Ethique, Fraude et Audit

Séance 4 Analyse des facteurs de risque de fraude Au sein des entreprises
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Plan de la séance
1/ Les relations avec l’environnement économique et politique 2/ La gouvernance d’entreprise 3/ Les facteurs organisationnels 4/ Les facteurs individuels

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1/ Les relations avec l’environnement économique et politique
L’environnement économique
Les pratiques délictueuses se diffusent au sein d’une même industrie (processus d’isomorphisme)

L’environnement politique les acteurs politiques produisent des règles sociales, fiscales, financières, environnementales, qui ont une influence directe sur le fonctionnement des firmes. Aussi les entreprises ne sont-elles pas uniquement des acteurs technico-économiques, mais également des institutions sociopolitiques qui peuvent adopter des stratégies d’influence du processus de décision politique.

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Du lobbying au trafic d’influence et à la corruption
L'objectif des activités de lobbying est de convaincre les décideurs politiques de la compatibilité entre les intérêts particuliers d'une organisation ou d'un secteur avec l'intérêt général. Le trafic d’influence consiste à proposer des avantages plus ou moins matériels pour obtenir d’un décideur public qu’il abuse de son influence en vue de faire obtenir d’une administration publique une décision favorable (art. 431-1 code pénal) Dans le cas de la corruption le décideur public a directement le pouvoir d’accorder la faveur (art. 433-1) La corruption constitue une stratégie particulière d’influence qui peut être mobilisée aux différentes étapes du processus de décision public: corruption législative et administrative (Rose Ackerman 1978)
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Facteurs explicatifs de l’arbitrage entre les différentes activités politiques
L’intérêt: comparaison du profit engendré par la corruption avec le risque de sanctions juridiques et sociales La capacité de la firme dans les domaines économiques et politiques Les caractéristiques du système politique

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2/ La gouvernance d’entreprise (1)
La nécessité d’un équilibre des pouvoirs au sein des entreprises
Gouvernement d’entreprise Gouvernance d’entreprise

Pouvoir du dirigeant et champ de ses décisions managériale D’après Gérard Hirigoyen

Mécanismes internes et externes de contrôle du dirigeant
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La gouvernance d’entreprise (2)
La GE fait référence à l’organisation des relations entre actionnaires et dirigeants et à la recherche d’un meilleur équilibre des pouvoirs au sein des firmes afin de favoriser la création de valeur pour les actionnaires. Deux principales approches:
Une approche actionnariale Une approche partenariale

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La gouvernance d’entreprise (3)
Au-delà des éléments formels, tels que la composition du conseil d’administration, l’existence de comité d’audit, de rémunération ou de nomination, c’est le fonctionnement réel des dispositifs de gouvernance qui doit être pris en compte car ces derniers peuvent être rendus totalement inopérants par des conflits d’intérêt concernant les personnes chargées du contrôle.
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3/ Les facteurs organisationnels
Le processus de décision éthique résulte de l’interaction entre les variables individuelles et organisationnelles L’objectif de cette partie est de mettre en évidence l’influence des pratiques de management sur l’adoption des comportements déviants par les salariés

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FACTEURS ORGANISATIONNELS
Dimension formelle
Equilibre des pouvoirs Actionnaires / dirigeants
•Composition du conseil d’administration •Nature des droits de propriété •Asymétrie d’information •…

Dimension informelle
Relations informelles intra et interorganisations
•Existence de zones d’incertitude •Appartenance des membres de l’organisation à un ou plusieurs réseaux •Transactions informelles entre les membres de l’organisation

Culture éthique
•Structure normative informelle: - comportement et attitude des collègues - comportement et attitude des managers •Concordance ou non entre les standards éthiques organisationnels et individuels •Formalisation des principes éthiques

Structure organisationnelle
•Taille de l’organisation •Type de hiérarchie •Règles et procédures

