, Rec., I, p.  8765), qui dispose ainsi  : «  L’article  7, premier alinéa, de
la décision n
o
  1/80, du 19  septembre  1980, relative au développement de l’association, adoptée par le
Conseil d’association institué par l’accord d’association entre la Communauté économique européenne et
la Turquie, doit être interprété en ce sens que le beau-fils âgé de moins de vingt et un ans ou à charge d’un
travailleur turc appartenant au marché régulier de l’emploi d’un État membre est un membre de la famille de
ce travailleur, au sens de cette disposition, et bénéficie des droits que cette décision lui confère, dès lors qu’il
a été dûment autorisé à rejoindre ledit travailleur dans l’État membre d’accueil » (voir aussi le point 27 de l’arrêt
Ergat, 16 mars 2000, aff. C-329/97, Rec., I, p. 1487, qui énonce : « Il suffit de relever qu’il est constant que
M. Ergat a obtenu, à l’âge de huit ans, l’autorisation de rejoindre ses parents en Allemagne, qui y exerçaient
à l’époque une activité salariée régulière, de sorte qu’il doit être considéré comme un membre de la famille
d’un travailleur turc au sens de cette disposition. »).
Toutefois, il est nécessaire à cet égard de relever les différences notables de rédaction entre la décision
n
o
  3/80 du Conseil d’association, applicable en l’espèce, et la décision n
o
  1/80. En effet, aux termes de
l’article 2 de la décision n
o
 3/80, intitulé « Champ d’application personnel » :
« La présente décision s’applique :
- aux travailleurs qui sont ou ont été soumis à la législation de l’un ou de plusieurs des États membres et qui
sont des ressortissants de la Turquie ;
- aux membres de la famille de ces travailleurs, qui résident sur le territoire de l’un des États membres ;
- aux survivants de ces travailleurs ».
La seule exigence posée pour bénéficier de l’égalité de traitement en matière de sécurité sociale est donc
la résidence des membres de la famille du travailleur turc, sans qu’aucune mention relative à leur entrée
régulière sur le territoire de l’État membre ne figure à l’article  2 de la décision n
o
  3/80, à la différence de
l’article  7, premier alinéa, de la décision n
o
  1/80. Or la Cour de justice est extrêmement attentive aux
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Bulletin d’information
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15 mai 2013
différences de rédaction de ces décisions et retient une interprétation stricte des conditions qui y
sont instituées à l’égard des travailleurs migrants turcs, puisqu’il résulte de sa jurisprudence qu’en
ce qui concerne l’article  7, second alinéa, de la décision n
o
  1/80, qui reconnaît un accès au marché
de l’emploi de l’État membre aux membres de la famille du travailleur migrant «  ayant accompli une
formation professionnelle dans le pays d’accueil », et ce, indépendamment de leur durée de résidence
dans cet État membre, la condition qu’ils aient été autorisés à rejoindre le travailleur migrant n’est
pas applicable (CJCE, 5 octobre 1994, Eroglu, aff.C-355/93, Rec., I, p. 5113 : « contrairement à ce que fait
valoir le gouvernement allemand, le droit de répondre à toute offre d’emploi, que l’article 7, deuxième alinéa,
de la décision n
o
 1/80 confère aux enfants des travailleurs turcs ayant accompli une formation professionnelle
dans le pays d’accueil, n’est subordonné à aucune condition relative au motif pour lequel un droit d’entrée
et de séjour leur a été initialement accordé. Le  fait que celui-ci ne leur ait pas été accordé en vue d’un
regroupement familial mais, par exemple, à des fins d’études n’est dès lors pas de nature à priver l’enfant
d’un travailleur turc qui remplit les conditions de l’article 7, deuxième alinéa, du bénéfice des droits conférés
par cette disposition  » (attendu 22)  ; CJCE, 19  novembre  1998, Akman, aff.  C-210/97, Rec., I, p.  7519  :
« l’article 7, second alinéa, n’exige pas, contrairement au premier alinéa du même article, que les enfants aient
été autorisés à rejoindre leur parent dans l’État d’accueil  » (attendu 37)  ; voir aussi CJCE, 16  février  2006,
Torun, aff. C-502/04, Rec., I, p. 1563, attendus 22 à 25).
Par ailleurs, il convient de souligner que, tant en droit français qu’en droit de l’Union européenne, le titulaire
du droit aux prestations familiales est le travailleur migrant lui-même, et non les enfants à charge au titre
desquels il perçoit les allocations. Cela résulte clairement de la décision n
o
  3/80 du Conseil d’association,
article 19, § 1 : « Le titulaire de pensions ou de rentes qui réside, ainsi que ses enfants à sa charge, sur le
territoire d’un État membre bénéficie des allocations familiales... », ainsi que du règlement (CEE) n
o
 1408/71,
dont l’article 73, intitulé : « Travailleurs salariés ou non salariés dont les membres de la famille résident dans
un État membre autre que l’État compétent  », dispose  : «  Le  travailleur salarié ou non salarié soumis à la
législation d’un État membre a droit, pour les membres de sa famille qui résident sur le territoire d’un autre
État membre, aux prestations familiales prévues par la législation du premier État, comme s’ils résidaient sur
le territoire de celui-ci, sous réserve des dispositions de l’annexe VI ».
L’assemblée plénière devra dès lors apprécier si l’éventuelle irrégularité de l’entrée des enfants mineurs
du migrant turc résidant, lui, de façon régulière en France peut être prise en compte pour s’opposer, dans
le domaine de la sécurité sociale, à l’application du principe de l’égalité de traitement tel que prévu par la
décision n
o
 3/80 du Conseil d’association.
Il en résulte, semble-t-il, que le rejet par la Cour de justice du recours en annulation du Parlement européen
formé à l’encontre des articles 4, § 1, dernier alinéa, 6 et 8 de la directive 2003/86/CE du Conseil du
22 septembre 2003 relative au droit au regroupement familial (JOCE, L. 251, p. 12), recours qui était fondé sur
la violation supposée par ces dispositions de certains droits fondamentaux issus notamment de la Convention
de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales et de la Convention internationale des
droits de l’enfant (CJCE, 27 juin 2006, Parlement européen contre Conseil, aff. C-540/03, Rec., I, p. 5769),
est sans influence sur le présent pourvoi.
Par ailleurs, il convient de relever qu’aux termes de l’article 3, § 4, de ladite directive : « La présente directive
ne porte pas atteinte aux dispositions plus favorables :
a) des accords bilatéraux et multilatéraux entre la Communauté ou la Communauté et ses États membres,
d’une part, et des pays tiers, d’autre part ».
Or les accords d’association sont des accords multilatéraux signés entre la Communauté et ses États
membres, compte tenu des compétences parfois partagées entre l’Union et les États membres, et un État
tiers.
Si cet arrêt présente un grand intérêt en ce qui concerne l’interprétation qu’il retient, en matière de
regroupement familial, des exigences découlant de la Convention de sauvegarde des droits de l’homme et de
la Convention internationale des droits de l’enfant, textes sur lesquels se fondent les trois premières branches
du moyen unique du pourvoi dans le dossier n
o
 11-17.520, qui sera évoqué au cours de la même audience de
l’assemblée plénière (cf. le rapport dans ce dossier), en revanche, pour les raisons qui viennent d’être dites,
pour le présent pourvoi, cette décision n’exerce pas d’influence.
Il convient néanmoins d’examiner l’influence de la Convention internationale des droits de l’enfant sur le
présent pourvoi, compte tenu des diverses interprétations qui pourraient être retenues de cette Convention,
la deuxième chambre civile ayant ainsi jugé, dans un arrêt du 15 avril 2010 (pourvoi n
o
 09-12.911, Bull. 2010,
II, n
o
  85), en se fondant notamment sur l’article  3 de la Convention internationale sur les droits de l’enfant,
que, «  répondant à l’intérêt de la santé publique et à l’intérêt de la santé de l’enfant, la production du
certificat médical exigée à l’appui de la demande de prestations familiales du chef d’un enfant étranger ne
porte pas une atteinte disproportionnée au droit à la vie familiale  ». L’on relèvera qu’en revanche, l’arrêt
de l’assemblée plénière du 3  juin  2011 (assemblée plénière, pourvoi n
o
  09-69.052, Bull.  2011, Ass. plén.,
n
o
  6  ; le second arrêt de la même date [pourvoi n
o
  09-71.352, Bull.  2011, Ass. plén., n
o
  5] n’évoquant pas
la Convention internationale des droits de l’enfant du moins dans l’arrêt lui-même] se borne à juger que les
articles L.512-2 et D.  512-2 du code de la sécurité sociale, dans leur rédaction issue respectivement de
la loi n
o
  2005-1579 du 19  décembre  2005 et du décret n
o
  2006-234 du 27  février  2006, «  ne portent pas
une atteinte disproportionnée au droit à la vie familiale garanti par les articles 8 et 14 de la Convention de
sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales, ni ne méconnaissent les dispositions de
l’article  3, § 1, de la Convention internationale des droits de l’enfant  ». En d’autres termes, si l’assemblée
77

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plénière a décidé que la législation française n’était pas incompatible avec l’article  3, §  1, de la Convention
internationale des droits de l’enfant, elle n’a pas jugé que cette disposition obligeait nécessairement la France
à adopter la législation contestée.
L’influence de la Convention internationale des droits de l’enfant
Les dispositions pertinentes de la Convention internationale des droits de l’enfant sont les suivantes :
« Article 3
1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu’elles soient le fait des institutions publiques ou
privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l’intérêt
supérieur de l’enfant doit être une considération primordiale.
2. Les États parties s’engagent à assurer à l’enfant la protection et les soins nécessaires à son bien-être,
compte tenu des droits et des devoirs de ses parents, de ses tuteurs ou des autres personnes légalement
responsables de lui, et ils prennent à cette fin toutes les mesures législatives et administratives appropriées.
Article 9
1. Les États parties veillent à ce que l’enfant ne soit pas séparé de ses parents contre leur gré, à moins
que les autorités compétentes ne décident, sous réserve de révision judiciaire et conformément aux lois et
procédures applicables, que cette séparation est nécessaire dans l’intérêt supérieur de l’enfant. Une décision
en ce sens peut être nécessaire dans certains cas particuliers, par exemple lorsque les parents maltraitent
ou négligent l’enfant, ou lorsqu’ils vivent séparément et qu’une décision doit être prise au sujet du lieu de
résidence de l’enfant.
Article 10
1. Conformément à l’obligation incombant aux États parties en vertu du paragraphe premier de l’article  9,
toute demande faite par un enfant ou ses parents en vue d’entrer dans un État partie ou de le quitter aux
fins de réunification familiale est considérée par les États parties dans un esprit positif, avec humanité et
diligence. Les États parties veillent en outre à ce que la présentation d’une telle demande n’entraîne pas de
conséquences fâcheuses pour les auteurs de la demande et les membres de leur famille.
Article 18
1. Les États parties s’emploient de leur mieux à assurer la reconnaissance du principe selon lequel les deux
parents ont une responsabilité commune pour ce qui est d’élever l’enfant et d’assurer son développement. La
responsabilité d’élever l’enfant et d’assurer son développement incombe au premier chef aux parents ou, le cas
échéant, à ses représentants légaux. Ceux-ci doivent être guidés avant tout par l’intérêt supérieur de l’enfant.
2. Pour garantir et promouvoir les droits énoncés dans la présente Convention, les États parties accordent
l’aide appropriée aux parents et aux représentants légaux de l’enfant dans l’exercice de la responsabilité qui
leur incombe d’élever l’enfant et assurent la mise en place d’institutions, d’établissements et de services
chargés de veiller au bien-être des enfants.
Article 24
1. Les États parties reconnaissent le droit de l’enfant de jouir du meilleur état de santé possible et de
bénéficier de services médicaux et de rééducation. Ils s’efforcent de garantir qu’aucun enfant ne soit privé du
droit d’avoir accès à ces services.
Article 26
1. Les États parties reconnaissent à tout enfant le droit de bénéficier de la sécurité sociale, y compris les
assurances sociales, et prennent les mesures nécessaires pour assurer la pleine réalisation de ce droit en
conformité avec leur législation nationale.
2. Les prestations doivent, lorsqu’il y a lieu, être accordées compte tenu des ressources et de la situation de
l’enfant et des personnes responsables de son entretien, ainsi que de toute autre considération applicable à
la demande de prestation faite par l’enfant ou en son nom.
Article 27
1. Les États parties reconnaissent le droit de tout enfant à un niveau de vie suffisant pour permettre son
développement physique, mental, spirituel, moral et social.
2. C’est aux parents ou autres personnes ayant la charge de l’enfant qu’incombe au premier chef la
responsabilité d’assurer, dans les limites de leurs possibilités et de leurs moyens financiers, les conditions de
vie nécessaires au développement de l’enfant.
3. Les États parties adoptent les mesures appropriées, compte tenu des conditions nationales et dans la
mesure de leurs moyens, pour aider les parents et autres personnes ayant la charge de l’enfant à mettre en
œuvre ce droit et offrent, en cas de besoin, une assistance matérielle et des programmes d’appui, notamment
en ce qui concerne l’alimentation, le vêtement et le logement ».
Il n’est pas certain que la question délicate de l’effet direct de certains de ces articles de la Convention, qui
est examinée dans le rapport du pourvoi n
o
 11-17.520, doive être analysée par l’assemblée plénière en ce qui
concerne le présent pourvoi. En effet, la Convention internationale des droits de l’enfant est ici invoquée par le
moyen unique du pourvoi pour faire échec aux obligations communautaires résultant de l’Accord d’association
CEE-Turquie et de la décision n
o
 3/80 du Conseil d’association, et, comme il a été dit, la cour d’appel ne s’est
pas fondée sur cette Convention internationale pour écarter l’application des textes pertinents du code de la
sécurité sociale, mais seulement sur le droit de l’Union européenne.
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Bulletin d’information
Arrêt publié intégralement

15 mai 2013
Or la question de l’éventuelle contrariété entre une convention internationale signée par un État membre avec
des États tiers et des normes de l’Union européenne est réglée par l’article 351 du Traité sur le fonctionnement
de l’Union européenne, qui dispose ainsi :
Article 351 TFUE (ex-article 307 et auparavant 234 du Traité CE) :
«  Les droits et obligations résultant de conventions conclues antérieurement au  1
er
  janvier  1958 [date de
l’entrée en vigueur du Traité de Rome] ou, pour les États adhérents, antérieurement à la date de leur adhésion,
entre un ou plusieurs États membres, d’une part, et un ou plusieurs États tiers, d’autre part, ne sont pas
affectés par les dispositions des traités.
Dans la mesure où ces conventions ne sont pas compatibles avec les traités, le ou les États membres en
cause recourent à tous les moyens appropriés pour éliminer les incompatibilités constatées. En cas de besoin,
les États membres se prêtent une assistance mutuelle en vue d’arriver à cette fin et adoptent le cas échéant
une attitude commune ».
Il résulte de ces dispositions que la Convention internationale des droits de l’enfant de 1989, si tant est que
l’on puisse l’interpréter non pas seulement comme justifiant une législation telle que la législation française
présentement contestée, mais comme rendant obligatoirement nécessaire l’adoption d’une telle législation,
n’est pas de nature à permettre à un État membre de ne pas respecter ses obligations communautaires
résultant de l’Accord d’association CEE-Turquie de 1963, qui, en tout état de cause, est antérieur à la
Convention internationale des droits de l’enfant. Par ailleurs, compte tenu de la nature mixte des accords
d’association, qui sont à la fois approuvés par une décision du Conseil de l’Union européenne et ratifiés par
les États membres (du fait des compétences partagées entre l’Union et les États membres pour certaines
matières) et qui sont donc en partie des normes adoptées sur le fondement des traités (la possibilité de
signer des accords d’association est prévue par les articles 217 et suivants du Traité sur le fonctionnement
de l’Union européenne), la Cour de justice en a déduit, depuis l’arrêt Demirel (CJCE, 30  septembre  1987,
aff.  12/86, Rec., p.  3719  ; voir aussi CJCE, 14  novembre  1989, Grèce c/ Commission, aff.  30/88  ; CJCE,
20 septembre 1990, Sevince, aff. C-192/89, Rec., I, p. 3461), que « les dispositions d’un accord d’association
conclu par le Conseil forment partie intégrante, à partir de l’entrée en vigueur de cet accord, de l’ordre juridique
communautaire », que, « du fait de leur rattachement direct à l’accord qu’elles mettent en œuvre, les décision
du Conseil d’association font, au même titre que l’accord lui-même, partie intégrante, à partir de leur entrée
en vigueur, de l’ordre juridique communautaire  » et que la Cour de justice est dès lors «  compétente pour
statuer à titre préjudiciel sur l’accord en tant qu’acte pris par une des institutions de la Communauté » (CJCE,
20 septembre 1990, Sevince, précité, attendus 8 à 10). Il semble dès lors que la Cour de justice considère les
accords d’association comme étant du droit communautaire dérivé, c’est-à-dire comme des normes faisant
partie du corpus juridique produit par les institutions de l’Union et que, par voie de conséquence, ce n’est
pas la date de l’entrée en vigueur de l’accord d’association lui-même qui doit être considérée, mais la date de
l’entrée en vigueur du Traité de Rome, sur le fondement duquel les accords d’association sont conclus, soit
le1
er
 janvier 1958, pour examiner si le doit communautaire est susceptible de ne pas affecter les dispositions
d’une convention signée antérieurement au Traité de Rome par un ou plusieurs États membres avec des États
tiers. En tout état de cause, la difficulté n’existe pas pour l’Accord d’association CEE-Turquie.
Cette question de l’incompatibilité d’une norme de l’Union européenne avec une Convention internationale
antérieure n’est pas ignorée de la Cour de justice, qui a statué notamment en ce qui concerne la loi française
interdisant le travail de nuit des femmes, déclarée dans un premier arrêt incompatible avec le principe de
l’égalité de traitement résultant de la directive 76/207/CEE (CJCE, 25 juillet 1991, aff. C-345/ 89, Stœckel :
Rec., CJCE 1991, I, p. 4047 ; Europe 1991, n
o
 15 - voir sur l’ensemble de la question, C. Pettiti, « Le travail
de nuit des femmes, aspects nationaux et internationaux », Droit social 1988, n
o
 4, p. 302 - sur les difficultés
de coordination de cet arrêt avec la Convention de l’OIT n
o
 89 du 9 juillet 1948 : J.-G. Huglo, « L’interdiction
du travail de nuit des femmes face au principe communautaire de l’égalité de traitement  », Dalloz 1991,
p. 443 ; voir aussi sur la législation italienne : CJCE, 4 décembre 1997, aff. C-207/96, Commission c/ Italie :
Rec., CJCE 1997, I, p. 6869), puis, saisie d’une seconde question préjudicielle visant cette fois l’existence de
la Convention de l’Organisation internationale du travail de 1948, ratifiée par la France (Convention n
o
 89 de
l’Organisation internationale du travail, ratifiée par la loi n
o
 53-603 du 7 juillet 1953), a toutefois été amenée
à préciser que ce principe d’incompatibilité de la prohibition du travail de nuit des femmes était valable sous
réserve de l’application des conventions internationales signées, avant l’entrée en vigueur du Traité de Rome,
entre des États membres et des États tiers en application de l’article 307 (ex-article 234) du Traité CE (CJCE,
2  août  1993, aff.  C-158/91, Levy, Rec., CJCE 1993, I, p.  4287  ; Europe 1993, comm. 383). C’est par une
application parfaitement classique du droit international public que la Cour de justice en déduit que le juge
français doit continuer à appliquer la loi française, même contraire au principe communautaire d’égalité de
traitement, dès lors que cette loi est nécessaire pour assurer l’exécution, par la France, d’obligations résultant
d’une convention conclue antérieurement à l’entrée en vigueur du Traité CEE avec les États tiers. L’on notera
qu’entre-temps, les gouvernements français et italien ont dénoncé cette Convention de l’OIT en exécution de
l’obligation de mettre fin à l’incompatibilité qui est instituée par le deuxième alinéa de l’article  351 du Traité
sur le fonctionnement de l’Union européenne.
La même réserve des conventions antérieures de l’OIT a été appliquée par la Cour de justice en ce qui
concerne la prohibition générale d’emploi des femmes dans le secteur minier souterrain (CJCE, 1
er
 février 2005,
aff. C-203/03, Commission contre Autriche, Rec., CJCE, 2005, I, p. 935 ; F. Kessler, RJS 7/05, p. 509).
Il est particulièrement douteux en tout état de cause que la Cour de justice interprète la Convention
internationale des droits de l’enfant, qui est d’ailleurs reprise, quant à son article  3, à l’article  24 de la
Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne (voir l’explication à l’article  24, en annexe de la
Charte), de manière à créer une incompatibilité avec le droit de l’Union européenne et le principe d’égalité de
traitement résultant des accords d’association. En tout état de cause, si l’assemblée plénière devait identifier
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15 mai 2013
Arrêt publié intégralement

Bulletin d’information
une contrariété entre le droit de l’Union résultant de l’Accord d’association CEE-Turquie et la Convention
internationale des droits de l’enfant, la France serait tenue, en vertu de l’article  351, alinéa 2, du Traité sur
le fonctionnement de l’Union européenne, de dénoncer la Convention internationale des droits de l’enfant.
L’assemblée plénière devra apprécier ces différents éléments.
5. - Orientation proposée : assemblée plénière, audience du 22 mars 2013
Nombre de projet(s) préparé(s) : 3
80

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Arrêt publié intégralement

15 mai 2013
M. Tékin X…, de nationalité turque, titulaire d’une carte de résident en cours de validité, a, le 14 août 2007,
présenté une demande afin de bénéficier des prestations familiales pour ses trois enfants, Setef, Ceyda et
Oktay, nés en Turquie, respectivement le 4 juin 1991, le 10 juillet 1996 et le 18 octobre 1999, scolarisés en
France depuis l’année scolaire 2006-2007.
Selon le demandeur, ses trois enfants seraient entrés en France le 15  octobre  2006  ; dans une seconde
demande, il précise que les enfants seraient entrés en France le 1
er
 septembre 2006 et, dans son courrier de
recours, la date de l’entrée serait : octobre 2008.
La demande de M. X… a, le 17 octobre 2008, été refusée au motif que les enfants n’étaient pas titulaires du
certificat de l’Agence nationale de l’accueil des étrangers et des migrations (ANAEM).
Par décision du 26  mars  2009, la commission de recours amiable a confirmé le rejet de la requête
présentée par M.  X… afin de percevoir les allocations familiales pour ses trois enfants entrés en France (à
une date mal définie) en méconnaissance de la procédure de regroupement familial telle que prévue par le
décret n
o
  2006-234 du 27  février  2006 (absence du certificat de contrôle médical par l’ANAEM au titre du
regroupement familial).
Le  29  septembre  2009, le tribunal des affaires de sécurité sociale (TASS) du Gard confirmait la décision de
rejet de la commission de recours amiable de la CAF du Gard.
Sur appel de M. X…, la cour d’appel de Nîmes, par arrêt du 9 novembre 2010, notifié le 26 novembre 2010,
ordonnait la réouverture des débats en renvoyant l’affaire à l’audience du  1
er
  février  2011, invitant «  les
parties à s’expliquer sur la possible application en la cause de la jurisprudence de la Cour de justice de
l’Union européenne tirée de l’arrêt C-262-96 du 4 mai 1999, Recueil 1999, page 1 02686, et à formuler leurs
observations ».
Par arrêt du 29  mars  2011, la cour d’appel de Nîmes, analysant la décision ci-dessus visée (arrêt Sürül),
se référant à l’Accord entre la Communauté économique européenne et la Turquie, signé à Ankara le
12  septembre  1963, au protocole additionnel du 23  novembre  1970 et à la décision n
o
  3/80 du Conseil
d’association, annulait la décision de la CAF du Gard du 17 octobre 2008 en ce qu’elle avait refusé le bénéfice
des prestations familiales à M. X… pour ses trois enfants.
C’est l’arrêt attaqué, lequel est ainsi motivé :
« En l’espèce et comme dans l’affaire de Mme Sürül, le fondement juridique de la contestation est le principe
de non-discrimination en raison de la nationalité, énoncé à l’article 3, paragraphe premier, de cette décision,
en vue de bénéficier, dans l’État membre de sa résidence et au titre de la seule législation de cet État, d’une
prestation de sécurité sociale aux mêmes conditions que celles prévues pour les ressortissants de l’État
membre d’accueil ;
Selon cette jurisprudence :
- l’absence de toute discrimination fondée sur la nationalité dans le domaine d’application de la décision
n
o
  3/80 implique qu’un ressortissant turc visé par cette dernière soit traité de la même manière que les
nationaux de l’État membre d’accueil, de sorte que la législation de cet État membre ne saurait soumettre
l’octroi d’un droit à des conditions supplémentaires ou plus rigoureuses par rapport à celles applicables à
ses propres ressortissants ;
- un ressortissant turc, qui a été autorisé à entrer sur le territoire d’un État membre au titre du regroupement
familial avec un travailleur migrant turc et qui réside légalement avec ce dernier, doit pouvoir obtenir dans l’État
d’accueil le bénéfice d’une prestation de sécurité sociale prévue par la réglementation de cet État dans les
mêmes conditions que les nationaux de l’État membre concerné ;
- ainsi un ressortissant turc, qui a été autorisé à résider sur le territoire de l’État membre d’accueil, y réside
effectivement avec son enfant et remplit donc toutes les conditions que la réglementation pertinente impose
aux ressortissants nationaux, ne peut se voir refuser le bénéfice des allocations familiales pour son enfant
du seul fait qu’il ne satisfait pas à la condition relative à la possession d’une autorisation de séjour ou d’un
permis de séjour, condition ne visant, par nature, que les étrangers, et son application aboutit, dès lors, à une
inégalité de traitement exercée en raison de la nationalité ;
- dans ces conditions, il y lieu de considérer que le fait, pour un État membre, d’exiger d’un ressortissant
turc qui relève du champ d’application de la décision n
o
 3/80 qu’il possède un certain type de titre de séjour
pour bénéficier d’une prestation telle que l’allocation en cause au principal, alors qu’aucun document de
cette nature n’est demandé aux ressortissants dudit État, constitue une discrimination au sens de l’article 3,
paragraphe premier, de ladite décision ;
- dans la mesure où aucun argument de nature à justifier objectivement cette différence de traitement n’est
invoqué, une telle discrimination est incompatible avec la décision n
o
 3/80.
Dès lors M.  Tékin X…, ressortissant turc, séjournant régulièrement sur le territoire français au jour de
la demande de bénéfice des allocations familiales, puisqu’en possession d’un titre de séjour délivré le
7  mars  2005, y résidant effectivement avec ses enfants Sedef, Ceyda et Oktay, ainsi qu’en attestent les
certificats de scolarité des enfants, lesquels sont à sa charge effective, ne peut-il se voir refuser le bénéfice
Avis de M. Azibert
Premier avocat général
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15 mai 2013
Arrêt publié intégralement

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des allocations familiales au motif qu’il ne satisfait pas à la condition de produire un certificat médical pour
chaque enfant délivré par l’Office français de l’immigration et de l’intégration, ancienne ANAEM, une telle
condition ne visant, par nature, que le seul ressortissant étranger et dont l’application conduit à une inégalité
de traitement exercée en raison de la nationalité, non justifiée objectivement ».
Cet arrêt de la cour d’appel de Nîmes, en date du 29 mars 2011, a été notifié le 4 avril 2011 et a fait l’objet
d’un pourvoi en cassation par la CAF du Gard le 3 juin 2011.
Le  3  octobre  2011, le demandeur a déposé, par l’intermédiaire d’un avocat aux Conseils, un mémoire
ampliatif composé d’un moyen unique de cassation ainsi rédigé :
« Il est fait grief à l’arrêt infirmatif attaqué d’AVOIR annulé la décision de la CAF du Gard et d’AVOIR renvoyé
M. X… devant la CAF du Gard pour la liquidation de ses droits ;
AUX MOTIFS QU’un accord d’association a été conclu entre la Communauté européenne et la Turquie,
qui interdit toute discrimination à raison de la nationalité entre les ressortissants de la Communauté
européenne et les citoyens turcs  ; que le versement des allocations familiales aux ressortissants turcs ne
saurait être subordonné à des conditions, telle la régularité d’un titre de séjour, auxquels les ressortissants
de la Communauté européenne ne seraient pas soumis, sauf argument non établi en l’espèce de nature à
justifier objectivement une telle discrimination incompatible avec la décision n
o
 3/80 ; que M. X… peut donc
prétendre au versement des allocations familiales pour ses trois enfants vivant avec lui, peu important qu’il
ne puisse justifier de certificat médical normalement délivré par l’OFII lors de l’entrée en France d’enfants de
ressortissants étrangers ;
ALORS QUE, répondant à l’intérêt de la santé publique et à l’intérêt de la santé de l’enfant, la production
du certificat médical exigée à l’appui de la demande de prestations familiales du chef d’un enfant étranger
ne porte pas une atteinte disproportionnée au droit à la vie familiale et n’est pas davantage contraire au
principe de non-discrimination à raison de la nationalité ; que l’exigence d’un certificat médical, non imposé
aux nationaux, est justifiée par une circonstance objective exclusive de toute discrimination et tenant à la
nécessité de ne pas permettre l’entrée sur le territoire de l’Union économique d’enfants qui ne pourraient
pas bénéficier d’un accueil sanitaire et social suffisant  ; qu’en jugeant le contraire, la cour d’appel a violé
les articles L.  512-1, L.  512-2 et D.  511-1 du code de la sécurité sociale, ensemble les articles 8 et 14 de
la Convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales et l’article 3
de la Convention internationale des droits de l’enfant, et l’article  3, § 1, de la décision n
o
  3/80 du Conseil
d’association du 19  septembre  1980 relative à l’application des régimes de sécurité sociale des États
membres des Communautés européennes aux travailleurs turcs et aux membres de leur famille ».
Le  14  décembre  2011, un mémoire en défense a été déposé, concluant au rejet du pourvoi, à une
condamnation au titre de l’article 700 du code de procédure civile et soutenant l’irrecevabilité du moyen en
ces termes :
«  … ce moyen est irrecevable puisque la caisse s’en était rapportée à la sagesse de la cour d’appel après
l’arrêt avant-dire-droit. Elle n’avait donc pas contesté l’application de la jurisprudence résultant de l’arrêt de
la CJUE du 4 mai 1999 ».
En cet état, par décision du 11 octobre 2012, la deuxième chambre civile de la Cour a ordonné le renvoi du
pourvoi en assemblée plénière.
Le moyen unique, posant la question de la compatibilité d’une norme nationale au droit européen, étant un
moyen de pur droit, l’irrecevabilité d’un tel moyen, soulevée dans le mémoire en défense, ne nous paraît pas
devoir être accueillie.
Le pourvoi soumis à l’examen de l’assemblée plénière de la Cour de cassation pose la question du contrôle
de conventionnalité des dispositions des articles L. 512-1 et L. 512-2 du code de la sécurité sociale, dans la
rédaction issue de la loi n
o
 2005-1579 du 19 décembre 2005, au regard des dispositions des articles 8 et 14
de la Convention de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ; des articles 3, 24-1 et
26 de la Convention des Nations unies du 20 novembre 1989, signée par la France le 26 janvier 1990, sur les
droits de l’enfant ; 86 du règlement (CEE) n
o
 574/72 du Conseil du 21 mars 1972 ; 39, 58 et 59 du règlement
(CEE) n
o
 2760/72 du Conseil du 19 décembre 1972 ; 2-1, 8 et 9 de l’Accord créant une association entre la
Communauté économique européenne et la Turquie du 12 septembre 1963 ; 2, 3, § 1, 4, 18 de la décision
n
o
 3/80 du Conseil d’association du 19 septembre 1980 ; 6, § 1, et 7 et 14, § 1, de la décision n
o
 1/80 du
19 septembre 1980.
La question est donc posée pour les enfants dont les parents de nationalité turque résident en France
régulièrement et qui les rejoignent postérieurement sans qu’ait été respectée la procédure de regroupement
familial, sans qu’ils aient obtenu le certificat médical prévu par l’article D. 512-2-2 du code de sécurité sociale.
Se référant aux déclarations de M.  X…, les trois enfants étant entrés en France postérieurement à la mise
en vigueur de la loi du 19 décembre 2005, leur situation au regard des textes antérieurement applicables ne
sera pas examinée.
Votre contrôle va donc s’exercer sur les dispositions du dernier alinéa de l’article L. 512-2 du code de la sécurité
sociale et, par voie de conséquence, sur l’obligation imposée par le 2° de l’article D. 512-2 dudit code
1
.
La loi a renvoyé au domaine réglementaire le soin de déterminer «  la nature des documents exigés pour
justifier que les enfants que ces étrangers ont à charge et au titre desquels les prestations familiales sont
demandées remplissent les conditions » prévues par la loi.
1
Annexe 1.
82

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Arrêt publié intégralement

15 mai 2013
Le  décret du 27  février  2006 (article  D.  512-2) a précisé les pièces et documents exigés, et plus
particulièrement dans son 2° : « Certificat de contrôle médical de l’enfant, délivré par l’Agence nationale de
l’accueil des étrangers et des migrations à l’issue de la procédure d’introduction ou d’admission au séjour au
titre du regroupement familial ».
Le texte de la loi du 19 décembre 2005 a été soumis au Conseil constitutionnel, motifs pris de l’atteinte au
droit de chacun à mener une vie familiale normale, de la violation du principe d’égalité et de l’erreur manifeste
d’appréciation.
En constatant le respect du principe d’égalité et du droit de mener une vie familiale normale, le Conseil
constitutionnel, dans sa décision n
o
  2005-528 DC du 15  décembre  2005, a jugé que le nouveau dispositif
était conforme à la Constitution en précisant notamment :
«  14. Considérant, toutefois, qu’aucun principe non plus qu’aucune règle de valeur constitutionnelle ne
confère aux étrangers des droits de caractère général et absolu d’accès et de séjour sur le territoire national ;
qu’il appartient au législateur d’assurer la conciliation entre la sauvegarde de l’ordre public, qui est un objectif
de valeur constitutionnelle, et le droit de mener une vie normale ;
16. Considérant, en deuxième lieu, qu’en adoptant la disposition contestée, le législateur a entendu éviter
que l’attribution de prestations familiales au titre des enfants entrés en France en méconnaissance des règles
du regroupement familial ne prive celles-ci d’effectivité et n’incite un ressortissant étranger à faire venir ses
enfants sans que soit vérifiée sa capacité à leur offrir des conditions de vie et de logement décentes, qui sont
celles qui prévalent en France, pays d’accueil  ; qu’en portant une telle appréciation, le législateur n’a pas
opéré, entre les exigences constitutionnelles en cause, une conciliation manifestement déséquilibrée ;
17. Considérant, en troisième lieu, que la différence établie par le législateur entre les enfants entrés en France
dans le cadre de la procédure de regroupement familial et ceux qui y sont entrés en méconnaissance de
cette procédure est en rapport avec l’objectif qu’il s’est fixé ; que doit être dès lors rejeté le moyen tiré d’une
rupture d’égalité ».
Enfin, dans une tribune publiée dans un quotidien, le président de l’Assemblée nationale alors en exercice,
M.  Bernard Accoyer, s’interrogeant sur les prérogatives de la Cour européenne des droits de l’homme et
sur les conséquences de ses décisions sur la législation nationale, dans le débat sur la primauté du contrôle
constitutionnel ou du contrôle de conventionnalité, a pris position pour une décision finale par le Parlement.
La deuxième chambre de la Cour de cassation, par arrêt du 15  avril  2010 (2
e
Civ., 15  avril  2010, pourvoi
n
o
 09-12.911, Bull. 2010, II, n
o
 85), a fait application des articles L. 512-2 et D. 512-2 du code de la sécurité
sociale, tels qu’issus de la loi du 19 décembre 2005, et a cassé un arrêt de la cour d’appel de Riom, en date
du 27 janvier 2009, qui avait accordé le bénéfice des allocations familiales au demandeur qui, séjournant en
France sous le couvert d’une carte de séjour, avait fait venir son fils mineur hors procédure de regroupement
familial, au motif  : «  … qu’il résulte des articles 8 et 14 de la Convention de sauvegarde des droits de
l’homme et des libertés fondamentales ainsi que de l’article  3 de la Convention internationale sur les droits
de l’enfant que la jouissance des droits aux prestations sociales doit être assurée sans distinction fondée sur
l’origine nationale, retient que le fait de subordonner à la production d’un justificatif de la régularité du séjour
des enfants mineurs le bénéfice des prestations familiales constitue une exigence contraire aux stipulations
précitées… » (le justificatif en cause étant le certificat médical prévu par l’article D. 512-2, 2°, du code de la
sécurité sociale).
Le motif de l’arrêt de cassation était ainsi rédigé :
« Qu’en statuant ainsi, alors que, répondant à l’intérêt de la santé publique et à l’intérêt de la santé de l’enfant,
la production du certificat médical exigée à l’appui de la demande de prestations familiales du chef d’un
enfant étranger ne porte pas une atteinte disproportionnée au droit à la vie familiale, la cour d’appel a violé
les textes susvisés… »
Dès lors, le problème était posé  : les dispositions de l’article  L.  512-2 du code de la sécurité sociale
étaient-elles ou non conformes aux dispositions, d’une part, des articles 8 et 14 de la Convention de
sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales et, d’autre part, à celles de l’article 3 de la
Convention internationale des droits de l’enfant ?
En l’état de cette décision et malgré une doctrine dans l’ensemble critique de cette solution, la Cour, en
assemblée plénière, a, par arrêt en date du 3 juin 2011 (pourvoi n
o
 09-71.352, Bull. 2011, Ass. plén., n
o
 5),
jugé que les dispositions de droit interne (articles  L.  521-1, L.  521-2 et D.  521-2 du code de la sécurité
sociale) concernant la procédure de regroupement familial pour des mineurs étrangers (hors CE, CEE, CH)
entrés irrégulièrement en France n’étaient point en contravention avec les dispositions conventionnelles des
articles 8 et 14 de la Convention de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales.
L’arrêt de cassation est ainsi motivé :
«  Qu’en statuant ainsi, alors que les nouvelles dispositions législatives et réglementaires, qui revêtent un
caractère objectif justifié par la nécessité dans un état démocratique d’exercer un contrôle des conditions
d’accueil des enfants, ne portent pas une atteinte disproportionnée au droit à la vie familiale garanti par les
articles 8 et 14 de la Convention de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales, la cour
d’appel a violé les textes susvisés ».
Il ne paraît dès lors pas utile d’examiner plus avant cet aspect de la question
2
.
2
Voir arrêt du 3 juin 2011, pourvoi n° 09-71.352, et avis AG.
83

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En revanche, qu’en est-il au regard de la Convention internationale des droits de l’enfant, des règlements
communautaires et des accords et décisions liant la Communauté européenne et la Turquie ?
Avant d’examiner la conventionnalité de nos dispositions internes, il paraît nécessaire de décrire ce qu’est
la procédure de regroupement familial, et, plus particulièrement, de déterminer ce que recouvre le certificat
médical prévu par l’article D. 512-2 du code de la sécurité sociale.
La procédure de regroupement familial est prévue par les articles L. 411-1 et suivants du code d’entrée et du
séjour des étrangers et du droit d’asile.
Ce regroupement ne peut être refusé que pour l’un des motifs suivants (article L. 411-5) :
1) Le demandeur ne justifie pas de ressources stables et suffisantes pour subvenir aux besoins de sa
famille. Sont prises en compte toutes les ressources du demandeur et de son conjoint indépendamment
des prestations familiales et des allocations prévues à l’article  L.  262-1 du code de l’action sociale et des
familles, à l’article L. 815-1 du code de la sécurité sociale et aux articles L. 351-9, L. 351-10 et L. 351-10-1
du code du travail. Les ressources doivent atteindre un montant qui tient compte de la taille de la famille
du demandeur. Le décret au Conseil d’État prévu à l’article L. 441-1 fixe ce montant qui doit être au moins
égal au salaire minimum de croissance mensuel et au plus égal à ce salaire majoré d’un cinquième. Ces
dispositions ne sont pas applicables lorsque la personne qui demande le regroupement familial est titulaire
de l’allocation aux adultes handicapés mentionnée à l’article  L.  821-1 du code de la sécurité sociale ou de
l’allocation supplémentaire mentionnée à l’article L. 815-24 du même code ;
2) Le  demandeur ne dispose pas ou ne disposera pas à la date d’arrivée de sa famille d’un logement
considéré normal pour une famille comparable vivant dans la même région géographique ;
3) Le demandeur ne se conforme pas aux principes essentiels qui, conformément aux lois de la République,
régissent la vie familiale en France, pays d’accueil. »
Trois conditions essentielles sont exigées pour le regroupement familial :
- la régularité du séjour en France du demandeur (durée de séjour de dix-huit mois au moins. En fait, les
demandes de regroupement familial se font bien au-delà des dix-huit mois) : article L. 411- 1 du code d’entrée
et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- les conditions d’accueil de la famille (grandeur du logement, état de salubrité) article  R.  411- 5 du même
code ;
- les conditions de ressources : article R. 411- 4 du même code).
S’y ajoutent l’établissement des liens de filiation et c’est là que se situent les vraies difficultés, le niveau
d’exigence pour les autres critères étant très bas (article L. 411-2 du même code).
Sur la procédure à suivre :
Le demandeur doit remplir un imprimé en France, pour sa famille qui se trouve à l’étranger. Les documents
d’état civil sont contrôlés par les consulats français à l’étranger (nombreux faux). Les maires (ou en cas de
non-exécution, l’OFII, qui dispose d’enquêteurs) vérifient les questions de logement, le dossier est ensuite
transmis, avec l’avis du maire, au préfet, qui prend la décision.
Une visite médicale a lieu dans le pays d’origine s’il existe localement une représentation locale de l’OFII, et,
à défaut, la procédure d’intégration et la visite médicale ont lieu à l’arrivée en France.
Si la famille se trouve déjà en France, la procédure, qui se déroule intégralement en France, est identique, sauf
en ce qui concerne les actes d’état civil, les consulats à l’étranger étant les mieux qualifiés pour apprécier
l’authenticité des documents, y compris la visite médicale  ; l’OFII dispose d’une trentaine d’antennes
comprenant des médecins salariés et passe des conventions avec des centres de santé.
Il convient d’observer que le certificat médical prévu par l’article D. 512-2, 2
e
, du code de la sécurité sociale
n’est que le dernier acte intervenant dans la procédure de regroupement familial.
En Allemagne, si les allocations familiales (Bundeskindergeldgesetz) sont, dans le cadre d’un regroupement
familial, attribuées sur la base d’un formulaire sur la situation de la famille et sur des précisions sur de
précédentes demandes d’allocations, elles sont, contrairement à la France, forfaitaires et ne dépendent pas
du revenu familial.
En revanche, pour obtenir l’allocation d’éducation, est exigé un certificat d’examen médical et de vaccinations
obligatoires.
En Italie, pour attester du lien de parenté, un examen ADN est possible.
À notre connaissance, aucune juridiction n’a en l’état relevé, en ce qui concerne ces législations, l’existence
d’une quelconque discrimination  ; mais cela n’est certes pas suffisant pour affirmer que notre propre
législation est conforme aux exigences conventionnelles.
Le  certificat dont il s’agit est-il à l’origine d’une discrimination  ? Est-il contraire aux dispositions
conventionnelles ? Ou ne s’agit-il que d’une mesure dans l’intérêt de l’enfant et de la protection de la santé
publique permettant de réserver le versement des allocations familiales jusqu’à sa délivrance ?
Il y a lieu de préciser, en premier lieu, que, pendant la procédure de regroupement familial, y compris, comme
en l’espèce, alors que les enfants mineurs sont entrés en France irrégulièrement, ces derniers bénéficient
d’un titre de circulation dans l’attente de la délivrance du certificat médical ; en second lieu, le respect de la
procédure de regroupement familial garantit à l’enfant, à sa majorité, l’obtention d’un titre de séjour.
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La visite médicale est, ce qui est normal, couverte par le secret médical et il n’existe pas de certificat
d’inaptitude.
Deux hypothèses se présentent à l’issue de l’examen médical  ; soit le mineur n’est porteur d’aucune
pathologie, ce qui est le cas le plus fréquent, la procédure touche dès lors à son terme et les allocations
familiales sont versées  ; soit le mineur est porteur d’une pathologie  ; pour autant, le certificat ne comporte
aucune mention d’ordre médical, mais la personne est alors prise en charge par le milieu médical et la
délivrance du certificat est provisoirement en attente.
En tout état de cause, un titre de circulation est délivré au mineur  ; il s’agit donc de s’assurer de sa santé
et, si besoin est, de lui prodiguer les soins nécessaires avant que ne soient versées les allocations familiales.
Tous les mineurs dans la même situation sont soumis à cette procédure.
En droit interne, en application des dispositions des articles L.  2132-1 et suivants du code de la santé
publique
3
, jusqu’à l’âge de six ans, les enfants bénéficient de vingt examens médicaux obligatoires ; le premier
de ces examens est effectué dans les huit jours qui suivent la naissance.
Le  manquement à ces obligations peut se traduire, notamment, par la saisine d’un juge des enfants  ; ce
magistrat peut placer l’enfant et les allocations sont alors versées, sauf décision motivée de ce magistrat, au
conseil général.
Peut-on soutenir que l’enfant étranger entrant en France irrégulièrement n’a pas à être soumis à un examen
médical et que le fait de suspendre le versement des allocations familiales serait discriminatoire ?
Y a-t-il dès lors discrimination ou atteinte disproportionnée au droit à la vie familiale ?
Il paraît difficile de parvenir à une telle conclusion alors même que ces mesures sont prises dans le seul intérêt
de l’enfant.
S’agissant des mineurs étrangers entrés irrégulièrement en France pour y rejoindre leurs parents, lesquels
séjournent régulièrement sur le territoire national, conditionner le versement des allocations familiales (qui
ne sont pas des droits patrimoniaux) à l’examen médical litigieux n’est ni une discrimination ni une atteinte
disproportionnée au droit à la vie familiale, mais une « pression » sur les parents pour s’assurer de la santé
de leurs enfants, et une obligation pour l’État, en application des dispositions conventionnelles, d’une part,
de s’assurer de leur santé et de leur prodiguer des soins, d’autre part, une mesure de santé publique pour
éviter tout risque de contagion éventuelle.
Dans la procédure dont votre assemblée est saisie, les enfants mineurs sont entrés irrégulièrement, par un
moyen inconnu et à une date indéterminée, sur le territoire national et auraient ainsi pu échapper, s’il avait été
mis en place, aux dispositions du contrôle sanitaire prévu par l’article R. 3115-1 du code de la santé publique,
en application des dispositions des articles L. 3115-1, L. 3116-3 et L. 3116-6 du même code, et à la mise en
œuvre du règlement sanitaire international de l’Organisation mondiale de la santé.
Y a-t-il une justification objective et raisonnable à imposer le contrôle médical aux mineurs entrés
irrégulièrement sur le territoire et à lier ce contrôle au versement des allocations familiales ?
L’objet de la loi nous paraît être, dans le cadre du regroupement familial, la protection de la santé publique et
celle de la santé des enfants, puisque, faut-il encore le rappeler, en aucun cas les enfants, même malades,
ne sont refoulés, quand bien même ils sont, comme en l’espèce, entrés illégalement sur le territoire national.
La préservation de la santé publique et l’obligation de soins à apporter aux enfants ou, du moins, la nécessité
de leur assurer un suivi médical, au regard d’un examen obligatoire, nous paraît être d’utilité publique.
Dès lors, la procédure de regroupement familial ne paraît nullement contraire aux dispositions liant la CEE et
la Turquie et serait opposable au demandeur au pourvoi.
La directive du 22  septembre  2003 relative au regroupement familial, en harmonie avec les dispositions de
l’article  8 de la Convention européenne, tel que cela a été jugé par la CJCE, le 27  juin  2006 (C-540.03),
reconnaît une large marge de manœuvre aux États au regard du respect de la vie familiale.
La Convention internationale des droits de l’enfant, quant à elle, pose dans son article  3, §  1, le principe
selon lequel «  l’intérêt de l’enfant doit être une considération primordiale  »  ; dans l’article  3, § 2, ladite
Convention prévoit que les États parties s’engagent notamment à assurer à l’enfant « les soins nécessaires à
son bien-être » et qu’ils doivent à cette fin, au regard des droits et devoirs des responsables desdits enfants,
prendre toutes mesures « législatives et administratives appropriées ».
Les articles 24, 1, et 2, b, méritent également un examen, car ils disposent que les États, d’une part,
reconnaissent le droit à l’enfant de jouir du meilleur état de santé possible, de bénéficier des services
médicaux et, d’autre part, qu’ils s’efforcent notamment d’assurer à tous les enfants l’assistance médicale et
les soins de santé nécessaires.
Enfin l’article 26, 1, paraît également d’une grande importance, puisqu’il invite les États à reconnaître à tout
enfant le bénéfice de la sécurité sociale, y compris les assurances sociales, et à prendre toutes les mesures
nécessaires pour la réalisation de ce droit « en conformité avec leur législation nationale ».
La santé des enfants, nationaux ou étrangers, sur le territoire national est donc primordiale et les États parties
à la Convention, dont la France, s’engagent à la préserver et à prodiguer aux enfants, ou à leur faire prodiguer,
les soins nécessaires.
3
Annexe 2.
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Il résulte des dispositions des articles 3 et 24 de la Convention sur les droits des enfants que l’intérêt supérieur
de l’enfant doit être une considération primordiale et, en cela, les États s’engagent, sous leur responsabilité, à
leur assurer les soins nécessaires et à prendre toutes les mesures législatives et administratives appropriées,
afin que l’enfant puisse bénéficier de soins médicaux.
Ne sommes-nous pas dans cette hypothèse ?
Encore faut-il accepter de distinguer les conditions imposées à l’entrée contrôlée sur le territoire national et le
séjour sur ledit territoire de mineurs entrés irrégulièrement.
Si, pour s’assurer qu’un enfant n’est pas malade, et à défaut lui prodiguer les soins, gratuits, nécessaires,
ou pour éviter une contagion, il paraît utile, pour obliger les parents à faire examiner l’enfant, de suspendre
le versement des allocations familiales, alors que tous les enfants dans la même situation (c’est-à-dire entrés
illégalement en France pour rejoindre leurs parents) sont soumis à la même obligation, nous sommes bien
dans un contexte de protection de la santé imposant une mesure restrictive temporaire, et non dans le cadre
d’une mesure discriminatoire portant notamment atteinte au droit à la vie familiale et relevant d’une législation
de contrôle de flux migratoire (les enfants bénéficiant en tout état de cause d’un titre de circulation) ; d’autant
plus que l’article 26 de la Convention sur les droits de l’enfant oblige les États à reconnaître à tout enfant le
droit de bénéficier de la sécurité sociale et des assurances sociales, et ce, en conformité avec leur législation
nationale.
Dès lors, il n’apparaît pas que notre législation soit, à l’examen de ce pourvoi, contraire aux dispositions de
la Convention internationale des droits de l’enfant, tant en termes de discrimination qu’en termes d’atteinte
disproportionnée à la vie familiale.
Les textes susmentionnés sont clairs, ils distinguent, pour les mineurs étrangers (hors CE, CEE et CH), les
conditions d’entrée sur le territoire et celles du séjour.
Qu’en est-il des mineurs de nationalité turque entrés irrégulièrement en France pour rejoindre leurs parents
qui, eux, sont en situation régulière  ? C’est à la lumière des règlements CEE, de l’Accord créant une
association entre la Communauté économique européenne et la Turquie, des décisions n
o
  1/80, 3/80 du
Conseil d’association que doit être examiné le problème de conventionnalité de nos textes de droit interne.
Auparavant, ne peut-on se poser la question d’une hiérarchie des normes entre la Convention internationale
des droits de l’enfant et les règlements et accords ci-dessus mentionnés ?
En premier lieu, il convient de constater que l’Accord créant une association entre la Communauté
européenne et la Turquie date de 1963, les règlements, de 1972 et les décisions, de 1980
4
 ; la Convention
internationale relative aux droits de l’enfant a, quant à elle, été adoptée par l’Assemblée générale des Nations
unies le 20 novembre 1989 et signée par la France le 26 janvier 1990. Une loi du 2 juillet 1990 en a autorisé
la ratification, qui est intervenue le 7  août  1990. Conformément à l’article  49 de la Convention, celle-ci est
entrée en application en France le 6 septembre 1990
5
.
Cette Convention est donc postérieure aux accords entre la CEE et la Turquie. Émanant de l’Assemblée
générale des Nations unies, elle est opposable à la communauté internationale
6
et doit donc être appliquée
par les pays composant notamment la Communauté économique européenne. Il faut observer qu’à ce jour,
aucun autre traité international relatif aux droits de l’homme n’a suscité un tel consensus de la part des États.
Enfin, elle consacre les droits de l’enfant et engage la responsabilité des États quant au respect de ses
dispositions.
En termes de hiérarchie des normes, la Cour de justice s’est prononcée dans l’hypothèse d’une contradiction
de dispositions entre les engagements internationaux conclus par l’Union européenne et ceux signés
postérieurement par un État membre avec un État tiers.
Une décision et un avis paraissent intéressants sur ce point :
Dans l’arrêt du 31  mars  1971, Commission des Communautés européennes c/ Conseil des Communautés
européennes (affaire n
o
  22/70, dite «  AETR  »), la Cour a jugé que «  […] chaque fois que, pour la mise en
œuvre d’une politique commune prévue par le Traité, la Communauté a pris des dispositions instaurant, sous
quelque forme que ce soit, des règles communes, les États membres ne sont plus en droit, qu’ils agissent
individuellement ou même collectivement, de contracter avec les États tiers des obligations affectant ces
règles » (§ 17).
Dans le même arrêt, la Cour a précisé «  qu’il résulte du rapprochement de ces dispositions que, dans la
mesure où des règles communautaires sont arrêtées pour réaliser les buts du Traité, les États membres ne
peuvent, hors du cadre des institutions communes, prendre des engagements susceptibles d’affecter lesdites
règles ou d’en altérer la portée » (§ 22).
Dans l’avis n
o
 2/91 du 19 mars 1991, la Cour a précisé la portée de cette jurisprudence en ces termes :
« Contrairement à ce que soutiennent les gouvernements allemand, espagnol et irlandais, cette jurisprudence
[Commission des communautés européennes c/ Conseil des communautés européennes, du 31 mars 1971
(affaire n
o
 22/70)] ne saurait être limitée au cas où la Communauté a arrêté des règles communautaires dans
le cadre d’une politique commune. En effet, dans tous les domaines qui correspondent aux objectifs du Traité,
son article 5 impose aux états membres de faciliter à la communauté l’accomplissement de sa mission et de
d’abstenir de toutes mesures susceptibles de mettre en péril la réalisation des buts du Traité ».
4
Voir annexes 4 et 8.
5
Voir annexe 3.
6
Actuellement, seuls trois pays (Etats-Unis, Somalie et Soudan du Sud) n’ont pas signé cette Convention.
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La Cour de justice fait donc prévaloir les dispositions communautaires sur les conventions avec les États tiers.
La Convention internationale relative aux droits de l’enfant émane non d’un État tiers, mais de l’Assemblée
générale des Nations unies ; dès lors, la jurisprudence de la Cour de justice ne nous paraît pas être applicable.
En effet, les États et la CEE sont transcendés par l’ONU et, sauf à poser une question préjudicielle, il paraît
difficile, d’autorité, de réduire l’ONU à un État tiers et de soumettre l’application des conventions des Nations
unies à des règles communautaires en l’absence de réserve de la France.
Dès lors, il paraît cohérent de considérer qu’en termes de hiérarchie des normes, la Convention internationale
des droits de l’enfant a une valeur supérieure aux différents textes liant la CEE et la Turquie, dont l’objet
premier est défini comme suit, d’une part, dans le préambule et, d’autre part, par les articles 1 et 2 de l’Accord
créant une association entre la CEE et la Turquie du 12 septembre 1963 :
« … déterminés à établir des liens de plus en plus étroits entre le peuple turc et les peuples réunis au sein de
la Communauté économique européenne ;
décidés à assurer l’amélioration constante des conditions de vie en Turquie et dans la Communauté
économique européenne par un progrès économique accéléré et par une expansion harmonieuse des
échanges, ainsi qu’à réduire l’écart entre l’économie de la Turquie et celle des États membres de la
Communauté ;
prenant en considération les problèmes particuliers que posent le développement de l’économie turque et la
nécessité d’accorder une aide économique à la Turquie pendant une période déterminée ;
reconnaissant que l’appui apporté par la Communauté économique européenne aux efforts du peuple turc
pour améliorer son niveau de vie facilitera ultérieurement l’adhésion à la Turquie à la Communauté ;
résolus à affermir les sauvegardes de la paix et de la liberté par la poursuite commune de l’idéal qui a inspiré
le Traité instituant la Communauté économique européenne,
ont décidé de conclure un accord créant une association entre la Communauté économique européenne et
la Turquie, conformément à l’article 238 du Traité instituant la Communauté économique européenne, et ont
désigné à cet effet comme plénipotentiaires… »
« Article premier
Par le présent accord une association est établie entre la Communauté économique européenne et la Turquie.
Article 2
1 - L’accord a pour objet de promouvoir le renforcement continu et équilibré des relations commerciales et
économiques entre les parties, en tenant pleinement compte de la nécessité d’assurer le développement
accéléré de l’économie de la Turquie et le relèvement du niveau de l’emploi et des conditions de vie du peuple
turc.
2 - Pour la réalisation des objectifs énoncés au paragraphe précédent, l’établissement progressif d’une union
douanière est prévu dans les conditions et suivant les modalités indiquées aux articles 3, 4 et 5.
3 - L’association comporte :
a) Une phase préparatoire ;
b) Une phase transitoire ».
Les dispositions de droit interne concernant les conditions du regroupement familial, et notamment
l’obligation du certificat médical, dans le seul intérêt de la santé de l’enfant et de la santé publique (cf. supra),
nous paraissent conformes aux exigences de la Convention internationale des droits de l’enfant, d’une
valeur normative supérieure aux textes liant la CEE et la Turquie, et ne nous paraissent donc nullement
discriminatoires ni contraires aux dispositions des textes reproduits en annexe au présent avis.
Dans l’hypothèse où la Cour, dans sa formation la plus solennelle, ne déclarerait pas d’application directe
les dispositions de la Convention internationale des droits de l’enfant, et à défaut de poser une question
préjudicielle, la question resterait posée de la compatibilité des dispositions du droit interne et des dispositions
résultant de l’Accord liant la CEE et la Turquie.
Les principes posés par l’Accord entre la CEE et la Turquie qui intéressent au premier chef la présente
procédure sont :
- l’interdiction de toute discrimination en raison de la nationalité
7
.
- le droit aux prestations familiales
8
.
Le règlement (CEE) n
o
 1408/71 du Conseil de l’Union européenne du 14 juin 1971 relatif à l’application des
régimes de sécurité sociale aux travailleurs salariés, aux travailleurs non salariés et aux membres de leur
famille qui se déplacent à l’intérieur de la Communauté, applicable à tous les ressortissants de la CEE, pose
notamment les principes suivants :
«  … considérant que, en raison des importantes différences existant entre les législations nationales quant
à leur champ d’application personnel, il est préférable de poser le principe suivant lequel le règlement est
applicable à toutes les personnes assurées dans le cadre des régimes de sécurité sociale organisés au
bénéfice des travailleurs salariés et non salariés ou en raison de l’exercice d’une activité salariée ou non
salariée ;
7
Annexe 4, article 9.
8
Annexe 7, articles 2 et 4.
87