Gestion des Ressources Humaines
•Politique de rémunération: - niveau des salaires par rapport au marché - respect de l’équité-justice procédurale - critères d’évaluation des performances •Critères de recrutement / licenciement •Formation •Degré de satisfaction au travail

Décision éthique ou non éthique
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Plan de la présentation des facteurs organisationnels
3-1/ Structure organisationnelle et fraude 3-2/ Pratiques de GRH et comportements non éthiques
le recrutement de salariés plus ou moins intègres La formation (ou son absence) aux risques de fraude Le renforcement des comportements (non) éthiques par la politique de rémunération

3-3/ Culture organisationnelle et éthique 3-4/ La pression à la délinquance exercée par les pairs et la hiérarchie
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3-1/ Structure organisationnelle et fraude
La structure organisationnelle détermine le degré de pouvoir discrétionnaire des employés L’entreprise peut adapter sa structure organisationnelle pour commettre des fraudes organisationnelles: contrôle lâche, dilution des responsabilités par décentralisation,externalisation de la « fonction corruption »
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3-2/ Le recrutement de salariés intègres
Volonté plus ou moins réelle de recruter des salariés intègres Les difficultés légales et éthiques d’un recrutement basé sur des critères éthiques Les risques liés à l’utilisation des tests d’intégrité: l’expérience américaine

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3-2/ La formation à l’éthique
L’absence de sensibilisation aux risques éthiques peut être délibérée dans certaines organisations

Les principaux objectifs de la formation à l’éthique:
Accroître la prise de conscience de la dimension éthique de diverses situations de travail Aider à comprendre les standards éthiques et leur application lors la prise de décision Former les employés à penser par eux-mêmes à l’impact de leurs choix sur autrui

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3-2/ Politique de rémunération et comportement délinquant
Mise en évidence par les behavioristes de l’importance du contexte de renforcement (sanctions/récompenses) pour orienter la conduite d’un individu Les critères d’évaluation pour fixer les rémunérations permettent d’informer les salariés sur les comportements valorisés par l’organisation Certaines méthodes d’évaluation des performances crée un climat de peur chez les salariés Rôle majeur de la perception par les salariés du degré de légitimité de leur rémunération dans l’adoption des comportements non éthiques
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3-3/ Culture organisationnelle et éthique
Définition de la culture:
Ensemble de croyances et de significations partagées qui se sont construites tout au long de l’histoire d’un groupe Et qui sont explicatives des façons de penser et d’agir de ses membres

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Culture organisationnelle et éthique
La culture sert de guide dans la résolution des dilemmes éthiques Elle exerce un contrôle informel sur les individus. Il peut exister un écart entre le niveau éthique de la culture organisationnelle et celui du développement moral des salariés

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Climat éthique et niveau éthique des organisations
Le climat éthique est défini comme « les perceptions partagées d’un comportement considéré comme juste et de la façon dont les problèmes éthiques doivent être traités » Victor et Cullen (1987) Les organisations se caractérisent par des climats plus ou moins propices à l’adoption de comportements éthiques par les salariés. Le leadership est une composante centrale de la culture éthique.