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considérant qu’il convient de respecter les caractéristiques propres aux législations nationales de sécurité
sociale et d’élaborer uniquement un système de coordination ;
considérant qu’il convient, dans le cadre de cette coordination, de garantir à l’intérieur de la Communauté
aux travailleurs ressortissants des États membres ainsi qu’à leurs ayants droit et leurs survivants, l’égalité de
traitement au regard des différentes législations nationales… »
Le principe de l’égalité de traitement au regard de la législation nationale est posé.
Devant la cour d’appel, le défendeur au pourvoi s’est référé à l’Accord de 1963
9
, et plus particulièrement
à l’article  9 dudit Accord, aux termes duquel est interdite «  toute discrimination exercée en raison de la
nationalité ».
C’est en application de cet Accord dont l’objet est de « promouvoir le renforcement continu et équilibré des
relations commerciales et économiques entre les parties  » (article  2) qu’a été prise la décision n
o
  3/80 du
Conseil d’association du 19 septembre 1980
10
.
Les juges d’appel, pour annuler la décision de la CAF du Gard en ce qu’elle a refusé le bénéfice des
prestations familiales à M. X…, s’appuient sur l’analyse qu’ils font de l’arrêt Sürül rendu le 4 mai 1999 par la
CJCE (C-26 2/96).
Le dispositif de l’arrêt Sürül est le suivant :
« 1) L’article 3, paragraphe premier, de la décision n
o
 3/80 du Conseil d’association, du 19 septembre 1980,
relative à l’application des régimes de sécurité sociale des États membres des Communautés européennes
aux travailleurs turcs et aux membres de leur famille, doit être interprété en ce sens qu’il interdit à un État
membre d’exiger d’un ressortissant turc qui relève du champ d’application de cette décision et qu’il a autorisé
à résider sur son territoire, mais qui n’est titulaire dans cet État membre d’accueil que d’une autorisation
provisoire de séjour, délivrée dans un but déterminé et pour une durée limitée, qu’il possède une autorisation
de séjour ou un permis de séjour pour bénéficier d’allocations familiales pour son enfant qui habite avec lui
dans ledit État membre, alors que les ressortissants de ce dernier sont à cet effet uniquement tenus d’y avoir
leur résidence.
2) L’effet direct de l’article  3, paragraphe premier, de la décision n
o
  3/80 ne peut être invoqué à l’appui de
revendications relatives à des prestations afférentes à des périodes antérieures à la date du présent arrêt,
sauf en ce qui concerne les personnes qui ont, avant cette date, introduit un recours en justice ou soulevé
une réclamation équivalente ».
Dans la procédure qui vous est soumise, il n’est pas question de demander au ressortissant turc, M. X…, de
posséder « une autorisation de séjour ou un permis de séjour pour bénéficier d’allocations familiales… », dès
lors la décision sur laquelle se fonde l’arrêt attaqué apparaît étrangère au problème juridique posé à la Cour.
Il convient en cet état d’observer que les ressortissants des États autres que les États membres de la
Communauté européenne, des États parties à l’Accord sur l’Espace économique européen et de la
Confédération helvétique, lorsqu’ils prétendent à l’allocation des prestations familiales, sont soumis aux
dispositions de l’article L. 512-2, alinéa 2, du code de la sécurité sociale, qui exige qu’ils justifient d’un titre
délivré en vertu soit de dispositions législatives ou réglementaires, soit de traités ou accords internationaux
pour résider régulièrement en France ; la liste des titres et documents est fixée, sur renvoi opéré par le dernier
alinéa de l’article L. 512-2, au pouvoir réglementaire, par les dispositions de l’article D. 512-1 du même code.
L’Accord d’association n
o
  64/733 du 12  septembre  1963, modifié par le protocole additionnel du
23 novembre 1970, invoqué par M. X… devant la cour d’appel, ne comporte aucune disposition exonérant
les travailleurs de nationalité turque de tout ou partie des obligations imposées aux étrangers, quelle que soit
la nationalité, à l’entrée et au séjour sur le territoire national, ou le territoire communautaire, et pas davantage
de disposition modifiant les conditions d’ouverture du droit aux allocations familiales.
L’Accord prévoit de réaliser « graduellement » la libre circulation des travailleurs, renvoyant parallèlement
aux mêmes dispositions du Traité instituant la Communauté européenne.
L’article  9, cité par l’arrêt attaqué comme interdisant toute discrimination à raison de la nationalité,
n’outrepasse pas ce champ d’application  : «  Les parties contractantes reconnaissent que dans le domaine
d’application de l’Accord, et sans préjudice des dispositions particulières qui pourraient être établies en
application de l’article 8, toute discrimination exercée en raison de la nationalité est interdite en conformité du
principe énoncé dans l’article 7 du Traité instituant la Communauté ».
Le domaine de l’Accord est limité aux « relations économiques et commerciales ». C’est dans ce cadre que
doit se comprendre l’objectif énoncé à l’article 3, intitulé « Égalité de traitement », de la décision n
o
 3/80 du
« Conseil d’association » :
«  1- Les personnes qui résident sur le territoire de l’un des États membres et auxquelles les dispositions
de la présente décision sont applicables sont soumises aux obligations et sont admises au bénéfice de la
législation de tout État membre dans les mêmes conditions que les ressortissants de celui-ci sous réserve
des dispositions particulières de la présente décision ».
L’Accord n’a pas pour objet de permettre une libre entrée des ressortissants turcs dans les pays de la
Communauté européenne, mais seulement une « libre circulation à l’intérieur » de la Communauté européenne
des travailleurs turcs résidents dans un État membre, à l’instar des ressortissants européens.
9
Annexe 4.
10
Annexe 7.
88

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Arrêt publié intégralement

15 mai 2013
Cette analyse est confortée par une décision du Conseil d’État citée par le rapport (CE, 24  avril  1992,
n
o
 97666) : « l’Accord énonçant seulement des objectifs, les travailleurs turcs ne peuvent pas invoquer un droit
au séjour dans l’Union européenne et sont, de manière générale, tenus au respect de la législation applicable
localement aux étrangers ».
Cependant, lorsqu’un État membre a accordé un droit de séjour et un permis de travail à un ressortissant turc
et que ce dernier exerce une activité salariée, il bénéficie de la protection prévue par l’Accord d’association ;
«  une fois la marge d’appréciation de l’État utilisée, le ressortissant turc peut invoquer l’un des préceptes
classiques du droit communautaire, celui du droit au traitement national »
11
.
En page 23 du rapport rédigé par Mme  la conseiller Chauchis, les deux paragraphes suivants attirent
l’attention :
« Au sens du droit communautaire, la notion de discrimination est entendue largement puisqu’elle aboutit à
prohiber non seulement les discriminations directes ou ostensibles, fondées sur la nationalité, mais encore
toutes formes indirectes ou dissimulées de discrimination qui, par application d’autres critères de distinction,
aboutissent en réalisé au même résultat.
Par exception, aucune violation des règles d’égalité de traitement ne peut être invoquée si les dispositions
nationales sont justifiées par des considérations objectives, indépendantes de la nationalité des travailleurs
concernés, et si celles-ci sont proportionnées à l’objectif légitimement poursuivi par le droit national. Seules
les “discriminations” indirectes peuvent faire l’objet d’une justification ».
N’est-ce pas le cas s’agissant, comme nous l’avons examiné ci-dessus, de la protection de la santé des
enfants et de la santé publique ?
Qu’en est-il de la jurisprudence européenne, et notamment des procédures concernant la Turquie ?
Pas moins de soixante-deux décisions ont été rendues par la CJCE, devenue CJUE, entre le 30 septembre 1987
et le 8 novembre 2012.
Sur ces soixante-deux décisions, cinq peuvent être retenues afin d’établir que les dispositions de droit interne
ne sont point contraires aux exigences conventionnelles.
En premier lieu, il convient d’observer que la CJUE, par arrêt du 8  décembre  2011 (Nural c/Land Baden-
Württemberg [C-371/08]), a distingué le régime de protection contre l’éloignement dont bénéficient les
citoyens de l’Union et les citoyens turcs, et prononce ainsi que suit :
« L’article 14, paragraphe premier, de la décision n
o
 1/80, du 19 septembre 1980, relative au développement
de l’association, adoptée par le Conseil d’association institué par l’Accord créant une association entre la
Communauté économique européenne et la Turquie, qui a été signé, le 12 septembre 1963, à Ankara par la
République de Turquie, d’une part, ainsi que par les États membres de la CEE et la Communauté, d’autre part,
et qui a été conclu, approuvé et confirmé au nom de cette dernière par la décision 64/732/CEE du Conseil,
du 23 décembre 1963, doit être interprété en ce sens que :
la protection contre l’éloignement accordée par cette disposition aux ressortissants turcs ne revêt pas la
même portée que celle conférée aux citoyens de l’Union par l’article 28, paragraphe 3, sous a, de la directive
2004/38/CE du Parlement européen et du Conseil du 29 avril 2004, relative au droit des citoyens de l’Union
et des membres, modifiant le règlement (CEE) n
o
 1612/68 et abrogeant les directives 64/221/CEE, 68/360/
CEE, 72/194/CEE, 73/148/CEE, 75/34/CEE, 75/35/CEE, 90/364/CEE, 90/365/CEE et 93/96/CEE, de sorte
que le régime de protection contre l’éloignement dont bénéficient ces citoyens ne peut être appliqué mutatis
mutandis auxdits ressortissants turcs pour les besoins de la détermination du sens et de la portée de cet
article 14, paragraphe premier… »
Dans ce domaine donc, une première différence de traitement est reconnue par la CJUE entre les citoyens
de l’Union et les ressortissants turcs.
Par arrêt du 16  juin  2011 (Fatma Pkelivan c/Staatssecretaris van Justitie [C-484/07]), la CJUE a jugé que
les dispositions de l’article  7, premier alinéa, de la décision n
o
  1/80 du 19  septembre  1980 s’opposent «  à
une réglementation d’un État membre selon laquelle le membre de la famille dûment autorisé à rejoindre un
travailleur migrant turc appartenant déjà au marché régulier de l’emploi de cet État perd le bénéfice des droits
fondés sur le regroupement familial au titre de ladite disposition du seul fait que, devenu majeur, il contracte
mariage, alors même qu’il continue d’habiter avec ce travailleur durant les trois premières années de son
séjour dans l’État membre d’accueil… »
Cependant, la Cour précise que le membre de la famille a été «  dûment autorisé à rejoindre  » le travailleur
turc migrant.
Dans une décision du 16 mars 2000 (C-329/97), statuant en application de l’article 177 du Traité CE (devenu
article 234 CE) sur une question préjudicielle de l’Allemagne, la juridiction européenne a énoncé :
«  Un ressortissant turc, qui a été autorisé à entrer dans un État membre au titre du regroupement familial
avec un travailleur turc appartenant au marché régulier de l’emploi de cet État, y a résidé légalement pendant
plus de cinq années et y a exercé, avec certaines interruptions, différents emplois réguliers, ne perd pas
le bénéfice des droits que lui confère l’article  7, premier alinéa, second tiret, de la décision n
o
  1/80, du
19 septembre 1980, relative au développement de l’association, adoptée par le Conseil d’association institué
par l’Accord d’association entre la Communauté économique européenne et la Turquie, et, en particulier, le
11
J. Cavallini, JCP, édition sociale, 6 janvier 2009, 1004.
89

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droit à la prorogation de son permis de séjour dans l’État membre d’accueil, alors même que son titre de
séjour était périmé à la date à laquelle il a présenté une demande en vue de la prorogation de celui-ci, qui a
été refusée par les autorités nationales compétentes ».
La Cour relève que l’État membre avait autorisé le ressortissant turc à entrer sur son territoire au «  titre du
regroupement familial ».
Plus intéressantes encore paraissent être les deux dernières de ces cinq décisions.
Par arrêt du 4  octobre  2007 [Murat-Polat c/Stadt Rüsselsheim (C-349/06)], la Cour, se prononçant sur la
perte du droit de séjour d’un ressortissant turc dans un État membre, a énoncé dans la première partie de
son dispositif :
«  Un ressortissant turc, autorisé à entrer lorsqu’il était enfant sur le territoire d’un État membre dans le
cadre du regroupement familial et qui a acquis le droit de libre accès à toute activité salariée de son choix
au titre de l’article  7, premier alinéa, second tiret, de la décision n
o
  1/80, du 19  septembre  1980, relative
au développement de l’association, adoptée par le Conseil d’association institué par l’Accord d’association
entre la Communauté économique européenne et la Turquie, ne perd le droit de séjour dans l’État membre
d’accueil, qui est le corollaire dudit droit de libre accès, que dans deux hypothèses, à savoir : … »
Là encore, la Cour constate que le ressortissant turc a été autorisé à entrer lorsqu’il était enfant dans le cadre
du regroupement familial.
La Cour ne condamne nullement cette autorisation dans le cadre du regroupement familial, elle la constate.
Notre législation interne se situe, quant aux conditions du regroupement familial, en deçà, n’exigeant qu’un
certificat médical et, à défaut, suspend le versement des allocations familiales, lesquelles seront versées
rétroactivement dès après la réalisation de cet examen.
Enfin, et avec le même constat, si ce n’est la même condition, par arrêt du 25  novembre  2008 (Hakan Er
c/ etteraukreis [C-453/07]), la Cour a jugé qu’un « ressortissant turc, autorisé à entrer lorsqu’il était enfant sur
le territoire d’un État membre dans le cadre du regroupement familial et qui a acquis le droit de libre accès à
toute activité salariée de son choix au titre de l’article 7, premier alinéa, second tiret, de la décision n
o
 1/80, du
19 septembre 1980, relative au développement de l’association, adoptée par le Conseil d’association institué
par l’Accord d’association entre la Communauté économique européenne et la Turquie, ne perd pas le droit
de séjour dans cet État, qui est le corollaire de ce droit de libre accès, alors même que, âgé de 23 ans, il n’a
pas exercé d’activités salariées depuis la fin de sa scolarité à l’âge de 16 ans et a participé à des programmes
étatiques d’aides à l’emploi sans toutefois aller jusqu’à leur terme ».
De cette jurisprudence, il résulte que la CJUE admet un traitement non identique entre les ressortissants
d’un État membre de l’Union européenne et les ressortissants turcs et ne condamne nullement l’autorisation
donnée par un État membre à un ressortissant turc, fût-il un enfant, de pénétrer sur son territoire, dans le
cadre d’une procédure de regroupement familial.
Il n’est pas douteux que si une telle autorisation était apparue à la Cour en contravention des textes
liant l’Union européenne à la Turquie, cette dernière l’aurait sanctionnée.
Enfin, un dernier argument de texte, tiré de la directive 2003/86/CE du Conseil du 22 septembre 2003 relative
au regroupement familial, permet de conclure à la conventionnalité de nos dispositions législatives
12
.
L’article  premier de la directive dispose  : «  le but de la présente directive est de fixer les conditions dans
lesquelles est exercé le droit au regroupement familial dont disposent les ressortissants de pays tiers résidant
légalement sur le territoire des États membres ».
Il résulte de la combinaison des articles 4-1, 5 et 6 que la demande de regroupement familial peut être
refusée ; que le rejet peut être fondé sur des raisons d’ordre public, de sécurité publique ou de santé publique.
Il n’est pas envisageable que des ressortissants d’un État non membre de la CEE ne puissent être soumis
à ces obligations au regard des critères d’ordre public, de sécurité publique (voir article  59 du règlement
2760/72 - annexe 6). Cette directive s’inscrit dans le droit fil de la Convention internationale des droits de
l’enfant et de notre législation, notamment en matière de protection de sécurité.
En cet état, les dispositions législatives de droit français soumises à votre examen ne paraissent nullement en
contravention avec les dispositions des articles 8 et 14 de la Convention de sauvegarde des droits de l’homme
et des libertés fondamentales, des articles 3, 24, 26 de la Convention internationale des Nations unies des
droits de l’enfant, des articles 4-1, 5 et 6 de la directive 2003/86/CE, ainsi qu’avec les dispositions de
l’Accord n
o
 64/733 en date du 12 septembre 1963 créant une association entre la Communauté économique
européenne et la Turquie, les dispositions du règlement (CEE) n
o
  574/72 du 21  mars  1972 et 2760/72 du
19 décembre 1972, et celles des décisions n
o
 1/80 et 3/80 du Conseil d’association.
J’ai donc l’honneur d’émettre un avis de cassation de l’arrêt soumis à votre censure.
Si votre assemblée avait un doute, notamment au regard de la jurisprudence de la CJUE, laquelle admet
l’autorisation préalable d’introduction sur le territoire d’un État membre dans le cadre de la procédure de
regroupement familial ou sur la portée des dispositions de la Convention internationale des droits de l’enfant,
il conviendrait alors qu’elle pose une question préjudicielle, compte tenu de l’exigence du certificat médical
prévu par nos textes en vue des objectifs recherchés (protection de la santé des mineurs et de la santé
publique, contrôle des entrées sur le territoire).
12
Voir annexe 9 : article 4-1, 5 et 6.
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15 mai 2013
ANNEXES
1. - Code de la sécurité sociale
2. - Code de la santé publique
3. - Convention de sauvegarde des droits de l’homme
et des libertés fondamentales
4. - Convention internationale des droits de l’enfant
5. - Accord créant une association entre la Communauté économique
européenne et la Turquie (12 septembre 1963 à Ankara, n
o
 64/733)
6. - Règlement CEE n
o
 574/72 du Conseil du 21 mars 1972
7. - Règlement CEE n
o
 2760/72 du 19 décembre 1972
8. - Décision n
o
 3/80 du Conseil d’association du 19 septembre 1980
9. - Décision n
o
 1/80 du Conseil d’association du 19 septembre 1980
(non encore publiée au JO)
10. - Directive 2003/86/CE du Conseil du 22 septembre 2003
relative au droit au regroupement familial
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1. - Code de la sécurité sociale
Article L. 512-2 (modifié par la loi n
o
 2007-1786 du 19 décembre 2007)
«  Bénéficient de plein droit des prestations familiales dans les conditions fixées par le présent livre les
ressortissants des États membres de la Communauté européenne, des autres États parties à l’accord sur
l’Espace économique européen et de la Confédération suisse qui remplissent les conditions exigées pour
résider régulièrement en France, la résidence étant appréciée dans les conditions fixées pour l’application de
l’article L. 512-1.
Bénéficient également de plein droit des prestations familiales dans les conditions fixées par le présent livre
les étrangers non ressortissants d’un État membre de la Communauté européenne, d’un autre État partie à
l’accord sur l’Espace économique européen ou de la Confédération suisse, titulaires d’un titre exigé d’eux en
vertu soit de dispositions législatives ou réglementaires, soit de traités ou accords internationaux pour résider
régulièrement en France.
Ces étrangers bénéficient des prestations familiales sous réserve qu’il soit justifié, pour les enfants qui sont à
leur charge et au titre desquels les prestations familiales sont demandées, de l’une des situations suivantes :
- leur naissance en France ;
- leur entrée régulière dans le cadre de la procédure de regroupement familial visée au livre IV du code de
l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- leur qualité de membre de famille de réfugié ;
- leur qualité d’enfant d’étranger titulaire de la carte de séjour mentionnée au 10° de l’article  L.  313-11 du
code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- leur qualité d’enfant d’étranger titulaire de la carte de séjour mentionnée à l’article L. 313-13 du même code ;
- leur qualité d’enfant d’étranger titulaire de la carte de séjour mentionnée à l’article  L.  313-8 ou au 5° de
l’article L. 313-11 du même code ;
- leur qualité d’enfant d’étranger titulaire de la carte de séjour mentionnée au 7° de l’article  L.  313-11 du
même code à la condition que le ou les enfants en cause soient entrés en France au plus tard en même temps
que l’un de leurs parents titulaires de la carte susmentionnée.
Un décret fixe la liste des titres et justifications attestant de la régularité de l’entrée et du séjour des
bénéficiaires étrangers. Il détermine également la nature des documents exigés pour justifier que les enfants
que ces étrangers ont à charge et au titre desquels des prestations familiales sont demandées remplissent
les conditions prévues aux alinéas précédents. »
Article D. 512-2 (décret n
o
 2006-234 du 27 février 2006)
« La régularité de l’entrée et du séjour des enfants étrangers que le bénéficiaire a à charge et au titre desquels
il demande des prestations familiales est justifiée par la production de l’un des documents suivants :
1° extrait d’acte de naissance en France ;
2° certificat de contrôle médical de l’enfant, délivré par l’Agence nationale de l’accueil des étrangers et des
migrations à l’issue de la procédure d’introduction ou d’admission au séjour au titre du regroupement familial ;
3° livret de famille délivré par l’Office français de protection des réfugiés et apatrides ou, à défaut, un acte
de naissance établi, le cas échéant, par cet Office, lorsque l’enfant est membre de famille d’un réfugié, d’un
apatride ou d’un bénéficiaire de la protection subsidiaire. Lorsque l’enfant n’est pas l’enfant du réfugié,
de l’apatride ou du bénéficiaire de la protection subsidiaire, cet acte de naissance est accompagné d’un
jugement confiant la tutelle de cet enfant à l’étranger qui demande à bénéficier des prestations familiales ;
4° visa délivré par l’autorité consulaire et comportant le nom de l’enfant d’un étranger titulaire de la carte de
séjour mentionnée à l’article  L.  313-8 ou au 5° de l’article  L.  313-11 du code de l’entrée et du séjour des
étrangers et du droit d’asile ;
5° attestation délivrée par l’autorité préfectorale, précisant que l’enfant est entré en France au plus tard en
même temps que l’un de ses parents admis au séjour sur le fondement du 7° de l’article L. 313-11 du code
de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ou du 5° de l’article 6 de l’Accord franco-algérien du
27 décembre 1968 modifié ;
6° titre de séjour délivré à l’étranger âgé de seize à dix-huit ans dans les conditions fixées par l’article L. 311-3
du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.
Elle est également justifiée, pour les enfants majeurs ouvrant droit aux prestations familiales, par l’un des titres
mentionnés à l’article D. 512-1 ».
2. - Code de la santé publique
Article L. 2132-1
« Lors de la déclaration de naissance, il est délivré gratuitement pour tout enfant un carnet de santé. Ce carnet
est remis par l’officier d’état civil  ; à défaut, il peut être demandé au service départemental de protection
maternelle et infantile.
Un arrêté ministériel détermine le modèle et le mode d’utilisation de ce carnet où sont mentionnés
obligatoirement les résultats des examens médicaux prévus (L.  2001-1246 du 21  décembre  2001,
article 34-II) “aux articles L. 2132-2 et L. 2132-2-1” et où doivent être notées, au fur et à mesure, toutes les
constatations importantes concernant la santé de l’enfant.
92

Bulletin d’information
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15 mai 2013
Le carnet est établi au nom de l’enfant. Il est remis aux parents ou aux personnes titulaires de l’exercice de
l’autorité parentale ou aux personnes ou aux services à qui l’enfant a été confié. Ils doivent être informés
que nul ne peut en exiger la communication et que toute personne appelée, de par sa fonction, à prendre
connaissance des renseignements qui y sont inscrits est soumise au secret professionnel ».
Article L. 2132-2
«  Tous les enfants de moins de six ans bénéficient de mesures de prévention sanitaire et sociale qui
comportent notamment des examens obligatoires. Le  nombre et le contenu de ces examens, l’âge auquel
ils doivent intervenir et la détermination de ceux qui donnent lieu à l’établissement d’un certificat de santé
sont fixés par voie réglementaire. Le contenu des certificats de santé, et notamment la liste des maladies ou
déficiences qui doivent y être mentionnées, est établi par arrêté interministériel ».
Article L. 2132-2-1 (loi n
o
 2001-1246 du 21 décembre 2001, article 34)
«  Dans l’année qui suit leur sixième et leur douzième anniversaire, les enfants sont obligatoirement soumis
à un examen bucco-dentaire de prévention réalisé par un chirurgien-dentiste ou un médecin qualifié en
stomatologie [abrogé par la loi n
o
 2005-1579 du 19 décembre 2005, article 38-I] “La nature et les modalités de
cet examen sont définies par arrêté interministériel”. Cet examen ne donne pas lieu à contribution financière
de la part des familles. Cette obligation est réputée remplie lorsque le chirurgien-dentiste ou un médecin
qualifié en stomatologie atteste sur le carnet de santé mentionné à l’article  L.  2132-1 de la réalisation des
examens dispensés - Alinéa applicable à Mayotte. [Loi n
o
 2005-1579 du 19 décembre 2005, article 38-I] “Un
accord conventionnel interprofessionnel mentionné à l’article  L.  162-14-1 du code de la sécurité sociale ou
les conventions mentionnées aux articles L. 162-5 et L. 162-9 du même code déterminent, pour les médecins
qualifiés en stomatologie et pour les chirurgiens-dentistes, la nature, les modalités et les conditions de mise
en œuvre de cet examen”. Celles-ci concernent notamment l’information des personnes concernées, la
qualité des examens, le suivi des personnes et la transmission des informations nécessaire à l’évaluation
du programme de prévention dans le respect des dispositions de la loi n
o
 78-17 du 6 janvier 1978 relative à
l’informatique, aux fichiers et aux libertés. »
3. - Convention de sauvegarde des droits de l’homme
et des libertés fondamentales
Article 8
« 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance.
2. Il ne peut y avoir ingérence d’une autorité publique dans l’exercice de ce droit que pour autant que cette
ingérence est prévue par la loi et qu’elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est
nécessaire à la sécurité nationale, à la  sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de
l’ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection
des droits et libertés d’autrui ».
Article 14
« La jouissance des droits et libertés dans la présente Convention doit être assurée sans distinction aucune,
fondée notamment sur le sexe, la race, la couleur, la langue, la religion, les opinions politiques ou toutes autres
opinions, l’origine nationale ou sociale, l’appartenance à une minorité nationale, la fortune, la naissance ou
toute autre situation ».
4. - Convention internationale des droits de l’enfant
Convention des Nations unies du 20 novembre 1989
Article 3
« 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu’elles soient le fait des institutions publiques ou
privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l’intérêt
supérieur de l’enfant doit être une considération primordiale.
2. Les États parties s’engagent à assurer à l’enfant la protection et les soins nécessaires à son bien-être,
compte tenu des droits et des devoirs de ses parents, de ses tuteurs ou des autres personnes légalement
responsables de lui, et ils prennent à cette fin toutes les mesures législatives et administratives appropriées.
3. Les États parties veillent à ce que le fonctionnement des institutions, services et établissements qui
ont la charge des enfants et assurent leur protection soit conforme aux normes fixées par les autorités
compétentes, particulièrement dans le domaine de la sécurité et de la santé et en ce qui concerne le nombre
et la compétence de leur personnel ainsi que l’existence d’un contrôle approprié ».
Article 24
«  1. Les États parties reconnaissent le droit de l’enfant de jouir du meilleur état de santé possible et de
bénéficier de services médicaux et de rééducation. Ils s’efforcent de garantir qu’aucun enfant ne soit privé du
droit d’avoir accès à ces services.
2. Les États parties s’efforcent d’assurer la réalisation intégrale du droit susmentionné et, en particulier,
prennent les mesures appropriées pour :
a) réduire la mortalité parmi les nourrissons et les enfants ;
b) assurer à tous les enfants l’assistance médicale et les soins de santé nécessaires, l’accent étant mis sur le
développement des soins de santé primaires ;
93

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Bulletin d’information
c) lutter contre la maladie et la malnutrition, y compris dans le cadre de soins de santé primaires, grâce
notamment à l’utilisation de techniques aisément disponibles et à la fourniture d’aliments nutritifs et d’eau
potable, compte tenu des dangers et des risques de pollution du milieu naturel ;
d) assurer aux mères des soins prénatals et postnatals appropriés ;
e) faire en sorte que tous les groupes de la société, en particulier les parents et les enfants, reçoivent une
information sur la santé et la nutrition de l’enfant, les avantages de l’allaitement au sein, l’hygiène et la salubrité
de l’environnement et la prévention des accidents, et bénéficient d’une aide leur permettant de mettre à profit
cette information ».
Article 26
«  1. Les États parties reconnaissent à tout enfant le droit de bénéficier de la sécurité sociale, y compris les
assurances sociales, et prennent les mesures nécessaires pour assurer la pleine réalisation de ce droit en
conformité avec leur législation nationale.
2. Les prestations doivent, lorsqu’il y a lieu, être accordées compte tenu des ressources et de la situation de
l’enfant et des personnes responsables de son entretien, ainsi que de toute autre considération applicable à
la demande de prestation faite par l’enfant ou en son nom ».
5. - Accord n
o
 64/733 créant une association entre la Communauté économique
européenne et la Turquie - fait à Ankara le 12 septembre 1963
Article 2
«  1. L’Accord a pour objet de promouvoir le renforcement continu et équilibré des relations commerciales
et économiques entre les parties, en tenant pleinement compte de la nécessité d’assurer le développement
accéléré de l’économie de la Turquie et le relèvement du niveau de l’emploi et des conditions de vie du peuple
turc ».
Article 8
«  Pour la réalisation des objectifs énoncés à l’article  4, le Conseil d’association fixe, avant le début de la
phase transitoire, et selon la procédure prévue à l’article  premier du protocole provisoire, les conditions,
modalités et rythmes de mise en œuvre des dispositions propres aux domaines visés par le Traité instituant
la Communauté qui devront être pris en considération, notamment ceux visés au présent titre, ainsi que toute
clause de sauvegarde qui s’avérerait utile ».
Article 9
« Les parties contractantes reconnaissent que dans le domaine d’application de l’accord, et sans préjudice
des dispositions particulières qui pourraient être établies en application de l’article  8, toute discrimination
exercée en raison de la nationalité est interdite en conformité du principe énoncé dans l’article  7 du Traité
instituant la Communauté ».
6. - Règlement (CEE) n
o
 574/72 du conseil du 21 mars 1972 fixant les modalités
d’application du règlement (CEE) n
o
  1408/71 relatif à l’application des régimes
de sécurité sociale aux travailleurs salariés, aux travailleurs non salariés et
aux membres de leur famille qui se déplacent à l’intérieur de la Communauté
Article 86
« 1. Pour bénéficier des prestations familiales, conformément à l’article 73 du règlement, le travailleur salarié
est tenu d’adresser une demande à l’institution compétente, le cas échéant par l’intermédiaire de son
employeur.
2. Le  travailleur salarié est tenu de produire, à l’appui de sa demande, un certificat relatif aux membres de
sa famille ayant leur résidence sur le territoire d’un État membre autre que celui où se trouve l’institution
compétente. Ce certificat est délivré soit par les autorités compétentes en matière d’état civil du pays de
résidence de ces membres de la famille, soit par l’institution du lieu de résidence de ces membres de la
famille, compétente en matière d’assurance maladie, soit par une autre institution désignée par l’autorité
compétente de l’État membre sur le territoire duquel ces membres de la famille résident. Ce certificat doit
être renouvelé tous les ans.
3. À l’appui de sa demande, le travailleur salarié est également tenu de fournir des renseignements permettant
d’individualiser la personne entre les mains de laquelle les prestations familiales sont à payer dans le pays de
résidence (nom, prénom, adresse complète), si la législation de l’État compétent prévoit que les prestations
familiales peuvent ou doivent être payées à une autre personne que le travailleur salarié.
4. Les autorités de deux ou plusieurs États peuvent convenir de modalités particulières d’application pour le
paiement des prestations familiales, notamment en vue de faciliter l’application de l’article 75, paragraphes 1
et 2, du règlement. Ces accords sont communiqués à la commission administrative.
5. Le  travailleur salarié est tenu d’informer, le cas échéant par l’intermédiaire de son employeur, l’institution
compétente :
- de tout changement dans la situation des membres de sa famille susceptible de modifier le droit aux
prestations familiales ;
94

Bulletin d’information
Arrêt publié intégralement

15 mai 2013
- de toute modification du nombre des membres de sa famille pour lesquels les prestations familiales sont
dues ;
- de tout transfert de résidence ou de séjour de ces membres de la famille ;
- de tout exercice d’une activité professionnelle au titre de laquelle des prestations familiales sont également
dues en vertu de la législation de l’État membre sur le territoire duquel les membres de la famille ont leur
résidence. »
7. - Règlement (CEE) n
o
  2760/72 du Conseil du 19  décembre  1972 portant
conclusion du protocole additionnel ainsi que du protocole financier,
signés le 23 novembre 1970, annexés à l’Accord créant une association entre la
Communauté européenne et la Turquie et relatif aux mesures à prendre pour leur
entrée en vigueur
Article 39
« 1. Avant la fin de la première année après l’entrée en vigueur du présent protocole, le Conseil d’association
arrête des dispositions en matière de sécurité sociale en faveur des travailleurs de nationalité turque qui se
déplacent à l’intérieur de la Communauté et de leur famille résidant à l’intérieur de la Communauté.
2. Ces dispositions devront permettre aux travailleurs de nationalité turque, selon des modalités à fixer, la
totalisation des périodes d’assurance ou d’emploi accomplis dans les différents États membres pour ce
qui concerne les pensions et rentes de vieillesse, de décès et d’invalidité, ainsi que les soins de santé du
travailleur et de sa famille résidant à l’intérieur de Communauté. Ces dispositions ne pourront pas établir une
obligation pour les États membres de la Communauté de prendre en considération les périodes accomplies
en Turquie.
3. Les dispositions visées ci-dessus doivent permettre d’assurer le paiement des allocations familiales lorsque
la famille du travailleur réside à l’intérieur de la Communauté.
4. Les pensions et rentes de vieillesse, de décès et d’invalidité, acquises en vertu des dispositions prises en
application du paragraphe 2, devront pouvoir être exportées vers la Turquie.
5. Les dispositions visées au présent article  ne portent pas atteinte aux droits et obligations découlant des
accords bilatéraux existant entre la Turquie et les États membres de la Communauté, dans la mesure où
ceux-ci prévoient, en faveur des ressortissants turcs, un régime plus favorable ».
Article 58
« Dans les domaines couverts par le présent protocole :
- le régime appliqué par la Turquie à l’égard de la Communauté ne peut donner lieu à aucune discrimination
entre les États membres, leurs ressortissants ou leurs sociétés ;
- le régime appliqué par la Communauté à l’égard de la Turquie ne peut donner lieu à aucune discrimination
entre les ressortissants ou sociétés turques ».
Article 59
«  Dans les domaines couverts par le présent protocole, la Turquie ne peut bénéficier d’un traitement plus
favorable que celui que les États membres s’accordent entre eux en vertu du Traité instituant la Communauté ».
8. - Décision n
o
  3/80 du conseil d’association du 19  septembre  1980
relatif à l’application de régimes de sécurité sociale des États membres des
Communautés européennes aux travailleurs turcs et aux membres de leur famille
Article 2
Champ d’application personnel
« La présente décision s’applique :
- aux travailleurs qui sont ou ont été soumis à la législation de l’un ou de plusieurs des États membre et qui
sont ressortissants de la Turquie ;
- aux membres de la famille de ces travailleurs, qui résident sur le territoire de l’un des États membres ;
- aux survivants de ces travailleurs.
Article 3
Égalité de traitement
«  1. Les personnes qui résident sur le territoire de l’un des États membres et auxquelles les dispositions
de la présente décision sont applicables sont soumises aux obligations et sont admises au bénéfice de la
législation de tout État membre dans les mêmes conditions que les ressortissants de celui-ci sous réserve
des dispositions particulières de la présente décision.
2. Les dispositions du paragraphe premier sont applicables au droit d’élire les membres des organes
des institutions de sécurité sociale ou de participer à leur désignation, mais ne portent pas atteinte aux
dispositions de la législation des États membres en ce qui concerne l’éligibilité et les modes de désignation
des intéressés à ces organes ».
95

15 mai 2013
Arrêt publié intégralement

Bulletin d’information
Article 4
Champ d’application matériel
«  1. La présente décision s’applique à toutes les législations relatives aux branches de sécurité sociale qui
concernent :
a) les prestations de maladie et de maternité ;
b) les prestations d’invalidité, y compris celles qui sont destinées à maintenir ou à améliorer la capacité de
gain ;
c) les prestations de vieillesse ;
d) les prestations de survivants ;
e) les prestations d’accident de travail et de maladie professionnelle ;
f) les allocations de décès ;
g) les prestations de chômage ;
h) les prestations familiales ;
2. La présente décision s’applique aux régimes de sécurité sociale généraux et spéciaux, contributifs et non
contributifs, ainsi qu’aux régimes relatifs aux obligations de l’employeur ou de l’armateur concernant les
prestations visées au paragraphe premier.
3. Toutefois, les dispositions du titre III ne portent pas atteinte aux dispositions de la législation des États
membres relatives aux obligations de l’armateur.
4. La présente décision ne s’applique ni à l’assistance sociale et médicale, ni aux régimes de prestations en
faveur des victimes de la guerre ou de ses conséquences ».
Article 18
« Pour l’acquisition du droit aux prestations, les dispositions de l’article 72 du règlement (CEE) n ° 1408/71
sont applicables ».
9. - Décision n
o
  1/80 du Conseil d’association du 19  septembre  1980 relative
au développement entre la Communauté économique européenne et la Turquie
Article 6-1
«  Sous réserve des dispositions de l’article  7 relatif au libre accès à l’emploi des membres de sa famille, le
travailleur turc, appartenant au marché régulier de l’emploi d’un État membre :
- a droit, dans cet État membre, après un an d’emploi régulier, au renouvellement de son permis de travail
auprès du même employeur, s’il dispose d’un emploi ;
- a le droit, dans cet État membre, après trois ans d’emploi régulier et sous réserve de la priorité à accorder
aux travailleurs des États membres de la Communauté, de répondre dans la même profession auprès d’un
employeur de son choix à une autre offre, faite à des conditions normales, enregistrée auprès des services
de l’emploi de cet État membre ;
- bénéficie, dans cet État membre, après quatre ans d’emploi régulier du libre accès à toute activité salariée
de son choix ».
Article 7
« Les membres de la famille d’un travailleur turc appartenant au marché régulier de l’emploi d’un État membre,
qui ont été autorisés à le rejoindre :
- ont le droit de répondre - sous réserve de la priorité à accorder aux travailleurs des États membres de la
Communauté - à toute offre d’emploi lorsqu’ils y résident régulièrement depuis trois ans au moins ;
- y bénéficient du libre accès à toute activité salariée de leur choix lorsqu’ils y résident régulièrement depuis
cinq ans au moins ;
- Les enfants des travailleurs turcs ayant accompli une formation professionnelle dans le pays d’accueil
pourront, indépendamment de leur durée de résidence dans cet État membre, à condition qu’un des parents
ait légalement exercé un emploi dans l’État membre intéressé depuis trois ans au moins, répondre dans ledit
État membre à toute offre d’emploi ».
Article 14-1
«  Les dispositions de la présente section
13
sont appliquées sous réserve des limitations justifiées par des
raisons d’ordre public, de sécurité et de santé publique ».
13
Chapitre II, Dispositions sociales, section 1, Questions relatives à l’emploi et à la libre circulation des travailleurs.
96

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15 mai 2013
10. - Directive 2003/86/CE du Conseil du 22 septembre 2003
relative au droit au regroupement familial
Article 4
« 1. Les États membres autorisent l’entrée et le séjour, conformément à la présente directive et sous réserve
du respect des conditions visées au chapitre IV, ainsi qu’à l’article 16, des membres de la famille suivants :
a) le conjoint du regroupant ;
b) les enfants mineurs du regroupant et de son conjoint, y compris les enfants adoptés conformément à une
décision prise par l’autorité compétente de l’État membre concerné ou à une décision exécutoire de plein
droit en vertu d’obligations internationales dudit État membre ou qui doit être reconnue conformément à des
obligations internationales ;
c) les enfants mineurs, y compris les enfants adoptés, du regroupant, lorsque celui-ci a le droit de garde et en
a la charge. Les États membres peuvent autoriser le regroupement des enfants dont la garde est partagée, à
condition que l’autre titulaire du droit de garde ait donné son accord ;
d) les enfants mineurs, y compris les enfants adoptés, du conjoint, lorsque celui-ci a le droit de garde et en
a la charge. Les États membres peuvent autoriser le regroupement des enfants dont la garde est partagée, à
condition que l’autre titulaire du droit de garde ait donné son accord.
Les enfants mineurs visés au présent article  doivent être d’un âge inférieur à la majorité légale de l’État
membre concerné et ne pas être mariés.
Par dérogation, lorsqu’un enfant a plus de 12 ans et arrive indépendamment du reste de sa famille, l’État
membre peut, avant d’autoriser son entrée et son séjour au titre de la présente directive, examiner s’il satisfait
à un critère d’intégration prévu par sa législation existante à la date de la mise en œuvre de la présente
directive ».
Article 5
« 1. Les États membres déterminent si, aux fins de l’exercice du droit au regroupement familial, une demande
d’entrée et de séjour doit être introduite auprès des autorités compétentes de l’État membre concerné soit
par le regroupant, soit par les membres de la famille.
2. La demande est accompagnée de pièces justificatives prouvant les liens familiaux et le respect des
conditions prévues aux articles 4 et 6 et, le cas échéant, aux articles 7 et 8, ainsi que de copies certifiées
conformes des documents de voyage des membres de la famille.
Le cas échéant, pour obtenir la preuve de l’existence de liens familiaux, les États membres peuvent procéder
à des entretiens avec le regroupant et les membres de sa famille et à toute enquête jugée nécessaire.
Lors de l’examen d’une demande concernant le partenaire non marié du regroupant, les États membres
tiennent compte, afin d’établir l’existence de liens familiaux, d’éléments tels qu’un enfant commun, une
cohabitation préalable, l’enregistrement du partenariat ou tout autre moyen de preuve fiable.
3. La demande est introduite et examinée alors que les membres de la famille résident à l’extérieur du territoire
de l’État membre dans lequel le regroupant réside.
Par dérogation, un État membre peut accepter, dans des cas appropriés, qu’une demande soit introduite
alors que les membres de la famille se trouvent déjà sur son territoire.
4. Dès que possible, et en tout état de cause au plus tard neuf mois après la date du dépôt de la demande,
les autorités compétentes de l’État membre notifient par écrit à la personne qui a déposé la demande la
décision la concernant.
Dans des cas exceptionnels liés à la complexité de l’examen de la demande, le délai visé au premier alinéa
peut être prorogé.
La décision de rejet de la demande est dûment motivée. Toute conséquence de l’absence de décision
à l’expiration du délai visé au premier alinéa doit être réglée par la législation nationale de l’État membre
concerné.
5. Au cours de l’examen de la demande, les États membres veillent à prendre dûment en considération
l’intérêt supérieur de l’enfant mineur ».
Article 6
« 1. Les États membres peuvent rejeter une demande d’entrée et de séjour d’un des membres de la famille
pour des raisons d’ordre public, de sécurité publique ou de santé publique.
2. Les États membres peuvent retirer le titre de séjour d’un membre de la famille ou refuser de le renouveler
pour des raisons d’ordre public, de sécurité publique ou de santé publique.
Lorsqu’ils prennent une telle décision, les États membres tiennent compte, outre de l’article 17, de la gravité
ou de la nature de l’infraction à l’ordre public ou à la sécurité publique commise par le membre de la famille,
ou des dangers que cette personne est susceptible de causer.
3. La seule survenance de maladies ou d’infirmités après la délivrance du titre de séjour ne peut justifier le
refus de renouvellement du titre de séjour ou l’éloignement du territoire par l’autorité compétente de l’État
membre concerné ».
97