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3-4/ La pression à la délinquance exercée par les pairs et la hiérarchie
Les différentes modalités d’expression de l’influence sociale (pression normative des pairs, manipulation, pouvoir de l’autorité) se combinent pour modifier les perceptions, jugements, attitudes ou comportements d’un individu. Les positions et réactions de l’entourage professionnel exercent une forte influence sur le passage à l’acte délinquant. La hiérarchie peut exercer des pressions plus ou moins directes pour obtenir la collaborations des salariés aux actes de délinquance d’affaires.
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La manipulation par des relations ambiguës avec l’autorité
L’autorité dont les cadres dépendent, supérieur hiérarchique ou actionnaire principal, joue un rôle majeur dans leur passage à l’acte illicite. Les relations avec l’autorité, telles qu’elles sont décrites par les cadres interviewés, apparaissent très ambiguës (Anquetil 2003) Le thème de la manipulation est celui qui est le plus cité par les cadres parmi les autres thèmes liés à la situation à laquelle ils ont été confrontés.
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La soumission à l’autorité et le management de la peur
Les expériences sur la soumissions des individus à un ordre imposé (Milgram 1965…) montrent que les facteurs liés à la situation importent plus que la personnalité de la personne qui se soumet. L’absence de mobilisation collective des salariés contre les pressions qui sont exercées sur eux provient de l’apparition de la peur essentiellement liée à la précarisation de l’emploi, y compris pour les cadres. (Dejours 1998) Les salariés adoptent une stratégie défensive de silence, de rempli sur soi et de soumission à l’autorité par peur de passer pour incompétent
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La souffrance éthique induite par la pression à la délinquance
Les salariés développent des stratégies de défense face à la peur: « le cynisme viril » ou le déni (Dejours 1998) Ces stratégies de défense engendrent une souffrance éthique lorsque les actes commis sont contraires aux valeurs éthiques du salarié. Les travaux de Anquetil mettent également en évidence l’existence d’un malaise psychologique qui se manifeste par un phénomène de rumination menant souvent à la rupture de la collaboration.

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4/ Les facteurs individuels
4-1/ La dimension cognitive du processus de prise de décision éthique 4-2/ L’apprentissage des comportements délinquants lors du processus de socialisation

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FACTEURS INDIVIDUELS
Facteurs psychologiques
défaillance du surmoi force / faiblesse de l’ego sentiment de contrôle interne / externe machiavélisme

Facteurs sociaux
conditions de renforcement (récompense / sanction) milieu social histoire de l’individu mode de vie Besoins financiers

Facteurs démographiques
sexe âge expérience professionnelle nationalité conviction religieuse

Dimension cognitive Dimension cognitive
stade de développement moral stade de développement moral philosophie éthique philosophie éthique (déontologique / / téléologique) (déontologique téléologique) idéologie (antigouvernentale / / idéologie (antigouvernentale nécessité/ affairiste) nécessité/ affairiste) valeurs (instrumentales / / valeurs (instrumentales terminales) terminales)

Décision éthique / non éthique
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4-1/ La dimension cognitive du processus de prise de décision éthique
Les normes qui guident le comportement éthique et la perception sur la façon dont doivent s’appliquer ces normes varient selon la personnalité et la socialisation Le développement du jugement moral d’une personne (Kohlberg 1969) semble indissociable du phénomène d’apprentissage social Le jugement éthique de la majeure partie des individus est fonction des évaluations déontologiques ou téléologiques Deux principales catégories de variables individuelles exercent une influence sur le jugement moral d’un individu : les traits de personnalité et les variables démographiques
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4-2/ L’apprentissage des comportements délinquants lors du processus de socialisation
Selon le courant de l’association différentielle (Sutherland, Cressey…), les individus associent de façon différenciée deux types de valeurs : anticriminelles et procriminelles, internalisées au cours du processus de socialisation L’apprentissage des comportements délinquants inclut à la fois les techniques pour commettre la fraude et la rationalisation de la transgression Les criminels en col blanc doivent être considérés comme des conformistes plutôt que des déviants car ils reproduisent les modèles de comportements dominants dans leur environnement social
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L’affaire Enron
Quatre principales sources des comportements non éthiques, voire frauduleux Une stratégie de « fuite en avant » L’enrichissement personnel des dirigeants Le camouflage des fraudes L’échec des contrepouvoirs internes et externes

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Les principaux comportements non éthiques dans l’affaire Enron
L’abus de biens sociaux: il consiste en un usage abusif du patrimoine de la société dans un but d’enrichissement personnel ou de fraude Le délit d’initié: il consiste en l’utilisation d’une information confidentielle obtenue dans le cadre de ses fonctions afin d’effectuer des transactions boursière pour son compte personnel Le conflit d’intérêt: être à la fois juge et partie

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