15 mai 2013
Question prioritaire de constitutionnalité

Bulletin d’information
II. - ARRÊTS DES CHAMBRES STATUANT EN MATIÈRE
DE QUESTION PRIORITAIRE DE CONSTITUTIONNALITÉ
N
o
709
Question prioritaire
de constitutionnalité
Code du travail. - Article L. 3141-30. - Principe d’égalité. -
Droit de propriété. - Incompétence négative. - Prévisibilité
de la règle juridique.  - Caractère sérieux.  - Défaut.  -
Non-lieu à renvoi au Conseil constitutionnel.
Attendu que la question transmise est ainsi rédigée :
« 1
o
Les dispositions de I’article L. 3141-30 du code du travail, en
tant qu’elles sont de nature à permettre d’imposer un maintien
d’affiliation obligatoire de l’employeur auprès d’une caisse
de congés payés alors même que l’entreprise aurait changé
d’activité et ne relèverait plus des secteurs professionnels
concernés, et que l’ensemble de son personnel relèverait d’une
convention collective autre que celles du bâtiment, sont-elles
conformes au principe d’égalité et au droit de propriété privée,
garantis par la Constitution ?
2
o
En n’encadrant pas suffisamment le dispositif à
l’article  L.  3141-30 du code du travail, et en confiant ainsi
au pouvoir réglementaire la détermination des professions,
industries et commerces concernés sans définir aucunement le
domaine et les principes d’une adhésion forcée aux caisses de
congés payés, le législateur a-t-il méconnu sa compétence et
porté une atteinte disproportionnée au principe d’égalité et au
droit de propriété privée au regard des objectifs poursuivis, ainsi
qu’au principe de prévisibilité de la règle juridique, garantis par
la Constitution ? »
Mais attendu que les dispositions de l’article  L.  3141-30 du
code du travail répondent à l’objectif de prévisibilité de la loi et
ne méconnaissent ni le principe d’égalité, ni celui du respect du
droit de propriété ;
Par ces motifs :
DIT N’Y AVOIR LIEU À RENVOYER au Conseil constitutionnel la
question prioritaire de constitutionnalité.
Soc. - 24 janvier 2013.
NON-LIEU À RENVOI AU CONSEIL CONSTITUTIONNEL
N
o
 12-40.087. - TC Bordeaux, 19 octobre 2012.
M.  Lacabarats, Pt.  - M.  Linden, Rap.  - M.  Foerst, Av. Gén.  -
SCP Odent et Poulet, SCP Waquet, Farge et Hazan, Av.
N
o
710
Question prioritaire
de constitutionnalité
Code rural et de la pêche maritime. - Article L. 143-14. -
Droit à un recours juridictionnel effectif.  - Disposition de
nature réglementaire. - Irrecevabilité.
Attendu qu’à l’occasion du pourvoi formé contre un arrêt du
10  février  2012 de la cour d’appel de Saint-Denis, Mme  X...,
épouse Y..., a, par mémoire distinct et motivé, présenté
une question prioritaire de constitutionnalité soutenant que
l’article  L.  143-14 du code rural et de la pêche maritime
méconnaît le droit à un recours juridictionnel effectif garanti
par l’article  16 de la Déclaration des droits de l’homme et du
citoyen ;
Mais attendu que, sous couvert de la critique d’une disposition
législative, la question posée ne tend qu’à discuter la conformité
au principe constitutionnel invoqué des dispositions de
l’article R. 143-11 du même code, qui prévoient que l’affichage
en mairie constitue le point de départ du délai de recours  ;
que ces dispositions, de nature réglementaire, ne peuvent faire
l’objet d’une question prioritaire de constitutionnalité ;
D’où il suit que la question n’est pas recevable ;
Par ces motifs :
DÉCLARE IRRECEVABLE la question prioritaire de
constitutionnalité.
3
e
 Civ. - 21 janvier 2013.
IRRECEVABILITÉ
N
o
 12-19.870. - CA Saint-Denis de la Réunion, 10 février 2012.
M.  Terrier, Pt.  - Mme  Fossaert, Rap.  - M.  Petit, Av. Gén.  -
SCP  Gatineau et Fattaccini, SCP  Rocheteau et Uzan-Sarano,
SCP Bénabent, Av.
N
o
711
Question prioritaire
de constitutionnalité
Loi n
o
 87-588 du 30 juillet 1987. - Article 99, modifié par
l’article 6 de la loi n
o
 2007-293 du 5 mars 2007. - Liberté
d’entreprendre.  - Article  4 de la Déclaration des droits
de l’homme et du citoyen.  - Observations tardives.  -
Irrecevabilité.  - Non-lieu à renvoi devant le Conseil
constitutionnel. - Caractère sérieux. - Défaut.
98

Bulletin d’information
Question prioritaire de constitutionnalité

15 mai 2013
Sur la recevabilité des observations présentées, pour l’association
Cler Amour et famille, par la société civile professionnelle
Le Bret-Desaché :
Vu l’article R. 49-30 du code de procédure pénale ;
Attendu que ces observations, présentées plus d’un mois à
compter de la décision de transmission de la question prioritaire
de constitutionnalité à la Cour de cassation, sont irrecevables
comme tardives ;
Attendu que la question prioritaire de constitutionnalité
transmise, et que les parties ne peuvent pas modifier par voie
de mémoire devant la Cour de cassation, est ainsi rédigée :
« L’article 99 de la loi n
o
 87-588 du 30 juillet 1987, modifié par
l’article 6 de la loi n
o
 2007-293 du 5 mars 2007, est-il contraire
au principe de liberté d’entreprendre reconnu par les lois de
la République, découlant de l’article  4 de la Déclaration des
droits de l’homme et du citoyen de 1789 et reconnu comme
ayant une valeur constitutionnelle en particulier aux termes
des décisions du Conseil constitutionnel du 27  juillet  2000 et
16 juillet 2001 ? »
Attendu que la disposition contestée, qui constitue le fondement
des poursuites contre les demandeurs, est applicable à la
procédure ;
Attendu que la disposition contestée n’a pas déjà été déclarée
conforme à la Constitution dans une décision du Conseil
constitutionnel ;
Attendu que la question, ne portant pas sur l’interprétation d’une
disposition constitutionnelle dont le Conseil constitutionnel n’aurait
pas encore eu l’occasion de faire application, n’est pas nouvelle ;
Et attendu que la question posée ne présente pas, à l’évidence,
un caractère sérieux, dès lors que la disposition légale critiquée,
qui a été adoptée par le législateur dans un but de protection
renforcée de l’enfance, dont l’intérêt, la prise en compte
des besoins et le respect des droits constituent des motifs
d’intérêt général répondant à des exigences constitutionnelles
reconnues et garanties par les alinéas 10 et 11 du préambule de
la Constitution de 1946 et à l’objectif de valeur constitutionnelle
de sauvegarde de l’ordre public, n’a pas pour effet de
porter à la liberté d’entreprendre une atteinte manifestement
disproportionnée au regard de l’objectif poursuivi ;
D’où il suit qu’il n’y a pas lieu de renvoyer la question au Conseil
constitutionnel ;
Par ces motifs :
DIT N’Y AVOIR LIEU À RENVOYER au Conseil constitutionnel la
question prioritaire de constitutionnalité.
Crim. - 22 janvier 2013.
NON-LIEU À RENVOI AU CONSEIL CONSTITUTIONNEL
N
o
 12-90.065. - CA Paris, 17 octobre 2012.
M.  Louvel, Pt.  - M.  Maziau, Rap.  - M.  Salvat, Av. Gén.  -
SCP Roger et Sevaux, SCP Le Bret-Desaché, Av.
Un commentaire de cette décision est paru dans La Semaine
juridique, édition générale, n
o
  7, 11  février  2013, Chroniques -
jurisprudence relative à la question prioritaire de constitutionnalité,
n
o
 191, p. 332 à 336, spéc. n
o
 18, p. 335, note Bertrand Mathieu.
Voir également la revue Droit de la famille, n
o
  3, mars  2013,
commentaire n
o
  43, p.  30-31, note Marie-Ange Alexis («  Quand
la protection (renforcée) de la moralité du mineur justifie l’atteinte
à la liberté d’entreprendre et la non-transmission d’une question
prioritaire de constitutionnalité  »), la revue Droit pénal, n
o
  3,
mars  2013, commentaire n
o
  41, p.  41-42, note Jacques-
Henri Robert («  À l’école des sex-shops  »), et la Gazette du
Palais, n
o
  97-99, 7-9  avril  2013, Chronique de jurisprudence de
question prioritaire de constitutionnalité, p. 25-26, note Dominique
Rousseau («  Du non-renvoi d’une QPC contestant l’interdiction
d’installation de commerces vendant des objets pornographiques
à moins de 200 mètres d’un établissement scolaire »).
99

15 mai 2013
Arrêts des chambres

Bulletin d’information
III. - TITRES ET SOMMAIRES D’ARRÊTS
ARRÊTS DES CHAMBRES
N
o
712
Actions possessoires
Non-cumul avec le pétitoire. - Saisine du pétitoire par le
défendeur au possessoire. - Conditions. - Détermination.
L’interdiction faite au défendeur à l’action possessoire d’agir
au fond avant d’avoir mis un terme au trouble emporte
l’impossibilité pour lui d’agir au pétitoire avant la fin de l’instance
possessoire.
3
e
 Civ. - 23 janvier 2013.
CASSATION
N
o
 11-28.266. - CA Bordeaux, 29 septembre 2011.
M.  Terrier, Pt.  - Mme  Feydeau, Rap.  - M.  Laurent-Atthalin, Av.
Gén. - M
e
 Balat, SCP Waquet, Farge et Hazan, Av.
Un commentaire de cette décision est paru dans La Semaine
juridique, édition générale, n
o
  15, 8  avril  2013, Chroniques -
droit des biens, n
o
  429, p.  740 à 745, spéc. n
o
  4, p.742, note
Hugues Périnet-Marquet («  La règle du non-cumul implique
l’impossibilité d’agir au pétitoire avant la fin de l’instance
possessoire »).
N
o
713
Appel civil
Effet dévolutif. - Portée. - Appel non limité. - Conclusions
ne critiquant que certains chefs du jugement.  - Effets.  -
Détermination.
En cas d’appel général d’un jugement de divorce, la décision
quant au divorce ne passe en force de chose jugée, sauf
acquiescement ou désistement, qu’après le prononcé de l’arrêt.
L’absence dans les conclusions d’appel de critiques dirigées
contre le chef du jugement prononçant le divorce ne vaut pas
acquiescement au divorce.
2
e
 Civ. - 31 janvier 2013.
REJET
N
o
 11-29.004. - CA Rennes, 15 septembre 2011.
Mme  Flise, Pt.  - M.  de Leiris, Rap.  - M.  Girard, Av. Gén.  -
M
e
 Balat, M
e
 Jacoupy, Av.
Un commentaire de cette décision est paru dans la revue
Droit de la famille, n
o
 3, mars 2013, commentaire n
o
 38, p. 23,
note Virginie Larribau-Terneyre («  En cas d’appel général, la
limitation dans les conclusions des chefs de jugement critiqués
ne vaut pas acquiescement »). Voir également la revue Actualité
juridique Famille, n
o
  3, mars  2013, Jurisprudence, p.  180-181,
note Sylvain Thouret (« Moment auquel la prestation compensatoire
devient exigible  »), et la revue Procédures, n
o
  4, avril  2013,
commentaire n
o
  109, p.  23-24, note Mélina Douchy-Oudot
(«  Divorce  : appel général et limitation des conclusions à
certains chefs de jugement »).
N
o
714
Architecte
Contrat avec le maître de l’ouvrage. - Mission. - Étendue. -
Obtention des permis de démolir et de construire.  -
Portée. - Diagnostic de la pollution éventuelle des sols. -
Obligation (non).
Il n’appartient pas à l’architecte chargé d’une mission relative
à l’obtention des permis de démolir et de construire de réaliser
des travaux de reconnaissance des sols pour effectuer un
diagnostic de la pollution éventuelle, ni d’attirer l’attention de
l’acquéreur sur le risque d’acquérir le bien sans procéder à de
telles investigations.
3
e
 Civ. - 30 janvier 2013.
CASSATION PARTIELLE
N
o
 11-27.792. - CA Paris, 20 septembre 2011.
M.  Mas, Pt (f.f.).  - M.  Pronier, Rap.  - Mme  Guilguet-Pauthe,
Av. Gén.  - SCP  Boulloche, SCP  Boré et Salve de Bruneton,
SCP Boullez, SCP Nicolaÿ, de Lanouvelle et Hannotin, Av.
Un commentaire de cette décision est paru au Recueil Dalloz,
n
o
  6, 14  février  2013, Actualité/droit civil, p.  363 («  Pollution
des sols  : responsabilité du dirigeant et de l’architecte  »).
Voir également la Revue de droit immobilier - urbanisme -
construction, n
o
 4, avril 2013, Chroniques - Marchés de travaux
privés et autres contrats, p.  208 à 211, note Bernard Boubli
(«  La reconnaissance des sols n’incombe pas à l’architecte
chargé du dossier de permis de contruire »).
N
o
715
1
o
Assurance (règles générales)
Contrat d’assurance. - Formation. - Contrat de fourniture
à distance d’opérations d’assurance.  - Droit de
renonciation. - Application. - Conditions. - Détermination. -
Portée.
100

Bulletin d’information
Arrêts des chambres

15 mai 2013
2
o
Assurance (règles générales)
Contrat d’assurance. - Formation. - Contrat de fourniture
à distance d’opérations d’assurance.  - Droit de
renonciation. - Application. - Conditions. - Détermination. -
Portée.
1
o
Selon l’article  L.  112-2-1, II, 1
o
et 3
o
, c, du code des
assurances, texte d’ordre public, le droit de renonciation ouvert
à toute personne physique ayant conclu, à des fins n’entrant pas
dans le cadre de son activité commerciale ou professionnelle,
un contrat de fourniture à distance d’opérations d’assurance
ne s’applique pas aux contrats exécutés intégralement par les
deux parties à la demande expresse du consommateur avant
que ce dernier n’exerce son droit de renonciation.
Dès lors, encourt la censure le jugement d’une juridiction de
proximité qui déboute l’assuré de sa demande de remboursement
de prime sans constater que le contrat d’assurance «  garantie
mécanique  », souscrit téléphoniquement, qui avait seulement
pris effet avec le paiement de la prime, avait été exécuté
intégralement par les deux parties à la demande expresse du
consommateur (arrêt n
o
 1, pourvoi n
o
 11-28.928).
2
o
Selon l’article  L.  112-2-1, II, 1
o
et 3
o
, c, du code des
assurances, texte d’ordre public, le droit de renonciation ouvert
à toute personne physique ayant conclu, à des fins n’entrant pas
dans le cadre de son activité commerciale ou professionnelle,
un contrat de fourniture à distance d’opérations d’assurance
ne s’applique pas aux contrats exécutés intégralement par les
deux parties à la demande expresse du consommateur avant
que ce dernier n’exerce son droit de renonciation.
Doit être approuvé en conséquence le jugement qui, ayant
constaté que l’assuré avait, par courrier recommandé avec
avis de réception, déclaré renoncer au bénéfice de la « garantie
mécanique  » cinq jours après la souscription du contrat
d’assurance, retient que le contrat n’a pas été exécuté
intégralement par les deux parties à la demande expresse de
l’assuré du seul fait du paiement de la prime, que celui-ci a
régulièrement exercé son droit de renonciation et qu’il était
fondé à obtenir le remboursement de la prime versée (arrêt n
o
 2,
pourvoi n
o
 11-20.155).
Arrêt n
o
 1 :
2
e
 Civ. - 17 janvier 2013.
CASSATION
N
o
  11-28.928.  - Juridiction de proximité de Pau,
29 septembre 2011.
Mme  Flise, Pt.  - Mme  Aldigé, Rap.  - M.  Maitre, Av. Gén.  -
SCP Didier et Pinet, SCP Nicolaÿ, de Lanouvelle et Hannotin, Av.
Un commentaire de cette décision est paru dans la revue
Communication, commerce électronique, n
o
  3, mars  2013,
commentaire n
o
  26, p.  31 à 33, note Grégoire Loiseau («  La
force obligatoire différée des contrats conclus à distance  »).
Voir également La Semaine juridique, édition générale, n
o
  10,
4  mars  2013, Jurisprudence, n
o
  261, p.  467 à 470, note Luc
Grynbaum («  Assurance à distance  : des exceptions limitées
à la faculté de renonciation  »), et cette même revue, n
o
  14,
1
er
  avril  2013, Chronique - droit des assurances, n
o
  400,
p.  684 à 691, spéc. n
o
  6, p.  685-686, note Jérôme Kullmann
(«  Souscription à distance  : exécution intégrale d’un contrat
d’assurance et demande expresse d’un consommateur »).
Arrêt n
o
 2 :
2
e
 Civ. - 17 janvier 2013.
REJET
N
o
  11-20.155.  - Juridiction de proximité de Colombes,
4 janvier 2011.
Mme  Flise, Pt.  - Mme  Bouvier, Rap.  - M.  Maitre, Av. Gén.  -
SCP Nicolaÿ, de Lanouvelle et Hannotin, M
e
 Haas, Av.
Un commentaire de cette décision est paru dans La Semaine
juridique, édition générale, n
o
 10, 4 mars 2013, Jurisprudence,
n
o
  261, p.  467 à 470, note Luc Grynbaum («  Assurance à
distance : des exceptions limitées à la faculté de renonciation »).
Voir également La Semaine juridique, édition générale, n
o
  14,
1
er
  avril  2013, Chronique - droit des assurances, n
o
  400,
p.  684 à 691, spéc. n
o
  6, p.  685-686, note Jérôme Kullmann
(«  Souscription à distance  : exécution intégrale d’un contrat
d’assurance et demande expresse d’un consommateur »).
N
o
716
Assurance (règles générales)
Garantie. - Exclusion. - Vol. - Opposabilité. - Victime par
ricochet. - Portée.
L’exclusion de garantie des dommages subis par les
auteurs, coauteurs et complices d’un vol de véhicule prévue
à l’article  L.  211-1, alinéa 2, du code des assurances
est opposable aux victimes par ricochet, dont l’action en
indemnisation, bien que distincte par son objet de celle de la
victime directe, n’en procède pas moins du même fait originaire
considéré dans toutes ses circonstances.
2
e
 Civ. - 17 janvier 2013.
REJET
N
o
 11-25.265. - CA Montpellier, 8 décembre 2010.
Mme  Flise, Pt.  - Mme  Touati, Rap.  - M.  Maitre, Av. Gén.  -
SCP Gatineau et Fattaccini, Av.
N
o
717
Bail commercial
Procédure.  - Bail révisé ou renouvelé.  - Mémoire.  -
Mémoire préalable. - Remise au greffe. - Effets. - Saisine
du juge des loyers commerciaux. - Défaut. - Portée. - Acte
interruptif de prescription (non).
La remise au greffe du mémoire aux fins de fixation de la date
de l’audience, conformément à l’article  R.  145-27 du code de
commerce, ne saisit pas le juge des loyers commerciaux et
ne peut donc interrompre le délai de la prescription prévu par
l’article L. 145-60 du même code.
3
e
 Civ. - 23 janvier 2013.
CASSATION SANS RENVOI
N
o
 11-20.313. - CA Basse-Terre, 8 mars 2010 et 18 avril 2011.
M. Terrier, Pt. - Mme Pic, Rap. - M. Laurent-Atthalin, Av. Gén. -
SCP Masse-Dessen, Thouvenin et Coudray, SCP Richard, Av.
Un commentaire de cette décision est paru au Recueil Dalloz,
n
o
  5, 7  février  2013, Actualité/droit des affaires, p.  303, note
Yves Rouquet («  Procédure sur mémoire  : interruption de la
prescription  »). Voir également la revue Loyers et copropriété,
n
o
  3, mars  2012, commentaire n
o
  80, p.  21-22, note Philippe-
Hubert Brault («  Prescription de l’action en fixation du loyer
du bail renouvelé  »), la Revue des loyers, n
o
  935, mars  2013,
Jurisprudence, p. 150 à 155, note Vivien Zalewski (« Procédure
sur mémoire et prescription biennale  »), la Gazette du Palais,
n
o
  83-85, 24-26  mars  2013, Jurisprudence, p.  20 à 22, note
Laurent Ruet («  Encore la prescription extinctive  »), et la revue
Administrer, n
o
 463, mars 2013, Sommaires, p. 33, note Danielle
Lipman-W. Bocarra.
101

15 mai 2013
Arrêts des chambres

Bulletin d’information
N
o
718
1
o
Bourse
Autorité des marchés financiers (AMF).  - Pouvoirs.  -
Contrôles et enquêtes.  - Droit de communication.  -
Correspondances d’avocat.  - Correspondances non
annexées au rapport d’enquête. - Validité.
2
o
Bourse
Autorité des marchés financiers.  - Pouvoirs.  - Contrôles
et enquêtes.  - Rapport d’enquête.  - Signature par le
directeur des enquêtes. - Effets. - Nullité (non).
3
o
Bourse
Autorité des marchés financiers.  - Pouvoirs.  - Contrôles
et enquêtes.  - Rapport d’enquête.  - Obligations de son
auteur.  - Impartialité et indépendance applicables aux
autorités de jugement. - Nécessité (non).
1
o
Une société ayant fait valoir, à l’appui de son recours contre
une décision de la commission des sanctions de l’AMF, que les
messageries électroniques professionnelles de deux salariés,
dont une copie avait été remise aux enquêteurs par son
représentant légal à l’occasion de l’exercice par ces derniers
du droit de communication qu’ils tiennent de l’article L. 621-10
du code monétaire et financier, contenaient des échanges
avec l’avocat de la société, justifie légalement sa décision la
cour d’appel qui rejette ce recours après avoir relevé que les
messageries électroniques n’avaient pas été annexées au
rapport d’enquête et dès lors qu’il n’était pas allégué que des
éléments propres à établir que ces messageries contenaient
des correspondances couvertes par le secret des échanges
entre un avocat et son client avaient été fournis aux enquêteurs.
2
o
La signature du rapport établi en application de
l’article  R.  621-36 du code monétaire et financier par le
directeur des enquêtes et de la surveillance des marchés de
l’AMF est sans incidence sur sa validité.
3
o
L’auteur d’un rapport mentionnant les résultats des enquêtes
et des contrôles et indiquant les faits relevés susceptibles de
constituer des manquements au règlement général de l’AMF ou
une infraction pénale n’est pas tenu de satisfaire aux exigences
d’impartialité et d’indépendance applicables aux autorités de
jugement.
Com. - 29 janvier 2013.
REJET
N
o
 11-27.333. - CA Paris, 29 septembre 2011.
M.  Espel, Pt.  - M.  Le  Dauphin, Rap.  - M.  Mollard, Av. Gén.  -
SCP Peignot, Garreau et Bauer-Violas, SCP Vincent et Ohl, Av.
Un commentaire de cette décision est paru au Recueil Dalloz,
n
o
  6, 14  février  2013, Actualité/droit des affaires, p.  362
(«  Autorité des marchés financiers  : précisions sur la régularité
des enquêtes  »). Voir également le Bulletin Joly Bourse, n
o
  4,
avril  2013, n
o
  69, p.  166 à 168, note Dominique Schmidt
(«  La remise volontaire de correspondances couvertes par le
secret »).
N
o
719
Cassation
Décisions susceptibles. - Décision par défaut. - Condition.
Selon l’article 494 du code de procédure pénale, une juridiction
correctionnelle ne peut statuer par itératif défaut qu’à l’égard
d’un opposant qui a été informé de la date d’audience. Lorsque
le prévenu n’a pas eu connaissance, dans les conditions
prévues par ce texte, de la date de l’audience à laquelle son
opposition serait examinée, la décision doit être considérée
comme rendue par défaut.
Dans ce dernier cas, si la décision indique par erreur qu’elle a
été rendue par itératif défaut et si elle a été frappée d’un pourvoi
en cassation, un tel recours doit être déclaré irrecevable.
Cependant, en raison des mentions de la décision attaquée,
de nature à induire erreur la partie concernée, le recours en
cassation exercé a eu pour effet de différer, jusqu’à la décision
de la Cour de cassation, l’ouverture du délai d’opposition.
Crim. - 22 janvier 2013.
IRRECEVABILITÉ
N
o
 12-82.105. - CA Dijon, 20 octobre 2010.
M. Louvel, Pt. - M. Guérin, Rap. - M. Cordier, Av. Gén.
N
o
720
Cassation
Pourvoi.  - Mémoire.  - Mémoire personnel.  - Mémoire
additionnel. - Production. - Délai. - Dépassement du délai
légal. - Sanction. - Irrecevabilité.
Est irrecevable, en application de l’article  585-1 du code de
procédure pénale, le mémoire personnel additionnel reçu à la
Cour de cassation plus d’un mois après la date du pourvoi,
lequel ne saisit donc pas la Cour de cassation des moyens qu’il
contient.
Crim. - 23 janvier 2013.
REJET
N
o
  12-84.488.  - Juridiction de proximité de Paris 19,
13 mars 2012.
M. Louvel, Pt. - M. Moreau, Rap. - M. Sassoust, Av. Gén.
N
o
721
Chambre de l’instruction
Appel des ordonnances du juge d’instruction.  - Appel
du ministère public.  - Ordonnance de non-lieu partiel.  -
Étendue de la saisine de la chambre de l’instruction.  -
Détermination. - Portée.
L’appel que le ministère public a limité expressément aux
dispositions de l’ordonnance de règlement ayant prononcé
un non-lieu à l’égard d’une personne mise en examen n’a
pas pour effet de faire considérer comme renvoyée devant la
chambre de l’instruction, au sens de l’article  202 du code de
procédure pénale, une autre personne mise en accusation par
la même ordonnance et n’ayant elle-même exercé aucune voie
de recours.
Crim. - 22 janvier 2013.
REJET
N
o
 12-87.022. - CA Toulouse, 11 octobre 2012.
M.  Louvel, Pt.  - M.  Straehli, Rap.  - M.  Cordier, Av. Gén.  -
SCP Waquet, Farge et Hazan, Av.
N
o
722
Chambre de l’instruction
Détention provisoire.  - Demande de mise en liberté.  -
Formes.  - Déclaration au greffier ou au chef de
l’établissement pénitentiaire.  - Précision de l’objet de la
demande. - Recevabilité. - Condition.
Aux termes de l’article  148-6 du code de procédure pénale,
toute demande de mise en liberté doit faire l’objet d’une
déclaration au greffier de la juridiction d’instruction saisie du
102

Bulletin d’information
Arrêts des chambres

15 mai 2013
dossier ou à celui de la juridiction compétente. Il s’agit là d’une
formalité essentielle annonçant clairement son objet, destinée
à permettre au greffier d’enregistrer la demande sans avoir à
l’interpréter.
Encourt, en conséquence, la cassation l’arrêt de la chambre
de l’instruction qui, saisie, en application du dernier alinéa de
ce texte, par un avocat ne résidant pas dans son ressort au
moyen d’une lettre recommandée avec demande d’avis de
réception, accepte de considérer comme telle un courrier qui,
faute d’annoncer clairement son objet, ne pouvait constituer
une demande de mise en liberté.
Crim. - 23 janvier 2013.
CASSATION SANS RENVOI
N
o
 12-86.986. - CA Rennes, 5 octobre 2012.
M.  Louvel, Pt.  - M.  Le  Corroller, Rap.  - M.  Mathon, Av. Gén.  -
SCP Piwnica et Molinié, Av.
Un commentaire de cette décision est paru dans la Gazette
du Palais, n
o
  48-50, 17-19  février  2013, Jurisprudence, p.  13
à 15, note Rodolphe Mésa («  Retour sur le formalisme de la
demande de mise en liberté formulée par le mis en examen non
domicilié dans le ressort de la juridiction compétente  »). Voir
également la revue Droit pénal, n
o
  3, mars  2013, commentaire
n
o
 47, p. 47-48, note Albert Maron et Marion Haas (« Demande
clandestine »), et La Semaine juridique, édition générale, n
o
 13,
25  mars  2013, Chroniques - droit pénal et procédure pénale,
n
o
  360, p.  629 à 637, spéc. n
o
  17, p.  635, note Albert Maron
(« Détention provisoire »).
N
o
723
Chambre de l’instruction
Procédure. - Débats. - Publicité. - Détention provisoire. -
Personne mise en examen majeure.  - Arrêt rendu en
chambre du conseil. - Portée.
Si, par dérogation aux dispositions de l’article  199, alinéa
premier, du code de procédure pénale, selon lesquelles les
débats se déroulent et l’arrêt est rendu en chambre du conseil,
le même texte, en son deuxième alinéa, prévoit la publicité en
matière de détention provisoire pour les personnes majeures,
l’inobservation de cette dernière formalité ne saurait donner
ouverture à cassation que s’il en résulte une atteinte aux intérêts
de la partie concernée.
Tel n’est pas le cas lorsque les débats ont eu lieu en présence
de l’avocat du détenu, qui n’a soulevé aucun incident.
Crim. - 23 janvier 2013.
REJET
N
o
 12-87.382. - CA Colmar, 20 septembre 2012.
M.  Louvel, Pt.  - M.  Laurent, Rap.  - M.  Sassoust, Av. Gén.  -
SCP Piwnica et Molinié, Av.
N
o
724
1
o
Circulation routière
Stationnement.  - Infraction à la réglementation.  -
Procès-verbal de constatation. - Absence d’apposition sur
le véhicule.  - Transmission ultérieure au contrevenant.  -
Régularité.
2
o
Circulation routière
Stationnement.  - Stationnement payant.  - Paiement de
la redevance. - Moyens de paiement. - Carte prépayée.
1
o
L’absence d’apposition, sur le véhicule, du procès-verbal
de constatation de l’infraction aux règles du stationnement ne
saurait entraîner la nullité de la procédure, dès lors qu’aucune
disposition légale ou conventionnelle n’impose la rédaction
sur-le-champ du procès-verbal et que l’article  R.  49-1 du
code de procédure pénale prévoit expressément que l’avis de
contravention peut être transmis ultérieurement au contrevenant.
2
o
N’est pas entachée d’illégalité l’instauration d’un système de
règlement de la redevance de stationnement exclusivement au
moyen d’une carte prépayée, qui répond à l’objectif d’intérêt
public de sécurisation des appareils horodateurs, n’impose pas
aux usagers de sujétions disproportionnées par rapport au but
légitime en vue duquel cette mesure a été prise par l’autorité
publique, enfin ne constitue pas une rupture de l’égalité entre
usagers des voies publiques.
Crim. - 23 janvier 2013.
REJET
N
o
 12-84.164. - Tribunal de police de Paris, 13 mars 2012.
M. Louvel, Pt. - Mme Caron, Rap. - M. Sassoust, Av. Gén.
N
o
725
Compétence
Décision sur la compétence.  - Contredit.  - Domaine
d’application.  - Ordonnance du juge de la mise en état
(non).
En application des articles 73 et 776 du code de procédure
civile, les ordonnances du juge de la mise en état ne sont pas
susceptibles de contredit.
2
e
 Civ. - 31 janvier 2013.
CASSATION
N
o
 11-25.242. - CA Paris, 22 juin 2011.
Mme  Flise, Pt.  - M.  André, Rap.  - M.  Girard, Av. Gén.  -
SCP Gatineau et Fattaccini, Av.
Un commentaire de cette décision est paru au Recueil
Dalloz, n
o
  6, 14  février  2013, Actualité/procédure civile et voie
d’exécution, p.  372 («  Exception de procédure  : appel des
ordonnances du juge de la mise en état »).
N
o
726
Conflit collectif du travail
Grève.  - Grève des services publics.  - Exercice du droit
de grève. - Réglementation propre aux services publics. -
Domaine d’application.  - Transports terrestres réguliers
de voyageurs à vocation non touristique.  - Préavis.  -
Procédure de négociation préalable. - Respect. - Défaut.
- Sanction. - Préavis irrégulier. - Portée.
Selon l’article  2 de la loi n
o
  2007-1224 du 21  août  2007 sur
le dialogue social et la continuité du service public dans les
transports terrestres réguliers de voyageurs, codifié sous les
articles L.  1324-2 à L.  1324-8 du code des transports, et
l’article  premier du décret n
o
  2008-82 du 24  janvier  2008,
dans les entreprises chargées d’une mission de service public
de transport terrestre régulier de personnes à vocation non
touristique, le dépôt d’un préavis de grève ne peut intervenir
qu’après une négociation préalable entre l’employeur et la ou
les organisations syndicales représentatives qui envisagent
de déposer un préavis  ; cette ou ces organisations notifient à
l’employeur les motifs pour lesquels elles envisagent de déposer
un préavis de grève, l’employeur, saisi d’une notification par
les organisations syndicales représentatives, en réunit les
représentants dans le délai de trois jours à compter de la remise
de cette notification et les parties disposent d’une durée de huit
jours francs à compter de la notification pour mener à son terme
la négociation préalable.
Doit être censurée la cour d’appel qui juge que n’est pas fautive
la participation d’un salarié à un mouvement de grève, alors
103

15 mai 2013
Arrêts des chambres

Bulletin d’information
qu’elle a constaté que les organisations syndicales n’avaient
pas respecté la procédure de négociation préalable leur
imposant de notifier à l’employeur qu’elles envisageaient de
déposer un préavis de grève, ce dont il résultait que celui-ci était
irrégulier, peu important le caractère national du mouvement de
grève, et que l’employeur avait informé l’ensemble des salariés
de l’entreprise du caractère illégal de la grève en raison de
l’irrégularité du préavis.
Soc. - 30 janvier 2013.
CASSATION SANS RENVOI
N
o
 11-23.791. - CA Grenoble, 29 juin 2011.
M.  Lacabarats, Pt.  - Mme  Sommé, Rap.  - Mme  Taffaleau, Av.
Gén.  - SCP  Thouin-Palat et Boucard, SCP  Waquet, Farge et
Hazan, Av.
Un commentaire de cette décision est paru dans La Semaine
juridique, édition générale, n
o
 8, 18 février 2013, Jurisprudence,
n
o
  308, p.  545 à 548, note François Duquesne («  Irrégularité
du préavis de grève au sein du service public de transport de
voyageurs »). Voir également la Revue de droit du travail, n
o
 3,
mars 2013, Actualités, p. 155 (« Grève dans les entreprises de
service public de transport terrestre de voyageurs »), et la Revue
de jurisprudence sociale, n
o
  4/13, avril  2013, décision n
o
  317,
p. 261-262.
N
o
727
Conflit de juridictions
Compétence internationale.  - Convention de Lugano du
16  septembre  1988.  - Article  17.  - Clause attributive de
juridiction. - Application. - Condition. - Clause convenue
entre non-commerçants. - Absence d’influence.
Selon l’article  17 de la Convention de Lugano du
16  septembre  1988, si les parties, dont l’une au moins a son
domicile sur le territoire d’un État contractant, sont convenues
d’un tribunal ou de tribunaux d’un État contractant pour
connaître des différends nés ou à naître à l’occasion d’un
rapport de droit déterminé, ce tribunal ou ces tribunaux sont
seuls compétents.
Il en résulte que la clause attributive de juridiction aux tribunaux
français ainsi convenue entre une société de droit français et un
Français, même non-commerçant, s’applique dès lors que le
défendeur est domicilié sur le territoire d’un autre État membre.
1
re
 Civ. - 30 janvier 2013.
CASSATION
N
o
 11-24.723. - CA Paris, 18 mai 2011.
M. Charruault, Pt. - Mme Monéger, Rap. - M. Jean, Av. Gén. -
SCP Nicolaÿ, de Lanouvelle et Hannotin, M
e
 Le Prado, Av.
Un commentaire de cette décision est paru au Recueil
Dalloz, n
o
  6, 14  février  2013, Actualité/procédure civile et
voie d’exécution, p.  372 («  Clause attributive de juridiction  :
applicabilité de la Convention de Lugano »).
N
o
728
Conflit de juridictions
Effets internationaux des jugements.  - Reconnaissance
ou exequatur.  - Conditions.  - Conditions de régularité
internationale. - Vérification. - Office du juge.
Pour accorder l’exequatur en l’absence de convention
internationale, le juge français doit s’assurer que trois conditions
sont remplies, à savoir la compétence indirecte du juge étranger
fondée sur le rattachement du litige au juge saisi, la conformité
à l’ordre public international de fond et de procédure ainsi que
l’absence de fraude.
L’article L. 341-4 du code de la consommation édicte une norme
dont la méconnaissance par le juge étranger n’est pas contraire
à la conception française de l’ordre public international.
1
re
 Civ. - 30 janvier 2013.
REJET
N
o
 11-10.588. - CA Paris, 9 novembre 2010.
M. Charruault, Pt. - Mme Bodard-Hermant, Rap. - M. Jean, Av.
Gén. - SCP Boré et Salve de Bruneton, SCP Potier de la Varde
et Buk-Lament, Av.
Un commentaire de cette décision est paru dans La Semaine
juridique, édition générale, n
o
  7, 11  février  2013, Actualités,
n
o
 165, p. 299, note Dara Akchoti (« Protection de la caution et
ordre public international »), également publiée dans La Semaine
juridique, édition notariale et immobilière, n
o
 7, 15 février 2013,
Actualités, n
o
  274, p.  13, et dans La Semaine juridique,
édition entreprise et affaires, n
o
  10-11, 7  mars  2013, Études
et commentaires, n
o
 1160, p. 40-41. Voir également le Recueil
Dalloz, n
o
  6, 14  février  2013, Actualité/procédure civile et voie
d’exécution, p.  371 («  Exequatur  : contrôle de la régularité
d’un jugement russe  »), et la Revue Lamy droit civil, n
o
  103,
avril 2013, Actualités, n
o
 5049, p. 32, note Gaëlle Marraud des
Grottes (« La méconnaissance de l’article L. 341-4 du code de
la consommation, non contraire à la conception française de
l’ordre public international »).
N
o
729
Contrat de travail, exécution
Employeur.  - Redressement et liquidation judiciaires.  -
Organes de la procédure. - Représentant des salariés. -
Statut.  - Statut protecteur.  - Période de protection.  -
Expiration. - Moment. - Détermination. - Portée.
La protection du représentant des salariés, qui exerce les
fonctions du comité d’entreprise ou, à défaut, des délégués du
personnel en cas d’absence de ceux-ci, cesse au terme de la
dernière audition ou consultation précédant l’adoption d’un plan
de redressement.
Doit dès lors être approuvé l’arrêt qui, pour dire que le
licenciement d’un représentant des salariés n’était pas soumis
à autorisation préalable de l’inspecteur du travail, retient que
toutes les sommes versées au représentant des créanciers
par l’AGS avaient été reversées aux salariés et qu’un plan de
continuation avait été adopté.
Soc. - 30 janvier 2013.
REJET
N
o
 11-22.979. - CA Paris, 16 juin 2011.
M.  Lacabarats, Pt.  - Mme  Sabotier, Rap.  - Mme  Taffaleau, Av.
Gén. - SCP Masse-Dessen, Thouvenin et Coudray, Av.
Un commentaire de cette décision est paru dans la Revue de
jurisprudence sociale, n
o
  4/13, avril  2013, décision n
o
  310,
p.  255-256. Voir également La Semaine juridique, édition
sociale, n
o
  14, 2  avril  2013, Jurisprudence, n
o
  1150, p.  36-37,
note Gwennhaël François («  Redressement judiciaire  : durée
de la protection du représentant des salariés  »), et la Revue
des procédures collectives, n
o
 2, mars-avril 2013, commentaire
n
o
  33, p.  32, note Philippe Roussel Galle («  Le  terme de la
mission du représentant des salariés »).
N
o
730
Contrat de travail, formation
Période d’essai. - Rupture. - Rupture avant son terme. -
Délai légal de prévenance. - Inobservation. - Portée.
104

Bulletin d’information
Arrêts des chambres

15 mai 2013
Lorsque l’employeur met fin à la période d’essai avant son
terme, la rupture ne constitue pas un licenciement, alors même
que le délai de prévenance prévu par l’article  L.  1221-25 du
code du travail n’a pas été respecté.
Doit donc être approuvée la cour d’appel qui a débouté le salarié
de ses demandes au titre d’un licenciement sans cause réelle
et sérieuse en raison du non-respect du délai de prévenance,
en retenant que l’employeur avait expressément mis fin à sa
période d’essai avant l’expiration de celle-ci.
Soc. - 23 janvier 2013.
REJET
N
o
 11-23.428. - CA Aix-en-Provence, 23 juin 2011.
M.  Lacabarats, Pt.  - Mme  Vallée, Rap.  - M.  Weissmann, Av.
Gén. - SCP Masse-Dessen, Thouvenin et Coudray, Av.
Un commentaire de cette décision est paru dans La Semaine
juridique, édition générale, n
o
  6, 4  février  2013, Actualités,
n
o
 147, p. 261, note Danielle Corrignan-Carsin (« Conséquences
du non-respect du délai de prévenance  »). Voir également le
Recueil Dalloz, n
o
  5, 7  février  2013, Actualité/droit du travail
et sécurité sociale, p.  313, note L. Perrin («  Rupture de
période d’essai : portée du respect du délai de prévenance »),
La Semaine juridique, édition entreprise et affaires, n
o
  6,
7  février  2013, Études et commentaires, n
o
  1101, p.  49-50,
note François Taquet («  Sanction du non-respect du délai de
prévenance par l’employeur lors d’une rupture de période
d’essai  »), La Semaine juridique, édition sociale, n
o
  10,
5 mars 2013, Jurisprudence, n
o
 1108, p. 23 à 25, note Danielle
Corrignan-Carsin («  Méconnaissance du délai de prévenance
de fin de période d’essai : quelles conséquences ? »), la revue
Droit social, n
o
 3, mars 2013, Actualités, p. 275-276, note Jean
Mouly («  La sanction de la violation du délai de prévenance
par l’employeur en période d’essai »), la Revue Lamy droit des
affaires, n
o
  80, mars  2013, Repères - Droit du travail, n
o
  4507,
p. 46-47, note Isabelle Cornesse (« Rupture en période d’essai
sans respect du préavis légal  »), la Revue de jurisprudence
sociale, n
o
  4/13, avril  2013, Études et doctrine, p.  211 à 214,
note Jean-Yves Frouin («  Les conséquences du non-respect
du délai de prévenance par l’employeur  »), ce même numéro,
décision n
o
 251, p. 221, et la Revue des procédures collectives,
n
o
  2, mars-avril 2013, commentaire n
o
  59, p.  53-54, note
François Taquet (« Articulation de la période d’essai et du délai
de prévenance »).
N
o
731
Contrat de travail, rupture
Prise d’acte de la rupture. - Prise d’acte par le salarié. -
Cause.  - Manquements reprochés à l’employeur.  -
Manquement à une obligation de sécurité.  - Violences
physiques ou morales. - Violences émanant d’un salarié. -
Portée.
La prise d’acte d’un salarié, qui reproche à son employeur un
manquement à son obligation de sécurité de résultat en raison
des violences physiques ou morales qu’il a subies, quand bien
même l’employeur aurait pris des mesures en vue de faire
cesser ces agissements, doit s’analyser en un licenciement
sans cause réelle et sérieuse.
Soc. - 23 janvier 2013.
CASSATION PARTIELLE
N
o
 11-18.855. - CA Douai, 31 mars 2011.
M.  Lacabarats, Pt.  - Mme  Brinet, Rap.  - M.  Weissmann, Av.
Gén. - SCP Masse-Dessen, Thouvenin et Coudray, SCP Peignot,
Garreau et Bauer-Violas, Av.
Un commentaire de cette décision est paru dans La Semaine
juridique, édition générale, n
o
  7, 11  février  2013, Actualités,
n
o
  173, p.  309, note Gilles Dedessus-Le-Moustier («  Prise
d’acte  : manquement de l’employeur à son obligation de
sécurité de résultat en cas de violences entre salariés  »).
Voir également la Revue de jurisprudence sociale, n
o
  4/13,
avril  2013, décision n
o
  291, p.  243, et La Semaine juridique,
édition sociale, n
o
  15, 9  avril  2013, Jurisprudence, n
o
  1163,
p. 32 à 34, note François Dumont (« L’“inflexible” obligation de
sécurité de résultat »).
N
o
732
Contrat de travail, rupture
Prise d’acte de la rupture. - Prise d’acte par le salarié. -
Cause.  - Manquements reprochés à l’employeur.  -
Manquement à une obligation de sécurité.  - Violences
physiques ou morales de l’employeur à l’égard du salarié. -
Circonstances de temps et de lieu.  - Détermination.  -
Portée.
Caractérise un manquement suffisamment grave de l’employeur
à ses obligations justifiant la prise d’acte du salarié la cour
d’appel qui retient qu’un employeur a tenu publiquement des
propos agressifs et véhéments à l’encontre de celui-ci au sujet
de son arrêt de travail pour maladie, peu important que les faits,
qui étaient relatifs à un différend d’ordre professionnel, se soient
déroulés en dehors du temps et du lieu de travail.
Soc. - 23 janvier 2013.
REJET
N
o
 11-20.356. - CA Paris, 3 mai 2011.
M.  Lacabarats, Pt.  - Mme  Sommé, Rap.  - M.  Weissmann, Av.
Gén. - SCP Peignot, Garreau et Bauer-Violas, Av.
Un commentaire de cette décision est paru dans la Gazette du
Palais, n
o
 81-82, 22-23 mars 2013, Chronique de jurisprudence
de droit du travail et de la protection sociale, p.  29, note
Christophe Frouin («  Un manquement de l’employeur commis
hors temps et lieu de travail peut justifier une prise d’acte de
la rupture »). Voir également la Revue de jurisprudence sociale,
n
o
 4/13, avril 2013, décision n
o
 267, p. 231-232.
N
o
733
Contrat de travail, rupture
Rupture conventionnelle.  - Forme.  - Convention signée
par les parties. - Validité. - Conditions. - Consentement. -
Appréciation. - Office du juge. - Portée.
Dans l’exercice de son pouvoir souverain d’appréciation, une
cour d’appel a estimé que le salarié était, au moment de la
signature de la convention de rupture conventionnelle, dans une
situation de violence morale du fait du harcèlement moral dont
elle a constaté l’existence et des troubles psychologiques qui
en sont résultés.
Ayant ainsi caractérisé un vice du consentement, c’est à bon
droit qu’elle a annulé la convention de rupture conventionnelle.
Soc. - 30 janvier 2013.
REJET
N
o
 11-22.332. - CA Toulouse, 3 juin 2011.
M.  Lacabarats, Pt.  - Mme  Corbel, Rap.  - Mme  Taffaleau, Av.
Gén. - SCP Blanc et Rousseau, SCP Fabiani et Luc-Thaler, Av.
Un commentaire de cette décision est paru dans La Semaine
juridique, édition générale, n
o
  8, 18  février  2013, Actualités,
n
o
  210, p.  371, note Danielle Corrignan-Carsin («  Nullité
d’une rupture conventionnelle pour harcèlement moral  »).
Voir également La Semaine juridique, édition sociale, n
o
  10,
5  mars  2013, Jurisprudence, n
o
  1112, p.  33 à 35, note
Céline Leborgne-Ingelaere («  L’annulation d’une rupture
conventionnelle dans un contexte de harcèlement moral au
travail  »), la Gazette du Palais, n
o
  81-82, 22-23  mars  2013,
105

15 mai 2013
Arrêts des chambres

Bulletin d’information
Jurisprudence, p.  21-22, note Alain Sauret et Pierre-Louis
Vignancour («  Rupture conventionnelle  : du bon usage des
principes civilistes  »), et la Revue de jurisprudence sociale,
n
o
 4/13, avril 2013, décision n
o
 279, p. 236.
Note sous soc., 30 janvier 2013, n
o
 733 ci-dessus
La rupture conventionnelle a été instituée par l’accord national
interprofessionnel du 11  janvier  2008 sur la modernisation du
marché du travail, repris par la loi n
o
 2008-596 du 25 juin 2008
portant modernisation du marché du travail. Elle est codifiée aux
articles L. 1237-11 et suivants du code du travail.
Elle prend la forme d’une convention signée par les parties
définissant les conditions de la rupture, soumise à l’homologation
par l’autorité administrative, à l’issue d’un délai de rétractation.
Elle connaît un important succès, comme le laissaient prévoir les
objectifs ayant présidé à son adoption, qui étaient de favoriser
la sécurité de la rupture intervenant d’un commun accord et
d’éviter la judiciarisation.
Un contentieux se développe néanmoins devant les
juridictions prud’homales, compétentes, en application de
l’article  L.  1237-14, pour connaître des litiges concernant la
convention, l’homologation ou le refus d’homologation.
Dans le présent arrêt, la Cour de cassation se prononce pour
la première fois sur ce nouveau type de rupture du contrat de
travail. L’affaire portait sur la nullité de la convention pour vice
de consentement.
La validité de la convention est soumise aux règles générales
des articles 1108 et suivants du code civil.
La violence morale, qui doit exister au moment de la formation
du contrat, peut donc être invoquée comme cause de nullité.
Elle est constituée lorsque la volonté de l’une des parties est
contrainte. Sa réalité est souverainement appréciée par les
juges du fond.
Qu’en est-il d’un salarié qui subit les agissements répétés de
harcèlement moral, qui sont définis à l’article  L.  1152-1 du
code du travail comme ayant pour objet ou pour effet une
dégradation des conditions de travail du salarié susceptible
de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d’altérer sa
santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir
professionnel ?
Si le fait que le salarié a été victime d’un harcèlement moral
ne peut suffire à caractériser une violence morale, il en va
autrement lorsque ce harcèlement n’a pas cessé et a eu pour
effet de placer le salarié dans un état de fragilité psychologique
tel qu’il peut penser n’avoir d’autre choix que d’accepter la
rupture de son contrat de travail pour mettre fin à une situation
devenue insupportable et dont les effets pouvaient encore
s’aggraver si elle se poursuivait.
C’est cette situation qui a été constatée par la cour d’appel
dans la présente affaire.
N
o
734
Convention européenne
des droits de l’homme
Article  6, § 1.  - Tribunal.  - Impartialité.  - Cours et
tribunaux.  - Composition.  - Juge ayant rendu, dans la
même affaire, une décision ne préjugeant pas le fond.  -
Compatibilité.
La participation à la formation de jugement d’un juge ayant
rendu, dans la même affaire, une décision ne préjugeant pas
le fond ne méconnaît pas les exigences de l’article  6, § 1, de
la Convention de sauvegarde des droits de l’Homme et des
libertés fondamentales.
Doit en conséquence être rejetée la requête en récusation
dirigée contre des magistrats appelés à statuer sur l’appel
formé contre un jugement ayant placé une personne sous
tutelle, au seul motif qu’ils ont connu d’un précédent appel
contre l’ordonnance d’un juge des tutelles ayant désigné un
mandataire spécial, dans le cadre d’une mesure de sauvegarde
de justice concernant cette personne.
2
e
 Civ. - 24 janvier 2013.
REJET
N
o
 12-01.345. - CA Rouen, 3 décembre 2012.
Mme Flise, Pt. - M. de Leiris, Rap. - M. Mucchielli, Av. Gén.
Un commentaire de cette décision est paru dans la revue
Actualité juridique Famille, n
o
  3, mars  2013, Jurisprudence,
p. 184-185, note Thierry Verheyde (« L’impartialité du juge des
tutelles »).
N
o
735
Copropriété
Administrateur provisoire. - Désignation. - Désignation par
ordonnance sur référé.  - Cause.  - Impossibilité pour un
syndicat de copropriétaires de pourvoir à la conservation
matérielle d’un immeuble. - Caractérisation.
Caractérise l’impossibilité dans laquelle se trouve un syndicat
de copropriétaires de pourvoir à la conservation matérielle
de l’immeuble et justifie ainsi sa décision de désigner un
administrateur provisoire sur le fondement de l’article 29-1 de la
loi n
o
 65-557 du 10 juillet 1965 une cour d’appel qui relève que
seules la démolition et la reconstruction de l’immeuble placé
sous le régime de la copropriété étaient envisageables au vu
de ses dégradations, que des assemblées générales avaient
décidé de ne pas reconstruire les locaux, de les mettre en vente
et de donner pouvoir au syndic de collecter les mandats de
vente et qu’il résultait de l’opposition de certains propriétaires
à la vente une situation de blocage du fonctionnement du
syndicat.
3
e
 Civ. - 23 janvier 2013.
REJET
N
o
 09-13.398. - CA Basse-Terre, 17 novembre 2008.
M. Terrier, Pt. - Mme Masson-Daum, Rap. - M. Laurent-Atthalin,
Av. Gén.  - SCP  Peignot, Garreau et Bauer-Violas, SCP  Célice,
Blancpain et Soltner, Av.
Un commentaire de cette décision est paru au Recueil Dalloz,
n
o
  5, 7  février  2013, Actualité/droit immobilier, p.  304, note
Yves Rouquet (« Copropriété en difficulté : procédure et champ
d’application »). Voir également la Gazette du Palais, n
o
 60-61,
1
er
-2 mars 2013, Chronique de jurisprudence de droit immobilier,
p.  32-33, note Marine Parmentier («  Impossibilité pour le
syndicat des copropriétaires de pourvoir à la conservation
matérielle de l’immeuble  »), la Revue des loyers, n
o
  935,
mars  2013, Jurisprudence, p.  128 à 130, note Hanan Chaoui
(« Procédure et circonstances de désignation d’un administrateur
provisoire  »), et la Revue des procédures collectives, n
o
  2,
mars-avril 2013, commentaire n
o
  65, p.  59-60, note Christine
Lebel («  Impossibilité de pourvoir à la conservation matérielle
de l’immeuble et blocage du fonctionnement du syndicat de
copropriété »).
N
o
736
Copropriété
Règlement. - Nouveau règlement. - Approbation globale. -
Conditions. - Détermination.
L’article  49 de la loi n
o
  65-557 du 10  juillet  1965 n’excluant
pas qu’il soit procédé par un seul vote sur l’ensemble du
projet de règlement de copropriété, une cour d’appel qui relève
que le nouveau règlement de copropriété, qui comporte des
106

Bulletin d’information
Arrêts des chambres

15 mai 2013
adaptations et des modifications, a été adopté à la double
majorité de l’article 26 de la loi précitée retient à bon droit que
le projet a pu faire l’objet d’une approbation globale.
3
e
 Civ. - 23 janvier 2013.
CASSATION PARTIELLE SANS RENVOI
N
o
 11-27.477. - CA Versailles, 19 septembre 2011.
M. Terrier, Pt. - Mme Masson-Daum, Rap. - M. Laurent-Atthalin,
Av. Gén. - SCP Thouin-Palat et Boucard, SCP Le Griel, Av.
Un commentaire de cette décision est paru dans la Gazette du
Palais, n
o
  60-61, 1
er
-2  mars  2013, Chronique de jurisprudence
de droit immobilier, p. 33, note Marine Parmentier (« Modalité du
vote de la délibération prévoyant des adaptations du règlement
de copropriété rendues nécessaires par des modifications
normatives  »). Voir également La Semaine juridique, édition
générale, n
o
  15, 8  avril  2013, Chroniques - droit des biens,
n
o
  429, p.  740 à 745, spéc. n
o
  9, p.  743-744, note Hugues
Périnet-Marquet (« Application des règles de majorité »).
N
o
737
Copropriété
Syndic.  - Obligations.  - Compte bancaire ou postal
séparé.  - Ouverture du compte.  - Dispense.  - Dispense
par l’assemblée générale des copropriétaires. - Défaut. -
Portée.
Un syndic qui n’a pas été dispensé par l’assemblée générale
des copropriétaires de son obligation d’ouvrir un compte
bancaire ou postal séparé au nom du syndicat peut ouvrir un tel
compte sans vote ou renouvellement de vote de l’assemblée,
l’article 18 de la loi n
o
 65-557 du 10 juillet 1965 ne prévoyant un
tel vote de l’assemblée générale que pour dispenser le syndic
de cette obligation.
3
e
 Civ. - 23 janvier 2013.
REJET
N
o
 11-28.246. - CA Paris, 12 octobre 2011.
M. Terrier, Pt. - Mme Masson-Daum, Rap. - M. Laurent-Atthalin,
Av. Gén. - SCP Masse-Dessen, Thouvenin et Coudray, Av.
Un commentaire de cette décision est paru au Recueil Dalloz,
n
o
 5, 7 février 2013, Actualité/droit immobilier, p. 306 (« Compte
séparé : pas de vote, sauf en cas de dispense »). Voir également
la Gazette du Palais, n
o
  60-61, 1
er
-2  mars  2013, Chronique
de jurisprudence de droit immobilier, p.  33-34, note Marine
Parmentier (« Rappel relatif à l’ouverture d’un compte bancaire
ou postal séparé »).
N
o
738
Copropriété
Syndicat des copropriétaires.  - Assemblée générale.  -
Décision. - Vote. - Majorité requise. - Majorité des voix de
tous les copropriétaires.  - Défaut.  - Projet ayant recueilli
au moins le tiers des voix de tous les copropriétaires.  -
Effet.  - Décision à la majorité de l’article  24.  - Second
vote immédiat.
Lorsque l’assemblée générale des copropriétaires n’a pas décidé
à la majorité prévue à l’article 25 de la loi du 10 juillet 1965 mais
que le projet a recueilli au moins le tiers des voix de tous les
copropriétaires composant le syndicat, la même assemblée
peut décider à la majorité prévue à l’article  24 en procédant
immédiatement à second vote, et ce sans qu’il soit nécessaire
de prendre une décision intermédiaire sur ce point.
3
e
 Civ. - 23 janvier 2013.
REJET
N
o
 11-26.800. - CA Montpellier, 14 septembre 2011.
M. Terrier, Pt. - Mme Masson-Daum, Rap. - M. Laurent-Atthalin,
Av. Gén.  - SCP  Delaporte, Briard et Trichet, SCP  Célice,
Blancpain et Soltner, Av.
Un commentaire de cette décision est paru au Recueil Dalloz,
n
o
 5, 7 février 2013, Actualité/droit immobilier, p. 305, note Yves
Rouquet (« Délibération d’assemblée générale : bon usage de la
passerelle de majorités »). Voir également la Gazette du Palais,
n
o
 60-61, 1
er
-2 mars 2013, Chronique de jurisprudence de droit
immobilier, p.  34, note Marine Parmentier («  Du bon usage de
la passerelle de majorité  »), la revue Loyers et copropriété,
n
o
 3, mars 2012, commentaire n
o
 88, p. 27, note Guy Vigneron
(« Règle du second vote sur la même question »), et La Semaine
juridique, édition générale, n
o
  15, 8  avril  2013, Chroniques -
droit des biens, n
o
  429, p.  740 à 745, spéc. n
o
  9, p.743-744,
note Hugues Périnet-Marquet («  Application des règles de
majorité »).
N
o
739
Cour d’assises
Défaut criminel.  - Absence de l’accusé aux débats.  -
Renvoi de l’affaire à une session ultérieure.  - Mandat
d’arrêt décerné contre l’accusé.  - Arrestation avant
condamnation.  - Placement en détention provisoire.  -
Compétence du juge des libertés et de la détention.  -
Portée.
Il résulte de l’article  135-2 du code de procédure pénale que
lorsqu’une personne faisant l’objet d’un mandat d’arrêt est
découverte après le règlement de l’information et avant toute
condamnation à une peine privative de liberté, elle doit être
présentée au juge des libertés et de la détention, qui statue sur
son éventuel placement en détention provisoire.
Encourt en conséquence la cassation l’arrêt de la chambre de
l’instruction qui, pour écarter le grief d’un accusé tiré de ce
qu’il n’avait pas été placé sous mandat de dépôt par le juge
des libertés et de la détention lors de l’exécution d’un mandat
d’arrêt décerné à son encontre par la cour d’assises alors qu’il
avait pris la fuite après l’ouverture des débats, retient que le
mandat d’arrêt dont l’accusé a fait l’objet avant toute décision
de condamnation vaut mandat de dépôt.
Crim. - 22 janvier 2013.
CASSATION SANS RENVOI
N
o
 12-87.199. - CA Grenoble, 23 octobre 2012.
M.  Louvel, Pt.  - M.  Guérin, Rap.  - M.  Cordier, Av. Gén.  -
SCP Piwnica et Molinié, Av.
N
o
740
Droits de la défense
Majeur protégé.  - Poursuites, date de l’audience et
décisions de condamnation.  - Avis au curateur ou au
tuteur. - Nécessité.
Méconnaît le sens et la portée de l’article 706-113 du code de
procédure pénale la cour d’appel qui condamne la prévenue
alors que son curateur n’avait été informé ni des poursuites ni
du jugement de condamnation prononcé à son encontre et qu’il
n’avait pas été avisé de la date d’audience.
Crim. - 29 janvier 2013.
CASSATION
N
o
 12-82.100. - CA Dijon, 8 décembre 2010.
M.  Louvel, Pt.  - Mme  Harel-Dutirou, Rap.  - M.  Mathon, Av.
Gén. - SCP Nicolaÿ, de Lanouvelle et Hannotin, Av.
107

15 mai 2013
Arrêts des chambres

Bulletin d’information
N
o
741
1
o
Enquête préliminaire
Officier de police judiciaire.  - Pouvoirs.  - Constatations
ou examens techniques.  - Constatations visuelles.  -
Introduction dans un parking privé d’immeuble avec
l’accord du syndic.
2
o
Chambre de l’instruction
Nullités de l’instruction.  - Examen de la régularité de
la procédure.  - Annulation d’actes.  - Demande de la
personne mise en examen. - Acte concernant un tiers. -
Grief. - Défaut. - Cas.
3
o
Criminalité organisée
Procédure.  - Sonorisation et fixation d’images de
certains lieux ou véhicules.  - Régularité.  - Conditions.  -
Détermination.
4
o
Instruction
Commission rogatoire.  - Exécution.  - Sonorisation et
captation d’images.  - Impossibilité de mettre en place
le dispositif technique.  - Procès-verbal.  - Constatations
visuelles. - Régularité. - Conditions. - Détermination.
1
o
Les policiers, autorisés en enquête préliminaire par le syndic
à s’introduire dans le parking souterrain d’un immeuble, sont
habilités à procéder à des constatations visuelles.
2
o
Une personne mise en examen ne saurait, à l’appui d’une
demande d’annulation d’acte, se prévaloir d’une prétendue
atteinte au droit au respect du domicile ou à l’intimité de la vie
privée d’un tiers dont elle ne démontre pas en quoi elle aurait
porté atteinte à ses intérêts.
3
o
Aucune disposition légale ne fait obstacle, lorsque des
opérations de fixation d’images et de sonorisation sont
simultanément ordonnées, à la délivrance d’une commission
rogatoire spéciale commune, désignant les mêmes officiers de
police judiciaire pour exécuter ces mesures.
4
o
L’officier de police judiciaire, autorisé par le juge d’instruction
à mettre en place un dispositif de sonorisation d’un véhicule,
et qui en constate l’impossibilité, peut régulièrement transcrire
sur procès-verbal ses constatations visuelles sur le contenu du
véhicule à son ouverture, dès lors qu’il n’a procédé à aucune
recherche.
Crim. - 23 janvier 2013.
IRRECEVABILITÉ ET REJET
N
o
 12-85.059. - CA Douai, 14 mars 2012.
M.  Louvel, Pt.  - Mme  Caron, Rap.  - M.  Le  Baut, Av. Gén.  -
SCP Piwnica et Molinié, SCP Waquet, Farge et Hazan, Av.
Un commentaire de cette décision est paru dans la revue Droit
pénal, n
o
  3, mars  2013, commentaire n
o
  49, p.  49 à 52, note
Albert Maron et Marion Haas (« Arrêt sur images »).
N
o
742
Entreprise en difficulté
(loi du 26 juillet 2005)
Liquidation judiciaire.  - Jugement.  - Déclaration des
créances. - Domaine d’application. - Jugement d’ouverture
infirmé.  - Ouverture concomitante du redressement
judiciaire. - Réitération des déclarations. - Nécessité (non).
La déclaration d’un créancier au passif de la liquidation judiciaire
de son débiteur n’est pas affectée par la décision qui infirme
le jugement d’ouverture de liquidation judiciaire lorsque cette
même décision ouvre un redressement judiciaire, de sorte que
ce créancier n’est pas tenu de réitérer sa déclaration.
Com. - 22 janvier 2013.
REJET
N
o
 11-25.310. - CA Versailles, 30 juin 2011.
M. Espel, Pt. - Mme Schmidt, Rap. - M. Le Mesle, P. Av. Gén. -
SCP Didier et Pinet, SCP Célice, Blancpain et Soltner, Av.
Un commentaire de cette décision est paru au Recueil Dalloz,
n
o
 5, 7 février 2013, Actualité/droit des affaires, p. 302, note Alain
Lienhard («  Déclaration des créances  : redressement judiciaire
après infirmation du jugement de liquidation judiciaire »).
N
o
743
Entreprise en difficulté
(loi du 26 juillet 2005)
Organes.  - Liquidateur.  - Forme sociale d’exercice de la
profession.  - Associé chargé de conduire la mission.  -
Effets.  - Déclaration de créance par un autre associé.  -
Impossibilité.
Il résulte des articles L.  812-2, III, et R.  814-83 du code de
commerce qu’une société de mandataires judiciaires désignée
en qualité de liquidateur est représentée, pour l’accomplissement
de cette mission, par le ou les mandataires judiciaires associés
nommés par le tribunal en application de ces textes.
Dès lors, justifie légalement sa décision une cour d’appel qui,
ayant relevé qu’une SCP  de mandataires judiciaires avait été
désignée liquidateur et un associé de celle-ci chargé de suivre
la procédure, retient qu’un autre associé ne pouvait déclarer la
créance du débiteur.
Com. - 22 janvier 2013.
REJET
N
o
 11-29.028. - CA Aix-en-Provence, 29 septembre 2011.
M.  Espel, Pt.  - Mme  Texier, Rap.  - M.  Le  Mesle, P.  Av. Gén.  -
SCP Defrenois et Levis, SCP Blanc et Rousseau, Av.
Un commentaire de cette décision est paru au Recueil
Dalloz, n
o
  5, 7  février  2013, Actualité/droit des affaires, p.  302
(« Mandataires judiciaires : portée de l’exercice de la profession
en société  »). Voir également le Bulletin Joly Sociétés, n
o
  3,
mars  2013, n
o
  75, p.  216 à 219, note Bernard Saintourens
(« Mandataire judiciaire associé et incidences procédurales »), la
revue Procédures, n
o
 4, avril 2013, commentaire n
o
 113, p. 25,
note Blandine Rolland (« Difficulté des entreprises : exercice en
société de la profession de mandataire judiciaire »), et la Revue
des procédures collectives, n
o
 2, mars-avril 2013, commentaire
n
o
  39, p.  37-38, note Pierre Cagnoli («  Exercice sociétal du
mandat de justice »).
N
o
744
Instruction
Saisie.  - Pouvoirs des juridictions d’instruction.  - Saisie
d’un bien meuble susceptible de confiscation.  - Remise
au service des domaines en vue de son affectation à des
services de police, de gendarmerie ou des douanes.  -
Conditions. - Bien appartenant à la personne poursuivie. -
Droits des tiers. - Portée.
Si, en application de l’alinéa 3 de l’article  99-2 du code de
procédure pénale, le juge d’instruction peut ordonner de
remettre au service des domaines, en vue de leur affectation, par
l’autorité administrative, à des services de police ou des unités
de gendarmerie, des biens meubles placés sous main de justice
dont la confiscation est prévue par la loi, c’est à la condition que
ces biens appartiennent aux personnes poursuivies.
108

Bulletin d’information
Arrêts des chambres

15 mai 2013
Encourt en conséquence la cassation l’arrêt d’une chambre de
l’instruction qui, pour confirmer une ordonnance prescrivant
la remise d’un véhicule saisi sur le fondement de l’article  99-2
précité, relève que, selon l’alinéa 7 de l’article 131-21 du code
pénal, la confiscation des objets dont la détention est illicite
est obligatoire, que ces biens soient ou non la propriété du
condamné, sans s’arrêter au fait que la propriété du véhicule en
cause était revendiquée par un tiers, qui n’était pas poursuivi.
Crim. - 22 janvier 2013.
CASSATION PARTIELLE
N
o
 12-81.046. - CA Paris, 16 janvier 2012.
M.  Louvel, Pt.  - M.  Monfort, Rap.  - M.  Cordier, Av. Gén.  -
SCP Gadiou et Chevallier, Av.
N
o
745
Juge de l’exécution
Compétence.  - Contestations s’élevant à l’occasion de
mesures conservatoires.  - Contestation portant sur le
fond du droit.
Le juge de l’exécution connaît des difficultés relatives aux titres
exécutoires et des contestations qui s’élèvent à l’occasion
des mesures conservatoires, même si elles portent sur le fond
du droit, à moins qu’elles n’échappent à la compétence des
juridictions de l’ordre judiciaire.
Viole en conséquence l’article L. 213-6 du code de l’organisation
judiciaire l’arrêt qui décide qu’une mesure conservatoire ne
constituant pas une mesure d’exécution forcée à l’occasion de
laquelle le juge de l’exécution dispose d’une compétence de
pleine juridiction pour apprécier la portée et la validité des actes
authentiques formalisant un titre exécutoire, il ne lui appartient
pas de connaître du fond du droit.
2
e
 Civ. - 31 janvier 2013.
CASSATION
N
o
 11-26.992. - CA Paris, 15 septembre 2011.
Mme  Flise, Pt.  - M.  de Leiris, Rap.  - M.  Girard, Av. Gén.  -
SCP Ancel, Couturier-Heller et Meier-Bourdeau, SCP Defrenois
et Levis, Av.
Un commentaire de cette décision est paru au Recueil
Dalloz, n
o
  6, 14  février  2013, Actualité/procédure civile et voie
d’exécution, p. 373 (« Mainlevée d’une hypothèque provisoire :
compétence du juge de l’exécution  »). Voir également la revue
Procédures, n
o
  4, avril  2013, commentaire n
o
  103, p.  15-16,
note Roger Perrot (« Compétence des juridictions »).
N
o
746
Juridictions correctionnelles
Saisine.  - Ordonnance de renvoi.  - Exception tirée de
la nullité de la procédure antérieure.  - Irrecevabilité.  -
Application. - Prévenu en fuite.
Justifie sa décision la cour d’appel qui déclare irrecevables les
exceptions de nullité de la procédure d’instruction soulevées
devant le tribunal correctionnel par le prévenu, en fuite et
vainement recherché au cours de l’information, dès lors
qu’en application de l’article  385, alinéa premier, du code de
procédure pénale, la juridiction correctionnelle, saisie par une
ordonnance de renvoi, n’a pas qualité pour constater les nullités
de la procédure antérieure, que le prévenu s’est volontairement
soustrait à la justice et a été mis en mesure de discuter, devant
la juridiction de jugement, la valeur probante des éléments
réunis contre lui.
Crim. - 16 janvier 2013.
REJET
N
o
 12-81.199. - CA Paris, 17 janvier 2012.
M.  Louvel, Pt.  - Mme  Ract-Madoux, Rap.  - M.  Bonnet, Av.
Gén. - SCP Rocheteau et Uzan-Sarano, Av.
Un commentaire de cette décision est paru dans la revue
Procédures, n
o
  3, mars  2013, commentaire n
o
  84, p.  27, note
Jacques Buisson (« Nullité de la procédure d’instruction »). Voir
également cette même revue, n
o
  4, avril  2013, commentaire
n
o
  118, p.  27-28, note Anne-Sophie Chavent-Leclère
(«  L’inconventionnalité de la jurisprudence de la chambre
criminelle quant à la notion de prévenu en fuite »).
N
o
747
1
o
Juridictions correctionnelles
Saisine.  - Ordonnance de renvoi.  - Exception tirée de
la nullité de la procédure antérieure.  - Irrecevabilité.  -
Application. - Prévenu en fuite.
2
o
Blanchiment
Éléments constitutifs. - Élément légal. - Infraction générale,
distincte et autonome. - Portée.
1
o
Le prévenu qui a échappé à des poursuites dont il connaissait
l’existence ne saurait se faire grief d’avoir été déclaré irrecevable
à demander à la juridiction de jugement devant laquelle il a été
renvoyé l’annulation d’actes de l’enquête et de l’instruction,
dès lors que, d’une part, en application de l’article  385,
alinéa premier, du code de procédure pénale, les nullités de la
procédure antérieure à l’ordonnance de renvoi ne peuvent pas
être constatées par ce tribunal, d’autre part, s’étant soustrait à
la justice, il ne peut bénéficier des autres dispositions du même
article, enfin, il lui est reconnu la possibilité de discuter, devant la
juridiction de jugement, la valeur probante des éléments réunis
contre lui.
2
o
Caractérise le délit de blanchiment, infraction générale,
distincte et autonome, l’utilisation en France de fonds provenant
d’un commerce d’armes non déclaré et non autorisé, mais
soustrait à l’appréciation des tribunaux français, l’immunité de
juridiction étant sans effet sur la licéité des actes auxquels elle
s’applique.
Crim. - 16 janvier 2013.
REJET
N
o
 11-83.689. - CA Paris, 29 avril 2011.
M.  Louvel, Pt.  - Mme  Nocquet, Rap.  - M.  Bonnet, Av. Gén.  -
SCP  Boré et Salve de Bruneton, SCP  Piwnica et Molinié,
M
e
 Le Prado, M
e
 Spinosi, M
e
 Foussard, Av.
Un commentaire de cette décision est paru dans la revue Droit
pénal, n
o
 3, mars 2013, commentaire n
o
 34, p. 35, note Michel
Véron (« Le blanchiment est une infraction générale, distincte et
autonome »).
N
o
748
Mandat d’arrêt européen
Exécution. - Procédure. - Cassation. - Pourvoi. - Pourvoi
du ministère public. - Mémoire. - Dépôt. - Dépassement
du délai légal. - Sanction. - Déchéance.
Il résulte de l’article  préliminaire du code de procédure pénale
que la procédure doit être équitable, contradictoire et préserver
les droits des parties.
Il s’en déduit qu’en application des articles 568-1, alinéa 2,
574-2 et 587 du même code, s’agissant d’un pourvoi contre un
arrêt statuant sur un mandat d’arrêt européen, sur lequel il doit
être statué dans les quarante jours à compter du pourvoi, si le
procureur général auteur du pourvoi dispose d’un délai de cinq
jours, pour déposer un mémoire, à compter de la réception du
dossier à la Cour de cassation, c’est à condition que, à peine de
109

15 mai 2013
Arrêts des chambres

Bulletin d’information
déchéance et sauf circonstances insurmontables, il ait lui-même
transmis ce dossier au greffe de la chambre criminelle dans les
quarante-huit heures à compter de sa déclaration de pourvoi,
ainsi que le lui impose l’article 568-1, alinéa 2, précité.
Doit donc être déclaré déchu de son pourvoi le procureur général
qui a transmis le dossier, avec son mémoire, vingt-neuf jours
après la déclaration de pourvoi, laissant à son contradicteur
seulement quelques jours pour présenter des observations en
défense.
Crim. - 23 janvier 2013.
DÉCHÉANCE
N
o
 13-80.444. - CA Amiens, 14 décembre 2012.
M. Louvel, Pt. - M. Moignard, Rap. - M. Sassoust, Av. Gén.
Un commentaire de cette décision est paru dans la revue
Droit pénal, n
o
  3, mars  2013, commentaire n
o
  48, p.  48-49,
note Albert Maron et Marion Haas («  Un procureur déchu  »).
Voir également La Semaine juridique, édition générale, n
o
  13,
25  mars  2013, Chroniques - droit pénal et procédure pénale,
n
o
  360, p.  629 à 637, spéc. n
o
  21, p.  636, note Albert Maron
(« Cassation »).
N
o
749
Procédure civile
Moyens de défense.  - Exceptions de procédure.  -
Définition.  - Exclusion.  - Cas.  - Demande de nullité de
l’expertise.
La demande de nullité de l’expertise, si elle est soumise au
régime des nullités de procédure en application de l’article 175
du code de procédure civile, ne constitue pas une exception de
procédure au sens de l’article 73 du même code.
Viole en conséquence cet article  l’arrêt qui déclare irrecevable
la demande de nullité de l’expertise judiciaire présentée au
tribunal, au motif qu’elle relève du juge de la mise en état.
2
e
 Civ. - 31 janvier 2013.
CASSATION
N
o
 10-16.910. - CA Aix-en-Provence, 4 février 2010.
Mme  Flise, Pt.  - M.  de Leiris, Rap.  - M.  Girard, Av. Gén.  -
SCP Boulloche, SCP Defrenois et Levis, Av.
Un commentaire de cette décision est paru dans La Semaine
juridique, édition générale, n
o
 10, 4 mars 2013, Jurisprudence,
n
o
  263, p.  474 à 476, note Xavier Vuitton («  La nullité de
l’expertise n’est pas une exception de procédure au sens de
l’article  771 du code de procédure civile  »). Voir également
la revue Droit et procédures, n
o
  3, mars  2013, Jurisprudence
commentée, p.  55 à 57, note Nathalie Fricero, et la revue
Procédures, n
o
  4, avril  2013, commentaire n
o
  98, p.  14,
note Roger Perrot («  Nullité des opérations d’expertise  :
compétence »).
N
o
750
Représentation des salariés
Règles communes.  - Fonctions.  - Temps passé pour
leur exercice.  - Heures de délégation.  - Paiement.  -
Calcul.  - Indemnité forfaitaire compensant une sujétion
particulière de l’emploi.  - Intégration.  - Applications
diverses. - Indemnité de grand déplacement et indemnité
d’éloignement forfaitaires. - Portée.
L’utilisation des heures de délégation ne doit entraîner aucune
perte de salaire pour le représentant du personnel ou le
représentant syndical. En conséquence, celui-ci ne peut être
privé, du fait de l’exercice de son mandat, du paiement d’une
indemnité forfaitaire compensant une sujétion particulière de
son emploi, qui constitue un complément de salaire.
Doit dès lors être censuré le jugement qui déboute un
représentant du personnel d’une demande de rappel de
primes, alors que le conseil de prud’hommes avait constaté
que l’accord d’harmonisation au sein de la société employeur
prévoyait, en application de la convention collective des travaux
publics, une indemnité de grand déplacement et une indemnité
d’éloignement forfaitaires au profit du salarié qui ne pouvait
rejoindre son domicile en fin de journée, et que cette prime
devait bénéficier au représentant du personnel dès lors qu’il
était amené à effectuer un tel déplacement dans le cadre de
l’exercice d’un de ses mandats, sans avoir à justifier d’une
demande en ce sens de son employeur, mais seulement de la
matérialité de ses déplacements.
Soc. - 17 janvier 2013.
CASSATION PARTIELLE
N
o
 11-17.745. - CPH Montbrison, 14 mars 2011.
M.  Bailly, Pt (f.f.) et Rap.  - SCP  Masse-Dessen, Thouvenin et
Coudray, M
e
 Ricard, Av.
Un commentaire de cette décision est paru dans la Revue de
jurisprudence sociale, n
o
  3/13, mars  2013, décision n
o
  214,
p.  183. Voir également La Semaine juridique, édition sociale,
n
o
  11-12, 12  mars  2012, Jurisprudence, n
o
  1126, p.  43 à 46,
note Thomas Passerone (« Coïncidence de jours fériés, frais de
déplacement et heures de délégation »).
N
o
751
Responsabilité délictuelle
ou quasi délictuelle
Dommage.  - Réparation.  - Action en responsabilité.  -
Prescription. - Domaine d’application. - Détermination. -
Portée.
Selon l’article 2270-1 du code civil, dans sa rédaction applicable
jusqu’au 19  juin  2008, les actions en responsabilité civile
extracontractuelle se prescrivent par dix ans à compter de la
manifestation du dommage ou de son aggravation  : l’action
subrogatoire en remboursement des prestations versées à la
victime par un organisme de sécurité sociale est soumise à la
même règle.
2
e
 Civ. - 17 janvier 2013.
CASSATION SANS RENVOI
N
o
 11-25.723. - CA Chambéry, 26 mai 2011.
Mme  Flise, Pt.  - Mme  Bouvier, Rap.  - M.  Maitre, Av. Gén.  -
SCP Monod et Colin, SCP Boutet, Av.
Un commentaire de cette décision est paru dans La Semaine
juridique, édition sociale, n
o
  10, 5  mars  2013, Jurisprudence,
n
o
  1118, p.  46-47, note Dominique Asquinazi-Bailleux
(« Prescription de l’action subrogatoire de la caisse de sécurité
sociale »).
N
o
752
Responsabilité pénale
Personne morale.  - Conditions.  - Commission d’une
infraction pour le compte de la société par l’un de ses
organes ou représentants. - Recherche nécessaire.
Il résulte des dispositions de l’article  121-2 du code pénal
que les personnes morales, à l’exclusion de l’État, sont
responsables pénalement des infractions commises pour leur
compte, par leurs organes ou représentants.
110

Bulletin d’information
Arrêts des chambres

15 mai 2013
Encourt en conséquence la censure l’arrêt de la cour d’appel
qui, pour condamner des chefs d’homicide et de blessures
involontaires une des personnes morales appartenant à un
groupement d’entreprises chargé de la construction d’un
ensemble commercial, à la suite d’un accident du travail
subi par deux salariés employés par d’autres sociétés du
groupement, lui impute un défaut de conception dans l’acte de
construire, sans mieux s’expliquer sur ce point ni préciser en
quoi les infractions retenues à l’encontre de la société prévenue
avaient été commises pour son compte, par un de ses organes
ou représentants.
Crim. - 22 janvier 2013.
CASSATION PARTIELLE
N
o
 12-80.022. - CA Paris, 21 juin 2011.
M. Louvel, Pt. - Mme Guirimand, Rap. - M. Cordier, Av. Gén. -
SCP Delaporte, Briard et Trichet, Av.
Un commentaire de cette décision est paru dans la Revue de
jurisprudence sociale, n
o
  4/13, avril  2013, décision n
o
  338,
p.  278-279. Voir également la Revue de droit immobilier
- urbanisme - construction, n
o
  4, avril  2013, Chroniques -
Marchés de travaux privés et autres contrats, p. 216-217, note
Gabriel Roujou de Boubée (« Les conditions de la responsabilité
pénale d’une société industrielle de construction »).
N
o
753
Saisie immobilière
Procédure.  - Audience d’orientation.  - Assignation.  -
Délai. - Dépassement. - Relevé d’office (non).
Le  juge de l’exécution n’est pas tenu de relever d’office le
dépassement du délai dans lequel doit être délivrée l’assignation
à comparaître à l’audience d’orientation et la caducité qui en
résulte, en application de l’article  12 du décret n
o
  2006-936
du 27  juillet  2006, devenu R.  311-11 du code des procédures
civiles d’exécution.
2
e
 Civ. - 31 janvier 2013.
REJET
N
o
 12-12.670. - CA Amiens, 6 octobre et 10 novembre 2011.
Mme  Flise, Pt.  - Mme  Leroy-Gissinger, Rap.  - M.  Girard, Av.
Gén. - SCP Lyon-Caen et Thiriez, SCP Defrenois et Levis, Av.
N
o
754
Sécurité sociale
Cotisations.  - Cotisations ouvrières et patronales.  -
Cotisations ouvrières et patronales des personnes suivant
un stage de formation professionnelle rémunéré par l’État
ou une région. - Assiette. - Détermination. - Portée.
Il résulte des dispositions de l’article  L.  980-3 (devenu
l’article  L.  962-3 puis L.  6342-3) du code du travail que les
cotisations ouvrières et patronales de sécurité sociale des
bénéficiaires des stages de formation professionnelle rémunérés
soit par l’État, soit par une région, ou qui ne bénéficient
d’aucune rémunération, sont intégralement prises en charge par
l’État ou la région et calculées sur la base de taux forfaitaires
fixés par voie réglementaire, révisés annuellement compte tenu
de l’évolution du plafond retenu pour le calcul des cotisations
du régime général de sécurité sociale.
Ainsi, en application de l’article L. 351-2 du code de la sécurité
sociale, les droits à pension des intéressés ne peuvent être
ouverts qu’à concurrence de ce montant forfaitaire.
2
e
 Civ. - 24 janvier 2013.
CASSATION
N
o
 11-27.299. - CA Montpellier, 28 septembre 2011.
Mme Flise, Pt. - M. Cadiot, Rap. - Mme de Beaupuis, Av. Gén. -
SCP Gatineau et Fattaccini, SCP Fabiani et Luc-Thaler, Av.
Un commentaire de cette décision est paru dans La Semaine
juridique, édition sociale, n
o
 11-12, 12 mars 2012, Jurisprudence,
n
o
  1129, p.  50-51, note Thierry Tauran («  Prise en compte de
périodes de formation professionnelle »).
N
o
755
Sécurité sociale
Cotisations.  - Paiement indu.  - Action en répétition.  -
Prescription. - Interruption. - Acte interruptif. - Saisine de
la caisse primaire d’assurance maladie (non).
Après avoir énoncé que, selon l’article L. 243-6 du code de la
sécurité sociale, la demande de remboursement des cotisations
de sécurité sociale indûment versées se prescrit par trois ans à
compter de la date à laquelle les cotisations ont été acquittées
et relevé que les taux majorés de cotisations accidents du travail
avaient été notifiés annuellement à la société avec la mention
des délais de recours, sans qu’il soit soutenu que ceux-ci aient
été exercés, c’est à bon droit qu’une cour d’appel a décidé
qu’aucun élément ne permettait de fixer le point de départ du
délai de prescription à une autre date que celle prévue par ce
texte et que la saisine de la caisse primaire, organisme social
distinct de l’union de recouvrement, n’était pas de nature à
interrompre ce délai.
2
e
 Civ. - 24 janvier 2013.
REJET
N
o
 11-22.585. - CA Versailles, 16 juin 2011.
Mme Flise, Pt. - M. Salomon, Rap. - Mme Lapasset, Av. Gén. -
SCP Célice, Blancpain et Soltner, SCP Boutet, Av.
Un commentaire de cette décision est paru au Recueil Dalloz,
n
o
  5, 7  février  2013, Actualité/droit du travail et sécurité
sociale, p.  314 («  Remboursement de cotisations indues  :
point de départ de la prescription  »). Voir également La
Semaine juridique, édition sociale, n
o
  11-12, 12  mars  2012,
Jurisprudence, n
o
  1128, p.  47 à 50, note Camille-Frédéric
Pradel, Perle-Marie Pradel-Boureux et Virgile Pradel (« Paiement
indu de cotisations : variations sur la prescription »), et la Revue
de jurisprudence sociale, n
o
  4/13, avril  2013, décision n
o
  319,
p. 263 à 265.
N
o
756
Sécurité sociale, accident du travail
Cotisations.  - Taux.  - Fixation.  - Établissement.  -
Établissement nouvellement créé. - Définition. - Portée.
Les critères énumérés par l’article  D.  242-6-13 du code de la
sécurité sociale, selon lesquels un établissement d’exploitation
ne peut être considéré comme nouvellement créé, sont
cumulatifs.
Il en résulte qu’à défaut d’un seul d’entre eux, l’établissement
considéré doit bénéficier, durant les trois ans qui suivent sa
création, d’une tarification de l’assurance des accidents du
travail sur la base d’un taux collectif.
2
e
 Civ. - 24 janvier 2013.
CASSATION
N
o
 11-27.389. - Cour nationale de l’incapacité et de la tarification
de l’assurance des accidents du travail, 29 septembre 2011.
Mme Flise, Pt. - M. Cadiot, Rap. - Mme de Beaupuis, Av. Gén. -
SCP Gatineau et Fattaccini, SCP Boutet, Av.
Un commentaire de cette décision est paru dans La Semaine
juridique, édition sociale, n
o
  13, 26  mars  2013, Jurisprudence,
n
o
  1139, p.  43 à 45, note Philippe Plichon («  Accidents du
111

15 mai 2013
Arrêts des chambres

Bulletin d’information
travail et maladies professionnelles »). Voir également la Revue
de jurisprudence sociale, n
o
  4/13, avril  2013, décision n
o
  322,
p. 266-267.
N
o
757
Sécurité sociale, accident du travail
Faute inexcusable de l’employeur.  - Procédure.  - Action
de la victime.  - Prescription.  - Interruption.  - Acte
interruptif.  - Action en reconnaissance du caractère
professionnel de la maladie.  - Durée de l’interruption.  -
Détermination. - Portée.
Le  délai de prescription de l’action d’un salarié tendant à
établir la faute inexcusable de son employeur est interrompu
par l’exercice de l’action en reconnaissance du caractère
professionnel de la maladie et ne recommence à courir qu’à
compter de la date de la reconnaissance de celui-ci.
2
e
 Civ. - 24 janvier 2013.
CASSATION
N
o
 11-28.595 et 11-28.707. - CA Bordeaux, 27 octobre 2011.
Mme  Flise, Pt.  - Mme  Chauchis, Rap.  - Mme  de Beaupuis,
Av. Gén. - SCP Gadiou et Chevallier, M
e
 Le Prado, M
e
 Spinosi,
SCP Waquet, Farge et Hazan, Av.
Un commentaire de cette décision est paru dans La Semaine
juridique, édition sociale, n
o
  13, 26  mars  2013, Jurisprudence,
n
o
  1140, p.  45-46, note Marlie Michalletez («  Interruption
de la prescription de l’action en reconnaissance de la faute
inexcusable  »). Voir également la Revue de jurisprudence
sociale, n
o
 4/13, avril 2013, décision n
o
 323, p. 267-268.
N
o
758
Sécurité sociale, accident du travail
Procédure.  - Procédure préliminaire.  - Appréciation du
caractère professionnel de l’accident ou de la maladie. -
Décret n
o
 2009-938 du 29 juillet 2009. - Application dans
le temps. - Étendue. - Détermination. - Portée.
Il résulte des articles 2 du code civil et du décret n
o
 2009-938
du 29  juillet  2009 que les nouvelles dispositions modifiant,
notamment, les articles R. 441-11 et R. 441-14 du code de la
sécurité sociale, entrées en vigueur le 1
er
 janvier 2010, ne sont
pas applicables aux procédures d’instruction des accidents
du travail engagées avant cette date par la caisse primaire
d’assurance maladie.
2
e
 Civ. - 24 janvier 2013.
CASSATION PARTIELLE
N
o
 11-26.994. - CA Metz, 19 septembre 2011.
Mme  Flise, Pt.  - Mme  Olivier, Rap.  - Mme  de Beaupuis, Av.
Gén.  - SCP  Potier de la Varde et Buk-Lament, SCP  Célice,
Blancpain et Soltner, Av.
Un commentaire de cette décision est paru dans La Semaine
juridique, édition sociale, n
o
 11-12, 12 mars 2012, Jurisprudence,
n
o
  1127, p.  46-47, note Thierry Tauran («  Instruction des
déclarations AT/MP : entrée en vigueur de la réforme de 2009 »).
N
o
759
Sécurité sociale, assurances sociales
Invalidité.  - Pension.  - Bénéfice.  - Conditions.  -
Détermination. - Portée.
Le  bénéfice de l’assurance invalidité du régime général prévue
par les articles L.  341-1 et suivants du code de la sécurité
sociale suppose une interruption de travail suivie d’invalidité
ou la constatation d’un état d’invalidité résultant de l’usure
prématurée de l’organisme indépendant des conséquences de
l’accident du travail dont a été victime l’assuré, lesquelles sont
réparées sur le fondement des articles L. 411-1 et suivants du
même code.
Ainsi, en cas d’accident du travail suivi de maladie, les
conditions administratives d’ouverture des droits à pension
d’invalidité du régime général s’apprécient à la date à laquelle
a commencé l’indemnisation au titre du régime d’assurance
maladie, et non pas à la date de l’accident du travail.
2
e
 Civ. - 24 janvier 2013.
REJET
N
o
 11-26.946. - CA Montpellier, 1
er
 décembre 2010.
Mme Flise, Pt. - M. Cadiot, Rap. - Mme de Beaupuis, Av. Gén. -
SCP Didier et Pinet, SCP Hémery et Thomas-Raquin, Av.
N
o
760
Sécurité sociale, contentieux
Contentieux spéciaux.  - Contentieux technique.  - Cour
nationale de l’incapacité et de la tarification de l’assurance
des accidents du travail. - Procédure. - Non-comparution
de l’appelant.  - Décision sur le fond.  - Décision requise
par l’intimé. - Défaut. - Portée.
Il résulte de l’article  R.  143-26 du code de la sécurité sociale,
dans sa rédaction applicable jusqu’au 1
er
 décembre 2010, que,
devant la Cour nationale de l’incapacité et de la tarification de
l’assurance des accidents du travail, les parties comparaissent
en personne et présentent leurs observations orales ou écrites
et de l’article  468, alinéa premier, du code de procédure civile
que, si, sans motif légitime, l’appelant ne comparaît pas, seul
l’intimé peut requérir une décision sur le fond.
Dès lors, encourt la cassation sur le fondement d’un moyen
relevé d’office par la Cour de cassation la Cour nationale qui, en
confirmant le jugement d’un tribunal, après avoir constaté que
les parties n’étaient ni présentes ni représentées, a statué au
fond sans être requise par l’intimée.
2
e
 Civ. - 17 janvier 2013.
CASSATION
N
o
 11-28.495. - Cour nationale de l’incapacité et de la tarification
de l’assurance des accidents du travail, 22 septembre 2010.
Mme  Flise, Pt.  - Mme  Bouvier, Rap.  - M.  Maitre, Av. Gén.  -
SCP Baraduc et Duhamel, Av.
Un commentaire de cette décision est paru dans La Semaine
juridique, édition sociale, n
o
  9, 26  février  2013, Jurisprudence,
n
o
 1105, p. 42-43, note Thierry Tauran (« CNITAAT : principe de
comparution personnelle »).
N
o
761
Société (règles générales)
Personnalité morale.  - Personnalité distincte de celle
de ses membres.  - Cession de la totalité des parts ou
changement de dirigeants. - Sort d’un contrat en cours. -
Absence de clause de rupture. - Portée. - Rupture avant
échéance injustifiée.
Le  principe d’autonomie de la personne morale prévalant, la
rupture d’un contrat avant échéance ne peut être justifiée par
la cession de la totalité des parts ou actions d’une société, ou
le changement de ses dirigeants, en l’absence de stipulation
particulière du contrat l’autorisant.
Com. - 29 janvier 2013.
REJET
N
o
 11-23.676. - CA Montpellier, 17 mai 2011.
112

Bulletin d’information
Arrêts des chambres

15 mai 2013
M.  Espel, Pt.  - Mme  Tréard, Rap.  - SCP  Piwnica et Molinié,
M
e
 Bouthors, Av.
Un commentaire de cette décision est paru dans la revue Contrats,
concurrence, consommation, n
o
  4, avril  2013, commentaire
n
o
  75, p.  15 à 18, note Nicolas Mathey («  Particularisme de
l’intuitu personae appliqué aux personnes morales  »). Voir
également le Bulletin Joly Sociétés, n
o
  4, avril  2013, n
o
  129,
p. 246 à 248, note Pierre Mousseron (« Impact d’une cession de
contrôle sur une relation commerciale établie »), la Revue Lamy
droit civil, n
o
  103, avril  2013, Actualités, n
o
  5036, p.  10-11,
note Cécile Le  Gallou («  L’intuitus personae n’est pas l’intuitus
dux ! »), et la Gazette du Palais, n
o
 100-101, 10-11 avril 2013,
Chronique de jurisprudence de droit des contrats, p.  18-19,
note Dimitri Houtcieff (« La solidarité active ne se présume pas
non plus... »).
N
o
762
Statut collectif du travail
Conventions et accords collectifs.  - Dispositions
générales.  - Principe de faveur.  - Concours de normes
conventionnelles. - Normes instituant un régime de retraite
complémentaire. - Appréciation. - Appréciation globale. -
Portée.
Ayant relevé que le régime de retraite complémentaire prévu par
la convention collective nationale du personnel des restaurants
publics applicable au 31  décembre  1998 prévoyait un taux
de cotisation de retraite complémentaire porté à 5,50  % par
l’accord national du 10  février  1993, réparti à raison de 60  %,
soit 4,125  %, pour l’employeur, et de 40  %, soit 2,75  %, pour
le salarié, une cour d’appel a pu en déduire que ce régime
était globalement plus favorable aux salariés que celui fixé
par l’accord d’entreprise de la société Casino restauration du
6  octobre  1989 prévoyant un taux de cotisation porté à 6  %
par avenant à effet du  1
er
  décembre  1994, avec une clé de
répartition de 51,43 %, soit 3,857 %, à la charge de l’employeur,
et de 48,57 %, soit 3,643 %, à la charge du salarié.
Soc. - 23 janvier 2013.
REJET
N
o
  11-16.172, 11-16.174, 11-16.175, 11-16.178, 11-16.186,
11-16.188 et 11-16.189. - CA Douai, 18 février 2011.
M.  Lacabarats, Pt.  - Mme  Sommé, Rap.  - M.  Weissmann,
Av. Gén.  - SCP  Gatineau et Fattaccini, SCP  Masse-Dessen,
Thouvenin et Coudray, Av.
Un commentaire de cette décision est paru dans la Revue de
jurisprudence sociale, n
o
  4/13, avril  2013, décision n
o
  325,
p. 268-269. Voir également la revue Droit social, n
o
 4, avril 2013,
Actualités, p. 379-380, note Vincent Roulet (« Protection sociale
et principe de faveur »).
N
o
763
Travail réglementation,
rémunération
Salaire.  - Participation aux résultats de l’entreprise.  -
Réserve spéciale de participation.  - Montant.  - Calcul.  -
Base de calcul.  - Bénéfice net et capitaux propres.  -
Évaluation. - Attestation du commissaire aux comptes. -
Mentions nécessaires. - Détermination. - Portée.
Ne répond pas aux exigences des articles L. 3326-1, D. 3325-1
et D. 3325-3 du code du travail et R. 523-12 du code rural alors
applicable, relatifs aux modalités d’établissement du bénéfice
net et celui des capitaux propres de l’entreprise, un document
émanant des commissaires aux comptes qui ne comporte
aucune information sur le montant des capitaux propres ni sur
celui de l’excédent net répartissable retenu et sur l’exercice
auquel ces montants se rapportent.
Soc. - 30 janvier 2013.
CASSATION
N
o
 12-11.875. - CA Toulouse, 7 octobre 2011.
M.  Bailly, Pt (f.f.).  - Mme  Terrier-Mareuil, Rap.  - Mme  Taffaleau,
Av. Gén.  - SCP  Masse-Dessen, Thouvenin et Coudray,
SCP Peignot, Garreau et Bauer-Violas, Av.
Un commentaire de cette décision est paru dans la Revue de
jurisprudence sociale, n
o
  4/13, avril  2013, décision n
o
  309,
p.  254-255. Voir également le Bulletin Joly Sociétés, n
o
  4,
avril  2013, n
o
  123, p.  256 à 259, note Gilles Auzero et Jean-
Marc Chonnier («  Réserve spéciale de participation  : contenu
de l’attestation du commissaire aux comptes »).
N
o
764
1
o
Tribunal de commerce
Compétence.  - Compétence matérielle.  - Litiges
entre armateurs et capitaines.  - Instance.  - Unicité de
l’instance. - Principe. - Inopposabilité. - Portée.
2
o
Conventions internationales
Accords et conventions divers. - Convention internationale
du travail n
o
  180.  - Applicabilité directe.  - Date.  -
Détermination. - Portée.
3
o
Statuts professionnels particuliers
Marin. - Capitaine. - Durée du travail. - Période d’astreinte. -
Convention internationale du travail n
o
 180. - Application. -
Portée.
1
o
La règle de l’unicité d’instance prud’homale, qui autorise les
demandes nouvelles en cause d’appel, n’est pas applicable
devant la juridiction commerciale.
Doit par suite être rejeté le pourvoi formé contre un arrêt de cour
d’appel déclarant irrecevable la demande reconventionnelle en
nullité d’un accord d’entreprise présentée, pour la première fois
en cause d’appel, par un capitaine que l’armateur avait attrait
devant le tribunal de commerce aux fins de remboursement
d’une avance.
2
o
La Convention n
o
  180 de l’Organisation internationale du
travail (OIT) sur la durée du travail des gens de mer et les
effectifs des navires, ratifiée le 27  avril  2004 et publiée par
décret n
o
  2004-1216 du 8  novembre  2004, est, en application
de l’article  18-3 de cette Convention, d’application directe
en France à compter du 27  octobre  2004, date d’expiration
du délai de six mois suivant l’enregistrement par le Bureau
international du travail (BIT) de la ratification de ce texte.
3
o
Il résulte des articles 3, 4 et 5 de la Convention n
o
 180 que la
durée du travail, pour les gens de mer comme pour les autres
travailleurs, est en principe de huit heures par jour avec un jour
de repos par semaine, plus le repos correspondant aux jours
fériés, et que, dans les situations où un marin est en période
d’astreinte, celui-ci doit bénéficier d’une période de repos
compensatoire adéquate si la durée normale de son repos est
perturbée par des appels.
Méconnaît ladite Convention l’arrêt qui, pour débouter un capitaine
de ses demandes en paiement d’heures supplémentaires, repos
compensateurs et congés payés, relève qu’en vertu des articles
L.  742-1 du code du travail alors applicable et 104 du code
du travail maritime, les dispositions des articles 24 à 30 de ce
dernier code, relatifs à la réglementation du travail, notamment
aux durées légales hebdomadaire et quotidienne du travail
effectif et de l’astreinte, ne sont pas applicables au capitaine.
113

15 mai 2013
Arrêts des chambres

Bulletin d’information
Soc. - 23 janvier 2013.
CASSATION PARTIELLE
N
o
 10-20.568. - CA Douai, 22 avril 2010.
M.  Lacabarats, Pt.  - M.  Blatman, Rap.  - M.  Weissmann, Av.
Gén.  - SCP  Rocheteau et Uzan-Sarano, SCP  Monod et Colin,
Av.
Un commentaire de cette décision est paru dans la revue
Droit social, n
o
  3, mars  2013, Actualités, p.  287 à 289, note
Patrick Chaumette (« Le temps de travail du capitaine de navire
clarifié par l’effet direct de la Convention n
o
  180 de l’OIT  »).
Voir également la Revue de jurisprudence sociale, n
o
  4/13,
avril 2013, décision n
o
 315, p. 258-259, et La Semaine juridique,
édition sociale, n
o
  15, 9  avril  2013, Jurisprudence, n
o
  1167,
p. 43-44, note Isabelle Pétel-Teyssié (« Domaine de la règle de
l’unicité de l’instance prud’homale »).
N
o
765
Union européenne
Règlement (CE) n
o
  1346/2000 du 29  mai  2000.  -
Procédures d’insolvabilité.  - Article  27 et article  3.  -
Procédure secondaire.  - Compétence.  - Exclusion.  -
Prononcé d’une interdiction de gérer.
Viole les articles 3 et 27 du règlement (CE) n
o
  1346/2000 du
29  mai  2000 la cour d’appel qui, pour déclarer recevable
la demande du procureur de la République et prononcer à
l’encontre d’un dirigeant de société une interdiction de gérer,
retient que dès lors qu’une procédure de liquidation judiciaire,
même secondaire, est ouverte à l’égard d’une société située
sur le territoire national, le ministère public est recevable à
exercer à l’encontre de son dirigeant les poursuites fondées sur
les articles L.  653-1 à L.  653-11 du code de commerce, dans
leur rédaction issue de la loi du 26  juillet  2005 de sauvegarde
des entreprises, et qu’en tout état de cause, même à supposer
que le règlement (CE) s’applique aux actions en responsabilité
et aux sanctions à rencontre des dirigeants, son article  28
rappelle que, sauf disposition contraire, la loi applicable à la
procédure secondaire est celle de l’État membre sur le territoire
duquel cette procédure est ouverte, et que, par ailleurs, aucune
disposition du règlement n’exclut que des sanctions puissent
être demandées à l’encontre des dirigeants en application du
droit national, alors que, d’un côté, l’action tendant au prononcé
d’une interdiction de gérer à l’encontre du dirigeant de la
personne morale faisant l’objet d’une procédure d’insolvabilité
appartient à la catégorie des actions qui dérivent directement de
la procédure initiale et qui s’y insèrent étroitement, et que, de
l’autre, les effets d’une procédure secondaire d’insolvabilité sont
limités aux biens du débiteur se trouvant sur ce dernier territoire.
Com. - 22 janvier 2013.
CASSATION SANS RENVOI
N
o
 11-17.968. - CA Dijon, 15 février 2011.
M. Espel, Pt. - Mme Jacques, Rap. - M. Le Mesle, P. Av. Gén. -
M
e
 Le Prado, M
e
 Blondel, Av.
Un commentaire de cette décision est paru au Recueil Dalloz,
n
o
 5, 7 février 2013, Actualité/droit des affaires, p. 301, note Alain
Lienhard (« Procédure d’insolvabilité : pas d’interdiction de gérer
dans une procédure secondaire »). Voir également cette même
revue, n
o
  11, 21  mars  2013, Études et commentaires, p.  755
à 759, note Reinard Dammann et Alexis Rapp («  Une action
pour faillite personnelle peut-elle être intentée dans le cadre
d’une procédure secondaire d’insolvabilité  ?  »), la Revue des
sociétés, n
o
  3, mars  2013, Chronique de droit des entreprises
en difficulté, p.  183-184, note Laurence Caroline Henry («  Pas
d’interdiction de gérer dans une procédure secondaire  »), le
Bulletin Joly Sociétés, n
o
  4, avril  2013, n
o
  118, p.  263 à 267,
note Jean-Luc Vallens (« Impunité des dirigeants d’une société
soumise à une procédure secondaire en France »), et la Revue
des procédures collectives, n
o
 2, mars-avril 2013, commentaire
n
o
 30, p. 26 à 28, note Thomas Mastrullo (« Interdiction de gérer
et procédure secondaire d’insolvabilité »).
N
o
766
Vente
Nullité.  - Effets.  - Contrat de prêt portant sur le bien
vendu. - Nullité du contrat de prêt. - Portée. - Préjudice
subi par le prêteur. - Réparation. - Possibilité.
La nullité de la vente d’un immeuble ayant pour conséquence
la nullité du prêt, une banque peut réclamer réparation du
préjudice résultant de la perte des intérêts conventionnels
auxquels elle avait droit.
3
e
 Civ. - 30 janvier 2013.
CASSATION PARTIELLE
N
o
  11-26.074, 11-26.648 et 11-27.970.  - CA Paris,
13 septembre 2011.
M.  Terrier, Pt.  - M.  Pronier, Rap.  - Mme  Guilguet-Pauthe, Av.
Gén. - SCP Roger et Sevaux, SCP Delaporte, Briard et Trichet,
SCP Thouin-Palat et Boucard, SCP Boré et Salve de Bruneton,
SCP Piwnica et Molinié, Av.
Les arrêts de la chambre criminelle des 16  janvier  (pourvoi
n
o
  12-87.085 et 12-82.546), 29  janvier  (pourvoi n
o
  12-83.856)
et 30  janvier  (pourvoi n
o
  11-89.224) 2013 paraîtront au BICC
n
o
 783, du 1
er
 juin 2013.
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